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Invitation Conférences/dédicaces avec Michel-Edouard Nigaglioni pour son Encyclopédie des peintres corses - Librairie les Deux Mondes à Bastia

Invitation Conférences/dédicaces avec Michel-Edouard Nigaglioni pour son Encyclopédie des peintres corses - Librairie les Deux Mondes à Bastia | TdF  |   Poésie contemporaine | Scoop.it

Deux rencontres sont prévues vec l’historien de l’art Michel-Edouard Nigaglioni, autour de son


Encyclopédie chronologique illustrée des peintres, dessinateurs et graveurs, actifs en Corse : des origines à la fin du XIXe siècle.


La première, à la Villa Ramelli, à Sisco, mercredi 27 février à partir de 18h00, la seconde vendredi 1er mars à partir de 18h00 également à l’IRA de Bastia, sous l’égide de la Dante Alighieri.


Michel-Edouard Nigaglioni y donnera, les deux soirs, une conférence sur la peinture et les peintres insulaires, accompagnée de projections, avant de dédicacer ses ouvrages.

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Dans le no 19-20 (*L'Utopie*, janvier 2013) de la revue québécoise Mouvances une anthologie de la poésie corse contemporaine

Angèle Paoli | TdF Actu's insight:



ESPACE POÉTIQUE CORSE

 

La poésie corse, entre utopie et réalité


Pourquoi une nouvelle anthologie de la poésie corse ? C’est la première question qui m’est venue à l’esprit lorsque Claudine Bertrand a fait appel à moi pour coordonner cet espace poétique à l’intérieur du numéro de Mouvances consacré à «L’Utopie». J’étais hésitante. J’arguais du fait qu’avaient déjà été publiées deux anthologies de la poésie corse, dont une parue tout récemment, en juin 2010, dans la revue NU(e)44 : Corse, 13 poètes. La poète québécoise ― pour qui la poésie ne connaît aucune frontière,  ni spatiale ni temporelle ― balaya cette esquive. L’enthousiasme de Claudine Bertrand finit par l’emporter et je me laissai convaincre par l’argument de la longue amitié qui unit la Corse au Québec et de l’intérêt constant et fidèle du Québec pour la Corse. La séduction qu’exerça sur moi l’idée d’exporter un peu de la poésie corse contemporaine en terre d’Amérique a fini par me convaincre. Fora !, pensai-je «en mon for» et je me suis mise au travail.

 

Loin de moi la prétention de vouloir bouleverser l’ordre des choses. Ou de vouloir m’approprier un domaine où d’autres font preuve d’excellence. Ou encore de céder à la tentation illusoire de la nouveauté. Ma participation à ce projet est restée discrète et j’ai volontairement réduit mon rôle à celui de passeuse, comme Claudine Bertrand m’y avait conviée. L’essentiel de ce projet est au service de la poésie parce que la poésie est, quelle que soit la terre où elle puise sa force et ancre ses racines. Parce qu’elle existe, au-delà de toute notion de genre, « ouverture à la fois concrète et symbolique d’un monde, dans lequel exister, penser, agir trouvent leur dimension la plus entière et la plus parlante.»(1) Parce que nous voyons en elle une force capable de défier les antagonismes. En cela, la poésie corse (mais pas seulement elle) mérite de s’expatrier afin de rencontrer d’autres voix, de se confronter et de se frotter à d’autres voix que les siennes. Quel meilleur moyen, en effet, pour être reconnue ailleurs ― au-delà des territoires où la poésie trouve son origine ― que d’interroger d’autres singularités que les siennes propres et de se nourrir à la fois des similitudes et des oppositions que met en évidence toute confrontation ?

 

En ouvrant cette anthologie aux voix insulaires, Claudine Bertrand avait probablement dans l’idée qu’il existe une poésie spécifique à la Corse et aux Corses. Le meilleur moyen de s’en convaincre nécessitait d’aller à la rencontre de la poésie corse. Pour ce faire, je me suis spontanément tournée vers les poètes de ma connaissance, les poètes que je lisais, les invitant à me faire parvenir des poèmes inédits. Il a fallu ensuite procéder à des choix et «rapailler» (comme on dit en terre québécoise) les textes retenus.

 

Si j’avais été québécoise, je me serais interrogée sur la place spécifique qu’occupe la poésie corse dans le paysage poétique ― de France et d’ailleurs. Je me serais demandé s’il existe en Corse une grande voix émergente, un Gaston Miron qui s’impose sur toutes les lèvres, un Dante ou un Leopardi, un Rilke ou un Celan, un Rimbaud ou un René Char dont l’œuvre culmine dans le paysage poétique et culturel du temps, une voix qui emporte l’adhésion du plus grand nombre et dans laquelle le plus grand nombre puisse se reconnaître. Une voix enfin qui déborde de l’île et atteigne tous les rivages. D’aucuns répondront que oui, faisant allusion à des textes de chansons qui ont marqué des générations et ont dépassé durablement les frontières de l’île. Sans doute. Mais il s’agit de chansons et non de poésie. Deux formes d’écriture bien distinctes, comme je persiste à le penser, en dépit des points communs qui les relient l’une à l’autre. D’autres, érudits raffinés, pourraient nommer spontanément Salvatore Viale, auteur de la Dionomachia, petit poème héroï-comique et premier texte à avoir été publié en langue corse (1817). Mais qui pourrait aujourd’hui, mis à part les historiens de la littérature insulaire, réciter de mémoire des vers du «plus grand poète corse» ?

 
À ces questions récurrentes dont le leitmotiv taraude les esprits, aucune réponse décisive ne sera apportée dans ce cahier. Libre au lecteur de se forger une opinion et de décider par lui-même.

 

Cependant, dans notre souhait de ne pas circonscrire l’île dans l’exiguïté naturelle de ses frontières, il nous a semblé nécessaire d’ouvrir la revue aussi bien aux poètes d’origine corse et d’expression française qu’aux poètes corses entièrement corsophones. Dix-neuf poètes sont présents dans ces pages numériques. Huit voix de femmes et onze voix d’hommes – dont celle d’un chanteur/compositeur. Sept poètes ont écrit directement en langue corse. Leurs poèmes sont accompagnés de leur transposition en langue française. Deux poètes d’expression française ont été traduits par des poètes de langue corse. Stefanu Cesari a travaillé pour Hélène Sanguinetti, Jacques Fusina pour Jean-Louis Giovannoni. Renatu Coti a été traduit en langue française par Roccu Multedo ; Patrizia Gattaceca par Alanu Di Meglio ; Lucia Santucci par Josette dall’Ava-Santucci ; Sonia Moretti, Jacques Fusina et François-Michel Durazzo se sont eux-mêmes chargé de la transcription en français de leurs poèmes.

 

À la lecture des poèmes proposés dans ces pages, il ressort un clivage entre poètes de langue corse et poètes d’expression française. Les premiers, ancrés dans une poésie que l’on pourrait dire de «terroir», à dominante lyrique. Poésie «témoignage» parfois un peu surannée et peu soucieuse d’inventivité formelle ou de spatialisation sur la page ; poésie «consolatrice», peut-être un prolongement du « lamentu », le plus souvent émouvante parce que cherchant dans la mémoire des réponses à son questionnement. Il faut cependant noter que les textes écrits en langue corse ― une langue tour à tour colorée, rude et rythmée, savoureuse et musicale ― s’imposent avec plus de vigueur que leur transposition en langue française. Faut-il voir dans cet écart la marque d’une faiblesse poétique ou plutôt l’inadéquation de la langue française à s’approprier les particularismes et les complexités de la langue insulaire ? Les poètes d’expression française, davantage soucieux de sortir des sillons traditionnels et des thématiques récurrentes, à balayer la distinction des genres et à accorder une place nouvelle à la forme du poème et/ou à sa ponctuation. L’exemple le plus extrême est apporté par Hélène Sanguinetti dont la poésie, fortement marquée par l’oralité, s’apparente à une nouvelle forme d’écriture proche de la prose héroïco-épique. Quant au meilleur contre-exemple de poésie en langue corse, il est illustré par Stefanu Cesari, grand lecteur et traducteur de poésie contemporaine (tous pays confondus). Alliant l’expression d’un mal-être en demi-teinte ― d’un regard aigu et dédoublé sur lui-même et sur le monde ―,  à une réflexion sur les exigences formelles (mise en espace, ponctuation, inclusion de formes  dialoguées) propres à chaque texte, la poésie de ce jeune poète est sans doute la poésie insulaire la plus originale et la plus riche que je connaisse à ce jour. Et sans doute, la plus prometteuse.

 

 Lorsque l’on aborde avec d’autres Corses la question de la poésie, on entend dire des Corses qu’ils ont toujours eu une «âme de poète». Assertion en soi séduisante mais qui n’en comporte pas moins quelques risques. Ancrée de longue date dans le discours, cette conviction, intime et profonde, poursuit son chemin dans l’esprit des insulaires. Il semble que les poètes corses, forts de cette certitude, se dispensent de lire la poésie des autres poètes. Ce qu’énonce clairement François-Michel Durazzo lors d’une interview accordée récemment à Norbert Paganelli :

«I pueta corsi di lingua corsa, pà a parti maiò, leghjini pocu è micca i pueta d’oghji, for’ di a noscia pruduzzioni isulana, è appena pudariani cità cinqui pueta  stranieri di a so leva. Sò pochissimi quiddi chì sò intarassati pà ciò chì si publichighja da mari culandi». (2)

 

Pour François-Michel Durazzo, cette réalité s’explique par le fait que les Corses se sont fait prendre au piège («sò firmati intrappulati in a tradizioni pasturali di u chjama è rispondi») de la tradition pastorale du «chjama è rispondi». Ou encore par le fait qu’ils en sont restés au stade des récitations poétiques apprises à l’école. Sans doute faut-il aussi ajouter, par-delà une ignorance supposée de la poésie contemporaine, le désir chez les poètes corses de ne pas être inféodés à des influences poétiques exogènes (extérieures à l’île). De sorte que bon nombre de poètes corses continuent de privilégier une écriture attachée à cet «agent secret» qu’est l’inspiration. Au détriment, peut-être, d’autres considérations. Sensibles à la puissance chamanique intérieure qui pousse à la création, les poètes corses, qui puisent la force de leur langage dans «l’enfance du temps», continuent d’accorder à ce souffle ― qui mettait jadis le poète dans l’enthousiasme ― une confiance jalouse. C’est probablement cette jalousie et la crainte de l’autre qui la suscitent, qui ralentissent l’émergence de nouvelles formes et de nouvelles voies poétiques. Or, même si la poésie est par nature confidentielle, il ne peut y avoir de véritable émergence poétique que dans la prise en compte de l’altérité. Dans le tissage multiple des voix entre elles.

 

Qui peut dire aujourd’hui où va la poésie, qu’elle soit de Corse ou d’ailleurs ? N’est-ce pas «dans les œuvres elles-mêmes que l’avenir est en germination, dans leurs divergences, leur déroutante et rassurante diversité» ? (3)

 

 

(1) Fabrice Midal, Pourquoi la poésie, Pocket, 2010.

(2) intarvista donnée par François-Michel Durazzo à Norbert Paganelli in Invistita, 18 mars 2012 : invistita.fr/news-invistita/

« Les poètes corses de langue corse, dans leur grande majorité, lisent peu ou pas du tout les poètes d’aujourd’hui, en dehors de notre production insulaire ; et à peine pourraient-ils citer cinq poètes étrangers de leur génération. Ceux qui s’intéressent aux publications extérieures à l’île sont très peu nombreux ».

(3) Claude Ber, Aux dires de l’écrit, Éditions Chèvre- Feuille Étoilée, 2012.

 

 

Angèle PAOLI


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