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Jean Dasté (1904-1994) : le père de la décentralisation théâtrale

Jean Dasté (1904-1994) : le père de la décentralisation théâtrale | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Louis Legalery dans le magazine en ligne Diacritik



Lire l'article sur le site d'origine : https://diacritik.com/2018/02/06/jean-daste-1904-1994-le-pere-de-la-decentralisation-theatrale/ ;



En dehors du monde des passionnés de théâtre, et même parmi les aficionados qui, chaque année vont au in ou au off d’Avignon, il est fort probable que le nom de Jean Dasté n’évoque peut-être rien, en tout cas aucun souvenir précis, ingratitude inéluctable du temps qui passe envers celui qui a cependant et inlassablement servi la passion de sa vie, le théâtre, et tracé la voie de Jean Vilar, Roger Planchon et Ariane Mnouchkine, entre autres.

Âme de décentralisateur, Jean Dasté naquit Parisien du dixième arrondissement, alors que le vingtième siècle commençait à peine, en 1904. C’est sa mère qui l’initia aux joies du théâtre. Il devint ensuite élève dans la troupe du Vieux Colombier du célèbre Jacques Copeau, dont il épousera la fille, Marie-Hélène. Cette passion inébranlable pour l’osmose entre acteurs et spectateurs lui vint certainement de son maître et beau-père, car Copeau, entre 1924 et 1929, fit une première tentative de décentralisation en Bourgogne, en créant le « Groupe des Copiaux ». Après ce premier essai, Dasté revint à Paris en gardant en tête de faire sortir le théâtre des salles. En 1934 il fonde « La compagnie des quatre saisons » avec André Barsacq, et, comme l’esprit des bateleurs l’anime toujours autant, il monte Le Médecin volant sur le Pont Neuf et Les Fourberies de Scapin sous la Tour Eiffel. Pendant la même période il s’essaie avec succès au cinéma sous la direction de Jean Renoir Boudu sauvé des eaux (1932), Le crime de Monsieur Lange, La vie est à nous (1936), La Grande Illusion (1937), sous celle de Jean Vigo, Zéro de conduite (1933), L’Atalante (1934), sans oublier une participation à Remorques de Jean Grémillon et à Adieu Léonard de Pierre Prévert.

A la Libération, sa volonté passionnelle d’amener le théâtre aux citoyens est intacte et il crée « La compagnie des comédiens de Grenoble », avec notamment Hubert Deschamps et Jacques Lecoq, mais, faute d’indispensables subventions municipales, l’aventure tourne court et prend fin en 1947. En cette même année Jean Dasté remonte un peu la vallée du Rhône vers l’ouest et s’installe à Saint-Étienne, qui va devenir sa ville adoptive et où il restera jusqu’à sa mort en 1994. Il y crée « Le centre dramatique de la Cité des Mineurs » (qui deviendra l’année suivante « La Comédie de Saint-Étienne »), coopérative ouvrière d’intérêt public régional. Plus qu’une troupe c’est une véritable famille que Dasté bâtit. Pendant plus de dix ans, « La Comédie », comme elle était alors appelée en abrégé par les Stéphanois, sillonne les routes de la région stéphanoise en apportant à son public des auteurs aussi divers que Shakespeare, Molière, Beaumarchais, Pirandello, Tchekhov, Claudel ou Lorca et en l’initiant à Sartre et Audiberti. « La Comédie » devient une pépinière nationale et internationale qui attire de jeunes talents alors peu connus et qui vont devenir d’illustres têtes d’affiche.

Ainsi « La Comédie » voit passer notamment René-Louis Lafforgue, Armand Gatti, Antoine Vitez, Peter Ustinov, Graeme Allwright (qui, comme chacun sait, se tournera vers la chanson), et l’inoubliable et divine Delphine Seyrig, pas seulement une voix mais une beauté et un talent hors du commun. Lors d’un entretien re-diffusé sur France Culture en 2014, Delphine Seyrig confiera, quelques années plus tard, que son passage à « La Comédie de Saint-Étienne » figurait parmi ses meilleurs souvenirs de comédienne. Elle y racontait comment après les représentations elle revenait sur le tansad de la moto de Jean Dasté jusqu’à Rochetaillée où elle habitait avec les Dasté, une confession au goût de miel pour quiconque est né dans cette région et connaît cette magnifique route qui monte depuis Saint-Étienne, au milieu des pins, des sapins, des fougères et des bruyères, jusqu’au point culminant de la chaîne Forez-Velay-Vivarais, le Mont Pilat (1.435m).



A partir de 1956, Jean Dasté décide avec ses amis comédiens de scinder « La Comédie » en deux entités, « Les Tréteaux » chargés de continuer à sillonner routes et villages, et « La Comédie  de Saint-Étienne » qui s’installe, en 1962, dans la salle des Mutilés du Travail, vaste salle de théâtre où elle restera jusqu’en septembre 2017, pour rejoindre ses nouveaux locaux de la Plaine Achille, autrefois lieu de la Foire de Saint-Étienne, tout un symbole !


Maison de la Culture
Dans le même temps le projet de la Maison de la Culture, conçue par Le Corbusier, prend forme et Jean Dasté y joue un rôle déterminant, mais se heurte bientôt au conservatisme exacerbé de feu le maire centriste de Saint-Étienne, Michel Durafour, ex-ministre du travail de Giscard. Préférant laisser vivre le projet bien engagé, Dasté se sacrifie, en quelque sorte, prend ses distances, en 1963, et profite de ce nouveau tournant pour renouer avec le cinéma. Il tourne avec Alain Resnais, Muriel ou le temps d’un retour, La guerre est finie, Mon oncle d’Amérique, L’amour à mort, avec François Truffaut, L’enfant sauvage, L’homme qui aimait les femmes et La chambre verte. Il fait quelques apparitions dans Z de Costa-Gavras, Le corps de mon ennemi d’Henri Verneuil, Une semaine de vacances de Bertrand Tavernier et le magnifique Molière d’Ariane Mnouchkine. Sa toute dernière apparition sera pour la réalisatrice Suzanne Schiffman, Le moine et la sorcière (1987).



Jean Dasté
A l’issue d’une représentation Jean Dasté était capable de venir parler à des spectateurs inconnus avec autant de chaleur, de considération et de gentillesse que s’il s’adressait à des élus locaux ou nationaux. C’est la raison pour laquelle sa mort, en 1994, a suscité une très vive émotion à Saint-Étienne et ailleurs, car il était un pionnier de la culture populaire accessible et enrichissante, et son nom restera pour toujours attaché aux grandes heures de la décentralisation théâtrale et de l’accès à la culture par tous et pour tous.

Légende photo : Jean Dasté, crédit Comédie de Saint-Etienne


Un documentaire de 2009 : Jean Dasté, où êtes-vous ?   https://www.youtube.com/watch?v=RNxwx1udOA8


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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Sélection de spectacles  -  Théâtre et cirque -  Rentrée 2018

Sélection de spectacles  -  Théâtre et cirque -  Rentrée 2018 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Les dates indiquées sont en principe les dates de première. En cliquant sur les noms de lieux (en orange), vous trouverez en lien sur les sites des théâtres les dates, les horaires, et des informations plus complètes sur ces spectacles

 

04/09/18

 

05/09/18

 

 

10/09/18

 

11/09/18

  • Ouverture de la Scala-Paris, avec SCALA par Yoann Bourgeois La Scala-Paris

 

  • BIENNALE DE LA DANSE A LYON, créations chorégraphiques de Maguy Marin, Yuval Pick, Yoann Bourgeois, Fabrice Lambert, Jérôme Bel, etc. DU 11 au 29 septembre dans différents lieux de l'agglomération lyonnaise. Site de la Biennale de danse

 

13/09/18

  • SHOCHIKU GRAND KABUKI, troupe japonaise Festival d’Automne à Paris Chaillot

 

  • LE PÈRE, de Stéphanie Chaillou, mise en scène Julien Gosselin Festival d’Automne à Paris MC93 Bobigny

 

  • LES IDOLES, texte et mise en scène Christophe Honoré, Vidy-Lausanne

 

14/09/18

  • LOVE ME TENDER, d'après Raymond Carver, adaptation et mise en scène Guillaume Vincent, Bouffes du Nord

 

 

15/09/18

 

 

  • Alain CAVALIER – Mohamed EL KHATIB Festival d’Automne à Paris  Nanterre-Amandiers

 

18/09/18

  • UNE MAISON DE POUPÉE  Ibsen, mise en scène Lorraine de Sagazan (reprise) Le Monfort

 

19/09/18

  • L’HEUREUX STRATAGÈME Marivaux, mise en scène Emmanuel Daumas, par la Comédie-Française Vieux-Colombier

 

 

  • LES FOURBERIES DE SCAPIN  Molière / Denis Podalydès, par la troupe de la Comédie-Française en tournée TGP Saint-Denis

 

20/09/18

 

 

21/09/18

 

 

 

22/09/18

 

  • LA BANDE À JO soirée spéciale autour des créations de Georges Lavaudant MC2 Grenoble

 

  • LA REPRISE  Histoire(s) du Théâtre (1) de Milo Rau Festival d’Automne à Paris Nanterre-Amandiers

 

26/09/18

  • LA DAME AUX CAMÉLIAS d'après A. Dumas fils mise en scène Arthur Nauzyciel TNB Rennes

 

 

  • GEORGE DANDIN ou le mari confondu Molière/ Jean-Pierre Vincent MC93 Bobigny

 

 

  • Festival International des Francophonies en Limousin du 26 septembre au 6 octobre, avec de nombreux spectacles inédits en France, notamment un "Focus Québec", différents lieux de Limoges  Détail de la programmation

 

  • Festival ACTORAL à Marseille, spectacles de Rodrigo Garcia, Théo Mercier, Laetitia Dosch, Hubert Colas, Alexander Vantournhout,  Mohamed El Khatib...  Jusqu'au 13 octobre  Divers lieux de Marseille Détail de la programmation

 

27/09/18

 

29/09/18

  • ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR  de Marivaux mise en scène Thomas Jolly (reprise du spectacle créé en 2006, premières à Paris)  La Scala-Paris

 

05/10/18

 

 

08/10/18

 

10/10/18

 

11/10/18

  • MAMA texte et mise en scène Ahmed el Attar Festival d’Automne à Paris MC 93 Bobigny

 

 

12/10/18

  • LA PRINCESSE MALEINE Maeterlinck / Pascal Kirsch MC93 Bobigny

 

 

15/10/18

 

16/10/18

 

27/10/18

 

08/11/18

 

 

Liste non exhaustive établie par Alain Neddam – Mise à jour 08/09/18

 

Légende photo : « La Reprise »  de Milo Rau ©Christophe Raynaud de Lage/Han

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La scène nationale d'Aubusson dans la tourmente : « On nous accuse d'être des cultureux face aux culs terreux » - 

La scène nationale d'Aubusson dans la tourmente : « On nous accuse d'être des cultureux face aux culs terreux » -  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans La Montagne 17.10.2018

 

La Scène nationale est dans la tourmente. © DELPY Michèle

Démission du président Gérard Crinière, mutisme de la présidente du Conseil départemental, soutien unanime des autres partenaires : l’assemblée générale de l’association gestionnaire la Scène nationale a marqué une profonde fracture.
Depuis des mois, la Scène nationale (SN) d'Aubusson est confrontée à une situation financière tendue du fait de la baisse de la subvention du Conseil départemental de la Creuse et des difficultés de Creuse Grand sud. C'est dans ce contexte délicat que s'est tenue, lundi, l'assemblée générale annuelle de l'association Centre culturel et artistique Jean-Lurçat qui gère la Scène nationale.

Tous les partenaires étaient au rendez-vous (*). Étrange assemblée générale en vérité au cours de laquelle Valérie Simonet, présidente du Département, a dû se sentir bien seule. En dépit des propos souvent acerbes portés à l'encontre du Conseil départemental, elle est restée silencieuse, prenant juste brièvement la parole pour souligner le soutien apporté à L'Avant-scène, fermée depuis le début de l'été.


Comme il se doit, la réunion a donné lieu aux différents rapports de circonstance (tous votés à l'unanimité), sans grande surprise pour ceux qui suivent la vie de la SN mais qui attestent d'une excellente santé artistique.

Une démission remise au sous-préfet le 15 janvier
Le coup de théâtre est survenu en début de séance, lorsque presque au terme de son rapport moral, le président Gérard Crinière a déclaré : « Le 15 janvier 2019 je remettrai ma démission au sous-préfet de la Creuse. Pendant les trois mois à venir je serai à la disposition des candidats au poste et je me retirerai à la nomination du nouveau président ».Gérard Crinière - Une action reconnue et largement saluée.

Chef d'entreprise (Art-Bloc), Gérard Crinière, un habitant de Vallière, préside la SN depuis 16 ans. Il a accédé à ce poste dans un contexte déjà difficile à l'époque, en bénéficiant du soutien d'un professionnel, Pierre Ménasché, récemment disparu, auquel il a rendu hommage. Depuis, il s'est constamment impliqué, accompagnant un travail considérable, loué lundi par la Drac, la Région et la Com-com, en témoignant une belle complicité artistique avec le directeur de la SN, Gérard Bono. La SN, sur le plan de l'activité, affiche une très grande vitalité, pleinement en accord avec ses missions premières.

« Le Conseil départemental n'a donc de cesse d'affaiblir la Scène nationale »
GÉRARD CRINIÈRE (Président démissionnaire de l'association gestionnaire de la Scène nationale)

 La Scène nationale sur ce territoire, c'est d'abord vous, les élus, membres de droit, qui devaient l'honorer », a affirmé Gérard Crinière en rappelant que la SN a été créée en 1981 à l'initiative d'André Chandernagor et des… élus. Depuis, a expliqué le président sortant, l'État, la Région et la Com-com l'ont constamment défendue et soutenue. Il devait ensuite affirmer : « Mme Simonet, présidente du Conseil départemental de la Creuse, a diminué le budget de la culture, prenant en otage la SN face à l'État dans le cadre du financement du Conservatoire départemental, avec un désengagement à hauteur de 53.000 €, soit 31 % de la subvention accordée depuis plus de vingt ans. Cette diminution s'appliquera pour les quatre prochaines années, de 2018 à 2021. Mme Defemme, vice-présidente du Conseil départemental, saborde la Scène nationale en l'accusant d'une programmation trop élitiste, voire marxiste. On nous accuse d'être des cultureux face aux culs terreux. Quel mépris pour la Scène nationale et ceux qui la soutiennent. Au lieu de soutenir, le Conseil départemental n'a donc de cesse d'affaiblir la Scène nationale ».

Des propos et une décision « gravissimes »
Jean-Luc Léger, président de la Com-com Creuse Grand sud, et Eric Correia, conseiller régional, ont affirmé avoir « pris une claque », lundi soir, en apprenant la démission de Gérard Crinière.Au centre Gérard Crinière et Gérard Bono, sur la rangée de droite Valérie Simonet. Fracture totale.

« Cette décision nous oblige à nous poser des questions fondamentales. Quelle offre culturelle voulons-nous pour ce territoire ? Choisir entre cultures populaire et élitiste, c'est ouvrir la voie au populisme. C'est un véritable danger », a affirmé Jean-Luc Léger. Pour Eric Correia, les propos et la décision de Gérard Crinière sont « gravissimes », l'élu a aussitôt affirmé le soutien de la Région, soucieuse de favoriser la culture dans les territoires en difficulté. Pour la Drac, Marion Limeuil s'est déclarée sous le choc et consternée. Pour elle, il ne sera pas évident de trouver un nouveau président ayant une telle stature. Pour l'heure, la Scène nationale d'Aubusson apparaît, comme l'a noté Gérard Crinière, otage du bras de fer qui oppose, via le conservatoire de musique, le Département et l'État (et la Région). Au risque de disparaître ?

Quel avenir pour le bâtiment de l'avenue des Lissiers ?

(*) Le nouveau sous-préfet Maxence Den Heijer découvrait l'établissement. Eric Correia et Agnès Halary-Miraucourt représentaient la Région Nouvelle-Aquitaine et Michel Moine, la commune d'Aubusson. Dans la salle, le nouveau proviseur de la Cité scolaire Eugène-Jamot et d'autres partenaires de la SN assistaient au débat.

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INSTABLE de Nicolas Fraiseau, mise en scène Christophe Huysman - Cie LES HOMMES PENCHÉS 

INSTABLE de Nicolas Fraiseau, mise en scène Christophe Huysman - Cie LES HOMMES PENCHÉS  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Odile Cougoule dans son blog 16.10.2018

 

Dans le grand chapiteau circulaire de l’Académie Fratellini, un plateau rectangulaire au centre de la piste. Un plateau bancal aux planches mal jointes, des pneus lui servent de cales…. Des filins, des câbles, une barre métallique gisent abandonnés sur le sol. Un jeune homme entre, regarde, vérifie du bout du pieds cet espace inhospitalier ; il l'inspecte soucieux … À quel jeu se livre - t - il ? 
Ce jeune homme, en recherche d’équilibre sur ce sol mal foutu, c’est Nicolas Fraiseau, artiste seul en scène qui, dans ce bric à brac, a l’air bien décidé à monter son agrès; visiblement un mat chinois. Mais tout tombe autour de lui et chaque tentative de soulever, élever, dresser se solde par un effondrement. Les éléments lui échappent comme les outils glissent des mains de l’apprenti. Peu à peu l’espace scénique ressemble plus à un bateau dans la tempête qu’à un lieu destiné à un exploit circassien…
   
Trouver son équilibre sur ce sol inconfortable est une gageure et la chute, inéluctable, ne peut s’empêcher de déclencher les rires.  D'ailleurs les enfants présents dans la salle n'aiment rien autant que la chute... 

Déséquilibre, chute, catastrophe spatiale, l’artiste avec sérieux déploie un principe comique à la Buster Keaton. La précision est au coeur de chaque situation et toujours le gag que l'on croit voir venir peut en cacher un autre.  
Acrobate talentueux, son jeu dramatique qui mêle la force de l'acteur burlesque et l'absurdité du clown provoque peur, rire et surprise. Les événements s'enchaînent en cascade et chaque situation qui se présente fait oublier la précédente. Réussir à démêler deux filins devient sous nos yeux périlleux et emboiter les deux éléments de son mât relève du prodige…Sans compter avec les planches sur lesquelles la construction repose qui semblent jouer un opéra.   

Mais que cherche - t - il à faire au juste dans cet espace où tout est de traviole et les filins mal tendus ?  Monter son mât certes mais aussi symboliquement affirmer sa capacité à rester debout et sans doute à Aller plus haut comme dit la chanson !   

Manier l’art du danger dans ce défi à la gravité avec autant d’obstination et d‘élégance le transforme à nos yeux en homme debout …  

Sa relation à l’agrès est superbe, toute en mouvements ralentis et continus… Nicolas se love au creux du mât, glissant juste ce qu’il faut pour étonner, allant dessus - dessous comme on tricote les yeux fermés, inversant les axes de la vie.

Pieds, mains, corps, silence… 
Finalement le mât se dresse sous nos yeux et quand il y monte façon cocotier, qu’il accroche un petit plateau de bois dérisoire en son sommet, y pose les pieds avec délicatesse et se dresse de toute sa hauteur… On évite le « tout çà pour çà » car cet instant là vaut bien toutes les chutes du monde.

 

Centre international des arts du spectacle - Académie Fratellini (Saint-Denis) La Plaine 93210 - 11 au 14 octobre 2018

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Les Grands Prix de Littérature dramatique et de Littérature dramatique Jeunesse 2018

Les Grands Prix de Littérature dramatique et de Littérature dramatique Jeunesse 2018 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans Sceneweb - 16.10.2018

Photo ci-dessus : 

Jean Cagnard et Fabrice Melquiot

Jean Cagnard et Fabrice Melquiot sont les lauréats du Grand Prix de littérature dramatique 2018, ils ont été récompensés hier lors de la la cérémonie des Grands Prix qui s’est déroulée au CNSAD. Le jury était présidé cette année par Marie-Agnès Sevestre et composé de Sylvie Chenus, Marianne Clévy, Jean-Marc Diébold, Sophie Joubert, Sandrine Le Pors, Émilie Le Roux, Laurent Muhleisen, Christian Mousseau-Fernandez, Anna Mouglalis, Christophe Rauck et Marc Sussi.

Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face
Jean Cagnard

Éditions Espaces 34

 


GRAND PRIX DE LITTÉRATURE DRAMATIQUE
Comment s’en sortir lorsqu’on est toxicomane ? Comment voit-on le monde ? Comment nous voit-il ? N’est-on pas en permanence « sur le seuil », à cet endroit de mise en jeu de la vie ? N’est-on jamais sûr de se réveiller, et dans quel état ? N’est-on jamais sûr du prochain pas ? À travers la voix du résident en institution (tous les résidents) et celle de l’éducateur (tous les éducateurs), nous traversons une très longue journée, peut-être infinie, grâce à la langue percutante de Jean Cagnard qui déploie une succession de paysages insolites et troublants, où la vie a la nécessité de se réinventer, parfois de façon drôle et cocasse malgré la souffrance. Comme l’écrit l’auteur : « C’est de l’interprétation libre et inquiétante de la condition terrestre. Et puis comme souvent derrière les apparences, c’est la machine humaine qui est en action tout simplement. »


Jean Cagnard écrit dans différents champs de la littérature : théâtre, poésie, romans (éd. Gaïa) et nouvelles. Il a écrit une vingtaine de pièces dont certaines pour la jeunesse (éd. Théâtrales) ainsi que pour la marionnette en collaboration avec des compagnies (Arketal, Chez Panses Vertes, Théâtre Pour Deux Mains) et pour le théâtre de rue (compagnie 1 Watt). Ses pièces font l’objet de création par diverses compagnies et de diffusion sur France Culture. Il a reçu plusieurs bourses d’écriture (CNL en 2001, 2006, 2017 ; Aide à la création de textes dramatiques – CnT, puis ARTCENA). Différents prix lui ont été attribués et plusieurs de ces textes sont traduits et joués. Il est soutenu régulièrement par La Chartreuse-CNES de Villeneuve-lès-Avignon pour des résidences et des rencontres qui lui consacre le n°10 de « Itinéraire d’auteurs ». Aux Editions Espaces 34, il a publié : Les gens légers (2006), inscrite au répertoire de la Comédie-Française ; L’avion suivi de mes yeux la prunelle (2006) ; La distance qui nous sépare du prochain poème (2011) ; Au pied du Fujiyama (2015) (Aide à la création de textes dramatiques – CnT devenu ARTCENA en 2014, sélection Prix Collidram 2016 et finaliste Prix BMK); L’inversion des dents (2016), création en novembre 2018 par la compagnie 1057 roses ; Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face (2017) et Pour une fois que tu es beau (2018), création par Pierre Tual, Le Tas de Sable, juin 2018. Il fonde avec Catherine Vasseur, comédienne et metteure en scène, la Compagnie 1057 Roses dans le but de mêler le texte et le jeu d’acteur à une certaine fascination envers l’objet.


Fabrice Melquiot

L’Arche Éditeur
GRAND PRIX DE LITTÉRATURE DRAMATIQUE JEUNESSE

Les séparables – Reprise au théâtre de la ville (espace Cardin) du 26 octobre au 4 novembre 2018
Romain et Sabah, deux enfants de neuf ans qui vivent dans le même lotissement, se sont construit des mondes imaginaires pour échapper au réel. Échapper par les rêves aux peurs et aux suspicions des parents, à l’égard du voisin, de l’autre et de ses différences. Eux s’aiment, un point c’est tout. Eux voudraient à jamais rester ensemble, mais leurs parents en ont décidé autrement.

FABRICE MELQUIOT Né en 1972 à Modane en Savoie, Fabrice Melquiot est auteur de théâtre. Depuis 2001, il a publié plus d’une quarantaine de pièces chez l’Arche Editeur – pour enfants comme pour adultes. Il est le lauréat d’un grand nombre de prix, notamment en 2008 du prix du jeune théâtre Béatrix Dussane-André Roussin de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre dramatique et de l’Aide à la Création de textes dramatiques – ARTCENA, pour Faire l’amour est une maladie mentale qui gaspille du temps et de l’énergie et En somme ! en 2008, pour Jean 2011 et pour Pure 2013. En 2012, il prend la direction du théâtre Am Stram Gram de Genève. En 2019, sa nouvelle pièce J’ai pris mon père sur mes épaules sera montée par Arnaud Meunier, avec notamment Rachida Brakni et Philippe Torreton.

Les séparables – Reprise au théâtre de la ville (espace Cardin) du 26 octobre au 4 novembre 2018


Les finalistes 2018 étaient en Littérature dramatique :
Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face, Jean Cagnard, Espaces 34
Aphrodisia, Christophe Pellet, L’Arche
Berlin sequenz, Manuel Pereira, Espaces 34
Poings, Pauline Peyrade, Les Solitaires Intempestifs
Mayday, Dorothée Zumstein, Quartett

En Littérature dramatique Jeunesse :
Trois petites sœurs, Suzanne Lebeau, Editions Théâtrales, coll. Théâtrales jeunesse
Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz, Sylvain Levey, Editions théâtrales, coll. Théâtrales jeunesse
Les Séparables, Fabrice Melquiot, L’Arche

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Le Blanc-Mesnil : le théâtre se transforme pour attirer des stars

Le Blanc-Mesnil : le théâtre se transforme pour attirer des stars | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Thomas Poupeau dans Le Parisien 15.10.2018

 

Julien Clerc, 70 ans, cinquante ans de carrière et un nouvel album « A nos amours » ouvrira la saison au théâtre du Blanc-Mesnil. LP/Olivier Arandel
La municipalité agrandit la salle de spectacles et délègue sa gestion à une société privée. Objectif : « faire revenir les habitants au théâtre ».

Un théâtre agrandi pour faire venir de grands artistes : telle est la volonté du maire (LR) Thierry Meignen, qui investit 1,4 M€ de travaux et a choisi une société privée pour gérer le site. La saison démarre en janvier.

Relancer la fréquentation. « Quand j’ai été élu maire en 2014, le théâtre ne fonctionnait pas bien. On atteignait parfois les 20 % de taux de remplissage », assure Thierry Meignen. La faute, selon lui, à « une programmation trop élitiste », « pas d’artistes renommés », ou encore « une salle mal dimensionnée (NDLR : 280 places assises pour la grande salle) ». L’édile explique aussi que « les artistes reçus en résidence ne jouaient pas au Blanc-Mesnil ».

Les années suivantes, la municipalité repasse le théâtre en régie municipale et change deux fois de directeur. « Pas suffisant », avoue l’édile. Qui a finalement décidé de « tout changer » cette année.

Un nouveau gestionnaire.1,4 M€ de travaux sont donc lancés en juillet, pour agrandir la salle et doivent se terminer à la fin de l’année. Capacité d’accueil : 736 places, plus une salle de 150 places.

Parallèlement, un appel d’offres pour trouver un gestionnaire de salle, via une délégation de service public (DSP) est lancé. La société Soumere emporte la mise. « Nous gérons déjà l’Opéra de Massy, le Théâtre de Longjumeau et huit salles dans l’est de l’Essonne », explique Philippe Bellot, directeur général, qui met en avant son carnet d’adresses. « Je connais certains artistes depuis trente ans », précise-t-il. Et d’ajouter : « Je ne suis pas un bulldozer qui viendrait juste faire de l’argent ! Mon but, c’est d’ouvrir le théâtre à tous les Blanc-Mesnilois, que chacun ait quelque chose à venir voir. Qu’au final, ils se réapproprient la structure. » Prix annuel de cette DSP signée pour cinq ans : 1,2 M€.

 


Clerc, Brillant, Cabrel… La nouvelle saison démarre le 23 janvier prochain. Au menu : Julien Clerc, gratuitement ! « Les Blanc-Mesnilois auront la priorité pour la réservation des places », promet Thierry Meignen. Qui a voulu une « programmation populaire, mais de qualité ». Ainsi, parmi les grands noms de la chanson française qui vont se produire avant l’été prochain au Blanc-Mesnil : Dany Brillant le 8 février, Christophe Willem en mars, Francis Cabrel le 6 avril, ou encore Anne Roumanoff le 7 mai. « Les prix des places ne dépasseront pas 45 € pour les habitants », promet Philippe Bellot.

Au menu aussi, du théâtre de boulevard, un ballet et des comédies musicales. Des « rendez-vous » vont être installés : une date jazz, la scène ouverte « Kandidator » importée de Paris, et des conférences gratuites. Enfin, certaines pièces seront programmées en concertation avec la communauté éducative, « pour qu’elles collent avec le programme des élèves ».
L’OPPOSITION TACLE LE PROJET

Le théâtre « nouvelle version » ne convainc pas l’opposition. Lors du dernier conseil municipal, l’élu PCF Hervé Bramy a largement épinglé le projet, regrettant d’abord son coût : 6 M€ (soit 1,2 M€ par an sur cinq ans). « Ici, c’est une curieuse conception de la délégation de service public : non seulement la ville se dessaisit de son patrimoine culturel mais en plus elle paye un prestataire pour qu’il le fasse sans risque », a ainsi taclé le communiste, déplorant que « le prix des places augmente de plus de 50 %. »

Et de regretter, aussi, que l’embauche d’un tourneur professionnel ne crée pas d’emplois locaux : « […] la gestion de l’équipement sera assuré en grande part par un personnel mutualisé avec les autres entités du groupe Soumere […] basé ailleurs que dans la ville. Le théâtre sera donc une structure parmi les autres équipements gérés par ce groupe ! »

Enfin, les stars annoncées ne font pas rêver Hervé Bramy, qui s’est appliqué à citer quelques grands noms s’étant produits au Blanc-Mesnil par le passé - de Claude Nougaro à Juliette Gréco en passant par Pierre Perret, Michel Delpech, Jacques Higelin ou encore Alain Bashung.

 

Légende photo : Julien Clerc, 70 ans, cinquante ans de carrière et un nouvel album « A nos amours » ouvrira la saison au théâtre du Blanc-Mesnil. Crédit : LP/Olivier Arandel

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Avec Franck Riester, la politique fait son retour à la Culture - Libération

Avec Franck Riester, la politique fait son retour à la Culture - Libération | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jérôme Lefilliâtre dans Libération 16.10.2018

 

Formé au sarkozysme triomphant et passé au macronisme «constructif», le député de Seine-et-Marne, spécialistes des questions audiovisuelles, remplace Françoise Nyssen rue de Valois.

La parenthèse de la société civile se referme au ministère de la Culture. A la place de Françoise Nyssen, s’installe un pur politique en la personne de Franck Riester, sorte d’antithèse de l’ancienne éditrice. Député de Seine-et-Marne depuis 2007, maire de Coulommiers entre 2008 et 2017 (où il a succédé à Guy Drut), le nouveau locataire de la rue de Valois a déjà une longue expérience de la chose publique, qui le passionne depuis l’adolescence. Un portrait de Libé, publié en 2012, racontait que le jeune Riester, «à chaque repas de fête, pren[ait] en otage oncles et tantes à qui il impos[ait] la lecture d’une lettre sur l’état de la France». Avec lui, les maladresses de communication et les difficultés à tenir les rapports de force au sein de l’exécutif devraient être moins nombreuses au ministère.

Riester a fait son trou en politique à l’UMP, puis à LR, au moment où Nicolas Sarkozy occupait l’Elysée. A l’origine proche de Jean-François Copé, l’un des barons de la droite en Seine-et-Marne, l’homme a pris ses distances avec le parti dirigé désormais par Laurent Wauquiez, dont il a été exclu. A l’Assemblée nationale, il était jusqu’à présent inscrit au sein du groupe UDI-Agir, ces «constructifs» venus du centre et de la droite et prêts à soutenir Emmanuel Macron. Riester n’a jamais approuvé la stratégie de «droitisation» de LR. Avec sa première famille politique, les liens ont commencé à se distendre lorsque le jeune élu a soutenu, presque seul, le mariage homosexuel voulu par François Hollande. Homosexuel, il a été l’un des premiers, à droite, à faire son coming out en 2011.

Diplômé d’une école de commerce, celui qui a exercé dans le privé comme consultant est également chef d’entreprise. Il a repris la société familiale de concessions automobiles Peugeot – dont il n’assure pas la gestion quotidienne. Son arrivée à la Culture, où il aura aussi la charge des dossiers médias et communication, n’est pas une surprise. L’homme, qui a usé ses pantalons sur les bancs de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée, se prépare depuis dix ans à cette mission. Rapporteur des projets de loi Hadopi 1 et 2 sous Sarkozy, il a été l’un des artisans de la création de l’autorité antipiratage – un thème de nouveau très en vogue dans la galaxie macronienne. Il est aussi le coauteur d’un rapport, publié en 2011, sur la création musicale préconisant la mise en place d’un centre national dédié.

Membre de la commission Copé sur l’audiovisuel public en 2008-2009, Riester a réussi à devenir le spécialiste du sujet au sein de la droite. Un atout décisif pour sa nomination, alors que le gouvernement planifie, pour 2019, une réforme de la régulation audiovisuelle. Il y a quelques mois, il défendait les idées d’une suppression quasi-totale de la publicité sur France Télévisions (hors événements sportifs) et d'un rapprochement de structures entre la télé publique et Radio France. Des propositions qu'il reprendra en tant que ministre ?


Jérôme Lefilliâtre

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Ascanio Celestini, un héraut de notre temps

Ascanio Celestini, un héraut de notre temps | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot  dans Le Figaro  le 15/10/2018

Dans Laïka, l'Italien Ascanio Celestini donne la parole à un personnage de la marge, incarné par David Murgia. Une plongée dans notre monde.

Comment parler du monde, aujourd'hui? Comment, au théâtre, être en prise avec la réalité de nos sociétés. Non pour les accuser, les critiquer, les détruire. Mais pour, par le truchement de récits et de personnages, nous mettre en quelque sorte face à une réalité «augmentée» qui nous conduise à réfléchir, à mieux comprendre, mais en nous divertissant.

L'écrivain italien Ascanio Celestini s'inscrit, côté théâtre, dans une tradition foraine passée au filtre de grands prédécesseurs, tels Eduardo De Filippo ou Dario Fo. On a notamment vu en France La Fabbrica et Radio clandestine. Cet artiste né en 1972 ne se contente pas des planches: romancier, il écrit également des textes brefs pour la télévision, des chansons, des sketchs.

Jamais de leçons, rien de doctrinal, mais une plongée dans le vif de la vie des humbles

Jamais de leçons, rien de doctrinal, mais une plongée dans le vif de la vie des humbles. Ou des puissants parfois, comme on le vit avec Discours à la nation, interprété en 2015 par le comédien que l'on retrouve aujourd'hui, David Murgia.

Laïka est un nom familier pour les amateurs d'espace. C'est le nom de la petite chienne qui fut envoyée dans l'espace par les savants russes en 1957. Une pionnière dont la mémoire est évoquée dans le flot impétueux de paroles traduit par Patrick Bebi.

Difficile de donner une idée juste de Laïka: un homme s'adresse à nous avec autant de véhémence que de calme. Sur la scène, derrière un petit rideau rouge, apparaît un accordéoniste, installé dans un encombrement de caisses de plastiques de couleurs vives. Maurice Blanchy joue les compositions de Gianluca Casadei. Mais il ne parle pas. Il est «doublé» par la voix off de Yolande Moreau.

Qui est l'homme qui nous parle? Un prophète, un délirant, un mythomane, un manipulateur? Un pilier de bar? Un poète traversé par un souffle divin? David Murgia lui offre son registre époustouflant, la densité de sa présence comme son art de la légèreté. Un moment rare de théâtre pur qui fait rire, émeut, éclaire.

Laïka, au Théâtre du Rond-Point (Paris VIIIe), à 21 heures du mardi au samedi et 15 h 30 le dimanche. Durée: 1h20. Tél.: 01 44 95 98 21. Jusqu'au 10 novembre.

 

David Murgia s'adresse à nous avec autant de véhémence que de calme. Derrière lui, Maurice Blanchy joue Gianluca Casadei. - Crédits photo : Dominique Houcmant Goldo

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Brive et Tulle font cause commune pour le théâtre

Brive et Tulle font cause commune pour le théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard (Brive-la-Gaillarde et Tulle (Corrèze), envoyée spéciale) dans Le Monde le 15.10.2018

 


L’Empreinte, nouvelle scène nationale corrézienne, la 76e en France, proposera quelque 65 spectacles annuels.


« C’est le plus grand théâtre de France car il a 28 kilomètres d’ouverture », plaisante Bertrand Bossard devant les spectateurs qu’il embarque dans un bus, samedi 13 octobre, pour son spectacle La Visite déguidée, un « périple » de Brive-la-Gaillarde à Tulle. En quelques mots, ce comédien désopilant, qui manie à merveille le comique par l’absurde, résume tout l’enjeu de L’Empreinte, la nouvelle scène nationale corrézienne, née de la fusion du Théâtre des 7 Collines de Tulle et des Treize Arches de Brive. Une longue histoire de rivalité de pouvoir entre les deux villes – Tulle (14 000 habitants) la préfecture, l’administrative, contre Brive (47 000 habitants) la dynamique, la commerçante – et vingt-huit kilomètres de départementale séparent ces deux lieux culturels qui viennent d’inaugurer, du 4 au 13 octobre, l’ouverture de leur première saison commune.

« Si vous êtes là, c’est que vous avez compris que c’est par l’art que la relation Brive-Tulle peut se construire, vous êtes porteurs du virus de l’échange. On m’a demandé de pacifier la Corrèze. Sachez-le, vu de Paris, les bisbilles entre Tullistes et Brivistes, on s’en tamponne le ­coquillard », plaisante Bertrand Bossard en invitant les voyageurs à considérer le tunnel de Bonnel, à mi-parcours du trajet, comme « une porte chamanique qui ouvre les chakras ». C’est qu’en décrochant, il y a quelques mois, le label scène nationale attribué par le ministère de la culture, les deux théâtres n’ont pas seulement obtenu un financement pérenne pour un projet artistique important, ils ont aussi concrétisé, à force de persévérance, le premier projet d’envergure réunissant les deux cités corréziennes.

NATHALIE BESANÇON, DIRECTRICE ADJOINTE DE L’EMPREINTE : « NOUS VOULONS AUGMENTER LA FRÉQUENTATION EN TRAVAILLANT SUR LA MOBILITÉ DU PUBLIC »


Alors forcément, une telle union, ça se fête. En grand. Nuit blanche libertaire, spectaculaire embrasement urbain, vaste parquet de danse en plein air, le temps d’un week-end, il était impossible pour les habitants de ces villes d’ignorer que la culture était à l’honneur. Le public a répondu présent à l’invitation lancée par Nicolas Blanc, directeur de L’Empreinte et son adjointe, ­Nathalie Besançon.

« Nous voulons créer une dynamique populaire, rassembleuse », explique Nicolas Blanc. « Et augmenter la fréquentation en travaillant sur la mobilité du public », complète Nathalie Besançon. Des navettes (au tarif de 1 euro) permettront aux spectateurs de naviguer facilement entre les deux lieux. Il aura fallu près de quatre ans pour que l’« évidence » d’unir ces deux scènes conventionnées (qui cumulent 868 places) se concrétise. L’Empreinte est devenue la 76e scène nationale de France.

 « Nuit debout » de la culture
Ce nouvel établissement public de coopération culturelle (EPCC) dispose d’un budget pérenne de 3,15 millions d’euros financé par les collectivités locales (villes, départements, région) et le ministère de la culture, à hauteur de 500 000 euros. Dans un bassin de vie de 240 000 habitants peu doté en offre culturelle, « ce n’est pas un projet a minima, il correspond à une vraie volonté politique », se réjouissent les responsables de L’Empreinte. Et les équipes techniques, par exemple, vont pouvoir collaborer. « Je vais aller pour la première fois travailler sur le plateau de Brive », témoigne ­Patrice Monzat, régisseur principal du théâtre de Tulle.

Dans la nuit de vendredi 12 à samedi 13 octobre, de 20 heures à 8 heures du matin, le théâtre de Brive a été empli de banderoles – « Le désir est grand, le programme est vaste », « Bonne nuit éveillée, pleine d’événements », « Que de choses sont à voir quand les yeux sont fermés » – et a pris des allures révolutionnaires. Se transformant en une sorte de Nuit debout à la gloire de la culture et de la fête. Gratuitement, les spectateurs ont écouté – tout en festoyant sur le plateau – le philosophe Jean-Christophe Angaut, maître de conférences de philosophie à l’Ecole normale supérieure de Lyon, discourir sur toutes les possibilités permises par la nuit et les menaces qui pèsent sur elle à cause d’un capitalisme glouton.

IL AURA FALLU PRÈS DE QUATRE ANS POUR QUE L’« ÉVIDENCE » D’UNIR CES DEUX SCÈNES CONVENTIONNÉES SE CONCRÉTISE


Puis ils ont assisté à la lecture du texte L’Empreinte, de Pierre Bergounioux, l’enfant du pays, mis en musique par le compositeur Babx, ont visionné des films (Underground, d’Emir ­Kusturica, Minuit à Paris, de Woody Allen) ou suivi une lecture marathon.

Aux alentours de minuit, des grappes de jeunes, dont certains n’avaient jamais mis les pieds dans un théâtre, sont venus profiter du plateau transformé en dance floor avec, en DJ, Mika Rambar déguisé en drag-queen. Cette nuit particulière a été imaginée par Barbara Métais-Chastanier, universitaire et dramaturge, qui sera, pour cette première année, artiste associée de L’Empreinte, tout comme le metteur en scène Sylvain Creuzevault et le chorégraphe Christian Rizzo.

La jeunesse ciblée
Puis, dans la soirée de samedi 13 octobre, à l’image des descentes aux flambeaux qui lancent la saison dans les stations de ski, les villes de Tulle et Brive se sont embrasées. « Deux théâtres fusionnent, il faut intégrer cela dans vos cœurs, alors on va partager le feu », explique un membre de la compagnie La Machine aux centaines de Tullistes venus en couple, entre amis ou en famille assister au spectacle Pyromènes.

NICOLAS BLANC, DIRECTEUR DE L’EMPREINTE : « NOUS SOUHAITONS À LA FOIS QUE LES SPECTATEURS RETROUVENT CE QU’ILS AIMAIENT, ET LES EMMENER AILLEURS »


Des flambeaux et des morceaux de bois pour alimenter les braseros sont distribués avant qu’une procession débute dans les rues étroites du quartier historique de la préfecture de la Corrèze. Les groupes finissent par converger sur la place attenante au théâtre, où un feu géant les attend. Poursuivant leur route, les spectateurs s’installent face à une roue de fête foraine dont les cabines ont été remplacées par des braseros et tournoient, avant qu’un immense feu d’artifice enveloppe le ciel.

Au moment où le calme revient à Tulle, Brive, à son tour, s’enflamme grâce à Incandescences, une seconde performance pyrotechnique imaginée par Pierre de Mecquenem. C’est collaboratif, poétique, enchanteur. L’espace public devient presque magique. « Le pari de la scène nationale sera réussi si tous les gens qui ont participé à ce parcours festif viennent par la suite assister à des spectacles », considère Nicolas Blanc.

200 représentations cette saison
Au programme de cette nouvelle saison : théâtre, danse, musique mais aussi des projets participatifs en direction de la jeunesse, dont des spectacles proposés au sein des collèges et lycées du département. « Nous souhaitons à la fois que les spectateurs retrouvent ce qu’ils aimaient, et les emmener ailleurs », résume Nicolas Blanc qui, auparavant, était directeur des Scènes croisées de Lozère.

Des saisons des Trois Mousquetaires, du collectif 49 701, qui navigueront d’une ville à l’autre, à la chanteuse Jeanne Added ; de Chroma, adapté par Bruno Geslin au Jeu de l’amour et du hasard mise en scène par Catherine Hiegel ; d’Arthur H à Tordre, chorégraphié par Rachid Ouramdane, au total ce sont 65 spectacles – dont 19 créations – et plus de 200 représentations qui seront proposés pour cette première saison. « Le casse-tête a été de trouver le bon rythme de programmation et de répartition entre les deux scènes », reconnaît Nathalie Besançon. Depuis l’ouverture de la billetterie, le 8 septembre, L’Empreinte a déjà enregistré plus de 1 500 abonnés.

Programme de la scène nationale Brive-Tulle : ­ http://sn-lempreinte.fr

 

 

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De la démocratie, d’après Tocqueville, écriture et mise en scène de Laurent Gutmann

De la démocratie, d’après Tocqueville, écriture et mise en scène de Laurent Gutmann | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello  15.10.2018


De la démocratie, d’après De la démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville, écriture et mise en scène de Laurent Gutmann

Après Le Prince de Machiavel, Laurent Gutmann – metteur en scène et directeur de l’Ensatt à Lyon – porte à la scène le penseur politique Alexis de Tocqueville, sociologue éclairé qui s’est penché sur le concept de démocratie et de ses dérives.

« La grossièreté des hommes du peuple dans les pays policés ne vient pas seulement de ce qu’ils sont ignorants et pauvres mais de ce que, étant tels, ils se trouvent journellement en contact avec des hommes éclairés et riches. La vue de leur infortune et de leur faiblesse qui vient chaque jour contraster avec le bonheur et la puissance de quelques-uns de leurs semblables excite en même temps dans leur cœur de la colère et de la crainte. Le sentiment de leur infériorité et de leur dépendance les irrite et les humilie… » (De la démocratie en Amérique, chapitre I)

 Entre observation et objectivité, Tocqueville avance à pas précis et précautionneux, selon une démarche et un mouvement d’enquête aux résultats éloquents.

Aristocrate normand né en 1805, Tocqueville prend la mer pour les Etats-Unis en 1831, entreprenant un grand voyage pour le questionnement impartial d’un mode de fonctionnement politique, observé avec rigueur dans la réalité objective du terrain.

De la démocratie en Amérique est écrit dans un style somptueux et clairvoyant, précis et minutieux. Au moment où nos démocraties sont mises à mal – en même temps que l’universalité de leurs valeurs -, Laurent Gutmann se saisit d’une parole dont l’écoute se fait d’autant plus pertinente qu’elle pallie aujourd’hui un vide abyssal.

Sur scène, cinq acteurs réfléchissent à la manière de représenter la démocratie au théâtre. Dissensions, inquiétudes et doutes, la « répétition » du spectacle est une mise en abyme du concept même de démocratie, exposant au spectateur le rythme d’un work in progress, soit le travail d’un collectif qui ne supporte « naturellement » nul metteur en scène, si ce n’est un coach dont le temps imparti est compté.

L’un – Habib Dembélé – mime Tocqueville, chapeau haut de forme et habit noir, tanguant sur le bateau qui le mène aux Etats d’Amérique, avant qu’il n’aille, cheminant et bon enfant, à la rencontre de foyers familiaux – accueillants ou pas.

Un autre – Stephen Butel – prend appui sur les écrits de Tocqueville dont il déclame des extraits dans une prononciation académique désuète avec l’appui des diérèses.

Une autre – Jade Collinet – met en avant la danse et l’épanouissement corporel, capables de réunir les êtres dans un mouvement collectif porteur et enthousiaste.

Une autre encore – Reina Kakudate – prend un paravent miroir sur roulettes comme accessoire, elle le déplie largement en face du public qui se regarde ainsi dans l’indifférence entre salle et scène, acteurs et spectateurs sur le même plan – égalité.

Quant au cinquième – Raoul Schlechter -, il demande à un spectateur de prendre place sur le plateau afin de le filmer – il sera vu du public sur un écran – ; l’appelé répond bon an mal an à des questions sur la démocratie dont il serait un exemple.

Comment échapper à l’individualisme, d’un côté, et à la tyrannie de la majorité, de l’autre ? Qu’est-ce que la liberté sans l’égalité, le libéralisme sans la démocratie ?

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul.. Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort… » (De la démocratie en Amérique, Chapitre II)

Au cœur de l’expérience théâtrale, est analysé un passage vécu à la démocratie directe et à la démocratie indirecte ou représentative. Tous les acteurs en quête de démocratie ne se réunissent en chœur qu’au moment de la pause et du choix d’une pizza à déguster, soit la première fois qu’ils sont d’accord en toute unanimité.

Spontanéité, bel élan et cœur à l’ouvrage, les comédiens jouent l’instant présent dans le vif d’une expérimentation authentique à partager ensemble et avec le public. Bonne humeur et facétie, chacun y va de ses citations de l’œuvre de Tocqueville.

Le public adhère avec plaisir à la démonstration citoyenne, vivifiante et stimulante.

Véronique Hotte

THEATRE71.COM, Scène nationale Malakoff, 3 place du 11 novembre 92240 Malakoff, du 10 au 18 octobre 2018, mercredi, jeudi, samedi à 19h30, mardi, vendredi à 20h30, dimanche à 16h. Tél : 01 55 48 91 00

Crédit photo : Pierre Grosbois

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La princesse Maleine de Maurice Maeterlinck

La princesse Maleine de Maurice Maeterlinck | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joshka Schidlow dans son blog Allegro Théâtre le 14.10.2018

 

Comme Pauvreté, Richesse, Homme et Bête de Hans Henry Jahn, le splendide précédent spectacle par lequel Pascal Kirsch,se fit connaître, La princesse Maleine de Maurice Maeterlinck est issu d'un conte des frères Grimm. Il est clair que ce metteur en scène à une prédilection pour des pièces où l'étrange fait intrusion dans le réel. Auteur inclassable, Maeterlinck, dont c'est la première oeuvre, dépeint une cour royale située au delà du temps. Faisant fi d'obstacles à priori insurmontables une jeune princesse porte au fils du roi un amour sans borne. Cette passion n'est pas mais alors pas du tout du goût de l'épouse du monarque lequel a pris soudain un sacré coup de vieux. Reste à éliminer la prétendante. Le climat de cette pièce, qui semble annoncer Yvonne, princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz, frise souvent la parodie. Pointes de tragique et de sarcasme sans cesse se concurrencent.

 

Le jeu souvent paroxystique des comédiens (en particulier des excellents Vincent Guédon et Bénédicte Cerrutti) contribue grandement à faire de cette peinture d'un monde où le malheur coule à flots une tragi-comédie. L'harmonieux alliage de la scénographie et de la vidéo comme la musique de Richard Comte, présent sur le plateau de bout en bout, font de cette représentation, à laquelle on ne reprochera que quelques longueurs au cours des scènes qui privilégient le grotesque, une réussite d'une intense singularité.

 

Jusqu'au 20 octobre MC93 Bobigny tél 01 41 60 72 72

 


PUBLIÉ PAR JOSHKA SCHIDLOW À 17:02

Photo (c) Elisabeth Carrecchio 

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Le Cap, Hebron et Pasolini, en trois lettres: FAB 

Le Cap, Hebron et Pasolini, en trois lettres: FAB  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan 14.10.2018

 


Festival de la métropole de Bordeaux, FAB présente une programmation régionale et internationale. Catherine Marnas y inscrit le Centre dramatique avec « La nostalgie de l’avenir » autour de Pasolini, titre qui pourrait convenir à la troupe sud-africaine du Baxter Theatre Centre et au nouveau spectacle de Winter family.

 
Ils sont sept comme dans les fables. Ameera Conrad, Oarabile Ditsele, Zandile Madliwa, Tankiso Mamabolo, Sizwesandile Mnisi, Sihle Mnqwazana, Celo Ratus. Ils sont même huit Sud-Africains si l’on compte Clare Stopford qui signe la mise en scène et, avec les sept, l’écriture collective de The fall.

La statue doit tomber

Leurs noms à prononcer sont difficiles comme aurait dit Aragon, du moins pour un natif de l’hexagone, mais ils s’en fichent. Ils déboulent sur le plateau en commando, en chantant et en tapant des pieds. Ils semblent arriver droit de chez eux, avec leurs jeans blanchis et boudinés par la vie, leurs t-shirt fatigués, leurs pulls noués à la ceinture. Ils arrivent du Cap, des townships, de l’université. Ils sont gros, râblés, géants, homos, hétéros, trans ou bisexuels, ils sont un peuple noir et jeune. Le commando nous raconte une fable dont ils ont été les acteurs, les témoins et dont ils sont désormais les mémorialistes. C’est une fable que l’on lira plus tard dans les livres d’Histoire quand on réécrira les vieux manuels car, bien que belle comme un conte, elle est vraie. #RhodesMustFall (Rhodes doit tomber) vous raconte tout par le menu.

Cecil John Rhodes est le fondateur de la Rhodésie, une gros bonnet qui a fait fortune dans les mines et qui a donné l’un de ses terrains pour qu’on y construise une université. C’est pourquoi la statue de cet homme blanc trône à l’entrée de l’université du Cap où les étudiants noirs ou de couleurs sont largement majoritaires contrairement à la direction essentiellement blanche. Et ce qui devait arriver arriva : le 15 mars 2015 un étudiant noir qui en a ras la casquette des discriminations persistantes macule de détritus moins la statue du bienfaiteur que le symbole qu’elle représente. C’est le début d’un mouvement qui se propage vite : la statue doit tomber. Et tout ce qu’elle représente doit tomber aussi. Elle tombera.

Mais la lutte continue. Et dans bien des domaines. Le commando traite longuement de la question des frais universitaires et du logement des étudiants. Là, ils sont tous unis. Cela se complique dès lors que l’on aborde des questions comme celle des examens, parmi les étudiants en médecine certains  refusent de suivre le mouvement de grève car l’Afrique du sud a un urgent besoin de médecins. Tôt ou tard, le chant remet tout le monde d’accord, on chante mieux quand on est ensemble et les voix portent plus loin. Ainsi, avec succès, propagent-ils de par le monde (après Bordeaux, ils partiront pour Washington) la lutte qui continue le combat des jeunes et des étudiants noirs d’Afrique du sud. Pour le Baxter theatre centre du Cap, le théâtre est d’abord une tribune où l’on s’adresse au public, face à lui.

Visite nerveusement guidée de H2-Hebron

Ruth Rosenthal est seule, mais elle n’est pas exactement sur une scène. Discrètement, œuvre à l’écart Xavier Klaine, son complice avec lequel elle a fondé la compagnie Winter family après leur rencontre à Jaffa en 2004. Il est Français, elle est Franco-israelienne, on se souvient que leur spectacle Jérusalem Plomb Durci avait gagné le prix Impatience en 2011 et avait tourné trois ans durant.

Ruth Rosenthal accueille les spectateurs, les invite à prendre place de part et d’autre d’une longue table noire. Ses sourires, son corps, tout en elle est crispé. Jusqu’au bout elle restera sur le qui vive, nerveuse, agitée. D’une voix saccadée, mangeant les mots portés par un dispositif de micros performant, elle parle à toute vitesse. Elle nous dit que nous sommes à Hebron 2, que ce nom désigne la zone administrée par Israël dans cette grande ville palestinienne de 200 000 habitants, que la rue principale, Shuhada street, a été vidée de ses habitants palestiniens par l’armée israélienne, qu’y vivent quelques familles de colons juifs protégés par de nombreux soldats de l’armée israélienne. Elle nous invite à visiter H2.


Ruth Rosenthal et Xavier Klaine ont accumulé de nombreux témoignages et de tous les côtés. A commencer par une amie d’enfance de Ruth Rosenthal, mariée à un colon extrémiste. Ils vivent avec leurs dix enfants à Hebron dans une maison protégée par quarante soldats. Ils ont aussi interrogé et enregistré les voisins palestiniens de cette famille, mais encore des soldats israéliens, des observateurs internationaux, des militants de tous bords, des guides palestiniens et israéliens qui organisent la visite de la ville, etc. Cela commence comme une visite touristique dans un musée où on aurait reconstitué en miniature la ville, rue par rue, maison par maison. Et c’est ce que fait Ruth Rosenthal, elle assemble, élément par élément, la maquette de la ville en suivant la progression de son multi-récit et tout en manipulant un Iphone qui balance des sons.

Très vite, la visite tourne à la confusion. Dans la bouche de Ruth Rosenthal tous les témoignages se succèdent de façon hachée sans que l’on sache qui parle. On change de camp comme de chemise, on cherche à comprendre, on n’y comprend rien, on est vite paumés. Et par là dessus, on a chaud, on étouffe bordel ! Alors, en levant la tête, on comprend que c’est exprès qu’au dessus de nous sont disposées des résistances comme dans les élevages de poulet industriels, des résistances bien rouges qui entendent reconstituer la chaleur de Hebron tout comme l’emmêlement des voix entend reconstituer la situation inextricable qui y règne. Seul un petit film silencieux, nous montrant la rue principale d’H2 aux volets fermés ; nous laisse un moment d’accalmie.

Dans H2-Hebron le théâtre documentaire se fait immersif et participatif. Au fil de son débit chaotique, Ruth Rosenthal distribue à quelques spectateurs des premiers rangs des choses rapportées de Hebron comme autant de preuves. Le but, dit Winter Family, est que le spectateur, comme « transporté » là-bas, ressente « le sentiment d’éreintement généré par une situation intenable », la chaleur rendant « la concentration difficile et pénible comme un très court instant [une bonne heure tout de même] passé dans la zone H2, comme une fin d’après-midi perdue à écouter un interminable cours d’histoire ». L’autre soir, non loin de Bordeaux, le spectacle accueillait pour la première fois un public français. Pour le spectateur que j’étais, resté assis sur sa chaise et sur son cul, c’était, effectivement, difficile, pénible, interminable.

On ne peut pas se passer de Pasolini

« Il y a peu d’êtres avec lesquels j’ai une connivence qui aide à penser et à voir le monde » dit Catherine Marnas qui dirige le TNBA, le Centre dramatique bordelais. Pier Paolo Pasolini est l’un de ces êtres. Elle se devait, tôt ou tard, d’y consacrer un spectacle car « sa vision intranquille du monde, son inscription ‘en contre’ avec une profonde bienveillance me manque dans une époque où misanthropie et nihilisme semblent les seuls garants d’une lucidité réaliste » écrit-elle. Nous voici donc partis pour un dialogue post mortem avec Pier Paolo Pasolini à travers ses films, ses essais, sa poésie et les entretiens qu’il a accordé, en particulier le dernier, quelques heures avant son assassinat dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975. On aurait pu imaginer un spectacle titré « P.P.P » comme naguère Roger Planchon avait consacré un « A.A. » à Arthur Adamov incarné par Jean Carmet. Peut-être Stanislas Nordey s‘y collera-t-il un jour. Lui aussi ne peut pas vivre sans Pasolini et il a beaucoup œuvré pour faire connaître son théâtre. Ce n’est pas le choix de Catherine Marnas

A son dialogue personnel avec Pasolini, elle associe et superpose celui du philosophe Guillaume le Blanc. Ce dernier va jusqu’à écrire des textes, des répliques comme « De quoi tu parles, mec » qui brouillent les pistes plus qu’elles ne les éclairent et organisent, là encore, la confusion.


Le fil conducteur du spectacle, c’est le couple que forment deux personnages inspirés du duo Totò- Ninetto Davoli dans Uccellacci e Uccelini (Des oiseaux petits et gros) , film de Pasolini, mais tout autant des personnages copiés sur les inséparables Vladimir et Estragon de Beckett (En attendant Godot). En la matière les originaux valent toujours mieux que de pales copies.

C'est ce que l’on constate d’emblée avec la première image du spectacle : une bagarre. Sur une scène de théâtre, une bagarre c’est toujours un peu et même beaucoup « pour de faux », c’est toujours un peu ridicule. Au cinéma, dans la poussière et le réalisme foncier de la caméra qui capte le réel, c’est tout de suite impressionnant. Et nous le prouvent les quelques secondes projetées de  La Ricotta, l’un des premiers films de Pasolini. (J’ouvre une parenthèse: prochainement, du 26 au 28 octobre, se dérouleront les sixième Rencontres Jacques Copeau dans sa maison à Pernand Vergelesses sur le thème « Que se passe-t-il entre le théâtre et le cinéma » ; il y sera évidemment question, entre autres, de Pasolini, je ferme la parenthèse).

Le spectacle tisse ainsi des liens, des interfaces entre les films du réalisateur italien et la scène. Quel plaisir de revoir brièvement Orson Welles dans La Ricotta s’apprêtant lire un poème fameux de Pasolini (« Je suis une force du passé/A la tradition seule va mon amour Je viens des ruines, des églises, des retables/Des bourgs oubliés des Appenins et des Préalpes/ Où ont vécu mes frères/ J’erre sur la Tuscolane comme un fou... »). Ce film vaudra au cinéaste quatre mois de prison pour « outrage à la religion d’état ». Ces jugements et ces oukases dont le poète et cinéaste a été victime toute sa vie et que l’on croyait révolus, ce mot de fascisme qu’il n’écrivait jamais sans colère et que l’on espérait voir un jour cantonné dans les livres d’Histoire, sont revenus en Europe, en Amérique du sud, en Afrique, partout. Pasolini, ce nostalgique du passé nous parle avec ses mots d’hier de notre présent, d’où le titre un peu tarabiscoté du spectacle La nostalgie du futur.

Le spectacle développe un autre thème cher à Pasolini, la disparition des lucioles, le traitement est là plus réussi et donne envie de relire Survivance des lucioles de Georges Didi-Huberman (Éditions de minuit, 2009). Il sera également fait plusieurs fois référence (extraits) à un petit (par son épaisseur) livre de Pasolini Poeta delle Ceneri traduit sous le titre Qui je suis (Arléa). Une merveille. Je ne résiste pas à citer quelques lignes qui ne figurent pas dans le spectacle. Pasolini revient sur le dernier des trois recueils de poésie qu’il a écrit en même temps -Les cendres de Gramsci, La religion de mon temps, Poésie en forme de rose (parus en traduction ensemble dans la collection de poche Poésie Gallimard)- pour y avoir « faussement abjuré l’engagement ». Et il poursuit : «  je sais que l’engagement est inévitable, /et aujourd’hui plus que jamais. /Et aujourd’hui, je vous dirai que non seulement il faut s’engager dans l’écriture,/ mais dans la vie : / il il faut résister dans le scandale / et dans la colère, plus que jamais,/ naïfs comme des bêtes à l’abattoir, / tourmentés comme des victimes, justement : / il faut dire plus fort que jamais le mépris/ envers la bourgeoisie, hurler contre la vulgarité,/cracher sur l’irréalité qu’elle a choisi comme seule réalité, / ne pas céder d’un acte ni d’un mot/ dans la haine totale contre elle, ses polices,/ ses magistratures, ses télévisions, ses journaux. ».

Dans le rôle de Pasolini qu’il endosse souvent, Yacine Sif El Islam, se révèle une comédien très prometteur.

Ces trois spectacles étaient au programme du festival FAB (festival international des arts de Bordeaux métropole) qui se tient depuis le 5 octobre et s’achèvera le 24. Le festival se déroule dans une douzaine de lieux bordelais et autant de villes des environs. Le Centre dramatique fait en sorte qu’une création de la saison advienne pendant le festival FAB. Un soir Alain Juppé est venu voir La nostalgie du futur. Le spectacle lui a-t-il donné envie de lire les poèmes  et de voir les films de Pasolini, celui que l’ami du poète assassiné, l’écrivain Alberto Moravia, surnommait le « communiste sentimental » ?

H2-Hebron, après la première française au festival FAB, le spectac le va tourner : Théâtre Nanterre-Amandiers du 13 au 16 oct ; POC d’Alforville le 7 nov dans le cadre des rencontres Charles Dullin; Festival du TNB à Rennes du 8 au 10 nov ; Centre culturel la Chaux de Fonds les 17 et 18 nov ; Théâtre de Vidy-Lausanne du 21 au 30 nov ; CDN d’Orléans les 25 et 26 janvier ; MC93 Bobigny du 13 au 16 fév.

Reprise de Jérusalem, Plomb durci au POC d’Alfortville dans le cadre des rencontres Charles Dullin le 6 nov ; MC93 Bobigny du 6 au 9 fév.

La nostalgie du futur, TNBA Bordeaux, du mar au ven 20h, sam 19h, le 20 oct à 19h30, jusqu’au 25 oct; théâtre Olympia, CDN de Tours du 6 au 10 nov ; CDN de Thionville les 14 et 15 mai.

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Eric Vigner, amoureux éperdu du « Partage de midi » de Paul Claudel 

Eric Vigner, amoureux éperdu du « Partage de midi » de Paul Claudel  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan 13.10.2018

 

 

En Chine où il est en poste, Paul Claudel écrit les premières versions sauvages de la pièce où il raconte, lui le puceau, son histoire d’amour extrême avec une femme mariée. Amateurs d’auto-fiction et de copié-collé s’abstenir. C’est un poème, un poème dramatique divin, chaviré d’amour fou, que le metteur en scène Eric Vigner met en scène en le dépeçant avec passion.


C’est l’histoire d’une femme aimée par trois hommes et racontée par l’un des trois. C’est l’histoire d’un homme (Paul Claudel) qui, en le revivant, essaie de prolonger son amour pour la femme mariée (Rosalie Vetch) qui l’a dépucelé, en écrivant cette histoire après qu’elle l’a quitté et trahi. C’est l’histoire d’un metteur en scène (Eric Vigner) qui met en scène dans Ysé la femme qu’il aime (Jutta Johanna Weiss) dans l’une des plus belles pièces du monde, en confiant le rôle de Mesa, l’homme amoureux d’elle, à un vieil ami (Stanislas Nordey) au physique de plus en plus acéré.
C’est Ysé, un rôle irradiant de femme que toute actrice rêve un jour d’interpréter et dont l’actrice Jutta Johanna Weiss porte haut le mystère. C’est Partage de midi, un poème dramatique – plus qu’une pièce de théâtre – de Paul Claudel, œuvre infinie avec laquelle personne n’en finira jamais. C’est enfin une langue qui fait trembler les feuilles de mots, un souffle qui se déploie en trois actes comme un acte d’amour : montée du désir, explosion, chute (ou rédemption).

Dieu dit non, Rosalie dit oui

Eric Vigner est hanté par cette pièce depuis l’adolescence. C’est en jouant l’une des scènes de Partage de midi qu’il est entré naguère au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique. Après sa sortie, il fonde la compagnie Suzanne M et commence par un coup d’éclat, La Maison d’os de Roland Dubillard dans une usine désaffectée d'Issy-les-Moulineaux. Suivra un long compagnonnage avec Marguerite Duras qui l’entraînera à séjourner en Extrême Orient. Nommé à Lorient, il fera de cet établissement un grand centre dramatique. Il l’a quitté il y a trois ans et a bénéficié de l’aide qui accompagne tout directeur de CDN durant trois années. Partage de midi clôt en beauté ces trois années.

En rejetant au début du spectacle un pan du troisième et dernier acte du Partage de midi, où l’aimé délaissé et inconsolable s’adresse à l’aimée par delà la mort, Vigner retend le fil biographique qui sous-tend l’œuvre de bout en bout. En 1900, Claudel a trente-deux ans, « l’âge vraiment critique » (lettre à Louis Assignation). Il veut entrer dans les ordres. Il fait une retraite au monastère de Solennelles puis une autre à celui de Ligugé. Résumons : Dieu lui dit non. Il se résigne à retourner en Chine. Après Shanghaï l’attend un poste de consul de France à Fou-tchéou.

Il s’embarque le 31 octobre sur l’Ernest-Simons. Pendant le voyage, il rencontre Paul Castanier, un type qui raconte des « histoires grivoises » et offre des vermouths à une femme, Rosalie Vetch, quatre enfants et un mari affairiste qui veut se refaire en Chine et se mettre à distances de possibles poursuites. Les quatre « personnages objectivement réels » (dira Claudel) du futur Partage de midi sont là, on les retrouvera sous d’autres noms au premier acte : Amalric (l’homme d’occasion, Alexandre Ruby), De Ciz (le mari, Mathurin Voltz), Mesa (Paul, Stanislas Nordey), Ysé (Rosalie, Jutta Johanna Weiss).

Et puis c’est le silence

Claudel est vierge, Rosalie a quatre enfants. La rencontre avec cette femme d’origine polonaise par son père (elle est née à Cracovie) et écossaise par sa mère, change la vie de Claudel, infléchit durablement son œuvre (jusqu’au Soulier de satin).

Le mari parcourt la Chine, Rosie s’installe au Consulat. Dans l’album Claudel de la Pléiade figure un plan du premier étage, de la main de Claudel, avec « la chambre de Mme Vetch » et « la chambre des enfants ». Quatre ans de bonheur compliqué. Enceinte de Paul Claudel, Rosalie reprend le bateau pour l’Europe avec ses deux fils aînés. Son mari et Paul, son amant, restent en Chine. Elle envoie quelques cartes postales à l’amant. Derniers mots reçus au dos d’une carte postale le 30 août 1904 : « Impossible d’écrire pendant le trajet et très occupée tout aujourd’hui. Allons bien. Enchantée du trajet. Magnifique pays. Espère tant vos nouvelles. Amitiés. Rosie » Claudel, lui, a multiplié les lettres :  « Maintenant voilà ma lettre finie et ce faible lien qui me rattachait à vous pendant que je l’écrivais de nouveau rompu. Maintenant il me faut reprendre ma promenade de long en large sous la véranda, me broyant, me rebroyant le cœur. Quelquefois à une pensée plus cruelle, on le sent qui se serre réellement, vous coupant la respiration, et puis quand à force de ruminer les mêmes pensées on est arrivé à l’hébétement et à l’oubli, de nouveau la même idée vient vous réveiller avec un élancement de douleur aigu, quelque chose de perçant, de cuisant, de déchirant » (Lettres à Ysé, Gallimard, 2017, lire ici et ici).

Et puis c’est le silence. Les lettres de Claudel sont renvoyées sans avoir été ouvertes. C’est dans ce pesant silence (il durera treize ans) que Claudel commence l’écriture de Partage. Il apprendra par une tierce lettre que Rosalie-Rosie a rencontré un autre homme, Lintner. Les « lettres affreuses », « l’horrible trahison » se retrouveront dans la seconde version de Partage où apparaît le personnage d'Amalric qui tient à la fois de Castanier et de Lintner. La troisième version sera achevée en 1906, elle transfigure le contexte biographique qui n’est autre qu’une source, un cloaque où le poète puise sa force. C’est un poème trempé dans l’encre d’un cœur qui saigne, d’une passion absolue, y compris spirituelle, d’une passion « impossible » comme il est dit dans Partage de midi. C’est cette version sauvage et lyrique de 1906 qu’Eric Vigner met en scène et non celle remaniée, calmée et atténuée de 1948, quand Jean-Louis Barrault créera enfin la pièce restée dans le tiroir plusieurs dizaines d’années comme un secret ou un testament.

En ouvrant le spectacle par le cantique de Mesa du troisième acte, monologue halluciné d’un homme anéanti par l’amour et la trahison de cet amour (où l’amour de Dieu et celui d’Ysé se confondent), Eric Vigner ancre magnifiquement Partage de midi dans le présent de l’écriture de la pièce. Claudel a vécu le premier acte (la rencontre sur le bateau) et le second (l’accomplissement de l’amour), il est en train de vivre le troisième : la séparation, la trahison, l’enfant qui doit naître (et qui deviendra le « bâtard » dans la pièce), la perte et la transfiguration que lui offre l’écriture, seule façon d’apaiser un peu et de domestiquer tant que faire se peut la douleur, le mal de chien que lui inflige celle que le Mesa du troisième acte traitera de « chienne ».

Le théâtre, c’est du chinois

Autre décision lumineuse du metteur en scène : coller aux basques de l’engouement qu’a Claudel (et que Vigner partage) pour l’Extrême Orient. Et particulièrement la Chine, liée à jamais à la femme aimée. Plus tard, il sera fasciné par le Japon (superbe étude de Michel Wasserman, D’or et de neige - Claudel et le Japon, chez Gallimard) où il sera nommé ambassadeur de France. Il en rapportera des textes comme La Femme et son ombre ou ce bijou que sont les Cent phrases pour éventails. Un amour de l’Extrême Orient qu’il doit initialement à sa sœur Camille qui l’emmène voir un spectacle de théâtre chinois. Dans son spectacle, Vigner glisse mieux qu’un clin d’œil, une rêverie : comme Camille, Ysé sculpte la terre, l’une est une artiste, l’autre non. De la masse d’argile humide dont elle coupe un morceau, Ysé sculpte une boule ronde comme la terre faisant écho au disque circulaire d’un imposant gong extrême-oriental dont les coups rythment ce premier acte. Au fond de la scène, un arbre aimablement prêté par la peinture chinoise dit une verticalité noire et tourmentée. Au sol, tout au long du spectacle, sur un plancher laqué de noir, un paon déplie ses ailes pour « faire le beau » (le mot paon passe en coup de vent au milieu de Partage). Ce sol était celui que Vigner avait commandé à l’artiste sud-coréen Eunji Peignard-Kim pour Le Bourgeois gentilhomme qu’il a mis en scène à Séoul.


Le premier acte sur le bateau qui voit poindre les rivages chinois s’est achevé par une déclamation en forme de pichenette d’Amalric, une fausse citation. Comme un protocole que les trois hommes qui, littéralement, tournent autour d’Ysé (la mise en scène est quasiment chorégraphique) signent à deux mains : « La mer comme les yeux d’une femme qui a compris ! La mer comme les yeux d’une femme que l’on saisit entre ses bras ! »
Vigner affirme la coupure entre les actes par un embrasement sonore durable et dans le noir (création sonore : John Kaced). La lumière se fait au deuxième acte, non sur le cimetière chinois dont parle Claudel mais sur un rideau de bambous que Vigner avait utilisé dans La Bête dans le jungle de James adapté par Duras et repris dans Tristan, pièce qu’il a écrite sur le mythe de Tristan et Yseult, premier volet d’une trilogie dont Partage est le second volet et dont Le Vice-Consul de Marguerite Duras sera le troisième. Magnifique rideau bruissant et vibrant comme l’amour entre ces deux êtres qui s’approchent, se jaugent, se lovent, s’enroulent l’un à l’autre. C’est d’une beauté inouïe, miraculeuse. D’une sensualité de tous les instants.

Béni par les dieux

Sur le parvis du TNS, Vigner me racontera après la représentation que les deux acteurs ont improvisé cette longue scène un jour béni par les dieux du théâtre : tout était là d’emblée ou presque, il n’y avait plus qu’à maintenir et nourrir le feu. Les deux acteurs parlent et se frôlent comme si les mots de Claudel naissaient des corps et des tissus, du choc affectueux entre deux conceptions du jeu. Lui, Mesa, Nordey, montant à l’assaut des mots, des verbes, les cinglant de ses mains, donnant de l’os aux circonvolutions lyriques de Claudel, laissant filer les sifflantes, thésaurisant le tourment entre la terre et le ciel, avec, étrangement, le visage d’un Tchekhov lisant Dostoïevski. Elle, Jutta, Ysé, avec son accent venu d’ailleurs, d’un recoin de l’Europe orientale comme la voix de Rosalie Vetch, un accent qui creuse les voyelles, un accent qui est un philtre magique modulant les inflexions d’Ysé, comme si la modulation sonore de ce nom, Ysé, donnait le la de sa voix, allongeant les voyelles jusqu’à presque les chanter, faisant d’une ponctuation de « oui » un suintement sensuel.

Au premier acte, Ysé avait une robe qui lorgnait déjà vers la Chine ; au second, la voici enserrée dans une robe noire à balconnet cachant son corps ainsi plus désirable encore. L’actrice semble comme en suspension au-dessus du plateau, glissant hors du temps, comme sortie d’un tableau impressionniste, à moins que madame Arnoux ne lui ait prêté sa tenue après avoir rencontré Frédéric sur un autre bateau (Flaubert, L’Education sentimentale). Ce deuxième acte est peut-être la chose la plus inouïe jamais faite par Vigner.

Mais ne boudons pas le troisième acte, nocturne à souhait. Implacable réalisme de la scène entre Amalric et Ysé comme deux fugitifs cernés par l’armée ennemie et sachant leur mort proche où Mesa apparaît comme un spectre. Imprévisible onirisme de la rencontre par delà le monde des vivants et des morts entre Mesa et Ysé là où les événements de la vie « se déploient comme les sons d’une trompette fanée », dit Mesa. Dialogue d’amour entre deux corps nus comme des cadavres. « Où tu es je suis », dit Ysé. « Pourquoi m’avais-tu quitté ? », rétorque Mesa. Claudel n’en finira jamais avec cette question. Mais là, c’est Eurydice qui mène Orphée : « Lève-toi, ô forme brisée et vois-moi comme une danseuse écoutante, / Dont les petits pieds jubilants sont cueillis par la mesure irrésistible / Suis-moi, ne tarde plus ! » C’est l’heure dernière du partage de minuit.

Théâtre national de Strasbourg, ts les jours à 19h sf le dim 14, jusqu’au 19 octobre ;

Comédie de Reims, du 13 au 15 nov ;

Théâtre national de Bretagne, Rennes, du 12 au 19 déc ;

Théâtre de la Ville, Théâtre des Abbesses, du 29 janv au 16 fév.

 

Légende photo : 
Scène du "Partage de midi" © Jean-Louis Fernandez

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Quand l'horreur s'invite sur scène : le théâtre peut-il encore faire peur ?

Quand l'horreur s'invite sur scène : le théâtre peut-il encore faire peur ? | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean Talabot dans Le Figaro Publié le 10/10/2018  

Chapitre XIII, au Tristan Bernard, et Misery, à l'Hébertot, oscillent entre Grand-Guignol et série B. Pour l'épouvante, on repassera.

De l'horreur et du rire au Théâtre Tristan Bernard. Du suspense psychologique à l'Hébertot. Une rue à peine sépare les moulures dorées des deux théâtres bourgeois, qui misent en cette rentrée sur le même mot d'ordre: faire peur. D'un côté, Chapitre XIII, où un écrivain maudit voit les meurtres décrits dans son livre se réaliser: des moines aux grandes capuches, sortant de vapeurs gothiques en brandissant une tête ensanglantée. De l'autre, Misery, qui met en scène un homme aux jambes brisées à la merci d'une infirmière un brin psychopathe.

Des intrigues qui ne se bousculent pas dans les salles privées. «Elles se concentrent sur la reprise des classiques, la comédie ou la pièce historique, mais le genre n'apparaît plus au théâtre, observe Sébastien Azzopardi, qui écrit et met en scène Chapitre XIII. La peur et le dégoût sont des émotions primordiales et enfantines, que l'on aurait tort de ne pas exploiter.» Dans ce thriller horrifique à l'ambiance monastique, on recherche bien l'émotion primaire, le «ahhh», quelle que soit sa tonalité, dans une débauche graphique de faux sang et de lumières savantes. L'auteur ne cache pas ses références cinématographiques: Le Nom de la rose, Le Silence des agneaux, Seven.

» LIRE AUSSI - Chapitre XIII, micmac et triples boyaux sur les tréteaux du Tristan Bernard

Daniel Benoin, au Théâtre Hébertot, fait face au même rapport de force avec le septième art. Son adaptation de Misery, terrifiant huis clos de Stephen King, est précédée par l'inoubliable performance de Kathy Bates dans le film de Rob Reiner en 1995. Pourquoi, dès lors, s'engager sur les planches dans un combat qui semble perdu d'avance?

Sébastien Azzopardi l'admet: le cinéma, par ses nouveaux moyens, a tué le Grand-Guignol et le théâtre d'épouvante il y a près d'un siècle. Mais la situation pourrait changer. «Plus le monde devient virtuel, plus le théâtre va vivre. Si les gens viennent alors que les films d'horreur sont partout, c'est pour retrouver des émotions uniques.» Ces sueurs froides, le metteur en scène les provoque de manière bien artisanale. Son collaborateur se nomme père Alex, un prêtre qui est aussi décorateur et magicien, et spécialiste en «grandes illusions macabres»: mutilations, éviscération, reflet démoniaque dans le miroir… Après tout, quelle différence entre une séance de torture dans une obscure abbaye franciscaine et le tour de la femme coupée en deux? «Ces effets sont inédits pour la plupart des spectateurs, mais sont ancestraux!», s'amuse Azzopardi en se rappelant avec nostalgie le Grand-Guignol de la Belle Époque, couplant l'assassin et la putain, si sanglant que l'on devait «bâcher les spectateurs ».

La folie et la rage
Dans Misery, l'épure et la technologie sont préférées à l'hémoglobine. «Je suis votre fan numéro un», susurre l'excellente Myriam Boyer à son hôte, un écrivain de romans à l'eau de rose qu'elle vénère comme un Dieu. Derrière son fanatisme, sommeillent la folie et la rage. Un mot de travers et la bonne samaritaine se transforme en un monstre odieux. Le pauvre Paul Sheldon, joué par Francis Lombrail, est rapidement forcé de réécrire les aventures de Misery à sa convenance. La tension ne sort pas des quatre murs de la «chambre d'ami».

Sur scène, elle est prolongée des deux étages restants de la petite maison. Les angles morts sont restitués par un système de caméras de surveillance. «On ne sait plus ce qui est en direct ou non, ce qui est vrai ou non, ça doit provoquer l'angoisse», explique Daniel Benoin. Le metteur en scène a bien compris que le suspense requiert la précision d'un horloger suisse. «C'est la même que pour un grand Vaudeville à la Feydeau», acquiesce Sébastien Azzopardi. La tension monte quand on aperçoit l'infirmière descendre lentement l'escalier. Vite, le fauteuil roulant doit retrouver sa place sans alerter la maîtresse de maison. Dans son dos, le poison doit être versé dans le verre, le couteau, caché sous le matelas…


Le théâtre a cet avantage sur le cinéma qu'il emprisonne le public face à l'action. L'investissement du spectateur est total. «Le théâtre peut faire peur si on le fait participer, assure Azzopardi. Il faut qu'il ait l'impression qu'il peut lui arriver quelque chose.» Dans Chapitre XIII, les torches et les gouttelettes de sang frôlent les fauteuils rouges. Étrangement, les deux hommes ont aussi recours à l'humour, à condition qu'il soit voulu. «Au théâtre, on ne peut absolument pas faire la même chose qu'au cinéma, prévient Daniel Benoin. L'ultra-réalisme est presque interdit, sinon il fait rire. Alors, quand l'infirmière brise les pieds du malade avec un maillet, j'ai préféré éteindre la scène.»

Hélas, dans Misery , le suspense n'arrive jamais au degré d'intensité du film. Malgré de belles trouvailles, le spectacle ne tient que par la folie ambiguë de Myriam Boyer. Dans Chapitre XIII, les tableaux gothiques certes impressionnent, mais la belle vitalité du spectacle se dilapide en une intrigue multipliant les fins à tiroirs et les mises en abyme. S'il veut renaître, le théâtre de genre doit inventer de nouveaux frissons.

«Chapitre XIII», Théâtre Tristan Bernard (Paris VIIIe), jusqu'au 22 décembre. «Misery», Théâtre Hébertot (Paris XVIIe), jusqu'au 6 janvier 2019.

 

légende photo : Dans «Chapitre XIII», un écrivain maudit voit les meurtres décrits dans son livre se réaliser. - Crédits photo : Emilie Brouchon

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LesInrocks - "H2-Hébron", déchirant fragment du conflit israélo-palestinien

LesInrocks - "H2-Hébron", déchirant fragment du conflit israélo-palestinien | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Arvers dans Les Inrocks 12.10.2018

 

Ruth Rosenthal nous guide dans le quartier H2-Hébron et dans un jeu de miroirs mortifère.
Sur le plateau de H2-Hébron s’étale une maquette vide, celle de la rue Shuhada, située dans un quartier d’Hébron colonisé par les Israéliens en Cisjordanie. Comme une page vierge d’histoire que la folie humaine va recouvrir de strates successives, à partir de la construction du tombeau des Patriarches où Abraham a enterré sa femme Sarah – également appelé mosquée Al-Ibrahim par les musulmans.
En posant, une à une, les pièces de la rue – maisons, marché, cimetière, colonies –, Ruth Rosenthal construit sous nos yeux le théâtre d’une défaite. Deux dates focalisent les revendications de chaque clan dans “le théâtre violent de ce microcosme de la colonisation”, nous expliquent Ruth Rosenthal et Xavier Klaine, son binôme.

Le théâtre d’un tourisme de guerre

“Le pogrom de 1929 ordonné par le mufti de Jérusalem sur la communauté juive d’Hébron, présente depuis le Moyen-Age, et le massacre de vingt-neuf Palestiniens en 1994 par Baruch Goldstein, un colon de New York installé dans la colonie de Kiryat Arba.”


Cette rue “stérilisée”, où l’occupation comme la résistance se paient au prix du sang, est aujourd’hui le théâtre d’un tourisme de guerre où se croisent ultrasionistes, activistes laïques palestiniens, organisations bilatérales israélo-palestiniennes de paix, l’ONG B’Tselem, les militaires de Breaking the Silence, des repentis qui racontent ce qu’ils ont commis dans la zone, et les Black Lives Matter des Etats-Unis.

Ce sont toutes leurs voix, mélangées, que Ruth Rosenthal fait entendre, comme l’écho terrifiant d’une violence mimétique mortifère. Le parti pris décapant d’un état des lieux où l’unisson ne s’accorde qu’au conflit.

H2-Hébron Conception Winter Family, Ruth Rosenthal et Xavier Klaine, du 13 au 19 octobre, Nanterre-Amandiers, du 8 au 10 novembre, Théâtre national de Bretagne, à Rennes. Tournée jusqu’en juin 2019

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Grégoire Blanchon, invité à l'émission de radio Le P'tit Bazar

Grégoire Blanchon, invité à l'émission de radio Le P'tit Bazar | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Lien audio vers l'émission Le P'tit Bazar (1h30)

 

Le 1er Juillet 2018, Maxime Antoine recevait le chanteur Grégoire Blanchon dans Le P’tit Bazar sur Radio Canut, l’occasion d’un entretien d’une heure trente pour revenir sur son parcours, ses chansons, ses influences, ses concerts en piano-voix. Grégoire y parle d’amours contrariées, intranquilles et lumineuses, d’Océan et d’enfance… C’est aussi la possibilité d’entendre six de ses chansons (dont une chantée en direct) et d’évoquer les figures de Jeanne Moreau, Stephen Sondheim, Salvador Sobral ou encore Alain Souchon.

 

Les prochains concerts de Grégoire, qui se nomment « Intranquille » auront lieu du 28 Novembre au 2 Décembre au Théâtre des Clochards Célestes à Lyon.

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Grégoire Blanchon, invité de l'émission de radio Le P'tit Bazar  

Le 1er Juillet 2018, Maxime Antoine recevait le chanteur Grégoire Blanchon dans Le P’tit Bazar sur Radio Canut, l’occasion d’un entretien d’une heure trente pour revenir sur son parcours, ses chansons, ses influences, ses concerts en piano-voix. Grégoire y parle d’amours contrariées, intranquilles et lumineuses, d’Océan et d’enfance… C’est aussi la possibilité d’entendre six de ses chansons (dont une chantée en direct) et d’évoquer les figures de Jeanne Moreau, Stephen Sondheim, Salvador Sobral ou encore Alain Souchon.

 

Les prochains concerts de Grégoire Blanchon, qui se nomment « Intranquille » auront lieu du 28 Novembre au 2 Décembre au Théâtre des Clochards Célestes à Lyon.

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Spectacle vivant : "Après l’ouverture de la Scala à Paris : quoi de neuf dans le théâtre privé ?", "La Dame aux Camélias", "Western" et "Campana"

Spectacle vivant : "Après l’ouverture de la Scala à Paris : quoi de neuf dans le théâtre privé ?", "La Dame aux Camélias", "Western" et "Campana" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Arnaud Laporte sur la page son émission La Dispute, sur France Culture :

 

Au sommaire de cette Dispute spectacle vivant : un Petit Salon de Lucile Commeaux, mais aussi "La Dame aux Camélias" mis en scène par Arthur Nauzyciel, "Western" mis en scène par Mathieu Bauer et "Campana" du Cirque Trottola.


en haut : "La Dame aux Camélias" (© Philippe Chancel), en bas : "Western" (© Jean-Louis Fernandez)


Le Petit Salon de Lucile Commeaux : "Après l’ouverture de la Scala à Paris : quoi de neuf dans le théâtre privé ?"
L'avis des critiques :

Économiquement c’est un sacré pari, la Scala repose exclusivement sur des fonds privés. Un animal bizarre donc, dans le monde du spectacle vivant. Alors pour vous, de quoi cette Scala est-elle le signe ? Lucile Commeaux

On a un phénomène qui a l’air d’être une tendance de fond. On aurait d’un côté le désinvestissement du secteur public dans le théâtre vivant, de l'autre un investissement nouveau du privé. On assiste à l’irruption de très gros acteurs sur ce marché-là, avec un modèle économique vertical. On est face à une question irrésolue. La stagnation et le manque d’élan politique en faveur de la création conduit à l’implication de grandes entreprises dans le spectacle vivant. René Solis

Dans l’absolu c’est très bien d’avoir un théâtre qui ouvre. Ici il se déploie avec de grandes déclarations et du storytelling en connexion avec le parcours, les origines et les aspirations des nouveaux propriétaires. C’est comme si la majorité des journalistes s’était laissée berner, ou avait prolongé ce discours-là. Caroline Châtelet

"La Dame aux Camélias", jusqu'au 21 octobre aux Gémeaux, Scène Nationale de Sceaux, puis en tournée

D'après : Alexandre Dumas fils Mise en scène : Arthur Nauzyciel

Présentation officielle : C’est le récit d’un drame amoureux, celui d’un jeune bourgeois Armand Duval, subjugué par la beauté de Marguerite Gautier, courtisane.

C’est un récit hanté par ce qui a été, ce qui aurait pu être. Dans cet espace ambigu entre vérité et mensonge, réalité et illusion, Arthur Nauzyciel a souhaité mettre en scène La Dame aux camélias sans pathos, avec âpreté même, pour en faire émerger des dimensions parfois masquées : la place de l’argent dans les rapports d’oppression et de soumission entre les hommes et les femmes ; la dimension triviale du dialogue derrière un langage fleuri et romantique ; comment une classe sociale, la bourgeoisie de l’époque (le Second Empire), a conçu pour ses propres divertissements cette machine infernale, la marchandisation du corps et en même temps sa moralisation. Où l’on retrouve un Dumas fils, au complexe roman familial, tour à tour défenseur des filles perdues et pourfendeur de la dissolution des mœurs. Par la force sensuelle et poétique de son écriture scénique, Arthur Nauzyciel ouvre ainsi des espaces pour donner voix aux absents, corps aux disparus.

Avec : Pierre Baux, Océane Caïraty, Pascal Cervo, Guillaume Costanza, Marie-Sophie Ferdane, Mounir Margoum, Joana Preiss et Hedi Zada

Prochaines dates : 

11 > 21 octobre : Les Gémeaux, Scène Nationale de Sceaux
28 > 29 novembre : La Comédie de Valence
04 > 05 décembre : La Comédie de Reims – CDN
11 > 13 décembre : La Comédie de Clermont-Ferrand, Scène nationale
16 > 17 décembre : Le Parvis – Scène Nationale Tarbes-Pyrénées
22 > 25 janvier : Lyon, Théâtre des Célestins
31 janvier > 02 février : Théâtre National de Nice
13 > 15 mars : Théâtre Vidy-Lausanne
20 > 21 mars : Comédie de Caen – CDN
28 mars > 04 avril : Théâtre National de Strasbourg
18 > 19 avril : Nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise
10 > 11 mai : TANDEM, Scène nationale Arras-Douai
17 > 18 mai : La Criée – Théâtre National de Marseille 17 05 – 18 05 2019
L'avis des critiques :

Je trouve que c’est un très beau roman et c’est résolument le roman qui prime dans l’adaptation. En entrant dans la salle on est face à un rideau de tulle rouge. Le décor donne une impression de porno chic qui m’a fait énormément peur au premier abord. Pendant la première heure j’ai été égarée. C’est toutefois un spectacle totalement antiromantique et du point de vue politique, de ce que cela raconte de la société, est passionnant. Lucile Commeaux

Ce n’est pas une œuvre sur laquelle il y a tant de choses à chercher aujourd’hui. D’un point de vue littéraire cela reste un mélo. Cette question des corps demeure très intéressante. Ce qui m’a intéressé dans ce spectacle c’est la façon dont on peut y donner corps aujourd’hui. Il y a beaucoup de tableaux de groupe et d’étreintes dans une sorte de lenteur et de mouvement chorégraphié très réussi. René Solis

L’histoire pivot dans La Dame aux Camélias est celle de la pièce de théâtre. Le roman offre une vision plus âpre, une critique de la société. C’est vraiment un montage qui est pour moi fin et intelligent et qui se déroule dans une forme de beauté pure aussi bien formelle qu’esthétique. Les personnages sont dans un monde de la jouissance à la douceur perpétuelle. C’est un monde complètement fermé sur lui-même, sur la satisfaction de ses désirs. Caroline Châtelet

 


Western, jusqu'au 26 octobre dans le diptyque "Une Nuit américaine" au Nouveau Théâtre de Montreuil - CDN


D'après : André De Toth Mise en scène : Mathieu Bauer 

Présentation officielle : Dans un village montagneux du Wyoming, enfoncé dans la neige et coupé du monde, l’éleveur Blaise Starret s’oppose farouchement à des fermiers qui prévoient d’installer des barbelés autour de leurs terres, consacrant ainsi la naissance, au pays des grands espaces, de la propriété privée. L’arrivée soudaine de sept bandits pourchassés par les autorités, commandés par un certain Jack Bruhn, fait taire les hostilités et contraint fermiers et éleveurs à s’unir contre le danger. Blaise Starret imagine un piège susceptible d’égarer Jack Bruhn et ses hors la-loi.

Jugé enfantin et parfois méprisé, le western opère admirablement le pont entre un cinéma populaire et un cinéma plus intellectuel. Il dégage, quand il est hissé au niveau des plus grands, une force inouïe, proche de la tragédie. Tourné en 1959 par celui qu’on surnommait "le quatrième borgne d’Hollywood", La Chevauchée des bannis est de ceux-là. Le film nous promène à travers trois parties qui se succèdent, en changeant de cap, sans crier gare, opérant de stupéfiantes bifurcations. Il entraîne le spectateur plus avant, dans la tension d’un scénario qui met en jeu et dissèque à merveille les rapports tendus d’une communauté en prise aux formes de violences qu’elle génère ou qu’elle subit.

Le film La Chevauchée des bannis est traversé par les grandes thématiques du western qui, pour la plupart — et fortes de l’influence des États-Unis sur nos sociétés — sont à l’origine d’un monde dans lequel nous vivons encore. Je pense à l’opposition entre individu et collectivité, à la naissance de la propriété privée et de la loi, à la légitimité de l’usage de la violence, à l’omniprésence d’un certain ordre moral, à la place des femmes dans des rapports dictés par la virilité, à la conquête de nouveaux territoires, ou encore à la construction d’une ville et par extension à l’organisation de nos sociétés. (...)

Avec : Eléonore Auzou-Connes, Clément Barthelet,Romain Darrieu, Rémi Fortin, Johanna Hess, Emma Liégeois, Thalia Otmanetelba, Romain Pageard, Maud Pougeoise et Adrien Serre

Prochaines dates : 

9 novembre : Scène nationale de Sète
17 > 18 janvier : Théâtre du Gymnase, Marseille (Western)
19 janvier : Théâtre du Gymnase, Marseille
24 > 26 janvier : Théâtre de la Croix Rousse, Lyon
1er janvier : Scène Nationale de Belfort
12 > 13 mars : Comédie de Clermont-Ferrand
L'avis des critiques :

La complexité des rapports sociaux, de tout ce qui se joue est inouïe. J’étais extrêmement content d’entendre cela. Le public était d’ailleurs scotché par l’histoire. La question que je me suis posée est celle du rapport à la musique de Mathieu Bauer. Pour moi il aurait dû aller au bout de son théâtre musical et pourquoi pas commander un opéra contemporain. René Solis

Je pense que la piste principale est de dialoguer avec le film et le genre même du western. L’écart induit par le changement de medium nous est rappelé. Plutôt que de prétendre ou d’imiter, il assume l’artifice et le jeu perpétuel avec les moyens théâtral. Tous les signes extérieurs du western sont ramenés à leur plus grande simplicité, comme un concentré. Pour moi les micros disent aussi la facticité de ce monde-là. Caroline Châtelet

En voyant ce spectacle je voyais bien ce qu’il voulait faire en questionnant ce que ce genre-là pouvait produire au théâtre. Si on prend la question du micro à la main et du haut-parleur en bandoulière, il y a quelque chose qui ne marche pas. Ce n’est pas vraiment un gag, mais quelque chose de gênant. On a peut-être l’idée de retrouver une forme de VF d’époque. Arnaud Laporte

Je pense que la piste principale est de dialoguer avec le film et le genre même du western. L’écart induit par le changement de medium nous est rappelé. Plutôt que de prétendre ou d’imiter, il assume l’artifice et le jeu perpétuel avec les moyens théâtral. Tous les signes extérieurs du western sont ramenés à leur plus grande simplicité, comme un concentré. Pour moi les micros disent aussi la facticité de ce monde-là. Caroline Châtelet

>> LE COUP DE CŒUR DE CAROLINE CHATELET : "Campana" du cirque Trottola, en tournée jusqu'au 4 juin 2019
De : Bonaventure & Titoune

Présentation officielle : Quand le cercle est là, les êtres avec l’œil et le cœur sont là, coude à coude, regardent le geste, écoutent le silence, le claquement du bruit, le verbe, la musique, alors… Alors on tente, nous tous, en rond, avec l’acrobate, le clown, le salto, l’apesanteur, le danger, de tordre la réalité, de la repousser, de la braver pour qu’apparaisse, juste un instant, l’étincelle dans l’œil qui soudain devine l’incommensurable : le cirque.

Alors, avec une tente, quelques cordes sur un violon, un tambour, une musique au galop, avec nos mains, nos regards, nos os, du très haut aux bas-fonds, du trapèze à la main rattrapée, de l’étonnante pirouette aux maladroites prouesses, avec soulier verni ou pas, avec bousculades et glissades ridicules, avec instants suspendus, accolades, disparitions, rôle à jouer et à déjouer, avec une sacrée énergie, et une envie de rire, de surprendre, avec tout cela nous allons « sonner La Campana »… Bonaventure & Titoune, créateurs et artistes du Cirque Trottola

Prochaines dates : 

9 > 24 octobre : Les Deux Scènes, Besançon
23 novembre > 15 décembre : Le Centquatre, Paris
6 > 10 février : Festival les Elancés, Istres
19 > 23 février : Théâtre Molière – Scène Nationale Archipel de Thau, Sète
9 > 13 mars : Festival Spring, Elbeuf
23 > 27 mars : Villes en Scène et Festival Spring, Villedieu-les-Pôeles
3 > 10 mai : Les Quinconces – L’Espal – Scène Nationale, Le Mans
29 mai > 4 juin : Le Sillon, Clermont-l’Hérault
Plus de dates...
Dans un monde qui est plongé dans la semi pénombre, les numéros s'enchaînent. Leurs gestes et leurs paroles disent l'angoisse du temps qui passe. Le spectacle fait référence à d'autres œuvres et à d'autres artistes, mais aussi à l'enfance, avec une fragilité inquiète. Caroline Châtelet


♪ Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

INTERVENANTS
Caroline Châtelet   journaliste culturel, membre de Revue Incise
Lucile Commeaux   productrice déléguée de La Dispute
René Solis  journaliste

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L’acteur Raoul Fernandez, couturière à vie de la vie

L’acteur Raoul Fernandez, couturière à vie de la vie | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat  dans son blog  Balagan
16 oct. 2018 

Fils et fille de sa mama du Salvador, Raoul Fernandez devient à Paris l’habilleuse de Copi qui révèle en lui la femme et l’actrice. Redevenu homme et devenu acteur, il n’en reste pas moins enfant à l’heure de saluer le public. L’auteur Philippe Minyana et le metteur en scène Marcial Di Fonzo Bo sont les serviteurs de ce « Portrait de Raoul », du cousu main d’une belle délicatesse.



Raoul déboule sur le plateau avec des gros sacs pleins de chiffons, de robes, de chutes de tissus, juste ce qu’il faut pour raconter autant qu raccommoder les lambeaux de sa vie dans le désordre d’une mémoire toujours souriante car la vie a décidé de lui sourire et lui a décidé d’en enfouir les chagrins.

Sa mama qui avait perdu deux garçons voulait une fille, alors Raoul, bien que garçon, fut une fille. « Mes cheveux étaient longs ma voix était haute mon âme était femme » dit-il-elle. Raoul aide sa mère à coudre des costumes pour la fête de la Vierge et des robes belles comme celles de « monsieur Dior ». Paris l’attend dans les pages feuilletées d’un livre de déco. Il y part étudier le costume et rencontre un autre Raoul, Raoul Damonte Botana dit Copi, un « génie » et un « fou » dont il devient « l’habilleuse » dira-t- il à sa mère au téléphone.

Un jour Copi lui tend une perruque blonde. En la mettant, Raoul frisonne « de la tête au pieds ». La femme en lui, jamais tout à fait endormie, se réveille, une révélation. « Lo sabia, lo sabia, sos mujer » (je le savais, je le savais, tu es une femme) lui dit Copi qui s’y connaît en salade de sexes.

Plus tard Raoul redeviendra homme et aimera les hommes. La façon dont l’acteur Raoul Fernandez raconte comment Raoul-femme s’est débarrassée de ses nichons résume l’esprit, la forme et la faconde de ce spectacle : une simple pichenette du pouce sur chacun des seins.

Pas de pathos, pas de logorrhée transgenre, pas de militantisme atrabilaire, pas d’affres bi, mais une joie de vivre plusieurs vies en une comme une évidence. Des vies faites aussi des rencontres d’autres vies. Après "le Copi", cela sera "la Koko", "le Nordey' et une grande actrice de la Comédie française à la voix grave avec laquelle il boit des coups entre copines et devant qui il aura la révélation d’une nouvelle vie : acteur. Ou actrice. Et sa vie repart, toujours rythmée par des complaintes en langue espagnole, car il chante aussi l’animal, d'ailleurs j’ai oublié de dire qu’il était une bête de scène. « De temps en temps la vie à moitié nue, nous offre un rêve si fragile/ qu’il faut marcher sur la pointe des pieds pour ne pas rompre le charme » (Joan Manuel Serrat).

Après une série de portraits de figures disparues comme celle de Michel Foucault (lire ici), Marcial Di Fonzo Bo à la tête du CDN de Normandie (auquel il a redonné une belle vigueur avec son équipe) poursuit cette belle idée par une série de portraits d’êtres vivants. Le Portrait de Raoul ouvre le bal. Pendant des heures Raoul Fernandez a raconté sa vie à Philippe Minyana, ils se connaissent depuis longtemps. Chavirant joliment la chronologie, Minyana écrit un monologue qui restitue l’extravagance sud-américaine qui, au Salvador, constitue l’ordinaire de la vie et il entre comme dans un moulin dans les non moins extravagantes vies parisiennes de Raoul dans le milieu du théâtre, et dans l’entre deux sexes. Déployant l’âme couturière de Raoul merveilleusement mise en valeur par l’acteur Raoul Fernandez, Marcial Di Fonzo Bo met en scène Raoul et Fernandez avec une vive complicité.Une heure chrono de bonheur.

A la Comédie de Caen, salle d’Hérouville-Saint-Clair, ce soir à 20h et demain à 18h Une tournée devrait suivre.

 

Légende photo : Scène de "Portrait de Raoul" © Jean-Louis Fernandez

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Splendide "Partage de midi" de Claudel mis en scène par Éric Vigner au TNS. 

Splendide "Partage de midi" de Claudel mis en scène par Éric Vigner au TNS.  | Revue de presse théâtre | Scoop.it


 Par David Rofé-Sarfati dans Toutelaculture.com  12 octobre 2018


Partage de midi est une des pièces les plus célèbres de Paul Claudel. Le metteur en scène Éric Vigner en tire un somptueux chant d’amour et de désespoir.

Partage de midi est une pièce intense de Paul Claudel. Un homme aime une femme improbable tandis celle-ci imagine quitter son mari pour un autre homme. Le drame est selon Claudel l’histoire un peu arrangée  de l’aventure amoureuse qu’il a vécue de 1900 à 1905. Le metteur en scène Éric Vigner a choisi la version de 1906 où le jeune Claudel fait de la femme une icône. L’ensemble de la pièce fabrique un tableau allégorique où la religion articule les personnages dans une quête d’absolu.

Partage de Midi est un drame en trois actes. Au premier acte, sur un paquebot en mer vers l’Extrême-Orient, le fonctionnaire Mesa (il est Claudel joué par un magnifique comédien en même temps que le directeur du TNS : Stanislas Nordey) regagne son poste en Chine. À bord se trouve une jeune femme, Ysé, (Jutta Johanna, Weiss n’interprète pas Ysé, elle est Ysé, une femme forte volontaire moderne étrange et aérienne) accompagnée de son mari, De Ciz (Mathurin Voltz à la présence et au jeu puissants). Sur le bateau aussi un aventurier qui cherche fortune, Amalric (Alexandre Ruby plus vrai que nature). Les quatre comédiens parviennent à une déréalisation rare, et construisent par leur jeu impliqué une magie fascinante. Mesa, solitaire et désemparé  tombe aussitôt fasciné par la belle Ysé, tandis qu’Amalric, qui l’avait rencontrée et aimée autrefois, se promet de la conquérir à nouveau. Chacun en route vers la Chine, espèrent y trouver un sort à la mesure de leur ambition ou de leur désarroi. Le second acte se passe à Hong-kong, après la traversée. Mesa et Ysé s’abandonnent à leur passion. Au troisième acte, quelques années plus tard dans une maison d’un port de la Chine, Ysé vit désormais avec Amalric, après avoir quitté Mesa dont elle eu un enfant. Survient Mesa, qui supplie Ysé de se sauver avec lui. Par une suite de péripéties associées à la rébellion insurrectionnelle locale Mesa va mourir. Il s’adresse alors à Dieu dans un cantique expiatoire lorsque Ysé revient soudain pour mourir avec lui,. Les deux amants, dans un final magnifiquement chorégraphié échangent le serment d’un consentement sacramentel qui transfigure et accomplit leur amour dans le  partage de minuit. 

On l’aura compris. Partage de Midi est une pièce mythologique sur la foi, sur l’amour et sur le ratage de l’un et de l’autre sauf par une fin tout à la fois romantique et christique. Tout Claudel est là. Sa plume chantante et dense aussi. Et Vigner respecte et magnifie tout.

Aux trois actes de cet opéra sans orchestre sauf la musique de la prosodie de Claudel, il ajoute une ouverture. Sous la forme d’une anaphore de pourquoi tu me traites comme cela, Mesa pleure son  triste et poignant dépit amoureux. Durant ce monologue prélevé au texte de Claudel, Ysé, dans la pénombre, allume des bougies et la salle se remplit d’une odeur d’église tandis que la bande-son fait vrombir le drame. L’esthétique est celle des peintres flamands et de leur science du noir. Le choc esthétique de l’ensemble de la pièce est indescriptible dans cette chronique sauf à le trahir. Écrivons que le public est fasciné comme devant autant de tableaux d’un rêve enchanté. L’acte deux en particulier est absolument magnifique. Ysé dans une robe noire à collerette, Mesa en costume sombre noir et chapeau haut de forme devant un rideau de fils qui tombe des cintres dansent et chantent leur amour.

Vigner réussit un geste admirable, car il magnifie la pensée de Claudel et  sa prose et parvient à donner corps à la foi en l’amour et en son dieu  de l’auteur dans une messe électrisante.

Claudel raconte son expérience, nous expose comment l’amour est toujours un échec cependant que sa quête étayée par la mascarade féminine de la séduction est civilisatrice. La scène de l’éventail constitue une belle figuration de cette pensée. Claudel mélange les genres, je suis un homme je t’aime comme on aime une femme, dira Ysé, car l’amour chez Claudel est un absolu qui brasse et annule la différence des sexes. Lorsque les deux amants clament leur amour face à la salle, s’ils semblent nous interpeller, ils œuvrent à autre chose, ils vérifient tandis que le gong fait  scansion que le texte qui s’échappe du plateau finit sa course vers le ciel. C’est magnétique.

Le texte de Claudel est un poème sans rimes. Vigner insuffle cette poésie dans sa scénographie et dans les corps mêmes des comédiens. La pièce, enfin, aidée par la pénombre restitue le prégnant érotisme du texte qui enveloppe la question du vrai amour qui ne peut être qu’aveugle. Vigner et sa troupe signent un prodige.

Partage de Midi au Théâtre National de Strasbourg 
Texte Paul Claudel
Scénographie et mise en scène Éric Vigner

La pièce se jouera du 5 janvier au 16 février 2019 au Théâtre de la ville-théâtre des Abbesses à Paris.

Crédits Photos ©Jean-Louis Fernandez

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Dans « Perdu connaissance », le Théâtre déplié trouve une intense vérité théâtrale 

Dans « Perdu connaissance », le Théâtre déplié trouve une intense vérité théâtrale  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Adrien Béal et ses acteurs font pénétrer le théâtre dans un lieu qui lui est inhabituel, le logement d’une gardienne d’école primaire à l’heure où l’ordre des choses déraille. Passionnant.

C’est un lieu que les scènes de théâtre ne fréquentent pas et devant lequel il arrive que l’on passe dans sa vie mais sans s’y arrêter ou sans y prêter attention. C’est le logement de la gardienne d’une école primaire. Un logement modeste, un recoin situé près de la sortie de l’école : contre un mur, un interrupteur déclenche l’ouverture de la grille et une lucarne donne sur le hall. L’intérieur n’est pas bien défini puisque le bord du logis est un lieu de passage. Bref, ce lieu est aussi un non-lieu, où le dehors mord sur le dedans. Un espace privé dans un espace public (l’école). Tout cela n’est pas explicite d’emblée ; on le comprend, comme le reste, au fur et à mesure.
Les trois sœurs

Le titre du spectacle Perdu connaissance fait référence à ce qui est arrivé à cette gardienne que l’on ne verra pas : alors qu’elle faisait ses courses dans un supermarché, elle a perdu connaissance et a lourdement chuté. C’est ce que raconte sa sœur (Julie Lesgages) à la directrice de l’école (Adèle Jayle) quand cette dernière la surprend à fouiller dans le logis à la recherche d’une pièce d’identité de sa sœur qu’on lui a demandée à l’hôpital. Comment est-elle rentrée dans l’école ? Pourquoi est-elle venue sans prendre le temps de voir sa sœur à l’hôpital ? Suspicion de la directrice, étrangeté de la sœur.

Au fur et à mesure, on prend connaissance des autres personnages : le mari de la directrice (Pierre Devérines), le couple habite de l’autre côté de la cour de l’école dans un appartement de fonction. L’ex-compagnon de la sœur (Etienne Parc), un parent d’élève (Cyril Texier) qui lui vient chez la gardienne chercher le couteau qui a été confisqué à son fils (depuis le fils ne lui parle plus) et enfin l’autre sœur (Boutaïna El Fekkak) de l’accidentée (dont on a apprendra bientôt qu’elle est dans le coma) qui sort de prison. Pas d’intrigue, pas de coups de théâtre. Mais des rencontres, des questionnements, des décisions à prendre. L’accident et l’absence de la gardienne entraînent un dérèglement dans la vie des personnages qui vont devoir faire face à une situation inédite et y répondre. Des personnages qui sans cet accident de la vie ne se seraient sans doute jamais rencontrés. La perte de connaissance entraînera des prises de conscience. Et donc des gains de connaissance.

De tout cela, les spectateurs sont les témoins actifs. Car les questions posées peuvent être aussi les leurs. A-t-on eu raison de confisquer le couteau à un enfant alors qu’il ne s’en servait pas sans se soucier d’explication ? Le silence de l’enfant suite à cette confiscation est-il le signe d’autre chose ? Est-ce qu’une femme, sortie de prison, ayant payée sa dette à la société, peut venir occuper la loge de la gardienne d’une école  publique ? Faut-il aller voir une sœur avec laquelle les liens s’étaient depuis longtemps distendus et qui est dans un coma profond ou d’abord se préoccuper de sa propre vie ? Peut-on vivre dans l’ombre d’un autre être comme le fait le mari de la directrice en annihilant durablement sa personnalité ? Une femme qui dit ne plus vouloir voir son enfant et entend le confier entièrement à son mari est-elle une femme égoïste, malade ou indépendante ? Où est la vérité ? Y a-t-il une seule et et unique vérité ?

Réseau et réseaux

Avec ce nouveau spectacle, la compagnie Théâtre déplié codirigée par Adrien Béal (mise en scène) et Fanny Descazeaux (collaboration à la mise en scène et production) retrouve et affûte ce qui faisait la force de deux spectacles précédents, Le Pas de Bême (qui tourne encore, lire ici) et Récits des événements futurs (lire ici) : une écriture collective longuement façonnée et une égalité de jeu entre les acteurs. Pas de héros principaux, pas d’acteur vedette, mais une concentration d’énergie qui donne à chaque scène, ou plutôt séquence, une extrême densité (tous les acteurs sont à l’unisson). Pas de ligne fictionnelle unique mais un réseau et des croisements. On y voit à vue, sans mots d’auteur, ni langage fleuri, sans voyeurisme non plus, des êtres qui se cherchent en cherchant à faire face à une situation : dire oui ou non à une mini-requête, emprunter ou pas la machine à café ? Machine à café qui sera au cœur d’une discussion sur la sortie de prison on entre le parent d’élève, l’ex de la sœur de la gardienne et le mari de la directrice. Notons au passage que tous ces personnages n’ont pas de nom, comme si les actrices et les acteurs leur prêtaient implicitement le leur le temps d’une aventure commune, façon aussi de dialoguer plus directement avec les spectateurs.

Les travaux de Michel Foucault, de Jacques Rancière mais aussi de Giorgio Agamben accompagnent ce travail (dramaturgie Jérémie Scheidler) qui, dans son exigence, n’oublie jamais le spectateur considéré comme un partenaire.

Le Théâtre déplié a fait ses premiers pas au Théâtre de Vanves alors dirigé par José Alfarroba qui a accompagné des années durant la compagnie jusqu’à la création du Pas de Bême. On les a vus aussi à l’Atelier du plateau, à l’Echangeur de Bagnolet, à la Loge, à des festivals comme celui de Villeréal ou Théâtre en mai à Dijon, autant de lieux et de manifestions précieux pour les jeunes compagnies. Récits des événements futurs a été créé au Studio-théâtre de Vitry alors dirigé par Daniel Jeanneteau. L’an dernier, le Théâtre de la Bastille leur a commandé un spectacle dans le cadre d’une réflexion sur les collectifs, ce fut Les Batteurs (six batteries sur scène, lire ici).

Aujourd’hui, le Théâtre déplié est artiste associé à la fois au Théâtre de Gennevilliers depuis l’arrivée de Daniel Jeanneteau à sa direction et au CDN de Dijon-Bourgogne dirigé par Benoît Lambert, où Perdu connaissance vient d’être créé. Une belle trajectoire nouée de fidélités.

Perdu connaissance, du mar au jeu 20h, ven 18h30, sam 17h,  jusqu’au 19 oct au Théâtre Dijon-Bourgogne ; puis du 8 au 19 nov au T2G-Théâtre de Gennevilliers ; du 18 au 20 mars 2019 aux Subsistances à Lyon ; les 26 et 27 mars à l’Hexagone de Meylan ; les 3 et 4 avril au Tandem à Douai ; les 9 et 10 avril à l’Espace des arts de Chalon-sur-Marne.

Les Batteurs, du 16 au 18 janv au Théâtre de Vanves, le 22 janv aux ATP des Vosges à Epinal.

Le Pas de Bême, le 13 fév au Théâtre Antoine Vitez à Aix ; du 7 au 26 mais au Théâtre de la Tempête à Paris.

 


Scène de "Perdu connaissance" © Vincent Arbelet

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 Jean-Pierre Baro regarde les « monstres » en face

 Jean-Pierre Baro regarde les « monstres » en face | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anaïs Héluin dans Sceneweb 15.10.2018

 

Avec sa mise en scène de Kévin, portrait d’un apprenti converti écrite par Amine Adjina pour des adolescents, Jean-Pierre Baro questionne la radicalisation religieuse en France. Ses mécanismes et ses violences.

Depuis son adaptation de Woyzeck de Georg Büchner en 2011 – où il raconte l’histoire de son père immigré sénégalais – Jean-Pierre Baro développe un théâtre peuplé d’êtres aux identités problématiques, de personnages tiraillés entre deux cultures et leurs descendants , de jeunes nés dans un autre pays que leurs parents, qui ont reçu d’eux un héritage lacunaire. Une mémoire dont les trous rappellent les pages sombres de l’histoire franco-africaine, et empiètent sur le présent. Dans son adaptation de Disgrâce (2016) du Sud-Africain John Maxwell Coetzee par exemple, Jean-Pierre Baro explore l’impensé colonial. Et, tout en continuant d’explorer les territoires de la fiction, il opte pour une approche plus frontale des questions qui l’occupent.

Créé le 12 octobre 2018 au ! POC ! à Alfortville avant de partir en tournée – il sera programmé la saison prochaine au TQI (Jean-Pierre Baro prend la direction à partir du 1er janvier 2019) – , Kévin, portrait d’un apprenti converti s’inscrit dans cette évolution. Fruit d’une commande de Jean-Pierre Baro à l’auteur et comédien Amine Adjina, cette pièce pour adolescents interroge la radicalisation d’une partie de la jeunesse française à travers un portrait fictif. Celui de Kévin, jeune homme de 17 ans né en France d’un père algérien et d’une mère française qui a quitté le domicile familial. Un garçon qui à force d’être seul, plein de questions auxquelles il ne trouve pas de réponses, trouve refuge parmi un groupe religieux extrémiste. Et dans l’idée de partir combattre en Syrie.

Après être allé à la rencontre des adolescents en venant jouer Master (2014) – sa première création jeune public, dont Amine Adjina assurait l’un des deux rôles dans des salles de classe, le metteur en scène fait venir ces derniers au théâtre. Il ne renonce pas toutefois entièrement à l’adresse directe qui permettait à Master de perturber le quotidien scolaire des collégiens. Dans le rôle de Kévin, Mohamed Bouadla excelle d’un côté comme de l’autre du quatrième mur. Au lieu de diaboliser l’aspirant terroriste qu’il incarne, il suscite chez son jeune public un sentiment d’identification. Un trouble proche, sans doute, de celui qu’a ressenti l’auteur en découvrant qu’un de ses amis en classe de seconde, un certain Peter Shérif, s’était radicalisé et avait rejoint la filière des Buttes Chaumont, dont sont issus les frères Kouachi.

Lorsque que la pièce commence, une partie du mal est déjà fait. Pour sa photo de classe, Kévin troque sa chemise pour un qamis, vêtement porté par les hommes musulmans pour la prière. Il reproche à son père (Mahmoud Saïd) sa passivité qui le cloue devant la télévision. Puis les choses s’accélèrent. Devant son ordinateur, Kévin tente d’apprendre une prière en arabe, il entame une discussion avec une jeune fille (Hayet Darwich qui assume tous les rôles féminins du spectacle) qui lui ressemble, quitte un imam qu’il juge trop modéré pour un autre groupe jamais nommé… Le tout au milieu d’une structure métallique qui, avec ses néons et ses hauts parleurs mêlés à divers objets du quotidien, met le plateau sous le signe du doute. De même que plusieurs décrochages avec le cadre plutôt réaliste du récit, comme l’apparition d’un étrange messager : un Robin des Bois converti à l’islam, qui fait basculer le personnage dans une violence que ni l’école ni la famille ne parviennent à enrayer.

Grâce à cet entre-deux, à un humour qui s’invite à des moments inattendus ainsi qu’à interprétation remarquable, Jean-Pierre Baro et ses comédiens relèvent sur scène le défi qu’Amine Adjina a relevé sur le papier. Celui de « regarder ses propres ‘’monstres’’ ». « Que viennent-ils nous montrer ? Et de quoi sont-ils les sombres messagers ? ». Des questions que le théâtre pose ici avec justesse, tout en disant l’urgence d’y répondre.

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

Kévin, portrait d’un apprenti converti

Texte : Amine Adjina

Mise en scène : Jean-Pierre Baro

Avec : Mohamed Bouadla, Hayet Darwich, Mahmoud Saïd

Création son et régie générale : Adrien Wernert

Création lumières et vidéo : Julien Dubuc

Scénographie et costume : Cécile Trémolières

Régie son : Audray Gibert

Régie lumière et vidéo : Damien Caris

Collaboration à la mise en scène : Charly Breton

Administration, production Les Indépendances

Remerciement au bureau Formart

Production : Extime compagnie

Coproduction : Théâtre National de Bretagne CDN – Centre européen théâtral et chorégraphique, Scène nationale de l’Essonne Agora / Desnos, Espace 1789 Saint-Ouen.

Avec le soutien de : La Ferme du Buisson Scène Nationale de Marne-la-Vallée, de la Ville de Pantin, du conseil départemental de l’Essonne.

Extime Compagnie est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Île-de-France et est associée au Théâtre National de Bretagne CDN – Centre européen théâtral et chorégraphique.

Durée : 1h15

Le Grand Bleu, Lille
Le 8 novembre 2018
14h30 / Scolaire
19h / Tout public

Vendredi 9 novembre 2018
14h30 / Scolaire
20h / Tout public

Théâtre au fil de l’eau, Pantin
Mardi 13 novembre
20h / Tout public

Espace 1789, Saint Ouen
Mardi 20 novembre
14h / Scolaire
20h/ Tout public

Théâtre de l’Agora, Evry
Jeudi 22 novembre
14h30 / Scolaire
19h / Tout public

Vendredi 23 novembre
14h30 / Scolaire
20h / Tout public

Momix, Kingersheim
Mardi 5 février 2019
14h30 / Scolaire
20h / Tout public

La Coloc’ de la culture, Cournon d’Auvergne
Mardi 12 mars
14h30 / Scolaire

Ville d’Issoire
Jeudi 14 mars
20h30 / Tout public

Théâtre National de Bretagne, Rennes
Mercredi 24 avril
20h / Tout public

Jeudi 25 avril
14h30 / Scolaire
19h30 / Tout public

Vendredi 26 avril
14h30 / Scolaire
20h/ Tout public

 

photo  : Extime compagnie

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Révélation Red in Blue Trilogy : magnifique voyage dans l’au-delà, face aux devoirs de chacun 

Révélation Red in Blue Trilogy : magnifique voyage dans l’au-delà, face aux devoirs de chacun  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 Par M.A. dans son blog L'étoffe des songes - 14.10.2018

 

Le point de rencontre entre l’Afrique subsaharienne et le Japon se situe aujourd’hui dans le 20e arrondissement de Paris, au Théâtre de la Colline, à l’invitation de son directeur d’origine libanaise, Wajdi Mouawad. De par sa genèse, l’universalité de Révélation Red in Blue Trilogy ne fait aucun doute. L’auteur d’origine africaine Léonora Miano a choisi Satoshi Miyagi (Antigone, Mahabaratha à Avignon) pour mettre en scène son texte, et bien lui en a pris. Le japonais s’empare de la pièce avec majesté, crée des images magnifiques et surnaturelles, et utilise la musique comme une alliée précieuse vers l’au-delà. Le message sur les devoirs et la responsabilisation de chacun devant ses actes prend une dimension spirituelle forte, liée à l’ordre d’un univers rassemblant vivants et morts. Un spectacle hors norme à voir absolument.

Révélation Red in Blue Trilogy se passe dans l’au-delà. Face aux horreurs incompréhensibles qui habitent le monde des vivants, les âmes à naître (Mayibuye) refusent de partir intégrer les nouveaux-nés. Pour restaurer l’ordre cosmique, la grande déesse mère Inyi convoque les âmes du Pays des Ombres, responsables de toutes ces violences, et les invite à expliquer leurs motifs aux âmes à naître et aux âmes en peine (Ubuntu, issues d’une mort violente ou injuste).

Dans la fosse, percussions, tambours, clochettes, xylophones donnent le rythme et marquent l’entrée dans un monde parallèle. Le plateau est vide, surmonté de deux cercles opposés, noir et blanc, jour et nuit, yin et yang. La déesse Inyi, comme les âmes et les habitants sont en costumes ultra stylisés. Pris hors contexte, le chapeau de planètes des Mayibuye pourrait paraître ridicule, digne d’une fête de fin d’année. Mais l’au-delà revêt nécessairement une apparence différente, et les costumes marquent bien la séparation des mondes, leur côté surnaturel. La déesse est d’autant plus divine que sa parole est dissociée, son visage reste impassible tandis qu’une actrice dit les mots à côté d’elle. Solennels, les gestes, phrases et la diction nécessitent une attention active du spectateur, surtout en première partie où la cartographie des âmes n’est pas évidente. Chaque scène est un véritable tableau, avec des acteurs fantastiques, extrêmement expressifs dans leurs gestes et leurs intonations. Ofiri est particulièrement saisissante et effrayante. Certains des comédiens sont de vrais artistes complets et passent des percussions au plateau avec une grande fluidité. Le résultat est esthétiquement somptueux.

La deuxième partie livre le cœur du message. Les Ombres convoquées doivent rendre compte de leurs actes et de leurs motifs. L’auteur fait référence aux rois négriers de l’Afrique sub-saharienne, qui ont activement participé à vendre des hommes et des femmes aux « étrangers » pour en faire des esclaves. Mais la portée du message va bien au-delà : l’association des pouvoirs et des devoirs, la douleur comme voie d’éveil pour l’âme et non comme une excuse pour la retourner contre d’autres, la responsabilité des choix.

Révélation est un texte magnifique, sublimé par la mise en scène de Satoshi Miyagi, qui donne une portée solennelle et symbolique à tous les mots. Une vision holistique du monde, nécessaire et universelle.

Révélation Red in Blue Trilogy, de Léonora Miano, mise en scène Satoshi Miyagi au Théâtre de la Colline du 20 septembre au 20 octobre 2018.

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Une double Voix humaine au TNP Villeurbanne

Une double Voix humaine au TNP Villeurbanne | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 Gallia VALETTE-PILENKO dans Le Tout-Lyon - 10.10.2018

 

Après une saison blanche, c'est à dire sans création, voilà que le directeur du TNP se jette dans la bataille avec deux pièces en une, la Voix humaine de Jean Cocteau dans les versions théâtrales et musicales, créées en avril dernier au théâtre municipal Raymond Devos, à Tourcoing, avant L'échange de Paul Claudel, qui sera créé au TNP en décembre.

La voix humaine écrite par Jean Cocteau, paraît en 1930, un an après la parution des fameux Enfants terribles. C'est un long monologue de femme délaissée, créé pour Berthe Bovy à la Comédie-Française, qui accentuera d'ailleurs sa renommée. C'est également une tragédie lyrique de Francis Poulenc, ami du poète, composée en 1958 pour la soprano Denise Duval, qui met le chant en valeur puisqu'il constitue l'essentiel de la partition.

Christian Schiaretti a entrepris de monter les deux versions, l'une avec Sylvia Bergé, sociétaire de la Comédie-Française dans la version théâtrale initiale, et l'autre avec Véronique Gens, soprano. Parce que « c'est bien l'intérêt de le travailler dans le même temps dans sa version proprement chantée.

Car si le théâtre permet par sa liberté de nuances et surtout de maîtrise du temps l'interprétation, l'opéra, lui impose, sa loi.

Et le compositeur est le premier metteur en scène » écrit Schiaretti dans sa note d'intention. Ainsi la première serait le pur jeu d'une actrice exceptionnelle pour porter ce texte dans lequel plusieurs personnages gravitent mais dont on entend seulement la voix d'un seul, celui de la femme, dont on ne connaîtra jamais le nom, ni le prénom, seulement les initiales.

Il y a l'amant pragmatique, il y a la femme inconnue qui cherche à joindre désespérément son médecin et enfin il y a l'opératrice, que nécessitait, à l'époque de l'écriture de la pièce, cet instrument balbutiant qu'était le téléphone en regard d'aujourd'hui.

Tandis que la seconde serait un « lamento tragique », accentuée par la voix chantée, où une femme gémit et où le silence, avant John Cage, devient musique. Les réunir est comme nous offrir un miroir, et deux points de vue s'éclairant !

TNP, 16 au 19 octobre, tnp-villeurbanne.com

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La Nostalgie du futur, textes de Pier Paolo Pasolini et de Guillaume Le Blanc, mise en scène de Catherine Marnas

La Nostalgie du futur, textes de Pier Paolo Pasolini et de Guillaume Le Blanc, mise en scène de Catherine Marnas | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello 13.10.2018


La Nostalgie du futur, textes de Pier Paolo Pasolini et de Guillaume Le Blanc, mise en scène de Catherine Marnas

« L’Italie est en train de pourrir dans un bien-être qui est égoïsme, stupidité, inculture, médisance, moralisme, répression, conformisme, se laisser aller de quelque façon que ce soit à encourager ce pourrissement, c’est la forme que prend le fascisme aujourd’hui », constate Pasolini dans Dialogues (1962).

Il faut être extrêmement fort pour affronter le fascisme de la normalité, « cette codification joyeuse, mondaine, choisie, du fond brutalement égoïste d’une société ».

Des propos douloureusement pertinents, quant à la réalité de nos temps actuels. La Nostalgie du futur, inspiré par l’œuvre et l’esprit subversifs de Pasolini, prend pour matériau sonore et visuel des entretiens et des films réalisés par le poète italien :

Ecrits corsaires (1973-1975), La Langue vulgaire (1975), Correspondance générale (1940-1975), La Ricotta (1963), Uccellaci et uccellini (1966), une fable tragi-comique.

Catherine Marnas, metteure en scène et directrice du Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, se dit complice de l’œuvre et la pensée de Pasolini, elle lance avec La Nostalgie du futur un appel à la résistance, écrit avec le philosophe Guillaume Le Blanc (L’Insurrection des vies minuscules, 2013 et La Fin de l’hospitalité, 2017).

Prémonition, prophétie et clairvoyance d’un regard pasolinien porté sur la liquidation des valeurs des dites « petites gens » – peuple sans connotation réactionnaire – , mises à bas par la consommation excessive, d’où le nivellement des identités.

Aussi entend-on le poète déplorer, d’un chemin qui va du Frioul à Rome, la disparition du peuple agraire et préindustriel au profit de la masse néo-libérale.

Ainsi est significative la métaphore de la disparition des lucioles car, dans les années 1960, existait cette espèce lumineuse qui voletait dans la nuit ; or, la pollution de l’air urbain et surtout celle des rivières dans les campagnes a tué ce peuple d’insectes.

Dans les Lettres luthériennes (1975), le constat de Pasolini est désabusé : « L’Italie ne vit rien d’autre qu’un processus d’adaptation à sa propre dégradation. »

Quand les formes de vie anciennes disparaissent, quand les traditions et les peuples s’en vont, c’est le futur qui est ôté au présent – un impossible qui devient nostalgie.

La crise des migrants symbolise la crise des subjectivités contemporaines qui basculent massivement dans un état spectral, sans protections, sans droits ; elles deviennent de leur vivant comme effacées – spectres, ombres et fantômes.

D’un côté, les puissants – les faucons – et de l’autre, les humbles – les passereaux. Et Pasolini serait le corbeau, philosophe de gauche qui interroge l’état du monde dans le film Uccellaci et uccellini de 1966 – Des oiseaux, des gros et des petits.

Faisant résonner l’œuvre et les entretiens du poète et réalisateur italien, Catherine Marnas révèle une pensée visionnaire bienveillante, opposée au cynisme ambiant.

Les comédiens jouent du Pasolini tandis que deux demandeurs de refuge, duo clownesque mi-Toto mi-Godot, incarnent la tonalité burlesque d’une errance sans fin.

Et pour lutter contre le fascisme de la normalité, un rappel onirique de l’œuvre pasolinienne sur la scène : en toile de fond, des femmes romaines au regard grave près des colonnes du Caravage ; pour rideau de lointain, une forêt dantesque où volètent les lucioles non disparues, des arbres centenaires et une paix profonde.

Sans oublier le rappel à la mémoire de l’arbre feuillu au pied duquel Saint-François se penche, prêchant  aux oiseaux, reprise de la fresque de Giotto di Bondone (1297-1299), dont il ne resterait sur le plateau qu’un feuillage roux qui s’assèche.

Sur la scène, une sorte d’estrade de bois ou bien de bateau échoué qui résonne quand on l’arpente, et les interprètes ne se privent pas de donner du volume sonore aux lieux alors que, dans le même temps, des hommes déploient leur art du pugilat.

Echanges de corps à corps virils – la lutte et le combat fraternels ou amoureux, et la rixe physique agressive et guerrière -, les coups résonnent sur les lattes de bois.

Le ton est donné, facétieux et souriant ; d’un côté, des bribes de films et des reprises scéniques de la Passion du Christ, épisode jugé blasphématoire, condamnant Pasolini à quatre mois de prison avec sursis pour « outrage à la religion d’Etat ».

Pendant ce temps, les deux marcheurs en quête d’abri échangent sur le monde, manquent des marches en sautant, avancent puis reculent, passent puis reviennent.

Et les comédiens se défont de leurs atours théâtraux, revêtent leur habits de ville, et questionnent face public l’œuvre pasolinienne comme l’homme lui-même, nostalgique de temps originels où les pâtres du Frioul représentaient la pureté.

Or, si le maître condamne la consommation à outrance, n’en profite-t-il pas pour autant ? Pourrait-il donner ainsi ses leçons de vie, vêtu de son perfecto urbain de cuir et pourrait-il produire ses films et éditer ses pièces, ses poèmes et ses essais ?

La richesse de la quête existentielle tient aussi aux paradoxes qui font Pasolini, des paradoxes qu’il hait, lui – bourgeois, homosexuel, communiste, artiste d’avant-garde.

Les comédiens sont sincères, engagés dans la joute philosophique, ils construisent ensemble un spectacle à la fois politique et poétique, plein de maturité et d’enfance.

Julien Duval, Franck Manzoni, Olivier Pauls, Yacine Sif El Islam et Bénédicte Simon donnent énergie et force renouvelée au vœu pasolinien de l’éveil des consciences.

Véronique Hotte

Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, du 9 au 25 octobre 2018, du mardi au vendredi à 20h, samedi à 19h, et le samedi 20 octobre à 19H30. www.tnba.org

Crédit photo : Sébastien Husté

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Théâtre : révolution tranquille à Toulouse

Théâtre : révolution tranquille à Toulouse | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot  dans Le Figaro le 11/10/2018 

LA CHRONIQUE D'ARMELLE HÉLIOT - Galin Stoev a pris la direction du centre dramatique avec énergie. Le spectacle de Marie Rémond n'est pas mûr. Celui de Christophe Honoré, accompli.

Le vent d'autan balaye le ciel de Toulouse. Pluie en fin de nuit, air tonique le jour. Un courant d'air heureux s'engouffre dans le hall du bâtiment qui abrite le Centre dramatique national de la Ville rose. Jacques Rosner, Jacques Nichet, Laurent Pelly, avec Agathe Mélinand, se sont succédé depuis quarante ans. Des patrons à fortes personnalités, créant ou invitant des spectacles puissants et originaux. Le metteur en scène Galin Stoev, aux commandes du lieu depuis quelques mois, choisit de reprendre l'ancien nom de Théâtre de la cité pour mieux innover.

Les salles, la signalétique, les circulations et les documents d'information portent désormais sa marque. Mais, et c'est flagrant dès cette première saison, cet artiste d'origine bulgare, entouré d'une équipe ardente, a pensé un fonctionnement à la fois très ancré dans le territoire et à grande ambition internationale. Le Théâtre de la Cité, ombilic d'un réseau serré, avec ses collaborations à l'échelle de la ville, du département, de la région et au-delà, palpite au rythme de spectacles très intéressants. Galin Stoev lui-même signera en décembre un travail sur un texte du Russe Ivan Viripaev.

Adaptation délicate
Mais auparavant, il aura offert aux spectateurs plusieurs représentations de Tous des oiseaux, de Wajdi Mouawad, une œuvre théâtrale très forte, et a laissé place à une équipe «accompagnée»: des jeunes à qui l'on offre des conditions de travail, de coproduction, de diffusion, etc. Cela commence par deux as de la génération montante: Marie Rémond, celle qui a fait d'Agassi ou de Dylan des créatures de planches avec autant de maestria que de malice ; Thomas Quillardet, qui connaît tout de Tristesse et joie dans la vie des girafes. Pour ne citer qu'un seul parmi tous ses spectacles.

Ils s'étaient intéressés à Éric Rohmer. Ils ont été séduits par une nouvelle de Jane Bowles, Cataract Valley. Étrange histoire de sœurs nouées par des sentiments excessifs. Dans un très beau décor, mais un peu écrasant, la délicatesse de l'adaptation et de l'interprétation a besoin de mûrir. On reverra cette transposition en mai-juin et tout sera alors en place.

Souvenirs intimes
Christophe Honoré, lui, est arrivé fin prêt à Toulouse, après les représentations de son nouveau spectacle, Les Idoles, à Vidy-Lausanne et Tarbes. Pas les idoles de Marc O. Pensez plutôt aux films et aux livres du cinéaste. «Ce que tu aimes bien est ton véritable héritage», prévient-il. Il est trop jeune pour les avoir connus de près, mais ils sont ses références, ses grands frères en idéal, en souffrance, en exigence, en talent, en travail. Jacques Demy est le révélateur à l'art du cinéma. Il est incarné par une femme pulpeuse et spirituelle, Marlène Saldana. Les autres? Cyril Collard (Harrison Arévalo), Bernard-Marie Koltès (Youssouf Abi-Ayad), Hervé Guibert (Marina Foïs), Serge Daney (Jean-Charles Clichet), Jean-Luc Lagarce (Julien Honoré).

Qu'ont en commun ces artistes ? Ils sont morts du sida dans les années 1980-1990. On n'en guérissait pas

Qu'ont en commun ces artistes? Ils sont morts du sida dans les années 1980-1990. On n'en guérissait pas. Les souvenirs intimes d'un adolescent de Rostrenen qui voit Lola et s'aventure dans les rues de Nantes, et qui, à vingt ans, assiste à un hommage à Dominique Bagouet, sont les pierres angulaires de ce tombeau bouleversant, grave, cru, et souvent drôle. Rythme, engagement de chacun, groupes et solos, danse, musique, rien de morbide ou d'indiscret. Quelques sommets de l'art théâtral: Marlène Saldana en Liz Taylor, Arévalo dans les crises de Collard, Abi-Ayad avec l'audace de Koltès ou Marina Foïs, disant, habitée et sobre, les pages d'Hervé Guibert sur la mort de Musil/Foucault. Admirable héritage.

Cataract Valley, Théâtre de la Cité, Toulouse (31), jusqu'au 19 octobre. Les Idoles, jusqu'au 13 octobre, puis en tournée et à l'Odéon (Paris VIe) en janvier. Tél.: 05.34.45.05.05.

 

Légende photo : Marina Foïs (Hervé Guibert), Youssouf Abi-Ayad (Bernard-Marie Koltès) et Marlène Saldana (Jacques Demy) dans Les Idoles mis en scène par Christophe Honoré. - Crédits photo : Jean-Louis Fernandez

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Tout Shakespeare in English sur une table de cuisine

Tout Shakespeare in English sur une table de cuisine | Revue de presse théâtre | Scoop.it



Par Armelle Héliot  dans Le Figaro  le 12/10/2018 

La compagnie britannique Forced Entertainment présente l'ensemble des pièces du grand Will dans des versions de moins d'une heure. Un acteur et des objets ordinaires en guise de marionnettes.

Ceux qui ont eu la chance de les découvrir, dans les années 90, n'ont jamais oublié les artistes de la compagnie française le Nada Théâtre avec sa version pour légumes des aventures d'Ubu. Carottes, poireaux, radis, concombres et autres pommes se démenaient sur une table, manipulés par des comédiens forts d'un entrain enfantin communicatif. Le spectacle fit le tour du monde…

Avec Complete Works: Table Top Shakespeare, la compagnie britannique Forced Entertainment («divertissement forcé») qui présente régulièrement en France ses créations toutes très originales, reprend un peu le principe de Jean-Louis Heckel et Babette Masson, élèves de Jacques Lecoq, transfuges de chez Philippe Genty pour Ubu.

Une table, une chaise, deux petits blocs à droite et à gauche, le tout entre deux rayonnages bourrés de produits que l'on trouve dans la cuisine. Produits alimentaires, pots de mayonnaise, bouteille d'huile, flacons divers, objets utilitaires, râpe à fromage, décapsuleur, etc. Tout est bon. Tout devient un «personnage»! Une scénographie de Richard Lowdon dans des lumières et un peu de son par Jim Harrison.

Quelque chose d'enfantin
Jarry avait lui-même pensé aux marionnettes. Évidemment pas Shakespeare. Et le travail des six comédiens de la compagnie, dirigée par Tim Etchells, qui supervise les mises en scène, est époustouflant. Ils ont «réduit» l'ensemble des pièces de William Shakespeare, trente-six œuvres, comédies comme tragédies. Durée de chaque réduction: de 45 minutes à une heure. Et des formes très différentes: un récit sobre et grave, non dénué d'ironie, pour Le Marchand de Venise par Nicki Hobday, une symphonie carnavalesque pour Peines d'amour perdues par Robin Arthur. Chaque pièce est traduite selon une dramaturgie stricte et cohérente. Éclairante. Leurs camarades, Jerry Killick, Richard Lowdon, Claire Marshall, Cathy Naden, Terry O'Connor, ont mis la main à la pâte. Ils ont pensé chaque transposition, et les objets qui représentent les protagonistes ne sont pas choisis au hasard. Tout fait sens avec finesse et malice.

Tout est joué en anglais, sans surtitrage. Mais c'est un anglais d'aujourd'hui et les interprètes, chacun assis derrière la table-scène, prennent bien garde à l'articulation et au ton. Il y a là quelque chose d'enfantin et de jubilatoire qui touche même ceux qui ne maîtrisent pas complètement la langue. Personne n'est perdu. On a peur, on rit, on sourit, on est ému. Les objets ont une âme et les Britanniques beaucoup d'esprit!

Théâtre de la Ville-Espace Cardin, dans le cadre du Festival d'Automne, jusqu'au 20 octobre. Certaines séances sont complètes, mais il reste des places. Loc.: 01 42 74 22 77.

 

Légende photo : Produits alimentaires, piles, râpe à fromage… Tout devient un «personnage» dans une réinterprétation des pièces de Shakespeare. - Crédits photo : Hugo Glendinning

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