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Paris : l’Etat pousse le théâtre du Tarmac en bout de piste

Paris : l’Etat pousse le théâtre du Tarmac en bout de piste | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans Le Parisien :



La ministre de la Culture a annoncé que Le Tarmac, scène de la francophonie, devra libérer en 2019 le site de l’avenue Gambetta (XXe), propriété de l’Etat. Objectif : accueillir le centre national Théâtre Ouvert poussé au déménagement de ses locaux de Pigalle (XVIIIe).


« Le théâtre de la francophonie sur l’échafaud ? », « une décapitation en silence ». Les mots de la pétition en ligne adressée à Emmanuel Macron et signée ce lundi soir par 6 700 personnes dont l’écrivain Alain Mabanckou, le rappeur Gaël Faye, l’ancien ministre Jack Lang ou encore le musicien Manu Dibango sont à la mesure de l’émoi provoqué. Créé en 1985 et installé depuis six ans au 159, avenue Gambetta (XXe), l’équipe du théâtre Le Tarmac, « scène internationale francophone », va devoir plier bagage l’an prochain. La rumeur, qui courait depuis des semaines, a été confirmée mercredi par la ministre de la Culture sous la forme d’un communiqué de presse.

Annonçant vouloir créer « un nouveau projet au service de la francophonie », Françoise Nyssen y explique que le site du Tarmac, propriété de l’Etat, accueillera à compter de 2019 Théâtre Ouvert « dans le cadre d’un projet repensé ». Centre national dédié au théâtre contemporain et présidé par l’ex-ministre de la Culture Catherine Tasca, l’établissement créé en 1971 cherchait depuis un an un nouveau point de chute, ses locaux de la cité Véron (XVIIIe), à Pigalle, devant être récupérés par son propriétaire la Société du Moulin Rouge.

« Personne n’est dupe, […] les véritables raisons qui motivent la décision du ministère de la Culture sont d’ordre économique » a réagi dans un communiqué l’équipe du Tarmac qui dit avoir appris la nouvelle « brutalement » dans la presse. Et d’insister sur le fait que le théâtre, où travaillent 14 permanents, a accueilli plus de 15 700 personnes l’an dernier, soit un taux de fréquentation moyenne de 74 %. Doté d’un budget de 2,1 M€, le Tarmac a vu passer près de mille artistes issus d’une quarantaine de pays depuis 2012.

Patron du groupe communiste, Nicolas Bonnet Oulaldj demandera ce mardi à la maire de Paris Anne Hidalgo (qui subventionne à la fois le Tarmac et Théâtre Ouvert à hauteur de 100 000 € et 60 000 €) de prendre position devant le Conseil de Paris. « Comment le ministère de la Culture peut-il opposer deux lieux culturels ?, interroge l’élu. Nous considérons que les deux théâtres ont leur place à Paris ». Sollicité, l’exécutif reste prudent. « Sur ce sujet, le dialogue et la concertation doivent primer » souligne-t-on au cabinet du premier adjoint chargé de la Culture Bruno Julliard.

Légende photo 159, avenue Gambetta (XXe). Le ministère de la Culture a annoncé la suppression du théâtre Le Tarmac pour relocaliser sur le site Théâtre Ouvert, centre national dédié au théâtre contemporain. Le Tarmac/Eric Legrand.

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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

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Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 2:31 PM

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Le Marchand de Londres d’après Francis Beaumont, mise en scène de Declan Donnellan

Le Marchand de Londres d’après Francis Beaumont, mise en scène de Declan Donnellan | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello 18.01.2019

 

Crédit photo : Johan Persson



Le Marchand de Londres d’après The Knight of the Burning Pestle de Francis Beaumont, mise en scène de Declan Donnellan

 Francis Beaumont (1584-1616) est un dramaturge anglais du théâtre élisabéthain. Dès 1605, Il collabore avec le dramaturge John Fletcher (1579-1625), et certaines de leurs créations sont jouées par la compagnie de William Shakespeare.

Ce duo fameux devient clandestin, quand ferment les théâtres sous le puritanisme. La réouverture autorise les représentations publiques, dès la Restauration de 1660.

The Knight of the Burning Pestle est la pièce la plus célèbre de Beaumont en solo.

Le Marchand de Londres est le sixième spectacle en russe que monte le metteur en scène inspiré Declan Donnellan, une coproduction de Cheek by jowl, la compagnie internationale de théâtre de ce dernier, et du célèbre Théâtre Pouchkine de Moscou.

Comédie privée – histoire de rupture entre une jeune fille de bonne famille et son amant, lequel, au service du père de la belle, est banni pour un prétendant plus argenté -, Le Marchand de Londres perd de son allant dramatique quand survient un épicier – le titre éponyme – et son épouse, un couple populaire de notre temps.

Les deux figures réalistes et bon enfant se lèvent de leur siège, au milieu du public, et montent bruyamment sur la scène, engageant les comédiens à jouer autrement, et plus joyeusement pour ne pas provoquer l’ennui qui les accable jusqu’alors.

Des lieux moins conventionnels seraient les bienvenus car le décor de manoir cossu que l’on propose au public – des photos projetées d’intérieur de la demeure – inspire plutôt une tristesse muséale, quand il faudrait en échange faire rêver le public.

Voyageons donc, et en compagnie du neveu et commis du couple de commerçants, Rafe, qui portera inopinément le rôle de Chevalier de l’Ardent Pilon avec pour valet, l’un des acteurs qui dirigeait alors le spectacle cadre de ce théâtre dans le théâtre.

Nazar Safonov dans le rôle du Chevalier naïf à la mine réjouie dégage une énergie.

Or, son oncle et sa tante ne cessent d’interrompre le cours de la représentation, prenant partie pour tel ou tel personnage, donnant la primeur aux réflexes « vrais ».

Alexander Feklistov et Agrippina Steklova jouent leur partition avec une instantanéité gourmande, pleine d’un bel instinct populaire, selon la mécanique bienveillante qui sied aux faibles et malveillante aux forts, un geste de reconnaissance collective.

Le couple est âgé et la perte relative de sa jeunesse ne lui ôte pas le désir d’exister.

Toujours est-il que l’histoire racontée de jeunes amants en fuite, avec ses stations temporelles successives et l’indication des lieux du drame, tourne à merveille, selon les mouvements précis d’un beau manège gestuel et d’une chorégraphie amusée.

Les dernières répliques de la scène qui s’achève sont reprises à l’orée de celle qui suit, tandis que pivote sur elle-même une maison-cube – extérieure d’un côté, avec ses images projetées de façade de briques rouges d’une Angleterre industrielle, et de l’autre côté, maison intérieure, quand tourne la structure, laissant apparaître un foyer actuel où le père, guitariste amateur, se livre à l’énergie musicale du Métal.

Saluons cette jolie invention facétieuse et tonique du scénographe Nick Ormerod : des milieux sociaux divers se croisent sur le plateau, entre grisaille, ennui et lumière.

D’un côté encore, la verve populaire du couple d’épiciers loufoques et sincères, et de l’autre, la dimension tragique des amours contrariées par une tyrannie paternelle.

Saluons les acteurs Sergei Miller, Anna Vardevanian, Kirill Chernyshenko, Andrei Kuzichev, Alexei  Rakhmanov, Anna Karmakova, Danila Kazarov et Kirill Sbitnev.

Et, sous la direction de la chorégraphe Irina Kashuba, les deux actions entremêlées s’achèvent en un ballet festif de prestance et d’élégance : les acteurs russes du Théâtre Pouchkine portent la grâce et l’ardeur d’une présence scénique indéniable.

Cette mise en abyme subversive de 1607 de François Beaumont correspond à la menace d’un mouvement populaire de plus en plus hostile à l’art et à la culture. Une farce troublante en avance sur son temps. A quoi sert l’art et à qui est-il destiné ?

Des questions esthétiques et politiques qui résonnent fort en nos temps instables, avec, de plus, l’occasion unique d’apprécier le plaisir d’un spectacle comique.

Véronique Hotte

Les Gémeaux – Scène nationale de Sceaux, 49 avenue Georges Clémenceau 92330 – Sceaux, du 16 janvier au 2 février, du mercredi au samedi à 20h45, dimanche à 17h. Tél : 01 46 61 36 67 

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"Cher Cheval" de et avec Jacques Gamblin

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Sur le site des Fictions de France Culture

 

Jacques Gamblin est entré dans la peau du Facteur Cheval pour le film réalisé par Nils Tavernier. Cheval avait la peau dure, et cet homme exceptionnel l’a bouleversé. Pour le remercier d’avoir existé et de la chance de l’interpréter, Jacques Gamblin lui a écrit une lettre..."

Ecouter sur le site de France Culture (58 mn)

« Cher Cheval,      
J’ai mis un peu de temps à vous répondre, j’en avais besoin sans doute. Je l’avais le temps puisque je ne réponds à rien, ni à l’une de vos questions que vous ne m’avez pas posées ni à l’une de vos lettres que vous ne m’avez pas écrites. Comment auriez-vous pu ? J’étais loin d’être né le jour de votre mort ?      
Alors pourquoi je réponds ? Parce que des questions vous m’en avez posées sans le savoir.      
La première qui vient à l’esprit lorsqu’on visite votre Palais Idéal, c’est pourquoi ? »

Jacques Gamblin

Joseph Ferdinand Cheval, plus connu sous le nom de facteur Cheval, né le 19 avril 1836 et mort le 19 août 1924 à 88 ans, est un facteur français célèbre pour avoir passé trente-trois ans de sa vie à édifier un palais : le « Palais idéal », et huit années supplémentaires à bâtir son propre tombeau tous deux considérés comme des chefs-d'œuvre d'architecture naïve.
Réalisation Juliette Heymann
Conseillère littéraire Céline Geoffroy

Et Manon Leroy lit des extraits du cahier N°3 de Ferdinand Cheval

Equipe de réalisation : Claude Niort, Lidwine Caron
Assistante à la réalisation Claire Chaineau


Le film _L'Incroyable histoire du Facteur Cheva_l de Nils Tavernier est sorti le 16 janvier


Avec Jacques Gamblin, Laetitia Casta, Bernard Le Coq,Florence Thomassin, Natacha Lindinger

 

 

Légende photo : Palais idéal du "Facteur cheval" à Hauterives dans la Drome• Crédits : Manuel Pascual - Maxppp

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Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, texte de Christine Citti, mise en scène Jean-Louis Martinelli

Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, texte de Christine Citti, mise en scène Jean-Louis Martinelli | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello 17 janvier 2019

 

Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, texte de Christine Citti, mise en scène et scénographie de Jean-Louis Martinelli

 Certains jeunes mineurs – de 13 à 18 ans – échouent dans des foyers d’accueil d’urgence, le sens de ce mot étant tout relatif puisque l’urgence se poursuit sur quelques mois voire une année, avant que ne soit trouvé un « lieu » plus salutaire – retour à la famille originelle, rarement, ou à une famille substitutive d’accueil.

La comédienne et auteure Christine Citti et le metteur en scène Jean-Louis Martinelli ont côtoyé ces adolescents blessés, les ont vu vivre dans un malaise et un mal-être injustes.

L’auteure a observé ces pousses meurtries par la réalité familiale et sociale dans un foyer de Seine-Saint-Denis, lieu d’inconfort moral qui lui a permis de restituer une langue :

« Les filles ont presque toutes vécu des épisodes de violence sexuelle ou physique au sein de leur famille, dans leur quartier ou ailleurs, et des tentatives de suicide… »

Ces lieux – des foyers d’accueil d’urgence des mineurs installés à Paris, dans sa périphérie et en région – ne sont pas propices à une véritable immersion des personnes extérieures  qui sont ni éducateurs ni assistants sociaux : elles ne sont pas bien reçues.

Les locaux qui seraient adaptés à davantage d’humanité n’existent pas en tant que tels, ils provoquent simplement des rencontres, des moments privilégiés mais rapides.

Des lieux de grande instabilité, aussi bien dans la rotation du personnel d’éducateurs que parmi les jeunes qui arrivent à grand fracas et repartent toujours inopinément.

Le spectacle s’approche du théâtre documentaire mais le transcende largement, inspiré à l’auteure par une connaissance approximative d’une communauté de jeunes gens perdus qu’on ne veut jamais entendre et à laquelle la parole est donnée pourtant.

Le spectacle a su saisir les aspirations, les désirs enfouis et les épreuves de ces jeunes gens en situation de violences – mépris parental, déscolarisation, délinquance et petits vols, consommation et deal de produits illicites, prostitution.

La mise en scène propose une aventure chorale – gestes collectifs et partage.

Le spectacle suscite d’emblée l’empathie et la compassion face à ces jeunes blessés que la vie, même à ses débuts, n’épargne pas et qui n’en témoignent pas moins d’une intelligence intuitive des mécanismes sociaux essuyés qu’ils ne peuvent enrayer.

Energie, vitalité, enthousiasme, la détresse affective n’empêche pas une volonté juvénile de vivre – passion, plaisir et douleur -, comme aussi l’envie d’en arrêter là parfois pour certains – un accident passager qui se transforme aussi en rage de mordre la vie.

Insultes, injures, provocations physiques, coups, la langue crue de ces garçons et filles à la dérive ne laisse rien transparaître de leurs attentes, comme s’ils admettaient avoir intégré un monde qui ne laisse place qu’à la vulgarité et au parjure.

Or, ces turbulentes figures spectaculaires – interprétées par des comédiens admirables qui se placent au plus près de leur personnage – composent un chœur vocal et un ballet chorégraphié avec de jolis soli, selon l’art de Thierry Thieû Niang,

Autour de Christine Citti dans le rôle d’intervenante extérieure, les éducateurs et les « éduqués » s’engagent à plein régime dans les enjeux existentiels qui sont les leurs.

Ainsi, sur la grande scène vide, une grande porte battante au lointain – un rappel de toutes les belles mises en scène de théâtre de Jean-Louis Martinelli -, mais en même temps cette porte signifie la barrière qui sépare l’extérieur de l’intérieur du foyer. Elle est couramment empruntée par les éducateurs qui font le lien avec le monde.

Pour meubles, un canapé à cour et une table et des chaises à jardin, tandis que trône sur le plateau un espace fermé vitré – une grande cabine évocatrice – dans lequel se tiennent les rendez-vous, les entretiens, les conciliabules entre éducateur ou éducatrice qui se veut au plus proche de ces locataires obligés des lieux.

Jean-Louis Martinelli qui a frayé avec talent avec l’œuvre engagée – politiquement et esthétiquement – de Lars Noren est à son aise avec le rendu des affres de la société.

Les acteurs qu’il dirige jouent admirablement avec le feu, brûlant leurs cartouches verbales avec générosité et s’essayant à des mouvements individuels et duels – boxe et art du pugilat, contrôlés et dansés, tandis qu’un indépendant préfère l’art martial.

Vérité des situations et des personnages – verve admirable et gestuelle éblouissante-, le public est saisi par tant de hargne et de justesse émotive.

Véronique Hotte

MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, 9 boulevard Lénine 93000 Bobigny, du 16 au 25 janvier, mardi, mercredi, jeudi 19h30,vendredi 18 janvier 14h30, vendredi 25 janvier 20h30, samedi 18h30 et dimanche 15h30. Tél : 01 41 60 72 72 Châteauvallon – Scène nationale, les 4 et 5 octobre 2019. Théâtre du Gymnase à Marseille, les 8 et 9 octobre. L’Espace des Arts, Scène nationale de Chalon-sur-Saône, les 17 et 18 octobre.

 

 

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Nina Simone par David Lescot – ou qu’est-ce qu’un « vrai » personnage

Nina Simone par David Lescot – ou qu’est-ce qu’un « vrai » personnage | Revue de presse théâtre | Scoop.it

16 janvier 2019
Nina Simone par David Lescot – ou qu’est-ce qu’un « vrai » personnage
À l’espace Cardin, où le Théâtre de la Ville demeure en attendant la fin de ses travaux, il se joue en ce moment dans la petite salle un des plus grands spectacles de cette rentrée 2019 : Portrait de Ludmila en Nina Simone, de David Lescot. Si cet auteur et musicien hors pair s’était contenté de raconter en musique la vie de Nina Simone, le spectacle aurait été juste beau et jouissif – ce qui est déjà beaucoup. Beau parce que Ludmila Dabo, qui incarne la diva, est époustouflante, et jouissif parce que David Lescot l’accompagne à merveille, avec sa guitare quand elle chante, et avec ses questions affutées quand elle raconte « sa » vie. Mais comme souvent, chez cet artiste, ce qui se joue dans son spectacle dépasse largement l’histoire qu’il raconte. Dans la lignée de Ceux qui restent, sa pièce pour deux comédiens prêtant leur voix à deux survivants du ghetto de Varsovie, Portrait de Ludmila en Nina Simone érige le théâtre en processus crucial de témoignage et de transmission.



Ludmila Dabo et David Lescot dans  Portrait de Ludmila en Nina Simone
Ce processus tient à un va et vient assez simple entre petite et grande histoire –  la vie intime de Nina Simone résonne avec ses chansons qui elles-mêmes résonnent avec et des épisodes de la lutte noire américaine pour les Droits civiques. Or au-delà d’un tel va et vient se profile quelque chose de très singulier : tout se passe comme si le vrai projet du spectacle, c’était de montrer une actrice fondamentalement habitée par son personnage ; au point de nous faire entrevoir comment le jeu peut changer la vie. Tel est le sens, semble-t-il, de la scène centrale où Lescot s’adresse à « Ludmila », l’invitant à cesser un moment d’incarner Nina Simone. Il l’interroge sur son expérience de jeune femme noire isolée dans un haut lieu du patrimoine français : le Conservatoire National Supérieur d’Art dramatique. Contrairement à la musicienne américaine qui n’a pas pu étudier le piano classique dans une grande école à cause de sa couleur de peau, Ludmila, elle, a été admise au fameux « Cons’ ». Or dès sa première année là-bas, elle a eu envie (nul hasard) d’y mettre en scène un spectacle où elle incarne Nina Simone : un concert durant lequel la chanteuse avait demandé aux rares étudiants noirs présents dans la salle de se lever pour s’affirmer fièrement. Lors de la représentation devant les élèves du cours d’art dramatique, personne ne s’est levé. Cette séquence semble même avoir créé des remous inattendus au sein de l’établissement, mais le plus intéressant n’est pas là. Ce qui est fort, dans cet aparté, c’est qu’il dit l’impact « réel » d’un rôle sur un être. « Je n’ai pas réagi », raconte en effet Ludmila Dabo décrivant cet étrange moment où, actrice sur scène, elle demande à ses « vrais » camarades à se lever pour prolonger le geste militant du personnage qu’elle interprète. « Même si je ne vois personne se lever, dit-elle, je sais que moi je vais aller au bout de cette … réappropriation ». C’est alors que, dans son propre spectacle, poursuivant son « rôle » de modérateur impassible, David Lescot lâche le mot clé : « à ce moment-là, tu es un personnage ». Que veut-il dire exactement ? Un personnage historique ? Un personnage de théâtre ? Un personnage du monde réel qui se distingue soudain du commun des mortels ? L’immense charme de ce Portrait de Ludmila en Nina Simone (et du travail de David Lescot en général) réside dans cet art du décrochage, qui fait qu’à un moment ou à un autre, tout coïncide : la grande histoire, la petite intimité, le travail sur scène… et puis la vraie vie.

Portrait de Ludmila en Nina Simone, au théâtre de la Ville (espace Cardin, Paris 8e), jusqu’au 27 janvier
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Le danseur et chorégraphe Andy de Groat est mort

Le danseur et chorégraphe Andy de Groat est mort | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde 15.01.2019

 

Le fondateur de la compagnie Red Notes, créateur d’une soixantaine de spectacles, avait travaillé auprès de Robert Wilson.


Le danseur et chorégraphe Andy de Groat, personnalité essentielle de la scène contemporaine depuis le début des années 1980, collaborateur du metteur en scène américain Bob Wilson sur la première version du spectacle Einstein on the Beach (1976), est mort jeudi 10 janvier, à Montauban, où il était installé depuis 1997. Il avait 71 ans.

Né en 1947, à Paterson (New Jersey), aux Etats-Unis, Andy de Groat avait des racines très mélangées : hollandaise, italienne, française, allemande et anglaise. Passé par des études d’arts plastiques, à New York, il intègre la compagnie de Bob Wilson en 1967 et travaille auprès de lui sur différentes pièces comme Le Regard du sourd et Einstein on the Beach. Parallèlement, cet autodidacte croise également Jerome Robbins, le père de West Side Story (1957) et commence à chorégraphier ses propres spectacles.

Guy Darmet, directeur de la Maison de la danse de Lyon (1980-2010) : « Andy, c’est d’abord un regard, un sourire, la beauté et l’humour »

Il fonde la compagnie Red Notes, en 1973, à New York. Régulièrement, il débarque en France pour y présenter ses productions, insolites alliages de minimalisme et de flamboyance, soudés par une passion pour les interprètes de tous bords, professionnels et amateurs. Il choisit de venir travailler à Paris en 1982.

« Andy, c’est d’abord un regard, un sourire, la beauté et l’humour, se souvient Guy Darmet, directeur de la Maison de la danse de Lyon de 1980 à 2010. Dans l’explosion chorégraphique des années 1980, il représente l’indépendance, la liberté, un souffle différent de l’abstraction du maître Merce Cunningham. Il est à la fois derviche tourneur et pionnier de la lecture impertinente des grands classiques comme, épaulé par le compositeur Michael Galasso, Casse-Noisette, en 1995, ou La Bayadère, que j’ai programmé en 1988 à la Biennale de la danse de Lyon. »

Une perle inaltérable
Créateur d’une soixantaine de spectacles parmi lesquels Nouvelle Lune (1983), conçu pour les étoiles de l’Opéra national de Paris, Wilfride Piollet et Jean Guizerix, qui resteront des complices de travail au long cours, sa relecture du Lac des Cygnes (1982) le fait connaître. Il collabore avec le Groupe de recherches chorégraphiques de l’Opéra de Paris, piloté par Jacques Garnier. Il enchaîne les productions, du romantique Giselle (1992) à Tangos (1994), étrange mix de danse argentine et de vocabulaire classique, sur des musiques d’Igor Stravinsky, d’Erik Satie et d’Astor Piazzolla. Parallèlement, il met également en scène des opéras comme Orphée et Eurydice, de Gluck, ou The Rake’s Progress, de Stravinsky.

« Lorsque je suis arrivé à Paris en 1980, Andy était considéré par une génération comme la mienne comme une figure, forte, libre, intelligente et drôle qui aimait l’indépendance, se souvient le chorégraphe Daniel Larrieu. Auteur inventif, audacieux et iconoclaste, il a énormément contribué à la danse en France. »

Andy de Groat, danseur : « La “Danse des éventails” est un hymne à la coordination physique, mentale et sensorielle, à la discipline de groupe et à la liberté individuelle »

Régulièrement programmé au festival Les Hivernales d’Avignon par sa directrice Amélie Grand, il y présenta en 2009, à la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, un spectacle-déambulation somptueux, inspiré par le poète Gustave Mallarmé intitulé Autour de La Folie d’Igitur. Parmi les moments de grâce confiés par Andy de Groat à des dizaines de danseurs pro et amateurs, Fan Dance (Danse des éventails), transmise régulièrement depuis sa création en 1978, est une perle inaltérable, tourbillon cadencé de lignes subtilement enchevêtrées sur une musique de Michael Galasso.

Pour fêter le trentième anniversaire des Centres chorégraphiques nationaux, au Théâtre national de Chaillot à Paris, Daniel Larrieu proposa à certains de ses amis et collègues d’apprendre cette Danse des éventails, hommage à cet artiste mystérieux qui fila avant la fin de la représentation. Andy de Groat la présentait ainsi : « La Danse des éventails est un mélange de pas simples mais inhabituels auxquels s’ajoutent des mouvements de bras précis et un espace aléatoire constant. La conception de ce puzzle chinois est le mélange apparemment contradictoire entre unisson et liberté de mouvements. C’est un hymne à la coordination physique, mentale et sensorielle, à la discipline de groupe et à la liberté individuelle. » Ses Carnets, de notes et de dessins, sont déposés au Centre national de la danse de Pantin.

Andy de Groat en quelques dates


1947
Naissance à Paterson (New Jersey)

1973
Fonde la compagnie Red Notes à New York

1976
Collabore avec le metteur en scène américain Bob Wilson sur la première version du spectacle Einstein on the Beach

1978
Crée Fan Dance (Danse des éventails)

1982
S’installe à Paris pour travailler

2009
Présente un spectacle-déambulation, inspiré par le poète Gustave Mallarmé et intitulé Autour de La Folie d’Igitur dans le cadre du festival Les Hivernales d’Avignon

10 janvier 2019
Mort à Montauban (Tarn-et-Garonne)

 

 

Légende photo Le danseur et chorégraphe Andy de Groat. FESTIVAL D’AUTOMNE 1974

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Thomas Ostermeier fait retour sur « Retour à Reims » de Didier Eribon 

Thomas Ostermeier fait retour sur « Retour à Reims » de Didier Eribon  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan 15.01.2019

 


Après l’avoir lu en traduction allemande, Thomas Ostermeier a voulu mettre en scène l’essai à la fois biographique et sociologique de Didier Eribon. Il le fait par les voies du cinéma et d’un studio d’enregistrement tenant lieu de décor et de diffusion du texte. C’est astucieux. Malgré le talent d’Irène Jacob, cela ne remplace pas la lecture du livre.

Irène Jacob est une merveilleuse lectrice. Sa voix est douce, timbrée, enveloppante. Elle pourrait lire Blanche neige, la Bible ou l’un de ces Bottin téléphoniques en voie de disparition, on resterait sous le charme. Et on l’est, assurément, quand elle lit des passages de Retour à Reims de du sociologue, philosophe et ex journaliste Didier Eribon qui fut proche de Pierre Bourdieu et de Michel Foucault. Après une longue absence en forme de rejet, Eribon revient donc à Reims où il a passé son enfance dans une famille ouvrière, où, à l’adolescence, son homosexualité s’est éveillée, non sans tensions et humiliations. Et puis il est parti pour Paris, vivre librement son homosexualité, étudier et accéder à un autre milieu.

Questions d'identités

Un itinéraire comparable (milieu ouvrier, homosexualité, départ) à celui de Jean-Luc Lagarce. Sauf que Eribon rompt quasiment avec sa famille, ce que ne fait pas Lagarce (il envoie des cartes postales, revient parfois). Le retour est un thème qui hante l’œuvre de Lagarce depuis Retour à la citadelle jusqu’à sa dernière pièce Le pays lointain. Eribon dans Retour à Reims raconte l’ histoire de sa famille (son père, sa mère, ses frères) avec laquelle il renoue quelque peu lorsque son père est mourant (il ne viendra pas à son enterrement) et porte un regard rétrospectif sur sa propre vie en englobant son récit dans une analyse sociologique plus globale (classes sociales, etc) qui fait la force du livre. Par exemple, il se demande pourquoi une partie de sa famille qui votait pour le parti communiste vote aujourd’hui pour le Front National ; pourquoi, dans ses écrits, a-t-il tant abordé l’identité sexuelle et si peu l’identité sociale ?

Ce livre publié en 2009 a connu un légitime succès et à été traduit dans bien des langues. Thomas Ostermeier l’a lu en allemand et a voulu le porter à la scène. Après sa version allemande, puis sa version anglaise, voici la version française. La création a eu lieu vendredi dernier au Théâtre de la ville actuellement abrité à l’espace Cardin, à deux pas de l’Ambassade américaine et des Champs Élysées. La seconde, samedi soir, a dû être annulée, la préfecture ayant demandé la fermeture du théâtre pour cause de manifestations des gilets jaunes dont certains étaient peut-être venus de Reims et de ses environs et ont des vies comparables à celles des parents d’Eribon. Le public de la seconde du spectacle (bon nombre d’invités), reportée au dimanche soir appartient, lui, pour l’essentiel à la classe intello- bourgeoise, celle à laquelle appartient depuis longtemps Eribon. C’est aussi celle du directeur du Théâtre de la ville filmé ce dimanche par une équipe de télévision d’une chaîne nationale venue faire un sujet sur l’impact des gilets jaunes sur la fréquentation des salles de spectacle (suite à un article paru dans « le Monde » un ou deux jours avant). Une spectatrice interrogée s’étonnera de la question disant qu’il n’y a pas de mouvement social sans dégâts collatéraux et qu’on peut aller au théâtre un autre jour que le samedi. Étranges chassé-croisés.

De la page à l'image

Donc, assise derrière une petite table, devant un micro, Irène Jacob lit. On l’a vue auparavant entrer par une petite porte, déposer son manteau, allumer la lumière, se servir un verre d’eau. Elle attend ceux qui sont partis prendre un café, le propriétaire du studio d’enregistrement par ailleurs artiste rappeur ( Blade Mc Alimbaye ) et le réalisateur (Cédric Eeckhout) d’un film portant sur le livre d’Eribon avec la participation de l’auteur. Irène Jacob doit enregistrer le commentaire du film composé d’ extraits du texte d’Eribon , un écran de contrôle lui montre les images que l’on voit , nous, sur un grand écran. Tel est le dispositif particulier de Retour à Reims mis en scène par Thomas Ostermeier.

C’est l’histoire du moine sur le couvercle d’une boite de camembert qui tient lui-même un camembert sur lequel un moine, etc. Le film est bien sûr signé Ostermeier. Le metteur en scène allemand est retourné à Reims avec Eribon, il le filme dans le train, puis chez sa mère en train de regarder des photos de famille. A un moment, la caméra s’attarde, grassement si j’ose dire, sur les lourdes jambes de la mère d’Eribon. C'est un peu comme si Ostermeier, ne faisant pas confiance aux mots acerbes mais pudiques d’Eribon, les soulignait au crayon rouge. C’est pire qu’un pléonasme. Mieux vaut lire ou relire le livre.

A l’issue de cette première partie, une discussion a lieu entre le réalisateur et l’actrice sur un passage du texte supprimé qui rend peu compréhensible la suite, selon l’actrice. Puis, quelques jours plus tard, une autre discussion portant sur le choix images accolées au texte lu : le réalisateur a l’idée balancer des images d’une manif des gilets jaunes comme il s’en déroulé une la veille non loin du théâtre. L’actrice juge cela incongru. Le réalisateur lui donne finalement raison et remplace les gilets jaunes par des images noir et blanc d’une grand rassemblement poings levés, au temps du Front Populaire, semble-t-il.

Noir c'est noir

Enfin, dernier pan du spectacle, accroché à l’arrache au texte d’Eribon, le proprio black du studio d’enregistrement laisse place à l’identité de son interprète qui, à l’invitation du réalisateur (qui le filme) et donc par ricochet d’Ostermeier, nous parle de sa famille où l’on compte plus d’un tirailleur sénégalais (lesquels ne venaient pas seulement du Sénégal mais de toute l’Afrique coloniale française). Croyant venir travailler en France, ils furent les premiers à être envoyés en première ligne lors des combats obéissant à des officiers blancs, de belles hécatombes. Et le rappeur, avant de chanter, d’égrener d’autres discriminations : le tri fait par l’armée allemande parmi les soldats prisonniers, les blancs d’un côté , les noirs d’un autre (aussitôt fusillés), l’absence de pensions versées aux soldats africains par le gouvernement français ou encore différents massacres dans les camps du retour juste après la guerre à l’encontre de ceux qui demandaient qu’on leur paie une solde. Lui aussi a changé de classe en ayant du succès comme rappeur. Mais quel retour possible pour lui et où ?

Dans le programme de salle, on peut lire un long texte titré, tout simplement, « éloge de Thomas Ostermeier par Didier Eribon ». Ils se connaissent depuis deux ans (depuis que le metteur en scène l’a contacté) mais Eribon semble tout connaître d’Ostermeier et avoir tout vu. Il en profite pour parler d’Edouard Louis qui a signé « une éblouissante et bouleversante adaptation d’une Histoire de la violence » (livre dont il est l’auteur), Eribon cite également Geoffroy de Lagasnerie. Cela n’étonnera pas Saint-Germain-des-près. Ces trois amis forment, les media le savent bien, un trio inséparable comme l’étaient naguère les Trois ménestrels. On est définitivement loin de Reims.

Jusqu’au 16 février au Théâtre de la ville-espace Cardin, en association avec le théâtre de Vidy-Lausanne où le spectacle sera donné du 5 au 7 avril, puis du 28 mai au 15 juin.

 

Légende photo : Scène de"Retour à Reims" © Mathilda Olmi (théâtre Vidy-Lausanne)

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Pupilla, texte Frédéric Vossier, mise en scène Maëlle Dequiedt

Pupilla, texte Frédéric Vossier, mise en scène Maëlle Dequiedt | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello 13.01.2019

 

Pupilla, texte Frédéric Vossier (Saint-Laurent velours perdu, Pupilla, Chambres de Marguerite G. -Ed. Les Solitaires Intempestifs), mise en scène Maëlle Dequiedt

 L’imagination – une fabrique inlassable d’images mentales – est « maîtresse d’erreur et de fausseté », selon Pascal (Pensées), alors même que cette perversité se vérifie dans les deux sens, du côté du sujet inventeur et créateur, comme de l’objet conçu.

L’esprit fantastique peut-il se représenter les choses au moyen des images ?

Tromperie du langage et tromperie de la communication : l’illusion de l’idolâtrie repose sur des apparences trompeuses et des identifications fallacieuses.

Les idoles ne sauraient être des représentations adéquates de figures idéales et atemporelles : elles ne sont que des simulacres, de vaines apparences, des images.

Avec le texte Pupilla que met brillamment en scène Maëlle Dequiedt avec pour interprète l’actrice inventive et généreuse Laure Werckmann, figure iconique à la palette de jeu plurielle – touches d’émotions, vif allant et volonté déterminée -, capable d’élever une stèle de dignité et d’humanité profonde à son personnage, l’auteur de théâtre Frédéric Vossier s’amuse à déconstruire finalement le cliché de la mythique actrice hollywoodienne, non pas Marilyn Monroe, mais Elizabeth Taylor.

En tentant de capter le secret de sa force vitale – une pulsion de vie inentamable. Liberté de la femme, démesure et désir absolu de mordre la vie à pleines dents – père, mère, frère, hommes et femmes, en se moquant des conventions et attendus.

Laure Werckmann, spectatrice-narratrice installée dans une salle de cinéma aux chaises rigoureusement alignées, évoque la vie de cette icône de cinéma, un écran de salle obscure sur le lointain où sont projetées dès le début, des extraits de films mythiques. Et Elizabeth a été mariée huit fois dont deux fois avec Richard Burton.

Nommer Richard, répéter son nom, le convoquer sur la scène et l’appeler sans fin, voilà une profération dont ne se lasse jamais l’interprète – mi – Liz mi – Laure.

L’écriture de Frédéric Vossier est répétitive, hallucinée et hallucinatoire, et la comédienne s’approprie peu à peu la conscience éclairée de cette âme en peine, comme si émettre un jugement, dire son sentiment, puis l’émettre et le redire encore une fois augmentait les sensations éprouvées par ce sentiment unique d’exister.

Des images apparaissent avec Liz Taylor et Richard Burton, séparément ou ensemble ; l’interprète sur le plateau de scène a l’allure hagarde, à la fois éblouie et aveuglée par son personnage, elle déambule et erre entre les sièges qu’elle écarte.

Habitée par d’autres voix et d’autres figures fantomatiques, l’interprète ne cesse d’invoquer Ludwig – Louis II de Bavière, empereur mécène de Richard Wagner – encore un autre Richard – et cousin d’Elizabeth d’Autriche – autre Elizabeth -, qui a donné son nom au film de Luchino Visconti, Ludwig ou le crépuscule des dieux.

Image voguant entre réel et fiction, invention, mensonge, trivialité et vulgarité, Elizabeth Taylor reste aujourd’hui l’une des pionnières – femmes subversives – à s’être attaquée aux préjugés misogynes et réactionnaires du cinéma américain.

L’évocation d’une figure féminine si flamboyante, incarnée par une comédienne à la fois malicieuse et sensuelle sur la scène, vivante et tonique, trouve son équilibre à travers non seulement la discrétion suggestive de la musique, mais à travers encore les images projetées qui posent le décor et la teneur d’une atmosphère ineffable.

Devant l’écran, un rideau de fil renouvelle, en se mouvant, les apparitions de l’icône.

Ainsi, la splendeur majestueuse des montagnes enneigées, inspirées par la Bavière ou les paysages de La Montagne magique de Thomas Mann, bribes d’une présence au monde singulière et irremplaçable auprès de la grande nature consolatrice :

« Paysage de montagne dans la brume. Le sommet d’une haute montagne. Quand on parle de la montagne. Quand une femme se met à parler de la montagne. Elle pourrait dire : viens. Elle pourrait dire : monte encore avec moi sur les hauteurs. Elle pourrait répéter : viens jouer avec moi dans la forêt et dans la montagne. »

Immatérielle et aérienne, telle l’icône de cinéma entrevue en noir et blanc sur l’écran, mais encore présence charnelle de théâtre grâce au jeu libre et spontané de la comédienne qui reste soi, Laure Werckmann soumet le public à son rayonnement.

Véronique Hotte

Théâtre de la Cité internationale, 17 boulevard Jourdan 75014 Paris, du 11 au 31 janvier 2019, lundi, mardi, vendredi 20h, jeudi, samedi 19h, relâche mercredi et dimanche. Tél : 01 43 13 50 50

 

 

Crédit photo : Mathilde Delahaye

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« Les idoles » du jeune Christophe Honoré dans l’œil du Sida 

« Les idoles » du jeune Christophe Honoré dans l’œil du Sida  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan 14.01.2019

Photo Jean-Louis Fernandez

 


Cinéastes, écrivains, auteurs dramatiques, journalistes, ils sont tous morts du sida à la même époque, celle de la jeunesse de Christophe Honoré, et tous homosexuels comme lui.Il les met en scène en reprenant la méthode de travail qui avait fait le succès de son spectacle « Nouveau roman ».  On ne gagne pas à tous les coups.
 
Six ans après Nouveau roman, Christophe Honoré signe Les idoles. Pour impersonnels qu’ils soient, les titres cachent une approche personnelle. Dans le spectacle de 2014, l’écrivain Christophe Honoré approchait des écrivains qu’il avait lu, aimé et qui étaient rassemblés autour d’une même maison d’édition, les Éditions de Minuit, formant un groupe, celui les écrivains du Nouveau roman, qui, en fait, se résume à une photo devenue célèbre.

Morts en 35 et 59 ans

Dans le nouveau spectacle, l’écrivain, l’homme de théâtre et le cinéaste Christophe Honoré rassemblent des êtres qui, comme lui, sont homosexuels et ont marqué sa jeunesse, tout comme les écrivains du Nouveau roman. Et il reprend le même principe de production : choix des acteurs pour incarner les personnages sans souci de ressemblance immédiate, gros travail de documentation et d’échanges, improvisations filmées à partir de thèmes ou de faits, retranscription, écriture. Une méthode dont Nouveau roman a montré l’efficacité (lire ici), c’est moins probant avec Les idoles. Pourquoi ?

Toutes les idoles de Christophe Honoré ont tragiquement disparu, des hommes morts du sida entre 1989 et 1995 (année où commencent à arriver les trithérapies). Par ordre de disparition : l’écrivain de théâtre Bernard Marie- Koltès, le cinéaste Jacques Demy, l’écrivain mais aussi journaliste Hervé Guibert, le journaliste mais aussi écrivain Serge Daney, le cinéaste Cyril Collard, l’écrivain de théâtre Jean-Luc Lagarce. Le plus jeune (Collard) avait 35 ans, le plus âgé (Demy) 59 ans.

Chacun a un rapport particulier au sida. Guibert, dès lors qu’il est atteint par le virus, le met au centre de son œuvre tout comme Collard. Pour Largarce qui ne cache pas sa maladie, ce n’est pas un sujet (ce mot n’apparaît pas dans ses pièces), il en va de même pour les écrits et articles de Serge Daney. En revanche, quand Demy meurt en 1990, sa compagne Agnès Varda interdit de mentionner qu’il est une victime du sida , elle ne le révélera publiquement qu’en 2008.

Une certaine disparité

Il est évident que la maladie à l’époque assortie d'une mort annoncée plus ou moins proche et sans compter les ami(e)s qui disparaissent, infléchit l’œuvre des uns et des autres. Contrairement aux écrivains du Nouveau roman qui, bien que très différents les uns les autres, se connaissent, se croisent aux Éditions de minuit, ces artistes atteints du Sida sont beaucoup plus éclatés, certains ne se sont jamais rencontrés. C’est d’abord le fait d’être des idoles de l’ex jeune d’Honoré et d’être morts du Sida en une poignée d’années qui les réunit.

Cette disparité, relayée par celle des disciplines (écrivains, dramaturges, cinéastes, journalistes) entraîne une atomisation du spectacle, chacun étant mis tour à tour en avant: Marina Fois disant le très beau texte de Guibert sur la mort de Foucault d’une voix à peine audible, Julien Honoré disant le bouleversant texte (retrouvé après sa mort) où Lagarce raconte la dernière nuit passée avec son ami Gary quasi mourant. Etc. A chacun son moment. C’est moins réussi avec Collard (Harisson Arévalo) ou Koltès (Youssouf Abi- Ayad), compliqué avec Daney, cependant l’acteur Jean-Charles Clichet (qui était le Robbe-Grillet de Nouveau roman) imagine de belles parades. Bref, on est ici au top de l’émotion, là à la peine, le décor qui ressemble vaguement à un lieu de drague n’est pas toujours d’une grande aide en la matière.

Conscient de cela, Christophe Honoré, par de multiples voies d’accès, en entraînant ses acteurs sur les voies de l'improvisation ou en nourrissant une bande son allant des Doors aux Demoiselles de Rochefort, tente de multiplier les scènes collectives et de mettre de la gaîté, du mouvement. Il n’y parvient pas toujours.

L’idée forte, et on ne peut plus productive, c’est d’avoir confié le rôle de Jacques Demy à Marlène Saldana. Demy est plus vieux que les autres, il est un peu à part, Saldana a plus d’abattage que les autres et plus le goût de l’invention . En matière d’improvisation et d’aventures casse-gueules, elle a quelques kilomètres d’avance au compteur. C’est une habituée ds spectacles bringuebalants de la compagnie Zerep et les murs de la Ménagerie de verre n’ont pas oublié ses prestations dingos dans les spectacles d’Yves-Noël Genod. Christophe Honoré, sous le charme, lui offre des numéros d’anthologie, depuis Liz Taylor ramasseuse de fonds pour le Sida jusqu'à la confection en rythme de crêpes bretonnes en petit tablier sur son bustier, en passant par une danse frénétique et déjantée qui entraîna spontanément les applaudissements du public de l’Odéon un soir de première où bon nombre de spectateurs découvraient le phénomène. Une idole de plus, mais bien vivante celle-là.

Créé au Théâtre de Vidy à Lausanne, après différentes villes, le spectacle Les idoles est à l’Odéon-théâtre de l’Europe jusqu’au 1er février, il sera à la Comédie de Caen les 6 et 7 fév et au Granit de Belfort les 14 et 15 fév.

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Orphée aphone, texte et interprétation de Vanasay Khamphommala

Orphée aphone, texte et interprétation de Vanasay Khamphommala | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mireille Davidovici dans Théâtre du blog - 13 janvier 2019

 

 

Orphée aphone, texte et interprétation de Vanasay Khamphommala

 En prologue à Orphée aphone, le spectacle s’ouvre sur une Invocation à la muse, où le comédien-poète cherche l’inspiration sous les coups d’une muse fouetteuse, interprétée par la performeuse Caritia Abell. Cet étrange rituel, dans un décor bucolique un peu mièvre,  allie sado-masochisme et tendresse romantique. Il apparaît comme un bricolage improvisé en direct, dont on suit l’élaboration grâce à un surtitrage décalé et humoristique. On ne cerne pas vraiment l’utilité de cet incipit dans l’économie générale du spectacle. Il  se veut création éphémère, en contraste avec Orphée aphone, rigoureusement écrit et composé. Et comme une esquisse d’où surgira le corps de la pièce. 

 Orphée apparaît enfin ; selon le mythe, en quête de son Eurydice, précipitée aux Enfers le jour de leurs noces par une morsure de serpent. Mais, brisé de douleur, le Poète des poètes a perdu sa voix légendaire. Sans elle, comment convaincre les divinités souterraines de lui rendre sa bien-aimée ? Faute de chant, il lui reste la parole.  Vanasay Khamphommala a été chanteur puis perdu sa voix : « Orphée aphone est une tentative de répondre au silence qui s’est imposée à ma vie, dit-il. Une manière de retrouver une voix silencieuse dans l’écriture.» Comme Orphée, en deuil d’un être cher, il tente aussi avec cette pièce: «de ressusciter un fantôme dans la fiction.» Il choisit l’alexandrin, vers classique par excellence, qu’il émaille de trivialités, à la manière de William Shakespeare dont il a traduit plusieurs œuvres.

En deux parties, la pièce, contrairement à l’original, donne la parole à Eurydice, à la suite d’Orphée. Corps longiligne d’éphèbe, Vanasay Khamphommala évolue avec grâce dans la scénographie simple et légère de Caroline Oriot qui se transforme à mesure que le héros s’enfonce dans les ténèbres. Un voile suffit à habiller l’espace, et les changements de costume marquent les variations de tonalité. Des images surgissent sous l’effet des lumières, accompagnant dans la première partie, un jeu lent et solennel, porté par le texte.

La métrique horlogère de la partition écrite et de la gestuelle  sont celles d’un engagement entier. De par sa formation musicale et théâtrale, l’artiste maîtrise tous les codes et chacun de ses mouvements donne à cette première partie une inflexion tragique, rompue à bon escient par des traits d’humour et quelques vulgarités. Il conçoit son adaptation comme un «hommage irrévérencieux».   «La perfection que ce classicisme exige est, comme le visage d’Eurydice, une perfection inaccessible.»

 Abandonné à son triste sort, Orphée se métamorphosera en Eurydice. Les alexandrins se disloquent en sanglots et le lamento se brise en éclats, dans la mise en pages du livre comme dans l’espace scénique. Eurydice répond à Orphée sous une forme plus contemporaine, jouant de l’ambiguïté masculin/ féminin. « Le silence est aux morts/ la parole aux vivants/ et chanter pour les morts/c’est chanter pour le vent/  espérant que/peut-être/ traversant le temps/ le vent leur portera/ l’écho de notre chant/ », dit l’amante dont la voix fond, à la plainte de Didon dans l’aria finale du Dido and Aeneas,  opéra d’Henry Purcell : « Remember me/but ah/ Forget my fate (…).   » avec une voix perchée de mezzo-soprano.

 Vanasay Khamphommala, traducteur et auteur d’un Faust,  et de ce premier spectacle personnel, se présente aussi comme «chanteuse ». Artiste associé au Centre dramatique national de Tours où il travaille comme dramaturge depuis plusieurs années, notamment pour les mises en scène de Jacques Vincey, directeur des lieux, il signe ici une performance poétique et baroque, où la langue et la versification, soigneusement architecturées, soutiennent une interprétation fluide et légère. On regrette un peu l’introduction improvisée de cette Invocation à la muse, plus kitsch que sado-maso, dont la fausse ironie nous a moins convaincus, même si cette performance témoigne du même engagement corporel qu’Orphée aphone. On découvre ici un artiste original qui  met ses capacités littéraires, physiques et vocales au service d’un mythe réactualisé, en jouant sur le trouble du « genre ». Un thème dans l’air du temps, mais déjà présent dans l’antiquité gréco-romaine, notamment chez Platon, ou Ovide dont on a célébré en 2017, les deux mille ans de la mort ).

 Mireille Davidovici

Du 9 au 15 janvier, Théâtre Olympia, 7 rue Lucé, Tours (Indre-et-Loire) T. : 02 47 64 50 50.  

Du 11 au 15 mars, aux Plateaux Sauvages à Paris XX ème.

 Le texte est publié dans un recueil avec un autre conte des Métamorphoses d’Ovide, Vénus et Adonis, aux Editions Théâtrales.

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La Vie trépidante de Laura Wilson : portrait féroce d'une situation précaire

La Vie trépidante de Laura Wilson : portrait féroce d'une situation précaire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Hadrien Volle dans Sceneweb / 6 juillet 2017  /

Article publié à l'occasion du festival d'Avignon 2017

 


Le NEST de Thionville va présenter sa nouvelle « production maison » bien loin de sa demeure, à Avignon. Dans celle-ci, on retrouve des acteurs habitués de la scène Mosellane dont Isabelle Ronayette dans le rôle qui donne son nom à la pièce, « La Vie trépidante de Laura Wilson ». Une réflexion cynique sur le monde du travail et son impact social totalement en phase avec l’air du temps.

Au début et à la fin, Laura Wilson rêve. Elle rêve d’abord des multiples façons d’assassiner son supérieur qui vient de la virer, et la pièce s’achève (presque !) sur son rêve de mener une existence paisible dans un tableau de Peter Bruegel. Entre ces deux songes, Laura pourrait être un cas d’école pour étudier ceux qui perdent tout. Après son travail, elle perd son mari, la garde de son enfant, son amour propre et tout un tas de choses qui vont de pair avec une vie professionnelle en berne dans la société moderne.

La Vie trépidante de Laura Wilson s’ajoute ainsi à ces pièces actuelles soulignant l’obscénité du monde du travail, dans le genre de Dans un canard de Jean-Daniel Magnin présenté au Théâtre du Rond-Point plus tôt dans la saison. Ici, dans la pièce de Jean-Marie Piemme, une bande de scénaristes imagine les turpitudes d’une jeune femme broyée, mais avec un cynisme et un humour nécessaires pour continuer à lutter. Laura Wilson est de ces anti-héros qu’on envie autant qu’on évite, à la manière d’une Ginette, jouée par Marie-Anne Chazel dans les Visiteurs.

La plume acerbe de Piemme est servie par des comédiens et un musicien particulièrement fins, jonglant avec les rôles : les hommes sont parfois des femmes, Laura Wilson est parfois tous les autres dans sa situation. L’utilisation de la vidéo est pertinente – notamment pour donner une image du point de vue de l’enfant qui assiste au déchirement de ses parents – mais la mise en scène est un peu gâchée par quelques scories scénographiques comme la présence de micros sur pieds que rien ne justifie et qui sont un obstacle entre le spectateur et l’héroïne. Mais cela n’enlève d’intérêt ni au texte, ni aux acteurs, qui ont le mérite de jouer avec brio sur ce sujet sensible et oh combien actuel.

Hadrien Volle – www.sceneweb.fr

La Vie trépidante de Laura Wilson de Jean-Marie-Piemme, mise en scène Jean Boillot
Avec Philippe Lardaud, Régis Laroche, Hervé Rigaud et Isabelle Ronayette
NEST, CDN de transfrontalier de Thionville-Grand Est
Durée: 1h25

Théâtre de la Commune à Aubervilliers
10 JANVIER AU 18 JANVIER 2019


photo – Arthur Péquin

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Le théâtre au Maroc, entre adaptations et nouvelles dramaturgies, par Omar Fertat

Le théâtre au Maroc, entre adaptations et nouvelles dramaturgies, par Omar Fertat | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Eric Bataillon sur le site de RFI

Diffusion : dimanche 13 janvier 2019

 

Le théâtre au Maroc, entre adaptations et nouvelles dramaturgies entretien avec l'universitaire Omar Fertat.

 

Ecoutez en ligne l'entretien sur le site de RFI (20 mn)


Voici une plongée dans le théâtre marocain, à l’occasion de la sortie du dernier livre de l’universitaire Omar Fertat. Dans cet ouvrage extrêmement documenté, riche en informations inédites et fort d’une analyse minutieuse de l’évolution de cette pratique interculturelle au Maroc, l’auteur nous propose un vaste panorama de l’évolution de cette scène théâtrale marquée successivement par la traduction, puis l’adaptation de textes étrangers jusqu’à la création pure contemporaine, un nouveau répertoire adapté à son public.


Légende photo : L'universitaire Omar Fertat. © RFI/Eric Bataillon

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Christine Citti : la citoyenneté

Christine Citti : la citoyenneté | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Joëlle Gayot sur le site de son émission "Une saison au théâtre" sur France Culture 13.01.2019

Ecouter l'émission en ligne (30 mn) 

 


Rencontre avec une comédienne devenue auteure de théâtre après une immersion dans un foyer de jeunes à la Courneuve. Christine Citti pense que le théâtre peut aider le monde à aller mieux. Pour elle, la citoyenneté n'est pas un vain mot.


Le citoyen est, selon la définition du Littré, celle ou celui qui jouit du droit de cité dans un Etat. Celle ou celui qui exerce les droits du citoyen. Par exemple, le droit de vote. Mais entre le droit et le réel, il y a parfois des marges abyssales.

Le théâtre est-il en mesure d’aider des femmes et des hommes à devenir des citoyens ? Si les artistes ne sont pas des missionnaires et encore moins des dames patronnesses, ils ont sans doute un rôle à jouer dans l’éveil à la citoyenneté : citoyenneté du spectateur, bien sûr, mais citoyenneté, surtout, de celles et ceux qui ne constituent pas un public acquis, conquis, facile, captif. 

Aller se confronter à la jeunesse des banlieues, lui donner une parole, un corps, une présence sur le plateau, c’est ce qu’a fait l’actrice, réalisatrice, scénariste et auteure Christine Citti dont le texte,  Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, mis en scène par Jean Louis Martinelli, se joue bientôt à la MC 93 de Bobigny.  

C’est donc avec Christine Citti que nous ouvrons aujourd’hui à sa lettre C comme Citoyenneté notre encyclopédie vivante du théâtre.

Et, en fin d'émission, coup de fil à  Laurent Dréano, directeur de la Scène nationale d'Amiens

 

 


Légende : Christine Citti• Crédits : Caroline Bottaro

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"SStockholm", l’enfermement psychologique par la lorgnette : une pièce de Solenn Denis créée au TNBA - Bordeaux

"SStockholm", l’enfermement psychologique par la lorgnette : une pièce de Solenn Denis créée au TNBA - Bordeaux | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Olivier Fregaville-Gratian d'Amore  dans son blog l'Oeil d'Olivier 17 janvier 2019 

Dans SStockholm, au TnBA, Solenn Denis explore le rapport entre victime et geôlier

Reprenant sa première création qui s’inspirait de l’affaire Natasha Kampusch, Solenn Denis, artiste associée du TnBA et dont on a pu apprécier la plume acérée, vénéneuse dans l’excellent Sandre en 2014, puise dans les tréfonds de l’âme humaine, celle corrompue du bourreau, mais aussi celle pervertie de la recluse, et cisèle un texte âpre, brutal qui donne des frissons. Une immersion glaçante dans la relation otage – geôlier !

On entre dans la salle par la petite porte à l’arrière du décor. On traverse le plateau, encore ignorant du drame qui va s’y jouer. Dans une pénombre savamment travaillée, chacun cherche presque à tâtons, une place pour s’asseoir sur l’un des deux gradins qui bornent la scène, ce ring où bientôt deux êtres vont confronter leur regard, leur violence, leur désir, leur droit, leur devoir. Une odeur de terre fraîchement retournée exhale du sol. Tout est fait pour qu’un certain malaise envahisse le spectateur, que des interrogations titillent son esprit. Mais où est-on au juste ?

Le noir se fait. Deux faisceaux de lumière viennent éclairer l’espace, le scruter. Deux jeunes femmes, frigorifiées, pointent le bout de leur nez. Comme deux voleuses revenant sur le lieu d’un crime prescrit depuis longtemps ou comme deux rescapées venant religieusement se recueillir dans une maison devenue relique, elles n’osent entrer. Très vite, les souvenirs de l’un d’elles remontent à la surface, la submergent. Tout bascule. Elle se revoit quelques années plutôt, errer dans cet étrange lieu, qui évoque le dénuement, la pauvreté.


Au centre d’une pièce sans fenêtre, une étroite table en formica et deux chaises sont à peine éclairées par la lumière froide, clinique provenant de néons. Tout respire le vide. Installés, face à face, un homme et une jeune femme picorent dans une même assiette, dissertent de la vie, de la guerre froide, de « chats à fouetter » au propre comme au figuré, de cactus, du film qu’il y avait hier soir à la télé. Tout est assez insolite, bizarre. Cela sonne faux. Sont ils mari et femme, amant, père et fille, ou bien autre chose ?

Alors que l’atmosphère se tend, une forme de perversion se dégage de leur conversation. L’homme s’impose, devient dominant, violent. Récalcitrante, difficilement domptable, la jeune fille le provoque. Elle refuse d’obéir, se cambre, mais finit par céder à ses demandes toutes plus étranges les unes que les autres. Les lignes se troublent, la tension est de plus en palpable. L’orage éclate. Les corps se séparent. Puis tout recommence. Les mêmes dialogues, les mêmes gestes se répètent. L’un est le bourreau, l’autre, une victime.

S’inspirant de l’histoire de Natasha Kampusch, une jeune autrichienne retenue plus de huit en captivité par son ravisseur,drame qui avait secoué l’Europe en 2006, Solenn Denis signe un texte brut, cinglant, taillé à la serpe, sans compromission, sans fioriture. De sa vision presque clinique, elle plonge dans les névroses de deux êtres, les noirceurs de leur âme, creuse au plus profond afin de décortiquer les mécanismes qui régissent le couple prisonnière – geôlier, la genèse du syndrome de Stockholm. Sans excuser la violence du crime, l’enfer de la séquestration, elle esquisse dans ce récit âpre la frontière fragile entre fantasme et passage à l’acte, entre soumission et rébellion, entre amour et haine.




De cette promiscuité imposée, de cette servilité infligée, une relation trouble née modifiant les sentiments de l’un et de l’autre, corrompant leur regard, leur faculté de jugement. Portée par Erwan Daouphars, magistral, autant doux qu’inquiétant, et Faustine Touran, follement enfantine, terriblement mature, accrochée coûte que coûte à une possible libération, qui ne pourra exister que dans la mort de l’un des deux, SStockholm prend aux tripes, secoue les entrailles. Un spectacle déroutant, décapant dont la brutalité est nécessaire, la rudesse salvatrice !

SStockholm de Solenn Denis
TNBA
Studio de création
3, Place Pierre Renaudel
33800 Bordeaux
jusqu’au 1er février 2019
du mardi au vendredi à 20h00 et le samedi à 19h00
durée 1h20

Mise en scène du Collectif Denisyak
Avec Erwan Daouphars, Faustine Tournan & Solenn Denis
Scénographie d’Éric Charbeau & Philippe Casaban
Création lumière d’Yannick Anché
Création sonore de Jean-Marc Montera
Regard chorégraphique d’Alain Gonotey
Construction décors de Nicolas Brun & Stéphane Guernouz
Ce texte, publié aux éditions Lansman, a reçu la Bourse d’encouragement du CNT 2011 et le Prix Godot 2012.
Reprise de production Collectif Denisyak et Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine
Production Compagnie du Soleil Bleu (dans le cadre de la Pépinière du Soleil Bleu-Glob Théâtre)
Collaboration avec le Collectif Denisyak
Coproduction avec l’IDDAC – Institut Départemental de Développement Artistique et Culturel – Gironde, OARA – Office Artistique de la Région Aquitaine, Glob Théâtre – Bordeaux
Soutien financier de la DRAC-Aquitaine, de l’ADAMI et de la Ville de Bordeaux.

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David Arribe, entre rêve et réalité

David Arribe, entre rêve et réalité | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Léna Martinelli dans Les Trois Coups 17 janvier 2019

 

Voir sur le site d'origine 

Quand il ne crève pas l’écran, David Arribe brûle les planches. Entre deux rôles, rencontre avec un acteur exceptionnel.

Il est là ! C’est un début de soirée d’hiver, ce moment où le trac commence à le gagner quand il foule les plateaux de théâtre. Ce soir, relâche. Il répète le prochain spectacle, Face à face, créé aux Plateaux Sauvages et repris au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 24 février.

Dans cette adaptation du scénario d’Ingmar Bergman par Léonard Matton, Jenny, une psychiatre comblée en apparence, tombe dans la dépression. À travers ses rêves et ses cauchemars, celle-ci va se livrer à sa propre analyse, telle une enquêtrice sur la piste de son trauma enfoui le plus intime.

Pour l’accompagner dans son face-à-face, Thomas, une rencontre d’un soir, est en retrait. Dans cette affaire ultra-sensible, David Arribe tempère son jeu pour contenir le flot d’émotions de ce personnage plein de mystère, dont on apprend qu’il a survécu, lui aussi, à une tentative de suicide. Il nous conduit loin des rivages conventionnels, tandis que sa partenaire, Emmanuelle Bercot, exprime haut et fort sa souffrance.

S’il est doux comme un agneau, on devine toutefois quels démons intérieurs Thomas a dû combattre : « C’est une nouvelle expérience passionnante car Bergman ouvre à tous les possibles. Il explore l’infiniment petit en découpant l’âme au scalpel. Or, l’intime confine à l’universel », précise David Arribe. Cette création met bien en avant l’immédiateté du jeu des acteurs, entre rêve et réalité.

Intensité poétique

Cette pudeur, David ne l’a pas tout le temps. Tout dépend évidemment du personnage ! Mais il aime le trouble. Laisser planer le mystère. Quel que soit le rôle, il met en jeu cet abîme. Toujours sur le fil du rasoir, il alterne force et fragilité, entre ombre et lumière.

David Arribe fait beaucoup de théâtre mais il a endossé son premier grand rôle au cinéma. Dans Mes Frères, de Bertrand Guerry, il incarne Rocco, qui a connu son heure de gloire sur la scène du rock indé. On le retrouve dix ans plus tard sur une île, défilant en tête de la fanfare locale, toujours aux côtés de son frère. Au-delà de la maladie incurable de Rocco, un secret les lie. Un soir, leur sœur Lola réapparaît dans leur vie. Des souffrances humaines ont brisé les cœurs, meurtri les corps et enfoui la parole, mais la joie va renaître de la fraternité.

RécompenseS

Encore une fois, il est question de vie et de mort, dans ce film très lumineux. Et David Arribe est là, face à moi, fou de joie car auréolé de nouveaux prix. En effet, il vient d’apprendre que le Festival international du film de Bruxelles lui a remis le Prix du meilleur acteur 2018. Il croit rêver. Pourtant, le rôle de Rocco lui a valu une autre récompense : Prix d’interprétation au Richmond International Film Festival (États-Unis).


Il faut dire que sa prestation est époustouflante. Juste, sensible, David nous fait très bien partager ses sentiments : la frustration, l’abattement, la colère ou le rire du désespoir, mais sans pathos ni victimisation. Il ne cherche effectivement pas à sauver son personnage, nous le rendant parfois antipathique. De la force de la nature au paralysé, de la « grande gueule » à l’homme meurtri, l’acteur impressionne par sa palette de jeu. Il est convaincant du début à la fin, subtil dans ses paradoxes.

« Il y a un avant et un après Rocco »

Une vraie reconnaissance, aujourd’hui, même si ce ne sont pas les premières. En effet, il a aussi été remarqué pour son interprétation dans Invisibles, écrit et mis en scène par Nasser Djemaï (Nouveau talent théâtre 2014 au Prix SACD et trois nominations aux Molières en 2014).

Mais quel est donc son parcours ? Après des études théâtrales à l’université Paris VIII, il a été formé à l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (l’École de la rue Blanche) comme comédien. Il a travaillé sous la direction, entre autres, de Redjep Mitrovitsa, François Rancillac, Alain Ollivier, Andrzej Seweryn.  De grands metteurs en scène et certains moins connus, aussi, car David aime participer à des projets collectifs. Il apprécie les aventures au long cours qui font grandir ensemble : « Mes Frères m’a occupé cinq ans. La Trilogie d’Alexandre dix ans. Peut-être que l’exploration de l’univers de Bergman m’accaparera aussi longtemps ? ».

Flamme intérieure

Sa carrière répond à des coups de cœur. Sa générosité s’exprime aussi dans sa façon d’aborder les rôles. Le comédien se glisse aisément dans la peau de ses personnages mais il se documente beaucoup. Ainsi, pour Rocco, il est allé à la rencontre de malades et il perdu 15 kilos. Tordu par la maladie de l’homme de pierre, sa métamorphose physique est impressionnante et il a su donner de l’épaisseur au personnage. Son engagement est total et chaque expérience le transforme en profondeur : «  Il y a un avant et un après Rocco ! Aujourd’hui, je ne suis plus le même acteur ni le même homme ».



Déjà en 2017, David, seul sur scène, faisait vibrer le public dans Vivre, provoquant des vagues d’émotions, jouant un personnage qui redonne foi en l’humanité, projetant la lumière sur un sujet d’actualité sombre : le terrorisme. Peut-on expliquer ce don par une sorte de flamme intérieure ? Et si c’était la grâce…

Vivre est le troisième volet de La Trilogie d’Alexandre, écrite et mise en scène par Hugo Paviot, fondateur de la compagnie Les Piqueurs de Glingues. Celui-ci nous relate comment la grande Histoire peut influer, par ses traumas, sur le destin d’une famille et se répercuter sur les générations suivantes. Depuis 2012, David incarne le personnage central dans les trois pièces. Dans la dernière, Alexandre échappe de peu à un attentat suicide dans un pays du Moyen-Orient. Il s’obstine alors à retrouver la fillette qui a failli appuyer sur la ceinture explosive.

Entre deux rôles

Le comédien aime évoquer ses personnages : « Un rôle ne se choisit pas. Il vient à vous. Et il n’y a pas de hasard. Il arrive au bon moment. Par exemple, le rôle de Rocco a répondu à une nécessité impérieuse, pas narcissique, plutôt celle de me remettre en question et de me faire avancer en tant qu’être humain ».


Il parlerait pendant des heures et on l’écouterait volontiers. Il s’excuse. S’abrite derrière Michel Bouquet, Jeanne Moreau, pour d’exquises citations. Mais on préfère consigner ses propres mots. Car non seulement c’est un grand acteur mais il écrit.

Sa dernière pièce date de 2014. Il a participé à un projet d’écriture collective dont le texte final, En haut !, est publié aux éditions Lansman. Mais c’est une autre histoire. Pour l’heure, on lui souhaite donc d’autres beaux rôles, à la hauteur de son talent. ¶

Léna Martinelli

Face à face, d’après Ingmar Bergman

A2R Compagnie

Mise en scène : Léonard Matton

Avec : Emmanuelle Bercot, Philippe Dormoy, Thomas Gendronneau, Lilith Grasmug, Nathalie Kousnetzof, Évelyne Istria

Assistant à la mise en scène : Camille Delpech

Scénographie et lumières : Yves Collet

Composition musiques : Claire Mahieux

Composition piano : Jules Matton

Création costumes : Raoul Fernandez

Conseil artistique : Roch-Antoine Albaladéjo

Durée : 2 h 10

Théâtre de l’Atelier • 1, place Charles Dullin • 75018 Paris

Du 16 janvier au 24 février 2019, du mardi au samedi à 21 heures, le dimanche à 15 heures

De 10 € à 40 €

Réservations : 01 46 06 49 24 et en ligne

Teaser

Tournée

Le 16 mars au Théâtre municipal de Sens
Le 2 avril à l’Espace Legendre, à Compiègne
Le 9 avril à la M.C.N.A., Maison de la Culture de Nevers Agglomération
Le 11 avril au Théâtre d’Auxerre

 

Légende photo : David Arribe dans « Vivre » d’Hugo Paviot © Xavier Cantat

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Grandeurs et misères des comédiens : Le Faiseur de théâtre, de Thomas Bernhard

Grandeurs et misères des comédiens : Le Faiseur de théâtre, de Thomas Bernhard | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot  dans Le Figaro  le 17/01/2019 

 

 

CHRONIQUE - Au Déjazet, André Marcon subjugue dans Le Faiseur de théâtre, de Thomas Bernhard. Drôle, féroce, jubilatoire.

Le théâtre ne déteste pas se prendre comme l'objet de ses comédies ou de ses tragédies. Le hasard des calendriers fait que, cette semaine, on peut découvrir à Sceaux une pièce élisabéthaine, célèbre, mais rarement jouée, qui montre des spectateurs grimper sur le plateau pour donner des conseils aux comédiens! C'est Le Chevalier de l'Ardent Pilon dans une version repensée par Declan Donnellan. L'Illusion comique, pour reprendre le titre de la comédie baroque de Corneille, est aussi toujours efficace.

Parmi les écrivains du XXe siècle qui ont fait de l'interrogation du théâtre même l'un des axes de leur création, Thomas Bernhard arrive au premier rang. Romancier exceptionnel qui tresse sa vérité, son passé douloureux, pour nourrir Gel dès 1962, un fil qu'il ne lâchera jamais, Bernhard ne se contente pas d'écrire de très grandes œuvres destinées à la scène. Il se passionne pour l'art dramatique même et pour les «personnages» qui le hantent. Il va jusqu'à donner le nom d'un très grand comédien à l'une de ses œuvres: Minetti. Un vieil acteur arrive dans un hôtel d'Ostende, un soir d'hiver. Il prétend jouer Le Roi Lear. Il finit sous la neige comme en un linceul.

Sur le plateau, on retrouve les rouges et les ors de ce théâtre du boulevard du Temple, c'est-à-dire du boulevard du crime, avec ses fresques rappelant «Les Enfants du paradis»

En revanche, l'heure de Bruscon, le héros du Faiseur de théâtre, actuellement au théâtre Déjazet, n'est pas encore venue lorsque Thomas Bernhard choisit de l'arrêter dans sa tournée pour l'épingler dans une minuscule bourgade perdue, Utzbach. Ce «comédien d'État» arrive, escorté de sa troupe familiale, dans une auberge plus que modeste où l'accueillent l'hôtelier (Éric Caruso) et sa fille Erna (Manuela Beltran). Accompagnant Bruscon, donc, sa femme malade, désignée comme «faiseuse de théâtre» elle aussi (Barbara Creutz), sa fille rétive (Agathe L'Huillier), Ferruccio, son fils fuyant (Jules Pelissier). Ils doivent jouer le soir même La Roue de l'Histoire. Bruscon, vindicatif, s'énerve sur des détails. Il veut le noir complet, manger son bouillon à l'omelette, mettre chacun au pas…

La première belle idée de cette mise en scène de Christophe Perton tient à l'espace. Le metteur en scène, très doué, dont on a admiré au début de la saison 2017-2018 Au but , de Thomas Bernhard justement, avec une remarquable Dominique Valadié et notamment Léna Bréban, a compris qu'il ne fallait pas lutter contre l'espace du Déjazet même. Sur le plateau, on retrouve donc, comme en miroir, les rouges et les ors de ce théâtre du boulevard du Temple, c'est-à-dire du boulevard du crime, avec ses fresques rappelant Les Enfants du paradis. Une superbe scénographie signée d'une artiste très inspirée, Barbara Creutz, qui joue aussi l'épouse qui a mal aux poumons et ne cesse de tousser. Bernhard pousse loin la férocité: il a séjourné longtemps au sanatorium et la femme qu'il y avait rencontrée en 1950, Hedwig Stavianicek, sa première lectrice, se meurt alors qu'il entreprend l'écriture du Faiseur de théâtre, en 1984. Christophe Perton souligne cette présence de la vraie vie, de la vraie mort, du deuil aux racines de la comédie qui fait tant rire et noue le cœur.

Fin et délié, Jules Pelissier est très convaincant. Il apporte, par sa vitalité et on ne sait quoi de désinvolte, de moqueur, quelque chose de joyeux, d'heureux

Bouffon grandiose, hâbleur sans complexe, remueur de vent, menteur sans vergogne, grotesque et pathétique, mais jamais haïssable, parce qu'il est bien plus qu'humain, il est comédien, Bruscon est évidemment un personnage hors du commun pour un interprète. André Marcon est magistral. La posture et le timbre, le souffle et l'articulation, tout fait de son Bruscon une évidence.

Odieux avec l'aubergiste (régisseur du théâtre) Éric Caruso, stoïque, comme avec sa fille borgne Erna, Bruscon n'est pas plus réservé avec sa propre fille Sarah. Elle tient le coup. Elle encaisse. Agathe L'Huillier est parfaite. Son frère Ferruccio file et se glisse, échappe aux mauvais coups. Fin et délié, Jules Pelissier est très convaincant. Il apporte, par sa vitalité et on ne sait quoi de désinvolte, de moqueur, quelque chose de joyeux, d'heureux. Tout n'est pas ratage et naufrage…

On rit beaucoup. On rit parce que Thomas Bernhard le veut. La traduction d'Édith Darnaud préserve et la violence, et l'ironie, et le rire franc soulevé par l'art de Thomas Bernhard et la magnifique incarnation d'André Marcon, roi de théâtre. Roi du théâtre. Roi sans divertissement qui, demain, recommencera.

«Le Faiseur de théâtre», Théâtre Déjazet (Paris IIIe), jusqu'au 9 mars, à 20 h 30 du mardi au samedi. Durée: 1 h 50. Tél.: 01 48 87 52 55. Traduction à L'Arche.

 

Légende photo : André Marcon dans une magnifique incarnation de Bruscon, ici aux côtés de Jules Pelissier (Ferrucio). - Crédits photo : Fabien Cavacas

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Le Faiseur de théâtre de Thomas Bernhard, mise en scène de Christophe Perton

Le Faiseur de théâtre de Thomas Bernhard, mise en scène de Christophe Perton | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mireille Davidovici dans Théâtre du blog 16.01.2019

 

Le Faiseur de théâtre de Thomas Bernhard, texte français d’Édith Darnaud, mise en scène de Christophe Perton


Une surprise : sur la scène, une réplique de la salle du Théâtre Déjazet la prolonge comme en miroir: mêmes rouges fanés, balcon soutenu par des colonnades et vieux tableaux poussiéreux aux murs. Christophe Perton monte à nouveau Thomas  Bernhard un an après la création d’Au but avec Dominique Valadié, et retrouve André Marcon, qu’il avait dirigé dans L’Annonce faite à Marie de Paul Claudel.

Le théâtre lui a inspiré cette scénographie qu’il signe avec Barbara Creutz (qui joue aussi Madame Bruscon, faiseuse de théâtre): «Je n’ai pas souhaité enfermer la représentation dans le décor pittoresque d’une salle des fêtes de l’arrière-campagne autrichienne, entre porcherie, cochons, et public xénophobe. J’ai préféré laisser à la puissance du verbe de Bernhard, l’art de faire exister ce hors-champ décrit si savoureusement par Bruscon, sans qu’il soit nécessaire de donner les accents d’une couleur locale à l’espace, qui fassent à tout prix image. L’univers visuel du Déjazet m’a semblé si prégnant que j’ai plutôt voulu prolonger l’espace de la salle. (…) La frontière entre le plateau et la salle pouvant s’inverser au point que le public se retrouve dans la coulisse de Bruscon. »

Dans cet écrin désuet, apparaît André Marcon : «Bruscon, comédien d’État »,se présente-t-il après une brève interjection: «Quoi, ici ?» Trois syllabes en ouverture qui résument le dépit du personnage central de cette comédie, avant le flot verbal vitupérant qu’il lâchera deux heures durant, contre le patelin pourri où, ce soir, il doit jouer sa pièce La Roue de l’Histoire : « Mon Dieu, pas même pour uriner, je ne suis entré dans un endroit pareil !  (…) Le désert culturel absolu.» A la tête d’une troupe brinquebalante, réduite à sa femme, son fils et sa fille, le voici à Utsbach, un village imaginaire, mais semblable à tant d’autres dans les Alpes tyroliennes.

Dans cette salle humide et poussiéreuse, aux effluves de porcherie, il prépare, coûte que coûte, la représentation. Son obsession : obtenir le noir absolu à la fin du spectacle sans quoi sa comédie serait «une tragédie ». Pour cela, il lui faut l’accord du pompier. Mais où se trouve le bénévole de service, «cercleur de fûts» de son état ? Le ronchon s’en prendra systématiquement au village et à ses habitants: tous des nazis! A l’Autriche: bonne à donner aux cochons : «Il n’y a dans ce peuple, plus la moindre gentillesse », à sa famille: une bande de bras cassés, et enfin au théâtre « absurde et mensonger, une perversion de plusieurs millénaires ». Sans oublier de citer abondamment des passages de son chef-d’œuvre : il y a «Goethe, Shakespeare et moi».

A la logorrhée de Bruscon, s’opposent l’écoute et les silences des autres personnages, assommés par ce flot verbal : l’hôtelier chargé d’accueillir le spectacle se tait et apporte «l’omelette au bouillon» ;  les enfants, sans cesse houspillés, obéissent servilement, l’épouse se contente de tousser, muette devant un mari injurieux et misogyne. «Tout ce qu’il y a d’ardent en toi, c’est l’ardence de la toux. » La famille suit bon an mal an ce père et époux tyrannique dans sa quête de la perfection, mise à mal par une série de contretemps, d’accidents et de chutes. Le fils installe les lumières, les rideaux et la salle, en se cognant partout; la fille le masse, lui cire ses chaussures, toujours rabrouée mais ricanant en douce. Le traitement burlesque de ces personnages secondaires fait écho aux drôleries verbales et donne de l’air à ce texte touffu.

Pour Bruscon qui a joué « Faust à Berlin et Méphisto à Zürich », finir dans « ce trou du cul du monde » ! Lui, l’auteur de génie n’avoir engendré que des enfants incapables, quelle déchéance ! Il en vient à s’interroger sur la qualité de son œuvre. Sa comédie est-elle bonne ? Et si le bonheur consistait, comme pour l’hôtelier, à servir des bières, les manches retroussées, derrière un comptoir, et à boire ? : « Le grand art ou l’alcoolisme », il faut choisir. Quand les spectateurs ont déserté le théâtre, après que la foudre a frappé l’édifice, il conclut, devant les sièges vides par un «Comme si je l’avais deviné! » C’en est fini du Faiseur de théâtre (au propre comme au figuré) : «Comme si c’était la mort ici! » Il pressentait sans doute que sa comédie tournerait à la catastrophe…

 Contrairement à son personnage, Thomas Bernhard (1931-1989) n’est pas un faiseur, mais un magicien de théâtre. Il signe ici sa vingt-et-unième pièce  et, comme les grands auteurs, il fait vivre le plateau avec ceux qui parlent, ceux qui écoutent, les chaises, la table, les rideaux, les accessoires. Pour raconter une histoire qui renvoie au monde du théâtre et à la société autrichienne. Avec une écriture à l’emporte-pièce, de courtes séquences ponctuées par des retours à la ligne, à l’image du personnage principal, Bruscon (le brusque !) quand il dit : «Un certain talent pour le théâtre/ enfant déjà// homme de théâtre né vous savez / Faiseur de théâtre / poseur de pièges très tôt déjà ». Il n’a pas la prétention, comme Bruscon d’écrire «une comédie où serait contenues toutes les comédies qui ont été écrites un jour», tout en avouant : « ici, j’assassine ce que j’ai écrit avec préméditation. »  Son héros vilipende le théâtre, comme lui a pu le faire mais en privé. Et il n’est pas loin d’ironiser sur lui-même.

L’autre magicien, ici, André Marcon, porte à merveille cette langue et cette ironie. Il joue avec légèreté et sans excès ce texte dense et parfois débordant, (auto-fiction?) drolatique où Thomas Bernhard se régale à conduire ses comédiens dans une impasse de village. Pour la langue savoureuse et la malveillance amusée de l’auteur, une mise en scène sobre et l’interprétation hors pair d’André Marcon, il faut aller voir ce Faiseur de théâtre.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 9 mars, Théâtre Déjazet, 41 boulevard du Temple, Paris III ème.T. : 01 48 87 52 55.

Le 12 mars, Maison des Arts du Léman, Thonon-les-Bains (Haute-Savoie); le 15 mars, Théâtre Liberté, Toulon (Var).
Du 9 au 13 avril, Théâtre des Célestins, Lyon ;

Le texte de la pièce est publié chez L’Arche Éditeur.

 

Photo   ©Fabien Cavacas

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Frédéric Vossier dans la « Pupilla » d’Elizabeth Taylor

Frédéric Vossier dans la « Pupilla » d’Elizabeth Taylor | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan 16.01.2019

 


Frédéric Vossier s’est aventuré dans les yeux, la chevelure et la vie rêvée d’Elizabeth Taylor. Il en est revenu, hagard, avec une pièce, « Pupilla ». Hardiment mise en scène par Maëlle Dequiedt et jouée par Laure Werckmann.


Toutes les pièces devraient avoir pour titre quelque chose d’aussi inattendu et de rêveur que Pupilla. C’est le titre d’une pièce récente de Frédéric Vossier. Plusieurs de ses pièces ont des titres mystérieux et joliment énigmatiques comme La forêt où nous pleurons. Dans cette pièce comme dans Pupilla, on ne sait qui parle. La parole errante, non explicitement portée, ne cesse de bifurquer, de vagabonder. « La nature est intimement liée à celui qui parle et qui pense: elle et lui ne forment plus qu’une seule matière » écrit Christophe Pellet dans son avant-propos à La forêt où nous pleurons (éditions Quartett). On pourrait en dire autant de Pupilla en troquant le mot nature contre celui d’Elizabeth Taylor, l’actrice, le mythe et tout ce qui s’en suit.


Tirée par les cheveux

Pupilla, explique Vossier, est un mot latin qui veut dire « prunelle » mais aussi « petite poupée ». Délice de la polysémie dont il fait son jardin : « au fond de la pupille serait dessinée la figure de la petite mère, avec laquelle jouent les petites filles de tous les temps ». Et Vossier ajoute : « les yeux d’Elizabeth Taylor étaient violets. C’est la légende, en tout cas, elle dansait étant petite. »

Bref, ne vous attendez pas avec Pupilla à une biographie même romancée de l’actrice anglo-américaine qui prêta ses yeux et même son nez à Cléopâtre (ou inversement). Cependant Vossier sait qu’il convient d’apporter quelques gages au lecteur et au spectateur en les appâtant. Alors pour mieux nous estourbir, il commence par le commencement, la naissance en Angleterre, les peluches, la petite fille prodige (elle joua dès son plus jeune âge), et il accélère d’un coup pour en arriver à Richard (Burton), celui qu’elle épousa deux fois (les six autres maris n’eurent droit qu’à une tournée). La narration déjà passablement chavirée entre alors dans la tourmente : non par les yeux (détour, cependant, obligatoire), mais par les cheveux d’Elizabeth.

Il est accro aux cheveux, Vossier. Déjà dans La forêt où nous pleurons il évoquait « les longs cheveux bouclés de la forêt ». Avec Elizabeth cela prend de belles proportions. Ecoutez ça : « Richard noie ses yeux dans la rivière de jais./ Le jais dans l’azur sauvage du paradis./ La férocité de l’azur sauvage qui brûle de bonheur./ Les cheveux noirs et sauvages qui s’enroulent dans le bleu céleste./ Les ondes noires et lourdes qui passent et repassent dans l’azur./ Les ondes qui tournent et retournent dans les mains de Richard./ Se tourner et se retourner devant Richard./ S’épancher./ Immense rivière d’une noirceur obscure qui brille dans le silence adoré du paradis. » 

L’érotisme est toujours sous-jacent dans ce texte amoureux qui ne cesse de caresser les cheveux et de les emmêler. Passeront des ombres comme celle de Visconti, on suivra les vagissements d’un enfant nommé Ludwig, vers la fin Elizabeth sera « une vieille femme nue et grosse qui chantonne dans la pénombre ». On est peu de choses.

A Denain si vous le voulez bien

La jeune metteuse en scène Maëlle Dequiedt lorsqu’elle était élève metteuse en scène à l’école du Théâtre national de Strasbourg a souvent croisé Frédéric Vossier appelé à ses côté par Stanislas Nordey pour s’occuper des écritures contemporaines et de la revue Parages. En dernière année, Nordey avait eu la bonne idée de confier le même texte, Trust de Falk Richter aux quatre élèves de la section mise en scène (lire ici). Maëlle Dequiedt signa un Trust-Karaoké panoramique qui fut remarqué. Elle a depuis fondé sa compagnie La Promena, elle est artiste associée au Théâtre de la Cité Internationale pour trois saisons. Enfin elle compte bien implanter sa compagnie à Denain dans les Hauts de France, preuve d’une belle détermination.

Pour interpréter Pupilla , Maëlle Dequiedt a fait appel à la comédienne Laure Werckmann que l’on a souvent vue dans les spectacles d’Eric Lacascade, elle l’avait déjà dirigée dans Au bois de Claudine Galéa, créé au TNS.

Pas simple pour l’actrice d’épouser les méandres du texte, elle s’y lance avec vaillance. Aidée par une scénographie astucieuse de Solène Fourt faite de rangs de chaises en plastique noir comme dans une salle paroissiale et bien dirigée par Maëlle Dequiedt. Sa façon de bousculer les chaises font le lit de la pièce, mais tel le lit d’une rivière il s’en faut d’un cheveu, avant que cela ne déborde.

Théâtre de la Cité internationale jusqu’au 31 janvier, Théâtre de Chelles, le 29 mars, TAPS de Strasbourg du 9 au 11 mai.

Trois pièces de Frédéric Vossier viennent de paraître ensemble aux éditions Les Solitaires intempestifs : Saint Laurent Velours perdu suivi de Pupilla et Chambres de Marguerite G.

 


Scène de "Pupilla" © M. Delahaye

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The Scarlett Letter, texte et mise en scène d’Angélica Liddell

The Scarlett Letter, texte et mise en scène d’Angélica Liddell | Revue de presse théâtre | Scoop.it

The Scarlett Letter, texte et mise en scène d’Angélica Liddell

 

Un seul et même projet pour Angélica Liddell : donner forme par l’art à ses tourments intérieurs, produits et reflets de ceux du monde. Et son art est multiple: poésie, chorégraphie, théâtre…Elle se place au centre de la scène en inspiratrice de ce qui s’y passe et en maîtresse de la cérémonie. qu’est en fait cette longue Scarlett Letter. Rituels religieux de l’Espagne avec processions de pénitents noirs et pénitents blancs, obsession de l’autodafé, cet « acte de foi » qui punit par le feu coupables et hérétiques. Rituels militaires avec exercices d’entrainement réglés comme des horloges, jeux avec tables déplacées, empilées, alignées, puis défilés en rang pour les huit danseurs nus qui entourent l’artiste. Et aussi, sous une forme rendue quasi anodine par la dérision, rituels érotiques de soumission disciplinant les corps masculins.

Avec ces références très lourdes, Angélica Liddell a trouvé ce qui, pour elle, répond au roman de Nathaniel Hawthorne (1850) sur les questions de la culpabilité et du châtiment qui la poursuivent. La lettre A: signe d’infamie de l’adultère imposé dans le roman à Hester, est aussi l’initiale d’Arthur, l’amant caché, ici masqué, en robe rouge, accusé et coupable, aux mains de ses juges religieux, jusqu’au dévoilement final. Au lever du rideau, c’est d’abord: A comme Angélica.  La metteuse en scène emprunte au roman une trame très large sur laquelle elle brode -la broderie joue un rôle très fort dans la réhabilitation d’Hester- sa réflexion et sa leçon. Car ses propos sont souvent Abstraits, A comme assénés.

Sont visés : le nouveau puritanisme, la pensée d’une société qui aurait tué le désir au nom du droit. Et suit un discours virulent, digne d’un Thomas Bernhardt, contre le féminisme, contre la laideur et la mesquinerie des femmes. Mais sans mesquinerie! on peut se demander si Angélica Liddell n’exprime pas ainsi sa propre colère contre le fait qu’elle aussi, a passé la limite au-delà de laquelle «son ticket n’est plus valable», pour reprendre le titre d’un roman de Romain Gary  (1975). Mais la façon dont elle mène son contingent d’hommes montre qu’elle n’a pas besoin du féminisme… En même temps, son éloge et sa quête affirmée du désir s’interdisent toute faille, tout désordre. Serait-ce le symptôme de notre engourdissement ? Il y a longtemps que la nudité sur scène ne choque plus, même celle, plus fragile, des hommes. Trop de provocation tue la provocation, mais peut-être, ne nous est-il donné à regarder sans trouble qu’un jeu de touche-pipi enfantin. De paradoxes en retournements, cette transgression de la transgression finit par nous ramener à l’ordre. Et à l’ennui qui s’ensuit, même si c’est un ennui “conceptuel ».  

Un ensemble beau plastiquement et d’un baroque  parfois proche de l’art pompier, sous des flots de musique solennelle, à l’exception d’un moment pop bienvenu. On aime à nouveau Angélica Liddell quand elle projette ses naïves déclarations d’amour à un certain nombre de philosophes et d’écrivains comme Michel Foucault, Jacques Derrida, Roland Barthes et surtout Antonin Artaud, le magnifique, double A de l’admiration. On l’aime quand elle se glisse vers nous sous des rideaux qui tombent un à un pour une scène enfin vivante : A, comme Assez des cette “élites » (nous, vous…)  qui veut Baudelaire mais sans l’odeur de la charogne et Pier Paolo Pasolini sans Salo ou les 120 journées de Sodome! Bref, assez d’une culture aseptisée. Mais dommage, cette scène arrive bien tard dans un spectacle riche… mais plutôt pesant!

Christine Friedel

Théâtre National de la Colline, 15 rue Malte Brun, Paris XX ème, jusqu’au 26 janvier. T. : 01 44 62 52 52.

 

 

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CDN : un tandem s’installe à Colmar

CDN : un tandem s’installe à Colmar | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mathieu Dochtermann dans le magazine "La Scène", janvier 2019

 

Matthieu Cruciani et Emilie Capliez, comédiens et metteurs en scène, viennent de succéder à Guy-Pierre Couleau à la tête de la Comédie de l’Est-centre dramatique national de Colmar. Ils expliquent avoir pensé leur projet artistique en fonction du territoire et de l’histoire de la maison. Le duo a réuni un collectif : Alice Laloy et Catherine Umbdenstock seront artistes associées, et on y retrouvera également Pierre Maillet et de jeunes artistes : Paul Shirck, David Séchaud ainsi que l’écrivain François Bégaudeau. En premier lieu, les directeurs souhaitent mener «un travail autour du théâtre musical», et rappellent que dans les locaux de la Comédie se trouve l’Opéra Studio des jeunes chanteurs lyriques de l’Opéra du Rhin. Au-delà du lyrique, Emilie Capliez appelle de ses vœux des «musiques plurielles». Le tandem proposera la création d’une forme lyrique pour les jeunes publics.

L’adresse à la jeunesse constitue un axe fort du projet, qui prévoit de «rendre cette maison visible pour les plus jeunes, et de développer la programmation pour les publics familiaux», avec des projets ambitieux. Une synergie sera recherchée avec le festival Momix et le TJP-Strasbourg. Le duo porte une «réflexion sur le transfrontalier», dans une ville, Colmar, proche des frontières allemande et Suisse. Il prévoit un temps fort, «Europe Express», pour faire venir des compagnies des pays frontaliers et les «mettre en résonance avec des propositions émergentes d’autres pays européens». Ils expriment la volonté de rayonner en itinérance, en proposant des résidences hors les murs, ainsi qu’un travail «en direction des publics amateurs» avec la mise en place d’un projet «Encrages» qui donnera lieu à l’écriture d’une pièce de théâtre à partir de paroles recueillies.

Mathieu Dochtermann
En partenariat avec La Lettre du Spectacle n°441

Légende : Emilie Capliez et Matthieu Cruciani  Crédit photo : D. R.

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Christophe Honoré : "Je ne me sens pas amputé mais chargé de mes idoles mortes du sida."

Christophe Honoré : "Je ne me sens pas amputé mais chargé de mes idoles mortes du sida." | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié sur le site de l'émission de Marie Richeux "Par les temps qui courent" sur France Culture 14.01.2019

 

 

Ecoutez l'émission en ligne sur le site de France Culture (1h)

 

 

Pour son spectacle "Les Idoles", au Théâtre de l’Odéon, du 11 janvier au 2 février, le metteur en scène évoque un théâtre à la première personne, son rapport sentimental à l'art, des parkings et sous-sols comme lieux de rencontres et la discipline de la sincérité dans la mise en scène.



Christophe Honoré rend hommage à ses six Idoles – Collard, Daney, Demy, Guibert, Koltès, Lagarce –, à travers six manières singulières d’affronter le désir et la mort en face, Honoré revient aux “jours sinistres et terrifiants” de sa jeunesse. “Un spectacle pour répondre à la question: Comment danse-t-on après?”

 

 


J’ai un rapport au cinéma à la littérature au théâtre qui est finalement assez sentimental et j’assume cette position-là. Je sais que, quand je suis face à des pièces où des livres qui me touchent, c’est  toujours l’éventualité d’un sentiment amoureux qui est le lien. Cette idée que notre imaginaire nous constitue, fait notre identité, j’y suis très attaché. 

 

 



Avec cette équipe de comédiens, on s’est dit qu’il ne fallait surtout pas que ce spectacle soit de l’ordre du mausolée, et que leurs gestes sur scène soit de l’ordre de la génuflexion. Le spectacle est un peu de l’ordre de la profanation par moment, il s’agissait de bousculer les statuts.

 


Dans la mise en scène, quand on s’astreint à la discipline de la sincérité, on se demande comment faire après.

Ce n’est pas si simple de faire du théâtre à la première personne, peu de gens s’y risquent. J’ai l’impression que se joue sur le plateau quelque chose de l’ordre d’une présentation de ma personne qui peut être assez embarrassante, mais je suis content de me dire que ce spectacle me ressemble.

Lecture
Ezra Pound lit son poème "Canto 81", source internet

Archive
Kader Attia, émission « L’heure bleue », France Inter, 2016

Hervé Guibert, émission « Surpris par la nuit », France Culture, 2004

Jacques Demy, source internet

Références musicales
The Doors, When the music’s over

Bob Marley, Is this love

INTERVENANTS
Christophe Honoré
cinéaste et metteur en scène

 

 

"Les idoles" de Christophe Honoré• Crédits : @Jean-Louis Fernandez

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Le Chien, la nuit et le couteau de Marius von Mayenburg par le Munstrum Théâtre - Théâtre Paris Le Monfort

Le Chien, la nuit et le couteau de Marius von Mayenburg par le Munstrum Théâtre - Théâtre Paris Le Monfort | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Agnès Santi dans La Terrasse 10.01.2019

 

 

Dans un dispositif bi-frontal, la compagnie Munstrum Théâtre met en scène le texte de Marius von Mayenburg avec une remarquable maîtrise. Entre conte archaïque, farce grinçante et traque cauchemardesque.

Une nuit de fin du monde, dans une ruelle inconnue. Totalement perdu, un homme se raccroche à un unique et tenace souvenir : « j’ai mangé des moules. » Son univers et son identité même semblent s’être dissous : seules subsistent les ténèbres d’un présent incompréhensible et souvent menaçant, rappelant le terrier surréaliste d’Alice imaginé par Lewis Carroll ou les errances effarantes de Joseph K. dans Le Procès de Kafka. Tenaillé par la peur, le jeune M. cherche de l’aide, se lance dans une traque chaotique, un périple labyrinthique où les protagonistes se croisent et brandissent un couteau avec une insatiable régularité. A la fois naïf et cruel, M. est frappé puis frappe à son tour, le sang gicle et suinte des blessures. Quasi sans bagarre, presque naturellement. La manière dont Louis Arene et les siens s’emparent de la partition de Marius von Mayenburg est brillante. Ils réussissent la prouesse de ne pas se laisser happer par un genre théâtral ou un point de vue ; au contraire, ils expriment avec une parfaite maîtrise toutes les possibilités, les niveaux de lecture et les ambiguïtés de cette étonnante partition de Marius von Mayenburg – à la fois légende archaïque, farce grinçante, périple initiatique et polar gore.

Un éblouissant agencement des effets du théâtre

S’ils en révèlent l’humour incisif, magistralement dosé, ils en expriment aussi la profondeur, qui questionne la nature prédatrice de l’homme et son insensibilité, ou le basculement dans la barbarie qui advient toujours plus facilement qu’on l’imagine. Malgré l’onirisme des situations, ils parviennent à créer des personnages de chair, empoignés par une histoire qui nous touche profondément. Le Munstrum Théâtre conjugue avec un talent sûr tous les effets du théâtre – scénographie, sons, lumières, costumes, masques, jeu corporel impressionnant de précision…  Louis Arene installe l’action sur une scène cernée par les spectateurs, impasse grise baignant dans une atmosphère de clair-obscur, espace mental trouble, atemporel et inquiétant. Avec un hors-champ bruissant de vie et de dangers, où parfois les loups courent en meute argentée sous la lune. Affublés d’un masque comme une seconde peau qui enveloppe leur crâne et accentue leur similitude, les trois excellents comédiens donnent corps à une humanité vidée de ses repères, dans un monde fascisant et insaisissable où les visages se sont déshumanisés et où la faim conduit à… manger l’autre. François Praud interprète M., Lionel Lingelser, co-fondateur avec Louis Arene du Munstrum Théâtre, et Sophie Botte interprètent chacun cinq rôles avec maestria. L’épopée cauchemardesque dévoile une monstruosité étrange et pourtant familière, au fil d’un conte fantastique aux accents grandguignolesques. In fine, cette folle course-poursuite mène vers une forme de reconnaissance de l’altérité, fragile et incertaine, vers la découverte de sentiments inconnus – l’amour, peut-être. Saisissant et singulier, le geste théâtral du Munstrum Théâtre frappe l’esprit et les sens. A ne pas manquer !

Agnès Santi



A PROPOS DE L'ÉVÉNEMENT

Le Chien, la nuit et le couteau de Marius von Mayenburg par le Munstrum Théâtre 

 


du Mardi 8 janvier 2019 au Samedi 19 janvier 2019 
Le Monfort
106 rue Brancion, 75015 Paris.

Tél : 01 56 08 33 88. Durée : 1h20.

 

Scène Nationale de Châteauvallon, 83192 Ollioulles. Du 23 au 26 janvier à 20h30. Tél : 04 94 22 02 02.

 

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Emmanuelle Bercot au cœur des névroses bergmaniennes |

Emmanuelle Bercot au cœur des névroses bergmaniennes | | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Olivier Frégaville-Gratian d'Amore dans son blog L'Oeil d'Olivier 13 janvier 2019

 

 

Sur les planches du théâtre de l’Atelier, Emmanuelle Bercot se glisse dans la peau d’une psychiatre à l’âme tourmentée. Guidée avec justesse par Léonard Matton qui a adapté le scénario de « Face à Face » d’Ingmar Bergman, fragile, elle donne vie, aux maux sculptés par le réalisateur suédois. Un moment de théâtre intense en devenir, qui mérite d’être resserré, ciselé encore quelque peu pour en extraire totalement angoisse et folle essence.

La vie semble sourire à Jenny Isaksson (Emmanuelle Bercot). Épouse comblée, mère d’une jeune fille adorable, psychiatre confirmée, elle a tout pour être heureuse. Dans l’attente de la livraison de sa future maison de standing, du retour de son mari parti travailler trois mois à l’étranger, et de son enfant en stage d’équitation, elle décide de s’installer quelques temps chez ses grands-parents, afin de se faire chouchouter. C’est là qu’elle a grandi, après le décès de son père et de sa mère dans un accident de voiture.


Pourtant, une langueur, une fatigue semblent s’être emparées de son être. Un mal-être l’envahit. Totalement investie dans son métier, serait-elle submergée par les tourments qui hantent les âmes de ses patients ? Ou verrait-elle ressurgir ses démons intérieurs, enfouis depuis longtemps au plus profond de sa mémoire, suite à une agression sexuelle dont elle a été victime ? Tout semble s’entremêler. Elle perd pied, se noie dans les eaux troubles de ses pensées, n’arrive plus à se raccrocher à la vie. Submergée par ses névroses qui prennent forme sur le plateau par des images projetées sur l’immense toile de fond de scène ou par des scènes angoissantes qui apparaissent derrière par transparence, elle rêve de dormir, de ne plus se réveiller.

Avec beaucoup d’ingéniosité, Léonard Matton adapte Face à Face, un scénario signé par Ingmar Bergman, dont on célèbre cette année le centenaire de la naissance, d’abord diffusé à la télévision sous forme de feuilleton fleuve, avant d’être resserré pour le cinéma et couronné par la nomination de Liv Ullman aux Oscars. Jouant sur les champs, les contre-champs de façon très cinématographique, le prolixe metteur en scène, dont on a pu apprécier, il y a peu le Hamlet immersif à deux pas de la place Monge, convie les spectateurs à plonger au plus près des doutes, des angoisses qui assaillent cette femme, sans raison apparente. Tirant le fil de la mélancolie, du spleen qui s’abat sur elle avec une intensité inouïe, il esquisse le portrait d’une dépression froide, terrifiante, mettant en exergue les origines profondes du mal qui la ronge.

S’appuyant sur le texte au pouvoir cathartique de Bergman, Léonard Matton offre à Emmanuelle Bercot, un rôle puissant, dans lequel elle se livre à corps perdu. Si quelques ajustements, pour redynamiser le rythme de la pièce sont encore à prévoir et si en grande tragédienne en devenir, elle doit s’installer encore un peu plus dans la folie qui gagne son personnage, la blonde et accorte comédienne est sidérante de vérité. Accompagnée sur scène par une brochette de talentueux interprètes – Thomas Gendrenneau épatant en danseur tombeur, David Arribe ténébreux à souhait en ami-amant, entre autre – , qui s’invitent dans ses pires cauchemars, elle habite son rôle avec une fragilité sur le fil, une vulnérabilité déconcertante.

Ainsi, Face à Face revisité au théâtre vire au drame aliénant, transcendant et, malgré quelques longueurs, quelques faiblesses, devrait au fil du temps monter en puissance et saisir le public par sa radicalité fulgurante.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Face à face d’après Ingmar Bergman
Avant-premières au théâtre 13 et aux Plateaux Sauvages
7, rue des plâtrières
75020 Paris

Théâtre de l’Atelier
1, place de Charles Dullin
75018 Paris
Jusqu’au 26 février 2019
Du mardi au samedi à 21h00 et le dimanche à 15h00
Durée 2h00

Mise en scène de Léonard Matton assistée de Camille Delpech
Avec David Arribe, Emmanuelle Bercot, Philippe Dormoy, Thomas Gendronneau, Lola Le Lann, Évelyne Istria et Nathalie Kousnetzoff
Scénographie et lumières d’Yves Collet
Création sonore de Claire Mahieux
Musiques de Jules Matton
Création costumes de Raoul Fernandez
Conseil artistique de Roch-Antoine Albaladéjo

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Phia Ménard : "Le théâtre est une grotte où l’on peut faire tout ce qu’on veut"

Phia Ménard : "Le théâtre est une grotte où l’on peut faire tout ce qu’on veut" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Pour la reprise de son spectacle « Saison Sèche » à la MC93 puis en tournée dans toute la France. Dans cet entretien, la metteuse en scène nous parle de la nécessité de se réapproprier son corps, de lutter contre le patriarcat, mais aussi de l'importance pour l'artiste de créer des espaces d'utopie.

Dans ce spectacle créé au Festival d’Avignon le 17 juillet 2018, Phia Ménard entremêle la danse, les arts plastiques, le théâtre et le cinéma anthropologique. Dans un décor architecturé et changeant, métaphore architecturale du système patriarcal, 7 femmes combattent les normes et luttent pour une identité libre.


"Saison sèche" , mise en scène Phia Ménard• Crédits : @Jean-Luc Beaujault
L’inconfort dans lequel on veut nous maintenir c’est ça la soumission, c’est faire croire qu’on a transformé, qu’on a offert quelque chose. La soumission c’est aussi que, pour condamner une seule personne, on préfère condamner une société.

Quand j’écris "Saison sèche", je me dis : si nous, artistes, on faisait un rituel pour faire tomber le patriarcat .

Il faut essayer de faire vivre quelque chose aux spectateurs, leur raconter des combats, et c’est une belle utopie. J’aime créer des espaces de l’utopie et du combat. 

L’artiste est là pour témoigner de ce qu’il voit du monde. C’est quelqu’un qui passe son temps à essayer de s’extraire de ce que la société lui demande de porter.

J’offre mon corps au spectateur pour qu’il puisse vivre quelque chose qu’il n’oserait pas vivre de lui-même.

Dans le dialogue des femmes, il y a sans arrêt cette expérience de l’intime, de la justification de sa présence, de son corps, de son quotidien et à cet endroit-là, il y a le féminisme. Je ne sais pas comment on fait pour ne pas être féministe.

Extrait
Les Maîtres fous, film de Jean Rouch (1956) 

Archive
Latifa Laâbissi, émission « LSD, la série documentaire », France Culture, 2018

Références musicales
M. Ward, Let's dance

Canada : chants et jeux des Inuits (Unesco collection)

Super Lovers, Tribute To Andy Warhol

 

"Saison sèche" , mise en scène Phia Ménard• Crédits : @Jean-Luc Beaujault

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Théâtre : David Geselson ou l’amour des lettres

Théâtre : David Geselson ou l’amour des lettres | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Brigitte Salino dans Le Monde Publié le 09 janvier 2019

 

L’auteur, acteur et metteur en scène présente deux spectacles au Théâtre de la Bastille, « Doreen, d’après lettre à D., » et « Lettres non écrites ».

Bientôt, certains spectateurs sortiront du Théâtre de la Bastille avec une lettre. Leur lettre, celle qu’ils auraient voulu écrire. Mais ils ne l’ont pas fait et ne l’auraient peut-être jamais fait si David Geselson ne s’en était chargé, en leur proposant un deal : « On parle trente-cinq minutes de cette lettre non écrite, puis je prends quarante-cinq minutes pour l’écrire, et je vous la soumets. Si elle ne vous convient pas, on la jette. Si elle vous va, je l’imprime et la mets dans une enveloppe avec laquelle vous repartirez. Et si vous en êtes d’accord, je la lis avec d’autres acteurs, au cours d’une performance. »

Cette expérience des Lettres non écrites, qui aura lieu les 11 et 12 janvier, n’est pas nouvelle : David Geselson l’a menée pour la première fois au Théâtre de la Bastille, son port d’attache.

En 2017, l’auteur, comédien et metteur en scène y a créé Doreen, un beau spectacle inspiré par Lettre à D., d’André Gorz, que l’on peut revoir, du 7 au 30 janvier. Puis il a participé à l’opération Occupation Bastille menée par Tiago Rodrigues. Le chef de file de la scène portugaise et son groupe d’acteurs européens avaient carte blanche pour inventer chaque jour du théâtre, pendant plus de deux mois. Des spectateurs étaient associés à cette « Occupation ». C’est avec eux que David Geselson a lancé les Lettres non écrites, qui se sont ensuite exportées à Lorient (Morbihan), Toulouse, et même jusqu’à Princeton, aux Etats-Unis.

Toutes ces lettres sont anonymes. David Geselson en a maintenant une quarantaine, qui disent l’amour, la solitude, la haine, la rupture ou la réconciliation, parfois au-delà de la mort. Les faire entendre sur une scène, c’est revenir, de la manière la plus simple possible, à l’équation du théâtre, « le lieu qui permet aux mots d’exister », dit David Geselson.

Un « lieu » où vivre
« Lieu » est un mot qui revient souvent dans sa conversation. Il est comme un lien entre hier et aujourd’hui, la part intime et la marche du monde. Et il fonde l’histoire de sa famille juive de Lituanie, que les fracas du XXe siècle ont poussée hors de chez elle, à la recherche d’un « lieu » où vivre. David Geselson, qui a grandi dans la banlieue sud de Paris, a trouvé le sien en découvrant le théâtre. Il se souvient encore du choc que fut Angels in America, de l’Américain Tony Kushner, mis en scène par Brigitte Jaques, dont la mère juive lituanienne était une amie de sa grand-mère.

C’était en 1994, David Geselson était adolescent. Aujourd’hui, il dit en souriant : « J’ai 38 ans. Ça va. » Entendez : c’est parti, et j’ai du temps devant moi. Pourtant, il y a quelques années, il a failli arrêter le théâtre, parce que le théâtre ne voulait plus de lui.

A sa sortie du Conservatoire, en 2003, il a poursuivi sa formation auprès de maîtres, Krystian Lupa et Simon McBurney. Puis il est entré dans le métier en jouant sous la direction de Christophe Rauck, Brigitte Jaques, Jean-Pierre Vincent, Jean-Paul Wenzel… Et il a fondé sa compagnie, évidemment appelée Lieux-Dits.

Mais, allez savoir pourquoi, tant la vie d’un comédien peut réserver de surprises, « ça s’étiolait », dit David Geselson. Les propositions sont devenues rares. Pour autant, le comédien ne chômait pas. Il enchaînait les voix pour la publicité, les doublages, les documentaires d’Arte ou de La Cinq. « J’échouais au théâtre, et là, j’avais une réussite folle. Je gagnais très bien ma vie et j’aurais pu continuer, mais c’était insupportable. Je ne faisais pas le métier que je voulais. »

Une délicate variation sur l’amour de deux êtres


« J’ai eu une crise d’adolescence très tardive », poursuit David Geselson. Je ne savais pas à quel socle j’appartenais. Je suis allé dans une école juive mais ma famille était déconnectée de la communauté juive. On allait en Israël chaque été, mais on passait notre temps à critiquer la politique israélienne. On était donc dans une espèce de non-lieu permanent. J’ai ressenti le besoin d’aller voir du côté de mon grand-père maternel, parti s’installer en Israël dans les années 1930 avec l’idée très illusoire de construire le socialisme. Pour me comprendre, il fallait que je le comprenne. »

C’est ainsi qu’est née En Route-Kaddish, la première pièce de David Geselson, qui remercie aujourd’hui la banque BNP Paribas, dont il était la voix : l’argent gagné lui a permis de financer le début des répétitions.

Et puis, il y a ceux qui lui ont fait confiance, ces « lieux », dont le Théâtre de la Bastille, où le spectacle a été créé, en 2013. On a alors découvert un auteur-acteur et metteur en scène qui puise dans la fiction documentée la matière d’une histoire, et sait la rendre, d’une manière sensible, ouverte à tous. On l’a revu, toujours à la Bastille, jouant dans Bovary, créé par Tiago Rodrigues, en 2016 : « C’est la plus belle chose qui m’ait été donnée », dit David Geselson.

La même année, au Théâtre de Vanves, naissait Doreen, une délicate variation sur l’amour de deux êtres, André Gorz et sa femme, qui ont choisi de mourir ensemble, après cinquante-huit ans de vie commune. Sur le plateau, le « lieu » de leur amour est le salon de leur maison, mais plus encore, ce « lieu » est celui des mots que l’on entend et qui, le temps d’un soir au théâtre, rendent leur amour éternel.

Lire aussi Portrait d’un amour, à la vie, à la mort
« Doreen », d’après « Lettre à D. », d’André Gorz (du 7 au 30 janvier, de 15 € à 25 €), et « Lettres non écrites » (11 et 12 janvier, tarif unique : 8 €). Théâtre de la Bastille, 76, rue de la Roquette, Paris 11e. Tél. : 01-43-57-42-14.

Brigitte Salino


Légende photo : Laure Mathis et David Geselson dans « Doreen ». CHARLOTTE CORMAN / THÉÂTRE DE LA BASTILLE

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Aharon Appelfeld, des voix dans le silence (1932-2018)

Aharon Appelfeld, des voix dans le silence (1932-2018) | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur le site de l'émission "Une vie une oeuvre" sur France Culture : 

 

Ecouter l'émission (1h) en ligne sur le site de l'émission, avec vidéos et liens audio

 

 

Aharon Appelfeld, écrivain israélien, a marqué la littérature par la justesse et la densité de son œuvre. Cet « écrivain errant de fictions errantes », comme le qualifiait son ami Philip Roth, n’a eu de cesse de traduire son expérience d’enfant ayant survécu à la destruction des Juifs d’Europe.

Aharon Appelfeld avait toujours dans son regard, le récit, le temps, qui était toujours présent comme un voile. Il y avait chez lui ce regard qui venait d’ailleurs, le présent était comme une station dans une odyssée qui venait de loin et qui trace sa route. Notre vocation, c'est de laisser des traces de cette odyssée. Michal Govrin

Le silence, la lumière et la mémoire tiennent une part essentielle dans l’œuvre d’Aharon Appelfeld. Elle nous est parvenue à travers les traductions de Valérie Zenatti, qui raconte dans deux de ses romans (Mensonges et Dans le faisceau des vivants) l’intensité hors du commun de leur relation : une fraternité traversant le temps. De générations et d’origines différentes, ils ont en commun d’avoir tous deux du apprendre l’hébreu à 13 ans ½ , à l’âge sensible du passage de l’enfance à l’âge adulte. Avant cela, leur toute première approche de cette langue a d’abord été celle de la prière : une langue chantée avant d’être parlée.   

Pendant des années, l’œuvre d’Aharon Appelfeld est restée méconnue en France, jusqu’à sa publication par les éditions de l’Olivier. Une question de générations : les précédentes ne pouvant entendre ce qu’Aharon Appelfeld avait à dire sur l’extermination des Juifs d’Europe. Aharon Appelfeld nait en 1932 près de Czernowitz, alors en Roumanie (aujourd’hui en Ukraine). Il  grandit entouré de chaleur dans un foyer auquel il ne cessera de revenir dans toute son œuvre. A 8 ans, la guerre l’arrache à sa famille. Il s’échappe d’un camp, et parvient à survivre, seul, pendant plusieurs années.

 

Après la guerre, après une longue errance, un réseau sioniste l’envoie en Israël. Il n’a pas encore quatorze ans, et se reconstruit, apprenant pas à pas une langue qu’il ressent d’abord comme une succession d’ordres, « comme des cailloux qui roulent sous un fleuve », et qu’il apprivoise par le texte, en reprenant l’Ancien Testament. 

Il trouve dans l’hébreu une distance avec l'événement historique, qui lui permet alors de se rapprocher du mystère métaphysique de la destruction des juifs d'Europe, sans aller vers la réduction historique. Valérie Zenatti

Il ne se reconnaît pas dans l’idéal du « Juif Nouveau » que promulgue le tout jeune Etat d’Israël, et qui demande aux réfugiés d’abandonner leur passé derrière eux. Désorienté, il retrouve enfin ses marques comme étudiant en littérature yiddish, auprès d’enseignants prestigieux (Buber, Agnon, Sadan, Scholem), inspirés par le hassidisme, grâce à qui il peut enfin relier son passé et son présent. Il trouve l’amour, et fonde une famille, unie et lumineuse. Son écriture l’inscrit à la fois dans la lignée de Proust et dans celle de Kafka.

 

Son ami et éditeur Yigal Schwartz dit de lui qu’Appelfeld a appris à écrire auprès de la petite chanteuse à la voix d’oiseau, rescapée comme lui, qu’il décrit dans Histoire d’une vie, son œuvre la plus proche de ce qui pourrait être une autobiographie : la petite chantait « dans sa langue à elle, qui était un mélange de mots dont elle se souvenait, de sons des prairies, de bruits de la forêt, et de prières du couvent». Ecrire, pour Aharon Appelfeld, c’est « reconstruire un foyer à travers [ses] livres, continuer à rêver au retour de [ses] parents ». 

Dans ses premiers livres, il s’agit de personnes désorientées, de couples dysfonctionnels, de gens qui ont été reliés par le destin ou un événement. Plusieurs années après notre mariage et la naissance de nos enfants, c’est la première fois que notre foyer l’a ramené au souvenir de sa maison, de sa famille. Il avait vécu détaché toutes ces années, il était seul. Cela lui a redonné la mémoire et tous ses souvenirs. Son écriture a changé, ses personnages ont trouvé leur place et lui aussi a changé, son attitude, sa façon de marcher. Quand je l’ai rencontré, sa voix était étranglée, puis elle s’est détendue, et elle s’est révélée… Judith Appelfeld

Il écrit plus d’une quarantaine de livres, couronnés de prix internationaux, parmi lesquels Le Temps des prodiges, TsiliHistoire d’une vie, ou le dernier paru en français, Des jours d’une stupéfiante clarté. En hommage, sa fille Batia écrira de lui :

 

"Dans les dernières années de sa vie, mon père a vécu dans le quartier de Rehavia à Jérusalem. Il est donc retourné dans les rues où il a marché en tant que jeune étudiant à l'Université hébraïque. Lors de l'une de nos promenades dans le quartier, papa s'est arrêté près d'un arbre qui se tenait dans un jardin et l’a regardé. C’est ce qu’il a toujours fait: s’arrêter et regarder avec étonnement le phénomène qui se présentait. "Vois-tu ces belles fleurs?" Il a tourné mon attention vers le cœur, et en effet l'arbre était enveloppé dans une floraison magnifique. "C'est un parasite", a dit mon père. "Ces fleurs n'appartiennent pas à l’arbre. Cette plante tète la poitrine de l'arbre. Oh, mais l'arbre ... dis-je ... Oui... Et pourtant, quelle éruption!" a dit mon père, et il a continué à marcher. La vie et la mort sont étroitement liées, et tout est rempli d’une beauté qui pince le cœur."

 

 

  • Avec Judith Appelfeld ; Yigal Schwartz , éditeur et directeur des archives de littérature à HEKSHERIM (Institute for Jewish and Israeli Literature and Culture) ; Michal Govrin, écrivaine ; Valérie Zenatti,écrivaine et traductrice ; Olivier Cohen, éditeur ; Michel Spinosa, cinéaste travaillant à l’adaptation des Partisans. La voix d’Aharon Appelfeld est tirée du film d’Arnaud Sauli, L'enfance d'Aharon. Remerciements à lan Bar David, directeur des archives à l’Institut pour la littérature juive et israélienne, HEKSHERIM, et à Viviane Mamane, à Pauline Horovitz, et à la Maison de la Poésie.
Écouter
Écouter Eric Genovese lit un extrait d'Histoire d'une vie, d'Aharon Appelfeld
 

Pour aller plus loin

Les œuvres d'Aharon Appelfeld sont disponibles aux éditions de l'Olivier et en poche chez Points.

Les archives d'Aharon Appelfeld sont consultables sur simple demande à Ilan Bar David, directeur de l'institut de la littérature juive et israélienne, HEKSHERIM.

La mémoire & la langue : Aharon Appelfeld, entre Histoire & fiction : article d’Orly Toren publié dans Acta fabula, (novembre-décembre 2011).

Toutes les vies d’Aharon Appelfeld : portrait signé Norbert Czarny pour l’Ecole des lettres.

Aharon Appelfeld, cinquante ans d'écriture : numéro spécial de la revue Yod, revue des études hébraïques et juives (2014).

  • Un documentaire de Mariannick Bellot, réalisé par Lionel Quantin. Prise de son : Pierre Monteil, Delphine Baudet, Amandine Grevoz. Mixage : Alain Joubert. Archives Ina : Marie Chauveau. Documentation : Hélène Caillet et Annelise Signoret. Lecture : Eric Genovese. Extraits de Histoire d’une vie, de Aharaon Appelfeld, publié chez l’Olivier, avec les voix de Benjamin Abitan, Nina Rajgrodzski, et Jérôme Filippi.

BIBLIOGRAPHIE

Histoire d'une vie  Aharon AppelfeldEditions de l'Olivier, 2004

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INTERVENANTS
 
 
Légende photo : Portrait d'Aharon Appelfeld, dernier écrivain israélien, témoin de la Shoah, pris le 27 mai 2010 dans un hôtel du centre de Lyon • Crédits : Philippe Merle - AFP
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