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Nouveau roman

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En guise d’introduction, Julien Honoré (qui joue le journaliste Claude Mauriac) raconte que son frère Christophe a rencontré l’écriture de Marguerite Duras au collège, et qu’elle le suit depuis. Marguerite Duras (Anaïs Demoustier) : elle va et vient sur scène à contre courant du groupe que forment les écrivains du Nouveau Roman autour du patron des Éditions de Minuit, Jérôme Lindon (Annie Mercier, drôle !), pas tout à fait dedans, pas tout à fait dehors. La plus célèbre de tous, elle est aussi celle qui fait le lien entre Honoré et les autres : Claude Simon (Sébastien Pouderoux), Nathalie Sarraute (Ludivine Sagnier), Alain Robbe-Grillet (Jean-Christophe Clichet), Catherine Robbe-Grillet (Mélodie Richard), Robert Pinget (Mathurin Voltz), Michel Butor (Brigitte Catillon) et Claude Ollier (Benjamin Wangermée). Ce casting très « Honoré » a le mérite d’attirer un public qui va découvrir des acteurs de théâtre autrement plus intéressants que les deux trois stars placées là, plus à l’aise au cinéma.

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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Avignon : à deux, on fait des grands spectacles

Avignon : à deux, on fait des grands spectacles | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog -  25 octobre 2020


Kaori Ito et Yoshi Oïda, Etienne Minoungou et Simon Winse, Israël Galvan et Nino De Elche, trois occasions d’éprouver la grandeur au théâtre.

Parce que le couperet du couvre-feu a obligé les organisateurs de la Semaine d’art en Avignon à avancer les spectacles de trois heures, on n’a pas pu voir, encore, Le Tambour de soie, un nô moderne de Yukio Mishima. Un drame découvert dans une mise en scène de Maurice Béjart qui s’appuyait alors sur la belle traduction de Marguerite Yourcenar, au Théâtre du Rond-Point, il y a bien des années.

 

On a pris date pour le 1er novembre, au Théâtre de la Ville où va être présenté le spectacle. Mais, évidemment, l’alliance artistique et spirituelle de ces deux artistes rares que sont la danseuse Kaori Ito et le comédien Yoshi Oïda, personnalité essentielle du parcours de Peter Brook, et écrivain singulier, est promesse d’excellence. Pour cette représentation ils sont accompagnés de Makoto Yabuki et c’est Jean-Claude Carrière qui a rédigé le texte. On en reparlera. Mais les spectateurs ont été charmés.

 

A la Collection Lambert, on peut découvrir l’imagination enlevée des élèves des « villas » de rêve que sont la Casa de Velazquez à Madrid, la Villa Kujoyama à Kyoto, la Villa Médicis qui abrite l’Académie de France à Rome. « Viva Villa ! » est un parcours espiègle avec quelques œuvres puissantes. Mais peuvent-elles rivaliser avec les pièces de la collection permanente ? Pas sûr.

C’est ici, dans la très agréable salle ouverte dans les dessous des Hôtels de Caumont et de Montfaucon, qui abritent la collection d’Yvon Lambert, que l’on a pu applaudir le serein et lumineux Etienne Minoungou, dilaté comme un soleil, avec son regard si profond, émerveillé, offert, et son heureuse et solaire présence. Accompagné de l’extraordinaire musicien Simon Winse, qui chante d’une voix unique, qui vous ouvre et vous comble, il dit le texte de Felwine Sarr, Discours aux Nations africaines. Magnifique plongée dans laquelle, avec une précision fascinante, nous entraînent ces deux interprètes, unis et différents, uniques et disant le pluriel de l’Afrique. Magistral sans démonstration, dans la retenue, la modestie, ce discours, tel qu’il nous est délivré, nous bouleverse. Ici, ce qui touche le plus est la sincérité.

Troisième duo, voici Mellizo Doble qui exalte la complicité du chanteur, guitariste, compositeur Nino de Elche et du danseur et chorégraphe Israël Galvan. La voix exceptionnelle de Francisco Contreras Molina, vrai nom de Nino de Elche, sa puissance, sa maîtrise, ses connaissances et sa virtuosité sont saisissantes. On est empoté par cette voix, ce récit. Tout commence sous le soleil d’une corrida et c’est un soleil de plomb qui pèse sur le mort de Dominguin…A la fin, Séville est célébrée, torride et déchirante. L’art de Nino de Elche est grand.

 

Disons-le, il est dommage que les paroles ne soient pas traduites car, même si l’on connaît la langue, on peut avoir du mal à suivre et c’est dommage. Même si, ici, c’est la complicité des deux artistes qui fait la chair du propos.

 

Israël Galvan, avec ses chaussures blanches et noires, son costume à poche surprise, sa morgue joyeuse, son insolence, est époustouflant dans la performance –comme son ami chanteur qui tient sans boire une goutte d’eau, très longtemps. Dans l’énergie, l’humour vache, l’insolence gamine, et la beauté, la virtuosité, la violence toujours renouvelée de l’expression, il est vraiment étonnant.

 

C’est comme un grand coup de vent sur le plateau, un grand coup de vent sur la ville et cette « semaine d’art » formidable.  

 

Le Tambour de soie, du 24 au 26 octobre à 11h00. Chapelle des Pénitents blancs. Durée : 1h00. Reprise au Théâtre de la Ville-Espace Pierre-Cardin, puis au 104.

 

Traces, du 23 au 27 octobre à 14h00. Salle de la Collection Lambert. Durée : 1h00.

 

Mellizo Doble, Théâtre Benoît XII, les 24 et 25 octobre. Durée : 1h15. Reprises en tournée internationale.

 

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Barbe Bleue, même pas peur ! Geneviève Fraisse et Lisa Guez évoquent ce conte au micro de Dorothée Barba

Barbe Bleue, même pas peur ! Geneviève Fraisse et Lisa Guez évoquent ce conte au micro de Dorothée Barba | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur la page de "Barbatruc" l'émission de Dorothée Barba, sur France Inter 25/10/2020

 

Ecouter l'émission en ligne (1h)

 


Je ne suis pas sereine. C’est bien la première fois, depuis qu’existe cette jeune émission. J’ai la trouille, parce que nous allons parler d’un conte qui convoque chez moi des souvenirs vivaces. Ma petite sœur réclamait sans cesse qu’on lui raconte. Et je ne comprenais pas cette fascination. Je me souviens très bien que ça m’inquiétait, même : je trouvais ça tordu, cette envie d’entendre encore et encore la clé, la porte, et les corps sans vie baignant dans le sang. Barbe Bleue est au programme de Barbatruc, cette semaine. 

Je me replonge dans cette histoire atroce et je réalise seulement aujourd’hui – comment ne l’avais-je pas remarqué ? – le rôle de la sœur. La sœur Anne, la fameuse, celle qui ne voit rien venir. Si Barbe Bleue me faisait si peur, c’est peut-être que je me sentais impuissante, que je m’inquiétais pour ma petite sœur ! Peut-être pour les femmes en général ? Tout cela serait-il affaire de sororité ? Voilà qui mérite de couper les poils de barbe en quatre, avec deux invitées. 

 

Geneviève Fraisse est philosophe, directrice de recherche émérite au CNRS, spécialiste de la pensée féministe. Elle est l'autrice, entre autres, de La suite de l’Histoire – Actrices, créatrices (Seuil) et Féminisme et philosophie (Folio). Geneviève Fraisse est l’invitée de la revue trimestrielle Théâtre Public - été 2020.

 

Lisa Guez est metteuse en scène de théâtre. Son spectacle Les femmes de Barbe Bleue, avec Juste avant la Compagnie, a été annulé à Avignon cette année. Il devrait être présenté le 15 décembre 2020 à l'Espace 1789 à Saint Ouen et au 104 à Paris à partir du 29 janvier 2021. La pièce a reçu deux prix au festival Impatience 2019. Le texte est édité à la Librairie Théâtrale.

 

Reportage : Caroline Pomès a tendu son micro à des enfants et ados dans les rues de Bordeaux. 

 

Lecture : Mehdi Kerouani de la compagnie El Duende lit des extraits du conte de Charles Perrault. Cette version a été choisie dans le livre Les Contes de Perrault illustrés par l'art brut (éditions Diane de Selliers).

 

Programmation musicale :

 

  • Billie EILISH My future
  • DRAKE Hotline bling

 

 

Barbe Bleue, même pas peur ! © Getty / duncan1890

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Un apéro avec Pierre Lescure : « Putain, la culture, ce n’est pas juste un loisir ! »

Un apéro avec Pierre Lescure : « Putain, la culture, ce n’est pas juste un loisir ! » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Laurent Carpentier  dans Le Monde , le 25/10/2020

 

 

Chaque semaine, « L’Epoque » paie son coup. A Saint-Germain-des-Prés, le patron du Festival de Cannes dévoile ses plans pour une flamboyante édition 2021 et peste contre le couvre-feu imposé à la culture.

 

Il est arrivé, engoncé dans son manteau, avec un air renfrogné. Café de Flore, haut lieu de Saint-Germain-des-Prés, pas très loin de chez lui. « J’ai failli vous appeler, ce matin, pour remettre. Avec le couvre-feu et tout ça. Et puis je me suis dit que j’allais vous dire tout le mal que je pense de votre traitement du cinéma dans Le Monde. Ça m’a donné du cœur au ventre. »

 

Pierre Lescure (75 ans, président du Festival de Cannes, premier directeur de Canal+, père des « Enfants du rock » sur France 2, chroniqueur encore aujourd’hui pour l’émission « C à vous » sur France 5, un demi-siècle dans la culture…) n’a pas sa langue dans la poche, ni le mot « diplomatie » tatoué sur le front : « Si vous étiez cons, je n’en dirais pas un mot. Mais des mecs d’une telle intelligence qui en font un usage aussi désespérant, qui ne me donnent jamais envie de voir un film ! Même quand vous aimez, vous coupez la chique… »

« Je suis né avec “Le Monde” »

Il se marre. Ça sauve un peu. Et puis, de parler, ça va mieux. « Vous comprenez, c’est le journal que je lis depuis toujours. Je suis né avec Le Monde. » Ça pourrait être glauque, c’est bizarrement joyeux. Nous, on est venu pour parler de Cannes, de comment le Festival a traversé cette annus horribilis, pour, finalement, la semaine du 27 au 29 octobre, y présenter une version ultra-light, histoire de « rallumer la lumière » : « Quelques invités, une petite délégation et une montée des marches, symbolique mais quand même, pour que Cannes ait un peu une émotion. » En projection, la sélection des courts-métrages, celle de la Cinéfondation et de quatre films de la compétition qui n’a pas eu lieu : Un triomphe, d’Emmanuel Courcol, Les Deux Alfred, de Bruno Podalydès, Asa ga kuru (True Mothers)de Naomi Kawase, et Beginning (Au commencement), de la Géorgienne Dea Kulumbegashvili.

 

 

A dire vrai, ceux-là et d’autres, on les a déjà vus. Sous l’appellation « Sélectionné au Festival de Cannes », Thierry Frémeaux, directeur et sélectionneur du Festival, et Pierre Lescure, président, ont en effet, depuis six mois, « promené » (comprendre « accompagné », mais le terme est joli) « leur » sélection d’une cinquantaine de films à Venise, Angoulême, Deauville, Saint-Sébastien, ou encore, la semaine dernière, au Festival Lumière à Lyon. Faute de pouvoir se tenir, Cannes a protégé sa marque.

« Comme pour une année normale »

« Quand le confinement démarre au début du mois de mars, le comité de sélection est en plein boulot, avec 2 000 films qui lui ont été proposés. Jusqu’au bout, on espère que le Festival va se tenir comme prévu en mai. A la mi-avril, on comprend que le doute est trop important, qu’il y aurait trop d’absents, d’étrangers qui renonceraient, que ça ne va pas être possible. On espère reporter à juin. Mais déjà on se dit : quoi qu’il se passe, faisons la sélection et on verra l’usage qu’on en fait. Donc, Thierry et son orchestre finalisent leurs choix comme pour une année normale. Sauf qu’ils en sélectionnent plus que d’habitude. Mi-juin – quand on prend la décision d’annuler le Festival –, on en annonce 52, une dizaine de plus qu’en temps normal. »

 

Pierre Lescure s’est mis en jambes, a tombé le manteau, pioché dans les chips et ne rechigne pas maintenant à raconter, dans le désordre et avec faconde. On se dit que le ring est sans doute pour lui un terrain de jeu nécessaire. « Le label a été bénéfique pour tout le monde. Prenez Antoinette dans les Cévennes, extra ce film, pas une petite comédie du Massif central, mais le fait que l’on dise qu’on l’a sélectionné a attiré le regard dessus. »

« De toute façon, je ne sais pas m’arrêter. Comme mon père, rédacteur en chef à “L’Humanité” : il est mort en bossant… »

Ça s’appelle s’accrocher aux branches ? (Sur un ring, il faut renvoyer un peu les coups sinon l’adversaire s’ennuie). Et question s’accrocher, on lui rappelle sa réélection à la présidence du festival – pas gagnée, non ? – en début d’année. Esquive tranquille du briscard : « Il fallait qu’on se mette d’accord sur la manière dont je passerais le flambeau. En fait, il y a eu un flou artistique avant mon élection, parce que j’ai un peu hésité à me représenter. Alors, un certain nombre de candidatures, de désirs de me succéder, sont apparus. Finalement, je fais l’année prochaine et puis, on va travailler à trouver une candidate – qu’on n’a pas pour l’instant, mais on n’est pas aux pièces – que j’accompagnerai… Cela me plaît bien comme ça. » Et après ? « Après ? Mais j’ai plein d’autres choses. De toute façon, je ne sais pas m’arrêter. Comme mon père, rédacteur en chef à L’Humanité : il est mort en bossant… »

 

 

Pierre Lescure manie la langue verte du gamin de banlieue grandi à Choisy-le-Roi avec sa mère et ses grands-parents communistes, et l’assurance du journaliste devenu patron de programme, puis patron de chaîne, membre de conseils d’administration… On est passé au tutoiement. Le rapport Hadopi, la S-VoD, Canal+, ses années Universal à Los Angeles, Deneuve, dont il fut le compagnon, la vague #metoo (« Sans grosse secousse, tu ne bougeras pas le confort bourgeois des mecs. Je connais un conseil d’administration dont les statuts imposent d’arriver à la parité pour payer les jetons de présence, je peux te dire que les mecs, ils se magnent, là ») On parcourt les trente dernières années avec un guide assermenté du PAF, comme on disait autrefois, pendant que l’auteur de ces lignes s’embourbe dans des transitions qui n’en sont pas. « On va dire que l’apéro, on a chargé ! », s’amuse-t-il en sifflant un Coca.

En 2021, embouteillage de films

Le tabac de la rue de Fleurus où il voulait initialement nous retrouver était fermé, mesures sanitaires oblige. Ici, ça dégorge de touristes flirtant avec les fantômes d’Huysmans, d’Apollinaire ou de Beauvoir. Derrière la caisse, la gentille matrone qui surplombe la salle râlote : « C’est un mot fort, tout de même, couvre-feu… »

« Il ne suffit pas de dire : “Ah ! La culture ! C’est essentiel !” Non, la culture c’est bandant. Ça doit provoquer du désir. »

On s’est retrouvé à l’étage avec Lescure. « Je fais partie, dit-il, de ces gens qui pensaient que Bachelot allait obtenir cet  Ausweis  qu’eût été un ticket de cinéma ou de théâtre pour rentrer chez soi après la séance du soir. Le gouvernement a refusé de faire une exception… Putain, la culture, ce n’est pas juste un loisir ! Je suis né avec le TNP. Mon grand-père était aux chemins de fer, ma grand-mère dans l’enseignement, ma mère était secrétaire dans une banque mais ils étaient tous au cinéma tout le temps. Et je ne parle pas des livres. Donc, quand M. Castex dit “je suis sûr qu’ils vont s’adapter”, je dis non, tu dois traiter ça po-li-ti-que-ment. Il y avait une chance qu’avec ce ticket en forme d’autorisation, des gens qui ne vont pas souvent au spectacle soient justement incités à y aller, parce que cela aurait été une fenêtre de vie sociale au milieu des contraintes sanitaires… Il ne suffit pas de dire : “Ah ! La culture ! C’est essentiel !” Non, la culture c’est bandant. Ça doit provoquer du désir. »

 

Il reprend son souffle. Se marre. Tape dans ses mains. Il est seul sur le ring. Double salto arrière. Cannes, 2021, l’annonce d’un embouteillage de films. Ça peut être « brillant et luxuriant » (ce sont ses mots), un embouteillage. « Les tournages reprennent et un paquet de films importants ont été reportés : le Paul Verhoeven, le Wes Anderson… Alors, on a déjà pris les dispositions pour que, quoi qu’il advienne, le Festival se tienne… en mai, je l’espère, mais s’il faut décaler, on trouvera les créneaux. » Il raccroche les gants. Manteau. Masque. Rire sous le masque. « Euh, essayez de ne pas me fâcher avec tout le monde quand même. »

 

Laurent Carpentier

 

Lire aussi  Pierre Lescure, enfant de « L’Huma » et du rock

 

Légende photo : Pierre Lescure au Café de Flore, le 17 octobre. Rudy Waks POUR "LE MONDE"

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Oblomov de Nicolas Kerszenbaum, d’après le roman d’Ivan Gontcharov, mise en scène de Robin Renucci

Oblomov de Nicolas Kerszenbaum, d’après le roman d’Ivan Gontcharov, mise en scène de Robin Renucci | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 Par Christine Friedel dans Théâtre du blog 25/10/2020

 

Oblomov de Nicolas Kerszenbaum, d’après le roman d’Ivan Gontcharov, mise en scène de Robin Renucci - 

Production des Tréteaux de France

 

 

 Aboulie, apathie et manque de désir, sinon celui de se réfugier sur un tas d’oreillers et peluches : ce mal du siècle serait-il celui du nôtre, en ces temps incertains ? Comme dans une interminable adolescence ? Pour le héros, si l’on peut dire, tout se révèle une montagne à escalader. Gérer sa propriété, pour commencer ? Mais plutôt dormir. L’argent tombe, de moins en moins ? On verra plus tard... Cette image de l’aristocrate ruiné hante la littérature russe du XIX ème siècle. Honnête, mais sans projet ni autorité, vaguement « progressiste », il ne fait pas un geste, bercé, en éternel enfant, par un vieux serviteur dévoué qu’il oublie de payer. Oblomov est  le cousin du Gaev de La Cerisaie et d’André, le frère des Trois sœurs…

 

Ce roman foisonnant, à la fois réaliste, satirique et philosophique fait vivre tout un monde… Nicolas Kerszenbaum a radicalement élagué le texte pour en faire surgir une pièce très structurée, d’une pureté presque classique et resserrée autour du champion de la sieste et de la légende de l’enfant au brochet qui, pour avoir été bon une fois, reçoit en récompense tout ce qu’il désire. Sous l’amicale pression de son ami Stoltz (« fier » en allemand), Oblomov finit par quitter son divan. Il rencontre Olga, une délicieuse jeune fille à la voix d’ange. Ils tombent amoureux : pour lui, une piqûre de vie et un éveil enchanté à un avenir possible. Pour elle, la jouissance d’avoir trouvé dans son art, une âme sœur et sans doute aussi d’avoir réveillé un cœur endormi (le Prince au bois dormant ? ) Mais, mais… La vie à deux n’est pas si confortable, les projets s’embourbent dans la procrastination. Oblomov s’aperçoit qu’il ne cherchait pas une compagne mais une nounou…  Qu’il trouve dans la cuisine et non dans les exaltations musicales…

 

L’auteur de la pièce décrit la courbe ascendante et descendante d’un amour mais parle aussi vraiment de la peur de vivre, de la peur du risque. Comme Ivan Gontacharov, il ne condamne pas  ses personnages mais est sans indulgence pour l’égoïsme d’Oblomov, l’honnête homme qui finit par vivre avec sa servante pour être sûr d’être servi. Du reste, il n’est pas ingrat.  Mais Olga, aveuglée par le fantasme de l’amour souverain qu’elle aurait enflammé ? Mais Stoltz, qui récupère la dite Olga et met leur vie au carré, en bon Allemand? Il a un regard  sur eux compréhensif et navré : chacun fait ce qu’il peut… Quant aux serviteurs, « ceux d’en bas », ils n’ont pas le loisir d’être égoïstes !

 

Et pourtant on les aime tous et cela, on le doit aux comédiens. Une scène particulièrement touchante, dans son économie : celle où l’escargot sorti par force de sa coquille (Xavier Gallais), découvre le coup de foudre et il le bafouille à la jeune femme dont la voix l’a traversé (Pauline Cheviller). Une autre scène où modestement, la servante  (Emmanuelle Bertrand) donne à Olga l’enfant qu’elle a eu de Monsieur, pour qu’il ait une vie meilleure. Mère porteuse de l’amitié et de l’amour… Valéry Forestier et Gérard Chabanier, tous deux comédiens formateurs à l’ARIA*, sont avec délicatesse, le vieux serviteur et l’ami qui soutiennent le vacillant Oblomov…

La scénographie de Samuel Poncet fonctionne bien: une chambre ouverte ou fermée, un écran pour visions idylliques et écrin de l’inertie du héros, occupe, on pourrait presque dire encombre, le centre de la scène, comme cet Oblomov qui ne sait pas quoi faire de lui-même. Le metteur en scène n’a pas cherché particulièrement à faire russe : c’est dit et cela suffit. Il ne développe pas non plus une psychologie démonstrative : les comédiens jouent les situations, avec leurs pièges et contradictions. L’émotion affleure et l’on rit, comme chaque fois que le théâtre nous offre un moment de vérité humaine.

Mais on se demande pourquoi l’excellente violoncelliste Emmanuelle Bernard quitte son instrument pour incarner la servante, avec un jeu discret et avec ce que la sincérité apporte de profondeur… Côté cour, comme il se doit. Olga, elle, évolue plutôt côté jardin mais aussi  face public. Bien sûr, les contraintes économiques jouent. Mais cette double présence sur le plateau contient aussi un message secret : et si Oblomov avait été touché par une autre musique, celle -métaphorique- de la servante ? Et si sa vie n’était pas aussi ratée qu’il le croit ? Au point de se laisser mourir: et cela clôt toute inquiétude. On s’aperçoit que rien n’est simple et qu’on n’est pas dans un conte de fées. On n’attribuera pas forcément ces rêveries sur l’art secret d’une prolétaire aux intentions du metteur en scène mais merci à lui de nous en avoir donné l’occasion. C’est aussi le travail du spectateur d’ouvrir les failles qui se dessinent dans cet Oblomov sensible, et généreux en ce qu’il ne laisse aucune place à l’ironie mais tout à l’humour et à la tendresse. Bref, on ne repart pas les mains vides…

 

 

Christine Friedel

 

Spectacle vu aux Tréteaux de France en tournée à Compiègne (Oise).

Le 14 novembre, salle des fêtes, Verneuil-sur-Avre (Eure) ; le 24 novembre, Théâtre de l’Esplanade, Draguignan (Var), les 27 et 28 novembre, Scène Nationale de Châteauvallon (Var).

Le 9 décembre, Théâtre de l’Union, Limoges (Haute-Vienne).

Le 2 février, Espace culturel des Corbières, Lézignan (Aude).

 

 

*A.R.I.A.: Association des Rencontres Internationales Artistiques. Les vingt-troisièmes rencontres auront lieu du 18 juillet au 14 août prochains. Cette association d’éducation populaire fondée en 1998 par Robin Renucci en Corse propose des formations et stages de théâtre se concluant par des représentations en plein air dans plusieurs lieux du patrimoine.

 

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Cholet. Camille de La Guillonnière va prendre la tête du Théâtre régional des Pays de la Loire

Cholet. Camille de La Guillonnière va prendre la tête du Théâtre régional des Pays de la Loire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Paru dans Ouest-France le 23 octobre 2020

 

 

Dans un communiqué, le Théâtre régional des Pays de la Loire, basé à Cholet, confirme la nomination de Camille de La Guillonnière à la direction du TRPL à partir du 1er mars 2021. Il succède à Patrick Pelloquet.

 

Dans un communiqué, les associés de la SCOP-SARL Théâtre régional des Pays de la Loire confirment la nomination de Camille de La Guillonnière à la direction du TRPL à partir du 1er mars 2021. La décision revenait à un jury composé de l’ensemble des partenaires publics de l’établissement : l’Agglomération du Choletais, la Région des Pays de la Loire, le Département de Maine et Loire et le Département de Vendée.

 

Metteur en scène, comédien et dramaturge angevin

Né en 1984, Camille de La Guillonnière est un metteur en scène, comédien et dramaturge angevin. Après des études théâtrales à l’Ecole d’art et techniques de l’acteur Claude Mathieu à Paris il devient pendant quinze ans l’assistant, le dramaturge, le comédien ou encore le costumier de Jean Bellorini, actuel directeur du Théâtre national populaire, centre dramatique national de Villeurbanne. Il acquiert à ses côtés une reconnaissance nationale, parcourant les Centres Dramatiques, Scènes Nationales, et le In du Festival d’Avignon. En parallèle, il fonde sa compagnie au nord d’Angers « Le Temps est incertain Mais on joue quand même ! » à travers laquelle il défend un théâtre de troupe, de proximité, attentif aux pratiques amateurs.

Dans les pas de Patrick Pelloquet

«Son projet pour le Théâtre régional des Pays de la Loire repose sur quatre axes explique le communiqué diffusé ce vendredi : «accroître les services proposés aux compagnies professionnelles de la région, approfondir les missions de décentralisation théâtrale et de sensibilisation ; développer la transmission auprès des comédiens amateurs ; faire rayonner au niveau national le Théâtre Régional des Pays de la Loire. Il prolongera ainsi le travail mené par Patrick Pelloquet. »

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Spectacle : Yngvild Aspeli à l’assaut de la baleine de « Moby Dick »

Spectacle : Yngvild Aspeli à l’assaut de la baleine de « Moby Dick » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Fabienne Darge dans Le Monde  23/10/2020

 

 

La Norvégienne présente, à la Semaine d’art en Avignon, son théâtre de marionnettes adapté du chef-d’œuvre d’Herman Melville.

 

Une grande Norvégienne au regard doux et rêveur part à la chasse à la baleine. Avec ses armes : ses marionnettes et son théâtre multisensoriel. Yngvild Aspeli est la découverte artistique de la Semaine d’art en Avignon, où elle présente rien de moins qu’une adaptation de Moby Dick, le titanesque roman d’Herman Melville, insondable comme la mer elle-même.

 

L’immensité ne semble pas faire peur à Yngvild Aspeli, née il y a 37 ans au milieu des montagnes norvégiennes. Le petit village est entouré de forêts, enveloppé de neige la moitié de l’année, et la maison remplie de livres, notamment les albums pour enfants qu’écrit le père d’Yngvild. « Le goût de la littérature et de la poésie m’a été donné d’emblée », note-t-elle.

« Théâtre à la croisée des arts »

Entre cette enfance magique et sa vie d’aujourd’hui, celle d’une marionnettiste et metteuse en scène dont on commence à beaucoup parler, il y a une jeune femme qui est partie seule à Paris, à 19 ans, pour entrer à l’Ecole internationale de théâtre Jacques-Lecoq, un endroit où l’on apprend le théâtre par le corps et l’image plus que par les mots.

Yngvild Aspeli faisait du théâtre depuis toujours, mettant en scène ses camarades d’école, un théâtre où elle fabriquait tout elle-même, comme elle le raconte au moins autant avec les mains, qui dansent dans l’air quand elle parle, qu’avec les mots. Chez Lecoq, elle a creusé son désir de « créer un théâtre à la croisée des arts » et d’« utiliser les outils visuels de manière dramaturgique ».

 

 

La marionnette est arrivée comme une évidence, et elle a alors intégré l’Institut international de la marionnette de Charleville-Mézières, dont elle est sortie en 2008 en créant sa compagnie, Plexus polaire. « Dès le début, j’ai voulu par le théâtre parler de ce qu’on ne dit pas, ce qu’on ne montre pas, de l’invisible, l’inexplicable, dit-elle. Je m’intéresse aux histoires qui ne sont pas racontées, et à ce qu’elles révèlent d’une société. »

 

L’inquiétante étrangeté de la marionnette s’est conjuguée chez elle à une recherche sur le son, la vidéo, la lumière et la scénographie. « Ce qui m’obsède, c’est la manière dont une histoire peut devenir une expérience physique, sensorielle, précise-t-elle. Il y a des choses que l’on peut comprendre par le ventre, par le cœur, et pas seulement par le cerveau. Le théâtre est un espace où tout ce qui est inexprimable peut être vécu, et pas expliqué. »

 

Yngvild Aspeli : « Je m’intéresse aux histoires qui ne sont pas racontées, et à ce qu’elles révèlent d’une société »

 

Dès son premier spectacle, Signaux, créé en 2008, son univers était là. Elle l’a rêvé d’après un recueil de nouvelles de l’auteur norvégien Bjarte Breiteig, intitulé Douleurs fantômes, un titre qui pourrait résumer toute la recherche de cette exploratrice de l’âme humaine dans ses recoins les plus secrets et les plus troubles. Dans Cendres, créé en 2014 et inspiré par le récit d’un autre écrivain norvégien, Gaute Heivoll, elle partait sur les traces d’un jeune pyromane. Dans Chambre noire, créé en 2017, et qui est toujours en tournée, elle a adapté le formidable roman que la Suédoise Sara Stridsberg a consacré à la féministe Valerie Solanas, prisonnière de son image de « femme qui a tiré sur Andy Warhol ».

 

Yngvild Aspeli s’interroge d’elle-même, elle qui vit en France depuis quinze ans, sur ce goût des artistes nordiques pour l’invisible, les créatures imaginaires, les présences absentes. « Sans doute est-ce lié à la nuit, qui chez nous règne une bonne partie de l’année, observe-t-elle, songeuse. Dans le noir, on s’imagine que l’on n’est pas seul, et on imagine des créatures d’autres mondes, des “sous-le-monde »comme on les appelle chez nous… Mais oui, je suis assez occupée par les fantômes de toutes sortes », dit-elle avec un rire léger, et ce regard qui sans cesse se perd vers des horizons lointains.

« Affronter le monstre »

Moby Dick, sans doute, rôdait depuis longtemps dans les parages, quand elle a décidé qu’elle était prête à s’attaquer au chef-d’œuvre de Melville, à « affronter le monstre »« C’est bien un monstre, inépuisable, que ce livre qui est aussi complexe que son sujet principal, la mer, médite-t-elle. La mer et l’humain s’y superposent, en une infinité de profondeurs inconnaissables. Le livre est si poétique et si concret, il arrive à rendre ses questionnements existentiels tellement vivants… »

 

Le grand-père d’Yngvild Aspeli était marin, il avait une femme nue tatouée sur le bras, sa petite-fille se souvient de sa maison, remplie de souvenirs de ses voyages. « Il y avait un bébé alligator empaillé, des petites tasses chinoises, un éléphant sculpté en bois indien… La mer était une ouverture vers le reste du monde. » Elle-même a passé des semaines à Stamsund, une des îles Lofoten, où elle était en création quand la Norvège a décidé de confiner sa population.

 

Elle sait que Moby Dick est un défi à la représentation : la mer, la baleine, le bateau, la folie d’Achab… La capitaine Aspeli affronte l’aventure avec un certain nombre d’atouts : son talent dramaturgique, ses marionnettes à taille humaine, qu’elle sculpte elle-même pour leur donner l’expression recherchée, le travail sur l’image sophistiquée de son vidéaste, David Lejard-Ruffet, la musique portée par Ane Marthe Sorlien Holen, forte personnalité à la Björk… « Il faut faire un voyage à la mesure de celui du capitaine Achab, il faut plonger… », conclut Yngvild Aspeli, une grande fille qui n’a pas peur de regarder le monstre en face.

Moby Dick, d’après Herman Melville. Mise en scène : Yngvild Aspeli. Semaine d’art en Avignon, du 27 au 31 octobre à 16 heures, à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon.

 

 festival-avignon.com.

 

Fabienne Darge (Avignon, envoyée spéciale)

 

Légende photo :  « Moby Dick », par la compagnie Plexus polaire. CHRISTOPHE LOISEAU

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Laure Calamy et Nicolas Maury, portraits croisés de deux “égocentriques qui ne s’aiment pas”

Laure Calamy et Nicolas Maury, portraits croisés de deux “égocentriques qui ne s’aiment pas” | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Marc Lalanne dans Les Inrocks - 20/10/2020

 

Laure Calamy et Nicolas Maury ont tourné pour la première fois ensemble sur le plateau de Dix pour cent, dont on découvre aujourd’hui la saison 4. Au moment où se termine la série, c'est une forme d'accomplissement qui se fait jour : avec le succès populaire d'Antoinette dans les Cévennes pour la première, avec un premier long métrage très réussi, Garçon chiffon, pour le second. 

 

 

Quand on les a vu·es pour la première fois, il·elles partageaient une même serre. Une cage de verre en longueur dans les bureaux de l’agence ASK, jouxtant les bureaux de leurs responsables respectifs. C’était il y a cinq ans, lors de la première saison de Dix pour cent. Noémie et Hervé étaient assistant·es d’agents : une assistante plus que dévouée pour la première, un assistant plus fantasque que rigoureux pour le second.

 

Deux purs personnages de comédie respectant tous les critères du théâtre classique : hiérarchiquement subalternes (tels des valets), insatisfait·es dans leur vie amoureuse et sexuelle (elle est amoureuse de son patron mais il ne veut pas quitter sa femme, il est homosexuel et n’arrive pas à fixer une relation), condamné·es à tout vivre sur le mode de la bouffonnerie (là où les scènes d’introspection graves et bluesy sont réservées aux personnages plus centraux, telle Andréa).

 

Dans la saison 4 de Dix pour cent, Noémie n’est plus assistante mais chargée de développement. Elle partage le bureau de son amant et ancien patron Mathias, lequel a quitté son épouse pour vivre avec elle. Hervé n’est plus assistant mais agent junior, avant d’être engagé comme comédien par la cinéaste Valérie Donzelli.

Le trajet commun d’Hervé et Noémie, c’est l’histoire d’une triple ascension : celle, dans la fiction, de leurs personnages, gravissant de saison en saison de nombreux échelons ; mais aussi celle du statut de leur personnage à l'intérieur de la série, glissant progressivement de la place de simple faire-valoir comique à celle de personnage de premier plan ; et enfin, celle des comédien·nes qui interprètent Noémie et Hervé, Laure Calamy et Nicolas Maury, qui, à l’heure où France Télévision déflore cette quatrième saison, ont vu leur position se modifier considérablement sur le planisphère du cinéma d’auteur français.

 

 Des premiers rôles

Laure Calamy emporte avec elle le plus gros succès d’art et essai de la rentrée, Antoinette dans les Cévennes, véritable phénomène au box-office, qui, dans un contexte de désertion des salles, caracole à plus de 600 000 entrées France à ce jour (et pourrait bien approcher du million). Nicolas Maury, lui, vient de signer son premier long métrage de cinéaste, le très inspiré Garçon chiffon, (auto ?)portrait d’un comédien en crise qui reprend pied après un détour par ses cicatrices d’enfance.

>> Lire aussi : Laure Calamy explose dans “Antoinette dans les Cévennes”

On ne sait pas encore si Garçon chiffon connaîtra comme   Antoinette dans les Cévennes un large succès public, mais le film marque en tout cas une naissance : celle d’un cinéaste extrêmement doué, affirmant par les moyens de la mise en scène de cinéma un univers poétique aussi précieux que celui que l’acteur Nicolas Maury a longtemps transporté dans des films signés par d’autres.

 

Créatrice de Dix pour cent (elle quitte la série après la troisième saison), Fanny Herrero se souvient du moment où sa Noémie et son Hervé ont pris corps. “Je ne les connaissais pas avant que la directrice de casting de Dix pour cent ne les propose. Laure a tout de suite été une évidence. Elle me semblait pouvoir excéder largement le simple archétype de la secrétaire. On sent qu'elle a du vécu. Et j'adore son physique. Il raconte plein de choses, à la fois une puissante sensualité et en même temps la conscience d'exister en dehors de la norme. Elle fonctionnait très bien avec Thibault de Montalembert, qui a un côté très bourgeois, alors qu'elle renvoie au contraire quelque chose de plus populaire.

 

Concernant Nicolas, ça a été moins évident au premier abord. J’imaginais le personnage moins maniéré. Mais lorsque je l'ai vu jouer, j'ai compris qu'il dépassait complètement le cliché de l'homosexuel affecté en y amenant une fantaisie et une étrangeté géniales. Il arrive à faire en sorte que tout ce qu'il fait soit surprenant. De seconds rôles, ils sont devenus au fil des saisons des premiers rôles. Mais en vérité, dès la fin de la première saison, nous savions que nous allions leur donner de plus en plus de place. Une de mes scènes préférées de toute la série est d'ailleurs probablement celle où, à la fin de la saison 2, Hervé décide de ne pas aller à Cannes pour tenir compagnie à Noémie, qui est privée de festival. Ils regardent la cérémonie et finissent par danser ensemble devant l'ordinateur.”

 

Ce progressif recentrement des deux personnages au cœur du récit a évidemment considérablement accru la notoriété de l’une et de l’autre. Laure Calamy en convient : “Oui, bien sûr, cette série a changé ma vie. Si, depuis cinq ans, je tourne à un rythme soutenu, c’est sans doute en partie grâce à Dix pour cent. On me propose des rôles plus importants parce que je suis plus identifiée. Tout à coup, on se dit que je peux toucher le grand public. Mais j'ajouterais quand même que, Nicolas comme moi, nous existions dans le cinéma d’auteur avant Dix pour cent. Depuis plusieurs années déjà, je m'étais sentie vraiment regardée par certains cinéastes. Je dirais que ce sont deux parcours qui se sont aidés l’un l’autre.” 

En effet, l’apport est totalement réversible. Si Dix pour cent a donné un indéniable coup d’accélérateur à leur carrière, l’intelligence de la série a été aussi de se laisser traverser par des vibrations issues du plus exigeant et original cinéma d’auteur contemporain, dont Laure Calamy et Nicolas Maury étaient déjà des égéries. Sans elle et lui, sans leur fantaisie instable, leur grâce trublionne et l’originalité des univers artistiques dont il·elles sont porteur·euses, la série perdrait ce rapport intime au cinéma qui en fait le prix (et ne tient pas seulement à la façon dont elle accueille en majesté ses guests prestigieux·euses).

Le sentiment de renaître au monde

Quels sont ces univers dont les deux comédien·nes sont porteur·euses ? Il y a d'abord une troublante proximité de parcours. Tous·tes deux viennent de province : une petite ville près d’Orléans pour Laure, une petite ville dans le Limousin pour Nicolas. Tous·tes deux se sont installé·es à Paris pour faire du théâtre. Tous·tes deux ont été admis au très prestigieux Conservatoire national supérieur d'art dramatique. Tous·tes deux ont éprouvé ce sentiment de renaître au monde en montant sur une scène.

C’est au Conservatoire que j’ai appris à explorer des choses que je ne connaissais pas de moi. Dans le même temps, je faisais mon apprentissage de spectatrice” Laure Calamy

“Oui, clairement, pour moi, le théâtre a été une seconde naissance, raconte Laure. Quand j’étais enfant, un ami de mon père, le comédien Jean-Paul Dubois, passait régulièrement à la maisonIl nous racontait ses tournées de théâtre et ça me faisait très envie. Mais j’étais très en timidité avec ça. J’ai pris des cours de théâtre, puis fait la rue Blanche. J’ai commencé à éprouver cette émotion particulière que constitue le fait de monter sur une scène.

Mais c’est au Conservatoire que j’ai appris à explorer des choses que je ne connaissais pas de moi. Dans le même temps, je faisais mon apprentissage de spectatrice. J’allais voir beaucoup de spectacles, certains me bouleversaient : La Servante d’Olivier Py, Le Sacre du printemps de Pina Bausch, découvert dans la Cour d’honneur d’Avignon… Le monde ne cessait de s’ouvrir. J’apprenais en voyant les spectacles de Pina Bausch comment chaque danseur arrivait à créer une fiction particulière, seconde, à l’intérieur de celle de la pièce.”

 

Olivier Py, dont elle a tant admiré La Servante, la repère dès le Conservatoire et lui propose d'intégrer l'atelier de jeunes comédien·nes que le Conservatoire lui confie. Il écrit pour ses élèves un spectacle : Au monde comme n’y étant pas (2001). “Au Conservatoire, j’ai joué beaucoup de belles-mères méchantes dans des Feydeau. Mais Olivier a eu justement envie de me proposer des emplois de tragédienne. Il me disait que ce qui était intéressant chez moi, c’est que j’étais entre Feydeau et Andromaque. Ils se retrouveront plus tard sur deux autres spectacles.

 

C’est aussi en se découvrant une aptitude à déclencher le rire que Nicolas Maury naît à la scène. “A l’âge de 10 ans, j’étais en classe verte pendant les vacances et il fallait préparer un spectacle. J’ai joué sur scène un sketch des Inconnus, celui où on répète en boucle 'Stéphanie de Monaco'. Et là j’ai vu face à moi trois cents personnes éclater de rire. Dans la vie, je n’étais pas un garçon qui faisait rire les autres, j’étais plutôt très en retrait. Mais, tout à coup, sur scène, je sentais un appel d’air.” Ce n’est que l’année suivante, à 11 ans, que le petit garçon se formule qu’il veut devenir comédien. “C’était également l’année où mes parents se sont séparés. J’ai eu l’instinct que ce serait par ce chemin que je pourrais retisser un monde qui par ailleurs venait de tomber en lambeaux.

“Nicolas ne se satisfait jamais d’une seule proposition de jeu, doit vraiment explorer dans tous les recoins une scène avant de fixer quelque chose” Guillaume Vincent

Après le lycée, il entre au conservatoire à Bordeaux. Pas encore vingtenaire, il obtient un petit rôle dans Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau en 1998. “Je n’avais pas énormément de choses à jouer, mais j'étais présent dans beaucoup de scènes. Je suis resté dix-sept jours sur le plateau, que j’ai passés à tout observer avec voracité, à m’imprégner de chaque moment. C’était une expérience sidérante de me retrouver entouré de si grands acteurs. Mais plus encore que Jean-Louis Trintignant, c’était Valeria Bruni-Tedeschi que je ne pouvais pas quitter des yeux. Car j’avais été ensemencé par Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel.  Après Bordeaux, Nicolas intègre le conservatoire de Paris, où il s’installe à l’âge de 22 ans.

 

A peine est-il sorti du Conservatoire qu'un jeune metteur en scène le remarque : Guillaume Vincent. Il met en scène le comédien dans plusieurs textes de Lagarce (Nous, les héros en 2006, Histoire d’amour en 2007), avant de lui confier le rôle de Moritz, l’adolescent suicidaire de L’Eveil du printemps de Frank Wedekind – un rôle clé dans la carrière du comédien, sur lequel il revient largement dans son premier long métrage de réalisateur, Garçon chiffon.

 

Guillaume Vincent, qui a dirigé Nicolas Maury dans une demi-douzaine de spectacles, jusqu’au très beau La nuit tombe, présenté à Avignon en 2012, se souvient de leur collaboration fertile : “J’étais impressionné par sa force de travail. Nicolas est tout le temps en train de chercher. Il ne se satisfait jamais d’une seule proposition de jeu, doit vraiment explorer dans tous les recoins une scène avant de fixer quelque chose. C’est très inspirant.”

>> Lire aussi : “Dix pour cent” : que vaut vraiment la saison 4 ?

Une place dans ce cinéma d'auteur français

C’est donc d’abord au théâtre que Laure Calamy et Nicolas Maury imposent leur présence inédite et troublante. Pour Laure, le cinéma tarde un peu à se signaler. “Pendant des années, j’ai eu le sentiment d’être une mauvaise herbe pour le cinéma. Je faisais un casting tous les deux ans, généralement pour des petits rôles. Et les premières propositions sont venues de cinéastes qui m’avaient vue au théâtre.” C’est Vincent Macaigne qui lui permet de faire un passage remarqué de l’un à l’autre. Sur scène, il fait d’elle la Gertrude d’une adaptation tonitruante d’Hamlet en 2011, Au moins j’aurai laissé un beau cadavre. Aspergée de sang, vociférante, la comédienne laisse libre cours à son inspiration la plus tempétueuse. La même année, le metteur en scène fait ses premières armes de réalisateur de cinéma avec un moyen métrage et introduit la comédienne entre deux personnages de frères se déchirant pour une histoire d’héritage (Ce qu’il restera de nous, 2011).

 

 

Dans la foulée, un jeune metteur en scène, Guillaume Brac, propose à la comédienne d’incarner une mère en vacances avec sa fille adolescente dans son moyen métrage, Un monde sans femmes (2012). Une nouvelle histoire de trio, où la mère et la fille se partagent les faveurs amoureuses d’un jeune homme maladroit interprété justement par Vincent Macaigne. Le film obtient un beau succès critique et un certain écho public.

 

Brac, Macaigne : Laure Calamy semble se trouver une famille dans le jeune cinéma français des années 2010. Dans les années qui suivent, on la retrouve dans des seconds rôles toujours plus marquants, déployant avec de plus en plus d'aisance son inspiration farfelue : avocate puis sœur de Virginie Efira chez Justine Triet (Victoria, 2016, Sibyl, 2019), naturopathe-magicienne exerçant dans la forêt chez Guiraudie (Rester vertical, 2016), à nouveau mère d’une adolescente dans une ville balnéaire dans le premier film remarqué de Léa Mysius (Ava, 2017, qui lui vaut sa première nomination aux César dans la catégorie second rôle féminin).

Dans Les Rencontres d’après minuit, il est l’hôtesse déchaînée d’une partouze mélancolique en tenue de soubrette

Dans le même temps, Nicolas Maury s’aménage aussi une place dans ce cinéma d'auteur français en plein renouveau du début des années 2010 (sanctuarisé par une célèbre couverture des Cahiers du cinéma"Demain ils feront le cinéma français", novembre 2010) . Il est un prof de français peu autoritaire dans Les Beaux Gosses de Riad Satouf (2009), puis le cousin de Léa Seydoux et Anaïs Demoustier dans le premier film de Rebecca Zlotowski (Belle Epine, 2010).

 

Mikael Buch lui donne son premier premier rôle dans la comédie queer Let My People Go !, où le comédien est étourdissant de fantaisie drolatique (notamment dans un playback extravagant sur Where Is My Man ? d’Eartha Kitt). Enfin, Yann Gonzalez lui donne à cinq ans d’intervalle deux rôles extrêmement marquants : dans Les Rencontres d’après minuit (2013), il est l’hôtesse déchaînée d’une partouze mélancolique en tenue de soubrette (on pense bien sûr au travestissement idoine du fameux auteur argentin seventies Copi). Puis dans Un couteau dans le cœur (2018), il est un hardeur de porno gay au service de Vanessa Paradis (son idole d’enfance, à laquelle il rend un émouvant hommage dans Garçon chiffon, en playback sur Marilyn et John).

Deux talents monstres

“Je n’ai jamais été de ceux à qui on fait immédiatement une place royale, confie sans amertume Nicolas. Je n’ai pas enchaîné les tournages. Je n’ai jamais fait partie de ces comédiens à qui on offre tout, tout de suite. Je ne m’en plains pas d’ailleurs. Je me suis senti accueilli dans certains films par certains cinéastes qui m’avaient vraiment choisi." Bertrand Mandico, un des cinéastes à l’univers poétique le plus transgressif de sa génération, a par exemple choisi Nicolas pour le clip d’une chanson de Calypso Valois, Apprivoisé.

 

Le comédien y interprète un étonnant oiseau de proie qui affole un dîner mondain en accomplissant des prodiges avant d’égorger tous·tes les invité·es à grands coups de griffes. Quand on l’interroge sur le jeu de Laure Calamy, Vincent Macaigne parle de sa “fureur magnifique” et conclut en disant : “Laure a un monstre en elle. Dans Garçon chiffon, le personnage principal décrit ainsi l'amour toxique qui l'unit à son compagnon : “Plus je l'aime et plus j'ai le monstre vert aux yeux rouges qui grandit en moi.

 

Cette capacité à faire sourdre un monstre intime tapi en soi, c’est peut-être le lien le plus fondamental entre les deux comédien·nes. Nicolas confirme : “C’est un mot qui a une étymologie magnifique, 'monstre'. Ça désigne ce qui est montré. Avec Laure, nous avons en commun d’aimer montrer tout ce qui peut nous traverser entre la fiente et le lyrisme. D’ailleurs, Laure m’a offert le livre de Gérard Depardieu intitulé Monstre.

 

Laure enchaîne en disant qu’en voyant Nicolas dans son costume lors du shooting pour Les Inrockuptibles, elle a pensé au Joker du film de Todd Phillips. “Il serait formidable dans ce rôle à la fois monstrueux et si humain, qui fait peur et dans lequel tout le monde peut se reconnaîre.” Puis elle ajoute que tous les deux pourraient tenir le rôle. “On s’est souvent plu à s’imaginer Macbeth et Lady Macbeth, mais je nous verrais bien aussi jouer une paire de jokers.” Ils éclatent de rire.

“On s’était croisés quelques fois dans la vie grâce à des amis communs, mais on s’est vraiment connus sur le plateau de Dix pour cent. On s’est immédiatement trouvé un imaginaire et un endroit de jeu communs” Laure Calamy

En dépit des diverses résonances de leurs itinéraires, Laure et Nicolas n’avaient jamais tourné ensemble avant la première saison de Dix pour cent. La rencontre a été foudroyante. “On s’était croisés quelques fois dans la vie grâce à des amis communs, mais on s’est vraiment connus sur le plateau de Dix pour cent. On s’est immédiatement trouvé un imaginaire et un endroit de jeu communs. Au début, nous étions présents dans beaucoup de scènes, mais sans avoir beaucoup de choses à faire. On développait ensemble des délires, qu’on injectait ensuite dans les scènes.”

Nicolas complète : “C’était une relation assez exclusive, et même un peu excluante pour les autres. Je pense que ce lien que nous avons noué a déterminé ensuite l’évolution des personnages d’Hervé et Noémie, leur amitié véritablement fusionnelle. Au départ, leur relation n’était pas du tout écrite comme ça.”

“Mais quel travail !”

En jouant avec Laure, Nicolas raconte qu’il a très vite eu envie de la filmer. Il présente alors un projet à l’Université d’été internationale de cinéma Emergence, qui permet à de jeunes cinéastes, sur concours, de mettre en œuvre une scène de leur scénario. Il fait incarner à la comédienne une réalisatrice en crise, au bord de la démence, hurlant sur son assistant souffre-douleur et mettant en péril le film qu’elle prépare.

“La séquence a été assez vue, a beaucoup plu. J’ai senti qu’avec Nicolas il n’y avait pas de limite. On pouvait s’entraîner très loin l’un l’autre.” La scène a été retournée pour Garçon chiffon trois ans plus tard et en constitue l'un des pics, dans sa façon de libérer une puissance comique inouïe à partir d’affects d’anxiété profondément inquiétants.

Pour Laure, il a toujours été évident que Nicolas deviendrait à court terme cinéaste. “Quand on tournait des scènes ensemble sur Dix pour cent, je sentais que son regard était celui d’un réalisateur.” Yann Gonzalez confirme avoir toujours perçu le comédien comme un cinéaste en puissance. "D'ailleurs, j'avais beaucoup aimé un moyen métrage qu'il avait réalisé après le tournage des Rencontres d'après minuit, intitulé Virginie ou la capitale. C'était un film très étonnant, imposant un climat inquiétant et étrange, marqué par le cinéma de genre.”  En effet, le désir de mise en scène vient de loin et le cheminement a été long.

 

“Le scénario de Garçon chiffon, je l’ai écrit il y a longtemps, l’été 2012. C’était lié à une relation amoureuse douloureuse, un homme que j'avais le sentiment d'aimer mal. Le film a été long à monter. Il a été tourné avec moins d’un million d’euros. J'ai l'impression de l'avoir arraché. Encore une fois, je ne suis pas de ceux à qui on ouvre une voie royale. Quand on me dit : ‘Mais quelle chance !’, j’ai plutôt envie de répondre : ‘Mais quel travail ! 

>> Lire aussi : Dans les coulisses de “Dix pour cent”, fictions et réalité

Répondant à la question de savoir si son travail avec les cinéastes qui l’ont dirigé a pu lui servir de boussole, il évoque un des premiers réalisateurs à l’avoir filmé, Philippe Garrel, en 2005, dans Les Amants réguliers“Philippe m’a dit un jour : ‘Attention, je vais filmer tes pensées.' C’est une des phrases les plus éclairantes qu’on m’ait dites sur la mise en scène de cinéma. Je pense vraiment que la caméra a accès à la pensée. C’est la plus grande beauté du cinéma.

 

Lorsqu’on leur demande une dernière fois de tenter d’étreindre ce qui les rend si proches et a cimenté ce lien si complice qui les unit, il·elles réfléchissent, échangent des regards de gêne amusée. Et puis Nicolas se lance : “Je crois qu’en fait Laure et moi sommes des égocentriques qui ne s’aiment pas. Quand on nous convoque, on est contents d’être là, on pense même que nous sommes la personne parfaite pour être là et, en même temps, on se déteste !” Qu’importe puisque le cercle de ceux et celles qui les aiment ne cesse de s’élargir.

 

Garçon chiffon de et avec Nicolas Maury, avec Nathalie Baye, Arnaud Valois, Théo Christine et Laure Calamy (Fr., 2020, 1h49). En salle le 28 octobre

Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal, avec Laure Calamy, Benjamin Laverhne, Olivia Cote (Fr., 2020, 1h35)

Dix pour cent saison 4 sur France 2 du 21 octobre au 4 novembre et sur france.tv

La Flamme, série créée par Jonathan Cohen, Jérémie Galland et Florent Bernard, avec entre autres Laure Calamy, en cours de diffusion sur Canal+

 
Photo : Nicolas Maury et Laure Calamy © Jules Faure pour Les Inrockuptibles
 
 

 

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 La Peste c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ? Performance conçue par Jean-Christophe Meurisse.

 La Peste c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ? Performance conçue par Jean-Christophe Meurisse. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean Couturier / Théâtre du blog  21 octobre 2020

 

La Peste c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ? Performance conçue par Jean-Christophe Meurisse.

 

Avant le couvre-feu, les acteurs de plusieurs générations de la compagnie des Chiens de Navarre et des invités exceptionnels se réunissent pendant une heure afin de jouer ou lire, dans la plus totale improvisation, une pièce, différente à chaque séance. Dans une société malade de multiples troubles qui la détruisent peu à peu, l’irrévérence n’est plus de mise et cette parole libre, sur le plateau des Bouffes du Nord, fait du bien. L’humour permet toutes les audaces. Six comédiens à la table, munis de micros, feuilles blanches,  gel hydro-alcoolique et masques chirurgicaux. Derrière eux, une dizaine d’autres attendent leur tour de parole, devant des malles et des  costumes de scène qui... ne seront jamais utilisés. Ce spectacle rappelle les exercices d’improvisation que beaucoup ont connus lors des cours d’art dramatique. 

 

 Ces petits-enfants du Théâtre de l’Unité d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine sourient de leurs délires et nous avec.

Cette pièce, qui change de style au fur et à mesure des improvisations, aime se moquer du théâtre lui-même.  Soit de son enseignement : « Je comptais faire du théâtre, pas me faire violer ». Soit de ses thèmes de prédilection comme les pièces de Tchekhov : «Il pleut à la fenêtre » ; « Une chèvre s’est suicidée » ; « Piotr tu me dois cinq roubles. »«  J’aimerais tellement aller à Moscou. ». Les artistes s’adaptent aussi à la réalité politique : «Je me méfie des gens du Sud, tout ce que vous pouvez dire, avec votre accent, ne vous permet pas d’être légitime. »

Parfois l’actualité les rattrape et on entend : « Je suis la liberté d’expression, je vais prendre la parole et on me décapite. »   Pendant une heure, cette forme d’irrévérence salutaire incite une fois de plus à retourner au théâtre.

 

Jean Couturier

 

Jusqu’au 24 octobre, Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis bd de la Chapelle  Paris (X ème). T. 01 46 07 34 50..

 

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Autre critique, signée Denis Sanglard parue dans le blog « Un fauteuil pour l''orchestre»


Un peu embarrassé là, votre chroniqueur. Dernier opus Des chiens de Navarre, plus enragés que jamais, La Peste c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ? ressemble à s’y méprendre et comme deux gouttes de gel Hydroalcoolique à cet hilarant et caustique exercice de style qui était Regarde le Lustre et Articule soit une lecture de pièce qui n’existe pas, improvisation plus que foutraque, pages blanches tournée avec application et texte ânonné comme si… Bref on reprend la chose à l’identique à ceci près que la meute de nos chiens est augmentée. Il y a là les anciens et les nouveaux. On ne s’en plaindra pas, bien au contraire. Curieux de voir comment les uns et les autres vont s’amalgamer. Et comme annoncé, un invité surprise, ce soir-là c’était, échappé des Chiche-Capon, Frédéric Blin qui s’y collait, quelque peu dépassé par les événements mais cœur vaillant et ne rechignant pas à la tâche. Improvisation donc, pas plus de six autour de la table (tiens donc ! comme à la maison.) et se passant le relais de grés ou de force, en douceur ou avec chausse-trappes. Improvisation donc où il est question de pintades atteintes d’un mal mystérieux, de notre éminente confrère Fabienne Pascaud, du professeur Raoult, de conseil municipal, de conseil des ministres, de bergers et de moutons, d’homosexualité, d’immigration, de la Covid et de ce foutu couvre-feu arbitraire, et j’en passe… D’ailleurs à 20 heures pétantes surgit Jean-Christophe Meurisse sifflant sans ménagement la fin de la récréation. Retour brutal à la réalité.

Or donc ceci étant une reprise augmentée (on peut dire ça), autocitons-nous, reprenons ce que nous écrivions le 25 février 2014, ce qui nous évitera de se répéter.

« La pièce se fabrique sous nos yeux. C’est parfois franchement drôle, parfois laborieux, c’est du n’importe quoi. Le n’importe quoi c’est un peu leur marque de fabrique, cette explosion joyeuse et transgressive de la théâtralité et de ses codes. Oui, mais là ça coince un chouïa. L’impression confuse que l’exercice atteint ici ses limites. Peut-être parce que nous savons à quoi nous attendre et qu’évidemment la surenchère guette. Les chiens de Navarre sont sur le fil du rasoir, ça dérape souvent mais quelque chose ne fonctionne plus, ne fonctionne pas. Le niveau reste bas, les sujets patinent, aucun envol. Pas d’explosion. On le sait, l’improvisation ne s’improvise pas. Si Une Raclette et Nous avons les machines participent de l’improvisation – et là c’est du nanan – ces deux créations n’en sont que le fruit maturé. On peut objecter ici de la fragilité de l’exercice brut de coffre avec tous les défauts inhérents à ce genre de performance.

À moins, à moins que tout ceci ne soit foutrement organisé et que bernés nous soyons. On ne sait jamais avec les Chiens de Navarre… Donc reprenons à l’envers le raisonnement du méchant critique, on se dit alors que tout ça n’est que le carnaval grotesque des cuisines théâtrales, de la fabrication d’un évènement. L’envers possible d’Une Raclette.  En somme une parodie orchestrée de main de maître. C’est bien ça le problème avec Les Chiens de Navarre, on ne sait jamais si c’est du lard ou du cochon. La position du spectateur s’en trouve quelque peu agitée qui louvoie entre plusieurs positions dont celle de regarder le lustre et de laisser articuler ceux dont c’est sans doute le métier. Et que dire de celle du chroniqueur, de position, qui essaie tant bien que mal de saisir quelque chose au vol pour se raccrocher un tant soit peu à cette non-représentation avant d’écrire son désarroi, son impuissance devant un tel machiavélisme… ou ce foutage de gueule. »

Mais ça c’était avant. Parce qu’au regard de cette nouvelle et aléatoire création et des précédentes modérons grave notre propos. Et restons sur le second chapitre de cet article. Battons méchamment notre coulpe. Il ne s’agit plus ici des cuisines de leur métier mais comme à leur habitude de chiens fous d’un regard mordant sur le monde. Les chiens de Navarre montrent les crocs et happent au mollet, ne lâchent pas leur proie qu’ils déchiquettent jusqu’à l’os. Le rire énorme qui secoue la salle fait trembler avec bonheur la bienséance. Le monde, la société, rien n’échappe à leur regard aiguisé de Basilic. Même dans cet exercice périlleux de l’improvisation ce qui est avant tout célébré c’est cette liberté absolue de dire que le théâtre permet, quelle que soit la forme. Et de ça, avec leur foutu talent, indéniable, ils n’en démordent pas. Au vu de notre actualité désespérante, à l’heure des politiques incompréhensibles qui jettent la culture avec l’eau du bain sanitaire, des obscurantismes nauséabonds qui tuent la liberté d’expression, ça fait un bien fou !

La Peste c’est Camus mais la grippe est-ce Pagnol ?
performance conçue par Jean-Christophe Meurisse
Avec les Chiens de Navarre et chaque soir des invités exceptionnels.

Du vendredi 16 au samedi 24 octobre à 19 h
Matinée les samedi et dimanche à 16 h
Durée 1 heure

 

Crédit photo : © Ph. Lebruman

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Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu, de Philippe Dorin, mise en scène Julien Duval

Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu, de Philippe Dorin, mise en scène Julien Duval | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Françoise Sabatier-Morel dans Télérama Sortir Grand Paris

le 20/10/2020


Une petite fille joue à s’inventer une maison. Avec la force de l’imagination, quelques bouts de bois et des petites maisons de papier, elle délimite la porte d'entrée, les pièces, la fenêtre qui donne sur un pré avec des moutons. L’enfant, bientôt remplacée par une vieille femme qui s’étonne que le temps soit passé si vite, réapparaît, et toutes deux entrent dans un dialogue, qui s’interrompt, reprend, au rythme d’une alternance de noir et de lumière. Une présence magique passe sur scène, intervient parfois, patiente… Dans cette pièce de Philippe Dorin, auteur contemporain de théâtre jeunesse, impossible d’enfermer les personnages dans un seul rôle, une seule histoire (l’enfant n’est peut-être qu’un souvenir, un rêve…). Toute la poésie du texte réside dans cette multiplicité de sens, dans cette ouverture aux possibles. Cette poésie émeut, étonne, et c'est avec habileté et délicatesse que le metteur en scène Julien Duval réussit à la garder intacte.

Françoise Sabatier-Morel (F.S.-M.)


Auteur : Philippe Dorin
Interprète : France Darry, Carlos Martins, Juliette Nougaret et Camille Ruffié
Metteur en Scène : Julien Duval

Lieux et dates
Théâtre Paris-Villette
de 10 € à 16 €
211, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris
infos
Du 21 au 22 octobre 2020 14h30 
Samedi 24 octobre 2020 19h00 
Du 28 au 29 octobre 2020 14h30 
Vendredi 30 octobre 2020 19h00 
Dimanche 1 novembre 2020 15h30 

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Wojciech Pszoniak, acteur de cinéma et de théâtre polonais et français, est mort

Wojciech Pszoniak, acteur de cinéma et de théâtre polonais et français, est mort | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Le Monde avec AFP Publié le 19/10/2020

 

 

Apprécié particulièrement pour ses prestations avec Andrzej Wajda ou au Théâtre national de Chaillot à Paris, Wojciech Pszoniak est mort lundi à l’âge de 78 ans.


Grand homme de cinéma et de théâtre polonais et français, Wojciech Pszoniak, apprécié particulièrement pour ses prestations avec Andrzej Wajda ou au Théâtre national de Chaillot à Paris, est mort lundi 19 octobre d’un cancer généralisé, a annoncé un proche ami de la famille de l’acteur.

« Wojciech Pszoniak est décédé aujourd’hui, à 6 h 08 du matin, à l’âge de 78 ans. Un des plus grands, un des géants du film et du cinéma polonais de l’après-guerre », a écrit sur le site du journal catholique Wiez le père Andrzej Luter, qui accompagné l’artiste jusqu’aux dernières heures de sa vie.

Né le 2 mai 1942 à Lviv (aujourd’hui en Ukraine), il a mené une carrière très riche en films et en spectacles, tous d’une grande diversité. Il s’est éteint à Varsovie, selon les médias polonais.

Insallé en France depuis les années 1980
Sous la houlette d’Andrzej Wajda, il a interprété Robespierre dans Danton, le Juif Moryc Welt dans la série La Terre de la grande promesse, ou encore le rôle éponyme de Korczak. Il a également collaboré avec Volker Schlöndorff ainsi qu’avec Peter Handke, et ce aux côtés de Gérard Depardieu, de Michel Piccoli ou de Michel Aumont.

Dans les années 1980, il avait fui le régime du général Wojciech Jaruzelski pour s’installer en France. Il s’y était vu remettre, en 2008, les insignes d’officier de l’ordre national du Mérite.

 

Légende photo : Wojciech Pszoniak en 1990 dans « Korczak », d’Andrzej Wajda. BBC / ERATO FILMS / ERBOGRAPH CO / REGINA ZIEGLER FILMPRODUC / Ronald Grant Archive/The Ronald Grant Archive / Photononstop / BBC / ERATO FILMS / ERBOGRAPH CO / REGINA ZIEGLER FILMPRODUC / Ronald Grant Archive/The Ronald Grant Archive / Photononstop

 

 

Ses grands rôles au théâtre en France :

 

2007 La Locandiera de Carlo Goldoni mise en scène Philippe Mentha

 

2001 La Boutique au coin de la rue d'après Miklós László… mise en scène Jean-Jacques Zilbermann

 

1998  L'Atelier de Jean-Claude Grumberg mise en scène Gildas Bourdet

 

1994  Marchands de caoutchouc de Hanoch Levin mise en scène Jacques Nichet

 

1992  Ubu roi d’Alfred Jarry mise en scène Roland Topor

 

1983  Par les villages de Peter Handke mise en scène Claude Régy

 

1980  Ils ont déjà occupé la villa voisine de Stanislaw Ignacy Witkiewicz mise en scène Andrzej Wajda

 

1978  Les gens déraisonnables sont en voie de disparition d'après Peter Handke mise en scène Claude Régy

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Mémoire d’acteur, Michael Lonsdale : deux heures d'extraits d'enregistrements radiophoniques. 

Mémoire d’acteur, Michael Lonsdale : deux heures d'extraits d'enregistrements radiophoniques.  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Montage par Jean-Pierre Jourdain, à partir des archives des enregistrements radiophoniques de Michael Lonsdale. Diffusé sur France Culture sur le programme des Fictions  le 18 octobre 2020

 

Lien pour écouter l'émission en ligne (2h)

 

 

Suite à la disparition de Michael Lonsdale (21/09/2020) nous avons voulu partager avec vous ces 2 heures durant lesquelles nous retrouvons Michael Lonsdale et des auteurs, Duras, Ionesco, Beckett, Aperghis, Césaire… autant d’auteurs, d’inventeurs, avec lesquels il dit avoir été le plus heureux à la radio.

 

 

Dans les années 50 je me suis présenté à la Maison de la radio pour passer un examen, mais j’ai été refusé parce qu’il fallait lire des classiques, des alexandrins qui m’enquiquinaient… La seconde fois, de même… Si bien que j’ai tiré une croix sur la radio. Ils sont venus me chercher 10 ans plus tard, au début des années 60, après m’avoir vu jouer au théâtre. Alors je me suis pris de passion pour les pièces radiophoniques : j’en ai fait des dizaines, des centaines.      
Michael Lonsdale

 

Ainsi s’exprime le grand comédien de théâtre et de cinéma. Durant deux heures nous reviendrons sur ses plus significatifs et symboliques enregistrements pour la radio en réécoutant, en sa compagnie, des extraits que sa mémoire voudra bien prolonger, amplifier : Duras, Ionesco, Beckett, Aperghis, Césaire… autant d’auteurs, d’inventeurs, avec lesquels Michael Lonsdale dit avoir été le plus heureux :

 

«Ils m’ont permis de laisser apparaître l’inconnu qui se promène en moi. Quelque chose peut alors surgir du plus profond et qui n’est pas intellectuel, qui n’est pas pensé».

 

Son métier d’acteur, qu’il vit comme un acte de transmission, de passeur, lui permet de rester enfant, de continuer à jouer.      
Jean-Pierre Jourdain

 

 

 

Entretien avec l'acteur et choix d'archives INA par Jean-Pierre Jourdain. 

 

 

Choix des archives INA par Jean-Pierre Jourdain

Réalisation Véronique Vila Conseillère littéraire Caroline Ouazana Equipe de réalisation Pierre Mine, Cédric Chatelus

 

 

Photo : Michael Lonsdale (en 2012) Crédits : ullstein bild Getty

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Natalie Akoun : et maintenant, elle chante !

Natalie Akoun : et maintenant, elle chante ! | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog 17 octobre 2020

 


Fine et blonde, allure d’éternelle jeunesse, comédienne remarquable, elle nous raconte sa vie en confidences et chansons, très bien accompagnée.

 

C’est un moment musical rare et chaleureux, extrêmement touchant et rigoureux.

 

On a vu ce spectacle cet été et il n’a été repris qu’il y a quelques jours, simplement le samedi et le dimanche. Depuis est tombé le couperet du couvre-feu, les horaires ont donc été modifiés pour les dernières représentations.

 

Vincent Leterme, piano, Laurent Valero, violoniste, deux musiciens excellents, véritables partenaires, soutiennent la mise en scène, précise, fluide, utilisant tout l’espace de ce lieu qui va bien à l’esprit cabaret, au récital. Une mise en scène signée Olivier Cruveiller, comédien dont on loue depuis longtemps le talent ondoyant.

 

Elle peut être gavroche, mais aussi la vamp des récitals, qui s’allonge sur le piano. Photo DR.

Natalie Akoun est une interprète que l’on a très souvent applaudie au théâtre dans des registres très différents. Des personnalités de théâtre très différentes l’ont dirigée. Elle-même s’est mise à l’écriture : Les Madones, Une histoire de clés, La Femme aux sandales d’été. A chaque fois, des chansons, mais prises dans le fil dramaturgique.

 

« Chanter au théâtre, dit-elle, c’est continuer sa pensée quand on ne trouve pas les mots ou quand on n’a plus forcément conscience de ce que l’on ressent. Comme une boîte noire au fond de sa tête » dit-elle.

 

Le fil de Mon âge d’or, que l’on pourrait prendre pour un clin d’œil décalé à Ariane Mnouchkine, est celui de l’autobiographie. Ses parents l’ont initiée au théâtre et ce chemin est souvent passé par la Cartoucherie. Natalie Akoun et Olivier Cruveiller ont joué à –et ils s’y sont même mariés… Mais cet Age d’or est aussi celui de Léo Ferré….

 

Sur le fil de la mémoire, des perles précieuses : les chansons qui l’ont marquée et qu’elle interprète de sa jolie voix, très bien placée lorsqu’elle parle, très juste, mélodieuse et nuancée lorsqu’elle chante. Ce qui est très intéressant c’est qu’elle n’imite jamais, elle ne reprend pas les manières des chanteurs qui ont fait connaître ces textes, ces airs. Elle a forgé, pour chaque chanson, sa propre manière. Elle glisse de Trois petites notes de musique –Delerue/Colpi en 61- à L’Age d’or de Léo Ferré. Il y a aussi, très important, Saltimbanque de Maxime Le Forestier, puisque « saltimbanque » c’est le métier dont rêvait la petite fille.

Boris Vian, Renaud, Barbara, Rezvani, Gréco, Béart, Louis Amade et Bécaud (La Ballade des baladins, évidemment), Roda-Gil et Julien Clerc, Moustaki, on ne vous dévoilera pas ici tous les titres. On aurait bien ajouté une chanson de Pierre Mac Orlan, mais cela, c’est par goût personnel, ou encore des textes d’Aragon…mais c’est une question de génération.

 

Ce récital est une pépite d’émotions chatoyantes, une manière merveilleuse d’être plongé dans la musique, la poésie, l’esprit. Natalie Akoun est une fée, une fragile silhouette mais qui possède une force de jeune déesse et un irrésistible charme.

 

Les Rendez-vous d’ailleurs, 109 rue des Haies, 75020 Paris (Métro Maraîchers). Téléphone : 01 40 09 15 57. Vendredi et samedi à 18h30 et, normalement, ensuite, reprise le 4 décembre à 21h00, jusqu’en janvier, chaque vendredi et samedi, 21h00. Puis au Théâtre de l’Epée de Bois du jeudi au dimanche, du 28 janvier à février.

 

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Croquis de voyage #2 par les élèves de l’École du Nord de Lille

Croquis de voyage #2 par les élèves de l’École du Nord de Lille | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mireille Davidovici dans Théâtre du blog - 16/10/2020

 

 

Croquis de voyage #2 par les élèves de l’École du Nord de Lille

 

Les voyages, dit-on, forment la jeunesse. Maxime confirmée par les premiers Croquis de voyage vus à l’automne 2017 (voir Le Théâtre du Blog). On se souvient encore, parmi d’autres, de la prose de Mathias Zachar descendu en train, en bateau, en stop, de la source à l’embouchure du Danube… Des expériences inoubliables aux dires des anciens élèves venus voir les travaux de la sixième promotion. « C'est peut-être cela, le pari du voyage? disait François Maspero. Au-delà des émerveillements ou des angoisses de l'inconnu, retrouver le sentiment d'être de la même famille. Parfois ça rate. Parfois même, ça tourne mal. Mais le pari vaut d'être fait, non ?» Marquée par les récits de l’écrivain-voyageur, Balkan-Transit ou Les passagers du Roissy-Express, Cécile Garcia Fogel actrice et enseignante à l’Ecole du Nord avait proposé aux élèves de la promotion 5 ( 2015-2018) de partir seuls sur les chemins de l’Europe.

 

 

 Pour cette deuxième édition, les règles étaient les mêmes : départ fin août de la gare de Lille, téléphone mobile et ordinateur débranchés pour une immersion totale dans l’inconnu. En poche, un petit pécule : de quoi manger, se loger et voyager pendant un mois. Chacun(e) a dû faire, en fonction de sa destination, un budget prévisionnel et s’y tenir. Cette fois, la plupart des jeunes est restée à l’intérieur de l’Hexagone. Moins exotique peut-être mais fructueux en rencontres, comme en témoignent les petites formes présentées à la maison Folie Moulins.

 

 

 En amont, Jean-Pierre Thibaudat, homme de théâtre et grand voyageur, parrain de l’expédition, les a aidés à affiner leurs objectifs, puis, au retour, à peaufiner leurs pièces. Il dit être très peu intervenu, si ce n’est : « raccourcir un texte, supprimer des passages superflus, resserrer les boulons, c’est tout. Et pour certains c’était déjà bouclé.»  Pour la mise en scène, Cécile Garcia-Fogel, qui connaît bien ses élèves et leurs projets, a été un précieux œil extérieur : «Je les ai aidés à préciser leurs intentions de départ. A circonscrire leur sujet, en évitant les généralités. A rechercher des choses moins sexy mais plus vraies. Au retour, je leur ai donné quelques conseils pour leurs textes et leurs réalisations, sans jamais rien leur imposer. » Reste qu’après un mois de solitude absolue, écrire, répéter et présenter son Croquis de voyage, en dix jours a été, pour ces dix-huit jeunes, un pari  difficile mais largement gagné.

 

L’ancienne brasserie en briques rouges est en effervescence. De la cour aux Petits et Grands Germoirs et à la Petite Cuve, par des escaliers métalliques, le public est invité au voyage…D’une salle à l’autre, il faut garder ses distances et s’asseoir loin les uns des autres. Jauge réduite oblige, chaque pièce a dû être jouée de quatre à six fois…  Soit un marathon de trois jours.

 

« En route, le mieux c’est de se perdre, lorsqu’on s’égare, les projets font place aux surprises, et c’est alors, mais alors seulement, que le voyage commence », écrivait Nicolas Bouvier. C’est vrai pour Et tu ne diras rien de Pierre-Thomas Jourdan. Parti à la rencontre de marins au long cours, le comédien s’arrête dans la maison d’un vieil homme en fin de vie. Impressionné par le personnage et la situation, il écrit une partition remarquable. En scène, il incarne sobrement un vieillard attablé qui ressasse ses souvenirs, devant un frère de dix ans son ainé qui lui sert la soupe « avec lenteur », en silence. Le cadet commente méticuleusement, avec force précision, la photo des noces d’or d’une tante, le 16 mai 1994, sur laquelle figure ses parents, son frère, et lui enfant : « Josiane notre tante au centre de la photo et moi toujours habillé de cette veste verte et de ce sourire déjà malade… » Le frère encaisse, muet les rabâchages et les sarcasmes du moribond… La vie de ce des deux êtres, en attente de la mort, semble s’être figée dans ce monologue glaçant.

 

 Suzanne de Baecque, avec Cluster, opère une plongée dans les coulisses du concours Miss Poitou-Charentes. Elle s’y est elle-même présentée, et a vécu la violence de cette course à l’écharpe. Elle est ainsi entrée en contact avec plusieurs aspirantes : des filles très seules mais qui se sont confiées à elle. Devant nous, Suzanne devient Laureline, au mot près : une langue d’aujourd’hui, de là-bas, vitaminée au globish : «Je suis pas une fille de groupe, tu vois. Mais, meuf, la vie elle est courte, alors, profite ! …Go, go, go !… » La comédienne a su trouver la bonne distance pour faire exister, sans la caricaturer, cette jeune femme très « girly », fan des séries Gossip Girl et Pretty Little Liars… Une prestation émouvante qui donne voix à l’une de ces personnes qu’on n’entend jamais, confinées dans ces « territoires perdus de la République » pour citer le titre du livre d’Emmanuel Brenner.

 

Oscar Lesage, avec Dear Nanni, raconte l’histoire d’une obsession : rencontrer le cinéaste Nanni Moretti pour lui dédier une chanson de sa composition. Il est à Rome, à Venise… Il bombarde le réalisateur de mails, rencontre des personnes influentes qui peuvent le mettre en relation avec lui, soudoie Pietro Moretti, le fils de son idole… Micro en main, il nous donne un aperçu de son talent de parolier et chanteur ; il a aussi un don pour passer du français à l’anglais et à l’italien… L’acharnement finit par payer : il rencontrera Nanni Moretti et nous aurons bien ri de son voyage…

 

Tout aussi rocambolesque : L’Exil d’Hortensius d’Antoine Heuillet. Le pédant Hortensius quitte les pages de La Seconde Surprise de l’amour de Marivaux et débarque dans la Creuse en août 2020. « J’ai  cent-quatre-vingt seize ans et je suis perdu dans ce monde qui n’est pas le mien. » dit-il;  en habit d’époque, il cite Sénèque en toute occasion. Il aura tôt fait d’entrer en contact avec une famille de chasseurs qui l’entraînent à tuer un sanglier « Mon index avait décidé de faire de moi un meurtrier ». Repéré par des journalistes, il alimente la chronique de La Montagne et le voici promu citoyen d’honneur de la ville de Guéret… L’acteur a en quelque sorte trouvé la vérité de son personnage dans l’imprévu.

 

 

Louis Albertosi avec Veiller sur le sommeil des villes, marche sur les traces de l’ange Daniel dans Les Ailes du désir de Wim Wenders. Il parcourt des cités « à demi-mortes, dépeuplées »  de Calais à Dunkerque en passant par Saint-Omer, fait une brillante chronique de « ces cités palimpsestes grands territoires qu’on déconstruit et sur les ruines desquels on reconstruit.  » Entre polémique et mélancolie, il s’en prend aux jeux de mots foireux en « hair » aux enseignes d’improbables salons de coiffures. Pour connaître sa ville, dit-il, il faudrait « inventer la vie des détritus que l’on croise »… Il fustige aussi les mesures sanitaires, comme les gestes barrière :  «  Sauver l’humanité c’est s’en tenir à l’écart ! » Annuler la fête de l’andouillette d’Arras, est pour lui le symbole de ces liens qu’on coupe entre nous… Il y a du mensonge :  cette apparence de reprise n’est qu’une  parodie et il conclut: « J’espère que cette parodie n’était qu’une hibernation et j’attends notre printemps sauveur. » Un périple en forme de prophétie où Daniel, l’ange de la communication, devient une sorte de lanceur d’alerte…

 

Sept jours d’Adèle Choubard résume, en sept temps, son ascension quotidienne d’un terril à Loos-en-Gohelle le plus haut d’Europe. Vingt-six fois, Adèle a gravi les cent-quatre-vingt six mètres de ce monticule qui marque le paysage de son enfance. Et de jour en jour, lui revient l’image de son père, récemment disparu  et les glaces qu’elle partageait avec lui au bord de la mer du Nord. Avec humour et tendresse, elle dédie son exploit sportif aux hommes du plat pays chanté par Jacques Brel, qui, grâce à leur dur labeur, ont édifié de leurs mains cette colline de terre noire. Un émouvant hommage…

 

 Avec Confessions au silence, Rebecca Tetens raconte sa quête du silence sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Mais le bruit est partout, à commencer par ses pas qui martèlent lourdement la scène. «Quand je suis avec ta cousine, la solitude, j’ai l’impression de te trouver un peu, silence », dit-elle. Pourtant, elle prend plaisir à écouter d’autres marcheurs et à faire un bout de route avec eux. Et quand ils se quittent et que son équipée prend fin, elle éprouve peut-être ce silence inaccessible et qu’elle ne cherchait plus…

 

Mathilde Auneveux a installé sa voiture dans la cour de la Folie-Moulins. Entre deux croquis, elle propose aux spectateurs des intermèdes musicaux. Perchée sur le capot, elle chante des titres de sa composition. Des romances piquantes ou un slam aux paroles douces-amères : « And if you want my soul/Ask for it, I’ll send it by mail ». Un style affirmé et une voix prometteuse. Si l’on entre dans la voiture qui l’a amenée d’un point à un autre du territoire, on trouve pêle-mêle les traces de son  voyage : interviews, lettres, musiques… 

 

 Dans le même esprit, le croquis de voyage de Paola Valentin se décline en une installation : bric-à-brac de photos, enregistrements audio, dessins et messages gribouillés, qu’elle a amassés en traversant les villages dans un camion aménagé pour le camping. Elle expose ainsi les portraits de Georges, Marie, Damien et les autres : rencontres éphémères mais qui  lui ont confié leurs histoires et leurs souvenirs…

Devant quitter la maison Folie-Moulins à mi-parcours, nous n’aurons pas vu les travaux de Maxime Crescini, Orlène Dabadie, Simon Decobert Joachim Fossi, Nicolas Girard Micheletti, Solène Petit, Constance de Saint-Rémy, Noham Selcer, Nine d’Urse… Mais la plupart des croquis que nous avons découverts, ont un point commun : la rencontre souvent intime avec d’autres mondes, aux périphéries de l’Hexagone, aux confins de « l’Archipel français » selon les mots de Jérôme Fourquet. Les habitants de ces territoires ruraux ou périurbains constituent 60 % de la population mais restent sous-représentés dans la sphère publique… Laureline dit dans Cluster : « Quand t’es Miss, t’as beaucoup de voix ». C’est pour sortir de l’anonymat et mettre sa voix au service d’une cause, qu’elle espère remporter le concours…

 

Avec l’aide du scénographe Christos Konstantellos, les jeunes artistes ont donné corps et vie à ces voix. Chacun(e) à sa manière et selon sa personnalité a su traduire en théâtre son expérience personnelle. Et certaines de ces formes brèves pourraient aboutir à un spectacle…

 

Pour Christophe Rauck, directeur de l’École et du Théâtre du Nord qu’il va bientôt quitter pour le Centre Dramatique National de Nanterre-Amandiers, cette démarche fait partie de l’apprentissage du théâtre : «Imposer dans ce cursus un voyage en troisième année, ce n’est pas de l’exotisme. Le voyage, c’est difficile. Ça demande du courage, une certaine connaissance de soi, de l’inventivité, une curiosité. Ce n’est pas fuir, c’est tirer une ligne de fuite pour regarder autrement »

 

En attendant, le nouveau directeur ou la nouvelle directrice recrutera en mars prochain la septième promotion, soit douze élèves-comédiens et quatre élèves-auteurs. Inscriptions au concours: du 2 novembre au 14 février.

 

Mireille Davidovici

 

 

Présentation publique des travaux d’élèves du 9 au 11 octobre, à la maison Folie Moulins, Lille (Nord).
Prochaines présentations: les 20 et 21 novembre avec Toujours la Tempête de Peter Handke, mise en scène d’Alain Françon.

 En janvier : tournée régionale de Marivaux en balade

 Ecole du Nord, adresse provisoire : 7  rue du Sec Arembault, Lille (Nord).  T. 03 20 00 72 64

 

Légende photo : Oscar Lesage, élève-comédien de l'école du Nord Photo  © Simon Gosselin-

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Intermittents du spectacle: le contrat en or ? 

Intermittents du spectacle: le contrat en or ?  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Yann Gaudin dans son blog de Mediapart  "Pôle Emploi : le droit de savoir"  25/10/2020

 

On le sait davantage encore depuis l'annulation des festivals d'été et les milliards d'euros perdus pour l'économie française : les professionnels du spectacle sont essentiels à l'activité du pays, ils sont un patrimoine vivant de compétences, un patrimoine très précieux pour les territoires, pour le bien-être, pour la productivité et pour la production économique en général.

 

Mais ce patrimoine est en danger. Pour les intermittents du spectacle, les mesures de confinement, de couvre-feu et les restrictions en matière de rassemblements ont réduit les chances de travailler à une portion congrue. Et il serait aussi inutile qu'irresponsable de les inviter à jeter leurs compétences à la poubelle pour aller exercer un autre métier puisque l'ensemble du marché du travail est sinistré, à quoi bon déshabiller Paul pour habiller Françoise quand les deux sont déjà presque à poil...

C'est là que vient en renfort la solidarité nationale, comme pour les restaurateurs et autres travailleurs empêchés de travailler. Fin juillet 2020, le Gouvernement a donc décidé de maintenir l'indemnisation des intermittents du spectacle jusqu'à fin août 2021 : c'est la fameuse année blanche.

 

Mais cette mesure ne rend pas la situation confortable :

 

 beaucoup d'intermittent·es doivent actuellement se contenter de leurs seules allocations chômage qui, dès lors, ne sont plus un complément aux revenus d'activité mais quasiment leur unique revenu de subsistance. Sans compter la diminution de ressources liée à la perte d'indemnités de congés spectacles faute de contrats.

 

Et cette mesure ne rend pas la situation rassurante : l'échéance du 31 août 2021, c'est à ce jour dans 10 mois et la deuxième vague de Covid ne présage pas de reprise des spectacles d'ici là. Or pour bénéficier d'une éventuelle réadmission à partir du 1er septembre 2021, il y a un préalable à ne pas oublier : il faudra nécessairement avoir eu au moins une fin de contrat dans les 12 derniers mois (article 7 du règlement d'assurance chômage en vigueur). Le gouffre de la fin de droits se rapproche donc à grands pas... Et pour celles & ceux qui auront les conditions d'une réadmission au 1er septembre, il y a une autre perspective très inquiétante : l'engorgement inédit lié à un nombre phénoménal de demandes de réexamens début septembre 2021, ce qui pourrait provoquer des retards considérables d'indemnisation si Pôle emploi ne met pas en œuvre un plan d'actions adéquat.

Heureusement il existe quand même plusieurs dispositions de secours, à la fois dans les règles ordinaires de l'assurance chômage et dans les règles exceptionnelles du décret de l'année blanche. Et elles ne sont pas toutes explicitées par Pôle emploi...


► Le réexamen (anticipé ou ordinaire)

D'ici le 31 août 2021 vous aurez ou vous avez déjà peut-être en réserve au moins 507 heures d'intermittence sur 12 mois, ou 549 heures sur 13 mois, ou 591 heures sur 14 mois, etc. (allongement de la période d'affiliation : paragraphe 1 de l'article 9 des annexes VIII et X ; l'allongement à hauteur des 3 mois de confinement n'est plus possible pour les bénéficiaires de l'année blanche)

Dans ce cas vous pouvez toujours demander un réexamen, de manière anticipée ou à votre date anniversaire "ordinaire", ce qui vous permettrait notamment d'éviter le risque d'engorgement mentionné plus haut.

 

Mais est-ce bien judicieux d'ouvrir de nouveaux droits avant le 1er septembre 2021 ?

C'est la fin de contrat retenue pour la réadmission qui déterminera votre nouvelle date anniversaire (paragraphe 2 de l'article 9 des annexes VIII et X). Par exemple si vous demandiez un réexamen avec une fin de contrat en octobre 2020, vos nouveaux droits se termineraient en octobre 2021 donc juste quelques semaines après l'échéance du 31 août 2021. Et vous auriez de nouvelles franchises à l'occasion de la réadmission, voire un nouveau délai d'attente de 7 jours, donc pour que ce soit financièrement valable il faudrait que la réadmission vous apporte un bien meilleur taux d'indemnisation pour compenser la pénalité des nouvelles franchises. On trouve sur internet des simulateurs gratuits pour faire une évaluation de l'intérêt financier d'une réadmission pendant l'année blanche, par contre toujours pas de simulateurs du côté de Pôle emploi pour les intermittents du spectacle...

L'idéal en matière de réexamen dans les mois qui viennent, pour sécuriser la durée de votre future indemnisation, c'est d'attendre l'été 2021 et d'avoir une fin de contrat la plus proche possible du 31 août 2021. Evidemment c'est un pari, car si vous n'avez aucun contrat à l'été 2021 vous risquez alors d'être concerné·e par la disposition qui suit.

► L'allongement exceptionnel de la période d'affiliation

Comme vu plus haut, en temps normal il est possible pour Pôle emploi de rechercher davantage que 507 heures sur une période plus longue que 12 mois dans le cadre d'un réexamen.

Pour un réexamen post-année blanche, à partir du 1er septembre 2021, le décret de juillet 2020 prévoit que Pôle emploi pourra rechercher 507 heures aussi loin qu'il le faudra dans le temps avant votre dernière fin de contrat (dans la limite toutefois du dernier contrat qui avait servi à ouvrir vos anciens droits), mais dans ce cas seules 507 heures seront retenues ! (paragraphe II du décret)

 

Sauf à avoir eu des contrats très bien rémunérés pour ces 507 heures, vous serez alors très probablement indemnisé·e au montant journalier brut minimum de 38€ pour un technicien ou 44€ pour un artiste.

 

Comme votre nouvelle date anniversaire sera déterminée par la date de dernière fin de contrat, votre nouvelle indemnisation à partir du 1er septembre 2021 sera peut-être très courte. Par exemple si votre dernière fin de contrat remonte au 31 décembre 2020, vous ne seriez alors indemnisé·e que du 1er septembre au 31 décembre 2021, soit seulement 4 mois de nouveaux droits ! Un délai très court pour cumuler à nouveau 507 heures afin de bénéficier d'une nouvelle réadmission...

 

Et la réadmission entraînera de nouvelles franchises, or si à la fin de ces nouveaux droits vous n'avez pas soldé toutes vos franchises, vous devrez rembourser à Pôle emploi le reliquat restant selon le principe du trop-perçu. (paragraphe 2 de l'article 23 des annexes VIII et X).

Donc là encore, pour une nouvelle indemnisation la plus longue possible, l'idéal est d'avoir une fin de contrat à l'été 2021 et au plus près du 31 août 2021. Or si aucun vaccin ni traitement contre la Covid n'a été trouvé d'ici là, cet hypothétique contrat très salutaire devient alors... un contrat en or !

 

 

► La clause de rattrapage

Si dans votre parcours professionnel vous avez cumulé 5 ouvertures de droits à l'intermittence et qu'au 1er septembre 2021 vous n'avez pas cumulé 507 heures mais au moins 338 heures, là aussi sur une période potentiellement rallongée autant qu'il le faudra à titre exceptionnel, vous pourrez bénéficier d'un nouveau prolongement temporaire de maximum 6 mois de vos droits. (alinéa e) du paragraphe 1 de l'article 9 des annexes VIII et X).

 

► Les allocations de solidarité 

Si vous n'avez pas non plus les conditions pour bénéficier de la clause de rattrapage mais que vous avez bien une fin de contrat au régime intermittent dans les 12 mois précédant votre demande de réexamen à partir du 1er septembre 2021, vous aurez très probablement le droit soit à l'Allocation de Professionnalisation et de Solidarité (APS) ou à l'Allocation de Fin de Droits (AFD) car, exceptionnellement, Pôle emploi recherchera 507 heures d'intermittence aussi loin qu'il le faudra dans le temps et y compris en assimilant des heures qui avaient déjà servi à ouvrir vos anciens droits ! Voici la notice concernant ces allocations.

 

► La clause de sauvegarde

Si vous avez eu quelques contrats au régime général et quelques contrats au régime intermittent sur une période de 24 mois (36 mois pour les plus de 53 ans) avant le 1er septembre 2021 et qu'en tout ça représente les conditions minimum pour une ouverture de droits au régime général (actuellement 610 heures minimum), vous pourrez alors ouvrir des droits au régime général pour quelques mois (actuellement 4 mois) à un montant journalier d'environ 30€. (paragraphe 4 de l'article 65 du règlement d'assurance chômage).

 

A ce propos, n'ayez pas d'inquiétude de basculer au régime général si vous avez eu quelques contrats hors spectacle. D'abord parce qu'il n'y aura pas de réexamen automatique après le 31 août 2021, le réexamen se fera uniquement si vous le demandez à Pôle emploi, donc si vous craignez une ouverture de droits au régime général vous pourrez vérifier votre situation avant de demander un réexamen. Mais surtout il y a toujours la règle de l'activité habituelle (paragraphe 7 de l'article 65 du règlement d'assurance chômage), si vous avez les conditions pour ouvrir de nouveaux droits au régime intermittent alors peu importe vos contrats au régime général.

 

► Le maintien des droits jusqu'à la retraite à taux plein

Vous avez atteint l'âge de 62 ans avant l'échéance du 31 août 2021 ? Alors vous pouvez peut-être souffler en bénéficiant du maintien de votre indemnisation jusqu'à pouvoir bénéficier d'une retraite à taux plein, il faut toutefois réunir plusieurs conditions. (paragraphe 2 de l'article 9 des annexes VIII et X)

 

► L'aide de fin de droits

Si jamais au 1er septembre 2021 vous n'aviez aucune fin de contrat dans les 12 derniers mois et que vous ne pouvez ainsi bénéficier d'aucune nouvelle indemnisation, sous conditions de ressources de votre foyer vous serez alors probablement concerné·e par le RSA mais vous pourrez également percevoir un versement unique de 324€ au titre de l'aide de fin de droits.

 

 Le bonus des périodes de formation et des contrats d'enseignement

Si vous avez suivi une formation avant le 1er septembre 2021 et que vous vous étiez désinscrit·e de Pôle emploi le temps de cette formation, vous pourrez bénéficier de l'assimilation des heures de formation (dans la limite de 338 heures) pour la recherche des 507 heures d'intermittence. (paragraphe 1 de l'article 3 des annexes VIII et X) Il faudra toutefois qu'il y ait eu au moins une fin de contrat au régime intermittent après la dernière formation. Si dans votre parcours professionnel vous avez cumulé au moins 5 ouvertures de droits à l'intermittence, vous pouvez potentiellement bénéficier d'aides financières pour votre formation dans le cadre du Fonds de Professionnalisation et de Solidarité. En mai 2020 l'AFDAS avait annoncé un assouplissement exceptionnel des conditions d'obtention d'un financement de formation mais ces mesures ont pris fin dès août 2020.

 

Si vous avez eu des contrats d'enseignement technique ou artistique avant le 1er septembre 2021, le décret de l'année blanche prévoit un renforcement de l'assimilation de ces heures de contrats pour la recherche des 507 heures : jusqu'à 140 heures d'enseignement (170 heures pour les plus de 50 ans) pourront être exceptionnellement assimilées. (paragraphes 1 et 2 de l'article 3 du décret)

 

Quid des primo et néo accédants ?

En matière d'indemnisation, la seule disposition exceptionnelle pour celles & ceux qui n'avaient pas encore ouvert de droits à l'intermittence au 1er mars 2020 est la prise en compte des 3 mois de confinement (de mars à mai 2020) pour l'allongement de la période d'affiliation, autrement dit la recherche des 507 heures se fait dans ce cas sur 15 mois au lieu de 12.

Sur les 2 ou 3 dernières années, vous avez peut-être aussi cumulé suffisamment d'heures d'intermittence pour bénéficier d'une ouverture de droits au régime général au titre de la clause de sauvegarde comme il est expliqué dans cet article du blog.

Des fonds de soutien ont aussi été créés pour apporter un petit subside à celles & ceux qui n'avaient pas pu ouvrir des droits à temps. Il y a notamment le FUSSAT et l'aide mise en place par Audiens et Netflix.

 

En conclusion

Comme on l'a vu, pour sécuriser les mois qui suivront le 1er septembre 2021, un contrat à l'été 2021 pourrait bien représenter un contrat en or mais gare à la bidouille, le Service Prévention des Fraudes (SPF) de Pôle emploi sera probablement très attentif aux contrats sur cette période... Nous aborderons d'ailleurs prochainement sur ce blog les méthodes parfois très douteuses employées par des agents de Pôle emploi services dans le cadre d'un contrôle.

 

En attendant, il n'est pas utile de surcharger Pôle emploi services de mails ou d'appels téléphoniques pour savoir si de nouvelles dispositions vont être prises pour l'après 31 août 2021 puisque c'est le Gouvernement qui décidera d'éventuelles nouvelles mesures et dans ce cas elles seront aussitôt présentées sur le site de Pôle emploi dédié aux professionnels du spectacle. Mais comme une nouvelle année blanche représenterait plusieurs centaines de millions d'euros supplémentaires non-compensés par des cotisations en forte baisse, on peut imaginer que le Gouvernement attendra le dernier moment avant de se prononcer en fonction de l'évolution du contexte sanitaire...

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Théâtre : à Avignon, la chair des mots contre la mort

Théâtre : à Avignon, la chair des mots contre la mort | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Fabienne Darge dans Le Monde du 24 octobre 2020

 

Ecrit par Valère Novarina et mis en scène par Jean Bellorini, « Le Jeu des ombres » a ouvert avec grâce la Semaine d’art en Avignon ce vendredi 23 octobre.


Qu’elle fut étrange, cette soirée d’ouverture de la Semaine d’art en Avignon, vendredi 23 octobre. Avignon en octobre, sans ce soleil du midi qui découpe le monde en contours nets, sans le plein air, sans la Cour d’honneur du Palais des papes, Avignon en automne, sous une pluie fine et sous couvre-feu. Mais Avignon quand même, le théâtre retrouvé : les trompettes de Maurice Jarre ont bien retenti avant que ne commence le très beau spectacle signé par Jean Bellorini, ce Jeu des ombres au titre évocateur, qui fut applaudi longuement et avec ferveur, à l’issue de la représentation.

 

A l’origine, Le Jeu des ombres devait faire l’ouverture du festival, début juillet, dans la Cour d’honneur du Palais des papes, un festival qu’Olivier Py, son directeur, avait voulu placer sous le signe d’Eros et Thanatos – dieux de l’amour et de la mort –, bien avant que l’on entende parler d’un nouveau virus mortel. La mort et l’amour baignent ce spectacle inspiré par le mythe d’Orphée et Eurydice et dont Jean Bellorini a commandé le texte à Valère Novarina, notre plus grand poète dramatique vivant.

 

Pour Novarina, « la plus profonde des substances, la plus miroitante, la plus précieuse des étoffes, la très vivante matière dont nous sommes tissés, ce n’est ni la lymphe, ni les nerfs de nos muscles, ni le plasma de nos cellules, ni les fibres, ni l’eau ou le sang de nos organes, mais le langage. La langue est notre autre chair vraie ». Et chez lui, ce langage semble lui-même un organisme vivant en perpétuelle effervescence, recomposition, arborescence, prolifération, recréation.

Spectacle captivant

Autant dire que c’est une relecture très libre du mythe que livre l’auteur. L’histoire d’Orphée allant chercher Eurydice aux enfers, pour la perdre à nouveau, est une nouvelle occasion de mâcher la chair de la langue, de pétrir et repétrir la glaise des mystères de la vie et de la mort, de la création et du néant. Cette partition poétique, Jean Bellorini l’entrelace avec des extraits de L’Orfeo, de Monteverdi, chantés en direct sur la scène, qui recentrent en douceur ce Jeu des ombres vers le voyage d’Orphée et Eurydice.

Le drame est dans le langage, dans la musique, dans la manière dont le spectacle lui-même fait opérer l’art et la poésie comme principes de vie face à la mort

Cet alliage, auquel s’ajoutent des chansons populaires ou foraines, aurait pu donner un spectacle bancal. Et pourtant, on se laisse captiver, sans se poser trop de questions, par la grâce de la poésie scénique, de l’atmosphère qui se crée sur le plateau. Un plateau qui est comme une bouche d’ombres, le noir sous-sol des enfers qu’éclairent des dizaines de servantes, ces lampes sur pied qui veillent, la nuit, sur les théâtres déserts. Un plateau plongé dans la nuit que traverse un rail de feu – image splendide –, flammes des enfers ou de la création, tandis qu’Orphée chante son amour perdu, par la voix divine du jeune chanteur Ulrich Verdoni.

Bien sûr il ne faut pas chercher ici de personnages et de dialogues au sens classique du terme, et d’histoire à raconter. Le drame est dans le langage, dans la musique, dans la manière dont le spectacle lui-même fait opérer l’art et la poésie comme principes de vie face à la mort, sans jamais forcer sur le message, qui pourrait être lourdement appuyé dans le contexte actuel. Ce qui est mis en acte, sur le plateau, c’est la création d’un monde par la parole, une parole magnifiée par la musique, la lumière, le mouvement – le chorégraphe Thierry Thieû Niang collabore à la mise en scène.

« Fermer les paupières du monde »

Il est, ce drame, dans la « chair parlante » qu’est l’homme, qui crée le monde en le nommant, fragment par fragment, couleur par couleur, lieu, créature, brindille ou caillou. Une « chair parlante » dont la représentation exacte est le comédien de théâtre. Et ces comédiens, ici, sont merveilleux, ils arrivent à rendre extraordinairement vivante et concrète cette langue de Valère Novarina.

 

 

François Deblock et Karyll Elgrichi caressent avec un charme fou leurs figures d’Orphée et Eurydice, ils dansent avec la mort, elle avec sa robe de mariée, lui avec son costume dessiné à même la peau comme un squelette. « J’irai tracer au compas la limite qui est invisible entre naître et n’être pas », dit-il. « Je vais fermer les paupières du monde », dit-elle. Les morceaux de bravoure langagiers ne manquent pas, comme celui, étourdissant, qui voit l’acteur Marc Plas énumérer une flopée de conceptions de Dieu, de saint Augustin à Antonin Artaud en passant par Serge Gainsbourg ou Hubert-Félix Thiéfaine. Valère Novarina glisse la sienne, au passage : « Dieu est la quatrième personne du singulier. »

Ivresse de la perte

En contrepoint, Aliénor Feix chante, merveilleuse elle aussi, cette musique céleste de Monteverdi. Où est le monde des morts, où est celui des vivants ? Quel est ce monde où les vivants ne sont que des ombres ? Le spectacle de Jean Bellorini se rapproche doucement de nos rivages actuels. Alors qu’il s’achemine vers la fin de son poème dramatique, Valère Novarina se lance dans de longues listes d’herbes, d’arbres, d’animaux, où apparaît notamment un pangolin, qui était venu se glisser dans son texte bien avant que cet étrange animal écailleux ne s’invite dans l’actualité.

 

Mais cette ivresse accumulative du langage, alors, semble avoir changé de nature, comme si elle était devenue une ivresse de la perte. La parole de ce mangeur « de la chair de l’arbre qui fait parler » qu’est Novarina n’est plus là pour créer le monde, ou se délecter de sa richesse inépuisable, mais pour faire revivre ce qui n’est plus, ou risque de ne plus être. « La mort n’a rien à dire », affirme, à un moment, un de ces forains de la métaphysique. Tout est dit ? Peut-être pas, puisqu’on est encore là pour le dire.

 

 

« Le Jeu des ombres », de Valère Novarina (Editions P.O.L, 272 pages, 17 euros). Mise en scène : Jean Bellorini. Semaine d’art en Avignon, La FabricA, jusqu’au 30 octobre, à 17 h 30. Tarif unique 15 euros.

Puis tournée jusqu’à fin mai 2021, notamment : du 7 au 22 novembre au Théâtre Les Gémeaux de Sceaux, et du 14 au 29 janvier 2021 au TNP de Villeurbanne.

 

Fabienne Darge (Avignon, envoyée spéciale)

 

Légende photo : Karyll Elgrichi lors de la répétition générale du « Jeu des ombres », jeudi 22 octobre, à La Fabrica, à Avignon. CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE

 

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"Le feuilleton d’Avignon" de Bruno Tackels, un documentaire radiophonique sur France Culture

"Le feuilleton d’Avignon" de Bruno Tackels, un documentaire radiophonique sur France Culture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Bruno Tackels sur la page des Fictions de France Culture

feuilleton créé en 2006, rediffusé à l'occasion de la Semaine d'art en Avignon en octobre 2020

 

Ecouter l'émission en ligne (2h)

 

 

Ce théâtre que je fais, il cherche à s’inscrire dans l’histoire sociale, tout simplement. Et si sur cet immense terrain où se déroulent les querelles du monde ma place est misérable, c’est à cette place et à cette place seule que je tiens" Jean Vilar, créateur du Festival d'Avignon en 1947.

 

La 74 ème édition du Festival d’Avignon a été réduite à néant comme l’écrit son directeur Olivier Py à cause de l’épidémie de covid. Désireux de sauver au moins symboliquement ce qui pouvait l’être de la programmation de juillet 2020, le directeur du Festival a souhaité revenir à l’origine, à cette semaine d’art qui fonda au cœur de l’automne 1947 le Festival. Cette semaine d’art était une idée de poète comme dit Bruno Tackels, l’idée d’un metteur en scène Jean Vilar, d’un poète, René Char et d’un collectionneur d’art, Christian Zervos. Car tout a commencé à Avignon par une exposition d’art contemporain réunissant les plus grands artistes de l’époque, de Chagall à Picasso, Klee, Kandinsky, Léger, Matisse … et par une provocation. A l’invitation de Zervos d’accompagner cette exposition par la reprise d’un spectacle, Jean Vilar répondit par la proposition de trois créations montées en quelques jours. Et ainsi est né le désir d’Avignon chez  "le patron" , Jean Vilar , qui réussit à convaincre les élus de lui offrir la cour du palais des papes et y installer des chaises pour les spectateurs et un plateau pour les acteurs.

 

A l’occasion de la semaine d’art réimaginée par Olivier Py, du 23 au 31 octobre, nous avons souhaité vous raconter l’histoire du Festival d’Avignon et vous proposer en nouvelle diffusion , le feuilleton d’Avignon, une histoire sonore composée par Bruno Tackels et Jacques Taroni en 2006, à partir de lectures, d' archives, et de courtes interview.  Voix historiques et voix contemporaines se côtoient pour raconter 60 ans de festival. Composé à l’origine de 20 épisodes, nous arrêterons ce soir l’histoire de la nuit avignonnaise à 1968, année charnière dans l’histoire du Festival, cruelle pour Jean Vilar et nous commencerons donc au tout début,  à l’automne 1947. 

 

 

Car comme l’écrit Roland Barthes : 

 

C’est donc d’Avignon - l’hiver que tout a germé : de rien, de la pierre, du silence d’un arbre. Ce qu’Avignon a donné à Vilar, ce n’est pas un lieu privilégié, un site prestigieux, suant de spiritualité. Heureusement non : c’est un lieu simple, froid, naturel, disponible, au point que l’homme, et le surgissement du spectacle hors d’une matière sans voix et sans complicité. Avignon a été la voix naturelle du théâtre populaire, parce que Avignon est un lieu sans mensonge où tout est remis entre les mains de l’homme. Il n’est que de passer la tête, un jour d’hiver, par la grosse porte de bois qui ferme la cour du festival, pour saisir qu’au théâtre aussi les hommes sont seuls et qu’ils peuvent tout.

Réalisation : Jacques Taroni

 

Avec  Jacques Bonnaffé, Hugues Quester, Jean-Marc Hébert, Agnès Sourdillon, Jean-François Sivadier, Georges Wilson, Michaël Lonsdale, Denis Podalydès, Bruno Sermonne, Dominique Reymond, Bérangère Bonvoisin, Anne Alvaro, Genevière Page, Nicolas Bouchot,  Georges Wilson, Michel Galabru, Samuel Perche, Valérie Lang

 

Equipe de réalisation Philippe Bredin, Elise Leu, Alexandra Malka, Noélly Pellegrin

 

Merci à Alain Trutat, Laure Adler, Colette Fellous, Lucien Attoun, Alain Veinstein pour les extraits de leurs émissions

Merci à la Maison Jean Vilar pour son aide pour la recherche des archives.

 

 

Légende photo : Jean Vilar, créateur du festival d'Avignon, en 1967 Crédits : Keystone-France - Getty

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Une heure à l’écoute de Marguerite Duras en play Bach  : La vie matérielle au Théâtre des Quartiers d'Ivry

Une heure à l’écoute de Marguerite Duras en play Bach  : La vie matérielle au Théâtre des Quartiers d'Ivry | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan - 23/10/2020

 

L’actrice Cécile Coustillac lit des pages de « La vie matérielle » de Marguerite Duras entrecoupées au violon par Marieke Bouche jouant des extraits de sonates et partitas de Johann Sebastien Bach.

 

Ce n’est ni un salon de musique, ni la salle de lecture d’une bibliothèque, mais cela tient des deux. C’est un recoin de la vaste et magnifique Manufacture des Œillets d’Ivry où tout un mur est tapissé par les livres appartenu à l’ancien et défunt directeur des lieux Adel Hakim ( direction partagée avec Elisabeth Chailloux).Une petite table, un pupitre non pour les partitions musicales ( la violoniste Marieke Bouche n’en a pas besoin) mais pour les textes extraits de La Vie matérielle de Marguerite Duras qui vont être lus par l’actrice Cécile Coustillac qui les sait pour l’essentiel mais préfère mettre en scène leur lecture.

 

L’ouvrage est un livre composite, écrit et publié chez Pol en 1987 (aujourd’hui en Folio) il y a plus de trente ans déjà, à partir d’entretiens avec le cinéaste et écrivain Jérôme Beaujour. Comme une conversation au long cours à partir de laquelle Duras écrira des textes plus ou mois courts, parfois assez longs, en donnant un titre à chacun. Trouville et les Roches noires, Yann le dernier amour, les animaux, le rapport entre les hommes et les femmes (pages qui ont mal vieilli dans un monde en mouvement), l’alcool, l’Asie de l’enfance, les livres de sa vie, etc. Cela va de Le dernier client de la nuit à Les forêts de Racine en passant par Le steak vert ou La femme de Walesa. Avec des pas de côté comme ces précis d’écriture durassienne que sont L’homme menti et Le train de Bordeaux, ou encore cette nouvelle parfaite écrite à partir d’un fait divers : Le coupeur d’eau, l’un des derniers textes que dit l’actrice qui a choisi une dizaine de titres sur la cinquantaine que comprend l’ouvrage.

 

« Je vais faire du théâtre cet hiver et je l’espère sortir de chez moi, faire du théâtre lu, pas joué. Le jeu enlève au texte, il ne lui apporte rien, c’est le contraire, il enlève de la présence au texte, de la profondeur, des muscles, du sang. Aujourd’hui je pense comme ça. Mais c’est souvent que je pense comme ça. Au fond de moi, c’est comme que que je pense au théâtre. ».Même si elle ne pensera pas toujours comme ça, ces lignes de Duras extraites de La vie matérielle semblent avoir servi de ligne dramaturgique principale à l’actrice qui toujours revient à la page après s’en être éloignée. « Ce livre nous a fait passer le temps. Du début de l’automne à la fin de l’hiver » se souvient Duras en préambule. Aujourd’hui les mots de Marguerite nous accompagnent pour effeuiller le couvre-feu

 

 

Théâtre des quartiers d’Ivry, du mer au ven19h, sam 15h et 19h, dim 16h, jusqu’au 1er nov.

 

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Joséphine B., écrit et mis en scène par Xavier Durringer. Avec Clarisse Caplan et Thomas Armand.

Joséphine B., écrit et mis en scène par Xavier Durringer. Avec Clarisse Caplan et Thomas Armand. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello - 23 octobre 2020



Joséphine B., écrit et mis en scène par Xavier Durringer. Avec Clarisse Caplan et Thomas Armand.

Xavier Durringer raconte au public de la Scène Parisienne l’extraordinaire destin de la mythique Joséphine Baker, et les combats de sa vie contre toutes les formes d’intolérance et de discrimination – des sujets d’actualité.

Joséphine Baker, née à Saint-Louis dans le Missouri en 1906, éteinte à Paris en 1975, est danseuse, chanteuse, actrice française d’origine américaine. 

Issue d’une famille très modeste, elle doit travailler tôt, en tant qu’aînée, à des tâches ménagères peu rémunérées pour subvenir aux besoins des siens qui lui ravissent le peu d’argent qu’elle gagne. Elle n’a qu’une idée en tête, partir et s’extraire de son milieu, en un temps où les Noirs sont discriminés.

Clarisse Caplan, très à l’aise sur le plateau, joue, danse et chante la figure mythique féminine, n’hésitant pas sur le plateau, accroupie, à essuyer le sol d’une serpillère, un seau à proximité, pour dénoncer l’asservissement initial.

La parole est distribuée alternativement entre l’interprète de Joséphine Baker et Thomas Armand, sorte de Monsieur Loyal qui fait le récit de sa protégée et commente sa vie mouvementée. Or, en même temps, celui-ci joue les rôles masculins et féminins plus ou moins sympathiques qui ont entouré la diva, dansant au même rythme que l‘artiste féminine, en duo, chantant a capella.

Le comédien occupe la scène quand la danseuse disparaît quelque temps, ce qui fait que le public reste aux aguets, intrigué de tant d’élan et de souffle.

Les débuts de Joséphine Baker dans la comédie musicale la mènent de Broadway à Philadelphie et en France pour une tournée des Black Birds (1925) : la Revue nègre présentée au théâtre des Champs-Elysées. 

Les exigences des cabarets et des revues en France ne sont pas celles des Etats-Unis, plus rigoureuses. Pratiquement nue – ses reins sont entourés d’une corolle de bananes-, Joséphine Baker danse sur des rythmes inconnus – le charleston… – et utilise son corps triomphalement et librement – contorsions, galbe du corps, science du geste gracieuse et élégante : succès et scandale, à la fois. (Louis- Jean Calvet, Encyclopedia Universalis).

Elle commence, en 1927, à chanter – voix de soprano et accent américain.

La chanson comme La Petite Tonkinoise – paroles de Henri Christiné, musique de Vincent Scotto -, un vieux succès de Colin qu’elle remet à la mode, et la chanson J’ai deux amours – paroles de Géo Koger et Henri Varna, musique de Vincent Scotto -, créée au Casino de Paris en 1930, font sa griffe, jusqu’à de rares passages à l’Olympia dans les années 1960.

Clarisse Caplan incarne, avec à la fois passion et humour, la triomphante étoile de la Revue nègre présentée à Paris en 1925, au corps magnifique, à la voix mélodieuse, possédée par le démon du rythme et de la danse, devenant le temps de la représentation, une image légendaire étincelante.

Après la Seconde Guerre mondiale, pour laquelle elle s’est engagée dans la Résistance auprès des forces françaises, obtenant la Légion d’Honneur et la Croix de Guerre avec palmes, Joséphine Baker reprend sa carrière, et s’impose enfin aux Etats-Unis, malgré la discrimination raciale.

Clarisse Caplan et Thomas Armand font revivre avec un sourire amusé le rythme endiablé des années 1920 – Charleston et Lindy Up. Un spectacle pétillant que deux interprètes radieux incarnent avec force – chants, danses, déclamation -, faisant revivre une époque, à travers non seulement un corps féminin librement déployé mais encore l’engagement politique et social d’une conscience oeuvrant pour le droit des minorités – les Noirs, les femmes…

Véronique Hotte

Théâtre de la Scène parisienne, 34 rue Richer 75009 – Paris, jusqu’au 3 janvier 2021, du jeudi au samedi à 19h, le dimanche à 15h. Tél : 01 40 41 00 00.

 

Légende photo : Crédit photo : Pascal Gély.

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Olivier Py : « A Avignon, la Semaine d’art est très attendue »

Olivier Py : « A Avignon, la Semaine d’art est très attendue » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par  Rosita Boisseau et Guillaume Fraissard pour Le Monde 23/10/2020

 

 

Le directeur du Festival se réjouit, dans un entretien au « Monde », de l’impatience du public à venir découvrir les sept spectacles programmés du 23 au 31 octobre.

 

Après l’annulation du Festival d’Avignon, en avril, Olivier Py, metteur en scène et directeur de la manifestation, a réussi à construire une exceptionnelle Semaine d’art en Avignon, avec sept spectacles programmés entre vendredi 23 et samedi 31 octobre.

 

 

Lire le focus : Une Semaine d’art en Avignon à la Toussaint

 

La ministre de la culture ­Roselyne Bachelot a annoncé de nouvelles aides financières pour le spectacle vivant, ­secteur sinistré. Quelle est l’importance de cette ­Semaine d’art dans le contexte actuel ?

Elle est d’abord un signe pour la ville d’Avignon déjà sinistrée. C’est la cinquième ville la plus pauvre de France et l’annulation de la manifestation a été un coup terrible avec une perte estimée à 100 millions d’euros. Le festival n’a, quant à lui, pas de soucis financiers. Nous avons reçu nos subventions 2020. Les billets à la vente sont partis très vite, et on n’en aura sûrement pas assez. On sent une envie très forte du public de revenir dans les salles. Il sera plus local que pendant le mois de juillet où seulement 35 % des spectateurs sont de la région, mais ce lien est précieux à conserver.

 

Lire le compte-rendu : 115 millions d’euros pour soutenir le spectacle vivant et le cinéma confrontés aux conséquences du couvre-feu

 

 

A Avignon, la Semaine d’art est très attendue par les équipes, les artistes et la ville. A ceci près que nous suivons les normes et n’aurons que 5 000 places au lieu de 10 000 et c’est très dommageable. Mes seules inquiétudes sont la mise en place de nouvelles contraintes sanitaires ou que des artistes aient le Covid-19, qu’ils soient tenus d’annuler.

Pour quelles raisons avez-vous choisi pour ce rendez-vous exceptionnel le titre de Semaine d’art, nom de la première semaine imaginée, en 1947, à Avignon, dans le cadre de laquelle Jean Vilar fut programmé, et que va devenir le festival que l’on connaît ?

Ce titre est venu impulsivement. Ce n’est d’ailleurs pas tellement moi, mais mes collaborateurs qui s’en sont emparés avec évidence. En 1947, cette Semaine d’art en Avignon avait d’ailleurs lieu en automne et était pluridisciplinaire. Je suis revenu à la source en quelque sorte, et aussi à Jean Vilar, qui est mon maître à penser. Il n’a jamais commis d’erreur politique. Même en 1968, il ne nie pas la légitimité du mouvement des artistes et refusera de mettre en scène un opéra commandé par de Gaulle. A chaque fois que le festival est attaqué, j’ai une phrase de lui qui me vient. En ce moment, ce serait par exemple : « Donnez-nous un autre monde et je vous donnerai un autre théâtre. » Le théâtre n’est pas responsable de tout ce qui se passe dans le monde, il ne peut pas raccommoder la fracture sociale, mais il peut en être un peu le remède.

 

 

Lire la tribune d’Olivier Py : « La culture n’est pas un luxe mais un devoir impérieux »

 

Comment avez-vous bâti cette programmation resserrée avec seulement sept spectacles ?

Annuler quarante-sept spectacles en avril, c’est douloureux. On a pu en sauver sept, à l’affiche dans une quinzaine de salles, et en reporter une dizaine sur l’édition 2021. J’étais très fier d’ouvrir la manifestation avec de la danse dans la Cour d’honneur. C’est un deuil de ne pas avoir pu le faire. Pour le reste, ç’a été un Rubik’s Cube. Certains spectacles n’ont pas été répétés ni créés ; les artistes n’étaient pas toujours libres.

 

Lire le portrait : La marionnettiste Yngvild Aspeli à l’assaut de la baleine de « Moby Dick »

En ce qui concerne l’élaboration de l’édition 2021, tenez-vous compte de la crise sanitaire dans vos projections ?

Le Festival 2021 est construit et fini. Nous travaillons évidemment sur l’éventualité de devoir jouer devant des demi-jauges. On aurait du mal, la ville comme les artistes, à se remettre d’une seconde annulation. Certaines compagnies sont presque en situation de banqueroute et, pour les aider, nous avons décidé d’augmenter les moyens de production pour les spectacles. Nous avons reçu l’intégralité de nos subventions 2020 pour un festival qui n’a pas eu lieu. Notre budget aurait dû être de 14 millions d’euros en 2020, et il est en définitive de 9,4 millions après une perte d’exploitation – billetterie, mécénat, tournées – de 4,6 millions, suite à l’annulation : cela avec une équipe de trente-trois permanents. Nous avons payé tout le monde, artistes, intermittents et saisonniers, ainsi que les compagnies qui ne pouvaient pas être reprogrammées. Une partie de nos mécènes continue à nous soutenir.

 

Lire le récit : Comment le Festival d’Avignon fait face aux conséquences de l’annulation

 

Est-ce que la crise sanitaire influence les artistes dans leur création ? Avez-vous pu voir et constaté des changements et des nouveautés, dus au Covid-19, dans les spectacles ?

J’aimerais vous dire oui ! J’aimerais qu’il y ait une victoire de l’art et de la poésie sur la fatalité, mais je n’en ai pas l’impression. La réalité est tout de même très dure. On a quand même expérimenté des choses cet été, comme, par exemple, les cent événements du programme audiovisuel Un rêve d’Avignon, en partenariat avec les chaînes de l’audiovisuel public, France Télévisions, Arte, France Culture et RFI. On a décidé, pour la Semaine d’art, d’un tarif unique et solidaire à 15 euros : nous n’avons pas un public de riches. En novembre, nous distribuerons deux mille billets gratuits pour que les jeunes puissent assister, à La Fabrica, au spectacle Le Joueur de flûte, de Joachim Latarjet, qui aurait dû être présenté cet été également. Ce ne sont que quelques exemples pour contrecarrer la fatalité.

Votre contrat à la tête du Festival d’Avignon va-t-il être prolongé jusqu’en 2022 ?

C’est le souhait de la ministre de la culture, Roselyne Bachelot. Il y a d’ailleurs beaucoup d’autres directeurs d’établissement qui sont dans le même cas que moi. En ce qui me concerne, il faut attendre le conseil d’administration qui se réunit début décembre. Il s’agit d’envisager ma succession, d’y travailler pour qu’elle soit bien faite, que la passation de pouvoir se fasse en douceur, compte tenu des difficultés de la fonction. Que la nouvelle présidente du conseil d’administration soit Françoise Nyssen, ex-ministre de la culture, est une bonne chose, car c’est elle qui devra assumer cette passation.

 

Lire l’entretien avec Roselyne Bachelot : « L’Etat n’abandonnera personne »

Quel bilan tirez-vous des états généraux des festivals qui ont eu lieu les 2 et 3 octobre, à Avignon, à l’initiative de Roselyne Bachelot, et dont vous attendiez beaucoup ?

J’ai été très heureux de ce qui s’est passé pendant ces deux jours. Ces états généraux sont pour moi comme le troisième acte de la décentralisation que j’appelle de tous mes vœux. Après la seconde guerre mondiale, le Festival d’Avignon a été le premier à inviter la décentralisation dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Il faut rappeler l’importance d’un service public de la culture et celle des festivals sur les territoires. La décentralisation se réinvente elle aussi avec des manifestations comme celle du Nouveau Théâtre populaire, dans le Maine-et-Loire.

 

Lire le compte-rendu : A Avignon, Roselyne Bachelot annonce cinq millions supplémentaires pour les festivals

 

 

Les festivals sont un moteur économique, mais ils ont aussi un rôle social en créant du lien. Cet aspect est inspirant. Je suis très attaché au travail que nous menons, par exemple dans les collèges et les lycées, mais aussi en milieu carcéral. Quant au budget supplémentaire de 5 millions pour les festivals, il faut le souligner, car ce n’est pas souvent qu’un plan de relance de cet ordre se fasse. L’augmentation de 5 % du budget de la culture est exceptionnelle quand on est resté si longtemps au chiffre de 1 % du budget de l’Etat. Quant au nombre des festivals, qui serait de 5 000 en France, non, il n’y en a pas trop. La France reste une exception culturelle.

Avez-vous continué à écrire pendant cette période difficile ?

Au début, j’ai été tétanisé. Je ne pouvais rien faire, ni lire ni écrire. Mon énergie spirituelle était totalement prise par l’annulation. Ensuite, j’ai travaillé sur un scénario pour un film sur la mort de Molière. Retour au père fondateur dont j’ai relu toutes les pièces et aussi des biographies. Le Covid-19 et la mort au théâtre étaient aussi présents. Pour la première fois, j’ai eu beaucoup de temps. Au lieu d’écrire pendant mes trajets en train ou les vingt minutes de coupure pendant les répétitions, j’ai pu profiter de ce temps, et cela a été une expérience très bénéfique pour moi. Je ne veux pas avoir l’air indécent, mais j’ai pu lire et écrire. J’ai commencé de nouvelles pièces de théâtre, mais, pour l’an prochain, je finirai ma mise en scène d’Hamlet, sur laquelle je travaille depuis trois ans et qui est une grosse production avec des élèves de l’Ecole régionale d’acteurs de Cannes et Marseille.

La culture a été contrainte de se réinventer. Comment voyez-vous votre avenir après Avignon et quel rôle aimeriez-vous endosser ?

La culture et le théâtre populaire se sont toujours réinventés ! Personnellement, j’ai plein d’idées pour l’avenir. Je ne sais pas du tout si j’aurai envie de diriger une maison après Avignon, mais je n’ai pas peur de l’avenir, car j’ai un très beau passé.

 

 

Légende photo : Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon, au cloître Saint-Louis, à Avignon, le 16 octobre. OLIVIER METZGER / MODDS POUR « LE MONDE »

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Ödön von Horvath par René Zahnd, Editions Ides et Calendes, Collection Le Théâtre de ****.

Ödön von Horvath par René Zahnd, Editions Ides et Calendes, Collection Le Théâtre de ****. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Présentation par Véronique Hotte dans son blog Hottello - 20 octobre 2020


Ödön von Horvath par René Zahnd, Editions Ides et Calendes, Collection Le Théâtre de ****, environ 128 pages, 10 €.

Aux éditions Ides et Calendes – Lausanne, Suisse -,  Le Théâtre de **** est une collection de référence consacrée aux auteurs de théâtre. Les directeurs de la collection, Hélène Mauler et René Zahnd, proposent une série d’ouvrages servant d’introduction intelligente à la vie et à l’oeuvre d’un auteur de théâtre, une bibliothèque idéale pour les amateurs et professionnels de théâtre. Plus d’une quinzaine d’auteurs, d’Eschyle à Vinaver, sont parus, dont Büchner, Pasolini, Tchekhov, Beckett, Césaire, Duras, Maeterlinck et Synge…

Cet automne 2020, paraissent quatre grands auteurs incontournables – Henrik Ibsen, Luigi Pirandello, Max Frisch et Ödön von Horvath, celui-ci faisant l’objet de ce présent article.

René Zahnd est l’auteur d’une quinzaine de pièces de théâtre, les plus récentes publiées chez Actes Sud – Papiers. Son travail de traducteur, mené le plus souvent en collaboration avec Hélène Mauler, a débouché sur une trentaine de titres (Brecht, Dürrenmatt, Dorst, Mayenburg…) C’est dans ce cadre qu’il s’est passionné pour Ödön von Horvath, donnant de nouvelles versions françaises de cinq de ses pièces, parues chez L’Arche Editeur.

Ce livre, l’un des rares en français consacrés à cet auteur majeur, aborde les grandeurs et les secrets d’une oeuvre qui ne cesse de résonner dans le monde d’aujourd’hui, abandonnant derrière elle « la petite musique d’une fascinante mélancolie ».

                                           Un fils de son temps

Le 1er juin 1938, une tempête s’abat sur Paris, Ödön von Horvath, âgé de 37 ans, est tué sur les Champs-Elysées par une branche cassée. il sortait d’un cinéma, après avoir vu Blanche -Neige et les sept nains de Walt Disney. Sa fin tragique reflète les textes qui nous interrogent, des titres de profession de foi poétique : Casimir et Caroline, Légendes de la forêt viennoise, Foi, amour, espérance, Don Juan revient de la guerre, Nuit italienne…

Enfant de la Mitteleuropa, attaché à sa langue allemande comme à une patrie, Horvath assiste avec stupeur à la montée des nationalismes et des extrémismes : le dialogue est l’essence de l’humanité. A travers l’écriture et le théâtre en particulier, l’écrivain témoigne des injustices, des scandales, des lâchetés, mais aussi des beautés existantes.

Son oeuvre singulière est faite de fulgurances poétiques, d’ambiances et de mouvements, de lumières et de couleurs. Développant un art du fragment et de la fresque dramatique, il dessine le destin d’êtres, de femmes en particulier, saisis dans les convulsions d’une société déboussolée, celle de l’Europe qui vacille au bord de tous les abîmes.

Selon cette excellente biographie et étude menée par René Zahnd sur l’oeuvre de Ödön von Horvath, inscrite en pleine République de Weimar, l’écrivain hongrois germanophone suscite un intérêt qui dure, inépuisable, non seulement à travers les thèmes qu’il aborde, le chômage, l’inflation, la prostitution, le suicide, la fracture sociale, la lâcheté, l’hypocrisie, la montée des extrémismes, l’impact des lois et de la justice sur la vie des gens, l’absurdité de certaines hiérarchies – des sujets qui résonnent dans notre actualité.

Mais l’auteur s’impose encore à travers une écriture qui traverse le temps, nourrie d’un humour mordant, une poésie imprégnée de mélancolie, une recherche sur le langage, une habileté diabolique à jouer avec les genres et les codes, des innovations dans le découpage dramaturgique, une aptitude à restituer une galerie de personnages.

Au contraire de son glorieux contemporain, Bertolt Brecht, et de son approche dialectique, Horvath opte pour une attitude empirique et intuitive.

Tout commence dans la Mitteleuropa, qui est bien davantage qu’une « Europe centrale » aux contours mal définis. Pour les historiens, cette appellation recouvre les territoires occupés par l’Empire autre-hongrois, rayé des cartes en novembre 1918. Un univers où les peuples s’entremêlent, un kaléidoscope de cultures et d’influences, un lent carrousel ethnique où les langues se fertilisent les unes les autres, à tel point que l’imaginaire collectif pare ce monde de mille qualités rares. Le rêve d’une Europe des Lumières, l’aboutissement d’une société cosmopolite, un mélange détonant d’intellectualisme et d’hédonisme. L’enchantement de l’évocation de Vienne 1900 balaie jusqu’au souvenir du naufrage de violence dans lequel la ville sombre dès les premiers jours de l’Anschluss.

A cette époque, poètes, écrivains, artistes, penseurs et observateurs prennent conscience de la richesse et du potentiel d’un territoire qui s’est développé hors de tout contrôle : la ville. Chef-lieu des chansonniers et des cabarets, ville d’une folle activité nocturne, Berlin dont l’univers coloré est peint par Otto Dix ou Georges Grosz, est aussi le siège de l’UFA

, le plus grand cinéma de l’entre-deux-guerres, où travaillent notamment Lubitsch, Lang, Pabst et Murnau, sans compter les journaux édités, les salles de concert et de théâtre.

Deux figures de la modernité s’épanouissent à Berlin, Max Reinhardt et Erwin Piscator, celui-ci étant un pionnier du théâtre politique. Berlin est une capitale de l’art dramatique, le théâtre s’intéresse au mouvement de la « Nouvelle Objectivité », et nombreuses sont les pièces qui traitent des questions sociales, politiques, économiques et morales.

Von Horvath choisit de s’installer à Berlin pour « fuir la tranquillité et s’attacher au devenir d’une nouvelle conscience sociale ». La relation de l’être à la multitude est un thème récurrent de son oeuvre, la négation de l’individu étant le signe des dictatures.

Dans Sladek ou l’armée noire (1928), le protagoniste est un soldat de son temps, des années 1923, entre Woyzeck de Büchner et le Chveïk de Hasek, un représentant de la « classe 1902 », pubère à la Grande Epoque, pendant la crise et l’inflation – un type sans traditions, un déraciné auquel manquent de solides fondements et qui devient le prototype du suiveur. Sans être véritablement un meurtrier, il commet un meurtre.

1929 est une date charnière pour la République de Weimar : la première échéance du paiement des réparations de guerre, fixée au 1er septembre 1928, puis le krach de Wall Street, marquant la fin de l’embellie de quelques années pour l’Allemagne. La crise économique provoque une montée fulgurante du chômage, qui passe de 1,3 million de personnes en 1928 à plus de 6 millions en 1932, soit près de 30% de la population active.

Klaus Mann écrit : « L’amertume du chômeur ne résulte pas tant du désespoir dû à la baisse de son niveau de vie – même si c’est ce dont il prend le plus tôt conscience – que de la souffrance bien plus profonde et légitime de ne plus pouvoir participer. Tout se déroule sans lui, au-dessus de sa tête, dans l’indifférence la plus cruelle. Voilà ce qu’il trouve insupportable. » 

Et l’écrivain de conclure : « Et lui qui par nature n’est ni bon ni mauvais pourrait devenir terrible et tout casser si on lui demandait de rester encore longtemps assis là, les bras croisés. Il est très difficile de savoir si, à l’origine, il était plus proche de faire le mal que le bien. Ce qui est sûr, c’est qu’à la longue, il aimera mieux faire le mal que ne rien faire… »(Contre la barbarie, 1925-1948, Phébus, 2009).

                                 Le regard du peuple sur le monde

Une tradition autrichienne privilégie le Volksstück, la « pièce populaire », s’adressant non seulement au peuple mais le représentant sur scène,  un divertissement pur et simple. 

Et au tout début des années 1930, von Horvath définit ainsi trois de ses pièces majeures – Nuit italienne, Légendes de la forêt viennoise et Casimir et Caroline. La quatrième – Foi amour espérance s’accompagne de la mention « Petite danse de mort ». Des pièces populaires du terroir, au meilleur sens du terme – questions et préoccupations du peuple.

Or, la notion de « peuple » – ni catégorie ethnique ni catégorie nationale – exige des précisions quand elle tente, hier comme aujourd’hui, de cerner une catégorie sociale. Ce « peuple », historiquement constitué d’artisans, d’ouvriers, de paysans, de travailleurs divers, a évolué au fur et à mesure des changements politiques. Pour le dramaturge, l’Allemagne et les autres Etats européens se composent à 90% de petits-bourgeois accomplis ou refoulés : les petits-bourgeois sont la classe la plus représentative du temps.

Dans son « Mode d’emploi », l’auteur évoque chez le petit-bourgeois la mise en place d’un  « jargon cultivé » mal assimilé qui traduit un désir d’intégration et d’ascension sociale – jargon marxiste, politique, psychanalytique, banal, plein de clichés. Soit l’incapacité à développer son propre discours, soumis au plus fort, croit-on, et bientôt aux totalitarisme. 

L’auteur renvoie dos à dos la molle démission des Républicains et le délire fasciste.

Légendes de la forêt viennoise voit ses couples se défaire pour se reformer, une comédie mordante et caustique. La pièce – une satire contre la petite-bourgeoisie en général, incapable de rire d’elle-même, fait scandale en Allemagne, de façon moindre en Autriche.

En exergue : « Rien ne donne autant le sentiment de l’infini que la bêtise humaine. »

Pour décor, la rue viennoise, un quartier quotidien – boucherie, magasin de magie, tabac : la rue est un spectacle en soi. Le grand sujet de la pièce, dans une société vivante et foisonnante, est le sort réservé à la femme quand le pouvoir appartient aux hommes. Marianne, prisonnière d’une éducation patriarcale, a voulu se libérer mais elle finira sa vie dans le mariage, «  la mort la plus lente qui soit ».

Casimir et Caroline prend pour cadre un autre espace référentiel de la culture populaire, l’Oktoberfest de Munich, une tradition née en 1918, appelée en France la Fête de la Bière. Casimir fait partie des 10 millions de chômeurs de l’année 1932.

Au départ, Casimir aime Caroline qui aime sans doute Casimir. Mais une fois à la fête, ils ne parviennent pas à se libérer. Les deux sont sans travail et lui considère cette situation comme une tare rédhibitoire – la perte de son emploi marque la fin de leur liaison, croit-il.

La pièce à l’audace structurelle se compose de 177 séquences, le dramaturge use de la technique cinématographique du découpage – des scènes très courtes et rapides, parfois.

L’auteur alterne le focus accordé à des scènes simultanées – marques de la modernité.

L’Oktoberfest est l’exutoire de toutes les frustrations, le peuple s’y évade à bon compte.

A cette fête foraine, on voit des monstres dont un présentateur se charge de faire l’article, servant d’intermédiaire entre le public du théâtre forain et la représentation des phénomènes – intermédiaire entre le public venu voir la pièce et la scène du théâtre forain.

La quatrième pièce marquante de ce début des années 30, Foi amour espérance (allusion à l’Epître aux Corinthiens de saint Paul) permet à Horvath l’exploration de nouvelles ressources structurelles : l’histoire qui débute au printemps et s’achève à l’automne – ellipses, résonances d’un tableau à l’autre, construction, progression et évocation.

La pièce montre la justice ou plutôt l’injustice des disparités sociales, « le combat gigantesque entre l’individu et la société, cette éternelle tuerie qui ne saurait déboucher sur aucune paix – au mieux, un individu savoure ici ou là pendant quelques instants l’illusion du cessez-le-feu ». Du monde impitoyable, les plus vulnérables ne se sortent pas.

Le 30 janvier 1933, est nommé au poste de Chancelier le chef du groupe parlementaire le plus puissant, Adolf Hitler. Tout était planifié depuis des années pour cette prise de pouvoir – coup d’état, révolution. Les événements se précipitent, le 27 février 1933, le Reichstag est incendié. L’attentat fournit au nouveau pouvoir un prétexte pour suspendre les libertés individuelles, donnant à la répression contre les partis de gauche une apparence légale. En mars, est créé le ministère de l’Information et de la Propagande, englobant le domaine culturel, confié à Joseph Goebbels.

Pour Hitler, et depuis 1924, le théâtre fait partie « des symptômes de déclin d’un monde en train de lentement pourrir ». Après 1933, face à la montée de l’intolérance et à la violence étatique, c’est par milliers que des personnalités qui consacrent leur existence à l’art, à la poésie, à la pensée sont jetées sur les routes de l’exil, contraints ou par choix.

Pour Horvath s’ouvre une période délicate – perte de repères et changements fréquents de domicile, épisodes dépressifs. Rétif à toute forme d’engagement collectif, il refuse de participer à toute publication parlant politique. Comme Stefan Zweig, il choisit le repli. 

Il revient à Berlin pour retrouver son statut d’auteur en vue, hostile pourtant au régime national-socialiste, à son idéologie et à sa vision du monde. Les deux pièces les plus abouties durant cette période datent de 1936 et ont pour point commun de s’inspirer de mythes littéraires, Figaro et Don Juan, Figaro divorce et Don Juan revient de guerre.

La première pièce, créée en 1937 à Prague dans une version très édulcorée, se développe autour des deux thèmes principaux de l’émigration et la révolution. 

Le traumatisme de l’exil – problèmes quotidiens et blessures profondes – est évoqué; et la dégradation personnelle, le désordre mental à tous points de vue que provoque le fait d’être jeté sur les routes. Le thème de l’émigration est plus clair que celui de révolution. S’agit-il de 1789 ou bien toute révolution dont on peut se réclamer, comme le Führer lui-même appelait la prise de pouvoir par le nationalisme ? A cette confusion des révolutions s’ajoute la fait que Figaro, malin et bon prince, prône la grande réconciliation.

                                                 Le désenchantement

Entre 1934 et 1936, Horvath termine Don Juan revient de guerre, pièce jouée à Vienne en 1952. Meurtri par la guerre, hanté par un amour idéalisé, accablé par le remords, l’homme aux mille conquêtes n’est plus que l’ombre de lui-même, un spectre qui rôde dans une réalité de ruines et de désolation – un homme pour trente-cinq personnages féminins.

Dans un monde où les hommes sont devenus rares, fauchés par le bourbier de la Grande Guerre ou par l’épidémie de grippe espagnole, les femmes sont obligées de prendre en charge la société civile. Une telle situation favorise l’émancipation et, ici, les femmes ne sont plus seulement des « demoiselles », victimes des mécanismes du patriarcat marchand, ou des « petites-bourgeoises » qui se reposent sur les lauriers de leur mariage.

On croise des actrices, des prostituées, des artisanes d’art, des religieuses, des lesbiennes, des mondaines, une militante communiste, des adolescentes, des enfants…

Dans ce gynécée, le héros représente en quelque sorte le mâle déchu. Le troisième acte de la pièce s’achève en forme de conte, intitulé « Le bonhomme de neige ». 

L’engrenage conduit à la perte de Don Juan, accusé de viol par une jeune fille, poursuivi comme un criminel et achevant son voyage tout seul, peu à peu recouvert de flocons sur la tombe de sa fiancée – la fin du roman Un Fils de notre temps, de la même période.

S’impose la relation entre le froid extérieur et le froid intérieur, due à la faute commise par Don Juan avant la guerre et son impossible réparation – comparaison du destin d’un héros épuisé et de celui d’une Allemagne exsangue, rongée par la culpabilité. La société est menacée de mourir de froid, sans pouvoir ne rien sauver, et glisse sans vie vers le néant.

La pièce reflète les années 20/30, entre espoir et pragmatisme, ascension des fascismes et des progrès sociaux. Un glissement s’est produit d’un cynisme initial à un final teinté de mélancolie, d’un contexte de barbarie à une échappée poétique – démission ou désarroi.

 

Véronique Hotte / Hottello

La véritable patrie reste l’esprit, attiré aussi par les sciences occultes et le surnaturel.

Les pièces maîtresses de Horvath révèlent une pertinence aigüe et une force poétique, admirées par Rainer Werner Fassbinder,  Christa Wolf, Thomas Bernhard, Heiner Müller. 

Dans les années 1960 et 1970, les grands théâtres institutionnels s’emparent de l’oeuvre.

Légendes de la forêt viennoise a été produite au Schauspiellhaus de Zurich dans la mise en scène de Michel Kehlmann en 1964 et à la Schaubühne de Berlin dans une mise en scène de Klaus Michael Grüber en 1972, avec Bruno Ganz, Edith Clever, Jutta Lampe… et au Burgtheater de Vienne dans une mise en scène de Otto Shenk, en 1974.

Peter Handke écrit, dans un texte qui désaxe totalement la pensée théâtrale occidentale : « Les pièces de Brecht proposent une simplicité et un ordre qui n’existent pas. Pour ma part, je préfère Ödön von Horvath, son désordre et sa sentimentalité dépourvue de maniérisme. Les égarements de ses personnages me font peur : il pointe avec bien plus d’acuité la méchanceté, la détresse, le désarroi d’une certaine société. Et j’aime ses phrases folles, signes des sauts et des contradictions de la conscience. Il n’y a guère que chez Tchekhov ou chez Shakespeare que l’on en trouve de semblables. » (J’habite une tour d’ivoire, Christian Bourgois, 1992 – édition allemande,1972).

En 1967 paraît chez Gallimard un volume de trois pièces traduites par Renée Saurel, puis Hans Schwarzinger se fait le promoteur de l’oeuvre de Horvath, en dirigeant un Théâtre complet en six volumes à L’Arche. Les spectacles se succèdent à Paris, en province, en Suisse, dans des mises en scène orchestrées par Yvon Davis, Jacques Nichet,  André Engel, Laurent Pelly, Jean-Louis Hourdin, Alain Françon, Jean-Paul Wenzel, Emmanuel Demarcy-Mota, Jacques Osinski, Christophe Rauck, Yan Dacosta, Guy-Pierre Couleau…

La comédie humaine que l’auteur envisageait d’écrire à la fin de sa vie, raconte René Zahnd, il l’a réalisée dans son corpus dramatique. Les voix et les présences qui peuplent ses pièces dénoncent, avec une politesse désespérée, le sort réservé aux femmes.

Elles se moquent des tics de langage et de tous ceux qui relaient les idées toutes faites, elles s’insurgent contre le poids des conventions. Elles élèvent le petit-bourgeois au rang d’archétype du genre humain. Elles font de l’ironie une forme de poésie et du désarroi une forme d’élégance, transformant les fêtes populaires en laboratoires des pulsions enfouies.

Tout un programme que l’ouvrage de René Zahnd révèle avec acuité et belle passion.

Ödön von Horvath par René Zahnd, Editions Ides et Calendes, Collection Le Théâtre de ****, environ 128 pages, 10 €.

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Le metteur en scène bisontin Guillaume Dujardin condamné à deux ans de prison ferme pour agressions sexuelles

Le metteur en scène bisontin Guillaume Dujardin condamné à deux ans de prison ferme pour agressions sexuelles | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 

Par Christophe Mey, France Bleu Besançon, France Bleu   -  21 octobre 2020

 

Le tribunal judiciaire de Besançon a condamné ce mercredi le metteur en scène et professeur de théâtre bisontin Guillaume Dujardin à 2 ans de prison ferme et 2 ans avec sursis. Il était poursuivi pour agressions sexuelles, chantage sexuel et harcèlement sexuel sur d'anciens étudiants et étudiantes.

Quatre ans de prison, dont deux ans assortis d'un sursis probatoire, c'est la peine prononcée ce mercredi par le tribunal judiciaire de Besançon à l'encontre de l'homme de théâtre bisontin Guillaume Dujardin. Le metteur en scène, fondateur du festival de Caves à Besançon, a été reconnu coupable d'agressions sexuelles, harcèlement sexuel et chantage sexuel sur des étudiants. Des faits commis entre 2014 et 2017 alors qu'il était professeur de théâtre à l'université de Franche-Comté.  

 

Neuf anciennes étudiantes et un ancien étudiant s'étaient portés partie civile lors du procès le 7 octobre dernier au cours duquel le procureur de la République de Besançon Etienne Manteaux  avait requis cette même peine de 4 ans de prison dont deux ans ferme, il a donc été suivi par le tribunal à un détail près :  Guillaume Dujardin a été relaxé des accusations concernant l'une des jeunes femmes. Il devra indemniser les 9 autres victimes, pour des sommes allant de 5.000 à 15.000 euros chacune, il a également l'obligation de se soigner, l'interdiction d'entrer en contact avec les victimes, et son nom sera inscrit au FIJAIS (fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles et violentes).

Un jugement historique pour l'avocate des parties civiles

L'avocate des parties civiles, Maître Anne Lassalle, salue un jugement historique pour le monde du théâtre: "c'est la première fois en France qu'un professeur de théâtre est reconnu coupable devant dix parties civiles et j'espère que la décision sera suivie par d'autres juridictions, d'ailleurs des dossiers sortent" note Maître Lassalle, "je pense qu'aujourd'hui c'est le début d'une réelle réflexion que le théâtre doit mener sur son enseignement". Le metteur en scène, qui n'était pas présent à l'audience, a désormais 10 jours pour faire appel du jugement s'il le souhaite, son avocat, Maître Mikaël Le Denmat, s'est refusé à tout commentaire. Si Guillaume Dujardin ne fait pas appel, il sera  prochainement convoqué par la justice pour être écroué.  

 

 

 

Légende photo : L'avocate des victimes Me Anne Lassalle et le procureur de la République de Besançon Etienne Manteaux à la sortie de l'audience. © Radio France - Christophe Mey

 
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Robert Plagnol et Luce Mouchel en direct !

Robert Plagnol et Luce Mouchel en direct ! | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog, le 20/10/2010

 

 

Le comédien Robert Plagnol avait réagi dès le moment du confinement, au printemps dernier. La merveilleuse Luce Mouchel propose elle aussi du théâtre à déguster en direct.

Pas plus compliqué que cela, en apparence. Jouer et se filmer, faire de son appartement un espace scénographié.


Voici l’affiche/communiqué de presse. Toutes les informations sont là !


Evidemment, cela suppose un travail fin et délié. On n’a pas encore pu voir Luce Mouchel qui est non seulement une interprète fine, audacieuse et qui écrit très bien. Mais on a vu dès ses débuts en direct, Robert Plagnol. Et franchement, c’est bluffant car on suit vraiment l’interprète avec passion. Il y a du suspens dans son adaptation d’Andrew Payne de « La Femme de ma vie » et l’on passe un excellent moment de théâtre, seul ou entre amis.

Dès que l’on aura eu le bon créneau pour découvrir Luce Mouchel et son texte « Un petit souffle et j’allais tomber », on vous en parlera d’une manière plus précise. Mais il n’y a pas à hésiter !

 

https://www.directautheatre.com/spectacles

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Avant la retraite de Thomas Bernhard, traduction de Claude Porcell, mise en scène d’Alain Françon.

Avant la retraite de Thomas Bernhard, traduction de Claude Porcell, mise en scène d’Alain Françon. | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello 16/10/2020

 

 

 



Avant la retraite de Thomas Bernhard, traduction de Claude Porcell ( L’Arche Editeur, 1987), mise en scène d’Alain Françon.

Le biographe Hans Höller, auteur de Thomas Bernhard – une vie (L’Arche Editeur, 1994) résume ainsi l’argument de la pièce mise en scène par Alain Françon.

 

Avant la retraite. Une comédie de l’âme allemande (1979), une pièce satirique, se conclut sur une petite fête familiale, célébrée tous les ans pour l’anniversaire d’Himmler. Autour de la table, deux sœurs – Vera et Clara –  et leur frère Rudolf Höller, président de tribunal en République fédérale d’Allemagne, ancien officier nazi reconverti qui s’apprête à prendre sa retraite au terme d’une carrière exemplaire au service du droit et de la justice. Vera éprouve amour et haine pour ce drôle de frère.

 

La pièce se déroule le 7 octobre, jour de la naissance de Himmler, auquel notre héros voue une admiration sans faille. Tout est prêt, l’uniforme, les accessoires, le repas. Or, le bonheur – retour à un passé douteux – ne peut être complet puisque Clara, la sœur paralysée observe les deux autres crûment, sans nulle complaisance.

 

« Rudolf déjà légèrement ivre, en uniforme complet d’Obersturmbannführer SS avec casquette, revolver au ceinturon et bottes à tiges noires, à la table (…) Tous les trois mangent et boivent du champagne allemand ».

 

Au milieu de ce retour orgiaque d’un passé récent dans le plus actuel des présents : « tout va dans notre sens/ il n’y en a plus pour très longtemps/ et finalement nous avons aussi une foule d’autres/ politiciens de premier plan/ qui ont été national -socialistes » – le juge en uniforme de SS s’effondre, totalement ivre : il porte les mains à la poitrine et tombe la tête sur la table ». Profitera-t-il de sa retraite ?

 

La pièce fait par ailleurs allusion à la « retraite » forcée du ministre-président du land de Bade-Wurtemberg, Karl Filbinger, dont on avait découvert l’activité de juge dans la marine sous le nazisme. Sa carrière politique était terminée : celui qui avait fait en sorte que Claus Peymann quitte la direction du théâtre de Stuttgart en le traitant de « sympathisant du terrorisme », est démasqué comme complice des crimes nazis, il dut partir lui-même avant le metteur en scène qu’il avait conspué. 

 

Dans la pièce de Thomas Bernhard, Vera a caché son frère dix ans avant qu’il ne puisse revenir à l’air libre sans qu’on ne l’importune pour son passé… « oublié ».

 

Avant la retraite fait allusion à ce rêve de restauration d’un ordre menacé, dans un prétendu état d’exception qui justifie tous les moyens – le frère et la sœur complices ne cessent de répéter que dignitaires et puissants, sommités politiques et militaires, anciens dignitaires nazis ne pensent qu’à « se débarrasser de l’étranger et du juif ».

 

Des inepties insoutenables qu’ils s’échangent entre eux, sourds au monde.

 

Soit la danse macabre d’une restauration rêvée d’ex-puissances démises.

 

Le juge ne cesse d’attaquer la démocratie et de la nommer « terroriste » : les bombes américaines ont malheureusement détruit une école, à la fin de la guerre – dégâts collatéraux qui ont handicapé la benjamine, rivée à vie à son fauteur roulant.

Clara est de gauche et engagée contre les convictions réactionnaires et iniques du frère et de la sœur aînés, qui vivent aussi, dans leur folie, une relation incestueuse.

 

La pièce est d’un humour ravageur, donnant à entendre l’inouï et l’infâme, les points de vue les plus bas et irraisonnés, formulés contre le peuple et les étrangers, un discours abject qui résonne encore aujourd’hui de ses relents d’extrême-droite.

La prétendue bonne conscience est dévoilée et mise en lumière, sans tabous ni censure, au cours d’un repas familial dans une salle à manger dont les volets et les rideaux sont tirés afin de pouvoir cacher l’inavouable infamie des hommes injustes.

 

Le monde est une scène de théâtre où l’on répète continuellement la même pièce, sans résolution finale – comédie ou tragédie, selon Alain Françon qui cite l’auteur.

 

Toujours est-il que Catherine Hiégel qui ouvre la bal est somptueuse de précision scénique, déclamant, faisant sonner et résonner les paroles odieuses de son frère et d’elle-même qui les répète, à l’aveugle, les ressasse, les contourne, les reprend à vif.

Tandis qu’elle parlemente sans fin, expose et commente sa foi politique et morale, elle s’occupe dans la grande salle de séjour – décor majestueux, à présent désuet et décrépit de Jacques Gabel, sous les lumières Joël Hourbeigt. Une femme d’intérieur n’en finissant pas d’épousseter les meubles et de repasser convulsivement la robe sans pli de dignitaire de la Justice, l’habit de son frère, ou proposant un café à sa sœur qu’elle craint et qu’elle sait moqueuse et ironique, quant à son raisonnement.

André Marcon, tranquille et déterminé, joue son rôle excellemment, vaniteux, satisfait de ses titres et de sa gloire passée, nostalgique, regrettant que ce temps soit révolu.

 

Noémie Lvovsky – Clara – se tait et pourtant elle est fort expressive, quand elle entend les sottises énoncées par le duo infâme qui lui reproche son mépris.

 

Une partition nette et cristalline à la musique étrangement inquiétante et menaçante.

 

Véronique Hotte

 

 

Théâtre de la Porte Saint-Martin, 18 bd Saint-Martin 75010 Paris, nouveaux horaires, le vendredi à 18h, le samedi à 17h, dimanche à 16h. Tél : 01 42 08 00 32.

 

 

 

 

 

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.  © Simon Gosselin-

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Disparition. Ricardo Montserrat, le cœur à l’ouvrage collectif

Disparition. Ricardo Montserrat, le cœur à l’ouvrage collectif | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jérôme Skalski dans L'Humanité - 19/10/2020

 

L’écrivain et dramaturge s’est éteint ce week-end à Concepcion, au Chili, à l’âge de 66 ans. Homme engagé, au singulier comme au pluriel, il avait animé des dizaines d’ateliers de création, afin que ceux à qui on ne donne jamais la parole prennent la plume et s’expriment.

 

« Mon ami, mon camarade, écrivain et dramaturge Ricardo Montserrat avec qui j’ai tant fait et tant échangé est décédé (…) d’un arrêt cardiaque à Concepcion au Chili, où il était parti vivre depuis trois ans », écrit Babouse dans l’hommage que rend le journaliste et dessinateur à celui qui, souligne-t-il, « était de ceux qui redonnent un peu de foi en cette vacharde putassière Humanité. »

 

 

Né en 1954 à Saint-Brieuc de parents antifascistes espagnols catalans exilés en Bretagne, Ricardo Montserrat Galindo se rend au Chili en pleine dictature pour, en tant que professeur de langue à l’Alliance française de Concepcion, s’engager par le théâtre et l’écriture contre le régime de Pinochet.

De Lorient à Roubaix, avec les chômeurs

De retour en France au début des années 1990, il poursuit son engagement par la littérature, le théâtre et le cinéma, avec des œuvres abordant aussi bien le thème de la mémoire politique et historique que celui des résistances sociales. Animateur d’ateliers d’écriture tels ceux qui formèrent la base de la série des Aventures de Nour et Norbert, portée par Colères du présent, il signera une vingtaine d’autres romans écrits en collaboration, dont Zone mortuaire, rédigé avec quatorze chômeurs du quartier Kervenanec de Lorient, qui sera publié en 1997 dans la collection « Série noire », ainsi que Ne crie pas, coécrit avec des salariés privés d’emploi de Roubaix et paru dans la même collection en 2000, qui servira de base au scénario de Sauve-moi, film réalisé par Christian Vincent la même année.

 

« Je suis revenu en France en 1990, après avoir vécu une dictature politique au Chili. Je me suis aperçu que l’on parlait aux chômeurs français de la même manière que la dictature parlait à ses opposants, qu’elle nommait les “antisociaux” : “Taisez-vous, laissez-nous agir, attendez, tout ira bientôt mieux.” Ils étaient considérés comme totalement hors jeu, quasiment morts », expliquait-il à l’Humanité au lendemain de son expérience roubaisienne, le 20 novembre 1999.

Un « accoucheur de mots qui permettait aux gens de se raconter »

« Ricardo a accompagné Colères du présent pendant plusieurs années, notamment sur le volet “éducation populaire” de l’association », explique François Annicke : « Sous son chapeau et de sa petite voix souriante, il savait emmener un groupe dans une aventure d’écriture collective et susciter l’envie d’écrire chez ceux à qui on ne donne que rarement la parole. Se qualifiant lui-même de maïeuticien, d’accoucheur de mots, il permettait aux gens de se raconter et d’imaginer des histoires communes. » « La collection qu’il a créée avec Colères du présent et les éditions Baleine, Nour et Norbert,  a laissé des traces chez de nombreuses personnes qui parlent encore de ce lien fort et original que Ricardo savait nouer avec elles », souligne le coordinateur de Colères du présent. « Tu vas pouvoir retrouver tous ceux qui t’ont manqué si fort même quand ils étaient vivants », écrit pour sa part Reynaldo Montserrat Galindo en hommage à son frère disparu : « Sûr que tu vas leur tendre la main là où leur enfance et leurs rêves se sont cassés, dans les Pyrénées. Va, mon frère, chante avec Neruda et Jara, tu avais déjà rejoint leur pays… et puis Durruti et les écrivains des Brigades internationales, et Blum et Anaïs Nin, et Alfred Jarry. »

 

Vivant à Saint-Malo non loin de Saint-Cast, dormant « tout au fond du brouillard », et de Cancale, où René Vautier passa ses derniers moments, Ricardo Montserrat était retourné au Chili depuis trois ans. Il avait 66 ans. 

 
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Florence Viala :"Mon travail, c'est de déballer tout l'éventail qu'on me donne pour qu'ensuite, le spectateur résolve l'énigme."

Florence Viala :"Mon travail, c'est de déballer tout l'éventail qu'on me donne pour qu'ensuite, le spectateur résolve l'énigme." | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur le site de l'émission d'Arnaud Laporte dans Affaires culturelles, sur France Culture - 13  octobre 2020

 

Sur les planches du Théâtre Marigny dans la pièce "Du Côté de Guermantes", Florence Viala se confie au micro d’Arnaud Laporte sur son métier de comédienne, de son processus de création à ses imaginaires.

 

Ecouter l'émission en ligne (55 mn)

 

Le salon mondain de Guermantes s’invite du côté du Théâtre Marigny. Sur la scène, occupée par la Comédie Française, le réalisateur et metteur en scène Christophe Honoré s’attelle au deuxième opus de "La Recherche du temps perdu" de Marcel Proust : "Du côté de Guermantes". Dans un décor belle époque où les liens se sont et se défont et où les conversations vont bon train, on retrouve la comédienne Florence Viala, cinq-cents troisième sociétaire de la Comédie Française, sous les traits de la Princesse de Parme.  

Vers la Comédie Française

Le théâtre est d’abord une affaire familiale. Après avoir suivi les tournées de son père comédien, Florence Viala en fait une affaire personnelle et prend pour ce faire des cours de théâtre au Centre Dramatique National de Bourgogne à Dijon. Elle y découvre la méthode Lecoq qui l’a durablement marqué. 

D'un seul coup, j'avais la possibilité de parler, de ressentir mais sans que ce soit mes mots à moi. A l'époque, c'était simple. C'était l'école Lecoq donc on travaillait beaucoup sur les animaux, sur les personnages, sur le clown. J'étais un petit peu cachée, mais ça me permettait de faire des choses extravagantes, moi qui étais une petite fille très sage. 

Roger Planchon, en quête d’une Amélie pour la pièce de Feydeau, la remarque alors qu’elle est au Conservatoire de Paris et l’engage sur le projet de la Comédie Française. Occupe toi d’amélie la propulse, elle rejoint officiellement la Comédie française en 1994 et devient sociétaire en 2000. Là-bas, elle fait des rencontres déterminantes et collabore avec des artistes tels que Jean Paul Roussillon, Thierry Hancisse, Robert Wilson, Alain Françon, Lukas Helmeb, Anatoli Vassilliev et Lilo Baur plus récemment. 

 
 
On a toujours un moment où on veut partir. Ça arrive pratiquement à tout le monde. Au bout de dix ans, on en a marre. On se sent piégé et coincé. Et puis, il suffit d'un spectacle qu'on vous propose et ça redémarre. 
 

Les planches comme terrain de jeu

Florence Viala rejouera maintes fois dans des pièces de Feydeau qu'elle affectionne particulièrement. Elle interprète notamment Lucienne dans Le Dindon monté par Lukas Hemleb (2003), Lucette dans Un fil à la patte de Jérôme Deschamps (2011), ou encore Marcelle dans L’Hotel libre échange d’Isabelle Nanty (2017). Elle a également animé un atelier sur le dramaturge pour les élèves des cours Florent à propos duquel elle nous en dis plus ...

Lesjeunes en général ont une image de Feydeau très vieillotte, pas du tout contemporaine, une image passée d'un théâtre pas très intéressant et puis d'un petit ronron, d'une voix qu'on prend, et qu'on réutilise. Je leur dis que non, ce sont de vraies personnes. Commencez par ce qu'il y a écrit, par la ponctuation. Il faut travailler le texte comme n'importe quel texte. Et puis ensuite, on est sur la situation: Qu'est ce qui se passe? Quel est le rapport? N'allez pas dans une musique. Maintenant, une fois que vous avez trouvé la base juste, vous montez tous les curseurs. Et ça y est, Feydeau arrive, mais il faut partir quelque chose d'une situation véritable et de personnes véritables. 

Entre toutes ses autres pièces, qui sont nombreuses, on a notamment pu la remarquer dans le personnage de Flaminia dans La double inconstance de Marivaux (2015), dans le rôle de Mirandolina dans La Locandiera (2018), ou encore en nounou meurtrière dans Chanson douce adapté par Pauline Bayle (2019). En plus de la reconnaissance du public, Florence Viala a été nommée trois fois aux Molières. Elle s’illustre également devant la caméra, pour la télévision comme le cinéma.

 

Je suis fascinée par la machine humaine. 

 

 

Son actualité : « Le côté de Guermantes » d'après Marcel Proust. Adaptation et mise en scène Christophe Honoré. Nouvelle production, au Théâtre Marigny à Paris du 30 septembre au 15 novembre. Avec Claude Mathieu, Anne Kessler, Éric Génovèse, Florence Viala, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Gilles David, Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux, Laurent Lafitte, Rebecca Marder, Dominique Blanc, Yoann Gasiorowski.

Sons diffusés pendant l'émission : 

  • Jacques Lecoq évoque l’ouverture de son école, au micro de François Billetdoux, sur France Culture, le 6 novembre 1966.
  • Entretien de Florence Viala par Catherine Ceylac dans le JT de France 2, le 11 septembre 1994. 
  • Roger Planchon au micro de Ludovic Dunod dans "Pièces détachées", sur France Inter le 25 décembre 1994.
  • Valérie Dréville au micro d'Arnaud Laporte dans l'émission "Tout Arrive", sur France Culture le 23 avril 2007. 
  • Extrait du film “César et Rosalie” de Claude Sautet, 1972.
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