Spectacle vivant
3 views | +0 today
Follow
Your new post is loading...
Your new post is loading...
Scooped by Bruno SMANIA
Scoop.it!

Intermittents : la CGT écrit à Hollande, l’Elysée cherche à sauver les festivals de l’été

Intermittents : la CGT écrit à Hollande, l’Elysée cherche à sauver les festivals de l’été | Spectacle vivant | Scoop.it

Dans une lettre ouverte au chef de l’Etat, la CGT Spectacle prévient qu’un agrément de la réforme de l’indemnisation chômage des intermittents entraînera « la généralisation des mobilisations et des grèves », « tout particulièrement à l’occasion des festivals et des spectacles d’été ».

La menace est désormais écrite noir sur blanc. Dans une lettre ouverte à François Hollande, que dévoilent « Les Echos » (voir document ci-dessous), Denis Gravouil, secrétaire général de la CGT Spectacle, prévient que si l’Etat donne son aval à la réforme de l’indemnisation du chômage des intermittents, « la colère, le désespoir mais surtout la détermination vont entraîner la généralisation des mobilisations et des grèves », « tout particulièrement à l’occasion des festivals et des spectacles d’été ». « Ce n’est pas notre souhait mais nous y serions contraints », précise le syndicaliste, qui réclame que le gouvernement s’engage avant le 18 juin, date de la prochaine réunion du Conseil national de l’emploi, à ne pas agréer l’accord Unédic signé le 22 mars par le patronat avec la CFDT, FO et la CFTC.

 

« Vous ne pouvez rester sans répondre »

 

Alors que des élus de gauche et les directions de festival pressent l’exécutif de démêler la crise, « Monsieur le Président, vous ne pouvez rester sans répondre », insiste la CGT. Sa lettre rappelle en outre que le malaise du monde de la culture dépasse la seule question de l’évolution de l’indemnisation chômage des intermittents. « Dans le contexte de politique d’austérité, les budgets de la culture sont, comme bien d’autres, soumis à des coupes drastiques. Pour la première fois depuis plus de 30 ans les budgets alloués à la création, au spectacle vivant devraient être impactés », dénonce ainsi Denis Gravouil. Il appuie son propos en rappelant au président Hollande le discours prononcé en janvier 2012 à Nantes par le candidat Hollande, qui affirmait que « la crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend plus indispensable. La culture, ce n’est pas un luxe dont, en période de disette, il faudrait se débarrasser. »

La CGT réclame une remise à plat totale du dossier sur les bases des propositions de réforme arrêtées en 2003 - lors de la précédente réforme, très conflictuelle, de l’intermittence - par un comité de suivi regroupant des professionnels du secteur, des syndicalistes et des élus de tous bords politiques. La centrale syndicale rappelle d’ailleurs qu’en 2007, une proposition de loi reprenant en partie ces propositions avait été signée par un certain... François Hollande, alors député.

 

Des consultations en cours

 

C’est dans ce contexte particulièrement tendu que Jean-Patrick Gille, député PS d’Indre et Loire et spécialiste reconnu du dossier, a été missionné par l’exécutif pour tenter de trouver une sortie de crise. Il a entamé ce jeudi ses consultations, recevant notamment la CGT et le Medef et devrait remettre ses propositions dans la semaine du 23 juin... avant l'agrément officiel de la convention d’assurance-chômage. De fait, l’Elysée reste décidée à agréer l’accord Unédic, tant y renoncer reviendrait à infliger un camouflet à ses signataires et par la même mettre à bas le dialogue social sur lequel repose toute la stratégie de réforme de François Hollande. « On ne peut pas ne pas agréer, d’autant que c’est un tout. Juridiquement, on ne peut pas agréer juste une partie de la convention et exclure le volet relatif aux intermittents », explique-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat.

Mais dans le même temps, le pouvoir, conscient de l’ampleur de la poussée de fièvre actuelle et du risque de se couper d’un électorat traditionnellement à gauche, cherche un geste permettant de sauver la saison des festivals. C’est le sens de l’annonce, par Aurélie Fillippetti le week-end dernier, de l’ouverture « dès le début de l’été » de la concertation tripartite sur la lutte contre la précarité des intermittents initialement prévue pour cet automne. « Cette concertation est nécessaire mais on ne se contentera pas d’une mesure qui viserait seulement à laisser passer l’été », prévient toutefois la CGT Spectacle.

 

Reporter la date d’entrée en vigueur ?

 

Dans ce contexte, l’exécutif n’ignore pas qu’un premier geste immédiat sera sans doute nécessaire pour espérer faire baisser la tension immédiate. Selon nos informations, une piste est à cet effet à l’étude : reporter dans la convention d’assurance-chômage, tout en l’agréant, du 1er juillet au 1er octobre la date d’entrée en vigueur des mesures relatives aux intermittents. D’aucuns évoquent aussi un geste budgétaire, avec la création d’un fonds de soutien aux intermittents les plus précaires, mais rien n’est arbitré à ce stade. Dans tous les cas, le casse tête est le même : comment calmer les intermittents à moindre coût et sans braquer les signataires de l’accord Unédic.

 

Pour lire la lettre ouverte : http://bit.ly/1jo8LuT

more...
No comment yet.
Rescooped by Bruno SMANIA from Revue de presse théâtre
Scoop.it!

Les intermittents, ces êtres hyperflexibles

Les intermittents, ces êtres hyperflexibles | Spectacle vivant | Scoop.it

Economie de la culture. La solidarité se mesure chichement, et les intermittents du spectacle en font la dure expérience.

 Le mouvement qu'ils ont déclenché pour empêcher l'agrément de la nouvelle convention de l'assurance-chômage n'a pas rallié d'autres partisans que les gens du spectacle, directeurs de festivals, réalisateurs.

Deux centrales syndicales, la CFDT et FO, s'opposent à leurs revendications et chaque article qui leur est consacré sur Internet déclenche un flot de commentaires défavorables à leur mouvement. Le Medef reste silencieux, qui, pendant la négociation de la nouvelle convention, avait formulé le souhait de voir disparaître le statut spécifique des gens du spectacle, codifié par les annexes VIII et X de cette convention.

Ces trublions, dont la grève a pour l'instant provoqué l'annulation d'une manifestation financée par les deniers publics (Le Printemps des comédiens de Montpellier, subventionné surtout par le département de l'Hérault), sont dépeints par leurs contempteurs comme des privilégiés (pour un moindre travail, ils ont le droit d'être indemnisés plus longtemps) qui vivent au crochet d'une collectivité (les cotisants au régime général) qui de toute façon ne va pas voir leurs productions.

 

TOMBEREAUX D'INVECTIVES

Comme ils s'élèvent contre des modifications de leur statut qui rognent sur leurs revenus et leurs conditions d'indemnisation sans les remettre radicalement en question, et que ce genre d'avanies est aujourd'hui largement répandu en dehors des professions du spectacle, le reste du monde salarié a du mal à comprendre la force de leur indignation.

Comble d'indignité, l'un des premiers faits d'armes de cette campagne, l'occupation du Carreau du Temple par des intermittents du spectacle, alors qu'une exposition allait y ouvrir, a mis en lumière la misère d'autres artistes – ceux des arts visuels – qui bénéficient de garanties bien moindres que celles dont jouissent les gens du spectacle en matière d'indemnisation du chômage, de couverture sociale ou de droits à la retraite.

Ces tombereaux d'invectives ont fini par masquer la réalité de l'économie de l'intermittence, d'une grande modernité. Ce n'est peut-être pas par pur sentimentalisme que l'ancienne présidente du Medef, Laurence Parisot, a été l'une des rares personnalités extérieures au monde du spectacle à voler au secours des opposants à la nouvelle convention.

Comment ne pas rêver, quand on est entrepreneur, à un marché du travail où la main-d'œuvre qualifiée est abondante, prête à travailler à tout moment, dans tous les endroits ? Comme le rappelait un article du Nouvel Observateur du 22 mai, les intermittents du cinéma (qui gagnent généralement mieux leur vie que leurs homologues du spectacle vivant) ne savent pas au début de l'été s'ils le passeront avec leur famille ou sur un plateau loin de chez eux. Ils sont par ailleurs à la merci de la conjoncture, et nombre d'entre eux ont vu leur activité baisser en même temps que le nombre des tournages de longs-métrages.

PRÉCARITÉ DE L'EMPLOI

Dans un rapport remis en 2013, le député socialiste Jean-Patrick Gille, qui vient d'être nommé médiateur dans ce conflit, faisait remarquer que cette souplesse du secteur résulte d'un choix maintenant ancien. Alors que dans les années qui ont suivi la Libération, la tendance était à la réglementation des professions, avec attribution de cartes professionnelles, monopoles syndicaux, les professions artistiques se sont ouvertes sans condition de diplômes ou d'appartenance à telle ou telle organisation – syndicale ou corporative.

Combinée à une demande croissante qui résulte aussi bien de l'extension des temps de loisir que des politiques culturelles (décentralisation, éducation artistique…), cette ouverture et cette flexibilité ont entraîné une croissance très rapide du nombre de professionnels des arts – du spectacle comme des autres. Ils étaient 316 432 en 2010, un peu plus de 1 % du nombre total des actifs.

On a maintes fois rappelé que, dans cette masse, on dénombre un certain nombre de fraudeurs d'une part et, d'autre part, une masse de salariés permanents de grosses structures, privées ou publiques, que leurs employeurs soucieux d'économies préfèrent considérer comme des intermittents, alors qu'ils occupent des emplois à temps complet. Egalement souvent citée, la petite minorité de privilégiés qui vit plus que confortablement tout en bénéficiant des avantages du système.

L'existence de ces catégories ne peut masquer la réalité principale du système : son hyperflexibilité. Il a longtemps été tenu pour acquis que celle-ci avait pour contrepartie des conditions d'indemnisation particulières. Les intermittents en lutte estiment que celles-ci sont le corollaire de la précarité de l'emploi, et qu'elles devraient être étendues à tous les travailleurs qui ne bénéficient pas d'un emploi stable. Dans le reste du monde de la culture, on estime que ces singularités sont une reconnaissance du statut particulier des artistes.

Reste que la disparition du régime aurait au moins une de ces deux conséquences : une baisse brutale du nombre des intermittents et donc de l'offre culturelle en France (et l'on se souviendra à cette occasion qu'un récent rapport a démontré que l'investissement public en la matière était particulièrement rentable), ou la relégation des professionnels du spectacle à la vie de bohème, vivant dans un galetas, sujets aux équivalents contemporains de la consomption. Ce serait reconnaître aux intermittents un statut particulier, celui d'artiste maudit.

sotinel@lemonde.fr

Thomas Sotinel 
Journaliste au Monde   Paru le 11 juin

.

Via Le spectateur de Belleville
more...
No comment yet.