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V comme Voyage - Gilles Deleuze, Claire Parnet & Pierre-André Boutang (1988, 1996) - Les Caves du Majestic

V comme Voyage - Gilles Deleuze, Claire Parnet & Pierre-André Boutang (1988, 1996) - Les Caves du Majestic | rhizome66 | Scoop.it

Transcription de l'extrait de l'abécédaire.

   Claire Parnet: Donc exit les universaux, ça n'a rien à voir avec la philosophie.

    Gille Deleuze: Euh oui, non, ça n'a rien à voir, non.

   C. P. : Passons directement à V. Et V, ça, c'est les Voyages. Et ça, c'est la démonstration qu'un concept, c'est un paradoxe. Parce que toi, tu as inventé une notion, un concept, on peut le dire, qui est le nomadisme. Et tu hais les voyages. On peut faire cette révélation. À cette heure-là de l'entretien, tu hais les voyages. Pourquoi tu les hais, d'abord, les voyages ?

    G. D.: Je ne hais pas les voyages, je hais les conditions, pour un pauvre intellectuel, de voyager. Peut-être que si je voyageais autrement, j’adorerais les voyages. Mais chez les intellectuels qu’est-ce que ça veut dire voyager ? Ça veut dire aller faire une conférence à l’autre bout du monde, au besoin, et avec tout ce que ça comporte avant et après : parler avant avec des gens qui vous reçoivent gentiment, parler après avec des gens qui vous ont écouté gentiment, parler, parler, parler… Alors, c’est le contraire du voyage, un voyage intellectuel. Aller au bout du monde pour parler, ce qu’il pourrait faire chez lui, et pour voir des gens avant pour parler, et voir des gens après pour parler : c’est un voyage monstrueux. Alors ceci dit, c’est vrai que je n’ai aucune sympathie pour les voyages. Mais ce n’est pas un principe chez moi, je ne prétends pas avoir raison, dieu merci. Mais pour moi, si tu veux, je me dis « Mais enfin, mais enfin, qu’est-ce qu’il y a dans le voyage ? » D’une part, ça a toujours un petit côté de fausse rupture. Ça, je dirais, c’est le premier aspect, moi… qu’est-ce qui me gêne, je réponds uniquement pour moi, qu’est-ce qui me rend le voyage antipathique ?
Première raison, c’est que c’est de la rupture à bon marché. Je sens tout-à-fait ce que disait Fitzgerald : il ne suffit pas d’un voyage pour faire une vraie rupture. Si vous voulez de la rupture, ben faites autre chose que des voyages parce que finalement qu’est-ce qu’on voit ? Les gens qui voyagent, ils voyagent beaucoup et puis après ils en sont même fiers, ils disent que c’est pour trouver un père. Il y a des grands reporters, ils font des livres là-dessus. Ils ont tout fait, ils ont fait le Vietnam, l’Afghanistan, tout ce qu’on veut, et ils disent froidement qu’ils n’ont pas cessé d’être à la recherche d’un père. C’est pas la peine. Le voyage ça a un trait quand même très œdipien, en ce sens. Alors bien, bon, je me dis « Non, ça va pas, ça ».

La seconde raison il me semble, je suis très touché par une phrase admirable, comme toujours, de Beckett qui fait dire à un de ses personnages à peu près, je cite mal, c’est encore mieux dit que ça : « On est con, quand même pas au point de voyager pour le plaisir. » Alors cette phrase, elle me paraît parfaitement satisfaisante. Moi je suis con, mais pas au point de voyager pour le plaisir. Ça, non, quand même pas.

 

Et puis il y a un troisième aspect du voyage, alors tu me dis « nomade », oui. J’ai toujours été fasciné par les nomades, mais c’est précisément parce que les nomades, c’est des gens qui voyagent pas. Ceux qui voyagent, c’est les émigrants, il peut y avoir des gens extrêmement respectables qui sont forcés de voyager. Les exilés, les immigrants, ça ça c’est un genre de voyage, alors, dont il est pas question de se moquer parce que c’est des voyages sacrés. C’est des voyages forcés, c’est des voyages… bon, ça très bien… Mais les nomades, ils ne voyagent pas, eux. Les nomades, au contraire, à la lettre, ils restent immobiles, c’est-à-dire, tous les spécialistes des nomades le disent, c’est parce qu’ils ne veulent pas quitter. C’est parce qu’ils s’accrochent à la terre, c’est parce qu’ils s’accrochent à leur terre. Leur terre devient déserte, et ils s’y accrochent. Ils peuvent que nomadiser dans leur terre. C’est à force de vouloir rester sur leur terre qu’ils nomadisent. Donc, dans un sens on peut dire : « Rien n’est plus immobile qu’un nomade. Rien ne voyage moins qu’un nomade. » C’est parce qu’ils ne veulent pas partir qu’ils sont nomades. Et c’est pour ça qu’ils sont tout à fait persécutés....

 


Via Vincent DUBOIS
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Andalousie : des centaines d'ouvriers se réapproprient des terres livrées à la spéculation

Andalousie : des centaines d'ouvriers se réapproprient des terres livrées à la spéculation | rhizome66 | Scoop.it

Au sud de l’Espagne, des ouvriers agricoles occupent une ferme de 400 hectares, menacée par la spéculation. Ils contestent une répartition féodale des terres, réservées aux grands propriétaires. Et développent une agriculture biologique et paysanne, qui nourrira bientôt des milliers de personnes. Reportage en Andalousie, dans la ferme de Somonte, devenu le symbole d’une lutte populaire contre les inégalités et pour la souveraineté alimentaire. « Land and freedom », version 2013.


Via dm
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