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Les forces de la démondialisation

Les forces de la démondialisation | Think outside the Box | Scoop.it

« Il faut donc avoir ce langage de vérité : la mondialisation fait beaucoup de dégâts. »En s’exprimant ainsi en tant que Premier ministre, le 24 novembre dernier dans le quotidien Les Echos, Manuel Valls a surpris tout le monde. Après les diatribes protectionnistes de Donald Trump, le Brexit et la montée des partis nationalistes en Europe, le rejet politique de la mondialisation économique semble maintenant largement perçu comme un atout électoral.

Et pour cause : au sein de la population, le doute ne cesse de grandir, tout particulièrement en France, quant aux vertus de l’internationalisation. Même les économistes ne croient plus à la mondialisation heureuse et sont désormais plutôt enclins à souligner son rôle dans la montée des inégalités.

Mais la réalité n’a pas attendu la prise de conscience des économistes et des politiques. Car, paradoxalement, au moment où s’ouvre enfin le débat sur les gagnants et les perdants de la mondialisation, plusieurs transformations structurelles semblent pousser au ralentissement, si ce n’est au recul, de l’extension que l’on croyait sans fin de la globalisation des entreprises et de la finance.

 

La première surprise est venue de la finance. Depuis la fin des années 1950, les mouvements de capitaux internationaux n’ont cessé de progresser. Les avancées technologiques en matière de communications et la libéralisation toujours plus grande des marchés des changes à partir des années 1970 ont été le premier moteur de cette internationalisation. Le mouvement s’est ensuite accéléré avec la possibilité offerte aux investisseurs étrangers de venir financer les déficits budgétaires en achetant des titres de dette publique à partir des années 1980. Puis, dans les années 1990, ce sont les services financiers qui ont été libéralisés, permettant aux acteurs économiques de s’installer facilement dans un autre pays pour offrir des services bancaires et financiers.

Investissements, dettes et activités bancaires internationaux, en % du PIB mondial
INVESTISSEMENTS, DETTES ET ACTIVITÉS BANCAIRES INTERNATIONAUX, EN % DU PIB MONDIAL
 

 

Prêts interbancaires internationaux des banques de la zone euro, en milliards de dollars
PRÊTS INTERBANCAIRES INTERNATIONAUX DES BANQUES DE LA ZONE EURO, EN MILLIARDS DE DOLLARS
 

 

On s’attendait bien à ce qu’une crise d’ampleur exceptionnelle comme celle des subprime calme les ardeurs des investisseurs. Le choc semble avoir été important : selon les estimations du McKinsey Global Institute, pratiquement dix ans après le début de la crise, le poids des mouvements de capitaux a été divisé par dix depuis leur pic de 2006 !

Pratiquement dix ans après le début de la crise, le poids des mouvements de capitaux a été divisé par dix depuis leur pic de 2006 !

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Un regard plus attentif permet de s’apercevoir que si la courbe de l’endettement international des Etats et des entreprises a nettement stoppé sa progression, les montants restent néanmoins élevés. De leur côté, les investissements internationaux des firmes ne sont plus aussi importants qu’hier, de l’ordre de 1 500 milliards de dollars en 2015, contre un peu plus de 2 000 milliards au plus haut en 2007. De plus, de nombreuses études indiquent qu’environ 30 % de ces soi-disant investissements correspondent en réalité à des transferts artificiels de capitaux pour échapper au fisc ou bien à des réglementations diverses. La mondialisation des firmes est ainsi surestimée. Si la lutte entamée par le G20 pour remettre en cause ce genre de pratiques se révèle efficace, cette part factice de la mondialisation sera appelée, elle aussi, à se réduire.

Une finance internationale en recul

Mais l’essentiel du ralentissement des flux de capitaux s’explique par la diminution des activités bancaires internationales, aussi bien pour les prêts que pour l’implantation de filiales à l’étranger. Plus en détail, le facteur de baisse le plus important concerne les prêts que se font les banques entre elles : la finance internationale travaille surtout pour la finance. Avant de soutenir les économies réelles, les établissements bancaires se prêtent de l’argent pour investir ou spéculer.

La finance internationale travaille surtout pour la finance

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Or, on note une diminution de ces flux depuis la crise de 2007-2008. On l’observe pour l’ensemble du monde, avec une baisse d’un tiers et, surtout, pour les banques européennes dont les prêts aux banques des autres pays ont été divisés par deux depuis leur pic de juin 2008. Une évolution qui dure depuis plusieurs années et pour laquelle il faudra encore attendre pour voir à quel niveau elle va se stabiliser.

Part des importations de produits intermédiaires, en % des importations totales
PART DES IMPORTATIONS DE PRODUITS INTERMÉDIAIRES, EN % DES IMPORTATIONS TOTALES
 

 

 

Mais l’internationalisation de la finance n’est pas la seule à reculer. Tous les économistes notent ces dernières années que le commerce mondial croît bien moins rapidement qu’avant la crise. Entre les années 1980 et 2007, il progressait environ deux fois plus vite que le produit intérieur brut (PIB) mondial. Après une période d’instabilité entre 2007 et 2011, les échanges mondiaux sont restés plats, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) estimant une progression limitée à 1,7 % pour 2016.

Les firmes changent de stratégie

Le ralentissement de l’économie mondiale explique en partie cette faiblesse : moins on croît et moins on importe. Mais la perte de dynamisme des échanges s’explique par des facteurs plus structurels. En fait, 60 % du commerce international correspond à des échanges intragroupes, entre les différentes filiales d’une même multinationale. Il n’est donc que le reflet des stratégies d’investissement des firmes. Or, il semble bien que celles-ci soient en train d’être profondément modifiées.

Les pays émergents dans lesquels les multinationales se sont installées connaissent des hausses de salaires

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On avait l’habitude de constater les délocalisations d’entreprises, engagées dans l’éclatement au niveau mondial de leur chaîne de valeur ajoutée, c’est-à-dire la course à la sélection des territoires les mieux à même de produire à moindre frais les différentes parties de leur production. Ainsi, l’écran tactile d’un iPhone vient du Japon, son appareil photo des Etats-Unis, son processeur de Corée du Sud, etc., le tout étant assemblé en Chine avant d’être exporté. Cette stratégie semble désormais remise en cause.

Zoom La mondialisation n’est pas terminée

 

 
DES INDIVIDUS DE PLUS EN PLUS MONDIALISÉS, EN MILLIONS
 

 

 

 

Les pays émergents dans lesquels les multinationales se sont installées connaissent des hausses de salaires. Le tsunami japonais ou l’effondrement du Rana Plaza ont également montré aux entreprises qu’elles maîtrisaient mal leurs chaînes d’approvisionnement mondial, ce qui les incite à en rapatrier une partie. La volonté de pouvoir réagir plus vite aux changements de goût des consommateurs va dans le même sens. Le coût environnemental des transports au long cours, dont les prix ne baissent plus, participe également à une moindre internationalisation des processus de production.

La Chine recentre son développement sur son économie interne ; elle produit de plus en plus localement ce qu’elle importait

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A tout cela s’ajoute une autre évolution clé : la Chine recentre son développement sur son économie interne ; elle produit de plus en plus localement ce qu’elle importait et vend sur place ce qu’elle cherchait auparavant à exporter. Tous ces mouvements se lisent dans la baisse, marquée pour la Chine, des échanges mondiaux de biens intermédiaires destinés à être assemblés après leur production dans d’autres territoires. Ce changement stratégique des multinationales représente une force puissante de démondialisation.

Stagnation séculaire

Enfin, un dernier facteur pousse également dans le même sens : la "stagnation séculaire", cette longue période de faible croissance dans laquelle semblent engagées les économies des pays riches. L’économiste américain Robert Gordon l’explique par le fait que les innovations en cours, dont l’application va se généraliser au cours des vingt-cinq prochaines années, sont porteuses de faibles gains de productivité. Pour d’autres, comme Paul Krugman ou Larry Summers, le monde connaît un surplus d’épargne mondiale par rapport aux investissements, ce qui exerce une pression déflationniste durable1. Du Fonds monétaire international (FMI) à la Banque centrale européenne (BCE), tous les experts soulignent combien la panne de l’investissement, une activité recourant assez fortement aux produits importés, semble refléter une stratégie durable des entreprises et contribue à l’affaiblissement de la mondialisation.

Des forces puissantes poussent aujourd’hui à une démondialisation économique. Jusqu’où ira ce mouvement et combien de temps durera-t-il ? Impossible de le dire pour le moment. Mais le capitalisme du XXIe siècle semble suivre une voie bien différente de celui de la seconde moitié du siècle précédent.

 

  • 1.Voir notre dossier dans Alternatives Economiques n° 353, janvier 2016 (https://lc.cx/J4vp).

 

CHRISTIAN CHAVAGNEUX

 

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Démondialisation : « ringard », disiez-vous ?

Démondialisation : « ringard », disiez-vous ? | Think outside the Box | Scoop.it
(Manuel Valls - Capture d'écran Dailymotion - franceinter - cc)

Marianne2.fr : Démondialisation : « ringard », disiez-vous ? Sauf que le monde a changé. L'OMC est à l'arrêt depuis le sommet de Seattle de 1999. Impossible de conclure le nouveau cycle de négociation, dit de Doha.

Dans un entretien au JDD, Manuel Valls a tâclé la « démondialisation » - thème de campagne d'Arnaud Montebourg - en la traitant de « concept ringard et réactionnaire, un retour aux années 80 ». François-Xavier Petit pense qu'il a tort et nous explique pourquoi...

Manuel Valls multiplie les déclarations sur la démondialisation – preuve au passage qu’Arnaud Montebourg a posé le problème central de la primaire et de la présidentielle. Deux arguments reviennent souvent dans la bouche de Manuel Valls : la démondialisation serait un « concept ringard », « niant totalement la réalité ». Dans les deux cas, son constat est manifestement faux.
Aujourd’hui, la mondialisation économique et financière est dans l’impasse. On peut concevoir le drame conceptuel que cela représente pour Manuel Valls ou Pascal Lamy, ces enfants du siècle précédent, nourris à l’idée que l’ouverture commerciale était nécessairement heureuse. Sauf que le monde a changé.
L’OMC est à l’arrêt depuis le sommet de Seattle de 1999. Impossible de conclure le nouveau cycle de négociation, dit de Doha. La régulation des échanges commerciaux est au fond de sa propre impasse. En matière de régulation financière, pas l’ombre d’une avancée, c’est même l’inverse puisque toutes les régulations ont été éliminées, laissant le champ libre aux paradis fiscaux, à l’opacification des mécanismes financiers et à la spéculation sans borne. Même la crise financière n’a pas été la grande occasion de la régulation. Les banques, un temps sous le contrôle de l’Etat, ont été rendues aux actionnaires et ont repris le chemin de la spéculation. Les bonus versés aux traders sont en hausse de 60% par rapport à 2008, épicentre de la crise. Le niveau d’avant la crise sera bientôt dépassé.
Impasse de la régulation commerciale, absence de régulation financière, la mondialisation perd aussi la confiance des peuples. Il faut être bien myope pour ne pas voir que l’angoisse brutale qui saisit les sociétés occidentales vient notamment de la mondialisation dans laquelle tout n’est plus que concurrence, et de préférence déloyale. L’abstention massive parce que les hommes politiques sont moins forts que les marchés, c’est d’abord la mondialisation. La montée du FN, qui montre à quel point la peur de l’autre grandit, vient de la concurrence mondiale forcenée. La colère des paysans brésiliens sans terre, parce que celle-ci est accaparée par les grands groupes, est un autre produit de la mondialisation. L’humiliation des salariés de Continental Clairoix licenciés pour motif économique avec proposition de reclassement à Bizerte en Tunisie pour 137 euros, c’est toujours la mondialisation libérale. Au bas de l’échelle, les peuples n’ont plus confiance.
Et de toute manière, la démondialisation a déjà commencé ! Le Brésil, par exemple, taxe à 2% les entrées de capitaux sur son territoire, mais aussi les produits Apple importés, tant et si bien que l’Ipad coûte deux fois plus cher qu’aux Etats unis. Foxconn (qui produit et assemble pour Apple) a donc décidé d’ouvrir une usine sur place. L’Argentine fait de même et Barack Obama a fait de la relocalisation un axe de sa nouvelle campagne. Quant aux industriels chinois, ils commencent à se tourner vers leur demande intérieure (+25% en 2009) et non plus la seule exportation. De plus, passée l’euphorie, les inconvénients de la mondialisation sautent aux yeux. L’américain US Block Windows, fabricant de fenêtres en plexiglas, a relocalisé sa production aux USA à cause des délais de production en Asie (12 à 16 semaines) ; pour agir sur le marché nord-américain, Suzlon (indien) et Vestas (danois), fabricants d'éoliennes, ont tous deux massivement investi dans les entreprises américaines, pour réduire le coût du transport mais aussi pour changer d’image et convaincre les pouvoirs publics américains de leur confier des marchés. Les entreprises – apparemment en avance sur Manuel Valls – ont déjà ouvert un autre chapitre de l’économie mondiale.
Mais tout cela n’est pas qu’économique : les populations ne voient plus le bénéfice de consommer des produits assemblés ou cultivés à 20 000 km. Les sociétés vivent le retour au local, à l’authentique. On ne fera plus avaler aux gens que la macroéconomie est leur seul salut. Nous vivons le retour au micro, du micro-crédit à la start-up en passant par les circuits courts, le panier paysan à la ferme la plus proche ou le co-voiturage entre voisins. Il y a 40 ans, on allait dans l’espace, vers l’infiniment grand. Aujourd’hui nous cherchons dans le sens des nanotechnologies, vers l’infiniment petit. Les hommes et les femmes de notre nouveau siècle veulent vivre « à l’échelle humaine ». Small is beautiful. On serait en droit d’attendre d’un dirigeant de gauche comme Manuel Valls qu’il ait compris les inflexions de la société !
Bien sûr, l’échange mondial continuera. La démondialisation propose qu’il soit rendu juste par des taxes écologiques, sanitaires et sociales. Bien sûr, les firmes mondiales continueront à avoir des stratégies mondiales, mais pour se plier aux nouvelles règles de la démondialisation, elles devront davantage produire sur place. La démondialisation n’est pas la fin de l’ouverture séculaire des sociétés, c’est une autre étape, une marche en avant qui défend le local, l’écologie et le respect de normes sociales via le protectionnisme. Non pas celui de madame Le Pen qui sent la croisade, mais un protectionnisme d’un genre nouveau, favorable aux travailleurs du nord comme à ceux du sud, parce que les sommes captées aux frontières de l’Europe seront redistribuées.
C’est effectivement un nouveau monde qui se dessine. Manuel Valls se pose en conservateur de l’ancien, celui qui commence à ne plus exister. Libre à lui. Mais le rôle d’un président, c’est d’anticiper le monde qui vient. Ce qu’Arnaud Montebourg a réussi, Manuel Valls n’a pu le faire. « Ringard », disiez-vous ?
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