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Manipulation des changes: les banques feront payer les traders

Manipulation des changes: les banques feront payer les traders | Think outside the Box | Scoop.it
Les cinq grandes banques sujettes à plusieurs millions de dollars d'amende pour avoir joué un rôle dans le scandale de la manipulation des changes envisagent de mettre leurs cambistes à contribution.

 

Les cambistes de cinq des plus grandes banques mondiales devraient voir fondre leur rémunération. Condamnées pour avoir manipulé les taux de change, ces établissements de renom envisagent de récupérer les bonus des cambistes.

Elles pourraient récupérer les millions de dollars de bonus versés à leurs cambistes, une disposition prévue par la loi mais jamais appliquée à si grande échelle, a révélé samedi le Financial Times.

Royal Bank of Scotland (RBS), Citigroup, HSBC, JPMorgan Chase et UBS, comptent sur cette manœuvre pour redresser une image écornée par ce nouveau scandale de manipulation, après les affaires du Libor et de l'Euribor. Elles ne récupéreront les bonus de dizaines de traders qu'"après examen des comportements individuels", selon des sources proches du dossier citées par le FT.

Seuls les bonus pas encore encaissés concernés

RBS pourrait même réduire l'enveloppe globale des primes versées aux traders de sa banque de financement et d'investissement cette année, poursuit le journal.

UBS a reconnu que "là où des fautes seront constatées, notre politique de reprise et non-paiement (des bonus) prendra effet". La banque suisse a expliqué que cette mesure concernait les bonus payés en différé, qui n'ont donc pas encore été encaissés, sans donner de détails sur les montants et le nombre d'employés concernés.

La semaine dernière, ces cinq banques ainsi que Bank of America se sont vues infliger environ 3,3 milliards d'euros d'amende par les régulateurs britannique, américain et suisse, qui leur reprochent de s'être concertées afin d'infléchir un taux de référence du marché des changes.

Écrit par N.G. avec AFP
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Émeutes en Grande-Bretagne : casseurs et traders, même combat

Émeutes en Grande-Bretagne : casseurs et traders, même combat | Think outside the Box | Scoop.it
Face aux casseurs des villes britanniques, le Premier ministre britannique David Cameron a évoqué le mal profond d’une absence d’éducation centrée sur la distinction du bien et du mal....

 

ÉCONOMIE. A Londres, le Premier ministre Cameron a fustigé la décadence amorale des pilleurs. Mais a-t-il noté que s'il y a quelque chose qui s'est depuis toujours affranchi de la morale, c'est bien le système financier actuel ?

 

"Certains enfants, s’est-il exclamé la semaine dernière dans son discours aux Communes, grandissent en ignorant la différence entre le bien et le mal. Cela n'a rien à voir avec la pauvreté. C'est une question de mode de vie. Un mode de vie qui exalte la violence, qui ne manifeste aucun respect envers l'autorité, et qui sait tout de ses droits mais rien de ses responsabilités."

Dans la finance, on ne s'embarrasse pas de morale

Mais d’où vient cette indistinction, sinon du modèle économique dominant lui-même ? En quoi les motivations du trader, ou de ses collègues et complices au sein du système financier, diffèrent-elles fondamentalement de celles du casseur ? A quel moment un jugement moral intervient-il dans ses ordres d’achat ou de vente ?

L’éthique de conviction n’existe pas sur les marchés. L’éthique de responsabilité encore moins. Que telle notation, que telle opération boursière, que tel plan de licenciement pour des motifs de rentabilité, ait pour conséquence le fait de mettre des dizaines, parfois des centaines de milliers d’êtres humains en situation de détresse sociale ou de mettre en cause des équilibres écologiques vitaux, n’a strictement pas de sens dans cet univers. La théorie ultime du monde de la finance est même fondée sur l’inversion du rapport à la morale.

Avant même Adam Smith, l’un de ses principaux inspirateurs, Bernard de Mandeville, dans La fable des abeilles, en avait énoncé la justification suprême : les vices privés forment la fortune publique. C’est au nom du dogme de l’autorégulation de marchés affranchis de toute règle, non seulement politique mais aussi éthique, que l’on en arrive à ce degré de dislocation sociale et de dissolution morale.

Comme toujours, les plus lucides sont ceux qui ont été au cœur du système. Les livres les plus cinglants sur la finance sont écrits par d’anciens traders. Il faut relire Le casse du siècle de Michael Lewis, et cette phrase terrible qu'il confie dans une interview à La Tribune le 1er octobre 2010 : "A vivre hallucinés dans un mirage, les financiers ont cru à leurs propres histoires. Et nous avons laissé carte blanche à des gens à qui vous n’auriez même pas confié votre chien !"

Et, remarque plus grave encore sur l’irresponsabilité des politiques qui ont couvert par leurs lois ce mécanisme infernal : "Ils n’ont pas violé la loi. Tout était parfaitement légal et c’est là le vrai scandale. Nous leur avons donné la permission de faire sauter la planète..."

 

Continuer jusqu'à l'explosion du système ?

Voilà, nous y sommes. Un rapport cité par Le Monde du 27 février 2009 évoque le risque d’une phase de "dislocation géopolitique mondiale", pouvant conduire à un "sauve-qui-peut généralisé" dans les pays frappés par la crise. Cette débandade se conclurait, selon ce rapport, par des logiques d'affrontements, voire des semi-guerres civiles. "Si votre pays ou région est une zone où circulent massivement des armes à feu (parmi les grands pays, seuls les États-Unis sont dans ce cas), indique le Laboratoire d'Expérimentation d'Anticipation Politique (LEAP), alors le meilleur moyen de faire face à la dislocation est de quitter votre région, si cela est possible."

Tel est le vrai danger. Que signifie l’obsession permanente, qui guide nos politiques, de rassurer les marchés financiers ? Que faudrait-il donc faire à terme pour les rassurer ces pauvres marchés si stressés ? Ces marchés dont le Wall Street Journal reconnaissait lui-même dans un éditorial qu’ils ne connaissaient que deux sentiments : l’euphorie ou la panique ? Ceux dont Alan Greenspan, l’ancien patron de la FED expert dans le rôle de pompier-pyromane, évoquait "l’exubérance irrationnelle" ?

 

Comment rassurer des malades de l’économie casino, des toxicomanes du jeu capables de gober n’importe quelle rumeur, susceptibles d'être en permanence dans ce que les psychologues nomment l’injonction contradictoire ou paradoxale. Les marchés réclament-ils de l’austérité parce qu’ils ont peur des dettes ou des déficits trop importants ?

Les politiques caniches décrètent donc l’austérité et sa conséquence inéluctable, la récession, surtout si l’on ne veut pas toucher aux grandes fortunes. Et là, patatras, les marchés ont aussi peur de la récession et replongent, quelques heures d’euphorie après les annonces austères. Nous sommes plus dans un univers d’émotions mimétiques et de croyances dogmatiques que d’anticipations rationnelles. C’est exactement ce que Paul Krugman, prix Nobel d’économie, avait comparé aux sacrifices humains des mayas qui espéraient par là apaiser la colère divine.

Ce qui est en jeu n’est rien moins que les deux valeurs cardinales sur laquelle l’Europe s’est reconstruite : la paix et la démocratie. Ce sont ces deux valeurs qui seront à terme menacées par la logique infernale de l’économie financière si un sursaut civique ne s’organise pas à temps.

 

Le casseur et le trader sont les deux faces d’une même médaille. Si l’on veut éviter les nuisances du premier, il faut arrêter de se prosterner devant le second.

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