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June 23, 2022 5:55 AM
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Un accompagnement global pour l'autonomie des personnes réfugiées

Un accompagnement global pour l'autonomie des personnes réfugiées | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Viltais est une association dont le siège social est situé à Moulins (Allier). Elle compte notamment un pôle « réfugiés » et un pôle « asile », avec des Centres d'Accueil pour Demandeurs d'Asile (CADA) et des Hébergements d'Urgence pour Demandeurs d'Asile (HUDA). Dans la Creuse, elle déploie le dispositif #NP4R. Valérie Nekaz, éducatrice spécialisée, et Aurélie Salat, professeur de FLE forment le binôme d’intervention, en collaboration avec Kumran Kargal, chargée de relation entreprise. Le #NP4R est lauréat du PIC « IPR ».

 

Quelle est l’origine de #NP4R ?

En 2019, l'association a souhaité répondre aux problématiques que rencontrent les personnes réfugiées, pour accéder au travail et au logement. L’intérêt du programme NP4R était de proposer un accompagnement global de ces jeunes pour lever tous les freins en même temps, tout en s'inscrivant sur des territoires ruraux.

 

C’est une action d’insertion professionnelle spécifique ?  

L’association Viltaïs porte deux programmes d'insertion professionnelle dédiés aux publics réfugiés : Booster et #NP4R. Ce dernier est déployé physiquement sur la Creuse, mais nous accueillons des personnes originaires d’autres départements et régions et nous orientons sur d’autres territoires.

 

Nous avons une convention avec le Lycée des Métiers du Bâtiment de Felletin qui nous met des locaux à disposition et donne la possibilité à nos jeunes de faire des immersions dans leurs formations, afin de valider ou non une orientation professionnelle. Le Greta du Limousin est également présent sur site avec ses formations aux métiers du bâtiment. Nous hébergeons les personnes accompagnées, dans des logements sociaux où nous pouvons accueillir 12 personnes.  

 

Comment se déroule #NP4R ?

Le programme débute par une phase collective de 10 semaines à Felletin. Dès leur arrivée, les jeunes suivent des séances de français langue étrangère à visée professionnelle et participent à des activités telles que du bénévolat sur une structure locale, des visites de centre de formation et d’entreprises... Ils sont immergés dans le français et doivent suivre un planning précis. Ils nous disent leur satisfaction, d’être « occupés » et ne plus être dans « l’attente » que la journée passe. Pendant cette période, nous intervenons aussi pour lever tous les freins administratifs qui subsistent, comme l’inscription à Pôle emploi, la sécurité sociale, etc. En même temps, nous repérons des freins d’autre nature et valorisons les compétences repérées.

 

Que se passe-t-il ensuite ?

Après 10 semaines, le projet professionnel est censé être défini. Ensuite c’est un suivi individuel de 6 mois, avec recherche active de stages en entreprise ou au centre de formation. Nous poursuivons parallèlement l’accompagnement administratif, social, éducatif. Nous recherchons des sorties en formation professionnelle adulte ou en alternance afin que les personnes aient des ressources qui favorisent leur autonomie. Nous avons eu quelques sorties en emploi direct. Dès que le parcours d’insertion professionnelle est sécurisé, nous recherchons un logement ou un hébergement à proximité du lieu de formation ou de travail. L’action simultanée sur l’emploi et le logement et le socio-éducatif est une vraie plus-value. Nous connaissons leur situation globale et cela nous permet de construire des parcours « sur mesure ». Cela dit, nous avons aussi des échecs et des démissions.

 

Comment trouvez-vous les jeunes que vous accompagnez ?

Le prérequis pour rentrer dans l'action, c’est d’être bénéficiaire de la protection internationale. Viltais est un nouvel opérateur sur les territoires d’intervention, il a fallu à la fois présenter le projet et l'association aux prescripteurs, qui devaient être les opérateurs du service public de l’emploi et les structures d’accueil des personnes réfugiées, qui ne proposent pas de service d'accompagnement global. Il se trouve que nous avons plutôt eu des prescripteurs qui agissent sur l’hébergement, de type CADA ou Centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS).

 

Quel est le profil de ce public ?

La spécificité des personnes réfugiées, c'est leur difficulté à comprendre les rouages de l'administration française. Elles ont besoin d’une meilleure connaissance des attentes des employeurs ou des pré requis pour une entrée en formation. Elles sont très souvent dans des stratégies de survie, dans une résolution de problème à très court terme, elles ont besoin de gagner de l'argent vite. Certaines ne comprennent pas pourquoi elles doivent faire un stage de 15 jours plutôt que d’aller travailler au noir en région parisienne.

 

Les principaux enjeux sont vraiment l’adaptabilité, la compréhension du système dans lequel elles vivent, la posture qu’on doit avoir quand on signe un contrat de travail et apprendre à se projeter dans une vie future. Le rapport au temps dans notre société, la nécessité d’anticiper la plupart des actes de la vie quotidienne, les exigences du marché du travail, sont des éléments difficiles à appréhender…

 

A partir de quand débute le travail sur le projet professionnel ?

Dès le premier jour. Nous leur présentons notre équipe, on leur explique où ils sont et pour quoi faire. Ils savent d’emblée qu'ils sont là pour l'insertion professionnelle. Quand une personne ne parle pas du tout le français, on sait qu’on sera loin du but à la sortie du programme. Mais tout ce qu'on travaille avec elle pourra l'aider dans son insertion professionnelle. On sème des graines qui pousseront plus tard. On n'a pas 100% de réussite, ils prennent ce qu'ils peuvent au moment où ils sont avec nous. L’accompagnement sur le NP4R fonctionne comme un couteau suisse : on a une palette de moyens et d’outils, de savoir-faire que l’on utilise de manière très individualisée pour être au plus près des besoins des personnes.

 

Comment abordez-vous ce travail ?

Nous partons du projet du jeune, parce que nous pensons que c’est ce qui fonctionne le mieux à long terme. Mais quand la demande est un peu « hors sol », qu’il n’a pas les prérequis en français ou en mathématiques, par exemple pour le métier d’électricien, on lui dit que, compte tenu de son niveau actuel, ça n’est pas possible. On cherche alors des solutions qui font appel à ses compétences et qui peuvent se rapprocher du métier visé. Pour des personnes qui n’ont pas d’expérience et pas de projet, nous commençons par des visites d’entreprises et de centres de formation adultes en métiers du bâtiment, agriculture, restauration collective…

 

Les jeunes signent une convention à leur arrivée ?

Oui, parce que lire un règlement, le comprendre et donner son accord en signant un contrat, ça les prépare à l'insertion professionnelle. Et si de temps en temps il y a un problème d’horaire, on reprend le contrat et on leur rappelle leurs engagements. En tout cas arriver à l'heure, savoir pourquoi on vient, attendre la consigne, la comprendre et l'accepter, respecter un planning, tout ça fait partie de l’insertion professionnelle.

 

Quels sont les résultats de #NP4R ?

Nous sommes loin des objectifs fixés initialement, de 10 promotions de 12 personnes. Nous n’avons pas eu les prescriptions prévues, parce que je pense que le dispositif n'était pas repéré correctement par les partenaires, principalement dû au fait qu'il y a un tel millefeuille d’actions que les travailleurs sociaux s’y perdent. Ils travaillent sur les priorités de leurs bénéficiaires, et si un dispositif d'insertion professionnelle n’arrive pas au bon moment dans l’accompagnement de la personne, il est mis de côté. C’est normal, les structures prescriptrices croulent sous le travail et je pense que c'est systémique.

 

Plus généralement, je trouve que 8 mois pour sortir une personne d'une situation de logement et d'emploi précaire, l’accompagner sur tout l’aspect administratif, c’est trop juste. Il faudrait 18 mois entre l’entrée en formation et la recherche de logement, avant de passer le relais aux travailleurs sociaux de droit commun. Beaucoup de ces personnes auraient besoin de bénéficier plus longtemps d’un accompagnement spécifique, tout comme d’autres publics d’ailleurs.

 

La majorité des personnes accompagnées sont satisfaites. Elles trouvent un sens au fait de bénéficier de cours de français quotidiens qui les préparent à leur insertion professionnelle. Avec le collectif, elles ont le sentiment de progresser plus rapidement. Cet apprentissage quotidien, couplé à l’accompagnement social global, les sécurise et leur permet de faire progresser leur situation sur différents plans (santé, administratif, mise en relation avec le monde du travail, recherche de logement).

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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November 18, 2021 4:16 AM
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Découvrir un nouveau métier, le modèle AVEC

Découvrir un nouveau métier, le modèle AVEC | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Margaux Dupont est directrice de l’antenne de Bordeaux de l’association Action Emploi Réfugiés (AERé). Elle coordonne les programmes d’Accélération Vers l’Emploi et la Carrière (AVEC), lauréats de l’appel à projets national du PIC « Intégration Professionnelle des Réfugiés », qui visent à favoriser l'insertion professionnelle des personnes bénéficiant de la protection internationale. Dernier né, le programme AVEC « Stratifieur ».

 

Comment est né « AVEC Stratifieur » ?

 

Pour ce programme spécifique, nous étions au préalable en lien avec plusieurs intervenants autour du métier de stratifieur, dont l’organisme de formation IFI Peinture, le chantier naval Couach (Gujan Mestras) et l’agence d’interim Domino Missions. En faisant connaissance d’IFI Peinture, nous leur avons présenté nos programmes AVEC : formation technique, cours de français (avec l’Alliance Française), et accompagnement individuel et collectif des participants. Compte tenu des besoins de Couach en matière de recrutement et de formation, et la motivation des différents acteurs pour offrir des solutions au public réfugié, nous avons décidé de lancer un programme sur le métier de stratifieur avec ces différents acteurs.

 

Donc ce programme a été réellement coconstruit en fonction des besoins du terrain, et des possibilités de mettre en place un groupe dans un temps assez court, puisque nous avons commencé à en parler en mai pour un début de formation en juillet. Il a fallu être assez réactif pour saisir cette occasion de monter un programme qui pourrait profiter au public réfugié et aussi à l’entreprise. Dans l’idée que ce soit du gagnant-gagnant.

 

Quelles sont les différences avec les précédents programmes ?

 

La nouveauté est que les participants signent un contrat de professionnalisation d’une durée d’un an. Sur cette année, 19 semaines sont consacrées à la formation, qui inclut : la formation technique assurée par IFI Peinture dans les locaux de Couach, des temps de Français Langue Etrangère à Bordeaux avec l’Alliance Française, et des ateliers collectifs avec AERé sur le marché du travail en France, sur certains aspects administratifs ou encore sur la mobilité avec Wimoov ou la gestion budgétaire avec l’UDAF 33. Il y a aussi un accompagnement individuel pour déceler les freins et difficultés de chaque personne, et les orienter dans leurs démarches en matière de logement, de mobilité, ou autre.

 

Tous les programmes AVEC suivent la même logique, mais là on a un volume d’heures plus important. 210 heures pour le français et les ateliers collectifs contre 85 en moyenne dans les autres programmes. On peut aller plus en profondeur sur certains aspects. Les moments de formation ne sont pas sur un rythme de 3 semaines/une semaine, mais sur des blocs : un mois de formation pour commencer, ensuite deux mois en entreprise, pendant lesquels les stagiaires intègrent les équipes au sein de l’entreprise, en contrat de travail, en acquérant des techniques et des compétences, puis deux semaines de formation, et ainsi de suite.

 

Sur quoi débouche le programme ?

 

Les personnes passeront le titre pro stratifieur en matériaux composites. Elles doivent remplir un dossier pour l’obtenir, les cours de français sont là pour les aider. On pourra également les accompagner dans l’organisation du travail, leur mettre à disposition un endroit pour être au calme en cas de besoin, et répondre à leurs interrogations.

 

C’est un programme qualifiant, qui est source de motivation pour beaucoup d‘entre eux. Comme c’est un secteur dynamique, il existe de réelles possibilités d’emplois. D’autant que les stagiaires se trouvent déjà dans une entreprise qui a des besoins et qui est volontaire pour les intégrer. Dans ce cas, les gens sont déjà dans l’entreprise. Dans d’autres cas, les programmes AVEC constituent plutôt un tremplin pour accéder à l’emploi.

 

Combien de stagiaires pour ce programme ?

 

Le groupe actuel est composé de 8 personnes qui habitent toutes à Bordeaux métropole, à 40 minutes en train de Gujan-Mestras. Nous sommes en lien avec le FJT de La Teste pour des besoins d’hébergement éventuels. La plupart des personnes souhaitent rester à Bordeaux et faire le trajet, pour rester à proximité de leurs réseaux. Les participants ont découvert qu’avec le train, on peut vivre à Bordeaux et travailler sur un autre territoire.

  

En général les réfugiés veulent aller à l’emploi rapidement. La durée du programme n’est-elle pas un obstacle ?

 

Au contraire, puisque c’est un emploi en même temps qu’une formation. C’est plus difficile de mobiliser les publics sur une formation « pure ». La chance pour les participants, et pour nous les organisateurs, c'est que ce programme est un contrat qui inclut de la formation. Il permet aux personnes d'avoir une visibilité à moyen terme. Cela leur permet d'avancer dans certaines démarches et de souffler financièrement. C’est motivant pour elles.

 

Comment avez-vous effectué votre sourcing ?

 

Nous avons démarré fin juillet. Nous nous sommes occupés de la mobilisation de la majorité des candidats, deux d’entre eux ont été identifiés par IFI Peinture. Nous avons communiqué auprès de nos partenaires et des personnes qu'on accompagne, qui ont pu nous orienter des candidats. Nous avons également tenu des réunions d'information collectives. La sélection s'est faite ensuite par les différents partenaires.

 

Dans le programme stratifieur nous avons travaillé avec des personnes qui n'avaient pas d'expérience préalable de ce métier ou qui n’avaient pas, au départ, le projet de devenir stratifieur, puisque c'est un métier très peu connu. Ce qui est intéressant dans le sourcing, c'est de mettre en avant les éléments transposables dans les expériences et aspirations des personnes.

 

Quels enseignements tirez-vous de ce programme ?

 

Nous en sommes encore au début. Nous pourrons faire une analyse complète à l’issue. Pour l’instant, l'enseignement principal c'est que d'avoir la capacité d'adapter ce modèle aux réalités et aux situations du terrain est un véritable plus. Je pense que c'est bien d'avoir la possibilité d'avoir différentes variantes. Et de disposer de programmes qualifiants, d'autres certifiants ou préqualifiants, parce qu'ils ne s'adressent à des personnes qui ne sont pas toutes au même niveau de leur insertion professionnelle. Cela permet d'avoir une complémentarité entre les différentes solutions.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

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July 22, 2021 9:00 AM
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ImpulseR l'insertion professionnelle des personnes réfugiées 

ImpulseR l'insertion professionnelle des personnes réfugiées  | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Louise Malijenovsky est coordinatrice du projet « impulseR » au sein de l’association « L’Atelier Remuménage. »  Ce programme s’adresse aux personnes réfugiées qui rencontrent des difficultés pour s’insérer sur le marché du travail français.

 

Comment est né le programme impulseR ?

 

L’Atelier Remuménage s'est emparé de la question à l’occasion de l'appel à projet « Intégration Professionnelle des Réfugiés ». Ce n’était pas intéressant qu’un seul acteur présente un dossier, donc l’association a diffusé la proposition par le biais du réseau « la grappe » Bordeaux-métropole, qui regroupe une quarantaine de structures de l’IAE. Plusieurs se sont portées volontaires, la discussion sur la création du projet a débuté comme ça. Chaque partenaire s’est engagé à accompagner quelques personnes réfugiées sur 3 ans, pour un objectif total de 160 personnes, en fonction de la taille de chaque structure, de sa capacité d'accueil et de son expérience.

 

Quelle est votre organisation ?

 

ImpulseR est un consortium de 10 structures de l'insertion par l'économique, porté par L’Atelier Remuménage. Nous n’avons pas voulu créer une entité juridique à part. Nous avons une équipe projet qui se réunit une fois par mois avec un représentant de chaque structure, soit un directeur, soit un référent projet ou un accompagnateur socioprofessionnel. Nous avons aussi une réunion mensuelle avec seulement les accompagnateurs socioprofessionnels qui sont directement au contact des personnes accompagnées. Pendant cette séance, nous prenons du temps pour échanger avec un des partenaires du projet, un prescripteur, un club d'entreprises.

 

Comment se fait la coordination ?

 

L’ingénierie du projet évolue tout au long du projet en fonction des réunions avec les accompagnants et les retours des partenaires. La particularité du consortium, c'est que les structures ont des statuts très différents : ateliers chantiers d'insertion, entreprises d'insertion et associations intermédiaires. On essaie d’harmoniser les pratiques, mais il y a nécessairement un peu de sur-mesure. C'est un plus pour s'adapter aux profils, et ça permet de créer plusieurs types de contrats de travail pour les personnes accompagnées.

 

Techniquement nous avons souhaité rester sur ce qui se fait actuellement, c'est à dire la plateforme de l'inclusion. Tout le monde utilise cet outil qui centralise les offres. Nous avons également créé des liens avec la plateforme Accueil et Intégration des Réfugiés (A.IR), certains Centres d'Accueil de Demandeurs d'Asile (CADA), etc.

 

Pourquoi vous êtes-vous positionnés sur ce public particulier qui n’est pas habituellement le vôtre ?

 

Depuis 2015 et la crise migratoire, certaines structures d'insertion ont été confrontées au problème de l'orientation et de l'accompagnement de personnes réfugiées. Mais pour réussir l'insertion de ces publics, elles ont besoin de moyens supplémentaires. De plus, il y a toute une dimension juridique et de parcours administratif qui demande une certaine formation et des connaissances afin de mieux accompagner. Les interlocuteurs spécialisés sont multiples, ils apportent beaucoup de réponses sur les questions sociales, d'accès au droit et de logement, mais assez peu sur le volet professionnel. De leur propre aveu, ils connaissent mal l'insertion par l'activité économique et n'ont pas énormément de solutions en matière d'emploi.

 

Vous proposez un « parcours renforcé », une expérience professionnelle de 12 à 24 mois. Mais aussi un « parcours déclic’ », plus court, de quoi s’agit-il ?

 

L’idée du parcours déclic était de proposer une sorte de sas d’entrée pour le recrutement, destiné aux Bénéficiaires de la Protection Internationale (BPI) et demandeurs d’asile depuis plus de 6 mois, qui sont parfois très volontaires pour initier une démarche d’insertion, mais qui ne peuvent pas le faire quand ils n’ont pas d’autorisation de travail. C’est aussi une réponse à la recommandation nationale de débuter une insertion aussi rapidement que possible dans le parcours d’intégration. On ne fonctionne que sur des petits groupes de 5, pour une durée de 4 à 6 mois à temps partiel, 3 à 5 demi-journées par semaine en fonction des actions choisies.

 

Comment se fait l’entrée des personnes dans le programme ?

 

Nous n’avons pas de prérequis pour les accueillir, comme un niveau de langue minimum. On demande aux prescripteurs de préciser les profils qu’ils orientent vers le programme impulseR, mais nous n’avons pas créé une voie d'accès privilégiée. Les travailleurs sociaux expliquent aux personnes réfugiées quels sont les différents partenaires du programme, les métiers qu’ils proposent, les activités supports. Ils les orientent ensuite via la plateforme de l'inclusion. Les candidatures arrivent directement dans chaque structure en fonction du projet de la personne et de l'activité envisagée. Ensuite, ce sont elles qui gèrent en interne.

 

Sur le terrain on se rend compte que les profils sont très différents. Parfois certaines personnes réfugiées ne voient pas l’intérêt de suivre des cours de français parce que pour elles, c'est le travail qui est important tout de suite. Avec ce type de profil, nous fonctionnons à l'envers, en les mettant d'abord en contact avec des entreprises, pour qu'elles se rendent compte que le français est important, et qu'elles adhèrent ensuite au programme et aux activités qu’il propose.

 

Comment gérez-vous la relation avec les entreprises ?

 

Chaque structure a son propre réseau, le but n’est pas de modifier les pratiques qui fonctionnent. Les réseaux sont mis en commun pour travailler à partir du projet professionnel des participants. La mise en relation se fait au travers de différentes actions : rencontres, jobs datings, etc. Nous faisons aussi, en amont, un travail de sensibilisation énorme sur l’IAE, d’explication et de valorisation d’impulseR. En ce qui concerne des personnes réfugiées, nous constatons que la vision des entreprises est assez stéréotypée, alors que leurs profils sont très divers.

 

Quelle est au fond la plus-value du programme impulseR ?

 

La coopération et la coordination du programme d’actions. C’est ce qui fait qu’on peut s’adapter au mieux au public. Les structures partagent leurs expériences, apprennent à se connaître, échangent sur la méthode pédagogique. Pour les personnes accompagnées, c’est un véritable suivi de proximité. En petits groupes, on peut vraiment individualiser les parcours. C'est ce qu'il y a de plus complexe, mais c'est essentiel pour les personnes réfugiées. Pour les accompagnants professionnels, le fait de se rencontrer, créer des liens avec des partenaires, disposer d’outils communs, ça facilite leurs démarches d’accompagnement. Il y a pas mal d’éléments qui forment cette plus-value.

 

Quel premier bilan tirez-vous du programme ?

 

Ce dont on se rend compte c’est qu’il n’y avait pas, avant 2020, une connaissance très poussée de ces publics. Nous avons fait tout un travail en amont sur la compréhension des différents titres de séjour, le Contrat d’Intégration Républicaine (CIR), la cartographie des acteurs. Rien que de comprendre la protection internationale, c’est compliqué. Ce volet de connaissance est très important. Ce projet est une expérimentation, nous allons essayer d'évaluer au mieux les résultats sur les 3 axes que sont la création du parcours, la capitalisation des pratiques et la création des outils, ainsi que l'animation partenariale.

 

 

 

Ndlr.

Cet article a été publié sur la plateforme collaborative nommée " La Place".  Elle constitue un espace d'informations, d'animations et de partages dédié aux acteurs du PIC pour les aider à mener à bien leur projet et à faire connaitre leurs caractères innovants dans nos territoires de Nouvelle-Aquitaine et au-delà.

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June 9, 2022 6:54 AM
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Bénéficiaires de la protection internationale, entre insertion sociale et professionnelle 

Bénéficiaires de la protection internationale, entre insertion sociale et professionnelle  | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Mélanie Fredon est coordinatrice sociale à la Maison de l’emploi du Grand Périgueux. Elle a été intégrée début 2020 pour prendre en charge un nouveau projet : « pour une insertion professionnelle réussie des réfugiés » pour lequel la Maison de l’emploi est lauréate d’un appel à projet du PIC IPR (Insertion Professionnelle des Réfugiés).

 

Quelle est la situation vis-à-vis des réfugiés sur le territoire du Grand Périgueux ?

A Périgueux, il y a 3 Centres d'Accueil de Demandeurs d'Asile (CADA) avec 400 places d'hébergement. Avant notre projet, il existait beaucoup de structures qui travaillaient avec les réfugiés, chacune ayant son propre dispositif, son propre accompagnement, mais pas vraiment de coordination. Du coup les réfugiés tapaient à toutes les portes pour essayer de trouver de l'aide. Et à la sortie des dispositifs, ils se retrouvaient un peu perdus dans la nature à ne plus savoir où aller pour la suite.

 

Aujourd’hui, c’est la MDE qui porte cette coordination. Nous avons répondu à l'appel à projets avec un consortium de centres sociaux, un groupement de clubs d'entreprises qui nous aide sur l'insertion professionnelle, un CADA, un centre de formation ainsi qu'une association qui s’occupe de la mobilité sur le territoire.

 

Quel est le principe de votre action ?

Notre idée a été de faire un état des lieux de qui fait quoi, de réunir tous ces acteurs du territoire et de coordonner le parcours de la personne pour s'assurer qu'elle soit bien prise en charge par la bonne structure, en fonction de son besoin et de ses demandes. La force de notre action, c’est que nous avons créé un réseau tout autour de Périgueux afin que les partenaires travaillent ensemble. Au démarrage, nous avions dix structures partenaires régulières. Aujourd’hui, nous en comptons plus d'une quarantaine, c'est à dire que, de jour en jour, de réunion en réunion et de rencontre en rencontre, notre réseau partenarial grandit.

 

Sur le plan de l'accompagnement social, nous travaillons beaucoup avec le Département, les assistantes sociales, les référents RSA. Je fais ce qu'elles ne peuvent pas faire, je comble un peu les trous dans la raquette. Plus récemment avec le CIDFF qui prend le relais pour l’accompagnent des femmes de réfugiés qui arrivent par voie de réunification familiale. Elles arrivent avec un titre de séjour « vie privée, vie familiale », elles ont les mêmes besoins et problématiques que leurs époux. Mais pas avec le statut de réfugiées, donc je ne peux pas les accompagner.

 

Selon vous, cette action a permis aux acteurs de mieux se connaître ?

Ils se connaissaient, mais n’avaient pas forcément l’habitude de travailler ensemble et d'avoir un lieu et une personne ressource pour se coordonner. C'est vraiment le gros plus de l'action et c'est ce qui a été mis en avant lors du rapport intermédiaire avec la DGEFP. Nous avons réussi à mettre en place cette coordination dans le département entre les services de l'emploi, les services de l'État, les assistantes sociales, les CADA, les centres de formation, et diverses associations. J’interviens aussi pour assister et informer au cas par cas les assistantes sociales ou référentes RSA en me déplaçant, ou lors de la signature du contrat d'engagement RSA. Ça leur permet d'avoir une connaissance plus fine du statut des réfugiés et de disposer d’une personne sur laquelle s'appuyer en cas de questionnement. Donc je pense qu'on a vraiment créé une sorte de pôle relais sur le secteur.

 

Quel est exactement votre public ?

Ce sont des adultes de 18 à 60 ans, quasiment que des hommes.  Ils viennent par l’intermédiaire des CADA, de Pôle emploi, du Département, des assistantes sociales, des structures associatives. Un tiers de nos bénéficiaires nous arrivent grâce au bouche-à-oreille. Comme notre accompagnement est très global, ils savent qu’ils peuvent quasiment tout nous demander. Et ceux qui sont satisfaits nous envoient les copains, les copines, la famille. Avec ma collègue, nous suivons actuellement 100 personnes.

 

Est-ce un public habituel pour la Maison de l’emploi ?

C’est un public avec lequel la MDE n'avait jamais travaillé ou très peu dans le cadre d’autres dispositifs. Depuis que j’ai été embauchée en tant que coordinatrice sociale, j'ai réellement appris sur le tas, au fur et à mesure, grâce aux partenaires. Depuis 2 ans, j’ai accumulé beaucoup de connaissances. Mais il n’existe pas de formation spécifique pour apprendre à travailler avec les réfugiés. D’ailleurs, avec le centre de formation INSUP, qui fait partie du consortium, nous avons le projet de développer une offre basée sur les connaissances et l'expérience que nous avons pour former à l’accueil et l’accompagnement de ces publics, par exemple les conseillers de la CAF ou les agents des impôts.

Depuis que vous travaillez avec ce public, avez-vous rencontré des surprises ?

Je n’étais préparée à rien de particulier. J'ai été plutôt très agréablement surprise par le comportement et les valeurs de travail des réfugiés. J'ai découvert des gens qui ont des valeurs de travail très importantes. Alors certes, ils rencontrent des difficultés en langue, des difficultés au niveau de la ponctualité. Mais ils se donnent à fond. Je pense qu’il faut surtout être dans la compréhension, l’écoute, la bienveillance et ne pas oublier qu’ils ont une culture différente, et ça n’est pas toujours simple.

 

Quel est votre principal objectif ?

Le but de l'action, c'est que les personnes aient une insertion professionnelle et une insertion sociale réussies. Dans un premier temps il y a la levée des freins, c’est à dire la santé, un toit sur la tête, l'apprentissage de la langue avec les centres sociaux, et la mobilité. Nous sommes sur un territoire rural où, sans véhicule, on ne peut pas faire grand-chose au niveau de l’emploi.

 

La sortie idéale pour nous, c’est évidemment un emploi. Certaines structures sortent les gens de leur dispositif dès qu’ils intègrent une formation. Nous ne prenons pas ce risque-là, nous préférons les conserver plus longtemps parce qu’on sait qu’ils auront à nouveau besoin d’aide pour rechercher un emploi. Les gens que l’on reçoit partent de loin, certains ne parlent pas un mot de français. A l’issue de 2 ans d’accompagnement, si selon moi la personne n’est toujours pas complètement autonome, je vais l'orienter vers les assistantes sociales de secteur, vers la maison France services, des structures qui vont pouvoir continuer à l'accompagner, même si ce n’est pas de manière aussi intensive.

 

Quelle est la nature de votre accompagnement ?

Nous intervenons sur des problèmes préalables et complémentaires. On ne peut pas parler d'orientation professionnelle à une personne si elle n’a pas un français correct, si elle n'a pas de conditions de logement décentes, des problèmes de santé non traités, qui font qu'elle n'est pas en état d'apprendre simplement. Il faut vraiment aborder sa situation dans sa globalité, ne pas se contenter de lui dire d’apprendre la langue puis d’aller en formation. Si on l’accompagne sur tous ces aspects, on arrive à l’apaiser et la rendre disponible pour s'insérer socialement et professionnellement.

 

Quelle est votre relation avec les employeurs ?

En tant que maison de l'emploi, nous avons la double casquette. Nous sommes là pour aider les candidats à trouver un emploi et aider les employeurs à trouver des personnels. Pour être honnête, quand la maîtrise de la langue reste approximative, c’est compliqué. Le problème des PME, c’est qu’il faut qu’elles aient les moyens d’embaucher quelqu'un qui n’est pas tout de suite efficace. Mais nous avons quand même des employeurs qui jouent le jeu, par exemple en prenant un de nos jeunes en apprentissage. De plus, l’idéal pour nous c’est d’arriver à les former sur les métiers en tension pour qu'ils comblent les manques sur le territoire dans le bâtiment ou la restauration par exemple.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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October 7, 2021 9:33 AM
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Pour travailler et "Vivre ici"

Pour travailler et "Vivre ici" | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Cedric Romero est formateur au Centre de formation PERF (Tarnos). Il est coordonnateur du programme « Vivre Ici », qui propose un accompagnement professionnel et social aux personnes réfugiées.

 

Quel est le point de départ du programme « Vivre ici » ?

 

Très souvent, les personnes réfugiées connaissent des ruptures de contrat au bout de quelques mois. Parmi les causes identifiées, il y a la barrière de la langue, la barrière culturelle (codes sociétaux et de l’entreprise) et celle de la mobilité. Globalement, « Vivre ici » est conçu comme un accompagnement global (social et professionnel conjugués) permettant pendant 6 mois une intégration dans le monde du travail et la vie en société. Le dispositif Vivre ici a également prévu un accompagnement de 6 mois supplémentaires pour accompagner les personnes au sein de l’entreprise dans laquelle elles ont commencé à travailler ou les soutenir dans leur recherche d’emploi.

 

Nous travaillons en partenariat avec le GEIQ « A Lundi » depuis l’origine du projet. En tant qu’organisme de formation, nous assurons l’accompagnement pédagogique (FLE, code de la route et permis de conduire, découverte des métiers). « A Lundi » intervient dans l’accompagnement professionnel (recherche des entreprises d’accueil et des emplois, suivi au sein des entreprises) et l’accompagnement social qui permet de lever les freins à l’emploi : santé, logement mobilité ….

 

Avez-vous déjà accompagné ce type de public ?

 

Oui, dans notre centre mais également chez « A lundi » , il y a régulièrement des personnes qui sont en insertion professionnelle, on est habitué aux publics qui ont besoin d'accompagnement vers l'emploi. Nous avons eu des publics migrants mais pas réfugiés, qui sont très différents. « Vivre ici » s'adresse vraiment aux personnes réfugiées, apatrides et bénéficiaires de la protection internationale.

 

Nous organisons des informations collectives dans les centres d'accueil de demandeurs d'asile, les centres provisoires d'hébergement, la mission locale... Après ces moments de rencontre, les stagiaires décident s'ils adhèrent ou non au programme. On reçoit en moyenne 30 à 40 prescriptions pour 18 places, même si on a suffisamment de souplesse pour en accueillir un peu plus. Nous rencontrons les stagiaires un par un pour s'assurer qu'ils ont bien compris ce que nous leur proposons.

 

A quoi les stagiaires s’engagent-ils ?

 

Le programme dure 6 mois pendant lesquels les personnes apprennent la langue française (oral et écrit). Nous travaillons aussi sur leur projet professionnel dans des métiers en tension et sur la représentation des métiers (BTP, cuisine…). Certaines personnes qui travaillaient comme plombier ou électricien dans leur pays se rendent vite compte qu’il y a beaucoup plus de normes en France. Ça ne correspond plus forcément à leurs attentes et elles ont besoin d’être accompagnées dans un nouveau projet professionnel.

 

Pendant les 6 mois, elles bénéficient de plusieurs modules. Il y a le module de français langue étrangère, un module de découverte des métiers en entreprise ou dans nos ateliers. Il y a du FLE métier pour que les personnes apprennent les termes techniques. Il y a aussi un module « d’Inter culturalité » où on aborde la culture française. Puis le code de la route, le permis de conduire, ainsi que les modules de sécurité (travail en hauteur, secouriste).

 

Si au bout de 4 à 6 mois on voit que le projet professionnel du stagiaire est stable, que la barrière de la langue est levée et que culturellement cela se passe bien, il peut sortir du programme sans problème et aller travailler. Mais l'accompagnement se poursuit tout de même. On travaille véritablement sur de l'individualisation de parcours.

 

Quelle solution avez-vous trouvé pour lever les freins à la mobilité ?

 

C'est nous qui allons chercher les stagiaires sur leur lieu de vie. 80% d’entre eux vivent à Pau, les autres à Dax et Mont-de-Marsan, alors que notre centre est situé à Tarnos. Nous avons des chauffeurs avec des minibus qui vont chercher les stagiaires le matin et qui les ramènent le soir. Cela fait un peu plus d'une heure le matin et une heure le soir. La première image que voient les stagiaires sont les chauffeurs donc il était essentiel qu'ils « transpirent » la culture Vivre Ici, puisqu'ils sont ensemble quasiment 3h par jour dans les véhicules.

 

Pour éviter que les stagiaires ne se lèvent à 4h du matin, nous commençons les cours à 10h et nous les finissons à 16h. Par contre, c'est journée continue, donc c'est assez copieux parce que ça représente 20h de FLE par semaine rien que pour la partie apprentissage du français. C’est une vraie immersion. Toujours pour lever les freins à la mobilité on a rajouté à l'action l’attestation de sécurité routière et le brevet de sécurité routière, de façon à ce que ceux qui échouent au code de la route puissent au moins aller travailler ou se déplacer en scooter.

 

En quoi consiste votre accompagnement ?

 

Le projet professionnel validé par des compétences techniques et des habiletés sociales est le fil conducteur de l'action. On travaille sur l'autonomie des personnes. A l'issue des 6 mois, elles ont acquis des repères pour effectuer des démarches, régler des problèmes et valider un projet professionnel. À partir du moment où les personnes ont validé un projet global, il y a moins de risques de rupture de contrat ou d’échec.

 

Tout ce qu'on leur apporte va dans le sens de la survie. Leur motivation vient de là. Ils savent que le programme est une réelle opportunité. La formation technique qu’on leur apporte est très importante, mais il ne faut pas passer à côté de toutes les compétences transversales et de la personne elle-même. Je crois qu'il est très important de partir du stagiaire et de son épanouissement, et pas du programme.

 

Avez-vous eu des surprises ?

 

Bien qu'étant formateur j'ai gardé une posture d'apprenant vis à vis des personnes que je rencontre. Je pars du principe qu'ils ont un vécu bien plus important que le mien, et que j'ai tout à apprendre d’eux. Par exemple lors d’un repas, un Tchadien m’a appris que dans son pays, on ne parlait pas quand on mangeait. Le problème c’est que si cette personne se retrouve en entreprise au moment du déjeuner et qu'elle a ce comportement-là, elle risque d'être mise à l'écart.

 

Comment se déroule la suite du programme ?

 

Le programme est constitué de 6 sessions, à terme nous aurons accueilli 108 personnes. Aujourd’hui, nos partenaires confirment que le dispositif Vivre ici est adapté aux besoins des personnes réfugiées. Sur les premières sessions nous atteignons 70% de sorties positives, c’est-à-dire de situation d’emploi viable et durable ou de formation. Pour les 30% restants ce sont des personnes qui ont déménagé dans le nord de la France (rapprochement familial) ou des personnes pour lesquelles l’accompagnement médical a révélé une inaptitude au travail. Nous souhaiterions pouvoir reconduire cette action d’accompagnement global au-delà de 2022 et réfléchissons aux partenaires politiques et institutionnels que nous pourrions associer à cette réflexion …

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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February 4, 2021 8:29 AM
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De l’exil à l’emploi, l’accompagnement version AERé

De l’exil à l’emploi, l’accompagnement version AERé | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

D’un côté des personnes réfugiées en France qui ont des compétences, des connaissances, l’envie de travailler mais qui trouvent difficilement à s’insérer. De l’autre, des entreprises qui ont besoin de main-d’œuvre et qui peinent à recruter. Pour l’association AERé (Action Emploi Réfugiés), créée en 2016, mettre en lien cette offre et cette demande de manière efficace nécessite d’accompagner à la fois les personnes réfugiées et les employeurs. En 2017, un diagnostic réalisé à Bordeaux sur l’insertion professionnelle des personnes réfugiées a débouché sur les mêmes conclusions et sur l’ouverture d’une antenne locale.

 

Par réfugiés, il faut entendre les bénéficiaires de la protection internationale. Soit des personnes qui ont obtenu le statut de réfugié, soit des personnes qui bénéficient de la protection subsidiaire, arrivées en France dans une situation d’exil, ou les personnes apatrides (conflits, persécutions, etc.). « Les bénéficiaires de la protection internationale relèvent du droit commun. Ils ont donc automatiquement le droit de travailler », précise Margaux Dupont, coordinatrice des programmes de l’antenne d’AERé à Bordeaux. « Même avec l'autorisation de travailler en France, cela reste difficile de trouver un emploi quand on est une personne réfugiée, d’abord du fait de la barrière de la langue. Par ailleurs, certaines ont été scolarisées dans leur pays, d’autres non. »

 

Apprendre le marché du travail

 

Chercher du travail en France implique de connaître un minimum de règles, les techniques et étapes de la recherche d'emploi en France, de savoir ce qui est possible, ce qui se fait ou ne se fait pas. La question du réseau est également très importante. Or les primo arrivants, par principe n’en disposent pas. Leurs diplômes sont parfois reconnus, mais leurs expériences professionnelles sont trop peu valorisées dans notre société, pour différentes raisons : manque de connaissance ou d'ouverture de la part des employeurs, un certain cloisonnement du marché du travail, difficultés pour les personnes à mettre en avant leurs expériences, manque de personnes en France qui pourraient attester de leurs compétences.

 

D’autres facteurs peuvent rendre frileux les employeurs potentiels, comme la persistance de certains préjugés, ou l’accès difficile au logement qui complique l’accès à l’emploi, ou encore les problèmes de mobilité. Il s’agit souvent d’obstacles classiques, mais qui prennent une dimension particulière avec les personnes réfugiées qui les accumulent. « Mais les personnes ont pour la plupart une réelle envie de travailler, ne veulent pas vivre d’aides. L’accompagnement est fondamental pour favoriser leur insertion professionnelle. C’est également utile pour les entreprises qui ont des besoins de recrutement. C’est du gagnant-gagnant. »

 

« Notre accompagnement des publics passe par deux programmes. D’abord le programme « Socle », un accompagnement global à l’emploi qui peut durer jusqu’à un an, qui consiste en des ateliers collectifs thématiques sur le marché du travail en France, les codes culturels, le cv, la lettre de motivation, l’entretien d’embauche… Ils sont complétés par un accompagnement individuel et de la mise en relation avec les entreprises et les organismes de formation. »

  

Le programme « Accélération Vers l’Emploi et la Carrière » (AVEC), soutenu par le Fond Régional pour l’Innovation dans la Formation pour sa partie ingénierie est, quant à lui, d’une durée définie de 3 à 8 mois, sur une activité ou un secteur en tension. Son principe est de rassembler des groupes de 10 à 15 personnes qui suivent un programme de formation qualifiante ou préqualifiante incluant des cours de français en rapport avec le métier, une formation technique au métier plus ou moins poussée, des rencontres avec des organismes de formation et des employeurs, des périodes d’immersion, des ateliers emploi, des activités de lien social et culturel (théâtre d’improvisation, sorties culturelles) et un accompagnement individuel.

 

L'insertion par les vignes

 

A Bordeaux, le programme a été mis en place dans le secteur de la vigne et du vin. « Nous avons convié de nombreux acteurs associatifs* et deux employeurs : les Domaines Barons de Rotschild et Gironde Emploi Agricole Médoc (groupement d’employeurs et organisme de formation). Notre rôle a été de travailler avec eux pour définir les meilleurs outils, la meilleure approche des personnes. Nous leur avons proposé une formation pour leur présenter notre public et ses spécificités, les procédures pour avoir le statut de réfugiés. »

 

« Nous avons aussi pu travailler avec les chefs d’équipes des domaines. C’est assez rare que l’on puisse faire l’information à ceux qui seront au contact direct des personnes. Cela fait partie des bonnes pratiques que l’on veut étendre aux autres programmes, créer des rencontres en amont des stages, pour que les intervenants connaissent les problématiques auxquelles les personnes réfugiées font face, les impliquer dans le projet. »

 

AERé effectue le repérage des publics. Pour ce faire, en plus des personnes qu’elle connaît déjà, qui s’adressent à elle directement ou qui lui sont signalées par des proches, l’association travaille avec les acteurs du territoire : centres d’hébergement d’urgence, centres d’accueil des demandeurs d’asile, acteurs de l’accompagnement des publics en exil, la plate-forme bordelaise AIR (Accueil Intégration des Réfugiés), etc. Nul besoin de prescription officielle comme dans d’autres programmes, il faut seulement que la proposition intéresse les personnes, qu’elles soient partantes et disponibles pour suivre le programme sur plusieurs mois.

 

Le programme viticulture a duré 3 mois avec une première promotion de 7 personnes, qui ont toutes commencé et terminé la formation en tant que stagiaire de la formation professionnelle avec une indemnisation régionale. La formation théorique a lieu dans les locaux de l’association ou dans ceux du GEA, l’immersion sur site. Durant tout le parcours, l’accompagnement a pour objet de faire le lien entre les intervenants, transmettre les informations, débloquer des situations administratives, ainsi que répondre aux besoins de toutes natures des personnes. Le programme devrait se poursuivre en 2021, deux promotions dans des secteurs en tension à définir, qui répondent aux intérêts des personnes, et leur soient accessibles dans les délais : bâtiment, aides à la personne, propreté, etc.

 

« Lorsque l’on crée la rencontre entre des acteurs de la formation, des entreprises et des personnes réfugiées, et qu’on donne la possibilité d’échanger, de se former, les résultats sont positifs. En trois mois, nous n’avons pas pu résoudre toutes les difficultés, lever tous les obstacles en matière de mobilité. Nous pourrions faire plus, par exemple, si les personnes pouvaient se rendre au travail de façon autonome. »

 

Autre conclusion, il n’y a pas de problématique isolée, par principe plus importante qu’une autre. L’emploi est un levier d’intégration fondamental, il y a plein d’éléments à travailler. « C’est aussi intéressant de voir comment se faisait la rencontre entre les personnes réfugiées et les accompagnateurs. Plus ça allait, plus c’était riche. Les personnes réfugiées apportent des choses de leur propre expérience. C’est enrichissant des deux côtés.

 

 

 

* Les partenaires du programme AVEC : les Domaines Barons de Rothschild, Gironde Emploi Agricole (GEA), l’Alliance française (cours de langue), l’association « Atlas, impro du monde » (confiance en soi, lien social, communication par le théâtre) et l’association Jamira (lien culturel et social, accès à la culture pour les réfugiés). Participent ponctuellement le CFPPA de Blanquefort, le GEIC Multi Agri 33, et l’Institut Français de la Vigne et du Vin.

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