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May 31, 2:58 AM
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La mobilité dans toutes ses dimensions

La mobilité dans toutes ses dimensions | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Avant il y avait Ateliers Méca Deux Sèvres, une plateforme mobilité qui fonctionnait essentiellement autour d’un garage social. Fin 2023, Ateliers Méca est devenu Soligo 79. « Depuis plusieurs années, nous avons développé toute une gamme de services, » explique Juliette Leroy, directrice. « Notre idée était de modifier notre nom en enlevant le terme « mécanique » afin de mieux promouvoir la notion de plateforme mobilité dont l’objectif est de lever les freins à la mobilité pour faciliter l'accès à l'emploi ou à la formation. Son principe est de regrouper en un même lieu tout un panel de solutions pour parvenir à lever ces freins. »

 

L’organisme niortais est un précurseur dans le domaine de la mobilité. Il emploie un chargé de mission dont la fonction est de coordonner toutes les plateformes mobilité du territoire créées au fil des années, certaines avec l’accompagnement d’Atelier Méca. Aujourd’hui Soligo 79 comporte toujours un garage solidaire qui s’occupe de l'entretien et la réparation toutes marques. Sa vocation est double. D’abord proposer des tarifs adaptés aux clients en difficulté financière, orientés sur prescription des partenaires sociaux. Ensuite, d’être un chantier d’insertion qui emploie une dizaine de salariés, encadrés par des professionnels. Les salariés en insertion peuvent y apprendre les métiers de la mécanique s’ils le souhaitent, ou être accompagnés vers un autre emploi qui leur correspond.

 

La structure a également développé, depuis deux ans, la collecte et la réparation de vélos. Son principe est de récupérer les cycles en partance pour la benne, et de les remettre en état avant de les revendre avec un tarif solidaire et un tarif tout public. Si cette activité reste encore un peu à la marge, elle fait déjà pleinement partie des solutions de mobilité proposées. « Nous sommes là pour conseiller les personnes, pour rendre un service et pas pour vendre un service. Il n’est jamais question de vente forcée, mais plutôt de tout faire pour limiter les coûts. Les mécaniciens font le tour du véhicule, établissent les priorités, échelonnent les réparations pour que ce ne soit pas trop coûteux. »

 

La mobilité, ça s'apprend

 

Autre activité de Soligo, le conseil à l'achat de véhicules d'occasion. Certaines personnes se présentent au garage avec des véhicules trop endommagés. Plutôt que d’envisager de très grosses réparations, elles sont alors orientées vers un projet d'achat de véhicule adapté à leurs besoins. C’est tout un accompagnement pédagogique qui leur est proposé, un véritable diagnostic au cours duquel on leur parle du véritable budget que représente un véhicule, des pistes de financement et de micro-crédit adaptées à leur situation. L’association entend également lutter contre les fraudes à l'achat de véhicules d'occasion. Aujourd’hui, trop de publics précaires acquièrent des véhicules trafiqués, sans contrôle technique, dans lesquels ils engloutissent leurs économies.

 

Soligo fait également de la location de véhicules, toujours destinée aux personnes rencontrant des difficultés dans leurs démarches de recherche d'emploi. Voiture, scooter, ou encore vélo à assistance électrique, la location inclut l’assurance ainsi qu’un volet pédagogique de prise en main du véhicule. Seule condition pour bénéficier d’une voiture, entrer une formation, avoir un contrat de travail ou une promesse de contrat. « Sur la location on est sur du temporaire. Nous sommes obligés de restreindre, parce que nous n’avons pas assez de véhicules pour tout le monde. Pendant les 3 à 6 mois de la location, on accompagne la personne sur le service conseil en mobilité pour que, à l’issue, elle ne se retrouve pas sans solution. Aucune obligation, mais on insiste vraiment sur cet accompagnement. »

 

Le parc de Soligo est constitué de 26 véhicules, il inclut depuis quelque temps 6 voitures sans permis. Ils ont été achetés à petit prix à des garages ou à des particuliers, remis en état par les salariés en insertion. « Nous faisons partie du réseau Agil'ess. On répond aussi régulièrement à des appels à projets de fondations. En ce qui concerne les dons on travaille avec une autre association reconnue d'intérêt général qui s'appelle la PRAM, plateforme régionale d'accès à la mobilité. Elle compte 5 garages solidaires sur le territoire de l’ex Poitou-Charentes. Son rôle est de collecter des véhicules auprès de particuliers ou de grands comptes, de les faire remettre en état par les garages solidaires adhérents de l'association et de les revendre à bas prix à nos bénéficiaires. Mais ces voitures n’ont pas vocation à être louées. »

 

« Nous avons aussi une auto-école sociale. Comme nous ne disposons pas de l'agrément auto-école, nous travaillons avec un prestataire, l'automobile club des Deux-Sèvres. Son principe est d’accompagner les personnes jusqu'au l’obtention du permis. Elles en ont besoin parce que c'est un examen, avec un code difficile à comprendre. Le vocabulaire utilisé, ses nuances, ne sont pas évidents pour tout le monde. »

 

Côté public, l’association a connu une forte augmentation du nombre de jeunes de moins de 26 ans. 90% des bénéficiaires ont un niveau d'étude infra bac, le plus souvent CAP-BEP. Selon une étude menée par le réseau Agil’ess, près de 80% des bénéficiaires des plateformes mobilité sont dans des situations professionnelles qualifiée de précaires, des emplois temporaires, en horaires décalés, etc. Ils sont 80% à déclarer que le manque de mobilité est le frein principal à leur insertion et la cause de leur précarité professionnelle. Cela est confirmé par des chiffres nationaux puisque qu’un Français sur 3, un sur 2 en situation de précarité, a déjà refusé une offre d'emploi faute de solution de mobilité pour s'y rendre.

 

Cause et conséquence

 

L’absence de mobilité et les difficultés d’insertion sont clairement liées, particulièrement pour ceux qui habitent en dehors des grandes agglomérations, des zones peu ou pas desservies. Le vélo, le covoiturage, les transports collectifs, ne sont pas des solutions adaptées pour la plupart de ces personnes, notamment à cause des contraintes horaires. En réalité, aujourd'hui la plupart des Français ne peuvent pas se passer de voiture. Sauf les résidents des territoires urbains, qui disposent de solutions assez faciles d’accès, comme le vélo à assistance électrique ou le scooter électrique, solutions peu onéreuses et écologiques que la ville de Niort a développé avec son service Tanlib. « C'est là qu’intervient notre conseil en mobilité, qui connaît cependant des limites. Par exemple, le vélo reste peu utilisé. Notre impression c'est que la voiture reste un marqueur social. Pour nos publics en difficulté, réussir à posséder une voiture, c'est passer un cap. C’est très dur de faire évoluer les mentalités. »

 

Les entreprises partagent le constat selon lequel il est difficile de recruter en raison du manque de mobilité des gens, et que le covoiturage n’est pas une réponse durable. Pour autant, elles sont difficiles à mobiliser. Une des solutions qui leur est proposés consiste à mettre des véhicules à disposition des salariés les premiers mois de leur intégration, le temps qu’ils trouvent d'autres moyens de se déplacer. Cette approche somme toute assez simple, serait susceptible de sécuriser les emplois et d’attirer un public plus large. Mais elle repose sur la volonté des employeurs.

 

Depuis deux ans, l’association mène une expérimentation qui consiste à intégrer le conseil en mobilité au sein des formations d’Assistant De Vie aux Familles (ADVF) en partenariat avec l’AFPA. Encore trop de personnes formées à ce métier en tension ne sont pas employables parce qu'elles ne disposent pas de moyens de mobilité.  Avec cette action, elles bénéficient de séances d’information collective, d’entretiens individuels en tout au long de leur parcours de formation professionnelle, afin de leur trouver des solutions adaptées. La démarche est reconnue par les employeurs qui sont plus enclins à recruter lorsqu’ils savent que le problème de mobilité est temporaire et que cette question est réellement prise en compte.

 

Pour le futur, Soligo 79 voudrait également ouvrir une vélo-école, dans le but de convaincre les personnes de recourir à ce mode simple, écologique et économique. « Je pense qu’on ne fait pas assez d'actions autour du vélo. Beaucoup de gens pourraient l’utiliser, mais ne savent pas en faire. Si on les accompagne, qu’on leur apprend, ils s'y mettront volontiers. »

 

Aujourd’hui, la priorité de l’association est de maintenir son éventail de services. Elle veut également développer sa flotte de véhicules en location, passer à une trentaine, pour répondre à des besoins urgents. En l’état elle ne peut pas répondre à toutes les demandes. Une loi récente autorise désormais les structures à récupérer les véhicules peu polluants éligibles à la prime à la conversion, pour en faire bénéficier les personnes en situation de vulnérabilité économique ou sociale. Les modalités exactes ne sont pas encore connues, mais elles ouvrent des perspectives intéressantes.

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March 28, 5:10 AM
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La voie du micro

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Le Rocher de Palmer est une salle de spectacle située à Cenon. Elle est labellisée Scène de Musiques Actuelles (SMAC) et développe des actions sur la métropole Bordelaise. Parmi elles, le projet OPUS, financé par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation » et soutenu par le Fonds Social Européen. François Friquet, responsable des dispositifs d’accompagnement, est chargé de son suivi

 

En quoi consiste Opus ?

C’est d’abord le prolongement d’un dispositif existant. Voilà 10 ans que nous développons une action qui s'appelle « le forum du rocher », deux sessions par an de formations gratuites de 2 mois, avec des intervenants professionnels, sur la découverte des outils numériques, la photo, la vidéo, le graphisme, le web. Pour nous c’est un prétexte pour remettre des personnes sur des rails, leur montrer qu’autour des métiers artistiques, il y en a plein d’autres qui gravitent. Le forum s’adresse à des jeunes ou moins jeunes, prioritairement des habitants des quartiers prioritaires de la ville puisque le rocher de Palmer est situé dans un QPV.

 

Notre idée était de revenir aux fondamentaux, de partir des choses que nous savons faire, c’est-à-dire utiliser la musique, plus particulièrement le hip hop, comme outil de médiation et de rencontre de personnes qu'on ne croise pas par d'autres biais. C’est comme ça que le projet Opus est né. En parallèle de la formation, nous avons un espace de coworking ouvert aux habitants du quartier qui peuvent venir y travailler, quel que soit leur projet. Pas forcément développer une activité artistique ou culturelle, mais chercher un emploi, discuter avec d’autres gens, bénéficier gratuitement de formations courtes qu'on leur propose.

 

Dans quels termes le présentez-vous ?

Le pitch d'Opus, que nous avons voulu rendre le plus clair possible, c'est « identifier et mobiliser des jeunes par la culture hip-hop et les outils de communication numérique, dans le but de les accompagner vers l'emploi la formation et leurs projets professionnels. » Il se découpe en 5 étapes : identification, mobilisation, orientation, formation et accompagnement.

 

Comment avez-vous pensé l’action ? 

C’est surtout une action de remobilisation. Avant même la mobilisation, il y a une étape de rencontre avec les publics. Nous avons pris le parti de travailler dès le démarrage avec un artiste reconnu qui s'appelle DJ Vex. On l'implique dans toutes les dimensions du projet, le repérage, la formation, le volet insertion. Il est un peu notre porte d'entrée. Concrètement, en pied d'immeuble, c’est lui qui crée la connexion avec les jeunes, c'est vraiment un point important. On ne tient pas de discours particulier. On se présente aux jeunes, on prend contact, on les invite à venir au Rocher, on crée un lien de confiance. Dans un premier temps, on est surtout dans l'écoute. La formation, c’est l’étape d’après. L’idée n'est pas de dire aux jeunes que l’on croise qu’ils seront tous des futurs artistes. Pour nous, c'est un prétexte pour leur montrer qu’il y a plein de métiers autour du secteur culturel et artistique et pour tirer des fils, voir quelles sont leurs autres compétences, leurs autres envies.

 

Quel est le déroulement de la formation ?

Depuis maintenant deux ans, nous proposons deux sessions annuelles. Leur durée est de deux mois, à raison de cinq jours par semaine de 35 heures. Pour nous, c’est un travail constant de leur faire respecter des horaires, leur apprendre à travailler en groupe, à prendre la parole et donner leur avis en public. On leur parle aussi de l'intérêt de s'inscrire à la mission locale et à France Travail, même s’ils ne cherchent pas de boulot. En fonction de leur situation, on leur dit qu’ils peuvent faire une formation, un service civique ou un stage. On veut leur montrer le champ des possibles, qu'ils ne connaissent pas forcément. Les jeunes sortent avec un certificat de compétences, Ils ont un carnet pédagogique qui cible bien les objectifs de chaque module.

 

Vous n’êtes pas un acteur « naturel » de l’insertion, comment avez-vous procédé ?

Au démarrage il y a 10 ans, ce n’était pas évident de se connecter avec les missions locales, Pôle emploi, qui ne nous repéraient pas forcément comme un lieu ressource ou un opérateur de formation et d’accompagnement. Au bout de 4 ou 5 ans, grâce à ces prescripteurs, on touchait effectivement des personnes en décrochage issues des quartiers. Mais on n’accrochait pas celles qui ne sont pas, ou plus, dans les missions locales, voire ne sont plus dans les centres sociaux non plus, parce que ça ne colle pas pour plein de raisons.

 

 

Quel est le rôle de vos partenaires ?

Ils nous aident dans la phase d’identification, qui peut être très chronophage. Notre but ce n’est pas de faire à leur place le travail des structures de proximité, les associations, le centre social, qui sont actifs dans les quartiers. On est plutôt co-organisateur.

 

Une des autres clés, c'est le temps long. Les choses mettent du temps à se faire. De plus, il nous faut essayer d'éviter, dans la mesure du possible, de faire du quantitatif et d'être dans un temps plus individuel. On ne peut pas accompagner 40 personnes à la fois, c'est impossible. Cependant, on peut en accompagner 40 ou 50 sur l'année si on prend le temps et qu'on s’adapte au rythme de chacun.

 

Selon vous, que faudrait-il améliorer dans le rapport avec ces publics ?

Avec dix années d'expérience, on commence à être un peu plus aguerris sur ces questions d'accompagnement. Aujourd’hui, on est acteur culturel, mais aussi un acteur social et un acteur de l'insertion. Pour nous, le levier c’est de faire évoluer les compétences transverses. L’approche culturelle et artistique a toute sa place pour apporter des solutions. Notre approche, c’est de se dire comment, depuis notre place, nous pouvons contribuer à ce que des personnes soient accompagnées, aient suffisamment confiance en elles pour valoriser et développer leurs compétences. Je crois que c'est ça qui est le plus important dans notre projet, peu importe que l’on passe par la musique, le théâtre, l’insertion ou la formation.

 

*   *   *   *   *

 

Le projet Opus a essaimé à d’autres lieux en Nouvelle-Aquitaine, le caféMusic' à Mont-de-Marsan et l’Ampli à Billère, près de Pau. Le plus récent est la Sirène, L’Espace Musiques Actuelles de l’Agglomération de La Rochelle dont Sandrine Brenans est la médiatrice culturelle.

 

A la Sirène, nous avons officiellement démarré le projet opus le 1er décembre 2023, sur les 3 QPV et les zones rurales à revitaliser de l’agglomération rochelaise. Avec la même approche que celle du Rocher de Palmer, c’est-à-dire un repérage en pied d'immeuble, une phase d'identification, de mobilisation etc. L’année dernière, le plus gros travail a été de tisser un réseau. Le jour du lancement, une cinquantaine de partenaires étaient présents, des acteurs publics, culturels, sociaux. C’était l’occasion de leur dire que sans eux, nous étions incapables de monter ce projet. Je pense que ce discours leur a plu, ça se fait en belle énergie, en toute confiance, chacun restant dans son rôle. On s’est rendu compte que les acteurs locaux sont vraiment dans l'attente qu'on propose des actions, qu'on les soutienne sur le montage de projets. Sur les QPV, certains nous soutiennent et ont envie de faire des choses, peut être en essayant de croiser les 3 quartiers.

 

Avec les jeunes, nous essayons de comprendre où ils en sont, quelles sont leurs compétences, pourquoi ça a bloqué dans leur vie, dans leur parcours scolaire, dans leur vie professionnelle, puisque certains ont déjà eu quelques expériences. La question c'est vraiment comment peut-on les aider, avec de la formation ou un accompagnement ? Ceux qui veulent s'orienter dans la musique, on peut leur faire rencontrer des gens. L’idée c'est qu'ils puissent continuer à nous contacter, de disposer ici d’un lieu où ils peuvent trouver des ressources.  

 

La volonté de la direction était aussi d'accueillir des « open mics » (ou scènes ouvertes) à la Sirène pour que les jeunes prennent l'habitude de rencontrer le lieu. Puis d’en organiser dans les quartiers. On en a organisé un avec le soutien du Rocher de Palmer et de DJ Vex, qui nous font profiter de leurs retours d'expérience. Nous avons aussi des ateliers d’une semaine où une dizaine de jeunes travaillent sur un clip, de la vidéo, du traitement photo, un site web, etc. Ils rencontrent tous les midis une personne de l’organisme de formation Insup qui vient parler avec eux d'insertion et de formation. Ensuite, des stagiaires de l'équipe partent en formation numérique au rocher de Palmer pendant deux mois.  Notre projet à terme, c’est d’avoir notre propre cycle, peut-être en 2025.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

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March 14, 5:21 AM
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De l'insertion dans les métiers des services à la personne

De l'insertion dans les métiers des services à la personne | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Form’Aqui est un centre de formation basé à Bruges depuis 2017, dont Julien Castang est le directeur. Il intervient dans le champ des métiers des services à la personne. Il a été financé par le Fonds Régional d’Innovation dans la Formation (FRIF) pour son projet baptisé « valoriser et pérenniser les actions pour l'emploi dans le service à la personne par le maintien de la dynamique partenariale ». 

 

D’où vient votre projet ?

Depuis plusieurs années, nous faisons partie d’un groupe de travail sur les métiers des services à la personne et de l'aide à domicile, notamment composé des prescripteurs et de quelques employeurs, sur un territoire qui inclut les communes du nord de Bordeaux jusqu'à Mérignac. Dans ce cadre, nous avons été sollicités pour monter des chantiers formation insertion (CFI), qu’on a baptisé « trouver sa voie dans un métier local et solidaire », pour les publics éloignés de ces emplois et/ou bénéficiaires du RSA.

 

Les deux premiers ont été concluants, et pour le 3e, nous avions un objectif un peu plus ambitieux, faire pareil en moins de temps. Nous voulions aussi intégrer beaucoup plus de numérique. Il fallait qu'on change un peu les habitudes, que l’on prépare un nouveau planning, un nouveau déroulé, en impliquant les prescripteurs en amont et les employeurs pendant, et après, l'action de formation. C’est à ce moment-là que la Région Nouvelle-Aquitaine nous a parlé du FRIF.

 

Vos actions concernaient des métiers en particulier ? 

Les chantiers portaient sur le titre professionnel d'assistant de vie aux familles (ADVF), avec un programme adapté à un public très éloigné de l'emploi, confronté à des freins périphériques. C’était un ADVF classique avec une très forte proximité et un accompagnement socioprofessionnel en tripartite, avec le référent et le financeur. Ce qui avait plu à notre groupe de travail c'est que mon équipe issue du terrain est en CDI, donc stable. Ce qui fait qu’un stagiaire a le même responsable, le même référent, le même accompagnant du début à la fin. Pour nous, en termes de gestion et de communication c’est aussi bien plus facile d’être dans une équipe stable.

 

Sur la 3e action, on est parti sur un temps plus court, 470 heures au lieu de 760. L'idée c'était de diminuer la partie technique pour y rajouter beaucoup de mobilité, de théâtre, toutes ces actions qui permettent de reprendre confiance en soi. Puisque les stagiaires ne faisaient pas l’ensemble du titre, les employeurs étaient inquiets de leur niveau de compétence sur le terrain. De leur côté, les prescripteurs ne comprenaient pas s’il s’agissait d’une action de remobilisation, ou de pré qualification. On a eu besoin de recréer une dynamique, de leur présenter le projet et de les convaincre. C’est ce que le FRIF a permis.

 

Vous avez fixé des prérequis pour les stagiaires ?

Pas de prérequis sauf un casier vierge, la capacité de travailler, etc. Il faut juste que la personne ait envie. On lui présente les modalités, et si elle accepte, on lui fait confiance. Ensuite c'est à elle de montrer qu’on ne s’est pas trompé. Si elle ne maîtrise pas le français à l'écrit ou à l'oral, je la fais évaluer par mon collègue du FLE qui me signale ce dont elle aurait besoin.

 

Ce n’est pas au public d’avoir la capacité de faire une formation, c'est à l’organisme de lui rendre accessible. La seule chose que le public doit faire, c'est de suivre la formation et passer l'examen. Pour le reste c'est à nous de lui faciliter la vie, de le préparer à réussir l’entrée en emploi. Le titre pro est facile à travailler, il est bien cloisonné, on peut décider de ne viser qu’un CCP, ou la moitié d'un. Donc on est sur ce besoin qui va au-delà du titre. L'idée c'est de mobiliser le public par des actions de remobilisation. Et là, ça fonctionne.

 

Comment avez-vous commencé l’action ?  

On a débuté en janvier 2023 avec 6 stagiaires, l’objectif étant d’en accueillir 15 en tout. Nous avons découpé le contenu en modules, avec des fils rouges qui peuvent être, par exemple, le théâtre ou une action spécifique sur la mobilité. Sur ce titre pro, j’ai 7 entrées possibles. C’était un pari financier en ce sens qu’il ne faut pas craindre de mobiliser beaucoup au début, les formateurs, les salles, même quand on n’a pas le compte de stagiaires. Qu’il y en ait 5 ou 15, c’est finalement presque le même coût. Même s’ils ne sont que 5 au début, ils ont droit à leur entrée et à la même qualité que s’ils sont 15. Nous sommes en entrées sorties permanentes, un formateur supplémentaire assure la rentrée pendant que les autres sont en cours. Puis on crée le lien entre les nouveaux et les anciens, en utilisant le théâtre par exemple. Les sorties c'est pareil, il suffit juste d'accompagner et de suivre sachant que nous visons soit l'emploi, soit la poursuite de parcours.

 

Quelle organisation avez-vous choisie pour ce public ?  

C’est la partie la plus facile. On s’adapte. S’ils ne peuvent pas être là à 09h00, on commence à 09h30. S’ils doivent aller chercher leurs enfants à l’école à 16h30, on termine à 16h00. Nous ne faisons pas cours le mercredi. Sur les CFI on faisait 09h30-16h30 par exemple. En plus la journée commence avec un petit déjeuner, un moment sympathique. Le plus difficile c'est vraiment l'employeur derrière, parce que lui va avoir besoin de les faire travailler en soirée, avant 9 h, le week-end, etc. La vraie plus-value de nos actions de formation sur ces publics n'est pas de les faire venir, ça on sait faire. C'est vraiment de les accompagner à l'emploi. Pendant le temps de formation, on travaille avec la personne pour qu'elle puisse s'organiser, parce que se libérer du temps est souvent une question d'organisation.

 

Comment abordez-vous la question des freins périphériques ?

Pour la mobilité, nous avons créé notre auto-école sociale et solidaire « Mobincub », en partie financée par nos actions de formation, avec 2 moniteurs sensibilisés au public demandeur d’emploi, FLE, etc. Nous avons des taux de réussite excellents. Le stagiaire ne paye parfois rien du tout car Mobincub possède la certification Qualiopi, donc il peut utiliser son CPF quand il en a.  Il y a aussi le problème de la garde d'enfant, pour lequel nous sommes en train de mettre en place une solution avec un de nos partenaires. Le centre participera financièrement pour permettre aux stagiaires de venir en formation ou d’aller travailler.

 

Autre frein, celui des repas. Depuis 4 ans maintenant nous offrons le petit déjeuner, et on constate que certains n’ont pas de quoi déjeuner. Nous sommes trop petits pour avoir une cantine, donc nous venons de créer une autre entreprise, de livraison de plats. Ainsi nous pouvons proposer des repas sains et équilibrés à 12€, avec 3€ à la charge du stagiaire.

 

Enfin, nous avons une accompagnatrice socioprofessionnelle à temps plein à Form’aqui permettant de suivre les personnes, en lien avec les prescripteurs, dont le besoin est identifié en amont ou durant la formation. C’est un vrai plus, Delphine Kra est notre ASP dédiée à cette mission.

 

Quel est le rôle des employeurs ? 

Tous les employeurs avec qui nous travaillons ont signé une charte avec Form’Aqui, dans laquelle ils s’engagent à accueillir des personnes même s’ils ne peuvent peut-être pas travailler le weekend ou le soir. Pour que ça marche, il faut les accompagner et les former. Mais aussi leur ouvrir le centre et leur donner la possibilité d’utiliser l’outil RH que nous sommes finalement. Chaque semaine, j'ai 2 ou 3 employeurs qui viennent ici parce qu’ils ont besoin de rencontrer le groupe. Il faut recréer ce lien là avec le public, avec leur manager…

 

Nous, les employeurs et moi-même, regrettons qu’ailleurs la plupart du temps sur ces actions là les employeurs ne soient pas suffisamment associés. C’est quand même eux qui signent le contrat de travail à la fin. Notre réseau compte un peu plus de 110 structures employeurs. C’est ce qui fait notre force, nous sommes connectés à l'emploi, je ne pense pas qu'on puisse avoir faux.

 

Vous leur demandez de s’engager sur quoi ?

Nous attendons d’eux qu’ils s’engagent pour de bon, pas de faire des promesses. Les formatrices et formateurs sont préparés à diagnostiquer le bon employeur pour le bon stagiaire, et à créer entre eux un lien de confiance dès la formation. C’est par exemple important qu’il y ait un véritable tutorat. Je leur demande aussi qu’ils s'engagent à rencontrer le groupe pendant les cours, parce qu'en fait nous constatons que les stagiaires ont une représentation un peu déformée, idéalisée, des employeurs. C’est important de pouvoir démystifier ça, par la présence, par l'accompagnement. Parce qu’au bout, il y a tout de même un être humain qui s’engage dans une nouvelle aventure, ce n’est pas anodin.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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Mécanique au féminin, l'outil AFEST

Mécanique au féminin, l'outil AFEST | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

EVOLPRO est un laboratoire d’innovation sociale pas comme les autres, ne serait-ce que parce qu’il ne se positionne pas dans le champ concurrentiel. Son crédo est le développement du pouvoir d'agir, l'éducation populaire, l’accès de tous aux dispositifs de droit commun. « Notre cœur d'activité, c'est d'accompagner les professionnels, tous les acteurs dont l'activité a un impact sur d'autres, » précise Olivier Chabot, secrétaire général d’EVOLPRO. « Parmi eux, il y a les structures d'insertion, les organismes de formation, les métiers du conseil et de l'accompagnement, les métiers du sport, le métier du soin, les syndicalistes, les ressources humaines. »

 

C’est dans ce cadre que l’organisme a été contacté en 2023 par une structure d’insertion, Apreva 47, qui envisageait de mettre en place une Action de Formation en Situation de Travail (AFEST) au sein d’un de ses garages solidaires. Avec dans l’idée de développer la mixité, d’accueillir des femmes dans un milieu très masculin, celui de la mécanique. La réponse d’EVOLPRO, architecte de cette action, s’est faite à plusieurs niveaux. D’abord sur le principe de démontrer que tout est possible avec un accompagnement de qualité.

 

Et puisque le garage solidaire est situé en QPV, l’action s’adresse à des femmes issues de ces quartiers. Ce sera l’occasion de sensibiliser le garage à la question de la neutralité de genre. De plus, comme le métier évolue avec les enjeux de transition énergétique, ce sujet sera également pris en compte. « Notre plus-value, elle est là-dessus. Cette vision holistique des choses, très large. On ne s’enferme pas dans une catégorie, dans une case comme c’est trop souvent le cas. »

 

Parier sur un potentiel

 

EVOLPRO travaille étroitement avec le GPV rive droite dans le cadre de la cité de l'emploi, à Bassens, Cenon, Floirac et Lormont où est situé le garage. Aller chercher des femmes issues des QPV pour les accompagner dans une structure d'insertion, c’est une façon de démontrer le potentiel des habitants et des habitantes de ces territoires. « On ne peut pas réduire les gens à des catégories et à des cases liées aux politiques de la ville. On ne nie pas les difficultés, au contraire. On a affaire à des personnes qui ont des parcours singuliers, qu’il faut prendre en compte à partir de leur potentialité. »

 

La formation baptisée « Femmes et mécanique » se déroulera entre début mars et début juillet. Elle mobilisera un groupe d’une dizaine de femmes qui rencontrent des obstacles en matière de mobilité et de garde d’enfants. Leur profil, être demandeuse d'emploi de longue durée issues des QPV de la métropole de Bordeaux, savoir s’exprimer et comprendre oralement le français, idéalement être titulaire du permis B, ne pas avoir de contre-indication médicale liées aux métiers de la mécanique, être disponible, volontaire et capable de s’engager dans une action collective. Le système sera adapté à leurs besoins et contraintes.

 

« Nous ne sommes pas des consultants, ce qui nous intéresse c'est vraiment de faire bouger les choses. Il faut expérimenter de nouvelles pratiques, de nouvelles façons de penser le monde. On s'est beaucoup intéressé aux tiers lieux, qui défendent une façon de travailler autrement. Nous, on défend une façon d'accompagner autrement, pour démontrer que d'autres modèles sont possibles. C’est pour ça que nous menons tous nos projets en partenariat, on essaie d'aller chercher des structures qui partagent nos valeurs, ce qui ne se résume pas à gagner de l'argent. »

 

La mise en place d’une AFEST réclame une ingénierie pédagogique très structurée. Son principal intérêt étant de faciliter des parcours, notamment pour des personnes éloignées de l'emploi à qui la formation peut faire peur. EVOLPRO aurait pu s'en tenir à simplement appliquer le référentiel de mécanicien polyvalent, mais il a décidé d’y intégrer la certification Cléa. « Il existe un enjeu autour de la lutte contre l'illettrisme, et dans la reprise de confiance en soi. Avec Cléa c’est l’assurance de sortir de l’action avec au moins un diplôme, d’identifier certaines difficultés comme la maitrise du français, le travail en équipe, la posture d'apprendre à apprendre, etc. C'est redonner de l'espoir et se projeter dans l’avenir. » 

 

« De manière globale, nous n’avons pas une vision adéquationniste de la formation. Les compétences ne sont pas juste un verre vide à remplir. Nous privilégions plutôt l’image du silex sur un fétu de paille. Je fais partir un feu, et après je souffle dessus. On commence par faire des étincelles, l'accompagnement consiste ensuite à entretenir ces feux. »

 

L’accompagnement concerne également les hommes qui travaillent déjà dans le garage, qui n’ont pas forcément l'habitude de côtoyer des femmes dans leur quotidien professionnel. Travailler sur la mixité dans un métier traditionnellement masculin est un chantier en soi, qui nécessite un acte volontariste. EVOLPRO a fait appel au CIDFF Gironde pour animer des ateliers de sensibilisation. De plus, lorsqu’il s’agit de convaincre un public de partir en formation, on multiplie les difficultés. « Le fait de découvrir un métier en l’apprenant dans une situation de travail, d’évoluer au quotidien dans un environnement de travail, optimise les chances de réussite. En même temps, ça permet de dédramatiser, de démystifier tout l'aspect formation. L’AFEST peut être sécurisante et facilitante justement parce qu’elle ne se déroule pas dans un organisme de formation. »

 

Un programme adapté 

 

Le programme « Femmes et mécanique » dure 14 semaines, à l’exception du mercredi. Il comprend une phase de découverte des métiers et l’apprentissage des compétences techniques nécessaires pour réaliser toutes les actions de préparation d’un véhicule, diagnostiquer une panne, être capable de communiquer en situation professionnelle auprès des fournisseurs, etc. S'agissant de Cléa, les sessions, animées par l’organisme Retravailler Sud-Ouest, seront délocalisées dans un organisme de formation, afin d’habituer progressivement les participantes à entrer dans un cadre de formation plus classique.

 

« Pour nous l’insertion, c’est vraiment accéder au droit commun, mais pas de force. Il y a deux façons de faire rentrer un cube dans un trou rond, soit on gomme les coins du cube et on en fait une boule, soit on agrandit le trou. Ce que nous voulons c’est arriver petit à petit à ce que la formation s'adapte aux besoins des gens. Nous travaillons beaucoup sur la notion d'appétence, qu’il nous semble importante à valoriser. Mais on ne veut pas se limiter à la projection vers un métier, on veut ouvrir les possibles. Quelqu’un qui vient faire cette formation peut reprendre confiance, retrouver de l’espoir en l’avenir personnel et professionnel, valoriser des compétences sur son CV, etc. »

 

A l’issue de la formation, les participantes pourront envisager de continuer sur un parcours d'insertion, de formation, ou un emploi dans les métiers où les connaissances et compétences en mécanique peuvent être un plus, comme le transport ou la livraison. Plus largement, l’objectif est de leur donner les moyens de reprendre leur vie en main.

 

« Au-delà du modèle économique, nous voulons absolument démarrer l’action. Même s'il n’y avait que 2 ou 3 candidates, si ça répond à des appétences, que ça permet de redonner de l'espoir, il faut y aller. Notre ambition est de changer le monde. Mais on sait qu'on ne va pas le changer comme ça, que ça peut faire peur. Il faut s'autoriser à être utopique, sans être arrogant. On est plus nombreux qu’on le croit à partager cette approche mais, souvent, le système impose aux opérateurs de faire les choses chacun de leur côté. »

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January 18, 8:34 AM
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Des envies aux projets

Des envies aux projets | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Le CPA Lathus est un Centre de Plein Air et de formations situé à Lathus-Saint-Rémy (Sud Vienne). Parmi ses nombreuses activités, il propose le dispositif « Osez, lancez-vous », dont Alice Polo est la coordinatrice. « Osez, lancez-vous » a été retenu fin 2022 par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation. »

 

Pouvez-vous nous présenter votre action ?

« Osez, lancez-vous » est le prolongement de l’action « dynamisons les résignés ruraux » (voir notre article du 25 novembre 2021 https://sco.lt/7eJR1U), qui était déjà une aide pour sortir de l'isolement et aller vers l'emploi, destinée à des personnes qui ont besoin d'un accompagnement spécifique avant d'intégrer un emploi. On a souhaité garder le même cap en faisant des améliorations sur certains axes, notamment la mobilité et la santé, pour que ça corresponde au mieux au public espéré. Nous avons aussi souhaité faire plus d’accompagnements individuels. Pour Osez lancez-vous, on est sur une logique progressive. Comme les personnes avaient du mal à reprendre un rythme très important dès le début de l’action, on est parti sur le principe de 5 semaines à 2 jours de présence, puis 5 semaines à 3 jours, enfin 5 semaines à 4 jours.

 

Quel est son objet ?

Pendant environ 3 mois, l’idée est d'appréhender et d’explorer les acteurs du territoire, dans les domaines de la santé, de la mobilité, du travail. C’est aussi créer des projets comme intégrer une association (par exemple un club de couture, de sport…), ou se lancer dans une formation, voire rejoindre un chantier d'insertion pour ceux qui sont prêts à reprendre petit à petit une activité. Le tout est fait de manière très progressive, pour avoir le temps de réaliser ces projets. Et surtout l’équipe vise l’individualisation de chaque parcours.

 

Quel est votre public ?

Le public très large, de 16 à 67 ans. Ce sont des personnes très isolées et très éloignées de l'emploi et de la formation, notamment à cause du Covid. On a aussi un public qui a connu des traumatismes importants (violences conjugales, harcèlement, etc.) ou qui souffrent de certaines phobies sociales, la peur de foule, des troubles psychologiques, et qui n'arrivent pas à vivre en collectif.

 

Avec les réformes des retraites, des personnes ont besoin d’échanger ou de travailler encore quelques semestres, ne serait-ce que pour toucher une retraite convenable. À partir de 16 ans, on touche des décrocheurs qui ne peuvent pas, ou ne veulent absolument pas, retourner dans le système scolaire. Nous essayons de leur redonner l'envie de se réinsérer professionnellement et socialement. Géographiquement, ce sont des personnes de la Communauté de Communes Vienne et Gartempe (CCVG).

 

Comment trouvez-vous vos participants ?

Des personnes candidatent sur notre chantier d’insertion pour travailler, mais lors du premier entretien nous constatons qu’elles ne sont pas encore prêtes, donc nous leur proposons ce dispositif. Nous avons également nos partenaires (la mission locale Centre et Sud Vienne, Pôle Emploi de Montmorillon, Le Centre d’Information et d’Orientation), qui nous orientent des personnes pour les positionner sur l’action. Et le bouche-à-oreille fonctionne bien. Mais la plupart du temps c’est notre service qui trouve les personnes, par la pratique de ces différentes activités, des ateliers sur les savoirs de base par exemple.

 

Comment vous leur présentez l’action ?

La première question c'est, de quoi avez-vous envie ? Puis quels sont vos besoins ? Le plus souvent la réponse est la suivante : je veux retrouver une vie sociale, une vie professionnelle. Je leur décris le dispositif, leur explique que tout sera basé sur leurs besoins. Ça donne une projection positive de la suite. Mais je n’utilise pas de discours type. Tenir le même discours pour toutes les personnes ça aurait moins d'effet parce que les traumatismes, les causes d'isolement, les vécus ne sont pas les mêmes. En tout cas j’écoute, et après j’adapte mon discours.

 

Comment sont vos groupes ?   

On aurait aimé accueillir 16 personnes sur nos deux sessions, on est un peu en deçà de ce qu'on avait visé. On a une grande mixité en âge. Ça favorise énormément les échanges et les partages d’expériences. Du coup, les savoir-faire et les expériences de chacun sont valorisés. C’est très important qu'ils s'écoutent sans se juger. Les plus âgés sont poussés à apporter leur expérience aux plus jeunes, et inversement on attend d’un jeune de 18 ans qu’il aide les plus âgés à utiliser les réseaux sociaux par exemple.

 

Quelle est globalement votre approche ?

On met un point d’honneur à ce que ça ne soit pas scolaire, parce que c’est souvent ça qui fait peur. On essaie de ne pas rester enfermés dans une salle. Nous proposons des activités variées, motivantes et enrichissantes. Les bénéficiaires pratiquent des activités sportives comme l’escalade (pour vaincre des peurs et apporter de l’aide à l’autre) ou d’aller visiter un musée. En fait, sans s’en rendre compte, les personnes reprennent confiance en eux et travaillent sur leur employabilité. Elles vont s’apercevoir qu’elles sont capables de réaliser telle ou telle chose, d’échanger avec la personne qui leur a organisé la visite, de poser des questions, de s’intéresser.

 

Le premier module de 5 semaines est basée sur la découverte du groupe, sur les prémices des différents projets individuels et collectifs et sur la confiance en soi principalement. Pour le deuxième, on va plutôt être sur des activités d'expression c'est-à-dire oser parler et écrire, et sur les visites nécessaires, (par exemple à l’AFPA ou dans d’autres organismes de formation). Le dernier module est consacré aux immersions parce que les personnes sont un peu plus capables d'appeler ou de démarcher elles-mêmes. On organise différentes visites, à la CCVG, à la Maison Départementale des Solidarités, au CCAS, au tribunal, dans des associations socio-culturelles comme les MJC… Tout simplement pour leur faire découvrir ce qui les entoure.

 

À quel moment commencez-vous à parler de projet professionnel ?

On n'a aucun tabou, on en parle dès le début. Mais le mot professionnel fait peur, c'est certain. On est très transparent en leur disant que l'objectif de ce dispositif c'est d’abord de faire naître un projet, qu'il soit professionnel ou pas. L’idée c'est de dédramatiser, d'expliquer qu’on peut avoir plusieurs projets professionnels dans une vie, qu’on peut en changer. On l’aborde sous l’angle des appétences, des goûts de chaque personne. Est-ce que j'aime les animaux ? Est-ce que j'aime travailler avec mes mains ? Faire de la peinture ou plutôt du bois ? En fait, on cherche à dégager un projet par le biais des envies des gens, sans qu’ils s’en rendent vraiment compte.

 

Que se passe-t-il à la fin des 4 mois ?

Notre objectif, c'est que la personne sorte en emploi, en formation ou qu’elle ait réalisé un des objectifs qu’elle s’était fixée. On ne veut pas se focaliser sur l’emploi ou la formation, parce qu'une personne peut simplement avoir comme but de reprendre une vie sociale, ça c’est aussi une sortie positive. Parfois, on a des sorties négatives, avec aucun objectif réalisé et des abandons. Dans ce cas, on essaye de maintenir quand même un contact assez régulier par téléphone, on réoriente vers un autre partenaire. On essaie en tout cas de ne pas les laisser seuls dans la nature. C’est la personne qui est actrice de sa vie.

 

Pour la suite, que faudrait-il améliorer selon vous ?

Nous rencontrons des difficultés à mobiliser des personnes qui auraient pourtant besoin de cet accompagnement. Il faudrait arriver à mettre tous les acteurs locaux ensemble pour aller les chercher, donc je dirais une mobilisation territoriale plus importante. On s’est amélioré, je pense qu'une fois qu'on aura réalisé les deux sessions (la dernière se termine en mars), on pourra faire un bilan un peu plus précis de ce qui a marché ou pas en fonction des types de personnalités et des activités proposées.

 

Pour nous, la thématique principale reste la reprise de confiance. C'est vraiment notre ligne de conduite et ce qu'on a envie de produire sur le territoire, tout en sachant qu'on a déjà au sein du CPA Lathus des actions très thématiques, notamment nos formations en animation. Avec « Osez, lancez-vous », on avait envie de cette ouverture qui laisse place à plein de possibilités. On y met ce qui nous semble pertinent pour les individus, c'est un choix de notre association d’éducation populaire.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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October 11, 2023 5:29 AM
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La voiture, vecteur de mobilité et de solidarité

La voiture, vecteur de mobilité et de solidarité | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

APREVA 47 est à la fois garage et loueur social. L’association fait de la location et de la réparation de véhicules pour toute personne vivant en dessous du seuil de pauvreté, dans le cadre d'un maintien ou retour à l'emploi. Pour 2 euros par jour, un bénéficiaire peut emprunter une voiture, assurance comprise et kilométrage illimité, pour se rendre sur son lieu de travail ou de formation. Il peut aussi l’utiliser pour tous ses besoins quotidiens, à l’exception d’éventuels départs en vacances.

 

« Nous sommes le premier loueur social de France » précise Thomas Pinet, directeur général. « Entre le Lot-et-Garonne et la Gironde, nous réalisons 30 000 journées de location par an, pour une centaine de véhicules qui sillonnent les départements quotidiennement. » Autre particularité, les véhicules, uniquement des voitures thermiques, qui constituent le parc disponible sont tous issus de dons. Dons faits par les entreprises comme ENEDIS au début, aujourd’hui plutôt par des particuliers, à raison d’une trentaine par an.  

 

Parmi ses projets, l’association, qui possède deux garages en Lot-et-Garonne (Aiguillon, Agen) et un en Gironde (Lormont), avait eu l’idée de créer des « unités mobiles de garage » pour aller au contact de la population, développer du « aller vers », offrir une solution de mécanique légère de proximité sur des territoires reculés. Trois unités ont été déployées dans les Quartiers Politique de la Ville du Libournais et de Bordeaux métropole.  

 

Mécanique à domicile

 

Dans la pratique, un mécanicien intervenait pour effectuer des réparations de mécanique légère « en pied d’immeuble » : échange de pneus, plaquettes, vidange, etc.  Mais il est très vite apparu que les besoins étaient beaucoup plus poussés. « En réalité, les publics les plus précaires, ne se rendent pas chez le garagiste pour faire une simple vidange. C’est qu’ils ont attendu, attendu, trop attendu, au point que leur véhicule a subi des dégâts parfois importants. Ils n’ont pas toujours la capacité à financer les réparations. »  

 

Problème, un mécanicien « volant » n'est pas équipé pour réaliser des opérations « lourdes » sur un parking ou dans un petit local improvisé. Avec un coût annuel de 40 000 euros par garage mobile, le modèle n’a pas été facile à mettre en place. Et pour en assurer la pérennité, il était impossible de se reposer uniquement sur la prestation mécanique. Seul moyen de le faire perdurer, que le salaire du mécanicien soit pris en charge à 100% par des aides publiques. Autrement dit, accepter que cet outil ait avant tout une vocation sociale.

 

Illustration des problèmes de financement, les devis gratuits étaient établis pour les personnes qui devaient ensuite prendre en charge le coût de l’intervention. Mais l’association s’est rendu compte qu’elle faisait beaucoup de diagnostics et peu de réparations sur les véhicules, tout simplement parce qu’il était ensuite moins cher de les faire réaliser par un ami ou une connaissance, au noir, plutôt que de les régler à l’association. « Nous avons pris le parti d'arrêter ces garages mobiles, et de réfléchir différemment, à une échelle plus raisonnable. D’autant que notre offre ne pouvait pas s’aligner économiquement sur les grandes surfaces automobiles, par exemple pour les vidanges. Aujourd’hui, nous sommes toujours sur le modèle du mécanicien mobile, mais qui se déplace pour faire de la prévention et de la pédagogie plutôt que de la réparation. »

 

La nouvelle approche consiste à travailler en amont des problématiques, au lieu d’intervenir pour réparer les dégâts, sur la base de trois grandes thématiques : l'entretien quotidien de son véhicule (usure des pneus, des plaquettes, niveau d'huile, etc.), les pièges à éviter quand j'achète mon véhicule, parce que les escroqueries sont nombreuses pour des véhicules proposés à 1 500 euros sans contrôle technique. Le troisième sujet est lié au projet de Zone à Faibles Emissions à Bordeaux. Il s’agit de faire de la prévention, afin d’éviter que des gens s'endettent en achetant une voiture qui ne pourra plus, à terme, circuler sur une grande partie de la métropole.

 

« Là où c'est toujours un peu compliqué, c'est que nos actions s'adressent à une minorité. Les solutions qu'il faudrait mettre en place ne sont financièrement pas rentables, par exemple des modes de transport en commun durables et pérennes. Dans nos territoires, la plupart des gens n’ont aucun moyen de mobilité à l'exception de la voiture. Nous devons apporter des solutions sur mesure, de la dentelle, mais elles engendrent quand même des coûts. Il faut arriver à jongler, trouver des équilibres en permanence. » 

 

L’accès aux services d’APREVA se fait sur prescription d’un acteur du social ou de l'emploi qui oriente les demandeurs sur le site Internet de l’association, que ce soit pour une location ou une réparation. Pour louer un véhicule, il faut produire un contrat de travail ou une convocation en formation, et un justificatif de ressources. Un outil de suivi permet de répertorier toutes les demandes, les prescripteurs, le profil des bénéficiaires, leur situation, etc. ce qui permet d’établir des statistiques précises. Prochaine étape, implémenter une enquête post location pour savoir comment les personnes auraient pu faire sans la location, afin de disposer d’une sorte d’observatoire de l’activité.

 

APREVA est également atelier et chantier d'insertion. Elle forme ainsi des personnes au métier de mécanicien. La volonté initiale était de créer le cercle plus vertueux possible. Quand une voiture est donnée à l’association, elle est retapée dans ses ateliers, par des personnes en cours de formation, sur un parcours de 2 ans en AFEST. Pour effectuer des périodes de mise en situation professionnelle, elles sont accueillies au sein d’un réseau de partenaires.

 

Pérenniser l'action 

 

L’association limite son parc à une centaine de véhicules, dans le but de sécuriser son renouvellement et de ne pas se mettre en difficulté. Car plus de véhicules, c’est aussi plus de personnel pour les gérer, sans la garantie que le flux de dons se maintienne. « Notre mission, avant même d'aider les gens, c'est de pouvoir se maintenir aussi longtemps que le besoin existe. Si nous aidons 2 000 personnes mais que dans 3 ans, nous mettons la clé sous la porte, cela voudrait dire que notre modèle n’est pas pérenne et efficace pour le territoire. Parfois il nous faut refuser des offres, n’accepter que ce que nous avons la capacité de traiter. »

 

Parmi les solutions envisageables, récupérer des voitures tout juste éligibles à la prime à la conversion, ce qui permettrait d’écarter les véhicules les plus polluants au profit de plus récents. Mais la législation ne le prévoit pas. Pourtant, cette formule présenterait plusieurs vertus, notamment en matière de sécurité routière et d’impact environnemental.

 

« Notre prochain projet consiste à devenir une entreprise d’insertion de « rétrofit », de transformation de véhicule thermique en électrique. Pour moi, l'électrique va être la fracture sociale de demain. Dans les groupes de concertation sur les ZFE, j’ai constaté que la dimension sociale était totalement exclue du débat. L’analyse est très froide et mathématique : les véhicules les plus polluants, c’est 3% du parc. Donc l’interdiction ne concernera que 3% d’utilisateurs, ce qui est considéré comme peu. » 

 

« J’ai rappelé que si les gens utilisent des voitures très polluantes ce n’est pas par militantisme anti écologique, mais leur en retirer l’usage revient à leur mettre la tête sous l’eau, alors qu’ils ont déjà des problématiques d’emploi, de logement, de santé, de malnutrition, etc. Si on veut un système plus solidaire, une société plus juste, il faut faire des compromis. Nos publics ne sont pas ceux qui polluent le plus, tout simplement parce qu’ils se déplacent moins. Mais le risque c’est qu’ils soient tout de même les plus pénalisés par les ZFE. »

 

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July 13, 2023 4:52 AM
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Prévenir le décrochage, raccrocher les décrocheurs

Prévenir le décrochage, raccrocher les décrocheurs | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’Union Pour l’Enfance est une association qui possède deux organismes sur les Deux-Sèvres, en charge de la protection de l’enfance. L’Union pour l’Enfance 79, constituée de plusieurs structures d'hébergement et de prise en charge de jeunes confiés soit par le juge, soit par les parents. Les « Ateliers Agapè », qui comprennent un plateau technique grâce auquel les jeunes sont accompagnés dans le cadre de l’action RAIDS, le réseau d'accrochage et d'insertion des Deux-Sèvres, financé par l’appel à projets régional « Appui aux parcours d’orientation. »

 

Ces ateliers existent depuis 1994. Ils ont été créés pour permettre à des jeunes issus de la protection de l'enfance, décrocheurs, de bénéficier de formations au sein d'ateliers professionnels. Initialement, seule l’activité « espaces verts » était présente. « Notre volonté était de proposer une prise en charge globale de jeunes qui nécessitaient une remobilisation sociale, scolaire, voire professionnelle, » précise Nadège Coillier, directrice des Ateliers Agapè. « Sachant que ces jeunes présentaient plusieurs problématiques, familiale, de posture d'élève, souvent d'addiction et de délinquance. Au début, c’étaient plutôt les départements autour des Deux-Sèvres qui nous les orientaient, afin de les éloigner de leur territoire d'origine. »

 

Après 2009, les ateliers ont pris de l’ampleur. Installés dans de nouveaux locaux, un ancien garage complètement transformé pour accueillir un restaurant et l’atelier professionnel espaces verts. Aujourd’hui, seul ce dernier subsiste. Deux moniteurs qualifiés encadrent des jeunes de 14 ans et plus pour, dans un premier temps, leur faire découvrir ce secteur professionnel au rythme de trois matinées par semaine, sans objectif de production. Ceux qui montrent un intérêt particulier sont accompagnés le temps de leur trouver un lycée professionnel, un CFA ou une Maison Familiale et Rurale (MFR) pouvant les accueillir. Dans cette attente, ils continuent à perfectionner leur formation de base, avec une montée progressive en compétences.

 

Priorité remobilisation

 

« Les publics sont très volatils. Il suffit qu'un jeune retrouve un sens à sa journée au quotidien, c'est-à-dire se lever, sortir de chez lui. Pour certains c'est déjà énorme. Puis, il va pouvoir côtoyer ses pairs, bénéficier d'acquisitions. Cela améliore le climat familial, qui reste parfois fluctuant, mais qui est nettement moins tendu et dégradé que lorsqu’il arrive. Dans le cadre de leur accompagnement éducatif, on est sur la mobilisation de savoir-être, de savoir-faire, de savoirs tout court. Lorsque la base est acquise, l'objectif est de leur permettre d'effectuer des stages en entreprises et de les orienter sur toute structure de droit commun, scolaire ou de formation, telle que les missions locales, les CFA, les MFR. »

 

Les Ateliers Agapè comprennent également un atelier sportif et un atelier de remobilisation scolaire et d'aide à la scolarité. Pour l’atelier cuisine, il ne s’agit pas de professionnalisation, mais de permettre à certains jeunes de découvrir ce domaine professionnel. Et pour les autres, accueillis au sein des structures d'hébergement, d'acquérir une certaine autonomie dans la gestion de leur repas, comment faire leurs achats, ce qu’on peut faire avec ce qui reste dans les placards, une sorte de pédagogie de la gestion quotidienne.

 

Dans le cadre de RAIDS, les jeunes sont orientés par l'éducation nationale, plus précisément par les chefs d'établissement.  Il n'y a pas de différence de prise en charge entre ce public et celui de l’Aide Sociale à l’Enfance. Ils se côtoient, sont mélangés dans les animations, et ils passent systématiquement les 15 premiers jours sur tous les ateliers. « A l’issue, on fait un bilan avec eux. On leur donne la parole pour nous expliquer comment ils ont vécu la période d'intégration, quels sont les ateliers dans lesquels se ont sentis les plus à l'aise, ceux qui les attirent le moins. Avec la remobilisation scolaire et l'aide à la scolarité, on est vraiment dans le fait de redonner envie, de leur redonner du sens, d’expérimenter pour repartir sur un centre de formation ou à l'école. Ça peut aider des jeunes qui fréquentent les ateliers à temps plein, c'est-à-dire du lundi au vendredi, mais aussi qui viennent sur des temps plus ponctuels, sur des demi-journées parce qu’il y a un maintien partiel de la scolarité. » 

 

Des profils parfois compliqués

 

Les participants au RAIDS présentent de multiples problématiques d'acquisition scolaire, parfois de handicap, de soins physiques et psychologiques. Certains sont en situation de déscolarisation depuis plusieurs années, depuis le CM2 ou la 6e. Ils peuvent être toujours affectés à un établissement mais ne le fréquentent plus, ou de façon très ponctuelle.  « C’est vraiment quelque chose qui m'a particulièrement interpellée. J’ai souvent vu des parents qui étaient désemparés face à leurs enfants en décrochage, sans aucun dispositif pour les accueillir, qui restaient à temps plein à domicile. Le climat familial s’en ressent forcément, et il y a des effets sur les autres enfants de la maison. »

 

Les chefs d'établissement se disent démunis face à certains profils qu'ils n'arrivent pas à raccrocher, qui présentent parfois des troubles du comportement, qui ne sont pas traités ou dont la prise en charge est insuffisante pour permettre de les maintenir au sein des établissements. Ces jeunes devraient bénéficier d'une scolarité adaptée, mais les places sont très limitées.

 

Entre fin 2002 et aujourd’hui, une quinzaine de jeunes issus d’établissements de Parthenay et Thouars ont été pris en charge, plus que le nombre prévu dans la convention avec la Région. « Ça a été vraiment une volonté de ma part de n’évincer aucun jeune. 6 filles, 8 garçons, 3 jeunes également pris en charge dans le cadre des dispositifs relais du Département. Donc avec un co portage, voire un triple portage pour certains, quand il y avait le dispositif relais, le collège et nous qui étions en accompagnement. »

 

« L’appel à projet régional vise les plus de 16 ans. Mais nous n’avons absolument pas accroché ce public, parce qu’il existe déjà beaucoup de dispositifs pour lui, que ce soit à l'intérieur des établissements scolaires ou à la mission locale avec la promo 16-18 et le CEJ.  Ces dispositifs s’adressent à des jeunes qui savent se mobiliser et ont envie de le faire. Le gros souci, ce sont les jeunes en déscolarisation, quel que soit leur âge, qui n'arrivent pas à se mobiliser. La moyenne d’âge des jeunes accueillis est de 13 ans et demi, allant de 11 à 15 ans. »

 

L’objectif de l’association est de ramener les jeunes dans le droit commun. Notamment, pendant le dernier mois de leur accompagnement, en travaillant à leur réintégration au collège. Notre lien avec l’établissement d’affectation est quotidien. C’est là que les Ateliers Agapè montrent leur utilité, en permettant le maintien de la scolarité à temps partiel, tout en travaillant sur plusieurs axes, à commencer par les savoir-être, particulièrement importants avec ce public.

 

« On est vraiment perçus comme une bulle, un passage où les jeunes vivent des expériences positives. Nous entretenons un dialogue permanent avec eux. Dans le domaine de la protection de l'enfance, l'accompagnement a énormément évolué. Quand j'ai commencé à exercer, on était dans une configuration où on imposait un cadre et un parcours aux jeunes, ça n’est plus le cas maintenant. Même si ce n’est pas le jeune qui décide en dernier recours, nous essayons vraiment de le considérer en tant qu'acteur à part entière. »

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June 22, 2023 8:01 AM
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Parcours professionnels par l’exemple

Parcours professionnels par l’exemple | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

« Combi Job est parti d’un constat que j’ai fait en 2020. Les jeunes que j'accompagnais, à peu près 70 par an, venaient beaucoup plus souvent qu’avant avec des questions sur la construction du projet professionnel, » décrit Séverine Biettlot, référente jeunes diplômés à La Boutique Club Emploi de Limoges (BCE). « Ils venaient moins pour chercher un emploi précis, parler de tel métier. Ils étaient beaucoup plus perdus, ils ne savaient pas trop quelle direction prendre. »

 

Pour répondre à ces besoins identifiés, le projet Combi job a été pensé comme une étape destinée à aider les jeunes qui stagnent un peu dans leur réflexion, qui ont besoin de retrouver de l’énergie, de la motivation, une nouvelle impulsion. Il consiste à ajouter une nouvelle dimension à l’accompagnement, à leur permettre de changer leur regard sur le projet professionnel. Et de se sentir en quelque sorte autorisés à changer d'orientation et de direction.   

 

Le principe de cette action est d’aller à la rencontre de salariés volontaires, au sein de leur entreprise. Il ne s’agit pas d’organiser une session de recrutement, mais de créer des moments un peu privilégiés, où les professionnels témoignent de leur parcours et démontrent qu’une carrière n’est pas une ligne droite et toute tracée. Les jeunes peuvent leur poser spontanément toutes sortes de question.

 

« Nous voulions sortir de la visite d’entreprise classique, vivre en quelque sorte une expérience en petit groupe. À la base c'était vraiment pour apporter un plus à l'accompagnement de certains volontaires. Au départ, il y avait un critère d’âge qui a été rapidement éliminé, parce qu'on se rendait compte que l’on pouvait proposer cette action à toute personne, pas uniquement à celles accompagnées par la BCE. Le seul critère qui subsiste, c’est d’habiter l’un des 9 quartiers de la politique de la ville, peu importe le niveau, peu importe l'âge. »

 

Echanges et découvertes

 

Côté entreprises, la volonté de la BCE est de sortir de Limoges, de solliciter des sociétés et des secteurs d’activités peu ou pas connus du grand public. En cherchant celles qui montrent un intérêt à faire partager leurs valeurs et leurs savoir-faire. « Je ne cherche pas à mettre en adéquation les profils des participants avec les entreprises. Ils ne savent qu’à la fin du dernier jour d'atelier où ils vont se rendre, parce qu’ils ne sont pas dans une relation de recrutement, mais dans une logique d’échange, de découverte de nouveaux métiers et secteurs. Nous voulons déconstruire la vision qu’ils ont de la relation avec les professionnels, leur montrer qu’ils sont accessibles. »

 

En général, les professionnels sont très enthousiastes à l'idée de parler d’eux. Au point que la durée des rencontres est progressivement passée de 1 à 2 heures. Contrairement à un entretien, les échanges se font sur un pied d’égalité, sans enjeu. C’est aussi l’occasion pour les jeunes d’interpeller les professionnels qui n'ont pas toujours l'habitude qu'on leur pose des questions sur leur parcours. La seule « exigence » de la BCE, c'est que les salariés hôtes exercent des métiers différents, pour plus de variété dans les témoignages. « Plus j'avance, plus j'augmente la durée des rencontres, incluant un temps de visite de l’entreprise, parfois pour aller voir directement les salariés sur leur poste de travail. C'est une organisation qui se fait au cas par cas, selon les entreprises. »

 

Pour ne pas mettre en difficulté les participants, la visite est précédée d’ateliers de préparation pendant lesquels ils apprennent à se présenter. Ils réalisent également une carte de présentation qui contient leurs coordonnées, leurs compétences et leurs diplômes. Un outil entre CV et carte de visite, qui sert de premier lien avec les professionnels. Dans le même esprit, une photo du groupe est envoyée à l’entreprise avant le jour J. Pour faciliter le processus et les déplacements, des ateliers sont parfois organisés directement dans les quartiers, comme à la cité de l'emploi à Beaubreuil ou au centre social municipal de La Bastide.

 

Un Combi Job est très court, un temps fort réparti sur une semaine comprenant les deux jours d'atelier, la rencontre et le debrief. « Le debrief est très important parce qu’il ne faut pas que ça s'arrête brutalement sur la rencontre. Nous avons mis en place un questionnaire de ressenti à chaud des personnes. A ce stade, on se pose des questions de l’ordre de « qu'est-ce qu'on fait de cette expérience ? Est-ce que je veux en savoir plus ? Est-ce que je reprends contact ? Quelle suite quand on a fait un premier pas vers un professionnel ? Quelles sont les autres possibilités ? ».

 

La BCE constitue des groupes de 5 ou 6, un nombre limité parce certaines personnes craignent le collectif, et qu’Il faut également s’adapter aux capacités d’accueil des entreprises. Plus les profils sont diversifiés en matière d’âge, de niveau de formation et d’expérience, plus les échanges sont riches. Par ailleurs, la durée d’une session, relativement courte, permet à une personne de participer alors qu’elle se trouve déjà en CEJ, en accompagnement PLIE, Pôle emploi, Mission Locale ou BCE. Pour elle, c’est une sorte de pause, un pas de côté pendant une semaine. Avec pour objectif de lui redonner de l’énergie, une véritable impulsion.

 

Ouvrir des nouvelles perspectives

 

Pour autant, l’action combi job ne prétend pas faire de miracle. Ce n’est pas le lendemain de la rencontre que les participants trouvent un emploi. Mais les mettre en situation de voir les professionnels d’un autre œil, se rendre compte que ce sont des personnes accessibles, constitue un véritable changement. En complément, ils découvrent des environnements professionnels qu'ils ne connaissent pas, auxquels ils ne songeraient pas, des métiers dont ils ignoraient même l’existence. « Ces déclics-là sont très importants. Ils leur ouvrent des perspectives qu’ils n'avaient pas. Ils poussent les participants à s’engager dans une réflexion, à trouver de nouvelles idées, pour éventuellement, plus tard, chercher un stage, faire une formation. Les résultats de l’action se voient à plus long terme, progressivement, en fonction de leurs démarches et de leur évolution. »

 

Avec 5 ou 6 sessions par an, la BCE n’envisage pas d’augmenter le rythme des Combi Job, ne serait-ce que pour éviter une sorte de traitement à la chaîne. Cette action n’a de sens que si elle est bien préparée en amont. Sans compter qu’il faut trouver les entreprises et les salariés qui acceptent de prendre de leur temps pour accueillir des groupes et partager les différentes étapes de leur parcours, les difficultés rencontrées et leurs questionnements.

 

Le projet professionnel est un terme qui est couramment utilisé, qui peut paraître simple de prime abord. Mais il est en réalité plus complexe. « Quand j’aborde cette question avec les jeunes je leur dis bien que ce n’est pas parce qu’on ne sait pas ce que l'on veut faire, qu’on n'a pas de projet professionnel. Ça les interpelle, ils se rendent compte, grâce à nos échanges, qu'ils ont déjà fait beaucoup de choses et que ça constitue déjà une ambition, ou en tout cas une direction. »

 

« La confiance en soi est vraiment renforcée par les échanges, notamment lors des ateliers de préparation. Cela nous permet aussi de démystifier ce qu’est un objectif professionnel, ce qu’est une compétence. On déconstruit vraiment les idées préconçues des participants, et on enlève la pression opérée par la fameuse question « c'est quoi ton projet professionnel ? ». Avec Combi Job, nous faisons prendre conscience aux participants qu’ils sont légitimes à en avoir un. »

 

 

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May 25, 2023 7:17 AM
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Le panier formation des Restos du Coeur

Le panier formation des Restos du Coeur | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Marie France HUGON est présidente des Tremplins des Restos du Cœur, qui est l’organisme de formation des Restos du Cœur. Leur projet "Les tremplins 100% mobilisés" est lauréat du PIC 100% inclusion.

 

Que représentent aujourd’hui les Restos du Cœur ?

Les Restos du Cœur, c’est un siège national à Paris et, dans chaque département, au moins une association départementale. En tout il y en a 117. Chacune a un contrat d'agrément avec l'association nationale, tout en gardant une certaine autonomie. L'aide alimentaire reste le socle des Restos, mais aujourd'hui « l’aide globale à la personne » fait partie du Projet Associatif National des Restos. Un accompagnement sur les problématiques de santé, de langue, d’accès au droit à la justice, au travail, est proposé aux personnes accueillies dans les centres d’activité des Restos.

 

Quel est le rôle des Tremplins dans cet ensemble ?

Les Tremplins sont uniques aux Restos. Ils ne sont pas comparables aux associations départementales, dans la mesure où ils n’assurent pas d'aide alimentaire. Nous sommes un organisme de formation, une association juridiquement indépendante sous contrat d'agrément avec les Restos du cœur. Nous proposons des parcours d’insertion professionnelles aux personnes accueillies dans toutes les structures Restos (Centres d’Activité, Ateliers Chantiers d’Insertion et structures logements) de toutes les Associations Départementales. 

 

Quels sont les formations que vous proposez ?

Nous proposons deux types de parcours. D’abord un parcours de Mobilisation Renforcée vers l'Emploi, pour les gens très éloignés de l'emploi. Ensuite un parcours de professionnalisation construit avec des entreprises partenaires, sur des métiers en tension pour lesquels les entreprises peinent à recruter

 

Nos parcours de formation s’adressent aux personnes accueillies par les centres d'activité, autrefois appelés « centres de distribution », qui leur proposent toute une variété d’aides et d’activités. Les centres nous envoient des personnes rencontrées par des bénévoles, ou par les travailleurs sociaux des Ateliers Chantiers d'Insertion et des quelques structures d'hébergement que compte le réseau. Elles sont orientées vers nous parce qu’elles ont passé la porte des restos à un moment donné et ont partagé leur problématique emploi avec un bénévole ou salarié.

 

Comment intervenez-vous ?

Nous n’intervenons sur France entière que depuis le conventionnement avec la CDC dans le cadre du programme 100% Inclusion. Pendant longtemps, nous n’avons travaillé qu’en Île-de-France par manque de ressources. Jusqu’à récemment, certaines associations départementales ne connaissaient pas notre existence, justement parce que nous étions très Franciliens. Il y a déjà eu tout un travail de communication interne à faire. Le plus difficile, c'est d'arriver à convaincre, informer correctement, pour que les bénévoles et salariés dans les ateliers chantiers d'insertion s'emparent de cet outil d’insertion que sont les Tremplins.

 

Et en pratique ?

Nous formons des groupes de 10 et 15 personnes, après avoir déterminé un territoire pertinent pour nos publics. La mobilisation est très longue, il nous faut d’abord commencer par les bénévoles et les salariés sur le projet. Une fois qu’ils sont convaincus, on peut démarrer. Charge à eux de convaincre les publics qui sont très éloignés de l’emploi et rencontrent souvent des problèmes de mobilité. Nous essayons de lever les freins, en facilitant les transports, en prenant en charge les frais de déplacement et de restauration, éventuellement des moyens de garde pour les femmes qui ont des enfants à charge. Quelqu’un qui a envie de se rapprocher du monde du travail va rencontrer un bénévole, échanger avec lui. Parfois, c’est long à se mettre en place, mais le bénévole pourra lui parler des Tremplins et de ses parcours. Si la personne est intéressée, un premier échange diagnostic peut être fait.

 

Quelles sont les conditions pour participer à une formation ?

Il faut respecter trois conditions pour intégrer un de nos parcours. Être majeur, avoir une autorisation administrative de travailler sur le territoire national, comprendre et se faire comprendre en français. Nous n’avons pas de grosses exigences linguistiques, mais nous ne faisons pas appel à des interprètes. Par ailleurs pour rejoindre un parcours de mobilisation renforcé vers l'emploi, il faut en avoir l'envie et la motivation.

 

Dans la pratique, comment se déroule un Parcours de Mobilisation Renforcée vers l’Emploi ?

Lors des parcours, une partie des ateliers est assurée par des bénévoles volontaires, notamment les savoirs de base, le numérique. L’autre partie par des prestataires que l'on rémunère. A Paris, nous avons une équipe de bénévoles qui peut se déplacer pour animer les sessions. On fait aussi intervenir une psychologue du travail pour tout ce qui relève des codes de l'entreprise, et une association qui travaille sur l'image de soi, des choses aussi simples que les questions de présentation, d'hygiène, de code vestimentaire. Nous faisons également beaucoup d’entraînements aux entretiens d'embauche.

 

Nous proposons des visites d’entreprises qui acceptent de nous ouvrir leurs portes, même si elles n’ont pas d’emplois à proposer. C'est l’occasion pour certains d’entrer pour la première fois dans une entreprise, de découvrir un secteur d'activité, un site industriel, un hôtel, un café restaurant, une grande surface… Quand on dit visite, on fait en sorte qu'il y ait des échanges avec les salariés, pour que nos stagiaires prennent vraiment la mesure de ce qui se fait dans l'entreprise et des métiers envisageables pour eux.

 

En matière de formation professionnelle, nous avons des partenaires historiques des Restos, par exemple Carrefour avec lequel nous organisons un parcours pour le métier de boucher, avec un contrat de professionnalisation à la clé. Nous faisons quelque chose d'un peu semblable avec Sodexo, pour des Employés Techniques de Restauration. Nous travaillons à quelque chose d'un peu semblable avec la branche de la propreté, c'est un long processus. 

 

Que se passe-t-il à l’issue des formations ?

Dans le cadre des Parcours de Mobilisation Renforcée vers l’Emploi on ne garantit pas une sortie à l'emploi. Notre engagement, c'est de valider un projet professionnel, de leur faire découvrir le monde de l'entreprise et du travail. Une fois que le parcours est terminé, nous effectuons un suivi à 6 mois avec un conseiller d'insertion professionnel et des bénévoles. Souvent, une personne garde le contact avec le bénévole qui l'a orientée dans le centre qu’elle continue à fréquenter, ne serait-ce que pour l'aide alimentaire. Il peut aussi y avoir un accompagnement sous forme de parrainage ou de coaching par d’autres bénévoles. Un réseau, ça peut apporter beaucoup de choses. Dans le cadre des parcours de professionnalisation, Carrefour proposent un contrat de professionnalisation d’un an, Sodexo propose aux personnes formées et ayant acquis un premier niveau de qualification, un emploi sur l’un de leurs sites.

 

Quelles sont les perspectives pour les Tremplins ?

Avec l'expérience, nous constatons qu’il est plus facile de mobiliser bénévoles et salariés sur cet outil dans des villes moyennes comme Alençon ou Montauban. Nos propositions sont mieux accueillies, probablement parce que les dispositifs y sont moins nombreux. Nous avons cependant déjà travaillé sur Bordeaux, Toulouse, Lyon…

 

Notre force, est l’accompagnement de grande proximité que nous assurons. Quand une personne passe la porte d'un centre d'activité des restos, on lui réserve un accueil « inconditionnel ». Elle repartira forcément avec quelque chose à manger, mais ça ne s'arrête pas là. On l’informe aussi, au besoin lors d’un deuxième entretien, de toutes les autres aides dont elle va pouvoir bénéficier dans son centre. Notre objectif est que toutes les personnes salariées et bénévoles des Restos connaissent les parcours Tremplins, et que nous puissions ainsi former des équipes qui localement seront mobilisées sur l’organisation de nombreux parcours.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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April 27, 2023 8:11 AM
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Le travail au bout du voyage

Le travail au bout du voyage | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’action de formation « Des clés pour l’emploi » relève d’un constat partagé il y a plus de 10 ans par tous les acteurs de la métropole bordelaise, selon lequel beaucoup de femmes résidentes des quartiers de la politique de la ville étaient écartées et rejetées des dispositifs existants, faute d'actions adaptées. A l’époque, l’organisme AIM formation (Actions Inter Médiation), qui possède une expertise sur ces publics, a lancé l’idée de ce programme pour impulser et favoriser l'émancipation des femmes sans solution.

 

« Des clés pour l’emploi » s’adresse depuis le début à des femmes immigrées, qui n'avaient que peu ou pas travaillé, avec un faible niveau de maitrise de la langue française, à l'oral comme à l'écrit. « Nous avons retenu le secteur du nettoyage, » explique Lucie Martinez, consultante en insertion professionnelle, « parce qu’il offrait des possibilités d'emploi plus facilement accessibles à des personnes sans qualification et avec des difficultés de langue. Nous voulions répondre en priorité aux femmes qui souffraient de l'autorité patriarcale, particulièrement des femmes originaires d'Afrique du Nord. »

 

Au gré des vagues d'immigration successives, le public s’est progressivement étendu à des personnes venues d’Asie, du sous-continent indien, d’Europe de l’Est. Point commun de toutes ces femmes, leur difficulté à s'approprier les dispositifs et à trouver leur place en France, ainsi qu’à comprendre les injonctions qui leur étaient faites dans le cadre de leur accompagnement social.

 

Le français comme outil d'insertion

 

« A l'époque, c’était la seule formation non sélective du point de vue des difficultés de communication. Au tout début, elle incluait des cours de français. Aujourd’hui, c'est moins le cas, parce que la demande des femmes est avant tout d’accéder à l'emploi. Or l’apprentissage de la langue prend du temps. On privilégie plutôt l’acquisition de vocabulaire technique, des choses vraiment basiques pour se présenter, pour travailler. Cela dit, un des objectifs de cette formation, c'est de donner aux participantes l’envie de s'inscrire, par la suite, à des cours de français dans la durée, pour avoir la possibilité d’évoluer. »

 

La formation est proposée 4 fois par an. Chaque session dure 2 mois, pour des groupes de 10 à 12 femmes. Beaucoup sont en situation de monoparentalité, par conséquent le choix a été fait de fonctionner en demi-journées, afin de s'adapter aux contraintes diverses, familiales, de logement, de santé. L’après-midi ou le matin pour toute la durée de la session, pour garder une certaine stabilité et que les participantes puissent s'organiser en amont. Pas de formation non plus pendant les vacances scolaires, ni le mercredi. Seules exceptions, les journées aux techniques de nettoyage qui durent 2 jours entiers.

 

Après 5 semaines, à raison d’une douzaine d’heures hebdomadaires, la formation se poursuit sur un stage de 2 semaines en entreprise. Il prend place après que tous les modules ont été déroulés (gestes professionnels, techniques de nettoyage, les produits, les matériels). Les horaires de stage vont de 2 à 7 heures par jour, selon les contraintes, les attentes de chacune, leur état de santé, et le secteur qu’elles ont envie de découvrir. Pour beaucoup, ce stage est une première expérience professionnelle. C’est aussi très souvent le premier « diplôme » obtenu en France, une attestation de formation aux techniques de nettoyage dont elles sont très fières.

 

« Les entreprises qui nous proposent des terrains de stage viennent rencontrer les apprenantes chez nous, dans un milieu bienveillant. Ainsi, les femmes se confrontent à cet exercice, un peu intimidant, qui consiste à se présenter à des chefs d'équipe et des chargés de recrutement. Ma présence les sécurise. Les lieux de stage sont pensés pour que, à l’issue, elles aient la possibilité de signer un contrat de travail. D’abord un CDD, puis un CDI, c'est de l'insertion progressive. A ce stade, certaines femmes décident qu’elles ont envie de faire autre chose, de s'investir dans une formation intensive de français. Ou elles mettent entre parenthèses leur envie de travailler pour quelque temps, à cause de problèmes de santé. »

 

Los de ces rencontres, les entreprises parlent de leurs métiers et de leur activité. Les stagiaires prennent conscience petit à petit que, certes, on peut travailler dans le nettoyage sans vraiment bien parler français, mais que pour gagner en autonomie et en responsabilité, trouver un travail stable, ne pas se contenter de remplacements, il faut acquérir les codes de la société, à commencer par la langue. « Si les professionnels sont présents, alors que les personnes ont de nombreux freins et connaissent parfois des situations très compliquées, c’est qu’ils reconnaissent qu’elles ont réellement envie de travailler. Ce secteur a du mal à recruter actuellement, et c'est d’autant plus difficile de trouver des personnes avec cette motivation et cette envie-là. »

 

Créer une dynamique collective

 

Parmi les points forts de la formation, la mixité des participantes, mixité des âges (de 17 à 58 ans), des situations économiques, des cultures. Certaines n'ont jamais ou très peu travaillé, d’autres n’ont travaillé que dans leur pays d'origine. Les interactions entre participantes sont très porteuses. La confrontation aux pairs s’avère très efficace pour susciter des changements de comportement, des dynamiques de projection.

 

Du point de vue financier, l’action a été montée en co-construction sur la base du diagnostic commun. D’abord la commune de Bordeaux et l’Etat sur les enveloppes de la politique de la ville, puis le Département de la Gironde pour les bénéficiaires du RSA, la CAF, et la métropole afin d’élargir l’action aux communes autour de Bordeaux. « Notre action s’est réinventée, elle s'est adaptée à chaque fois aux besoins qui évoluaient. Le fond reste le même, une action pour les femmes qui veulent travailler et sont empêchées de le faire. Mais c'est vrai qu’elle a beaucoup évolué, pour répondre à chaque fois aux nouvelles attentes qui se sont présentées. »

 

Pour Lucie Martinez, l’idée principale de la formation « des clés pour l’emploi » est d’accueillir tout le monde. Y compris des publics qui ont été refusés de toutes parts, un peu laissés de côté par le système, et dont le quotidien est très compliqué. Des femmes de tous âges, de toutes conditions. Seule restriction, que les personnes soient autorisées à travailler en France. « La fierté de cette action, c'est d'être vraiment inclusive. On prend la personne à tout moment de son parcours. On crée un environnement bienveillant, dans lequel elle va pouvoir explorer et faire éclore ses possibilités, ses envies. C'est un espace de solidarité, d'échange, de rencontres, où des employeurs ont envie de vous tendre la main. Ce sont de très belles histoires à chaque fois. »

 

« Cette formation permet également aux participantes de se familiariser avec les valeurs de la République et le concept de laïcité, de développer l'exercice de leur citoyenneté. Elles acquièrent le sentiment de trouver leur place et de participer à la société. C’est pour elles l'occasion de se confronter aux autres femmes, aux entreprises, au monde du travail. Nous voyons bien qu’elles vivent des changements de perspective. Elles mettent en place différentes choses, elles trouvent des solutions qu'on n'aurait pas du tout imaginé au départ. »

 

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January 19, 2023 9:07 AM
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Ma Réussite, le coaching de proximité

Ma Réussite, le coaching de proximité | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Laetitia Debliqui est coordinatrice du programme « Ma Réussite » au sein de L’Association pour la Formation et l’Education Permanente à Tivoli (AFEPT). L’AFEPT porte également l’Ecole de la deuxième chance de Bordeaux. « Ma Réussite » est lauréat du PIC RMPI.

 

Comment a débuté le projet « Ma Réussite » ?

Le projet est parti du constat qu’il y avait beaucoup de dispositifs censés aider les jeunes en rupture à se réinsérer, mais qu’ils étaient tous assez lourds, souvent avec des obligations quotidiennes. Certains jeunes n’y sont pas prêts, c’est déjà trop pour eux. On a voulu proposer un accompagnement qui soit très souple, qui propose du temps d’écoute bienveillante, et des outils pour se construire.

 

En quoi consiste-t-il ?

Notre approche est essentiellement basée sur des entretiens individuels. Le jeune vient vers nous avec ses problématiques, soit qu’il est perdu, qu’il manque d’envie, qu’il veuille chercher du travail mais ne sait pas comment s’y prendre. Ou encore qu’il rencontre des problèmes administratifs, qu’il envisage de reprendre ses études. Nous lui offrons du temps pour discuter et construire quelque chose ensemble.

 

On précise d’abord avec lui son projet, on « diagnostique » ses atouts et ses freins et on recherche la meilleure façon, pour lui, de parvenir à son objectif. Dans la mise en place de ce projet, on en profite pour lui expliquer qu’il faut qu’il aille s’inscrire à la mission locale, à Pôle emploi, avoir sa carte vitale et sa propre déclaration d’impôts. Que s’il ne le fait pas, il sera bloqué dans sa démarche.

 

L’idée, c’est qu’il se réapproprie le droit commun et qu’il comprenne que ce ne sont pas que des obligations, mais que c’est aussi quelque chose qui va lui servir. On va se centrer autour du jeune, de ses envies, de ses capacités et de ses freins. On va l’aider à construire un objectif qui lui convient. On le conseille mais c’est lui qui prend la décision.

 

Quelle est la nature de votre accompagnement ?

On ne fait pas d'accompagnement à proprement parler. On établit un diagnostic en termes de projet professionnel, de niveau de formation, de posture, de disponibilité. Ensuite, charge à nous de lui faire des préconisations, de l’envoyer vers les partenaires les plus adaptés, la mission locale, un parcours santé, des parcours sociaux. Notre objectif c'est toujours de trouver une solution. La majorité du temps elle est professionnelle, un accompagnement spécialisé, une formation, un emploi direct. Mais il y a des cas où c’est un suivi social ou médical.

 

Qui effectue ce travail sur les 5 départements que vous couvrez ?

Nous avons 7 coachs sur 5 départements. Un en Deux-Sèvres, un dans la Vienne, un en Charente, deux en Gironde et deux dans les Pyrénées Atlantiques. Ils portent entièrement le dispositif, établissent les partenariats, tiennent des permanences. Ils sont en contact direct avec les jeunes pour faire les accompagnements et les bilans. C'est d'abord un rapport humain. Ensuite, petit à petit, on construit une réinsertion dans ce qu’elle comporte de plus global.

 

Ce qui fait la force de « Ma réussite », c’est que nos coachs se déplacent. Ils reçoivent dans leur bureau, mais surtout ils vont dans des cafés, à domicile, dans un parc, là où se trouve le jeune. Le premier contact se fait comme le jeune le souhaite. En tant que coordinatrice, j'ai la vision d'ensemble sur les 5 départements. Chaque territoire a sa propre façon de fonctionner. Les dispositifs sont les mêmes, mais pas les interactions.

 

Comment se passe le repérage ?

Nous avons fait le choix de privilégier le « pair à pair solidaire », en s’inspirant de nos expériences. Même les jeunes les plus isolés gardent au moins un ou deux liens, avec leur famille, avec les camarades de leur dernière année de scolarité. On a fait le choix de sensibiliser leur entourage plutôt que les jeunes directement.

 

En 2022, nous avons établi près de 1 800 contacts avec des « partenaires relais », avec les MFR, les SIAE, dans les mairies, notamment en zone rurale parce qu’elles connaissent très bien les difficultés de leurs habitants. Nous faisons aussi équipe avec des éducateurs de rue, des animateurs, des assistantes sociales. On est très bien reçu par tout le monde. Chaque personne que l'on rencontre nous dit qu’elle connait dans sa famille, dans son entourage, un jeune qui s’est arrêté et qui ne sait pas comment redémarrer.

 

Vous arrivez à identifier tous les jeunes en besoin ?

Ce que l’on a mis en place nous permet d'en détecter un certain nombre. Pour faire plus, je pense que le partenariat est indispensable. Par exemple, on est allés aux pieds des immeubles avec des équipes de rue, pour créer des liens. En tant que coach, on n’est pas capables de faire leur métier et à contrario ils ne sont pas forcément capables de faire le nôtre. Pour moi l’avenir c'est d’être ensemble sur le terrain. Même si parfois le partenariat peut s’avérer compliqué à lancer.

 

Depuis septembre, nous avons également mis en place une communication complémentaire vers les entreprises. Dans le cadre de leur démarche RSE, certaines souhaitent proposer des choses à leurs salariés pour leur faciliter la vie. Leurs salariés ont des proches, des enfants, des cousins, qui sont en rupture de parcours. Nous leur présentons « Ma Réussite », comme une solution qu’ils pourraient faire connaître. Intervenir comme ça dans les entreprises, c'est quelque chose d'assez innovant. Depuis novembre, on fait aussi paraître une newsletter avec tout ce qui se passe sur notre territoire et tout ce qu'on met en place.

 

Quelles sont vos observations sur la situation des jeunes ?

Nous faisons toujours un peu les mêmes constats. Les jeunes les plus précaires sont fragilisés par la ruralité, par leur environnement familial, etc. Sur des autres dispositifs comme l’E2C, on observe aussi des jeunes qui sont en difficulté psychique, beaucoup de victimes de harcèlement, et des troubles « dys » qui n’ont pas été repérés, d’où leur mise à l’écart. Plus de la moitié ont tenté, à un moment donné, de passer un diplôme que ce soit CAP, BEP ou BAC et qui ont échoué. Je trouve que c'est énorme.

 

Vous effectuez un suivi ?

Pendant un an, on appelle les jeunes environ tous les 3 mois, pour savoir ce qu’ils deviennent. Certaines fois, nous n’avons plus de nouvelles, mais c’est plutôt rare. Dans tous les cas, nous avons passé le relais à un autre professionnel. A terme, notre objectif c’est qu’ils deviennent autonomes. On essaie de faire en sorte qu’ils ne connaissent pas d’autres difficultés, qu’ils bénéficient d’un accompagnement adapté.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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June 23, 2022 5:55 AM
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Un accompagnement global pour l'autonomie des personnes réfugiées

Un accompagnement global pour l'autonomie des personnes réfugiées | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Viltais est une association dont le siège social est situé à Moulins (Allier). Elle compte notamment un pôle « réfugiés » et un pôle « asile », avec des Centres d'Accueil pour Demandeurs d'Asile (CADA) et des Hébergements d'Urgence pour Demandeurs d'Asile (HUDA). Dans la Creuse, elle déploie le dispositif #NP4R. Valérie Nekaz, éducatrice spécialisée, et Aurélie Salat, professeur de FLE forment le binôme d’intervention, en collaboration avec Kumran Kargal, chargée de relation entreprise. Le #NP4R est lauréat du PIC « IPR ».

 

Quelle est l’origine de #NP4R ?

En 2019, l'association a souhaité répondre aux problématiques que rencontrent les personnes réfugiées, pour accéder au travail et au logement. L’intérêt du programme NP4R était de proposer un accompagnement global de ces jeunes pour lever tous les freins en même temps, tout en s'inscrivant sur des territoires ruraux.

 

C’est une action d’insertion professionnelle spécifique ?  

L’association Viltaïs porte deux programmes d'insertion professionnelle dédiés aux publics réfugiés : Booster et #NP4R. Ce dernier est déployé physiquement sur la Creuse, mais nous accueillons des personnes originaires d’autres départements et régions et nous orientons sur d’autres territoires.

 

Nous avons une convention avec le Lycée des Métiers du Bâtiment de Felletin qui nous met des locaux à disposition et donne la possibilité à nos jeunes de faire des immersions dans leurs formations, afin de valider ou non une orientation professionnelle. Le Greta du Limousin est également présent sur site avec ses formations aux métiers du bâtiment. Nous hébergeons les personnes accompagnées, dans des logements sociaux où nous pouvons accueillir 12 personnes.  

 

Comment se déroule #NP4R ?

Le programme débute par une phase collective de 10 semaines à Felletin. Dès leur arrivée, les jeunes suivent des séances de français langue étrangère à visée professionnelle et participent à des activités telles que du bénévolat sur une structure locale, des visites de centre de formation et d’entreprises... Ils sont immergés dans le français et doivent suivre un planning précis. Ils nous disent leur satisfaction, d’être « occupés » et ne plus être dans « l’attente » que la journée passe. Pendant cette période, nous intervenons aussi pour lever tous les freins administratifs qui subsistent, comme l’inscription à Pôle emploi, la sécurité sociale, etc. En même temps, nous repérons des freins d’autre nature et valorisons les compétences repérées.

 

Que se passe-t-il ensuite ?

Après 10 semaines, le projet professionnel est censé être défini. Ensuite c’est un suivi individuel de 6 mois, avec recherche active de stages en entreprise ou au centre de formation. Nous poursuivons parallèlement l’accompagnement administratif, social, éducatif. Nous recherchons des sorties en formation professionnelle adulte ou en alternance afin que les personnes aient des ressources qui favorisent leur autonomie. Nous avons eu quelques sorties en emploi direct. Dès que le parcours d’insertion professionnelle est sécurisé, nous recherchons un logement ou un hébergement à proximité du lieu de formation ou de travail. L’action simultanée sur l’emploi et le logement et le socio-éducatif est une vraie plus-value. Nous connaissons leur situation globale et cela nous permet de construire des parcours « sur mesure ». Cela dit, nous avons aussi des échecs et des démissions.

 

Comment trouvez-vous les jeunes que vous accompagnez ?

Le prérequis pour rentrer dans l'action, c’est d’être bénéficiaire de la protection internationale. Viltais est un nouvel opérateur sur les territoires d’intervention, il a fallu à la fois présenter le projet et l'association aux prescripteurs, qui devaient être les opérateurs du service public de l’emploi et les structures d’accueil des personnes réfugiées, qui ne proposent pas de service d'accompagnement global. Il se trouve que nous avons plutôt eu des prescripteurs qui agissent sur l’hébergement, de type CADA ou Centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS).

 

Quel est le profil de ce public ?

La spécificité des personnes réfugiées, c'est leur difficulté à comprendre les rouages de l'administration française. Elles ont besoin d’une meilleure connaissance des attentes des employeurs ou des pré requis pour une entrée en formation. Elles sont très souvent dans des stratégies de survie, dans une résolution de problème à très court terme, elles ont besoin de gagner de l'argent vite. Certaines ne comprennent pas pourquoi elles doivent faire un stage de 15 jours plutôt que d’aller travailler au noir en région parisienne.

 

Les principaux enjeux sont vraiment l’adaptabilité, la compréhension du système dans lequel elles vivent, la posture qu’on doit avoir quand on signe un contrat de travail et apprendre à se projeter dans une vie future. Le rapport au temps dans notre société, la nécessité d’anticiper la plupart des actes de la vie quotidienne, les exigences du marché du travail, sont des éléments difficiles à appréhender…

 

A partir de quand débute le travail sur le projet professionnel ?

Dès le premier jour. Nous leur présentons notre équipe, on leur explique où ils sont et pour quoi faire. Ils savent d’emblée qu'ils sont là pour l'insertion professionnelle. Quand une personne ne parle pas du tout le français, on sait qu’on sera loin du but à la sortie du programme. Mais tout ce qu'on travaille avec elle pourra l'aider dans son insertion professionnelle. On sème des graines qui pousseront plus tard. On n'a pas 100% de réussite, ils prennent ce qu'ils peuvent au moment où ils sont avec nous. L’accompagnement sur le NP4R fonctionne comme un couteau suisse : on a une palette de moyens et d’outils, de savoir-faire que l’on utilise de manière très individualisée pour être au plus près des besoins des personnes.

 

Comment abordez-vous ce travail ?

Nous partons du projet du jeune, parce que nous pensons que c’est ce qui fonctionne le mieux à long terme. Mais quand la demande est un peu « hors sol », qu’il n’a pas les prérequis en français ou en mathématiques, par exemple pour le métier d’électricien, on lui dit que, compte tenu de son niveau actuel, ça n’est pas possible. On cherche alors des solutions qui font appel à ses compétences et qui peuvent se rapprocher du métier visé. Pour des personnes qui n’ont pas d’expérience et pas de projet, nous commençons par des visites d’entreprises et de centres de formation adultes en métiers du bâtiment, agriculture, restauration collective…

 

Les jeunes signent une convention à leur arrivée ?

Oui, parce que lire un règlement, le comprendre et donner son accord en signant un contrat, ça les prépare à l'insertion professionnelle. Et si de temps en temps il y a un problème d’horaire, on reprend le contrat et on leur rappelle leurs engagements. En tout cas arriver à l'heure, savoir pourquoi on vient, attendre la consigne, la comprendre et l'accepter, respecter un planning, tout ça fait partie de l’insertion professionnelle.

 

Quels sont les résultats de #NP4R ?

Nous sommes loin des objectifs fixés initialement, de 10 promotions de 12 personnes. Nous n’avons pas eu les prescriptions prévues, parce que je pense que le dispositif n'était pas repéré correctement par les partenaires, principalement dû au fait qu'il y a un tel millefeuille d’actions que les travailleurs sociaux s’y perdent. Ils travaillent sur les priorités de leurs bénéficiaires, et si un dispositif d'insertion professionnelle n’arrive pas au bon moment dans l’accompagnement de la personne, il est mis de côté. C’est normal, les structures prescriptrices croulent sous le travail et je pense que c'est systémique.

 

Plus généralement, je trouve que 8 mois pour sortir une personne d'une situation de logement et d'emploi précaire, l’accompagner sur tout l’aspect administratif, c’est trop juste. Il faudrait 18 mois entre l’entrée en formation et la recherche de logement, avant de passer le relais aux travailleurs sociaux de droit commun. Beaucoup de ces personnes auraient besoin de bénéficier plus longtemps d’un accompagnement spécifique, tout comme d’autres publics d’ailleurs.

 

La majorité des personnes accompagnées sont satisfaites. Elles trouvent un sens au fait de bénéficier de cours de français quotidiens qui les préparent à leur insertion professionnelle. Avec le collectif, elles ont le sentiment de progresser plus rapidement. Cet apprentissage quotidien, couplé à l’accompagnement social global, les sécurise et leur permet de faire progresser leur situation sur différents plans (santé, administratif, mise en relation avec le monde du travail, recherche de logement).

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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June 3, 2022 2:37 AM
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Forum virtuel pour échanges réels

Forum virtuel pour échanges réels | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’histoire de l’association Andere Nahia (Itxassou) commence il y a 20 ans, lors d’une formation à la création d'entreprise animée par l’Atelier Lan Berri, lui-même créé par Hemen Elkartea en 1996. A cette occasion, 5 participantes ont décidé de créer ensemble une structure d’entraide et d'accompagnement des femmes entrepreneures. Initialement, Andere Nahia (« volonté de femme » en basque) était une affaire de bénévoles. Progressivement, elle s’est renforcée avec une première salariée en 2010. Elle en compte aujourd’hui trois.

 

L’ambition de départ, le terreau initial, consistait à accompagner vers l'autonomie financière, encourager l'entrepreneuriat des femmes, ouvrir un espace de libération de la parole de femmes entrepreneures, notamment en organisant des rencontres territoriales avec d’autres entrepreneurs et des porteurs de projets. « Nous nous inscrivons dans l’économie sociale et solidaire. Mais nous accompagnons aussi des femmes qui n’en relèvent pas, » précise Audrey Dejean, animatrice. « Nos adhérentes ont toutes sortes de structures, des Sociétés par Actions Simplifiées, des EURL, des entreprises individuelles, des associations... »

 

Andere Nahia propose des accompagnements à la création d’activité, pas seulement sous l’angle technique. Elle privilégie une approche globale prenant en considération, par exemple, l'harmonisation des temps de vie professionnelle et personnelle. Elle vise aussi à augmenter la visibilité des femmes qui restent encore aujourd’hui peu représentées dans les instances décisionnaires et les organisations professionnelles de branches.

 

Repenser les forums

 

Plus récemment, l’association et ses partenaires historiques se sont retrouvés autour du constat que les forums de l'emploi traditionnels, les grandes manifestations qui accueillent beaucoup de public, n’apportaient pas toujours de résultats tangibles aux personnes en recherche d’emploi. Par ailleurs, la crise sanitaire imposait de se rencontrer autrement que physiquement.

 

En juillet 2020, Andere Nahia, Atelier Lan Berri et Hemen Elkartea ont décidé de lancer une expérimentation en créant un « forum permanent de l’emploi » en lien avec les centres d’appui aux entreprises du territoire, Aldatu, Indar et l’Odace. Idée initiale du projet, soutenue par la Région Nouvelle-Aquitaine, mettre en place une version dématérialisée des forums de l'emploi, une formule de proximité avec un ancrage territorial sur le Pays basque.

 

« Nous avons voulu que ce soit un outil facile pour que les petites entreprises puissent s'en saisir. Il fallait proposer une solution simple permettant une mise en relation rapide entre des employeurs et des chercheurs d’emploi. Côté territorial, on voulait clairement afficher qu’il se passe des choses à l'intérieur du Pays basque. Nous avons présenté des offres sur la côte, mais c'est vrai que le projecteur était davantage mis sur la Basse-Navarre et la Soule, parce qu'il y a déjà plein de choses pour le littoral. »

 

En raison de la crise sanitaire, le projet a véritablement débuté en 2021. 4 éditions ont pu se tenir en fin d’année. Les entreprises étaient invitées par leur centre d’appui à venir tester cette nouvelle formule. Elles s’inscrivaient pour le jour et le créneau horaire de leur choix, afin de se présenter et parler des postes à pourvoir. Les candidats potentiels se connectaient pour assister à la présentation.

 

« Il n’y avait pas de préinscription pour les candidats. Nous avons fait passer l’information aux prescripteurs comme Pôle emploi, les missions locales, le conseil départemental, quelques associations de chercheurs d'emploi comme AZIA, Emploi Nouvelle Donne. Les candidats venaient spontanément selon le programme publié, les offres et les entreprises. Puisque tout se déroulait en direct, les candidats présents pouvaient poser leurs questions, en visio ou par le chat. Nous avions encouragé les prescripteurs à se connecter, qu’ils aient des candidats ou non, de façon à ce qu’ils voient comment fonctionne l’outil. Mais nous n’en avons pas eus.  Pour nous, cela fait partie des enjeux de la 2e phase. »

 

Les organisateurs assuraient la « hotline » pour aider les candidats et les entreprises à trouver les bonnes salles virtuelles, à mettre en place la visioconférence en cas de difficulté. Les centres d’appui aux entreprises assuraient une permanence physique ouverte aux entreprises et candidat(e)s pour donner les moyens d’une inclusion numérique. Cette formule s’avère adaptée aux petites entreprises, elle est moins astreignante pour elles, puisqu’elles n’y consacrent qu’un petit créneau horaire qui ne nécessite pas de déplacement. Celles qui le voulaient pouvaient immédiatement planifier des entretiens.

 

« Elles se sont mobilisées au-delà de ce qu'on espérait. Elles ne sont pas du tout restées dans une attitude « consumériste ». Il y a vraiment eu des échanges, des discussions avec les candidats présents. Si on doit dresser un bilan de ces 4 forums expérimentaux, c'est que l'outil fonctionne bien. Les entreprises ont facilement réussi à s'en servir. Mais nous avons eu un faible nombre de candidats, probablement en partie à cause du Covid. Mais il y a aussi des causes plus structurelles, comme un grand nombre d’outils existants, un déficit de communication pour rendre l’outil visible. Et puis il y a une pénurie générale de candidats. Beaucoup sont en reconversion ou très éloignés de l'emploi. »

 

Territoire et entreprises

 

L’expérimentation est arrivée à son terme, du moins pour sa première phase. Andere Nahia considère que l’objectif de créer des rencontres sur le Pays basque, donner à voir des entreprises du territoire qui recrutent, pas seulement les grandes, n’a pas vraiment été atteint. En effet, la conjoncture économique très mouvante a abouti sur notre territoire à une situation de plein-emploi depuis le dernier trimestre 2021.

 

L’outil est encore en ligne. Si les partenaires décident de le relancer, ce sera à la rentrée de septembre. Ils sont en phase de remobilisation des acteurs du territoire en lien avec les publics qui en auraient le plus besoin, ainsi que le tissu associatif.

 

« Nous devons reprendre notre bâton de pèlerin, c'est surtout une question de moyens et de temps. On a pensé que l'outil allait vivre tout seul, sauf que l'animation est un poste très chronophage, la mobilisation des acteurs aussi. Le principe de réalité nous a rattrapé. On se demande aujourd’hui si nos moyens sont suffisants pour mettre en œuvre un tel projet, parce que c'est un travail de fourmi. Pour la suite, il faut qu’on se mette d'accord sur un plan d'action qui permette de faire sens et d'être une bonne réponse à un vrai besoin. 

 

Désormais le collectif de porteurs de projet ainsi que ses partenaires pensent une réorientation de cible et d’utilisation de la plateforme afin de conserver son caractère pertinent. Cet outil se singularise des autres par la réunion de 3 services, la dépose d’offres, le recueil de candidatures et les rencontres en direct entre décideurs et candidat(e)s à l’emploi. S’appuyer sur les réseaux professionnels existants semble répondre à un besoin de leur part.

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April 10, 12:12 PM
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Redonner le pouvoir d'oser

Redonner le pouvoir d'oser | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’APEJ-APP Cognac Ouest Charente et Saintes propose, entre autres, des accompagnements à l’orientation, à la reprise d’activité des demandeurs d’emploi et à la reconversion professionnelle. Son projet « Inter’actions » s’adresse à un public souhaitant reprendre confiance en lui pour se projeter dans un avenir positif. Après une mise en place à Saintes en 2023, il doit débuter courant avril sur le territoire de Cognac.  "Inter’actions" est financé par l'appel à projets régional "mobilisation vers la formation" et à venir par le FSE régional ainsi qu’un co-financement conseil départemental de la Charente.

 

D’où vient l’idée d’Inter’actions ?

Inter’actions vient de notre envie de changer notre manière traditionnelle d’accompagner les publics, sortir des standards, ne plus mener des actions cadrées, avec une date de début, une date de fin, le même programme pour tout le monde. Cette approche fonctionne de moins en moins, les publics en difficulté ont écumé nombre de dispositifs avec toujours le même process. Ils n’ont plus envie ou plus confiance. Même si on peut noter quelques bons résultats, les publics sont de plus en plus de réfractaires à ces accompagnements stéréotypés. Donc il fallait imaginer une autre approche.

 

Quel était l’état de vos réflexions ?

Depuis plusieurs mois déjà, nous rencontrons de moins en moins les usagers dans un bureau en face à face ou dans une salle où tout le monde fait la même chose. Depuis le dispositif individualisé de positionnement à l'emploi (DIPE), nous avions déjà réfléchi avec les acteurs locaux, à une approche plus contextualisée et autant que possible hors les murs pour se rapprocher du terrain. Les mises en situation des bénéficiaires permettent qu’ils deviennent acteurs de leur parcours.

 

Lorsque l'appel à projet est sorti, forcément ça nous a parlé. Nous étions déjà dans une dynamique de déploiement et d’innovation avec les acteurs du territoire. Nous avions pleins d'idées pour développer des projets qui permettaient de travailler hors les murs, de permettre aux bénéficiaires de se remettre en action et de pouvoir leur faire conscientiser leurs capacités et compétences. Nous avons débuté sur Saintes, parce que nous étions déjà sur l'accompagnement des jeunes en rupture. Notre partenariat local fonctionnait bien, on s'est appuyé dessus pour rédiger notre dossier.

 

Est-ce que vous aviez déterminé un public particulier ?

À l’origine, nous voulions cibler tous les publics éloignés de l'emploi. Mais on avait une idée derrière la tête, essayer de capter des personnes non-inscrites, qui ne bénéficient plus d’aucun accompagnement. Un public tellement éloigné de l'emploi qu’il n’y pense même plus. Je crois que, pour l’essentiel, nous avons réussi à capter ces personnes. Nous avons aussi eu des publics de Pôle emploi mais plutôt ceux qui étaient au chômage depuis un grand nombre d’années.

 

Quelle approche avez-vous choisie ?

Nous avons repris les grands principes du DIPE et du Cléa, qui consistent à mettre les gens en situation professionnelle et reconnaître leurs compétences. Nous avons poussé plus loin ces constats pour travailler à faire reconnaitre aux personnes leurs capacités et compétences et avons permis, par l’obtention de badges, de valoriser ces atouts. Nous avons proposé cette démarche au service des projets et actions formation en intégrant de la pratique réflexive. Nous avons levé les cadres, les obligations et les calendriers figés (un rendez-vous par semaine) par les commandes des financeurs (trois mois d’accompagnement). Nous nous sommes appuyés sur le relais des ateliers partenariaux. Ainsi, nous levons toutes les barrières en redonnant aux usagers le pouvoir d’oser. Notre idée était de démontrer que nos repères ne sont pas leurs repères, que nos envies ne sont pas les leurs et que nos idées ne leur correspondent pas. Nous avons fait le pari de les écouter et de prendre en considération leur attentes et envies dans le respect de leurs capacités.

 

 

Qu’entendez-vous par travailler autrement ?

Travailler autrement, ça veut dire par exemple ne pas parler emploi, ne pas parler formation, ne pas parler d’obligations, parce qu'il y a des publics à qui cela fait peur. Ça veut dire essayer de capter des publics qui ne croient plus en rien et qui ne sont plus dans le système France Travail, mission locale ou autre. Nous avons un rôle à jouer pour leur permettre de retrouver confiance en eux, d’oser et de se reconnaitre des compétences. Nous avons enclenché une nouvelle dynamique pour leur permettre de se projeter dans un futur où ils auront une place. C’est la genèse de notre réflexion. D’un côté il y a plein d'entreprises qui cherchent du personnel, de l’autre des gens qui n'ont plus confiance et qui ne veulent plus y aller. On s'est dit qu’on allait leur faire confiance et construire avec eux leurs parcours en respectant le rythme et les besoins des uns et des autres.

 

Comment s’est faite la mise en œuvre de votre action ?

Nous avons effectué un travail de repérage avec les associations locales. Nous sommes allés sur leur terrain, rencontrer les usagers au jardin public ou à la collecte des Restos du cœur. Certains n’avaient pas envie de venir nous voir, mais petit à petit, nous avons pu, avec le concours des acteurs des associations, les convaincre de nous faire confiance. Notre approche sans obligation nous a permis de partir de leurs envies, de leurs centres d’intérêt, mais également, en écoutant leurs craintes et leurs inquiétudes, de les mobiliser pour nous rencontrer et pour participer à des projets et activités en interne, ou dans les ateliers de nos partenaires associatifs.

 

Cet accompagnement hors les murs et sans contrainte, basé sur le volontariat a permis de leur redonner envie et de prendre conscience de toutes les compétences qu’ils pouvaient déployer dans leurs actions au quotidien, activités quotidiennes qu’ils n’identifient pas spontanément comme intéressantes comme cuisiner, s’occuper de leurs enfants, bricoler, aider leurs voisins. Par exemple, ils ont mis en place des petits ateliers comme la cuisine placard, ils ont pu fabriquer un nichoir, un cadre, … Ils sont progressivement devenus acteurs, ont repris confiance. Avec cette reprise de confiance, ils se sont organisés en petits groupes et ont émis le souhait de pouvoir aider les autres, être utiles.

 

Cela consistait en quoi ?

Ils ont alors réfléchi à un projet qui faisait sens pour l’ensemble des bénéficiaires du groupe. Ils ont choisi de s’occuper de la collecte des jouets pour Noël. Ils ont alors contacté les structures et les partenaires locaux, ils sont allés à leur rencontre pour collecter des jouets puis les nettoyer, les trier. Sans s'en rendre compte, ils ont monté une vraie entreprise. Ils ont fait un véritable travail, dans lequel ils se sont totalement investis.

 

Par la pratique réflexive, ils ont pris conscience qu’ils avaient développé des compétences transposables dans la vie professionnelle. Ils ont compris qu’ils avaient déployé des capacités et que celles-ci pouvaient être transférées vers des activités professionnelles, avec pour certains des besoins de formations complémentaires. C’est alors que tous se sont projetés dans un avenir professionnel, alors que certains cumulaient dix ans d'inactivité.

 

À quel moment une personne est-elle prête à passer à une étape suivante ?

C’est au moment où la personne prend conscience qu’elle a des compétences, qu'elle a la capacité d’aller plus loin et qu’elle retrouve du sens à agir, qu’elle se projette dans un emploi ou une formation. Nous avons accompagné ces temps collectifs par des temps individuels permettant de lever les freins pour lui permettre de sauter le pas vers un emploi ou une formation. Une fois que la personne a retrouvé sa place dans la société, elle est en capacité de réaliser ses démarches et retrouver de l’autonomie. Les résultats parlent, entre les retours en formation continue, les entrées en SIAE et dispositifs de droits communs comme Amorce de parcours, et la validation de la certification CLEA et de badges numériques, les bénéficiaires ont retrouvé l’envie d’aller de l’avant.

 

En complément de nos actions, nous avons également visité l’AFPA et des CFA, demandé l’intervention de l’Espace Régional d'Information de Proximité (ERIP) et de professionnels pour ouvrir les horizons. Tout cela est facile quand les personnes sont prêtes. En même temps, nous faisons attention à ce qu’elles ne se sentent pas tellement bien chez nous, qu’elles seraient tentées de s’installer. Notre volonté est toujours que nous soyons juste un tremplin au service de leur avenir.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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March 21, 6:42 AM
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De la valorisation en insertion

De la valorisation en insertion | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

L’entreprise d’insertion Asmaco, pour ASsociation MAtériaux COnfluent, est née en 2022 d’une rencontre fortuite, un déjeuner au cours duquel est évoqué un problème rencontré par un grand distributeur, Cdiscount. Il concernait leurs produits refusés à la livraison, retournés après avoir été déballés, ou dont l’emballage était endommagé. Seule solution à l’époque, revendre la marchandise à vils prix à des soldeurs. Mais l’entreprise avait la conviction qu’il était possible de pousser bien plus loin le niveau de valorisation, et que ces produits avaient plus de valeur que ce qui en était tiré.

 

Pour Thomas Pinet, directeur général du Groupement d’Insertion du Confluent (GIC), c’était l’occasion de proposer une nouvelle approche à l’entreprise. « Nous les avons rencontrés pendant une journée pour évoquer le projet. A l’issue, nous avons décidé de tenter l’expérience. Deux mois plus tard, nous avions le local, le premier salarié, la demande d'agrément était faite pour avoir le conventionnement en tant qu’entreprise d'insertion. Et puis c'était parti. C'est un peu notre raison d'être dans l'Insertion par l’Activité Economique, de créer des modèles alternatifs, et de répondre à des sujets que l'économie classique ne sait pas traiter. »

 

« L’entreprise ne connaissait pas l’IAE, notre discours a été simple : retenez ce qu'on fait, que vous trouvez bien, pas besoin que vous deveniez des pros de l'IAE pour qu'on puisse travailler ensemble. En plus de ça, la seule chose qui nous intéresse, c'est de créer de l'emploi non délocalisable, en insertion. Vous avez un problème, nous avons la capacité de vous proposer un modèle un peu innovant et structurant, faites-nous confiance et on aura quelque chose de plus vertueux demain. »

 

Le GIC a choisi de créer une nouvelle association à part entière, intégrée au groupement. Activité principale d’Asmaco, recevoir des meubles neufs, jamais montés, si besoins retapés au sein d’un véritable atelier de menuiserie entièrement équipé. Tous les types de meubles peuvent être pris en main, du gros dressing d'angle à la chaise, en passant par le lit, le canapé, la commode ou la table. En moyenne, 90% des produits sont ainsi valorisés, bien au-dessus des 60% initialement évalués pour équilibrer le budget prévisionnel demandé par la DDEETS.

 

Contrôle qualité

 

Choix a été fait, dans un premier temps, de monter tous les meubles reçus, afin d’apprendre à repérer ce qui fonctionne ou pas, d’être capable de contrôler l’état d’un carton. « Aujourd’hui, nous avons deux schémas de fonctionnement. D’abord, nous vérifions si le produit est complet. S’il n'a aucun défaut, on ne le monte pas. Mais à partir du moment où il manque de la visserie, qu’il a un coin cassé, là on va l’assembler, reprendre ce qui est nécessaire. Aujourd’hui, nous sommes plutôt à 70% des meubles montés. » Pour ce faire, Asmaco a intégré des compétences nouvelles, en la personne d’une encadrante technique menuiserie, en capacité de retaper les meubles.

 

Pour organiser le flux sortant, la solution le Bon coin s’est avérée la plus efficace. Les meubles sont pris en photo, les annonces mises en ligne par une personne en insertion chargée de les actualiser régulièrement. Grâce à ce process, tous les produits partent en moins de 30 jours. Les ventes se font en direct à l’atelier, sur le site d'Aiguillon (Lot-et-Garonne). Pas d'expédition, afin d’éviter d’avoir à gérer des problèmes de logistique. Le prix des meubles est inférieur de 30% à ceux affichés sur le site de Cdiscount. Les bénéficiaires du RSA, les primo arrivants, les personnes en situation de violences conjugales, les salariés des structures d'insertion du département, ont droit à 20% de remise additionnels.

 

Asmaco maîtrise désormais les flux entrants et les flux sortants. Sa priorité actuelle est de trouver un volume conséquent de marchandises à valoriser, afin de poursuivre son développement. « Notre partenaire était prêt à nous accompagner étape par étape, sur une expérimentation de 12 à 18 mois. Il nous a vraiment accordé du temps. Pendant plus d'un an, ils nous ont livré gratuitement les produits pour que l’on construise le modèle, qu’on le teste, que l’on consolide aussi nos apports financiers avant d'aller un peu plus loin. Nous avons pu choisir le rythme et la nature des livraisons. Aujourd’hui, nous avons la capacité d’absorber 40 produits par semaine. Si nous voulons aller au-delà, il faudra sans doute embaucher et nous agrandir. Mais nous avons encore un peu de marge là-dessus. »

 

La structure compte 3 personnes, qui ont toutes suivi les formations Caces et sauveteur secouriste du travail. Une réflexion est en cours sur l’intérêt de leur faire suivre également la formation d’agent valoriste proposée par le Cluster Economie circulaire et valorisation des matériaux recyclables à Damazan. « C’est le tronc commun sur lequel on peut ajouter des formations individuelles, en fonction des projets professionnels de chacun, plutôt autour des métiers de la logistique. Mais si certains sont bons sur la partie menuiserie, pourquoi pas basculer sur des formations de menuisier si cela peut répondre à des besoins. »

 

Respecter l'esprit IAE

 

Thomas Pinet estime que pour que le modèle réussisse, il faut qu’il atteigne un volume d’activité suffisant. Mais pas trop pour que la structure ne soit pas confrontée à un dilemme, qu’elle n’ait pas à faire un choix entre les produits à valoriser et ceux qui seront jetés à la benne. « Nous devons respecter nos indicateurs : les 90% de valorisation, pas d'ouverture le samedi, pas d'horaire de magasin, pas d’expédition. Ce sont eux eux qui garantissent qu'on n'est pas sur le secteur marchand et concurrentiel. C’est notre raison d'être, ce qui fait que nous ne sommes pas une structure comme les autres, qui pratique vraiment l'insertion sociale, sans chercher la rentabilité. »

 

A terme le modèle économique reposera sur l’achat de produits plutôt que sur la récupération. C’est déjà en partie le cas aujourd’hui. « Pour moi la garantie que le modèle perdure, c’est d'aller chercher le flux entrant, parce qu’on a constaté que tout se vendait. Pour la suite, nous allons essayer de développer notre modèle avec d'autres acteurs pour essayer de récupérer et revaloriser tout ce qui peut l’être. Nous avons eu des premiers échanges avec Conforama, pour diversifier nos partenaires, ne pas dépendre que d’un seul. Il y a aussi beaucoup d’appels à projets sur le réemploi, comme la mobilité il y a 10 ans. Mais je pense qu'il ne faut pas dépasser les 20% de financement public. »

 

Asmaco envisage que son exemple soit dupliqué un peu partout en France. Mais elle n’a pas vocation à s’occuper elle-même de cet essaimage. Elle peut en revanche identifier des acteurs qui auront la capacité de le faire. Elle ouvre d’ailleurs ses portes à d’autres structures qui viennent passer une ou deux journées sur place pour en savoir plus sur le fonctionnement et repartir avec des pistes de travail.

 

« Ce n'est pas notre rôle d’installer des Asmaco partout dans l’Hexagone. Je ne connais pas les autres territoires, je n’ai pas d’ancrage sur place, je ne sais pas qui fait quoi. Arriver de nulle part alors qu’il y a peut-être déjà des gens qui ont déjà la même activité, ça n’a ni queue ni tête. Les structures qui sont venues nous voir de Marseille ou de Rouen, des structures d'insertion également, ont été contactées par Cdiscount, toutes avec le projet de s’inspirer de notre expérience et de l’adapter à leurs réalités locales. »

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March 7, 9:50 AM
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L’E2C Limousin ouvre ses portes

L’E2C Limousin ouvre ses portes | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Depuis une quinzaine d'années, en plus de ses activités de formation classiques, le CFPPA Les Vaseix-Bellac développe une filière insertion et cordonne des actions sur l'accompagnement au projet professionnel et à la remise à niveau. Dans le cadre d'une analyse des dispositifs existants, le centre avait constaté qu'il n'existait pas d’Ecole de la 2e Chance (E2C) en Limousin. Alors que, pour Annie Demay, responsable développement, le concept correspondait exactement aux valeurs du centre. « Nous avons l’expérience de dispositifs comme Socle de Compétences, Amorce de parcours, PAIR (Intégration Professionnelle des Réfugiés)… et on a créé une formation appelée Equilibre, qui aide les personnes à reprendre confiance en elles, en utilisant des pédagogies innovantes comme l'équimédiation, une conseillère en image, une sophrologue, une psychologue, etc. »

 

L’E2C est donc apparue comme une suite logique du travail engagé en réponse aux besoins du territoire, de disposer d’un service de proximité pour accompagner les demandeurs d'emploi vers la formation qualifiante ou l’emploi. La réflexion initiale s’est poursuivie avec le réseau national des E2C, des visites de plusieurs autres écoles en (Châtellerault, Nevers) pour échanger et s’inspirer de leurs expériences.

 

Ce travail préparatoire s’est concrétisé à l’occasion d’un appel à manifestation d'intérêt lancé au printemps 2023*, donnant lieu à la création de la nouvelle école. Il s’agit d’une entité juridique à part, qui bénéficiera de l'ensemble des supports et des centres techniques du CFPPA. Deux sites sont prévus, un en Haute-Vienne au Vaseix, l’autre en Creuse à La Souterraine où l’école sera située dans les locaux de la maison de l'emploi de la formation, qui accueille déjà tous les acteurs locaux.

 

 « Nous avons une roseraie, un atelier maraîchage, une forêt domaniale dans laquelle les jeunes vont pouvoir faire du sport, un centre équestre pour faire de l'équimédiation, un pôle économie sociale et familial pour travailler, par exemple, sur des notions mathématiques par le biais de recettes de cuisine. Avec notre théâtre de verdure nous pourrons non seulement faire du théâtre, mais aussi des cours de français en extérieur. On est vraiment dans un cadre verdoyant aux portes de Limoges, une bulle à part dans laquelle on va permettre aux jeunes de se reconstruire. Nous avons beaucoup réfléchi aux façons de leur proposer quelque chose de différent du système scolaire dans lequel ils ont vécu. »

 

Des conditions idéales pour tous

 

« Nous avons l'expérience de l’insertion, de l’apprentissage, de la formation pour adultes. Nous connaissons bien les publics, notamment les différentes formes de handicaps, les troubles dys (dyslexie, dyspraxie, les difficultés de concentration, etc. » Le centre a aménagé chaque lieu pour qu'il ne ressemble pas à une salle de cours, en allant jusqu’à faire réaliser, par un chantier d'insertion, des meubles à l’allure « domestique », afin de mettre à l’aise les apprenants. Ils sont complétés par un matériel propre à faciliter la concentration.

 

Pour lancer l’activité, les premières entrées se sont faites en groupe début mars. Les intégrations suivantes s’effectueront petit à petit en entrées sorties permanentes, pour un objectif d’une centaine de jeunes en 2024. Le parcours moyen dure 7 à 8 mois, 4 mois pour les plus courts. Mais certains jeunes pourront être accompagnés jusqu’à 18 mois. La première étape est un mois d’intégration, suivi par le parcours de formation proprement dit. Lors de cette intégration, les jeunes découvrent une diversité d'ateliers, et sont positionnés en fonction de leurs envies et de leur projet professionnel, aidés en cela par une conseillère en insertion sociale et professionnelle, à temps complet sur le dispositif. Ils pourront ainsi bénéficier d’un parcours à la carte.

 

Le programme prévoit 30 heures par semaine, à l’exception du mardi après-midi consacré aux démarches administratives, et du vendredi matin afin que les prescripteurs viennent rencontrer les jeunes et faire un suivi avec eux. Pour mettre à jour leur dossiers, ils sont en autonomie, mais le centre leur donne des consignes de travail sur leur recherche de stage, les bilans de santé, les démarches CAF et France travail, etc. « Avec notre équipe pédagogique nous avons construit et planifié un ensemble d'ateliers, par exemple de remise à niveau en français, en mathématiques, de travail en collectif, des objectifs personnels. »

 

Les stages en entreprise représentent 40% de l’ensemble. La pédagogie repose beaucoup sur les expériences et les compétences acquises lors de ces périodes. La Ligue de l'enseignement s’occupera du sport et de la partie laïcité, et des intervenants extérieurs viendront animer des ateliers dans différents domaines : des chefs d'entreprise pour la création d'entreprise, une conseillère en image, un kinésiologue, des bilans de santé avec le CRESLI (Centre Régional d'Examens de Santé du Limousin), un atelier graphe pour aborder la dimension culturelle mais aussi scientifique (recherches, application de la peinture, etc.). Rien n’est figé, en fonction des besoins, de nouveaux ateliers peuvent être créés et leur contenu modifié à tout moment.

 

Reprendre confiance en soi

 

L’E2C du Vaseix s’adresse aux publics des quartiers prioritaires, des jeunes de 16 à 25 ans (jusqu'à 30 ans pour les bénéficiaires du RSA ou RQTH), qui ont totalement perdu confiance en eux, soit en raison de problèmes scolaires, de problèmes relationnels ou familiaux. La majorité d’entre eux ne devraient pas connaître de problèmes de mobilité, puisque le centre est à proximité du réseau de transport en commun de Limoges. Le site de La Souterraine, en centre-ville est lui aussi facilement accessible. « On aimerait pouvoir rendre le service disponible à tous les jeunes qui habitent en territoire rural, mais pour l'instant ça ne sera pas le cas. »

 

« Nous organisons des informations collectives, ou on se déplace dans les quartiers pour présenter le dispositif. C’est à ce moment que l’on vérifie si les jeunes adhèrent ou pas. En général, leur conseiller leur en a déjà parlé, mais ils peuvent avoir besoin d’informations complémentaires. Ensuite, on fait un entretien individuel avec un responsable de formation et une secrétaire administrative pour passer en revue leur situation, lister les premiers freins à l'intégration en formation.  C'est un public très volatil, si on ne les intègre pas dans les 72 heures, ils sont perdus. »

 

Pour l’instant, les garçons sont majoritaires. Mais le centre ambitionne d’atteindre la parité. « On sait que les filles ont les mêmes besoins, mais ont tendance à les cacher. Elles intègrent moins les dispositifs, elles essaient de se débrouiller seules. Il va falloir faire attention à communiquer spécifiquement pour le public féminin. Il faut aller vers elles, plus que vers les garçons, dans les associations sportives et culturelles qu’elles fréquentent, utiliser les réseaux sociaux, et sensibiliser les prescripteurs. »

 

« Ce que nous voulons pour l'école c'est travailler main dans la main avec nos partenaires, que le jeune ne soit pas baladé d'un dispositif ou d'une structure à l'autre. Nous proposons le fil rouge et le prescripteur peut l'accompagner tout au long de de la formation. Notre objectif, c'est d'être un maximum sur l'individualisation. Nous ferons des projets collectifs mais il n’y aura pas d'entrée date à date. »

 

L’E2C des Vaseix n’est pas encore labellisée. Pour obtenir cette reconnaissance, elle doit d’abord faire ses preuves, notamment en accueillant une cinquantaine d’apprenants. Un audit de labellisation interviendra en avril, à l’issue duquel elle disposera d’un logo personnalisé et pourra afficher officiellement son appartenance au réseau national.

 

 

* Etat, Région Nouvelle-Aquitaine, FSE, Département de la Creuse, Communauté Urbaine de Limoges Métropole, Communauté de Communes du Pays Sostranien, Communauté d’agglomération du Grand Guéret.

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February 1, 7:28 AM
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La prévention spécialisée au service de l'insertion professionnelle

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L’Association Départementale pour la Sauvegarde de l’Enfant à l’Adulte de la Vienne (ADSEA 86) intervient dans le champ de la protection de l’enfance et dans celui de l’insertion sociale et professionnelle. Son pôle Prévention, dont Emmanuel Delestre est directeur, anime depuis 2020 une action baptisée "De l’oisiveté de la rue au travail », lauréate du PIC Repérer et Mobiliser les Publics Invisibles (RMPI).

 

Comment avez-vous créé « De l’oisiveté de la rue au travail » ?

C'est en 2019 que nous avons entamé un travail avec la mission locale de Châtellerault et de Poitiers. Nous avons commencé à monter un dossier ensemble, avant que l’Association Régionale des Missions Locales ne dépose son propre projet. De notre côté, nous avons présenté le nôtre, puisqu’il n'était pas interdit de partir seul. Et nous avons été retenus. Notre proposition était de travailler à partir des quartiers pour accrocher et remobiliser les jeunes, en renforçant la prévention spécialisée sur les territoires de Poitiers, de Châtellerault et d’Angoulême.

 

Quel est le profil de votre public ?

Dans ces villes, les éducateurs de prévention spécialisée sont implantés sur tous les quartiers prioritaires. Ils s’adressent aux 16-25 ans. Avec le PIC, le public est celui des 16-29 ans, sans formation, sans emploi, sans stage (les NEET) sortis des radars. Etant donné que nous étions déjà en lien avec des publics sur ces territoires, disposer d’un poste de plus nous permettait d'aller plus loin et de mettre un focus sur ce public en rupture.

 

Quel était votre objectif de départ ?

Notre parti pris était de nous appuyer sur notre dispositif existant. Nous ne voulions pas créer un poste spécifique PIC qui aurait rencontré l’incompréhension des jeunes et risquait de dénaturer l’action des éducateurs déjà en place. Concrètement, nous voulions éviter de faire une distinction entre ces professionnels. Les jeunes sont extrêmement prudents vis-à-vis de l'adulte et en défiance par rapport aux institutions. Je pense qu’ils n’auraient pas compris pourquoi un troisième éducateur arrivait avec une mission différente. Donc nous avons constitué une équipe de 3 éducateurs en leur demandant d’élargir leur champ d’intervention jusqu’à 29 ans.

 

Quelle est votre approche ?

Les jeunes en rupture, les décrocheurs en voie de marginalisation, les gens qui ont connu une succession d'échecs, sont dans une forme de rejet des intervenants. L'idée de monter un groupe, par exemple, c'est déjà toute une affaire. Pour arriver à les remobiliser, il faut créer un lien de confiance. Et pour ça, il faut avoir des éducateurs en poste sur ces quartiers. Le nouvel intervenant PIC a pu s’appuyer sur ce lien de confiance ce qui lui a fait gagner plusieurs mois représentant une forte plus-value. Notre action passe ensuite par des petits riens, par les centres d’intérêt des jeunes afin de les amener là où on veut. On parle de leur quotidien, de leurs difficultés, c'est vraiment un art de l'ordinaire. C'est un travail qui prend énormément de temps. Pour ça, nous disposons de quelques outils.

 

Quels sont ces outils ?

En premier lieu, nous avons les chantiers éducatifs, qui sont un très bon support de remobilisation. Dans ce cadre, on propose un travail aux jeunes, qui va d'une demi-journée à plusieurs jours. Nous travaillons en partenariat avec des associations intermédiaires, la SATE 86 à Poitiers, Action Emploi à Châtellerault ou AISD’EMPLOI à Angoulême, qui se chargent d’éditer les contrats à durée déterminée d’usage, des déclarations URSSAF et de verser le salaire aux jeunes.  L’encadrement est assuré par les éducateurs de la prévention spécialisée qui travaillant aux côtés des jeunes. C'est un dispositif que nous avons beaucoup utilisé dans le cadre du PIC. Petit à petit, en fonction de ce qu'ils nous disent de leurs difficultés, de ce qu'ils veulent faire, on les éprouve à partir du chantier éducatif qu’on peut ouvrir à partir de 16 ans.

 

Nous avons aussi eu recours à « Explore l'Europe » à Angoulême, un dispositif qui permet à des groupes de monter un projet pour faire un séjour dans un pays de l’UEE. Quand on fait des projets européens avec les jeunes, ils passent physiquement des frontières géographiques mais aussi psychologiquement par le fait de s’ouvrir sur le monde et d’autres cultures, favorisant l’altérité. Pour finir, ils bénéficient également des accompagnements des missions locales, ou d’autres structures en fonction de leurs problématiques.

 

Selon vous, quels effets ont les chantiers éducatifs ?

Avant de rejoindre un chantier, il faut que l’éducateur sente que le jeune est prêt, ne serait-ce que pour y travailler une demi-journée.  Avant ça, il faut souvent qu’il refasse ses papiers, son cv, sa carte vitale, avoir un RIB pour se faire payer, etc. Avec ces éléments, on peut voir si le jeune est déjà dans une dynamique de remobilisation. Une fois qu'il est inscrit à l'association intermédiaire, encore faut-il qu’il vienne. Pour que ça marche, il y a tout le lien de confiance à créer entre lui et l'éducateur, ça prend de nombreuses semaines. L'avantage des éducateurs qui étaient déjà sur le terrain c'est que parfois ils ont vécu des séjours ou des sorties avec ces jeunes, ce qui leur a permis d’en repérer certains en amont. Le chantier éducatif est aussi un bon outil pour ceux qui vivent des parcours extrêmement chaotiques, y compris avec de la prison.

 

Au démarrage, vous étiez-vous fixé un objectif en nombre de jeunes accompagnés ?

Un peu moins de 300 sur 4 ans. Fin 2023, on en était à environ 140 jeunes. Nous avions misé sur 110 la première année, mais comme l’action a commencé début 2020, nous ne sommes arrivés qu’à la moitié. Compte tenu de la situation sanitaire, les sorties à la journée, les activités en petits groupes, tout cela a été très compliqué. Nous avons gardé des liens avec eux pendant toute cette période.  C'est un suivi souvent sur des mois parce qu'ils partent de loin, et il y a un travail à faire sur leurs papiers, leur vie quotidienne, leur remobilisation, etc.  Tout cela est très chronophage.

 

Nous avions mal anticipé ce côté chronophage. En fait, pour travailler auprès des invisibles, 4 ans c'est court. Il faut créer un lien avec eux, il ne suffit pas de leur proposer un dispositif. Cela prend des semaines, des mois, il faut arriver à se faire accepter sur le territoire. C’est l’avantage de la prévention spécialisée, elle évite d’être trop intrusif.

 

Vous savez quand un parcours commence, mais en moyenne combien de temps dure-t-il ?

C'est un peu le système des tamis. Le premier, ce sont les maisons de quartier, l’éducation nationale, etc.  Nous sommes le deuxième tamis, avec un maillage un peu plus serré. Il y a toute une partie des jeunes que l'on connaît vers 11-12 ans, plus on intervient tôt, plus on arrive à agir sur leurs problématiques. Et puis le troisième tamis, ce sont tous les jeunes qui sont passés à travers. C'est ceux-là qui vont demander le plus de temps de mobilisation, pour les amener à faire des démarches un peu autonomes, par exemple appeler un médecin, s’inscrire pour passer leur permis de conduire, trouver les ressources pour le financer. A un moment donné les choses s'enclenchent, permis, santé, prendre plus soin de soi. Petit à petit, ces jeunes s’autonomisent et reprennent leur place dans le jeu social. Mais les parcours peuvent durer 10 ans. Certains jeunes passent par la case prison, et quand ils sortent, ils reviennent nous voir pour participer à un chantier par exemple. C'est très aléatoire. Mais il y a toute la partie où on va devoir le soutenir, le tirer, et cette dernière est très chronophage.

 

Vous semblez insister sur l’importance du temps dans le cadre de vos actions, qu’en est-il ?

On ne mesure pas assez le temps nécessaire pour accompagner ces jeunes. En matière de dispositifs tout existe aujourd’hui. Le vrai problème, ce sont les marches qu'il faut gravir pour que les jeunes se sentent suffisamment autonomes, qu’ils aient envie de progresser. C'est notre métier d’effectuer ce travail. Le principe de « l’aller vers » est un peu galvaudé en ce moment. Mais aller vers des gens n'est déjà pas simple, aller vers des jeunes en rupture, ça demande un vrai savoir-faire pour être accepté.

 

Selon moi, le métier est devenu plus difficile avec la dématérialisation, la situation des jeunes qui est plus compliquée sur le plan administratif. Et puis il y a des diminutions de moyens partout. Le métier est devenu plus dur aussi au niveau éthique et personnel, on se fatigue plus vite. Je suis content que nous arrivions à garder les éducateurs. Nous connaissons des problèmes de recrutement comme tout le secteur social et médico-social, problème d’attractivité des métiers, même si nous sommes pour le moment encore quelque peu épargnés. Le milieu ouvert attire toujours, mais nous arrivons à la limite.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :

https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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December 21, 2023 9:41 AM
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La coopérative des coopains

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KPA LA Rochelle est une association qui fait partie du réseau national KPA-Cité. Elle accompagne les jeunes de 16 à 25 ans à construire leur avenir par l'exploration entrepreneuriale et l’entrepreneuriat collectif. C’est dans le cadre d’un consortium que le réseau KPA-Cité a répondu à l'appel à projet du PIC 100% inclusion.

 

Présentez-nous KPA La Rochelle.

KPA La Rochelle c’est une association qui porte différents parcours. Le parcours la Fusée, un parcours destiné aux porteurs de tous types de projets, qui est comme une pré incubation. Pendant quelques semaines, les participants se retrouvent chaque mercredi soir pour faire avancer leur projet. Nous avons aussi le parcours Osmose, de janvier à juin, qui est une formation de 6 mois pendant laquelle des jeunes de 16 à 25 ans vont apprendre à gérer une entreprise, à faire des devis, des factures et réalisent des prestations. Pendant cette période, ils font également des stages en entreprise, et travaillent sur leur projet de vie au CFA de Lagord, pour mieux se découvrir.

 

Plus récemment, RestoKoop, ouvert en septembre, qui est co porté par Horizon habitat jeunes et par l'URHAJ. L'idée c'est que 5 jeunes participent, pendant 6 mois, à tous les aspects de la gestion d’un restaurant. Ils n’ont pas forcément vocation à devenir cuisinier, l’activité leur permet surtout d’acquérir certaines compétences, un rythme, des horaires, une posture professionnelle et une plus grande confiance. Et puis la coopérative « Les Coopains à bord » issue du programme Kpa-cité qui est le parcours qui a donné naissance à l’association il y a 5 ans, et par lequel nous avons répondu à l’appel à projet du PIC  100 % inclusion.

 

En quoi consiste Les Coopains à Bord ?

Les Coopains à bord est une coopérative jeunesse de services. Le programme vient du Canada. Son principe est de regrouper des jeunes pendant les vacances d’été, afin qu’ils proposent des services aux habitants des quartiers. Ils apprennent à gérer ensemble une entreprise coopérative et à proposer des prestations rémunérées. Après une première expérience menée ici, les jeunes et les accompagnateurs se sont dit que ce serait une bonne idée de continuer toute l'année. C’est comme ça qu’est née la coopérative les Coopains à Bord.

 

La particularité de KPA La Rochelle, c'est que nous nous adressons aux 16-25 ans, principalement des jeunes déscolarisés des quartiers prioritaires. Alors qu’ailleurs dans le réseau KPA-cité, notamment à Lille, c’est plutôt pour un public adulte. Soit ils sont déjà inscrits à la mission locale, soit nous faisons en sorte qu’ils les soient. Pour participer, ils signent un Contrat d'Appui au Projet d'Entreprise (CAPE) porté par l’association KPA La Rochelle.

  

Comment trouvez-vous les jeunes ?

Nous mobilisons tous nos partenaires, et nous allons à la rencontre des jeunes sur le territoire. On organise plusieurs réunions d'informations pour les jeunes, qui peuvent s’engager sur la base du volontariat. Nos partenaires connaissent le programme et nous les informons régulièrement. De toute façon, rien ne peut se faire sans les partenaires.

 

Nous accueillons une douzaine de candidats par groupe. En tout cas on a la capacité d’en accompagner une douzaine en même temps. Après, au cours de l’année, on en accompagne beaucoup plus. Aux Coopains à bord, ils viennent le mercredi après-midi donc ça permet aux jeunes scolarisés d’être là, ainsi que pendant toutes les vacances scolaires.

 

A quoi les jeunes s’engagent-ils ?

À tout moment les jeunes peuvent rejoindre la coopérative Les Coopains à Bord. L'idée c'est qu'ils viennent découvrir si elle correspond à leurs besoins. Ensuite on leur demande de prendre un véritable investissement, on veut leur inculquer cette notion d'engagement. Quand un jeune décide que c’est le bon moment, on signe un CAPE d’une durée de 2 mois à un an, renouvelable. C'est aussi une façon pour que les jeunes se sentent impliqués dans un projet. Nous on souhaite qu'ils s'engagent de 6 mois à un an, mais on ne les garde pas à tout prix.

 

Comment trouvez-vous vos clients ?

L'association a 5 ans d'existence maintenant, nous avons beaucoup de clients fidèles qui nous connaissent. Je pense notamment à la ville, à la SCIC TEO, aux Francofolies avec qui nous avons un partenariat depuis longtemps. Il y a toujours un moment dans l'année où nous menons plusieurs de démarchages, ça aussi c'est un apprentissage pour les jeunes. Les groupes évoluent, ils ont des capacités, des envies, des appétences différentes. Si on identifie que, par exemple, dans le groupe il y a beaucoup de d'intérêt pour l'audiovisuel, peut être que nous allons va prendre un temps pour aller démarcher des clients dans ce secteur.

 

De quel type sont vos prestations ?

Les prestations proposées par les Coopains sont multiservices. Notre objectif c'est que les jeunes découvrent des activités différentes, avec des entreprises et des partenaires différents. C’est pour eux une façon de mieux se connaître, découvrirent ce qu'ils aiment faire. On veut conserver cette ouverture, donc on ne se spécialise pas. Aux Francofolies par exemple c'était l'accueil et l’orientation des flux des publics, de la distribution de goodies, du ramassage des gobelets pour les mettre dans les bons bacs à tri, etc. A la guinguette du Gabut, c'était l’installation et la désinstallation du site, des tables des chaises, le tri des poubelles.

 

On ne s’interdit pas d'intervenir dans des domaines très différents. Il y en a plein que nous n’avons pas encore exploré. Par exemple les vêtements de seconde main. J'ai récemment rencontré une entrepreneuse qui travaille dans ce domaine-là, et qui aurait peut-être des besoins ponctuels pour du tri.  A voir si peut intéresser les jeunes.

 

En pratique, ça se passe comment ?

Le mercredi après-midi, il y a un temps collectif. Ensemble, les Coopains prennent connaissance des courriels reçus, regardent s'il y a des demandes de prestation. Ils vérifient qu’il y a tous les détails nécessaires pour répondre, dates, horaires, nature de la demande, etc. Sinon, on appelle le client. Ensuite ils décident d’y aller ou pas. Si tout est calé, ils envoient un devis et organisent la prestation. Ce ne sont pas forcément les mêmes qui contactent le client, établissent le devis, font la prestation ou préparent les factures. Ça dépend des disponibilités et des envies des uns et des autres. L’important c’est qu’ils soient tous au courant, qu’ils aient tous la même information. Potentiellement toutes les personnes qui ont participé à la réunion du mercredi peuvent intervenir d'une manière ou d'une autre sur la même prestation.

 

Quel est le rôle des accompagnateurs ?

Nous faisons le lien dans le sens où on s'assure auprès du client qu'il a bien compris le cadre d'intervention, le public qui va venir.  Evidemment on s’assure que les jeunes soient en sécurité, pas que physiquement, mais aussi dans le sens du cadre dans lequel ils vont évoluer, pour qu'ils se sentent en assurance et en autonomie. C’est nous qui définissons ce cadre, surtout quand il y a des mineurs. Notre règle, c’est que les jeunes n’agissent pas seuls. Ils sont toujours au minimum en binôme. C’est important pour la prise de confiance. Parfois les clients ont besoin de plusieurs personnes, la prestation dépend du besoin et de la demande.

 

Vous effectuez un suivi après la sortie de l’action ?

C’est quelque chose qu'on aimerait bien mettre en place. Pour l’instant nous préparons la sortie des jeunes, c’est très important. On les aide à prendre conscience des compétences qu'ils ont acquises, avec des temps d'entretien individuel, des ateliers CV, etc. Et surtout, comme nous sommes très ancrés dans un maillage local, nous sommes en lien avec les conseillers de la mission locale, pour essayer de s’assurer qu’il y aura une suite pour eux. En revanche il n’y a pas de suivi à 6 mois.

 

On a pour projet de créer une communauté des anciens, parce qu'il y a une vraie fierté d'appartenance et beaucoup de liens qui se créent entre les différents parcours. En général, au-delà d'un an, on sent qu'ils ont appris ce qu'ils avaient à apprendre. Les derniers mois de leur présence, ils peuvent jouer le rôle des plus anciens qui vont former les nouveaux arrivants. C'est intéressant en termes de transmission entre eux. Et puis souvent au bout d'un an, ils partent vers d'autres horizons, nous souhaitons que ce soit un tremplin vers de nouveaux projets.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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September 21, 2023 7:39 AM
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Le sport au service de l’apprentissage des savoir-être

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Hugo Lanvers est directeur de Sport Emploi, association créée en 2005 à Floirac par Jean Trillo, ancien international du XV de France, qui voulait s’appuyer sur les valeurs du sport pour mobiliser les jeunes en difficulté d'insertion. Aujourd’hui, Sport Emploi travaille sur l'impact social du sport. Son cœur d'action reste l'insertion professionnelle, mais elle intervient aussi sur d'autres champs comme l'éducation, la cohésion sociale, la santé, le bien-être. Son projet Mobi’Sport est financé par l’appel à projets régional « Mobilisation vers la formation ».

 

D’où vient le programme Mobi’Sport ?

Mobi’Sport a été créé en s'appuyant sur la pédagogie que nous avions mise en place il y a 10 ans pour le dispositif « AVI passeport », en partenariat avec l'IUT de Bordeaux. AVI passeport fonctionne bien, sa pédagogie est pertinente, elle a vraiment un impact sur le public. Mais son accès est un peu restrictif, puisqu'il impose des prérequis scolaires, au moins un niveau terminale. Nous avons réfléchi à un programme qui puisse répondre aux besoins d'un public plus étendu. Nous avons créé Mobi’sport en 2021, comme un parcours de remobilisation du public, d’une durée d’un mois. Nous en sommes à la troisième année, à raison de 3 sessions par an pour des groupes jusqu'à 20 participants.

 

En quoi consiste-t-il ?

Mobi’Sport est un programme de remobilisation par le sport et de travail sur les savoir-être. L'idée c'est qu'ensuite, les personnes puissent trouver un projet, quel qu'il soit, pas seulement un projet professionnel. Et on ne cible pas de secteurs en particulier. Le sport est notre support principal, mais nous proposons différents types d'ateliers d'accompagnement socioprofessionnel. Par exemple sur la prise de parole, du théâtre, du conseil en image, la connaissance de soi ou les techniques de recherche d'emploi.

 

A quels publics est-il ouvert ?

On ne ferme la porte à personne. Il y a toujours une problématique de départ, ce sont des gens éloignés de l'emploi ou de la formation, à des degrés divers. Nous avons surtout des participants de 16 à 30 ans, quelques-uns plus âgés. Le côté intergénérationnel est intéressant pour la remobilisation, en particulier pour les plus jeunes. Il a un vrai impact sur leur façon de se comporter. Les profils sont assez variés, nous avons des personnes très isolées qui ont juste envie de retrouver des interactions sociales, d’autres qui ont déjà une idée précise de leur projet professionnel, mais qui ont encore quelques freins sur lesquels il faut travailler, des questions d’addiction parfois. Souvent, c’est un problème au niveau de la posture, et ça ne passe pas toujours avec les employeurs.

 

Comment trouvez-vous les participants ?

Certains nous sont envoyés sur prescription. Nous travaillons beaucoup avec la mission locale des Hauts de Garonne, Pôle emploi, des partenaires associatifs, les CCAS, la Maison Départementale des Solidarités. A côté de ça, nous faisons des réunions d'information collective. Et nous avons développé des actions de proximité, notamment le projet « sport impact » qui consiste à organiser des séances de sport gratuites en pied d’immeuble. Cela nous permet de nous ancrer sur le territoire et d'être identifiés par les habitants. Le bouche-à-oreille fonctionne bien, les gens savent ce qu'on propose, ils viennent aussi par ce biais-là.

 

Avant l’entrée dans le programme, nous faisons toujours des entretiens individuels, pour vérifier si Mobi’Sport est pertinent pour la personne, si c’est adapté à sa problématique. On évite d’accepter des gens qui viennent juste pour se défouler, mais qui n’ont pas de besoins par ailleurs. Pour nous, le projet professionnel est un véritable objectif, même si le parcours ne dure qu’un mois.

 

Quel est l’apport particulier de l’approche par le sport ?

Le sport c'est le respect des règles, une notion de cadre qui est très importante et dont les jeunes ont vraiment besoin.  Pendant un mois, ils viennent tous les jours à 9 heures, du lundi au vendredi, ce qui nous permet d'installer ce cadre. On insiste beaucoup sur la ponctualité. La différence par rapport à un dispositif classique, c’est l'utilisation du sport, qui se fait moins à la mission locale, et la densité du programme qui crée une vraie dynamique. L'équipe est différente aussi, puisque nous avons surtout des éducateurs sportifs, ainsi qu’une conseillère en insertion professionnelle.

 

Exigez-vous des prérequis en sport ?

On va avoir tout type de profil, il y en a qui ne font que très peu de sport et ça se passe très bien, puisque les ateliers sont aménagés pour intégrer tout le monde. Le seul prérequis, c’est d’avoir un certificat médical d’aptitude à la pratique sportive. Certains nous disent que le sport, ça n’est pas trop leur truc. Le programme les attire, mais ils se demandent s’ils vont être au niveau. On leur explique qu’on ne cherche pas la performance.  

 

Comment s’organise une journée type ?

D’abord le sport le matin. Chaque jour, nous travaillons sur une compétence, des savoir être attendus par les entreprises, indispensables pour un emploi ou une formation. Par exemple, on va faire une séance de foot-communication avec des ateliers construits pour que les groupes abordent les différentes formes de communication et progressent presque de façon inconsciente. Nous travaillons aussi sur l'autonomie, la persévérance, le respect des règles, la proactivité, etc. L'après-midi, les différentes activités sont en lien avec ce qui a été travaillé le matin.

 

Dans notre équipe pédagogique, les éducateurs sportifs font le lien avec la conseillère en insertion sur le parcours de chaque participant, en signalant ce qu’ils ont observé le matin. Par exemple un jeune un peu renfermé, qui a tendance à ne pas trop s’exprimer en entretien, mais qui pendant les séances de sport va révéler des qualités de leader, qui va aider les membres de son équipe. Nous travaillons avec ces éléments, on cherche à faire prendre conscience au jeune que c’est quelque chose qu’il peut valoriser.

 

Que faites-vous spécifiquement par rapport au projet professionnel ?

Nous abordons le sujet tout de suite parce que c'est une réalité, on n’a pas peur de leur faire peur. Quand la confiance est instaurée, les jeunes arrivent à en parler assez librement. Le sport a aussi ce côté cohésion de groupe qui permet de créer un lien de confiance. Je trouve qu'on arrive assez bien à parler avec eux de projet professionnel. Les participants sont très bienveillants entre eux, ils se livrent plus facilement, ils arrivent à dire des choses très personnelles.

 

Tout au long du mois nous leur proposons des découvertes métiers et des visites d'entreprises, dans plein de secteurs différents, parfois des secteurs vers lesquels ils ne se tourneraient pas. Mais c'est important de les ouvrir sur ce qu’ils ne connaissent pas. On fait en sorte que le jeune se pose des questions sur lui-même, sur ses caractéristiques, sur ce qui lui plaît. En face, on regarde ce qu'il y a sur le marché, quel secteur, quelles possibilités, il faut prendre le temps. Notre slogan cette année, c’est « du temps pour moi et mes projets ».

 

Que considérez-vous comme une sortie positive ?

Une sortie positive se traduit principalement par l’intégration en emploi, en formation ou dans un parcours d’accompagnement. Pour autant, nous attachons aussi beaucoup d’importance à l’évolution des comportements lors de la remobilisation. Certains jeunes peuvent être particulièrement renfermés au début, difficiles d’accès. Si nous les voyons évoluer dans leur posture professionnelle, leur rapport aux autres, leur capacité à se conformer au cadre mis en place, c’est gagné. Ça a d'autant plus de valeur que nous en accueillons certains qui, non seulement sont très éloignés de l'emploi, mais aussi du système de manière générale.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

 

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July 6, 2023 8:32 AM
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La gastronomie au service de l’emploi

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« Des étoiles et des femmes » résulte d’une idée originale du chef étoilé Alain Ducasse. Son but est de mettre « l’excellence de la gastronomie » au service des femmes éloignées de l'emploi. En pratique, cette action propose à un public exclusivement féminin la possibilité d’obtenir un CAP de cuisine en un an, assorti d’un accompagnement socioprofessionnel. Pourquoi un public féminin ? D’une part en raison du fait que le personnel de cuisine est majoritairement masculin, d’autre part parce que le taux de chômage est plus important chez les femmes que chez les hommes. Enfin, à cause de la pénurie de profils qualifiés que connait le secteur.

 

« Notre sélection se fait sur la base de la motivation de la personne à intégrer ce dispositif. 10 mois de septembre à juin, 2 semaines de vacances sur l'année, avec un rythme d'alternance d’un mois de cours, 3 semaines de stage. C'est très intense, particulièrement pour des femmes qui ont souvent quitté l'école il y a plusieurs années, » précise Sonia Josefowicz, chargée de projet de l’association bayonnaise Céleste. « Deuxième chose importante, c'est que nous choisissons des femmes majeures, quel que soit leur âge, qui ne pourraient pas accéder à un CAP classique sans notre aide. Pour l’instant, on est sur une moyenne d'âge de 35 - 40 ans »

 

L'association Céleste existe depuis plus de 50 ans. Son domaine d’expertise est la petite enfance. C'est la première fois qu’elle porte ce type de dispositif. Elle fait partie des 13 structures qui animent ce projet un peu partout en France. Céleste a pris un tournant il y a 2 ans, parce que les familles sollicitaient de l’aide pour leurs enfants, mais qu’elles venaient aussi avec des difficultés familiales plus globales. « Avec ce projet, nous avons voulu aider l'ensemble de la famille. En soutenant les femmes éloignées de l'emploi à se former, à retrouver un emploi. C’est notre volonté de nous positionner de plus en plus sur des projets d'économie sociale et solidaire, par exemple sur la prévention sanitaire, la justice alimentaire et sur les inégalités. »

 

Formation et accompagnement socioprofessionnel

 

« Concrètement, c'est notre organisme de formation « Défi » qui porte « Des étoiles et des femmes », mais c'est le Greta qui dispense la formation au lycée de Navarre à Saint-Jean-Pied-de-Port. Il définit le contenu, la répartition des cours, les emplois du temps. De notre côté, nous nous chargeons de la partie administrative et de tout l’accompagnement socioprofessionnel. » Pour que les candidates suivent cette formation le plus sereinement possible, on les aide à lever certains freins comme la garde d'enfants, les remises à niveau en français, en mathématiques, la mobilité, l'achat de tenues professionnelles. La plupart sont hébergées en internat, les autres reçoivent une aide à la mobilité.

 

Pour trouver les participantes de la première promotion, qui a débuté en septembre 2022, tous les prescripteurs ont été sollicités. Service Départemental de la Solidarité et de l'Insertion, Pôle emploi, missions locales, PLIE, le GIP DSU à Bayonne, toutes les structures qui ont vocation à rencontrer des femmes éloignées de l'emploi ont été informées du lancement du dispositif.

 

Afin d’être retenues, les candidates doivent suivre plusieurs étapes, à commencer par un premier entretien individuel avec l’accompagnatrice socioprofessionnelle de l’association. Il est suivi d’un deuxième entretien pour répondre à des questions sur leur motivation, passer des tests de positionnement, des tests de compétences dans les savoirs de base, de manière à vérifier qu’elles aient un niveau suffisant pour le CAP.  Ainsi que des tests dans le domaine de la vie collective. « Notre but c'est que le groupe reste ensemble jusqu'à la fin de l'année. On étudie toutes ces évaluations pour effectuer une première sélection. Ensuite un jury se réunit, composé de restaurants partenaires, du Greta, d'une personne du lycée de Navarre. C'est à l'issue de ce jury que l’on sélectionne 12 personnes. »

 

Céleste travaille également en partenariat avec l’organisme de formation « Carrières & insertion » sur l’accompagnement social renforcé. Le programme comporte des ateliers sur la communication, sur la posture professionnelle, sur le sexisme au travail, le CV, la lettre de motivation. Ainsi que des ateliers bien-être, de réflexologie et de sophrologie. Il inclut également des visites d’entreprises, des vignobles, des fromagers, des agriculteurs, toujours liées à la cuisine, à l’alimentation et aux produits du terroir. Celles qui rencontrent plus de difficultés en cours peuvent bénéficier d’un soutien scolaire.

 

L’accompagnatrice socioprofessionnelle intervient quasi quotidiennement. Pour chaque problème, elle essaie de trouver une solution, qu’il s’agisse de questions de santé, de logement, d'addiction, de garde d'enfants… « les participantes arrivent avec tous leurs passifs et toutes leurs problématiques. C’est pour ça qu’il nous faut une personne au quotidien qui prenne en charge ces problèmes et trouve des issues. Nous faisons aussi des entretiens individuels tous les mois, pour faire le point sur leur progression, leurs problématiques, etc.. »

 

Une expérience valorisante

 

C’est l’association qui choisit les restaurateurs et place les stagiaires dans les différents établissements. La plupart d’entre eux souhaitent rencontrer la stagiaire avant de l’accueillir. Ils s’engagent à lui transmettre leur savoir, à lui apprendre le métier de cuisinier. Seule véritable condition, qu’ils adhèrent aux valeurs du dispositif. « Nous travaillons avec des restaurants étoilés et gastronomiques, la concurrence est un petit peu rude mais il arrive qu’ils proposent des contrats pour la saison, ou du temps partiel sur du long terme. La particularité du dispositif, c’est de viser l'excellence de la gastronomie. Cela permet aux stagiaires d’ajouter une belle référence à leur CV. »

 

La deuxième promotion est en cours de recrutement, pour un démarrage de la formation en septembre. « Même si on reçoit 30 personnes, mais qu’il n’y en a que 8 qui ont le profil, nous n’en retiendrons que 8. Il arrive que nous en écartions certaines lors du premier jury parce qu’elles sont trop diplômées. Ça n’est pas spécialement facile de dire à quelqu'un qu’on ne peut pas la prendre à cause de ses diplômes. En revanche, on les oriente vers d’autres formations. Dans un groupe, s’il existe une différence de niveau trop importante, ça se ressent dans la dynamique collective. »

 

« Notre première promotion fut une réussite et tous nos partenaires, professeurs compris, sont très surpris que nous ayons conservé 12 personnes jusqu’à la fin de la formation. Nous ne les avons pas lâchées. Pour ma part, ce que je retiens, c’est leur motivation. Je suis ravie de les voir aussi motivées, compte tenu de tous les problèmes auxquels elles doivent faire face. »

 

 

* "Des étoiles et de femmes" a reçu le soutien financier de la Région par l'appel à projets "soutien aux actions de développement dans les quartiers "politique de la ville".

 

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June 15, 2023 6:05 AM
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A La Rochelle, les Spielberg en herbe

A La Rochelle, les Spielberg en herbe | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Traditionnellement, le Festival International du Film de La Rochelle qui se tient début juillet, accueille des artistes en résidence durant toute l'année pour réaliser des projets de courts métrages, écrits et tournés dans l’agglomération rochelaise. Selon ses termes, il entend contribuer à la sensibilisation des jeunes spectateurs. Il veut aussi offrir un accès privilégié aux pratiques cinématographiques à différents publics, notamment ceux qui se trouvent souvent éloignés de la culture.

 

C’est dans le cadre de son dispositif « FEMA – Action ! », que le festival a pris contact avec la mission locale La Rochelle Ré Pays d'Aunis, afin qu’elle mobilise un groupe des jeunes et leur propose de créer un court-métrage en compagnie d’une réalisatrice bordelaise. La première rencontre s’est déroulée en 2022. Elle vient d’être reconduite cette année, avec la même réalisatrice qui a souhaité renouveler l’expérience.

 

« Le but c'est que les participants prennent vraiment part au projet, que les jeunes en soient acteurs de A à Z » précise Bénédicte Maurin, conseillère référente des actions culturelles. « Que ce soit au niveau de l'écriture, des dialogues et du scénario, même si la réalisatrice avait déjà son idée en tête, ainsi qu’au niveau de tous les aspects techniques du tournage, la prise de vue, la prise de son, l’acting. » A l’issue, le résultat de ce travail sera projeté lors du festival, à l’occasion d’un après-midi dédié à la diffusion de tous les courts métrages réalisés pendant la résidence.  

 

Plus généralement, la mission locale est très axée sur l'accompagnement, la recherche d'emploi, la formation, l'insertion. Depuis quelques années, elle cherche à s’ouvrir à d’autres actions, notamment à dimension culturelle. Dans cet esprit, elle entretient notamment un partenariat avec les Francofolies et avec les Escales documentaires, le festival international de la création documentaire. L’objectif est double. Ouvrir les jeunes sur ce qui se passe sur le territoire de La Rochelle, culturellement assez dynamique. Ainsi que mener un travail sur des nouvelles compétences et capacités, et sur la confiance en soi.

 

La valorisation par la culture

 

« Nous essayons vraiment de nous positionner un peu plus sur ce type d'actions, qui sont tout aussi valorisantes que de faire de la recherche d'emploi pure. C’est l’occasion pour les jeunes de démontrer leurs talents et de réelles capacités. C'est dans ce but que la coopération s'est faite avec le festival du film. Globalement, nos publics semblent très éloignés de tout ça. Le monde de la culture leur paraît assez inaccessible en fait. Pour nous, c’est l’occasion de leur dire qu’il existe des choses, parfois gratuites, auxquelles ils peuvent accéder facilement. On peut vraiment valoriser le jeune, compléter son CV, parce que la participation à un court métrage est un élément intéressant à y faire figurer. »

 

La mission locale devait réunir une demi-douzaine de jeunes, accompagnés par Anne-charlotte Giraud, une coordinatrice du festival. Une première réunion d'information s’est tenue en mars, en présence de la réalisatrice. Elle est venue présenter le projet, ainsi que le travail effectué l’année précédente, pour qu'ils se rendent compte en quoi il consiste réellement. Pas de sélection à l’issue. Le choix des participants s’est fait naturellement par libre adhésion. Il faut qu’ils soient en mesure de se rendre disponibles pendant une semaine, de plus à une période où beaucoup d’entre eux commencent à occuper des emplois saisonniers.

 

Les jeunes retenus ne correspondent pas à un profil particulier. « Quand on propose des actions de ce genre, nous les ouvrons vraiment à tout le monde. Nous savons qu'il y a des jeunes qui sont plus tournés vers les métiers du spectacle et de la culture. Ceux-là ont une plus grande appétence et vont peut-être venir plus facilement. D’autres ne se projettent pas du tout dans ce secteur mais, par curiosité, ils prennent ça comme une vraie occasion d’enrichir leur parcours. »

 

Pour les conseillers, c’est l’occasion de leur parler découverte des métiers et des emplois liés à la réalisation, dans tous ses aspects techniques. Certains des jeunes qui ont participé l'année dernière sont revenus pour la deuxième édition. « Pendant la semaine, mon rôle est d’accueillir les participants. Je fais un point dans la journée pour savoir si tout se passe bien. Nous n’avons pas l'obligation d'être présents, la réalisatrice et la coordinatrice du festival du film gèrent très bien les groupes sans nous. En plus les jeunes ont un travail à faire, ils partent filmer à l'extérieur, notre présence n’est pas forcément utile. »

 

On peut constater l’effet de ce type d’actions dans le parcours d'un jeune lors des entretiens individuels. Chaque conseiller fait un bilan avec le jeune qu’il accompagne. Elles peuvent également permettre de reprendre contact avec des jeunes qui n’étaient plus forcément en lien régulier avec leur conseiller. Cependant, il s’avère que dans leur majorité, ils ne sont pas particulièrement centrés sur les activités culturelles. Ils connaissent les Francofolies car elles sont très médiatisées, c’est beaucoup moins vrai pour un rendez-vous comme le festival du film.

 

Casser les représentations 

 

« Un de mes objectifs lorsque je veux développer des actions comme celle-là, c'est vraiment de leur faire découvrir tout ce qui peut se passer ici, parce qu'on sent qu'il y a une certaine distance entre les jeunes et la culture au sens large. Soit ils ne connaissent pas, soit ils ne cherchent pas à savoir, ou encore ils pensent que ça n’est pas fait pour eux. Ils peuvent avoir une image élitiste de certaines choses qui se passent sur La Rochelle. »

 

« Mon but est vraiment de leur montrer qu’ils y ont droit, que ça fait partie de la richesse de leur territoire. Et que des perspectives professionnelles leur sont ouvertes. Pas seulement à celles et ceux qui ont vraiment un intérêt pour ce secteur, qui voudraient évoluer vers tout ce qui est événementiel, culturel. Cette action leur permet d'avoir une petite porte d'entrée, de commencer à constituer un peu leur réseau. »

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’engouement des jeunes n’est pas plus fort pour les activités culturelles que pour d'autres actions. Ceux qui participent le plus, le font généralement parce que cela fait partie de leur projet. Finalement, ce sont des profils bien particuliers qui se lancent. Cela dit, les conseillers sont parfois très surpris par les capacités des jeunes à s’engager, à se dépasser, à progresser et à évoluer.

 

La valeur ajoutée de « FEMA – Action ! », c’est que les participants sont vraiment acteurs du projet, véritablement en immersion, au sein d’une équipe de tournage encadrée par des professionnels. Ils sont dans le « faire » plutôt que de se contenter d’être spectateurs. Pour autant, faire un court métrage, réaliser des petites capsules vidéo, nécessite un certain engagement.

 

« Quand on propose des projets qui sortent un peu de l'ordinaire au-delà du CV, des lettres de motivation, de la recherche d'offres d'emploi, les jeunes ont du mal à s’emparer les choses. Je pense que leurs préoccupations liées au contexte familial, social et professionnel peuvent freiner leur envie et leur curiosité. D’où l’importance de proposer des actions visant à la découverte de nouveaux univers. »

 

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May 4, 2023 7:54 AM
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Hope, un espoir pour l’intégration

Hope, un espoir pour l’intégration | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Caroline DANET est chargée d’études à la direction régionale de l’AFPA Nouvelle-Aquitaine. Elle est responsable d’un programme d’accompagnement des publics réfugiés baptisé HOPE. HOPE est lauréat national du PIC Intégration Professionnelle des Réfugiés (IPR).

 

Pouvez-vous nous présenter HOPE ?

Hope ça veut dire espoir, mais c'est surtout Hébergement Orientation Parcours vers l'Emploi. C'est un programme national financé depuis 2017 par les ministères du Travail et de l'Intérieur, qui a pour objectif de répondre aux besoins de main-d'œuvre dans certains secteurs d'activité, ainsi que d’aider les personnes étrangères à s'insérer dans notre pays. En région Nouvelle-Aquitaine, nous travaillons avec plusieurs Opcos comme Constructys pour le bâtiment, Akto pour les agences d'emploi. Plus récemment, OPCO EP pour le titre assistant de vie aux familles et l'Afdas pour l'hôtellerie de plein air.

 

Quel est le public concerné ?

HOPE est destiné aux bénéficiaires de la protection internationale et aux réfugiés ukrainiens qui bénéficient de la protection temporaire. En ce qui concerne les prérequis, il faut avoir un niveau A1 en français (niveau d'utilisateur élémentaire), signer le contrat d'intégration républicaine et recevoir l'aval de l'Office Français de l'Immigration et de l’Intégration (OFII). Au départ, on avait beaucoup de jeunes hommes isolés de moins de 26 ans, mais aujourd’hui on s'ouvre à tout profil adulte et célibataire, parce qu’on ne peut pas accompagner des mineurs ni accueillir des familles.

 

Comment identifiez-vous les bénéficiaires ?

C’est l’OFII et Pôle emploi qui sont chargés du sourcing. Il se fait beaucoup dans les structures d'hébergement, les Centres d'Accueil de Demandeurs d'Asile (CADA), les Hébergement d’Urgence des Demandeurs d’Asile (HUDA), et auprès de toute association en lien direct avec les personnes réfugiées. Il nous arrive aussi de présenter le dispositif aux structures avec lesquelles on travaille. De son côté, les Opcos s’occupent du volet entreprise, qu’il faut mobiliser avant de lancer une Préparation Opérationnelle à l'Emploi Collective (POEC).

 

Pendant la POEC, les bénéficiaires touchent une allocation formation par Pôle emploi. Ensuite, ils sont en contrat de pro, c’est un CDD, un vrai emploi à visée professionnelle. Pour AKTO, c’est de l'intérim. On leur parle rémunération, pour les rassurer, parce ils ont des besoins immédiats. A l’AFPA, ils bénéficient aussi d’un accompagnement social, de l’hébergement et de la restauration, qui sécurisent leur parcours de formation et d’intégration.

 

Comment se déroule un HOPE ?

En fait Hope, c'est 2 blocs. D’abord un bloc POEC, puis un bloc formation sur le titre. Pour lancer une session, il faut commencer par constituer un groupe de 12 personnes. La POEC est financée par Pôle emploi, elle inclut l’hébergement et de la restauration, qui sont pris en charge. Pendant cette période, les personnes suivent des cours de français à visée professionnelle. Ensuite on enchaîne, en fonction de l’Opco, soit par un contrat de professionnalisation et un parcours d’un an et plus, soit par un CDPI, un contrat de développement professionnel intérimaire, avec Akto.

 

Les sessions se déroulent uniquement dans les centres AFPA disposant d'un hébergement. De leur côté, les Opcos identifient des besoins auprès de leurs adhérents, sur un métier en tension et sur un territoire. On ne lance pas une session sans entreprises identifiées, sinon on prend le risque de mettre en difficulté les bénéficiaires. Tout le long du parcours, il y a aussi un accompagnement social pour répondre aux problématiques administratives, sociales, de logement, etc. En Nouvelle-Aquitaine, c’est un accompagnateur social de l’AFPA qui intervient.

 

Les participants à HOPE sont toujours ensemble ou mélangés avec d’autres apprenants de l’AFPA ?

Pour la formation en FLE, les stagiaires HOPE bénéficie d’une formation de français spécifique au programme HOPE. Durant la formation qualifiante, les réfugiés signent un contrat de professionnalisation et deviennent donc alternants, ainsi ils peuvent se retrouver sur les plateaux techniques avec d’autres alternants du centre, chose appréciable car cela accélère leur apprentissage en français.

 

 

Quel rôle jouent les entreprises ?

Le programme a été créé pour répondre aux métiers en tension. C’est dans l’intérêt des entreprises de participer au programme. Certaines voudraient bien en faire partie, mais ne peuvent pas, en raison de la barrière de la langue. Par exemple, dans l'industrie, les normes de sécurité doivent impérativement être comprises, sinon il y a un risque de mise en danger de la personne et des salariés. Je préfère une entreprise qui me dit non de suite, qu'une entreprise qui va s’engager mais qui n’ira pas au bout et nous laissera sans solution à l’issue de la POEC. L’Opco doit bien sensibiliser ses adhérents au public réfugié, leur faire comprendre que ça nécessite un suivi plus important qu’un stagiaire ou un salarié qui maîtrise la langue.

 

Cela dit, les réfugiés sont tellement motivés et impliqués, ils savent pourquoi ils sont là. Ils restent concentrés sur leur objectif. Même s'ils ont des lourdes contraintes privées ou personnelles, ils restent très motivés et très sérieux en entreprise. C’est ça qui est apprécié. 

 

Vous leur parlez de tutorat renforcé ?

Le tutorat est essentiel. On attend des entreprises qu’elles mettent un véritable parrain à disposition de la personne, qui va l'appuyer même au-delà du cadre professionnel. On lui demande si cela lui est possible, de prendre des nouvelles de sa situation, de lui faire découvrir la ville, le territoire, lui faire découvrir des choses en dehors de l’entreprise. Finalement c’est, en quelque sorte, un appui social que nous voulons de la part de l'entreprise. Chaque entreprise le fera à sa façon. HOPE, est un enjeu social et éthique qui intègrent la responsabilité sociétale des entreprises.

 

Est-ce que vous étiez fixé un objectif en termes numériques ?

Chaque région doit ouvrir 10 sessions par an, 10 à 12 personnes à chaque fois. Cette année, je pense qu'on sera plutôt sur 4 à 6 sessions. La priorité de l’OPCO et de l’Afpa est la même, apporter des solutions et un emploi aux bénéficiaires, c’est pourquoi, sans engagement des entreprises adhérentes, des sessions HOPE ne peuvent s’ouvrir.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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March 9, 2023 4:09 AM
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Les multiples dimensions de la mobilisation

Les multiples dimensions de la mobilisation | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Parcours Expérience 3D est une action nationale de remobilisation du réseau des Maisons Familiales et Rurales. Elle est menée, entre autres, depuis fin 2020, par le Centre de Formation et Promotion (CFP) de Champcevinel, près de Périgueux. Maelle Périot, conseillère en insertion professionnelle et chargée de vie sociale, en est la coordinatrice. Parcours Expérience 3D est lauréate du PIC 100% Inclusion.

 

En quoi consiste Parcours Expérience 3D ?

C’est une action de remobilisation qui mixe des temps collectifs et des temps individuels. On ne voulait pas proposer que du collectif, parce que ça ne correspond pas forcément à tout le monde. 3D, c’est parce qu’on prend en compte les personnes dans toutes leurs dimensions. Sa durée est de 15 mois maximum, ce qui est très appréciable, on a assez de temps pour s'adapter au rythme de chacun. On n'a pas cette pression qui peut exister dans d'autres actions.

 

La première étape de Parcours 3D consiste à prendre le temps de bien identifier les besoins et les freins de la personne. En fonction de ça, on lui propose des temps collectifs, pas forcément les mêmes pour tous (ateliers confiance en soi, cuisine, etc.). Notre souhait, c'était vraiment d'individualiser, de cibler au maximum ce qui va correspondre à chaque participant, de ne pas les mettre en difficulté parce qu’on sait que la perspective de travailler en groupe peut en faire fuir certains.

 

Quelles différences avec une autre action du même type ?

La différence c’est que nous n’avons pas d’ateliers pérennes, réguliers, qui suivent un rythme fixe. Là ce n’est pas le cas. On met en place les ateliers en fonction des besoins des personnes. C’est là que réside la nouveauté, et en même temps ça représente une vraie complexité d’organisation. Je fais des ateliers individualisés pour travailler sur la recherche d'emploi ou sur l'orientation avec des outils comme Pass’Avenir.

 

Comment arrivent les candidats ?

Les publics peuvent être repérés par les prescripteurs, mais aussi par les assistantes sociales, ou par les associations pour ceux qui sont en attente de titres de séjour. Normalement, une personne arrive chez nous après un entretien tripartite. Ou seule si son référent estime que c’est possible. Selon les cas, je commence par lui présenter le cadre de l’action ou j’essaie d’en savoir plus sur sa situation, de connaitre ses questionnements, ses attentes. Et si elle est d’accord pour participer. On se revoit la semaine d'après pour reparler des objectifs. Je ne fais jamais signer l'accord de participation les premières fois, parce que je vois assez rapidement quelles sont les personnes qui ne vont pas adhérer, par exemple si elles ne viennent pas au deuxième rendez-vous.

 

Qu’entendez-vous par entretien tripartite ?

Un entretien tripartite ça veut dire qu’on fait un entretien à trois, avec la personne, son référent et moi. On définit ensemble les objectifs de l'accompagnement. Toujours dans le but d'être au plus proche de ses besoins et de sa situation. Et puis, surtout, pour lui montrer qu’on travaille en partenariat. Je tiens beaucoup à ces temps tripartites, parce que je trouve que ça rassure les gens et que ça les sécurise. Parfois, le temps ne permet pas de faire ce rendez-vous en présentiel, mais il y a toujours au moins un échange téléphonique avec son référent, en présence de la personne.

 

Quel est le public concerné ?

C'est un public plus éloigné de l'emploi que celui qui suit nos formations. Même pour la formation du premier niveau, assistante de vie aux familles, il faut à minima que les personnes aient la capacité de reprendre une formation, d'aller à l'emploi, de tenir sur la durée, de passer des évaluations, etc. Pour avoir été CIP pendant plusieurs années, et avoir travaillé sur des ateliers de remobilisation, c'est un public que je connais bien. Mais je constate que nous avons beaucoup de mal à l’accrocher maintenant. Nous recevons plus des femmes, plutôt des femmes isolées. Et environ pour moitié d'origine étrangère, avec les difficultés en français qui font que l’intégration à l’action n’est pas possible. Pour certaines, on est à la limite, elles cherchent surtout un soutien administratif.

 

Comment abordez-vous les participants ?

Je pars du principe que s’ils sont là, c'est qu'ils ont envie. Et que s’ils sont là, c'est bien parce qu'il y a des difficultés et des freins. Je ne vais pas attendre d'eux qu'ils respectent une régularité parfaite. Je sais que les premiers mois, ils vont manquer des rendez-vous, qu’ils ne feront pas toujours les démarches convenues, même si c'est quelque chose d'anodin. Le plus important, c'est de ne jamais couper le lien. S’ils sont absents, je les appelle, je dédramatise et je fixe un nouveau rendez-vous. Si on ne faisait que du collectif, on attendrait des participants une certaine rigueur, ne serait-ce que vis-à-vis du groupe. De toute façon, au fur et à mesure de l'avancée du parcours, la régularité s'installe. Après je m’adapte au rythme de chacun. La difficulté, c'est que les temps collectifs sont extrêmement importants, et si le nombre de participants est trop faible, ils n'ont plus lieu d'être.

 

A certains moments, si on constate des blocages par exemple, nous faisons de points de situation, si besoin avec les référents. Il arrive qu’on arrête un parcours, mais c'est rare. Même si on est obligé de l’interrompre, étant donné que les attentes sont vastes, la personne arrive toujours à avancer. Peut-être pas selon nos critères à nous mais pour elle, c’est toujours un progrès.

 

Quel est votre positionnement ?

Je suis un peu multi casquettes et je dois faire attention à ne pas me laisser déborder, on pourrait vite dériver vers le rôle de confidente. Je peux entendre toutes les situations, mais je ne peux pas tout traiter, alors je dois rapidement orienter vers d’autres intervenants. Il faut aussi dire que j’ai le beau rôle, je n’ai pas la charge de problèmes comme le RSA, j'ai beaucoup plus de temps à leur consacrer. Du coup je peux agir dans l'urgence. Si quelqu’un a besoin de me voir, je peux m'arranger pour le recevoir dans la journée. Ça c'est quelque chose d'important pour moi. Un conseiller pôle emploi ou une assistante sociale ne peut pas le faire. Quand c'est un public vraiment très en difficulté, très désocialisé, on sait que pour le tenir il faut être proche de lui. Il n’est pas autonome, il va avoir peur, il y a des tas de choses qui peuvent engendrer des ratés.

 

Combien avez-vous réalisé d’accompagnements ?

Pour l’instant, j'ai accompagné 15 personnes et j'en ai reçu 19 autres qui n'ont pas intégré l’action. On a eu beaucoup de personnes avec des difficultés de maîtrise de la langue française, pour lesquelles c'était un peu prématuré en termes d'accompagnement. J’ai eu aussi plusieurs personnes qui avaient été orientées sur nos formations, mais qui n’avaient pas les prérequis, donc elles ont été redirigées vers moi, mais n'ont pas voulu adhérer à Parcours 3D.

 

Et qu’avez-vous eu comme résultats ?  

Quatre personnes sont allées en formation et une personne est partie en emploi. J’ai aussi eu des personnes pour qui l'accompagnement se termine de façon prématurée, essentiellement à cause de problèmes de santé. Ça n’est pas forcément négatif non plus, parce que dans tous les cas il y a des choses qui ont avancé. Le pire c'est vraiment une personne que je perds ou qui n'a pas adhéré parce que ça ne correspondait pas à ses attentes, elle n’en voyait pas le sens, elle n’était pas prête. Mais tout le reste est positif parce que forcément il s'est passé des choses pour elle, une prise de conscience. La temporalité est différente pour chacun, mais c'est de toute façon toujours positif.

 

Quels sont selon vous les améliorations qu’il faudrait apporter à l’action ?  

Nous sommes partis à la rencontre de chaque partenaire, Pôle emploi, Cap emploi, le conseil départemental, la mission locale. On est allés leur expliquer quel était le but et le principe de cet accompagnement, ce qu'on pouvait proposer, comment on souhaitait que ça se passe et pour quel public. Malgré ça, la difficulté que nous rencontrons depuis le départ c'est le manque de prescriptions. Seul le conseil départemental nous a envoyé des personnes. C'est un superbe outil, mais dont les partenaires ont eu du mal à se à se saisir.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

RésoDoc''s curator insight, March 13, 2023 4:42 AM
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October 27, 2022 12:49 PM
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Pour les idées, rendez-vous à la Caserne

Pour les idées, rendez-vous à la Caserne | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Au début était une caserne. Une caserne à Poitiers, libérée par les pompiers en fin d’année 2020, après plus de 50 ans de bons et loyaux services. Mais son histoire ne s’arrête pas là. En quelque sorte, elle ne fait que commencer, puisqu’elle débute une nouvelle carrière en tant que tiers lieu, un projet collectif porté par l’association « La Caserne ». Elle est pour l’instant entrée dans une période « d’urbanisme transitoire » pendant laquelle de nombreux acteurs locaux réfléchissent à sa future configuration.

 

Parmi eux, plusieurs représentants de l’économie sociale et solidaire emmenés par la Chambre Régionale de l'Economie Sociale et Solidaire de Nouvelle-Aquitaine (CRESS), qui ont lancé fin 2021 le concept de la « Gare à idées ». « Nous nous sommes retrouvés pour essayer de définir ce que nous voulions, ce que l’ESS pouvait apporter et ce que nous pourrions faire ensemble autour de ce nouveau lieu, » explique Laurence Fouin, directrice opérationnelle de France Active Nouvelle-Aquitaine. « Nous n'avons pas la prétention de regrouper aujourd’hui tous les acteurs de l’ESS qui pourraient intervenir, parce que le projet est très récent. L'idée générale, c'est de mettre en place un collectif pour accueillir les porteurs de projets sur le territoire de Grand Poitiers. »

 

Pour Virginie Charron, chargée de développement au sein de coopérative d'activité et d'emploi (CAE) Aceascop, « c'est aussi l'idée que cette chaîne propose aux créateurs d’activité, quels qu'ils soient, pas forcément ceux qui se destinent à l’ESS, d'avoir une seule et même porte d'entrée. On pourrait parler de guichet unique, un lieu d’accueil où ils peuvent venir faire un point de situation avec une personne qualifiée, et déterminer leurs besoins en termes d'accompagnement. Il faut surtout éviter d’envoyer les gens faire le tour des popotes, frapper aux portes les unes après les autres. »

 

Un travail commun

 

En début d’année, les partenaires ont investi collectivement un bureau partagé. Ils se répartissent les permanences, communiquent sur leur présence à l’intention des porteurs de projets. C’est également un moyen d’apprendre à se connaître, à mieux travailler ensemble, à développer quelques réflexes communs. Si les structures se connaissaient déjà, ont l’occasion de se croiser et de se rencontrer plus ou moins régulièrement, voire pour certaines de travailler ensemble, elles ne le faisaient pas jusqu’ici sur un même lieu et pour les mêmes projets. La Caserne leur offre l’occasion de donner une nouvelle dimension à leurs collaborations.

 

A ce stade, le collectif reste assez informel. Chaque structure a pris en charge un aspect du projet, la communication, la gestion des plannings, etc. Mais chacun est conscient que la gouvernance est un vrai sujet, et qu’il va falloir assez rapidement définir un pilotage, si ce n’est désigner un pilote principal. Ou encore créer une structure ad hoc, qui nécessitera des moyens dédiés. Selon Pauline Bonnaud-Deborde, chargée de communication de la CAE Consortium Coopérative, « a priori le ou les pilotes seront parmi les initiateurs du projet. Pour le moment, c'est un peu la CRESS qui impulse, en tout cas à qui on s'adresse en premier. Cela dit, sur certains groupes de travail, il y a des structures qui sont arrivées plus tard, qui n’étaient pas là à la naissance de la Gare, et qui sont assez actives. »

 

Les partenaires se sont donné un an pour mener la phase d'expérimentation, en alignant leur calendrier sur celui de la Caserne qui entre dans sa une longue phase de travaux. A terme, à l’horizon 2024, le lieu pourrait comporter un pôle restauration, un pôle logement, avec de l'hébergement social et une auberge de jeunesse, peut-être un cinéma, un bar associatif, etc.

 

« On s'est dit, profitons de cette expérimentation du projet caserne pour expérimenter cette Gare à idées, en poser les contours. Effectivement c'est en train de se construire, on veut utiliser cette année pour évaluer les moyens à mobiliser pour mettre en œuvre et articuler notre idée, et voir comment elle pourrait être transférée sur d’autres territoires. C’est aussi l’occasion de gagner en interconnaissance, parce que la grande famille de l’ESS compte beaucoup de membres qui ne se connaissent pas, qui n’ont pas les mêmes méthodes. La gare à idées pourrait avoir le potentiel de créer des connexions entre toutes ces structures, ainsi qu’avec les autres acteurs. »

 

Répondre collectivement aux besoins

 

Pour l’instant, la Gare à idées ne dispose pas de financement particulier. Le projet est parti d’une envie de travailler ensemble. « Si demain nous constatons certaines limites, qu’il faut coordonner ou développer des actions, on ira en chercher, mais ça n’était pas notre porte d'entrée. On est plutôt partis du porteur de projet ou du bénéficiaire, et de comment à travers nos différentes offres, on peut encore mieux lui répondre ensemble. Il n’y a jamais eu de concurrence entre nous. »

 

Parmi les perspectives que se donnent les partenaires, aboutir à la création d'offres communes, notamment sur la partie sensibilisation. Exemple, chacune des structures peut être sollicitée par une mission locale pour intervenir et parler entrepreneuriat auprès d'un public jeune. « Très concrètement il pourrait être intéressant de faire de l'ingénierie commune, coordonner nos approches et rassembler nos moyens sur ce type d'intervention, où finalement tout le monde dit à peu près les mêmes choses. On ne prêche pas chacun pour notre paroisse, on œuvre tous pour le même objectif, notamment celui de faire connaître l’ESS et ses différents statuts.»

 

Pour construire une offre de services, mieux accompagner les porteurs de projets, la gare à idées doit avant tout répondre à un enjeu de visibilité. Vis-à-vis des publics, mais aussi vers les collectivités et tous les prescripteurs potentiels. C’est pourquoi elle a besoin d’un lieu pour matérialiser son existence.

 

« Si nous arrivons à rendre visible notre concept, on peut le proposer partout. Même s’il est très récent, il suscite déjà l'intérêt des collectivités. Nous sommes sollicités par des EPCI comme Grand Angoulême, qui entendent parler de la Gare à idée, qui veulent voir ce qui se passe. Ils ont l'habitude de nous voir indépendamment les uns des autres, là ils se disent qu’il il y a peut-être quelque chose à faire avec ce collectif et que ça peut être intéressant pour les porteurs de projet. Reste maintenant à relever le défi ».

 

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June 9, 2022 6:54 AM
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Bénéficiaires de la protection internationale, entre insertion sociale et professionnelle 

Bénéficiaires de la protection internationale, entre insertion sociale et professionnelle  | Initiatives locales et paroles d'acteurs | Scoop.it

Mélanie Fredon est coordinatrice sociale à la Maison de l’emploi du Grand Périgueux. Elle a été intégrée début 2020 pour prendre en charge un nouveau projet : « pour une insertion professionnelle réussie des réfugiés » pour lequel la Maison de l’emploi est lauréate d’un appel à projet du PIC IPR (Insertion Professionnelle des Réfugiés).

 

Quelle est la situation vis-à-vis des réfugiés sur le territoire du Grand Périgueux ?

A Périgueux, il y a 3 Centres d'Accueil de Demandeurs d'Asile (CADA) avec 400 places d'hébergement. Avant notre projet, il existait beaucoup de structures qui travaillaient avec les réfugiés, chacune ayant son propre dispositif, son propre accompagnement, mais pas vraiment de coordination. Du coup les réfugiés tapaient à toutes les portes pour essayer de trouver de l'aide. Et à la sortie des dispositifs, ils se retrouvaient un peu perdus dans la nature à ne plus savoir où aller pour la suite.

 

Aujourd’hui, c’est la MDE qui porte cette coordination. Nous avons répondu à l'appel à projets avec un consortium de centres sociaux, un groupement de clubs d'entreprises qui nous aide sur l'insertion professionnelle, un CADA, un centre de formation ainsi qu'une association qui s’occupe de la mobilité sur le territoire.

 

Quel est le principe de votre action ?

Notre idée a été de faire un état des lieux de qui fait quoi, de réunir tous ces acteurs du territoire et de coordonner le parcours de la personne pour s'assurer qu'elle soit bien prise en charge par la bonne structure, en fonction de son besoin et de ses demandes. La force de notre action, c’est que nous avons créé un réseau tout autour de Périgueux afin que les partenaires travaillent ensemble. Au démarrage, nous avions dix structures partenaires régulières. Aujourd’hui, nous en comptons plus d'une quarantaine, c'est à dire que, de jour en jour, de réunion en réunion et de rencontre en rencontre, notre réseau partenarial grandit.

 

Sur le plan de l'accompagnement social, nous travaillons beaucoup avec le Département, les assistantes sociales, les référents RSA. Je fais ce qu'elles ne peuvent pas faire, je comble un peu les trous dans la raquette. Plus récemment avec le CIDFF qui prend le relais pour l’accompagnent des femmes de réfugiés qui arrivent par voie de réunification familiale. Elles arrivent avec un titre de séjour « vie privée, vie familiale », elles ont les mêmes besoins et problématiques que leurs époux. Mais pas avec le statut de réfugiées, donc je ne peux pas les accompagner.

 

Selon vous, cette action a permis aux acteurs de mieux se connaître ?

Ils se connaissaient, mais n’avaient pas forcément l’habitude de travailler ensemble et d'avoir un lieu et une personne ressource pour se coordonner. C'est vraiment le gros plus de l'action et c'est ce qui a été mis en avant lors du rapport intermédiaire avec la DGEFP. Nous avons réussi à mettre en place cette coordination dans le département entre les services de l'emploi, les services de l'État, les assistantes sociales, les CADA, les centres de formation, et diverses associations. J’interviens aussi pour assister et informer au cas par cas les assistantes sociales ou référentes RSA en me déplaçant, ou lors de la signature du contrat d'engagement RSA. Ça leur permet d'avoir une connaissance plus fine du statut des réfugiés et de disposer d’une personne sur laquelle s'appuyer en cas de questionnement. Donc je pense qu'on a vraiment créé une sorte de pôle relais sur le secteur.

 

Quel est exactement votre public ?

Ce sont des adultes de 18 à 60 ans, quasiment que des hommes.  Ils viennent par l’intermédiaire des CADA, de Pôle emploi, du Département, des assistantes sociales, des structures associatives. Un tiers de nos bénéficiaires nous arrivent grâce au bouche-à-oreille. Comme notre accompagnement est très global, ils savent qu’ils peuvent quasiment tout nous demander. Et ceux qui sont satisfaits nous envoient les copains, les copines, la famille. Avec ma collègue, nous suivons actuellement 100 personnes.

 

Est-ce un public habituel pour la Maison de l’emploi ?

C’est un public avec lequel la MDE n'avait jamais travaillé ou très peu dans le cadre d’autres dispositifs. Depuis que j’ai été embauchée en tant que coordinatrice sociale, j'ai réellement appris sur le tas, au fur et à mesure, grâce aux partenaires. Depuis 2 ans, j’ai accumulé beaucoup de connaissances. Mais il n’existe pas de formation spécifique pour apprendre à travailler avec les réfugiés. D’ailleurs, avec le centre de formation INSUP, qui fait partie du consortium, nous avons le projet de développer une offre basée sur les connaissances et l'expérience que nous avons pour former à l’accueil et l’accompagnement de ces publics, par exemple les conseillers de la CAF ou les agents des impôts.

Depuis que vous travaillez avec ce public, avez-vous rencontré des surprises ?

Je n’étais préparée à rien de particulier. J'ai été plutôt très agréablement surprise par le comportement et les valeurs de travail des réfugiés. J'ai découvert des gens qui ont des valeurs de travail très importantes. Alors certes, ils rencontrent des difficultés en langue, des difficultés au niveau de la ponctualité. Mais ils se donnent à fond. Je pense qu’il faut surtout être dans la compréhension, l’écoute, la bienveillance et ne pas oublier qu’ils ont une culture différente, et ça n’est pas toujours simple.

 

Quel est votre principal objectif ?

Le but de l'action, c'est que les personnes aient une insertion professionnelle et une insertion sociale réussies. Dans un premier temps il y a la levée des freins, c’est à dire la santé, un toit sur la tête, l'apprentissage de la langue avec les centres sociaux, et la mobilité. Nous sommes sur un territoire rural où, sans véhicule, on ne peut pas faire grand-chose au niveau de l’emploi.

 

La sortie idéale pour nous, c’est évidemment un emploi. Certaines structures sortent les gens de leur dispositif dès qu’ils intègrent une formation. Nous ne prenons pas ce risque-là, nous préférons les conserver plus longtemps parce qu’on sait qu’ils auront à nouveau besoin d’aide pour rechercher un emploi. Les gens que l’on reçoit partent de loin, certains ne parlent pas un mot de français. A l’issue de 2 ans d’accompagnement, si selon moi la personne n’est toujours pas complètement autonome, je vais l'orienter vers les assistantes sociales de secteur, vers la maison France services, des structures qui vont pouvoir continuer à l'accompagner, même si ce n’est pas de manière aussi intensive.

 

Quelle est la nature de votre accompagnement ?

Nous intervenons sur des problèmes préalables et complémentaires. On ne peut pas parler d'orientation professionnelle à une personne si elle n’a pas un français correct, si elle n'a pas de conditions de logement décentes, des problèmes de santé non traités, qui font qu'elle n'est pas en état d'apprendre simplement. Il faut vraiment aborder sa situation dans sa globalité, ne pas se contenter de lui dire d’apprendre la langue puis d’aller en formation. Si on l’accompagne sur tous ces aspects, on arrive à l’apaiser et la rendre disponible pour s'insérer socialement et professionnellement.

 

Quelle est votre relation avec les employeurs ?

En tant que maison de l'emploi, nous avons la double casquette. Nous sommes là pour aider les candidats à trouver un emploi et aider les employeurs à trouver des personnels. Pour être honnête, quand la maîtrise de la langue reste approximative, c’est compliqué. Le problème des PME, c’est qu’il faut qu’elles aient les moyens d’embaucher quelqu'un qui n’est pas tout de suite efficace. Mais nous avons quand même des employeurs qui jouent le jeu, par exemple en prenant un de nos jeunes en apprentissage. De plus, l’idéal pour nous c’est d’arriver à les former sur les métiers en tension pour qu'ils comblent les manques sur le territoire dans le bâtiment ou la restauration par exemple.

 

 

Cet article est publié pour le compte de "La Place", la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs du Plan d’Investissement dans les Compétences : https://www.cap-metiers.pro/pages/552/Place.aspx

 

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