Initiatives locales et paroles d'acteurs
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Redonner le pouvoir d'oser

Redonner le pouvoir d'oser | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’APEJ-APP Cognac Ouest Charente et Saintes propose, entre autres, des accompagnements à l’orientation, à la reprise d’activité des demandeurs d’emploi et à la reconversion professionnelle. Son projet « Inter’actions » s’adresse à un public souhaitant reprendre confiance en lui pour se projeter dans un avenir positif. Après une mise en place à Saintes en 2023, il doit débuter courant avril sur le territoire de Cognac.  "Inter’actions" est financé par l'appel à projets régional "mobilisation vers la formation" et à venir par le FSE régional ainsi qu’un co-financement conseil départemental de la Charente.

 

D’où vient l’idée d’Inter’actions ?

Inter’actions vient de notre envie de changer notre manière traditionnelle d’accompagner les publics, sortir des standards, ne plus mener des actions cadrées, avec une date de début, une date de fin, le même programme pour tout le monde. Cette approche fonctionne de moins en moins, les publics en difficulté ont écumé nombre de dispositifs avec toujours le même process. Ils n’ont plus envie ou plus confiance. Même si on peut noter quelques bons résultats, les publics sont de plus en plus de réfractaires à ces accompagnements stéréotypés. Donc il fallait imaginer une autre approche.

 

Quel était l’état de vos réflexions ?

Depuis plusieurs mois déjà, nous rencontrons de moins en moins les usagers dans un bureau en face à face ou dans une salle où tout le monde fait la même chose. Depuis le dispositif individualisé de positionnement à l'emploi (DIPE), nous avions déjà réfléchi avec les acteurs locaux, à une approche plus contextualisée et autant que possible hors les murs pour se rapprocher du terrain. Les mises en situation des bénéficiaires permettent qu’ils deviennent acteurs de leur parcours.

 

Lorsque l'appel à projet est sorti, forcément ça nous a parlé. Nous étions déjà dans une dynamique de déploiement et d’innovation avec les acteurs du territoire. Nous avions pleins d'idées pour développer des projets qui permettaient de travailler hors les murs, de permettre aux bénéficiaires de se remettre en action et de pouvoir leur faire conscientiser leurs capacités et compétences. Nous avons débuté sur Saintes, parce que nous étions déjà sur l'accompagnement des jeunes en rupture. Notre partenariat local fonctionnait bien, on s'est appuyé dessus pour rédiger notre dossier.

 

Est-ce que vous aviez déterminé un public particulier ?

À l’origine, nous voulions cibler tous les publics éloignés de l'emploi. Mais on avait une idée derrière la tête, essayer de capter des personnes non-inscrites, qui ne bénéficient plus d’aucun accompagnement. Un public tellement éloigné de l'emploi qu’il n’y pense même plus. Je crois que, pour l’essentiel, nous avons réussi à capter ces personnes. Nous avons aussi eu des publics de Pôle emploi mais plutôt ceux qui étaient au chômage depuis un grand nombre d’années.

 

Quelle approche avez-vous choisie ?

Nous avons repris les grands principes du DIPE et du Cléa, qui consistent à mettre les gens en situation professionnelle et reconnaître leurs compétences. Nous avons poussé plus loin ces constats pour travailler à faire reconnaitre aux personnes leurs capacités et compétences et avons permis, par l’obtention de badges, de valoriser ces atouts. Nous avons proposé cette démarche au service des projets et actions formation en intégrant de la pratique réflexive. Nous avons levé les cadres, les obligations et les calendriers figés (un rendez-vous par semaine) par les commandes des financeurs (trois mois d’accompagnement). Nous nous sommes appuyés sur le relais des ateliers partenariaux. Ainsi, nous levons toutes les barrières en redonnant aux usagers le pouvoir d’oser. Notre idée était de démontrer que nos repères ne sont pas leurs repères, que nos envies ne sont pas les leurs et que nos idées ne leur correspondent pas. Nous avons fait le pari de les écouter et de prendre en considération leur attentes et envies dans le respect de leurs capacités.

 

 

Qu’entendez-vous par travailler autrement ?

Travailler autrement, ça veut dire par exemple ne pas parler emploi, ne pas parler formation, ne pas parler d’obligations, parce qu'il y a des publics à qui cela fait peur. Ça veut dire essayer de capter des publics qui ne croient plus en rien et qui ne sont plus dans le système France Travail, mission locale ou autre. Nous avons un rôle à jouer pour leur permettre de retrouver confiance en eux, d’oser et de se reconnaitre des compétences. Nous avons enclenché une nouvelle dynamique pour leur permettre de se projeter dans un futur où ils auront une place. C’est la genèse de notre réflexion. D’un côté il y a plein d'entreprises qui cherchent du personnel, de l’autre des gens qui n'ont plus confiance et qui ne veulent plus y aller. On s'est dit qu’on allait leur faire confiance et construire avec eux leurs parcours en respectant le rythme et les besoins des uns et des autres.

 

Comment s’est faite la mise en œuvre de votre action ?

Nous avons effectué un travail de repérage avec les associations locales. Nous sommes allés sur leur terrain, rencontrer les usagers au jardin public ou à la collecte des Restos du cœur. Certains n’avaient pas envie de venir nous voir, mais petit à petit, nous avons pu, avec le concours des acteurs des associations, les convaincre de nous faire confiance. Notre approche sans obligation nous a permis de partir de leurs envies, de leurs centres d’intérêt, mais également, en écoutant leurs craintes et leurs inquiétudes, de les mobiliser pour nous rencontrer et pour participer à des projets et activités en interne, ou dans les ateliers de nos partenaires associatifs.

 

Cet accompagnement hors les murs et sans contrainte, basé sur le volontariat a permis de leur redonner envie et de prendre conscience de toutes les compétences qu’ils pouvaient déployer dans leurs actions au quotidien, activités quotidiennes qu’ils n’identifient pas spontanément comme intéressantes comme cuisiner, s’occuper de leurs enfants, bricoler, aider leurs voisins. Par exemple, ils ont mis en place des petits ateliers comme la cuisine placard, ils ont pu fabriquer un nichoir, un cadre, … Ils sont progressivement devenus acteurs, ont repris confiance. Avec cette reprise de confiance, ils se sont organisés en petits groupes et ont émis le souhait de pouvoir aider les autres, être utiles.

 

Cela consistait en quoi ?

Ils ont alors réfléchi à un projet qui faisait sens pour l’ensemble des bénéficiaires du groupe. Ils ont choisi de s’occuper de la collecte des jouets pour Noël. Ils ont alors contacté les structures et les partenaires locaux, ils sont allés à leur rencontre pour collecter des jouets puis les nettoyer, les trier. Sans s'en rendre compte, ils ont monté une vraie entreprise. Ils ont fait un véritable travail, dans lequel ils se sont totalement investis.

 

Par la pratique réflexive, ils ont pris conscience qu’ils avaient développé des compétences transposables dans la vie professionnelle. Ils ont compris qu’ils avaient déployé des capacités et que celles-ci pouvaient être transférées vers des activités professionnelles, avec pour certains des besoins de formations complémentaires. C’est alors que tous se sont projetés dans un avenir professionnel, alors que certains cumulaient dix ans d'inactivité.

 

À quel moment une personne est-elle prête à passer à une étape suivante ?

C’est au moment où la personne prend conscience qu’elle a des compétences, qu'elle a la capacité d’aller plus loin et qu’elle retrouve du sens à agir, qu’elle se projette dans un emploi ou une formation. Nous avons accompagné ces temps collectifs par des temps individuels permettant de lever les freins pour lui permettre de sauter le pas vers un emploi ou une formation. Une fois que la personne a retrouvé sa place dans la société, elle est en capacité de réaliser ses démarches et retrouver de l’autonomie. Les résultats parlent, entre les retours en formation continue, les entrées en SIAE et dispositifs de droits communs comme Amorce de parcours, et la validation de la certification CLEA et de badges numériques, les bénéficiaires ont retrouvé l’envie d’aller de l’avant.

 

En complément de nos actions, nous avons également visité l’AFPA et des CFA, demandé l’intervention de l’Espace Régional d'Information de Proximité (ERIP) et de professionnels pour ouvrir les horizons. Tout cela est facile quand les personnes sont prêtes. En même temps, nous faisons attention à ce qu’elles ne se sentent pas tellement bien chez nous, qu’elles seraient tentées de s’installer. Notre volonté est toujours que nous soyons juste un tremplin au service de leur avenir.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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A l'écoute des situations d'illettrisme

A l'écoute des situations d'illettrisme | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Le centre social « Lo Solan » de Mourenx propose depuis des années des modules de formation de base à destination des publics Français Langue Etrangère (FLE) ou en situation d’illettrisme. Après s’être doté d’un « bus numérique » pour porter son offre de services sur l’ensemble de son territoire (voir notre article https://sco.lt/7eJR1U), « Lo Solan » a mis en place l’action « Tendre l’O.RE.ILLE », financée par l'appel à projets régional « innover contre l'illettrisme ».

 

En quoi consiste « Tendre l’O.RE.ILLE »?

Avec « Tendre l’O.RE.ILLE », notre but était surtout de capter et de mieux accompagner les publics en situation d'illettrisme, souvent invisibles, de les rendre plus autonomes. Il fait suite à un premier projet «#inclusion numérique mobilisation et programme Lo Solan» de 2021, avec notre bus numérique qui existe toujours. À l’époque nous avions pu compter sur l'implication et la forte mobilisation de nos partenaires, auxquels nous avions notamment proposé des journées de sensibilisation au repérage des personnes en situation d’illettrisme.

 

Quel bilan avez-vous tiré de votre première action ?

Lors du premier appel à projets, en tant qu’organisme de formation, nous avons accueilli des personnes sur le parcours 1 de l’HSP (Habilitation de Service Public) sur l’illettrisme et l’illectronisme. Et on s'est rendu compte que certains partenaires pouvaient faire des amalgames entre le FLE et l’illettrisme et par conséquent avaient besoin d’être formés pour mieux repérer les publics en situation d’illettrisme. Nous avions une dizaine de personnes sur l'année, ce qui était très peu alors qu’on se doute bien que sur notre territoire, il y a de nombreuses personnes en situation d’illettrisme qui passent au travers des mailles du filet.

 

Qui sont vos partenaires ?

Le centre social de la Pépinière à Pau a répondu aux mêmes appels à projet. Nous avons mis en évidence des actions communes, notamment autour de la formation des acteurs, puisqu'on a proposé des formations similaires auprès des professionnels, des partenaires, conseillers en insertion professionnelle, sous forme d’actions de sensibilisation et des échanges de pratiques. Cela nous a permis d'intervenir sur un territoire élargi et de façon concertée entre les deux territoires. On a également mis en place des séances destinées aux bénévoles, parce qu'il y en a beaucoup qui interviennent auprès des publics en proposant de l'accompagnement individualisé.

 

« Tendre l’O.RE.ILLE » est un projet de formation ou un projet d'accompagnement ?

C’est surtout un projet d'animation du réseau auprès de tous les acteurs, de formation et de sensibilisation des partenaires, ainsi que de repérage et d’accompagnement des publics en situation d’illettrisme. Le but est de maintenir une dynamique partenariale et une animation de réseau pour que la thématique de l’illettrisme reste toujours attrayante. C'est pour ça que, pour ce projet, nous avons voulu partir de la base constituée avec les acteurs socioprofessionnels, Pôle emploi, le PLIE, la mission locale, le Département des Pyrénées-Atlantiques avec le SDSEI « Pays des Gaves », les acteurs du monde associatif et du social, tout le réseau France services, les conseillers numériques avec la Fibre 64, ainsi que la fédération départementale des centres sociaux. Bien entendu, il y a également un accompagnement individuel de réapprentissage qui se réalise avec des bénévoles, le repérage des publics et la mise en place d'actions innovantes en matière de formation (accès aux droits, renforcement des compétences professionnelles en lien avec le numérique…).

 

Quel type de parcours suit une personne avec « Tendre l’O.RE.ILLE » ?

Les actions de formation première marche nécessite de travailler en amont avec les structures partenaires et les publics repérés. Concernant la personne, on la prévient, on travaille avec elle sur le fait qu’elle peut être accompagnée. Pour cela, nous avons mis en place un groupe de bénévoles qui a été formé et sensibilisé à l'illettrisme, en partenariat avec le Centre Ressources Illettrisme Analphabétisme Nouvelle-Aquitaine (CRIA-NA). C’est le CRIA-NA qui a assuré cette sensibilisation en lien avec nous, qui dispense la formation et opère les échanges de pratiques avec les partenaires. Ainsi les personnes sont accueillies et accompagnées en individuel ; tout leur parcours s’établit au contact des bénévoles qui apportent une écoute différente et proche des situations vécues. Donc, dès le départ, on met en place ce principe, on voit comment ça fonctionne et ça évolue vraiment avec la personne et son accompagnateur. Et finalement on leur propose d’entrer dans un groupe, mais pour cela, il faut nécessairement du temps.  

 

Quel rôle jouent exactement ces bénévoles ?

La particularité des personnes en situation d’illettrisme, c'est qu'elles ont quasi toutes été en situation d'échec scolaire et ont eu un rapport douloureux avec l’école. Repartir dans un dispositif classique, avec un tableau où suivre des cours est souvent impossible pour elles. Donc on leur propose de commencer par rencontrer un(e) bénévole avec qui elles peuvent parler des sujets qui les intéressent. Le fait d’installer une relation de confiance permet d’engager un travail avec elles. C’est un préalable nécessaire.  Progressivement, il y a un lien affectif qui se crée. On fait plusieurs mois d’accompagnement en individuel, et on peut leur proposer ensuite, pour les valoriser, de les associer à une autre personne pour lui expliquer comment elles ont démarré, leur donner des astuces, etc.

 

Sur l’aspect repérage avez-vous mis en place des actions particulières ?

Les personnes en situation d'illettrisme, c'est un public particulier qui a été scolarisé en France jusqu'à l'âge de 16 ans. Il n’est pas évident pour des professionnels, qui ne sont pas formés à l'illettrisme, de se dire qu'une personne qui a été scolarisée, qui peut même avoir un CAP BEP, qui a souvent son permis de conduire, a des difficultés avec la lecture et l'écriture. Surtout que les personnes en situation d'illettrisme développent beaucoup d'autres compétences à côté et savent masquer leurs difficultés.  

 

Donc l'idée c'est de les aborder par des biais indirects, des thèmes comme la santé, l'accès aux droits, des voies de contournement pour essayer de recréer une relation. La culture numérique est un très bon support, c'est moins compliqué de dire qu’on a du mal à se servir de l’informatique que d’avouer qu’on ne sait pas lire. Donc on se sert beaucoup du numérique pour repérer et accompagner les publics.

 

On sait aussi qu’il y a un travail à effectuer pour optimiser des passerelles entre nos structures, SIAE, organismes de formation, centres sociaux. Nous pouvons nous appuyer sur les outils du CRIA et nous construisons aussi des outils spécifiques. Par exemple, nos collègues conseillers France services disposent de petits indicateurs autour des pièces administratives qui leur permettent de détecter les situations d’illettrisme dans les différents publics qu’elles accueillent au quotidien.

 

Que considérez-vous comme une sortie positive ?

À partir du moment où l’on a répondu à la demande d’une personne, à son projet de départ, par exemple d'arriver à être plus à l'aise avec l'écriture, d'arriver à lire le journal, de trouver un emploi, c’est pour nous très positif… Sur l’HSP socle de compétences, nous avons des objectifs et il faut un nombre minimum de stagiaires pour engager des sessions. Mais sur le projet illettrisme, ça ne fonctionne pas comme ça, même si nous devons renseigner des données quantitatives et qualitatives.

 

Pour donner un ordre d'idée, la première année où nous avons répondu sur le parcours 1, on a reçu 7 personnes sur l’année. 3 ans après, et le déploiement de « Tendre l’O.RE.ILLE », nous en sommes à 24 personnes, dont 18 qui sur l’HSP et 4 qui sont suivies par des bénévoles. Pour avoir ces résultats, c'est un travail de longue haleine.

 

Selon vous, que faudrait-il améliorer ?

Nous pensons qu’aujourd’hui, les professionnels font bien mieux la différence entre une personne en situation d'illettrisme et une personne FLE même si certains partenaires sont encore dans la confusion des publics. Les prescripteurs orientent mieux, connaissent mieux les caractéristiques de ce public, son isolement, et la honte que certaines personnes ressentent par rapport à leur situation, ainsi que leurs stratégies de contournement.

 

Cela dit, il est important de poursuivre la formation des acteurs et des bénévoles, ça reste un travail qui s’établit sur du long terme. Si l’on veut continuer à agir de façon efficace pour ce public, il faut poursuivre notre effort de sensibilisation et de formation des acteurs. Et puis trouver les moyens de répercuter cette dynamique sur les zones blanches du département. Dans nos perspectives de travail, il y a également le développement de notre réseau. La lutte contre l’illettrisme ne peut pas rester le souci de spécialistes, cela doit être l'affaire de tous. L’offre de dispositifs et de formations adaptés est conséquente et nécessaire, mais ce que l'on constate sur l'ensemble des territoires, c’est que toutes les personnes concernées ne s'en saisissent pas forcément. L’enjeu reste la mise en adéquation entre l'offre et les besoins.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

 

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La coopérative des coopains

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KPA LA Rochelle est une association qui fait partie du réseau national KPA-Cité. Elle accompagne les jeunes de 16 à 25 ans à construire leur avenir par l'exploration entrepreneuriale et l’entrepreneuriat collectif. C’est dans le cadre d’un consortium que le réseau KPA-Cité a répondu à l'appel à projet du PIC 100% inclusion.

 

Présentez-nous KPA La Rochelle.

KPA La Rochelle c’est une association qui porte différents parcours. Le parcours la Fusée, un parcours destiné aux porteurs de tous types de projets, qui est comme une pré incubation. Pendant quelques semaines, les participants se retrouvent chaque mercredi soir pour faire avancer leur projet. Nous avons aussi le parcours Osmose, de janvier à juin, qui est une formation de 6 mois pendant laquelle des jeunes de 16 à 25 ans vont apprendre à gérer une entreprise, à faire des devis, des factures et réalisent des prestations. Pendant cette période, ils font également des stages en entreprise, et travaillent sur leur projet de vie au CFA de Lagord, pour mieux se découvrir.

 

Plus récemment, RestoKoop, ouvert en septembre, qui est co porté par Horizon habitat jeunes et par l'URHAJ. L'idée c'est que 5 jeunes participent, pendant 6 mois, à tous les aspects de la gestion d’un restaurant. Ils n’ont pas forcément vocation à devenir cuisinier, l’activité leur permet surtout d’acquérir certaines compétences, un rythme, des horaires, une posture professionnelle et une plus grande confiance. Et puis la coopérative « Les Coopains à bord » issue du programme Kpa-cité qui est le parcours qui a donné naissance à l’association il y a 5 ans, et par lequel nous avons répondu à l’appel à projet du PIC  100 % inclusion.

 

En quoi consiste Les Coopains à Bord ?

Les Coopains à bord est une coopérative jeunesse de services. Le programme vient du Canada. Son principe est de regrouper des jeunes pendant les vacances d’été, afin qu’ils proposent des services aux habitants des quartiers. Ils apprennent à gérer ensemble une entreprise coopérative et à proposer des prestations rémunérées. Après une première expérience menée ici, les jeunes et les accompagnateurs se sont dit que ce serait une bonne idée de continuer toute l'année. C’est comme ça qu’est née la coopérative les Coopains à Bord.

 

La particularité de KPA La Rochelle, c'est que nous nous adressons aux 16-25 ans, principalement des jeunes déscolarisés des quartiers prioritaires. Alors qu’ailleurs dans le réseau KPA-cité, notamment à Lille, c’est plutôt pour un public adulte. Soit ils sont déjà inscrits à la mission locale, soit nous faisons en sorte qu’ils les soient. Pour participer, ils signent un Contrat d'Appui au Projet d'Entreprise (CAPE) porté par l’association KPA La Rochelle.

  

Comment trouvez-vous les jeunes ?

Nous mobilisons tous nos partenaires, et nous allons à la rencontre des jeunes sur le territoire. On organise plusieurs réunions d'informations pour les jeunes, qui peuvent s’engager sur la base du volontariat. Nos partenaires connaissent le programme et nous les informons régulièrement. De toute façon, rien ne peut se faire sans les partenaires.

 

Nous accueillons une douzaine de candidats par groupe. En tout cas on a la capacité d’en accompagner une douzaine en même temps. Après, au cours de l’année, on en accompagne beaucoup plus. Aux Coopains à bord, ils viennent le mercredi après-midi donc ça permet aux jeunes scolarisés d’être là, ainsi que pendant toutes les vacances scolaires.

 

A quoi les jeunes s’engagent-ils ?

À tout moment les jeunes peuvent rejoindre la coopérative Les Coopains à Bord. L'idée c'est qu'ils viennent découvrir si elle correspond à leurs besoins. Ensuite on leur demande de prendre un véritable investissement, on veut leur inculquer cette notion d'engagement. Quand un jeune décide que c’est le bon moment, on signe un CAPE d’une durée de 2 mois à un an, renouvelable. C'est aussi une façon pour que les jeunes se sentent impliqués dans un projet. Nous on souhaite qu'ils s'engagent de 6 mois à un an, mais on ne les garde pas à tout prix.

 

Comment trouvez-vous vos clients ?

L'association a 5 ans d'existence maintenant, nous avons beaucoup de clients fidèles qui nous connaissent. Je pense notamment à la ville, à la SCIC TEO, aux Francofolies avec qui nous avons un partenariat depuis longtemps. Il y a toujours un moment dans l'année où nous menons plusieurs de démarchages, ça aussi c'est un apprentissage pour les jeunes. Les groupes évoluent, ils ont des capacités, des envies, des appétences différentes. Si on identifie que, par exemple, dans le groupe il y a beaucoup de d'intérêt pour l'audiovisuel, peut être que nous allons va prendre un temps pour aller démarcher des clients dans ce secteur.

 

De quel type sont vos prestations ?

Les prestations proposées par les Coopains sont multiservices. Notre objectif c'est que les jeunes découvrent des activités différentes, avec des entreprises et des partenaires différents. C’est pour eux une façon de mieux se connaître, découvrirent ce qu'ils aiment faire. On veut conserver cette ouverture, donc on ne se spécialise pas. Aux Francofolies par exemple c'était l'accueil et l’orientation des flux des publics, de la distribution de goodies, du ramassage des gobelets pour les mettre dans les bons bacs à tri, etc. A la guinguette du Gabut, c'était l’installation et la désinstallation du site, des tables des chaises, le tri des poubelles.

 

On ne s’interdit pas d'intervenir dans des domaines très différents. Il y en a plein que nous n’avons pas encore exploré. Par exemple les vêtements de seconde main. J'ai récemment rencontré une entrepreneuse qui travaille dans ce domaine-là, et qui aurait peut-être des besoins ponctuels pour du tri.  A voir si peut intéresser les jeunes.

 

En pratique, ça se passe comment ?

Le mercredi après-midi, il y a un temps collectif. Ensemble, les Coopains prennent connaissance des courriels reçus, regardent s'il y a des demandes de prestation. Ils vérifient qu’il y a tous les détails nécessaires pour répondre, dates, horaires, nature de la demande, etc. Sinon, on appelle le client. Ensuite ils décident d’y aller ou pas. Si tout est calé, ils envoient un devis et organisent la prestation. Ce ne sont pas forcément les mêmes qui contactent le client, établissent le devis, font la prestation ou préparent les factures. Ça dépend des disponibilités et des envies des uns et des autres. L’important c’est qu’ils soient tous au courant, qu’ils aient tous la même information. Potentiellement toutes les personnes qui ont participé à la réunion du mercredi peuvent intervenir d'une manière ou d'une autre sur la même prestation.

 

Quel est le rôle des accompagnateurs ?

Nous faisons le lien dans le sens où on s'assure auprès du client qu'il a bien compris le cadre d'intervention, le public qui va venir.  Evidemment on s’assure que les jeunes soient en sécurité, pas que physiquement, mais aussi dans le sens du cadre dans lequel ils vont évoluer, pour qu'ils se sentent en assurance et en autonomie. C’est nous qui définissons ce cadre, surtout quand il y a des mineurs. Notre règle, c’est que les jeunes n’agissent pas seuls. Ils sont toujours au minimum en binôme. C’est important pour la prise de confiance. Parfois les clients ont besoin de plusieurs personnes, la prestation dépend du besoin et de la demande.

 

Vous effectuez un suivi après la sortie de l’action ?

C’est quelque chose qu'on aimerait bien mettre en place. Pour l’instant nous préparons la sortie des jeunes, c’est très important. On les aide à prendre conscience des compétences qu'ils ont acquises, avec des temps d'entretien individuel, des ateliers CV, etc. Et surtout, comme nous sommes très ancrés dans un maillage local, nous sommes en lien avec les conseillers de la mission locale, pour essayer de s’assurer qu’il y aura une suite pour eux. En revanche il n’y a pas de suivi à 6 mois.

 

On a pour projet de créer une communauté des anciens, parce qu'il y a une vraie fierté d'appartenance et beaucoup de liens qui se créent entre les différents parcours. En général, au-delà d'un an, on sent qu'ils ont appris ce qu'ils avaient à apprendre. Les derniers mois de leur présence, ils peuvent jouer le rôle des plus anciens qui vont former les nouveaux arrivants. C'est intéressant en termes de transmission entre eux. Et puis souvent au bout d'un an, ils partent vers d'autres horizons, nous souhaitons que ce soit un tremplin vers de nouveaux projets.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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Un projet pour apprendre les projets

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Marine Raffini est depuis peu directrice de la mission locale des Landes. Avant cela, elle était responsable du projet Territoires 100% solutions, lauréat du PIC Repérer et Mobiliser les Publics Invisibles (RMPI).

 

En quoi consiste Territoires 100% solutions ?

Nous avons démarré cette action en septembre 2020 de manière expérimentale, et nous avons souhaité la poursuivre. L’interrogation de départ était, est-ce que les dispositifs proposés aux jeunes sont réellement adaptés à leurs besoins et difficultés ? Nous avons pensé qu’il pouvait être intéressant de monter une action ayant pour objectif de créer un collectif à l'échelle d'un bassin de vie. Nous avons choisi les communautés de communes comme échelle. Notre idée c’était aussi d’intégrer les jeunes dans une démarche de projet pour imaginer des actions et ensuite les mettre en place. L’objectif est de leur faire découvrir leur environnement socioculturel et socio-économique, les ancrer sur le territoire et les faire monter en compétences pour que ça leur serve dans leurs projets personnels.

 

Quel est son principe ?

Territoire 100% solutions, c’est vraiment apprendre sans avoir l'impression d'apprendre. C’est travailler sur la conception d’un réseau d’entraide, entre jeunes, mais aussi avec les décideurs locaux. Le but c’est d’apprendre à élaborer un projet, apprendre à gérer le budget, à chercher les partenaires utiles, etc.

 

Comment avez-vous procédé pour le mettre en place ?

Nous sommes partis à la rencontre des associations sportives, des comités des fêtes, des acteurs de terrain qui pouvaient nous indiquer des jeunes potentiellement intéressés. Lors de la première étape du projet, nous avons réalisé un diagnostic approfondi du territoire, pour évaluer les réalités vécues par les jeunes et leurs perceptions. Nous avons élaboré un questionnaire et nous sommes allés à leur rencontre. C’est dans ce cadre-là que nous avons rencontré les premiers candidats qui, ensuite, en ont contacté d’autres avec notre accompagnement.

 

Une fois le premier groupe constitué, nous avons fait une réunion collective. Les participants se sont mis d'accord sur la manière dont ils voulaient s’organiser et arriver à l’objectif de faciliter leur insertion. Par exemple, pour la première expérimentation qui se déroulait sur un territoire très rural, ils ont décidé de se voir toutes les semaines avec une alternance présentiel/visio. Ils ont aussi convenu que les rencontres se feraient à chaque fois dans des communes différentes et que j’irais chercher ceux qui n'était pas mobiles. Ils n’étaient tout de même pas en autonomie totale. J'étais là pour les orienter et les alerter sur la faisabilité de leurs idées.

 

Quel est le profil des participants ?

Nous n’avons pas ciblé des profils particuliers, nous voulions surtout trouver des complémentarités entre chacun pour constituer un groupe pertinent d’une douzaine de jeunes, qui puisse aller le plus loin possible. On souhaitait qu’il soit représentatif et composé d’individus qui pouvaient s’apporter mutuellement des choses, qu’ils soient déjà impliqués dans l’associatif ou en retrait de la vie sociale. Notre objectif était de faire se rencontrer des jeunes qui parfois habitent près les uns des autres mais ne se seraient pas nécessairement rencontrés sans le projet.

 

Comment se déroule le projet ?

Nous avons mené l'expérience sur un premier territoire, qui s'est avérée plutôt concluante. Ensuite, nous avons décidé de répondre à l'appel à projet RMPI pour la déployer sur trois nouveaux territoires. A chaque fois, l’action durait entre 10 et 14 mois, découpés en quatre temps. D’abord, le diagnostic et le repérage des premiers jeunes. Le deuxième, l’élaboration des actions. Et le troisième temps, l’expérimentation des actions. Ce sont les deux temps forts, où les jeunes allaient notamment à la rencontre des acteurs locaux et des partenaires. Enfin le dernier, le bilan et l'évaluation, que ce soit collectif ou individuel, le territoire, les actions.

 

A quoi s’engageaient les jeunes ?

Nous avons demandé aux jeunes s’ils souhaitaient formaliser leur engagement, par exemple pour leur employeur. A l'unanimité, ils ont souhaité qu’il n’y ait pas de formalisation de leur implication. Cela nous a permis d’avoir une certaine souplesse, qui permettait à certains jeunes de rejoindre le projet alors qu'il était déjà entamé. Il y avait aussi des passerelles avec les dispositifs les plus classiques de la mission locale, comme le CEJ.

 

En ce qui concerne les sorties, pour nous le plus important c’est que le jeune ait gagné confiance en lui, qu’il soit monté en compétence et devenu plus à l'aise pour poursuivre sa démarche professionnelle. Certains ont continué à être accompagnés de manière individuelle à l'issue du projet, d'autres ont trouvé un emploi grâce au partenariat et à la rencontre avec les acteurs locaux. D’autres encore ont poursuivi leurs études.

 

De quelle nature étaient les actions ?

Nous avons été assez étonnés par le pragmatisme des jeunes, qui savaient bien faire la part entre ce qui était possible et ce qui ne l’était pas. Et surtout par la cohérence entre ce qu’ils souhaitaient, et ce que les élus de territoire avaient pu imaginer. Très souvent ça se recoupait, ça a été une vraie surprise pour les élus. Ce qui nous a marqué également, c’est que dans chaque groupe, les jeunes ont eu le réflexe d'aller regarder ce qui faisait dans des territoires similaires, de chercher des bonnes idées et des bonnes pratiques plutôt que de partir du principe d’inventer quelque chose de nouveau.

 

Quelques exemples ?

Il y a eu beaucoup de propositions sur le logement et la mobilité qui sont ressorties, notamment dans les territoires. Par exemple, pouvoir aller habiter chez des personnes âgées seules. Ou encore d'avoir chacun leur habitation dans un même bâtiment avec tous les services à proximité. On avait conscience que c'était compliqué, que nous n’allions pas construire comme ça un bâtiment avec des appartements, mais on s’est dit qu’il faudrait aller voir un bailleur social pour des logements en rénovation. Aujourd'hui, ce qu'on teste de manière expérimentale, c'est d'avoir 3 logements fléchés pour les jeunes, situés à 200 mètres de la maison France services, avec une voiture partagée à disposition. Comme une sorte d’espace de répit et de tremplin pour l'insertion des jeunes qui y résident, avec un accompagnement renforcé à la mission locale répondant à tous les freins qu’ils peuvent rencontrer. C’est quelque chose qu’on teste sur le premier territoire et qu'on aimerait développer sur l'ensemble des départements si ça fonctionne.

 

Quel rôle jouent les élus et décideurs locaux ?

Nous les avons informés depuis le début, on leur présentait territoires 100% solution comme une offre de service complémentaire. Nous sommes intervenus sur leur territoire en concertation avec eux, parce que proposer de actions c'est très bien, mais il faut qu’elles soient suivies d'effets, dans une dynamique commune avec les décisionnaires locaux. Donc les actions se sont faites sur chaque territoire avec un engagement de leur part à réaliser celles qui relèveraient de leurs compétences. C’est vrai qu’ils partaient d’une page blanche, et que nous leur demandions de s’engager à mener des actions dont ils n'avaient pas encore connaissance. C’était forcément un peu déboussolant. En revanche, ce qui les intéressait, c'était d’avoir un contact direct avec les membres du groupe, et de disposer d’un état des lieux approfondi de la situation des jeunes sur leur territoire et de leurs attentes. Particulièrement là où il y a un véritable exode de ce public.

 

Est-ce que le projet a fait évoluer vos pratiques habituelles ?

Derrière ce projet, notre idée était d'interroger les pratiques de la mission locale, et de renforcer nos actions hors les murs, d'aller à la rencontre des jeunes et de créer vraiment une dynamique collective à la fois pour eux et pour les territoires. Aujourd’hui la question c’est, est-ce qu’on poursuit le projet de la même manière sur d'autres territoires, ou d’une manière différente avec ce que nous avons appris de ce projet ?

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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La Prépa compétences de l’IRFREP

La Prépa compétences de l’IRFREP | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Philippe Rondinaud est chargé de relations entreprises à l’IRFREP, organisme de formation professionnelle présent sur toute la Nouvelle-Aquitaine. Début 2022, le réseau a mis en place des Prépas apprentissage dans chaque centre, un dispositif porté par la Ligue de l’Enseignement.

 

Quelle est l’approche IRFREP pour ce dispositif ?

Pour cette prépa apprentissage, chaque IRFREP, chaque établissement, était dans l'obligation d'accompagner un certain nombre de jeunes, avec un concept un peu novateur puisque nous avons travaillé avec des open badges. Présenter cette application aux jeunes nous a aidé à capter notre public. 

 

Notre idée c'était de mettre en avant l'individu, c'est à dire faire émerger les compétences de chacun et s'appuyer dessus pour l’orienter. Nous n’avions pas d'idées préconçues par rapport à l'objectif. Avant la Prépa, nous animions un dispositif régional baptisé « passerelle vers l'emploi », qui avait bien fonctionné pour un public un peu similaire. On s'est dit qu’on allait repartir dans le même esprit.

 

Qu’avez-vous fait pour promouvoir le dispositif ?

Au début, il a vraiment fallu prendre mon bâton de pèlerin. Je suis allé voir tous les comités de quartier, les centres d’action sociale, les CIJ, les MJC, le comité olympique, Pôle emploi. Aujourd’hui j'ai une permanence une fois par mois à la mission locale. On envoie un courriel à tous les conseillers pour les informer du démarrage d’une session, avec la fiche produit, et je me déplace pour faire des informations collectives. Aujourd'hui, je peux dire que ça fonctionne bien, mais ça n'a pas toujours été le cas. J’ai fait également une campagne d'affichage dans toutes les mairies et publié des communiqués dans les journaux municipaux.

 

Comment identifiez-vous vos candidats ?

Nos partenaires nous envoient des jeunes, et je mets un point d'honneur à les recevoir un par un. Mais il n’y a pas de prescription au sens réglementaire du terme. Ils passent tous par une réunion d’information collective où on leur explique l’ensemble du dispositif. Je leur parle aussi de laïcité, de handicap, parce qu’il faut qu’ils s'attendent à croiser des gens de toutes origines, de toutes conditions. Je les préviens qu’on ne veut pas de grossophobie, d'homophobie, etc. C'est une phase d'approche obligatoire. On finit toujours les réunions par un temps d’échange, parfois avec des anciens stagiaires qui viennent témoigner. Et je leur donne un petit flyer à remplir pour ceux qui le veulent. Une fois qu'ils ont validé leur candidature, je leur envoie un courriel pour confirmer leur inscription.

 

Notre public QPV de 16 à 29 ans est très éloigné de l'emploi et de l'apprentissage, même pour certains de toute scolarité de base. Je pense que ces jeunes n’ont pas été informés des possibilités qui s’offrent à eux, tout simplement. Lorsqu’on leur présente le dispositif, quand on leur parle simplement de la Prépa apprentissage et de ce qu'ils peuvent faire après, ils boivent littéralement nos paroles.

 

Les groupes sont constitués de quelle manière ? 

On avait 3 groupes en même temps sur des départements différents, 10 jeunes au maximum. En moyenne, ils sont plutôt 8 participants. On a toujours un seul groupe par centre de formation au même moment. Actuellement on a un groupe sur la Charente, un en Charente-Maritime, un en Deux-Sèvres. Une fois qu'ils sont en centre, les jeunes font preuve d’une bonne assiduité, on en perd très peu. S’ils arrêtent, c'est parce qu’ils ont été « captés » lors d'un stage et qu’ils sont embauchés en CDD ou en CDI. Pour nous, c’est une sortie positive. L’essentiel c’est vraiment que ces jeunes trouvent leur voie.

 

Quel est le principe de fonctionnement de votre Prépa ?

Nous avons opté pour des parcours de 3 mois et demi, qui incluent deux périodes de stage en entreprise. Les participants commencent par 3 semaines en centre. Ensuite, ils partent pour 15 jours de stage, puis encore 3 semaines en centre. A leur retour, on effectue un débrief sur ce qu’ils ont fait en entreprise, on ajuste leur CV.  Ce qu’on veut surtout, c’est qu’ils échangent entre eux, qu’ils parlent de ce qui a fonctionné ou pas, ce qui leur a plu ou pas. Ensuite ils repartent pour une deuxième période de stage de 15 jours, et puis ils reviennent au centre jusqu'au bilan final.

 

Notre programme comprend aussi tout ce qui est technique de recherche d'emploi, des ateliers d'éloquence pour leur redonner un peu confiance. Nous avons également un parcours urbain encadré par la formatrice. C’est l’occasion de détecter des compétences comportementales, de voir qui va prendre le leadership. En fait aujourd'hui vous dites à quelqu'un « tu es intelligent », il ne vous croit pas. Mais si vous lui dites « tu as beaucoup de compétences », ça lui parle un petit peu plus. Parce que, autant on va pouvoir mettre des mots sur les compétences, autant on ne pourra pas en mettre sur l'intelligence.

 

Comment se fait le choix des stages ?

L’idéal c’est que les jeunes découvrent des choses nouvelles. Certains préfèrent aller vers un milieu qu’ils connaissent déjà, ça les rassure. Sinon, pour l’essentiel, ce sont des stages d’observation. Mais il faut que ce soit de l'observation active, ce n’est pas un stage de 3e. Si le contact est bon avec le jeune, et que pour l’entreprise il y a possibilité d'un emploi ou d'un apprentissage, on y retourne et on valide.

 

Quelle est la nature de votre intervention ?

Nous laissons chaque jeune choisir ce qu'il a envie de faire. Même si on est malgré tout obligés de lui dire qu’il ne peut pas tout envisager, surtout s’il est mineur. On l’accompagne dans son projet, mais il faut que ça vienne de lui. Si on veut le mobiliser sur quelque chose, il ne faut rien lui imposer. Ça c'est l'idée première.

 

La question que je leur pose c'est « qu'est-ce que tu aimes ? Tu préfères la musique ? La cuisine ? Le foot ? »  Je ne leur parle pas projet, parce que souvent ils s'interdisent de réfléchir dans ces termes, parfois à cause de leur environnement familial. On leur dit toujours de ne pas se mettre d’obstacles eux-mêmes, et que s’ils veulent être marionnettiste, on fera en sorte de leur trouver un stage de marionnettiste.

 

Que se passe-t-il après la Prépa ?

J’effectue un suivi de chaque jeune pendant 6 mois. Tous les mois je les appelle, d’abord pour prendre des nouvelles, ensuite pour savoir s'ils ont bien intégré leur formation, ou pour leur faire passer des propositions d’emploi. Eventuellement, si ça s'est mal passé avec leur tuteur ou leur maître d'apprentissage, je les réoriente sur autre chose. Le plus souvent, ils poursuivent leur projet. Et même s’ils ont changé de voie, ils restent en contact entre eux et ils se passent des informations. Je pense qu’ils adhèrent maintenant à la vie professionnelle. Après les avoir mis sur une rampe de lancement, je suis là pour les redynamiser, faire une petite piqûre de rappel pour leur confirmer qu’on est toujours derrière eux.

 

Qu’envisagez-vous pour la suite ?

C'est un dispositif qui fonctionne, et qui devrait être reconduit en 2024. Quand tout le monde est satisfait, que ce soient les jeunes, les prescripteurs, les formateurs, la structure, c'est qu’il répond bien à un besoin.

 

Dans les pistes d’amélioration, je pense qu’on devrait plus communiquer autour de l'intérêt que peut avoir une entreprise à accepter un stagiaire.  C'est vrai pour la Prépa, c'est vrai pour les titres professionnels, c'est vrai pour tout en réalité. Je pense qu'il y a vraiment un travail de promotion à engager. On fait beaucoup pour l’apprentissage, mais sur la Prépa on est un peu en deçà. On est face à une situation paradoxale, parce qu'aujourd'hui les entreprises viennent quasiment directement en centre de formation pour recruter mais, d'un autre côté, elles ne veulent pas prendre des jeunes en stage.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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Le sport au service de l’apprentissage des savoir-être

Le sport au service de l’apprentissage des savoir-être | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Hugo Lanvers est directeur de Sport Emploi, association créée en 2005 à Floirac par Jean Trillo, ancien international du XV de France, qui voulait s’appuyer sur les valeurs du sport pour mobiliser les jeunes en difficulté d'insertion. Aujourd’hui, Sport Emploi travaille sur l'impact social du sport. Son cœur d'action reste l'insertion professionnelle, mais elle intervient aussi sur d'autres champs comme l'éducation, la cohésion sociale, la santé, le bien-être. Son projet Mobi’Sport est financé par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».

 

D’où vient le programme Mobi’Sport ?

Mobi’Sport a été créé en s'appuyant sur la pédagogie que nous avions mise en place il y a 10 ans pour le dispositif « AVI passeport », en partenariat avec l'IUT de Bordeaux. AVI passeport fonctionne bien, sa pédagogie est pertinente, elle a vraiment un impact sur le public. Mais son accès est un peu restrictif, puisqu'il impose des prérequis scolaires, au moins un niveau terminale. Nous avons réfléchi à un programme qui puisse répondre aux besoins d'un public plus étendu. Nous avons créé Mobi’sport en 2021, comme un parcours de remobilisation du public, d’une durée d’un mois. Nous en sommes à la troisième année, à raison de 3 sessions par an pour des groupes jusqu'à 20 participants.

 

En quoi consiste-t-il ?

Mobi’Sport est un programme de remobilisation par le sport et de travail sur les savoir-être. L'idée c'est qu'ensuite, les personnes puissent trouver un projet, quel qu'il soit, pas seulement un projet professionnel. Et on ne cible pas de secteurs en particulier. Le sport est notre support principal, mais nous proposons différents types d'ateliers d'accompagnement socioprofessionnel. Par exemple sur la prise de parole, du théâtre, du conseil en image, la connaissance de soi ou les techniques de recherche d'emploi.

 

A quels publics est-il ouvert ?

On ne ferme la porte à personne. Il y a toujours une problématique de départ, ce sont des gens éloignés de l'emploi ou de la formation, à des degrés divers. Nous avons surtout des participants de 16 à 30 ans, quelques-uns plus âgés. Le côté intergénérationnel est intéressant pour la remobilisation, en particulier pour les plus jeunes. Il a un vrai impact sur leur façon de se comporter. Les profils sont assez variés, nous avons des personnes très isolées qui ont juste envie de retrouver des interactions sociales, d’autres qui ont déjà une idée précise de leur projet professionnel, mais qui ont encore quelques freins sur lesquels il faut travailler, des questions d’addiction parfois. Souvent, c’est un problème au niveau de la posture, et ça ne passe pas toujours avec les employeurs.

 

Comment trouvez-vous les participants ?

Certains nous sont envoyés sur prescription. Nous travaillons beaucoup avec la mission locale des Hauts de Garonne, Pôle emploi, des partenaires associatifs, les CCAS, la Maison Départementale des Solidarités. A côté de ça, nous faisons des réunions d'information collective. Et nous avons développé des actions de proximité, notamment le projet « sport impact » qui consiste à organiser des séances de sport gratuites en pied d’immeuble. Cela nous permet de nous ancrer sur le territoire et d'être identifiés par les habitants. Le bouche-à-oreille fonctionne bien, les gens savent ce qu'on propose, ils viennent aussi par ce biais-là.

 

Avant l’entrée dans le programme, nous faisons toujours des entretiens individuels, pour vérifier si Mobi’Sport est pertinent pour la personne, si c’est adapté à sa problématique. On évite d’accepter des gens qui viennent juste pour se défouler, mais qui n’ont pas de besoins par ailleurs. Pour nous, le projet professionnel est un véritable objectif, même si le parcours ne dure qu’un mois.

 

Quel est l’apport particulier de l’approche par le sport ?

Le sport c'est le respect des règles, une notion de cadre qui est très importante et dont les jeunes ont vraiment besoin.  Pendant un mois, ils viennent tous les jours à 9 heures, du lundi au vendredi, ce qui nous permet d'installer ce cadre. On insiste beaucoup sur la ponctualité. La différence par rapport à un dispositif classique, c’est l'utilisation du sport, qui se fait moins à la mission locale, et la densité du programme qui crée une vraie dynamique. L'équipe est différente aussi, puisque nous avons surtout des éducateurs sportifs, ainsi qu’une conseillère en insertion professionnelle.

 

Exigez-vous des prérequis en sport ?

On va avoir tout type de profil, il y en a qui ne font que très peu de sport et ça se passe très bien, puisque les ateliers sont aménagés pour intégrer tout le monde. Le seul prérequis, c’est d’avoir un certificat médical d’aptitude à la pratique sportive. Certains nous disent que le sport, ça n’est pas trop leur truc. Le programme les attire, mais ils se demandent s’ils vont être au niveau. On leur explique qu’on ne cherche pas la performance.  

 

Comment s’organise une journée type ?

D’abord le sport le matin. Chaque jour, nous travaillons sur une compétence, des savoir être attendus par les entreprises, indispensables pour un emploi ou une formation. Par exemple, on va faire une séance de foot-communication avec des ateliers construits pour que les groupes abordent les différentes formes de communication et progressent presque de façon inconsciente. Nous travaillons aussi sur l'autonomie, la persévérance, le respect des règles, la proactivité, etc. L'après-midi, les différentes activités sont en lien avec ce qui a été travaillé le matin.

 

Dans notre équipe pédagogique, les éducateurs sportifs font le lien avec la conseillère en insertion sur le parcours de chaque participant, en signalant ce qu’ils ont observé le matin. Par exemple un jeune un peu renfermé, qui a tendance à ne pas trop s’exprimer en entretien, mais qui pendant les séances de sport va révéler des qualités de leader, qui va aider les membres de son équipe. Nous travaillons avec ces éléments, on cherche à faire prendre conscience au jeune que c’est quelque chose qu’il peut valoriser.

 

Que faites-vous spécifiquement par rapport au projet professionnel ?

Nous abordons le sujet tout de suite parce que c'est une réalité, on n’a pas peur de leur faire peur. Quand la confiance est instaurée, les jeunes arrivent à en parler assez librement. Le sport a aussi ce côté cohésion de groupe qui permet de créer un lien de confiance. Je trouve qu'on arrive assez bien à parler avec eux de projet professionnel. Les participants sont très bienveillants entre eux, ils se livrent plus facilement, ils arrivent à dire des choses très personnelles.

 

Tout au long du mois nous leur proposons des découvertes métiers et des visites d'entreprises, dans plein de secteurs différents, parfois des secteurs vers lesquels ils ne se tourneraient pas. Mais c'est important de les ouvrir sur ce qu’ils ne connaissent pas. On fait en sorte que le jeune se pose des questions sur lui-même, sur ses caractéristiques, sur ce qui lui plaît. En face, on regarde ce qu'il y a sur le marché, quel secteur, quelles possibilités, il faut prendre le temps. Notre slogan cette année, c’est « du temps pour moi et mes projets ».

 

Que considérez-vous comme une sortie positive ?

Une sortie positive se traduit principalement par l’intégration en emploi, en formation ou dans un parcours d’accompagnement. Pour autant, nous attachons aussi beaucoup d’importance à l’évolution des comportements lors de la remobilisation. Certains jeunes peuvent être particulièrement renfermés au début, difficiles d’accès. Si nous les voyons évoluer dans leur posture professionnelle, leur rapport aux autres, leur capacité à se conformer au cadre mis en place, c’est gagné. Ça a d'autant plus de valeur que nous en accueillons certains qui, non seulement sont très éloignés de l'emploi, mais aussi du système de manière générale.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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L’art comme révélateur de compétences

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Yoann Roch est médiateur emploi et culture à la Régie de Territoire du Bassin de Brive. Il coordonne le projet Arts et Compétences, mené en partenariat avec deux autres associations, l’ASEAC 19, structure de protection de l'enfance, et « À tout venant Ressourcerie » de Brive-la-Gaillarde et Naves. Arts et Compétences est financé par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».  

 

Pourquoi et pour quel public avez-vous lancé Arts et Compétences ?

Avec ce projet, nous voulions essayer de voir, en passant par l’activité culturelle, si on pouvait révéler des compétences qu'on ne voit pas au quotidien. C’est un projet qui nous permet d'évoluer dans nos accompagnements, et qui est totalement neuf pour nous. Le premier public visé, ce sont nos salariés en transition professionnelle, et les salariés en insertion de la ressourcerie. Ils viennent de partout sur la communauté d'agglomération, qui compte 48 communes. Pour l’instant nous en sommes à la première session, qui a duré 4 mois à raison d’une demi-journée par semaine. Son but était de réaliser un film documentaire. Nous en organiserons une autre plus tard, qui sera plus tournée sur les jeunes. Je ne sais pas encore sous quelle forme.

 

Combien de participants ?  

Le groupe était constitué de 9 de nos salariés en transition. J’ai une place un peu particulière, puisque je suis médiateur et que, en tant que tel, je fais l'étude et l'analyse des compétences qui peuvent être révélées et acquises pendant les activités proposées. Et en même temps, j’étais partie intégrante du projet. Ce qui fait que nous avions un petit groupe composé de gens qui ne se connaissaient pas, qui se sont rencontrés à cette occasion.

 

Comment avez-vous fait la sélection ?  

Nous avons réuni tous les salariés de toutes les structures, lors d’une réunion où on a proposé le projet et présenté une trame. Après, c'est sur du volontariat que les gens se sont inscrits à cet événement. On a choisi une limite de 12 à 15 personnes pour qu’on puisse les accueillir sur les ateliers. Au cas où certaines se désistaient, nous voulions être sûr de disposer d’une dizaine de participants pour qu'on ait quelque chose d'intéressant.

 

Quelle était la finalité du projet ?

Le 21 juin, nous avons fait une projection dans un cinéma, en présence de tous les salariés, y compris ceux qui n’avaient pas participé. L’intérêt était de les inciter aussi à plus s’intéresser à la culture, de casser certaines idées reçues. Surtout en ce qui concerne le théâtre. Je pense que les gens restent sur une image classique comme Molière, alors qu'au final ça a énormément évolué. Il y a beaucoup de pièces contemporaines, de concerts, de spectacles vivants. Donc c'était intéressant de leur montrer qu’ils pouvaient y avoir accès et y aller en famille.

 

*      *      *

 

Nicolas, vous êtes salarié de la régie, que vous a apporté le projet Arts et Compétences ?

Au niveau du travail, ça fait une grosse coupure. Ça nous a permis de rencontrer de nouvelles personnes. On a travaillé sur nos compétences et la confiance en soi. J’avais déjà eu une expérience dans le cadre du retour progressif à l'emploi, le dispositif expérimental qui a lieu à Brive depuis 2021, avec des sociologues qui nous ont fait faire le « théâtre des opprimés. »

 

Dans Arts et compétences, on a été accompagnés par une chorégraphe qui nous a appris à nous exprimer avec notre corps, comment faire passer les sentiments, l'envie, le non, le oui. C'était très intéressant de travailler là-dessus, sur notre expression, sur le rapport aux autres. C’était une première étape. La deuxième étape c'était de filmer et réaliser un documentaire. On était à la fois devant et derrière la caméra, on a appris la technique et on s’est aussi filmé. C’est pour ça que c'était important d'avoir travaillé avant sur l'estime de soi, sur le rapprochement corporel avec les autres.

 

Tom, vous travaillez à la « Ressourcerie Gaillarde », pourquoi avez-vous décidé de participer ?

J’ai voulu participer à l’expérience pace qu’elle sort un peu de l'ordinaire. Pouvoir être accompagné pendant 4 mois par une chorégraphe, un réalisateur, ce n’est pas tous les jours qu'on vous le propose. Et ça m'a motivé. En participant aux ateliers, on a pu voir ce que ça nous apportait, comme se rendre compte qu'on peut créer avec son corps, bouger dans l’espace, avec des gens qu'on ne connaissait pas avant. Ça peut surprendre parce qu'au début on se dit, je ne vais pas être capable, je ne vais pas y arriver, et finalement ça se fait tout seul. Et puis après, il y a eu le documentaire. Ce n’est pas simplement prendre une caméra, la poser et tourner. Il y a toute une réflexion, qu'est-ce qu'on fait ? Comment on le fait ? Pourquoi ? Comment on s'organise ? A l'étape deux, on a mis en pratique tout ce qu’on a appris au niveau de notre corps dans l'espace, de comment gérer la machine pour filmer.

 

Pour moi cette action est essentiellement basée sur l'estime de soi, la confiance en soi, la valorisation de soi. J’imagine que c'est déjà en nous. On a tous un parcours, une histoire qui fait que peut-être on l'a un peu oubliée, ou on s’est fait un peu marcher sur cette confiance en nous. Du coup, ça a permis de remettre ce sentiment à flots. On s'en rend compte tous les jours, que ce soit au boulot ou dans la vie quotidienne. Je me sens plus affirmé dans le rapport à l'autre, à mes chefs. Ça m'a aidé par rapport à la relation que je peux avoir avec l'autre, peu importe qui c'est. Comme j’ai pris confiance en moi, je peux plus facilement exprimer ce que je ressens ou ce que je veux exprimer.

 

Florence, vous venez aussi d’une ressourcerie, celle du Carnyx à Naves. Que retenez-vous de cette expérience ?

Faire des exercices avec la chorégraphe nous a permis de prendre confiance en nous et de faire confiance aux autres. On a tous des parcours plus ou moins différents. On ne s’était jamais rencontré parce qu’on travaille dans trois structures séparées. Mais on s'est mis dans le bain direct parce que nous avions le même but. Et la chorégraphe nous a tout de suite mis à l’aise. En peu de temps, ça nous a permis d'avoir une cohésion de groupe.

 

Pour le documentaire « De vous à nous », le réalisateur a gardé tout le long une part de mystère. Il n’y a pas eu de scénario imposé, il s'écrivait au fur et à mesure des ateliers, en fonction de ce qui venait de chaque participant. Ça s’est fait aussi par rapport à ce que le réalisateur a pu ressentir de chacun de nous. Nous n’avons participé qu’un petit peu au montage, parce que c’est la partie professionnelle, très technique. Il nous a montré quelques images, pour vérifier si ça nous convenait ou pas. Mais nous n’avons découvert le résultat qu’au moment de la projection. Jusque-là, nous étions un peu dans le flou.

 

 

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Le panier formation des Restos du Coeur

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Marie France HUGON est présidente des Tremplins des Restos du Cœur, qui est l’organisme de formation des Restos du Cœur. Leur projet "Les tremplins 100% mobilisés" est lauréat du PIC 100% inclusion.

 

Que représentent aujourd’hui les Restos du Cœur ?

Les Restos du Cœur, c’est un siège national à Paris et, dans chaque département, au moins une association départementale. En tout il y en a 117. Chacune a un contrat d'agrément avec l'association nationale, tout en gardant une certaine autonomie. L'aide alimentaire reste le socle des Restos, mais aujourd'hui « l’aide globale à la personne » fait partie du Projet Associatif National des Restos. Un accompagnement sur les problématiques de santé, de langue, d’accès au droit à la justice, au travail, est proposé aux personnes accueillies dans les centres d’activité des Restos.

 

Quel est le rôle des Tremplins dans cet ensemble ?

Les Tremplins sont uniques aux Restos. Ils ne sont pas comparables aux associations départementales, dans la mesure où ils n’assurent pas d'aide alimentaire. Nous sommes un organisme de formation, une association juridiquement indépendante sous contrat d'agrément avec les Restos du cœur. Nous proposons des parcours d’insertion professionnelles aux personnes accueillies dans toutes les structures Restos (Centres d’Activité, Ateliers Chantiers d’Insertion et structures logements) de toutes les Associations Départementales. 

 

Quels sont les formations que vous proposez ?

Nous proposons deux types de parcours. D’abord un parcours de Mobilisation Renforcée vers l'Emploi, pour les gens très éloignés de l'emploi. Ensuite un parcours de professionnalisation construit avec des entreprises partenaires, sur des métiers en tension pour lesquels les entreprises peinent à recruter

 

Nos parcours de formation s’adressent aux personnes accueillies par les centres d'activité, autrefois appelés « centres de distribution », qui leur proposent toute une variété d’aides et d’activités. Les centres nous envoient des personnes rencontrées par des bénévoles, ou par les travailleurs sociaux des Ateliers Chantiers d'Insertion et des quelques structures d'hébergement que compte le réseau. Elles sont orientées vers nous parce qu’elles ont passé la porte des restos à un moment donné et ont partagé leur problématique emploi avec un bénévole ou salarié.

 

Comment intervenez-vous ?

Nous n’intervenons sur France entière que depuis le conventionnement avec la CDC dans le cadre du programme 100% Inclusion. Pendant longtemps, nous n’avons travaillé qu’en Île-de-France par manque de ressources. Jusqu’à récemment, certaines associations départementales ne connaissaient pas notre existence, justement parce que nous étions très Franciliens. Il y a déjà eu tout un travail de communication interne à faire. Le plus difficile, c'est d'arriver à convaincre, informer correctement, pour que les bénévoles et salariés dans les ateliers chantiers d'insertion s'emparent de cet outil d’insertion que sont les Tremplins.

 

Et en pratique ?

Nous formons des groupes de 10 et 15 personnes, après avoir déterminé un territoire pertinent pour nos publics. La mobilisation est très longue, il nous faut d’abord commencer par les bénévoles et les salariés sur le projet. Une fois qu’ils sont convaincus, on peut démarrer. Charge à eux de convaincre les publics qui sont très éloignés de l’emploi et rencontrent souvent des problèmes de mobilité. Nous essayons de lever les freins, en facilitant les transports, en prenant en charge les frais de déplacement et de restauration, éventuellement des moyens de garde pour les femmes qui ont des enfants à charge. Quelqu’un qui a envie de se rapprocher du monde du travail va rencontrer un bénévole, échanger avec lui. Parfois, c’est long à se mettre en place, mais le bénévole pourra lui parler des Tremplins et de ses parcours. Si la personne est intéressée, un premier échange diagnostic peut être fait.

 

Quelles sont les conditions pour participer à une formation ?

Il faut respecter trois conditions pour intégrer un de nos parcours. Être majeur, avoir une autorisation administrative de travailler sur le territoire national, comprendre et se faire comprendre en français. Nous n’avons pas de grosses exigences linguistiques, mais nous ne faisons pas appel à des interprètes. Par ailleurs pour rejoindre un parcours de mobilisation renforcé vers l'emploi, il faut en avoir l'envie et la motivation.

 

Dans la pratique, comment se déroule un Parcours de Mobilisation Renforcée vers l’Emploi ?

Lors des parcours, une partie des ateliers est assurée par des bénévoles volontaires, notamment les savoirs de base, le numérique. L’autre partie par des prestataires que l'on rémunère. A Paris, nous avons une équipe de bénévoles qui peut se déplacer pour animer les sessions. On fait aussi intervenir une psychologue du travail pour tout ce qui relève des codes de l'entreprise, et une association qui travaille sur l'image de soi, des choses aussi simples que les questions de présentation, d'hygiène, de code vestimentaire. Nous faisons également beaucoup d’entraînements aux entretiens d'embauche.

 

Nous proposons des visites d’entreprises qui acceptent de nous ouvrir leurs portes, même si elles n’ont pas d’emplois à proposer. C'est l’occasion pour certains d’entrer pour la première fois dans une entreprise, de découvrir un secteur d'activité, un site industriel, un hôtel, un café restaurant, une grande surface… Quand on dit visite, on fait en sorte qu'il y ait des échanges avec les salariés, pour que nos stagiaires prennent vraiment la mesure de ce qui se fait dans l'entreprise et des métiers envisageables pour eux.

 

En matière de formation professionnelle, nous avons des partenaires historiques des Restos, par exemple Carrefour avec lequel nous organisons un parcours pour le métier de boucher, avec un contrat de professionnalisation à la clé. Nous faisons quelque chose d'un peu semblable avec Sodexo, pour des Employés Techniques de Restauration. Nous travaillons à quelque chose d'un peu semblable avec la branche de la propreté, c'est un long processus. 

 

Que se passe-t-il à l’issue des formations ?

Dans le cadre des Parcours de Mobilisation Renforcée vers l’Emploi on ne garantit pas une sortie à l'emploi. Notre engagement, c'est de valider un projet professionnel, de leur faire découvrir le monde de l'entreprise et du travail. Une fois que le parcours est terminé, nous effectuons un suivi à 6 mois avec un conseiller d'insertion professionnel et des bénévoles. Souvent, une personne garde le contact avec le bénévole qui l'a orientée dans le centre qu’elle continue à fréquenter, ne serait-ce que pour l'aide alimentaire. Il peut aussi y avoir un accompagnement sous forme de parrainage ou de coaching par d’autres bénévoles. Un réseau, ça peut apporter beaucoup de choses. Dans le cadre des parcours de professionnalisation, Carrefour proposent un contrat de professionnalisation d’un an, Sodexo propose aux personnes formées et ayant acquis un premier niveau de qualification, un emploi sur l’un de leurs sites.

 

Quelles sont les perspectives pour les Tremplins ?

Avec l'expérience, nous constatons qu’il est plus facile de mobiliser bénévoles et salariés sur cet outil dans des villes moyennes comme Alençon ou Montauban. Nos propositions sont mieux accueillies, probablement parce que les dispositifs y sont moins nombreux. Nous avons cependant déjà travaillé sur Bordeaux, Toulouse, Lyon…

 

Notre force, est l’accompagnement de grande proximité que nous assurons. Quand une personne passe la porte d'un centre d'activité des restos, on lui réserve un accueil « inconditionnel ». Elle repartira forcément avec quelque chose à manger, mais ça ne s'arrête pas là. On l’informe aussi, au besoin lors d’un deuxième entretien, de toutes les autres aides dont elle va pouvoir bénéficier dans son centre. Notre objectif est que toutes les personnes salariées et bénévoles des Restos connaissent les parcours Tremplins, et que nous puissions ainsi former des équipes qui localement seront mobilisées sur l’organisation de nombreux parcours.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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Le cheval, ce formateur singulier

Le cheval, ce formateur singulier | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Situé à Virson (Charente-Maritime), l’organisme de formation Amazines présente une caractéristique bien particulière, celle de proposer des formations de coaching et de développement personnel par la médiation équine. Sa fondatrice, Joëlle Guasch, a créé cette structure après 35 ans d’expérience professionnelle en tant que cadre au sein de diverses entreprises et de conseillère en chambre consulaire. Elle propose, entre autres, une formation intitulée « retrouver son estime de soi pour mieux propulser sa vie personnelle et professionnelle », financée par l’appel à projets régional « mobilisation vers la formation » (PACTE).

 

En quoi consiste la médiation équine ?

On connaît davantage l’équithérapie pour les personnes en situation de handicap par exemple. Dans la médiation équine, on rajoute à ces pratiques de base tout ce qui est coaching et accompagnement au changement. Dans le principe, on met la personne au contact du cheval, on travaille beaucoup par métaphore pour bien intégrer la vraie vie, ses situations personnelles ou professionnelles. La personne comprend ce qui se passe, acquiert des outils d'autogestion pour se sentir mieux et nous l’accompagnons dans son changement. En fait, la médiation équine s'adapte à tout public de 7 à 77 ans. On va toucher des thèmes comme la confiance en soi, la communication, le management, le travail en équipe, le leadership, la créativité, etc.

 

En quoi consiste votre approche ?

La particularité d'Amazines, c'est de proposer des formations dont la pédagogie passe par la mise en situation avec l’animal. Un apprentissage par l’expérience sensorielle et émotionnelle, pour être en phase avec soi-même et avec les autres. Le cheval est un animal grégaire qui a besoin du groupe pour évoluer en sécurité. Comme il n’a ni crocs, ni griffe, ni venin, son système sensoriel lui permet de fuir en cas de danger. Il est tellement sensible qu'il est capable de ressentir une variation du rythme cardiaque, par exemple chez l'humain. Cela oblige la personne à être totalement authentique à son contact pour que ça fonctionne. Et comme c'est un animal sans jugement, ça ouvre le champ des possibles pour se réaliser.

 

Face à l'animal on peut apprendre le bon comportement, pour le dupliquer ensuite avec l'humain. C’est pour ça que je suis allée chercher le cheval et que je l'ai intégré dans la pédagogie, qui comprend la PNL, l'approche neurocognitive, et les approches classiques de formation avec évaluations, mesures, indicateurs etc. Nous avons deux axes de formation, les relations interpersonnelles et la santé au travail. Dans le domaine de la santé au travail, on aborde  la gestion du stress et des émotions.

 

Dans l’éventail de vos actions, vous proposez une action de mobilisation ?

Dans le cadre de cette action, nous intervenons auprès de personnes en rupture sociale, très éloignées de l'emploi, de 20 ans à 50 ans. On leur explique rapidement que nos formations se déroulent en pleine nature, pas sur des bancs d’école, qui est souvent un mauvais souvenir pour elles. L’objectif est de leur permettre de reprendre confiance et développer l'estime de soi, pour qu'elles se sentent capable d'engager une formation et favoriser leur retour à l'emploi. La mise en œuvre se fait en partenariat avec les structures d'insertion, les missions locales, Pôle emploi, etc. On fait régulièrement des points pour voir ce qui a fonctionné, et ce qui est à améliorer, en présence du bénéficiaire.

 

Nous effectuons des évaluations de départ, et nous utilisons des indicateurs de mesure en cours de route. Le principe, c’est de mettre la personne en situation, on débriefe sur ce qu'elle a vécu, et on transforme l'expérience en pédagogie avant de la formaliser. Autre chose importante, c’est que les participants font de la formation sans le savoir.

 

En pratique, cette formation se déroule comment ?

Nous avons des groupes de 6 personnes encadrées par 2 intervenants, on est vraiment dans une formation individualisée, même s'il y a du collectif.  Le parcours comprend 11 journées réparties sur un peu plus d’un mois et demi. On affine la pédagogie au fur et à mesure, puisqu’elle est étroitement liée à l'évolution des bénéficiaires. Avec tout de même un fil rouge. Par exemple, on intègre de la nutrition parce qu'on s'est rendu compte qu’ils mangeaient très mal, et que ça avait des effets sur leur santé et sur leur situation financière. Donc on observe ce que mange le cheval, dans le but de leur faire prendre conscience en quoi l'alimentation est importante.

  

Que comprend votre pédagogie ?

On part de ce qui se passe dans la vraie vie pour conceptualiser. On amène les gens à comprendre ce dont ils ont besoin dans leur vie personnelle et professionnelle, et comment ils peuvent prendre leur place dans le groupe. Ils se rendent compte qu’ils peuvent être eux-mêmes libres et force de proposition. C'est la base du management des organisations transversales, sortir du pyramidal pour entrer dans du transversal et de l'intelligence collective. Prendre conscience qu'il existe différentes formes d'intelligence, et que chacun a sa place, ça change le regard sur soi.

 

Quand le cheval a décidé de brouter et que l'objectif pour la personne est de l'emmener dans le manège, elle est obligée de s'affirmer pour lui imposer de se déplacer. Mais elle ne se rend pas compte qu'elle est en train de s'affirmer quand elle le fait, son objectif c'est déplacer le cheval.

 

Autre exemple, au lieu de faire des mathématiques derrière un bureau, on leur fait calculer des rations de nourriture pour le cheval, des distances à parcourir. En fait tout est ludique, tout est pédagogie, tout passe par le jeu, l'expérience et la transformation.


Comment se déroule une séance ?

En séance, on commence par observer le troupeau. On explique les règles de sécurité, ainsi que les règles déontologiques de respect, de bienveillance, de non-jugement etc. Selon la capacité des gens, on entre dans le troupeau ou on reste à l‘extérieur. Et on observe ce qui se passe. S’ils en ont peur, c’est normal, ils peuvent rester à distance voire très loin du cheval, ça fonctionne quand même. 

 

Là déjà on travaille sur les hiérarchies dans le groupe, les interrelations, les rapports de force. Qu’est-ce qu’un dominant ? Quel est son rôle dans le groupe ? Qu'est-ce qu'un leader ? On travaille par métaphore, on compare les organisations familiales, les organisations professionnelles et les organisations grégaires du cheval. Assez vite les participants se rendent compte que les chevaux fonctionnent comme nous, selon une organisation hiérarchique, avec des besoins essentiels.

 

Une fois qu'on a abordé le rôle du cheval dans le groupe, on s’approche de lui pour travailler le sensoriel par le pansage. On aborde les sens, à quoi ils servent, le lien entre le sensoriel et l'émotionnel. C’est important pour tous ceux qui sont coupés de leurs émotions. On ajoute des outils d'autogestion basés sur la sophrologie, l’auto-hypnose, la relaxation, pour que la personne puisse se gérer elle-même, lorsqu’elle se trouve dans une situation inconfortable.

 

Que se passe-t-il après la formation ?

A l'issue des 11 jours, les apprenants ont la possibilité de passer le CLEA équin, une première reconnaissance accessible à ceux qui le désirent. On leur propose aussi les open badges de notre partenaire Diagonales, la régie de quartiers de La Rochelle. Avec les open badges, ils se reconnaissent aussi dans leur savoir être, c'est important pour l'estime de soi.

 

Mais l'objectif de l’action, c'est de leur permettre d'engager une formation en rapport avec les compétences nécessaires à leur projet professionnel. Le travail sur le projet professionnel se fait graduellement. Il est variable d'une personne à l’autre, il n’y a pas de règles. Pour moi, le changement s’opère dès le début de la formation. S’il ne s'opère pas de suite, c'est que quelque chose ne fonctionne pas. Il faut que ce soit court, efficace et opérationnel.

 

L’organisme de formation est certifié Qualiopi et fait partie du réseau international EAHAE dont la particularité est l’éthique dans les pratiques d’équicoaching. Les formations sont éligibles auprès des Organismes Collecteurs de financement dont certaines au CPF.

 

Amazines.fr

Contact : Joëlle GUASCH - 0624649610

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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Illettrisme, une histoire individuelle

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A Limoges, Hélène Merigoux et Maïder Echeverria sont codirectrices de l'association Lutter pour l’Inclusion et le Respect par l’Ecriture (LIRE). La principale action portée par LIRE est l’accompagnement individuel des personnes en situation d'illettrisme. Elle est soutenue par la Région dans le cadre de l’appel à projets régional « Innover contre l’Illettrisme. »

 

En quoi consiste votre projet ?

A la base du projet nous sommes 3 éducateurs spécialisés, dont les deux codirectrices actuelles. On travaillait dans la protection de l'enfance, dans un foyer avec des mineurs qui n'avaient pas le niveau nécessaire pour être autonomes dans leur vie quotidienne. Nous avons essayé de faire intervenir des associations de soutien scolaire, mais le fait que ce soit un « simple » soutien scolaire ne suffisait pas. Il manquait un accompagnement global qui tienne compte des réalités sociales de ces jeunes.

 

Nous avons pris deux ans pour réfléchir à un projet qui réponde à des besoins individuels, dont l’apprentissage du français pour accéder à l'autonomie et l'insertion. Comme il n’existait rien de similaire sur le département, nous avons rencontré beaucoup de futurs partenaires, présenté le projet aux institutions publiques et privées qui pouvaient nous aider à le monter et le financer. En 2020, nous avons commencé des accompagnements à la Bibliothèque francophone multimédia de Limoges, ensuite nous avons pu louer nos propres locaux.

 

Quel est votre public aujourd’hui ?

On s'adresse à toute personne en situation d'illettrisme. Cette année il y a une forte demande de la part de jeunes en apprentissage qui ont des problèmes de maitrise de la langue. D’autres ont connu des échecs scolaires et se rendent compte que leur niveau de lecture et d'écriture est trop bas pour accéder à une formation qualifiante. Les personnes ne sont pas forcément illettrées au sens officiel du terme, mais en pratique, elles le sont dans leur vie quotidienne, parce que leurs carences les empêchent de s'insérer, de trouver de l'emploi, ou même d’avoir des relations sociales normées. Au point que certaines ne sortent plus de chez elles, ne font plus leurs courses, ne savent pas prendre le bus. Notre objectif, c’est qu’elles soient autonomes et qu'elles trouvent du travail ou une formation à leur niveau.

 

Quelle est la particularité de votre action ?

Ce qui est innovant dans notre façon de faire, c’est l’accompagnement individuel, sur le principe un formateur, un apprenant. Nous tenons à ce que nos formateurs bénévoles suivent au moins une formation dans l'année au Centre Ressources Illettrisme Analphabétisme (CRIA Nouvelle-Aquitaine) et participent à nos formations internes sur la relation éducative. Il nous paraît important qu’ils sachent éviter les écueils de la relation avec notre public, qu’ils ne soient pas trop dans l'affect et gardent la bonne distance.

 

La deuxième particularité de notre méthode, c’est qu’elle consiste à répondre à un besoin immédiat. Nous accueillons les personnes qui nous sont adressées avec un premier entretien pendant lequel on discute de leur situation, des raisons de leur venue, de leurs attentes. En fonction de ses réponses, on adapte nos méthodes pédagogiques. Par exemple, si une personne nous dit vouloir passer le code de la route, on va focaliser son apprentissage là-dessus. Elle aura la sensation qu'on répond tout de suite à ses besoins.

 

Comment se déroule ce premier entretien ?

Nous utilisons un support avec les renseignements classiques, la situation sociale de la personne, son travail, si elle cherche un emploi, est-ce qu'elle a des enfants, si elle est isolée, si elle prend les transports en commun, etc. Nous lui faisons remplir la partie administrative, ce qui nous donne déjà un premier niveau d'informations : comment elle tient son stylo ? Est- ce qu'elle tremble quand elle écrit ? Est-ce qu’elle a besoin de sa carte d'identité pour écrire son nom de famille ? etc. Ensuite, on lui demande ce qu’elle attend de nous, ça nous permet aussi de voir quelle est sa posture, et si elle est à l'aise à l'oral. On lui explique bien ce qu'on peut proposer, qu'on ne pourra pas forcément lui apprendre à lire et écrire, car il faut 1 500 heures pour ça, mais que nous sommes une première marche vers des formations plus longues.

 

La première demande peut être juste « je veux apprendre à lire et écrire. » D'autres personnes vont venir dans un but précis, parce qu'elles veulent trouver un travail ou passer une qualification, mais qu’elles n’ont pas le niveau suffisant. On leur propose un accompagnement sur la recherche d'emploi. On leur apprend à se présenter, à savoir faire une phrase appropriée lors d'un entretien professionnel, comment ne pas faire d'énormes erreurs.

 

Comment procédez-vous ?

Notre méthode et nos outils sont entièrement personnalisés. Aucun accompagnement ne ressemble à un autre. Les personnes viennent pour des séances d’une heure, une ou deux fois par semaine, toujours avec le même formateur. Avec nos apprenants, tout peut servir de support d’apprentissage. On fait des simulations d'appels téléphoniques, des sorties, on va prendre le bus, faire des courses, on ne s’interdit rien. L’accompagnement se termine quand le besoin est satisfait. Mais il peut reprendre plus tard dans l’année, par exemple pour des personnes qui sont entrées en formation, mais qui ont besoin d’un petit coup de main pour leurs examens.

 

En tant qu’éducateur spécialisé, avez-vous une approche particulière ?

Le métier d'éducateur a pleinement son rôle dans le champ de l’illettrisme, parce que c'est un métier du lien. Nous avons l’expérience du travail en foyer avec des adolescents récalcitrants, nous avons l’habitude de nous adapter. Nous disons à nos formateurs qu’ils sont là pour l'apprentissage du français et que pour tout ce qui relève du social, c’est nous qui intervenons. Nos publics sont le plus souvent dans des situations administratives assez complexes, ils n’ont pas besoin de nous réexpliquer tout leur parcours. Comme nous sommes des travailleurs sociaux, nous savons à peu près où ils en sont. Je pense que c'est pour ça que ça fonctionne bien.

 

Quel est le profil de vos formateurs bénévoles ?

Nous avons tous les profils. Beaucoup de retraités, mais aussi de plus en plus de jeunes en quête de sens. Nous sommes attentifs à ce que ça reste un plaisir pour eux de venir. Nous faisons des parcours individualisés aussi pour chaque formateur bénévole, c'est-à-dire qu’on respecte le temps qu’il veut donner à l'association. On essaie de créer des binômes formateur/apprenant sur la base de leurs centres d'intérêts communs. Et notre collègue Grégory Salles organise des temps de regroupement de formateurs trois fois dans l’année pour parler des outils pédagogiques, des pratiques, des formations…

 

Quels sont vos projets ?

Nous aimerions toucher beaucoup plus les salariés. Nous savons que dans les entreprises, il y a des personnes qui ne savent pas lire et écrire, qui sont en difficulté. En Haute-Vienne, l’illettrisme c’est 7%, soit 26000 personnes. Elles sont bien quelque part. Les entreprises en sont très conscientes, mais dès qu'on leur parle de payer pour mettre en place une formation auprès de leurs salariés, il y a moins de candidats. Nous voulons aussi devenir organisme de formation, on sait que l'avenir de l'association dépend aussi de ça.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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Le repérage, première étape de la lutte contre l'illettrisme

Le repérage, première étape de la lutte contre l'illettrisme | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Catherine Charlery et Delphine Le Parc sont respectivement directrice et chargée de mission de l’association agenaise Syllabe, une plateforme d'accueil, d'évaluation, d'orientation, de suivi de toute personne en difficulté avec les savoirs de base. Elle reçoit près de 1 900 personnes par an. L’association est lauréate de l’appel à projets régional « innover contre l’illettrisme ».

 

Quelles sont les actions concernées par ce nouvel appel à projets ?

Le nouvel appel à projets fait particulièrement référence à ce que nous faisons en direction des personnes scolarisées en France, mais ça n’est pas notre seul public. Il s'agit surtout de prolonger ce qu'on faisait déjà en 2020 et 2021. Nos actions précédentes ont porté leurs fruits, parce que nous recevons plus de public. C’est donc que les personnes sont mieux repérées. On constate également que chez celles qui ont été scolarisées en France, la proportion de personnes en grande difficulté est plus vaste. On est passé de 11 à 15%.

 

Le projet de cette année vise prioritairement les salariés de l’IAE. La nouveauté, c’est de travailler à leur repérage et surtout à l’entrée en formation de ceux qui seraient en situation d'illettrisme. Nous avons du mal à les recevoir.  Et quand c’est le cas, c'est difficile pour eux d'entrer en formation parce qu’ils ne sont pas forcément libérés sur leur temps de travail, voire pratiquement jamais. L’évaluation que nous faisons à Syllabe n’est pas suivie de formation, ça n'est pas satisfaisant. L’objectif étant de sécuriser leur parcours de manière qu’à la fin de leur contrat d'insertion ils puissent rebondir soit sur de la qualification, soit sur du travail.

 

Quels sont vos objectifs ?

Nous avons plusieurs objectifs, à commencer par celui de renforcer le rôle de Syllabe dans le département comme acteur central de la lutte contre l’illettrisme. Ensuite, de continuer le travail de repérage et de mobilisation, ainsi que d'assurer la sécurisation du parcours de formation en lien avec les prescripteurs, Cap emploi, missions locales, Pôle emploi et les organismes de formation. Par ailleurs, depuis la mise en place du CEJ, nous avons constaté une grande baisse de 30% des jeunes qui sont orientés vers nous par les missions locales. Nous voulons à nouveau arriver à toucher ce public.

 

Que faudrait-il pour améliorer le repérage ?

Ce n’est pas Syllabe qui effectue le repérage. Nous recevons des gens qui ont été repérés par d’autres. Même s’il y a eu des améliorations dans le repérage, il faut toujours poursuivre l’effort puisqu’il y a beaucoup de turn-over dans les structures. II y a de nouveaux conseillers Pôle emploi, de nouvelles assistantes sociales dans les centres médico-sociaux. Il faut continuellement expliquer notre rôle pour être efficace. Il y a également plus de structures qui font appel au CRI Aquitaine pour des séances de formation de leur personnel, ça c'est positif. S’ils sont mieux formés, ils repèrent mieux, et du coup ils les envoient plus vers la plateforme. Il faut continuer.

 

La lutte contre l'illettrisme, le repérage, la mobilisation, c'est un travail à long terme, puisque même le processus de réapprentissage pour les personnes concernées prend du temps. Nous les captons mieux, elles sont mieux orientées, il s’agit maintenant de transformer ça, qu’elles puissent entrer en formation de manière effective.

 

Quels sont les freins que vous constatez ?

Il y a les personnes elles-mêmes, avec lesquelles nous devons travailler sur le long terme pour les décider, pour qu’elles aient suffisamment confiance, en elles et en nous, pour accepter d'aller en formation. En ce qui concerne les SIAE, il faut arriver à les convaincre de libérer du temps à leurs salariés. Et il faut aussi que l’on arrive à travailler avec les organismes de formation dans le cadre de l’Habilitation de Service Public (HSP) socle de compétences pour qu'ils adaptent leurs temps de formation à des groupes de salariés de l’IAE.

 

En Lot-et-Garonne, à la différence d'autres départements de Nouvelle-Aquitaine, le fait qu'il y ait une plateforme facilite les choses. On arrive à avoir des gens qui entrent en formation sur ce parcours 1 de l’HSP*, et qui peuvent le renouveler. Ce n’est pas forcément le cas sur les autres départements.

 

Quand une personne se présente, que lui proposez-vous ?

En fait nous évaluons sa maîtrise des compétences de base en relation avec son projet. Et en fonction de ça, on va l'orienter soit vers un parcours 1, qui s’adresse aux personnes en situation d'illettrisme, soit vers un parcours 3 qui est un parcours de remise à niveau. Si c’est trop tôt pour elle, nous allons l’orienter vers une association de bénévoles. Pendant le Covid, nous avons eu moins de bénévoles, donc on a plus largement orienté sur l’HSP. Et on s'est rendu compte que ça marchait, alors qu’on pensait que ce serait une marche trop haute, que ça allait leur faire peur d’être en groupe, que plusieurs heures par semaine, ça pouvait être trop.  

 

Notre rôle est aussi de donner de l’information. Par exemple, si une personne rencontre des gros problèmes de mobilité et qu’elle a des droits, des aides qu'elle ne connaît pas, on va l'orienter vers la structure adhoc. Dans tous les cas, on fait le point sur tout ce qui est périphérique, tout ce qui a contribué à sa situation actuelle.  L’évaluation est réalisée à l'entrée et à la sortie. Nous restons en lien avec le prescripteur, on lui renvoie l'évaluation mais on ne lui communique pas tout ce qui s’est dit entre nous et la personne, son passé familial, son passé scolaire, sa situation… Et surtout, on préconise une formation. Ensuite, charge au prescripteur d’inscrire le candidat.

 

Pour les personnes en situation illettrisme, on se rend compte que certains trouvent du travail à l'issue de la formation. Ça les remet en route, c'est positif, ça les revalorise. Elles se sentent capables d'aller vers l'emploi par exemple, ou même de passer leur permis, alors qu’elles pouvaient avoir l'impression de ne pas en avoir les capacités.

 

Avez-vous constaté des améliorations ?

Nous sommes une des rares régions de France qui proposent une formation destinée spécifiquement aux personnes en situation d'illettrisme. C’est un grand progrès par rapport au dispositif compétences clés, où elles étaient plutôt mélangées avec d'autres. Là on a quand même la garantie que celles qui sont sur le parcours 1, ne seront qu'avec des personnes comme elles, ce qui est quand même primordial. Ça nous permet de créer quelque chose d'assez cohérent. Du coup on essaie d'embarquer tous les acteurs avec nous. Maintenant, il faut que les formateurs soient eux-mêmes formés.

 

Et selon vous, que faudrait-il faire évoluer ?

Aujourd'hui quand on fait un parcours 1 on peut en refaire un deuxième. Après, il faut s'arrêter pendant un certain nombre de mois. Avec ce type de public, dans l’idéal, il faudrait pouvoir continuer si la personne le souhaite, aussi longtemps que nécessaire. Il y a aussi le nombre de personnes en formation qu’il faudrait assouplir. On est sur des petits groupes, et s’il y a quelques absences, par exemple que seules deux personnes viennent, en général l'organisme de formation ne fait pas cours. Seulement, on a affaire à un public qu'il a fallu mobiliser. Et on ne peut pas dire à celles qui viennent à chaque séance, de retourner chez elles si les autres ne sont pas là.

 

 

* Voir fiche technique G1.08

www.cap-metiers.pro/Fiches-techniques/Formation-creation-entreprise-et-validation-des-acquis/921/Habilitation-service-public-HSP-Socle-competences/

 

 

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Ma Réussite, le coaching de proximité

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Laetitia Debliqui est coordinatrice du programme « Ma Réussite » au sein de L’Association pour la Formation et l’Education Permanente à Tivoli (AFEPT). L’AFEPT porte également l’Ecole de la deuxième chance de Bordeaux. « Ma Réussite » est lauréat du PIC RMPI.

 

Comment a débuté le projet « Ma Réussite » ?

Le projet est parti du constat qu’il y avait beaucoup de dispositifs censés aider les jeunes en rupture à se réinsérer, mais qu’ils étaient tous assez lourds, souvent avec des obligations quotidiennes. Certains jeunes n’y sont pas prêts, c’est déjà trop pour eux. On a voulu proposer un accompagnement qui soit très souple, qui propose du temps d’écoute bienveillante, et des outils pour se construire.

 

En quoi consiste-t-il ?

Notre approche est essentiellement basée sur des entretiens individuels. Le jeune vient vers nous avec ses problématiques, soit qu’il est perdu, qu’il manque d’envie, qu’il veuille chercher du travail mais ne sait pas comment s’y prendre. Ou encore qu’il rencontre des problèmes administratifs, qu’il envisage de reprendre ses études. Nous lui offrons du temps pour discuter et construire quelque chose ensemble.

 

On précise d’abord avec lui son projet, on « diagnostique » ses atouts et ses freins et on recherche la meilleure façon, pour lui, de parvenir à son objectif. Dans la mise en place de ce projet, on en profite pour lui expliquer qu’il faut qu’il aille s’inscrire à la mission locale, à Pôle emploi, avoir sa carte vitale et sa propre déclaration d’impôts. Que s’il ne le fait pas, il sera bloqué dans sa démarche.

 

L’idée, c’est qu’il se réapproprie le droit commun et qu’il comprenne que ce ne sont pas que des obligations, mais que c’est aussi quelque chose qui va lui servir. On va se centrer autour du jeune, de ses envies, de ses capacités et de ses freins. On va l’aider à construire un objectif qui lui convient. On le conseille mais c’est lui qui prend la décision.

 

Quelle est la nature de votre accompagnement ?

On ne fait pas d'accompagnement à proprement parler. On établit un diagnostic en termes de projet professionnel, de niveau de formation, de posture, de disponibilité. Ensuite, charge à nous de lui faire des préconisations, de l’envoyer vers les partenaires les plus adaptés, la mission locale, un parcours santé, des parcours sociaux. Notre objectif c'est toujours de trouver une solution. La majorité du temps elle est professionnelle, un accompagnement spécialisé, une formation, un emploi direct. Mais il y a des cas où c’est un suivi social ou médical.

 

Qui effectue ce travail sur les 5 départements que vous couvrez ?

Nous avons 7 coachs sur 5 départements. Un en Deux-Sèvres, un dans la Vienne, un en Charente, deux en Gironde et deux dans les Pyrénées Atlantiques. Ils portent entièrement le dispositif, établissent les partenariats, tiennent des permanences. Ils sont en contact direct avec les jeunes pour faire les accompagnements et les bilans. C'est d'abord un rapport humain. Ensuite, petit à petit, on construit une réinsertion dans ce qu’elle comporte de plus global.

 

Ce qui fait la force de « Ma réussite », c’est que nos coachs se déplacent. Ils reçoivent dans leur bureau, mais surtout ils vont dans des cafés, à domicile, dans un parc, là où se trouve le jeune. Le premier contact se fait comme le jeune le souhaite. En tant que coordinatrice, j'ai la vision d'ensemble sur les 5 départements. Chaque territoire a sa propre façon de fonctionner. Les dispositifs sont les mêmes, mais pas les interactions.

 

Comment se passe le repérage ?

Nous avons fait le choix de privilégier le « pair à pair solidaire », en s’inspirant de nos expériences. Même les jeunes les plus isolés gardent au moins un ou deux liens, avec leur famille, avec les camarades de leur dernière année de scolarité. On a fait le choix de sensibiliser leur entourage plutôt que les jeunes directement.

 

En 2022, nous avons établi près de 1 800 contacts avec des « partenaires relais », avec les MFR, les SIAE, dans les mairies, notamment en zone rurale parce qu’elles connaissent très bien les difficultés de leurs habitants. Nous faisons aussi équipe avec des éducateurs de rue, des animateurs, des assistantes sociales. On est très bien reçu par tout le monde. Chaque personne que l'on rencontre nous dit qu’elle connait dans sa famille, dans son entourage, un jeune qui s’est arrêté et qui ne sait pas comment redémarrer.

 

Vous arrivez à identifier tous les jeunes en besoin ?

Ce que l’on a mis en place nous permet d'en détecter un certain nombre. Pour faire plus, je pense que le partenariat est indispensable. Par exemple, on est allés aux pieds des immeubles avec des équipes de rue, pour créer des liens. En tant que coach, on n’est pas capables de faire leur métier et à contrario ils ne sont pas forcément capables de faire le nôtre. Pour moi l’avenir c'est d’être ensemble sur le terrain. Même si parfois le partenariat peut s’avérer compliqué à lancer.

 

Depuis septembre, nous avons également mis en place une communication complémentaire vers les entreprises. Dans le cadre de leur démarche RSE, certaines souhaitent proposer des choses à leurs salariés pour leur faciliter la vie. Leurs salariés ont des proches, des enfants, des cousins, qui sont en rupture de parcours. Nous leur présentons « Ma Réussite », comme une solution qu’ils pourraient faire connaître. Intervenir comme ça dans les entreprises, c'est quelque chose d'assez innovant. Depuis novembre, on fait aussi paraître une newsletter avec tout ce qui se passe sur notre territoire et tout ce qu'on met en place.

 

Quelles sont vos observations sur la situation des jeunes ?

Nous faisons toujours un peu les mêmes constats. Les jeunes les plus précaires sont fragilisés par la ruralité, par leur environnement familial, etc. Sur des autres dispositifs comme l’E2C, on observe aussi des jeunes qui sont en difficulté psychique, beaucoup de victimes de harcèlement, et des troubles « dys » qui n’ont pas été repérés, d’où leur mise à l’écart. Plus de la moitié ont tenté, à un moment donné, de passer un diplôme que ce soit CAP, BEP ou BAC et qui ont échoué. Je trouve que c'est énorme.

 

Vous effectuez un suivi ?

Pendant un an, on appelle les jeunes environ tous les 3 mois, pour savoir ce qu’ils deviennent. Certaines fois, nous n’avons plus de nouvelles, mais c’est plutôt rare. Dans tous les cas, nous avons passé le relais à un autre professionnel. A terme, notre objectif c’est qu’ils deviennent autonomes. On essaie de faire en sorte qu’ils ne connaissent pas d’autres difficultés, qu’ils bénéficient d’un accompagnement adapté.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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Provoquer la rencontre hors les murs 

Provoquer la rencontre hors les murs  | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Romain Brémaud est conseiller à la mission locale de Bressuire (Deux-Sèvres). Il est en charge de plusieurs actions de repérage et de mobilisation, qui sont lauréates du PIC Repérer et Mobiliser les Publics Invisibles (RMPI). Ces actions s’inscrivent dans la continuité du projet « In système », porté par la Région Nouvelle-Aquitaine entre 2019 et 2021.

 

Pour quelle raison avez-vous monté votre projet ?

Les jeunes du Bocage Bressuirais n’ont pas trop de difficultés à se rendre à la mission locale, mais nous sommes dans une région sur un territoire majoritairement rurale, avec de nombreuses petites communes aux alentours, plutôt isolées, mal desservies par les transports. D’autre part, le territoire est également composé d’un quartier QPV « politique de la Ville » avec d’autres caractéristiques (populations primo arrivantes, intégration, …). Sur ces deux types de territoire, quartier et zones rurales, nous voulions nous rendre au plus près de ces jeunes. Nous avons déjà quelques permanences délocalisées, mais notre idée était d'aller encore au-delà, en termes de repérage et de raccrochage à travers un « conseiller hors les murs ». Et proposer autre chose à ces jeunes qui ont des difficultés à trouver une solution, en leur permettant d’accéder à un stage de 3 semaines pour les sortir de leur isolement, les mettre en mouvement et entrer dans une nouvelle dynamique en vue d'une formation ou d’un emploi.

 

En quoi consiste votre démarche ?

Nos axes majeurs s’articulent autour des démarches de « repérage », « raccrochage » et de « remobilisation ». Il s’agit dans un 1er temps de travailler avec des nouveaux partenaires tels que les assistantes sociales, les associations caritatives … et également, d’investir des territoires où nous n’étions encore jamais allés. Les actions de repérage sont plutôt ponctuelles, en fonction des retours des partenaires. Les actions de raccrochage et de remobilisation sont beaucoup plus cadrées, régulières, avec un planning déjà défini à l'avance. En ma qualité de « conseiller hors les murs », je suis de plus en plus à l'extérieur, soit sur les chantiers, soit sur des actions de de repérage et de raccrochage. Cet appel à un projet nous a permis de se donner le temps de créer les partenariats et de développer ces démarches de repérage, raccrochage et remobilisation en direction des jeunes dits invisibles ou perdus de vue.

 

En quoi consistent vos actions ?

La première action est à la fois du repérage et du raccrochage. Elle s’appuie sur des « chantiers de découverte des métiers » en lien avec la Colporteuse, une association présente sur le territoire. Au lieu d’essayer de raccrocher les jeunes de façon traditionnelle avec des entretiens individuels dans les locaux de la mission locale. On leur propose des stages de 3 semaines dans un cadre bienveillant, sur une thématique et un environnement professionnel original et valorisant, telle que la fabrication de mobiliers en métal et en bois, ou le maraichage, la permaculture. On les remobilise avec des petits ateliers qui ont pour objectif de leur permettre de reprendre un rythme de vie adapté, de reprendre confiance en soi, de révéler leur potentiels …  Souvent ces jeunes sont isolés, sans lien et vie sociale et ne font pas grand-chose de leur journée. Pour certains, l'objectif vise juste à tenir les 3 semaines, d'arriver à se lever le matin et d'être là le lendemain et à s’inscrire dans un cadre collectif. Lors de ces chantiers mon rôle consiste à « faire avec » les jeunes et d’être à leur côté lors des moments d’activités et de travaux. Nous ne sommes pas dans la posture classique « face à face » dans un bureau.

 

L’autre action notable, consiste en la mise en place en 2022 d'une permanence au sein d’une épicerie solidaire portée par le centre socioculturel à Cerizay. Je m’y rends de manière assez régulière pour faire du repérage et du lien avec les usagers. Des jeunes, mais aussi des familles, des voisins, des amis. Je leur parle des actions et de l’offre de service de la mission locale, et ils me signalent parfois des jeunes qui auraient besoin de nous. Le bouche à oreille fonctionne bien avec les pairs, les familles et les partenaires.

 

Vous avez d’autres moyens pour les repérer ?

Le centre socioculturel a une liste de bénéficiaires prescrits par les assistantes sociales et les travailleurs sociaux du secteur. Sur ces listes, j'ai identifié les 16 25 ans qu’on n’a jamais vus, ou qui avaient déjà été accompagnés mais qui n'avaient pas rencontré leur conseiller depuis un ou deux ans. Pour une bonne part, on est plus sur du raccrochage que du repérage. Quand je les rencontre à l'épicerie, je leur propose de faire le point sur leur situation. Après, soit on met en place un accompagnement un peu plus régulier, soit on fait juste une mise à jour des informations et de leur dossier. C'est vraiment au cas par cas.

 

Selon vous, pourquoi certains publics sont qualifiés d’invisibles ?  

Je pense que c’est un tout. Même si les partenaires connaissent la mission locale, cela peut leur être difficile d’orienter les jeunes parce que les dispositifs changent rapidement. L’idée c'est de remettre à jour notre offre de service auprès des partenaires, leur rappeler nos actions, comme le « point santé » qui est récent, ou notre accompagnement sur la mobilité. On compte sur eux pour faire passer l’information quand ils rassemblent des familles, lors des groupes de parole pour des parents en difficulté. On essaie aussi de travailler régulièrement avec les éducateurs de prévention ou l’Aide Sociale à l’Enfance, en fonction des situations dont ils assurent l’accompagnement.

 

Aujourd’hui les nouveaux invisibles, ce sont les décrocheurs scolaires, qui ne connaissent pas forcément la mission locale alors qu'ils pourraient bénéficier d’un dispositif. Grâce au partenariat avec les assistantes sociales, le CIO, les différents collèges, on reçoit ces jeunes. Le maillage et le réseau des acteurs jeunesse permet de repérer ces jeunes et de faire rapidement le lien avec les services de la mission locale. C’est plutôt positif qu’on ne laisse pas ces jeunes dans une période de non prise en charge et d’incertitudes pendant plusieurs mois, ce qui rend le raccrochage plus difficile.

 

D’ailleurs, nous travaillons sur une autre problématique, celle des « hikikomori », ces jeunes qui, notamment depuis la période de COVID, sont très isolés, en rupture avec le monde extérieur et qui ne sortent pratiquement pas de chez eux. Notre idée, c’est d'aller le voir à domicile, pour ceux qui sont d’accord, afin de mener des entretiens tripartites avec l’assistante sociale et la famille. C'est un public que je prends vraiment le temps de rencontrer avant de lui proposer de venir à la mission locale.

 

Quelles sont vos actions de remobilisation ?

La majorité des jeunes intègrent assez facilement un dispositif d’insertion. Pour autant en parallèle, on propose quand même, à certains, des stages découvertes où on fait de l'accompagnement individuel, sur des actions concrètes de découverte des métiers. Une fois que ces 3 semaines sont effectuées, ils peuvent intégrer un contrat engagement jeune ou un accompagnement Pacea, en y voyant déjà un peu plus clair sur leur projet. Pendant ces actions de remobilisation, pour 80% des jeunes que j’accompagne, on travaille à la fois sur les savoir-être professionnels et les savoir être dans la vie de tous les jours. C'est à dire se lever, arriver à mettre son réveil. On est vraiment sur des règles de base et sur du savoir-être global.

 

Comment voyez-vous la suite ?  

Je pense que l'information est passée auprès des différents partenaires. Pour moi, ils sont une source de repérage importante. On n'est pas à l'abri de devoir continuer à diversifier nos actions pour toucher un public qui va continuer d’évoluer dans les prochains mois. Même sans appel à projets, notre volonté c’est de poursuivre les actions engagées. Les actions de raccrochage via les chantiers jeunes devraient continuer à se développer, sans forcément que ce soit la mission locale qui les porte, mais plutôt un autre partenaire. Par rapport aux autres missions locales, nous avons fait le choix de mener plusieurs petites actions que l’on fait évoluer en fonction de leur réussite, et que nous n’hésitons pas à arrêter si on constate qu’elles ne sont pas véritablement adaptées.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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Entreposage en mode virtuel

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Quelle est l’innovation que vous avez expérimentée en Nouvelle-Aquitaine ?

Le projet a démarré initialement fin 2021, et son développement a pris environ 2 ans avec des équipes d'ingénierie pédagogique et des experts-métiers. Nous en sommes à la 3e phase, celle du déploiement national. En Nouvelle-Aquitaine, l’idée était d’expérimenter progressivement avec nos apprentis la création d’un environnement logistique en réalité virtuelle sur les 14 sites AFTRAL de la Région. Ce nouvel outil se destine aux formations logistiques accessibles en apprentissage mais nous avons la volonté de le déployer aussi pour nos publics en formation continue, notamment inscrits sur les parcours PRF et/ou HSP.

 

Ce projet s’inscrit dans le champ de la transformation et de l'hybridation des formations. Nous disposons déjà de simulateurs pour les métiers de la conduite (voir article…). Nous voulions ouvrir le champ de l’innovation pédagogique à destination de nos apprenants en logistique, en intégrant de la réalité virtuelle sur des modules travaillés à partir des référentiels des titres professionnels. Nos équipes ont ainsi répertorié l'ensemble des champs de compétences transversaux et plus particulièrement ceux concernant la sécurité.

 

En quoi consiste l’outil ?

Le dispositif de réalité virtuelle développé permet à plusieurs personnes, chacune avec un casque, d’interagir dans une halle logistique modélisée à partir d’un site d'une entreprise du territoire. Généralement, dans nos centres AFTRAL, ces espaces font 500 à 1000 m². Ici, nous pouvons avoir 7 à 8 000 m² de terrain de jeu, nous sommes immergés totalement dans une entreprise logistique que l’on peut visualiser. Les métiers de la logistique sont associés à environnements très contraints, par la sécurité, le matériel, parfois pour des raisons de place tout simplement. Donc il nous faut trouver des solutions et l’expérience virtuelle en fait partie. En plus cela désengorge les plateaux techniques dans nos centres.

 

C’est vraiment un outil pédagogique utilisé en présentiel qui vient compléter les outils de nos équipes de formateurs. Nous avons besoin d’être à proximité des apprentis pour ancrer les savoirs et travailler les situations qu'ils n’ont pas encore rencontrées en entreprise. Par exemple, un apprenant en bac pro logistique qui n'est pas encore allé en entreprise, cela lui permet de vraiment s'immerger dans un hall logistique avant de se confronter à la réalité.

 

Quels sont les métiers concernés ?

Le préparateur de commande, l'agent magasinier, le cariste, pour les niveaux infra bac, et le bac pro logistique. Nous sommes vraiment partis de l'identification des compétences de ces formations et nous sommes allés chercher la prise en compte de la sécurité pour l'utilisation des chariots, comment on prépare et emballe des commandes, le stockage et le déstockage, le réapprovisionnement et l’inventaire. C’est un outil techniquement accessible, et il nous permet d’aborder les premiers niveaux de compétences des référentiels concernés.

 

Comment sont abordées les compétences ?

A partir de ces compétences, l'équipe d'ingénierie a identifié dix scénarios, qui incluent la découverte de l’entreprise, les différentes opérations et les flux logistiques. Les scénarios sont déployés au fur et à mesure du parcours pour chaque typologie de compétence. Nous sommes vraiment dans un serious game, qui utilise tous les codes du gaming. Les utilisateurs se testent, se chronomètrent, s'orientent dans les espaces. Nous insistons beaucoup sur l’aspect sécurité, sur le contrôle et l’utilisation d’un chariot élévateur, les indicateurs de sécurité. Nous pouvons aussi intégrer des anomalies comme un marquage qui n'a pas été fait. L’utilisateur ne peut pas rentrer dans la halle virtuelle sans avoir mis ses équipements de sécurité, c’est vraiment une simulation.

 

L’outil apporte quoi de nouveau ?

La nouveauté sur cet outil, c'est que nous voulions aller chercher la coactivité. Aujourd’hui, sur un plateau technique logistique AFTRAL, pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons pas faire évoluer en même temps des chauffeurs, des préparateurs de commandes, des agents magasiniers et des caristes. Le dispositif permet de les faire travailler ensemble, leur montrer les répercussions que peut avoir une action sur celles des autres dans l'environnement professionnel. Avec les scénarios, les formateurs ont la possibilité de déclencher des aléas, des incidents, qu’il faut résoudre à 2 ou 3 dans le même espace virtuel.

 

Combien d’heures les apprenants passent-ils sur le simulateur ?

En fonction des organisations, c’est de l’ordre de 4 à 5 heures sur l'ensemble d’un parcours, ce qui représente environ 30 minutes par séance. L’utilisateur vit une situation avec le casque, puis va débriefer avec le formateur et le groupe. Nous l'utilisons vraiment en complément du reste de la formation. C’est un outil qui permet de prendre le temps, de revenir sur des situations professionnelles particulières, de vérifier l’acquisition des compétences, de les approfondir, ce qui n’est pas toujours possible directement sur les plateaux techniques. Mettre ses équipements de protection individuelle, se diriger dans la halle, organiser sa tournée avec son chariot. Tout cela, ce sont des gestes professionnels qui prennent du temps. Et qui prennent du temps aussi dans la réalité.

 

Quelle est selon vous la juste place de la simulation dans un processus d’apprentissage ?

Pour nous, l'immersif n'est pas un gadget. Nous vérifions à chaque fois qu’il apporte un plus à nos apprenants, quels qu'ils soient. Cela doit les aider à ancrer les savoirs parce qu’ils vont pouvoir répéter les exercices. Aujourd’hui, nous n’apprenons plus de la même manière. Les personnes qui viennent dans nos centres, ont besoin de se tester, elles ont besoin d'acquérir des gestes métiers en situation, ce que nous pouvons faire sur nos plateaux techniques de mise en situation. En plus du savoir livré par le formateur, ils viennent chercher de la pratique. Mais pour les raisons évoquées précédemment, contraintes d’espace ou de sécurité, nos plateaux ne sont pas disponibles en permanence. Grâce à la halle logistique virtuelle, les apprenants vont pouvoir mettre encore plus en pratique. Cet outil en réalité virtuelle, vient compléter nos pratiques pédagogiques et devient indispensable pour nos apprenants, à la fois pour accompagner leur montée en compétence, et augmenter leur engagement en formation. Cela fait partie des méthodes que nous essayons de déployer au maximum.

 

Quels sont les effets sur les apprenants ?

Nous avons constaté que les apprenants sont plus motivés parce qu’ils vivent une expérience avec des interactions différentes pendant leur formation. Ils partagent leurs idées, l'organisation de la session, etc. Avec ce dispositif, nous pouvons plus facilement adapter et individualiser les parcours. Un jeune qui rencontre des difficultés dans la spatialisation va pouvoir répéter un scénario. Nous pouvons aussi travailler sur les soft skills comme la gestion du temps avec les flux logistiques, la résolution de problèmes comme les retards, des produits manquants, la prise de décision immédiate, la gestion du stress…

 

Qu’en pensent les formateurs ?

Je pense qu'il y a un vrai changement qui est en train de s'opérer au niveau de l'approche pédagogique. Même si à AFTRAL, nous sommes plutôt reconnus sur la partie immersive, il y a toujours une phase d’appropriation à mener avec nos équipes pédagogiques. Certains formateurs étaient réticents au départ, notamment sur la performance de l'outil ou sa prise en main technique. Aujourd'hui, ils l’utilisent au quotidien en complément de leurs supports de cours « classiques », dans chacun de nos sites en Nouvelle-Aquitaine. Et ils en sont vraiment très satisfaits.

 

Pour le moment, je pense qu'il y a encore des disparités de pratique. C'est aujourd'hui le rôle des équipes d'ingénierie de guider les formateurs dans la prise en main de ces outils. C’était important qu’Evol’Job, un cabinet bordelais de conception d’ingénierie pédagogique, accompagne les équipes et leur explique comment elles peuvent intégrer de l’immersif dans leur formation.

 

La pédagogie immersive devient incontournable pour AFTRAL, c'est vraiment une transformation dans la construction de nos parcours pédagogiques. Cela nous donne la possibilité d’intégrer des méthodes qui permettent d'engager autrement les jeunes, de les motiver différemment et puis, au-delà, d’améliorer leur projection dans un environnement professionnel en perpétuel évolution.

 

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

 

onyva.studio64@gmail.com's curator insight, March 31, 11:48 AM

� L'Innovation en Nouvelle-Aquitaine : la Réalité Virtuelle dans Plusieurs Secteurs

 

Nous avons récemment exploré un projet captivant en Nouvelle-Aquitaine, détaillé sur "La Place" de la DGEFP, illustrant l'adoption de la réalité virtuelle dans la formation logistique. Cette initiative, débutée fin 2021, intègre de manière innovante la technologie immersive dans les parcours pédagogiques.

 

� Notre Contribution : Visites Virtuelles dans l'Immobilier

En tant qu'acteurs dans le domaine des visites virtuelles immersives pour l'immobilier, ce projet nous inspire profondément. Nous offrons une expérience similaire dans l'immobilier, permettant une immersion complète dans les propriétés pour nos clients et professionnels, sans les contraintes spatiales et temporelles habituelles.

 

� Interconnexion des Secteurs : Logistique et Immobilier

Cette innovation transcende les barrières sectorielles, apportant des bénéfices tant en logistique qu'en immobilier. Dans l'immobilier, cela signifie des formations plus efficaces pour les agents, des visites de propriétés plus engageantes pour les clients, et une gestion du temps et des ressources optimisée.

 

� Pour en savoir plus sur le projet : La Place

 

#Innovation #RéalitéVirtuelle #NouvelleAquitaine #Logistique #Immobilier

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La prévention spécialisée au service de l'insertion professionnelle

La prévention spécialisée au service de l'insertion professionnelle | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’Association Départementale pour la Sauvegarde de l’Enfant à l’Adulte de la Vienne (ADSEA 86) intervient dans le champ de la protection de l’enfance et dans celui de l’insertion sociale et professionnelle. Son pôle Prévention, dont Emmanuel Delestre est directeur, anime depuis 2020 une action baptisée "De l’oisiveté de la rue au travail », lauréate du PIC Repérer et Mobiliser les Publics Invisibles (RMPI).

 

Comment avez-vous créé « De l’oisiveté de la rue au travail » ?

C'est en 2019 que nous avons entamé un travail avec la mission locale de Châtellerault et de Poitiers. Nous avons commencé à monter un dossier ensemble, avant que l’Association Régionale des Missions Locales ne dépose son propre projet. De notre côté, nous avons présenté le nôtre, puisqu’il n'était pas interdit de partir seul. Et nous avons été retenus. Notre proposition était de travailler à partir des quartiers pour accrocher et remobiliser les jeunes, en renforçant la prévention spécialisée sur les territoires de Poitiers, de Châtellerault et d’Angoulême.

 

Quel est le profil de votre public ?

Dans ces villes, les éducateurs de prévention spécialisée sont implantés sur tous les quartiers prioritaires. Ils s’adressent aux 16-25 ans. Avec le PIC, le public est celui des 16-29 ans, sans formation, sans emploi, sans stage (les NEET) sortis des radars. Etant donné que nous étions déjà en lien avec des publics sur ces territoires, disposer d’un poste de plus nous permettait d'aller plus loin et de mettre un focus sur ce public en rupture.

 

Quel était votre objectif de départ ?

Notre parti pris était de nous appuyer sur notre dispositif existant. Nous ne voulions pas créer un poste spécifique PIC qui aurait rencontré l’incompréhension des jeunes et risquait de dénaturer l’action des éducateurs déjà en place. Concrètement, nous voulions éviter de faire une distinction entre ces professionnels. Les jeunes sont extrêmement prudents vis-à-vis de l'adulte et en défiance par rapport aux institutions. Je pense qu’ils n’auraient pas compris pourquoi un troisième éducateur arrivait avec une mission différente. Donc nous avons constitué une équipe de 3 éducateurs en leur demandant d’élargir leur champ d’intervention jusqu’à 29 ans.

 

Quelle est votre approche ?

Les jeunes en rupture, les décrocheurs en voie de marginalisation, les gens qui ont connu une succession d'échecs, sont dans une forme de rejet des intervenants. L'idée de monter un groupe, par exemple, c'est déjà toute une affaire. Pour arriver à les remobiliser, il faut créer un lien de confiance. Et pour ça, il faut avoir des éducateurs en poste sur ces quartiers. Le nouvel intervenant PIC a pu s’appuyer sur ce lien de confiance ce qui lui a fait gagner plusieurs mois représentant une forte plus-value. Notre action passe ensuite par des petits riens, par les centres d’intérêt des jeunes afin de les amener là où on veut. On parle de leur quotidien, de leurs difficultés, c'est vraiment un art de l'ordinaire. C'est un travail qui prend énormément de temps. Pour ça, nous disposons de quelques outils.

 

Quels sont ces outils ?

En premier lieu, nous avons les chantiers éducatifs, qui sont un très bon support de remobilisation. Dans ce cadre, on propose un travail aux jeunes, qui va d'une demi-journée à plusieurs jours. Nous travaillons en partenariat avec des associations intermédiaires, la SATE 86 à Poitiers, Action Emploi à Châtellerault ou AISD’EMPLOI à Angoulême, qui se chargent d’éditer les contrats à durée déterminée d’usage, des déclarations URSSAF et de verser le salaire aux jeunes.  L’encadrement est assuré par les éducateurs de la prévention spécialisée qui travaillant aux côtés des jeunes. C'est un dispositif que nous avons beaucoup utilisé dans le cadre du PIC. Petit à petit, en fonction de ce qu'ils nous disent de leurs difficultés, de ce qu'ils veulent faire, on les éprouve à partir du chantier éducatif qu’on peut ouvrir à partir de 16 ans.

 

Nous avons aussi eu recours à « Explore l'Europe » à Angoulême, un dispositif qui permet à des groupes de monter un projet pour faire un séjour dans un pays de l’UEE. Quand on fait des projets européens avec les jeunes, ils passent physiquement des frontières géographiques mais aussi psychologiquement par le fait de s’ouvrir sur le monde et d’autres cultures, favorisant l’altérité. Pour finir, ils bénéficient également des accompagnements des missions locales, ou d’autres structures en fonction de leurs problématiques.

 

Selon vous, quels effets ont les chantiers éducatifs ?

Avant de rejoindre un chantier, il faut que l’éducateur sente que le jeune est prêt, ne serait-ce que pour y travailler une demi-journée.  Avant ça, il faut souvent qu’il refasse ses papiers, son cv, sa carte vitale, avoir un RIB pour se faire payer, etc. Avec ces éléments, on peut voir si le jeune est déjà dans une dynamique de remobilisation. Une fois qu'il est inscrit à l'association intermédiaire, encore faut-il qu’il vienne. Pour que ça marche, il y a tout le lien de confiance à créer entre lui et l'éducateur, ça prend de nombreuses semaines. L'avantage des éducateurs qui étaient déjà sur le terrain c'est que parfois ils ont vécu des séjours ou des sorties avec ces jeunes, ce qui leur a permis d’en repérer certains en amont. Le chantier éducatif est aussi un bon outil pour ceux qui vivent des parcours extrêmement chaotiques, y compris avec de la prison.

 

Au démarrage, vous étiez-vous fixé un objectif en nombre de jeunes accompagnés ?

Un peu moins de 300 sur 4 ans. Fin 2023, on en était à environ 140 jeunes. Nous avions misé sur 110 la première année, mais comme l’action a commencé début 2020, nous ne sommes arrivés qu’à la moitié. Compte tenu de la situation sanitaire, les sorties à la journée, les activités en petits groupes, tout cela a été très compliqué. Nous avons gardé des liens avec eux pendant toute cette période.  C'est un suivi souvent sur des mois parce qu'ils partent de loin, et il y a un travail à faire sur leurs papiers, leur vie quotidienne, leur remobilisation, etc.  Tout cela est très chronophage.

 

Nous avions mal anticipé ce côté chronophage. En fait, pour travailler auprès des invisibles, 4 ans c'est court. Il faut créer un lien avec eux, il ne suffit pas de leur proposer un dispositif. Cela prend des semaines, des mois, il faut arriver à se faire accepter sur le territoire. C’est l’avantage de la prévention spécialisée, elle évite d’être trop intrusif.

 

Vous savez quand un parcours commence, mais en moyenne combien de temps dure-t-il ?

C'est un peu le système des tamis. Le premier, ce sont les maisons de quartier, l’éducation nationale, etc.  Nous sommes le deuxième tamis, avec un maillage un peu plus serré. Il y a toute une partie des jeunes que l'on connaît vers 11-12 ans, plus on intervient tôt, plus on arrive à agir sur leurs problématiques. Et puis le troisième tamis, ce sont tous les jeunes qui sont passés à travers. C'est ceux-là qui vont demander le plus de temps de mobilisation, pour les amener à faire des démarches un peu autonomes, par exemple appeler un médecin, s’inscrire pour passer leur permis de conduire, trouver les ressources pour le financer. A un moment donné les choses s'enclenchent, permis, santé, prendre plus soin de soi. Petit à petit, ces jeunes s’autonomisent et reprennent leur place dans le jeu social. Mais les parcours peuvent durer 10 ans. Certains jeunes passent par la case prison, et quand ils sortent, ils reviennent nous voir pour participer à un chantier par exemple. C'est très aléatoire. Mais il y a toute la partie où on va devoir le soutenir, le tirer, et cette dernière est très chronophage.

 

Vous semblez insister sur l’importance du temps dans le cadre de vos actions, qu’en est-il ?

On ne mesure pas assez le temps nécessaire pour accompagner ces jeunes. En matière de dispositifs tout existe aujourd’hui. Le vrai problème, ce sont les marches qu'il faut gravir pour que les jeunes se sentent suffisamment autonomes, qu’ils aient envie de progresser. C'est notre métier d’effectuer ce travail. Le principe de « l’aller vers » est un peu galvaudé en ce moment. Mais aller vers des gens n'est déjà pas simple, aller vers des jeunes en rupture, ça demande un vrai savoir-faire pour être accepté.

 

Selon moi, le métier est devenu plus difficile avec la dématérialisation, la situation des jeunes qui est plus compliquée sur le plan administratif. Et puis il y a des diminutions de moyens partout. Le métier est devenu plus dur aussi au niveau éthique et personnel, on se fatigue plus vite. Je suis content que nous arrivions à garder les éducateurs. Nous connaissons des problèmes de recrutement comme tout le secteur social et médico-social, problème d’attractivité des métiers, même si nous sommes pour le moment encore quelque peu épargnés. Le milieu ouvert attire toujours, mais nous arrivons à la limite.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

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Handi Num, le numérique pour tous

Handi Num, le numérique pour tous | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Le 400 est un tiers lieu numérique basé à Brive, qui a bénéficié du label « fabrique de territoires". »  Il comprend notamment un pôle coworking de location de bureaux partagés, et une activité de médiation numérique et de formation à laquelle est attaché le projet Handi Num. Handi Num est notamment financé par le Fonds Régional d'Innovation pour la Formation (FRIF), l’Etat, et l’Agefiph.

 

D’où vient le projet Handi Num ?

L’idée centrale du 400 est de recevoir toute personne qui le souhaite. C’est ce que nous appelons l'accueil inconditionnel. C'est dans cet esprit qu'est né le projet Handi Num, qui se situe entre le monde du handicap et le monde du numérique. En fait, dans le cadre de notre activité de médiation numérique, nous avons été sollicités par des personnes en situation de handicap, notamment qui présentaient des troubles du spectre autistique. Comme nous n’avions pas vraiment de connaissance sur ce type de handicap, il nous a semblé qu’il était important d’acquérir certaines compétences, afin d’assurer notre objectif d’un accueil pour tous les publics.

 

Nous avons échangé avec différentes structures et constaté qu’il n’existait pas vraiment de formation destinée aux conseillers et médiateurs numériques avec un volet sensibilisation au handicap. D’ailleurs, de l’avis général de ceux que nous avons interviewés, très peu de temps est consacré aux publics spécifiques dans le cadre de leur formation.

 

En quoi consiste-t-il ?

Nous avons présenté au FRIF une feuille de route en quatre étapes : analyse de l'existant et recueil des besoins, création de modules, expérimentation et ajustement, diffusion. Notre but premier était d’élaborer des modules de formation, puis de les tester et de les ajuster auprès des conseillers et médiateurs numériques, et peut-être plus largement pour les formateurs, les référents handicaps, etc.

 

L’objectif global, c'est vraiment de favoriser l'accès à l’autonomie numérique à tous publics. Donc aussi aux personnes en situation de handicap. Pour ça, nous avons mis en en place des ateliers numériques inclusifs expérimentaux. Mais avant, nous avons produit des modules de formation pour les conseillers et les médiateurs numériques, de manière qu'ils soient équipés, sensibilisés, qu'ils aient quelques repères, parce que leur travail ne consiste pas à être expert du handicap. C’est une acculturation à l'écosystème de la personne en situation de handicap que l’on vise, parce que beaucoup ne savent pas ce qu’est la MDPH, quel est le rôle de Cap emploi, etc. Il nous semblait important de donner cette connaissance aux conseillers, afin qu’ils puissent faire appel à ces acteurs ou leur passer le relais si nécessaire.

 

Comment se déroule la formation ? 

Elle commence par un module socle d’une journée sur la sensibilisation au handicap en général. Elle se poursuit par 4 modules thématiques, un par demi-journée et par type de handicap (auditif, visuel, cognitif, troubles du spectre autistique), avec chaque fois un expert, une association ou une structure reconnue pour ce handicap particulier. On a longtemps débattu sur ce point, notamment sur le risque qui pouvait exister de discriminer ou stigmatiser en procédant ainsi. Mais sur le plan pédagogique, il était plus simple d’utiliser cette clé d'entrée.

 

Quelle a été votre approche dans la mise en place ?

Très vite nous avons travaillé avec un comité de pilotage et un comité technique, en commençant par diffuser des questionnaires auprès de toutes les parties prenantes. Notre approche consiste plutôt à renforcer ce que font les conseillers dans leur activité quotidienne, avec n'importe quel public, pour y injecter de la sensibilisation aux handicaps et de la connaissance des acteurs. Au départ, nous avons décidé de dédier la formation aux conseillers numériques. Les formations sont facilement transférables à des formateurs ou des référents handicap.

 

Selon vous, qu’est-ce qui manque le plus à un médiateur numérique ?

Notre état des lieux a montré qu’il n’existait pas vraiment de solutions spécifiques adaptées, en dehors du matériel du stagiaire et de la sollicitation au cas par cas pour adapter son parcours, dans les organismes pour l'accès à l'emploi et à la formation. Notre but était de renforcer la confiance que les médiateurs ont dans leurs compétences pour s'adapter à tous publics. Nous avons aussi travaillé avec eux, en organisant des groupes de concertation entre eux et les publics. D’ailleurs ceux qui ont participé à Handi Num n'avaient pas forcément, au départ, une idée très précise de ce qu'ils venaient chercher. Au fur et à mesure de nos échanges, ils ont contribué à mieux structurer le contenu. Ce qu’ils ont tous dit, c’est combien ils se sentaient seuls pour accompagner les personnes en situation de handicap et combien cette formation les a aidés.

 

Et pour les publics ?

Pour les personnes en situation de handicap le numérique a été une révolution, par exemple pour les sourds parce que grâce à lui ils peuvent communiquer en langue des signes. Il participe à la fois de la lutte contre l'isolement, de la capacité pour tout citoyen de disposer d’un droit à l'information et à gérer ses espaces personnels, faire ses déclarations d'impôts, ses démarches administratives. C’est aussi un des prérequis pour suivre une formation et accéder à un emploi de nos jours. Certaines personnes en situation de handicap nous ont dit que les approches spécialisées par rapport au handicap ne leur convenaient pas toujours, elles veulent évoluer dans un monde où il y a des gens de toutes sortes, handicapés ou pas. Elles veulent pouvoir faire les mêmes choses que tout le monde.

 

Avez-rencontré des difficultés et si oui, de quelle nature ?

Nous avons passé 6 mois à essayer de nous comprendre avec les partenaires. En fait, le monde du handicap n’est pas différent des autres. Il y a des prés carrés, des peurs, de la concurrence, ça a pris beaucoup de temps pour lever ces difficultés de dialogue et pour concrétiser quelque chose d'opérationnel, se mettre d'accord sur la ligne de conduite qu'on allait adopter collectivement. Certaines structures n'étaient pas forcément prêtes ou n'avaient pas de réponse en local. Les conseillers avaient aussi un peu peur de poser des questions dérangeantes ou qui pouvaient être perçues comme inquisitrices. Notre enjeu c’était de les libérer, de faciliter le dialogue, pour qu’ils adoptent une posture naturelle au regard de la relation humaine.

 

Maintenant nous devons travailler sur la suite, peut-être dans le cadre d’un consortium. Il nous faut un financement, mais nous avons envie d’élargir, nous pensons qu’un budget plus global nous aidera à poursuivre et développer Handi Num, nous donner des capacités d’attractivité supplémentaires.

 

 

 

 

Le projet Handi Num rassemble différents types d'acteurs, les institutionnels avec l’Etat, la Région, le Département de la Corrèze, l'agglomération et la ville de Brive, des services publics comme la CAF et la CPAM, et des prescripteurs, Pôle emploi, Cap emploi, mission locale. Il y a aussi le Greta, Hubikoop (le Hub territorial pour un numérique inclusif en Nouvelle-Aquitaine), le CRFH (centre régional de ressources pour la formation) et des associations représentatives des différents types de de handicap (AUTONOMIA, APF, ADAPEI, APAJH UNADEV, URAPEDA). Le 400 pilote Handi Num en lien avec l'ensemble de ces partenaires.

 

Pour en savoir plus, consultez la chaîne Youtube du 400 ICI.

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Parcool, le « journal fait par vous et pour vous »

Parcool, le « journal fait par vous et pour vous » | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Marilyn Bissat est coordinatrice et formatrice à l’association 3s (Périgueux). Elle est à l’origine de l’action Parcool, financée par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».

 

D’où vient votre action Parcool ?

En tant que structure d'insertion par l'activité économique nous constatons que, avant l'emploi, l’étape formation est souvent manquante. On s’est demandé comment donner de l’appétence pour l'apprentissage. Nous avons imaginé Parcool, comme « parcours-cool », sous la forme d’ateliers dont le but est de créer un journal.  Cette idée du journal, je l'avais déjà eue par ailleurs, je me suis dit qu’on pourrait la transposer. Tout s’est fait en équipe, je ne pouvais pas mener cette action toute seule. Notre idée, c’était aussi d’évaluer les compétences au niveau du français, sur la présentation quand on va interviewer les personnes, la mobilité. En fait toutes les problématiques auxquelles des personnes éloignées de l'emploi sont confrontées.

 

Pourquoi avoir choisi la forme papier pour ce support ?

Je voulais qu’il y ait un travail de réflexion effectué en salle, qu’il y ait comme une corrélation avec la formation. Ecrire, ça veut dire qu’on se réunit, on se regroupe autour d’une table, on échange, on s’entraide. En fait, tout ce qui se pratique en formation. Et pour nous, il était important de pouvoir toucher un objet, posséder quelque chose de tangible. Un blog c'est très bien, mais on ne l'a pas entre les mains. Et puis l'idée, c'était aussi d'aller à la rencontre des gens pour le distribuer dans la boîte aux lettres. Le premier exemplaire a été tiré à 1500 exemplaires, puis distribué aux partenaires et sur les QPV de Périgueux.

 

Comment se déroulent vos ateliers ?

Le rythme c’est tous les mardis après-midi, pendant environ 3 mois. Entre 12 et 14 séances pour aboutir à un produit prêt à partir en impression. Pour les articles, nous avons 4 thématiques :  emploi, société, « bon pour la planète » et sports-loisirs-culture. Dans un groupe de 8, ça fait un binôme par rubrique. A la fin de chaque atelier, mes deux consœurs et moi, on les félicite sur tout ce qu’ils ont mis en œuvre. Nous faisons en sorte qu’à chaque fois ils pensent être à 100% à l’origine de tout. On surjoue un peu la valorisation des compétences. Mais l’important, c’est le regard des autres participants. La prise de confiance, elle se fait au sein du groupe, en fonction de la façon dont ils se positionnent les uns par rapport aux autres. Finalement, chacun a réussi à trouver une place importante à chaque fois. Ils ont donné autant qu'ils ont reçu.

 

Combien de participants par groupe ? 

Dans l’idéal, ce sont des groupes entre 8 et 10 personnes. Même si notre premier groupe ne comptait que deux participants. Entre la première information et le début de l’action, on essaie d'aller vite, parce qu’avec les personnes susceptibles de rentrer sur le dispositif, c'est à l'instant T. Sinon on les perd. Elles viennent vers nous parce qu’elles ont entendu parler de l’action, après avoir vu nos affiches ou notre site internet. Notre but est de vérifier si on peut aller chercher des gens sans forcément qu’ils soient orientés. Pour l’instant, nous avons eu des profils très différents, de 24 à 52 ans, une majorité de femmes.

 

Avez-vous établi des prérequis ?

Aucun prérequis. Il faut juste qu’on arrive à se comprendre un minimum, même si c’est en anglais. Après il peut y avoir des traducteurs. Par exemple, un jeune homme a écrit un texte en arabe, qu’il a fait traduire en anglais par un ami, que nous avons repassé ensuite en français. On se rend bien compte qu’il peut y avoir de l’appréhension, parce que les gens ne sont pas forcément à l’aise avec la rédaction, avec le français, certains ont beaucoup de difficultés à s’exprimer. Ils arrivent à compenser, à trouver des subterfuges plus qu’ingénieux. Pour le premier numéro, nous n’avions que deux participants avec un faible niveau scolaire.  A la fin du dispositif, l’un est parti en remise à niveau en français, l’autre en cours de FLE. Plusieurs autres veulent aller se former sur le numérique, la mise en pages, etc. Donc on a la preuve que ça a marché.

 

Quel rôle jouez-vous dans les ateliers ?

Notre rôle c’est d’essayer de les faire réfléchir. Plus ils sont nombreux, plus c’est simple, c’est l'intelligence collective qui fait le travail. Sur le deuxième numéro, ça s'est fait assez naturellement par rapport à leur personnalité et à leurs goûts. Le journal ressemble à ce qu’ils veulent en faire. Les participants du premier numéro ont rajouté un sous-titre : « le journal fait par vous et pour vous ». Ils choisissent le format, dépliant 3 volets ou un 8 pages en A5. Tout ça, ils l’ont réfléchi ensemble. Nous sommes des facilitateurs de réflexion. On organise des votes aussi, pour choisir la mise en pages, la présentation, les couleurs, de manière que tout le monde valide le projet.

 

Quels sont vos objectifs ? 

La participation aux ateliers permet de créer du lien social, de redonner aux participants un peu de confiance en eux. Souvent c’est ça qui leur manque. Et sans confiance on ne va nulle part. Les compétences, ils en ont énormément, mais ils ne s'en rendent pas compte. Leur objectif personnel, c'est d'aller au bout de leur article. Et si possible jusqu’à la distribution, qui est l’aboutissement de la démarche. J’étais présente à la distribution dans les QPV, les participants ont étaient très fiers de montrer le journal aux habitants, expliquer la démarche. On a même pu évaluer leurs capacités relationnelles, au point qu’une personne s’est découvert un intérêt pour le contact, et elle va entrer en formation d'accueil et secrétariat.

 

Quand on présente le dispositif à de nouvelles personnes, on leur rappelle le cadre, en précisant qu’il n’y a pas d’obligation pour elles de partir en formation à l’issue. Lors des ateliers, on évalue leurs compétences, on parle de leurs   difficultés, et on leur fait passer le message qu’elles pourraient les combler par une formation ou par d'autres moyens. On le fait vraiment de manière progressive, et on commence toujours par les qualités, ce qu’ils sont capables de faire. Parfois c’est juste le fait d’avoir été assidu, d’être venu à chaque atelier.

 

Avez-vous rencontré des difficultés, des surprises ?

Dans nos premiers ateliers, on s'est rendu compte que les gens ne s'écoutaient pas les uns les autres. Donc pour la suite, mon objectif est de proposer des petits ateliers sur la communication et l’écoute active, sous forme de séances de 30 à 45 minutes. Sinon, je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi chronophage. On a beau être trois animatrices, ça revient vite, il faut prendre le temps de se concerter. Autre chose que je n’avais pas mesuré, c'est la richesse des échanges entre personnes qui viennent d'horizons très différents, qui arrivent à s'entendre, à s'écouter, à se comprendre, et finalement à faire un groupe. Certains participants du numéro 2 veulent continuer sur le 3e numéro. Ils disent que ça leur apporte beaucoup. Un autre a créé le blog de Parcool, ça fait aussi partie des choses surprenantes.

 

Est-ce que vous allez transférer certaines choses dans vos pratiques habituelles ?

Avec ces ateliers, on se rend bien compte que l'accompagnement dans un bureau, en face à face, c'est complètement dépassé. Il y a deux mois, on a commencé à essayer le collectif dans le cadre de l’accompagnement. On va continuer l'année prochaine, parce que les échanges entre les salariés, c’est extraordinaire. On aimerait garder ce principe de petit journal pour l’association, même si on ne fait qu’un semestriel, parce que l’effet sur l'estime et la confiance que les personnes prennent en elles c'est spectaculaire. Si c'était à refaire, je le referais avec grand plaisir, même en sachant les difficultés auxquelles on a été confrontés.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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Reprendre confiance pour se remettre en mouvement

Reprendre confiance pour se remettre en mouvement | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Sandrine Toudic, Valérie Jourdan et Séverine Ménard sont conseillères en insertion professionnelle à l’Espace Mosaïque, le centre socio-culturel de Courçon (Charente-Maritime). Elles animent le dispositif Mobilis’action, un parcours de remobilisation destiné à tous les publics qui ont besoin de reprendre confiance en eux. Mobilis’action est financé par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».

 

D’où vient Mobilis’action ?

Nous avions une action précédente qui s’appelait ODAS (voir notre article ), et nous avons souhaité reprendre une partie de son contenu en y apportant certaines modifications. C'est comme ça qu'est né Mobilis’action. L'idée principale est qu’il fallait proposer un parcours d'ateliers, plutôt que de faire tous les ateliers en même temps et au même moment, de les mobiliser progressivement.

 

Quel est son principe ?

Pendant le premier mois, on s'appuie sur des ateliers pour enclencher des changements. On fait appel à des supports comme les jeux de rôle, l'activité physique, la gestion des émotions et du stress. Et puis de l'art thérapie, qui consiste à créer une sorte de carnet de bord à base de collages, de textes, un support de développement personnel. Dans une deuxième phase, on est sur « j'expérimente », avec des ateliers autour de l'image de soi, le numérique et puis toujours l'art thérapie et le sport. Et la dernière phase, c’est plutôt « j'ose aller vers » avec de la création musicale, des visites d'entreprises et de plateaux de formation, des immersions, du bénévolat.

 

Les trois phases sont réparties sur 4 mois, à raison d'environ 2 jours et demi par semaine. Nous intervenons pour introduire de la réflexion sur le projet professionnel, sur les compétences, sur la valorisation de parcours, la connaissance de soi, les différents domaines d’activité, etc. Au démarrage, nous proposons aux participants de réfléchir ensemble sur des règles de vie du groupe : prévenir en cas d’absence, respecter la parole des autres, oser parler sans être jugé. Les règles sont coconstruites, elles ne sont pas imposées. Le but est de former un collectif qui prenne en compte l'individualité de chacun.

 

Quel est votre public ?

Notre public présente des vulnérabilités en matière de santé, d'isolement, de confiance en soi. C’est pour ça que l’objectif du projet est vraiment de restaurer l'estime de soi. Dans le premier groupe, constitué en début d'année, nous avons eu 8 personnes de 26 à plus de 50 ans, sur une quinzaine orientées par nos partenaires, qui ont assisté à notre réunion d’information collective.

 

8 personnes, c’est le bon format pour qu'il y ait de l’écoute, des échanges et la mise en confiance nécessaires. Puisqu’on travaille sur l'estime de soi, les émotions, ça nécessite qu'on puisse être assez disponibles et que l’effectif soit assez réduit pour permettre de se livrer plus facilement. Nous avons constitué un deuxième groupe en septembre.

 

En matière de public, vous constatez des spécificités sur votre territoire ? 

Depuis quelques années, nous avons un public qui a subi de l'épuisement professionnel et qui se retrouve complètement démuni dans sa recherche d'emploi, de formation ou de réorientation. L'isolement et le manque de mobilité ajoutent à sa détresse professionnelle. Nous sommes en secteur rural, et les principaux bassins d'emploi sont à plus d'une demi-heure de route. Après 20 ans d’activité de notre association, on découvre toujours des profils différents, des nouvelles personnes qui n'avaient jamais franchi la porte du centre social.

 

Quel est le travail que vous effectuez sur le projet professionnel ?

Nous avons des ateliers autour de la recherche de projets, l'emploi, dès le début du parcours. On aborde la question sous l’angle des centres d'intérêt, des valeurs de la personne, leurs compétences et leurs qualités. Dans le groupe, nous avons des questionnements du genre « qu'est-ce que je peux faire de ma vie ? », « je n’ai plus forcément confiance à l'entreprise, car j’y ai vécu des expériences et des moments très difficiles, allant jusqu’à un burn-out », ou « je n’ai pas d'expérience du tout. » Le sujet central est toujours « qu'est-ce que je peux faire de ma vie professionnelle ? ». C’est un problème que se posent même les diplômés que nous avons, qui interrogent le sens et l’utilité de leur formation.

 

Nous travaillons autour de la connaissance de soi, du territoire, de leur bassin de vie. Petit à petit, on aborde des notions d'emploi, de formation et de compétences. Le jeu de rôle, par exemple, consiste à se créer un personnage fictif avec lequel ils font des choses qu’ils n’arrivent pas forcément encore à réaliser dans la vie.

 

Quel est l’objectif à l’issue des 4 mois ?

L’objectif final, c’est déjà se sentir mieux, de lever leurs peurs et leurs freins face aux réalités de l’emploi et de la formation. C’est important d’être dans l'accueil et la bienveillance. Même si on parle tout de suite de projets professionnels, on ne leur met pas de pression pour ne pas engendrer de peurs supplémentaires. La pression, ils se la mettent suffisamment tout seuls. Pour eux, c’est déjà difficile de faire ce pas, de venir régulièrement, de respecter des horaires, de jouer le jeu et de faire confiance. Mais ils ont un objectif et face au groupe, ils sentent qu’ils se doivent d'être présents.

 

Pour nous, ce qui est positif c'est aussi de voir leur transformation ne serait-ce que physique, c’est-à-dire s’apprêter, prendre soin de soi et faire attention à son image, oser prendre la parole en groupe, sortir de son domicile, se socialiser.

 

Qu’avez-vous constaté que vous n’aviez pas anticipé ?

Beaucoup de personnes nous disent que grâce à cette action, elles ont repris confiance, elles ont pu oser faire des choses. C’est toujours étonnant qu’un projet comme celui-ci puisse avoir autant d'impact psychologique chez les gens. Et des résultats sur leur socialisation. Il y a vraiment une émulation dès le départ, une solidarité au quotidien, et c'est ce qui les a maintenus tout le long, parce qu’en dehors ils continuent à vivre leurs difficultés propres.

 

Les participants ne se seraient probablement pas rencontrés dans d'autres contextes. Ils ont vraiment créé quelque chose de l'ordre d'un soutien collectif. En passant par Mobilis’action, les publics sont prêts à se poser des questions sur leur avenir professionnel, tenter de nouvelles expériences en allant faire des enquêtes métier, des immersions dans des secteurs d'activité auxquels ils n’auraient pas pensé. Avant, ils ne le faisaient pas, peut-être par méconnaissance.

 

Pensez-vous qu’il faudrait apporter des améliorations à votre dispositif, et si oui lesquelles ?

Il faudrait peut-être, après l’action, organiser un atelier avec le groupe tous les mois, peut-être pendant 6 mois, pour continuer à animer leur temps collectif. C’est une source d'angoisse pour eux, surtout les plus fragiles, parce que tant qu’ils sont dans le dispositif, ils suivent un certain rythme, ils sont redynamisés, ils ont envie d'aller de l'avant, et la dynamique retombe brutalement. Ils seraient partants pour que nous organisions des temps réguliers après l’action, pour que sa fin soit moins brusque.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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Savoir être, à la carte

Savoir être, à la carte | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

David Métais est cofondateur de la société MySkillz, créée en 2020.  Geoffrey Klein, en est le « product manager. »  Les outils développés par MySkillz visent à démocratiser le développement des soft skills, les savoir être. Grâce au Fonds Régional d’Innovation pour la Formation (FRIF), Myskillz a élaboré un parcours pour des publics éloignés de l’emploi, en lien avec deux organismes de formation.

 

Pouvez-vous nous décrire ce qu’est le programme MySkillz ?

Ce que nous proposons, c’est une application et un catalogue de formation en format micro learning sur des thématiques de soft skills, de savoir-être, et des thématiques professionnelles. Nos programmes sont personnalisés. Les apprenants se perfectionnent à raison de 5 minutes par jour via la plateforme, grâce à des vidéos, des exercices pratiques. Ce sont des temps très courts, que les utilisateurs peuvent consulter à leur rythme, quand ils peuvent et où ils veulent. En complément, ils assistent à des ateliers en présentiel pour renforcer la mise en pratique de ces compétences. Un parcours, c'est une dizaine d'heures en autonomie. Les contenus sont accessibles pendant un an. Un des intérêts du micro learning, c’est qu’il est assez facile de revenir sur les capsules qui sont faites pour être visionnées plusieurs fois, en fonction des besoins. Ce ne sont pas des vidéos que l’on regarde une seule fois et qu'on connaît à vie.

 

Sur quoi avez-vous basé votre réflexion ?

Au cours de mes expériences professionnelles dans diverses entreprises, je me suis interrogé sur ce que je faisais au quotidien. J’ai rencontré des dirigeants, des DRH des formateurs, des doctorants, des coachs. J’ai constaté qu’il y a une corrélation directe entre soft skills et performance. En gros, plus un manager a des soft skills solides, plus l'équipe est performante, épanouie, et meilleure est la qualité de vie au travail. Il y a aussi moins de problématiques de burn-out, ou de personnes qui se réorientent parce qu’elles ont été déçues d'un métier ou d'une entreprise. Deuxième constat, c'est que les managers ou les DRH manquent de temps pour se former. L'idée était de travailler sur un outil de formation efficace, à distance, utilisable en parallèle du quotidien personnel ou professionnel.

 

Comment avez-vous débuté ?

Nous avons commencé à travailler sur l’ingénierie pédagogique avec des chercheurs et experts en neurosciences de l’ENS et l’Université de Bordeaux. Ensuite, nous avons très vite accompagné des organismes de formation puis des écoles, les universités de Bordeaux et de Pau, ainsi que l'académie de Poitiers. En parallèle, nous avons accompagné quelques entreprises. Nous sommes toujours reliés à un organisme de formation qui assure le présentiel pour nos accompagnements, soit une école, une université pour les étudiants, un organisme de formation dédiée aux demandeurs d'emploi ou à la formation continue pour les autres professionnels.

 

Pourquoi le FRIF ?

Avec le FRIF, nous expérimentons un parcours hybride axé sur les compétences comportementales, avec une pédagogie qui alterne les cours et le e-learning. L'idée est d'améliorer le lien entre la fin de la formation et le début de la vie professionnelle. Aujourd'hui, les entreprises recrutent essentiellement sur des notions de savoir-être et de posture, principalement sur des bas niveaux de qualification. L’idée d'accompagner le développement de ces compétences avec des personnes éloignées de l'emploi, c'était de voir quel impact cela pourrait avoir dans leur insertion professionnelle. On est vraiment sur de la formation.

 

Qu’y-at-il de spécifique avec les demandeurs d’emploi ?

Avec ce public, on est plutôt sur la prise en mains des soft skills dans le cadre de l'insertion professionnelle. Notre expérimentation est menée avec deux publics différents. Des apprenants qui suivent une formation en Agent de Propreté Hygiène (APH) avec Insup Formation, et d’autres sur l’anglais appliqué au tourisme avec le Greta. Pour eux, nous avons spécifiquement développé 4 formations liées à la reprise d'emploi : développer et maintenir sa motivation, la confiance et l'estime de soi, l'organisation de la recherche d'emploi, enfin la posture, comment se comporter en entretien. C’est un peu la boîte à outils d'un demandeur d'emploi qui sort avec un diplôme, de quelle manière on recherche un emploi aujourd'hui.

 

Quel est le rôle des formateurs ?

Nous avons travaillé directement avec les formateurs, on leur a présenté l'outil et comment le prendre en main, on a défini ensemble les parcours, sélectionné certains éléments. Nous leur avons fourni la pédagogie clé en main, qui comprend l'application, les contenus de formation, et toutes les fiches pour animer les ateliers. Pour les ateliers, nous les avons accompagnés sur certaines séances, pour qu'ils puissent organiser la mise en pratique des notions que les apprenants ont abordées à distance. Pour que ça fonctionne, il faut qu’il se prépare en amont, au besoin en échangeant avec nous.  C’est essentiel d’avoir un lien fort avec les formateurs, de personnaliser l'accompagnement en fonction des typologies métiers qu’ils maitrisent mieux que nous. Ce sont eux qui font vivre les savoirs par le biais d'ateliers.

 

Avez-vous connu des surprises ?

Il y a un point auquel nous n’avions pas été trop confrontés jusqu'à présent, c'est la fracture numérique. Quand on accompagne des publics comme sur la formation APH et qu’on leur propose notre application de formation, nous constatons que regarder des vidéos toutes simples sur leur téléphone n’est pas toujours possible, parce qu’ils ne sont pas équipés ou qu’ils ne savent pas s’en servir. Les formateurs nous disent qu’ils voudraient pouvoir consulter les vidéos tous ensemble, les visionner sur grand écran afin que tout le monde puisse les regarder en même temps et avancer au même rythme. Nous n’avons connu ça, ni avec les publics étudiants, ni en entreprise, parce que cette fracture numérique n’existe pas.

 

Le deuxième problème que nous avons rencontré, était de trouver des créneaux pour travailler avec les formateurs et caler les périodes de formation en atelier et sur l'application en fonction de leur planning. En pratique, cela a été très compliqué de les mettre en place, de trouver ces créneaux et de prendre le temps de leur présenter les formations. Les formateurs assurent la formation mais aussi tout le suivi administratif, ce qui fait qu’ils ont assez peu de disponibilités. Nous en avons même perdu en cours de route, parce qu'ils n’avaient pas le temps. Cela a été une surprise, on ne pensait pas que ce serait aussi difficile. Si nous devons le refaire, il faut vraiment que nous trouvions un moyen avec les structures pour assurer la disponibilité des formateurs.

 

Quels enseignements avez-vous tiré de cette expérimentation ?

Nous avons fait évoluer notre offre en cours de route. Par exemple, la capsule « gérer ses émotions », que nous ne voulions pas proposer au début mais qu’on nous a demandé d'intégrer dans le parcours APH. Nous nous sommes rendu compte qu'elle n’était pas pertinente. En revanche, les parties « dompter sa colère » et « tromper son ennui » ont mieux fonctionné. Typiquement, c’est l'expérimentation qui nous a permis de tester certaines séquences et d’en vérifier l’intérêt sur ces publics.

 

Nous ne sommes pas là pour imposer le présentiel et le digital, mais plutôt pour bien tirer parti des deux modalités.

Le présentiel présente un grand intérêt sur la prise de conscience et la mise en pratique. Alors que le digital offre plus de personnalisation, et permet de se former sur des temps très courts au moment où la personne est le mieux disposée. De plus, on peut facilement mesurer sa progression, c'est tout l'intérêt du digital. Marier le meilleur des deux mondes, c’est la manière la plus sûre d’accompagner efficacement les bénéficiaires.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

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Création d'entreprise, un levier pour la mobilisation

Création d'entreprise, un levier pour la mobilisation | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Barbara Valbonesi est responsable de secteur Emploi et activités collectives à la Mission Locale de l'Agenais, de l'Albret et du Confluent. Elle coordonne le projet « J’entreprends mon projet d’avenir » qui est lauréat du PIC 100% inclusion.

 

Qu’est-ce que le projet « j'entreprends mon projet d'avenir » ?

C'est un projet porté par un consortium dirigé par l'association nationale des groupements de créateurs (ANGC), qui pilote un réseau de 49 groupements portés essentiellement par des missions locales, des Maisons de l’emploi et des PLIE. Elle est à l'origine de la création d'une démarche d'accompagnement vers l'entrepreneuriat, qu’elle diffuse depuis une vingtaine d’années. La singularité de leur méthodologie, c’est qu’elle peut s’appliquer à des publics éloignés de l'emploi.

 

Pourquoi avez-vous rejoint cette démarche ?  

La Mission Locale de l'Agenais, de l'Albret et du Confluent a rejoint le réseau en 2018, nous étions les seuls en Nouvelle-Aquitaine. Plus récemment, la Mission Locale de Saintonge Romane et celle de Limoges ont suivi. Depuis des années, on souhaitait proposer à notre public une réponse aux besoins d’aide à la création d'activité sur notre territoire, mais ça ne fonctionnait pas. Nous arrivions seulement à orienter vers les structures d'accompagnement à la création, mais rien ne se passait. Il y avait un trou dans la raquette entre l'orientation et l'arrivée. Quand l’ANGC nous a présenté sa démarche, on a été séduits parce qu’elle était fondée sur la pédagogie de l'action, c'est à dire que nous utilisons le levier de l'entrepreneuriat comme prétexte à l'insertion.

 

Quels sont vos publics ?

Nous nous adressons à des publics peu ou pas qualifiés, de tous âges, parfois complètement décrocheurs de toute proposition d'insertion. Ce sont des gens qui vont plutôt essayer de construire un emploi qui leur ressemble. Dans le cadre de « j'entreprends mon projet d’avenir », nous proposons des parcours d’une durée maximum de 15 mois. A la fin de ce parcours, soit la personne fait le deuil de son projet, soit elle le poursuit, par exemple en suivant une formation. Elle peut aussi simplement le mettre entre parenthèses, le temps de trouver des solutions financières.  

 

Nous allons chercher les invisibles, les personnes qui sont peu demandeuses d'aide, mais qui ont tout de même une envie de faire. Nous saisissons cette envie, qui n'est pas forcément un projet au départ, parce que souvent elles n’osent pas en parler de peur d’être jugées. Nous les accompagnons d'un point de vue général, global. On travaille sur la confiance en soi, c'est ce que nous faisons toujours en tant que mission locale. Le plus souvent, nous les aidons à faire le deuil de leur projet, notamment quand on constate que la création est un prétexte à ne pas accepter la difficulté d'un poste de salarié, ou parce qu'elles ont été abîmées par une expérience professionnelle et qu’elles pensent que la solution est de créer leur propre emploi. Nous essayons éventuellement de les réconcilier avec leur métier d'origine ou un autre métier.

 

Est-ce que l’approche par la création d'activité vous permet plus facilement de toucher les « invisibles » ?  
Je pense que c'est intéressant d'aller chercher ces publics invisibles ou sortis de l'accompagnement, parce qu'on s'intéresse spécifiquement à la personne et à ses projets. On ne lui propose pas une offre de services clés en main. On part de cette personne et on va d'abord l'écouter. Le PIC c'est avant tout aller vers. Quand on parle d'aller vers nous, c'est aussi aller sensibiliser des structures pour qu'elles nous envoient des publics. Ça peut être des éducateurs de rue, des mairies, des associations sportives, des commerces des zones rurales ou des quartiers politiques de la ville, des structures IAE, dans les épiceries solidaires. On va dans ces lieux faire de la sensibilisation, pour donner envie d’aller plus loin à ceux qui veulent rêver.

 

Comment les abordez-vous ?

Nous leur expliquons qu’on ne va pas leur donner des réponses techniques, mais les aider à prendre de la distance avec leur projet. Et surtout les aider à l’écrire. La méthodologie comporte trois étapes. La première consiste pour le porteur de projet à se concentrer sur lui-même, apprendre à se connaître. C’est une sorte de bilan de compétences, avec valorisation de son parcours, de ses savoir-faire et savoir-être, les formations qui pourraient compléter ses compétences. On aide la personne à se fixer elle-même des objectifs. La deuxième étape, c’est la description du projet et sa faisabilité. On les aide à comprendre ce qu’est une étude de marché, ils cherchent à en savoir plus sur le métier visé, sur la concurrence éventuelle, sur le secteur. La dernière étape consiste à faire un lien avec la réalité, par des rencontres avec les professionnels, des enquêtes métiers, des stages, ou même une expérience en emploi.

 

Faut-il comprendre que la création d’activité est surtout un prétexte ?

Nous avons entre 6 à 10% de projets qui débouchent sur une création. C'est peu, mais ce n’est pas le premier objectif visé. Nous avons en revanche plus de 50% de taux de sortie en emploi ou en formation, et ce sont des chiffres à peu près similaires à d’autres dispositifs d'insertion. Notre approche, c'est d’apprendre aux gens à faire seul, à comprendre et décrypter le panorama de la création d'activité. Nous continuons à faire notre métier historique, à être un carrefour d'information, d'orientation et de relations avec les partenaires du territoire. Avec cette action, nous restons dans la même logique, mais sur la partie entrepreneuriale. Nous intervenons comme un préalable à l'accompagnement, nous préparons les personnes à pouvoir comprendre les réponses techniques en matière de garantie financière ou de fiscalité qui leurs seront données plus tard par d’autres partenaires.

 

Quelles sont les différences avec vos approches habituelles ?

Le PIC nous a permis d'expérimenter de nouveaux outils. En revanche, ça demande des moyens qui ne sont pas évidents à mettre en place. Aujourd’hui, nous avons deux conseillères entièrement dédiées au groupement de créateurs, et un local conçu comme un espace de coworking. Il est commun avec l’ERIP, puisqu’il s’adresse au même public et que les ateliers correspondent tout à fait à ce qu'on propose pendant la première phase de l'accompagnement.

 

Ce qui est prégnant, c'est le besoin de se rassembler. Les gens travaillent ensemble. Pourtant ce sont des profils entrepreneuriaux qui disent vouloir créer leur propre entreprise seuls. Sauf qu’ils ont besoin de se rassembler et de collaborer, au point parfois de créer des projets ensemble. Ces publics ont avant tout besoin d’écoute et de réponses adaptées, donc personnalisées. Notre travail c'est aussi de les orienter vers les bons interlocuteurs. Ce travail autour d'un projet, que ce soit de manière individuelle ou collective, a complètement révolutionné notre manière d'aborder les choses au sein de notre structure. On s'est inspiré de cette méthode pour modifier notre manière d'accompagner les publics.

 

Combien de personnes avez-vous accompagné depuis le début ?

Notre objectif initial était de quatre-vingts personnes par vague de 18 mois. Depuis septembre 2020, nous en sommes à 181, il nous reste du temps puisque nous finissons le 31 août. En fait, toutes les structures qui ont rejoint le projet ont dépassé les objectifs, nous comptons 920 participants pour l’ensemble des 10 structures qui ont intégré le PIC. Certaines personnes sont déjà sorties, d’autres ont créé leur entreprise, d'autres encore ont repris un emploi ou une formation.

 

Quelle suite envisagez-vous de donner à ce projet ?

Nous savons que nous répondons vraiment à une demande. Notre objectif c'est d'arriver à stabiliser le projet, et ça n’est pas évident. Pour la suite, notre idée est de former l'ensemble des conseillers de la mission locale à la méthodologie du groupement de créateurs, de manière que chacun d’entre eux, quand il accueille un jeune, soit dans la logique de l’inscrire dans une dynamique de projet. Peut-être que nous devrons être moins ambitieux qu’aujourd’hui en termes d'outillage. Fin 2023, nous projetons de créer une « Flashcoop ». C'est une coopérative éphémère labélisée, qui dure une semaine, et qui permettrait de vivre l'expérience de l'entrepreneuriat de A à Z, de la création de l’idée à la commercialisation d’un produit avec des publics féminins des Quartiers Politique de la Ville. Nous avons obtenu un financement du Fonds Régional PAREF financé par l’Etat, la Région et BPI France.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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Hope, un espoir pour l’intégration

Hope, un espoir pour l’intégration | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Caroline DANET est chargée d’études à la direction régionale de l’AFPA Nouvelle-Aquitaine. Elle est responsable d’un programme d’accompagnement des publics réfugiés baptisé HOPE. HOPE est lauréat national du PIC Intégration Professionnelle des Réfugiés (IPR).

 

Pouvez-vous nous présenter HOPE ?

Hope ça veut dire espoir, mais c'est surtout Hébergement Orientation Parcours vers l'Emploi. C'est un programme national financé depuis 2017 par les ministères du Travail et de l'Intérieur, qui a pour objectif de répondre aux besoins de main-d'œuvre dans certains secteurs d'activité, ainsi que d’aider les personnes étrangères à s'insérer dans notre pays. En région Nouvelle-Aquitaine, nous travaillons avec plusieurs Opcos comme Constructys pour le bâtiment, Akto pour les agences d'emploi. Plus récemment, OPCO EP pour le titre assistant de vie aux familles et l'Afdas pour l'hôtellerie de plein air.

 

Quel est le public concerné ?

HOPE est destiné aux bénéficiaires de la protection internationale et aux réfugiés ukrainiens qui bénéficient de la protection temporaire. En ce qui concerne les prérequis, il faut avoir un niveau A1 en français (niveau d'utilisateur élémentaire), signer le contrat d'intégration républicaine et recevoir l'aval de l'Office Français de l'Immigration et de l’Intégration (OFII). Au départ, on avait beaucoup de jeunes hommes isolés de moins de 26 ans, mais aujourd’hui on s'ouvre à tout profil adulte et célibataire, parce qu’on ne peut pas accompagner des mineurs ni accueillir des familles.

 

Comment identifiez-vous les bénéficiaires ?

C’est l’OFII et Pôle emploi qui sont chargés du sourcing. Il se fait beaucoup dans les structures d'hébergement, les Centres d'Accueil de Demandeurs d'Asile (CADA), les Hébergement d’Urgence des Demandeurs d’Asile (HUDA), et auprès de toute association en lien direct avec les personnes réfugiées. Il nous arrive aussi de présenter le dispositif aux structures avec lesquelles on travaille. De son côté, les Opcos s’occupent du volet entreprise, qu’il faut mobiliser avant de lancer une Préparation Opérationnelle à l'Emploi Collective (POEC).

 

Pendant la POEC, les bénéficiaires touchent une allocation formation par Pôle emploi. Ensuite, ils sont en contrat de pro, c’est un CDD, un vrai emploi à visée professionnelle. Pour AKTO, c’est de l'intérim. On leur parle rémunération, pour les rassurer, parce ils ont des besoins immédiats. A l’AFPA, ils bénéficient aussi d’un accompagnement social, de l’hébergement et de la restauration, qui sécurisent leur parcours de formation et d’intégration.

 

Comment se déroule un HOPE ?

En fait Hope, c'est 2 blocs. D’abord un bloc POEC, puis un bloc formation sur le titre. Pour lancer une session, il faut commencer par constituer un groupe de 12 personnes. La POEC est financée par Pôle emploi, elle inclut l’hébergement et de la restauration, qui sont pris en charge. Pendant cette période, les personnes suivent des cours de français à visée professionnelle. Ensuite on enchaîne, en fonction de l’Opco, soit par un contrat de professionnalisation et un parcours d’un an et plus, soit par un CDPI, un contrat de développement professionnel intérimaire, avec Akto.

 

Les sessions se déroulent uniquement dans les centres AFPA disposant d'un hébergement. De leur côté, les Opcos identifient des besoins auprès de leurs adhérents, sur un métier en tension et sur un territoire. On ne lance pas une session sans entreprises identifiées, sinon on prend le risque de mettre en difficulté les bénéficiaires. Tout le long du parcours, il y a aussi un accompagnement social pour répondre aux problématiques administratives, sociales, de logement, etc. En Nouvelle-Aquitaine, c’est un accompagnateur social de l’AFPA qui intervient.

 

Les participants à HOPE sont toujours ensemble ou mélangés avec d’autres apprenants de l’AFPA ?

Pour la formation en FLE, les stagiaires HOPE bénéficie d’une formation de français spécifique au programme HOPE. Durant la formation qualifiante, les réfugiés signent un contrat de professionnalisation et deviennent donc alternants, ainsi ils peuvent se retrouver sur les plateaux techniques avec d’autres alternants du centre, chose appréciable car cela accélère leur apprentissage en français.

 

 

Quel rôle jouent les entreprises ?

Le programme a été créé pour répondre aux métiers en tension. C’est dans l’intérêt des entreprises de participer au programme. Certaines voudraient bien en faire partie, mais ne peuvent pas, en raison de la barrière de la langue. Par exemple, dans l'industrie, les normes de sécurité doivent impérativement être comprises, sinon il y a un risque de mise en danger de la personne et des salariés. Je préfère une entreprise qui me dit non de suite, qu'une entreprise qui va s’engager mais qui n’ira pas au bout et nous laissera sans solution à l’issue de la POEC. L’Opco doit bien sensibiliser ses adhérents au public réfugié, leur faire comprendre que ça nécessite un suivi plus important qu’un stagiaire ou un salarié qui maîtrise la langue.

 

Cela dit, les réfugiés sont tellement motivés et impliqués, ils savent pourquoi ils sont là. Ils restent concentrés sur leur objectif. Même s'ils ont des lourdes contraintes privées ou personnelles, ils restent très motivés et très sérieux en entreprise. C’est ça qui est apprécié. 

 

Vous leur parlez de tutorat renforcé ?

Le tutorat est essentiel. On attend des entreprises qu’elles mettent un véritable parrain à disposition de la personne, qui va l'appuyer même au-delà du cadre professionnel. On lui demande si cela lui est possible, de prendre des nouvelles de sa situation, de lui faire découvrir la ville, le territoire, lui faire découvrir des choses en dehors de l’entreprise. Finalement c’est, en quelque sorte, un appui social que nous voulons de la part de l'entreprise. Chaque entreprise le fera à sa façon. HOPE, est un enjeu social et éthique qui intègrent la responsabilité sociétale des entreprises.

 

Est-ce que vous étiez fixé un objectif en termes numériques ?

Chaque région doit ouvrir 10 sessions par an, 10 à 12 personnes à chaque fois. Cette année, je pense qu'on sera plutôt sur 4 à 6 sessions. La priorité de l’OPCO et de l’Afpa est la même, apporter des solutions et un emploi aux bénéficiaires, c’est pourquoi, sans engagement des entreprises adhérentes, des sessions HOPE ne peuvent s’ouvrir.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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Des salariées mises à l'honneur

Des salariées mises à l'honneur | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Nadège Alexandre est en charge du pôle ville local et solidarités de la communauté de communes de Montesquieu (sud de Bordeaux). Avec Carine Naffetat, Responsable du service emploi et insertion de la CDC voisine, Jalle-Eau-Bourde, une action de valorisation des salariées des services à la personne, baptisée « Dans les coulisses, des femmes ordinaires…extraordinaires » a été menée. Cette action est lauréate du Fonds Régional pour l’Innovation dans la Formation.

 

D’où vient votre projet ?

En 2020, nous avons mené une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences territoriales (GPECT) copilotée par la communauté de communes de Montesquieu et celle de Jalle-Eau-Bourde. Lors du séminaire de restitution au printemps, nous avons présenté un plan d’action qui incluait la volonté de travailler sur les métiers des secteurs de la propreté et des services d'aide à la personne. Et sur des collectifs autour de l'organisation de services RH et des conditions de travail. Une des actions préalables consistait à valoriser ces métiers par une action à dimension culturelle et artistique.

 

En parallèle, nous avons travaillé avec le réseau des bibliothèques sur un projet qui s'appelle « les Simone », consistant à identifier et valoriser toutes les femmes « extraordinaires » qui ont contribué à écrire notre histoire mais sont un peu oubliées. Dans le même esprit, et pour faire un peu différemment des forums emploi et des ateliers participatifs habituels, nous avons imaginé une action de mise en avant de ces femmes ordinaires, ces salariées invisibles des services à la personne, qui font l'histoire au quotidien. Parce qu’elles exercent des métiers essentiels pour maintenir le lien social et sortir des personnes de l'isolement.

 

Comment vous avez abordé cette action ?

On s’est dit que pour parler des services d'aide à la personne, ce qui pouvait être intéressant c'est d'aller toucher l'émotion des gens. On peut avoir un plan d'action très structuré, très organisé, avec des organismes de formation, le soutien de la Région, etc. Mais finalement on est un peu dans un entre-soi et on n’arrive pas forcément à aboutir à des prises de décision qui permettraient vraiment de changer en profondeur les conditions de travail et le regard qu'on peut porter sur ces salariées et ces métiers. Notre volonté c’était de toucher ce qui peut interpeller chacun d'entre nous, la maladie, la vieillesse, la dépendance, auxquelles nous sommes tous confrontés d'une manière ou d'une autre. 

 

Quelle a été votre approche ?

Notre idée était de faire intervenir une compagnie théâtrale que nous connaissions déjà, la compagnie des Volets Rouges avec pour objectifs de parler de ces métiers et des salariées qui les occupent sur nos territoires. C’est un collectif d'artistes très en prise avec les sujets de société. Ils nous ont proposé de rencontrer ces salariées, d’aller les observer dans le cadre de leur travail, faire des entretiens et les restituer sous forme de portraits sonores d’une dizaine de minutes. Nous voulions entendre les salariées parler de leur métier, de leurs conditions de travail un peu particulières, des amplitudes horaires importantes, des relations humaines, de leur implication pleine et entière dans ce travail. En résumé, avoir une meilleure connaissance de ces métiers. Et peut-être susciter des vocations, des envies chez certaines personnes qui s'interrogent aujourd'hui sur le sens donné à leur travail, leur place dans la société, un besoin de reconnaissance et d'utilité sociale.

 

Nous voulions aussi mettre en évidence le fait que ce sont des vrais métiers, qui requièrent de la formation, des temps de préparation, des temps de régulation. Nous ne sommes pas tous confrontés au deuil dans notre travail, à des formes d'agressivité qui peuvent être avérées chez des personnes atteintes de maladies Alzheimer. On est face à l'humain cela nécessite d’avoir des compétences. Aujourd'hui, certaines salariées nous disent ne jamais avoir suivi de formation, alors qu’elles travaillent depuis 20 ans.

 

Comment avez-vous procédé pour trouver les salariées ?

Nous nous sommes adressées aux employeurs, ça nous paraissait important qu'on ait leur aval. On avait évalué à 8 heures le temps nécessaire à consacrer à ce projet.  Donc nous avons présenté la démarche à des structures type CCAS, à des structures d'insertion. Certaines d'entre elles avaient participé à la GPECT, donc ça n’était pas une surprise. Elles ont à leur tour présenté le projet aux salariées. Certaines s'en sont saisies, d'autres non. Nous avons proposé une réunion à toutes celles qui étaient intéressés, pour leur expliquer dans quoi on s'engageait tous collectivement. Finalement nous avons pu trouver 8 salariées bien réparties sur nos collectivités, donc c'était parfait.

Quelles ont été les réactions des salariées ?

Nous voulions vraiment entendre leurs réserves éventuelles. Ce qui a été assez drôle, c'est qu’elles ne voulaient pas qu'on raconte une belle histoire. On s'est rendu compte que « valorisation des métiers » fait partie des expressions qu'on utilise dans notre jargon professionnel. Mais qu’en fait, l’enjeu était bien plus de valoriser les salariées. Et aussi de mieux faire connaître tout ce qu’implique l’exercice de ces métiers. Ça nous a obligé à effectuer un exercice de précision et d'explicitation de ce qu'on attendait de ce projet.

 

Avez-vous rencontré des obstacles ?

On se posait des questions sur l’aspect artistique, parce qu'en fait, ce n’est pas anodin d’être observé, de donner un entretien enregistré, d’être prise en photo pour une exposition. Nous avons beaucoup échangé avec les salariées, pour leur dire qu’à toutes les étapes du projet, elles auraient leur mot à dire et qu’elles valideraient les supports diffusés, qu’on ne les mettrait pas en difficulté, qu'on resterait à leur écoute. Nous leur avons dit que si elles préféraient, les photos pouvaient être prises de profil, de dos, légèrement floutées. Nous avons aussi pris des précautions en prenant contact avec les familles des bénéficiaires. Leurs réactions ont été très variables. La compagnie a dû s’adapter aux attentes et contraintes des salariés, ainsi qu’aux familles des bénéficiaires. Ça a été un travail de dentelle.

 

Dans l’idéal, quels seraient les effets espérés ?

Ce sont des sujets qui sont abordés au niveau national, mais finalement on a toujours l'impression que ça ne nous concerne pas directement. Je pense que localement, il y a des réflexions à mener. Et peut-être que notre action peut contribuer à une prise de conscience pour agir à notre échelle, dans la proximité. Par exemple, on pourrait imaginer une structure intercommunale employeuse qui offrirait des conditions de travail plus satisfaisantes, des horaires moins morcelés et plus en concordance avec les attentes des salariées. Nous faisons notre part du travail pour essayer de faire bouger les choses localement, provoquer une prise de conscience et peut être déclencher une envie d'agir.

 

Il faudrait que des acteurs se sentent concernés et prennent la suite pour travailler de manière plus concrète sur ces questions. Dans la démarche GPECT, nous avons évoqué, par exemple, la question des équipes autonomes, qui s’autogèrent avec plus de souplesse dans l’organisation de leur planning. Il faudrait travailler avec les services RH des communes et/ou des structures employeur, partager les bonnes expériences pour améliorer les conditions de travail. Peut-être que ce travail de visibilité des salariées facilitera la mobilisation des organismes, que des actions pourront être inscrites à l’agenda de cette année.

 

Vous organisez un évènement de restitution le 29 avril, de quel ordre est-il ?

Nous allons nous retrouver dans l’espace culturel Georges Brassens à Léognan. On pourra y écouter les podcasts et voir la galerie de portraits, rencontrer les salariées participantes et la Compagnie Les Volets Rouges, puis regarder le documentaire Debout les Femmes qui sera projeté à la suite. Tout ce travail sera disponible sur nos sites internet et sur celui de la compagnie. J'aimerais que les salariées prennent la parole si elles se sentent à l'aise. L’idée, c'est que ce ne soit pas une restitution trop formelle. Nous voulons vraiment que ce soit un temps fort, et que les salariées viennent avec leurs enfants. Je pense qu'elles seront contentes de partager ce moment avec leur famille.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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Les multiples dimensions de la mobilisation

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Parcours Expérience 3D est une action nationale de remobilisation du réseau des Maisons Familiales et Rurales. Elle est menée, entre autres, depuis fin 2020, par le Centre de Formation et Promotion (CFP) de Champcevinel, près de Périgueux. Maelle Périot, conseillère en insertion professionnelle et chargée de vie sociale, en est la coordinatrice. Parcours Expérience 3D est lauréate du PIC 100% Inclusion.

 

En quoi consiste Parcours Expérience 3D ?

C’est une action de remobilisation qui mixe des temps collectifs et des temps individuels. On ne voulait pas proposer que du collectif, parce que ça ne correspond pas forcément à tout le monde. 3D, c’est parce qu’on prend en compte les personnes dans toutes leurs dimensions. Sa durée est de 15 mois maximum, ce qui est très appréciable, on a assez de temps pour s'adapter au rythme de chacun. On n'a pas cette pression qui peut exister dans d'autres actions.

 

La première étape de Parcours 3D consiste à prendre le temps de bien identifier les besoins et les freins de la personne. En fonction de ça, on lui propose des temps collectifs, pas forcément les mêmes pour tous (ateliers confiance en soi, cuisine, etc.). Notre souhait, c'était vraiment d'individualiser, de cibler au maximum ce qui va correspondre à chaque participant, de ne pas les mettre en difficulté parce qu’on sait que la perspective de travailler en groupe peut en faire fuir certains.

 

Quelles différences avec une autre action du même type ?

La différence c’est que nous n’avons pas d’ateliers pérennes, réguliers, qui suivent un rythme fixe. Là ce n’est pas le cas. On met en place les ateliers en fonction des besoins des personnes. C’est là que réside la nouveauté, et en même temps ça représente une vraie complexité d’organisation. Je fais des ateliers individualisés pour travailler sur la recherche d'emploi ou sur l'orientation avec des outils comme Pass’Avenir.

 

Comment arrivent les candidats ?

Les publics peuvent être repérés par les prescripteurs, mais aussi par les assistantes sociales, ou par les associations pour ceux qui sont en attente de titres de séjour. Normalement, une personne arrive chez nous après un entretien tripartite. Ou seule si son référent estime que c’est possible. Selon les cas, je commence par lui présenter le cadre de l’action ou j’essaie d’en savoir plus sur sa situation, de connaitre ses questionnements, ses attentes. Et si elle est d’accord pour participer. On se revoit la semaine d'après pour reparler des objectifs. Je ne fais jamais signer l'accord de participation les premières fois, parce que je vois assez rapidement quelles sont les personnes qui ne vont pas adhérer, par exemple si elles ne viennent pas au deuxième rendez-vous.

 

Qu’entendez-vous par entretien tripartite ?

Un entretien tripartite ça veut dire qu’on fait un entretien à trois, avec la personne, son référent et moi. On définit ensemble les objectifs de l'accompagnement. Toujours dans le but d'être au plus proche de ses besoins et de sa situation. Et puis, surtout, pour lui montrer qu’on travaille en partenariat. Je tiens beaucoup à ces temps tripartites, parce que je trouve que ça rassure les gens et que ça les sécurise. Parfois, le temps ne permet pas de faire ce rendez-vous en présentiel, mais il y a toujours au moins un échange téléphonique avec son référent, en présence de la personne.

 

Quel est le public concerné ?

C'est un public plus éloigné de l'emploi que celui qui suit nos formations. Même pour la formation du premier niveau, assistante de vie aux familles, il faut à minima que les personnes aient la capacité de reprendre une formation, d'aller à l'emploi, de tenir sur la durée, de passer des évaluations, etc. Pour avoir été CIP pendant plusieurs années, et avoir travaillé sur des ateliers de remobilisation, c'est un public que je connais bien. Mais je constate que nous avons beaucoup de mal à l’accrocher maintenant. Nous recevons plus des femmes, plutôt des femmes isolées. Et environ pour moitié d'origine étrangère, avec les difficultés en français qui font que l’intégration à l’action n’est pas possible. Pour certaines, on est à la limite, elles cherchent surtout un soutien administratif.

 

Comment abordez-vous les participants ?

Je pars du principe que s’ils sont là, c'est qu'ils ont envie. Et que s’ils sont là, c'est bien parce qu'il y a des difficultés et des freins. Je ne vais pas attendre d'eux qu'ils respectent une régularité parfaite. Je sais que les premiers mois, ils vont manquer des rendez-vous, qu’ils ne feront pas toujours les démarches convenues, même si c'est quelque chose d'anodin. Le plus important, c'est de ne jamais couper le lien. S’ils sont absents, je les appelle, je dédramatise et je fixe un nouveau rendez-vous. Si on ne faisait que du collectif, on attendrait des participants une certaine rigueur, ne serait-ce que vis-à-vis du groupe. De toute façon, au fur et à mesure de l'avancée du parcours, la régularité s'installe. Après je m’adapte au rythme de chacun. La difficulté, c'est que les temps collectifs sont extrêmement importants, et si le nombre de participants est trop faible, ils n'ont plus lieu d'être.

 

A certains moments, si on constate des blocages par exemple, nous faisons de points de situation, si besoin avec les référents. Il arrive qu’on arrête un parcours, mais c'est rare. Même si on est obligé de l’interrompre, étant donné que les attentes sont vastes, la personne arrive toujours à avancer. Peut-être pas selon nos critères à nous mais pour elle, c’est toujours un progrès.

 

Quel est votre positionnement ?

Je suis un peu multi casquettes et je dois faire attention à ne pas me laisser déborder, on pourrait vite dériver vers le rôle de confidente. Je peux entendre toutes les situations, mais je ne peux pas tout traiter, alors je dois rapidement orienter vers d’autres intervenants. Il faut aussi dire que j’ai le beau rôle, je n’ai pas la charge de problèmes comme le RSA, j'ai beaucoup plus de temps à leur consacrer. Du coup je peux agir dans l'urgence. Si quelqu’un a besoin de me voir, je peux m'arranger pour le recevoir dans la journée. Ça c'est quelque chose d'important pour moi. Un conseiller pôle emploi ou une assistante sociale ne peut pas le faire. Quand c'est un public vraiment très en difficulté, très désocialisé, on sait que pour le tenir il faut être proche de lui. Il n’est pas autonome, il va avoir peur, il y a des tas de choses qui peuvent engendrer des ratés.

 

Combien avez-vous réalisé d’accompagnements ?

Pour l’instant, j'ai accompagné 15 personnes et j'en ai reçu 19 autres qui n'ont pas intégré l’action. On a eu beaucoup de personnes avec des difficultés de maîtrise de la langue française, pour lesquelles c'était un peu prématuré en termes d'accompagnement. J’ai eu aussi plusieurs personnes qui avaient été orientées sur nos formations, mais qui n’avaient pas les prérequis, donc elles ont été redirigées vers moi, mais n'ont pas voulu adhérer à Parcours 3D.

 

Et qu’avez-vous eu comme résultats ?  

Quatre personnes sont allées en formation et une personne est partie en emploi. J’ai aussi eu des personnes pour qui l'accompagnement se termine de façon prématurée, essentiellement à cause de problèmes de santé. Ça n’est pas forcément négatif non plus, parce que dans tous les cas il y a des choses qui ont avancé. Le pire c'est vraiment une personne que je perds ou qui n'a pas adhéré parce que ça ne correspondait pas à ses attentes, elle n’en voyait pas le sens, elle n’était pas prête. Mais tout le reste est positif parce que forcément il s'est passé des choses pour elle, une prise de conscience. La temporalité est différente pour chacun, mais c'est de toute façon toujours positif.

 

Quels sont selon vous les améliorations qu’il faudrait apporter à l’action ?  

Nous sommes partis à la rencontre de chaque partenaire, Pôle emploi, Cap emploi, le conseil départemental, la mission locale. On est allés leur expliquer quel était le but et le principe de cet accompagnement, ce qu'on pouvait proposer, comment on souhaitait que ça se passe et pour quel public. Malgré ça, la difficulté que nous rencontrons depuis le départ c'est le manque de prescriptions. Seul le conseil départemental nous a envoyé des personnes. C'est un superbe outil, mais dont les partenaires ont eu du mal à se à se saisir.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

RésoDoc''s curator insight, March 13, 2023 4:42 AM
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Du quartier au clavier

Du quartier au clavier | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Valentin Nicolas est Référent Pédagogique & Entreprises de la Régie de Quartiers DIAGONALES à la Rochelle. Avec l’organisme de formation WebForce3, la Régie de Quartiers DIAGONALES a créé une « École Numérique de Territoire » qui propose notamment la prépa apprentissage « #FabrikTonParcours ».

 

D’où vient l’idée de #FabrikTonParcours ?

Aujourd'hui pour les populations jeunes ou en rupture de parcours, on a une vraie difficulté de lisibilité et d’accessibilité concernant les formations numériques. Les métiers sont émergents, souvent récents dans les entreprises, et dont le besoin est de plus en plus important. En fait, l’idée de #FabrikTonParcours c'est de proposer chaque année à 15 participants de réaliser une « prépa formation » pour découvrir les différentes filières et métiers du numérique. On leur propose aussi une partie remobilisation pour les mettre dans un rythme actif d'apprentissage. Au terme des 3 mois, nous voulons qu’ils aient développé leur posture professionnelle, une vision plus précise de ce qu'est le numérique et qu’ils puissent se positionner sur une formation en connaissance de cause.

 

Pour cette action, la Régie de Quartiers DIAGONALES s’est associée à l’organisme de formation « WebForce3 » ?

Oui, c’est une belle histoire parce que notre « École Numérique de Territoire » est issue de la rencontre entre la Régie de Quartiers DIAGONALES et le réseau d’écoles numériques WebForce3. En constatant de nombreuses valeurs communes telles que l’inclusion ou l’égalité des chances, nous avons eu envie de créer une école en partenariat qui s’appuie à la fois sur l’expérience de l’accompagnement social par Diagonales au sein des quartiers depuis 30 ans, ce qui a tissé une relation privilégiée avec les habitants, et sur l’expertise pédagogique de WebForce3, qui à travers ses 50 écoles en France et à l’étranger est un acteur incontournable côté innovation comme par la pertinence des parcours proposés aux apprenants.

 

Quelle est la plus-value de cette école ?

On a très vite compris que notre partenariat allait offrir des parcours plus sécurisés côté apprenants et des recrutements plus sûrs côté entreprise. Avec nos deux structures et leurs savoirs faire en un seul lieu, on a la capacité de concrétiser des rêves de carrière dans le numérique avec des formations qu’on peut suivre en étant mieux accompagné, en étant plus compétent techniquement à la sortie que sur des formations plus générales, avec au final des recrutements plus pérennes pour les entreprises locales. Tout cela qu’on soit issu des quartiers prioritaires, perdu dans son orientation, ou en situation de handicap. Parce que le dispositif a aussi pour objectif de sortir un peu des parcours « élitistes » et de ne plus passer à côté de talents qui ne se seraient pas révélés par voie de formation habituelle. Aujourd’hui, quand on veut travailler dans le numérique, il faut minimum avoir le bac, voire un bac +2. Un jeune qui veut devenir Développeur Web et qui n’a pas le bac ne trouvera pas de formation pour ce métier s’il se présente dans un organisme de formation classique.

 

Notre école propose de la formation inclusive, qui n’exige aucun prérequis de diplôme à l’entrée. On cherche plus à cultiver le talent, l’implication et les savoir-être, en construisant sur les bases que le candidat a pu construire seul avant de nous rencontrer. Donc une personne qui souhaite se réorienter ou entamer un parcours à nos côtés, même sans le bac, va passer un test de positionnement pour vérifier qu’il choisit la formation adaptée à son projet. 

 

En quoi consiste ce test ?

Pour nous, c’est une aide à la décision. En fonction des réponses du candidat, on détermine quelle est l’orientation la plus judicieuse. Soit on l'oriente vers une formation (parfois avec une phase de remise à niveau), soit sur « #FabrikTonParcours ». On peut également le positionner sur une formation que nous ne proposons pas à La Rochelle, mais qui est proposée en distanciel ou dans un autre organisme de formation du réseau WebForce3. Dans ce cas, on peut les accompagner à la mobilité, et dans la réalisation de leur projet.

 

Quand avez-vous commencé ?

L'école a démarré à l'été 2021 par une première édition « #FabrikTonParcours » que nous avons animé dans une salle de la gare SNCF de La Rochelle. Ensuite, nous avons eu la chance de pouvoir nous implanter à côté de l’aquarium et nous avons ouvert l’école et ses salles de formations au printemps 2022. Aussitôt, nous avons ouvert la formation diplômante Technicien Supérieur Systèmes et Réseaux (TSSR) en partenariat avec Pôle emploi, qui a été suivie d’une deuxième session de #FabrikTonParcours. Maintenant, la planification se fait à mesure, toujours en fonction des besoins des entreprises locales et des potentiels participants, parce que notre but n’est pas d’ouvrir à tout prix en fonction d’un catalogue de formation mais d’apporter une solution en mettant en relation ceux qui emploient et ceux qui souhaitent se former.

 

Quel est le profil type des participants ?

Nous n’avons pas forcément de profil type. Nous avons des décrocheurs scolaires, des personnes éloignées de l'emploi, d’autres en réorientation professionnelle. Ça peut être un jeune qui était en contrat d'apprentissage et qui n’a pas été embauché par son entreprise comme d’autres qui n’ont pas trouvé leur place dans les parcours de formation dits « classiques ».

 

On a beaucoup de jeunes en début de vie qui sont déjà en réorientation professionnelle. Certains ont fait un BP, par exemple en électricité, et d’autres des études plus générales sans arriver à s’orienter par la suite. Au terme de leur formation, ils réalisent qu’ils ont pris la mauvaise voie. Ils vont jusqu’à la validation de leur diplôme mais cherchent à faire autre chose. Il faut dire qu’ils connaissent souvent mal le monde de l'entreprise, qu’ils ont fait peu de stages, mais l’informatique les intéresse et ils jouent aux jeux vidéo. Alors quand ils arrivent, on leur dit que les métiers du numérique, ça va bien plus loin que ça. Notre objectif c'est de leur montrer les coulisses, de leur expliquer comment ça fonctionne pour qu’ils puissent au final avoir un regard plus précis sur les différents métiers qui existent.

 

Qu’est-ce que leur apporte « #FabrikTonParcours » ?

Pour nous, « #FabrikTonParcours » est une prépa remobilisation plus qu’une prépa apprentissage. Ce terme est important parce que dans le référentiel de l’action, la première phase, et celle à laquelle on accorde beaucoup de temps, c'est la phase de remobilisation. On travaille sur la confiance et l’estime de soi, sur le savoir-être, mais aussi sur la communication écrite et orale, toutes ces choses qui vont aussi leur permettre de modifier leur posture professionnelle.

 

La découverte des métiers repose sur le principe du « Learning by Doing », l’apprentissage par la pratique. On est à chaque fois sur une pédagogie en mode projets. Les intervenants ne sont pas forcément des formateurs, ce sont aussi des salariés ou des chefs d'entreprises dans le domaine du numérique qui peuvent répondre à toutes les questions techniques. Certains viennent une demi-journée pour apporter leur témoignage. Nous faisons en sorte que ce ne soit que des intervenants locaux, qui connaissent bien le bassin Rochelais. Ils arrivent chacun avec un projet pour le travailler avec les participants. Même si les jeunes n’ont aucune connaissance dans le projet qui leur est proposé, ils vont apprendre en le menant du début à la fin. Par exemple, la construction d’un jukebox numérique, avec tout ce que ça implique, la configuration, les raccordements, l’installation d’un système d’exploitation, etc.

 

Comment se déroule la partie remobilisation ?

La remobilisation se fait tout au long de la période de 3 mois. Si on faisait toute la remobilisation au début, et qu’on obligeait les jeunes à passer leurs 3 premières semaines à travailler uniquement la communication, cela pourrait provoquer des ruptures de parcours. Donc dans une semaine type, on fait un peu de tout, des demi-journées projets, des demi-journées sur la remobilisation, ainsi qu’une demi-journée d'activités physiques et sportives avec un coach. Nous voulons sortir les stagiaires de l’école, les emmener en extérieur. Quand on dit activité physique et sportive, on ne cherche pas la performance mais simplement à s’aérer, apprendre à perdre et gagner en équipe, et éviter de rester sur son ordinateur toute la journée. Ça peut aller du géocaching (course au trésor avec GPS) à l’Ultimate (frisbee en équipes), en passant par une sortie vélo pour favoriser et encourager la mobilité responsable, ou encore par une initiation à la boxe pour gérer ses émotions en osant être combatif. C’est très agréable parce qu’on observe de vrais changements à mesure du parcours et les premiers surpris sont souvent les participants que ça rend d’autant plus enthousiastes.

 

Les activités annexes nous permettent aussi de renforcer la cohésion d'équipe, parce qu’il est important de cultiver un vrai esprit de groupe. C’est ce qui permet aussi de limiter les abandons en milieu de parcours. Il arrive que certains jeunes se rendent compte très rapidement qu'ils veulent devenir développeur web alors quand la journée est dédiée au marketing digital, nous pourrions craindre un désintérêt et par conséquent une démotivation. C’est là que cette cohésion au sein du groupe est précieuse parce qu’ils se soutiennent et se donnent envie de poursuivre ce dispositif, d’autant plus s’ils sont entre copains. #FabrikTonParcours, au-delà d'une aventure professionnelle dans le cadre d'une formation, c'est aussi une aventure humaine.

 

Vous arrivez à toucher un public féminin ?  

Les femmes sont trop peu représentées dans les métiers du numérique. Nous n’atteignons pas encore notre objectif de parité dans les participants de #FabrikTonParcours malgré le fait que nous portions fort le message de l’appétence des entreprises à accueillir plus de femmes dans leurs équipes numériques. Cependant, notre discours semble porter ses fruits puisqu’il y a quelques jours, dans le cadre de la semaine des métiers du numérique à laquelle nous avons pris part avec Pôle emploi, nous avons eu le plaisir de constater que sur 39 demandeurs d’emploi venus découvrir les formations et filières du numérique à travers des ateliers que nous animions à l’école, 17 femmes étaient présentes. C’est très encourageant et nous allons continuer de communiquer afin qu’on cesse de croire que seuls les hommes ont leur place dans ces filières. C’est tout à fait faux, et il y a de beaux parcours à réaliser pour les femmes ayant de l’intérêt pour le numérique.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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Emilie Guérin Grazide est chargée de projet et conseillère en insertion à la mission locale du Libournais. La structure a mis en place le projet R’accord, lauréat du PIC RMPI (Repérer et Mobiliser les Publics Invisibles) dans la continuité du PIC « IN système »*.

 

Comment avez-vous élaboré le projet R’accord ?

Après l‘expérimentation « IN système », nous avions vraiment pris conscience que le repérage des jeunes demande énormément de temps et de présence sur le terrain, et que nous n’aurions pas, à nous seuls, cette capacité à se déployer sur tout notre territoire. Donc on s'est appuyés sur les structures et on a construit R’accord en partenariat.

 

Nous avons aussi réfléchi aux besoins des jeunes et aux solutions pour introduire de la fluidité et du suivi entre les différents acteurs qui gravitent autour de ce public. L’important, c’est de se tenir régulièrement informés entre nous. C'est déjà ce qu'on fait plus ou moins, mais là, nous y avons porté une attention particulière parce que ce sont des jeunes plus fragiles qui peuvent facilement décrocher.

 

Quels types de partenaires ?

Nous avons formé un consortium avec l’association Alter Ego pour la mobilité, « Le lien » pour le logement, « Les Cygnes de vie » à Castillon la bataille. Et deux partenaires qui ne sont pas membres du consortium, LEPI (Libournais Equipe Prévention Insertion), association de prévention, et Habitat Jeunes en Pays Libournais. Au fur et à mesure, se sont agrégés des partenaires auxquels on n’avait pas pensé dans un premier temps. Ainsi, nous travaillons depuis un an avec l’ADAV 33, l'association des gens du voyage. Notre démarche est très opportuniste, on est aussi en lien avec toutes les collectivités locales, et dès qu’un partenaire organise un événement ou des actions qui mobilisent potentiellement des jeunes, on essaie d'être présent, de proposer une animation, de se rendre visible.

 

Que comporte le projet ?

Opérationnellement, nous avons plusieurs axes de travail. Le premier consiste à conforter et renforcer le partenariat. Concrètement nous organisons des rencontres régulières avec nos partenaires et nous maintenons la proximité avec eux, de personne à personne, de professionnel à professionnel. Sinon, en pratique, environ une fois par mois, nous participons aux maraudes que font déjà les intervenants sur différents territoires. L'idée, c'est de pouvoir entrer en relation directe avec des jeunes, leur parler de la mission locale.

 

Quels sont les deux autres axes ?

Le deuxième axe de travail, c’est la mise en place de nouvelles modalités de repérage en allant au plus proche des lieux de vie des jeunes. Pour ça, nous avons créé des temps forts, par exemple une journée autour des questions de mobilité ou autour des jeux vidéo. Nous proposons des animations de présentation des métiers avec des casques de réalité virtuelle, on utilise des simulateurs de conduite pour donner envie aux jeunes de venir nous rencontrer. Notre objectif est de créer des événements pour nous rendre visibles, en utilisant des supports attractifs.

 

Notre troisième axe de travail vise à permettre aux jeunes de se remobiliser. Nous avons choisi la mobilité comme support. On leur propose, par exemple, de passer le code de la route, un prétexte pour leur donner envie d'entrer dans une dynamique d'insertion. Notre but caché, sans leur dire, c'est de travailler leur projet professionnel et de leur proposer ensuite d'aller sur un accompagnement. Avoir le permis, c’est un vrai facteur d’insertion professionnelle. Chez nous, la plupart des jeunes n'accèdent pas à la formation ou à l'emploi, principalement à cause des problèmes de mobilité.

 

Comment faire adhérer un jeune au principe d’un accompagnement ?

Il faut d’abord lever les difficultés qui relèvent de sa subsistance. Si sa première préoccupation est de savoir où il va dormir, ce qu’il va pouvoir manger, c'est sûr qu'il ne sera pas en capacité de s'engager dans l'accompagnement. Nous devons très rapidement mobiliser des aides financières en s’appuyant sur les dispositifs de droit commun, sur les associations caritatives pour l'aide alimentaire, et trouver des solutions de mobilité quand elles existent. R’accord a permis de financer des places sur un dispositif d'hébergement d'urgence, des colocations avec l’association Le lien, qui peut les accueillir pour une période de 3 à 6 mois, jusqu'à ce qu'ils trouvent une solution plus pérenne.

 

Quel est le public que vous visez ?

Notre cible, c'était les jeunes 16-25 ans qui ne nous connaissent pas, ou qui ne veulent plus venir à la mission locale. Mais on avait aussi envie de cibler les jeunes parents au RSA qui ont un peu de mal à se projeter dans des projets d'insertion professionnelle.

 

Au départ, nous avions pour objectif de toucher 100 jeunes. Par toucher, il ne faut pas forcément comprendre accompagnement. Un rendez-vous à la mission locale est déjà une réussite. Pour l’instant nous en sommes à une cinquantaine, mais nous avons une obligation de moyens, pas de résultats. Sur une de mes journées, si je reviens avec deux jeunes à suivre, c'est déjà énorme. On savait déjà que c’est un travail de fourmi qui demande beaucoup d'énergie pour des résultats très modestes. En plus, on se rend compte que plupart des jeunes de notre territoire connaissent la mission locale, sont déjà suivis par elle ou d’autres partenaires, ou ont été suivis par le passé. En fait, les vrais invisibles, il y en a très peu.

 

A la mission locale, qui participe à R’accord ?

R’accord est un projet d’équipe, même si nous avons un animateur recruté pour ce projet. Tous les conseillers sont partie prenante. Dans la mesure du possible, ils participent aux actions de maraude, parce que nous voulons rassurer au maximum le jeune et qu’il n’ait pas à raconter quinze fois son histoire.  Le principe est aussi de faire en sorte que son premier interlocuteur soit la personne qui va assurer son accompagnement.

 

Quel bilan tirez-vous de l’action?

L’intérêt et la plus-value qu'on voit dans ce projet ce sont les partenariats, ça nous incite vraiment à travailler en complémentarité. Cela nous oblige aussi à sortir de nos bureaux, à réfléchir à des manières d’évoluer pour mieux répondre aux attentes de la jeunesse, comment nous rendre attractifs. R’accord nous a poussés à rentrer dans cette réflexion et à sortir d'une logique institutionnelle, purement administrative. Pour les conseillers c’est un exercice qui s’apprend, ça nous demande de construire une nouvelle approche des jeunes. Pour la mission locale, l’enjeu de visibilité marche dans les deux sens.

 

 

* IN Système est le projet de 37 Missions Locales, porté en consortium par l’Association Régionale des Missions Locales de Nouvelle-Aquitaine, en 2020 et 2021. Il visait l’accompagnement vers le droit commun de jeunes particulièrement éloignés de l’insertion socioprofessionnelle 

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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