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Les voeux d'Ariane Mnouchkine pour 2014

Les voeux d'Ariane Mnouchkine pour 2014 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 

 

 

« Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,

À l’aube de cette année 2014, je vous souhaite beaucoup de bonheur.

Une fois dit ça… qu’ai-je dit? Que souhaité-je vraiment ?

 

Je m’explique :

Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.

 

D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.

 

Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.

 

Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite un chantier, un chantier colossal, pharaonique, himalayesque, inouï, surhumain parce que justement totalement humain. Le chantier des chantiers.

Ce chantier sur la palissade duquel, dès les élections passées, nos élus s’empressent d’apposer l’écriteau : “Chantier Interdit Au Public“

 

Je crois que j’ose parler de la démocratie.

 

Etre consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout.

 

Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance.

L’Etat, en l’occurrence, c’est nous.

 

Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence.

 

Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres.

Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif.

 

 

Expérimentons, nous-mêmes, expérimentons, humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes afin de progresser concrètement dans notre recherche d’une meilleure société humaine. Car c’est du minuscule au cosmique que ce travail nous entrainera et entraine déjà ceux qui s’y confrontent. Comme les poètes qui savent qu’il faut, tantôt écrire une ode à la tomate ou à la soupe de congre, tantôt écrire Les Châtiments.  Sauver une herbe médicinale en Amazonie, garantir aux femmes la liberté, l’égalité, la vie souvent.

 

Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont  ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.

 

Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.

 

Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.

 

 

Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient.

Qu’attendons-nous ? L’année 2014 ? La voici.

 

 

PS : Les deux poètes cités sont évidemment Pablo Neruda et Victor Hugo »

 

Ariane Mnouchkine, metteure en scène, fondatrice du Théâtre du Soleil

 

Ces voeux ont été offerts à Médiapart, qui les a publiés également sous la forme d'une vidéo, texte lu par Edwy Plenel.

 

Lien pour voir la vidéo : http://www.mediapart.fr/journal/france/311213/les-voeux-d-epopee-d-ariane-mnouchkine

 

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Contes fantastiques, en prison et sur scène avec Caroline Guiela Nguyen

Contes fantastiques, en prison et sur scène avec Caroline Guiela Nguyen | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur la page de l'émission d'Aurélie Charon "Tous en scène" sur France Culture, le 21 novembre 2020

 

 

L'auteure et metteure en scène Caroline Guiela Nguyen initie un cycle de création sur 4 années, autour d'un seul mot : Fraternité. Il y aura plusieurs "Contes fantastiques", dont un court-métrage tourné à la Maison centrale d'Arles avec des détenus. Et une pièce de théâtre en cours de création. 

Ecouter l'émission en ligne (1h)

 

 

Des nouvelles du théâtre dans le monde : à Lisbonne, Tiago Rodrigues, auteur, metteur en scène, comédien, directeur du Teatro Nacional Dona Maria II. Après Pékin, Beyrouth, Princeton USA, Tel Aviv, Ouagadougou, Madrid, Athènes, Lima, Rio, Taipei, Tokyo, Mexico, Kigali, Helsinki, Milan, Zagreb, ces villes où l'émission prend des nouvelles de leurs théâtres depuis cette rentrée particulière, Tiago Rodrigues nous parle de la situation théâtrale au Portugal.

 

 

Caroline Guiela Nguyen, auteure, metteure en scèneAvec sa compagnie Les Hommes Approximatifs, elle initie un cycle de créations sur quatre années (2019-2022) autour d’un seul mot qui donne son nom à l'aventure : "Fraternité" (contes fantastiques).  Pour cela, la compagnie imagine plusieurs contes fantastiques qui projetteront notre Europe sur les 60 prochaines années. Depuis cette future humanité, sont posées ces questions : Qu’auront-ils à réparer ? Quelle mémoire sommes-nous déjà pour eux ? Des comédiens non professionnels et d'autres métiers participent à ce projet au long cours, mené entre Arles, Paris, Berlin, Londres... 

 

 

Jean Ruimi, comédien détenu à la Maison Centrale d'Arles : Jean témoigne de sa participation au film tourné avec Caroline Guiela Nguyen l'été dernier. Le film est un des chapitres du cycle "Fraternité", et l'un des fruits du travail que la compagnie mène depuis maintenant 4 ans à la Maison Centrale d’Arles. Ce film ne sera pas un film documentaire, il ne sera pas non plus un sujet de plus sur la prison. Ce film sera puissamment une fiction. "Ces hommes ne nous parlent que d’une seule chose : du temps" dit Caroline Guiela Nguyen.

 

Youssouf Gueye, 16 ans, comédien du cycle Fraternité : depuis son domicile, le jeune homme témoigne témoigne de sa participation à "Fraternité", pour l'une des futures pièces, créée à l'été 2021 et présentée à l'Odéon - Théâtre de l'Europe (Paris) à l'automne 2021. Il avait participé aux larges auditions organisées par la compagnie. C'est sa première fois au théâtre.
 

Maria Vittoria Carlin, dite “Mavi”, psychiatre au Centre Minkowska : elle est intervenue dans la résidence de la compagnie à Reims pour donner une formation aux comédiens et à l’équipe artistique, sur la compétence culturelle dans les pratiques cliniques et sociales, afin de mieux faire appréhender aux acteurs la compréhension et la gestion de la relation soignant/soigné, aidant/aidé en contexte transculturel, leur apporter des situations concrètes de prise en charge, les confronter à l’importance du cadre, de la posture et du nécessaire “décentrage” dans la relation d’aide et de soin. 

 

Légende photo : Caroline Guiela Nguyen, répétitions à la Centrale d'Arles   Crédits : Jean-Louis Fernandez

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Parages 08 - La revue du Théâtre National de Strasbourg avec deux focus : l’un sur l’auteur Martin Crimp et l’autre sur les éditions Les Solitaires Intempestifs.

Parages 08 - La revue du Théâtre National de Strasbourg avec deux focus : l’un sur l’auteur Martin Crimp et l’autre sur les éditions Les Solitaires Intempestifs. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello - 19 novembre 2020

 

 

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

Parages 08 -La revue du Théâtre National de Strasbourg – Revue de réflexion et de création consacrée aux auteurs contemporains – deux focus : l’un sur l’auteur Martin Crimp et l’autre sur les éditions Les Solitaires Intempestifs.

Parages est une revue de réflexion et de création, fondée par Stanislas Nordey – directeur du Théâtre National de Strasbourg, conçue et animée par Frédéric Vossier, auteur et conseiller artistique au TNS. Parages 08 propose deux focus : l’un porte sur un auteur majeur de notre temps, Martin Crimp, et l’autre sur les Solitaires Intempestifs, maison d’édition rayonnante.

Martin Crimp – un auteur de notre temps.

Martin Crimp est un auteur dramatique majeur de la scène européenne actuelle, écrit Frédéric Vossier. Ses textes en France sont publiés aux éditions de l’Arche et ont été créés par de nombreux metteurs en scène depuis 2000 – Rémy Barché, Hubert Colas, Daniel Jeanneteau, Stanislas Nordey, Christophe Rauck… 

L’écriture de Martin Crimp, intime et politique, renouvelle les « territoires mouvants de la dramaturgie contemporaine », questionnant autant les violences des hommes aujourd’hui que les « systèmes perceptifs » de ces violences. Sylvain Diaz, chercheur en études théâtrales, inscrit d’ailleurs cet auteur dans la tradition d’un théâtre clinique et non pas critique. Martin Crimp serait l’héritier singulier d’un autre grand dramaturge anglais, Harold Pinter.

 

Du drame bourgeois à la réécriture des mythes antiques, passant par la pièce-paysage, Atteintes à sa vie, il « façonne une poétique impitoyable pour la scène d’une autonomie irréductible ».

Parages publie l’incipit d’un texte de Crimp en cours, livrant le début d’un vaste projet d’écriture dramatique et choral, composé d’une multitude de voix – Not one of these people – Aucun d’entre eux -, commencé en mai durant le confinement et proposé pour la réouverture post-confinement, du Royal Court Theatre de Londres. Christophe Pellet et Guillaume Poix traduisent l’oeuvre.

Christophe Pellet raconte la complicité épisodique de son histoire croisée avec l’auteur anglais, tandis que l’auteure Pauline Peyrade et le metteur en scène Rémy Barché inventent une fiction sur un couple d’artistes échangeant sur les constructions dramaturgiques d’une oeuvre tentaculaire.

Le photographe Jean-Louis Fernandez saisit – bureaux des éditions de L’Arche, rue ou restaurant -, l’instant partagé entre Martin Crimp, Anglais à Paris, et Claire Stavaux, son éditrice en France. 

 

Quant à la romancière Alice Zeniter, elle avoue sa frayeur devant le sort réservé aux enfants dans les pièces de Crimp, re-dessinant avec soin le paysage dramatique de cette enfance malmenée. 

Enfin, la grande comédienne Dominique Reymond nous invite à suivre au jour le jour à travers son carnet les étapes d’un travail de répétition – corps et esprit immergés dans la pièce Le reste vous le connaissez par le cinéma, une réécriture des Phéniciennes d’Euripide par Martin Crimp. Une de ses dernières créations marquantes en France, présentée au Festival d’Avignon 2019 et mise en scène par Daniel Jeanneteau. L’actrice écrit, dessine, illustre, souligne et fait vivre des pages intenses : un bonheur de lecture, la découverte d’un beau paysage mental et artistique.

 

Parages propose la réécriture par Julien Gaillard, auteur associé au Théâtre du Peuple à Bussang, du mythe d’Oreste – Oreste ou l’Adolescence (théâtre-poème) -, dans le cadre d’un atelier théâtral avec des adolescents. Poème inspiré des Choéphores d’Eschyle, de l’Electre de Sophocle et du monologue dramatique de Yannis Ritsos, Oreste ou l’Adolescence. Les voix de ce théâtre-poème résonnent du « silence d’où se détachent les mots qui le dénudent», commente Olivier Neveux.

 

Quant à Sarah Cillaire dramaturge et traductrice, elle propose un témoignage-récit – Dire la langue – sur ses traversées dramaturgiques de textes contemporains. Avec le metteur en scène Tommy Milliot, elle a exploré les territoires textuels de Fredrik Brattberg, Lluisa Cunillé, Frédéric Vossier, Naomi Wallace. Et si Tommy Milliot découvre au lycée de Béthune les auteurs flamands, Josse de Pas, Jan Fabre, Jan Lauwers…, Sarah Cillaire, depuis son lycée de Montluçon, bénéficie du voisinage des Fédérés avec l’utopie rurale d’Olivier Perrier et des spectacles sous chapiteau du Footsbarn Travelling Theatre. Elle se souvient des répétitions de Chantal Morel adaptant Jean Vautrin ou celles de Didier Bezace montant Le Piège d’Emmanuel Bove. Elle croise la route de Philippe Delaigue, Eugène Durif… Un événement marquant, Violences de Didier-Georges Gabily.

 

Et Fanny Mentré signe un inédit, L’Idole, un texte hantologique – formule derridienne – où est discutée la question de notre rapport aux morts, une parole-force d’affrontement et de libération.

Notre confrère particulièrement attentif Hugues Le Tanneur livre un entretien passionnant – L’écriture est une quête absolue de l’inconnu – avec Hubert Colas, auteur, metteur en scène, acteur et scénographe, pour qui le théâtre réconcilie sa vocation initiale pour les arts visuels et ses talents de dramaturge. Parallèlement à son oeuvre d’auteur, Hubert Colas se penche naturellement sur les écritures contemporaines auxquelles il offre une visibilité dans ses propres créations, mais aussi depuis 2002, dans le cadre du festival Actoral à Marseille, chaque automne.

 

Claudine Galéa écrit A chacun ses capacités, une forme brève pour la manifestation Faits d’hiver organisée tous les ans par Simon Delétang au Théâtre du Peuple à Bussang. Une exploration décalée de ce qu’on nomme le « fait divers », menée par un Questionneur – quarantenaire ou cinquantenaire -, une Reine – octogénaire et plus – et son Arrière-petit-fils de vingt-deux ans.

Par ailleurs, Olivier Neveux offre Une étoffe brûlante – Les drames de la sensation de Laura Tirandaz, un « portrait dramaturgique » de l’auteure Laura Tirandaz, une exploration de la texture sensible et tonale de cette écriture. Pour Olivier Neveux, « chaque pièce invente, sans esbroufe, presque discrètement, son dispositif singulier d’énonciation impressionniste, direct ou indirect, parfois épique, d’autres pris en charge par les personnages… » Un regard engagé et avisé.

 

Une maison d’édition respectée – Les Solitaires intempestifs – 

 

En 1992, Jean-Luc Lagarce et François Berreur fondent Les Solitaires Intempestifs au sein de la compagnie le Théâtre de la Roulotte, d’autant que les textes d’Olivier Py ne trouvent pas d’éditeur. 

 

L’auteur du Pays lointain disparaît en 1995, la compagnie est mise en liquidation judiciaire et la maison d’édition renaît en 1998 sous la forme d’une SARL, qui rachète les titres déjà édités : La Nuit au cirque (pour des enfants) (1992) et les Aventures de Paco Goliard (1992) d’Olivier Py, Mon père qui fonctionnait par périodes culinaires et autres…(1993) et Les Drôles : un mille-phrases (1993) d’Elizabeth Mazev, enfin Music-hall (1992) et Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne (1995) de Jean-Luc Lagarce.

Dès lors, « le travail et l’image des Solitaires Intempestifs dépendront complètement de la personnalité de François Berreur et de la figure fondatrice de Jean-Luc Lagarce », écrit fort à propos Pierre Banos dans sa thèse sur l’édition théâtrale en France, soutenue en 2008.

 

François Berreur a vaillamment bâti, note à son tour Frédéric Vossier, une maison dont la ligne éditoriale ne se départit pas de l’exploration d’un théâtre de création audacieuse et innovante.

Sont publiés, entre autres auteurs, le Théâtre complet de Jean-Luc Lagarce (Tomes 1, 2, 3 et 4), les textes dramatiques de la collection « Bleue », les emblématiques Ronan Chéneau, Rodrigo Garcia, Jean-René Lemoine, Angélica Liddell, Pascal Rambert, Pauline Sales, Jean-Pierre Siméon, Ivan Viripaev, Mohamed El Khatib, Lazare et Pauline Peyrade. S’impose la collection « Du désavantage du vent », avec les ouvrages d’Anne- Françoise Benhamou et Bruno Tackels, celle des « Classiques contemporains » – le mythique Loin d’Hagondange de Jean-Paul Wenzel.

 

Jean-Pierre Thibaudat brosse un portrait amusé et tendre d’un homme discret, François Berreur : « …Quelques aventures, ruptures, éloignements et brouilles plus tard, La Roulotte se résume à un trio : Jean-Luc (l’auteur s’affine et s’affirme comme metteur en scène), Mireille Herbstmeyer  (l’actrice) et François (le « beau jeune homme »devenu acteur). « Peu à peu, constitution d’une troupe secrète entre Mireille, François et moi », écrit Lagarce dans son Journal en novembre 1982.

 

Marie-José Sirach, responsable du service Culture de L’Humanité, dresse l’inventaire des fulgurances païennes d’Angelica Liddell, l’empêcheuse de tourner en rond, tandis que la féministe  Bérénice Hamidi-Kim livre, à travers le travail théâtral de Gurshad Shaheman, une réflexion poussée sur les rapports entre la masculinité et la virilité. 

 

L’entretien croisé que mène notre consoeur Fabienne Arvers avec Elizabeth Mazev et Olivier Py est particulièrement vif et malicieux. Les deux se souviennent avec émotion de leurs relations avec Jean-Luc Lagarce, riant de leurs facéties respectives et du soutien réel de ce maître un peu plus âgé dans les premiers temps de leur propre carrière théâtrale. Et Olivier Py d’insinuer que Jean-Luc en pinçait bien pour Elizabeth Et en écho à l’entretien, un texte de Jean-Luc Lagarce adressé aux journalistes et aux libraires lors de la publication de Drôles d’Elizabeth Mazev en 1993.

 

Brillent les photos de Jean-Louis Fernandez sur la maison d’édition, bâtiment, bureaux et équipe de travail, le conseiller éditorial François Berreur, la directrice Pascale Vurpillot, la responsable de la communication, Eulalie Delpierre, et la secrétaire d’édition Martine Broussaudier.

 

Un Parages 08 qui fait du bien, à voir ainsi les choses se construire avec patience et constance.

Durant ce confinement, le TNS poursuit son soutien aux auteurs à travers un projet de commande d’écriture lancé en cette fin d’année 2020. Dans le cadre de la continuité pédagogique pour les élèves de l’école du TNS, quinze auteurs sont invités à écrire une forme brève sur ce même thème : « Ce qui (nous) arrive ». A suivre…

 

Véronique Hotte

 

 

Parages 08 -La revue du Théâtre National de Strasbourg – Revue de réflexion et de création consacrée aux auteurs contemporains – deux focus : l’un sur l’auteur Martin Crimp et l’autre sur les éditions Les Solitaires Intempestifs, 15 €.

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L'homme de théâtre Jacques Fornier s'est éteint à l'âge de 94 ans

L'homme de théâtre Jacques Fornier s'est éteint à l'âge de 94 ans | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marilyne Barate pour France3 le 16 novembre 2020

 

Jacques Fornier est décédé samedi 14 novembre à l'âge de 94 ans. Ce comédien et metteur en scène avait fondé la troupe qui deviendra le Théâtre Dijon Bourgogne.

 

"C'était un créateur. Il avait de l'intuition. Il lançait des mouvements." C'est ainsi que Caroline Fornier se rappelle de son père. Il n'est pas étonnant alors de retrouver dans les années 50 Jacques Fornier, jeune comédien et metteur en scène parisien, emporté par le vent de la décentralisation culturelle insufflé par André Malraux. 

"Avec une bande de copains, mon père a d'abord essayé de s'établir en Bretagne. Mais les curés n'étaient pas vraiment d'accord avec les spectacles qu'ils montaient. Alors, cette troupe a regardé sur une carte. Ils ont vu qu'il n'y avait pas encore grand-chose en Bourgogne. Ils sont arrivés un beau jour à Pernand-Vergelesses, ont frappé à la porte du metteur en scène Jacques Copeau et ils sont restés.", se souvient Caroline Fournier.

C’est donc à Beaune que cette petite bande crée la Troupe de Bourgogne en 1956. Trois ans plus tard, l'État apporte son soutien à la troupe qui deviendra Centre dramatique national. Le Théâtre Dijon Bourgogne était né. Jacques Fornier le dirigera pendant une quinzaine d’années.
 
 

Il a également été à la tête du Théâtre national de Strasbourg pendant un an. En 1978, il a co-fondé avec Jacques Vingler le centre de rencontres de Besançon. C'était un lieu de découverte, de formation, d'expérimentation à l’art du spectacle et du théâtre. Il était ouvert à tous – professionnels comme amateurs - et des metteurs en scène de renom sont venus y animer des cours grâce à Jacques Fornier.

Dans la seconde partie de sa carrière, Jacques Fornier passe beaucoup de temps à jouer et à transmettre sa passion du théâtre. Il anime notamment des stages basés sur la méthode Feldenkrais qui; grâce à la respiration, des mouvements lents et précis et tout un ensemble de techniques; développe la prise de conscience du corps chez les comédiens.

"Jacques, c'est vraiment lui qui m'a appris mon métier. C'était fait avec amour. Grâce à toutes ces choses qu'il m'a insufflées, je peux aborder n'importe quel rôle. Il m'a donné des outils pour moins douter, pour garder ma sincérité, pour me mettre au service du personnage. Autant de choses que je transmets à mes élèves aujourd'hui.", témoigne Laurence Boyenval, comédienne et co-fondatrice de la compagnie Le Rocher des Doms.

Jacques Fornier a collaboré avec cette troupe pendant une vingtaine d'années. "Il n'y a pas eu une création sans que Jacques vienne voir des répétitions et qu'on en parle ensuite.", se souvient Laurence Boyenval. 

"Il disait que comédien était un beau métier car il était un développeur de conscience et d'humanité."

Caroline Fornier


"Mon père a permis à de nombreux comédiens de se révéler. Il disait que comédien était un beau métier car il était un développeur de conscience et d'humanité.", confie Caroline Fornier.
 
Passionné d'Inde, pétri de bouddhisme, Jacques Fornier se sentait chez lui en Bourgogne, dans sa petite maison de Chamont près de Saulieu. Une cérémonie aura lieu à Besançon samedi 21 novembre, en tout petit comité au vu des restrictions sanitaires.

Maryline Barate
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Sur le site du Théâtre Dijon-Bourgogne CDN :
 
Jacques Fornier s’est éteint à Besançon le 14 novembre 2020.
Acteur, metteur en scène et pédagogue, pionnier de la décentralisation théâtrale, Jacques Fornier a joué un rôle majeur dans le développement du théâtre en Bourgogne-Franche-Comté. Passeur infatigable et témoin vigilant, il est resté membre du conseil d’administration du Théâtre Dijon Bourgogne jusqu’à ses derniers jours. Sa présence lumineuse a éclairé pendant plus de soixante ans la vie théâtrale de notre région. Depuis 2002, la seconde salle du TDB, rue d’Ahuy, porte son nom.
 
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Prix SACD 2020 : Bernard Kudlak, Pauline Bureau, Baro d’Evel, Périne Faivre...

Prix SACD 2020 : Bernard Kudlak, Pauline Bureau, Baro d’Evel, Périne Faivre... | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur le site d'Artcena  le 15 juin 2020

 


35 lauréats, des autrices, des auteurs et des personnalités ont été distingués par le Conseil d’administration de la SACD en 2020, dont Bernard Kudlak (Grand Prix), Pauline Bureau (Prix Théâtre), Baro d’evel (Prix Cirque) et Périne Faivre (Prix Arts de la rue).

Attribués chaque année par son conseil d’administration, les Prix SACD « célèbrent » toutes les disciplines et répertoires couverts par la société d’auteurs : théâtre, mise en scène, danse, musique, arts du cirque, arts de la rue, humour / one man show, mais aussi cinéma, animation, multimédia, télévision et radio. La traditionnelle fête en l'honneur des Prix n’a pu être organisée cette année en raison de la crise sanitaire, mais 35 lauréats, des autrices, des auteurs et des personnalités, ont été distingués en 2020.

C'est Bernard Kudlak, co-fondateur et directeur artistique du Cirque Plume (écoutez notre podcast « Parcours d'artiste ») qui reçoit le Grand Prix SACD 2020 pour l’ensemble de sa carrière. Pauline Bureau (Prix Théâtre), Mathilda May (Prix de la Mise en scène), Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias - Ensemble Baro d’evel (Prix Cirque - écoutez notre podcast « Parcours d'artiste »), et Périne Faivre de la Cie Les Arts Oseurs (Prix Arts de la rue) composent également le palmarès 2020.

Palmarès des Prix SACD 2020 (en théâtre, danse, cirque et arts de la rue)

Grand Prix : Bernard Kudlak
Prix Théâtre : Pauline Bureau
Prix Nouveau talent Théâtre : Valérie Lesort
Prix de la Mise en scène : Mathilda May
Prix de la Traduction et/ou Adaptation : Blandine Pélissier
Prix Cirque : Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias - Ensemble Baro d’evel
Prix Arts de la rue : Périne Faivre - Cie Les Arts Oseurs
Prix Chorégraphie : Thierry Malandain
Prix Nouveau talent Chorégraphie : Marion Lévy

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Le comédien Michel Robin est mort

Le comédien Michel Robin est mort | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge dans Le Monde  19/11/2020

 

Au long de soixante ans de carrière, c’est le théâtre qui aura été son lieu de prédilection, pour servir les plus grands auteurs, Beckett ou Tchekhov. Sociétaire de la Comédie-Française, second rôle dans de nombreux films de cinéma ou de télévision, il est mort, le 18 novembre, à l’âge de 90 ans.

 

Avec lui disparaît un acteur-poète, et un homme aussi merveilleux que discret : le comédien Michel Robin est mort, mercredi 18 novembre, à l’âge de 90 ans, des suites du Covid-19. Il était né à Reims, le 13 novembre 1930. Il s’était illustré à la télévision et au cinéma dans de nombreux seconds rôles, notamment dans Les Aventures de Rabbi Jacob (1973), La Chèvre (1981) ou Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain (2000), mais c’est le théâtre qui a été son royaume, au long de plus de soixante ans d’une carrière où il a mis son art de comédien funambule au service des plus grands auteurs.

 

Ce royaume du théâtre, pourtant, lui avait d’abord paru inaccessible, dans son enfance rémoise tranquille et bourgeoise. « Je pensais que c’était irréalisable, nous racontait-il dans un entretien, en avril 2003. D’abord, j’étais trop moche : dans ma jeunesse, au début des années 1950, l’Acteur, c’était Gérard Philipe… » Michel Robin se lance quand même, arrivant à Paris en 1956, à l’âge de 26 ans, pour entrer à l’école du Théâtre national populaire (TNP), alors installé au Théâtre de Chaillot et dirigé par Jean Vilar.

 

Roger Planchon, qui en 1957 se voit confier le Théâtre de la Cité de Villeurbanne, l’engage six mois plus tard. « Au début, je tenais les hallebardes, et puis je suis resté dix ans… », se souvenait Michel Robin. Il joue dans une petite vingtaine de spectacles du maître, de George Dandin aux Trois Mousquetaires en passant par toute une collection de Shakespeare, de Richard III à Falstaff.

La révélation Beckett

En 1970 a lieu la grande rencontre théâtrale de sa vie, celle de Samuel Beckett, qui restera jusqu’au bout son auteur de prédilection, avec Tchekhov. Roger Blin l’engage pour jouer Lucky dans En attendant Godot, qu’il avait créé en 1953 et dont il propose une nouvelle mise en scène. Pour Michel Robin, c’est une révélation. Dix ans plus tard, en 1980, il retrouve Beckett pour Fin de partie, dans lequel il joue Clov, sous la direction de Guy Rétoré.

Il jouera de nouveau la pièce en 1986, avec Marcel Maréchal, et, en 2011, avec Alain Françon. Le rôle et la pièce de sa vie. « Fin de partie, pour moi, c’est encore plus magnifique que Godot, plus simple, moins bavard. Ça peut paraître très prétentieux, mais, chez Beckett, je suis chez moi. C’est tellement drôle, et tellement affreux, en même temps. Il s’approche de choses tellement mystérieuses, tellement graves, qu’il n’y a plus qu’à en rire. Il n’y a rien à comprendre chez Beckett, il faut se laisser porter, comme par la mer, par l’émotion… »

 

C’est avec Beckett, surtout, que Michel Robin a compris quel acteur il voulait et pouvait devenir. Comme l’auteur de Godot, il était fasciné par les grands clowns d’autrefois, dont il estimait que l’art s’était perdu, sauf chez Raymond Devos. « Mon rêve, ce serait de pouvoir entrer en scène, de m’asseoir sur une chaise, de ne rien faire, et de faire rire et pleurer en même temps », disait-il en livrant ainsi le secret de son art de comédien.

« Ça peut paraître très prétentieux, mais, chez Beckett, je suis chez moi. C’est tellement drôle, et tellement affreux, en même temps »

 

Au fil des années 1970 et 1980, il a peaufiné cet art en jouant avec les metteurs en scène importants de l’époque, de Jean-Louis Barrault à Claude Régy en passant par Alfredo Arias, Lucian Pintilie ou Jérôme Savary. En 1994, son ami Jean-Pierre Miquel l’appelle pour lui proposer d’entrer, sur le tard, dans la troupe de la Comédie-Française. Il joue son premier grand rôle dans la maison en 1996 , Monsieur Jourdain, dans Le Bourgeois gentilhomme, puis il en devient le 495e sociétaire en 1997. Il va y rester jusqu’en 2010, et y donne pendant quinze ans une grandeur inédite aux rôles de vieux serviteurs, de Marivaux à Molière en passant par Feydeau.

Art profond et aérien

Mais c’est surtout avec les Russes Tchekhov et Ostrovski qu’il va donner une épaisseur humaine inouïe à ces personnages qui ont passé leur vie dans les coulisses de l’existence : Firs dans La Cerisaie et Feraponte dans Les Trois Sœurs, sous la direction d’Alain Françon, Karp dans La Forêt d’Ostrovski, mise en scène par Piotr Fomenko.


En 2014, Denis Podalydès rend un magnifique hommage à cet art profond et aérien en mettant en scène Michel Robin, au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, dans le rôle du vieux Nioukhine dans Les Méfaits du tabac, de Tchekhov. « Pour moi, toute l’essence de Tchekhov est dans ce que dit Firs à la fin de La Cerisaieobservait alors Michel Robin : “La vie, elle a passé, on a comme pas vécu”. Tchekhov porte un regard d’une tendresse infinie sur ces êtres dont la vie a été gâchée, mais qui ne sont pas des ratés. »


 

Ce fut le dernier rôle de Michel Robin, dont la présence familière évoquera d’autres souvenirs à nombre de spectateurs. A l’image du Pipe du film d’Yves Yersin Les Petites Fugues (1979), un vieux paysan qui faisait souffler un vent de liberté sur son vélomoteur, et qui lui a valu le prix d’interprétation au festival de Locarno. Ou du Doc de la série télévisée Fraggle Rock (1983), qui en a fait le grand-père imaginaire d’une génération. Il y avait bien « un monde d’humanité et d’intelligence contenu dans cette longue et humble silhouette courbée », comme l’écrit Eric Ruf, l’administrateur de la Comédie-Française, dans l’hommage qu’il rend au comédien au nom de toute la Maison de Molière, où Michel Robin était infiniment aimé et admiré par ses pairs, toutes générations confondues.

 

Michel Robin en quelques dates

13 novembre 1930 : Naissance à Reims

1957 : Entrée dans la troupe de Roger Planchon

1970 : « En attendant Godot », de Beckett, sous la direction de Roger Blin

1979 : Prix d’interprétation au festival de Locarno pour « Les Petites Fugues »

1997 : Devient sociétaire à la Comédie-Française

2014 : « Les Méfaits du tabac », de Tchekhov

18 novembre 2020 : Mort des suites du Covid-19

 

Lire aussi  Michel Robin fait encore un « Tabac »

Lire aussi : Les "Trois Sœurs" dans un portrait de groupe figé

 

Légende photo : Michel Robin en avril 1990, après avoir reçu le Molière du meilleur second rôle dans « La Traversée de l’hiver » lors de la cérémonie au Théâtre du Châtelet à Paris. PIERRE VERDY/AFP

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L'acteur Michel Robin, figure de la Comédie-Française, est mort à l'âge de 90 ans des suites du Covid-19

L'acteur Michel Robin, figure de la Comédie-Française, est mort à l'âge de 90 ans des suites du Covid-19 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Mélisande Queïnnec - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture

 

Le comédien, particulièrement apprécié au théâtre, avait fait des incursions fréquentes remarquées au cinéma et à la télévision ("La Chèvre", "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain", "Un long dimanche de fiançailles"...).

Michel Robin, ex-sociétaire de la Comédie-Française et acteur de cinéma, est mort le 18 novembre 2020 des suites du coronavirus. "L’ensemble des personnels de la Comédie-Française ont l’immense tristesse d’annoncer le décès de Michel Robin survenu [...] à l’âge de 90 ans, des suites de la Covid-19", a annoncé la Comédie-Française dans un communiqué. "Nous avons tous un souvenir précis de Michel, parti il y a dix ans déjà de notre théâtre. De sa tendresse et de son humour dévastateur. De sa dent aussi, carnassière et drôle", a ajouté l'administrateur général de l'institution, Eric Ruf.

Grand comédien de théâtre

Né le 13 novembre 1930 à Reims (Marne), Michel Robin débute sa carrière sur les planches. Elève du cours Dullin, il entre d'abord dans la troupe de Roger Planchon au Théâtre national populaire à Villeurbanne. Entre 1958 et 1964, il joue dans 17 spectacles, avant d'intégrer la compagnie Renaud-Barrault et d'interpréter la pièce marquante En attendant Godot de Samuel Beckett. 

 

L'acteur, en plus de ses nombreuses apparitions au cinéma, avait été longtemps sociétaire de la Comédie Française. (Raphaël Gaillarde / Christophe Raynaud de Lage / Comédie Française)

 

Avant son entrée à la Comédie-Française en 1994 - il en restera sociétaire jusqu'en 2010 - Michel Robin s'illustre déjà sur les planches. Dans Le Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare par Petrika Ionesco, Le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier mis en scène Marcel Maréchal ou encore Le Balcon de Jean Genet, dirigé par Luis Pasqual. 

Dans la maison de Molière, il joue sous la direction de Brigitte Jaques-Wajeman, Piotr Fomenko, Lukas Hemleb, Denis Podalydès... On se souvient de son interprétation dans Les Fausses Confidences de Marivaux en 1996 avec Jean-Pierre Miquel à la mise en scène, Le Bourgeois gentilhomme de Molière par Jean-Louis Benoît en 2000, Le Dindon de Feydeau par Hemleb deux ans plus tard ou Ubu roi d'Alfred Jarry dirigé par Jean-Pierre Vincent en 2009.

 

Au cours de sa longue carrière, il aura manié les mots de Feydeau, Ionesco, Beaumarchais, Anton Tchekhov ou encore Beckett, toujours avec succès. En témoigne un Molière du comédien dans un second rôle pour La Traversée de l'hiver de Yasmina Reza en 1990. Sa dernière apparition au théâtre a lieu en 2014 pour Les Méfaits du tabac de Tchekhov, mis en scène par Denis Podalydès au Théâtre des Bouffes du Nord.

Acteur complet

Au cinéma, on se souviendra notamment de lui pour ses seconds rôles - souvent des vieillards au regard doux. Il apparaît entre autres dans deux films de Claude Chabrol (Le Cheval d'orgueil, Merci pour le chocolat), dans La Chèvre de Francis Veber, Le fabuleux destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet ou encore L'Aveu de Costa-Gavras... "Je ne comprends pas pourquoi on me distribue toujours à contre-emploi dans ces rôles de vieux larbins alors que je suis fait pour jouer le Cid !", plaisantait-il en 2003 dans Le Monde.

 

 

Son rôle dans Les Petites Fugues d'Yves Yersin lui vaudra en outre, en 1979, le Grand prix d'interprétation du jury du Festival de Locarno. Michel Robin s'était également fait une place de choix à la télévision, notamment avec un rôle récurrent dans Boulevard du Palais, Les Enquêtes du commissaire Maigret, et dans tous les épisodes de la version française de Fraggle Rock (1983).

Chevalier de l'Ordre national du Mérite, officier des Arts et des lettres, l'acteur avait ainsi enchaîné les projets artistiques (cinéma, théâtre, télévision, doublage) au cours d'une carrière d'une grande richesse. "Nous perdons un grand-père, un père de théâtre, un ami, un grand comédien", conclut Eric Ruf dans le communiqué.




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Marion Siéfert : «Dans “_jeanne_dark_”, Jeanne prend Instagram comme espace de théâtre»

Marion Siéfert : «Dans “_jeanne_dark_”, Jeanne prend Instagram comme espace de théâtre» | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 

 

Propos recueillis par Eve Beauvallet dans Libération 19/11/2020 Confession intime et débridée d'une ado coincée, la pièce de Marion Siéfert prend le réseau social comme nouvelle scène théâtrale et gagne des spectateurs aux profils diversifiés.

 

«Instagram ne fait que prolonger le rapport totalement obsessionnel que le catholicisme entretient à l’image : dans les peintures religieuses, comme sur Instagram, il faut éveiller le désir sans jamais montrer un téton ou un sexe, expliquait, en septembre, la jeune metteure en scène Marion Siéfert au Festival d’Automne à Paris. Il faut respecter des interdits et des règles de pudeur tout en amenant le spectateur à adorer l’image et ce qu’elle représente.» Alors Jeanne D’Arc, aujourd’hui, s’appelle  _jeanne_dark_ sur les réseaux sociaux. Depuis sa chambre à Orléans, en live sur Instagram, l’adolescente finit par confier en toute intimité à ses très nombreux followers : elle a 16 ans et n’aime pas du tout sa chatte, d’ailleurs regardez la forme que ça fait quand c’est moulé. Du coup, elle est terrifiée : c’est sûr, les élèves du lycée ont raison de la harceler, avec la tronche qu’elle a, avec son côté catho coincée, elle restera vierge pour l’éternité. L’enfer. C’est l’histoire d’une jeune fille, prise comme toute ado, dans d’indémerdables carcans et qui cherche des outils pour s’émanciper. En d’autres temps, certains lui auraient conseillé de partir en guerre ou de faire du théâtre. Elle, a choisi une autre scène pour se confesser et, partant de là, se réaliser : Instagram. 

 

Jouée par la comédienne Helena de Laurens, depuis début octobre, à la fois pour l’espace de la salle de théâtre, mais aussi celui du Web en simultané, cette très curieuse performance bi-média est la seule à pouvoir dignement jouer en plein confinement. Beaucoup de pièces sont actuellement filmées dans des salles vides et retransmises en live-stream pour les réseaux sociaux. Mais loin de ces versions dévoyées, _jeanne_dark_ a cela de particulier qu’il a été entièrement conçu pour un réseau social et toutes ses modalités d’interactivité (commentaires live, émoticœurs, philtres, insultes et smiley). Journal intime ultra débridé, parcours introspectif et initiatique d’une ado vers l’empowerment (comme dirait Beyoncé), le spectacle est normalement filmé au téléphone portable depuis la scène d’un théâtre. Depuis le confinement, il a pu trouver les moyens de s’adapter pour continuer la tournée – occasion de multiplier les followers, peut-être futurs spectateurs en salle, qui n’ont parfois rien du profil habituel des «abonnés». Libé s’est entretenu avec sa brillante metteure en scène. 

 
Votre spectacle sur, et au sujet d’Instagram, _jeanne_dark_, est né cet automne. On le croirait conçu exprès pour s’adapter à nos temps de confinement…

Alors que pas du tout ! J’ai pensé à ce dispositif avant la pandémie et la fermeture des théâtres. Contrairement à ce que l’on pourrait croire aujourd’hui, cette création n’est donc pas une réponse à la crise sanitaire, même si son dispositif nous permet de maintenir des dates de représentation. C’est une œuvre que j’ai imaginée à la fois pour un espace scène/salle et pour Instagram, en simultané. Les spectateurs en salle voient une adolescente absorbée par son image, en train de se filmer au téléphone portable pour réaliser un live. L’écran de son téléphone apparaît sur deux écrans géants, et l’on voit les commentaires laissés par les followers du compte _jeanne_dark_. C’est je crois la première fois qu’il y a un spectacle pensé pour Instagram, dans une continuité de 1h45 de live. Généralement, on trouve de petites vignettes vidéo humoristiques d’une minute. Ici, le type d’adresse et d’interaction fait intégralement partie de l’histoire : la métamorphose d’une adolescente, qui prend le pouvoir à mesure qu’elle prend la parole. 

La comédienne Helena de Laurens, qui interprète «Jeanne», sera en live trois soirs de cette semaine. Elle se filmera depuis la scène d’un théâtre vide ? 

Non pas du tout, depuis la chambre d’un appartement prêté par le théâtre de la Commune d’Aubervilliers, qui est coproducteur de l’œuvre. La pièce vient d’être créée, on était en pleine tournée. Vu son dispositif, ça nous semblait impensable de ne pas adapter l’expérience pour les 4 000 personnes qui suivent désormais le compte de «Jeanne» sur Instagram. On a donc proposé à quatre théâtres (le théâtre d’Arles, le théâtre Nouvelle génération de Lyon, la Scène nationale de Tulle et le théâtre de Liège) de mutualiser leurs forces pour pouvoir réaliser une adaptation, depuis une chambre. Pour moi l’espace du théâtre ne va qu’avec son public. Si la salle n’est pas habitée, je n’ai aucun intérêt à jouer en face d’elle. Ça nous a pas mal stimulées, en fait. On a aménagé la chambre avec la scénographe Nadia Lauro, de manière à recréer une chambre d’ado abstraite. Ce n’est pas illustratif avec des posters des stars dont Jeanne serait fan, mais un espace d’intimité plus étrange, avec de la moquette blanche très épaisse. 

Vous avez envisagé avec ces théâtres le format live-stream payant, comme on en voit se multiplier sur les réseaux sociaux ? Et au fait, pourquoi Instagram et pas Facebook Live ? 

Ah non, on n’a pas du tout envisagé le payant. Il faut que ça reste super accessible. Ce dispositif, c’était justement un moyen d’ouvrir grand les portes du théâtre, donc c’est pas pour recréer un nouveau sas. Ensuite, Facebook n’est pas le réseau social des jeunes. Faire le portrait d’une adolescente de 16 ans sans parler d’Instagram, ça me semblait impensable. Et j’ai choisi ce réseau social pour le type de public auquel ça me donne accès. Il y avait l’espoir de toucher davantage la jeunesse d’aujourd’hui.

 
Et vous les touchez ? Ils sont nombreux, ces adolescents, à se connecter aux lives de «Jeanne» ?

Oui et non. Ça met du temps, forcément. Au début, les followers de «Jeanne» étaient principalement des gens qui connaissent déjà mon travail mais petit à petit ça se diversifie. Beaucoup de collégiens et de lycéens sont venus, et comme Instagram est un outil qu’eux maîtrisent bien plus que nous, ils ont eu la main sur la vie de la pièce, aussi… Petit à petit, le bouche-à-oreille des réseaux sociaux s’est mis à fonctionner. Et on a commencé à voir qu’un groupe assez influent de fans de rap américain nous suivait, par exemple, et avait beaucoup aimé la pièce, donc ça commence à sortir des circuits habituels du théâtre public.

Quel genre de retours retenez-vous de ces jeunes spectateurs ?

Ce qui revient, c’est qu’ils aiment beaucoup le côté interactif, le fait de pouvoir laisser des commentaires et que le personnage leur réponde. Le live de «Jeanne», c’est presque un piratage d’Instagram mais il n’y a pas d’ambiguïté longtemps : les followers comprennent vite qu’ils sont en face d’une fiction. La plupart, en revanche, mettent souvent du temps avant de réaliser que leurs commentaires apparaissent sur grand écran devant une salle de théâtre remplie de spectateurs (enfin, normalement). Après, par rapport au personnage de «Jeanne», ce qui revient, c’est la grande ambivalence de sentiments vis-à-vis d’elle, ce qui est bien normal puisqu’on tente de restituer toutes les contradictions du réseau social, de l’usage qu’en ont les ados, du rapport à l’intimité, aux masques et au dévoilement, à la métamorphose, à l’invention de soi. C’est une pièce finalement très malaisante, qui parle beaucoup de tabous liés à la sexualité notamment, d’un carcan dont l’adolescente tente de s’émanciper dans un geste à la fois très libérateur et très gênant ! En cela, on comprend bien que le live n’est pas du tout réaliste parce que Jeanne va très loin dans l’intimité. Il y a beaucoup de discussions autour des cadrages puisque le personnage devient progressivement très, très désinhibé.

Pour «Jeanne», qui est harcelée à l’école, lnstagram devient ce qu’était le théâtre avant, l’endroit de la catharsis…

Elle prend Instagram comme espace de théâtre. Elle en fait un endroit où la prise de parole devient libératrice. J’ai beaucoup pensé au rappeur Eminem, en créant la pièce. Quelqu’un qui part de sa situation d’humiliation et qui, par le rap, dépasse les stigmates sociaux, renverse l’insulte et renvoie la salissure. Dans la pièce, il y a la question d’avoir le mot de la fin.

 
C’est une pièce qui parle beaucoup du poids de l’éducation religieuse, ici une éducation catholique.

Oui, et c’était intéressant de voir le degré d’identification, très fort, des spectateurs adolescents de confession musulmane. Mais aussi des ados élevés dans une culture athée, qui se posent des questions sur la place de la spiritualité. J’ai rencontré beaucoup de jeunes filles pour la création de la pièce et le fait de parler du poids de la religion, pour une fois depuis la religion catholique, a beaucoup détendu le dialogue. La pièce est basée sur mes souvenirs d’adolescente. Mais le point de départ, c’est aussi ma pièce précédente, Du sale !, interprétée par deux jeunes filles en pleine introspection. Dedans, Laetitia, qui est rappeuse, dit en parlant de moi : «Elle est blanche, elle vient pas du même milieu de moi, j’arrive pas à décrypter les émotions sur son visage.» J’ai voulu m’essayer au même dévoilement que celui que je leur avais demandé. Et parler aussi depuis ce «monde blanc» dont je viens.

Le soir où l’on a vu la pièce, les commentaires étaient surtout bienveillants…

Ah, ça dépend vraiment des représentations. Il y a aussi eu des haters, des trolls. Et la comédienne, Helena de Laurens, doit pouvoir réagir sur scène à ces commentaires-là aussi. Après, il y a aussi certains followers qui reviennent sur plusieurs représentations, qui se parlent, se reconnaissent, écrivent quand ils ont faim et vont manger des pâtes…

Vous êtes curieuse des quelques expériences théâtrales virtuelles qui sont nées avec le confinement ?

Ça m’intéresse quand l’outil numérique fait partie du concept. Mais je suis plus sceptique vis-à-vis des captations, quand les pièces sont filmées de manière monumentale, avec ce côté classieux, muséal, dans une débauche de moyens, pour certaines. Le spectacle, c’est pas juste ce qui se passe sur scène, c’est aussi l’énergie d’une salle, la sensation même infime d’une prise de risque. Les captations c’est dévorant en termes d’énergie et de moyens, ça ne concerne qu’un public d’hyper aficionados, ou à la rigueur des chercheurs, mais c’est complètement à côté de la plaque, selon moi, si l’on espère toucher d’autres spectateurs. 

 

Les 18, 19, et 20 novembre à 20h30, depuis le compte Instagram @_jeanne_dark_

 

Ève Beauvallet

 

Légende photo : Le spectacle capte les relations d’une lycéenne (Helena de Laurens) avec son compte Instagram. Photo Mathieu Bareyre 

 

A LIRE AUSSI «Jeanne Dark», une ado sur le bûcher numérique

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Xavier Gallais, un Oblomov troublant rattrapé par la pandémie

Xavier Gallais, un Oblomov troublant rattrapé par la pandémie | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Marie-Céline Nivière dans L'Oeil d'Olivier, publié  le 16 novembre 2020

 

 

 

Comédien, metteur en scène et professeur d’art dramatique,  Xavier Gallais est Oblomov, dans la pièce tirée du roman de Gontcharov, adaptée par Nicolas Kerszenbaum et mis en scène par Robin Renucci pour les Tréteaux de France. Le confinement a stoppé les représentations. Rencontre avec un passionné de théâtre.

 

Oblomov est un spectacle que vous n’avez joué finalement qu’une seule fois ?

Xavier Gallais : Pas exactement, même si on a considéré que la représentation de Compiègne à laquelle vous avez assisté le 13 octobre, était la première et, donc, la dernière. Nous devions jouer quatre fois à Dijon, en septembre. Mais la Covid s’est invitée dans la troupe. Nous avons dû isoler les cas contacts parmi les comédiens pendant une semaine (un étudiant de l’Actor’s Studio préparant le rôle d’Oblomov n’aurait pas fait mieux ! ). Pendant ce temps -là, Robin Renucci a continué à travailler la lumière sans les acteurs – compliqué sans la couleur de leur peau, leurs énergies, leurs points de vue…. Si les représentations officielles ont dû être annulées, nous avons quand même ouvert les dernières répétitions au public, une fois en matinée devant des scolaires, et une autre fois devant une salle remplie de curieux excités par l’expérience. On a beau dire aux spectateurs qu’ils assistent à une répétition, ils entrent quand même dans une histoire, ils traversent une expérience, et les acteurs doivent être au travail avec la même honnêteté que d’habitude. Quand une œuvre vivante commence-t-elle vraiment ? Quand se termine-t-elle ? Je ne crois pas en la répétition idéale qu’il faut sans cesse vouloir reproduire. La représentation théâtrale est une célébration du présent, elle ne peut être figée en regard du passé, aussi sublime soit-il. Tout le travail fait en amont, en répétition, par la mise en scène définit les grands axes qui m’imposent une direction et structurent le champ d’expérimentations dans lequel je cherche tous les soirs de nouveaux sens, dans lequel j’éprouve ma liberté de création. Le public permet cela ; par ses réactions et son énergie, il fait lui aussi bouger les lignes. Donc, filages publics ou représentation, c’est du pareil au même, des questions ont été posées ; entre spectateurs et acteurs, il y a eu un partage, de la vie permettant au spectacle d’entamer son histoire. Ce qui est sûr en revanche c’est que depuis, les représentations ont été annulées, et là, il ne s’est rien passé du tout, ni pour les spectateurs ni pour les acteurs. 

Il me semble, que dans cette vision que vous proposez, Oblomov n’est pas le représentant du droit à la paresse, mais celui qui se met en retrait du monde…

Xavier Gallais : Je suis d’accord et tant mieux si ce que nous avons créé a permis de voir cela ! Si dans le roman, l’auteur, Ivan Gontcharov se moque tendrement de la radicalité obtuse et passéiste du héros, si « l’oblomovisme » est décrit comme une maladie dont il souffre, Oblomov ne fait pas que la subir, il fait le choix que cela ne soit pas autrement. Par-là, il refuse de participer au système de son époque inspiré par les philosophies européennes. Rester dans sa chambre est un acte de résistance passive. Il n’écrit pas de manifeste mais il se confine par choix. Et cette position gêne les autres, les actifs. En refusant de bouger, il les fait courir. Au début, on pourrait presque parler d’un sacrifice qui permet aux autres de se révéler. 

Ce qui est le cas pour Agafia qui va permettre à Oblomov de vivre comme il l’entend…
Xavier Gallais : Selon moi, tout prend son sens avec elle. Après s’être “perdu” dans un ultime combat avec « le monde qui ne s’apaise jamais », Oblomov fait la connaissance de Agafia qui l’ancre, le nourrit, le décharge de sa culpabilité de ne pas avoir la force de jouer le jeu du monde qui court. Sa quête rencontre alors sa signification. Le fait que ce soit la même comédienne qui joue Agafia et la niania (nourrice en russe) est signifiant. Il retourne à son état d’enfance. C’est un cercle vertueux. Ce n’est plus qu’Oblomov ne fait rien, il laisse-faire. Sur le chemin de la sagesse, il s’ouvre à la vérité de l’instant : capter le jaillissement de la vie en cultivant la modestie, la simplicité et la spontanéité. Il renoue le lien primordial avec la nature, avec le geste plein de l’artisan. Au Japon, il existe le mot Hikikomori, qui désigne les jeunes gens qui s’enferment dans leur chambre, meurent socialement et plongent dans un monde virtuel car ils n’ont pas la force de se battre pour se faire une place dans une société qu’ils ne comprennent plus. Oblomov, lui, rêve. Dans le spectacle son lit apparaît comme un cercueil. « Mourir. Dormir. Rêver peut-être… » Quand on rêve, on se connecte à d’autres dimensions. Le rêve lui permet de vivre des expériences parallèles qui le projettent hors de son corps, du genre de celles que l’on peut rencontrer avec l’hypnose, peut-être avec le théâtre aussi. Il a la faculté de communiquer avec les fantômes du passé. Quelle beauté que le Songe d’Oblomov ! Notre héros n’est pas seulement quelqu’un qui dort et qui ne veut pas travailler, c’est autre chose. Oui, il se met en retrait du monde bruyant et vain pour en savourer l’essence et les possibilités invisibles à l’œil nu.
Comment êtes-vous arrivé sur le projet ?
Xavier Gallais : Je connais Robin depuis dix ans. Nous avions travaillé ensemble, avec Bernadette Lafont, sur un spectacle-lecture de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Nous nous sommes retrouvés sur l’amour de la littérature. De plus, nous sommes tous deux professeurs au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, engagés dans la transmission. Il y a quatre-cinq ans, il m’a proposé de jouer dans L’Avaleur de Jerry Sterner, une comédie satirique sur la valeur de l’argent qui détruit l’humain. C’est avec ce spectacle que je suis rentré dans la grande aventure des Tréteaux de France qui permet de jouer devant des spectateurs qui n’ont pas souvent accès à l’art vivant. J’ai renoué avec ce que je croyais être le théâtre quand j’étais enfant. On se rend dans des endroits merveilleux dont je ne connaissais pas le nom. On se retrouve devant des gens qui ne possèdent pas les codes du théâtre comme vous les critiques, comme les habitués des salles de spectacle qui vont régulièrement voir des pièces et peuvent comparer telle ou telle interprétation, mise en scène, adaptation. Ils ne participent pas à nos spectacles avec ces références-là. En temps normal, les Tréteaux et les lieux d’accueil organisent les choses de façon à ce que ce soient de véritables rendez-vous : on ne joue pas pour une salle en « général »; on sait vraiment pour qui l’on joue car souvent, les associations qui nous accueillent nous hébergent, nous préparent les repas, on est vraiment en contact. Et puis, il y a aussi les rencontres avec le public après le spectacle. Les Tréteaux possèdent une troupe permanente qui fait un beau travail d’actions culturelles en amont du spectacle. Ce sont de véritables rencontres avec le public, avec qui on a le temps d’échanger : Robin Renucci et les équipes des TDF réfléchissent sans cesse à notre mission d’enseignement culturel. Cela donne une énergie qui m’a donné envie de renouveler l’expérience. 
Ce que vous faîtes avec Oblomov…

Xavier Gallais : Quand Robinchoisit de créer ou de soutenir un spectacle avec les Tréteaux, cela entre dans des thématiques qui sont pensées dans une évolution. Il y a eu : la valeur de l’argent, la valeur du travail, la machine qui remplace l’homme et maintenant le thème est celui-là : l’humain a plus de temps libre, que va-t-il en faire ? C’est intéressant de se mettre au service de cette réflexion. Cette recherche thématique est presque politique. Et cependant il n’oublie jamais l’aspect ludique, artisanal du théâtre. J’ai dit oui à la seconde où Robin m’a proposé le projet d’Oblomov. J’aime travailler avec lui. C’est avant tout un acteur, sa mise en scène est nourrie de sa connaissance du travail du comédien. Mais il a de l’intérêt pour tous les métiers de la scène. C’est palpable. On construit tous ensemble pour faire entendre le texte. Il a un amour fou des auteurs. Son sens de la dramaturgie le conduit à toujours se demander comment le public va entendre l’œuvre. Il met son point de vue au service de cela et avec l’aide de ses équipes, il va le rendre clair. Il n’oublie jamais le spectateur. Ce metteur en scène est un passeur. Il a une éthique de l’humain et du travailler-ensemble.

Et le confinement a stoppé les représentations…

Xavier Gallais :Celles de novembre ont donc été annulées, quant à celles de décembre, cela apparaît comme compliqué. Ce sont des chances en moins d’aiguiser des goûts, de préciser des points de vue, de créer du débat, de réunir les gens autour de la beauté dont est capable un groupe d’humains.  Ces représentations devaient aussi nous permettre de montrer le spectacle et de le vendre pour la saison prochaine afin de rencontrer de nouveaux publics, etc, etc…

Vous êtes professeur au CNSAD, comment cela se déroule avec ce nouveau confinement ? J’ai appris que le concours 2021 était annulé.

Xavier Gallais : Pour la première fois de son histoire, je crois, il n’y aura pas de concours d’entrée cette année et donc pas de nouvelle promotion l’année prochaine. Il n’était pas possible de voir chaque candidat de manière honnête et équilibrée. Les conditions sanitaires font qu’on ne peut pas être plus de 100 personnes dans l’enceinte du Conservatoire. Il y a 1600 candidats pour le premier tour, plus les répliques, plus les équipes administratives, techniques et pédagogiques, sans oublier les 3 promotions d’élèves qui sont dans les locaux… Bref nous étions bien au-dessus des 100 personnes autorisées et devenions un possible cluster. Comme c’était impossible à organiser, l’annulation a été votée. Prendre soin de la santé et de l’enseignement des élèves en place est la priorité. Le lieu est déjà devenu petit et désuet pour travailler dans les meilleures conditions adaptées au théâtre contemporain. Quand on pourra enseigner dans les futurs locaux, à la Cité du Théâtre aux Ateliers Berthier, ce sera plus simple mais on n’y est pas encore ! Au moins, cette fois-ci les cours continuent car on a le droit de répéter. On s’organise, entre ce qui peut se faire en « visio » et ce qui ne peut pas. Durant le premier confinement, tout était en « visio » et j’ai vu des jeunes gens dépérir. Ce n’est pas facile d’être seul, souvent reclus dans peu de mètres carrés, à tenter en solitaire un travail qu’on rêvait collectif – qui n’a pas de sens sans ça. Car il s’agit bien d’un des métiers les plus altruistes qui existe. Je pourrais développer une prochaine fois. (rires).

Quels sont vos projets ?

Xavier Gallais:Je poursuis donc mon engagement enthousiaste au sein du Conservatoire. Par ailleurs,Elisabeth Bouchaud (directrice du théâtre de la Reine Blanche), Florient Azoulay et moi avons ouvert une nouvelle ‘école’ de théâtre, la Salle Blanche. Je suis heureux que Yoshi Oïda et Zita Hanrot aient accepté de parrainer cet espace de recherche qui se construit autour d’une vision novatrice de l’art de l’acteur. Cela me passionne, je dégage beaucoup de temps pour cela : continuer coûte que coûte à former dans l’exigence les futures générations. Avec tous les spectacles repoussés à plus tard, je vais avoir enfin le temps de poser tout cela sur le papier, et aussi d’avancer avec d’anciens élèves des projets d’écriture pour le cinéma… Normalement, le projet avec Arthur NauzycielSplendid’s  de Genet que l’on avait créé en 2018 au TNB et à la Colline avec des artistes américains est maintenu. Durant le premier confinement mes partenaires ont proposé à Arthur que l’on fasse des séances de travail régulières pour combattre l’inertie et la solitude. Cela nous a mené à un partage en live avec des amis du monde entier via le net en mai. Nous allons redonner des représentations en direct live via Zoom en anglais surtitré les 17, 18 et 19 novembre (lien disponible sur le site du TBN). Et à partir de septembre à la Criée, je répéterai Tartuffe dans une mise en scène de Macha Makeïeff. Avec Florient Azoulay nous travaillons sur le troisième volet du triptyque « seul en scène » autour de l’errance d’écrivains de la fin du XIXe et début du XXe siècle en auto-fiction face à la mort, la création et la découverte. Après Faim de Knut Hamsun, mis en scène par Arthur Nauzyciel  et Le Fantôme d’Aziyadé d’après Loti, nous adaptons le Journal  de Robert Falcon Scott, et sa marche tragique vers le Pôle Sud. Je retrouverai pour l’occasion Emmanuel Meirieu qui me mettra en scène. 

Quel serait votre plus grand rêve ?

Xavier Gallais : Vous voulez dire en dehors de tordre le cou à tout ce qui va désespérément mal dans le monde ? Que me soufflerait Ilia Oblomov ? L’écouterais-je ou mon désir d’apprendre de l’autre serait encore plus fort ?

Entretien réalisé par Marie-Céline Nivière

Oblomov de Nicolas Kerszenbaum d’après Ivan Gontcharov 
création les Tréteaux de France
traduction de Luba Jurgenson 
Mise en scène de Robin Renucci assisté de Luna Muratti
Avec Emmanuelle Bertrand, Gérard Chabanier, Pauline Cheviller, Valéry Forestier & Xavier Gallais 
Scénographie de Samuel Poncet 
Lumière de Julie-Lola Lanteri 
Costumes de Jean-Bernard Scotto 

 

 

Légende photo : Xavier Gallais dans Oblomov © Sigrid Colomyès

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Crise sanitaire. Comment sortir la culture du marasme annoncé ?

Textes de Denis Gravouil (CGT Spectacle), Jean-Yves Masson et Sylvie Gouttebaron (Maison des écrivains et de la littérature), un collectif de libraires, et Jean Robert-Charrier (Théâtre de la Porte Saint-Martin) publiés dans L'Humanité le 16 nov. 2020

 

 

En plein reconfinement, les lieux et les acteurs du monde de la création culturelle et artistique se retrouvent très durement touchés.

L’ esprit du spectacle

DENIS GRAVOUIL
Secrétaire général de la CGT spectacle
Pendant que nos collègues de la santé sont débordés et payent des années de dégradation du système de soins par une suractivité, les artistes, les technicien·nes, permanent·es, intermittent·es du spectacle, autrices et auteurs sont, pour une large part, contraints à nouveau d’arrêter leur activité. Bien que la deuxième vague ait été prédite depuis le printemps, aucun scénario n’a été mis en place par le gouvernement.

 

La CGT spectacle, avec d’autres, propose des solutions pour que nos métiers ne disparaissent pas. Puisque désormais nous pouvons répéter des spectacles, en respectant les règles sanitaires, nous proposons aux pouvoirs publics, État comme collectivités territoriales, de financer des résidences de création, pour faire en sorte que les spectacles soient prêts lorsque les lieux d’accueil du public pourront rouvrir. L’arrêt total de ce long travail préparatoire a constitué l’une des raisons de la non-tenue des festivals l’été dernier. Comme les sportifs, les circassiens, les musiciens, les chanteurs ont par exemple besoin d’entretenir leur corps, leur pratique toute l’année, et de travailler en équipe. De plus, le meilleur moyen d’accueillir les jeunes est de soutenir le volume de travail.

 

Si la production cinéma ne s’est pour l’instant pas arrêtée avec la fermeture des salles, le même besoin de continuer à produire doit être soutenu pour ne pas vivre une immense crise avec l’absence de recettes et permettre de retrouver l’émotion de la salle de cinéma.

 

De plus, la captation de spectacles vivants peut remplir deux objectifs : montrer des spectacles de qualité professionnelle et filmés avec la même exigence, tout en assurant un volume de travail transdisciplinaire. Au-delà de quelques mesures déjà prises, le gouvernement doit donc mettre en place un vaste plan de soutien à nos secteurs comme à d’autres, pour ne pas voir 300 000 emplois disparaître. De plus, il doit assumer ses décisions d’interdiction ou de limitation de l’activité, s’il prétend avoir une politique culturelle, mais aussi pour empêcher la précarisation des travailleuses et travailleurs du spectacle. Tous les organismes sociaux du secteur voient leurs moyens d’action s’effondrer, avec la baisse de rentrée des cotisations destinées à assurer les droits sociaux : formation continue, Sécurité sociale, retraite, complémentaire santé et prévoyance, activités sociales et culturelles. Parmi nous, certaines sont sur le point de ne plus pouvoir ouvrir de droits à congé maternité, faute d’atteindre les seuils de durée de travail minimum. Des collègues malades pourraient ne pas pouvoir se soigner. Il faut supprimer ces seuils pour tous les précaires !

 

La mobilisation unitaire du printemps a permis d’obtenir une prolongation des droits pour les intermittents du spectacle (« année blanche ») mais cela est insuffisant pour celles et ceux qui voient arriver le 31 août 2021 en n’ayant pas pu travailler, insuffisant pour les jeunes, les entrants exclus de cette mesure, insuffisant pour l’ensemble des professions qui n’ont même pas pu bénéficier de cette prolongation des droits. La crise met encore plus en lumière le besoin d’une protection sociale sans aucun trou.

Le gouvernement doit choisir : accepter nos propositions ou laisser disparaître un pan entier de l’esprit de notre monde. Le public majoritairement a déjà choisi. L’affluence dans les lieux dès qu’ils rouvrent le montre.

 

 

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L’espoir et l’utopie

JEAN-YVES MASSON  ET SYLVIE GOUTTEBARON

Président et directrice de la Maison des écrivains et de la littérature, membres de la Coopérative pour l’éducation par l’art

 

 

Si nous sommes confinés, la culture, elle, ne saurait, en aucun cas, l’être. Et pour échapper à notre condition présente sans doute nécessaire à sauver des vies, rien ne nous est plus précieux que la culture qui se joue des limites. Elle excède et le prouve. Rien ne la contient ni ne la contraint. Qui pourrait se targuer de lui avoir mis quelque entrave que ce soit ? En tous les cas pas d’abord un virus, quelle que soit sa forme et quoi qu’il engendre. Parce que sa force à elle est de s’exercer au cœur des ténèbres les plus profondes. Elle sait sa puissance et qu’elle tient en vie. Ce qui est redoutable en revanche, et la tue à petit feu, c’est la loi du marché, le jeu fou de la concurrence.

 

Notre monde a besoin d’espoir et d’utopie. La puissance de la création est sa liberté. La culture parle une langue multiple, la langue des arts, chacun la produit à sa manière et avec ses moyens propres. Essentiel est aussi l’inutile apparent, la douce présence de l’œuvre qui veille sur nos consciences et ne demande qu’à être comprise. Cette langue recomposée, de poésie, a pour ennemie la langue cadrée qui ne dit plus rien mais « administre », donnant ainsi parfois le poison qui tue. Rebelle donc, la création excède le sens commun et pourfend l’ordre.

 

En ce temps de pandémie qui nous prive des échanges les plus élémentaires, la culture, ferment de notre société libre, s’impose en venant à nous. Venir à nous est sa chance, et sa survie. La survie des créateurs, des artistes, des interprètes, et de toutes celles et ceux qui travaillent pour elle. Force est de constater, non sans joie, que le désir de comprendre ce qui nous arrive, de ne pas passer à côté du sens de chaque chose comme de chaque mot est là, bien là. Les librairies, depuis le début de cette catastrophe et malgré leur fermeture, vendent des livres et les essais ne sont pas en reste. Penser est une joie, et la culture n’est pas le seul divertissement que l’on voudrait, parfois et à des fins délétères, qu’elle soit. Elle construit l’individu.

 

L’art se partage, il est une forme « relative ». Il nous met en relation. Pour s’extraire de ce qui ressemble bien à un arrêt, il faut la force mobile, mobilisatrice, de la création, mouvement vital par excellence. La demande est de vivre plus que de survivre. Il faut déjà voir, comme toujours, au-delà. Nous ne parviendrons pas, seuls, chacun pour soi, à résoudre cette étrange équation de tenir ce pari d’un après fructueux si nous ne pensons pas, ensemble, comment rétablir le lien nécessaire entre les œuvres et les êtres. La sensation vraie est une rencontre en vrai. La culture a des lieux pour se développer, se donner, s’entreprendre, se saisir du monde. La littérature a cette chance de n’avoir besoin que d’une chambre à elle pour exercer son pouvoir. Soit. Mais elle demande davantage aussi. Les auteurs, les autrices ont aujourd’hui besoin d’être considérés plus que jamais. Il faut encourager davantage encore les rencontres avec leurs œuvres. Il faudra rattraper le temps perdu. Car nous perdons bel et bien, en ce moment, le temps précieux de la présence. Il faudra multiplier les actions d’éducation artistique et culturelle, les commandes de création, les temps de réflexion en présence des artistes, et mélanger leurs voix, chacun sortant de son périmètre. Seules des manifestations qui montreront combien un commun nous est nécessaire pourront apporter des solutions. La coopération s’imposera. La culture est un « mélange » par excellence.

 

Le besoin de reconnaissance qui est demandé au plus haut niveau de la République, de la fonction essentielle de la culture, est juste et légitime. Le ministère qui la sert doit soutenir le sens des actions dont on ne saurait chiffrer une quelconque rentabilité. Pour sortir de cette crise, il faudra que l’administration encourage, entende et accompagne les rêves, l’utopie que porte la culture, dont une société ne peut, au risque de se perdre, faire l’économie.

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Des librairies en « click and collect » ?

TEXTE COLLECTIF

 

Le premier confinement avait déjà gravement affaibli les librairies indépendantes dont nous sommes. Grâce à la confiance et au soutien des lecteurs, l’activité avait bien repris depuis la réouverture de nos magasins en mai dernier. Mais la suppression des manifestations où nos stands de livres avaient leur place, puis cette nouvelle fermeture en fin d’année vont mettre en péril les plus fragiles d’entre nos librairies. Les mesures d’urgence que nous avons prises ou dont nous avons bénéficié (report ou exonération de cotisations ou parfois de loyers, subventions, souscriptions, et peut-être emprunts garantis…) et celles qui pourront être mises en œuvre face à cette nouvelle épreuve ne pourront compenser une diminution du chiffre d’affaires qui rendra improbable la couverture normale de nos frais.

 

Et pourtant nous sommes toujours là, et nous comptons bien continuer encore longtemps d’exercer notre métier de libraire dans nos librairies indépendantes ! Alors, comment pouvons-nous passer ce cap ? Parmi les pistes évoquées pour surmonter les effets négatifs de la fermeture de nos magasins, la mise en place du fameux « click and collect » est présentée par le gouvernement comme une solution. Nous y avons réfléchi, et nous pensons que ce serait une erreur que de s’engager dans cette voie. Un tel dispositif ne peut, loin de là, compenser les pertes dues à la fermeture, et n’aurait qu’un effet marginal quant à la capacité de survie de nos librairies, quand bien même l’illusion d’un fonctionnement presque « normal » pourrait séduire certains. Le « click and collect » n’est-il pas l’acceptation de l’idée que tout serait à portée immédiate de click, ou devrait le devenir, un signe de l’accoutumance à un mode de consommation précisément promu par les plateformes comme Amazon, donc taillé sur mesure pour ceux qui en ont fait leur unique argument de vente… et qui seront irrémédiablement plus forts, dans ce domaine-là, que nous ne le serons jamais ?

 

Dans ce sens, le ministre de l’Économie veut « accélérer la numérisation » des petits commerces. On comprend bien que les nouvelles « mesures d’accompagnement » prévues pour « remédier » à la crise porteront sur cet aspect. Nous sommes enjoints de nous transformer pour offrir toujours plus de services dématérialisés. Tous les propos officiels nous incitent à nous « adapter » à cette nouvelle économie pour perdurer. Or, si un tissu vivace de librairies indépendantes continue de se maintenir dans notre pays, c’est parce qu’elles ont autre chose à offrir, quelque chose avec lequel Amazon est impuissant à rivaliser.

Chacun le sait : les librairies sont des lieux physiques, chaleureux, ouverts sur la rue et sur le monde. Des lieux où flâner à la découverte de territoires familiers ou inconnus, à la recherche de petits plaisirs de lectures qu’aucun algorithme et aucune campagne de publicité ne sauraient nous faire connaître. Plus encore, les librairies sont des lieux vivants, bruissants, propices à la rencontre, non seulement avec les livres mais encore avec les libraires et les autres usagers. Elles permettent l’expression et la diffusion d’une pensée critique dans un temps marqué par l’injonction au consensus. Là, de pratique individuelle, la lecture s’ancre et s’inscrit dans du collectif.

 

Les librairies, comme d’autres commerces de proximité indépendants, et comme les équipements culturels publics, sont des lieux de vie, de rencontre et de sociabilité. Elles favorisent l’apparition de liens qui nous permettent de faire société. Par conséquent, contribuer à entériner comme « normalité » l’absence de lieu physique, de conseil et d’échanges, à laquelle nous contraint la fermeture actuelle, c’est renforcer le risque de transformer les librairies en d’étranges « relais-colis », et les libraires en préparateurs de commandes.

 

Nous n’entendons pas rester les bras croisés en attendant la fin de la crise. Amoureux de notre métier, encouragés par le soutien qui se manifeste et conscients de nos responsabilités, nous allons œuvrer pour reprendre dès que possible notre activité, notre travail avec et pour les usagers de nos lieux de culture et de vie.

 

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Le cœur poétique

JEAN ROBERT-CHARRIER

Directeur du Théâtre de la Porte Saint-Martin et du Petit Saint-Martin

Le problème dans tout ça, c’est que nous savons. Nous, les artistes, les producteurs, nous savons que le théâtre, lorsqu’il s’en donne la peine, est un lieu d’une efficacité redoutable pour contrer la bêtise. Nous savons que les bons auteurs, élevés par des metteurs en scène rigoureux, ont cette faculté de nous faire oublier un quotidien pénible le temps de la représentation. Qu’ils nous font réagir à l’endroit de l’intime à toute cette folie environnante.

 

Nous savons, nous qui lisons les pages culture dans la presse, que les interprètes de théâtre ont cette capacité fascinante à devenir notre propre reflet, jusque dans la part la plus monstrueuse de nous-mêmes. Nous, nous savons que ceux qui viennent au théâtre, sans s’en rendre compte, viennent se confronter à eux-mêmes et vivre certains fantasmes que, grâce au théâtre, ils ne réaliseront pas dans leur vraie vie, pour le plus grand bien des autres. Nous, nous savons que le théâtre, lorsqu’il n’est pas simplement une boutique spécialisée, devient un vaste vertige pour le spectateur.

 

Seulement, nous, nous ne sommes rien, car nous sommes si peu. Et ce tout qui précède, nous sommes les seuls à l’entendre. Nous sommes rangés sur l’étagère des bibelots non essentiels, avec les livres et le reste de la culture, car nous n’avons su capter l’intérêt que d’une si petite partie de la population. Parce que nous ne sommes pas populaires. Parce que même la plus grosse cavalerie sur scène, même les spectacles les plus formatés pour plaire à tout prix, même eux, n’intéressent qu’un faible pourcentage de Français. Il aura d’ailleurs fallu attendre d’être dans ce coma covidien pour que les bulldozers des médias s’intéressent enfin à nous, ou plutôt à notre morbidité.

 

Alors, la culture au sens général et le théâtre en particulier vont-ils sortir de ce marasme ? La réponse est oui, cela ne fait aucun doute. Le plus important, c’est de déterminer comment. Le colmatage des pertes pécuniaires, les sauvetages d’entreprises en péril, ça, nous saurons faire. Ça, il suffit de savoir compter et de se comporter en bonne mère de famille pour s’en sortir.

Quand nos banquiers auront été rassurés, d’ici un an ou deux, que ferons-nous pour tenter de rendre le théâtre populaire et donc davantage essentiel ? Que ferons-nous pour faire en sorte que les gens de la culture, ceux-là mêmes qui sont pointés du doigt par les réactionnaires comme des immondes feignasses égocentrées, soient replacés à l’endroit précis de leur utilité, au cœur poétique de la société ?

 

Peut-être que pour sortir de ce marasme il faudra aussi que la vedette mâle, blanche, de plus de 60 ans cesse d’être la clé de voûte d’un système théâtral prenant le public pour un écolier, un touriste ou un banquier. Allons-nous trouver le moyen de redevenir le reflet de ceux qui n’ont vraiment pas de bol de vivre leurs années d’insouciance, masqués, à feux couverts ? Comment s’appellent-ils déjà ? Les jeunes !

 

La pandémie qui nous impose l’arrêt n’a rien d’inédit. C’est son approche capitaliste et protectionniste qui l’est davantage. Cette pandémie n’est pas une punition, c’est tout au plus une perte de temps qui ne mérite pas de pénétrer la sphère poétique du théâtre. Il faudrait l’oublier momentanément. On se moque de savoir comment les artistes ont vécu l’arrêt de leurs représentations. On se moque de savoir ce qu’ils ont fait durant leur confinement. Ce dont on a besoin, c’est qu’ils se remettent à créer. Et ça, ça n’arrivera que lorsqu’ils seront libérés. « J’ai bon espoir pour le théâtre si on le laisse aller vers la vie. » C’est Laurent Terzieff qui disait ça. Il n’y a rien d’autre à ajouter.

 

 

 
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“Splendid’s”, une création live sur Zoom d’Arthur Nauzyciel

“Splendid’s”, une création live sur Zoom d’Arthur Nauzyciel | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Patrick Sourd dans Les Inrocks 16/11/20

 

Reconfinement oblige, Arthur Nauzyciel a trouvé le meilleur moyen de donner à voir sa performance réunissant une équipe artistique dispersée entre la France et les Etats-Unis : en live, via l'application Zoom.

 

Du festival du TNB qui devait se tenir du 10 au 21 novembre à Rennes, le seul projet qui échappe à l’annulation de la programmation suite au confinement est Splendid’s, de Jean Genet, une performance live réalisée par Arthur Nauzyciel…. lors du premier confinement.

 

Rappel des faits : répété à New York avec une troupe de comédiens américains et le Français Xavier Gallais avant d’être créé à Orléans en 2015, Splendid’s s’ouvrait dans la mise en scène d’Arthur Nauzyciel sur la projection d’Un Chant d’amour (1950), l’unique court métrage réalisé par Jean Genet. Les images que l’auteur consacrait à l’érotisme d’un monde carcéral sublimé devenaient le formidable prologue d’une pièce où Jean Genet réalise son rêve américain d’écrire le huis clos d’un polar digne du cinéma noir hollywoodien. Jeanne Moreau s’était piquée d’interpréter la voix de la speakerine de la radio, le seul lien avec l’extérieur dont dispose cette bande de truands retranchés dans un hôtel cerné par la police.

Et la voix de Jeanne Moreau

Quand on est un metteur en scène qui a construit une partie de sa carrière en créant des spectacles aux Etats-Unis, le temps du confinement, celui des frontières fermées et des avions cloués au sol ne pouvait qu’inciter Arthur Nauzyciel à prendre des nouvelles des comédiens, devenus des amis, avec lesquels il avait mené cette aventure hors norme. Elles étaient mauvaises.

 

Dans une Amérique qui ignore les mesures d’accompagnement social même en temps de pandémie, l’arrêt des activités artistiques avait pour conséquence de plonger ces acteurs dans un désespoir sans fond. Leurs échanges amène l’un d’eux à confier à Arthur Nauzyciel que leur situation d’enfermement lui rappelait celle des gangsters de Jean Genet transformés en reclus par une menace venue de l’extérieur. Cherchant une manière d’apprivoiser l'idée qu’il se passerait de longs mois avant qu’ils ne puissent se retrouver, le projet de se livrer tous ensemble à une lecture de la pièce par le biais de conférences numériques sur internet s’est vite imposé.

 

Prenant l’habitude de ces rendez-vous autour du texte de Genet, cette expérience, qui avait pour but de remonter le moral de chacun, pouvait devenir une occasion de prolonger le travail accompli sur la pièce. Tout en étant la métaphore de leur propre réclusion, ce fond d’écran qui les réunissait dans des petites cases devenait une opportunité de renouer avec le plaisir de jouer. “C’était vertigineux de voir le spectacle se reconstruire sous mes yeux en temps réel depuis Rennes alors qu’il réunissait des participants se trouvant à New York, Boston ou Paris", raconte Arthur Nauzyciel. D’où la création de cette performance en live qui respecte à la lettre les principes du spectacle initial en renouant avec la projection du film et la voix inoubliable de Jeanne Moreau.

 

Splendid’s de Jean Genet, performance sur Zoom, mise en scène Arthur Nauzyciel, avec Jared Craig, Xavier Gallais, Ismail Ibn Conner, Rudy Mungaray, Daniel Pettrow, Timothy Sekk, Neil Patrick Stewart, Michael Laurence et la voix de Jeanne Moreau, les 17, 18 et 19 novembre à 21 h, en anglais surtitré en français, gratuit sur réservation (conseillé à partir de 16 ans) sur le site du TNB.

 

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L'homme de théâtre Jacques Fornier s'est éteint à l'âge de 94 ans

L'homme de théâtre Jacques Fornier s'est éteint à l'âge de 94 ans | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marilyn Barate pour France 3 - Publié le 16/11/2020

 

Jacques Fornier est décédé samedi 14 novembre à l'âge de 94 ans. Ce comédien et metteur en scène avait fondé la troupe qui deviendra le Théâtre Dijon Bourgogne. 

 

 
 
 
 
"C'était un créateur. Il avait de l'intuition. Il lançait des mouvements." C'est ainsi que Caroline Fornier se rappelle de son père. Il n'est pas étonnant alors de retrouver dans les années 50 Jacques Fornier, jeune comédien et metteur en scène parisien, emporté par le vent de la décentralisation culturelle insufflé par André Malraux. 

"Avec une bande de copains, mon père a d'abord essayé de s'établir en Bretagne. Mais les curés n'étaient pas vraiment d'accord avec les spectacles qu'ils montaient. Alors, cette troupe a regardé sur une carte. Ils ont vu qu'il n'y avait pas encore grand-chose en Bourgogne. Ils sont arrivés un beau jour à Pernard-Vergelesses, ont frappé à la porte du metteur en scène Jacques Copeau et ils sont restés.", se souvient Caroline Fournier.

C’est donc à Beaune que cette petite bande crée la Troupe de Bourgogne en 1956. Trois ans plus tard, l'État apporte son soutien à la troupe qui deviendra Centre dramatique national. Le théâtre dijon Bourgogne était né. Jacques Fornier le dirigera pendant une quinzaine d’années.
 
 

Il a également été à la tête du Théâtre national de Strasbourg pendant un an. En 1978, il a co-fondé avec Jacques Vingler le centre de rencontres de Besançon. C'était un lieu de découverte, de formation, d'expérimentation à l’art du spectacle et du théâtre. Il était ouvert à tous – professionnels comme amateurs - et des metteurs en scène de renom sont venus y animer des cours grâce à Jacques Fornier.

Dans la seconde partie de sa carrière, Jacques Fornier passe beaucoup de temps à jouer et à transmettre sa passion du théâtre. Il anime notamment des stages basés sur la méthode Feldenkrais qui; grâce à la respiration, des mouvements lents et précis et tout un ensemble de techniques; développe la prise de conscience du corps chez les comédiens.

"Jacques, c'est vraiment lui qui m'a appris mon métier. C'était fait avec amour. Grâce à toutes ces choses qu'il m'a insufflées, je peux aborder n'importe quel rôle. Il m'a donné des outils pour moins douter, pour garder ma sincérité, pour me mettre au service du personnage. Autant de choses que je transmets à mes élèves aujourd'hui.", témoigne Laurence Boyenval, comédienne et co-fondatrice de la compagnie Le Rocher des Doms.

Jacques Fornier a collaboré avec cette troupe pendant une vingtaine d'années. "Il n'y a pas eu une création sans que Jacques vienne voir des répétitions et qu'on en parle ensuite.", se souvient Laurence Boyenval. 
 

"Il disait que comédien était un beau métier car il était un développeur de conscience et d'humanité."

Caroline Fornier



"Mon père a permis à de nombreux comédiens de se révéler. Il disait que comédien était un beau métier car il était un développeur de conscience et d'humanité.", confie Caroline Fornier.

Passionné d'Inde, pétri de bouddhisme, Jacques Fornier se sentait chez lui en Bourgogne, dans sa petite maison de Chamont près de Saulieu. Une cérémonie aura lieu à Besançon samedi 21 novembre, en tout petit comité au vu des restrictions sanitaires.

 Maryline Barate / France 3
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La danse, quelle histoire !

La danse, quelle histoire ! | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Noisette  dans Les Echos publié le 14 nov. 2020

 

 

BEAU LIVRE - La parution de « Nouvelle Histoire de la danse en Occident » permet au lecteur de voyager à travers les âges du mouvement.

 

 
 

Il semble que l'humain danse depuis toujours. Ainsi Yosef Garfinkel explique dans la « Nouvelle Histoire de la danse en Occident » qu'au paléolithique supérieur « des sources sur la danse humaine apparaissent, sous la forme de représentation de figures dansantes ». Il est une des 27 plumes réunies par Laura Cappelle pour conter cette fabuleuse aventure. Des historiennes de formation y côtoient, notamment pour les périodes les plus proches de nous, des sociologues, des spécialistes d'esthétique ou de littérature…

 

« Le pari était de tenir un style simple mais rigoureux, qui rende accessible chaque période sans que la spécificité des approches de chacun ne soit sacrifiée », résume la sociologue et critique. Le lecteur remonte donc les siècles, presque à bout de souffle tant cette histoire est haletante. On y croise un roi qui danse (Louis XIV), la naissance de la compagnie moderne par excellence (Les Ballets russes) ou l'émergence d'un style comme les danses urbaines. Vaslaw Nijinsky et Marius Petipa, Pina Bausch ou William Forsythe tiennent le beau rôle mais l'ouvrage se fait plus incisif pour raconter les dessous de l'histoire, comme, par exemple, la danse allemande au temps du nazisme.

Recherche perpétuelle

Cependant, qu'on ne s'y trompe pas, chacun, amateur ou balletomane, trouvera le bon angle. « Nous l'avons pensé aussi bien pour des étudiants qui travaillent sur la danse et des professionnels que pour un large public amateur de mouvement ou d'histoire, qui a envie d'être stimulé par les grandes questions que pose l'histoire de la danse », affirme la coordinatrice de l'ouvrage. Les cahiers d'illustrations aident grandement à rendre la lecture fluide tout comme des encadrés judicieux. L'ensemble permet enfin d'avoir un regard sur l'autre, en Russie ou aux Etats-Unis. L'Afrique et l'Asie manquent à l'appel pour l'instant - qui sait, une suite viendra peut-être… Mais il y a déjà beaucoup à lire.

 
Selon Laura Capelle, la recherche est perpétuelle : « On a notamment découvert des choses passionnantes sur Marius Petipa ou sur le tournant du XXe siècle en France, grâce à Sergey Konaev, Hélène Marquié et bien d'autres spécialistes. Et il reste en réalité beaucoup de zones d'ombre. » « Nouvelle Histoire de la danse en Occident » ne manquera pas d'illuminer ces semaines confinées. En attendant de retrouver sur scène le plus vivant des arts, la danse.
 
Philippe Noisette

NOUVELLE HISTOIRE DE LA DANSE EN OCCIDENT

Beau Livre

De la préhistoire à nos jours.

Sous la direction de Laura Capelle

Editions du Seuil

368 pages, 31 euros.

 

 
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Le Monde et son contraire – Portrait Kafka, texte de Leslie Kaplan, mise en scène de Elise Vigier.

Le Monde et son contraire – Portrait Kafka, texte de Leslie Kaplan, mise en scène de Elise Vigier. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello - 12 novembre 2020

 

Le Monde et son contraire – Portrait Kafka, texte de Leslie Kaplan, mise en scène de Elise Vigier. (L’Aplatissement de la Terre et autres textes, suivi de Le Monde et son contraire de Leslie Kaplan, éditions P.O.L., février 2021).

Metteuse en scène et artiste associée à la direction de la Comédie de Caen – CDN de Normandie – que dirige Marcial Di Fonzo Bo, Elise Vigier crée Le Monde et son contraire – Portrait Kafka -, d’après Leslie Kaplan. Un spectacle qui s’insère dans « Les Portraits de la Comédie de Caen », des créations itinérantes, portées par un ou deux acteurs, parfois en compagnie d’un musicien, proposant un regard sur un auteur, un artiste, un intellectuel, un scientifique. A partir d’oeuvres, de biographies, ces portraits croquent de manière ludique une figure majeure de notre temps.

 

Franz Kafka est particulièrement apprécié par l’auteure Leslie Kaplan qui propose à la conceptrice scénique d’écrire ce « portrait d’acteur », tout en pensant à un portrait du comédien Marc Bertin en train de jouer Kafka, une occasion inédite d’écrire à la fois sur l’un et sur l’autre.

 

Elise Vigier, de son côté, qui a créé Kafka dans les villes, avec Frédérique Loliée, note que Leslie Kaplan cite souvent Kafka autour des questions de société et de positionnement de l’artiste dans le monde. A la demande de l’auteure, elle a travaillé de concert avec elle sur le texte en travail.

 

Le portrait croisé de Kafka par Marc Bertin et de Marc Bertin par Kafka témoigne de l’émancipation existentielle de celui qui, s’estimant socialement illégitime, prend la parole grâce à l’oeuvre d’un auteur. Dépassant les obstacles imposés par le regard familial et social, la parole s’assume enfin.

Transparaît, depuis les lignes écrites de Kafka jusqu’à celles de Leslie Kaplan, l’état présent  de notre monde – libéralisme, communication exacerbée, évaluation et promotion de soi permanente.

 

Le Monde et son contraire est un texte intime et politique, évoquant le passé et ses « leçons », revenant sur les procès de Papon et Eichmann à partir duquel Hannah Arendt a créé le concept de « banalité du mal » : « l’inhumain fait partie de l’humain, c’est sa limite toujours possible. »

 

Écrire revient à questionner de façon permanente le monde et soi, Leslie Kaplan cite le Journal de Kafka : « Ecrire, c’est sauter hors de la rangée des assassins ».

 

Ce Portrait Kafka incarne la performance d’un corps duel qui se bat, se dédouble, se multiplie et se métamorphose. Décrire l’impossibilité à vivre, l’objet même de l’oeuvre kafkaïenne, devient paradoxalement l’enjeu qui permet à l’acteur interprète de trouver ses propres voie et voix.

 

Franz Kafka (1883-1924) a créé un univers littéraire énigmatique, où le sens est incertain, parfois improbable, – langage mis en doute, tissant autour des personnages un faisceau de contradictions. 

 

L’acteur raconte comment la découverte et la lecture de Kafka ont changé sa vie en l’aidant à penser le monde actuel – violence et non-sens -, la manière dont l’art et ses « métamorphoses » lui ont permis de se libérer, de « sauter en dehors de la rangée des assassins ». Accompagné du danseur Jim Couturier, il évoque un corps double, bondissant, tombant, se relevant, se livrant, boxant dans un combat joyeux pour rompre le silence originel, le « vieux silence des assassins ».

 

Marc Bertin découvre pour la première fois La Métamorphose au collège, grâce à un prof de français admirable. La nouvelle (1915) décrit la métamorphose et les mésaventures de Gregor Samsa, un représentant de commerce qui se réveille un matin transformé en un « monstrueux insecte ». Le comédien s’exclame : « Moi ça m’a frappé, le changement du corps, de la voix à treize-quatorze ans je vivais ça dans mon propre corps cette première lecture m’est restée… » 

 

Kafka décrit l’être – sa présence au monde -, comme l’Etranger, l’Exilé absolu, qui fait l’expérience malheureuse d’un pouvoir arbitraire de vie ou de mort – calomnie et culpabilité. A la fin du Procès, le condamné est exécuté : « Comme un chien !,dit K. C’était comme si la honte allait lui survivre. »

Justice, police, monarchie des Habsbourg, les institutions sont minées par des classes dirigeantes égoïstes et les passions nationalistes ou antisémites – des portraits kafkaïens à l’humour  corrosif.

 

La Métamorphose, entre autres oeuvres, aura sur le lecteur Marc Bertin un effet considérable : la capacité de pouvoir être autre, et si dans l’oeuvre de Kafka cet autre est dégradé et assigné par le pouvoir à un rôle subalterne de non-individu qui ne compte que peu – cafard ou vermine -, le récepteur en fait, à travers la découverte de l’art, un autre valorisé qui accède à sa conscience.

Allusion à la Lettre au père jamais adressée, l’interprète se souvient de l’après-midi où le fils avait invité un ami à la maison que le père violent, autoritaire et tyrannique, avait alors traité de vermine.

L’humour de Kafka, son goût pour le théâtre yiddish et pour le cirque – rappels des postures et des grimaces de Charlie Chaplin et de Buster Keaton, des figures dansées portant melon noir; une série de l’accessoire est égrainée sur le sol évoquant le portrait amusé d’un Kafka mélancolique. Et Marc Bertin, ton bonhomme et sens de la distance, commente tant Kafka que l’état du monde.

A côté des feuilles de manuscrits et de lettres écrites éparses, les dessins kafkaïens en noir et blanc – illustration du mur de lointain – éclairent la scène d’une justesse symbolique. Le jeu de l’acteur, re-haussé par la chorégraphie de Jim Couturier, sculpte une bête monstrueuse à huit pattes, étrange et drôle. L’acteur se libère, et le danseur se contorsionne, saute et bondit, rampe sur le sol, toujours mobile et à l’écoute, sous la musique originale de Manu Léonard et Marc Sens.

 

Un spectacle ludique et exigeant, profondément kafkaïen dans son déploiement radieux et secret.

 

Véronique Hotte

 

Spectacle vu le 10 novembre aux Plateaux Sauvages, Fabrique artistique et culturelle de la ville de Paris, 5 rue des Plâtrières 75020 – Paris. Théâtre d’Hérouville, Comédie de Caen – CDN  de Normandie, du 24 au 26 mars 2021.

 
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Penseurs de théâtre : hommage à Jean-Pierre Vincent. Une émission de 2005 rediffusée par France Culture

Penseurs de théâtre : hommage à Jean-Pierre Vincent. Une émission de 2005 rediffusée par France Culture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur la page de l'émission de Blandine Masson  Fiction / Théâtre et Cie le 22 nov. 2020 

 

 

Le récit d'une dynamique collective, d'une aventure intellectuelle, esthétique et politique au Théâtre national de Strasbourg

 

Hommage au metteur en scène Jean-Pierre Vincent mort le 4 novembre 2020.

 

Retour sur les « années TNS », les huit saisons passées entre 1975 et 1983 au Théâtre National de Strasbourg par Jean-Pierre Vincent avec un collectif d’artistes et dramaturges.

Ecouter l'émission en ligne (2h)

 

L’aventure de Strasbourg  est un moment important de l’histoire du théâtre, dont il est important de se souvenir au même titre que la fondation du TNP évoquée la semaine dernière dans Théâtre & Cie sur France Culture. Une aventure qui commence en 1973  dans une rupture historique, la fin du gauchisme actif,  la fin de 68 marquée par la mort de Pierre Overney, comme le dit Jean-Pierre Vincent  dans un documentaire de Bruno Tackels que nous allons rediffuser ce soir.  Les années TNS de Jean Pierre Vincent, c’est une nébuleuse d’artistes, d’intellectuels, dramaturges, peintres, une nouvelle génération issus souvent du théâtre universitaire, comme Mnouchkine, Lavaudant, Françon , Chéreau, marquée  par  Bertolt Brecht mais aussi par  l’histoire de Jacques Copeau, des Copiaus, du TNP. Nous étions des brechtiens dans la maison de Jacques Copeau dit avec humour l’écrivain Michel Deutsch qui fit partie de l’aventure avec André Wilms, Evelyne Didi, Michèle Foucher, Jacques Blanc, Jean Pierre Jourdheuil, André Engel, Bernard Chartreux, Dominique Muller, Alain Rimoux, Philippe Clevenot, Bérangère Bonvoisin, Laurence Mayor, Hélène Vincent, Christiane Cohendy, Bernard Freyd, Gérard Desarthe,  …je ne peux malheureusement pas tous les citer. Nous voulions renverser  des montagnes lorsque nous sommes arrivés dit encore Michel Deutsch dans un film qu’il a consacré à ces années TNS. Nous voulions diviser le public, en finir avec le théâtre académique. Les spectacles n’étaient pas seulement des spectacles, c’était des expériences de vie, un voyage au bout du théâtre. 

 

Blandine Masson 

 

C’est avec André Wilms, que nous ouvrons cette soirée d’hommage à Jean-Pierre Vincent et à une génération de théâtre aventureuse, en deuil aujourd’hui.

 

Puis nous entendrons Michel Deutsch qui a consacré un film à l‘aventure du TNS.  Il en parle ce soir à Blandine Masson comme d’une expérience de vie, et dit : "Le travail du collectif du TNS  expérimental et populaire au sens de Brecht, voulait déconstruire le spectacle, comprendre comment cela modifiait notre vision du monde". Michel Deutsch nous raconte comment cette déconstruction  était aussi une entreprise de déstabilisation  permanente, symbolisée peut-être par la première affiche du TNS années Vincent : Un éléphant qui fait du trapèze 

 
  • Penseurs de théâtre 

Avec Jean Pierre Vincent , Stéphane Braunschweig, Bernard Chartreux, Michel Deutsch, Evelyne Didi

Le 15 juillet 2005, nous avions invité Jean Pierre Vincent au Musée Calvet pendant le Festival d’Avignon, pour la lecture d’un texte inédit autour de la mise en scène. Cette lecture entrait dans une collection intitulée « Ecrits de metteurs en scène » pour laquelle Jean Pierre Vincent avait souhaité écrire sur un spectacle invisible pour le public français. C’était  Sept contre Thèbes, une tragédie d’Eschylle qu’il avait mise en scène en italien pour le théâtre grec de Syracuse, un théâtre mythique en plein air de 8000 places.

 

autre liens audio en rapport avec Jean-Pierre Vincent

À RÉÉCOUTER
 
Réécouter Hommage à Jean-Pierre Vincent

 

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La Lettre ouverte de Muriel Mayette-Holtz à Roselyne Bachelot

La Lettre ouverte de Muriel Mayette-Holtz à Roselyne Bachelot | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 


La Lettre ouverte de Muriel Mayette-Holtz à Roselyne Bachelot
Publié le 21 novembre 2020


Ne pas être envisagé, ne pas être vu, lu, regardé, écouté c’est un peu disparaître…
Une fois de plus la situation du monde des créateurs n’a même pas été évoquée lors des dernières annonces du gouvernement.

Il semblerait que nous soyons transparents, inutiles ou qu’éventuellement nous soyons assimilés à un autre milieu, lequel je ne sais pas, la restauration, les bars, les petits commerces ? À nous les artistes de l’imaginer ?

Nous avons été bons élèves, nous nous sommes réinventés, adaptés, pliés : public masqué, distanciation, changement d’horaire, gel hydroalcoolique, masques à disposition, déplacements des spectacles, remboursements des places, changement de programmation, fermeture des salles.

Nous comprenons toutes les restrictions, nous les avons gérées sans bruit. Nous avons inventé de nouvelles formes, continué de faire des propositions au monde. Le public témoigne encore de notre importance, mais on ne parle pas de nous dans les mesures qui nous sont imposées, nous viendrons après ou peut-être pas… Quel pays peut vivre sans créateurs ? Ce sont eux qui nous permettront de rêver lorsque nous aurons tout perdu. Aujourd’hui plus que jamais nous sommes au travail, dans l’ombre de nos théâtres fermés, pour préparer la suite. Aucun cluster n’est à signaler, nous respectons toutes les mesures sanitaires indiquées.

Madame la Ministre, nous avons besoin que vous soyez notre porte-parole pour nous permettre de rouvrir nos salles dès demain, le public le demande, les artistes l’espèrent, les producteurs et les directeurs de théâtre le supplient. Décembre ne sera pas une fête sans culture, notre quotidien ne sera pas serein sans un rendez-vous avec les poètes, nos vies seront vides sans un lien direct avec la pensée, l’émotion, le partage, même masqués.

Nous attendons, le cœur plein, la possibilité de vous enchanter à nouveau et d’ouvrir nos salles pour les vacances de Noël.


Muriel Mayette-Holtz
Directrice
Théâtre National de Nice
Centre Dramatique National – Nice Côte d’Azur

Théâtre national de Nice

Crédit photo © Sophie Boulet

 

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Splendid’s, Nauzyciel décloisonne Genet sur Zoom

Splendid’s, Nauzyciel décloisonne Genet sur Zoom | Revue de presse théâtre | Scoop.it

PAR AMELIE BLAUSTEIN NIDDAM dans TOUTELACULTURE.COM


Le Festival TNB devait jouer en ce moment. Il a été annulé à la suite du confinement. Le directeur du théâtre, le comédien et metteur en scène que nous aimons tant, Arthur Nauzyciel a du annuler une vingtaine de propositions et se replier sur un « Festival fantôme ». Pendant trois soirs, il a invité le public à rejoindre sa troupe franco-américaine sur Zoom pour un vrai spectacle, en direct. Idée .. splendide !

 

De l’enfermement au théâtre.

Splendid’s dans sa version plateau a été créé en janvier 2015 et donné, hasard du calendrier, quelques jours après les attentats, la résonance était immense. En 2020, elle est autre puisque Jared Craig (Pierrot), Xavier Gallais (Le Policier), Ismail Ibn Conner (La Rafale), Rudy Mungaray (Johnny), Daniel Pettrow (Bob), Timothy Sekk (Riton), Neil Patrick Stewart (Bravo) et James Waterston (Scott) sont coincés chez eux.  Il y avait, dit Nauziciel, une urgence à « créer ensemble ». Et c’est en se parlant, « juste » pour prendre des nouvelles en visio, que l’idée de transformer l’espace numérique en plateau de théâtre est née.

 

Alors, revenons au théâtre puisqu’il en question. Splendid’s est une pièce de Jean Genet, publiée après sa mort. Elle a été montée le 24 février 1995 aux Amandiers par Stanislas Nordey. L’histoire est un huis-clos. 7 mercenaires et un flic passé de l’autre côté sont enfermés au dernier étage du Splendid’s, un hôtel.  Un vol a mal tourné et le cadavre d’une fille gît dans une chambre à côté.

Nauzyciel fait dialoguer deux œuvres de Genet : Un chant d’amour et Splendid’s. Un chant d’amour est un film, clairement pornographique, datant de 1949. Muet, bref, il se déroule en prison et nous montre un maton voyeur. Tous les prisonniers sont des mecs à la beauté animale et disons qu’ils sont très excités. Deux d’entre eux se cherchent et se trouvent dans l’allégorie d’une cigarette partagée grâce à un petit trou dans un mur entre les deux cellules.

 

Évidemment, l’homosexualité et le sexe ne sont pas les bienvenus en 1949. Il est aujourd’hui dans les collections de plusieurs musées, dont le Centre Pompidou. Le texte de Splendid’s est écrit en prison et sera également caché. 

Huis clos ultime.

La pièce est chronologique et se déroule en deux actes. Ce sont les deux dernières heures de liberté et, peut-être, de vie de ces gangsters bien plus ambigus qu’il n’y parait.

La scénographie les fait jouer un par un, puis tous ensemble.  Chacun a la main sur le son et la lumière. On sait que Nauzyciel apporte une attention fine à ces deux points et ils sont bien présents ici.  Pendant deux mois, une fois par semaine, ils ont répété et trouvé les angles, les postures qui permettent au jeu de se faire. 

 

Sur l’écran on voit uniquement celui qui parle  et dans l’Acte II, huit carrés apparaissent, leur permettant de se voir les uns et les autres et de jouer comme s’ils étaient sur scène. L’écran devient ainsi un corps unique avec huit bouches qui déroulent ce texte comme un poème, où les dialogues n’en sont pas vraiment. Ce sont des testaments successifs.

 

Nous avançons, avec eux, vers l’inéluctable, traversons avec eux les pires idées, voyons comment ils lâchent prise ou au contraire se paient un chant du cygne. Bob affirme « je suis lâche », et il en fier. Il n’est pas celui qui tire. Mais d’ailleurs qui tire, qui est le chef du gang ? Alors qu’ils sont au pied du mur, ils vont chercher à comprendre qui dirige et qui est sans émotion. L’un après l’autre, ils avancent. « Nous avons déjà cessé de vivre », « La cruauté nous sauve ». 

 

Repliés, sans eau ni vivre, la tension  monte. Dans la version vivante du spectacle, Damien Jallet avait orchestré les corps.  Les comédiens réduits à leur visage et leurs torses nus ont gardé cette importance du mouvement. Et quand Johnny veut devenir la fille, la morte, son corps enfermé mouvant devient palpable. 

Le monde d’après ?

La force du spectacle est de ne pas être une captation ni un livestream mais d’être pensé pour cette crise infinie. Personne ne sait quand les théâtres vont rouvrir, et il est passionnant de voir les artistes retourner la contrainte. Marion Siéfert l’a fait sur Instagram, Simon Senn sur zoom et désormais Arthur Nauzyciel.  Aucun doute, nous sommes au théâtre, et il est vivant. Les comédiens sont à couper le souffle dans cet exercice si complexe où ils se retrouvent à être réalisateurs et acteurs. Il est peut être temps pour le public d’accepter cette nouvelle ère et pour les lieux, d’ouvrir leurs billetteries, car jusqu’ici, dans leurs grandes majorités, les directs sont accessibles gratuitement. Pourquoi ?

Le festival fantôme du TNB joue jusqu’au 21 novembre, le programme est ici.

 

Visuels : © ABN

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Hubert Jappelle, fondateur du Théâtre de l'Usine à Éragny-sur-Oise, est décédé 

Hubert Jappelle, fondateur du Théâtre de l'Usine à Éragny-sur-Oise, est décédé  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Julien Ducouret dans Actu.fr      Publié le 19 Nov 20 

 

 Fondateur et directeur du Théâtre de l'Usine d'Éragny-sur-Oise, dans le Val-d'Oise, s'est éteint mercredi 18 novembre 2020 à l'âge de 82 ans.

 

 
 

Fondateur et directeur du Théâtre de l’Usine d’Éragny-sur-Oise, dans le Val-d’Oise, depuis plus de 40 ans, Hubert Jappelle est décédé.

 

Mercredi 18 novembre 2020 dans la matinée, il s’est éteint d’un arrêt cardiaque dans son sommeil à l’âge de 82 ans.

Pionnier du Festival Off d’Avignon

Metteur en scène, pionnier du Festival Off d’Avignon, précurseur dans ses recherches sur la marionnette, pédagogue, Hubert Jappelle n’a cessé de défendre un théâtre populaire en direction de tous les publics. 

"Au-delà de toute technique, il s’intéressait avant tout au texte, à l’interprétation théâtrale, à la transmission et à la perception du public, avec qui il a entretenu une constante relation de confiance. Il laisse derrière lui un grand vide mais aussi un patrimoine inestimable..."

Les membres du théâtre de l'Usine d'Éragny-sur-Oise

Hubert Jappelle fonda sa première compagnie en 1959 et devint l’un des pionniers du festival off d’Avignon. De 1966 à 1968, il fut régisseur pour le festival d’Avignon.

 

À Cergy-Pontoise en 1975

C’est en 1975 qu’il découvre Cergy-Pontoise, toute jeune Ville nouvelle. Un coup de cœur puisqu’il sera missionné avec sa troupe de participer à la création de la cellule de création au Centre d’action culturelle de Cergy-Pontoise.

Trois ans plus tard, direction Éragny-sur-Oise où il s’installe dans une ancienne papeterie.

Il décide de créer son propre théâtre à Éragny au début des années 80 afin d’y reconsidérer la question de l’acteur et de la transmission des œuvres.

 

La compagnie y accueille du public pour la première fois en 1981. C’est à partir de 1984, lorsque Hubert Jappelle décide d’y mener une activité régulière, que naît vraiment le Théâtre de l’Usine.

Spectacles et résidences

Rénové entièrement en 1994 et en 2008, puis agrandi en 2011 d’une salle de répétition, la salle de 200 places accueille aujourd’hui un public nombreux et varié, touché par les mises en scène d’Hubert Jappelle et par les spectacles des compagnies accueillies en résidence chaque année.

Le choix d’un lieu non théâtral a permis de créer un environnement pour chaque spectacle et la marionnette a été régulièrement choisie pour interpréter les grands auteurs dramatiques ou littéraires de tous les temps (Ben Jonson, Sophocle, Franz Kafka, Marcel Aymé, Karl Valentin, Nicolas Gogol…).

 

Également pédagogue, Hubert Jappelle a été chargé de cours à l’université de Paris-VIII Saint-Denis puis à celle de Paris-X Nanterre, à la Comédie de Caen, ainsi qu’au Conservatoire national de région de Cergy-Pontoise. Il a écrit Les Enjeux de l’interprétation théâtrale (L’Harmattan, 1997).

Source : https://wepa.unima.org/fr/hubert-jappelle/

 

 

Légende photo : Metteur en scène, pionnier du Festival Off d’Avignon, précurseur dans ses recherches sur la marionnette, pédagogue, Hubert Jappelle n’a cessé de défendre un théâtre populaire en direction de tous les publics.  (©D. Chauvin)

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Hommage à Michel Robin, par Eric Ruf

Hommage à Michel Robin, par Eric Ruf | Revue de presse théâtre | Scoop.it
HOMMAGE
 
Éric Ruf, administrateur général, la société des Comédiens-Français, la Troupe et l’ensemble des personnels de la Comédie-Française ont l’immense tristesse d’annoncer le décès de Michel Robin survenu le 18 novembre 2020, à l’âge de 90 ans, des suites de la Covid-19.
 
 
« Cette époque nous éprouve cruellement et nous la haïrons de nous priver soudainement des plus fragiles et des meilleurs d’entre nous.
 
Nous avons tous un souvenir précis de Michel, parti il y a dix ans déjà de notre théâtre. De sa tendresse et de son humour dévastateur. De sa dent aussi, carnassière et drôle. Nous comptions énormément pour Michel qui gardait un attachement indéfectible à notre Maison. De sa retraite, il prenait de nos nouvelles et suivait nos activités avec le même intérêt qu’il lisait "L’Équipe" et le destin de ses formations sportives préférées.
Il était revenu la saison dernière témoigner de son immense parcours lors d’un Paradoxe(s)
 
à devenir acteur alors qu’il désirait être notaire. Michel, donc.
Les répétitions ne lui servaient qu’à contrarier sa solitude tant son art était simple. Dès la première lecture tout était là, de son évidence et de son charme. Un monde d’humanité et d’intelligence contenu dans cette longue et humble silhouette courbée.
Michel a toujours joué les vieux, très tôt dans sa carrière. Il concédait il y a peu qu’il avait enfin l’âge du rôle et que cela le contrariait. Nous perdons un grand-père, un père de théâtre, un ami, un grand comédien.
 
Toutes nos pensées et notre tristesse accompagnent Amélie, sa fille, et Gaspard, son petit-fils, que Michel adorait. » Éric Ruf
 
Pour en savoir plus sur son parcours 
 

Entré à la Comédie-Française en 1994 ; sociétaire en 1997.

Michel Robin est engagé comme pensionnaire à la Comédie-Française le 1er novembre 1994. Il est nommé 495e sociétaire le 1er janvier 1997. Au cours de la saison 2008/2009, il interprète le Vieux dans Les Chaises de Ionesco mises en scène par Jean Dautremay au Studio-Théâtre ainsi que Brid’oison dans Le Mariage de Figaro par Christophe Rauck, repris Salle Richelieu.

Michel Robin débute au théâtre chez Roger Planchon et joue de 1958 à 1964 dans 17 spectacles dont Les Trois MousquetairesGeorge Dandin, Les Âmes mortes. Il intègre ensuite la compagnie Renaud-Barrault pour plusieurs saisons et interprète notamment En attendant Godot de Samuel Beckett, puis du même auteur joue dans Fin de partie sous la direction de Guy Rétoré au Théâtre de l’Est Parisien.


De sa carrière théâtrale hors Comédie-Française, on peut retenir des spectacles tels Les Oiseaux d’Aristophane, Le Balcon de Jean Genet, La Nuit des rois de Shakespeare, La Folle de Chaillot de Jean Giraudoux. Il reçoit en 1990 le Molière du meilleur second rôle pour La Traversée de l’hiver de Yasmina Reza mise en scène par Patrice Kerbrat.


En 1994, Jean-Pierre Miquel, l’administrateur général, lui ouvre les portes de la Comédie-Française pour tenir le rôle de Trivelin dans La Double Inconstance de Marivaux.


Il incarne entre autres rôles Monsieur Rémy des Fausses Confidences mises en scène par Jean-Pierre Miquel, Firs de La Cerisaie mise en scène par Alain Françon, Louka Loukitch Khlopov dans Le Revizor mis en scène par Jean-Louis Benoit. Attaché aux personnages secondaires, il aborde son premier grand rôle au Français, en 1996, sous les traits de Monsieur Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme de Molière dirigé par Jean-Louis Benoit. Au cours des années 2000, il interprète notamment le rôle-titre du Gna de Pierre-Henri Loÿs, Don Guritan dans Ruy Blas, Gérôme dans Le Dindon, Karp dans La Forêt, Tirésias dans Les Bacchantes, le Poète dans Ophélie et autres animaux, Basque dans Le Misanthrope mis en scène par Lukas Hemleb, un Bourgeois, Poète, Capucin et Cadet pour la reprise de Cyrano de Bergerac monté par Denis Podalydès.


Il incarne également Barry Derrill au côté de Michel Duchaussoy dans La Fin du commencement de Sean O’Casey mise en scène par Célie Pauthe et joue dans Cinq dramaticules de Samuel Beckett mis en scène par Jean Dautremay.

Acteur au cinéma, il passe de Goretta à Zulawski, Doillon, Lang ou Costa-Gavras. Il obtient en 1979 le Grand prix d’interprétation du jury du Festival de Locarno pour Les Petites fugues d’Yves Yersin. On a également pu l’apercevoir dans Merci pour le chocolat réalisé par Chabrol, Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles par Jeunet. Il fait de nombreuses apparitions à la télévision : héros humain de la version française de Fraggle Rock dans les années 80 et personnage récurrent de la série Boulevard du Palais.

 

Michel Robin a quitté la troupe le 31 décembre 2010.

 

(Légende photo : Michel Robin en 2014 dans Les méfaits du tabac de Tchekhov, son dernier rôle au théâtre, sous la direction de Denis Podalydès, aux Bouffes du Nord )

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Comment les théâtres tentent de survivre à la crise sanitaire

Comment les théâtres tentent de survivre à la crise sanitaire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Igor Hansen-Love dans Les Inrocks 17/11/2020

 

 

Les salles sont à nouveau fermées au public depuis le 30 octobre, plongeant le monde du spectacle vivant dans l'incertitude la plus totale. Comme tant d'autres, le parisien Théâtre 14 a tenté de s'adapter au mieux à la crise sanitaire. Récit.

 

L'événement a lieu il y a moins d'un an ; c’est-à-dire une éternité. Le 1er juillet 2019, Mathieu Touzé et Edouard Chapot prennent officiellement leurs fonctions de codirecteurs à la tête du Théâtre 14. Ils ont à peine 30 ans et n'ont jamais dirigé de lieu. Leur nomination est rare, comme leur projet.

 

Ils veulent faire de cette salle municipale ronronnante, située à la lisière de Paris (porte de Vanves), un lieu de création à l'ambition nationale, en proposant des mises en scène d'artistes reconnu·es comme Pascal Rambert, Olivier Py, le tg STAN ou Alain Françon, avec des créateur·trices moins établi·es. Après de longs travaux de rénovation, l'ouverture en janvier 2020 est un succès. La salle de deux cents personnes est comble ; de quoi commencer leur mandat sous les meilleurs auspices.

 

Jusqu'à l'arrivée du Covid, évidemment. Depuis le mois de mars, le Théâtre 14 s'est adapté aux mesures sanitaires, du confinement au déconfinement, de la jauge réduite au couvre-feu, et finalement au reconfinement... Un état de crise permanent en somme. En six mois, ils ont tout connu, le choc de la fermeture, le travail forcené – pour certain·es –, l'épuisement, la lassitude, le désœuvrement, la frustration et la colère.

“Nous fermons à double tour une salle que nous avons conçue comme un lieu ouvert” Mathieu Touzé

 

Pour rendre compte de cette histoire, tristement emblématique de ce que traverse le milieu du spectacle vivant, Les Inrockuptibles ont interviewé trois membres de son équipe : Mathieu Touzé, l'un des deux directeurs, Magali Bonat, la comédienne qui a le plus joué dans ce théâtre en 2020, et Enrico Benedetti, qui travaille à la billetterie. Ensemble, il·elles font part de leurs états d'âme et racontent ces huit mois de folie.

 

Mardi 17 mars, 11 heures. Annoncées la veille, les mesures du premier confinement entrent en vigueur à midi. La direction doit être opérationnelle au plus vite, délocalisée – “hors les murs”, comme on dit dans le milieu –, en l'occurrence les appartements parisiens des directeurs Mathieu Touzé et Edouard Chapot qui rentrent chez eux, tête baissée, avec leur PC sous le bras. “C'est un choc, se souvient Mathieu Touzé. Nous fermons à double tour une salle que nous avons conçue comme un lieu ouvert où chacun peut passer à n'importe quelle heure, pour boire un verre, voir un spectacle, rencontrer des artistes...” 

 

Un nouveau quotidien loin du théâtre

Magali Bonat qui, deux jours avant, fait un carton à l'affiche du Quai de Ouistreham, mis en scène par Louise Vignaud, rentre en catastrophe à Lyon pour se confiner avec sa famille. Quant à Enrico Benedetti, il regagne son studio parisien, la mort dans l'âme. Quelques jours auparavant, il passait un entretien pour le poste de la billetterie. “J'étais certain d'être pris. Mais, pas de chance, nous n'avons pas eu le temps de signer mon contrat.”

 

Le temps passe et un nouveau quotidien s’impose, loin du théâtre. Pour la première fois de sa vie, Magali Bonat ne joue pas. La tournée du Quai de Ouistreham est tombée à l’eau, tout comme ses autres projets. “J’ai le sentiment d’être fauchée, confie la comédienne. Je tourne en rond, désœuvrée. D’abord, je m’oublie dans les tâches ménagères et parentales pendant le confinement ; un boulot difficile, olympique. Puis, je me dis que ce confinement est l’occasion de rentrer en moi-même, d’entamer une espèce de retraite intellectuelle, de méditer, de lire Proust, que je ne connais pas... Mais j’en suis incapable car j’ai l’impression de le faire sous la contrainte.” L’actrice donne des cours de théâtre par Skype.

Le théâtre virtuel, je n’y crois pas, explique-t-elle. Mais je le fais pour les jeunes qui croupissent seuls dans leur appartement et voient leurs courtes études d’art dramatique amputées de plusieurs mois. C’est pour eux que j’ai le plus de peine.” Enrico Benedetti touche un maigre chômage grâce au boulot de serveur effectué l’année précédente. En attendant la réouverture du théâtre, il s’attelle à la rédaction d’un grand roman, Lavenda – l’histoire d’une femme de 60 ans qui se retrouve à la retraite, déboussolée. “Le cloisonnement et la solitude ont été une source d’inspiration, s’amuse-t-il. J’ai conscience qu’il s’agit d’une exception.”
 

“On est entièrement accaparés par l’évaluation des pertes financières, la recherche de masques et de gel hydroalcoolique pour la salle”

Les deux jeunes directeurs, eux, passent leurs journées sur Zoom, enchaînent les rendez-vous avec la Ville de Paris, les compagnies, les journalistes, les autres directeur·trices de salles... L’heure n’est pas encore à la remise en question de la gestion politique de la crise.

 

“On est entièrement accaparés par l’évaluation des pertes financières, la recherche de masques et de gel hydroalcoolique pour la salle, on investit les réseaux sociaux en retransmettant des lectures. Et, bien sûr, on tente de sauver les spectacles qui peuvent être sauvés en les reprogrammant à l’été ou à la rentrée”, explique Mathieu Touzé. Mais sans connaître la date précise du déconfinement, qui ne cesse d’être repoussée, le boulot devient absurde, sisyphéen.

 

“Je m’effondre à 20 heures, sans avoir vu les heures filer, commente le directeur. Je lis des textes de Jean Vilar, pour me redonner de l’énergie – je sais, c’est un   peu cliché... Mais je fais aussi le deuil de ma propre création, Une absence de silence, prévue à la Ménagerie de verre au mois d’avril, annulée, comme tant d’autres.”

Sept spectateur·trices par représentation

Le déconfinement a lieu le 11 mai. L’équipe veut rouvrir les portes de son théâtre au plus vite. Il faut trouver une pièce à monter en quelques semaines. Il·elles créent une pièce jeune public. Ce sera Elle pas princesse, lui pas héros, mise en scène par Johanny Bert. Mesures sanitaires obligent : seulement sept spectateur·trices peuvent assister aux représentations. Pour compenser, la pièce est jouée trois fois par jour.

 

“C’est l’euphorie la plus totale, se souvient Mathieu Touzé. Le public n’a pas peur du virus, contrairement à ce que l’on craignait.” La direction embauche enfin Enrico Benedetti, qui découvre un métier en mutation. “En plus de la comptabilité, il faut apprendre à organiser les flux de spectateurs, s’assurer que tout le monde respecte les gestes barrières pour éviter les clusters à tout prix.” La reprise est un succès.

 

Dans la foulée, une vingtaine de technicien·nes – régisseur·euses, éclairagistes, ingénieur·es du son... – sont remis au travail afin d’assurer l’événement du mois de juillet, décidé dans la précipitation, le Paris Off Festival, une sélection de quinze pièces initialement prévues pour les Off d’Avignon, reprogrammées au Théâtre 14. Encore un succès.

 

Après la fermeture aoûtienne habituelle, le théâtre rouvre le 21 septembre avec deux reprises : DJ Set (sur) écoutede Mathieu Bauer, et Le Quai de Ouistreham. Magali Bonat reprend du service après six mois d’inaction : “J’ai un choc lors du salut, le premier soir de la rentrée. Je suis bouleversée de voir les spectateurs si nombreux, malgré la demi-jauge, mais, pour la première fois, je les découvre masqués et je me dis que ce nouveau monde fait un peu peur.” 

 

La phase des cas contacts

A la billetterie, Enrico Benedetti constate que la situation a changé : “Contrairement à l’été, l’atmosphère est maussade, au diapason du temps automnal. Le public, imprévisible, réserve la veille pour le lendemain. Les gens ne se projettent plus au-delà de deux, trois jours.” Par peur de nouvelles mesures contraignantes. Par peur d’un éventuel reconfinement. Car les chiffres du Covid présentés tous les jeudis par le ministre de la Santé ne sont pas bons. “On rentre dans la phase des cas contacts”, soupire Mathieu Touzé.

Au théâtre, quand un cas contact est repéré, c’est toute l’équipe qui doit être mise à l’arrêt. Un casse-tête supplémentaire. Et puis l’actualité se précipite, un couvre-feu à 21 heures est imposé en région parisienne à partir du 17 octobre. Treize jours plus tard, c’est le reconfinement national. Et la fermeture au public de tous les théâtres de France.

il y avait tant de choses à inventer. Mais nos gouvernants n’ont pas fait ce travail à l’été, alors que nous étions disponibles pour discuter

Contrairement au confinement printanier, les théâtres peuvent accueillir des résidences d’artistes, permettant à certain·es intermittent·es de continuer à travailler. Enrico Benedetti s’occupe, de chez lui, de rembourser les derniers billets, en attendant d’être officiellement au chômage partiel. L’équipe du 14 déplore quatre annulations : blablabla par Joris Lacoste, Un garçon d’Italie par Mathieu Touzé, Antis par Julie Guichard et L’Augmentation par Anne-Laure Liégeois. Le choc initial des annonces est passé. La lassitude a fait place à la frustration, puis à la colère.

“Nous sommes le dommage collatéral d’une politique étrange, s’agace le jeune directeur. Les théâtres sont des lieux où les précautions sanitaires sont parfaitement respectées. Les gens ne tiendront jamais sans loisirs. Et puis il y avait tant de choses à inventer. Mais nos gouvernants n’ont pas fait ce travail à l’été, alors que nous étions disponibles pour discuter. Les écoles sont des lieux de clusters potentiels ? Nous aurions pu accueillir des cours pour désengorger les établissements. Un exemple parmi d’autres.”

 

En attendant, il faut déjà prévoir la réouverture. En janvier 2021, peut-être... Alain Françon doit mettre en scène Kolik de Rainald Goetz, du 5 au 23. Cette annulation-là serait un crève-cœur de plus. “Nous avons l’impression de vivre dans le film Un jour sans fin, où le personnage qu’incarne Bill Murray revit la même journée sordide à l’infini, termine Magali Bonat. Je ne sais pas très bien comment on va nous tirer de là.”

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A l’école de théâtre, s’exercer masqué, ou le paradoxe de l’apprenti acteur

A l’école de théâtre, s’exercer masqué, ou le paradoxe de l’apprenti acteur | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Brigitte Salino dans Le Monde - 17/11/2020

 

 

A l’Ecole Claude Mathieu à Paris, les élèves découvrent leur futur métier avec les contraintes imposées par la crise sanitaire.

Mercredi 4 novembre, Claude Mathieu adressait un mail aux élèves de son école : « Savez-vous que le 27 novembre 1943, la Comédie-Française accueillait la création mondiale du Soulier de satin, de Paul Claudel, que mettait en scène Jean-Louis Barrault (…) ? Comme il existait à cette époque un couvre-feu imposé par l’armée d’occupation et qui a duré quatre années, les représentations commençaient à 17 heures pour se terminer à 21 heures afin qu’artistes et spectateurs soient rentrés avant l’heure limite de 22 heures. Ces représentations marquaient le départ d’une grande carrière de Jean-Louis Barrault (…) Vous voyez qu’il y a encore de l’espoir pour nous et votre jeunesse : le Covid-19 sera sans doute moins long à anéantir que le national-socialisme !!! »

« Je n’ai pas d’arthrose dans la tête », s’amuse Claude Mathieu qui paraît beaucoup plus jeune que son âge

Claude Mathieu sait de quoi il parle quand il évoque la seconde guerre mondiale : il l’a vécue, il a 90 ans. Soit soixante-dix de plus que la majorité des élèves de l’école qui porte son nom et loge à deux pas du marché de l’Olive, dans le 18e arrondissement de Paris. Pour eux, c’est « Claude ». Il est là tous les jours, et donne encore deux cours par semaine. « Je n’ai pas d’arthrose dans la tête », s’amuse ce petit homme volubile qui paraît beaucoup plus jeune que son âge, et accueille dans son bureau minuscule où des photos sont accrochées aux murs. Sur l’une d’elles, on voit René Simon (1898-1971), le grand professeur, qui a été son maître. Entré dans son école en 1948, il y enseignait trois ans plus tard.

Sa vocation était née. Elle allait le conduire à créer une première école, à 28 ans, avec Raymond Gérôme (1920-2002), puis à bifurquer vers la photographie de cinéma – il a couvert les tournages de plusieurs films de Claude Sautet, dont Les Choses de la vieMax et les ferrailleurs, Mado… – avant de revenir à la passion de sa vie, l’enseignement. Claude Mathieu a 60 ans quand il crée son école, qui forme aux concours des « grandes », le Conservatoire à Paris et l’école du Théâtre national de Strasbourg. Au-dessus de la porte d’entrée, il fait inscrire cette phrase de Louis Jouvet : « Le comédien vaut l’homme, et tant vaut l’homme, tant vaut le comédien. »

« Ça nous oblige à articuler »

L’air de rien, tout cela joue sur le confinement : Claude Mathieu l’aborde avec son histoire, et ses principes. Il y a environ 120 élèves dans l’école, répartis en dix groupes, sur deux niveaux d’enseignement. Ils ont à leur disposition une grande salle et trois petites, aménagées dans des locaux qui donnent sur une cour. Depuis septembre, une autre salle a été louée, dans le 19e arrondissement, pour éviter l’affluence et répondre aux mesures sanitaires. Les élèves sont masqués, bien sûr, même sur le plateau quand ils ne peuvent pas respecter les distances. Les « deuxième année » ont dû s’y habituer. Les « première », non : ils ont commencé à l’automne, avec des masques. Mais ils ne sont pas vraiment perturbés par cet étrange paradoxe, pour qui se prépare à être acteur.

Même si les centres aérés et les écoles sont ouverts, « tous les jobs d’étudiants tombent, et on n’a pas de soutiens financiers, comme les étudiants en fac »

« C’est pas mal, ça nous oblige à articuler », dit l’un d’entre eux, à la sortie d’un cours sur le jeu à la radio. « Oui, nuance un autre, mais ça demande plus d’efforts, surtout pour la respiration. » « En même temps, ça nous apprend à avoir un bon souffle sur scène », conclut un troisième. Leur problème, c’est la frustration de ne pas pouvoir vraiment travailler avec l’autre. Elle peut aller loin : « Au premier confinement, j’avais l’impression d’avoir perdu mon corps », avoue une élève de deuxième année. « C’est plus facile avec le deuxième confinement, qui n’en est pas vraiment un. » A ce sujet, Claude Mathieu a remonté les bretelles à ses troupes : des cas de Covid-19 se sont révélés après que des élèves ont passé ensemble une soirée affranchie des masques et des règles sanitaires. « J’ai été, moi, au lycée des mois durant avec un masque à gaz à l’épaule et ai passé bien des nuits dans une cave durant les bombardements »,    rappelle-t-il dans un mail du mois d’octobre.

Pour les élèves, le couvre-feu qui a précédé le deuxième confinement a marqué la fin de l’époque bénie où ils pouvaient se retrouver au café après les cours, et aller au théâtre. « Dire qu’on m’avait vanté la vie parisienne », s’amuse un Angevin qui découvre un Paris où il est « clairement plus compliqué de vivre, en ce moment », selon une de ses camarades. Même si les centres aérés et les écoles sont ouverts, « tous les jobs d’étudiants tombent, et on n’a pas de soutiens financiers, comme les étudiants en fac ». Pour compenser, l’école a baissé le prix des cotisations, pendant le premier confinement. Pour pallier le manque de spectacles, les élèves se sont plongés depuis dans la lecture et le visionnage de pièces de théâtre. Ce qui les gêne le plus, c’est l’incertitude sur la durée et la rigueur du confinement. Car ils sont tous tendus vers un objectif : la présentation de leurs travaux, en janvier, à laquelle toute l’école est conviée. C’est un moment important, qui leur permet de faire le point. Ils en rêvent, surtout en cette période de confinement qui leur demande de s’adapter chaque jour, et, qui sait, de réinventer une manière de jouer.

 

 

Ecole Claude Mathieu, art et techniques de l’acteur, 3, rue l’Olive, Paris 18e.

 

Brigitte Salino

 

Légende photo : Claude Mathieu, le 16 novembre 2020, devant l’entrée de son école à Paris (18e). JULIEN DOLZANI

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Le Coeur poétique, texte de Jean Robert-Charrier, publié dans L'Humanité

Le Coeur poétique, texte de Jean Robert-Charrier, publié dans L'Humanité | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié le 16 novembre 2020 dans L'Humanité dans le dossier "Culture - comment sortir du marasme annoncé"

 

Le cœur poétique
JEAN ROBERT-CHARRIER
Directeur du Théâtre de la Porte Saint-Martin et du Petit Saint-Martin

Le problème dans tout ça, c’est que nous savons. Nous, les artistes, les producteurs, nous savons que le théâtre, lorsqu’il s’en donne la peine, est un lieu d’une efficacité redoutable pour contrer la bêtise. Nous savons que les bons auteurs, élevés par des metteurs en scène rigoureux, ont cette faculté de nous faire oublier un quotidien pénible le temps de la représentation. Qu’ils nous font réagir à l’endroit de l’intime à toute cette folie environnante.

Nous savons, nous qui lisons les pages culture dans la presse, que les interprètes de théâtre ont cette capacité fascinante à devenir notre propre reflet, jusque dans la part la plus monstrueuse de nous-mêmes. Nous, nous savons que ceux qui viennent au théâtre, sans s’en rendre compte, viennent se confronter à eux-mêmes et vivre certains fantasmes que, grâce au théâtre, ils ne réaliseront pas dans leur vraie vie, pour le plus grand bien des autres. Nous, nous savons que le théâtre, lorsqu’il n’est pas simplement une boutique spécialisée, devient un vaste vertige pour le spectateur.

Seulement, nous, nous ne sommes rien, car nous sommes si peu. Et ce tout qui précède, nous sommes les seuls à l’entendre. Nous sommes rangés sur l’étagère des bibelots non essentiels, avec les livres et le reste de la culture, car nous n’avons su capter l’intérêt que d’une si petite partie de la population. Parce que nous ne sommes pas populaires. Parce que même la plus grosse cavalerie sur scène, même les spectacles les plus formatés pour plaire à tout prix, même eux, n’intéressent qu’un faible pourcentage de Français. Il aura d’ailleurs fallu attendre d’être dans ce coma covidien pour que les bulldozers des médias s’intéressent enfin à nous, ou plutôt à notre morbidité.

Alors, la culture au sens général et le théâtre en particulier vont-ils sortir de ce marasme ? La réponse est oui, cela ne fait aucun doute. Le plus important, c’est de déterminer comment. Le colmatage des pertes pécuniaires, les sauvetages d’entreprises en péril, ça, nous saurons faire. Ça, il suffit de savoir compter et de se comporter en bonne mère de famille pour s’en sortir.

Quand nos banquiers auront été rassurés, d’ici un an ou deux, que ferons-nous pour tenter de rendre le théâtre populaire et donc davantage essentiel ? Que ferons-nous pour faire en sorte que les gens de la culture, ceux-là mêmes qui sont pointés du doigt par les réactionnaires comme des immondes feignasses égocentrées, soient replacés à l’endroit précis de leur utilité, au cœur poétique de la société ?

Peut-être que pour sortir de ce marasme il faudra aussi que la vedette mâle, blanche, de plus de 60 ans cesse d’être la clé de voûte d’un système théâtral prenant le public pour un écolier, un touriste ou un banquier. Allons-nous trouver le moyen de redevenir le reflet de ceux qui n’ont vraiment pas de bol de vivre leurs années d’insouciance, masqués, à feux couverts ? Comment s’appellent-ils déjà ? Les jeunes !

La pandémie qui nous impose l’arrêt n’a rien d’inédit. C’est son approche capitaliste et protectionniste qui l’est davantage. Cette pandémie n’est pas une punition, c’est tout au plus une perte de temps qui ne mérite pas de pénétrer la sphère poétique du théâtre. Il faudrait l’oublier momentanément. On se moque de savoir comment les artistes ont vécu l’arrêt de leurs représentations. On se moque de savoir ce qu’ils ont fait durant leur confinement. Ce dont on a besoin, c’est qu’ils se remettent à créer. Et ça, ça n’arrivera que lorsqu’ils seront libérés. « J’ai bon espoir pour le théâtre si on le laisse aller vers la vie. » C’est Laurent Terzieff qui disait ça. Il n’y a rien d’autre à ajouter.

 

(Photo de Jean Robert-Charrier. Crédit : Laurent Champoussin)

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Solaris de Stanislas Lem, mise en scène de Pascal Kirsch.

Solaris de Stanislas Lem, mise en scène de Pascal Kirsch. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello - le 15/11/2020

 

 

Solaris d’après Solaris (1961) de Stanislas Lem, mise en scène de Pascal Kirsch.


L’oeuvre de Stanislas Lem (1921-2006), écrivain polonais fascinant par son érudition et l’étendue de ses centres d’intérêt, considéré comme l’un des grands visionnaires de la littérature de science-fiction, traite de la rencontre avec l’Autre. Lem est passé maître dans la construction d’une altérité vraisemblable, et l’Autre – un océan plasmatique dans Solaris – ne ressemble en rien à l’homme.

Son roman le plus connu Solaris est considéré comme l’un des textes fondateurs de la science-fiction moderne et a été porté à l’écran par Andrei Tarkovski en 1972 et par Steven Soderbergh en 2002. Ont été créés par ailleurs des opéras, des pièces musicales, des œuvres plastiques…

La planète Solaris, objet de convoitise puis de terreur pour l’expédition scientifique concernée, révèle à l’humanité une réalité insupportable, sa capacité à détruire et à se détruire elle-même. 

Certes, pour le metteur en scène Pascal Kirsch, le risque de l’extinction de l’humanité est moins aujourd’hui celui de l’arme nucléaire que celui de la catastrophe écologique à laquelle conduit notre mode de vie. Le concepteur scénique saisit cette fable universelle pour la porter au théâtre avec une équipe de chercheurs en astronomie et un créateur sonore – un dispositif immersif et sensoriel nous transportant loin dans l’espace et nous plongeant profond en nous-mêmes. La musique prégnante – insolite et envoûtante – revient à Richard Comte et le son à Lucie Laricq.

Grâce à ce système sonore enveloppant, les spectateurs vivent la même expérience que les chercheurs de la station en orbite au-dessus de la planète Solaris : un récit où l’homme est aux prises avec sa peur la plus absolue, celle de l’inconnu – de l’Autre et de lui-même encore. 

Solaris est un océan-planète qui tourne entre deux soleils – l’un rouge, l’autre bleu -, une forme de vie intelligente avec laquelle les chercheurs depuis cent ans n’ont établi nul contact ; et de quatre-vingt-trois, le nombre de scientifiques est passé à trois dans l’énorme station d’observation.

L’étude scientifique spatiale traverse une crise qui peut conduire à la fermeture de la station.

La scénographie somptueuse de Sallahdyn Khatir installe le public à l’intérieur de la station orbitale inventée, entre appréhension et doute, un espace et un volume vastes que surplombe une vasque blanche plutôt plate, image horizontale de la planète-océan Solaris que deux immenses disques blancs verticaux de voile translucide encerclent à cour et à jardin, tels deux grands soleils.

Au centre du mur de lointain, l’oeil sombre de l’engin- lentille énorme de verre – qui fixe la salle.

Sur le plateau, des parpaings de béton réordonnés dont les rangées séparées par un mince vide, se déconstruisent, dès qu’on marche sans considération sur cette surface approximative, en perdant l’équilibre entre les travées hasardeuses, le pied s’engouffrant dans le creux périlleux de ces trottoirs simulés : on ne peut marcher sur Solaris comme on marche normalement sur la Terre.

Les lumières de Nicolas Ameil jouent de l’obscurité et des jets de fumigènes ici et là – nuit du cosmos où tout devient imperceptible – et de la lumière aléatoire qui laisse surgir au loin les laboratoires des scientifiques; un fauteuil à l’avant-scène, lieu de réflexion, trône solitairement.

Dans cette installation, univers recréé au second degré, l’information issue de la parole est reine.

Tous les renseignements affleurent en un prologue dont l’enregistrement sonore est adressé au spectateur, avant qu’il ne soit relayé directement par le locuteur-protagoniste, messager antique lumineux, le personnage de Gibarian interprété avec conviction par Elios Noël – bel engagement verbal du chercheur, volonté d’expliquer, d’expliciter et d’élucider face à un public non averti et pouvoir d’une langue rationnelle tendue vers un savoir toujours en quête de connaissances.

Face à l’étrangeté des constats de Gibarian, les autorités diligentent dans la station spatiale, Kris Kelvin, psychologue confirmé par ses recherches sur Solaris, et ancien élève de Gibarian. Tourmenté, Kris Kelvin se remet mal du suicide de son épouse dont il se sent un peu responsable.

Dans la station orbitale – désordre et chaos énigmatique – , Kris découvre le suicide de Gibarian et la folie – sorte de délire paranoïaque – des deux autres cosmonautes, Snaut et Sartorius, travaillant  respectivement dans leur laboratoire et se protégeant de la présence d’intrus, des créatures générées par l’océan de Solaris – familières à l’intimité des scientifiques qui voudraient les cacher.

Sartorius, plus rarement visible, se montre agressif et semble ne s’adresser qu’à lui-même, longue silhouette intempestive de François Tizon, autoritaire, altier mais replié sur ses propres tensions.

Quant à Snaut,  davantage communicatif et plus ouvert face à Kris, il joue une distance et une maîtrise simulées, privilégiant l’humour et l’ironie dans sa vision fébrile du drame : Yann Boudaud s’amuse, bonhomie, ton populaire et position extravertie et assagie de celui qui est revenu de tout.

Et Kris – Vincent Guédon -, à la bonne volonté enthousiaste qui tente de raisonner objectivement, il fait l’expérience de la ré-apparition de son épouse suicidée, un double dont il se débarrasse une première fois, mais qui revient, réelle et vivante, comme d’autres présences surgissantes, un jeune homme – Charles-Henri Wolff -, auprès de Sartorius. Soit les effets d’une radiation intense opérée par Guibarian sur l’océan de Solaris pour que celui-ci livre ses secrets : la conservation d’empreintes de la mémoire, celle des chercheurs précisément et leur représentation effective. 

Kris est finalement prêt à quitter les lieux pour revivre l’aventure amoureuse avec sa feue dulcinée.

L’épouse de Kris, interprétée par le tact de Marina Keltchewski – attention bienveillante et écoute -, incarne une jeune femme radieuse et amoureuse, à la robe d’été couleur safran. Or, l’entente avec l’époux qu’elle redécouvre n’est qu’illusion, suggère le perfide Snaut, comme il l’a déjà insinué à Kris. Elle renouvelle son geste suicidaire pour ne pas se fourvoyer dans cette relation faussée.

Solaris se manifeste par la création de ces Visiteurs, copies parfaites d’êtres vivants ayant occupé la vie psychique, affective, imaginaire ou inconsciente des membres de l’équipage. Ces apparitions « réelles » leur renvoient d’eux-mêmes une part d’ombre impossible à supporter. 

De la volonté d’entrer en contact avec Solaris, les personnages – déconvenue inavouée – passent à celle d’interrompre la communication, de se débarrasser physiquement des intrus, des êtres qui les hantent, eux, aux pulsions refoulées : l’aimé existe toujours en pensée, menacé par l’oubli. 

Un huis-clos spatial troublant et fascinant qui interroge la science et la conscience, plus largement l’expansionnisme cosmique militaro-politique, et la condamnation de toute réalité « différente » qui échapperait à la connaissance scientifique. L’Autre n’est que soi-même qu’on apprend à connaître.

Un spectacle exigeant et sophistiqué, élaboré à la manière d’un cauchemar à l’angoisse superbe.

Véronique Hotte

Spectacle vu le 13 novembre au Théâtre des Quartiers d’Ivry – Centre dramatique national du Val-de-Marne, Manufacture des Œillets, 1 place Pierre Gosnat 94200 – Ivry-sur-Scène. MC2 : Grenoble, du 24 au 27 mars 2021.

 

 

Solaris d’après Solaris (1961)de Stanislas Lem, mise en scène de Pascal Kirsch. L’oeuvre de Stanislas Lem (1921-2006), écrivain polonais fascinant par son érudition et l’étendue de ses centres d’intérêt, considéré comme l’un des grands visionnaires de la littérature de science-fiction, traite de la rencontre avec l’Autre. Lem…

 

Crédit photo : Géraldine Aresteanu.

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La chronique théâtre de Jean-Pierre Léonardini. Vie d’un jeune homme pressé

La chronique théâtre de Jean-Pierre Léonardini. Vie d’un jeune homme pressé | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Léonardini dans L'Humanité Lundi 16 Novembre 2020

 

 

L’étoile de Jean-Luc Lagarce n’est pas près de pâlir. Depuis sa mort, le 30 septembre 1995, ses pièces sont traduites

 

L’étoile de Jean-Luc Lagarce n’est pas près de pâlir. Depuis sa mort, le 30 septembre 1995, ses pièces sont traduites en trente langues. L’une d’elles, Juste la fin du monde, a fait l’objet d’un film du cinéaste ­québécois Xavier Dolan, primé à Cannes en 2016. Elle est au programme du baccalauréat. De Jean-Pierre Thibaudat, paraît Lagarce, une vie de théâtre (1). C’est une monographie ­synthétisant le destin de l’auteur-metteur en  scène précocement enlevé par le sida (il en disait, par euphémisme, « ce que vous savez »), qui est désormais un jeune classique de la scène contemporaine. En 2007, Thibaudat publiait, chez le même éditeur, intimement lié   à la vie du sujet, le ­Roman de Jean-Luc ­Lagarce. L’ouvrage actuel, ­enrichi­, depuis, de la connaissance du journal de ­Lagarce et de témoignages inédits, constitue le juste portrait définitif d’un grand jeune homme (1,88 m) pressé, qui mena sa vie au rythme de l’incendie, mit en scène, écrivit sans répit tout en cultivant l’amitié avec pudeur, chercha l’amour dans maintes brèves rencontres et subit le pire avec stoïcisme. Suivant la chronologie, Thibaudat part de la naissance, le 14 février 1957, à ­Héricourt (Haute-Saône). Famille ouvrière protestante. Père et mère travaillent chez Peugeot.

 

Définitivement entré dans le monde des voix chères qui se sont tues.

 

Études à Besançon. Lectures à perte de vue. Cours de théâtre en amateur. Lagarce, à 20 ans, fonde sa compagnie, la Roulotte, avec une poignée d’amis qui ne le quitteront plus, dont la comédienne Mireille Herbstmeyer et François Berreur, alors jeune premier, plus tard éditeur à l’enseigne des fameux Solitaires intempestifs, du beau titre même d’une pièce de Lagarce. Débuts sous le signe de la vache enragée, rencontre avec Théâtre Ouvert, dirigé par Micheline et Lucien Attoun, reconnaissance progressive du metteur en scène et, plus tardive, de l’auteur qui prend son bien où il le trouve (Tchekhov, Ionesco, Kafka…) et dont chaque texte, à la fin, s’avère de l’ordre auto­biographique en filigrane, jusqu’au bouquet final de chefs-d’œuvre résolus : Juste la fin du monde, donc, le Pays lointainDerniers remords avant l’oubliles PrétendantsJ’étais dans la maison et j’attendais que la pluie vienne… Un livre chaleureux, avec tact, empli d’infor­mations puisées aux meilleures sources, qui font encore plus aimer celui qui sut, dans sa brève existence comme dans son œuvre, tresser le tragique avec l’humour. N’est-ce pas ce qui fait tout le prix de la figure de Jean-Luc ­Lagarce, ­définitivement entré dans le monde des voix chères qui se sont tues ?

 

 

(1) Éditions les Solitaires intempestifs, 200 pages, 10 euros.
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Le Fil d’Ariane du Théâtre de la Colline

Le Fil d’Ariane du Théâtre de la Colline | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mireille Davidovici dans Théâtre du blog - 15/11/2020

 

 

    Le Fil d’Ariane du Théâtre de la Colline  

Face à la coupure  que représente ce deuxième confinement pour tout citoyen et, en particulier, pour les artistes privés de contact avec le public, Wajdi Mouawad entend garder un lien avec lui. Il a donc imaginé plusieurs dispositifs ludiques aux titres attrayants Après les Poissons pilotes qui ont accompagné le premier confinement (voir Le Théâtre du Blog). Familier de la mythologie, il reprend la figure d’Ariane guidant Thésée hors du Labyrinthe. Il file ainsi la métaphore dans un manifeste poétique : « Si le sens est un horizon, voilà que sa ligne semble s’être défaite de son sillon et, voilà qu’elle se relâche brutalement et sous le choc, s’emberlificotant, se tortillant, s’entortillant autour de nous, elle est devenue labyrinthe, dédale. Perdant toute possibilité de rêver le temps, de rêver le futur, l’horizon nous tient désormais prisonnier. » 

 

Le metteur en scène et dramaturge déplore la situation mais n’abandonne pas pour autant le terrain, qu’il veut collectif : « Personne ne saurait lutter seul contre l’incertitude. Il faut alors avancer ensemble. Chacun devenant l’appui de l’autre dans un dédale dont nul ne connaît la superficie. Quand en sortirons-nous ? Nul ne peut répondre. Mais avancer chacun dans la capacité qui lui est propre. La nôtre, ici, consiste à être dans le récit, dans les histoires, dans le conte, dans l’oralité, dans la parole, dans la poésie de ce que parler veut dire.» Un combat par les textes, les mots, la poésie : « Avec la parole d’artistes et de spectateurs comme fil d’Ariane, (…) il s’agit de faire de La Colline, un métier à tisser engagé contre nos déchirures.» L’équipe du théâtre et de nombreux artistes associés ne manquent pas de ressources et reste à choisir entre des propositions de participation interactive à distance.

 

Comme écouter une émission hebdomadaire L’Autre horizon: un rendez-vous avec des artistes, en direct sur Facebook, tous les mardis soirs: « Depuis des pays différents, ils décrivent en temps réel, à celles et ceux qui écoutent, ce qu’ils voient depuis leur fenêtre, qu’elle soit réelle ou imaginaire ». Un cycle qui sera inauguré par Wajdi Mouawad, le 24 novembre à 21 h.

 

Participer à un récit collectif. Avec Bouche à oreille, on fait circuler par téléphone une histoire, inventée par Wajdi Mouawad. Un premier interlocuteur entend le texte et le transmet à un deuxième, qui le transmet à son tour… Les variations introduites par chacun constitueront un récit final qui sera restitué au théâtre. (A partir du 18 novembre). Il suffit de s’inscrire et d’attendre que le téléphone sonne…Dans le même esprit du jeu du cadavre exquis, il y a un récit fictionnel à plusieurs voix, en vidéo. A la manière des surréalistes qui l’inventèrent, chacun, artiste ou spectateur, doit poursuivre l’histoire à partir de la dernière image de son prédécesseur. Chaque fragment de vidéo sera diffusé sur les réseaux sociaux du lundi au vendredi; et le samedi, on pourra voir l’intégralité de l’histoire. A partir du lundi 23 novembre.

 

 Avec Poésie en boîtes, La Colline propose de recevoir dans notre boîte aux lettres une enveloppe contenant quelques lignes écrites à la main et choisies par de jeunes volontaires amis du théâtre. Des extraits de textes anciens ou contemporains qu’ils adressent à un destinataire inconnu. Le théâtre propose aussi des travaux manuels poétiques avec Papiers brodés : un puzzle géant de mots à assembler… Chaque participant recevra la poste un mot à broder accompagné d’un fil et d’une aiguille. Les deux cent premiers brodeurs et brodeuses seront invités à la Colline pour assembler chaque mot et faire renaître le texte.

 

La Parole Nochère : ce projet conçu par Wajdi Mouwad et la danseuse Kaori Ito autour de la mémoire des disparus, a dû être annulé mais se poursuit autrement. Par téléphone, les gens peuvent se confier à un artiste quand ils ont perdu un être cher. « Le nocher, dit Wajdi Mouawad, est le navigateur qui, sur sa barque, conduit un passager d’une rive à l’autre. Il est Charon, nocher de l’Hadès. Sa parole serait donc celle qui relie un monde à un autre et qui porte la mémoire de ceux et celles qui nous ont quittés. » (…) « Comment parler de la mort en dehors des statistiques ? Comment aider à faire son deuil ? C’est là une question qu’un théâtre doit se poser ? » Ces paroles, enregistrées sur un disque dur seront enterrées au troisième sous-sol sous la scène, «une présence radioactive au cœur du théâtre»  et ne pourront être exhumées qu’à l’été 2.520. Elles pourront aussi être dispersées, telles des cendres anonymes, depuis le toit du théâtre, lors d’une grande fête, après la levée des restrictions sanitaires. (à partir de samedi 21 novembre).

 

 En attendant, les artistes travaillent à huis-clos à maintenir le théâtre vivant !

 (à suivre)

 Mireille Davidovici

 

Théâtre de la Colline, 15 rue Malte-Brun, Paris (XX ème). T. 01 44 62 22 22

https://www.colline.fr/publics/le-fil-dariane

 

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Montpellier : la Biennale des arts de la scène en Méditerranée reportée dans un an

Montpellier : la Biennale des arts de la scène en Méditerranée reportée dans un an | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Vincent Pourrageau dans Le Midi Libre - 9 novembre 2020

 

Initiée par le Théâtre des 13-Vents et des partenaires culturels, la Biennale des arts de la scène en Méditerranée aura sans doute lieu en 2021. Olivier Saccomano en explique les raisons.

 

La Biennale des arts de la scène en Méditerranée et sa quarantaine de spectacles (de la danse au théâtre en passant par la musique et le cirque), portée par des compagnies situées sur les rives de la Méditerranée, devaient se dérouler du 2 au 21 novembre.

 
 

Vous êtes évidemment très déçu que ce grand événement soit annulé ?

Oui. C’est une chose que l’on préparait depuis deux ans avec tous les partenaires et qui demandait un travail de détail et de précision. On pensait que la forme qu’elle prenait était assez prometteuse. Mais bon, la question a rapidement été de savoir comment on rebondissait. L’idée n’était pas de s’enfermer trop longtemps dans le désespoir et la déception.

 

Que vous êtes-vous dit avec les différents partenaires ?

L’hypothèse, qui est en discussion, c’est un report de la manifestation en novembre 2021. La Biennale était inscrite pour se dérouler tous les deux ans, mais on a fait un premier travail de préparation ensemble. On sait qu’il y aura nécessairement des fruits issus de cette première collaboration. Donc, il est important de ne pas laisser les choses s’éteindre.

 
Ce n’est pas totalement décidé. On a une seconde réunion en décembre, puis en janvier pour voir comment tout cela peut prendre corps.
 

Qu’avez-vous prévu avec les compagnies qui étaient programmées cette année ?

Comme la Biennale est construite avec un ensemble de partenaires, il n’y a pas de position uniforme. Chaque lieu discute avec chaque équipe artistique qui était accueillie durant l’événement.

 

Quelles dispositions a pris le théâtre des 13-Vents ?

Ça dépasse la question de la Biennale. Ça recouvre le rapport à l’ensemble des équipes artistiques qu’on va accueillir cette saison. Donc, nous, on a appliqué ce qu’on a décidé depuis le début, soit le paiement de la session, tous les frais qui étaient engagés, etc.

 

Le monde culturel est touché de plein fouet par les mesures de sécurité sanitaire. Est-ce qu’il pourrait en être autrement selon vous ?

Par rapport à la situation actuelle, le point très important, c’est la possibilité de maintenir le travail de répétition, de création. C’est la bouée à laquelle on s’attache. Car le travail continue. On est très attentif à ce que le travail se poursuive.

 

Pendant le premier confinement, vous vous êtes retrouvé dans l’impossibilité d’écrire ?

Puisqu’on peut répéter, il est plus facile de se remettre au travail et d’avoir des temps de rassemblement, de discussion avec l’équipe, ce qui n’était pas le cas lors du premier confinement. On n’a pas le sentiment que le travail théâtral est arrêté même si, dans la vie du théâtre, les représentations publiques sont, pour l’instant, compromises. C’est une autre dynamique qui soutient un peu le fait que cette deuxième épreuve est autrement pesante pour plein de gens. Psychiquement, la situation est aussi difficile. On sent bien qu’il y a quelque chose qui est très pesant parce qu’on voit quelque chose qui est lié à une transformation profonde de la situation et pas simplement un coup d’arrêt qui était saisissant pendant le premier confinement.

 

Est-ce que cette situation sanitaire va avoir un impact sur votre écriture ?

Personne n’écrit, ne joue, ne répète hors-sol. Tout le monde est travaillé par ce qu’on vit. Il y a la situation sanitaire, la situation politique. On voit bien qu’il y a des transformations assez profondes. Vous savez, on a écrit une pièce, en 2015, c’était Soudain la nuit. Une situation où des gens étaient confinés dans un aéroport parce qu’un des passagers était décédé et aurait pu être porteur d’une bactérie.

Des sujets comme ça sont dans l’air depuis un moment. La situation du confinement, on l’a déjà travaillée dans une pièce. Quels autres risques, quelles autres prisons, quelles autres issues ou brèches la nouvelle situation nous offre ? Ça sera sans doute au travail dans la prochaine pièce.

 

VINCENT POURRAGEAU - Le Midi libre
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