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La mort de Georges Banu, critique de théâtre

La mort de Georges Banu, critique de théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe-Jean Catinchi dans Le Monde - 25 jan. 2023

 

 

L’essayiste et universitaire d’origine roumaine, mémoire vive des scènes théâtrales et de leurs metteurs en scène, de Peter Brook à Wajdi Mouawad en passant par Antoine Vitez, Ariane Mnouchkine, Luc Bondy ou Patrice Chéreau, s’est éteint le 21 janvier, à l’âge de 79 ans.


Lire l'article sur le site du Monde : 
https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2023/01/25/la-mort-de-georges-banu-critique-de-theatre_6159265_3382.html

 

Mémoire vive des scènes théâtrales du monde entier, essayiste et pédagogue d’une lumineuse érudition et d’une générosité inouïe, Georges Banu est mort à Paris, dans la nuit du 20 au 21 janvier, à l’âge de 79 ans.

 

Le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier qui écrivit pour lui Le Théâtre et la Peur (Actes Sud, 2016) – il parle de leur « livre commun » – salue celui qui « a accompagné le travail des artistes avec critique et amour, devenant ainsi une archive vivante du théâtre européen ». Hommage amplement justifié.

 

 

Né le 22 juin 1943 en Roumanie, ce fils de médecin choisit la voie des spectacles où l’illusion de la liberté perdure. Celui qui se rêve comédien dévore la vie en poète et en curieux. Il voit soudain dans la magie du théâtre la parade à la chape de plomb qui s’abat sur une Roumanie, déjà asphyxiée par la censure de Nicolae Ceausescu, quand le « Conducator » se met à l’école nord-coréenne. La révélation salutaire vient d’un Songe d’une nuit d’été, monté par Peter Brook à l’Opéra de Bucarest, d’une liberté et d’un magnétisme insolents. L’acteur qui incarne Puck, le génie facétieux, se mêle à l’assistance clairsemée et saisit alors la main de Georges Banu. Comme une invitation à l’évasion par-delà le rideau de fer. « Je me suis dit qu’il était temps de m’affranchir de la peur de partir. »

« Le pas dans le pas des autres »

Un an plus tard, Banu débarque à Paris, le 1er janvier 1973, inaugurant un exil dont il fera, mieux qu’un empire, un espace d’exploration sans limites. Ce grand large, il y naviguera un demi-siècle, guidé par les éblouissements et les amitiés. Témoin scrupuleux de la révolution du théâtre d’art, il se fait le compagnon d’une communauté d’artistes qu’il va soutenir et promouvoir. Il adopte la vigilante réserve d’Horatio, le compagnon de Hamlet, dont il fera son masque, s’attribuant ce rôle pour parler des êtres qui l’ont transporté dans de stupéfiantes contrées dont il se fait le guide. Un rôle de passeur essentiel pour celui qui aime citer son ami Antoine Vitez : « Le théâtre, c’est mettre le pas dans le pas des autres. »

 

C’est ce que fera Georges Banu sans relâche. Pèlerin infatigable en quête du singulier, rejetant toute assignation, tout dogmatisme, posture héritée peut-être du rejet des carcans qui avaient emprisonné sa jeunesse, il se veut témoin et passeur. En tant que professeur, à l’université Paris-III-Sorbonne-Nouvelle, où il enseigne les études théâtrales. Tout comme celle qui devient alors son épouse, Monique Banu-Borie. En sa compagnie, il suit, avec une assiduité gourmande, festivals et créations internationales.

Comme critique aussi, puisque Georges Banu, qui assure des cours au Centre d’études théâtrales de Louvain-la-Neuve (Belgique), collabore activement à la revue belge Alternatives théâtrales, créée en 1979, qu’il codirige de 1998 à 2015. Il y assure la direction de numéros spéciaux sur « les répétitions », « débuter » ou « les penseurs de l’enseignement », comme celle du volume collectif Les Voyages ou l’Ailleurs (2013) qui lui est judicieusement dédié.

 

Comme éditeur puisque après s’être vu confier par Vitez, en poste à Chaillot, le journal de la maison, ce qui aboutit à la création de l’ambitieuse revue L’Art du théâtre (1985), il fonde en 1987, chez Actes Sud, à la demande d’Hubert Nyssen, la collection « Le Temps du théâtre », dont il assure la direction avec le concours de Claire David. Dans cette optique, il accueille ainsi, sollicite souvent, des essais consacrés aux metteurs en scène qui définissent son panthéon, figures emblématiques de la mise en scène moderne : Peter Brook bien sûr, comme Antoine Vitez, mais aussi Klaus Michael Grüber, Giorgio Strehler, Ariane Mnouchkine, Luc Bondy et Patrice Chéreau.

 

Comme essayiste enfin puisque, s’il a lui-même écrit sur Brecht (Aubier, 1981), Brook (Flammarion, 1991) et Yannis Kokkos (Actes Sud, 2004), Banu ne cessa de célébrer le choc qu’il ressentit en découvrant La Classe morte de Tadeusz Kantor, au festival de Nancy (1975) comme son enthousiasme pour le Théâtre Laboratoire du théoricien et pédagogue polonais Jerzy Grotowski et sa figure centrale, Ryszard Cieslak.

Mais Banu sait aussi veiller à ceux qui arrivent : naguère Krzysztof Warlikowski, aujourd’hui Wajdi Mouawad. Car le geste de mise en scène et son interrogation du contemporain priment sans conteste pour Banu ; même si Tchekhov comme Shakespeare font figures d’exception, bénéficiant d’études monographiques puisque ces continents commandent le palimpseste par les vibrations toujours actuelles qu’ils proposent.

Réinterroger le sens de la vie

Parmi ses nombreux essais on distinguera deux trilogies. Celle parue chez Adam Biro, Le Rideau ou la Fêlure du monde (1997), L’Homme de dos (2000) et Nocturnes : peindre la nuit, jouer dans le noir (2005), qui interroge les artifices et les jeux de la scène tout en célébrant la peinture, passion intime qu’annonçait Le Rouge et or (Flammarion, 1989) ; celle dont deux volets parurent aux Solitaires intempestifs (L’OubliI, 2005, Le Repos, 2009) et La Nuit nécessaire (Adam Biro, 2004).

Dans la réflexion de Banu, l’acteur n’est pas oublié. En marge de la star comme du révolté, l’essayiste célèbre l’insoumis, à la flamme contagieuse, « l’acteur plus qu’acteur » au cœur de ses Voyages du comédien (Gallimard, 2012), qui affirme la règle pour la mettre en tension, la déborder, la fragiliser avant qu’advienne la révélation.

Mais l’homme finit par exposer ses failles. Dans son dernier ouvrage, Horatio se livre de façon plus intime, présentant ces objets usés, polis ou marqués par le passage du temps, indices de blessures précieuses, statues brisées, tableaux endommagés, œuvres calcinées, qu’il conserve dans son appartement, vestiges de toute vie accidentée (Les Objets blessés, Cohen & Cohen, 2022).

Or, sans accidents, pas d’occasion de réinterroger le sens de la vie. Et c’est encore vers Peter Brook que Banu se tourne pour avoir non la réponse mais le bon questionnement. Le maître n’a-t-il pas confié aux Bouffes du Nord en février 2020 : « Apprenez à poser des questions, mais sans toujours chercher des réponses. Gardez en vous-mêmes une question, définitivement, une question en attente de réponse ! » Et Banu de commenter dans la revue Alternatives théâtrales son « indissoluble, énigme irrésolue, inoubliable ! ».

 

 

 

Georges Banu en quelques dates

22 juin 1943 Naissance à Bucarest

 

1973 Arrivée en France

 

1986 « L’Acteur qui ne revient pas »

 

1998-2015 Codirecteur de la revue « Alternatives théâtrales »

 

2012 « Les Voyages du comédien »

 

2021 « Les Récits d’Horatio »

 

21 janvier 2023 Mort à Paris

 

 

Philippe-Jean Catinchi

 

Légende photo : Georges Banu, chez lui à Paris, le 16 août 2013. LEA CRESPI/PASCO

 

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

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Vagues de glace au coeur de la Tempête

Vagues de glace au coeur de la Tempête | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Callysta Croizer dans Les Echos - 18 mai 2024

 

 

Au Théâtre de la Tempête, Elise Vigneron plonge dans « Les Vagues », l'oeuvre énigmatique de Virginia Woolf. La metteure en scène, également marionnettiste et plasticienne, confie le « poème-jeu » à des figures de glace et signe une adaptation à l'esthétique saisissante.

 

 

Publiée en 1931, « Les Vagues » est une oeuvre emblématique de Virginia Woolf. Inspirée par ce mystérieux « poème jeu », dans lequel l'autrice britannique a déployé la quintessence d'une écriture expérimentale, Elise Vigneron s'est jetée à l'eau. De la cité phocéenne à la Tempête du bois de Vincennes, la metteure en scène, marionnettiste et plasticienne, façonne un spectacle pour choeur de glace en une expérience sensible du temps qui s'écoule, de l'enfance à la maturité.

 

Dans un faisceau de lumière blanche, une boule de glace tournoie suspendue au bout d'un fil, avant de s'écraser en mille morceaux sur scène. Le geste, fatal, préfigure le destin des six marionnettes à taille humaine, chacune sortie par un interprète… d'un congélateur. Car ces poupées translucides, finement sculptées et articulées, ne sont pas de cire mais de glace. Doubles des personnages littéraires, elles se nomment Bernard, Susan, Rhoda, Neville, Jinny et Louis (seul Percival brille par son absence).

Mis en mouvement et en voix par les comédiennes et comédiens, qui tirent leurs longues ficelles dans l'ombre, ces pantins de gel oscillent entre gestes anthropomorphes et ballet aérien. Au son du roulement tantôt apaisant, tantôt menaçant des vagues, leurs flux de leurs consciences elliptiques traversent les questionnements existentiels d'amour et de haine, de vie et de mort.

 

Vague à l'âme

Adapter un texte de Virginia Woolf au théâtre est un exercice périlleux. La dramaturge Marion Stoufflet Un défi de taille relevé honorablement. Certes, l'écriture elliptique et diffractée entre six personnages peut laisser perplexes les moins familiers de l'autrice britannique. Mais ici, l'arrangement du flou spatio-temporel et narratif est au service d'une mise en scène qui parvient à capter de façon singulière l'obscurité du récit. Ainsi les longs silences donnent à sentir le vide laissé par la perte d'un être cher et l'arrachement brutal à une enfance insouciante.

Le travail d'Elise Vigneron frappe par sa sensibilité esthétique unique. Face à une quête de sens toujours fuyant, la porosité totale des marionnettes à l'atmosphère environnante saisit, par une métaphore matérielle originale, la fragilité d'une vie et d'une existence éphémère. Tandis que la glace fond sous la lumière des projecteurs, la précaution et la douceur des interprètes interagissant avec ces corps froids suscitent une empathie intrigante. Voltigeant avec grâce entre les doigts de Zoé Lizot et Chloée Sanchez, ou dans un fascinant pas de deux avec la danseuse Azusa Takeuchi, les figures finissent, inévitablement, par voler en éclats. Reste alors leur structure métallique à découvert et le clapotement des gouttes dans une piscine d'eau douce, symbole de finitude et de renaissance. Et d'un pari réussi.

LES VAGUES

D'après Virginia Woolf

Mise en scène Elise Vigneron

Paris, Théâtre de la Tempête - Cartoucherie

www.la-tempete.fr

Jusqu'au 26 mai, puis au Mfest - Amiens (10 et 11 octobre), Les Salins - Martigues (8 novembre), à la Scène 55 - Mougins (19 novembre), au Théâtre de Nice (22 et 23 novembre).

 

 

Callysta Croizer / LES ECHOS

 
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Après les coupes budgétaires, les compagnies de théâtres en crise: «On ne pourra plus prendre de risque artistique» 

Après les coupes budgétaires, les compagnies de théâtres en crise: «On ne pourra plus prendre de risque artistique»  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Lara Clerc pour Libération - 19 mai 2024

 

 

Les restrictions budgétaires historiques annoncées fin février par Bercy et Matignon risquent de contraindre les institutions culturelles, déjà fragilisées par l’inflation, à réduire le nombre de leurs spectacles et à mettre en danger les compagnies qui s’y produisent.

 

 

«En deux saisons, nous sommes passés de 101 dates à 24… Au mieux. A cause de cela, nous allons devoir nous séparer de notre administratrice avec qui nous travaillons depuis dix ans.» Bess Davies ne peut s’empêcher de parler vite quand elle évoque le manque de moyens qui frappe sa compagnie de théâtre bordelaise, le collectif OS’O. «Je suis désolée, je vous bombarde d’informations…» Il faut dire que son équipe subit de plein fouet les effets de la politique d’austérité culturelle récemment mise en place par le gouvernement.

 

 

Les restrictions budgétaires historiques annoncées fin février par Bercy et Matignon risquent de contraindre les institutions culturelles, déjà fragilisées par l’inflation, à réduire le nombre de leurs spectacles et de leurs représentations, et, par ricochet, à mettre en danger les compagnies qui s’y produisent. Une donnée en particulier a fait réagir les professionnels du spectacle vivant : en avril, l’Association des professionnels de l’administration du spectacle (Lapas) prédisait une baisse de 54% de représentations  pour la saison prochaine, en comparaison avec la saison actuelle. «L’augmentation des coûts fixes qui n’ont cessé de croître ces deux dernières années, comme ceux de l’énergie par exempleréduit énormément la marge artistique des théâtres, c’est-à-dire la somme allouée aux pièces, aux artistes», explique la coprésidente de l’association, Véronique Felenbok. Les budgets, eux, stagnent, les aides financières ne sont pas indexées sur l’inflation et certaines subventions régionales ont même été baissées. «La seule façon de ne pas perdre d’argent est de réduire le nombre de levers de rideau, notamment dans les scènes subventionnées. Cela peut paraître contradictoire, mais le théâtre public survit principalement grâce aux subventions – sans elles, une place coûterait 90 euros. Alors moins jouer, c’est perdre moins d’argent.»

«Je n’ai pas la clé de l’équation»

Même constat du côté de l’Association des centres dramatiques nationaux (ACDN), ces salles qui, dans cet écosystème du spectacle vivant, ont un rôle crucial de soutien à la création. Emmanuelle Queyroy, sa présidente, produit des données moins catastrophiques mais elles aussi alarmantes : elle table sur une baisse de représentations de 7,5% entre 2023 et 2024 (à noter qu’il s’agit de l’année civile et non de la saison, de septembre à juin, comme pour Lapas), et une baisse de 9% de spectacles programmés pour la même période. «C’est le résultat d’un cumul entre la baisse de moyens d’une part, et le plan “Mieux produire mieux diffuser de l’autre», selon l’ACDN. Le but de ce plan lancé par le ministère de la Culture en juin 2023 est simple : limiter une offre culturelle saturée, dans une logique «d’écologie de la création». Mais Emmanuelle Queyroy s’alarme, «il n’est pas accompagné du financement adéquat, et pire à présent, on nous retire des millions d’euros. C’est un couperet pour un secteur en crise, et une catastrophe pour les compagnies».

 

En décembre, le directeur du théâtre de l’Odéon à Paris, Stéphane Braunschweig, annonçait qu’il ne se présenterait pas à sa propre succession, faute de budget suffisant. Un signal d’alerte pour le milieu. «Je n’ai pas la clé de l’équation. Il faut inventer un nouveau modèle économique. Mais on ne peut pas le disjoindre d’un projet artistique», expliquait-il alors à Libération. Deux mois plus tard – et bien qu’il se réjouisse d’avoir finalement réussi à programmer la saison prochaine son spectacle la Mouette, qu’il pensait condamné faute de moyen – il se désole lui aussi de devoir baisser le nombre de levers de rideaux, et de l’impact que cela aura sur les compagnies «Nous avons préparé une saison 2024-25 avec un petit moins de représentations que ce dont nous avons l’habitude. Elle en comptera 250, soit une grosse quarantaine de moins que les années précédentes, pour un total de douze spectacles, ce qui représente un ou deux de moins que d’habitude.» D’un ton résigné, il liste calmement les impacts que laissent les coupes budgétaires, notamment sur les sommes allouées aux coproductions avec des compagnies. «Avant le budget allait de 30 000 euros pour les petites  productions à 100 000 euros pour les grandes, aujourd’hui on est entre 20 000 et 50 000 euros.» Pour l’heure, son théâtre ne survit que grâce à ses réserves qui réussissent à amortir son déficit (qui s’élève à 1,3 million d’euros pour l’année 2022). «Mais elles fondront.»

 

 

Sans coussin amortisseur, les compagnies accusent le coup. «Les marges artistiques des théâtres sont réduites et ils ne peuvent donc pas soutenir autant d’artistes qu’auparavant», soupire Hugo Mallon, qui a fondé la compagnie l’Eventuel Hérisson bleu. Active depuis 2009, elle met en scène grosses comme petites productions, mais peine actuellement à obtenir des confirmations pour ses représentations. «On pensait qu’avec le temps, on allait réussir à mieux s’en sortir, finalement on a la même impression de galère qu’il y a dix ans, c’est assez alarmant», explique-t-il. Pour sa prochaine production, une adaptation d’Emma Bovary, seule une série de dates est sûre et certaine : celle des premières représentations, au théâtre le Phénix de Valenciennes à l’automne 2025. Au-delà de celles-ci, deux dates sont probables mais «pas calées» – «dangereux», commente-t-il – et six autres lieux doivent encore confirmer leur accueil dans les mois qui viennent. «En temps normal, je devrais déjà connaître les dates de tournée pour l’année 2025-26. Mais là, je constate que de nombreux lieux se disent intéressés sans s’engager.»

«Nous raterons des artistes auxquels nous ne nous attendons pas»

A l’incertitude s’ajoutent des conditions de travail de plus en plus difficiles, témoigne Aurélia Lüscher, cofondatrice du collectif Marthe et de la compagnie le Désordre des choses : «Les théâtres sont obligés de nous demander de couper dans certaines dépenses.  Pour une prochaine production, je vais être obligée de réduire mes frais de transporteur et pour ce spectacle que j’ai écrit sans aide financière, je vais devoir acheminer moi-même le décor, conduire le camion, monter le décor en arrivant puis jouer dans la foulée…» Elle aussi a déjà commencé à recevoir des annulations de dates de la part de certaines salles dans lesquelles elle devait jouer, et cette année encore, comme depuis deux ans, le collectif a renoncé à augmenter ses cachets. La question des revenus inquiète sérieusement les professionnels, et tout particulièrement ceux qui bénéficient du statut d’intermittent : la réduction du nombre des représentations rime potentiellement avec l’impossibilité de boucler ses 507 heures de travail, condition sine qua non pour se qualifier à l’allocation.

 

«Entre les restrictions budgétaires et le plan Mieux produire, mieux diffuser, les jeunes metteurs en scène ne pourront plus faire de spectacles que tous les deux, trois ans, confirme Stéphane Braunschweig. Or, c’est par l’expérience qu’on apprend son métier.» Même lui, avec ses trente ans d’expérience dans le théâtre public, redoute les conditions dans lesquelles il se replongera dans la mise en scène indépendante. «Serais-je en mesure de réaliser une mise en scène par an comme je le fais depuis trente ans ? Je n’en suis pas sûr.»

 

Dans tous les témoignages revient une inquiétude : les œuvres proposées au public parviendront-elles à être aussi diverses et inventives si elles sont moins nombreuses et plus fragiles ? «On ne pourra plus se permettre de prendre des risques, de se planter… Avant, le conventionnement le permettait, on pouvait rebondir après une pièce qui n’avait pas marché», explique Bess Davies. Noëmie Ksicova, metteuse en scène depuis plus de dix ans qui a donné l’Enfant brûlé au théâtre de l’Odéon cette année, renchérit : «Nous ne jetons pas la pierre aux théâtres. A présent, leurs contraintes sont telles que même en étant de bonne volonté, ils ont du mal à sortir de cette logique économique. Ils ne peuvent plus se permettre certains choix et seront dans l’obligation de prendre des spectacles qui rempliront la salle à coup sûr, car la billetterie deviendra une ressource financière de plus en plus centrale. Nous raterons des artistes auxquels nous ne nous attendons pas. Et c’est ça précisément, qui fait la force du service public et la fameuse exception culturelle.»

 
 
 
Légende photo :  L’Association des centres dramatiques nationaux table sur une baisse de représentations de 7,5% entre 2023 et 2024. (photo © Leonard Mc Lane/Getty Images)

 

 
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Agnès Jaoui, à Cannes : « Il y a eu comme une conjuration pour terminer “Ma vie ma gueule”, de Sophie Fillières »

Agnès Jaoui, à Cannes : « Il y a eu comme une conjuration pour terminer “Ma vie ma gueule”, de Sophie Fillières » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Jacques Mandelbaum dans Le Monde

Publié le 15 mai 2024 

La comédienne, qui campe l’alter ego de la réalisatrice morte en 2023 dans le film qui ouvre la Quinzaine des cinéastes, le 15 mai, évoque, dans un entretien au « Monde », les deuils qui l’ont récemment touchée.

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/05/15/agnes-jaoui-a-cannes-il-y-a-eu-comme-une-conjuration-pour-terminer-ma-vie-ma-gueule-de-sophie-fillieres_6233287_3246.html

Dans Ma vie ma gueule, comédie dépressive qui fait l’ouverture de la Quinzaine des cinéastes, Agnès Jaoui campe un alter ego de la réalisatrice du film, Sophie Filières, cinéaste à la fantaisie intranquille disparue le 31 juillet 2023, avant même qu’elle ne puisse travailler au montage de son film. Funeste coïncidence, pour l’artiste, que la fatalité contraint depuis quelques années à porter le deuil. Celui de son compagnon de vie et d’écriture, Jean-Pierre Bacri, en compagnie duquel elle a signé ses plus remarquables succès comme scénariste et actrice (Cuisine et dépendances, Un air de famille, On connaît la chanson), ajoutant sa qualité de réalisatrice dans son premier long-métrage, Le Goût des autres (2000). Mais aussi celui de membres de sa famille, assassinés durant les massacres du 7 octobre 2023 en Israël.

A 59 ans, l’écriture comme suspendue, la vie comme assombrie, cette femme d’une vitalité tellurique se recentre ainsi sur une carrière d’actrice dont les rôles expriment, tel celui qu’elle a encore récemment tenu dans Le Dernier des juifs, de Noé Debré, la souffrance diffuse qu’elle tente d’exorciser.

 

Vous incarnez dans le film de Sophie Fillières une héroïne dont le rapport tant à son propre désir qu’à celui de la réalité laisse à désirer. Vous reconnaissez-vous dans cet accommodement compliqué au monde qui vous entoure ?

Cela peut m’arriver, en effet. Mais j’ai d’abord ressenti très fortement que je l’incarnais elle. Ses amis, ses broches et ses bagues qu’elle me donnait tous les matins et que je lui rendais tous les soirs. D’ailleurs, en voyant le film, surtout la première partie, je ne me reconnais pas, je la vois elle. Cette façon de marcher au bord du gouffre, en trouvant malgré tout de la vie et de la gaieté. Il y a un élan vital chez elle.

Saviez-vous que la réalisatrice était malade en tournant le film ?

Oui, nous étions quelques-uns à le savoir évidemment, le tournage avait été repoussé. Mais nous n’en parlions pas sur le plateau. La volonté de tous, c’était que le film se fasse coûte que coûte. Sophie était très entourée, elle avait des amitiés très solides. Il y a eu comme une conjuration pour le terminer.

N’est-ce pas une étrange situation de porter aujourd’hui le film en son absence ?

Evidemment. Cette projection à Cannes va être émotionnellement très chargée. Et, en même temps, il y a eu une telle solidarité pour finir le film en son absence, avec ses enfants, il y a un tel soutien de la Quinzaine des cinéastes et de tous ses amis, je ne sais pas comment dire, c’est un peu comme si elle était encore là.

 

Vous avez été récemment frappée par des disparitions dont on pressent combien elles vous ont affectée, à commencer par celle de Jean-Pierre Bacri, dont vous avez laissé entendre qu’elle vous empêche peu ou prou d’écrire…

Evidemment que Jean-Pierre me manque de toute façon à chaque instant, mais il est vrai qu’il est particulièrement compliqué d’écrire seule quand on a toujours écrit et joué à deux. Nous avions une complémentarité et une compréhension mutuelle, une sorte de méthode que nous nous étions créée de manière empirique, qu’il est impossible pour moi de retrouver.

Pensez-vous surmonter cet écueil ?

J’espère être en train d’y parvenir. En renonçant à remplacer Jean-Pierre, et en écrivant seule mais avec d’autres, plusieurs autres, de sorte qu’aucun ne soit tenu à devoir se substituer à lui. Et je travaille notamment à un projet de cinéma, assez chaud, sur la relation homme-femme.

Sujet rendu même brûlant par le mouvement #metoo, tout particulièrement dans le milieu du cinéma. Pensez-vous que ce milieu, qui fonctionne sur le désir, soit plus touché que d’autres ?

Sûrement pas. C’est très bien d’en parler, mais on sait bien que les abus sont partout, simplement plus visibles ici parce que les gens sont connus et parce qu’en effet il y a du désir qui circule sans arrêt au cinéma. C’est la chose délicate à comprendre : dénoncer les abus ne doit pas conduire à tout mélanger.

 

En 2020, vous aviez évoqué lors des assises du collectif 50/50 les violences sexuelles dont vous avez été victime dans votre enfance, et plus largement l’aliénation de la femme au cinéma. Vous reconnaissez-vous dans le féminisme des nouvelles générations ?

Pas complètement, et pas davantage avec celui de la génération de ma mère. Il y avait chez elle une terrible colère, sans doute légitime, mais qui avait pour corollaire l’idée qu’il n’y avait pas un mec pour rattraper l’autre. C’est un peu la même colère que je retrouve chez certaines jeunes femmes, aujourd’hui. J’ai l’impression d’avoir vécu avec ma génération un moment très particulier, où le féminisme était à la limite perçu comme ringard parce que la cause était considérée comme gagnée. Des dissensions internes au sein du mouvement féministe, j’en ai connu beaucoup. Elles sont parfois désespérantes, traumatisantes même, parce qu’on se rend compte qu’on a beau combattre pour une cause commune, cela n’empêche pas certaines divergences de prendre le dessus. Ce sont des raisons de cette nature qui ont fini par me faire quitter le collectif 50/50, même si je continue à leur apporter mon soutien parce que je considère que leur cause est juste.

Pensez-vous que les mouvements contemporains en faveur des minorités développent une pensée dont la radicalité se révèle, à certains égards, liberticide ?

Je crois, en effet, que la présomption d’innocence doit être respectée et qu’on ne doit pas jeter en pâture les gens tant qu’ils n’ont pas été jugés. Ça tourne au jeu de massacre. On en est au point où certains journalistes vous tarabustent uniquement pour que vous donniez des noms. Cela me met moralement très mal à l’aise. Je pense, par ailleurs, que l’exigence d’une pureté et d’une hygiène des comportements est très largement illusoire, et par surcroît dangereuse. Toutes les fois qu’un tel argument a été énoncé dans l’histoire, les conséquences ont été dramatiques.

Un autre drame vous a récemment frappée, l’assassinat de certains membres de votre famille durant les massacres du 7 octobre 2023 en Israël. Qui étaient-ils ?

Ce sont des cousins du côté de mon père qui habitaient le kibboutz Nir Oz, près de la frontière avec Gaza. Une grand-mère et sa petite fille ont été tuées. Une de ses filles, Hadas Jaoui-Kalderon, vient d’écrire un livre sur l’enlèvement de son mari et de ses deux enfants, 52 jours sans eux [Alisio, 220 pages, 19 euros]. Les enfants ont été relâchés. Le mari, s’il est en vie, est toujours otage.

 

Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin d’en parler publiquement ?

Parce que je ne m’attendais pas à un tel manque de compassion, à un tel déni tant des massacres que de la vie des otages. J’ai été choquée par la logique nauséabonde qui s’est mise en place dans certains milieux de gauche. Comme si on était dans une nouvelle narration qui fait d’Israël, dans sa fondation, son être même, une puissance colonisatrice, donc un Etat d’emblée illégitime qu’il faudrait, selon cette définition de l’antisionisme, rayer de la carte. Il en va de même de l’usage du mot « génocide ». Je condamne la politique menée depuis des décennies par le gouvernement israélien et les épouvantables massacres qui sont en cours à Gaza, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a une certaine perversité, ou peut-être un certain soulagement moral, à tant vouloir que les descendants des victimes de la Shoah soient à leur tour des génocidaires.

 

Jacques Mandelbaum / LE MONDE

 

Légende photo : Barberie Bichette (Agnès Jaoui), dans « Ma vie ma gueule », de Sophie Fillières. CHRISTMAS IN JULY / JOUR2FÊTE

 

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Le Petit Chaperon rouge – Das Plateau – Céleste Germe

Le Petit Chaperon rouge – Das Plateau – Céleste Germe | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans Hottello - 16 mai 2024

Le Petit Chaperon rouge – Das Plateau – Céleste Germe. Texte de Jacob et Wilhelm Grimm, traduction de Natacha Rimasson-Fertin (Corti), et des fragments de Futur, ancien, fugitif d’ Olivier Cadiot, mise en scène Céleste Germe. Avec Antoine Oppenheim et Maëlys Ricordeau, collaboration artistique Maëlys Ricordeau, composition musicale et direction du travail sonore J. Stambach, scénographie James Brandily, création vidéo Flavie Trichet-Lespagnol, dispositif son et vidéo et régie Jérôme Tuncer, création lumière Sébastien Lefèvre, costumes Sabine Schlemmer, conseils dramaturgiques Marion Stoufflet.

 

 

Le Petit Chaperon rouge est l’un des premiers contes qu’on lit aux enfants, l’un des plus connus, au charme envoûtant pour des générations qui ont grandi avec lui. Il faut l’entendre à nouveau, ne serait-ce que pour la complexité et l’ambivalence de ses thèmes, « aussi denses et noueux que les arbres centenaires, pour l’épaisseur poétique de l’histoire dont la trace perdure en de longs sillons dans nos imaginaires, pour l’imagerie : la forêt profonde, la tâche rouge, le soleil qui éclate dans les canopées sombres. » Telle est la formulation rédigée avec rigueur, perspicacité et poésie du projet de « Das Plateau ».

 

Montrer aussi une nouvelle fois Le Petit Chaperon rouge pour faire entendre la version mature et positive des Frères Grimm dans laquelle cette petite fille qui se promène joyeusement dans la forêt n’est ni imprudente ni naïve, mais au contraire, vaillante et courageuse, traversant les dangers et luttant contre les clichés réducteurs, voulant vivre. 

 

« Tout est là, la peur, la dévoration, la forêt obscure, les liens familiaux d’abord féminins – transmission, piège, victoire, déguisement, métamorphose :  un conte solaire grâce à cette fille vive, sa capacité à garder la tête haute, traversant les dangers pour retourner le sort. »

 

Et faire voir cette fillette dans ses promenades – joie, beauté enfantine, jugement sûr. Soit la réécoute du récit initiatique, qui, par-delà les temps et les générations, magnifie la solidarité féminine et raille les affreux loups méchants, et redécouvrir ce conte émancipateur subversif, qui affirme le droit au mystère, au plaisir, à la liberté et à la peur. 

 

Un spectacle à l’intensité visuelle et sonore qui ouvre à des paysages sensibles et inédits, à la fois légendaires et quotidiens, imaginaires et familiers, vertigineux et inventifs. Bel envoûtement véritable d’un spectacle d’aujourd’hui pour les enfants de maintenant.

 

L’expérience immersive et plastique est fascinante, plus subversive qu’on ne le pense, tel est ce Petit Chaperon rouge, en résonance avec notre présent incertain et improbable.

Pour donner vie à ce récit initiatique, s’impose une scénographie de filtres et de miroirs – le mystère de l’enfance et le merveilleux à portée de main. Un toit mobile, un plafond en miroir, reflète les personnages sur la scène – l’étrange réverbération d’un portrait inversé.

 

Le Petit Chaperon rouge – narratrice et adulte – que campe Maëlys Ricordeau, qui revêt sa capeline rouge, ou bien son bonnet de dentelle pour incarner la grand-mère – et le loup enfin dont le rôle revient à Antoine Oppenheim, qui jouera le Chasseur éclairé plus tard.

En attendant, il porte avec foi une fourrure significative de loup aux pattes longues et fines.

Le dispositif optique est ingénieux, déployé en tableaux-paysages successifs : forêt profonde, rayons du soleil dans les arbres, chemin caillouteux qui mène chez la grand-mère : les images tournées d’un livre de conte, et les trois dimensions où on se promène.

 

Récit et dialogue, narration et incarnation, les interprètes habiles jouent de tous les codes. Ce poème visuel et jubilatoire souffle la libération, affirmant le mystère, le plaisir, la liberté. Un verbe clair articulé sur des dispositifs scénographiques et visuels à la composition subtile: images, musique, lumière, sons, jeu, voix, musique avec harpe, trombone et orgue. Les noirs sont prégnants aussi, diffusant cette terreur et cette angoisse universelle qui serre le coeur quand l’être se sent inquiété par l’inconnu, exposé encore à la menace.

 

Or, il s’agit, pour la fillette, de respirer, de continuer à être soi sans faillir face à l’hostilité.

 

 

Véronique Hotte

 

 

Du 15 au 18 mai  2024, dès 5 ans, au  Théâtre Silvia Monfort 106 rue Brancion 75015 Paris • 01 56 08 33 88 • theatresilviamonfort.eu Du 21 au 24 mai, Théâtre de la Cité, Toulouse. Du 30 mai au 1er juin, Théâtre National de Nice. Du 5 juin au 7 juin 2024, Théâtre de l’Auditorium de Poitiers, Poitiers.

 

 

Crédit photo : Simon Gosselin.

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Lionel Lingelser le possédé 

Lionel Lingelser le possédé  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog - 15 mai 2024

 

L’acteur Lionel Lingelser, co-fondateur du Munstrum théâtre, a confié à l’auteur Yann Verburgh le soin de conter sa vie en la brodant. Ainsi est née une pièce pleine de fantômes, « Les possédés d’Illfurth », où l’acteur joue tous les rôles. Éblouissant.

 

Tel un chaman, tambourin en main éloignant de son fracas les mauvaise ondes, l’acteur Lionel Lingelser traverse la salle pour monter sur la scène où il restera seul, avec, en bouche, le récit sa vie librement mise en mots, et sans fards à sa demande, par l‘auteur Yann Verburgh.

 

Né en Alsace dans le petit village d’Illfurth, Lionel Lingelser a étudié le théâtre au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris tout comme son compère Louis Arène. Ensemble, ils ont fondé le Munstrum théâtre en Alsace et la Filature de Mulhouse coproduit la plupart de leurs spectacles dont celui-ci, créé il y a trois ans, et, présentement, à l’affiche du Théâtre du Rond-Point

 

 

Le titre, Les possédés d’Illfurth, fait référence à une histoire ancienne du village natal de l’acteur où, en 1864, deux enfants atteints d’une possession démoniaque selon l’église ont été exorcisés. Lionel Lingelser est lui aussi un possédé puisqu’il a le démon du théâtre dans la peau. Mais ce n‘est pas suffisant pour atteindre l’excellence du jeu. Un metteur en scène lui conseille la lecture du texte de Lorca sur el duende en martelant : « S’il n’y a pas cet esprit qui te possède, cette inspiration qui t’élève, il n’y a rien ! ».

 

Ainsi la pièce commence-t-elle avec son double Hélios, faisant face à un « sorcier » à l’accent ibérique qui lui fait répéter le rôle de Scapin. L’acteur Lingelser a effectivement joué Les Fourberies de Scapin  il y a une quinzaine d’années dans une mise en scène d’Omar Porras.

 

 

La pièce avance ainsi en entrelaçant habilement la légende des possédés d'Illfurth, le pouvoir démoniaque du sorcier sur l’acteur et sa quête du el duende. Et, pour finir, le plus cruel, le plus enfoui, la façon dont un certain Bastien, compagnon d’entraînement de son âge, cinq ans durant va abuser de lui, va le posséder.

 

A sa mère qui pense que le plus dur au théâtre, « c’est d’apprendre le texte » , son fils Hélios lui dit que non, le plus dur c’est « être au présent ». C’est aussi ce qu’il répondra à Bastien le jour où il décide de ne plus jamais le voir. Être au présent, c’est le Graal de tout comédien et Lionel Lingelser le possède.

 

 

Théâtre du Rond Point, du mar au ven 19h30, sam 18h30, jusqu’au Ier juin.

Le texte de la pièce est publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs

 

Crédit photo : Lionel Lingelser dans "Les possédés d'Illfurth" Photo © Jean-Louis Fernandez

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Julie Duval, boxe office 

Julie Duval, boxe office  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Gilles Renault dans Libération - 12 mai 2024

 

Seule sur scène, dans un spectacle qui cartonne depuis deux ans, la comédienne retrace une histoire personnelle d’émancipation, à coups de mots et de poings.

 

 
 

Aurait-on beau préconiser un équilibre absolu des relations homme-femme, que certaines questions achopperaient encore sur la bienséance. Comme celle consistant à demander son poids à une personne du sexe jadis présumé faible. Pourtant, dans le cas de Julie Duval, le sujet froisse d’autant moins que l’interlocuteur valse illico dans les cordes : «Catégorie moins de 54 kilos.» Option boxe thaïe, en l’occurrence. «Tout sauf un sport de riches, mais avec des valeurs nobles, beaucoup de discipline, de rigueur, et un excellent remède pour évacuer la colère qu’on peut avoir en soi.» En témoignent une dizaine d’années de pratique, acharnée – «Jusqu’à six jours sur sept, et deux entraînements quotidiens» –, complétée par de la course à pied et du renforcement musculaire, que valident trois combats officiels au compteur : deux victoires, une défaite.

Un palmarès modeste qui, avouons-le, ne suffirait pas à éveiller la curiosité médiatique. Sinon que ladite boxe accapare le spectacle de Julie Duval, l’Odeur de la guerre. Une victoire par KO qui, pour le coup, met tout le monde OK : du off d’Avignon à la salle parisienne de la Scala, chaque séance, à guichets fermés, récolte son lot de vivats. Et la critique suit, jusqu’à l’aréopage radiophonique du Masque et la Plume, arbitre volontiers vipérin des élégances germanopratines, qui, sur France Inter, a même baissé la garde. Une heure quinze durant, seule sur scène, Julie Duval se raconte, volubile et cash – doutes, regimbements, blessures et rédemption compris –, englobant dans la performance une dizaine de personnages qui, famille, proches ou enseignants, ont jalonné la sortie de la chrysalide.

C’est au premier étage d’une maison, dans une rue calme de Montreuil, propriété de son compagnon, le cinéaste Léopold Legrand (le Sixième Enfant), que la trentenaire rembobine le cheminement. Une certaine quiétude émane du salon au parquet de bois foncé, tout juste démentie par l’intitulé des ouvrages dispersés sous le verre de la table basse, de l’antédiluvien Art de la guerre de Sun Tzu aux bourlingues du Jack London photographe, via les cartes de la Féminité sacrée, «oracle thérapeutique de la femme sorcière» dont l’argumentaire garantit qu’il «libère de tous les carcans afin de vivre pleinement sa destinée et ses rêves».

 

Un vade-mecum qui conduit donc à cette hôtesse gracile qui, jeans noir, pull gris et jambes repliées dans le fauteuil, transite sans barguigner de la scène au séjour ; une différence notable résidant néanmoins dans le ton, la faconde de la comédienne se substituant, hors plateau, à la parole posée, limite studieuse de quelqu’un qu’on devine peu rompu à la joute médiatique. Pourtant, comme on le disait en préambule, l’Odeur de la guerre a bien la baraka, après déjà plus d’une centaine de rounds et la perspective de nombreux mois fructueux encore à venir. .

Un marathon qui nécessite des plages de récupération, comme ces deux semaines de vacances, en Martinique, puis en Normandie, qui ramènent la brunette au teint hâlé, reposée, à défaut de rassérénée. «De même qu’il faut enchaîner des centaines de gauche droite avant d’en placer une correctement, presque un an de travail a été nécessaire pour parvenir à cette version , moins vindicative et plus joyeuse qu’à l’origine. Et si je pense avoir évacué certaines fêlures du passé, je n’en reste pas moins une grande anxieuse qui, malgré les encouragements, peine à savourer le moment présent. Peut-être en souvenir de ce combat où, ayant convié plein de gens autour du ring, tu te retrouves au sol et dois te relever.»

 

«A ses débuts, Julie était très organique et sauvage. Au point qu’elle a pu faire presque peur à des profs d’art dramatique qui, à tort, ont cherché à lui mettre un carcan», se souvient Juliette Bayi, qui la connaît depuis une douzaine d’années et a vécu avec elle en colocation. «Mais je pense qu’elle a appris à soigner ses blessures et ses démons, jusqu’à être en mesure d’accepter la notion de vulnérabilité. De même qu’elle commence à se protéger un peu, face aux sollicitations de plus en plus nombreuses, et, succès aidant, à rêver de faire pleinement ce métier», complète celle qui, avec Elodie Menant, cosigne la mise en scène.

 

Quiconque a déjà humé l’Odeur de la guerre apprendra fatalement moins de choses, en lisant ces lignes, que les profanes, tant l’on suit un fil autobiographique que l’autrice évalue elle-même à «100 %». De fait, Jeanne (qu’elle incarne) est Julie. Qui égratigne un cadre familial frustrant, entre un père taiseux et brutal, et une mère dépassée qui escamote les sujets sensibles en préférant parler du chien. Détaille l’éveil cru à la féminité, des premières règles à une sortie alcoolisée en boîte où un connard fait fi du mot «consentement». Galèje une scolarité foireuse, bordurée par une bonne copine certifiée cagole et une sœur cadette, aujourd’hui aide-soignante. Célèbre l’arrivée à Paris, rimant avec épiphanie, quand la Varoise, qui vivote avec un CAP esthétique et un BEP hôtellerie-restauration, découvre le poids des mots, de Hugo, de Molière, de Racine, avant François ChengAnnie Ernaux, ou bell hooks, en s’inscrivant au cours Florent – avec la bénédiction de son parrain, qui la sponsorise –, et le choc des jabs et high kicks, à la Team Alamos, un club parisien symbolisé sur scène par un banc et un sac de frappe.

 

Autant de contextes dont les authentiques acteurs ont poussé, un soir ou l’autre, la porte du théâtre pour découvrir la performance de Julie Duval. «Mes parents, purs transfuges de classe, aujourd’hui retraités, mais autrefois commercial et employée à Pôle Emploi, se souciaient plus des conventions que des émotions. Si bien qu’à la maison, on ne parlait pas. D’où une adolescence compliquée, marquée par un renvoi du collège et ce goût de la bagarre donnant à une fille, qui voulait être tout sauf elle-même, l’illusion d’exister. Mon père a pleuré, en comprenant, à travers le spectacle, ce que fut notre vie à l’époque. Ma mère, d’un tempérament pudique, a préféré ne pas se reconnaître. Mon coach de boxe, qui avait mis un costume pour l’occasion, lui, s’y est retrouvé.»

 
 

Préférant «écouter les poètes, plutôt que les candidats politiques», qui jusqu’à présent ne l’ont jamais incitée qu’à «voter contre», Julie Duval n’en est pas moins, dans son style, une activiste, qui a participé à des collages nocturnes pour dénoncer la précarité et les violences faites aux femmes. De même qu’elle enseigne la boxe au Palais de la femme, emblématique centre d’hébergement parisien, et va régulièrement raconter son parcours dans des bahuts de banlieue. Où elle s’inquiète de trouver les jeunes «bien sages, sans envies ni repères, comme épuisés, sinon résignés», tandis qu’elle les enjoint à prendre en main leur destinée. A ses heures perdues (sic), la jeune femme dessine aussi, «d’un trait, qui ne lâche jamais la feuille». Ni, elle, l’affaire.

 

Gilles Renault / Libération 

 

 

1989 Naissance à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes).

 

2014 Découverte de la boxe thaïe.

 

2021 Création de l’Odeur de la guerre au Théâtre La Flèche (Paris).

 

2022 et 2023 Off du Festival d’Avignon.

 

2024 L’Odeur de la guerre à la Scala (Paris) et à Avignon.

 
 
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« Dans ton cœur », à la folie

« Dans ton cœur », à la folie | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog - 9 mai 2024

 

 

Pour la troupe d’acrobates de la compagnie Akoreacro, Pierre Guillois a réglé un formidable spectacle qui s’appuie sur l’excellence des artistes. Ayons une pensée pour Titouan Maire, brillantissime élève du CNAC, mort après une chute, lors d’une répétition.

 

Que dire ? Ils ont trouvé le metteur en scène idéal qui donne à leurs époustouflantes prouesses ce « petit plus » qui fait de Dans ton cœur, spectacle déjà bien rodé, né il y a plusieurs années, un supplément d’esprit, d’humour, et de fluidité narrative.

 

Au Rond-Point, dans la grande salle, ce soir-là, la jeunesse est en présence forte ! Et quel bonheur sentir comment ils retiennent leur souffle, comment ils font crépiter des applaudissements qui disent à la fois bravo et merci avant l’explosion finale.

 

C’est en 2018 qu’a été créé cette merveilleuse pièce liant une compagnie exceptionnelle d’art circassien et d’acrobatie, en particulier, à un homme de théâtre d’une intelligence et d’une sensibilité bouleversantes. Comment a-t-on fait pour qu’il faille attendre le Rond-Point pour les applaudir ?! Sous la haute charpente de ce qui fut le théâtre de la compagnie Renaud-Barrault à la gare d’Orsay (bien avant le Musée !), les artistes d’Akoreacro sont chez eux : au cirque !

 

Sur le très large plateau, des éléments scéniques translucides ou opaques, selon les lumières de Manu Jarousse, assurant la régie générale au millième de seconde, glissent, composant, défaisant, recomposant, un univers urbain d’immeubles silencieux. Et, perchée à cour, une plate-forme qui ne cache pas qu’elle est un tremplin pour envols et autres hallucinants numéros de trapèze. Un décor circassien de Jani Nuutinen et Circo Aero, avec la touche onirique d’Alexandre de Dardel…

 

Ici, il faudrait citer chacune et chacun, des accessoires aux costumes, car tout est réglé d’une manière aussi plaisante et harmonieuse, qu’efficace. Du grand art, à tous les postes. Pas de secret. Une rigueur qui se farde d’humour, jusqu’aux clowneries, mais quelle maîtrise !

 

 

On ne vous racontera pas tout, mais saluons le couple des amoureux-voltigeurs, qui s’envoient en l’air avec les bébés (de chiffon, rassurez-vous), l’hallucinante Marion Rouillard, un Tanagra tout en jolis muscles et présence d’esprit, une plume qui doit peser quarante kilos toute mouillée, et sans doute moins… Ravissante, forte d’une autorité naturelle, harmonieuse, espiègle, irrésistible. Face à elle, Antonio Segura Lizan, un Puck des pistes et des airs, merveilleux comédien, en plus !

 

Saluons les acrobates, porteurs, jongleur ou as du trapèze Washington, des mecs, des vrais, comme les dessine le metteur en scène, saluons les musiciens, indissociables du projet de la compagnie, intégrés au jeu, contrebasse, batterie, percussions, guitare, saxophone, claviers, flûte.

 

 

L’orchestration spectaculaire est aussi sublime que jubilatoire. On retient son souffle. Ils sont dans les airs comme portés par une grâce, une poésie qui illuminent tout. C’est magnifique.

Théâtre du Rond-Point, du lundi au vendredi, sauf mardi, à 20h30, samedi 19h30, dimanche 15h00. Jusqu’au 26 mai. Durée : 1h15. Relâches, jeudi 9 mai, dimanche 19, lundi 20 mai. Tél :01 44 95 98 21.

theatredurondpoint.fr

 

Distribution au Rond-Point :

Manon Rouillard Voltigeuse
Romain Vigier Acrobate, porteur
Maxime Solé Acrobate, trapèze Washington
Basile Narcy Acrobate, porteur, jongleur
Maxime La Sala Porteur cadre Antonio Segura Lizan Voltigeur
Pedro Conscienca ou Tom Bruyas porteur, acrobate Joan Ramon Graell Gabriel porteur, acrobate.

 

 

Saluons Pedro, qui va vers d’autres chemins, pensons à Titouan Maire, mort d’une chute au CNAC, lors d’une répétition. Mourir à 23 ans, au sortir d’une troisième année, cela ne devrait pas être possible La Ministre de la Culture, Rachida Dati, demande une enquête. 

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Le château d’Hardelot, son théâtre élisabéthain et son « Roi Lear » revisités par Irina Brook

Le château d’Hardelot, son théâtre élisabéthain et son « Roi Lear » revisités par Irina Brook | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 10 mai 2024  

 

La metteuse en scène s’est fixée pour trois ans dans ce lieu singulier du Pas-de-Calais, où elle ouvre un nouveau chapitre de son aventure artistique avec « Lear ? », présenté les 11, 17 et 18 mai.


Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/05/10/le-chateau-d-hardelot-son-theatre-elisabethain-et-son-roi-lear-revisites-par-irina-brook_6232541_3246.html

Planté sur la Côte d’Opale, d’où il observe les rives britanniques voisines (à 30 kilomètres à vol d’oiseau), le château d’Hardelot (Pas-de-Calais), avec ses pierres claires arc-boutées les unes sur les autres, détonne dans un paysage verdoyant où les forêts domaniales d’Hardelot et d’Ecault s’étendent à perte de vue. Construit au XIXe siècle par un Anglais sur les ruines d’une forteresse médiévale, il est surmonté d’un drapeau franco-britannique et agrémenté, sur ses pelouses, d’un théâtre en bois circulaire.

 

L’ensemble est devenu, en 2009, le Centre culturel de l’Entente cordiale. Une volonté du département du Pas-de-Calais, qui en finance à lui seul le train de vie : 1,1 million d’euros de crédits en 2024. C’est assez pour que le directeur, Eric Gendron, entrecroise, dans une programmation binationale, expositions, concerts, cinéma en plein air, ateliers pour les scolaires ou spectacles de théâtre.

 
« Nous sommes une vingtaine de permanents. A l’exception de janvier, nous ne fermons jamais. Du British Jazz Festival au Printemps médiéval, en passant par les Shakespeare Nights, chaque mois est consacré à un thème. Notre mission est d’être attractif sur les plans touristique et culturel », explique le patron, qui se désole, trousseau de clés à la main, du caractère singulier de la visite, ce mardi 7 mai. « Les tempêtes qui ont ravagé la région ne nous ont pas épargnés. A cause des infiltrations d’eau, nous devons mettre les œuvres à l’abri. »
 

Sur place, les équipes déménagent avec précaution peintures à l’huile, sculptures et meubles ouvragés. Un crâne en marbre attend son heure, le canon offert par la reine Victoria également. Le fumoir, la bibliothèque, la salle à manger, l’immense escalier de bois : pas un mètre carré qui ne soit sécurisé. Les randonneurs devront se contenter, pendant quelques mois, d’admirer le château de ses jardins.

Réplique du Globe de Londres

Même le théâtre circulaire, autre atout (et non des moindres) de ce site éclectique, a subi les caprices de la météo. Les hauts bambous qui l’encerclent ont été retirés, pour éviter le risque de les voir chuter sur les passants. L’édifice n’en reste pas moins impressionnant. Et pour cause : surgi de terre en 2015, il est la réplique du Théâtre du Globe, qui, à Londres, accueillait les pièces de Shakespeare.

C’est donc ici qu’avec évidence se sont dirigés les pas d’Irina Brook, pour qui l’œuvre de l’élisabéthain est une source de jouvence permanente (elle a adapté et mis en scène Roméo et Juliette, Tempête !, Le Songe). L’artiste franco-britannique n’est pas pour rien dans la construction de cet écologique bâtiment : « Avec l’architecte Andrew Todd, nous l’avions rêvé comme le croisement entre le Globe londonien et les Bouffes du Nord parisiens. A l’origine, il devait être implanté en bordure de Seine, près de Ris-Orangis [Essonne]. Je me suis retirée du projet, et c’est finalement sur la Côte d’Opale qu’Andrew l’a bâti. »

 

 

Lire aussi sur le château d’Hardelot (2016) | Article réservé à nos abonnés Tempête pour un théâtre élisabéthain
 

En 2023, la metteuse en scène était venue, pour la première fois, jouer à Hardelot. Elle en garde le souvenir inoubliable de l’énergie naissant des rondeurs boisées de la salle, un pur violoncelle où résonnent et vibrent les mots des acteurs. « Les murs parlent », affirme Irina Brook. Le choc est tel qu’elle n’envisage plus de repartir. Associée au Centre culturel de l’Entente cordiale, elle sera son ambassadrice pour les trois ans à venir. Une fonction qu’elle souhaiterait assumer au-delà du temps imparti : « J’aimerais obtenir des financements européens pour pérenniser ma présence. Le théâtre a besoin de plus de temps pour se déployer. »

 

« Changer le monde est mission impossible »

A-t-elle enfin trouvé son port d’attache ? Celle qui partage désormais son temps entre la France et le Kent (elle peut voir Hardelot de son appartement de Folkestone) a quitté en 2019 la direction du Centre dramatique national de Nice après un unique mandat. « Je suis partie pour sauver ma peau. Je m’étais épuisée dans le désir idéaliste de rallier le public au théâtre. Je n’avais que ça en tête, je ne me suis occupée de rien d’autre, jusqu’à ce que je comprenne que changer le monde est mission impossible. »

 

Faute de changer le monde, elle se réinvente. Une métamorphose qui n’est pas sans rapport avec la mort de son père, Peter Brook, en juillet 2022. « Je pense avoir passé ma vie à essayer de faire du théâtre pour lui plaire. Je suivais ses préceptes. Je m’acharnais à concevoir des spectacles simples et pour tous. Il me semblait que je n’avais rien de personnel à raconter. » Ces entraves ont volé en éclats. Si aujourd’hui Irina Brook revient à Shakespeare, elle le fait en ne cachant rien de ce qu’elle ressent « au plus profond » d’elle-même. Elle monte donc Lear ?, d’après Le Roi Lear. Un drame qu’elle projette dans une maison de retraite et dans lequel elle greffe des textes inédits, fruits d’improvisations menées avec ses comédiens. Une histoire d’enfants et de parents, de vieillards au seuil de la mort. « Nous passons par l’esprit de Lear, une folie qui nous autorise à circuler dans toutes sortes de mondes. »

Sur la scène, un lit médicalisé et un fauteuil roulant. Les filles de Lear portent des robes à paillettes sous leurs blouses d’infirmière. Le roi endosse un manteau de fourrure élimé. A quelques jours de la première, l’acte V de la pièce est encore à inventer. Irina Brook travaille d’arrache-pied et dort trois ou quatre heures par nuit. Elle ne s’en plaint pas, au contraire. Elle sait qu’elle ouvre un nouveau chapitre de son histoire artistique. Et qu’elle s’apprête à livrer d’elle, au théâtre, ce qu’elle n’a jamais osé y déposer. « Quand les croulants tombent, la jeunesse se dresse ! » : les mots claquent sur le plateau. Sont-ils de Shakespeare ou de la metteuse en scène ? Le doute est permis.

 

 

Lear ?, adaptation et mise en scène d’Irina Brook d’après Shakespeare. Avec Geoffrey Carey, Kevin Ferdjani, Marjory Gesbert, Emmanuel Guillaume, Maïa Jemmett, Irène Reva, Augustin Ruhabura, Maximilien Seweryn. Château d’Hardelot, Condette (Pas-de-Calais), dans le cadre de la 7e édition des Shakespeare Nights. Les 11, 17 et 18 mai à 20 heures. De 3 € à 12 €. Chateau-hardelot.fr

 

 

Joëlle Gayot (Condette (Pas-de-Calais)) / LE MONDE

Légende photo : Les répétitions de « Lear ? », d’après Shakespeare, par Irina Brook, au château d’Hardelot, à Condette (Pas-de-Calais), en avril 2024. IRINA JANE BROOK
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Molières : une 35ᵉ cérémonie féministe et politique marquée par un palmarès éclectique

Molières : une 35ᵉ cérémonie féministe et politique marquée par un palmarès éclectique | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard dans Le Monde - 7 mai 2024

 

 

« 4 211 km », d’Aïla Navidi, a été récompensé deux fois tout comme « Le Cercle des poètes disparus » et Rudy Milstein pour « C’est pas facile d’être heureux quand on va mal ».

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/05/07/molieres-une-35-ceremonie-feministe-et-politique-marquee-par-un-palmares-eclectique_6231976_3246.html

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Féministe et politique dans ses discours, éclectique dans son palmarès : la 35e Nuit des Molières, retransmise lundi 6 mai sur France 2, n’a pas attribué une flopée de statuettes à un même spectacle, pour une fois, mais elle n’a pas échappé aux sujets d’actualité qui bouleversent le monde et aux inquiétudes du secteur du spectacle vivant en France.

 

 

 

Sur la scène parisienne des Folies-Bergère, l’humoriste Caroline Vigneaux, maîtresse de cérémonie, a eu beau promettre, avec énergie, que le « seul but » de la soirée était de « divertir », les intermèdes sans grand éclat n’ont pas suffi à détendre l’ambiance. L’heure était surtout aux messages.

 
Sophia Aram (Molière du spectacle d’humour pour Le Monde d’après) a dénoncé le « silence » du monde de la culture après les massacres du 7 octobre. « Comment être solidaires des milliers de civils morts à Gaza sans être aussi solidaires des victimes israéliennes ? Comment exiger d’Israël un cessez-le-feu sans exiger la libération des otages israéliens ? Comment réclamer le départ de Nétanyahou sans réclamer celui du Hamas ? », s’est interrogée la chroniqueuse de France Inter, largement applaudie.

Des « nuages qui s’amoncellent »

La cause des femmes, le sexisme et les violences qu’elles subissent, a presque été le fil rouge de la soirée, sous l’impulsion de la féministe Caroline Vigneaux. Quant à la ministre de la culture, Rachida Dati, elle n’a pas seulement été interpellée par un comédien de la CGT-Spectacle sur les coupes budgétaires qui touchent la culture. Même le président des Molières, Jean-Marc Dumontet, toujours prompt, habituellement, à vanter les bienfaits de la politique culturelle, n’a pas caché ses inquiétudes face aux « nuages qui s’amoncellent » sur le système de l’intermittence du spectacle.

 

S’adressant à la ministre, le producteur a également souligné à quel point, « dans une société fragmentée et face à la montée des extrêmes, la culture a un vrai rôle à jouer ». Rappelant avec force que « sans liberté d’expression et de création, il n’y a pas de démocratie », le président des Molières a aussi évoqué le sort du rappeur iranien Toomaj Salehi, « un jeune artiste victime de la barbarie et de l’obscurantisme d’un régime moyenâgeux condamné à mort pour une chanson ».

 

Côté palmarès, c’est d’ailleurs un spectacle évoquant l’exil en France d’un couple iranien fuyant dans les années 1980 le régime islamique, 4 211 km, d’Aïla Navidi, qui a été récompensé à deux reprises (meilleur spectacle de théâtre privé et révélation féminine pour Olivia Pavlou-Graham).

Plusieurs surprises

Une fois n’est pas coutume, les pièces qui cumulaient le plus de nominations n’ont pas tout accaparé. Ainsi de Courgette, mise en scène par Pamela Ravassard et Garlan Le Martelot. Spectacle tout public, plein de bons sentiments, sur l’histoire d’un enfant d’une dizaine d’années placé dans un foyer, il figurait dans sept catégories. Finalement, il repart uniquement avec le prix de la comédienne dans un spectacle de théâtre public pour Vanessa Cailhol. Quant au Cercle des poètes disparus (adaptation du film de Peter Weir, qui fait salle comble au Théâtre Antoine à Paris), nommé six fois, il obtient deux récompenses, celle de la mise en scène dans le privé pour Olivier Solivérès et celle de la révélation masculine pour Ethan Oliel.

 

Les surprises sont aussi venues des victoires remportées par des outsiders au détriment de têtes d’affiche. Ainsi, à la statuette reçue par la jeune comédienne Vanessa Cailhol, pourtant opposée à un trio renommé – Emmanuelle Bercot, Laetitia Casta et Marina Hands – est venue s’ajouter l’attribution du Molière du meilleur seul en scène à Eva Rami, pour son saisissant Va aimer ! préféré à Dominique Blanc, Ludivine Sagnier et Franck Desmedt.

Rudy Milstein n’en revenait pas, lui aussi, de décrocher non seulement le Molière de la meilleure comédie (en concurrence notamment avec Vidéo Club, de Sébastien Thiéry), mais aussi de l’auteur francophone pour sa pièce C’est pas facile d’être heureux quand on va mal, qui met en scène cinq quadragénaires seuls et dépressifs.

Cristiana Reali enfin récompensée

Moins surprenant, et justifié : Vincent Dedienne, désopilant Fadinard dans l’excellent Chapeau de paille d’Italie, mis en scène par Alain Françon, a été récompensé du Molière du comédien dans un spectacle de théâtre privé et Micha Lescot de celui du comédien dans le théâtre public pour sa prestation étincelante dans Richard II, mis en scène par Christophe Rauck. Quant à Cristiana Reali, elle a enfin décroché, après avoir été nommée à six reprises ces dernières années, son premier Molière de la meilleure comédienne dans le privé pour sa prestation émouvante dans Un tramway nommé désir.

 

Spectacle issu de la décentralisation, le provocant et hilarant 40° sous zéro, créé à La Filature de Mulhouse par la compagnie Munstrum Théâtre, a décroché les deux convoités Molières de la mise en scène (pour Louis Arene) et du théâtre public.

Multirécompensée en 2022 pour Féminines, Pauline Bureau brille de nouveau grâce à son féerique Neige qui obtient deux Molières (jeune public et création visuelle et sonore). « Je partage ces prix avec toutes les compagnies qui travaillent dans des conditions de plus en plus précaires et avec des moyens de tournée en baisse », a souligné la metteuse en scène.

 
Le palmarès de la 35ᵉ cérémonie des Molières
 

Molière du théâtre privé

4 211 km, texte et mise en scène d’Aïla Navidi, Studio Marigny et Théâtre de Belleville.

 

Molière du théâtre public

40° Sous zéro, de Copi, mise en scène de Louis Arene, Compagnie Munstrum Théâtre.

 

Molière de la comédie

C’est pas facile d’être heureux quand on va mal, de Rudy Milstein, mise en scène de Rudy Milstein et Nicolas Lumbreras, Théâtre Lepic.

 

Molière de la création visuelle et sonore

Neige, texte et mise en scène de Pauline Bureau, scénographie d’Emmanuelle Roy, costumes d’Alice Touvet, lumière Jean-Luc Chanonat, Compagnie La part des anges.

 

Molière du spectacle musical

Spamalot, d’Eric Idle, mise en scène de Pierre-François Martin-Laval, Théâtre de Paris.

 

Molière de l’humour

Sophia Aram, dans Le Monde d’après, mise en scène de Sophia Aram et Benoît Cambillard.

 

Molière du jeune public

Neige, texte et mise en scène de Pauline Bureau, Compagnie La part des anges.

 

Molière du seul/e en scène

Va aimer ! de et par Eva Rami, Théâtre Lepic.

 

Molière du comédien dans un spectacle de théâtre public

Micha Lescot, dans Richard II, de William Shakespeare, mise en scène de Christophe Rauck.

 

Molière de la comédienne dans un spectacle de théâtre public

Vanessa Cailhol, dans Courgette, de Paméla Ravassard et Garlan Le Martelot, mise en scène de Paméla Ravassard.

 

Molière du comédien dans un spectacle de théâtre privé

Vincent Dedienne, dans Un chapeau de paille d’Italie, d’Eugène Labiche, mise en scène d’Alain Françon.

 

Molière de la comédienne dans un spectacle de théâtre privé

Cristiana Reali, dans Un tramway nommé désir, de Tennessee Williams, mise en scène de Pauline Susini.

 

Molière du metteur en scène dans un spectacle de théâtre public

Louis Arene pour 40° sous zéro.

 

Molière du metteur en scène dans un spectacle de théâtre privé

Olivier Solivérès pour Le Cercle des poètes disparus.

 

Molière de la révélation féminine

Olivia Pavlou-Graham, dans 4 211 km, texte et mise en scène d’Aïla Navidi.

 

Molière de la révélation masculine

Ethan Oliel, dans Le Cercle des poètes disparus, adaptation de Gérald Sibleyras, mise en scène d’Olivier Solivérès.

 

Molière du comédien dans un second rôle

Guillaume Bouchède, dans Je m’appelle Asher Lev, d’Aaron Posner, mise en scène d’Hannah-Jazz Mertens.

 

Molière de la comédienne dans un second rôle

Jeanne Arènes, dans L’Effet miroir, de Léonore Confino, mise en scène de Julien Boisselier.

 

Molière de l’auteur/trice francophone vivant/e

Rudy Milstein pour C’est pas facile d’être heureux quand on va mal.

 

 

Sandrine Blanchard / Le Monde

 

Légende photo : L’actrice Olivia Pavlou-Graham reçoit le Molière de la révélation féminine pour « 4 211 km » lors de la 35ᵉ cérémonie de remise des Molières, aux Folies-Bergère, à Paris, le 6 mai 2024. THOMAS SAMSON/AFP

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Molières 2024 : le palmarès complet - L'Officiel des spectacles

Molières 2024 : le palmarès complet - L'Officiel des spectacles | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Eric Delivré pour le site de l'Officiel - 6 mai 2024

 

 

Tout savoir sur la 35e cérémonie des Molières (palmarès et nominations), récompensant les meilleurs spectacles de l'année écoulée programmés dans les théâtres français.

La 35e cérémonie des Molières a lieu le lundi 6 mai 2024 aux Folies Bergère. Elle est diffusée sur France 2 et présentée par l'humoriste et comédienne Caroline Vigneaux.

Décernés par l'association éponyme au cours d'une cérémonie télévisée, les Molières récompensent chaque année les spectacles de théâtre présentés sur le territoire français au cours de l'année précédente, ainsi que les artistes et techniciens inhérents. La période de référence pour la 35e Nuit des Molières s’étend du 1er avril 2023 au 31 mars 2024, avec une possibilité de repêchage pour certains événements à cheval sur deux périodes.

L'association « Les Molières » a été créée en 1987 par des directeurs de théâtres publics et privés, son premier président était le comédien et metteur en scène Jean-Louis Barrault. Elle est actuellement dirigée par Jean-Marc Dumontet, en tant que président, et Cécile Backès, en tant que vice-présidente.

 

Le palmarès complet des Molières 2024

Les nominations de la 35e cérémonie des Molières étaient réparties en 19 catégories. Découvrez ci-dessous tous les artistes lauréats des Molières 2024.

 

 

Un Molière d'honneur a été remis au comédien Francis Huster.

Molière du Théâtre privé

Lauréat :  4211 km de Aïla Navidi, mise en scène Aïla Navidi
Studio Marigny et Théâtre de Belleville

 

Les autres nommés : 

Molière du Théâtre public

Lauréat : 40° sous zéro de Copi, mise en scène Louis Arene
Compagnie Munstrum Théâtre

 

Les autres nommés : 

Molière de la Comédie

Lauréat : C’est pas facile d’être heureux quand on va mal de Rudy Milstein, mise en scène Rudy Milstein et Nicolas Lumbreras - Théâtre Lepic

 

Les autres nommés : 

Molière de la Création visuelle et sonore

Lauréat : Neige de Pauline Bureau, mise en scène Pauline Bureau, scénographie Emmanuelle Roy, décors Emmanuelle Roy, costumes Alice Touvet, lumière Jean-Luc Chanonat - Compagnie La Part des Anges

 

 

Les autres nommés :

  • 40° sous zéro de Copi, mise en scène Louis Arene, scénographie Louis Arene, costumes Christian Lacroix, lumière François Menou
    Compagnie Munstrum Théâtre
  • Le Cercle des poètes disparus, adaptation de Gérard Sibleyras, mise en scène Olivier Solivérès, costumes Chouchane Abello-Tcherpachian, décors Jean-Michel Adam, lumière Denis Koransky
    Théâtre Antoine
  • Denali de Nicolas Le Bricquir, mise en scène Nicolas Le Bricquir, scénographie Juliette Desproges, lumière Maxime Moro
    Studio Marigny

Molière du Spectacle musical

Lauréat : Spamalot de Éric Idle, mise en scène Pierre-François Martin-Laval - Théâtre de Paris

 

 

Les autres nommés : 

  • Mamma Mia, de Catherine Johnson, mise en scène Phyllida Lloyd
    Casino de Paris
  • Molière, le spectacle musical de Ladislas Chollat d’après François Chouquet et Dove Attia, mise en scène Ladislas Chollat
    Dôme de Paris - Palais des Sports
  • L’Opéra de quat’sous de Thomas Ostermeier, mise en scène Thomas Ostermeier
    Comédie-Française

Molière de l’Humour

Lauréate : Sophia Aram dans Le Monde d’après de Sophia Aram et Benoît Cambillard, mise en scène Sophia Aram et Benoît Cambillard

 

 

Les autres nommés :

Molière du Jeune public

Lauréat : Neige de Pauline Bureau, mise en scène Pauline Bureau - Compagnie La part des Anges

 

Les autres nommés :

Molière du Seul/e en scène

Lauréate : Va aimer ! avec Eva Rami, de Eva Rami - Théâtre Lepic

 

Les autres nommés : 

 

Molière de la Mise en scène dans un spectacle de Théâtre public

Lauréat : Louis Arene pour 40° sous zéro de Copi

 

Les autres nommés :

Molière de la Mise en scène dans un spectacle de Théâtre privé

Lauréat : Olivier Solivérès pour Le Cercle des poètes disparus, adaptation de Gérald Sibleyras

 

Les autres nommés :

Molière de l’Auteur/trice francophone vivant/e

Lauréat : Rudy Milstein pour C’est pas facile d’être heureux quand on va mal

 

Les autres nommés :

Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre public

Lauréate : Vanessa Cailhol dans Courgette de Paméla Ravassard et Garlan Le Martelot, mise en scène Paméla Ravassard

 

Les autres nommées :

  • Emmanuelle Bercot dans Après la répétition/persona de Ivo van Hove, mise en scène Ivo van Hove
  • Laetitia Casta dans Une journée particulière de Ettore Scola, mise en scène Lilo Baur
  • Marina Hands dans Le Silence de Lorraine de Sagazan et Guillaume Poix, mise en scène Lorraine de Sagazan

Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre public

Lauréat : Micha Lescot dans Richard II de William Shakespeare, mise en scène Christophe Rauck

 

Les autres nommés :

  • Charles Berling dans Après la répétition/persona de Ivo van Hove, mise en scène Ivo van Hove
  • Laurent Lafitte dans Cyrano de Bergerac de Emmanuel Daumas, mise en scène Emmanuel Daumas
  • Roschdy Zem dans Une journée particulière de Ettore Scola, mise en scène Lilo Baur

Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre privé

Lauréate : Cristiana Reali dans Un tramway nommé Désir de Tennessee Williams, mise en scène Pauline Susini

Les autres nommées : 

  • Pascale Arbillot dans Interruption de Pascale Arbillot, Hannah Levin-Seiderman, Sandra Vizzavona, mise en scène Hannah Levin-Seiderman
  • Ariane Ascaride dans Gisèle Halimi, une farouche liberté de Agnès Harel, Philippine Pierre-Brossolette et Léna Paugam, mise en scène Léna Paugam
  • Noémie Lvovsky dans Vidéo club de Sébastien Thiéry, mise en scène Jean-Louis Benoît

Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre privé

Lauréat : Vincent Dedienne dans Un chapeau de paille d’Italie de Eugène Labiche, mise en scène Alain Françon

 

Les autres nommés :

  • Maxime d’Aboville dans Pauvre Bitos - Le dîner de têtes de Jean Anouilh, mise en scène Thierry Harcourt
  • Stéphane Freiss dans Le Cercle des poètes disparus, adaptation de Gérald Sibleyras, mise en scène Olivier Solivérès
  • Thierry Frémont dans Le Repas des fauves, adaptation de Julien Sibre, mise en scène Julien Sibre

Molière de la Comédienne dans un second rôle

Lauréate : Jeanne Arènes dans L'Effet miroir de Léonore Confino, mise en scène Julien Boisselier

 

Les autres nommées :

  • Cécile Garcia-Fogel dans Richard II de William Shakespeare, mise en scène Christophe Rauck
  • Charlotte Matzneff dans Le Huitième Ciel de Jean-Philippe Daguerre, mise en scène Jean-Philippe Daguerre
  • Alysson Paradis dans Un tramway nommé Désir de Tennessee Williams, mise en scène Pauline Susini
  • Lola Roskis dans Courgette de Paméla Ravassard et Garlan Le Martelot, mise en scène Paméla Ravassard
  • Josiane Stoleru dans James Brown mettait des bigoudis de Yasmina Reza, mise en scène Yasmina Reza

Molière du Comédien dans un second rôle

 

Lauréat : Guillaume Bouchède dans Je m’appelle Asher Lev de Aaron Posner, mise en scène Hannah-Jazz Mertens

 

Les autres nommés : 

  • Lionel Abelanski dans Un tramway nommé Désir de Tennessee Williams, mise en scène Pauline Susini
  • Florian Choquart dans Courgette de Paméla Ravassard et Garlan Le Martelot, mise en scène Paméla Ravassard
  • Kevin Razy dans Passeport de Alexis Michalik, mise en scène Alexis Michalik
  • Laurent Stocker dans Cyrano de Bergerac de Emmanuel Daumas, mise en scène Emmanuel Daumas
  • Vincent Viotti dans Courgette de Paméla Ravassard et Garlan Le Martelot, mise en scène Paméla Ravassard

Molière de la Révélation féminine

Lauréate : Olivia Pavlou-Graham dans 4211 km de Aïla Navidi, mise en scène Aïla Navidi

 

Les autres nommées :

  • Justine Bachelet dans Après la répétition/persona de Ivo van Hove, mise en scène Ivo van Hove
  • Nassima Benchicou dans Freud et la femme de chambre de Leonardo de la Fuente, mise en scène Alain Sachs
  • Lucie Brunet dans Denali de Nicolas Le Bricquir, mise en scène Nicolas Le Bricquir
  • Lila Houel dans Daddy de Marion Siéfert, mise en scène Marion Siéfert
  • Cléo Sénia dans Music-Hall Colette de Cléo Sénia et Alexandre Zambeaux, mise en scène Léna Bréban

Molière de la Révélation masculine

Lauréat : Ethan Oliel dans Le Cercle des poètes disparus, adaptation de Gérald Sibleyras, mise en scène Olivier Solivérès

 

 

Les autres nommés :

  • Audran Cattin dans Le Cercle des poètes disparus, adaptation de Gérald Sibleyras, mise en scène Olivier Solivérès
  • Martin Karmann dans Je m’appelle Asher Lev de Aaron Posner, mise en scène Hannah-Jazz Mertens
  • Garlan Le Martelot dans Courgette de Paméla Ravassard et Garlan Le Martelot, mise en scène Paméla Ravassard
  • Louis Peres dans Daddy de Marion Siéfert, mise en scène Marion Siéfert
  • Hey Yuming dans Les Bonnes de Mathieu Touzé, mise en scène Mathieu Touzé

Les critères d'éligibilité aux Molières 2024

Les critères d'éligibilité au catalogue de vote des Molières sont le nombre de représentations du spectacle et, pour les spectacles d'humour, le nombre d'entrées payantes. Dans le détail :

→ Pour le Théâtre privé : les spectacles doivent avoir totalisé au moins 60 représentations durant la période de référence (du 1er avril 2023 au 31 mars 2024) dans les théâtres privés de plus de 90 places (hors festivals et tournées).

On retrouve dans cette liste des spectacles tels que Passeport (mise en scène Alexis Michalik) au Théâtre de la Renaissance, Le Cercle des poètes disparus (mise en scène Olivier Solivérès) au Théâtre Antoine, ou encore La Maison du Loup (mise en scène Tristan Petitgirard) au Théâtre Rive Gauche.

→ Pour le Théâtre public : les spectacles doivent avoir totalisé au moins 25 représentations durant la période de référence dans des théâtres nationaux, centres dramatiques nationaux, scènes nationales ou théâtres municipaux d’au moins 200 places.

Par exemple, sont éligibles dans cette liste Notre vie dans l'art au Théâtre du Soleil ou Courgette, coproduit par Le théâtre - Scène conventionnée d’Auxerre.

→ Pour la catégorie Humour : les spectacles sont sélectionnés sur la base de 8 000 spectateurs effectifs/payants, durant l'année civile. Ils doivent également avoir été joués à Paris dans une salle de plus de 200 places.

→ Pour le jeune public : dans la période impartie, les spectacles doivent avoir été produits ou diffusés au moins 40 fois pour le Théâtre privé et 25 fois pour le Théâtre public.

→ Pour les spectacles musicaux : les spectacles doivent avoir été produits ou diffusés au moins 60 fois durant la période de référence par les salles de spectacle de plus 90 places sur Paris et de plus de 200 places en province. Pour être éligibles, les spectacles musicaux doivent être en français (50 % minimum) avec des parties chantées et parlées équilibrées au service d’une continuité dramatique.

Les dates des spectacles joués en festival ne sont pas comptabilisées. À noter que les spectacles déjà éligibles lors des trois années précédentes ne le sont pas pour la cérémonie à venir. Et un spectacle ayant déjà reçu un Molière n'est plus éligible pendant les douze années qui suivent sa récompense.

Le règlement complet de la 35e cérémonie des Molières est disponible sur le site de l'association.

Qui vote pour les Molières ?

Le vote est effectué par un collège électoral composé de professionnels actifs du milieu théâtral : artistes, collaborateurs artistiques, metteurs en scène, auteurs, agents, journalistes, directeurs des théâtres privés adhérents du SNTP ou de l'ASTP, dix principaux tourneurs (liste établie en accord avec le Syndicat National des Entrepreneurs de Spectacle), directeurs des théâtres nationaux, des centres dramatiques nationaux, des principales scènes nationales et conventionnées, et des théâtres.

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La mort du chorégraphe Dominique Dupuy

La mort du chorégraphe Dominique Dupuy | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde - 6 mai 2024 

 

 

Figure de proue de la danse moderne et contemporaine, l’artiste avait fondé le festival des Baux-de-Provence en 1962, avant d’être nommé inspecteur de la danse au ministère de la culture, poste qu’il occupa de 1989 à 1991. Il est décédé mercredi 1er mai, à Paris.


Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2024/05/06/la-mort-du-choregraphe-dominique-dupuy_6231937_3382.html

 

Son esprit pénétrant, sa vibration profonde auréolaient chaque rencontre même fugace avec Dominique Dupuy d’une tension électrique. Libre et aventureux, l’artiste et chorégraphe, tête de proue de la danse moderne et contemporaine, aussi présent sous les feux de la rampe que militant dans les bureaux des institutions, est mort mercredi 1er mai chez lui, à Paris. Un an et demi après la disparition, en septembre 2022, de Françoise Dupuy, sa femme et complice de création, cet homme au tempérament trempé s’est effacé.

 

 

 

Dominique Dupuy est né Jean-Dominique Dupuy le 31 octobre  1930, à Paris. Curieux, gourmand, fonceur, passé par l’apprentissage du ballet, de l’acrobatie et du théâtre, il travaille avec le chorégraphe allemand installé en France Jean Weidt (1904-1988) à la fin des années 1940 pour la pièce Cellule, où il croise celle qu’il épousera. En 2005, au Théâtre de Chaillot, à Paris, il rend hommage à Weidt et à la danse expressive allemande dans le spectacle W.M.D., qui reprenait le superbe Vieilles gens, vieux fers, conçu en 1929 par Weidt.

 

 

Ce soin amoureux apporté à l’histoire et à sa transmission draine toutes les vies de Dominique Dupuy. De sa première compagnie, Françoise et Dominique, qui joue dans les cabarets dès les années 1950, aux Ballets modernes de Paris, fondés en 1955, du festival des Baux-de-Provence, qu’il crée en 1962, au ministère de la culture, où il est inspecteur de la danse de 1989 à 1991, Dominique Dupuy remet sans fin son ouvrage sur le métier.

Un programmateur affûté

Dans le livre Une danse à l’œuvre, de Dominique et Françoise Dupuy (Coédition Centre national de la danse - scène nationale de La Roche-sur-Yon, 2001), la pionnière américaine Anna Halprin (1920-2021) souligne en introduction le rôle du couple : « Leur détermination, dès les années 1940, à changer l’art de la danse (…) témoign[e] de leur véritable nature d’artistes iconoclastes. Pour relever ce défi de longue haleine d’un travail à contre-courant de la marée culturelle, ils ont dû se dépasser et endosser bien des rôles. (…) Ils sont devenus des artistes, doublés d’éducateurs, professeurs, écrivains, directeurs, chorégraphes, organisateurs, politiques et activistes. »

 

 

Programmateur affûté, Dominique Dupuy présente en 1962, pour la première fois, le chorégraphe américain Merce Cunningham (1919-2009) au Théâtre de l’Est parisien. Pédagogue, il crée en 1969 le centre de formation des Rencontres internationales de danse contemporaine (RIDC) et donne des cours notamment au Centre national de danse contemporaine d’Angers. C’est là que le chorégraphe Amala Dianor travaille avec lui en 2001. « Pour moi qui venais du hip-hop et dont le mouvement était démonstratif et musclé, il m’a appris à trouver une autre densité au geste, à déplacer l’air, comme il disait, avec la même intensité physique mais avec une conscience complète de ce qui est mis à l’œuvre », résume Dianor.

« Il se battait contre l’oubli »

Interprète tranchant, il irradie dans nombre de ses spectacles jusqu’en 2016 parmi lesquels Le Cercle dans tous ses états (1979), Ballum circus (1986), sous influence du cirque, et Solo-Solo (2010) ou encore Acte sans paroles 1, de Samuel Beckett (2013), avec l’acrobate Tsirihaka Harrivel. De 1999 à 2001, il est artiste associé avec Françoise Dupuy au Ballet atlantique, dirigé par Régine Chopinot, et collabore à La Danse du temps. En 2016, celui qui affirmait que « danser est le choix courageux et ambitieux d’un homme qui choisit d’être sans paroles » concevait l’opération Silence(s), cycle de conférences et spectacles.

 

 

 

Ses multiples activités, nourries d’analyses, Dominique Dupuy les consignait dans des écrits et des conférences. L’ultime entreprise de ce poète à la langue aussi riche que méticuleuse était de témoigner sur sa traversée artistique. « Il se battait contre l’oubli et l’une de ses obsessions était de conserver l’histoire de la danse moderne dont il était l’une des figures, aux côtés de Françoise, avec Jacqueline Robinson, Karin Waehner, Jérôme Andrews, précise Sonia Soulas, ex-directrice adjointe de la scène nationale de La Roche-sur-Yon. Cette branche a été occultée par celle des Etats-Unis mais elle a joué un rôle crucial pour extraire la danse de l’emprise du ballet et de l’opéra en France. Il avait déjà le titre de son livre pour lequel nous avions fait des entretiens ensemble : “Pour ne pas en finir avec la danse moderne”. »

 

Rosita Boisseau / LE MONDE

 

 

Dominique Dupuy en quelques dates
 

31 octobre 1930 Naissance à Paris

1957 Danse avec Françoise Dupuy dans Epithalame, de Deryk Mendel

2005 Création de W.M.D., hommage aux chorégraphes Jean Weidt et Deryk Mendel, ses compagnons de route

2013 Chorégraphie d’Acte sans paroles 1, de Samuel Beckett

1er mai 2024 Mort à Paris

 

 

Légende photo : Dominique Dupuy, dans le spectacle « Le Regard par-dessus le col », au Théâtre national de Chaillot, à Paris, le 24 avril 2007. LAURENT PHILIPPE/ DIVERGENCE

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Joël Pommerat, dramaturge : « Quand je rêve de mon père, ce sont des rêves de culpabilité »

Joël Pommerat, dramaturge : « Quand je rêve de mon père, ce sont des rêves de culpabilité » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

ENTRETIEN - Propos recueillis par Sandrine Blanchard pour Le Monde - 5 mai 2024 

 

 

 Je ne serais pas arrivé là si… » Chaque semaine, « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. L’auteur et metteur en scène multirécompensé raconte comment la mort de son père l’a « libéré » d’un destin dont il ne voulait pas.

 


Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/05/05/joel-pommerat-dramaturge-quand-je-reve-de-mon-pere-ce-sont-des-reves-de-culpabilite_6231635_3246.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=ios&lmd_source=twitter

A la tête de sa compagnie Louis Brouillard, Joël Pommerat, 61 ans, incarne l’une des aventures théâtrales les plus brillantes de ces vingt dernières années. Il met en scène avec succès son propre répertoire, Les Marchands, Cendrillon, Ça ira (1) Fin de Louis, Contes et légendes, qui tournent en France ou à l’étranger.  Jusqu’au 14 juillet, au Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris, il redonne vie, plus de dix ans après sa création, à La Réunification des deux Corées, mosaïque de fragments explorant la complexité de l’amour.

Je ne serais pas arrivé là si…

… Si je n’avais pas perdu mon père à 15 ans. Avec lui à mes côtés, je n’aurais pas pu prendre la voie du théâtre parce qu’il me destinait à autre chose. Mon père était très particulier, pas forcément un « bon parent » comme on l’entend généralement. Sans parler d’emprise, j’étais très influencé par sa conception de la vie. Nous avions une grande complicité, mais ce qu’il voulait pour moi, je ne me voyais pas ne pas le faire.

Que voulait-il pour vous ?

Que je sois enseignant. Orphelin, abandonné à la naissance par sa mère, mon père a été à l’assistance publique. Il s’est engagé très jeune dans l’armée et y a passé dix-huit ans. Puis il est devenu fonctionnaire au Trésor public. Un métier qui l’a complètement déprimé. S’il avait pu avoir une vie moins chaotique, choisir sa voie, il aurait enseigné. Pour lui, c’était la plus belle chose qui soit. Il le voulait pour moi. Il pensait, par transfert, pouvoir vivre ce que lui aurait aimé faire.

 
Il est tombé malade au moment où je commençais à avoir des doutes, à me dire que ce n’était pas mon choix. Il est mort d’une leucémie en quelques mois. Cette perte m’a procuré beaucoup de chagrin et en même temps m’a libéré. A l’adolescence, il est difficile d’accepter ce paradoxe-là. Cela entraîne une culpabilité que je continue à ressentir. Quand je rêve de mon père, ce sont des rêves de culpabilité : il revient et je suis mal.

Il vous imaginait enseignant, mais vous, quel rapport entreteniez-vous avec l’école ?

J’étais en 2de quand il est mort. J’avais un an d’avance. Bon élève en primaire, on m’avait fait sauter une classe. Le collège m’avait démotivé et au lycée je décrochais. Mais si mon père était resté en vie, je serais allé au bout de mes études. Quelques mois après son décès, j’ai arrêté d’aller en cours.

Aviez-vous l’accord de votre mère ?

Elle ne m’a pas culpabilisé, elle m’a responsabilisé et m’a fait confiance. Je lui ai dit : « Je m’ennuie, je ne serai pas enseignant, donc ça ne sert à rien que je continue, je préfère arrêter plutôt que de perdre du temps. » Elle m’a répondu : « Si tu es sûr de toi, alors d’accord. » Avec le recul, je trouve son attitude incroyable face à un môme de 17 ans. Ma mère a commis un acte libérateur.

Quel a été votre premier contact avec le théâtre ?

Au collège, j’avais une professeure de français-latin, fan de théâtre, qui, en lien avec une association d’éducation populaire, proposait à ses élèves de les emmener certains soirs au Théâtre Charles-Dullin à Chambéry. J’ai eu envie d’y aller et tout m’a enchanté : dans ce petit théâtre à l’italienne je découvrais un monde parallèle. Ma sœur, de six ans mon aînée, imprégnée du mouvement culturel post-68, m’a aussi éveillé à la culture. Je l’ai accompagnée, adolescent, au Festival d’Avignon. Ce fut un nouveau choc. J’y ai vu un spectacle au Théâtre du Chêne-Noir qui m’a beaucoup marqué, Fantastic Miss Madona de Gérard Gelas, mêlant musique, texte, masques.

Quelles sont vos envies après l’arrêt de vos études ?

Vers 17 ans, j’ai eu un petit moment de révolte. Issu d’une culture très à gauche, une sœur post-soixante-huitarde, j’ai tout d’un coup eu une réaction un peu de droite ! Je ne voulais pas devenir un hippie, j’avais envie d’être un mec qui assume de gagner de l’argent, de faire du business. Pendant un an et demi, j’ai fait une école d’hôtellerie à Aix-les-Bains [Savoie] pour devenir barman. Puis, vers 19 ans, je me suis réveillé un matin en me disant : mais qu’est-ce que tu fais, tu as pris ton indépendance pour faire ça ? Le souhait d’être comédien était en moi, mais je n’osais pas le formuler. Auteur ou metteur en scène, c’était inenvisageable, je ne me sentais pas légitime pour ça. Jouer, c’était plus excitant. Mon idée était de me donner les moyens de faire du théâtre une vie, de prendre le risque de me jeter dans un autre monde. Donc je suis parti à Paris, avec très peu de contacts. Ma sœur, à nouveau, m’a soutenu en m’hébergeant à mon arrivée. J’avais choisi ma voie.

Que faites-vous à Paris ?

Je me suis d’abord inscrit dans un conservatoire d’arrondissement. Je n’y suis resté que trois mois, ça ronronnait. Puis, j’ai eu la chance, par l’intermédiaire d’amis de ma sœur, d’intégrer une troupe amateur à Château-Thierry, dans l’Aisne. Très vite, j’ai été engagé dans une compagnie, le Théâtre de la Mascara à Nogent-l’Artaud [Aisne], et je suis devenu comédien professionnel,  autodidacte. J’ai eu le sentiment d’être à l’endroit le plus exaltant que je pouvais connaître. Mais assez rapidement j’ai eu un doute sur la place du comédien, toujours dépendant d’un metteur en scène, d’un projet, toujours en attente d’être choisi.

 

J’étais intermittent, je faisais mes heures, mais avec un sentiment d’amertume de devoir accepter des compromis. Je me sentais enfermé dans un système avec une assez médiocre ambition de vie. J’étais parti à l’aventure, mais celle-ci finalement pouvait aussi devenir un peu plan-plan. Je ne voulais pas faire ce métier dans ces conditions-là, en pointant à l’ANPE [Agence nationale pour l’emploi, aujourd’hui France Travail]. J’avais besoin de trouver mon indépendance, un chemin plus personnel. Durant cette période où j’étais comédien, j’ai tenté les concours du Conservatoire national et de l’école du Théâtre national de Strasbourg. J’ai été très déçu de ne pas avoir été retenu. J’ai aussi pris conscience que j’avais arrêté de me cultiver à 17 ans en abandonnant les études.

Quelle décision prenez-vous ?

D’arrêter d’être comédien, sans abandonner le théâtre. J’ai décidé de chercher un boulot alimentaire et de prendre du temps pour lire à nouveau, noter des phrases qui me touchaient et commencer à écrire. J’ai passé l’équivalent du bac pour m’inscrire en fac de philo. Je suis devenu modèle pour un sculpteur puis, pendant quatre ans, veilleur de nuit dans un hôtel. La lecture de [l’écrivain et poète portugais] Fernando Pessoa m’a énormément marqué. Ce n’est pas la reconnaissance sociale qui compte. C’est presque une philosophie de l’échec, la grâce de l’invisibilité sociale. Je suis imprégné de ça et j’ai remis en question cette envie très conventionnelle de réussir à être comédien, à exister par le regard des autres. Ça m’a apaisé, je me suis senti moins dans l’urgence de prouver quelque chose et j’ai pris le temps. Je vivais un peu comme un ermite : je travaillais la nuit, la journée je lisais et j’allais à la fac, j’écrivais sans même avoir la prétention de devenir un écrivain. J’ai arrêté d’avoir un projet établi de carrière. Je me suis donné comme seul objectif de faire les choses dont j’avais envie. Pendant cinq ans j’ai fait mes « universités » de manière autonome, personnelle, chaotique. J’étais assez solitaire, mais pas malheureux.

Comment s’est opérée la création de votre compagnie Louis Brouillard en 1990 ?

J’avais écrit quelques textes, notamment un monologue, Le Chemin de Dakar. En 1990, je loue un théâtre pour trois soirs à Paris et je travaille avec une amie comédienne pour le présenter. Je crée une structure juridique, la compagnie Louis Brouillard, juste pour pouvoir établir des factures. Ce n’est qu’une association. Je choisis Louis comme le prénom de mon père et Brouillard parce que je voulais être sous le patronyme d’un personnage fictionnel et que j’étais déjà dans une esthétique où la nuit, le flou et l’ambiguïté prévalent sur la clarté. Dix ans plus tard, j’ai créé une vraie compagnie. J’avais pour modèle des aventures collectives, comme le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine.

Pourquoi proposer un « pacte » aux membres de votre compagnie ?

La fidélité ne s’est installée que dix ans après la création de la compagnie. Les dix premières années, j’ai fait beaucoup de rencontres qui n’étaient pas bonnes et je me suis retrouvé dans des situations horribles de conflit. Après ces expériences douloureuses, j’ai arrêté le théâtre pour faire du cinéma, pensant que c’était plus tranquille. Au moins, quand le tournage est fini, on n’a plus les gens sur le dos. J’ai donc fait un break d’environ deux ans pour écrire un scénario à partir d’une de mes pièces, Les Evénements. Mais ça a foiré, je n’ai pas trouvé l’argent pour le film. Ça a été un coup d’arrêt violent, j’ai fait une dépression. Je me suis juré de ne plus jamais refaire ce pas de côté, cette erreur, et de retourner vers le théâtre.

 

Il m’a fallu du temps pour comprendre que si je voulais garder le plaisir, ne pas m’user, il fallait que je m’entoure des bonnes personnes, que la relation humaine et pas seulement de travail était primordiale. J’ai réuni les gens que j’aimais. De cette frustration au cinéma est née une très grande détermination. D’avoir chuté m’a donné une énergie, une envie de faire. D’où le pacte : voilà, moi j’ai la pêche, si vous voulez me suivre, je ferai au moins un spectacle par an pendant dix ans. Il y avait une envie de rattraper le temps perdu, d’être au travail tous les jours et de jouer les spectacles longtemps.

 

 

 

Et le succès, public et critique, va arriver. Comment le vivez-vous ?

Tout s’est fait progressivement, presque quinze ans après ma première création. Je n’étais plus un jeune homme. Mais ça m’a beaucoup touché de voir soudain les salles complètes au Théâtre Paris-Villette, qui nous a longtemps accompagnés. Des soutiens plus forts sont arrivés, des conditions meilleures nous ont été données. J’ai commis une ou deux erreurs, en acceptant de multiples sollicitations. Je me suis mis parfois à tricher avec le temps, à sentir que je frôlais la catastrophe. La reconnaissance, il faut l’apprécier mais la garder à distance.

La création de « Ça ira (1) Fin de Louis » a été particulièrement difficile…

Olivier Py a été parmi les premières personnes à m’apporter un fort soutien. Lorsqu’il dirigeait le Centre dramatique national d’Orléans puis le Théâtre national de l’Odéon, il m’avait très bien accompagné.  Nommé, en 2013, directeur du Festival d’Avignon, il me propose de réfléchir à un projet pour la Cour d’honneur. Je lui dis : « Bien sûr, pourquoi pas », mais avec un peu d’angoisse. On n’en finit pas de vouloir non pas faire en fonction de nos désirs à nous, mais de coller à celui des autres. Dans le fond, mon désir n’a jamais été de faire un spectacle dans la Cour d’honneur, ce lieu ne correspond pas à mon esthétique. J’ai cherché néanmoins à être à la hauteur de cet engagement et petit à petit l’idée d’écrire sur la Révolution, de créer un espace où scène et salle soient reliées autour d’un débat d’assemblée est arrivée.

 

 

 

Mais c’était une période où j’étais au paroxysme de ma productivité. Ma chambre froide, Cendrillon, La Grande et Fabuleuse Histoire du commerce, mon premier opéra à Aix-en-Provence… En un an et demi, j’avais écrit trois spectacles, un livret et fait quatre mises en scène. J’y suis arrivé, mais je me suis cramé, j’ai fait un burn-out. Et j’ai eu un gros pépin dans ma vie personnelle. J’ai sombré, j’ai fait une dépression, j’ai pleuré, j’ai pris des tonnes de calmants parce que j’avais mal partout. Et j’avais cet engagement pour Avignon. Quand j’annonce à Olivier Py que je n’y arriverai pas, il le prend mal. Ce que je comprends. Mais moi je prends mal qu’il n’ait pas une parole de compassion, la moindre sollicitude. Ça, je ne lui pardonnerai jamais. Avignon a sauté, mais ce spectacle, Ça ira (1) Fin de Louis, a existé grâce aux gens géniaux qui m’entouraient, à des conditions humaines qui ont fait que j’ai pu tenir. Après cette parenthèse intense de création, j’allais toujours mal. Ce qui me constituait, le travail, me détruisait. Il fallait trouver des solutions.

Et vous vous êtes reconstruit en faisant du théâtre en prison avec des groupes de détenus ?

La reconstruction est d’abord passée par des choses personnelles. Mais aussi par la volonté de prendre mon temps, de ne pas repartir dans un rythme fou de travail avec des engagements intenables. Et j’ai recommencé le théâtre d’une façon complètement différente avec des personnes que je n’avais pas l’habitude de côtoyer, qui m’ont appris des choses, donné de l’amitié et, en retour, une forme de reconnaissance dont je devais manquer un peu. Ils me remerciaient d’être là. Ils me faisaient ressentir ce que je leur apportais. Ça m’a fait beaucoup de bien.

 

Propos recueillis par Sandrine Blanchard / LE MONDE

 

« La Réunification des deux Corées », création théâtrale de Joël Pommerat au Théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris, jusqu’au 14 juillet.
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Création d’une commission d’enquête sur les violences dans le cinéma et le spectacle vivant

Création d’une commission d’enquête sur les violences dans le cinéma et le spectacle vivant | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié sur le site d'ARTCENA - 6 mai 2024

 



POLITIQUE CULTURELLE
Cette résolution a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 2 mai 2024.
 

Auditionnée le 14 mars 2024 par l’Assemblée nationale, la comédienne Judith Godrèche – qui a porté plainte contre les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon pour viols sur mineure – avait conclu son propos liminaire en demandant aux députés de « prendre l’initiative d’une commission d’enquête sur le droit du travail dans le monde du cinéma, et en particulier ses risques pour les femmes et les enfants ». Le jour même, la députée écologiste de la 2e circonscription des Hauts-de-Seine, Francesca Pasquini, émettait une proposition de résolution allant dans ce sens. Justifiée,  a-t-elle rappelé  dans l’exposé des motifs, par la nécessité de « briser les mécanismes d’omerta autour de ces violences », cette commission d’enquête   concernera les violences commises dans le secteur du cinéma, mais aussi ceux de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité. La députée a également précisé que ses travaux devront porter sur « toutes formes d’abus, qu’ils soient sexuels, physiques ou psychologiques », ce qui permet de définir le champ des atteintes aux mineurs.

 

Soumise au vote le 2 mai 2024la proposition de résolution a été adoptée à l’unanimité par les  52 députés présents.

 

 

La commission d’enquête sera chargée :

• d’évaluer la situation des mineurs évoluant au sein des secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité ;

• de faire un état des lieux des violences commises sur des majeurs dans ces secteurs ;

• d’identifier les mécanismes et les défaillances qui permettent ces éventuels abus et violences et d’établir les responsabilités de chaque acteur en la matière ;

• d’émettre des recommandations sur les réponses à apporter.

Le texte complet du rapport déposé Francesca Pasquini tendant à la création d’une commission d’enquête relative à la situation des mineurs dans les industries du cinéma, du spectacle vivant et de la mode est disponible ici

 

https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/rapports/cion-cedu/l16b2451_rapport-fond

 

 

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Jean-Louis Martinelli, metteur en scène : « Il faut réaffecter l’argent du Pass culture en direction de la création »

Jean-Louis Martinelli, metteur en scène : « Il faut réaffecter l’argent du Pass culture en direction de la création » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Tribune par Jean-Louis Martinelli, publiée dans Le Monde - 20 mai 2024

 

 

Les nouvelles réductions budgétaires du ministère de la culture risquent d’ouvrir une crise sans précédent pour les institutions culturelles et les compagnies de théâtre et de danse. Pour l’éviter, le ministère doit réorganiser ses priorités financières explique, dans une tribune au « Monde», le metteur en scène.

 

Lire l'article sur le site du "Monde":

https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/05/20/jean-louis-martinelli-metteur-en-scene-il-faut-reaffecter-l-argent-du-pass-culture-en-direction-de-la-creation_6234402_3232.html

En 1993 déjà, [les metteurs en scène] Patrice Chéreau [1944-2013], Bernard Sobel, Jean-Pierre Vincent [1942-2020] et Alain Crombecque [(1939-2009), ancien directeur du Festival d’Avignon] signaient une lettre ouverte alors qu’une baisse de 5 % était annoncée, après des réductions budgétaires successives. Ils manifestaient leurs inquiétudes, en écrivant notamment : « La considération du rôle réservé aux pratiques artistiques dans cette lutte incessante entre barbarie et civilisation est un des critères selon lequel on juge une société, un gouvernement. »

 

 

Le mal est ancien, certes, mais la situation d’alors n’avait pas le caractère désespérant qu’elle revêt aujourd’hui. En effet, il n’est pas une semaine depuis des mois où l’on ne puisse lire des articles alarmants sur la situation des théâtres de France.

 

 

Toute la pyramide des équipes de création est concernée, des théâtres nationaux jusqu’aux compagnies – équipes de création de théâtre, de danse, de musique, de cirque, etc., qui sont la plupart du temps sans lieu fixe d’implantation. Et ne tombons pas dans le piège qui consiste à opposer les uns aux autres car, dans tous les cas, ce sont bien tous les acteurs, techniciens, auteurs, metteurs en scène, etc. qui seront réduits à l’inactivité. Chacun des secteurs a besoin de l’autre.

Démantèlement programmé

Dernièrement, afin prétendument de résorber le déficit de la nation, 200 millions d’euros ont été amputés au petit budget du ministère de la culture, qui pourrait connaître en 2025 des réductions encore plus sensibles. Cette situation ouvre une crise à venir sans précédent. Choisissant l’affaiblissement, la mise en sommeil de nombre de lieux, voire la disparition des plus fragiles des compagnies, le politique accélère le fait que le monde se défasse.

 

Pour tenter de refaire du commun, nous avons besoin de débats, de confrontations d’idées et d’espaces sensibles dont les fictions sont porteuses en nous offrant un accès à l’autre. Ces confrontations sont nécessaires et stimulantes dans toute société ayant l’ambition d’être une démocratie. Les porte-parole des discours les plus réactionnaires ont-ils définitivement imposé leur « hégémonie culturelle » ?

 
Si cette situation se maintenait, ce ne pourrait être que la première étape d’un démantèlement programmé. Une fois les moyens octroyés à la création amputés, il sera alors aisé de déclarer que, des lieux de création aux compagnies, aucun ne remplit sa mission et donc, dans un deuxième temps, d’en réduire encore les moyens.
 
 
 
 

Et ce d’autant plus aisément que des voix ne manqueront pas de s’élever pour dire que certaines entreprises privées, qui se passent ou presque de subventions, sont à même de mettre en œuvre des spectacles qui rencontrent un large public. Va-t-on saccager cet héritage de la décentralisation culturelle, qui, malgré quelques dysfonctionnements ponctuels, nous est enviée partout dans le monde ?

Un art relégué à la marge

Il est urgent de se mettre au travail si l’on ne veut pas assister à ce que le philosophe Gilles Deleuze [1925-1995] prévoyait au début des années 1980 lorsqu’il nous mettait en garde contre le  façonnement d’espaces juridiques, économiques et culturels complètement préfabriqués où toute création et toute pensée allaient devenir impossibles.

 

 

A cet égard, la quasi-absence permanente de troupes d’artistes dans nos théâtres vient confirmer cette prédiction. Dans le même ordre d’idées, alors que la fabrique de l’art est ce qui fonde la légitimité de l’existence des théâtres publics, on nomme « marge artistique » la somme restant disponible aux fins de création, une fois pris en compte les montants affectés à la marche des lieux. Alors, oui, l’art du théâtre est bien relégué à la marge.

 

Certes l’état des finances publiques semble alarmant et le théâtre est bien le symptôme de la difficulté à faire tenir debout l’ensemble du secteur public (santé, éducation, recherche). Sans entrer dans un débat sur une politique fiscale qui pourrait et devrait être plus juste (taxation des superprofits, revenus du capital, évasion fiscale, etc.) et au lieu de s’en prendre aux plus faibles (chômeurs), une solution me semble évidente à partir de l’enveloppe actuelle du ministère de la culture.

 

Car il est erroné de dire qu’il n’y a plus d’argent lorsque, d’après un rapport de la Cour des comptes, l’Etat devrait consacrer 327 millions d’euros au fonctionnement du Pass culture en vitesse de croisière et que, dès cette année, le seul ministère de la culture le finance à hauteur de 210 millions d’euros. Ce dispositif devient ainsi le deuxième opérateur du ministère, après la BNF.

« Un effet d’aubaine »

Ce Pass culture n’est en fait qu’une aide à la consommation. Et ce sont bien sûr les produits les plus en vue, les mieux marketés qui seront les plus consommés. Après avoir reproché durant des années aux théâtres que la fréquentation de leurs lieux était principalement assurée par un public d’enseignants et d’enseignés, on leur présente aujourd’hui le Pass comme la panacée.

La Cour des comptes elle-même a émis de sérieuses réserves quant à l’évaluation de cet outil. Le Sénat de son côté signale que ce Pass « risque de confirmer les habitudes culturelles et de s’avérer être un effet d’aubaine pour ceux qui ont déjà une pratique culturelle », et cette remarque est déjà vérifiée.

 

 

 
 
 

Certes sa mise en place a pu apparaître judicieuse, voire généreuse, mais en période de crise elle doit être réexaminée. Il n’y a pas de honte à reconnaître une erreur à moins qu’il ne soit pas possible de remettre en cause un projet voulu par l’Elysée qui en avait fait « un chantier culturel prioritaire ».

 

Mais si ces 210 millions sont réaffectés en direction de la création, on sortira de la crise annoncée. Les institutions seront confortées et pourront poursuivre leur mission absolument nécessaire, car leur disparition serait un signe de plus de la destruction de notre société. Et les compagnies, maillon porteur d’avenir – mais le plus fragile –, pourront voir s’éloigner cet horizon de désespérance. Il est encore temps

 

 

Jean-Louis Martinelli est l’ancien directeur du Théâtre national de Strasbourg (Bas-Rhin) et du Théâtre des Amandiers à Nanterre (Hauts-de-Seine).

 

Jean-Louis Martinelli (Metteur en scène)

 

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Comment Judith Godrèche est devenue icône du combat contre les violences sexuelles 

Comment Judith Godrèche est devenue icône du combat contre les violences sexuelles  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Editorial d'Alexandra Schwartzbrod dans Libération - 17 mai 2024

 

Il a suffi d’une vidéo postée sur X dans laquelle le réalisateur Benoît Jacquot s’exprime de façon abjecte sur sa relation avec l’actrice pour que celle-ci cesse de trembler et sorte de son silence.

 

 

C’est l’histoire d’une actrice, longtemps femme-enfant comme on le disait à la fin du XXe siècle, qui, au cours des premiers mois de 2024, s’est muée du jour au lendemain en guerrière contre ceux qui l’avaient utilisée et agressée, avant de devenir icône du combat contre les violences sexuelles. Que s’est-il passé pour que Judith Godrèche, qui avait quitté la France et les écrans depuis de nombreuses années, sorte soudain de son silence, aimantant journalistes, politiques et surtout ces milliers de femmes victimes comme elle d’hommes prédateurs ? La colère. L’indignation. Le trop, c’est trop. Il y a d’abord eu le succès de sa série, Icon of French Cinema, une autofiction pleine d’autodérision qui lui a sans doute redonné confiance en elle. Il a suffi ensuite d’une vidéo postée sur X dans laquelle le réalisateur Benoît Jacquot – avec qui elle a vécu dès l’âge de 15 ans – s’exprime sur cette relation de façon abjecte pour que Judith Godrèche cesse de trembler. Et l’ouvre. Conseillée par différentes femmes, agressées elles aussi dans le passé par des hommes assurés de leur impunité, parmi lesquelles Hélène Devynck, qui fédère les victimes de PPDA.

C’est ça que raconte notre enquête, ce long processus qui a conduit l’actrice à se révéler figure de proue du mouvement #MeToo dans le cinéma. Cette métamorphose ne s’est sans doute pas faite sans casse, elle a laissé des zones d’ombre que nous tentons d’éclaircir. Mais à tous ceux et peut-être aussi toutes celles qui murmurent leur ras-le-bol de ce déchaînement de haine contre des hommes vieillissants soudain cloués au pilori, il faut expliquer que les abus des hommes de pouvoir sur des jeunes filles ou des femmes sans défense – il ne se passe pas de semaine sans que de nouveaux exemples émergent – ont été tels, année après année et dans la plus parfaite indifférence si ce n’est approbation de la société, qu’il est normal que le balancier soit entraîné dans l’autre sens. Il faut que ça sorte. Un jour il reviendra à l’équilibre et l’on repensera avec émotion à ces femmes qui l’ont forcé à bouger.

 
Légende photo : Judith Godrèche à Paris, le 8 mai. (Marie Rouge/Libération)
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Festival de Cannes 2024 : le geste hommage de Judith Godrèche aux victimes de violences sexuelles 

Festival de Cannes 2024 : le geste hommage de Judith Godrèche aux victimes de violences sexuelles  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Lara Clerc dans Libération - 16 mai 2024

 

Mercredi 15 mai, lors de la montée des marches sur la Croisette à l’occasion de la projection de son court métrage «Moi aussi», Judith Godrèche et son équipe ont posé leurs mains devant leur bouche en soutien aux victimes de violences sexuelles contraintes au silence.

 

Mercredi 15 mai, alors que Judith Godrèche, actrice et réalisatrice venue présenter son court métrage Moi aussifoulait le tapis rouge des marches du Festival de Cannes, elle et son équipe, ainsi que Rokhaya Diallo, ont posé leurs mains devant leurs bouches, symbole du silence imposé aux victimes de violences sexuelles.

Un geste lourd de sens, alors que l’actrice de 52 ans est devenue une figure de proue du mouvement #MeToo dans le cinéma français depuis sa plainte visant les réalisateurs Benoît Jacquot et Jacques Doillon pour «viol sur mineur de moins de 15 ans par personne ayant autorité», déposée en février. Judith Godrèche dit avoir reçu, depuis, plusieurs milliers de témoignages de victimes de violences sexuelles via une boîte mail créée à cet effet, auxquels elle dit avoir voulu faire honneur et «redonner un visage».

Moi aussi, qui a été projeté pour la première fois le mercredi 15 mai lors de la cérémonie d’ouverture de la sélection un Certain regard, met en scène plusieurs centaines de victimes ainsi que Tess Barthélémy, la fille de Godrèche et de l’acteur Maurice Barthélémy, présente aux côtés de sa mère sur la Croisette. Après la première projection de son court métrage, une seconde projection publique a eu lieu au Cinéma de la plage.

 
 

Après cette montée des marches remarquée, de nombreux internautes ont relayé l’image sur les réseaux sociaux et repris le geste symbole de Godrèche pour témoigner de leur solidarité et soutenir cette mise en lumière des victimes de violences sexuelles dans le cinéma. Parmi eux, l’actrice et réalisatrice Ariane Labed, l’Association des acteur·ices (ADA), la journaliste Camille Nevers ou encore le directeur de casting et créateur du #MeTooGarçons Stéphane Gaillard.

 

Lara Clerc / Libération

 

Légende photo Judith Godrèche et son équipe, ainsi que Rokhaya Diallo, à Cannes, le 15 mai. (CHRISTOPHE SIMON/AFP)

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L’affaire Rosalind Franklin, ou Rosalind Franklin et la structure en double hélice de l’ADN, texte Elisabeth Bouchaud, mise en scène Julie Timmerman, à La Reine Blanche. –

L’affaire Rosalind Franklin, ou Rosalind Franklin et la structure en double hélice de l’ADN, texte Elisabeth Bouchaud, mise en scène Julie Timmerman, à La Reine Blanche. – | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Louis Juzot dans Hottello - 16 mai 2024

 

L’affaire Rosalind Franklin, ou Rosalind Franklin et la structure en double hélice de l’ADN, texte Elisabeth Bouchaud, mise en scène Julie Timmerman. Avec Isis Ravel, Balthazar Gouzou, Matila Malliarakis, Julien Gallix.

 

A travers une série intitulée « les Fabuleuses », Elisabeth Bouchaud rend hommage à trois femmes, scientifiques de génie mais dont les découvertes et les recherches majeures ont été occultées par une société patriarcale et profondément misogyne. « Exil  intérieur » s’attachait à la vie tourmentée de Lise Meitner, co-découvreuse avec Otto Hahn de la fission nucléaire, c’est pourtant à lui seul que sera décerné le Nobel de chimie en 1944.

 

Circonstances aggravantes à sa condition féminine, Lise Meitner était d’origine juive et travailla à Berlin jusqu’en 1938 avant de fuir l’Allemagne nazie. «  Prix no’ Bell » racontait un déni encore plus parlant quant à l’attribution du prix Nobel de physique pour la découverte des pulsars à Anthony Hewish en 1974 alors que l’irlandaise Jocelyn Bell en était l’unique découvreuse. 

 

 

L’affaire Rosalind Franklin qui clôt provisoirement la série expose un cas assez proche de celui de Jocelyn Bell. Rosalind Franklin est déjà une physico-chimiste réputée et spécialiste des rayons X quand elle rejoint le laboratoire du King’s College de Londres alors qu’elle travaillait à Paris. Mais ce qui aurait pu être une opportunité pour poursuivre ses recherches sur la structure de l’ADN se transforme en chemin de croix dans un microcosme scientifique aux traditions pesantes, méprisant pour  les femmes, qui plus est dominé par une compétition acharnée pour publier les découvertes dans Nature. La revue publiera en 1953 un article majeur sur le sujet de Francis Crick et James Watson, deux chercheurs de Cambridge avant celui de Maurice Wilkins, confrère de Rosalind Franklin au King’s College et enfin en troisième position, celui de la seule vraie découvreuse de la structure en hélice de l’ADN. C’est Maurice Wilkins qui recevra le prix Nobel pour cette découverte en 1962 alors que Rosalind Franklin est déjà décédée des suites d’un cancer vraisemblablement  dû à sa surexposition aux rayons X, en1958,  à l’âge de 38 ans.

 

La pièce est conçue comme un thriller avec de vrais méchants, Crick et Watson interprétés par Julien Gallix et Balthazar Gouzou qui joue également Raymond Gosling (un gentil pleutre,  assistant de Rosalind Franklin) et Vittorio Luzzatti ( collègue italien qui défend la mémoire de la vraie découvreuse de la structure de l’ADN). Isis Ravel est Rosalind et Matila Malliarakis Maurice Wilkins

 

 

La mise en scène est démonstrative, chacun des protagonistes se tenant face à face, prêts à s’affronter dans ce monde qui rappelle celui de la guerre des gangs. Caricatures taillées à la serpe. Rosalind Franklin se bat avec détermination, ne cédant jamais rien, victime aussi de sa passion pour la recherche qui la maintient dans une bulle où l’autre existe à peine. Maurice Wilkins est plus humain, salaud qui vole le cliché de l’ARN réalisé par Franklin et Gosling, mais amoureux de la chercheuse et englué dans les traditions sexistes de son milieu.

 

La pièce a le mérite de la clarté et de la pédagogie pour ce qui est du déni fait aux femmes de sciences, comme une inversion sur le mode thriller des Femmes Savantes. A contrario malgré un début en fanfare, elle reste appliquée comme un exercice un peu lisse, une démonstration implacable mais froide. C’est voulu sans doute mais le théâtre a besoin aussi d’émotions pour emporter l’affaire.

Il n’en reste pas moins une leçon d’histoire et de combat pour l’égalité entre les sexes dans un monde a priori désintéressé où les intérêts carriéristes  et les coups bas sont souvent plus acérés qu’ailleurs. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », avertissait  Rabelais qui avait eu affaire aux « savants » de son temps.

 

Louis Juzot

Jusqu’au  dimanche 9 juin , du mardi au vendredi 19h, samedi 18h, dimanche 16h au Théâtre de La Reine Blanche, 2 bis passage Ruelle 75018 Paris Tel : 01 40 05 06 96 www.reineblanche.com

Puis  en juillet au Festival off d’Avignon 2024, la Reine Blanche – Avignon

 

 
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Dans « Qui a peur », Tom Lanoye passe le théâtre belge à la moulinette

Dans « Qui a peur », Tom Lanoye passe le théâtre belge à la moulinette | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde - 13 mai 2024

 

Le texte corrosif du dramaturge néerlandophone, qui met face à face deux couples de comédiens, est mis en scène par Aurore Fattier au Théâtre 14, à Paris.


 

Lire l'article dans le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/05/13/dans-qui-a-peur-tom-lanoye-passe-le-theatre-belge-a-la-moulinette_6232967_3246.html

Le théâtre belge contemporain va-t-il si mal qu’il en est au point où la seule possibilité qui lui reste est une autoflagellation sans filtre ? Au Théâtre 14, à Paris, Aurore Fattier met en scène, avec énergie mais quelques maladresses, Qui a peur, un texte corrosif, retors, dérangeant et, pour toutes ces raisons, intrigant de Tom Lanoye.

 

Né en 1958, ce solide auteur néerlandophone (qui a adapté Shakespeare et travaillé sur les figures de Médée ou de Méphistophélès) est un explorateur des parts maudites de l’être humain. Le monstrueux ne lui fait pas peur. Il ne prend d’ailleurs pas de gants avec les héros de sa pièce. Sur le plateau protégé par un tulle (où s’inscrivent d’incertaines projections en noir et blanc de leurs visages filmés en gros plan), pas un des protagonistes n’inspire la sympathie. Ce qui n’est pas pour déplaire.

 

Dans Qui a peur, le dramaturge place face à face deux couples de comédiens fictifs. Cultivant le trouble jusqu’à donner à ses personnages le prénom de leurs interprètes, il précipite le quatuor dans un conflit diaboliquement pensé qui entremêle considérations politiques sur le théâtre comme il va (mal) et affrontement de générations d’acteurs que tout sépare, sauf un pressant besoin d’argent. Les joutes verbales s’accomplissent sur fond d’une mise en abyme du théâtre dans le théâtre que l’auteur entretient jusqu’au vertige. Impossible de savoir si ce qui se dit est un leurre ou la vérité, si celui qui parle joue un rôle ou ne le joue pas. Entre la fiction et la réalité, les lignes fluctuent.

Entre hystérie et perversité

En scène dès le début du spectacle, le duo Claire (Bodson) et Koen (De Sutter). Deux quinquagénaires usés jusqu’à la corde qui n’en peuvent plus de tourner depuis des années dans des salles miteuses le blockbuster d’Edward Albee, Qui a peur de Virginia Woolf ?, qui donne la moitié de son titre à la pièce de Lanoye et en inspire l’état d’esprit de A à Z. L’ambiance flotte entre hystérie et perversité, domination et humiliation. Ce recyclage du drame américain est habile, même s’il laisse songeur quant aux limites esthétiques du décalque effectué depuis l’original datant de 1962.

 
Edward Albee organisait la confrontation dévastatrice entre un couple manipulateur et alcoolique et un universitaire brillant et ambitieux, flanqué de son épouse écervelée. Tom Lanoye, pour sa part, positionne dans l’arène des comédiens n’ayant que le théâtre à la bouche, quand bien même celui-ci leur promet une vie où chaque épiphanie créative va se payer au prix fort. Le cynisme (ou le désespoir) de Claire et Koen est tel que, recrutant deux partenaires pour finaliser leur distribution, ils les choisissent non pour leur talent mais pour leur couleur de peau. Qui dit diversité sur le plateau dit aussi subventions de l’Etat. Tom Lanoye ne louvoie pas avec les vérités, et son constat d’un théâtre subventionné belge en piètre santé fait froid dans le dos.

Voici donc Leïla (Chaarani) et Khadim (Fall) qui, venus passer l’audition, se retrouvent précipités dans un jeu de dupes. Ils n’en comprendront que tard les tenants et les aboutissants, après des salves d’échanges acérés opposant leur conception militante, postcolonialiste et utopiste de l’art à celle, désenchantée, paternaliste, voire raciste, de leurs aînés. L’auteur, un orfèvre de la dialectique, prend un malin plaisir à allumer des feux, puis leurs contre-feux en désamorçant constamment les tensions naissantes. L’issue de la représentation ne laisse pas de place au doute : qu’ils soient aguerris ou débutants, les saltimbanques sont prêts à tous les compromis. Ce n’est plus l’art dans sa pureté qui les guide, mais la précarité économique de leur quotidien.

Le public, qui, dans l’absolu, ne devrait jamais savoir sur quel pied danser, tant il est soumis au flux et au reflux de postulats qui s’entrechoquent, se heurte malheureusement à des interprètes qui livrent d’emblée les clés de leurs personnages respectifs et oublient la finesse d’incarnation qu’appelle cette dramaturgie. Pas assez de profondeur dans des proférations qui se déclinent sur une seule note. Seuls les jeunes accèdent à une forme de nuance. Mais cela ne suffit pas à extirper la pièce d’une dimension psychologique réductrice (alors qu’elle vaut clairement mieux que ça), ni à gommer ce sentiment diffus que, face à soi, sur la scène, se déploie, en bout de course, un entre-soi de théâtreux infréquentables qui se contemplent en s’autoflagellant.

 

 

Qui a peur, texte de Tom Lanoye mis en scène par Aurore Fattier. Avec Claire Bodson, Leïla Chaarani, Koen De Sutter, Khadim Fall. Théâtre 14, 20, avenue Marc-Sangnier, Paris 14e. Jusqu’au 25 mai. Mardi, mercredi et vendredi à 20 heures, jeudi à 19 heures, samedi à 16 heures. De 10 € à 25 €. Theatre14.fr

 

 

Joëlle Gayot / LE MONDE

 

Légende photo : Claire Bodson et Koen De Sutter dans « Qui a peur», de Tom Lanoye, mis en scène par Aurore Fattier, au Théâtre 14, à Paris. PRUNELLE RULENS

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Zakary Bairi, un comédien mû par le désir

Zakary Bairi, un comédien mû par le désir | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde  12 mai 2024

 

A 21 ans, le performeur franco-algérien autodidacte, qui enchaîne les projets depuis ses 14 ans, est à l’affiche de « Plutôt vomir que faillir », de Rébecca Chaillon, et de « Cabaret Khalota », de David Wampach.

 

Lire l'article sur le site du "Monde" : https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/05/12/zakary-bairi-un-comedien-mu-par-le-desir_6232839_3246.html

Zakary Bairi ne compte plus les kilos de purée de pomme de terre qu’il a ingurgités pour les besoins de la cause. La cause ? Celle du spectacle Plutôt vomir que faillir, dont le titre vous projette illico au bord des toilettes régulièrement récurées sur le plateau. Créée en 2022 par la metteuse en scène et performeuse Rébecca Chaillon, cette pièce nerveuse sur l’adolescence, l’identité, le genre et la nourriture compte déjà 114 représentations et des dizaines de sachets de flocons déshydratés. « Plus de quatre cents saladiers de purée pour le moment, car je mange vite, et j’ai parfois le hoquet en parlant en même temps, déclare Zakary Bairi, tout sourire. Une chose est sûre, je ne peux plus voir une assiette de rosbeef-purée au restaurant. Sans compter que j’avale aussi du ketchup, de la moutarde, et que j’ai des boutons sur le torse. »

 

Faire la connaissance de Zakary Bairi autour d’un café en hiver, le rencontrer au printemps entre un jus d’orange et un verre de vin blanc, promet au moins deux choses : passer de très bons moments et repartir en pleine forme après chaque conversation. Entre anecdotes existentielles, commentaires artistiques et tirades inopinées tirées du solo Klein, conçu en 2020 autour d’Yves Klein par la chorégraphe Olivia Grandville, le jeune homme, qui a fêté ses 21 ans le 14 avril, aime se raconter. « Au début, je ne parle pas trop et, une fois lancé, je ne sais plus m’arrêter », reconnaît-il.

 
Il faut dire qu’avec déjà sept ans de travail derrière lui auprès d’artistes de tout poil, ce fan d’Alain Cuny, de Gérard Philipe et de Jacqueline Maillan ne manque pas de munitions. « Parfois, j’ai l’impression d’avoir 70 ans et je me sens très vieux, poursuit-il. Je suis tiraillé entre ma vie d’adulte et le fait que je me sente encore ado. J’ai beaucoup de chance, le luxe de vivre mon désir. Même si je ne me sens pas légitime, car je ne sors pas d’une école, comme certains. »

Syndrome d’illégitimité

Un coup d’œil sur son agenda gomme pourtant vite le syndrome d’illégitimité de celui qui « traverse les formes ». Théâtre, danse, performance, vidéo, il enchaîne les projets et rêve de cinéma. Parallèlement à la tournée de Plutôt vomir que faillir, où il irradie auprès de trois comédiens aussi épatants que lui, il va participer à un spectacle de cabaret intitulé Khalota, avec le chorégraphe David Wampach, connu pour ses expériences extrêmes. « Je serai présentateur avec mon amie la chanteuse Dalila Khatir, indique Zakary Bairi. Nous allons travailler à partir de slogans des manifestations algériennes de ces dernières années. » En ligne de mire de l’automne, les répétitions d’Edouard III, de Shakespeare, avec le metteur en scène Cédric Gourmelon. « Ce sera la première fois que j’interpréterai un classique, encore jamais monté en France », se réjouit-il avec gourmandise.

 

Zakary Bairi est né et a grandi à Pessac (Gironde), près de Bordeaux. Père algérien et mère française. Il a une sœur aînée, Anissa, et un petit frère, Ilhan, handicapé, de sept ans plus jeune que lui, dont la naissance et les difficultés ont concentré l’attention maternelle. « Je me suis mis à faire l’intéressant pour attirer les gens, confie-t-il. Je jouais tout le temps, je me déguisais… » Le regard qui sauve est celui de la grand-mère maternelle, Michèle, qui entend le désir brûlant de son petit-fils de faire du théâtre et l’encourage à s’inscrire à l’atelier de son collège. « Elle m’a également abonné au magazine L’Avant-Scène, glisse-t-il. J’étais assez déprimé ado et le théâtre est la seule raison pour laquelle je suis resté vivant. »

 

Il a 14 ans lorsqu’il auditionne pour la pièce Cheptel, conçue en 2017 avec des adolescents par Michel Schweizer. « Je jouais un peu trop comme “Au théâtre ce soir”, que je regardais sur YouTube, mais Michel m’a engagé quand même, raconte-t-il. On a tourné pendant quatre ans. Je voyageais, je gagnais de l’argent, je n’allais pas souvent au lycée. J’ai commencé à me gaver de spectacles et à aller au théâtre régulièrement. » Quant à Michel Schweizer, il se rappelle que « Zakary détonnait parmi les autres par sa maturité intellectuelle et émotionnelle ». Il ajoute : « C’est un phénomène. Ça va très vite pour lui, car c’est vital. Il a un élan relationnel incroyable et ne veut rien rater. Il possède une lucidité sur la vie et le milieu assez rare pour un jeune de son âge. »

Talent et persévérance

Comment fonctionne donc Zakary Bairi, nourri à YouTube et grand lecteur depuis l’enfance, qui semble déjà connaître toute la planète spectacle de France ? « J’écris des mails aux personnes que je rêve de rencontrer. J’adore écrire, c’est mon truc », dit-il. Il a 16 ans lorsqu’il prend contact avec Marie-Noëlle Genod, avec qui il entretient une correspondance pendant deux ans avant de jouer dans une performance au Carreau du Temple, à Paris. « Vous parlez aussi bien que vous écrivez », le complimente Genod, qui le fait improviser au milieu de cent danseurs.

 

Quelque temps plus tard, il lui propose de lire le Kama-sutra avec l’accent arabe pour Ainsi parlait Kamasutra (2021). A 17 ans, en janvier 2021, Zakary Bairi envoie une lettre ouverte à Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’éducation nationale, publiée dans Mediapart, dont le contenu trouve un écho chez le chorégraphe François Stemmer. « Et on parle, on parle, on parle », se souvient-il. Jusqu’à la création, en 2022, de RIMB, sur Rimbaud.

 

De ces années de jeunesse, Zakary Bairi a conservé des soutiens plus qu’indéfectibles. A 12 ans, il participe au festival Les Toiles filantes, piloté par le cinéma Jean-Eustache, à Pessac. Il fait partie du jury d’enfants et visionne des films pendant une semaine. C’est là qu’il croise Florence Lassalle, conférencière et au conseil d’administration du cinéma. « Il donnait son opinion avec beaucoup de précision et a suivi deux éditions du festival, souligne-t-elle. On est devenus amis et je l’ai emmené au théâtre. Zakary sait se faire aimer, et rencontrer quelqu’un comme lui n’arrive pas souvent dans une vie. »

 

 

Mais ce réseau ne serait rien sans talent ni persévérance. Celui qui veut « apprendre des choses qu’[il] ne sai[t] pas faire » donne des ateliers autour des thèmes présents dans la pièce de Rébecca Chaillon. Il a écrit une autobiographie, intitulée Testament Adolescent, pendant le Covid-19 et vient de livrer un manifeste : Je fais de l’art pour que les méchants se suicident. « Pourquoi certains continuent-ils de vouer leur existence à l’acte de création quand n’importe quel morceau de musique peut être fabriqué par un ordinateur et un texte pondu par une intelligence artificielle ?, y demande-t-il. Peut-être parce que l’Art n’est pas une option, parce que l’Art n’est pas un “plus” ni un divertissement ni même un passe-temps… Peut-être aussi parce qu’il y a des virtuoses et que cette virtuosité a une fonction dans nos sociétés : nous prouver qu’au-delà de ses petites bassesses biologiques, l’Homme est capable de grandes choses. »

 

Plutôt vomir que faillir, de Rébecca Chaillon. Du 14 au 16 mai au Théâtre Sorano, à Toulouse ; du 24 au 26 mai à La Minoterie, à Dijon ; du 29 mai au 2 juin, au Théâtre Vidy-Lausanne (Suisse).

Cabaret Khalota, de David Wampach. Le 16 mai au Cratère, à Alès (Gard) ; le 17 mai à La Berline, à La Grand-Combe (Gard).

 

Rosita Boisseau

 

 

Légende photo : Zakary Bairi, à Paris, en février 2023. MÉLODIE LAURET
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«Héliogabale» et «Mademoiselle» : deux Genet perdus de vue et retrouvés 

«Héliogabale» et «Mademoiselle» : deux Genet perdus de vue et retrouvés  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Mathieu Lindon dans Libération, publié le 10 mai 2024

 

 

 

«Héliogabale» est un «drame en quatre actes» écrit à Fresnes, en 1942 et «Mademoiselle» est le scénario de 1951 du film que réalisa Tony Richardson avec Jeanne Moreau.

 

 

 

Voici que surgissent deux textes de Jean Genet dont on connaissait l’existence mais dont on ignorait où ils se trouvaient (et s’il en restait quelque chose). Le célèbre prisonnier né en 1910 et mort en 1986 a écrit Héliogabale, ce «drame en quatre actes», à Fresnes, en 1942, après son premier roman Notre-Dame-des-Fleurs. Le texte a été retrouvé dans une bibliothèque de Harvard. L’histoire romaine a évidemment inspiré Genet, mais également  Antonin Artaud dont Héliogabale ou l’Anarchiste couronné, «le fond même de notre littérature sauvage» selon J. M. G. Le Clézio, est paru en 1934 et s’ouvre sur cette phrase : «S’il y a autour du cadavre d’Héliogabale, mort sans tombeau, et égorgé par la police dans les latrines de son palais, une intense circulation de sang et d’excréments, il y a autour de son berceau une intense circulation de sperme.» Rien pour déplaire à Genet qui, dès les didascalies, fait savoir de quelle mise en scène il se chauffe. Il indique comment sont vêtus les personnages et, pour le «cocher favori» et amant du jeune empereur, il est juste écrit : «splendidement». «Les personnages se parleront de très près, s’envoyant les répliques au visage comme s’ils se crachaient à la figure» quoiqu’il n’y ait «pas d’éclats» : «C’est un drame sec.»

Les «scélératesses magnifiques» de la grand-mère

L’empereur de 18 ans, à qui sa grand-mère souhaitant sa perte trouve un «triste petit vieux visage de gamin vicieux», met toute sa «gloire à n’être pas respecté». «Le mépris, c’est ce que je veux.» Il ressemble à un masochiste mégalomane. «Il ne me suffit pas de m’enlaidir, j’enlaidis la beauté.» Ou : «Il faut que nous franchissions l’abject afin de nous retrouver seuls dans notre désespoir. Nous serons plus forts que le monde puisque nous habiterons l’immonde.» Sa naissance ayant mensongèrement porté sur le trône l’empereur travesti, ça donne : «Je suis le fils de la nuit. Sorti de la nuit enceinte par la verge monstrueuse d’un porcher juif, peut-être.» Il vante les «scélératesses magnifiques» de sa grand-mère : «Elle est grande et terrible, donc doublement ridicule», ou : «La garce veut ma mort. Elle pue ma mort comme si elle m’avait déjà dévoré.» Puis vient le temps de la décadence, Héliogabale détrôné fuit : «Les garçons comme moi ne savent apporter que l’anarchie, et tant qu’ils sont enfants, qu’ils ont le toupet de jouer avec les choses sacrées.» Mais on peut toujours tomber plus bas. «Pourvu que je ne sois pas réduit à devenir intelligent. Ce serait bien le pire des malheurs qui puisse m’arriver.» «Le lecteur familier de l’œuvre de Jean Genet aura reconnu les éléments structurants de son imaginaire avec ses thèmes de prédilection (le secret, le complot, la violence, la lâcheté, la trahison, la dérision, etc.)», écrit François Rouget dans son avant-propos.

 

 

Mademoiselle est le scénario de 1951 du film que réalisa Tony Richardson en 1966, avec Jeanne Moreau (Louis Malle, Georges Franju et Joseph Losey n’avaient pas mené le projet à terme). En 1950, Genet avait tourné son mythique court-métrage Un chant d’amour en bénéficiant pour les extérieurs de la propriété de Jean Cocteau, «son protecteur originel», comme l’écrit Yves Pagès, l’écrivain et éditeur de Verticales, dans la première préface sur l’«envie de cinéma» de Genet. La seconde est de Patric Chiha et le réalisateur autrichien de la Bête dans la jungle s’interroge sur ces pages qui ne ressemblent pas pour lui à un scénario : «Mais si ce n’est pas un scénario, qu’est-ce que ce texte ? Disons le simplement,  Mademoiselle est un film. C’est déjà une suite de gestes, une suite de gestes filmés en gros plans./ Exemple : “Comme ivre, sa bouche baisa l’écorce tendre.”»

 

L’intrigue se déroule dans un village où des immigrés polonais sont si peu appréciés qu’on leur fait porter la responsabilité des divers drames qui s’y produisent (incendies, inondation, empoisonnement).  Alors que «Mademoiselle», la jeune institutrice, est au centre de tout, Mademoiselle et son désir, Mademoiselle et sa pénurie d’hommes, Mademoiselle et son quasi silence synonyme de dénonciation calomnieuse. Un des Polonais est un très séduisant homme dont le fils est élève de Mademoiselle. Le texte est la plupart du temps au passé simple ou à l’imparfait, ce qui ne correspond guère à l’image d’un scénario. Genet donne des conseils au réalisateur : «S’il était possible, il faudrait montrer  l’odeur de ces chambres.» Il y a «un mouchoir de dentelle» et surtout des pantalons et de quoi les «remplir».

Jean Genet Héliogabale. Edition établie et présentée par François Rouget. Gallimard, 108 pp., 15 € (ebook : 10,99 €). Mademoiselle, Gallimard, «l’Imaginaire», 166 pp., 7,50 €.

Mathieu Lindon / Libération

Légende photo : Photo non datée de Jean Genet à Paris. (UPI. AFP)

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 La fête du slip, de et avec Mickaël Délis, au Théâtre de la Reine Blanche

 La fête du slip, de et avec Mickaël Délis, au Théâtre de la Reine Blanche | Revue de presse théâtre | Scoop.it

ff article de Denis Sanglard dans Un fauteuil pour l'orchestre - 9 mai 2024

Il est parfois dommage de ne s’arrêter qu’au titre d’une œuvre, aussi maladroit soit-il, occultant de fait son contenu qui vaut bien mieux que son annonce. La fête du slip, blason un rien racoleur, est pourtant une création d’une belle acuité, d’une intelligence abrasive jusque dans l’écriture lardée d’humour corrosif,  et dont le propos s’avère plus que pertinent à l’heure du retour en force du masculinisme, de ses coups de boutoir, réaction de mâles inquiets, en perte de repère et d’autorité devant les questions aussi bien de genre que de la remise en question du patriarcat, où la parole des femmes depuis #metoo se libère dénonçant désormais les violences sexistes et sexuels, et l’intolérable male gaze qui l’accompagne. Pourtant homosexuel, mais là c’est sans doute une question de génération et de milieu, Mickaël Délis n’échappait pas à cette injonction impérative et culturelle de la performance et du jouir sans entrave, qu’il définit comme un tantinet pathologique. La fête du slip n’exprime rien d’autre que le trouble d’une défaite libératoire, une remise en question salutaire de la toute-puissante verge érectile (et de ses vantards centimètres comme échelle de valeur) qui oblige à la performance jusqu’à la névrose, la compulsion jusqu’à la saturation, la perfection jusqu’au contrôle. Autrement dit, je bande donc je suis . Mickaël Délis fait de son membre suractif, et de la relation privilégiée qu’il entretient avec, le centre du monde, tourne autour comme on regarde son nombril, interrogeant cette quête performative que l’activité sexuelle compulsive et obsessionnelle dénonce pour enfin vouloir s’en affranchir. Pas facile, la route est ardue, aussi raide et parfois douloureuse qu’une bite en érection sous viagra.

 

Sur ce chemin de Damas il y a foule qui de sa mère, de son père, de son frère jumeau, de son agent, de feu son psy, de ses ex, d’un centre d’addiction sexuelle, de l’hôpital public et de ses médecins, et même le metteur en scène Jean-François Sivadier, ce dernier pointant lucidement de son doigt le nœud du problème de Mickaël Délis et provoquant par cette claque sévère une déflagration,  sont autant de questionnements, d’obstacles et de réponses dans cette quête d’une masculinité désintoxiquée, décomplexée et débarrassée de ses couilles encombrantes, ce qui ne veut pas dire être émasculé, la question d’en avoir ou pas n’étant plus dés-lors d’actualité.

 

Portraits incisifs, dessinés avec beaucoup d’humour, de tendre vacherie aussi (sa mère castratrice, inénarrable), parfois de tendresse bouleversée (son père, en phase terminale), ou encore d’autorité scientifique pour caution, autant de réactions ou d’objections qui de lui et de son rapport conflictuel avec son pénis dressent un portrait éclaté mais avec une constante et une révélation, n’être que la reproduction et le produit d’un ordre social et familial, d’un milieu (la communauté homosexuelle n’échappant pas à cette injonction mais pour d’autres raisons, le VIH étant passé par là), un désastre en somme, où le genre n’étant plus qu’une construction n’a plus rien à voir avec le sexe biologique vous laisse sur le flanc. L’hubris turgescent résidant symboliquement  et inconsciemment dans le chibre en érection de tout mâle normalement constitué n’est que le symptôme d’un système malade, vérolé, où l’appendice masculin conditionné dès l’enfance, conforté à l’adolescence par l’industrie pornographique, autoriserait le pire dans sa rhétorique machiste et guerrière. Mais il suffit d’une contre-performance inattendue, la débandade honteuse et redoutée, et de bras simplement ouverts sans apriori pour prendre conscience que, oui, la simple tendresse peut-être un antidote et qu’un pavillon traitreusement baissé n’empêche nullement d’aimer et d’être aimé. Dans cette mise en scène épurée qui libère le propos, éclairée astucieusement de quelques néons pour scénographie, Mickaël Délis se met à nu et sans jamais quitter son survêtement, joue un peu cabot de l’impudeur et du scabreux (relatif) de ses aveux mais avec le sel et le poivre d’un humour qui n’oblitère jamais le sérieux d’une réflexion pertinente bien plus large que ce soliloque égocentré autour de son pénis et de ses performances. Coup de pied dans les parties du patriarcat,

 

La fête du slip c’est surtout l’histoire d’une gueule de bois et de lendemains qui débandent.

 

Denis Sanglard - Un fauteuil pour l'orchestre 

 

 

La fête du slip, écriture, interprétation et co-mise en scène de Mickaël Délis

Co-metteurs en scènes : Papy de Trappes, Vladimir Perrin, David Délis

Consultant chorégraphique : Clément Le Disquay

Création lumière : Jago Axworthy

Collaboration à l’écriture : Romain Compingt

 

 

 

Du 8 mai au 14 juin 2024 à 21h

Les mercredis et vendredis, le dimanche à 18h

 

Théâtre de la Reine Blanche

2bis passage Ruelle

75018 Paris

Réservations : www.reineblanche.com

https://www.reineblanche.com/calendrier/theatre/la-fete-du-slip

 

 

Tournées :

3/21 juillet, festival d’Avignon, Avignon Reine Blanche à 21h45

Dans le cadre d’un diptyque avec Le premier sexe, au même date à 20h15

 

 

 

 

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Cérémonie des Molières 2024 : de la politique et des longueurs 

Cérémonie des Molières 2024 : de la politique et des longueurs  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Article de Lara Clerc dans Libération - 7 mai 2024

 

La 35e nuit des Molières diffusée ce lundi 6 mai sur France 2 n’a pas échappé à quelques longueurs malgré l’énergie de l’humoriste Caroline Vigneaux. Compte rendu et palmarès.

 

On s’attendait à pas mal de choses, mais pas à ce que cette 35e cérémonie des Molières commence par une reprise en fanfare (des sapeurs pompiers de Paris) d’un medley de chansons pop (Flowers de Miley Cyrus, Don’t Start Now de Dua Lipa…), sur lequel déboule Caroline Vigneaux. «En toute simplicité», comme elle le décrit. Cette année, c’est cette ancienne avocate reconvertie humoriste qui succède à la présentation «start-up nation» d’Alexis Michalik. Si la mission s’avère délicate – la cérémonie est souvent parasitée par des longueurs –, elle avait déjà annoncé la couleur lors de la révélation des nominés : «Les lauréats sont prévenus, ils auront interdiction de remercier leurs parents, leur metteur en scène, leur producteur ou leur cousine Paulette.» D’ailleurs la sentence est rude, car quiconque dépasse la minute réglementaire de remerciement se voit interrompre par Ernesto, chanteur lyrique un brin kitsch. Le mot d’ordre : pas de «merci», mais des anecdotes.

Rachida Dati prise à partie

Passé le mot dédiant la cérémonie à Bernard Pivot, décédé ce lundi 7 mai, que la fête commence : paillettes, courbettes et différentes révérences, que ce soit en danse ou sur scène lors des remerciements – pardon, des anecdotes. Caroline Vigneaux mène la danse d’un show sans cesse interrompu par de multiples causes ou messages qui se gaussent de passer entre les mailles du filet supposé assurer le rythme de la soirée.

Piques ici et là à l’encontre de Rachida Dati (mention spéciale à la référence à sa menace de transformer le chien de Gabriel Attal en kebab), remarques sur le manque de diversité parmi nommés ou rappel des coupes budgétaires spectaculaires annoncées cette année pour la Culture… Sophia Aram, récompensée pour le spectacle le Monde d’aprèsinterpelle l’audience : «Si nous appelons tous ici à un cessez-le-feu, comment être solidaires des milliers de civils morts à Gaza sans être aussi solidaires des victimes israéliennes ? Comment exiger d’Israël le cessez-le-feu sans exiger la libération des otages israéliens ? Comment réclamer le départ de Netanyahou sans réclamer celui du Hamas ?»

 

Un show féministe

Malgré la volonté de sa maîtresse de cérémonie, la soirée dégage parfois un petit relent de renfermé, pendant le discours d’Anne Roumanoff sur les dérives des réseaux sociaux. Déconcertante, Caroline Vigneaux martèle à Bruno Solo avant son discours : «Tu es sûr que tu n’as pas d’affaires au cul ? […] c’est rare !» Le sujet #MeToo revient plus tard lors d’un clip montrant un montage de plusieurs photos d’acteurs et actrices avec en seul message «Vous n’êtes pas seul.e.s», immédiatement suivi d’un numéro musical interprété par Mathilde, revendiquant la liberté des femmes à disposer de leur corps. Un brin contradictoire avec la parole d’Elsa Zylberstein, qui revendique être «la pâte à modeler» de son metteur en scène devant Tiago Rodrigues, heureusement reprise sur la question par Caroline Vigneaux.

 

Auréolé de sept nominations, Courgette de Paméla Ravassard et Garlan Le Martelot repart avec un seul trophée, alors que 4 211 km – dont la metteuse en scène Aïla Navidi appelle à la libération de Toomaj Salehi, rappeur iranien condamné à mort pour une chanson –, et le Cercle des poètes disparus finissent tous deux la soirée avec deux statuettes. L’adaptation du mélo culte où brillait Robin Williams qui fait salle comble au Théâtre Antoine était nommée à six reprises. Côté public, le joyeux et carnavalesque 40° sous zéro du Munstrum Théâtre remporte lui aussi deux Molières.

 

Lara Clerc / Libération 

Palmarès

  • Molière du Théâtre privé : 4 211 km de et mise en scène par Aïla Navidi
  • Molière du Théâtre public : 40° sous zéro de Copi, mise en scène Louis Arene
  • Molière de la Comédie : C’est pas facile d’être heureux quand on va mal de Rudy Milstein, mise en scène Rudy Milstein et Nicolas Lumbreras
  • Molière de la Création visuelle et sonore : Neige, scénographie Emmanuelle Roy, décors Emmanuelle Roy, costumes Alice Touvet, lumière Jean-Luc Chanonat, (de et mise en scène par Pauline Bureau)
  • Molière du Spectacle musical : Spamalot de Éric Idle, mise en scène Pierre-François Martin-Laval
  • Molière de l’Humour : Sophia Aram dans le Monde d’après de Sophia Aram et Benoît Cambillard (mise en scène Sophia Aram et Benoît Cambillard)
  • Molière du Jeune public : Neige de et mise en scène par Pauline Bureau
  • Molière du Seul. e en scène : Va aimer ! avec et de Eva Rami
  • Molière de la Mise en scène dans un spectacle de Théâtre public : Louis Arene pour 40° sous zéro de Copi
  • Molière de la Mise en scène dans un spectacle de théâtre privé : Olivier Solivérès pour le Cercle des poètes disparus (adaptation de Gérald Sibleyras)
  • Molière de l’Auteur. trice francophone vivant.e : Rudy Milstein pour C’est pas facile d’être heureux quand on va mal
  • Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre public : Vanessa Cailhol dans Courgette de Paméla Ravassard et Garlan Le Martelot (mise en scène Paméla Ravassard)
  • Molière du Comédien dans un spectacle de théâtre public : Micha Lescot dans Richard II de William Shakespeare (mise en scène de Christophe Rauck)
  • Molière de la Comédienne dans un spectacle de théâtre privé : Cristiana Reali dans Un Tramway nommé Désir de Tennessee Williams (mise en scène Pauline Susini)
  • Molière du Comédien dans un spectacle de théâtre privé : Vincent Dedienne dans Un chapeau de paille d’Italie de Eugène Labiche (mise en scène d’Alain Françon)
  • Molière de la Comédienne dans un second rôle : Jeanne Arènes dans l’Effet miroir de Léonore Confino (mise en scène Julien Boisselier)
  • Molière du Comédien dans un second rôle : Guillaume Bouchède dans Je m’appelle Asher Lev de Aaron Posner (mise en scène Hannah-Jazz Mertens)
  • Molière de la Révélation féminine : Olivia Pavlou-Graham dans 4 211 km (de et mise en scène par Aïla Navidi)
  • Molière de la Révélation masculine : Ethan Oliel dans le Cercle des poètes disparus (mise en scène Olivier Solivérès)
  • Molière d’honneur : Francis Huster
 
 

Légende photo : L'acteur Vincent Dedienne recevant son Molière des mains de Jean-Pierre Darroussin, le 6 mai à Paris. (Thomas Samson/AFP)

 

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«Devant lui, je ne dis rien, je ne réagis pas, je suis prostré» : l’écrivain et metteur en scène Pierre Notte mis en examen pour viols sur mineur 

«Devant lui, je ne dis rien, je ne réagis pas, je suis prostré» : l’écrivain et metteur en scène Pierre Notte mis en examen pour viols sur mineur  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération -  6 mai 2024

 

L’homme de théâtre prolifique fait l’objet d’une plainte déposée en 2021 par l’un de ses anciens élèves, qui relate à «Libération» des années «d’assujettissement dominé par la peur» et les viols dont il aurait été victime dès l’adolescence. Pierre Notte, qui bénéficie de la présomption d’innocence, parle quant à lui d’une histoire d’amour.

 

C’est l’histoire d’un homme de théâtre, dramaturge prolifique joué dans la France entière, écrivain et metteur en scène réputé, au parcours ascensionnel jalonné d’honneurs et de prix, et d’un jeune homme silencieux qui se percevait comme invisible tant sa présence n’était jamais interrogée. Alban K., 37 ans, a porté plainte le 10 décembre 2021 pour viols et agressions sexuelles sur mineur par un adulte ayant autorité. L’adulte ayant autorité est donc Pierre Notte, 54 ans, écrivain publié chez Gallimard dans la collection Blanche, homme de réseaux et de pouvoir, qui fut entre autres secrétaire général à la Comédie-Française de 2006 à 2009 puis rattaché à la direction du Rond-Point durant les années Ribes jusqu’en 2022. Mis en garde à vue, Pierre Notte a été entendu pour la première fois mercredi 24 avril par un officier de la police judiciaire. Selon nos informations, une confrontation avec le plaignant a eu lieu dans la foulée. A l’issue de celle-ci, Notte, présumé innocent, a été présenté à un juge d’instruction qui l’a mis en examen pour viol sur mineur commis par une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction. Il est actuellement placé sous contrôle judiciaire.

 

C’est un coup de théâtre, autorisons-nous ce cliché, et en tout cas le signe très net que quelque chose se fissure au royaume de l’impunité, y compris lorsqu’on prend soin de se construire une façade pro #MeToo : le dernier grand succès de Pierre Notte, Je te pardonne (Harvey Weinstein), créé après le confinement en 2021, est un réquisitoire en chansons contre les prédateurs sexuels et Weinstein en particulier qu’incarnait au plateau… l’auteur en personne.

 

 

Pour Alban K., qui découvre la pièce à sa création, c’est un choc : «Je me souviens d’un effondrement total, d’un trou noir pendant quarante-huit heures, où je me dis ce n’est pas possible, l’impunité n’aura jamais de fin, ça va continuer. Après le déguisement en grand défenseur de la cause #MeToo, quelle sera la prochaine étape ?» C’est la vision de cette pièce qui décide Alban K. à joindre l’avocate Léa Forestier, qui a par ailleurs été le conseil juridique de Vanessa Springora dans l’affaire Matzneff. «Il fallait absolument que j’aille voir quelqu’un qui comprenne de quoi je parle.»

 

Effectivement, l’histoire d’Alban K. telle qu’il la relate permet de comprendre les rouages subtils à l’œuvre sous le gros mot d’emprise. Quand Alban K. rencontre pour la première fois Pierre Notte en 2002, il a 15 ans et est en classe de seconde au lycée privé catholique Saint-Louis Saint-Clément à Viry-Châtillon. Pierre Notte, qui n’a pas encore créé la pièce qui le rendra célèbre et lui vaudra un molière et un prix de la SACD, Moi aussi je suis Catherine Deneuve, est son enseignant à l’option théâtre, coanimée par sa professeure de français, mariée à un grand ami de Notte, Thierry Jopeck. A 15 ans, l’adolescent traverse une période particulièrement éprouvante : il est stigmatisé, harcelé, insulté par ses camarades en raison de son orientation sexuelle tandis que son père, hospitalisé tantôt en clinique, tantôt à la maison, se bat contre un myélome multiple des os dont il décédera en décembre 2013. Dans ce contexte, nous explique Alban K., Pierre Notte va peu à peu gagner sa confiance en apparaissant comme «très protecteur», voire l’unique personne à qui il peut se confier. Comme il le dit dans sa plainte déposée le 10 décembre 2021 que  Libération  a pu consulter, Pierre Notte, une vingtaine d’années de plus que son élève, lui apparaît alors comme l’homme capable de sermonner devant lui les élèves qui le traitent de «pédale»,   de «tantouze», «fiotte» et autres insultes. C’est d’autant plus précieux que le milieu éducatif n’est pas encore suffisamment sensibilisé à la question du harcèlement. En première, l’enseignant Notte continue d’apparaître comme un «bouclier» pour l’adolescent.

«Il me soulève comme un morceau de bois mort»

Vient le jour d’un premier rendez-vous suscité par l’élève au Starbucks de l’Opéra – rappelons qu’il habite à une vingtaine de kilomètres de Paris. Surprise : l’adulte refuse d’entrer dans le café, et conduit le jeune homme de 16 ans, dans ce qui lui apparaît comme un labyrinthe, jusqu’à la rue du Pélican au centre de Paris, où il habite. Alban K. nous raconte alors d’une traite : «Et très vite, dès le portail rouge de l’immeuble, j’arrête de parler. On monte les deux étages, on est chez lui, on s’assoit à une petite table. Je suis assis sur une chaise, il est à genoux devant moi, mais même dans cette position, il est à ma hauteur, et là, il m’embrasse, aucune réaction de ma part. Juste le souvenir de l’horreur de sa barbe et le goût du café dans la bouche. Je ne dis rien, je ne réagis pas. Je suis prostré. Assez vite, il me soulève comme un morceau de bois mort car je ne marche pas moi-même. L’appartement est petit et il baisse mon pantalon et frotte son visage sur mes parties génitales, et tout ça se fait dans un silence total, sans aucun dialogue, sans aucune réaction de ma part, je me souviens que je fixe le plafond.»

 

 

Comment se refuser à l’autorité d’un enseignant qui se présente comme un sauveur lorsqu’on vit une tragédie familiale et qu’on est victime de harcèlement en classe ? «Se crée alors une forme de dépendance dominée par la peur», peut-on lire dans la plainte. Le deuxième rendez-vous a lieu dans l’appartement de la professeure de français, comme Pierre Notte le relate de manière à peine transposée dans Quitter le rang des assassins, récit autobiographique au titre programmatique emprunté à Kafka, paru en 2018, chez Gallimard. Il est introduit dans la prestigieuse maison par le soutien de Matzneff, Christian Giudicelli, qui devient son éditeur. Une différence de taille tout de même : dans le récit, le personnage dénommé Not, «qui déshabille l’enfant de 17 ans, lentement, et l’embrasse partout», agit sur un corps qu’il dote de consentement. Pour Alban K., l’acte sexuel qu’il qualifie «d’agression» est d’autant plus «traumatisant» que tout se passe dans le lit de sa prof de français «qui ne sait rien de cette histoire, ni même que je suis chez elle».

«Je dois me maintenir à disposition»

Pierre Notte achète ensuite une chambre de bonne rue Jean-Jacques Rousseau, à Paris, qu’il surnomme de manière éloquente «la boîte». Alban K. se souvient : «Ce sont des rendez-vous qui se répètent et qu’il est impossible de refuser. Je sais que je dois y aller. Et donc je viens avec un sac que je remplis du plus d’affaires possibles car je ne sais jamais quand je vais pouvoir partir. Même quand il sort travailler, il est clair que je ne peux pas sortir, je dois l’attendre, me maintenir à disposition.»

 

Alban K. se décrit comme réifié. En particulier, son mentor lui interdit de se laver. «Si jamais je prends une douche, ce sont des crises sans fin. Il me renifle partout, sous les bras, et s’il sent une odeur de savon, c’est un tribunal pendant au mieux des heures parfois des jours, avec la nuit, des cris – “Si tu te laves, tu le fais pour me contrarier.” Au point qu’au bout de plusieurs semaines, je puais, c’était horrible. Et en repartant chez moi, à chaque fois, je passais des heures à me laver. Il y a la libération par la douche.» Est également passée au crible son alimentation : «Il n’y avait aucune liberté ni dans le choix des aliments ni dans leur quantité toujours restreinte.» Avant de retrouver Notte, Alban K. prend donc l’habitude de manger un sandwich en cachette.

 

Le contrôle semble sans limite : c’est clandestinement qu’Alban K. se souvient d’entrer dans des librairies. Il recouvre ensuite les livres achetés, et les dissimule au fond de son sac à dos. De fait, selon le plaignant, c’est toute activité autonome comme l’est par définition la lecture, qui devient proscrite sous peine de susciter des crises et colères terrifiantes dont Pierre Notte fait d’ailleurs état dans Quitter le rang des assassins.

 

 

Tandis qu’en milieu scolaire, selon la plainte, Notte paraît souffler le chaud et le froid, alterne les scènes d’humiliation et de glorification d’Alban K., les rendez-vous se poursuivent soit dans la «boîte», ou dans l’appartement principal de l’homme de théâtre qui vit en couple, pacsé, comme Alban K. le découvre accidentellement au bout de quelques années – cette découverte est également racontée dans Quitter le rang des assassins. Ce qui n’est pas sans questionner Alban K. : «Pendant trois ans, j’ai été dans un appartement où il était imperceptible qu’un autre homme que Notte habite. Il n’y avait pas d’affaires, aucune trace, photo, objet. Tout était à lui, à son image.» La première sodomie, sans capote, a lieu à Saint-Brieuc pendant un voyage professionnel alors qu’Alban est en première.

Rester sage comme une image

Il y a un jour où, celui que Notte nomme «l’enfant» dans plusieurs textes, craque et explose en sanglots pendant un cours d’anglais. L’enseignante demande à l’élève de quitter la classe avant de recueillir ses confidences sur sa relation avec le professeur de l’option théâtre. La prof d’anglais s’en est-elle ouverte à sa collègue, prof de français ? L’après-midi même, Alban K. reçoit un appel du mari de cette dernière qui l’aurait exhorté à «rectifier le tir» auprès de la prof d’anglais afin de se protéger d’un «scandale» dont il aurait été très difficile de se relever. Alban K. n’imagine pas pouvoir mentir de vive voix. Il obéit à l’ordre mais par écrit. Nous n’avons pas réussi à joindre la professeure d’anglais, qui aurait, selon nos informations, corroboré les faits, par ailleurs relatés dans la plainte.

 

 

Les liens et ce qu’Alban K. nomme «assujettissement» ne s’interrompent pas après l’obtention du baccalauréat. L’étudiant, qui s’est inscrit en études théâtrales à l’université Sorbonne Paris 3 reste très isolé, ce que confirme à Libération son unique amie rencontrée à la fac. «Alban K. a surgi dans le couloir comme apparition : en justaucorps, cheveux longs, androgyne, différent de tous. Il ne s’est pas confié à moi tout de suite. Sa relation avec ce monsieur Notte était cachée.» Alban K. lui apparaît sans cesse pressé : «Il avait peur, il devait faire des courses pour lui. Son empressement mêlé de terreur était frappant. Je n’ai croisé Pierre Notte qu’une seule fois furtivement place Colette à Paris.» De même qu’Alban K. se cache pour se nourrir, de même il voit son amie «dans la clandestinité», souvent au Quicampe, rue Quinquampoix, qui dispose d’une arrière-salle – «pour éviter que les passants puissent nous voir de la rue».

 

 

Pierre Notte se déplace avec son garçon trophée partout, l’emmène à des premières, à des soirées mondaines, des dîners entre gens aisés et connus, et toujours beaucoup plus âgés que lui. Mais tout se passe comme si sa beauté confondante suffisait à justifier sa présence et, selon Alban K., personne ne songe à s’intéresser à ce qu’il aime, pense ou même à la nature de sa relation avec Notte. Il va de soi qu’il doit rester sage comme une image. De fait, nous relate Alban K., quand lors d’un dîner, il fait mine de rire, ou s’exprimer, un regard de son mentor suffit à l’en dissuader.

 

 

Une seule fois, une femme lui pose une question personnelle : l’actrice Valérie Lang. C’était tellement inhabituel qu’Alban K. s’en souvient. De même à la Comédie-Française où Notte exerce un haut poste et où, dans son bureau, Alban K. voit défiler tous les comédiens sans qu’ils ne semblent s’apercevoir de sa présence. A l’exception de Muriel Mayette-Holtz, à l’époque administratrice de la maison de Molière, qui décrit «un jeune homme silencieux qui marchait toujours derrière Pierre Notte». Pour autant, l’année universitaire se révèle un pas vers la liberté. Alban K., qui ne peut toujours ni lire ni étudier chez Pierre Notte, va peu à peu fomenter son évasion grâce à un job d’étudiant au théâtre des Variétés. En cachette de Pierre Notte, Thierry Jopeck, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, accepte de se porter caution.

Sentiment d’une rupture d’égalité entre le plaignant et le mis en cause

Selon la plainte, en 2009, un week-end à Trouville est décisif. Notte, furieux de voir Alban K. lui échapper, menace de se tuer ou de le tuer. Le risque doit être sérieux pour que l’ami Jopeck, qu’Alban K. appelle en détresse, lui conseille de s’enfuir par la fenêtre – pendant qu’il lui prend un billet de train. «Silence, peur, bruit de couteau : la mort n’était vraiment pas loin ce jour-là», se remémore Alban K.. Une «tyrannie» dont Pierre Notte semble avoir conscience selon un courrier que nous avons pu consulter où il évoque ce week-end. Mais c’est un an plus tard, et beaucoup plus loin, au Canada, qu’Alban K. choisira de s’enfuir. Il y vit pendant cinq ans grâce à des bourses et un poste d’auxiliaire de recherche afin de poursuivre des études de lettres. Loin, il écrira une première pièce de théâtre dont il détectera bien après sa parution qu’elle porte sur le viol et l’enfermement. Dans sa préface, Thierry Jopeck atteste avoir connu Alban K. adolescent et fait une corrélation curieuse entre ses souvenirs de l’auteur à cet âge, les désirs qu’il inspirait, et Gabriel Matzneff.

 

 

Lorsqu’on le rencontre une première fois à la mi-février 2024 dans le bureau de ses conseils Léa Forestier et Alix Aubenas, Alban K. frappe par sa précision et l’étayage de ses formulations en dépit de la terreur perceptible que lui inspire encore Pierre Notte, quatorze ans après la fin de toutes relations. Le processus judiciaire est alors enlisé. Près de trois ans après le dépôt de plainte et malgré la gravité des accusations, l’enquête prend du temps à démarrer, donnant le cruel sentiment à ses conseils et à Alban K. d’une rupture d’égalité entre le plaignant et le mis en cause. Selon Léa Forestier, Pierre Notte «dispose d’une forme d’agora médiatique, avec ses projets qui lui permettent de montrer publiquement un engagement professionnel en faveur du mouvement #MeToo», tandis qu’Alban K. et ses conseils sont tenus au silence par respect de la procédure. Et surtout, selon les avocates et leur client, un risque demeure : Pierre Notte, qui présente des master class au cours Florent où certains étudiants ont moins de 18 ans, peut être susceptible de répéter un comportement prédateur auprès de très jeunes gens.

Confrontation libératrice

Tout s’accélère cette fin avril. Mieux : une confrontation que redoutait infiniment Alban K. se révèle libératrice et en partie réparatrice. Pendant la confrontation, où le mis en cause est dos au plaignant – ils ne se dévisagent donc pas –, Alban K. s’est senti libre de poser toutes les questions qui le travaillent depuis quinze ans. D’une certaine façon, avant même qu’on sache si un procès aura lieu, la justice permet au plaignant d’avancer. «L’énorme poids sur la poitrine que je porte depuis ma rencontre avec cet homme s’est dissous», nous dit-il, d’une voix pour la première fois joyeuse.

De son côté, Pierre Notte, qui n’a pas souhaité nous rencontrer, nous écrit par mail qu’il est «anéanti par la situation». Il dit avoir vécu «avec Alban, du printemps 2004 à l’année 2011, une histoire d’amour qui s’est, les derniers mois, fragilisée et délitée, comme le font souvent les histoires d’amour». Et qu’il «conteste et réfute définitivement, fermement, absolument, toutes les accusations d’agressions sexuelles et de viols portées par Alban». Plus précisément, il qualifie leur relation de «strictement et absolument amoureuse». Et explique : «Nos nombreux échanges (les lettres, les messages audios qu’il me laissait, les photos et les mails qu’il m’adressait, etc.) montrent qu’Alban n’était ni terrorisé, ni impressionné, ni contraint, ni forcé, ni soumis. Notre relation n’était pas cela, elle ne reposait pas, en aucun cas, absolument pas, sur des inégalités. Nous communiquions abondamment, amoureusement et sainement.» Pour le plaignant, ce qu’il nomme le «déni» de Pierre Notte est d’autant plus surprenant que son attitude et ses propos tenus lors de la confrontation (filmée) lui ont semblé d’une tout autre teneur.

 
 

 

Légende photo : Le dramaturge Pierre Notte à Paris, le 12 décembre 2022. (Corentin Fohlen/Divergence)

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Avec « La Réunification des deux Corées », Joël Pommerat réactive son kaléidoscope épineux de rapports amoureux et amicaux

Avec « La Réunification des deux Corées », Joël Pommerat réactive son kaléidoscope épineux de rapports amoureux et amicaux | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Le Monde  - 5 mai 2024

 

 

Onze ans après avoir créé sa pièce à l’Odéon, l’auteur lui redonne vie avec maestria au Théâtre de la Porte Saint-Martin, avec la même troupe.

Lire l'article sur le site du "Monde" : 
https://www.lemonde.fr/culture/article/2024/05/05/avec-la-reunification-des-deux-corees-joel-pommerat-reactive-son-kaleidoscope-epineux-de-rapports-amoureux-et-amicaux_6231696_3246.html

Nuit noire dans le théâtre. Des talons claquent sur un plancher de bois quand, doucement, une lumière se faufile dans l’espace et y pourchasse l’obscurité. D’un pas calme, en escarpins et trench ajusté, une femme marche vers nous. La comédienne Saadia Bentaïeb inaugure une comédie des mœurs édifiante dont les autres protagonistes se nomment Agnès Berthon, Yannick Choirat, Philippe Frécon, Ruth Olaizola, Marie Piemontese, Anne Rotger, David Sighicelli, Maxime Tshibangu. Des années qu’on n’avait pas vu cette troupe d’acteurs de très haut vol réunie sur une scène. Pas de doute : Joël Pommerat est de retour. Et avec quelle maestria !

Onze ans après avoir créé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe La Réunification des deux Corées, l’auteur metteur en scène redonne vie au Théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris, à ce kaléidoscope épineux de rapports amoureux et amicaux qui, en 2013, avait pu être accueilli avec une certaine perplexité. Une vingtaine de tranches de vies serties au murmure près, certaines plus développées que d’autres, pas toutes égales en intensité, mais qui, dans leur passionnant bout à bout, déroulent une chaîne de relations où banalité et monstruosité dansent un tango infernal en suscitant éclats de rire ou frissons d’inquiétude.

 
Une femme s’oppose au mariage de sa sœur dont le futur mari l’aurait un jour embrassée ; un homme revient, des années plus tard, s’excuser auprès de son ex-compagne (« j’avais oublié de te dire au revoir ») ; un instituteur confesse une passion (coupable ?) pour un petit garçon dont il avait la charge ; un couple s’invente des enfants qu’il n’a pas ; deux amis en viennent aux mains ; une femme quitte son compagnon parce que l’aimer ne suffit pas ; une seconde perd la mémoire et redécouvre chaque jour l’homme avec qui elle est mariée, etc.

Vibrations contradictoires

Ces variations forment une mélodie dissonante où l’hétérogénéité des situations exposées, loin d’être un écueil, signale les vibrations contradictoires et même incohérentes qui forgent nos intériorités. Pommerat ne restitue pas du sentiment une beauté illusoire et lénifiante. Il en révèle la discontinuité, les paradoxes, le caractère parfois hagard, le fondement souvent dérisoire. Il n’écrit pas sur le sentiment, il le théâtralise. Une entreprise qui suscite le coq à l’âne de vies héroïques ou pathétiques, de paroles cocasses ou dramatiques, d’attitudes exemplaires ou douteuses.

Lire la critique (2013) | Article réservé à nos abonnés Le carrosse de Pommerat est-il devenu citrouille ?
 

Effet salutaire du temps qui passe : son texte se réactive en 2024 avec une pertinence décapante. Impossible de le soustraire à ce qui, en une décennie, a bouleversé la conception des liens (quels qu’ils soient) en introduisant, dans les consciences, les notions d’aliénation, de consentement, de patriarcat ou d’émancipation. Les mots de Pommerat sont les mêmes qu’avant. Pas nous. Raison pour laquelle leur écoute fait l’effet d’une claque intensifiée par leur déploiement dans un dispositif scénique repensé de fond en comble. Pour le meilleur.

Hémorragie de sensations

Dans sa version originelle, La Réunification des deux Corées reposait sur un agencement bifrontal. La scène qui scindait en deux l’assemblée inscrivait à même le plateau la réalité de la séparation à l’œuvre entre les personnages. Une réalité si indépassable qu’elle affectait la réceptivité du public, témoin distancié de ces amours et ces amitiés malmenées. Mais au Théâtre de la Porte Saint-Martin sculpté par les ombres et lumières du surdoué Eric Soyer, le bifrontal originel a cédé la place à une configuration frontale classique dont débordent les acteurs. Ils traversent les gradins du public, leurs voix sonorisées chuchotent au creux de nos oreilles.

 

La fiction s’évade de l’aire de jeu et répand, dans la salle, une hémorragie de sensations qui contaminent chaque spectateur. Les émotions, dont l’auteur creuse les limites jusqu’à atteindre une forme de Grand-Guignol, se propagent avec l’efficacité d’un venin semant le trouble dans les esprits.

 

 

 

Vaudeville ou tragédie ? Il arrive qu’on rie ou qu’on se fige. Si les réactions sont imprévisibles, personne n’échappe au malaise que distille Pommerat, ce maître de l’étrangeté qui dénature le quotidien pour lui faire avouer ses incongruités. Acteurs, chansons, gestes, mots, on se souviendra longtemps du moindre détail d’un spectacle remarquable dont la puissance de feu est désormais une évidence.

 

 

La Réunification des deux Corées, de Joël Pommerat. Théâtre de la Porte Saint-Martin, Paris 10e. Jusqu’au 14 juillet.

 

Joëlle Gayot / LE MONDE 

 
 

 

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Aurélien Bory dévoile ses ambitions pour le Théâtre Garonne

Aurélien Bory dévoile ses ambitions pour le Théâtre Garonne | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié sur le site d'ARTCENA le 2 mai 2024

 


Le futur directeur fera de la coopération la pierre angulaire de son projet centré sur l’accompagnement des artistes et la rencontre avec l’ensemble des publics du territoire.

 

Chargé en 2016 par la municipalité de Toulouse de définir de nouvelles orientations pour le Théâtre de la Digue – où il a établi sa compagnie – Aurélien Bory a acquis auprès des artistes et des publics une expérience qui est venue conforter un désir déjà ancien : prendre la direction d’un équipement. Si le choix du Théâtre Garonne s’est imposé comme une évidence, c’est au regard de l’histoire très forte que cet artiste protéiforme formé au Centre des arts du cirque Le Lido, également comédien, metteur en scène et chorégraphe, a vécue avec le lieu ; d’abord comme spectateur et par la suite en tant que jeune professionnel. « J’y ai effectué des rencontres déterminantes, notamment avec Mladen Materic dont j’ai intégré la troupe, le Théâtre Tattoo, à la fin des années 1990. Et en 2003, j’ai créé sur son plateau Plan B, qui a réellement lancé la Compagnie 111 », se souvient-il. Depuis, tout en lui restant fidèle, Aurélien Bory a collaboré avec d’autres structures de la ville : le Théâtre de la Cité–Centre dramatique national Toulouse Occitanie, devenu son principal partenaire, le Théâtre Daniel Sorano (pour Médéa Mountains, repris à la rentrée) et plus récemment l’Opéra national Le Capitole qui a coproduit Dafné. Aussi bénéficie-t-il d’une parfaite connaissance de l’écosystème toulousain, précieuse pour s’engager dans une aventure qu’il conçoit sous le signe du partage et de la coopération afin que le théâtre rayonne sur son territoire, mais aussi à l’échelle nationale, européenne et internationale.

Cette coopération s’exercera d’abord à l’endroit de la production. Le futur directeur (il prendra ses fonctions en septembre) souhaite en effet affermir le soutien apporté aux artistes en augmentant les accueils en résidence, au sein du studio Les Ateliers, bientôt rénové, et du Théâtre de la Digue, dont il aimerait dans les années à venir assurer la gestion ; ceci, dans l’optique de transformer le Théâtre Garonne, avec le concours de l’État et des collectivités (Ville, Métropole et Région), en un Pôle européen de production. Pour satisfaire une telle ambition, qui permettra des compagnonnages artistiques au long cours, favorisera également l’accompagnement de l’émergence et donc la structuration de la filière sur le territoire, Aurélien Bory entend accroître le budget de production du théâtre. « Il nous faudra trouver d’autres partenaires et moyens financiers, via le mécénat et des dispositifs européens, procéder aussi à des arbitrages ou, en tout cas, définir un nouvel équilibre entre activité de production et de diffusion », explique-t-il.  

Sur le plan de la diffusion, le Théâtre Garonne continuera de promouvoir les nouvelles écritures, françaises et internationales, pluri et transdisciplinaires. « Ayant moi-même œuvré aussi bien sur les champs du théâtre, de la danse, du cirque, que de la musique et des arts visuels, je n’établis aucune hiérarchie ni différence entre eux. Seule compte la proposition artistique, ce qu’elle nous dit de nous et de notre rapport au monde », affirme Aurélien Bory, qui ne perçoit pas, en outre, de contradiction entre création contemporaine et volonté de fédérer des publics. Afin précisément de les élargir et de les diversifier, il s’attachera à développer les séries de représentations, synonymes aussi de permanence artistique sur le territoire et donc de rencontre avec les populations au travers d’actions de médiation. La coopération sera, de plus, motrice pour l’organisation de tournées cohérentes qui concerneront les artistes locaux, régionaux, nationaux et internationaux. Elle autorisera, par ailleurs, une meilleure circulation des spectateurs d’un lieu à un autre, le directeur estimant indispensable que ceux-ci puissent profiter de l’ensemble de l’offre culturelle proposée à Toulouse, dans ses environs et même au-delà. « Je songe, par exemple, aux programmations de lieux plus éloignés comme Pronomade(s) en Haute-Garonne, Derrière Le Hublot à Capdenac ou encore le GMEA-Centre national de création musicale à Albi, que nous pourrions faire découvrir aux publics grâce à des partenariats », précise-t-il. Tout aussi essentiel lui apparaît le fait de « dynamiser la saison » grâce à une succession de temps forts. Précédant « L’histoire à venir » (7e édition cette année) qui se déroule en mai, un festival centré sur les liens entre théâtre et musique aura lieu au mois d’avril. En juin, Aurélien Bory envisage d’organiser « Reprises », consacré à la reprise de spectacles qui ont connu un certain succès au Théâtre Garonne et sont donc susceptibles d’attirer des publics peu familiarisés avec l’art et la culture. Enfin, pour préparer en douceur le retour dans les murs en septembre, seraient présentées, dans les espaces intérieurs et extérieurs, des expositions et performances autour d’un scénographe.  

Dans la relation aux habitants du territoire, l’inventivité sera de mise ; qu’il s’agisse d’« ateliers expériences » menés par des artistes, de promenades artistiques le long de la Garonne, de visites du musée d’art contemporain Les Abattoirs, de parcours dédiés aux jeunes ou de repas concoctés par les publics pour les compagnies accueillies en résidence. Après la crise traversée par le théâtre lors du départ de Jacky Ohayon, son successeur est en effet conscient de l’importance de retisser les liens avec les spectateurs, comme avec l’équipe, dont il salue « la résilience ». Alors que la situation économique actuelle du secteur promet d’autres turbulences, Aurélien Bory juge impérieux d’affirmer des ambitions et convictions, au premier rang desquelles figure la nécessité de maintenir les lieux de spectacles « vivants et actifs », au service des artistes et des publics. 

 
 
Crédit photo : ©Aglaé Bory
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