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ABILANG ou la promotion de la langue maternelle africaine » Magazine 100%Culture

ABILANG ou la promotion de la langue maternelle africaine » Magazine 100%Culture | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
Le département des sciences du langage et de la communication de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké a organisé la troisième édition du colloque international dénommé Atelier d’Abidjan pour les langues Négro-africaines et la Grammaire Générative (ABILANG). Le thème de cette édition est « la structure du nom, du syntaxe nominal et de la phrase dans les langues Volta-Congo (Gur, Kru, Kwa) et Mandé: aspects génétiques et typologiques ». C’est le campus 2 de l’UAO de Bouaké qui a abrité la célébration, les 8 et 9 août 2018.

Deux jours de rencontre durant lesquels 92 communicants dont des enseignants-chercheurs et doctorants, venus de la Côte d’Ivoire, des États-Unis, du Nigeria et du Burkina Faso se sont exprimés sur l’importance de la langue maternelle africaine. La valorisation de la langue maternelle africaine, tel est le projet d’ABILANG.

Selon le directeur d’ABILANG, Pr Joseph Bogny Yapo de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, ABILANG est une structure ayant pour but de décrire les langues, d’enrichir et de faire des manuels didactiques afin de permettre à tout le monde d’apprendre facilement et de comprendre sa langue maternelle. « Pourquoi ne pas traduire les traités scientifiques dans nos langues en vue d’aider nos populations à comprendre le monde et les transformations auxquelles nous assistons » a-t-il expliqué.

Pour le Pr Kossonou Théodore de l’Université Félix Houphouët-Boigny, parler sa langue maternelle permet d’affirmer son identité culturelle et sa personnalité. « Quand vous perdez votre langue, vous perdez une grande partie  de vote âme. Nous avons remarqué que tous les pays développés se sont développés à travers leur propre langue. Il faut que nous utilisions et que nous fassions la promotion de nos langues maternelles » a-t-il conseillé.

De nombreux autres participants ont meublé ce colloque international. Entre autres, celle du Pr Heath Jeffrey de l’Université de Michigan des États-Unis, qui a entretenu les participants sur la thématique « génétique et typologie dans le Delta du Niger ».

Les participants souhaitent que les populations comprennent que les langues qu’elles parlent, sont les moyens dont elles disposent pour le développement économique, sociopolitique, leur développement dans tous les sens.

 

Danielle YESSO
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Facebook to launch Inuktut edition in 2019

Facebook to launch Inuktut edition in 2019 | The World of Indigenous Languages | Scoop.it

Facebook to launch Inuktut edition in 2019
Inuktut speakers now helping with translations in new app


Facebook will be available in the Inuit language by 2019, the social media company announced on July 9, on Nunavut Day.
Facebook will be available in the Inuit language by 2019, the social media company announced on July 9, on Nunavut Day.

And Inuktut speakers can now help with the translation of words from English into Inuktut, using the Translate Facebook app, to suggest translations for words such as “friend.”

Once someone has suggested a translation, others can vote for “up” or against “down” it. A news release from Facebook Canada says that when “a translation has been voted up enough, it becomes the official proposed translation for that string.”

These are stepping stones to the planned launch of Facebook in Inuktut in 2019, provided Facebook receives enough feedback from Inuktut speakers.

Facebook built the Translate Facebook app in 2007 to allow users to translate the interface into their languages, says the news release. The result is that Facebook is now available in more than 100 languages and, according to the social-media giant, is used by over one billion people in languages other than English.

The availability of the translation app in Inuktut is due to a partnership among Facebook Canada, Nunavut Tunngavik Incorporated and Inuit Uqausinginnik Taiguusiliuqtiit, the Inuit language authority.

“Facebook’s recognition of their role in the promotion and use of Inuktut is very much welcomed, particularly in Nunavut where it is the public majority language. This is refreshing because Inuit in Nunavut use Facebook to connect,” said Aluki Kotierk, president of NTI, in the news release.

“Providing an interface and allowing communications in our language is one of the ways we can encourage our people to use our language in all areas including the very widely used social media,” said Mary Thompson, chairperson of the IUT.

David Joanasie, Nunavut’s minister for languages, underlined the need to help unilingual Inuit elders remain connected with their children and grandchildren in other communities. An Inuktut version of Facebook “will help strengthen and normalize the use of Inuktut on social media by all Nunavummiut,” he said.

Charles Tiayon's insight:

NB: With reference to a 2016 census, the Inuktut population is 35,200, according to Ethnologue  (https://www.ethnologue.com/language/ike) ... What lessons for other minority community languages? 

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Transcription du discours du Président de la République à l'Institut de France pour la stratégie sur la langue française. - Présidence de la République

Transcription du discours du Président de la République à l'Institut de France pour la stratégie sur la langue française. - Présidence de la République | The World of Indigenous Languages | Scoop.it

Transcription du discours du Président de la République à l'Institut de France pour la stratégie sur la langue française.

SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI.

Institut de France – Mardi 20 mars 2018

 

Monseigneur,

Madame,

Monsieur le Chancelier de l’Institut,

Madame le Secrétaire perpétuel,

Madame et Messieurs les Ministres,

Monsieur le Premier ministre,

Madame La Secrétaire générale,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Académiciens,

Madame la Représentante personnelle pour la francophonie,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec beaucoup d’humilité que je viens aujourd’hui essayer dans ce lieu de vous parler de francophonie. Je dis avec beaucoup d’humilité parce que la dernière fois que j’en ai parlé c’était dans une université à Ouagadougou, peut-être certains qui étaient avec moi s’en souviendront. Et je n’ai eu absolument aucun succès, c’était dans un discours plus large sur l’Afrique où j’essayais d’embrasser nombre de considérations sur l’avenir de ce que la France peut y faire et les questions que nous avons à y soulever. Et lorsque j’ai parlé francophonie c’est sans doute le moment où les malentendus se sont le plus installés. J’avais face à moi des jeunes étudiantes et des jeunes étudiants qui de manière évidente ne comprenaient pas ce que j’étais en train de dire ou plus exactement se disaient « il nous parle de quelque chose qui ne nous dit rien, il nous parle depuis un endroit ou depuis une langue qui ne nous dit pas la même chose ».

La réponse m’a sans doute été donnée tout à l’heure par Gabriel FAYE qui nous disait que dans son Bujumbura natal quand on parlait de francophonie lui qui a montré à plusieurs reprises qu’il sait parler et écrire le français venait à l’esprit la photographie d’un président de la République française avec des présidents africains. Alors, croyez-moi, ça n’est pas de cette image dont je suis venu aujourd’hui vous parler et je voudrais plutôt chercher à m’en défaire. Parce qu’aujourd’hui de Maradi à Séoul, de Yaoundé à Oulan-Bator, de Nouméa à Buenos Aires, le monde bruisse de notre langue. Elle résonne par sa littérature, par sa poésie, par la chanson, le théâtre, le cinéma, par l’art culinaire, le sport, le débat philosophique ou l’éloquence et aujourd’hui partout sur la planète en ce jour ainsi choisi la langue française dit le monde et il faut la défaire des images qui ont fait qu’elle a pu un moment oublier de le dire. Elle en décrit la moindre facette, elle en énonce les aspérités, elle en creuse les conflits, elle en raconte toutes les histoires, elle en tisse le récit entre des individus que séparent des océans, des déserts, des traditions et qui dans le creuset de la langue française se retrouvent et se comprennent.

Ce qu’on appelle francophonie aujourd’hui ce n’est pas cet espace incertain à la périphérie de la France laquelle en serait le centre, c’est la langue française elle-même qui est devenue le centre de toutes les nations et de tous les peuples où elle a fait souche dans sa variété étourdissante. C’est cela la francophonie, ce continent humain qui admet comme Constitution une grammaire partagée, comme articles de loi une syntaxe, comme code civil un vocabulaire. Et c’est fort de cela qu’aujourd’hui des centaines de millions de personnes affrontent le monde, le vivent et le racontent dans ce que Salah STETIE appelle « L’autre langue », celle dont il dit d’ailleurs qu’il ne sait pas s’il l’a au fond choisie. Et la France doit aujourd’hui s’enorgueillir d’être au fond un pays parmi d’autres qui apprend, parle, écrit en français, et c’est aussi ce décentrement qu’il nous faut penser.

Notre langue française, si souvent encore représentée comme un jardin aux allées rectilignes, est devenue ce lieu partagé qui a épousé progressivement les inflexions de la planète. Ici résonnent les paroles d’Edouard GLISSANT indiquant comme objet de la poésie le monde, le monde en devenir, le monde tel qu’il nous bouscule, le monde tel qu’il nous est obscur, le monde tel que nous voulons y entrer. Le français s’est au fond émancipé de la France, il est devenu cette langue monde, cette langue archipel parce que d’autres langues se parlent dans des continents immenses et des centaines de millions de nos concitoyens la partagent mais il est peu de langues qui se parlent dans cet archipel monde qui est le nôtre.

Au fil des siècles, la langue française est devenue celle des dominants puis celle des opprimés, elle est ce qui permet de ne pas sombrer dans l‘aphasie, dans l’incommunicabilité, dans l’isolement lorsque surviennent la guerre, la violence, la barbarie. Elle permet de dire une expérience du monde qui aurait pu rester enfouie comme cette anguille sous roche dont parle le récit éblouissant d’Ali ZAMIR. En faisant de la langue des colons leur langue, en affirmant que la soumission sociale et politique pouvait trouver un exutoire dans la langue des dominants, une langue refaçonnée, remise à sa main, modelée et investie par une expérience différente, les anciens colonisés ont aussi apporté à notre langue cette expérience de souffrance qui enrichit notre regard et trouve les chemins de la réconciliation dans des imaginaires que tout aurait pu opposer.

Avant eux des persécutés, des exclus, des déracinés avaient trouvé dans la langue française leur socle, de Heinrich HEINE à Paul CELAN, mais il serait arrogant de dire que le français serait cette langue seule de la liberté. Non, on a torturé en français, on a fait des choses merveilleuses en français et on continue à faire des choses merveilleuses et terribles en français. Il y a toujours des tyrans qui pratiquent la tyrannie en français et aimer le français n’est pas leur donner quitus mais toujours au creux du français il y a eu je crois cette volonté de liberté sans doute toujours inaccomplie, ce destin dont parlait l’abbé GREGOIRE dès 1794, ce projet dont parle aussi STETIE, cette volonté de ne pas céder.

Les mémoires ainsi se sont mêlées, les blessures des uns sont devenues les blessures des autres et nous travaillons dans la même langue à panser nos plaies franchissant pour cela le seuil de l’oubli évoqué par Assia DJEBAR dans « La disparition de la langue française ». La langue française aujourd’hui est animée de cet immense élan vers la liberté, elle est la langue des combats pour l’émancipation, celle des non-alignés dont parlait Abdou DIOUF et Boutros BOUTROS-GHALI. Elle est aussi la langue des journalistes, des opposants, des blogueurs, des poètes, de tant et tant de pays où on se bat en français pour la liberté.

Car parler français jusque dans les pays qui jamais ne furent des colonies c’est encore s’inscrire en faux contre un ordre présenté comme inéluctable. C’est aller chercher son oxygène dans des textes, dans une mémoire qui toujours ont célébré l’indépendance d’esprit et le refus des conventions. Et le hasard de nos histoires partagées, de nos géographies parfois nous ont conduit aussi à avoir cette langue en partage. C’est pour cela que nous admirons le combat des Québécois, des Belges, des Suisses, des Luxembourgeois, Monseigneur, Madame, pour porter haut le français. Mais nous sommes également frappés de ces pays d’Europe, d’Amérique, d’Asie qui quoi que n’ayant jamais été officiellement francophones sont d’aussi ardents partisans de cette langue française qui leur tend un miroir où ils contemplent leur humanité, saisissent le monde, entendent sa rumeur. Parler le français, l’écrire, c’est entrer dans une immense communauté d’expériences et de regards.

Et tandis que je parle de notre langue archipel me voici avec vous en ce lieu. Et si je suis ici c’est parce que l’Académie française fut un lieu séminal pour cette immense aventure de la langue française. Il n’y eut pas un seul acte fondateur de notre langue mais plusieurs. Depuis Charlemagne en 813 jusqu’à Louis XII en 1510 et surtout François 1er qui en 1539 décida que le français serait la langue administrative du royaume par l’Edit de Villers-Cotterêts. En renonçant au latin des clercs, François 1er ouvrait la porte à une langue authentiquement nationale, partagée, comprise de tous, il donnait corps à cette ambition propre à la langue française de jeter des ponts entre les classes et les conditions. L’Edit de Villers-Cotterêts invente aussi un état civil, c’est-à-dire qu’il fait entrer chaque Français dans une existence documentée, certifiée, officielle, une existence qui se vit et se lit en français.

Ceux qui prétendent que Villers-Cotterêts ne fut pas l’acte de naissance du français comme langue de la France ont sans doute raison historiquement mais ils ont tort sur le plan culturel et politique, car la portée symbolique de cet édit résonne encore jusqu’à nous. 10 ans plus tard, du BELLAY posait avec sa « Défense et illustration de la langue française » un acte de naissance littéraire du français. Des poètes et des poétesses comme Louise LABE lui inventaient des sonorités et des couleurs nouvelles et moins de 100 ans après naissait l’Académie française, faite non pour gouverner le français mais pour s’assurer que ses règles seraient adaptées à l’usage et que la langue ne serait pas la proie de quelques-uns mais le bien de tous, poursuivant la même volonté inaugurale de François Ier.

L’Académie a été conçue pour protéger la langue des coups de force inévitables de ceux qui veulent la soumettre à leur agenda politique ou dogmatique et faire de la langue non pas un être qui vit et respire mais un outil soumis au programme de quelques-uns. L’idée fondatrice fut que la langue française ne vivrait réellement que si l’on donnait la prééminence à l’usage, que les règles donc devaient être préservées et observées contre les précieuses et les précieux de tous temps, et nous en avons encore. C’est là conférer à la langue une dignité particulière, cela suppose qu’on ait d’elle une conscience très élevée qui ne la réduise pas à être un outil de communication mais soit la substance même de ce qui nous fait humain.

C’est aujourd’hui un acte de confiance en notre langue que nous sommes résolus à accomplir, car nous sommes au seuil d’un moment nouveau de notre histoire et de l’histoire de notre langue. Nous passons de l’idée ancienne d’une francophonie qui serait la marge de la France à cette conviction que la francophonie est une sphère dont la France avec sa responsabilité propre et son rôle historique n’est qu’une partie agissante, volontaire mais consciente de ne pas porter seule le destin du français.

Jean ROUAUD en a exprimé l’enjeu en des termes d’un lumineux optimisme : « désormais déliée de son pacte avec la Nation, écrit-il, libérée de l’étreinte de la source-mère, devenue autonome, choisie, retournée à son champ premier, nourrie par d’autres aventures, n’ayant plus de comptes à régler avec la langue des anciens maîtres, la langue française a de nouveau à proposer, vue d’Afrique, d’Asie ou des Caraïbes, de Chine ou d’Iran, d’Amérique du nord ou du Vietnam, son interprétation du monde, un monde sachant que sans récit il n’y a pas d’intelligence du monde ».

Alors pour réussir ce récit, je veux remercier madame Leïla SLIMANI qui a conduit depuis plusieurs mois un travail considérable et a coordonné ce dont elle vient de rendre compte, cette méthode conduisant à demander à toutes les voix qui souhaitaient s’exprimer leurs idées pour la francophonie. Les ministres ici présents auront à conduire ce travail chacune et chacun dans leur domaine mais ça n’a pas été pensé seulement depuis un lieu à Paris ; ce fut le fruit d’un travail partagé, nourri par des voix multiples de tous les continents. Aujourd’hui si nous voulons répondre à ce grand récit, cette interprétation du monde que nous voulons et pouvons porter, il nous faut réussir en quelque sorte à apprendre, échanger et créer en français. C’est autour de ce triptyque que je veux en quelques instants revenir et échanger avec vous.

Apprendre à parler et écrire le français d’abord c’est établir dans toute la francophonie cette Constitution qui nous unit et nous rapproche. Il y a dans le rapport à une langue le rapport à une autorité, elle a ses règles et une langue permet des libertés, vous en êtes pour nombre d’entre vous de merveilleux visages, mais elle n’existe pas si d’abord on n’accepte pas de se soumettre à ses règles, si on n’accepte pas son autorité première, les usages que d’autres femmes et hommes en ont fait et qui s’est progressivement sédimenté, dont on peut retracer l’histoire ou se perdre dans ses rais.

C’est un immense défi et nous ne relèverons celui-ci que si nous savons faire se lever une génération nouvelle, militante, ambitieuse, une génération de ces héros bien particuliers qu’on appelle les professeurs de français. Vous me direz que sur ce sujet, j’ai une forme de conflit d’intérêts biographiques qui pourrait conduire à fausser mon jugement. Je ne pourrai le nier mais je veux néanmoins dire que toute notre histoire, l’histoire de notre pays fut constituée par ces héros et notre capacité à porter le français y compris dans des terres où notre langue a reculé ; nous avons réussi à le faire par ces héros que sont les professeurs de français.

A chaque fois que nous avons fermé une classe, que nous avons décidé qu’on pouvait se passer d’un professeur, le français a reculé. Et à chaque fois que nous avons considéré qu’on pouvait s’affranchir d’un professeur ou ne plus former le professeur, le français a aussi reculé. Le professeur de français, cette figure centrale, qui forge l’esprit, la sensibilité, la mémoire, la curiosité parce que la grammaire, le vocabulaire, l’étymologie et bien souvent la littérature sont le terreau où nos vies s’enracinent. Le professeur de français est le garant et le moteur de la vitalité même de la langue française. Nous savons tous ici notre dette à l’égard des éveilleurs qui nous jettent parfois contre gré dans les méandres de la grammaire et dans les grands espaces du roman ou de la poésie, faisant croître en nous ce qui était encore confus, latent. Notre première et plus grande responsabilité est ainsi de rendre ses lettres de noblesse au métier de professeur et singulièrement au métier de professeur de français.

Et apprendre le français, c’est d’abord l’apprendre en France et nous ne saurions proposer quoi que ce soit pour la francophonie si nous ne savons regarder nos propres imperfections, nos propres lacunes, parfois nos propres reculs. C’est pourquoi nous avons dès le début du quinquennat décidé qu’il fallait en effet parfois remettre des règles, rouvrir des classes, réduire le nombre d’élèves par classe dans ces lieux de la République les plus en difficulté, où on a concentré toutes les difficultés et où le français avait reculé. Dès le mois de septembre dernier, le ministre de l’Education nationale a ouvert dans ces zones dites d’éducation prioritaire des classes de CP, suivront des CE1 puis encore d’autres pour réduire le nombre d’élèves par classe pour regarder en face ce qui était devenu une banalité pourtant inadmissible, celle qu’un enfant sur cinq arrivant en CM2 dans notre pays ne savait pas maîtriser ou la langue ou le calcul ou l’écriture comme il le devait.

Nous avons donc remis des maîtres, quelques règles, remis l’évaluation sans laquelle on ne sait mesurer si l’on a appris ou pas, et réussi je crois à aussi remettre dans l’esprit de chacun, et au premier chef les parents, que parler une langue s’acquiert par des efforts, par ce travail. Nous poursuivrons avec le ministre de l’Education nationale cette tâche parce qu’elle n’est pas pour autant terminée mais nous avons ainsi remis au centre de ce combat pour le français l’école et le professeur.

Apprendre le français, c’est bien entendu également lire et c’est ce que dès la rentrée dernière le ministre de l’Education et la ministre de la Culture ont ensemble porté et que nous poursuivrons. Lire c’est entrer dans la substance de la langue, mais aussi dans sa mémoire et son imaginaire, c’est consacrer un temps de solitude, à ce qui nous reliera plus fortement aux autres et au monde. La lecture sera au cœur de l’école, cela a commencé, le livre offert chaque année le sera encore davantage et les exercices ainsi se poursuivront. Des exercices qui permettent de forger avec la langue ce contact étroit seront multipliés, de la dictée à la pièce d’éloquence, de la lecture à voix haute à la chanson, de la récitation à la réflexion sur la racine des mots qui passent en France par la revitalisation résolue des langues anciennes qui sont la matrice même de notre langue, et d’où procède cette autorité même dont je parlais.

La lecture redeviendra le cœur de l’apprentissage notamment dans les quartiers où nous l’avions laissé reculer, où la langue française elle-même s’est abîmée. Nous ne pouvons être davantage ce pays où ces reculs avaient été admis. Lire à l’école c’est lire en français. C’est lire la littérature française dont je veux qu’elle retrouve toute sa place au dépens de succédanés dont trop souvent on s’est satisfait. Je veux notamment que les élèves renouent avec les œuvres intégrales trop souvent découpées en extraits et avec le plaisir de lire qui n’est pas toujours compatible avec des exercices trop formels, qui accepte aussi qu’on se perde dans des longueurs parce qu’elles font partie du rapport au livre.

Lire aujourd’hui, c’est lire aussi la littérature écrite en français aux quatre coins du monde. Je souhaite que des auteurs de langue française soient enseignés dans les écoles françaises mêmes s‘ils ne sont pas Français ou d’origine. C’est ainsi que les élèves de France apprendront à goûter le sel de leur langue dont les écrits coruscants d’Ahmadou KOUROUMA, Driss CHRAÏBI, François CHENG, Milan KUNDERA, HAMPÂTE BÂ, Aimé CESAIRE, NIMROD et tant d’autres ici présents. J’ai ainsi décidé que la journée du 20 mars serait désormais dédiée à la connaissance des littératures en langue française à l’école.

Lire, c’est aussi avoir un lieu pour lire ; il y a l’école, certes, mais il y a aussi la bibliothèque. C’est en ce sens bien entendu que les recommandations formulées par Erik ORSENNA et Noël CORBIN dans leur rapport rendu à la ministre de la Culture il y a de cela quelques semaines seront suivies scrupuleusement. Parce que parfois retrouver la bibliothèque fermée lorsqu‘on rentre le soir ou lorsqu’une ou deux journées n’est livrée à la disponibilité des parents ou des enfants, c’est renvoyer à un espace de tranquillité, d’intimité qui n’existe pas, c’est priver d’un espace d’échanges, de hasards ou de rencontres, de partage de littératures et d’expériences de mots, celui ou celle qui y avait peut-être le plus droit. L’ouverture des bibliothèques, c’est un combat pour l’émancipation ; ouvrir dans les villes et les villages où cela a du sens, où c’est souhaité, porté par les élus, les maires au premier chef, ouvrir ces bibliothèques, c’est permettre à des enfants qui n’ont pas de livre dans leur famille, c’est permettre à des enfants pour qui travailler en famille n’est plus possible, d’avoir accès aux livres, à la tranquillité qui l’accompagne, au silence, à l’échange choisi, c’est mettre fin à cette idée que trop encore peuvent avoir en tête que ça ne serait pas pour eux ; les bibliothèques sont le lieu névralgique de cette formation personnelle.

Ce devoir d’apprendre le français en France s’impose de manière plus impérieuse au moment où nous devons accueillir des femmes et des hommes chassés par la guerre et leur donner un destin au sein de notre communauté nationale. Je ne vois pas de meilleur titre de séjour pour eux que la langue française et c’est par là aussi qu’ils entreront dans la Nation, c’est par là qu’ils trouveront leur juste place. Et si on ne leur donne pas cette chance, si on ne leur donne pas cette possibilité de rentrer dans notre pays par et dans la langue, quelle place prétend-t-on leur donner ? Aujourd’hui les réfugiés ont droit à 250 heures au maximum de cours de français ; je vous défie d’apprendre le français en 250 heures.

Ce volume sera porté à 400 heures et même 600 heures pour les personnes les plus vulnérables et les plus éloignées de la société française qui ne maîtrisent ni la lecture ni l’écriture ; nous accompagnerons les associations, les établissements éducatifs avec la délivrance d’un label propre, en mettant aussi dans chaque ville des bibliothèques et des médiathèques de référence parce que la langue française n’est pas simplement un outil d’intégration ; elle est l’intégration. Et je salue ici le travail que plusieurs associations présentes en ces lieux font chaque jour pour des élèves réfugiés venus de Géorgie, d’Afghanistan, de Libye, de Syrie ; certains dans quelques jours, dans quelques semaines joueront « Britannicus » de RACINE. Cela vaut tous les titres et tous les papiers.

Cette exigence que nous portons sur notre territoire national, je veux la porter hors de nos frontières de la même façon car il est de la responsabilité de la France de faire vivre nos Francophonies au service des peuples non pas comme un faux-nez de notre empire colonial, comme certains le prétendent, mais parce que nous croyons dans le destin de notre langue, dans ce qu’elle véhicule, dans ce qu’elle dit du monde où nous vivons sans surplomb aucun. C’est pour cela que la France s’est engagée tout particulièrement de la même manière pour l’éducation et pour la formation des maîtres. Ces deux combats sont décisifs.

J’ai voulu que la France, dans l’action qu’elle mène à l’international – et nous l’avons constamment porté avec le ministre –, puisse, à travers son aide publique au développement, réaffirmer son engagement fort pour l’éducation, en particulier l’éducation des jeunes filles qui recule aujourd’hui dans tous les terrains où la terreur monte et où l’obscurantisme essaie aujourd’hui de prendre le dessus. Il nous faut donc nous battre en investissant, ce que la France fera dans le cadre du Partenariat mondial pour l’éducation, mais aussi dans son aide bilatérale pour l’éducation, l’éducation des jeunes filles en particulier en Afrique et tout particulièrement au Sahel.

Nous nous battrons aussi pour la formation des maîtres, car il importe de continuer à accompagner à cet égard toutes les initiatives d’appui à une éducation de qualité en France qui soit accessible à toutes et tous et en particulier avec le déploiement à tous les pays d’Afrique francophone du Programme d’accompagnement des enseignants Apprendre réalisé en lien avec les agences de l’OIF, la création d’un fonds pour améliorer l’accessibilité aux ressources pédagogiques et la mobilisation du ministère français de l’Education nationale et de ses opérateurs pour proposer des dispositifs innovants de formation initiale et continue et le renforcement des actions bilatérales menées par nos ambassades.

La stratégie présentée aujourd’hui et que les ministres auront à cœur de détailler s’appuiera sur des initiatives qui viendront compléter ces dispositifs et le travail remarquable conduit sur ce sujet par l’OIF. Nous mettrons ainsi en place un volontariat international pour le français à destination des pays prioritaires et doublerons le nombre de missions du service civique sur cet enjeu. Nous aiderons la Fédération internationale des professeurs, elle aussi accompagnée par l’OIF, pour œuvrer dans ce cadre.

Mais ce travail passera aussi par un élan nouveau donné aux lycées français. La France dispose aujourd’hui de 500 établissements dans le monde accueillant 350.000 élèves. C’est la colonne vertébrale de notre offre d’enseignement à travers le monde. Il sera consolidé, dynamisé pour garantir sa pérennité et répondre à la demande croissante. Les moyens seront maintenus. Le ministre, à l’été, proposera une stratégie pour mieux associer le secteur privé et je veux ici remercier tous les Etats qui accompagnent dans ce travail. Et j’ai eu l’occasion de le faire hier mais je veux en ce lieu vous le dire, Monseigneur, remercier en particulier le choix qui a été le vôtre pour notre lycée français au Luxembourg et l’investissement qu’avec votre gouvernement, vous avez décidé de faire pour que nous continuions à être présents.

Nous allons aussi développer les établissements partenaires avec l’objectif de doubler le nombre d’élèves accueillis au sein du réseau scolaire français d’ici à 2025. Des pôles régionaux de formation seront créés pour former les nouveaux enseignants, par exemple, au Mexique ou au Liban. Et partout où je passerai, je poursuivrai de manière méthodique des stratégies partenariales qu’avec le ministre et le secrétaire d’Etat à la Francophonie, nous conduisons inlassablement qui consistent à nouer des partenariats pour que dans les systèmes éducatifs de chacun des pays, le français soit davantage et mieux enseigné, que nous puissions aider à ces investissements, mais qu’ils soient choisis par chacun de ces pays.

En dehors même de nos établissements, les filières bilingues francophones sont en effet très demandées à l’étranger, du LAFAYETTE Acadamy de New York jusqu’au lycée Guangming de Shanghai en passant par le 18e lycée de Zagreb. Pour accompagner leur développement, la mission de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger en la matière sera renforcée. L’objectif est qu’en 2022, le réseau des écoles proposant des sections bilingues francophones de qualité portant le label France Education regroupe 500 établissements contre les quelque 209 actuellement.

Dans le domaine de l’enseignement supérieur, je souhaite aussi que nos établissements osent s’implanter hors de nos frontières et se regroupent dans des campus, comme au Maroc, au Sénégal, demain en Tunisie avec la future université franco-tunisienne de l’Afrique et de la Méditerranée. Il s’agit de doubler dans ces formations le nombre d’élèves en 2022. La ministre aura elle aussi à conduire cette stratégie, comme elle a commencé à le faire, et les Assises des universités francophones et la conférence en mai prochain à Paris des 20 ans du Processus de Bologne mettront au cœur de la réflexion les co-diplômes dont je souhaite également le doublement.

Nous pouvons réussir ce pari, si nous décidons d’y investir à nouveau et si nous marquons ce volontarisme. Mais sans être présents à travers les professeurs, par nos écoles, par ces partenariats, par nos universités, nous ne réussirons pas à faire que le français soit bien appris. Il nous faut aussi pour cela bien accueillir les étudiants étrangers qui viennent apprendre en France. Dans son livre corrosif « La préférence nationale », Fatou DIOME relate de façon drolatique les avanies d’une étudiante sénégalaise finançant ses études par des emplois de maison. Nous ne pouvons plus être ce pays opposant aux étudiants étrangers un parcours du combattant dont Fatou DIOME décrit avec un humour grinçant les détours. Les effectifs de la mobilité étudiante dans le monde vont fortement augmenter dans les prochaines années. La France devra accroître le nombre d’étudiants étrangers sur son territoire et le nombre de ceux qui viennent des pays émergents doublera parce que la langue française est ce bien qui nous lie. Etudiants indiens, russes, chinois seront plus nombreux et devront l’être.

Nous devons d’ores et déjà tout faire pour rénover les conditions de leur accueil. J’ai donc demandé à la ministre de l’Enseignement supérieur de concevoir un plan d’ensemble avec le concours de Campus France. C’est ce plan qui sera présenté début 2019. Dans le même esprit, une Maison des Etudiants francophones sera créée à la Cité internationale universitaire de Paris. Sa construction commencera cet automne et elle proposera 150 places aux meilleurs étudiants du monde francophone. Apprendre le français dans notre pays, dans des endroits où parfois nous l’avions abandonné. Apprendre le français dans le monde francophone comme ailleurs est donc la base, le socle sur lequel nous pouvons construire.

Si le monde en ce 20 mars bruisse de la langue française de façon presque vertigineuse, il résonne aussi de toutes les autres langues. Tout le monde s’y exprime tout le temps avec des relais technologiques toujours plus puissants, portant au jour des paroles ignorées, donnant un surcroît de puissance aux paroles instituées. Et la langue française est souvent bousculée par d’autres langues qui visent à l’hégémonie. Elle a d’ailleurs reculé ces dernières décennies parce que nous l’avons parfois abandonnée, parce que nous avons décidé d’arrêter d’investir. Et au Moyen-Orient ou en Asie, force est de constater que, alors qu’il y a 15 ou 20 ans, il était évident de parler le français, ça n’est plus tout à fait le cas.

C’est pourquoi le second objectif, le second défi est de faire du français une langue majeure d’échange, de communication et, en quelque sorte, de faire de cette langue une manière d’échanger non hégémonique et j’y reviendrai, mais aussi de créer un usage utile de la langue française, une efficacité, la possibilité offerte d’un accès à quelque chose. Le français est cette langue qui doit permettre d’accéder à un travail, à d’autres opportunités, à des espaces linguistiques, géographiques qui permettent de communiquer, de partager une information, de contester, de travailler, d’accéder à des possibles. Il nous faut donc penser et présenter – et c’est l’ambition profonde, séminale de l’Organisation internationale de la Francophonie – cette ambition d’avoir aussi un français utile, efficace et nous devons pleinement l’assumer.

Une grande partie de cette bataille se joue bien entendu sur la Toile. Les Français s’y défendent, y sont représentés. Le français y est la quatrième langue. Sur AMAZON, les livres en français occupent la troisième place mais nous ne devons pour autant pas nous satisfaire de cette situation. La Francophonie doit affirmer plus clairement ses atouts et le combat sur les plateformes, les réseaux sociaux est à la fois politique et culturel. C’est pourquoi les universités francophones doivent accélérer la mise en ligne des contenus académiques et des ressources pour la recherche et l’enseignement. Nous encouragerons les universités du monde francophone à développer des cours en ligne massifs et ouverts avec l’expertise de France Université Numérique.

L’Institut français est chargé d’opérer un déploiement massif du réseau social des professeurs de français en ciblant 150 pays et 75.000 adhérents à l’horizon 2021. Nous renforcerons les logiques de réseau sur la Toile francophone, le développement des collaborations et des projets communs. Nous mettrons en place le premier incubateur dédié à l’apprentissage des langues, la Fabrique numérique du français. Nous réunissons pour cela des ingénieurs, des chercheurs, des linguistes, des artistes, des entreprises innovantes, coordonnés par l’Institut français, avec un projet qui, à l’heure de l’intelligence artificielle, a pour but de ne laisser ce nouveau continent ni dans la main des Anglo-Saxons ni dans la main des Chinois.

Il nous faut en effet, à travers ces initiatives, promouvoir le français, les contenus en français, les contenus académiques, scientifiques et la présence de tous les locuteurs sur la Toile. La Francophonie doit pouvoir dès maintenant s’imposer dans les technologies les plus innovantes sans quoi elle sera vite exclue du champ des langues insérées dans les nouveaux modes de communication.

Ce combat, c’est aussi celui qui passe par notre puissance de feu médiatique. La France a la chance de pouvoir s’appuyer sur une institution puissante, France Médias Monde. Il suffit de se rendre à l’étranger pour en mesure l’influence. 135 millions de personnes sont touchées chaque jour. Nous devons rehausser notre ambition, parvenir dans les deux ans qui viennent à plus de 150 millions. Et je souhaite aussi que l’ensemble de nos médias français et francophones réfléchissent davantage à leur projection hors de nos frontières, à leur résonnance internationale, qu’elle soit télévisuelle ou radiophonique, mais également sur la Toile.

Nous disposons de titres de qualité, de marques fortes. Elles sont déjà présentes à l’étranger, mais nous pouvons redoubler d’ambition et l’Etat accompagnera cette ambition ainsi repensée car c’est la possibilité de promouvoir nos créations artistiques, journalistiques, des contenus francophones qui disent quelque chose de cette interprétation du monde que j’évoquais tout à l’heure, qui portent un regard sur le monde, un regard critique, y compris d’ailleurs par rapport à la politique même que mène la France dans certains de ces endroits et dans toutes ces régions. Mais c’est indispensable.

Et cette préoccupation rejoint intimement notre combat contre les fausses informations et pour une presse libre et indépendante. Les médias en langue française doivent apparaître comme des médias de confiance car ils le sont. Ils pourraient même mettre en place cette certification que Reporters Sans Frontières appelle de ses vœux. L’AFP à cet égard peut jouer un rôle central car son maillage mondial est exceptionnel. Faire alliance sur ce sujet avec les grands médias francophones serait un atout considérable. Nous pourrions aussi entraîner dans ce défi les grands médias européens, réalisant ainsi entre l’Europe et la Francophonie une alliance inédite et une ambition mondiale à un moment où l’information trop souvent sert des intérêts particuliers ou des agendas hégémoniques. Mais c’est une réalité.

Et donc nous devons sur ce sujet n’avoir aucune naïveté. La ministre de la Culture aura à porter un texte important qui concernera une toute petite partie de ce sujet en France en période de campagne électorale. Mais il y a tout un continent, celui du statut de l’information, des vérités et contrevérités. Il existe et il s’articule dans des langues et je crois que c’est un défi à la hauteur des médias en langue française. Former les professionnels de l’information dans la Francophonie est ainsi une tâche urgente si nous voulons que ces agendas ne s’imposent pas à tous. Canal France International, notre opérateur pour la coopération entre médias, intensifiera ses interventions dans les zones francophones prioritaires, notamment au Liban, au Maghreb et en Afrique subsaharienne, afin de renforcer les capacités des médias en particulier dans le domaine numérique. La formation des journalistes qui sera doublée en sera un pilier majeur et la langue française en sera le ciment parce qu’informer en français, débattre en français a du sens, sans doute aujourd’hui encore davantage qu’hier.

Mais sur ce vaste forum mondial, il est un terrain que la Francophonie doit reconquérir, c’est celui de l’économie. Parler des usages de cet échange en français, de ces accès que j’évoquais tout à l’heure, c’est aussi parler du monde économique. Lorsque je me suis rendu à Davos, je me suis d’abord exprimé en anglais, puis en français. Certains auraient préféré que je ne m’exprime qu’en français mais s’exprimer en anglais dans une enceinte réunissant la communauté des affaires, c’est d’abord utile et c’est montrer que le français se construit dans ce passage, dans ce plurilinguisme, dans cette capacité à parler la langue de l’autre, y compris lorsque c’est la langue devenue dominante, parfois à visée hégémonique, dans le monde des affaires, mais aussi pour ramener ceux qui parlent anglais à la langue française lorsqu’il faut parler des valeurs qui nous guident et du regard que nous portons sur la mondialisation.

Il y a donc bien une Francophonie économique qu’il nous faut ré-embrasser, dont il faut retrouver la vigueur, celle-là même que le rapport de Jacques ATTALI en 2014 proposait de promouvoir avec plusieurs dispositions, qui d’ailleurs demeurent toutes d’actualité. Aussi la solution n’est jamais d’imposer une langue ni de jouer la rivalité des langues. La solution est de permettre la pluralité des langues notamment dans les échanges commerciaux. C’est pourquoi je souhaite qu’en Europe, soient enseignées deux langues en plus de la langue maternelle parce que l’anglais n’a pas vocation à être la seule langue étrangère parlée par les Européens. De même, je souhaite que nos écoles de commerce attirent plus d’étudiants étrangers et contribuent à un nouvel élan du français comme langue des affaires. Les entreprises doivent aussi prendre leurs responsabilités.

La tentation de faire de l’anglais la langue de travail doit le céder à un effort pour favoriser le multilinguisme et les échanges interculturels sans quoi les entreprises elles-mêmes seront gagnées par une uniformité linguistique, donc culturelle, largement contradictoire avec le monde tel qu’il est. Et nous accompagnerons les entreprises dans ce travail avec, là aussi, des propositions de certification. Cela fait partie des idées qui sont remontées et les associations patronales, les Chambres de commerce, le réseau diplomatique s’impliqueront dans cette évolution.

Victor HUGO croyait que le français serait la langue de l’Europe, il serait peut-être aujourd’hui un peu déçu. Mais après tout, cela ne dépend que de nous. Pour que le français et le plurilinguisme retrouvent la place qui doit être la leur, notamment au sein de cette Europe économique, de cette Europe des affaires et de cette Europe des institutions européennes. C’est pourquoi aussi nous renforcerons notre dispositif de formation linguistique destiné en particulier aux responsables européens. Bruxelles fera l’objet d’un effort particulier, en lien avec nos partenaires belges, parce que nous sommes en train de vivre un paradoxe dont vous goûterez aujourd’hui le caractère quelque peu intempestif. L’anglais n’a sans doute jamais été aussi présent à Bruxelles au moment où nous parlons de « Brexit ». Cette domination n’est pas une fatalité, il nous appartient simplement de retrouver là aussi quelques règles, de réinvestir certains lieux et de refaire du français une langue par laquelle on accède à ces opportunités que j’évoquais.

Toute la stratégie européenne en matière d’aide publique au développement, de coopération s’articule sur et autour de cette Francophonie et le français est ce qui donne accès à une bonne partie du continent africain à des opportunités économiques tout autour du pourtour méditerranéen comme aucune autre langue. Cette langue de passage, parce qu’elle s’est construite dans le multilinguisme, cette langue d’accès doit être ainsi assumée, présentée, expliquée comme celle qui permet de construire ces opportunités et donc enseigner à cet égard.

Et c’est pourquoi enfin, lorsque je parle d’usage, lorsque je parle du français comme une langue d’échange, je ne peux pas ne pas parler de plurilinguisme et de traduction. Au fond, nous sommes le seul pays de la Francophonie qui ne vit qu’en français. La Francophonie, si elle nous dit quelque chose – et je ne me suis pas essayé ici, sous le contrôle de plus experts que moi, à essayer de dire qui était Francophone ou pas –, mais celles et ceux qui parlent en langue française ont une richesse, ils ont plusieurs langues. Il n’y a que les Français qui n’ont que le Français. Et la Francophonie nous enseigne une chose, c’est que nous n’existons que dans ce plurilinguisme. Notre force, c’est de penser ces passages. Notre force – et c’est peut-être là où nous retrouvons par une forme de ruse de l’Histoire le rêve d’HUGO –, notre force, c’est que nous sommes toujours et avant tout une langue de traduction. C’est ce qu’Umberto ECO disait en parlant de la langue de l’Europe qui serait la traduction et c’est pourquoi nous devons sur ce plan poursuivre, accroître nos efforts.

Le Grand Prix de la traduction est en effet un moment important qui met en lumière et en valeur le rôle essentiel des traducteurs. Je souhaite que nous puissions aller plus loin, accompagner nos éditeurs dans ce travail essentiel, poursuivre la traduction en particulier impliquant des langues comme l’arabe ou le chinois, comme le russe, comme je l’évoquais il y a quelques mois à Francfort. Mais que nous puissions aussi poursuivre la traduction du français dans ces langues étrangères pour pouvoir, comme le disait naguère Dany LAFERRIERE, parler le français dans toutes les langues, avec ces mêmes intonations, en ayant conscience de cette pluralité.

La Francophonie doit faire droit aux autres langues, en particulier aux autres langues européennes mais à toutes les langues que la mondialisation fragilise ou isole. La Francophonie, c’est ce lieu où les mémoires des langues ne s’effacent pas, où elles circulent. Et notre mission est donc bien celle de continuer à traduire, d’accroître les traductions dans un sens et dans l’autre, d’être ce point de passage qui nous fait dans la Francophonie, mais aussi de défendre le wolof, le mandingue, le bassa, le lingala, le kikongo, le swahili, tous les créoles – mauricien, guadeloupéen, haïtien, martiniquais, réunionnais –, des langues qui, comme le français, rassemblent des millions de locuteurs au-delà des frontières et contribuent à la circulation des savoirs et des cultures.

Lorsque j’étais à Ouagadougou, si ces jeunes étudiants n’ont pas voulu comprendre ou compris ce que je disais, c’est parce qu’ils ont compris que je défendais le français contre leur langue. Le français ne peut se développer que dans ce plurilinguisme, que dans ces traductions permanentes. Il nous faut donc aussi faire des dictionnaires dans chacune de ces langues, pousser nos diplomates et nos concitoyens à les apprendre dans le même sens d’hospitalité d’une langue à l’autre et accepter là encore que ces langues qui fécondent le regard porté sur le monde existent et soient pleinement reconnues. Le joli mot de sikidilatif, qui veut dire « suscitant de l’espoir », vient du kikongo. Et relisons les écrits de Maryse CONDE ou les récits de Nathacha APPANAH pour mesurer l’importance de ce dialogue des langues. C’est tout cela communiquer, échanger dans une langue et donc c’est tout cet effort qu’il nous faut aussi faire pour en retrouver le plein usage.

Enfin le français doit devenir cette langue qui raconte le monde de demain. Mieux, elle doit être cette langue qui crée le monde demain et la création en français voilà notre troisième défi. La Francophonie a connu la colonisation, la décolonisation, les faux-semblants d’une relation souvent viciée avec les anciens pays coloniaux, puis la créolisation, l’émergence progressive de cette langue-monde, cette littérature-monde dont Alain MABANCKOU a si bien dit l’énergie particulière, nous proposant de « suivre la marche de cette littérature monde en langue française, de tracer sommairement ses contours, de la regarder dans un ensemble plus étendu, plus éclaté, plus bruyant, c’est-à-dire le monde ». Si le français n’est pas cette langue de l’Europe rêvée par HUGO, elle est plus que cela, elle est une langue où se forge le vaste monde, cette langue « rapaillée » dont parle le Québécois Gaston MIRON, qui peut désormais embrasser la richesse et la variété du monde sans jamais renoncer à la pluralité de ses enracinements dans un monde où, au fond, la principale menace, c’est l’uniformité ou peut-être « l’insignifiance » dont parlait CASTORIADIS.

La langue française est d’une abondance et d’une richesse de sens incomparable aussi parce qu’elle est constamment dans cette intranquillité avec les autres langues, dans cette cohabitation avec les autres langues, parce qu’elle a elle-même vécu dans notre propre pays dans cette intranquillité. Et ce fut d’ailleurs au cœur des premières batailles de l’Académie française. Nous n’avons jamais été une langue unique complètement ou hégémonique totalement. C’est cela qui nous a donné cette richesse et c’est cela qui fait que la création a une place toute particulière dans la langue qui est la nôtre.

La mission de la Francophonie ne se soumet pas au cadre cartésien d’un programme politique, elle excède tout ce qui chercherait à la canaliser. L’explosion artistique et littéraire qui gagne les territoires de la Francophonie est aujourd’hui le seul programme qui vaille et je ne vais donc pas vous dire que je vais vous proposer une politique de création dans la Francophonie. Il y a trop ici de femmes et d’hommes qui créent dans, par ou avec le français pour accepter cette forme en quelque sorte de verticalité. Notre rôle, c’est plutôt de le rendre possible, de l’accompagner, de faire fleurir ce qui, aujourd’hui, est en germe, de propager ce qui a déjà mûri et de faire que de Paris aux confins du Niger, du bassin du fleuve Congo jusqu’au Pacifique en passant par les Caraïbes, il y ait cette vitalité qui puisse ainsi s’épanouir.

Pour cela, nous devons établir des passerelles, créer des instances qui rapprochent. C’est le sens de la mission que j’ai confiée à Leïla SLIMANI. Son rôle à mes côtés est de relier, nouer, faire converger et donc de repérer et sentir les dynamiques qui sont à l’œuvre, de percevoir les signaux faibles et saisir les mouvements qui émergent. Pour que la Francophonie soit ainsi une circulation, je souhaiterais qu’on puisse instituer peut-être ce que nous pourrions appeler un « collège des Francophonies », qui mettrait en relation les académies des pays d’expression française, dans lequel votre Académie aurait un rôle éminent et qui pourrait au moins une fois par an se réunir pour avoir la mission exaltante de collecter la diversité des usages, de contribuer à la production non seulement des dictionnaires francophones, mais aussi de ces dictionnaires avec ces autres langues et d’assurer que ce plurilinguisme rayonnant sur tous les continents se poursuive bien.

Je souhaite aussi des Etats généraux de l’édition en français pour décloisonner les milieux de l’édition francophone et favoriser les cessions de droits du français vers le français. Nous en parlions tout à l’heure. C’est une question qui peut paraître marginale, elle ne l’est pas. Partout hors de France où on veut lire en français, il y a des questions de cession de droits, il y a des problèmes de prix du livre pour accéder aux livres en français et il nous faut donc travailler pour résoudre ce problème. Nous proposerons au Festival Etonnants Voyageurs 2018 de Saint-Malo de réunir pour une première fois ces Etats généraux de l’édition en français. C’est en ouvrant notre marché de l’édition aux littératures en français dans toute leur pluralité aussi que nous permettrons de former ce grand ensemble de langue française et de faire que nos enfants, nos lycéens à l’école ou en bibliothèque auront accès à ces littératures en langue française sans savoir totalement les distinguer.

Et j’ai en mémoire ce que nous disait le jeune écrivain sénégalais Mohamed MBOUGAR SARR il y a quelques semaines ; il disait : « Moi, à 16 ans, j’ai lu « Le père GORIOT » à Saint-Louis du Sénégal et j’en ai été ébloui et c’est ce qui a fait que j’ai voulu devenir écrivain », écrivain français ! Et je rêve que demain, dans une petite ville de Corrèze ou d’Alsace, un jeune homme ou une jeune fille puisse rêver de devenir écrivain en lisant en lisant HAMPATE BA ou tel ou tel autre et je pense que c’est possible. Et voilà les ponts et les passerelles que nous avons la volonté de jeter entre les peuples de la Francophonie par la création, l’innovation.

Je souhaite vivement que la France aussi puisse pleinement s’engager dans ce travail en instituant un lieu. Je vous rassure, pas un lieu concurrent de votre Académie. C’est impossible et je ne serais pas ici pour vous le dire. Non, un lieu pour ces Francophonies. Il y a quelques mois, je n’étais alors pas en fonction, je me rendais dans les dernières semaines de la campagne présidentielle à Villers-Cotterêts et Villers-Cotterêts est bien entendu la ville de l’Edit royal que je citais tout à l’heure. C’est aussi la ville où Alexandre DUMAS est né d’un père mulâtre, esclave émancipé devenu soldat de la France et qu’il a quittée à pied, dit-on, pour rejoindre Paris quand il a voulu devenir écrivain. Et c’est aujourd’hui une ville qui doute, a été bousculée par les grands bouleversements du monde et a parfois pu céder à quelques sirènes de repli. Et le château ou l’Edit a été signé tombe en ruines, il n’est plus possible d’y entrer.

Alors je souhaiterais qu’on fasse de ce château, de ce lieu un laboratoire de la Francophonie. Le CMN a accepté d’accompagner cette tâche titanesque. Ce sera un lieu d’expositions, de rencontres, de recherches, de pédagogie, de résidence d’artistes et de chercheurs, de travail, de découverte, un lieu de création, d’écriture, de spectacles. Ce lieu si emblématique viendra illustrer l’énergie de la Francophonie et apportera à un territoire en grande difficulté un élan nouveau et même le combat nouveau de ceux qui forgent une fierté retrouvée.

Hors de nos frontières, nous devons aussi retrouver notre influence et notre capacité à agir. C’est pourquoi l’Institut français sera renforcé dans son rôle d’opérateur de la promotion et de la diffusion du français dans le monde. A Paris, Institut français et Alliance seront réunis dans un même lieu pour renforcer les synergies des acteurs qui concourent à la langue française, et le réseau des Alliances se déploiera à raison de 10 ouvertures par an à partir de 2019. Nous avons, avec le ministre, il y a quelques semaines, rouvert une Alliance française en Tunisie ; il n’y en avait plus eu depuis 1948, de mémoire. Je souhaite aussi que les crédits alloués à ces institutions soient pleinement sanctuarisés.

Récemment, j’ai été sur ce sujet interpellé par le recteur de l’université de Dakar, Monsieur THIOUB. Il m’a fait remarquer justement que l’Institut français de Dakar est sagement adossé à l’ambassade de France dans un quartier devenu calme où il se passe moins de choses qu’il y a quelques décennies. Il nous faut donc retrouver les bons lieux et notre diplomatie culturelle sera appelée à aller chercher les gens là où ils sont, dans les quartiers parfois éloignés du centre, dans les lieux où bat le pouls de la vraie vie car l’heure n’est plus à une diplomatie culturelle cantonnée dans les beaux quartiers et dans les bâtiments officiels. J’apprécie ainsi qu’à Casablanca, notre Institut français n’hésite pas à travailler dans le quartier déshérité de Sidi Moumen, celui-là même d’où étaient venus les auteurs des attentats de 2003, pour épauler des artistes comme Nabil AYOUCH, Mahi BINEBINE qui s’efforcent d’offrir aux jeunes les plus vulnérables des formations à la musique, à la danse, au théâtre, au cinéma, des cours de français ou d’informatique.

La Francophonie doit pouvoir toucher ces nouveaux publics, aller vers ceux qui ne viennent pas à nous dans les campagnes, dans les quartiers éloignés, dans les quartiers populaires où l’envie de français et de plurilinguisme est forte, où la créativité est exceptionnelle, où l’innovation affleure partout. Et c’est particulièrement vrai du théâtre et du cinéma. L’Institut français encouragera les nouvelles écritures dramatiques francophones, leur traduction vers les langues vernaculaires et leur diffusion par la création d’un fonds spécifique. J’ai confié ainsi un nouveau mandat à l’AFD pour que, dès 2018, elle soutienne les industries culturelles et créatives des pays d’Afrique francophone et de la Caraïbe. 10 premiers projets en faveur de l’édition, du cinéma, de la

Charles Tiayon's insight:

"....lorsque je parle du français comme une langue d’échange, je ne peux pas ne pas parler de plurilinguisme et de traduction. Au fond, nous sommes le seul pays de la Francophonie qui ne vit qu’en français. La Francophonie, si elle nous dit quelque chose – et je ne me suis pas essayé ici, sous le contrôle de plus experts que moi, à essayer de dire qui était Francophone ou pas –, mais celles et ceux qui parlent en langue française ont une richesse, ils ont plusieurs langues. Il n’y a que les Français qui n’ont que le Français. Et la Francophonie nous enseigne une chose, c’est que nous n’existons que dans ce plurilinguisme. Notre force, c’est de penser ces passages. Notre force – et c’est peut-être là où nous retrouvons par une forme de ruse de l’Histoire le rêve d’HUGO –, notre force, c’est que nous sommes toujours et avant tout une langue de traduction. C’est ce qu’Umberto ECO disait en parlant de la langue de l’Europe qui serait la traduction et c’est pourquoi nous devons sur ce plan poursuivre, accroître nos efforts.

Le Grand Prix de la traduction est en effet un moment important qui met en lumière et en valeur le rôle essentiel des traducteurs. Je souhaite que nous puissions aller plus loin, accompagner nos éditeurs dans ce travail essentiel, poursuivre la traduction en particulier impliquant des langues comme l’arabe ou le chinois, comme le russe, comme je l’évoquais il y a quelques mois à Francfort. Mais que nous puissions aussi poursuivre la traduction du français dans ces langues étrangères pour pouvoir, comme le disait naguère Dany LAFERRIERE, parler le français dans toutes les langues, avec ces mêmes intonations, en ayant conscience de cette pluralité.

La Francophonie doit faire droit aux autres langues, en particulier aux autres langues européennes mais à toutes les langues que la mondialisation fragilise ou isole. La Francophonie, c’est ce lieu où les mémoires des langues ne s’effacent pas, où elles circulent. Et notre mission est donc bien celle de continuer à traduire, d’accroître les traductions dans un sens et dans l’autre, d’être ce point de passage qui nous fait dans la Francophonie, mais aussi de défendre le wolof, le mandingue, le bassa, le lingala, le kikongo, le swahili, tous les créoles – mauricien, guadeloupéen, haïtien, martiniquais, réunionnais –, des langues qui, comme le français, rassemblent des millions de locuteurs au-delà des frontières et contribuent à la circulation des savoirs et des cultures.

Lorsque j’étais à Ouagadougou, si ces jeunes étudiants n’ont pas voulu comprendre ou compris ce que je disais, c’est parce qu’ils ont compris que je défendais le français contre leur langue. Le français ne peut se développer que dans ce plurilinguisme, que dans ces traductions permanentes. Il nous faut donc aussi faire des dictionnaires dans chacune de ces langues, pousser nos diplomates et nos concitoyens à les apprendre dans le même sens d’hospitalité d’une langue à l’autre et accepter là encore que ces langues qui fécondent le regard porté sur le monde existent et soient pleinement reconnues. Le joli mot de sikidilatif, qui veut dire « suscitant de l’espoir », vient du kikongo. Et relisons les écrits de Maryse CONDE ou les récits de Nathacha APPANAH pour mesurer l’importance de ce dialogue des langues. C’est tout cela communiquer, échanger dans une langue et donc c’est tout cet effort qu’il nous faut aussi faire pour en retrouver le plein usage.

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Charles Tiayon's curator insight, March 21, 4:06 PM

Sur la traduction:

"....lorsque je parle du français comme une langue d’échange, je ne peux pas ne pas parler de plurilinguisme et de traduction. Au fond, nous sommes le seul pays de la Francophonie qui ne vit qu’en français. La Francophonie, si elle nous dit quelque chose – et je ne me suis pas essayé ici, sous le contrôle de plus experts que moi, à essayer de dire qui était Francophone ou pas –, mais celles et ceux qui parlent en langue française ont une richesse, ils ont plusieurs langues. Il n’y a que les Français qui n’ont que le Français. Et la Francophonie nous enseigne une chose, c’est que nous n’existons que dans ce plurilinguisme. Notre force, c’est de penser ces passages. Notre force – et c’est peut-être là où nous retrouvons par une forme de ruse de l’Histoire le rêve d’HUGO –, notre force, c’est que nous sommes toujours et avant tout une langue de traduction. C’est ce qu’Umberto ECO disait en parlant de la langue de l’Europe qui serait la traduction et c’est pourquoi nous devons sur ce plan poursuivre, accroître nos efforts.

Le Grand Prix de la traduction est en effet un moment important qui met en lumière et en valeur le rôle essentiel des traducteurs. Je souhaite que nous puissions aller plus loin, accompagner nos éditeurs dans ce travail essentiel, poursuivre la traduction en particulier impliquant des langues comme l’arabe ou le chinois, comme le russe, comme je l’évoquais il y a quelques mois à Francfort. Mais que nous puissions aussi poursuivre la traduction du français dans ces langues étrangères pour pouvoir, comme le disait naguère Dany LAFERRIERE, parler le français dans toutes les langues, avec ces mêmes intonations, en ayant conscience de cette pluralité.

La Francophonie doit faire droit aux autres langues, en particulier aux autres langues européennes mais à toutes les langues que la mondialisation fragilise ou isole. La Francophonie, c’est ce lieu où les mémoires des langues ne s’effacent pas, où elles circulent. Et notre mission est donc bien celle de continuer à traduire, d’accroître les traductions dans un sens et dans l’autre, d’être ce point de passage qui nous fait dans la Francophonie, mais aussi de défendre le wolof, le mandingue, le bassa, le lingala, le kikongo, le swahili, tous les créoles – mauricien, guadeloupéen, haïtien, martiniquais, réunionnais –, des langues qui, comme le français, rassemblent des millions de locuteurs au-delà des frontières et contribuent à la circulation des savoirs et des cultures.

Lorsque j’étais à Ouagadougou, si ces jeunes étudiants n’ont pas voulu comprendre ou compris ce que je disais, c’est parce qu’ils ont compris que je défendais le français contre leur langue. Le français ne peut se développer que dans ce plurilinguisme, que dans ces traductions permanentes. Il nous faut donc aussi faire des dictionnaires dans chacune de ces langues, pousser nos diplomates et nos concitoyens à les apprendre dans le même sens d’hospitalité d’une langue à l’autre et accepter là encore que ces langues qui fécondent le regard porté sur le monde existent et soient pleinement reconnues. Le joli mot de sikidilatif, qui veut dire « suscitant de l’espoir », vient du kikongo. Et relisons les écrits de Maryse CONDE ou les récits de Nathacha APPANAH pour mesurer l’importance de ce dialogue des langues. C’est tout cela communiquer, échanger dans une langue et donc c’est tout cet effort qu’il nous faut aussi faire pour en retrouver le plein usage."

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Découverte d'une nouvelle langue inconnue en Malaisie

Découverte d'une nouvelle langue inconnue en Malaisie | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
Le Jedek n'est pas la seule langue découverte ces dernières années. En 2013, des chercheurs ont trouvé 800 personnes dans l'État indien d'Arunachal Pradesh parlant une langue tibéto-birmane inconnue appelée Koro. Toujours en 2013, des linguistes australiens ont découvert que 350 résidents de la ville isolée de Lajamanu parlaient une langue qu'ils appellent Light Warlpiri, un mélange d'anglais et de deux dialectes locaux. Cette langue est une évolution récente et la plupart des locuteurs ont moins de 40 ans, ce qui signifie qu'elle s'est développée au cours des dernières décennies, les travailleurs de la communauté s'exprimant de plus en plus en anglais et travaillant dans les ranchs, amenant de nouveaux mots qu'ils enseignent à leurs familles. 
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Google's new neural machine translation can translate English to Bengali, Marathi, Tamil, other Indian languages

Google's new neural machine translation can translate English to Bengali, Marathi, Tamil, other Indian languages | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
In an effort to keep the Internet alive and interesting for a billion Indians, search giant Google has announced the launch of multiple Indian languages support across its products.
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Marketing Translation Vs. Transcreation: What's the Difference? - K International

Marketing Translation Vs. Transcreation: What's the Difference? - K International | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
Should you use Transcreation or Marketing Translation? This article explains each term and helps you make the right choice for your creative translation.
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Translation Options in PowerPoint 2010 for Windows

Translation Options in PowerPoint 2010 for Windows | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
Learn about Translation options in PowerPoint 2010 for Windows.
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A Language Out of Nothing

A Language Out of Nothing | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
How linguists use sign languages to understand universal grammar

 

Kathryn Davidson discusses her research

Photograph by Jim Harrison

 

SIDEBARS:

Linguists have documented the ability of sign languages to do all the things spoken languages can do, using three-dimensional space instead of sound. 

FOR THE FIRST TIME in more than two decades, Harvard began offering an American Sign Language (ASL) course last fall. Assistant professor of linguistics Kathryn Davidson, who works on sign languages, happened to join the linguistics department in 2015—at the same time that students were calling for ASL classes—and signed the paperwork to get the course approved. When she was a graduate student at the University of California, San Diego, Davidson says, sign language researchers were everywhere; at Harvard, ASL is much less visible, and she hopes, through ASL classes and interpretations at events, to make sign language “a more natural part of what’s going on.” But she doesn’t teach the class, and language instruction has little to do with her research. She isn’t a signer of ASL—most linguists who conduct research on a language aren’t necessarily fluent speakers. Davidson is a semanticist, which means she’s interested in how human beings can hear (or see, in the case of sign languages) infinitely many new sentences they’ve never heard before and understand them. She gesticulates in excitement when she talks about language, almost flailing: “What is this thing that we’re so good at?”

Even for the educated public, understanding what linguists do can be an ordeal. The simplest definition—that linguistics is “the scientific study of language”—does not say much. We all use language, so what could be so complicated about studying it? People often assume that linguists are concerned with enforcing prescriptive rules about language—one shouldn’t end a sentence with a preposition, use a split infinitive, and so on—but linguists actually have no interest in top-down rules. (At a dinner party, an especially bellicose linguist might point out that both of those “rules” were forcibly imported by nineteenth-century grammarians and have nothing to do with English grammar.) What they find much more interesting are the naturally occurring rules of language that people pick up effortlessly as small children. People’s innate capacity for language might also explain why it’s hard to understand what linguists study: we’re so good at internalizing the rules of language that it’s difficult to surface them as rules that even need studying.

But Davidson finds that when she tells people she works with sign language, they get it: “Somehow that gives people the signal that you’re interested in the brain and how different languages differ.” Davidson’s work on sign languages spans the divide between applied and theoretical linguistics, contributing to both abstract debates about language in the mind and questions with immediate impacts on people’s lives. Harvard’s small but formidable linguistics department thrives on its interest in the union of theory and empirical research. “Our department retains its ties to languages, plural, in a way that a lot of other modern linguistics departments don’t,” Davidson says. “We definitely have strong theorists…but all of them are really also strongly tied to working on specific languages that aren’t English.”

To explain the human capacity for language, MIT linguist Noam Chomsky, JF ’55, LL.D. ’00, supposed that there must be a uniquely human language “organ” embedded in the DNA, with neural hardware devoted specifically to acquiring and processing language. Chomsky composed the now-famous sentence, “Colorless green ideas sleep furiously,” as an example of an utterance that makes no sense semantically, and yet any native English speaker could recognize it as a grammatically valid English sentence. He proposed the language organ to account for our ability to assimilate new sentences, regardless of their semantic content. Drawing on Chomsky, Johnstone family professor of psychology Steven Pinker popularized the concept of language as a discrete endowment in his 1994 book, The Language Instinct.

Whether such an endowment really exists remains an open question within linguistics. At the other extreme, some academics argue that language is merely a consequence of humans having a lot of gray cells—that it does not differ fundamentally from any other learned skill, like adding numbers or playing the piano. Those who believe the latter tend to come from fields outside linguistics, says Diebold professor of Indo-European linguistics and philology Jay Jasanoff. “Linguists are infinitely appreciative of how unique and special this language capacity is,” he adds, and tend to take for granted that a language organ, in some form, exists.


Jay Jasanoff
Photograph by Jim Harrison

In the twentieth century, linguists recognized that ASL and other sign languages werelanguages in their own right, rather than just attempts to gesture in lieu of real language (see “Social Justice in Linguistics”). That difference—between a full or “natural” language and any other system of communication—isn’t a trivial one. A natural language has to be acquirable by children during the critical period for language acquisition, up to around age 12. It also must be able to say anything that a person might want to say. So the Bible, for example, can be—and has been—translated into Cherokee, or ASL, or any other language. (In the introductory linguistics course that she teaches, Davidson recalls students discussing whether emoji are a language. They aren’t, because they can’t unambiguously communicate anything that a speaker wants to say: you can’t write the Bible in emoji.)

Sign languages are fertile territory for answering questions about human language capacity, because they stretch the medium of language transmission from the auditory to the visual. They’re often used by people who had limited aural language input as children. While she was postdoctoral fellow at the University of Connecticut, Davidson studied the English abilities of deaf children with cochlear implants. Many deaf children born in the United States are given such implants early to restore their hearing, with variable rates of success, and often their parents are advised to focus on English and avoid sign language. “The medical community has expressed repeated concern about ‘visual takeover,’” Davidson explains. “Under this view, if you’re exposed to sign language, your brain will not put the effort into using the cochlear implant to process speech because sign language is just too easy in comparison.” (Within the organized deaf community, cochlear implantation is an issue of some debate: restoring the hearing of deaf children allows them to communicate with the rest of society, without the use of an interpreter, but it also threatens the survival of deaf culture, of which sign language is a central part.)

To determine whether fears of a “visual takeover” could be supported, Davidson and her coauthors Diane Lillo-Martin and Deborah Chen Pichler focused on a group of deaf children with cochlear implants, born into deaf families, who had regular exposure to both ASL from their parents and spoken English from outside the home. She gave them standardized English tests—for comprehension, articulation, basic vocabulary, and literacy—and compared the group’s results to a control group of hearing children born to deaf adults, who also grew up signing ASL with their parents and using English elsewhere. The deaf children performed just as well as the hearing group; in fact, they did better than deaf children with cochlear implants who lack exposure to ASL typically do. Those findings appear to confirm Chomsky’s intuition about language capacity. “Early ASL input was doing whatever bilingualism would naturally do, but it wasn’t putting [the deaf children] at any disadvantage for learning spoken language,” Davidson says. “They were processing English phonology very well. They were on the high end of cochlear implant users, and they did much better than would be predicted by their age of implantation and other factors about their implants. You might conclude that this is becausethey had sign language, not in spite of it.” 

The worry that a visual language could “take over” the aural realm, making deaf children unable to process spoken language, seems consistent with what the medical community already knows about the brain. In deaf and blind people, for example, neuroplasticity allows the parts of the brain normally used for auditory or visual processing to be used to process other senses instead. If language is just another learned skill processed through the senses, then allowing a deaf child to use sign language could encourage her visual capacity to eclipse the auditory realm, making it harder for her to understand spoken language via cochlear implants.

Davidson’s findings, and those of the linguistic community in general, provide evidence of a generalized capacity for language—a language organ—which is exercised with sign languages just as it is with spoken ones. Sign language doesn’t appear to take over space used for processing spoken language. In fact, early exposure to ASL may aid processing of spoken English. Because early language exposure is central to children’s language acquisition, depriving deaf children of ASL input early in life, before they get implants, Davidson suggests, does much more harm to their language ability later.

 

The Chomskyan program 

A CENTRAL ASSUMPTION of the Chomskyan paradigm is not just a language organ but a universal grammar: a notion that all natural languages must have a common, underlying structure in order to be processed by the language faculty. Linguists use the term universal grammar more or less interchangeably with language organ or language instinct to refer to the theoretical language blueprint innate to humans. Pre-Chomskyan linguistics, which arose from the work of Swiss linguist Ferdinand de Saussure, was concerned with the structure of languages: how they combine different sounds and pieces of words to form utterances. Saussure was also interested in how languages change over time, and made the important observation that words are arbitrary. Linguists are still invested in language change over time and the structure of individual languages, but those questions have been in significant part displaced by the debate over Chomskyanism. In his review of Chomsky’s foundational book Syntactic Structures, the study that would begin a paradigm shift in linguistics, MIT linguist Robert Lees wrote that its approach would elevate linguistics to an abstract science with explanatory power, rather than a catalog of the world’s languages and their grammars. “If you really believe strong claims about universal grammar,” Jasanoff says, “you’re not going to take a particularly generous view of research on the semantics of words relating to human relationships in a language of the Amazon. You’re going to say that’s all low-level stuff that doesn’t concern the main questions.”

Linguists now can name many things that all languages have in common, and many things that no language is able to do, but they remain far from understanding what the universal grammar actually consists of. Recently, more researchers from linguistics and other fields have come to doubt that a language instinct even exists, pointing out, for example, that it takes children years to successfully acquire a language, and they pick up the rules piecemeal, not systematically. The theory of a language organ, they argue, is so vague as to be unfalsifiable. Chomsky had famously refuted Harvard behaviorist B.F. Skinner’s view of language as a form of behaviorist learning, where children merely learn to associate words with meanings. Like structural linguistics, behaviorist psychology was concerned only with behavior outside the mind, because mental processes weren’t empirically observable. Now, Chomsky’s opponents worry that linguistics has swung too far in the opposite direction, that his purely computational theory can’t account for the role of learning in language. The more interesting views fall somewhere along the spectrum: “I think it’s vain and arrogant to suppose that we’re really at the point of being able to figure out exactly what the language organ is, and that our language abilities are due 100 percent to the language organ and 0 percent to generalized gray matter,” Jasanoff says. “I think it’s clear that there is some universal grammar, something that we are endowed with that apes don’t have, but there’s a great continuum between having an extremely structured view of what this is and having the view that it’s nothing.”

Jasanoff completed his undergraduate training in linguistics at Harvard in 1963, a few years after Chomsky published Syntactic Structures. The object of study in the Chomskyan tradition, also called generative linguistics, became not individual language systems but the human mind. Significant resistance to Chomsky emerged among the old guard of linguists—violent anti-Chomskyanism,” as Jasanoff calls it—but it never animated Harvard’s linguistics department the way it did some institutional peers. It maintained good relations with MIT’s department and remained generative in its outlook. At Columbia, once one of the strongest U.S. linguistics departments, the faculty was so unable to cope with the Chomskyan wave that it eventually disintegrated.

 

 
 

 

Linguistics at Harvard 

HARVARD’S DEPARTMENT remains one of the most distinguished linguistics programs in the nation, reflecting the strength of its faculty and its ability to draw on the University’s language and area-studies programs and psychology department. But even at Harvard, linguistics suffered a crisis in the decades after Chomsky. Nearly all the department’s current faculty members arrived during the last two decades; the department fell into disrepair in the 1980s and 1990s, during what Jasanoff calls a “perfect storm” of dysfunction among senior professors and low morale among junior faculty, who at the time lacked a straightforward path to tenure. “There was a contagion among Ivy League deans to save money by doing away with linguistics,” Jasanoff says. (Linguistics was also nearly eliminated at Yale in the early 1990s.) By 1993, Harvard had announced it would eliminate its department: “The two senior professors who were leading [it] were called into the dean’s office and told that a committee would be appointed to study ways of covering linguistics at Harvard without a department.”

My fascination with linguistic evolution exactly paralleled my fascination with biological evolution; the historical mutation of language forms into others is exactly like the historical mutation of a fin into a tetrapod limb.

Recalling that period, the Slavic department’s Michael S. Flier, Potebnja professor of Ukrainian philology, writes, “I immediately wrote a letter of concern to Jeremy Knowles [then dean of the Faculty of Arts and Sciences], emphasizing how important it was for Harvard to have a strong representation in linguistics.” And the following summer, the department was placed into a kind of receivership under Flier, who was charged with putting it back in order. Linguistics was permitted to make new appointments (among them Jasanoff, who started in 1998 as the department’s Indo-Europeanist), and to move, as Flier puts it, “out of its claustrophobic space in the basement of Grays Hall.” The department now has three full-time tenured professors and a fourth shared with the classics department, and, during a period of general austerity for the humanities at Harvard, is conducting a search for a new senior colleague.

For years, Jasanoff has taught “Introduction to Indo-European,” an entry-level historical linguistics course in which students reconstruct Proto-Indo-European, the parent language of the languages of Europe and parts of Central and South Asia, probably spoken more than 5,000 years ago. It has typically enrolled 20 to more than 30 students; when last he offered it, in spring 2015, 35 students signed up. This spring, 68 students did—so many that he moved the class to Boylston Hall’s Fong Auditorium as “an emergency measure.” Jasanoff attributes the growth to Harvard’s new General Education system, which lets students take any linguistics course to satisfy the arts and humanities requirement. (Previously, linguistics courses didn’t satisfy any Gen Ed requirements.) “The reason this is popular,” he says, “is this stuff is extremelyinteresting. It piques the interest of a lot of kids. For a lot of students, when they first take linguistics, scales fall from their eyes.”

For historical and bureaucratic reasons, linguistics is wedged into the Faculty of Arts and Science’s arts and humanities division, but methodologically, it isn’t a straightforward fit anywhere. There’s little interpretive work in what Jasanoff does, he says, using old written records to reconstruct, for example, the accent pattern in a Slavic language. He first became aware of historical change in language in high school, a process he viewed with a scientist’s eye: “My fascination with linguistic evolution exactly paralleled my fascination with biological evolution; the historical mutation of language forms into others is exactly like the historical mutation of a fin into a tetrapod limb.”

Generative linguistics relies on formal logic to model meaning. Davidson entered linguistics through mathematics, thinking that she’d be a math professor. She stumbled into the field in college at Penn, through a general education requirement. (Had she gone to Harvard in that era, she might never have found it.) “A very common entry into linguistics in the post-Chomsky era is people who have really math-y and analytical minds and like to think about cognitive science, how you model mental processes, how you translate from one language to another,” she says. “Those are questions that don’t involve any lab science, but still scientific questions you could approach with a mathematical apparatus.”

Plenty of students enter the field through humanistic passions, too, like a love of language, or anthropology. Entire subfields are devoted to the social and political dimensions of language, though they have a lesser presence at Harvard than elsewhere. Davidson points out that Harvard attracts the kinds of undergraduates who don’t like to be limited by the arbitrary boundaries between disciplines; for them, linguistics can feel liberating, allowing them to draw on many different intuitions. “Harvard students in particular were good at learning all their high-school languages and were taking advanced calculus,” she says. “It’s natural for those kinds of people to be excited about linguistics.” 

 

The birth of a language 

WHEN SHE WAS in college at Wellesley, Annemarie Kocab (now a psychology graduate student who will be a postdoctoral fellow in Davidson’s lab next year) worked with Jennie Pyers, a psychologist who studies Nicaraguan Sign Language (NSL), a language that emerged in Managua in the 1980s, and today has more than 1,000 native speakers. For linguists interested in language emergence, NSL offers a rich and rare natural experiment. “[I]t’s the first and only time that we’ve actually seen a language being created out of thin air,” Steven Pinker has said.

NSL’s origins trace to an attempt by the Nicaraguan government in the late 1970s to establish a special-education school that drew dozens of deaf students. The program initially tried to teach them Spanish through techniques like lip-reading; these largely failed. What followed was much more interesting: the children began to use gestures with one another that weren’t comprehensible to their teachers. Within several years, it became clear that this was the birth of a new language. American academics have been traveling to Nicaragua since the late 1980s to gain insight into how languages emerge. 

In spoken language, the closest analogy to NSL’s emergence might be pidgins and creoles. Pidgins arise in situations of cross-cultural contact, like trade or colonialism, where adults speaking two different languages must find a way to communicate. The resulting pidgin, a makeshift mixture of both languages, lacks the grammar and vocabulary of a natural language. When a new generation of children acquires the pidgin, they rapidly fill in semantic and syntactic gaps, producing creoles: full, stable languages, like Haitian Creole. 


Annemarie Kocab
Photography by Jim Harrison

A similar pattern emerged in Nicaragua. The first cohort of NSL signers, from approximately the late 1970s through the mid 1980s, began to converge on a common vocabulary and sentence structure. “The first cohort tends to sign more slowly, at a more measured pace, and they don’t consistently use what we would call grammatical ‘space,’” Kocab explains. (In sign languages, the space in front of the signer is used systematically to communicate grammatical information. A signer might introduce someone in a particular location, for example, and refer back to that location to talk about that person.) The next cohort began to sign faster and more fluently, and made grammatical use of space. More than 30 years have passed since the emergence of the first cohort of speakers, allowing Kocab and other researchers to begin to make generalizations about the language’s development.

Kocab is interested in how NSL signers develop ways of communicating about complex topics, like events ordered in time. In one study, she and her coauthors, psychology professors Ann Senghas of Barnard and Jesse Snedeker of Harvard, showed signers videos of events in different times and asked them to discuss them. Participants were drawn from the first cohort, the second cohort, who entered the signing community in the late 1980s, and the third cohort, who entered in the 1990s. All of them began signing as young children, and today are adults in their twenties, thirties, and forties. Some of the findings seem intuitive: signers from all three cohorts successfully described simple, linear successions of events, like a woman drinking from a bottle, then buttoning a coat, then hanging a picture.

The more complex tasks asked signers to describe overlapping actions that took place at the same time, but started and ended at different times—events that in English would require words like while and during. The first-cohort signers had the most difficulty completing the task, successfully communicating the events less than half the time; they tended to use words like stop, wait, and next to signal divisions between the actions. Second- and third-cohort signers were more likely to express overlap and simultaneity through dual use of hands, a technique common to sign languages that uses each hand to describe a different event. The technique may take time to develop because of the cognitive difficulty of using the hands asymmetrically. But, strikingly, NSL speakers appear to have taken only a few generations to converge on an effective means of conveying complex temporal language.

William Stokoe, the linguist who first suggested ASL was its own language, believed that human language in general, both spoken and signed, emerged out of hand gestures. Gesture evolved into sign language, he argued, and only after this did language become primarily spoken. Any big-bang theory of language emergence is difficult to test empirically, but NSL might be instructive. A key assumption in linguistics is that words are arbitrary: there’s nothing inherent in the word pen that resembles a pen. Iconic words, on the other hand, do resemble the things they represent. In spoken language, iconicity is observed in onomatopoeic words like meow. Because words in sign languages exist in the same space as objects in the real world, they exhibit much more iconicity than spoken languages. ASL uses movement with the hands, for example, to discuss movement in the world.

There’s an active, heavily debated line of research, in fact, into whether NSL began as a system of hand gestures that evolved into a full language, Kocab explains. Before deaf children in Nicaragua came together to form NSL, they used their own “home sign” systems: gestural systems that are used to communicate with parents and caretakers. The first cohort of signers developed a language distinct from each of their home signs, she explains, though the words frequently display iconicity. Over time, NSL words appear to have become less iconic, suggesting that a greater degree of abstraction develops after a word has been coined.

There are important limitations to using NSL as a window into language emergence. It arose within the confines of an institution. Whatever the barriers to their language acquisition, the deaf children who formed NSL still grew up in a contemporary society, with access to modern notions like time. And, of course, because NSL signers are deaf, they don’t necessarily model how pre-lingual hearing humans would have behaved.

 

Language and mind 

MUCH LINGUISTIC RESEARCH today, like Davidson’s work on deaf children and Kocab’s on language emergence, contributes in some way to understanding how language functions in the mind. It’s odd, then, Davidson says, that linguists are so often asked to justify why their research is of any use to society. “Language is basically as complex as memory, and it can be hard to live a good human life if you’re struggling with language or memory,” she continues. “But no one asks computational neuroscientists, ‘Why are you coming up with a model of how memory works in the brain?’ even if it’s not immediately applicable to medical research. We’re doing the same thing with language.” Building a model of how language works in the mind will in turn enable linguists to understand how human problems like language disorders work. More ambitiously, it could contribute to better and more human-like translation algorithms.

Other branches of linguistics, like Jasanoff’s research into the mutations languages underwent hundreds of years ago, have even less obvious applications. Why might that work matter? Jasanoff probably speaks for many linguists when he replies acerbically, “Because we’re human beings and we like to know stuff.” Knowledge of language represents another way of understanding human history and the human experience.

Another answer comes from Saussure, who famously wrote, “[O]f what use is linguistics? Very few people have clear ideas on this point…there is no other field in which so many absurd notions, prejudices, mirages and fictions have sprung up…the task of the linguist is, above all else, to condemn them and to dispel them as best he can.” The study of language has shown, for example, that there is no need to discriminate against people who use signed languages rather than spoken ones, because sign languages, too, offer the full range of human expression. Much as Saussure and the early linguists couldn’t have known the social contributions their field would make, today’s linguists can only imagine what social problems the study of language has yet to answer.   

 

Marina N. Bolotnikova ’14 is an associate editor of this magazine. 

 

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Why schools should embrace Kinyarwanda as the language of instruction

Why schools should embrace  Kinyarwanda as the language of instruction | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
Stanley Baldwin, the United Kingdom’s Prime Minister in 1924, while addressing the congress that same year, emphasised that the preservation of the individuality of the mother tongue is essential to every type of race and if the differences are smoothed out then the great gift is lost out. “Uniformity of languages is a bad thing,” he said.
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Langues et acquisition de la lecture, en colloque à l’Université | Clicanoo.re

Langues et acquisition de la lecture, en colloque à l’Université | Clicanoo.re | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
ENSEIGNEMENT. À la fin de cette semaine, se tient à l’Université du Moufia (Saint-Denis, amphithéâtre 200.1) un colloque
à l’initiative de l’Office de la langue créole de La Réunion et du Centre Interdisciplinaire de Recherche sur la construction Identitaire. Thème retenu : "Langues et acquisition de la lecture."

Si la lecture est un automatisme pour nombre d’entre nous, il n’en est pas de même pour tout le monde. Pour illustrer le modèle réunionnais, en particulier, il n’y a qu’à reprendre les chiffres de l’Institut national des statistiques et des études économiques selon lequel : "L’Outre-mer se distingue par des taux d’illettrisme très largement au-dessus de ceux de la France métropolitaine, allant de 15 à 20 % en Guadeloupe, Martinique et Réunion." Pourquoi cette large différence ? Les raisons sont plurielles, mais parmi celles que mettent en avant les chercheurs, celle de la langue d’acquisition de la littératie revient le plus fréquemment. Comment s’y prendre ? Faut-il façonner cette acquisition dans l’une ou l’autre langues ou alors simultanément dans les deux langues ? Là est toute la difficulté et la subtilité du chantier. Durant deux jours, les chercheurs vont se pencher sur cette délicate question. Question qui relève, quasiment, d’un enjeu de société.

Le programme
Vendredi 21 avril - 9 heures : "De l’illettrisme à la littératie : état des lieux et perspective à la Réunion" par Michel Latchoumanin - 10 h 15 : "Comment sérier les difficultés de l’acquisition de la littératie en milieu créolophone à la Réunion" par Axel Gauvin - 10 h 35 : "De l’appropriation de la langue à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en milieu créolophone" par Jean-Philippe Watbled - 11 h 10 : "Vers une clinique de l’échec scolaire en milieu créolophone" par Marie-Antoinette Caïlason - 11 h 30 : "Étiologie des troubles de la lecture" par Clément Decouard - 14 heures : "La communication en langue maternelle : une piste de développement de la littératie mise en œuvre en Case à Lire" par Expédite Cerneaux - 14 h 30 : "L’acquisition du principe alphabétique dans une casse maternelle bilingue à la Réunion" par Céline Poustis - 14 h 50 : "Alphabétisation bilingue créole-français : le passage du code alphabétique acquis en créole au principe orthographique du français" par Laurence Daleau - 15 h 45 : "Les atouts et défis d’un enseignement bilingue français-catalan dans une école maternelle en REP+" par Cillie Tirach

Samedi 22 avril - 8 h 30 : "L’alphabétisation et l’illettrisme, deux freins au développement en Haïti : proposition pour une amélioration de la situation" par Renalud Govain - 9 h 30 : "La politique linguistique des Seychelles et son implémentation dans l’acquisition de la lecture" par Penda Choppy - 10 h 45 : "Vers la littératie fonctionnelle et universelle pour la République de Maurice" par Dev Virahsawmy - 11 h 45 : "Bilinguisme en milieu scolaire au XXIe siècle : évolution" par Jimmy Harmon - 12 h 30 : synthèse par Mario Serviable - 12 h 50 : clôture par Axel Gauvin
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Metaglossia Digest is out! Edition of 19 April 2017

Metaglossia Digest is out! Edition of 19 April 2017 | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
On translation, interpreting, terminology, lexicography and intercultural communication / Traduction, interprétation, terminologie, lexicographie et communication interculturelle by Charles Tiayon
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Korea develops voice-recognizing translator for 9 languages

Korea develops voice-recognizing translator for 9 languages | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
South Korea’s Electronics and Telecommunications Research Institute has developed voice recognition-based translation technology for nine languages, the institute announced on April 18.  A user first chooses one of nine languages: Korean, English, Japanese, Chinese, Spanish, French, German, Russian and Arabic. When a phrase is spoken in Korean, text appears in both Korean and the chosen language.    A
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Speechwriting: Interview with Sarah Hurwitz - Harvard Political Review

Speechwriting: Interview with Sarah Hurwitz - Harvard Political Review | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
Watch this interview.

Harvard Political Review: Tell us about yourself and take us through your career.

Sarah Hurwitz: My name is Sarah Hurwitz and I am a fellow this semester at the Institute of Politics here at Harvard. Previously I was with the Obama administration for eight years, most recently as Michelle Obama’s Chief Speechwriter, and I was also a Chief Speechwriter for President Obama. Before that, I worked for Hillary Clinton’s primary election campaign in 2008. I was a lawyer. I worked in the 2003 and 2004 campaign cycle for General West Clark and Senator Kerry. Before that, I was a speechwriter for Senator Shaun Perkin.

HPR: What was the process of getting into the mindset of Michelle Obama?

SH: Michelle Obama is someone who knows who she is and she always knows what she wants to say. The most important part of the process was sitting down with her, before I even started writing, and just saying ‘What do you want to say?’ She always knew exactly what she wanted to say. She would dictate brilliant ideas; she would dictate the main points she wanted to make, the points to support those points, paragraphs of brilliant, beautiful, moving, and thoughtful language.

It was my job as her speechwriter to take all that and turn it into a coherent draft. I would send it around to my colleagues, get their feedback, and then send it to her. Then she would edit it; there was a lot of back and forth on these speeches. She would engage deeply with her speeches so when she was at the podium, those really were her words.

HPR: So, did she come up with the line: “When they go low, we go high”?

SH: She really did. That was her line. I typed it in, my only contribution.

HPR: You and Michelle Obama had different backgrounds growing up. How did that affect speechwriting for her?

SH: I think a lot of the time when people ask how did I get into Michelle Obama’s voice, they’re really asking: ‘How did you write for someone who had such a different background from yours?’ The answer is that although we may come from very different backgrounds, we really share core values. She talks about how education was pretty much a religion for her growing up, and her getting into college was so important to her parents because they didn’t have college degrees. They really wanted her to go farther through college. That was a message that my brother and I got from our parents. There was a real focus on getting an education and working hard and this idea that ‘you are entitled to nothing’; ‘you have to work for everything you want in your life.’

Those were very similar values, which I believe helped a lot alongside a shared sensibility of what makes a great speech. There is no daylight [difference] between Mrs. Obama and I about what makes a great speech. I think that when you have a shared sensibility about speech writing with the person you are writing for, it goes a long way. I think those were the two key things to us working together.

HPR: You were the Senior Advisor to the White House Council on Women and Girls. What did your work in this job look like?

SH: I worked mainly on girls’ issues in my past involvement with the White House Council on Women and Girls. My focus was on inspiring and empowering young women to use their voices in politics and civic engagement. We also did a big conference on the representation of girls and boys – gender in general – in the media and in toys and what kinds of messages were being sent to them. Toys for girls are more geared toward playing house, stuffed animals, and dolls; while for boys, they’re much more geared toward building things and creating things. It creates different skill sets in these different genders and it just doesn’t make sense. It’s not acceptable. Overcoming barriers like that in toys and media kids see early on was a big component of the conference I worked hard on in my last year there.

HPR: What do you think is the connection between speech writing and activism?

SH: There is a very intense connection if you look through history. Look at the Civil Rights Movement. The speeches and the rhetoric used in letters—Letters from Birmingham Jail by Dr. Martin Luther King—were hugely important to the movement. Good speeches, speech writing, and rhetoric can inspire people. It can empower people.

Look at President Obama’s campaign in 2007. The role of his speeches and articulating a clear and moving vision of our country was what got so many people to get in their cars and drive to Iowa, New Hampshire—all across the country—to be field organizers, work for little to no money and with very little sleep. He really inspired people with the power of his words. Speech writing and activism are very closely linked.

HPR: What challenges does the rise of “fake news” pose for speechwriters?

SH: This is a very serious issue. People can certainly have different opinions in Democracy—and they should, as it’s very important—but they can’t have different facts. If we’re not all operating from the same base of factual truths, then we’re all in a lot of trouble. It is the role of political leaders to be rigorously honest and truthful in their speechwriting. In the Obama administration, we had a very rigorous fact-checking operation, which is also true of previous administrations, both Democrats and Republicans. It seems a little less true of this current administration, but we were intensely loyal to the truth. It was very important to us. I think that one way to combat fake news is for people to be incredibly careful of the truth and what they say, to make sure it is accurate and that it is true.

HPR: As a speechwriter, you helped create the voices of the President and the First Lady. What accomplishment in your career so far are you most proud of?

SH: I would say that I channeled the voice of the President and First Lady; I wouldn’t say that I created it. They had their own voice and we were just there to help. But, what I am most proud of is a number of the speeches I helped Mrs. Obama with. I’m really proud of her Democratic National Convention Speech of 2016 and her speech of 2008 as well. That 2008 speech was the first I ever wrote for her.

I’m really proud of the speech she gave in New Hampshire, talking about the horrifying misogyny we were seeing from Donald Trump in that election, including the videotape of Donald Trump bragging about sexually assaulting women. The First Lady just really stood up and articulated what so many men and women were thinking in the country.

In response to that speech, she got so many emails and letters from women saying, ‘I’m no longer going to feel ashamed of what’s happened to me. Thank you for speaking on my behalf.’ She also got a lot of letters from men, as well, who said, ‘Thank you for saying this is not how decent men behave. I don’t behave this way. I have daughters; I have sons. This isn’t what I want them to see.’ Michelle Obama was able to articulate what so many people were feeling in this really difficult moment. I’m just proud of the way she was able to inspire people; the way she was able to bring people together. To be a part of that was the greatest honor of my life.

HPR: Thank you so much.

SH: Thank you for having me.

 

Image Source: Harvard Institute of Politics
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L’ortografe, ça sert à koi ?

L’ortografe, ça sert à koi ? | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
L’invention de l’écriture représente une avancée technologique majeure ayant révolutionné la pensée humaine. Elle a rendu possible la confection de listes et de tableaux, une moindre sollicitation de la mémoire, l’émergence de la pensée scientifique. Pour cela, l’humain a dû se doter d’une forme de représentation conventionnelle de la langue par écrit.

Ainsi, une réponse simple à la question posée en guise de titre pourrait être que l’orthographe permet de transcrire, de passer de l’oral à l’écrit. Concrètement, on utiliserait des lettres codant des sons (pour les langues comportant un alphabet). Mais la situation du français contemporain est très loin de cette relation directe entre parlé et écriture.

La complexité de l’orthographe française

Pour ce qui est du français, un des problèmes majeurs, c’est que l’on dispose de 26 lettres (héritées en grande partie de l’alphabet latin) pour transcrire 36 sons. Pour surmonter cette difficulté, on a ajouté des accents et combiné des lettres (par exemple ch, gn, in). Mais si l’on y regarde de près, on s’aperçoit que les combinaisons de lettres et les diacritiques transcrivent des sons qui sont déjà codés par d’autres caractères (ph/f, au/o, ai/é, ç/s). Et que dire de ù qui n’est utilisé que dans le mot où ? Ou bien encore de monsieur dans lequel on et eu renvoient au même son et où le r final ne se prononce pas. En conséquence, cela a effectivement permis de représenter tous les sons mais au prix d’une complexité énorme : plus d’une centaine de possibilités pour coder 36 sons alors qu’une langue comme le finnois en possède seulement une vingtaine.

De plus, il y a plusieurs siècles, à une époque où les rares lettrés maîtrisaient aussi le latin, des lettres étymologiques muettes ont été volontairement introduites en parallèle de l’évolution naturelle calquée sur la prononciation. Et à cela, on peut ajouter toutes les règles d’orthographe grammaticale qui sont venues encore complexifier l’ensemble (marques d’accord, conjugaison, pluriel, accord du participe passé…). On se retrouve alors avec des cas comme le suivant où il y a une seule marque de pluriel à l’oral (la différence de prononciation entre le et les) pour cinq à l’écrit : Le_s_ joli_s_ petit_s_ tableau_x_ multicolore_s_. L’orthographe française est donc très peu transparente c’est-à-dire que le passage du français parlé au français écrit est extrêmement complexe et difficile à prévoir à partir de règles. Elle comporte également de nombreuses lettres muettes.

Pourtant, l’orthographe est une construction issue de choix explicites d’un petit nombre de personnes et non d’une évolution naturelle. L’orthographe, ce n’est pas la langue mais seulement sa codification écrite. En 1835 par exemple, l’Académie française a proposé et obtenu la modification graphique de plusieurs milliers de mots dont la suppression du h ou la substitution de ph par f dans certains mots comme fantaisie, flegme et trône (qui précédemment s’écrivaient phantaisie, phlegme et thrône). Et nénufar n’est devenu « officiellement » nénuphar qu’en 1935.

Bref, les choix d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que ceux d’hier ou de demain, comme le montrent ces deux extraits des « Observations de l’Académie Françoise sur les Remarques de M. de Vaugelas » (1704) qui exhibent les formes recommandées à l’époque : du parti de ceux qui cro_yent__ et ne sont plus employ_ez_. Mais, si cela dépend de choix, pourquoi avoir conservé une orthographe aussi compliquée ?

Les raisons de la complexité

De manière assez étonnante, l’orthographe du XVIIe siècle, élaborée par et pour les lettrés connaissant le latin, n’a pas été repensée à l’époque de la démocratisation de la scolarité en France, période durant laquelle l’école représentait le seul contact avec le français pour des millions d’enfants. On a donc conservé des conventions fort complexes et depuis 1835 aucun changement notable n’est intervenu.

Cette situation a pour conséquence qu’aujourd’hui l’orthographe pose des problèmes dans l’apprentissage de l’écriture et de la lecture, avec un nombre élevé d’enfants dyslexiques ou dysorthographiques et d’adultes en situation d’illettrisme. De plus, le français écrit est central dans la scolarité. C’est lui qui donne accès aux autres matières. Il est donc la cause d’une part importante de l’échec scolaire. Par ailleurs, l’orthographe sert d’outil de sélection dans le cadre d’examens, de concours, de recrutements professionnels voire même de rencontres amoureuses.

Or, l’aspect discriminant n’est pas, comme on pourrait le penser, un dommage collatéral. C’est au contraire une conséquence tout à fait voulue, comme l’atteste la célèbre citation de Mézeray (1673), membre de l’Académie française :

« [L’Académie] déclare qu’elle désire suivre l’ancienne orthographe qui distingue les gens de lettres d’avec les ignorants et les simples femmes. »
Tout ceci explique pourquoi, quand on écrit en français, on a l’impression que celui-ci a été truffé de pièges, de formes les plus éloignées que possible d’une écriture à base de règles intuitives, à l’image de sonneur qui prend deux n et sonore qui n’en prend qu’un.

Cette situation oblige à consacrer un temps considérable à l’enseignement de l’orthographe du français, au détriment des autres matières et des autres compétences langagières (savoir structurer un texte, présenter de manière claire et ordonnée une argumentation). Et cela pour un résultat somme toute assez modeste et qui empire dans le temps. Par comparaison, les petits Finlandais obtiennent des résultats meilleurs que les Français en lecture pour un temps d’enseignement de l’orthographe nettement plus faible, le finnois étant une langue beaucoup plus transparente que le français. Dans ces conditions, n’est-il pas temps de regarder notre orthographe avec lucidité afin de trouver de véritables solutions ?

Pour une réelle démocratisation de l’écrit

L’orthographe n’est pas intouchable et elle n’a pas atteint une sorte de perfection indépassable, ce qui n’aurait aucun sens. Heureusement, le français n’est pas une langue morte et continue d’évoluer. Il est donc important de lancer un grand débat sur le rôle que la société souhaite assigner à l’orthographe (outil de sélection ou moyen d’accès facilité vers l’écrit). Cela conditionnera notre capacité à améliorer l’apprentissage des élèves et à amplifier la diffusion du français à l’étranger.

Le perfectionnement des méthodes d’enseignement seul ne permettra pas d’avancées significatives. Le temps consacré à l’orthographe, aussi important soit-il, est insuffisant et le restera si l’on continue à enseigner sa forme actuelle. Sauf à diminuer le temps dévolu aux autres matières, ce qui n’est pas souhaitable. Il faut donc une réflexion sur les conventions orthographiques elles-mêmes, dont la complexité doit être étudiée avec toute la rigueur nécessaire.

Pour qu’une grande langue comme le français puisse apporter toutes ses richesses au plus grand nombre, pour que l’apprentissage de ces formidables outils que sont la lecture et l’écriture ne soit plus synonyme de supplice, il est urgent que la société s’empare de ce sujet, sans se laisser aveugler par une conception élitiste de la langue. Il en va de notre capacité à partager ce bien commun que représente l’écrit, d’autant plus dans le monde contemporain où nous n’avons jamais autant eu besoin de savoir lire et d’écrire.
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Mapped: The writing systems of the world

Mapped: The writing systems of the world | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
Maximilian Dörrbecker's map of the writing systems of our world is fascinating. Check it out.

Via Dot MacKenzie
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Whole Language Lives On: The Illusion of Balanced Reading Instruction | LD Topics | LD OnLine

Whole Language Lives On: The Illusion of Balanced Reading Instruction | LD Topics | LD OnLine | The World of Indigenous Languages | Scoop.it
LD OnLine is the leading website on learning disabilities, learning disorders and differences. Parents and teachers of learning disabled children will find authoritative guidance on attention deficit disorder, ADD, ADHD, dyslexia, dysgraphia, dyscalculia, dysnomia, reading difficulties, speech and related disorders. LD OnLine works in association with Learning Disabilities Association of America, International Dyslexia Association, Council for Exceptional Children, Schwab Foundation for Learning, and the Coordinated Campaign for Learning Disabilities.
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It may appear that those who turn the air blue with four-letter words are less concerned about social rules like telling the truth and not hurting people.
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No one can possibly ignore the role that the Arabic language plays in the science of Linguistics and rhetoric, considering that i
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How wonderful it would be if these books were in African languages too: 30 TOP #AFRICAN #LITERATURE RELEASES 2016https://t.co/BkEVN7KNBT
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Although most South Africans speak an indigenous African language as their mother tongue, they often defer to English or Afrikaans for business, education and even politics.
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Senior Lecturer and Researcher in Translation Studies, Terminology and Lexicography
Council and Conference Committee member of the International Association for Translation and Intercultural Studies - IATIS (http://www.iatis.org/)