L’état réel de l’économie des États-Unis | Pierre-André Fontaine | Scoop.it

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L’état réel de l’économie des États-Unis

 

Dans un article précédent, nous avons suggéré que les statistiques du PIB des USA n’étaient pas fiables et que l’économie états-unienne se porte mal, beaucoup plus mal que les propos lénifiants des médias du système. En ce début d’année 2015, il convient de faire le point sur l’état réel de l’économie états-unienne.

 


Chômage de masse

 

Le nombre d’allocataires de bons d’alimentation, en clair des chômeurs dans l’incapacité pratique de vivre par eux-mêmes de leur travail, a continué d’augmenter. Il est 2,5 fois plus élevé que dans les 30 années précédentes et approche les 50 millions d’habitants.

 

On peut également noter que la durée du chômage a également doublé. Le nombre de personnes inactives, restant en dehors du marché de l’emploi, ne cesse d’augmenter et qu’il dépasse maintenant les 90 millions d’habitants.

 

Les USA s’enorgueillissent d’être le pays de la libre entreprise. Jusqu’à une époque récente, le solde entre les créations et les fermetures d’entreprises était positif. En moyenne, il y avait 100 000 entreprises supplémentaires chaque année, les nouvelles étant plus nombreuses que les défuntes. Depuis 2008, le solde est négatif et se situe maintenant entre -50 000 et -100 000 fermetures.

 

En résumé, on peut dire que la situation de l’emploi est mauvaise aux USA parce qu’il y a de moins en moins d’emplois, et aussi de moins en moins d’entreprises.

 

Je ne suis pas le seul à noter que le PIB états-unien est officiellement annoncé en hausse alors que le salaire médian est en baisse continue depuis 1999. Je continue de m’étonner de ce mystère.

 

Pour ajouter une note positive, il faut préciser que le secteur pétrolier est l’un de ceux qui créent des emplois, qui plus est, bien payés, alors que les autres secteurs (all-non-farm) sont en moyenne plutôt en berne.

 


Baisse du niveau de vie moyen


Globalement, le niveau de vie aux USA est en baisse et la médiane séparant les 50 % les plus pauvres des 50 % les plus riches est en baisse. Elle se situe au niveau des années 1960.

 

Notons, à titre d’exemple, que les ventes de MacDonald sont en baisse depuis mi-2012.

 


Comprendre la crise des subprimes de 2007

 

Une étude statistique de grande ampleur concerne l’ensemble des 3 144 « counties » (comtés) et renseigne sur l’année où le revenu médian est passé par son maximum dans le comté en question.

 

Le revenu médian maximum a été atteint il y a moins de 15 ans dans la moitié est des USA et il y a entre 25 et 45 ans dans le tiers ouest.

 

En 1ère approximation, et en mettant de côté les exceptions locales, ce sont les deux grandes régions des USA qui souffrent le plus de la baisse du niveau de vie médian.

 

De façon détaillée, le revenu médian maximum a été atteint :

 

— il y a 1 an dans 380 comtés, soit 12 % d’entre eux.

— il y a 2 à 5 ans dans 213 comtés, soit 7 %.

— il y a 6 à 15 ans dans 1 623 comtés, soit 52 %.

— il y a 16 à 25 ans dans 141 comtés, soit 4 %.

— il y a 26 à 35 ans dans 572 comtés, soit 18 %.

— il y a 36 à 45 ans dans 210 comtés, soit 7 %.

 

 

Cette étude met en évidence le fait que la fameuse « crise de 2007 » ne date pas de 2007, mais a en réalité commencé plus tôt, il y a environ 15 ans, au début des années 2000.

 

Si l’on s’intéresse maintenant à l’évolution de la richesse par quartiles, c’est-à-dire en divisant la population en quatre quarts égaux, on voit que la crise de 2007 a été précédée par un autre décrochement. On observe à partir de 2005 une baisse spectaculaire de la richesse du quartile le plus pauvre. En clair, 1 Américan sur 4, appartenant au quartile le plus pauvre, a vu sa richesse divisée par 4, une baisse de 75 %.

 

Cette baisse spectaculaire de 75 % de la richesse des plus pauvres à partir de 2005 permet de comprendre la mécanique de la crise des subprimes, qui est une crise en deux temps. 

 

Pour des raisons qui restent à déterminer, l’emploi est structurellement mauvais aux USA depuis 2000. Les travailleurs les plus pauvres ont été apparemment les premières victimes de cette dégradation. Dans un 1er temps, les banques ont prêté à ces pauvres, qui ont été incapables de rembourser ces prêts pourris, dits subprimes.

 

Dans un 2e temps, l’onde de choc provoquée par l’écroulement du pouvoir d’achat du quartile le plus pauvre s’est propagée entre 2005 et 2007 au reste de l’économie états-unienne, générant une déflagration en 2007 et 2008, en particulier dans le secteur bancaire.

 


La crise politique de l’ultralibéralisme

 

Le résultat de la crise en deux temps révélée en 2007 est que plus de la moitié des habitants des USA est maintenant moins riche qu’en 1984, trente ans plus tard.

 

Tout se passe comme si les mesures mises en œuvre par Reagan au début des années 1980 avaient dans un premier temps apporté un certain nombre de bienfaits : chute du communisme soviétique, hausse de l’économie, emploi amélioré, etc.

 

Mais dans une nouvelle période initiée dans les années 1990, l’économie états-unienne est devenue une machine à drainer les richesses vers une minorité infime. En effet, seul 0,01 % de la population américaine a vu sa richesse s’accroître, et ce de façon exponentielle.

 

On met ici le doigt sur une question qui n’est pas économique, mais politique. Une ultra-minorité de 0,01 % des habitants accapare de façon rapace la richesse du pays, alors que la majorité de la population s’appauvrit. Est-ce normal ?

 

 

 

Par FORTUNIN REVENGÉ - medias-presse.info – le 23 janvier 2015

 


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Via Koter Info