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Le spectacle vivant en observation

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Par Sandrine Blanchard dans Le Monde 05.02.2018
Le ministère de la culture va créer un observatoire afin de centraliser les données sur les arts de la scène.


« Nous sommes incapables de dire combien il y a de créations de spectacles par an en France. » Cet aveu de Régine Hatchondo, directrice générale de la création artistique au ministère de la culture, lors d’un débat, le 17 janvier, aux Biennales internationales du spectacle de Nantes, consacré à la diffusion des œuvres théâtrales, n’a étonné aucun des participants. D’autant que d’autres interrogations restent sans réponse. Combien de personnes assistent-elles chaque année à des spectacles ? Quel est le nombre d’entrées payantes et gratuites ? Quels publics se déplacent ? Combien de représentations sont données et quelle est l’évolution de la diffusion ? Sur tous ces points, la Rue de Valois n’est pas en mesure d’apporter des chiffres actualisés et précis.

Lire le compte-rendu :   Le spectacle vivant toujours… bien vivant  http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/25/le-spectacle-vivant-toujours-bien-vivant_5191129_3234.html

Contrairement au secteur du cinéma qui livre chaque année, par le Centre national de la cinématographie et de l’image animée (CNC), des chiffres détaillés de fréquentation, le spectacle vivant apparaît comme le parent pauvre des études statistiques. « Actuellement, nous disposons de peu d’éléments, nous n’avons pas de vision claire et exhaustive », reconnaît-on au cabinet de Françoise Nyssen. « Mais une petite révolution est en marche », assure l’entourage de la ministre de la ­culture. Cette « petite révolution » a pour nom l’« observatoire du spectacle vivant ». Il s’agit de créer une sorte de « CNC de la scène ».

Inscrite dans la loi « liberté de la création, architecture et ­patrimoine » votée en juil­let 2016, l’obligation, pour tous les entrepreneurs de spectacles vivants de faire remonter leurs données de billetterie (prix, nom et auteur de l’œuvre, localisation et type de lieu pour chaque représentation), est désormais sur les rails.

A la suite d’un appel d’offres, l’entreprise Capgemini vient d’être choisie pour créer l’interface informatique permettant de collecter ces chiffres et de constituer un référent national d’informations fiables sur la fréquentation du spectacle vivant. Dès juillet, le système devrait se déployer en trois vagues : les structures labélisées ou conventionnées, celles relevant du théâtre privé, puis celles déclarant leurs chiffres au Centre national de la chanson, des variétés et du jazz. Une fois le processus généralisé, un observatoire, regroupant notamment des acteurs du secteur et des représentants du département des études et des statistiques du ministère, étudiera ces données, qui seront rendues publiques.

« Un outil précieux »


Il s’agit aussi d’établir une cartographie nationale des lieux, une sociologie des spectateurs et de mesurer la durée de vie des créations. « Cet observatoire sera un outil précieux pour améliorer et piloter la politique du spectacle vivant, notamment en matière de diffusion et d’élargissement des publics, défend-on au cabinet de la ministre. L’objectif est d’observer – pas de contrôler – pour partager un diagnostic. »

Ce déficit majeur de données exhaustives a été relevé dans maints documents depuis près de quinze ans (rapport Latarjet en 2004, entretiens de Valois en 2008, rapport Metzger-Martinelli-Murat en 2012). « L’idée d’un observatoire est un serpent de mer et une patate chaude », résume Fabien Jannelle, ancien directeur de l’Office national de diffusion artistique et auteur de Pour une politique du spectacle vivant (Les Solitaires intempestifs, 2016).

L’affaire est compliquée : des cafés-théâtres aux centres dramatiques nationaux, en passant par les théâtres municipaux, les scènes conventionnées, les festivals… le paysage est vaste et hétéroclite. « Depuis les années 1980, le nombre de lieux, de compagnies indépendantes et de créations s’est multiplié sans tenir compte des possibilités de diffusion et sans que l’élargissement du public suive, car la démocratisation culturelle a davantage été géographique que sociale », résume Fabien Jannelle. Conséquence : le déséquilibre entre l’offre et la demande entraînerait une baisse du nombre moyen de représentations par création et de la durée des tournées.

Objet de méfiance


« L’économie du spectacle vivant est à réinterroger. Actuellement, la diffusion est en crise, les périodes de programmation sont trop courtes pour laisser le temps aux œuvres de s’installer et d’attirer un public moins averti », considère Michel Orier, ancien directeur général de la création artistique, directeur de la musique et de la création culturelle à Radio France. « Lorsqu’il y a un spectacle qui suscite de l’enthousiasme et de l’émotion, il devrait circuler beaucoup plus qu’actuellement », dit Pascal Rogard, directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), qui milite depuis 2004 en faveur d’un vrai outil statistique.

Si ce projet d’observatoire a mis tant d’années à voir le jour, c’est « parce que l’évaluation n’a jamais été une priorité rue de Valois », souligne Michel Orier. Sans compter que la méfiance règne, du côté des lieux de spectacles, quant à l’utilisation qui sera faite de ces données. « Lorsque j’ai participé à la mission Latarjet, on était considérés comme des ­suppôts du capitalisme parce qu’on parlait d’économie, d’offre et de demande », se souvient Fabien Jannelle.

Les conclusions de cette mission, qui alertait déjà sur la ­diffusion insuffisante des spectacles, « n’ont pas pris une ride », dit Régine Hatchondo. «Nous avons aujourd’hui une chance historique de rebattre les cartes », ajoute-t-elle. Au Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, on redoute que les critères d’évaluation de ces nouvelles données aient pour ­objectif, dans un contexte budgétaire contraint, de faire des économies.

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Sélection de spectacles  -  Théâtre et cirque -  Rentrée 2018

Sélection de spectacles  -  Théâtre et cirque -  Rentrée 2018 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Les dates indiquées sont en principe les dates de première. En cliquant sur les noms de lieux (en orange), vous trouverez en lien sur les sites des théâtres les dates, les horaires, et des informations plus complètes sur ces spectacles

 

04/09/18

 

05/09/18

 

 

10/09/18

 

11/09/18

  • Ouverture de la Scala-Paris, avec SCALA par Yoann Bourgeois La Scala-Paris

 

  • BIENNALE DE LA DANSE A LYON, créations chorégraphiques de Maguy Marin, Yuval Pick, Yoann Bourgeois, Fabrice Lambert, Jérôme Bel, etc. DU 11 au 29 septembre dans différents lieux de l'agglomération lyonnaise. Site de la Biennale de danse

 

13/09/18

  • SHOCHIKU GRAND KABUKI, troupe japonaise Festival d’Automne à Paris Chaillot

 

  • LE PÈRE, de Stéphanie Chaillou, mise en scène Julien Gosselin Festival d’Automne à Paris MC93 Bobigny

 

  • LES IDOLES, texte et mise en scène Christophe Honoré, Vidy-Lausanne

 

14/09/18

  • LOVE ME TENDER, d'après Raymond Carver, adaptation et mise en scène Guillaume Vincent, Bouffes du Nord

 

 

15/09/18

 

 

  • Alain CAVALIER – Mohamed EL KHATIB Festival d’Automne à Paris  Nanterre-Amandiers

 

18/09/18

  • UNE MAISON DE POUPÉE  Ibsen, mise en scène Lorraine de Sagazan (reprise) Le Monfort

 

19/09/18

  • L’HEUREUX STRATAGÈME Marivaux, mise en scène Emmanuel Daumas, par la Comédie-Française Vieux-Colombier

 

 

  • LES FOURBERIES DE SCAPIN  Molière / Denis Podalydès, par la troupe de la Comédie-Française en tournée TGP Saint-Denis

 

20/09/18

 

 

21/09/18

 

 

 

22/09/18

 

  • LA BANDE À JO soirée spéciale autour des créations de Georges Lavaudant MC2 Grenoble

 

  • LA REPRISE  Histoire(s) du Théâtre (1) de Milo Rau Festival d’Automne à Paris Nanterre-Amandiers

 

26/09/18

  • LA DAME AUX CAMÉLIAS d'après A. Dumas fils mise en scène Arthur Nauzyciel TNB Rennes

 

 

  • GEORGE DANDIN ou le mari confondu Molière/ Jean-Pierre Vincent MC93 Bobigny

 

 

  • Festival International des Francophonies en Limousin du 26 septembre au 6 octobre, avec de nombreux spectacles inédits en France, notamment un "Focus Québec", différents lieux de Limoges  Détail de la programmation

 

  • Festival ACTORAL à Marseille, spectacles de Rodrigo Garcia, Théo Mercier, Laetitia Dosch, Hubert Colas, Alexander Vantournhout,  Mohamed El Khatib...  Jusqu'au 13 octobre  Divers lieux de Marseille Détail de la programmation

 

27/09/18

 

29/09/18

  • ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR  de Marivaux mise en scène Thomas Jolly (reprise du spectacle créé en 2006, premières à Paris)  La Scala-Paris

 

05/10/18

 

 

08/10/18

 

10/10/18

 

11/10/18

  • MAMA texte et mise en scène Ahmed el Attar Festival d’Automne à Paris MC 93 Bobigny

 

 

12/10/18

  • LA PRINCESSE MALEINE Maeterlinck / Pascal Kirsch MC93 Bobigny

 

 

15/10/18

 

16/10/18

 

27/10/18

 

08/11/18

 

 

Liste non exhaustive établie par Alain Neddam – Mise à jour 08/09/18

 

Légende photo : « La Reprise »  de Milo Rau ©Christophe Raynaud de Lage/Han

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2068, l’odyssée du théâtre français

2068, l’odyssée du théâtre français | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge (Strasbourg (Bas-Rhin), envoyée spéciale) dans Le Monde| 22.10.2018

 

Le Théâtre national de Strasbourg (TNS), qui fête ses 50 ans, a lancé un chantier de réflexion sur les scènes de demain.


« Longue vie au Théâtre national de Strasbourg ! », s’est exclamé le ministre de la culture, Franck Riester. C’était le samedi 20 octobre, sur le coup de 10 heures du matin, et le nouveau locataire de la Rue de Valois, nommé quatre jours auparavant, avait réservé sa première sortie officielle pour cette journée anniversaire des 50 ans du Théâtre national de Strasbourg (TNS), mais aussi des 20 ans du Musée d’art moderne.

Faut-il y voir un hasard du calendrier ou un geste significatif en direction de l’art théâtral et de ses institutions, particulièrement négligés par les politiques de tous bords ces dernières années ? A moins qu’il ne s’agisse plutôt d’un signal politique à l’intention de Roland Ries, le maire de la capitale alsacienne, et de son premier adjoint, Alain Fontanel, tous deux anciens socialistes ralliés à La République en marche ?

FRANCK RIESTER, MINISTRE DE LA CULTURE : « LES CLASSIQUES DE DEMAIN SONT LES TEXTES QUI S’ÉCRIVENT AUJOURD’HUI »

 


L’avenir le dira. Le ministre a en tout cas tenu à délivrer un satisfecit particulièrement appuyé pour le « travail exemplaire » mené par Stanislas Nordey et son équipe à la tête du théâtre fondé par Hubert Gignoux en 1968, à partir du Centre dramatique de l’Est. Il a tenu également à faire savoir combien la mise en scène de Thyeste, de Sénèque, par le jeune Thomas Jolly (artiste associé au TNS), dans la Cour d’honneur du Palais des papes, lors du dernier Festival d’Avignon, l’a « impressionné ».

Lire l’entretien avec Stanislas Nordey :   « L’Etat subventionne d’abord le spectateur »

Pour le reste, Franck Riester n’a fait aucune annonce à Strasbourg. Il a réaffirmé l’importance des objectifs de diversité, de parité et de transmission et, plus original, a nettement exprimé un engagement en faveur de l’écriture contemporaine, faisant observer que « les classiques de demain sont les textes qui s’écrivent aujourd’hui ». « Il faut me laisser travailler », a-t-il conclu, avant de disparaître et de laisser cette journée se dérouler telle que Stanislas Nordey l’avait conçue.

« Frontières mentales »
Cinquante ans, cela se fête, mais le directeur du TNS, seul théâtre national installé en région (le Théâtre national de Bretagne, à Rennes, ou le Théâtre national populaire de Villeurbanne sont des Centres dramatiques nationaux), n’avait pas envie de se retourner sur le passé, mais plutôt de rêver à l’avenir.

C’est donc un vaste chantier de réflexion qu’a lancé cette journée du 20 octobre, chantier qui se poursuivra au fil des mois, autour d’un outil principal : un questionnaire « poético-politique » conçu par Sonia Chiambretto et Yoann Thommerel, deux auteurs dramatiques contemporains qui travaillent sur les « frontières invisibles » à l’origine des séparations sociales. Pour cette journée inaugurale, ils ont distribué au public ces trois premières questions : « L’intelligence artificielle a-t-elle selon vous quelque chose d’essentiel à apporter au spectacle vivant ? » ; « Une pièce de théâtre a-t-elle déjà transformé votre vie ? Si oui, racontez. Si non, que faites-vous là ? » ; « Pensez-vous qu’on aura encore envie de jouer Le Misanthrope en 2068 ? Et Le Malade imaginaire ? ».

LE QUESTIONNAIRE COMPLET FERA L’OBJET D’UNE VASTE ÉDITION ET DIFFUSION, NOTAMMENT À TRAVERS UNE PLATE-FORME NUMÉRIQUE, NON SEULEMENT AUPRÈS DES PROFESSIONNELS, MAIS AUSSI AUPRÈS DES SPECTATEURS


Au fil des mois, le questionnaire complet fera l’objet d’une vaste édition et diffusion, notamment à travers une plate-forme numérique, non seulement auprès des professionnels – personnel du théâtre, élèves de l’école du TNS, artistes –, mais aussi auprès des spectateurs et de ceux qui ne poussent pas les portes du théâtre. Puis toute cette « matière à penser et à rêver » sera réunie dans une publication. Stanislas Nordey, sans le dire, a peut-être à l’esprit la fameuse « Déclaration de Villeurbanne » de 1968, qui, sous l’égide entre autres de Roger Planchon, Patrice Chéreau ou Georges Lavaudant, avait redonné une nouvelle impulsion au théâtre public à la française.

Commémorer, non, mais revenir sur l’histoire des politiques publiques de la culture, oui. Et comment y parvenir sans la présence de Jack Lang ? L’emblématique ministre de la culture des années Mitterrand était donc présent, lui aussi, lors de cette journée anniversaire. Pendant deux heures, il a dialogué avec une salle exclusivement composée de jeunes gens d’horizons divers, qu’il s’agisse des élèves de l’école du TNS, de ceux de l’école d’infirmiers de Strasbourg, ou de réfugiés.

Ces étudiants ont exprimé face au président de l’Institut du monde arabe des inquiétudes bien d’aujourd’hui, sur les « frontières mentales » qui empêchent encore une bonne partie de la population d’accéder à la culture, sur la difficulté de faire sa place dans le monde de l’art, sur les relations entre secteur public et secteur privé, ou sur l’utilité réelle du Pass culture, un des affichages principaux de la politique culturelle d’Emmanuel Macron.

Le réel et le rêve
« En 2068, le TNS sera métissé », a conclu Jack Lang avec lyrisme. Il l’est déjà : après Lang, c’est une troisième ministre, Christiane Taubira, qui est montée sur scène, en compagnie de cinq jeunes comédiennes de troisième année de l’école, offrant un panel quasi parfait du métissage de la France actuelle. La marraine de cette opération « Et si on rêvait le TNS de 2068 ! », c’est elle, l’ancienne garde des sceaux de François Hollande. « Quand je me suis demandé quelle personnalité politique je pouvais convier pour ce rôle, son nom est apparu comme une évidence, explique Stanislas Nordey. Elle est une des très rares dans ce milieu non seulement à parler sans cesse d’art et de culture, mais à affirmer que la culture est un ferment de la société. »

Christiane Taubira a donc eu carte blanche, et plutôt que de venir avec de grands discours programmatiques, elle a offert un voyage dans ses lectures et ses goûts musicaux, pour dessiner des pistes sur la carte de ce que pourrait être le paysage théâtral de 2068. Un parcours qui, partant d’Aimé Césaire et de la figure du rebelle au centre de sa pièce Et les chiens se taisaient, passerait par Herman Melville ou Edouard Glissant, Nina Simone ou Miles Davis, Simone Weil (la philosophe) ou Pier Paolo Pasolini, sans oublier Jeanne Cherhal et sa chanson Quand c’est non, c’est non.

LE THÉÂTRE DE DEMAIN NE POURRA PAS SE FAIRE EN DEHORS DES FAILLES QUI TRAVERSENT LA SOCIÉTÉ, MAIS PAS NON PLUS EN DEHORS DE L’ART, DE L’IMAGINAIRE, DE LA POÉSIE, DU LANGAGE

 


Sa manière à elle de dire que le théâtre de demain ne pourra pas se faire en dehors des failles qui traversent la société, qu’il s’agisse de la question coloniale, de celles du racisme, de l’égalité hommes-femmes, de la religion ou de l’« Orient compliqué ». Mais pas non plus en dehors de l’art, de l’imaginaire, de la poésie, du langage. « Toni Morrison le dit dans un de ses poèmes : “Le théâtre doit être à la fois la maison du réel et la maison du rêve”, indique Christiane Taubira. Plutôt que se demander ce que peut le théâtre, je crois qu’il faut se demander ce qu’il doit : il nous doit d’être nous-mêmes, d’être libres, de nous divertir, même si ce n’est pas l’essentiel, et surtout de nous troubler, de nous déranger, de porter tous les malheurs et toutes les beautés du monde. »

Alors Christiane Taubira est remontée, seule, sur le plateau du TNS, ovationnée par le public, et elle a terminé la soirée avec un poème de l’écrivain palestinien Mahmoud Darwich, mort en 2008, et qui avait coutume de dire que la Palestine est une métaphore. Le poème s’intitule Nous sortirons…« Nous sortirons./Nous l’avons dit :/Nous sortirons./Nous vous l’avons dit :/Nous sortirons un peu de nous-mêmes./Nous sortirons de nous-mêmes/Vers une marge blanche, méditer le sens de l’entrée et de la sortie./(…) Nous sortirons./Nous avons dit :/Nous sortirons un peu de nous-mêmes, vers nous./Nous sortirons de nous-mêmes/Vers la parcelle de mer blanche, bleue./Nous étions là-bas et là./L’absence métallique signale notre présence./(…) Nous sortirons./Nous avons dit :/Nous sortirons lorsque nous rentrerons. » Elle a laissé à chaque spectateur l’interprétation de ce choix.

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Baro d'evel : être "Là", éperdument vivants l'un avec l'autre 

Baro d'evel : être "Là", éperdument vivants l'un avec l'autre  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mathieu Dochtermann dans Toutelaculture.com

21.10.2018

 

En soirée d’ouverture du festival CIRCa à Auch, on pouvait découvrir ce vendredi Là, création de 2018 de la compagnie Baro d’evel. A partir d’un dispositif scénique très dépouillé, et d’un rien d’accessoires, les deux artistes et leur corbeau pie enchevêtrent leurs solitudes pour mieux entremêler les fils de leurs destinées. Un peu d’acrobaties, un zeste de danse, beaucoup de travail sur le chant et sur le son, une interprétation incarnée, et le fil tendu de la vie qui vibre éperdument. Beau, déroutant, émouvant. Très recommandé.

★★★★★


« De ce côté, il y a le vide… »

Ainsi entame le personnage de Blaï Mateu Trias, perdu au milieu de l’immense scène blanche, une whitebox digne de Castellucci. Blaï Mateu Trias, avec sa stature immense drapée d’un costard noir, son regard un peu perdu, son sourire timide.

Retour en arrière.

Un sol blanc, trois murs blancs immaculés, celui du fond deux fois plus long que ceux de cour et jardin. Une lumière franche, très blanche. Le vide. Le rien. Si le spectateur est attentif en entrant dans la salle, il réalise qu’un très léger bruit de fond est diffusé dans la salle, comme un bruit… blanc justement. Pourtant, cet espace vierge est donné d’emblée comme prégnant de possibilités. Ne serait-ce que parce qu’il est proposé comme l’espace d’un spectacle sur le point d’advenir.

Et ce qui advient, c’est un accouchement. A cour, le mur frémit, son enduit s’effrite, le matériau se déchire au ras du sol. Sortent, les pieds devant, Blaï Mateu Trias et un pied de micro. Ils s’extirpent, se redressent, gagnent le centre de la scène. Jeu de pantomime. Puis: « De ce côté, il y a le vide… » On attend le discours. Il n’aura pas lieu.

Dans le fond, un corbeau pie passe. Repasse. Le personnage le suis du regard. L’oiseau déchire les notes du discours. Jeu comique entre l’homme et l’animal. Et puis…

A cour, encore, le mur se fendille, encore. D’une déchirure verticale naît à la scène le personnage de Camille Decourtye. La rencontre peut avoir lieu.

Là, c’est un spectacle en forme d’énigme, un entretissé habile de pas de côté et d’entrées latérales, qui ne dit jamais exactement où il en est ni où il va. Parce que l’important, c’est d’être Là, au présent, immergé dans ce que disent les corps et les regards. Spectacle saturé de symboles, mais constamment surprenant. Libre et explosif. Tendu sur un fil à vif, en même temps que redoutablement intime.

C’est une oeuvre très peu définissable, qui emprunte beaucoup au jeu théâtral, passe par quelques portés, est traversée par la présence de l’oiseau, possède une dimension plastique claire autant qu’incontournable, repose sur un travail poussé sur la sonorisation, est transcendée par la grâce du chant, transportée par la danse. Comme un poème un peu abstrait par certains côtés, mais indubitablement incarné.

Ce qui en ressort, c’est la puissance de la rencontre et des liens qu’elle crée. Un homme, une femme, deux être qui d’abord suspendus au milieu du rien y inscrivent progressivement une histoire riche de toutes les douceurs et de tous les déchirements. S’éloigner, s’embrasser, s’élever, inventer un angage commun, tandis que les traces s’accumulent et persistent sur le canevas blanc qui devient fresque.

Quand les deux interprètes reprennent, chacun à sa mesure, l’aria « When I am laid in earth » de l’opera Dido and Aeneas de Henry Purcell, un frisson d’émotion glisse le long de l’échine du spectateur. Pourtant, quand au tableau suivant les deux êtres doivent inventer un moyen de descendre du haut du mur où ils sont allés se percher, ce sont des larmes de rire qui coulent. Cette succession d’émotions puissantes autant que contradictoires, c’est la marque d’une dramaturgie parfaitement aboutie.

Si on accepte de ne pas chercher à tout prix le sens du moindre geste et de la moindre situation, et qu’on se laisse bercer par l’ensemble, Là propose un magnifique voyage, sensible et poignant, qui réussit à raconter l’universel avec une sobriété désarmante.

Un très beau spectacle, à découvrir absolument, Là constitue le premier volet d’un diptyque qui se poursuivra avec la création en 2019 de Falaise.

Dans le cadre de CIRCa le spectacle est encore programmé le dimanche 21 octobre à 16h30. Puis en tournée, à Perpignan en novembre, à Toulouse en janvier, à Lille en mars…

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Pasolini toujours en marche

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Par Stéphane Capron dans Sceneweb, 19.10.2018


 






Catherine Marnas voue une passion pour Pasolini. Avec le philosophe Guillaume le Blanc, elle sonde l’âme du poète italien et restaure sa pensée politique toujours d’actualité. La Nostalgie du futur créée au TnBA est un spectacle remuant.





Une barque est échouée sur le plateau, elle s’est fracassée sur la côte et l’état de sa coque ne laisse rien présager de bon pour les occupants de ce radeau de fortune. Deux migrants rescapés (interprétés par Franck Manzoni et Olivier Pauls) errent sur le plateau, un corbeau noir rôde (Bénédicte Simon). Deux êtres sortis de l’univers de Beckett. Deux clowns « mi-Charlot, mi-Godot » explique le philosophe Guillaume le Blanc, comme les personnages du film Uccellaci e uccelliniréalisé en 1965. Ils marchent inlassablement sur cette lande de terre, deux clandestins laissés à l’abandon dans une société mondialisée qui pratique l’égoïsme comme le clame haut et fort Pasolini.




Que pèse la parole du poète italien en 2018, 43 ans après son assassinat sur la plage d’Ostie près de Rome ? Catherine Marnas et Guillaume le Blanc réalisent un montage saisissant de textes et d’interviews de Pasolini, alternant passages oniriques et réflexions plus politiques, dans une scénographie magnifique de Carlos Calvo. On est aspiré par les images, par cette forêt crépusculaire d’où scintillent les dernières lucioles promises à la destruction par Pasolini dans l’un de ses textes fondateurs.




Dans cette société « en train de pourrir », les personnages de la pièce trouvent tout de même le courage de danser. Chacun évoque sa part de Nostalgie. Pour les plus anciens, c’est « la nostalgie des pauvres qui voulaient renverser le patron mais pas pour prendre sa place », et pour le plus jeune – Yacine Sif El Islam (silhouette émaciée comme Pasolini, même révolte intérieure),  c’est la nostalgie du goût MacDo le samedi avec sa mère et sa sœur ! Ces moments de pure comédie sont vite balayés par le retour à la cruelle réalité. La rupture opérée par Catherine Marnas est radicale et frontale. Les comédiens forment un chœur, alignés face au public. La parole est scandée, jetée à la figure avec violence refroidissante. « Il faut créer un état d’urgence » dit Pasolini dans sa dernière interview quelques heures avant d’être assassiné. « Je maintiens que nous sommes tous en danger ! ». La peur de la répression, du retour du fascisme, du retour de l’ordre moral ; les inquiétudes de Pasolini juste avant de mourir en 1975 sont les nôtres aujourd’hui. Le spectacle de Catherine Marnas donne envie de crier.




Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr






La nostalgie du futur
Textes Pier Paolo Pasolini & Guillaume Le Blanc
Mise en scène Catherine Marnas
Avec
Julien Duval
Franck Manzoni
Olivier Pauls
Yacine Sif El Islam
Bénédicte Simon




Assistantes à la mise en scène
Odille Lauria
et Rita Grillo
Scénographie
Carlos Calvo
Son
Madame Miniature
assistée de Jean-Christophe Chiron
Lumières
Michel Theuil
assisté de Clarisse Bernez-Cambot Labarta




Conception et réalisation des costumes
Edith Traverso
assistée de Kam Derbali
Régie plateau
Cyril Muller
Construction décor
Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine




Production Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine
Coproduction Théâtre Olympia – CDN de Tours, NEST-CDN transfrontalier de Thionville-Grand Est.
Durée 1h30




TnBA – Salle Vauthier
9 > 25 octobre 2018
Réserver en ligne
Du mar 9 au jeu 25 octobre
Mar à ven à 20h / Sam à 19h




Horaires exceptionnels – FAB : jeudi 11 à 21h et samedi 20 octobre à 19h30





L


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Pauline Bayle

Pauline Bayle | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Dans le monologue «Clouée au sol», la comédienne incarne une pilote de l’air dépressive car déclassée et affectée au maniement de drones.
Sur scène, la comédienne et metteure en scène Pauline Bayle n’est pas clouée au sol mais bien plantée, ses pieds ne se déplacent quasiment pas, et c’est son souffle, sa respiration abdominale, la manière dont elle s’empare physiquement du texte, dont elle accélère, dont tout son corps s’émeut, qui sont la base de ce spectacle minimaliste, où une femme lutte contre la dépression par le survoltage, l’emballement du langage, et la minutie. Le sommeil cesse évidemment quand les mots se mettent en boucle sans possibilité d’appuyer sur la touche stop. Et c’est cette excitation de la pensée, ces ruptures de rythmes, l’enthousiasme désespéré de celle qui ne va pas tarder à chuter, que Pauline Bayle réussit particulièrement à transmettre, sans exagération. La crise maniaque peut ne pas être spectaculaire.

Minimaliste ? Une actrice, un éclairage quasi unique, quelques bruitages imperceptibles dont on note la présence lorsqu’ils se calment à la manière d’un réfrigérateur qui cesse de ronronner : la mise en scène de Gilles David, sociétaire de la Comédie-Française, a besoin de peu pour faire entendre ce drôle de monologue de George Brant, dramaturge américain inédit en France, qui nous exhorte à nous intéresser aux drones et au stress post-traumatique des militaires chargés de les surveiller. La déflagration psychique est d’autant plus importante que le geste du militaire est déconnecté de sa conséquence. Autrement dit, c’est par un mouvement de manette effectuée dans une base à Las Vegas qu’il tue en Irak, en Afghanistan, ou ailleurs, dès lors qu’un «ennemi» bouge. Les mots de George Brant nous immergent donc dans la voix d’une des très rares femmes pilotes au sein de l’US Air Force, obligée de renoncer à son rêve «de ciel bleu» pour cause d’amour et d’enfantement, car elle est ensuite déclassée, enfermée toute la journée «dans une caravane climatisée», aux commandes d’un drone, le regard constamment fixé à l’ordinateur, qui montre «le gris du sol», à la place «du bleu du ciel». Si la femme est chargée d’abattre des humains à la manière d’un jeu vidéo, c’est sans armes égales avec l’ennemi, qui ne peut pas riposter. De là à se prendre pour «l’œil de Dieu», il n’y a qu’un pas, que la militaire renvoyée à son rôle de mère de famille franchit, tout en s’occupant de sa fille qu’elle embarque dans les grandes surfaces ultra filmées, et de son mari, vigile dans un casino. La manière dont les caméras de surveillance envahissent tout l’espace du couple est paradoxalement bien rendue par l’absence de vidéo dans la mise en scène. La facilité aurait été de projeter des images de drones ou de caméra de surveillance.

Pauline Bayle, 30 ans, fait partie des metteures en scène à l’ascension rapide. Elle s’était attaquée à l’épopée d’Homère au Théâtre de la Bastille à Paris, il y a un an, spectacle que Libération n’avait apprécié qu’avec modération. C’est cependant avec la même économie de moyens qu’elle l’avait conçu. On la retrouvera en 2019 à la Comédie-Française, au Studio-Théâtre, où elle adaptera le best-seller et prix Goncourt de Leïla Slimani, Chanson douce.

Clouée au sol de George Brant m.s. Gilles David. Les Déchargeurs, 75001. Jusqu’au 3 novembre.
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LesInrocks - "H2-Hébron", déchirant fragment du conflit israélo-palestinien

LesInrocks - "H2-Hébron", déchirant fragment du conflit israélo-palestinien | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Arvers dans Les Inrocks 12.10.2018

 

Ruth Rosenthal nous guide dans le quartier H2-Hébron et dans un jeu de miroirs mortifère.
Sur le plateau de H2-Hébron s’étale une maquette vide, celle de la rue Shuhada, située dans un quartier d’Hébron colonisé par les Israéliens en Cisjordanie. Comme une page vierge d’histoire que la folie humaine va recouvrir de strates successives, à partir de la construction du tombeau des Patriarches où Abraham a enterré sa femme Sarah – également appelé mosquée Al-Ibrahim par les musulmans.
En posant, une à une, les pièces de la rue – maisons, marché, cimetière, colonies –, Ruth Rosenthal construit sous nos yeux le théâtre d’une défaite. Deux dates focalisent les revendications de chaque clan dans “le théâtre violent de ce microcosme de la colonisation”, nous expliquent Ruth Rosenthal et Xavier Klaine, son binôme.

Le théâtre d’un tourisme de guerre

“Le pogrom de 1929 ordonné par le mufti de Jérusalem sur la communauté juive d’Hébron, présente depuis le Moyen-Age, et le massacre de vingt-neuf Palestiniens en 1994 par Baruch Goldstein, un colon de New York installé dans la colonie de Kiryat Arba.”


Cette rue “stérilisée”, où l’occupation comme la résistance se paient au prix du sang, est aujourd’hui le théâtre d’un tourisme de guerre où se croisent ultrasionistes, activistes laïques palestiniens, organisations bilatérales israélo-palestiniennes de paix, l’ONG B’Tselem, les militaires de Breaking the Silence, des repentis qui racontent ce qu’ils ont commis dans la zone, et les Black Lives Matter des Etats-Unis.

Ce sont toutes leurs voix, mélangées, que Ruth Rosenthal fait entendre, comme l’écho terrifiant d’une violence mimétique mortifère. Le parti pris décapant d’un état des lieux où l’unisson ne s’accorde qu’au conflit.

H2-Hébron Conception Winter Family, Ruth Rosenthal et Xavier Klaine, du 13 au 19 octobre, Nanterre-Amandiers, du 8 au 10 novembre, Théâtre national de Bretagne, à Rennes. Tournée jusqu’en juin 2019

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Grégoire Blanchon, invité à l'émission de radio Le P'tit Bazar

Grégoire Blanchon, invité à l'émission de radio Le P'tit Bazar | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Lien audio vers l'émission Le P'tit Bazar (1h30)

 

Le 1er Juillet 2018, Maxime Antoine recevait le chanteur Grégoire Blanchon dans Le P’tit Bazar sur Radio Canut, l’occasion d’un entretien d’une heure trente pour revenir sur son parcours, ses chansons, ses influences, ses concerts en piano-voix. Grégoire y parle d’amours contrariées, intranquilles et lumineuses, d’Océan et d’enfance… C’est aussi la possibilité d’entendre six de ses chansons (dont une chantée en direct) et d’évoquer les figures de Jeanne Moreau, Stephen Sondheim, Salvador Sobral ou encore Alain Souchon.

 

Les prochains concerts de Grégoire, qui se nomment « Intranquille » auront lieu du 28 Novembre au 2 Décembre au Théâtre des Clochards Célestes à Lyon.

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Grégoire Blanchon, invité de l'émission de radio Le P'tit Bazar  

Le 1er Juillet 2018, Maxime Antoine recevait le chanteur Grégoire Blanchon dans Le P’tit Bazar sur Radio Canut, l’occasion d’un entretien d’une heure trente pour revenir sur son parcours, ses chansons, ses influences, ses concerts en piano-voix. Grégoire y parle d’amours contrariées, intranquilles et lumineuses, d’Océan et d’enfance… C’est aussi la possibilité d’entendre six de ses chansons (dont une chantée en direct) et d’évoquer les figures de Jeanne Moreau, Stephen Sondheim, Salvador Sobral ou encore Alain Souchon.

 

Les prochains concerts de Grégoire Blanchon, qui se nomment « Intranquille » auront lieu du 28 Novembre au 2 Décembre au Théâtre des Clochards Célestes à Lyon.

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Spectacle vivant : "Après l’ouverture de la Scala à Paris : quoi de neuf dans le théâtre privé ?", "La Dame aux Camélias", "Western" et "Campana"

Spectacle vivant : "Après l’ouverture de la Scala à Paris : quoi de neuf dans le théâtre privé ?", "La Dame aux Camélias", "Western" et "Campana" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Arnaud Laporte sur la page son émission La Dispute, sur France Culture :

 

Au sommaire de cette Dispute spectacle vivant : un Petit Salon de Lucile Commeaux, mais aussi "La Dame aux Camélias" mis en scène par Arthur Nauzyciel, "Western" mis en scène par Mathieu Bauer et "Campana" du Cirque Trottola.


en haut : "La Dame aux Camélias" (© Philippe Chancel), en bas : "Western" (© Jean-Louis Fernandez)


Le Petit Salon de Lucile Commeaux : "Après l’ouverture de la Scala à Paris : quoi de neuf dans le théâtre privé ?"
L'avis des critiques :

Économiquement c’est un sacré pari, la Scala repose exclusivement sur des fonds privés. Un animal bizarre donc, dans le monde du spectacle vivant. Alors pour vous, de quoi cette Scala est-elle le signe ? Lucile Commeaux

On a un phénomène qui a l’air d’être une tendance de fond. On aurait d’un côté le désinvestissement du secteur public dans le théâtre vivant, de l'autre un investissement nouveau du privé. On assiste à l’irruption de très gros acteurs sur ce marché-là, avec un modèle économique vertical. On est face à une question irrésolue. La stagnation et le manque d’élan politique en faveur de la création conduit à l’implication de grandes entreprises dans le spectacle vivant. René Solis

Dans l’absolu c’est très bien d’avoir un théâtre qui ouvre. Ici il se déploie avec de grandes déclarations et du storytelling en connexion avec le parcours, les origines et les aspirations des nouveaux propriétaires. C’est comme si la majorité des journalistes s’était laissée berner, ou avait prolongé ce discours-là. Caroline Châtelet

"La Dame aux Camélias", jusqu'au 21 octobre aux Gémeaux, Scène Nationale de Sceaux, puis en tournée

D'après : Alexandre Dumas fils Mise en scène : Arthur Nauzyciel

Présentation officielle : C’est le récit d’un drame amoureux, celui d’un jeune bourgeois Armand Duval, subjugué par la beauté de Marguerite Gautier, courtisane.

C’est un récit hanté par ce qui a été, ce qui aurait pu être. Dans cet espace ambigu entre vérité et mensonge, réalité et illusion, Arthur Nauzyciel a souhaité mettre en scène La Dame aux camélias sans pathos, avec âpreté même, pour en faire émerger des dimensions parfois masquées : la place de l’argent dans les rapports d’oppression et de soumission entre les hommes et les femmes ; la dimension triviale du dialogue derrière un langage fleuri et romantique ; comment une classe sociale, la bourgeoisie de l’époque (le Second Empire), a conçu pour ses propres divertissements cette machine infernale, la marchandisation du corps et en même temps sa moralisation. Où l’on retrouve un Dumas fils, au complexe roman familial, tour à tour défenseur des filles perdues et pourfendeur de la dissolution des mœurs. Par la force sensuelle et poétique de son écriture scénique, Arthur Nauzyciel ouvre ainsi des espaces pour donner voix aux absents, corps aux disparus.

Avec : Pierre Baux, Océane Caïraty, Pascal Cervo, Guillaume Costanza, Marie-Sophie Ferdane, Mounir Margoum, Joana Preiss et Hedi Zada

Prochaines dates : 

11 > 21 octobre : Les Gémeaux, Scène Nationale de Sceaux
28 > 29 novembre : La Comédie de Valence
04 > 05 décembre : La Comédie de Reims – CDN
11 > 13 décembre : La Comédie de Clermont-Ferrand, Scène nationale
16 > 17 décembre : Le Parvis – Scène Nationale Tarbes-Pyrénées
22 > 25 janvier : Lyon, Théâtre des Célestins
31 janvier > 02 février : Théâtre National de Nice
13 > 15 mars : Théâtre Vidy-Lausanne
20 > 21 mars : Comédie de Caen – CDN
28 mars > 04 avril : Théâtre National de Strasbourg
18 > 19 avril : Nouvelle scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise
10 > 11 mai : TANDEM, Scène nationale Arras-Douai
17 > 18 mai : La Criée – Théâtre National de Marseille 17 05 – 18 05 2019
L'avis des critiques :

Je trouve que c’est un très beau roman et c’est résolument le roman qui prime dans l’adaptation. En entrant dans la salle on est face à un rideau de tulle rouge. Le décor donne une impression de porno chic qui m’a fait énormément peur au premier abord. Pendant la première heure j’ai été égarée. C’est toutefois un spectacle totalement antiromantique et du point de vue politique, de ce que cela raconte de la société, est passionnant. Lucile Commeaux

Ce n’est pas une œuvre sur laquelle il y a tant de choses à chercher aujourd’hui. D’un point de vue littéraire cela reste un mélo. Cette question des corps demeure très intéressante. Ce qui m’a intéressé dans ce spectacle c’est la façon dont on peut y donner corps aujourd’hui. Il y a beaucoup de tableaux de groupe et d’étreintes dans une sorte de lenteur et de mouvement chorégraphié très réussi. René Solis

L’histoire pivot dans La Dame aux Camélias est celle de la pièce de théâtre. Le roman offre une vision plus âpre, une critique de la société. C’est vraiment un montage qui est pour moi fin et intelligent et qui se déroule dans une forme de beauté pure aussi bien formelle qu’esthétique. Les personnages sont dans un monde de la jouissance à la douceur perpétuelle. C’est un monde complètement fermé sur lui-même, sur la satisfaction de ses désirs. Caroline Châtelet

 


Western, jusqu'au 26 octobre dans le diptyque "Une Nuit américaine" au Nouveau Théâtre de Montreuil - CDN


D'après : André De Toth Mise en scène : Mathieu Bauer 

Présentation officielle : Dans un village montagneux du Wyoming, enfoncé dans la neige et coupé du monde, l’éleveur Blaise Starret s’oppose farouchement à des fermiers qui prévoient d’installer des barbelés autour de leurs terres, consacrant ainsi la naissance, au pays des grands espaces, de la propriété privée. L’arrivée soudaine de sept bandits pourchassés par les autorités, commandés par un certain Jack Bruhn, fait taire les hostilités et contraint fermiers et éleveurs à s’unir contre le danger. Blaise Starret imagine un piège susceptible d’égarer Jack Bruhn et ses hors la-loi.

Jugé enfantin et parfois méprisé, le western opère admirablement le pont entre un cinéma populaire et un cinéma plus intellectuel. Il dégage, quand il est hissé au niveau des plus grands, une force inouïe, proche de la tragédie. Tourné en 1959 par celui qu’on surnommait "le quatrième borgne d’Hollywood", La Chevauchée des bannis est de ceux-là. Le film nous promène à travers trois parties qui se succèdent, en changeant de cap, sans crier gare, opérant de stupéfiantes bifurcations. Il entraîne le spectateur plus avant, dans la tension d’un scénario qui met en jeu et dissèque à merveille les rapports tendus d’une communauté en prise aux formes de violences qu’elle génère ou qu’elle subit.

Le film La Chevauchée des bannis est traversé par les grandes thématiques du western qui, pour la plupart — et fortes de l’influence des États-Unis sur nos sociétés — sont à l’origine d’un monde dans lequel nous vivons encore. Je pense à l’opposition entre individu et collectivité, à la naissance de la propriété privée et de la loi, à la légitimité de l’usage de la violence, à l’omniprésence d’un certain ordre moral, à la place des femmes dans des rapports dictés par la virilité, à la conquête de nouveaux territoires, ou encore à la construction d’une ville et par extension à l’organisation de nos sociétés. (...)

Avec : Eléonore Auzou-Connes, Clément Barthelet,Romain Darrieu, Rémi Fortin, Johanna Hess, Emma Liégeois, Thalia Otmanetelba, Romain Pageard, Maud Pougeoise et Adrien Serre

Prochaines dates : 

9 novembre : Scène nationale de Sète
17 > 18 janvier : Théâtre du Gymnase, Marseille (Western)
19 janvier : Théâtre du Gymnase, Marseille
24 > 26 janvier : Théâtre de la Croix Rousse, Lyon
1er janvier : Scène Nationale de Belfort
12 > 13 mars : Comédie de Clermont-Ferrand
L'avis des critiques :

La complexité des rapports sociaux, de tout ce qui se joue est inouïe. J’étais extrêmement content d’entendre cela. Le public était d’ailleurs scotché par l’histoire. La question que je me suis posée est celle du rapport à la musique de Mathieu Bauer. Pour moi il aurait dû aller au bout de son théâtre musical et pourquoi pas commander un opéra contemporain. René Solis

Je pense que la piste principale est de dialoguer avec le film et le genre même du western. L’écart induit par le changement de medium nous est rappelé. Plutôt que de prétendre ou d’imiter, il assume l’artifice et le jeu perpétuel avec les moyens théâtral. Tous les signes extérieurs du western sont ramenés à leur plus grande simplicité, comme un concentré. Pour moi les micros disent aussi la facticité de ce monde-là. Caroline Châtelet

En voyant ce spectacle je voyais bien ce qu’il voulait faire en questionnant ce que ce genre-là pouvait produire au théâtre. Si on prend la question du micro à la main et du haut-parleur en bandoulière, il y a quelque chose qui ne marche pas. Ce n’est pas vraiment un gag, mais quelque chose de gênant. On a peut-être l’idée de retrouver une forme de VF d’époque. Arnaud Laporte

Je pense que la piste principale est de dialoguer avec le film et le genre même du western. L’écart induit par le changement de medium nous est rappelé. Plutôt que de prétendre ou d’imiter, il assume l’artifice et le jeu perpétuel avec les moyens théâtral. Tous les signes extérieurs du western sont ramenés à leur plus grande simplicité, comme un concentré. Pour moi les micros disent aussi la facticité de ce monde-là. Caroline Châtelet

>> LE COUP DE CŒUR DE CAROLINE CHATELET : "Campana" du cirque Trottola, en tournée jusqu'au 4 juin 2019
De : Bonaventure & Titoune

Présentation officielle : Quand le cercle est là, les êtres avec l’œil et le cœur sont là, coude à coude, regardent le geste, écoutent le silence, le claquement du bruit, le verbe, la musique, alors… Alors on tente, nous tous, en rond, avec l’acrobate, le clown, le salto, l’apesanteur, le danger, de tordre la réalité, de la repousser, de la braver pour qu’apparaisse, juste un instant, l’étincelle dans l’œil qui soudain devine l’incommensurable : le cirque.

Alors, avec une tente, quelques cordes sur un violon, un tambour, une musique au galop, avec nos mains, nos regards, nos os, du très haut aux bas-fonds, du trapèze à la main rattrapée, de l’étonnante pirouette aux maladroites prouesses, avec soulier verni ou pas, avec bousculades et glissades ridicules, avec instants suspendus, accolades, disparitions, rôle à jouer et à déjouer, avec une sacrée énergie, et une envie de rire, de surprendre, avec tout cela nous allons « sonner La Campana »… Bonaventure & Titoune, créateurs et artistes du Cirque Trottola

Prochaines dates : 

9 > 24 octobre : Les Deux Scènes, Besançon
23 novembre > 15 décembre : Le Centquatre, Paris
6 > 10 février : Festival les Elancés, Istres
19 > 23 février : Théâtre Molière – Scène Nationale Archipel de Thau, Sète
9 > 13 mars : Festival Spring, Elbeuf
23 > 27 mars : Villes en Scène et Festival Spring, Villedieu-les-Pôeles
3 > 10 mai : Les Quinconces – L’Espal – Scène Nationale, Le Mans
29 mai > 4 juin : Le Sillon, Clermont-l’Hérault
Plus de dates...
Dans un monde qui est plongé dans la semi pénombre, les numéros s'enchaînent. Leurs gestes et leurs paroles disent l'angoisse du temps qui passe. Le spectacle fait référence à d'autres œuvres et à d'autres artistes, mais aussi à l'enfance, avec une fragilité inquiète. Caroline Châtelet


♪ Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

INTERVENANTS
Caroline Châtelet   journaliste culturel, membre de Revue Incise
Lucile Commeaux   productrice déléguée de La Dispute
René Solis  journaliste

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L’acteur Raoul Fernandez, couturière à vie de la vie

L’acteur Raoul Fernandez, couturière à vie de la vie | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat  dans son blog  Balagan
16 oct. 2018 

Fils et fille de sa mama du Salvador, Raoul Fernandez devient à Paris l’habilleuse de Copi qui révèle en lui la femme et l’actrice. Redevenu homme et devenu acteur, il n’en reste pas moins enfant à l’heure de saluer le public. L’auteur Philippe Minyana et le metteur en scène Marcial Di Fonzo Bo sont les serviteurs de ce « Portrait de Raoul », du cousu main d’une belle délicatesse.



Raoul déboule sur le plateau avec des gros sacs pleins de chiffons, de robes, de chutes de tissus, juste ce qu’il faut pour raconter autant qu raccommoder les lambeaux de sa vie dans le désordre d’une mémoire toujours souriante car la vie a décidé de lui sourire et lui a décidé d’en enfouir les chagrins.

Sa mama qui avait perdu deux garçons voulait une fille, alors Raoul, bien que garçon, fut une fille. « Mes cheveux étaient longs ma voix était haute mon âme était femme » dit-il-elle. Raoul aide sa mère à coudre des costumes pour la fête de la Vierge et des robes belles comme celles de « monsieur Dior ». Paris l’attend dans les pages feuilletées d’un livre de déco. Il y part étudier le costume et rencontre un autre Raoul, Raoul Damonte Botana dit Copi, un « génie » et un « fou » dont il devient « l’habilleuse » dira-t- il à sa mère au téléphone.

Un jour Copi lui tend une perruque blonde. En la mettant, Raoul frisonne « de la tête au pieds ». La femme en lui, jamais tout à fait endormie, se réveille, une révélation. « Lo sabia, lo sabia, sos mujer » (je le savais, je le savais, tu es une femme) lui dit Copi qui s’y connaît en salade de sexes.

Plus tard Raoul redeviendra homme et aimera les hommes. La façon dont l’acteur Raoul Fernandez raconte comment Raoul-femme s’est débarrassée de ses nichons résume l’esprit, la forme et la faconde de ce spectacle : une simple pichenette du pouce sur chacun des seins.

Pas de pathos, pas de logorrhée transgenre, pas de militantisme atrabilaire, pas d’affres bi, mais une joie de vivre plusieurs vies en une comme une évidence. Des vies faites aussi des rencontres d’autres vies. Après "le Copi", cela sera "la Koko", "le Nordey' et une grande actrice de la Comédie française à la voix grave avec laquelle il boit des coups entre copines et devant qui il aura la révélation d’une nouvelle vie : acteur. Ou actrice. Et sa vie repart, toujours rythmée par des complaintes en langue espagnole, car il chante aussi l’animal, d'ailleurs j’ai oublié de dire qu’il était une bête de scène. « De temps en temps la vie à moitié nue, nous offre un rêve si fragile/ qu’il faut marcher sur la pointe des pieds pour ne pas rompre le charme » (Joan Manuel Serrat).

Après une série de portraits de figures disparues comme celle de Michel Foucault (lire ici), Marcial Di Fonzo Bo à la tête du CDN de Normandie (auquel il a redonné une belle vigueur avec son équipe) poursuit cette belle idée par une série de portraits d’êtres vivants. Le Portrait de Raoul ouvre le bal. Pendant des heures Raoul Fernandez a raconté sa vie à Philippe Minyana, ils se connaissent depuis longtemps. Chavirant joliment la chronologie, Minyana écrit un monologue qui restitue l’extravagance sud-américaine qui, au Salvador, constitue l’ordinaire de la vie et il entre comme dans un moulin dans les non moins extravagantes vies parisiennes de Raoul dans le milieu du théâtre, et dans l’entre deux sexes. Déployant l’âme couturière de Raoul merveilleusement mise en valeur par l’acteur Raoul Fernandez, Marcial Di Fonzo Bo met en scène Raoul et Fernandez avec une vive complicité.Une heure chrono de bonheur.

A la Comédie de Caen, salle d’Hérouville-Saint-Clair, ce soir à 20h et demain à 18h Une tournée devrait suivre.

 

Légende photo : Scène de "Portrait de Raoul" © Jean-Louis Fernandez

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Splendide "Partage de midi" de Claudel mis en scène par Éric Vigner au TNS. 

Splendide "Partage de midi" de Claudel mis en scène par Éric Vigner au TNS.  | Revue de presse théâtre | Scoop.it


 Par David Rofé-Sarfati dans Toutelaculture.com  12 octobre 2018


Partage de midi est une des pièces les plus célèbres de Paul Claudel. Le metteur en scène Éric Vigner en tire un somptueux chant d’amour et de désespoir.

Partage de midi est une pièce intense de Paul Claudel. Un homme aime une femme improbable tandis celle-ci imagine quitter son mari pour un autre homme. Le drame est selon Claudel l’histoire un peu arrangée  de l’aventure amoureuse qu’il a vécue de 1900 à 1905. Le metteur en scène Éric Vigner a choisi la version de 1906 où le jeune Claudel fait de la femme une icône. L’ensemble de la pièce fabrique un tableau allégorique où la religion articule les personnages dans une quête d’absolu.

Partage de Midi est un drame en trois actes. Au premier acte, sur un paquebot en mer vers l’Extrême-Orient, le fonctionnaire Mesa (il est Claudel joué par un magnifique comédien en même temps que le directeur du TNS : Stanislas Nordey) regagne son poste en Chine. À bord se trouve une jeune femme, Ysé, (Jutta Johanna, Weiss n’interprète pas Ysé, elle est Ysé, une femme forte volontaire moderne étrange et aérienne) accompagnée de son mari, De Ciz (Mathurin Voltz à la présence et au jeu puissants). Sur le bateau aussi un aventurier qui cherche fortune, Amalric (Alexandre Ruby plus vrai que nature). Les quatre comédiens parviennent à une déréalisation rare, et construisent par leur jeu impliqué une magie fascinante. Mesa, solitaire et désemparé  tombe aussitôt fasciné par la belle Ysé, tandis qu’Amalric, qui l’avait rencontrée et aimée autrefois, se promet de la conquérir à nouveau. Chacun en route vers la Chine, espèrent y trouver un sort à la mesure de leur ambition ou de leur désarroi. Le second acte se passe à Hong-kong, après la traversée. Mesa et Ysé s’abandonnent à leur passion. Au troisième acte, quelques années plus tard dans une maison d’un port de la Chine, Ysé vit désormais avec Amalric, après avoir quitté Mesa dont elle eu un enfant. Survient Mesa, qui supplie Ysé de se sauver avec lui. Par une suite de péripéties associées à la rébellion insurrectionnelle locale Mesa va mourir. Il s’adresse alors à Dieu dans un cantique expiatoire lorsque Ysé revient soudain pour mourir avec lui,. Les deux amants, dans un final magnifiquement chorégraphié échangent le serment d’un consentement sacramentel qui transfigure et accomplit leur amour dans le  partage de minuit. 

On l’aura compris. Partage de Midi est une pièce mythologique sur la foi, sur l’amour et sur le ratage de l’un et de l’autre sauf par une fin tout à la fois romantique et christique. Tout Claudel est là. Sa plume chantante et dense aussi. Et Vigner respecte et magnifie tout.

Aux trois actes de cet opéra sans orchestre sauf la musique de la prosodie de Claudel, il ajoute une ouverture. Sous la forme d’une anaphore de pourquoi tu me traites comme cela, Mesa pleure son  triste et poignant dépit amoureux. Durant ce monologue prélevé au texte de Claudel, Ysé, dans la pénombre, allume des bougies et la salle se remplit d’une odeur d’église tandis que la bande-son fait vrombir le drame. L’esthétique est celle des peintres flamands et de leur science du noir. Le choc esthétique de l’ensemble de la pièce est indescriptible dans cette chronique sauf à le trahir. Écrivons que le public est fasciné comme devant autant de tableaux d’un rêve enchanté. L’acte deux en particulier est absolument magnifique. Ysé dans une robe noire à collerette, Mesa en costume sombre noir et chapeau haut de forme devant un rideau de fils qui tombe des cintres dansent et chantent leur amour.

Vigner réussit un geste admirable, car il magnifie la pensée de Claudel et  sa prose et parvient à donner corps à la foi en l’amour et en son dieu  de l’auteur dans une messe électrisante.

Claudel raconte son expérience, nous expose comment l’amour est toujours un échec cependant que sa quête étayée par la mascarade féminine de la séduction est civilisatrice. La scène de l’éventail constitue une belle figuration de cette pensée. Claudel mélange les genres, je suis un homme je t’aime comme on aime une femme, dira Ysé, car l’amour chez Claudel est un absolu qui brasse et annule la différence des sexes. Lorsque les deux amants clament leur amour face à la salle, s’ils semblent nous interpeller, ils œuvrent à autre chose, ils vérifient tandis que le gong fait  scansion que le texte qui s’échappe du plateau finit sa course vers le ciel. C’est magnétique.

Le texte de Claudel est un poème sans rimes. Vigner insuffle cette poésie dans sa scénographie et dans les corps mêmes des comédiens. La pièce, enfin, aidée par la pénombre restitue le prégnant érotisme du texte qui enveloppe la question du vrai amour qui ne peut être qu’aveugle. Vigner et sa troupe signent un prodige.

Partage de Midi au Théâtre National de Strasbourg 
Texte Paul Claudel
Scénographie et mise en scène Éric Vigner

La pièce se jouera du 5 janvier au 16 février 2019 au Théâtre de la ville-théâtre des Abbesses à Paris.

Crédits Photos ©Jean-Louis Fernandez

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Dans « Perdu connaissance », le Théâtre déplié trouve une intense vérité théâtrale 

Dans « Perdu connaissance », le Théâtre déplié trouve une intense vérité théâtrale  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Adrien Béal et ses acteurs font pénétrer le théâtre dans un lieu qui lui est inhabituel, le logement d’une gardienne d’école primaire à l’heure où l’ordre des choses déraille. Passionnant.

C’est un lieu que les scènes de théâtre ne fréquentent pas et devant lequel il arrive que l’on passe dans sa vie mais sans s’y arrêter ou sans y prêter attention. C’est le logement de la gardienne d’une école primaire. Un logement modeste, un recoin situé près de la sortie de l’école : contre un mur, un interrupteur déclenche l’ouverture de la grille et une lucarne donne sur le hall. L’intérieur n’est pas bien défini puisque le bord du logis est un lieu de passage. Bref, ce lieu est aussi un non-lieu, où le dehors mord sur le dedans. Un espace privé dans un espace public (l’école). Tout cela n’est pas explicite d’emblée ; on le comprend, comme le reste, au fur et à mesure.
Les trois sœurs

Le titre du spectacle Perdu connaissance fait référence à ce qui est arrivé à cette gardienne que l’on ne verra pas : alors qu’elle faisait ses courses dans un supermarché, elle a perdu connaissance et a lourdement chuté. C’est ce que raconte sa sœur (Julie Lesgages) à la directrice de l’école (Adèle Jayle) quand cette dernière la surprend à fouiller dans le logis à la recherche d’une pièce d’identité de sa sœur qu’on lui a demandée à l’hôpital. Comment est-elle rentrée dans l’école ? Pourquoi est-elle venue sans prendre le temps de voir sa sœur à l’hôpital ? Suspicion de la directrice, étrangeté de la sœur.

Au fur et à mesure, on prend connaissance des autres personnages : le mari de la directrice (Pierre Devérines), le couple habite de l’autre côté de la cour de l’école dans un appartement de fonction. L’ex-compagnon de la sœur (Etienne Parc), un parent d’élève (Cyril Texier) qui lui vient chez la gardienne chercher le couteau qui a été confisqué à son fils (depuis le fils ne lui parle plus) et enfin l’autre sœur (Boutaïna El Fekkak) de l’accidentée (dont on a apprendra bientôt qu’elle est dans le coma) qui sort de prison. Pas d’intrigue, pas de coups de théâtre. Mais des rencontres, des questionnements, des décisions à prendre. L’accident et l’absence de la gardienne entraînent un dérèglement dans la vie des personnages qui vont devoir faire face à une situation inédite et y répondre. Des personnages qui sans cet accident de la vie ne se seraient sans doute jamais rencontrés. La perte de connaissance entraînera des prises de conscience. Et donc des gains de connaissance.

De tout cela, les spectateurs sont les témoins actifs. Car les questions posées peuvent être aussi les leurs. A-t-on eu raison de confisquer le couteau à un enfant alors qu’il ne s’en servait pas sans se soucier d’explication ? Le silence de l’enfant suite à cette confiscation est-il le signe d’autre chose ? Est-ce qu’une femme, sortie de prison, ayant payée sa dette à la société, peut venir occuper la loge de la gardienne d’une école  publique ? Faut-il aller voir une sœur avec laquelle les liens s’étaient depuis longtemps distendus et qui est dans un coma profond ou d’abord se préoccuper de sa propre vie ? Peut-on vivre dans l’ombre d’un autre être comme le fait le mari de la directrice en annihilant durablement sa personnalité ? Une femme qui dit ne plus vouloir voir son enfant et entend le confier entièrement à son mari est-elle une femme égoïste, malade ou indépendante ? Où est la vérité ? Y a-t-il une seule et et unique vérité ?

Réseau et réseaux

Avec ce nouveau spectacle, la compagnie Théâtre déplié codirigée par Adrien Béal (mise en scène) et Fanny Descazeaux (collaboration à la mise en scène et production) retrouve et affûte ce qui faisait la force de deux spectacles précédents, Le Pas de Bême (qui tourne encore, lire ici) et Récits des événements futurs (lire ici) : une écriture collective longuement façonnée et une égalité de jeu entre les acteurs. Pas de héros principaux, pas d’acteur vedette, mais une concentration d’énergie qui donne à chaque scène, ou plutôt séquence, une extrême densité (tous les acteurs sont à l’unisson). Pas de ligne fictionnelle unique mais un réseau et des croisements. On y voit à vue, sans mots d’auteur, ni langage fleuri, sans voyeurisme non plus, des êtres qui se cherchent en cherchant à faire face à une situation : dire oui ou non à une mini-requête, emprunter ou pas la machine à café ? Machine à café qui sera au cœur d’une discussion sur la sortie de prison on entre le parent d’élève, l’ex de la sœur de la gardienne et le mari de la directrice. Notons au passage que tous ces personnages n’ont pas de nom, comme si les actrices et les acteurs leur prêtaient implicitement le leur le temps d’une aventure commune, façon aussi de dialoguer plus directement avec les spectateurs.

Les travaux de Michel Foucault, de Jacques Rancière mais aussi de Giorgio Agamben accompagnent ce travail (dramaturgie Jérémie Scheidler) qui, dans son exigence, n’oublie jamais le spectateur considéré comme un partenaire.

Le Théâtre déplié a fait ses premiers pas au Théâtre de Vanves alors dirigé par José Alfarroba qui a accompagné des années durant la compagnie jusqu’à la création du Pas de Bême. On les a vus aussi à l’Atelier du plateau, à l’Echangeur de Bagnolet, à la Loge, à des festivals comme celui de Villeréal ou Théâtre en mai à Dijon, autant de lieux et de manifestions précieux pour les jeunes compagnies. Récits des événements futurs a été créé au Studio-théâtre de Vitry alors dirigé par Daniel Jeanneteau. L’an dernier, le Théâtre de la Bastille leur a commandé un spectacle dans le cadre d’une réflexion sur les collectifs, ce fut Les Batteurs (six batteries sur scène, lire ici).

Aujourd’hui, le Théâtre déplié est artiste associé à la fois au Théâtre de Gennevilliers depuis l’arrivée de Daniel Jeanneteau à sa direction et au CDN de Dijon-Bourgogne dirigé par Benoît Lambert, où Perdu connaissance vient d’être créé. Une belle trajectoire nouée de fidélités.

Perdu connaissance, du mar au jeu 20h, ven 18h30, sam 17h,  jusqu’au 19 oct au Théâtre Dijon-Bourgogne ; puis du 8 au 19 nov au T2G-Théâtre de Gennevilliers ; du 18 au 20 mars 2019 aux Subsistances à Lyon ; les 26 et 27 mars à l’Hexagone de Meylan ; les 3 et 4 avril au Tandem à Douai ; les 9 et 10 avril à l’Espace des arts de Chalon-sur-Marne.

Les Batteurs, du 16 au 18 janv au Théâtre de Vanves, le 22 janv aux ATP des Vosges à Epinal.

Le Pas de Bême, le 13 fév au Théâtre Antoine Vitez à Aix ; du 7 au 26 mais au Théâtre de la Tempête à Paris.

 


Scène de "Perdu connaissance" © Vincent Arbelet

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 Jean-Pierre Baro regarde les « monstres » en face

 Jean-Pierre Baro regarde les « monstres » en face | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anaïs Héluin dans Sceneweb 15.10.2018

 

Avec sa mise en scène de Kévin, portrait d’un apprenti converti écrite par Amine Adjina pour des adolescents, Jean-Pierre Baro questionne la radicalisation religieuse en France. Ses mécanismes et ses violences.

Depuis son adaptation de Woyzeck de Georg Büchner en 2011 – où il raconte l’histoire de son père immigré sénégalais – Jean-Pierre Baro développe un théâtre peuplé d’êtres aux identités problématiques, de personnages tiraillés entre deux cultures et leurs descendants , de jeunes nés dans un autre pays que leurs parents, qui ont reçu d’eux un héritage lacunaire. Une mémoire dont les trous rappellent les pages sombres de l’histoire franco-africaine, et empiètent sur le présent. Dans son adaptation de Disgrâce (2016) du Sud-Africain John Maxwell Coetzee par exemple, Jean-Pierre Baro explore l’impensé colonial. Et, tout en continuant d’explorer les territoires de la fiction, il opte pour une approche plus frontale des questions qui l’occupent.

Créé le 12 octobre 2018 au ! POC ! à Alfortville avant de partir en tournée – il sera programmé la saison prochaine au TQI (Jean-Pierre Baro prend la direction à partir du 1er janvier 2019) – , Kévin, portrait d’un apprenti converti s’inscrit dans cette évolution. Fruit d’une commande de Jean-Pierre Baro à l’auteur et comédien Amine Adjina, cette pièce pour adolescents interroge la radicalisation d’une partie de la jeunesse française à travers un portrait fictif. Celui de Kévin, jeune homme de 17 ans né en France d’un père algérien et d’une mère française qui a quitté le domicile familial. Un garçon qui à force d’être seul, plein de questions auxquelles il ne trouve pas de réponses, trouve refuge parmi un groupe religieux extrémiste. Et dans l’idée de partir combattre en Syrie.

Après être allé à la rencontre des adolescents en venant jouer Master (2014) – sa première création jeune public, dont Amine Adjina assurait l’un des deux rôles dans des salles de classe, le metteur en scène fait venir ces derniers au théâtre. Il ne renonce pas toutefois entièrement à l’adresse directe qui permettait à Master de perturber le quotidien scolaire des collégiens. Dans le rôle de Kévin, Mohamed Bouadla excelle d’un côté comme de l’autre du quatrième mur. Au lieu de diaboliser l’aspirant terroriste qu’il incarne, il suscite chez son jeune public un sentiment d’identification. Un trouble proche, sans doute, de celui qu’a ressenti l’auteur en découvrant qu’un de ses amis en classe de seconde, un certain Peter Shérif, s’était radicalisé et avait rejoint la filière des Buttes Chaumont, dont sont issus les frères Kouachi.

Lorsque que la pièce commence, une partie du mal est déjà fait. Pour sa photo de classe, Kévin troque sa chemise pour un qamis, vêtement porté par les hommes musulmans pour la prière. Il reproche à son père (Mahmoud Saïd) sa passivité qui le cloue devant la télévision. Puis les choses s’accélèrent. Devant son ordinateur, Kévin tente d’apprendre une prière en arabe, il entame une discussion avec une jeune fille (Hayet Darwich qui assume tous les rôles féminins du spectacle) qui lui ressemble, quitte un imam qu’il juge trop modéré pour un autre groupe jamais nommé… Le tout au milieu d’une structure métallique qui, avec ses néons et ses hauts parleurs mêlés à divers objets du quotidien, met le plateau sous le signe du doute. De même que plusieurs décrochages avec le cadre plutôt réaliste du récit, comme l’apparition d’un étrange messager : un Robin des Bois converti à l’islam, qui fait basculer le personnage dans une violence que ni l’école ni la famille ne parviennent à enrayer.

Grâce à cet entre-deux, à un humour qui s’invite à des moments inattendus ainsi qu’à interprétation remarquable, Jean-Pierre Baro et ses comédiens relèvent sur scène le défi qu’Amine Adjina a relevé sur le papier. Celui de « regarder ses propres ‘’monstres’’ ». « Que viennent-ils nous montrer ? Et de quoi sont-ils les sombres messagers ? ». Des questions que le théâtre pose ici avec justesse, tout en disant l’urgence d’y répondre.

Anaïs Heluin – www.sceneweb.fr

Kévin, portrait d’un apprenti converti

Texte : Amine Adjina

Mise en scène : Jean-Pierre Baro

Avec : Mohamed Bouadla, Hayet Darwich, Mahmoud Saïd

Création son et régie générale : Adrien Wernert

Création lumières et vidéo : Julien Dubuc

Scénographie et costume : Cécile Trémolières

Régie son : Audray Gibert

Régie lumière et vidéo : Damien Caris

Collaboration à la mise en scène : Charly Breton

Administration, production Les Indépendances

Remerciement au bureau Formart

Production : Extime compagnie

Coproduction : Théâtre National de Bretagne CDN – Centre européen théâtral et chorégraphique, Scène nationale de l’Essonne Agora / Desnos, Espace 1789 Saint-Ouen.

Avec le soutien de : La Ferme du Buisson Scène Nationale de Marne-la-Vallée, de la Ville de Pantin, du conseil départemental de l’Essonne.

Extime Compagnie est conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Île-de-France et est associée au Théâtre National de Bretagne CDN – Centre européen théâtral et chorégraphique.

Durée : 1h15

Le Grand Bleu, Lille
Le 8 novembre 2018
14h30 / Scolaire
19h / Tout public

Vendredi 9 novembre 2018
14h30 / Scolaire
20h / Tout public

Théâtre au fil de l’eau, Pantin
Mardi 13 novembre
20h / Tout public

Espace 1789, Saint Ouen
Mardi 20 novembre
14h / Scolaire
20h/ Tout public

Théâtre de l’Agora, Evry
Jeudi 22 novembre
14h30 / Scolaire
19h / Tout public

Vendredi 23 novembre
14h30 / Scolaire
20h / Tout public

Momix, Kingersheim
Mardi 5 février 2019
14h30 / Scolaire
20h / Tout public

La Coloc’ de la culture, Cournon d’Auvergne
Mardi 12 mars
14h30 / Scolaire

Ville d’Issoire
Jeudi 14 mars
20h30 / Tout public

Théâtre National de Bretagne, Rennes
Mercredi 24 avril
20h / Tout public

Jeudi 25 avril
14h30 / Scolaire
19h30 / Tout public

Vendredi 26 avril
14h30 / Scolaire
20h/ Tout public

 

photo  : Extime compagnie

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Vous reprendrez bien deux gouttes de Mundurukus | Le

Vous reprendrez bien deux gouttes de Mundurukus | Le | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan 19.10.2018

 

Le chercheur Pierre Pica et la metteuse en scène Emilie Rousset sont d’accord sur l’essentiel : les Mundurukus. Une tribu amazonienne pour qui un peut aller jusqu’à deux. Emmanuelle Lafon dans le rôle du cueilleur de langues et Manuel Vallade dans celui de la questionneuse béotienne font la paire, ce qui fait quatre. A quoi bon compter au-delà de cinq, se demandent les Mundurukus.


Le titre du spectacle Rencontre avec Pierre Pica n’est pas une fiction mais le spectacle en est une. Pierre Pica est un chercheur, un jeune retraité du CNRS qui n’aime pas trop qu’on le résume au terme de linguiste. Emilie Rousset est une metteuse en scène qui s’est détournée des salles de spectacle pour fréquenter des halls, des galeries, des musées. Elle y revient aujourd’hui avec un montage de ses rencontres avec Pierre Pica. L’un et l’autre aiment les décalages et les accidents de la vie qui vous conduisent là où on ne pensait pas aller.
Mission passion

Proche de Noam Chomsky, travaillant au MIT, Pierre Pica se retrouve par hasard au Brésil pour donner des cours d’introduction à la grammaire générative. Là, une connaissance lui lance tout à trac : « ça te dirait d’aller voir les Mundurukus ? » On a beau être un savant, on ne peut pas tout connaître ; ce mot étrange ne lui dit rien. Son interlocuteur, plus au fait des choses amazoniennes, lui explique que c’est une tribu qui vit dans l’Etat de Para. Pierre Pica a du temps à perdre (et donc tout à gagner) et, d’une nature curieuse, il se dit : pourquoi pas. Les langues indigènes, il s’y connaît un peu, il y va. Il y retournera plusieurs fois, on appelle ça des missions. Ou une passion.

Cette découverte des Mundurukus, Pierre Pica la racontera plus tard à Emilie Rousset. Cet épisode figure dans le spectacle tout comme leur rencontre par Skype autour des œuvres de Pierre Morellet exposées alors au MAC VAL. Emilie Rousset préparait Les Spécialistes, une pièce donnée dans des musées où chaque comédien proférait au micro la parole d’un spécialiste, le spectateur écoutant au casque la voix du même spécialiste. Le décalage entre les deux devait faire le charme de la chose (je n’ai pas vu ce spectacle).

Cet amour du décalage, on le retrouve de plusieurs façons dans Rencontre avec Pierre Mica. Le Skype de leur conversation quand elle est en France et lui en Amazonie disparaît visuellement mais restent les rates de la communication. Et apparaît, autre décalage, une inversion des rôles : l’actrice Emmanuelle Lafon dans le rôle de Pierre Pica, l’acteur Manuel Vallade dans celui d’Emilie Rousset. Décalages qui s’associent à un espace incertain où les frontières entre le devant de la scène et les coulisses sont approximatives. Pierre Mica utilisera plusieurs fois le mot approximatif en parlant des Mundurukus. Positivement. Enfin, dernier décalage : l’actrice et l’acteur n’ont pas appris leur texte. Il leur arrive par une oreillette, ce qui modifie leur façon de le restituer oralement et physiquement.

Il y a deux mondes, explique le savant, le monde exact et monde approximatif. Les Mundurukus ne connaissent que le second alors que nous mettons en avant l’exactitude, et pas seulement celles des trains, des horloges et de la politesse des rois. On le sait, les trains n’arrivent jamais à l’heure, les horloges ne sont jamais à l’heure pile comme le savent tous les réveils-matin et les rois sont plus ou moins fainéants. Plus astucieux que nous, les Mundurukus chérissent l’approximation. Par exemple, pour eux, le chiffre un n’est pas une entité définitive, il peut lorgner vers le deux. Chemin faisant, ils nous en apprennent grandement sur nos approximations.

Goutte à goutte

Pierre Pica adore les exemples des gouttes, des doigts et des secondes. Quand à la fin d’un repas on reprend une « petit goutte, juste une petite goutte », c’est une goutte qui en comprend des milliers, celles qui se pressent les unes contre les autres pour remplir un verre de vin. Il en va de même quand on prend deux doigts, juste deux doigts, de gnôle à l’heure du pousse café. Et ne disons rien de ceux qui sont à deux doigts de trouver la solution d’un problème, cela nous entraînerait trop loin, à des kilomètres. Quand on dit : « j’en ai pour deux secondes », chacun sait que cela veut dire au moins une minute voire une heure et pour un « je reviens dans une minute », comptez un bon quart d’heure. On était approximatif sans le savoir.

Chez le regretté acteur Daniel Emilfork, les livres n’étaient pas classés par auteurs mais par hauteurs. Né au Chili, peut-être avait-il des ancêtres amazoniens. Toujours est-il que les Mundurukus classent la banane et le bras dans la même catégorie puisque ces entités ont la même forme. Tout comme ils associent le café et les larmes, ces apôtres de la liquidité. Autre exemple que cite Emmanuelle Lafon-Pierre Pica : le bras levé. Le sprinter sur la ligne de départ du 100 mètres lève haut le bras, souvent les deux, lorsque le speaker énonce son nom. Quand on lève le bras, c’est jusqu’en haut. Le coureur envoyé par les Mundurukus se contentera, lui, de légèrement décoller vers le haut le bras habituellement positionné le long du corps. Pourquoi aller plus haut ? Via cette agréable conversation entre vertébrés, les Mundurukus nous font quitter notre petite lorgnette qui prend pour immuables des choses, des mots, des points de vue qui sont plus aléatoires qu’on ne veut bien le croire.

Théâtre de la Cité internationale, dans le cadre du Festival d’automne, ven 20h, sam 19h30, puis en version courte le 19 nov à la Fondation Cartier et le 28 nov au POC d’Alfortville.

 

Scène de "Rencontre avec Pierre Pica" © Philippe Lebruman

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Jane Fonda, fondue de la vie

Jane Fonda, fondue de la vie | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Alexandra Schwartzbrod photo Frédéric Stucin pour «Libération  — 21 octobre 2018


A 80 ans, l’actrice américaine rayonne, portée par ses combats pour les femmes et le climat.


Le cinéma ne sait pas ce qu’il doit à un militant américain du nom de Ken Cockrel, président de la Ligue des travailleurs noirs révolutionnaires - Jane Fonda se penche vers nous pour s’assurer que nous écrivons bien son nom. «C’était en 1971 à Detroit, nous raconte-t-elle dans un français mêlé d’anglais. Je lui ai dit que j’allais arrêter le cinéma pour me consacrer au militantisme. "Pas question, m’a-t-il répondu, tu nous seras bien plus utile en étant une actrice célèbre." Alors je suis retournée dans les studios.» Moulée dans un pantalon taille haute, boucles blondes encadrant un visage retouché avec soin et, malgré tout, vivant et expressif, l’actrice américaine a accepté de nous consacrer un moment, ce samedi 20 octobre, au lendemain d’une soirée de gala qui l’a vue ovationnée par 3 000 personnes au centre des congrès de Lyon. Une standing ovation au son de Non, je ne regrette rien d’Edith Piaf, la chanson préférée de la star à qui le réalisateur Costa Gavras remettait le 10e prix Lumière.

Longiligne dans une robe léopard qui semblait cousue sur elle, l’actrice de 80 ans a alterné ce soir-là mots d’esprit et pitreries, enjoignant la foule à militer pour la survie de la planète et la défense des minorités («l’engagement nous guérit de tout»), entonnant des chansons paillardes («c’est Vadim qui me les a apprises, entre autres choses») et racontant maintes anecdotes sur ses 60 tournages. Assurant le show, à l’américaine, avec un professionnalisme mais aussi un humour et une fougue qui ont bluffé les plus blasés. Le comédien James Thierrée, petit-fils de Charlie Chaplin, nous a déclaré avoir découvert «la force, la sensualité vitale» de cette actrice qui ne l’avait jamais marqué. L’acteur Tahar Rahim nous a dit être impressionné par son «humanité, son engagement pour les opprimés». Lambert Wilson, qui nous a rappelé avoir tourné la première scène de son premier film avec Jane Fonda, dans Julia de Fred Zinnemann, en était estomaqué. «Je craignais de voir juste une star hollywoodienne, mais elle est bien plus que ça ! Elle est d’abord une femme, une citoyenne, elle est dans le présent, dans l’action, alors qu’elle est si pessimiste pour l’avenir.»

Pessimiste, elle l’est, même si elle se présente comme une bombe d’optimisme («quand on est jeune, on ne sait pas quel est le sens de la vie, c’est pour ça qu’il est si agréable de vieillir, on finit par le savoir»).

Ce samedi, nous lui glissons entre les mains le Libé du week-end qui consacre sa une à «la nouvelle vague» démocrate qui monte outre-Atlantique à la veille des midterms. «C’est vrai, nous dit-elle, beaucoup de femmes se présentent, j’ai peur de dire qu’elles ont des chances car je n’en suis pas sûre, j’espère que ce sera une vague.» Craint-elle que Donald Trump soit là pour longtemps ? Une ombre passe sur son visage. «Oui, c’est possible, et si ça arrive, c’est une catastrophe, pour les Etats-Unis mais aussi pour la planète.» Plus tard, elle dira sa conviction que le président américain souffre d’un stress post-traumatique lié aux brutalités que lui infligeait son père. Est-elle engagée dans la campagne menée par les Obama pour convaincre les Américains de voter ? «Non, nous dit-elle, je ne participe pas à des mouvements politiques. Quand Trump a été élu, je me suis demandé où mon énergie et mon argent seraient les plus utiles. Et j’ai décidé de lutter sur le terrain, en aidant par exemple une association qui tente d’assurer un salaire minimum aux serveuses rémunérées uniquement au pourboire

Jane Fonda avait 12 ans quand sa mère s’est suicidée, elle a grandi dans un milieu d’hommes, entre son père et son frère, Henry et Peter Fonda. «Jeune, je ne voulais pas être actrice, a-t-elle confessé lors d’une master class animée par Thierry Frémaux au Théâtre des Célestins de Lyon. Mon père était un grand acteur, mais il était de mauvaise humeur quand il rentrait de ses tournages.» Elle est alors timide, mal dans son corps, qu’elle déteste. Les brimades de sa belle-mère la poussent à quitter le domicile familial. Elle tente le secrétariat mais se fait jeter. Elle devient actrice pour gagner sa vie, rassérénée par le regard admiratif de Lee Strasberg, et elle continuera à jouer pour financer ses combats. «Mon militantisme m’a permis aussi de devenir une meilleure actrice. La plupart des acteurs vivent dans des milieux fermés, ils ne se renouvellent pas, les militants se mélangent davantage.»

Au début des années 60, elle vient en France, rencontre Roger Vadim, tombe amoureuse, puis enceinte de Vanessa, découvre le militantisme avec Mai 68 avant de tourner Barbarella, qui la rendra célèbre. «Ce film a surtout plu aux jeunes de 13-14 ans, je suis fière d’avoir provoqué leurs premières érections !» Après de grands films, tels On achève bien les chevaux et Klute qui lui vaudra un oscar («j’ai pleuré ce jour-là car je l’avais remporté avant mon père, je trouvais ça injuste»), elle devient une star de l’aérobic dans les années 70 pour financer ses propres combats et la carrière politique de son deuxième mari, le démocrate Tom Hayden, avec qui elle a un fils, Troy, et adopte une fille, Mary. A la fin des années 80, elle a un passage à vide, envisage encore d’arrêter le cinéma. «La ménopause. Pour beaucoup de femmes, ce sont des années difficiles, on ne sait plus quoi faire de soi. Et puis Ted Turner est arrivé.» Le magnat de la presse sera son troisième mari jusqu’au tournant des années 2000. Son «ex-mari préféré».

Tout en militant pour l’arrêt des bombardements américains au Vietnam, elle a fait partie des mouvements féministes des années 70 et la cause lui tient toujours à cœur. Est-elle heureuse de voir émerger #MeToo ?«Le mouvement ayant démarré à Hollywood, les femmes qui l’ont porté étaient célèbres. Si l’on veut qu’il se développe, il faut plus d’intersectionnalité, que les femmes les plus vulnérables puissent s’exprimer aussi.» Pour elle, si la démocratie est en danger dans nombre de pays, c’est à cause du retour en force du patriarcat. «Partout, des Etats-Unis aux Philippines, on voit le mâle se battre pour survivre contre les femmes et les minorités, et batailler pour la terre.» Tous les combats sont liés, dit-elle. «Le chaos climatique et l’instabilité économique provoquent des exodes, et c’est là où les sales types prennent le pouvoir. Si l’on survit, ce sont les femmes qui dirigeront le monde.»

Ces dernières années, elle a déclaré avoir «fermé boutique». On ose : le sexe, c’est fini ? «Je ne suis pas très douée avec les hommes, nous confie-t-elle. Cela ne dure jamais. Regardez, j’ai une carrière qui redécolle, la démocratie à défendre, la planète à protéger… Les hommes, ça prend du temps, et je n’en ai plus pour ça.»

1937 Naissance à New York.
1968 Vit les événements de Mai, et incarne Barbarella dans le film de son mari, Roger Vadim.

1972 S’engage pour le Vietnam.
1971 et 1978 Reçoit deux oscars pour Klute et le Retour.
2018 Reçoit le 10e prix Lumière à Lyon.

Alexandra Schwartzbrod photo Frédéric Stucin pour «Libération»

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Cécile Provôt : "CircusNext défend la recherche d’une démarche singulière"

Cécile Provôt : "CircusNext défend la recherche d’une démarche singulière" | Revue de presse théâtre | Scoop.it


par Véronique Giraud dans Naja21 Publié le 17/10/2018

Cécile Provôt, directrice de la plateforme européenne CircusNext qui promeut et accompagne l'artiste de cirque en tant qu'auteur, et encourage le développement de nouvelles écritures contemporaines circassiennes. © Milan Szypura

Arts vivants Cirque

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Donner une définition du cirque contemporain est une gageure. À l’instar de tous les arts vivants, la discipline artistique est en pleine mutation. Indéniablement un signe de bonne santé, comme en témoigne la plateforme CircusNext Europe, qui porte à l’échelle européenne le modèle du cirque d’auteur. Échange avec Cécile Provôt, sa directrice.

 


Comment est né CircusNext ?

En 2011, l’association Jeunes Talents cirque Europe, créée à l'occasion de l'Année du cirque en 2002, a décidé d’adopter un nom plus anglophone pour développer le projet d’une plateforme européenne d’auteurs de cirque. Je suis arrivée en 2012 à la direction de l’association dont le projet était déjà soutenu par plusieurs fonds européens et une myriade de partenaires engagés officiellement à ses côtés. Le projet évolue et, aux côtés de nos partenaires, les professionnels (lieux de production, de création, festivals) sont invités pour leur regard bienveillant à l’égard de travaux émergents, non aboutis, et leur capacité à imaginer les accompagner par la suite. Ensuite, l'accompagnement de CircusNext se concrétise désormais par l’accueil en résidence de chaque artiste lauréat.

 

Quelle est la définition du cirque pour CircusNext ?

Nous nous sommes amusés avec neuf partenaires européens à répondre par écrit à la question. C’était intéressant parce que personne n’a eu la même définition. Là où nous nous retrouvons c’est dans la notion d’auteur, un peu comme ça l’est pour le cinéma. Ce que nous défendons c’est la recherche d’une démarche et d’une écriture singulières, d’une grammaire circassienne nouvelle. C’est vraiment le pari du jury de CircusNext.

 

Le cirque fait sa mue dans différents pays du monde…

La France reste pionnière dans la reconnaissance du cirque contemporain en tant que discipline artistique à part entière, et à travers la formation. Il existe trois écoles supérieures en France. Elle est pionnière aussi dans la notion d’auteur de cirque, dans les labels. Elle mène une vraie politique culturelle, qui n’existe pas partout. Il y a encore des pays où le cirque se résume au cirque traditionnel. Même si cela évolue, dans l’imaginaire collectif, le cirque c’est « les éléphants, les paillettes ». Même en France. Peu de gens ont conscience de ce qu’est devenu le cirque. Et dans beaucoup de pays c’est encore plus dur pour les auteurs d’en vivre, et même de créer.

 Que sont devenus les lauréats CircusNext depuis 17 ans ?

Nous avons des traces fortes. Avec des compagnies comme Baro D'Evel et Ludor Citrick, lauréats 2002. Il y a aussi la compagnie Un loup pour l’homme - Alexandre Frey fait d'ailleurs partie du conseil d’administration de CircusNext -, Les Choses de rien, Subliminati Corporation, Sandrine Juglair… Nous avons tenté de créer un sentiment de communauté, d’appartenance. Et faire la sélection des lauréats tous ensemble pendant une semaine crée des liens.

Le cirque comme art contemporain est-il une pratique solitaire ?

Le cirque est tout sauf un art solitaire. Il y a de nombreux collectifs de co-auteurs. En cirque, les auteurs sont généralement interprètes eux-mêmes, ils restent touche à tout, dans l’esprit du cirque traditionnel : un artiste sait par exemple monter son agrès, et la communauté d’esprit, d’entraide persiste.

Les créations semblent assez noires…

Cela dépend des promotions, cette année un peu en effet. En 2013-2014, c’était très sombre, avec beaucoup de lenteur du geste, de répétition. En 2015-2016, beaucoup moins. Cela dépend des temps, des modes aussi.

Comment agit le comité de sélection ?

Cette année, quelque chose de nouveau a été entrepris car sur le projet plateforme nous sommes beaucoup plus nombreux, avec une vingtaine de partenaires européens. La présélection se fait sur dossier, elle mobilise un représentant de chaque partenaire et un jury de personnalités extérieures, des artistes essentiellement. Ils délibèrent ensemble avec l’anglais comme langue de travail. Les partenaires déterminent les shortlistés qui ensuite présentent une petite maquette de leur création devant le seul jury de personnalités artistiques. C’est ce jury qui sélectionne les six lauréats que CircusNext présente au Théâtre de la Cité Internationale.

Et CircusNext ?

Ce qui est particulier au projet CircusNext, c’est que, nous qui pilotons ce projet, nous ne sommes pas dans un rapport marchand. Certes nous présentons les lauréats mais nous ne les choisissons pas, nous ne faisons pas partie du jury, et nous nous engageons à tous les accompagner de manière équitable. Nous ne sommes pas là pour les vendre à un lieu, je garde donc une liberté de parole vis-à-vis d’un directeur de salle, je peux émettre des critiques. Pour ce qui concerne les artistes, nous les accompagnons, nous les invitons en résidence, nous les mettons en connexion avec nos partenaires européens et avec notre réseau, qui est très important, tout est pris en charge. Mais c’est à eux seuls de défendre leur création.

 Quels sont les retours des artistes ?

Être lauréat a changé leur vie. C’est un tremplin énorme. Ça peut être aussi très casse gueule. Le jury est assez attentif à ça. Quand on doit présenter un travail au TCI devant une centaine de professionnels, on essaye de ne pas y envoyer des gens qui ne sont pas prêts, ce serait les desservir.

Combien de candidatures recevez-vous ?

Cela fluctue selon les années entre 110 et 150 candidatures. Elles viennent de pays de plus en plus nombreux. Avec notre réseau européen, nous avons de bons relais dans les treize pays partenaires. Cela donne une plus grande diversité même si la France reste prédominante. La Belgique aussi. Mais cette année, nous avons une belle diversité dans les nationalités et les pays d’accueil des résidences.

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Pauline Bayle, crise de la mise en quarantaine 

Pauline Bayle, crise de la mise en quarantaine  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine Dans Libération — 18 octobre 2018 à 19:06
Dans le monologue «Clouée au sol», la comédienne incarne une pilote de l’air dépressive car déclassée et affectée au maniement de drones.


Sur scène, la comédienne et metteure en scène Pauline Bayle n’est pas clouée au sol mais bien plantée, ses pieds ne se déplacent quasiment pas, et c’est son souffle, sa respiration abdominale, la manière dont elle s’empare physiquement du texte, dont elle accélère, dont tout son corps s’émeut, qui sont la base de ce spectacle minimaliste, où une femme lutte contre la dépression par le survoltage, l’emballement du langage, et la minutie. Le sommeil cesse évidemment quand les mots se mettent en boucle sans possibilité d’appuyer sur la touche stop. Et c’est cette excitation de la pensée, ces ruptures de rythmes, l’enthousiasme désespéré de celle qui ne va pas tarder à chuter, que Pauline Bayle réussit particulièrement à transmettre, sans exagération. La crise maniaque peut ne pas être spectaculaire.

Minimaliste ? Une actrice, un éclairage quasi unique, quelques bruitages imperceptibles dont on note la présence lorsqu’ils se calment à la manière d’un réfrigérateur qui cesse de ronronner : la mise en scène de Gilles David, sociétaire de la Comédie-Française, a besoin de peu pour faire entendre ce drôle de monologue de George Brant, dramaturge américain inédit en France, qui nous exhorte à nous intéresser aux drones et au stress post-traumatique des militaires chargés de les surveiller. La déflagration psychique est d’autant plus importante que le geste du militaire est déconnecté de sa conséquence. Autrement dit, c’est par un mouvement de manette effectuée dans une base à Las Vegas qu’il tue en Irak, en Afghanistan, ou ailleurs, dès lors qu’un «ennemi» bouge. Les mots de George Brant nous immergent donc dans la voix d’une des très rares femmes pilotes au sein de l’US Air Force, obligée de renoncer à son rêve «de ciel bleu» pour cause d’amour et d’enfantement, car elle est ensuite déclassée, enfermée toute la journée «dans une caravane climatisée», aux commandes d’un drone, le regard constamment fixé à l’ordinateur, qui montre «le gris du sol», à la place «du bleu du ciel». Si la femme est chargée d’abattre des humains à la manière d’un jeu vidéo, c’est sans armes égales avec l’ennemi, qui ne peut pas riposter. De là à se prendre pour «l’œil de Dieu», il n’y a qu’un pas, que la militaire renvoyée à son rôle de mère de famille franchit, tout en s’occupant de sa fille qu’elle embarque dans les grandes surfaces ultra filmées, et de son mari, vigile dans un casino. La manière dont les caméras de surveillance envahissent tout l’espace du couple est paradoxalement bien rendue par l’absence de vidéo dans la mise en scène. La facilité aurait été de projeter des images de drones ou de caméra de surveillance.

Pauline Bayle, 30 ans, fait partie des metteures en scène à l’ascension rapide. Elle s’était attaquée à l’épopée d’Homère au Théâtre de la Bastille à Paris, il y a un an, spectacle que Libération n’avait apprécié qu’avec modération. C’est cependant avec la même économie de moyens qu’elle l’avait conçu. On la retrouvera en 2019 à la Comédie-Française, au Studio-Théâtre, où elle adaptera le best-seller et prix Goncourt de Leïla Slimani, Chanson douce.

Anne Diatkine
Clouée au sol de George Brant m.s. Gilles David. Les Déchargeurs, 75001. Jusqu’au 3 novembre.

 

Légende photo : Pauline Bayle en femme pilote dans «Clouée au sol». Photo iFou pour Le Polle Media 

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Une rencontre érudite et drôle : « Rencontre avec Pierre Pica »

Une rencontre érudite et drôle : « Rencontre avec Pierre Pica » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge dans Le Monde | 18.10.2018 


Dans la pièce « Rencontre avec Pierre Pica », Emilie Rousset fait dialoguer une novice curieuse et un chercheur original.


C’est une des découvertes à faire dans le Festival d’automne : la jeune femme s’appelle Emilie Rousset, elle est metteuse en scène-auteure, et elle travaille à la croisée du théâtre, du cinéma et des arts plastiques, mais aussi à la charnière de l’archive, du documentaire et de la fiction. C’est d’ailleurs dans des lieux consacrés à l’art contemporain – Grand Palais, Centre Pompidou, MAC VAL… – qu’elle a créé ses premiers « spectacles », plus proches de la performance que du théâtre traditionnel.


Rencontre avec Pierre Pica, la première des deux pièces qu’elle présente au Théâtre de la Cité internationale (TCI), à Paris, est d’ailleurs issue de ces performances jouées dans les musées et regroupées sous le titre Les Spécialistes. Pierre Pica est linguiste, il a été l’élève et le collaborateur de Noam Chomsky, le penseur américain fondateur de la linguistique générative. Et puis un jour, un peu par hasard, Pierre Pica a commencé à s’intéresser aux Munduruku, un groupe indigène habitant la forêt amazonienne.

En tant que linguiste, le chercheur a été intrigué par la manière qu’ont les Munduruku de nommer et de compter – autrement dit de se saisir du monde –, radicalement différente de la nôtre. Leur système de comptage est approximatif, ils ne vont pas au-delà des chiffres trois ou quatre, et ils nomment les éléments qui peuplent l’univers selon des analogies et des regroupements très étranges pour nos habitudes occidentales. Un bras et une banane, par exemple, font partie de la même famille, en raison de la forme allongée qu’ils partagent.

UN VOYAGE HUMORISTIQUE DRÔLE ET VERTIGINEUX DANS LES SYSTÈMES DE REPRÉSENTATION DU MONDE


Ce qu’Emilie Rousset met en scène, c’est sa rencontre avec ce savant qui, comme beaucoup d’autres, est aussi érudit qu’original. Et cette rencontre est traitée comme un matériau théâtral à part entière, dans une forme qui emboîte et interroge le théâtre lui-même, l’oralité, et le langage. Le dialogue entre la novice curieuse et le chercheur est joué par deux excellents comédiens, Emmanuelle Lafon (qui se met dans les mots de Pierre Pica) et Manuel Vallade (qui se glisse dans ceux d’Emilie Rousset).

Lire aussi le portrait :   Emmanuelle Lafon ne parle pas pour ne rien dire

Une écriture très fine et sans esbroufe
Tous deux ont travaillé directement à partir des enregistrements des rencontres entre Pierre Pica et Emilie Rousset, sans passer par l’écrit. A l’oreille, donc. Et c’est ainsi, grâce notamment à ce décalage des rôles masculin et féminin, qu’ils proposent un voyage drôle et vertigineux dans les systèmes de représentation du monde. Et même si l’on ne comprend pas toujours tout de l’étonnante construction mise en place par les indiens Munduruku – ou de la manière dont Pierre Pica la traduit –, le spectacle ouvre sur une infinité de questions.

C’est d’autant mieux le cas que l’écriture scénique d’Emilie Rousset est très fine, sans esbroufe, convoquant un univers imaginaire par l’art de quelques détails bien choisis. Dans la demi-boîte immaculée du décor, comme une page blanche, la présence de la forêt amazonienne se fait sentir juste avec quelques sons ou des plantes qui tentent de se frayer un chemin à travers les interstices.

Autant de petites touches qui signent, aussi, l’humour d’Emilie Rousset, un humour que l’on espère retrouver dans le deuxième spectacle qu’elle présentera au TCI dans le cadre du Festival d’automne, du 10 au 15 décembre. Rituel 4 : Le grand débat met ainsi en scène les débats télévisés lors des élections présidentielles de 1974 à 2017. Emmanuelle Lafon y sera alors en compagnie de Laurent Poitrenaux, ce qui promet.

Rencontre avec Pierre Pica. Conception et mise en scène Emilie Rousset. Festival d’automne, Théâtre de la Cité internationale, 17, boulevard Jourdan, Paris 14e. Les 18, 19 et 20 octobre. Le 28 novembre, au Pôle culturel, rue Joseph-Franceschi, Alfortville (94).

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La scène nationale d'Aubusson dans la tourmente : « On nous accuse d'être des cultureux face aux culs terreux » - 

La scène nationale d'Aubusson dans la tourmente : « On nous accuse d'être des cultureux face aux culs terreux » -  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans La Montagne 17.10.2018

 

La Scène nationale est dans la tourmente. © DELPY Michèle

Démission du président Gérard Crinière, mutisme de la présidente du Conseil départemental, soutien unanime des autres partenaires : l’assemblée générale de l’association gestionnaire la Scène nationale a marqué une profonde fracture.
Depuis des mois, la Scène nationale (SN) d'Aubusson est confrontée à une situation financière tendue du fait de la baisse de la subvention du Conseil départemental de la Creuse et des difficultés de Creuse Grand sud. C'est dans ce contexte délicat que s'est tenue, lundi, l'assemblée générale annuelle de l'association Centre culturel et artistique Jean-Lurçat qui gère la Scène nationale.

Tous les partenaires étaient au rendez-vous (*). Étrange assemblée générale en vérité au cours de laquelle Valérie Simonet, présidente du Département, a dû se sentir bien seule. En dépit des propos souvent acerbes portés à l'encontre du Conseil départemental, elle est restée silencieuse, prenant juste brièvement la parole pour souligner le soutien apporté à L'Avant-scène, fermée depuis le début de l'été.


Comme il se doit, la réunion a donné lieu aux différents rapports de circonstance (tous votés à l'unanimité), sans grande surprise pour ceux qui suivent la vie de la SN mais qui attestent d'une excellente santé artistique.

Une démission remise au sous-préfet le 15 janvier
Le coup de théâtre est survenu en début de séance, lorsque presque au terme de son rapport moral, le président Gérard Crinière a déclaré : « Le 15 janvier 2019 je remettrai ma démission au sous-préfet de la Creuse. Pendant les trois mois à venir je serai à la disposition des candidats au poste et je me retirerai à la nomination du nouveau président ».Gérard Crinière - Une action reconnue et largement saluée.

Chef d'entreprise (Art-Bloc), Gérard Crinière, un habitant de Vallière, préside la SN depuis 16 ans. Il a accédé à ce poste dans un contexte déjà difficile à l'époque, en bénéficiant du soutien d'un professionnel, Pierre Ménasché, récemment disparu, auquel il a rendu hommage. Depuis, il s'est constamment impliqué, accompagnant un travail considérable, loué lundi par la Drac, la Région et la Com-com, en témoignant une belle complicité artistique avec le directeur de la SN, Gérard Bono. La SN, sur le plan de l'activité, affiche une très grande vitalité, pleinement en accord avec ses missions premières.

« Le Conseil départemental n'a donc de cesse d'affaiblir la Scène nationale »
GÉRARD CRINIÈRE (Président démissionnaire de l'association gestionnaire de la Scène nationale)

 La Scène nationale sur ce territoire, c'est d'abord vous, les élus, membres de droit, qui devaient l'honorer », a affirmé Gérard Crinière en rappelant que la SN a été créée en 1981 à l'initiative d'André Chandernagor et des… élus. Depuis, a expliqué le président sortant, l'État, la Région et la Com-com l'ont constamment défendue et soutenue. Il devait ensuite affirmer : « Mme Simonet, présidente du Conseil départemental de la Creuse, a diminué le budget de la culture, prenant en otage la SN face à l'État dans le cadre du financement du Conservatoire départemental, avec un désengagement à hauteur de 53.000 €, soit 31 % de la subvention accordée depuis plus de vingt ans. Cette diminution s'appliquera pour les quatre prochaines années, de 2018 à 2021. Mme Defemme, vice-présidente du Conseil départemental, saborde la Scène nationale en l'accusant d'une programmation trop élitiste, voire marxiste. On nous accuse d'être des cultureux face aux culs terreux. Quel mépris pour la Scène nationale et ceux qui la soutiennent. Au lieu de soutenir, le Conseil départemental n'a donc de cesse d'affaiblir la Scène nationale ».

Des propos et une décision « gravissimes »
Jean-Luc Léger, président de la Com-com Creuse Grand sud, et Eric Correia, conseiller régional, ont affirmé avoir « pris une claque », lundi soir, en apprenant la démission de Gérard Crinière.Au centre Gérard Crinière et Gérard Bono, sur la rangée de droite Valérie Simonet. Fracture totale.

« Cette décision nous oblige à nous poser des questions fondamentales. Quelle offre culturelle voulons-nous pour ce territoire ? Choisir entre cultures populaire et élitiste, c'est ouvrir la voie au populisme. C'est un véritable danger », a affirmé Jean-Luc Léger. Pour Eric Correia, les propos et la décision de Gérard Crinière sont « gravissimes », l'élu a aussitôt affirmé le soutien de la Région, soucieuse de favoriser la culture dans les territoires en difficulté. Pour la Drac, Marion Limeuil s'est déclarée sous le choc et consternée. Pour elle, il ne sera pas évident de trouver un nouveau président ayant une telle stature. Pour l'heure, la Scène nationale d'Aubusson apparaît, comme l'a noté Gérard Crinière, otage du bras de fer qui oppose, via le conservatoire de musique, le Département et l'État (et la Région). Au risque de disparaître ?

Quel avenir pour le bâtiment de l'avenue des Lissiers ?

(*) Le nouveau sous-préfet Maxence Den Heijer découvrait l'établissement. Eric Correia et Agnès Halary-Miraucourt représentaient la Région Nouvelle-Aquitaine et Michel Moine, la commune d'Aubusson. Dans la salle, le nouveau proviseur de la Cité scolaire Eugène-Jamot et d'autres partenaires de la SN assistaient au débat.

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INSTABLE de Nicolas Fraiseau, mise en scène Christophe Huysman - Cie LES HOMMES PENCHÉS 

INSTABLE de Nicolas Fraiseau, mise en scène Christophe Huysman - Cie LES HOMMES PENCHÉS  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Odile Cougoule dans son blog 16.10.2018

 

Dans le grand chapiteau circulaire de l’Académie Fratellini, un plateau rectangulaire au centre de la piste. Un plateau bancal aux planches mal jointes, des pneus lui servent de cales…. Des filins, des câbles, une barre métallique gisent abandonnés sur le sol. Un jeune homme entre, regarde, vérifie du bout du pieds cet espace inhospitalier ; il l'inspecte soucieux … À quel jeu se livre - t - il ? 
Ce jeune homme, en recherche d’équilibre sur ce sol mal foutu, c’est Nicolas Fraiseau, artiste seul en scène qui, dans ce bric à brac, a l’air bien décidé à monter son agrès; visiblement un mat chinois. Mais tout tombe autour de lui et chaque tentative de soulever, élever, dresser se solde par un effondrement. Les éléments lui échappent comme les outils glissent des mains de l’apprenti. Peu à peu l’espace scénique ressemble plus à un bateau dans la tempête qu’à un lieu destiné à un exploit circassien…
   
Trouver son équilibre sur ce sol inconfortable est une gageure et la chute, inéluctable, ne peut s’empêcher de déclencher les rires.  D'ailleurs les enfants présents dans la salle n'aiment rien autant que la chute... 

Déséquilibre, chute, catastrophe spatiale, l’artiste avec sérieux déploie un principe comique à la Buster Keaton. La précision est au coeur de chaque situation et toujours le gag que l'on croit voir venir peut en cacher un autre.  
Acrobate talentueux, son jeu dramatique qui mêle la force de l'acteur burlesque et l'absurdité du clown provoque peur, rire et surprise. Les événements s'enchaînent en cascade et chaque situation qui se présente fait oublier la précédente. Réussir à démêler deux filins devient sous nos yeux périlleux et emboiter les deux éléments de son mât relève du prodige…Sans compter avec les planches sur lesquelles la construction repose qui semblent jouer un opéra.   

Mais que cherche - t - il à faire au juste dans cet espace où tout est de traviole et les filins mal tendus ?  Monter son mât certes mais aussi symboliquement affirmer sa capacité à rester debout et sans doute à Aller plus haut comme dit la chanson !   

Manier l’art du danger dans ce défi à la gravité avec autant d’obstination et d‘élégance le transforme à nos yeux en homme debout …  

Sa relation à l’agrès est superbe, toute en mouvements ralentis et continus… Nicolas se love au creux du mât, glissant juste ce qu’il faut pour étonner, allant dessus - dessous comme on tricote les yeux fermés, inversant les axes de la vie.

Pieds, mains, corps, silence… 
Finalement le mât se dresse sous nos yeux et quand il y monte façon cocotier, qu’il accroche un petit plateau de bois dérisoire en son sommet, y pose les pieds avec délicatesse et se dresse de toute sa hauteur… On évite le « tout çà pour çà » car cet instant là vaut bien toutes les chutes du monde.

 

Centre international des arts du spectacle - Académie Fratellini (Saint-Denis) La Plaine 93210 - 11 au 14 octobre 2018

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Les Grands Prix de Littérature dramatique et de Littérature dramatique Jeunesse 2018

Les Grands Prix de Littérature dramatique et de Littérature dramatique Jeunesse 2018 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans Sceneweb - 16.10.2018

Photo ci-dessus : 

Jean Cagnard et Fabrice Melquiot

Jean Cagnard et Fabrice Melquiot sont les lauréats du Grand Prix de littérature dramatique 2018, ils ont été récompensés hier lors de la la cérémonie des Grands Prix qui s’est déroulée au CNSAD. Le jury était présidé cette année par Marie-Agnès Sevestre et composé de Sylvie Chenus, Marianne Clévy, Jean-Marc Diébold, Sophie Joubert, Sandrine Le Pors, Émilie Le Roux, Laurent Muhleisen, Christian Mousseau-Fernandez, Anna Mouglalis, Christophe Rauck et Marc Sussi.

Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face
Jean Cagnard

Éditions Espaces 34

 


GRAND PRIX DE LITTÉRATURE DRAMATIQUE
Comment s’en sortir lorsqu’on est toxicomane ? Comment voit-on le monde ? Comment nous voit-il ? N’est-on pas en permanence « sur le seuil », à cet endroit de mise en jeu de la vie ? N’est-on jamais sûr de se réveiller, et dans quel état ? N’est-on jamais sûr du prochain pas ? À travers la voix du résident en institution (tous les résidents) et celle de l’éducateur (tous les éducateurs), nous traversons une très longue journée, peut-être infinie, grâce à la langue percutante de Jean Cagnard qui déploie une succession de paysages insolites et troublants, où la vie a la nécessité de se réinventer, parfois de façon drôle et cocasse malgré la souffrance. Comme l’écrit l’auteur : « C’est de l’interprétation libre et inquiétante de la condition terrestre. Et puis comme souvent derrière les apparences, c’est la machine humaine qui est en action tout simplement. »


Jean Cagnard écrit dans différents champs de la littérature : théâtre, poésie, romans (éd. Gaïa) et nouvelles. Il a écrit une vingtaine de pièces dont certaines pour la jeunesse (éd. Théâtrales) ainsi que pour la marionnette en collaboration avec des compagnies (Arketal, Chez Panses Vertes, Théâtre Pour Deux Mains) et pour le théâtre de rue (compagnie 1 Watt). Ses pièces font l’objet de création par diverses compagnies et de diffusion sur France Culture. Il a reçu plusieurs bourses d’écriture (CNL en 2001, 2006, 2017 ; Aide à la création de textes dramatiques – CnT, puis ARTCENA). Différents prix lui ont été attribués et plusieurs de ces textes sont traduits et joués. Il est soutenu régulièrement par La Chartreuse-CNES de Villeneuve-lès-Avignon pour des résidences et des rencontres qui lui consacre le n°10 de « Itinéraire d’auteurs ». Aux Editions Espaces 34, il a publié : Les gens légers (2006), inscrite au répertoire de la Comédie-Française ; L’avion suivi de mes yeux la prunelle (2006) ; La distance qui nous sépare du prochain poème (2011) ; Au pied du Fujiyama (2015) (Aide à la création de textes dramatiques – CnT devenu ARTCENA en 2014, sélection Prix Collidram 2016 et finaliste Prix BMK); L’inversion des dents (2016), création en novembre 2018 par la compagnie 1057 roses ; Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face (2017) et Pour une fois que tu es beau (2018), création par Pierre Tual, Le Tas de Sable, juin 2018. Il fonde avec Catherine Vasseur, comédienne et metteure en scène, la Compagnie 1057 Roses dans le but de mêler le texte et le jeu d’acteur à une certaine fascination envers l’objet.


Fabrice Melquiot

L’Arche Éditeur
GRAND PRIX DE LITTÉRATURE DRAMATIQUE JEUNESSE

Les séparables – Reprise au théâtre de la ville (espace Cardin) du 26 octobre au 4 novembre 2018
Romain et Sabah, deux enfants de neuf ans qui vivent dans le même lotissement, se sont construit des mondes imaginaires pour échapper au réel. Échapper par les rêves aux peurs et aux suspicions des parents, à l’égard du voisin, de l’autre et de ses différences. Eux s’aiment, un point c’est tout. Eux voudraient à jamais rester ensemble, mais leurs parents en ont décidé autrement.

FABRICE MELQUIOT Né en 1972 à Modane en Savoie, Fabrice Melquiot est auteur de théâtre. Depuis 2001, il a publié plus d’une quarantaine de pièces chez l’Arche Editeur – pour enfants comme pour adultes. Il est le lauréat d’un grand nombre de prix, notamment en 2008 du prix du jeune théâtre Béatrix Dussane-André Roussin de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre dramatique et de l’Aide à la Création de textes dramatiques – ARTCENA, pour Faire l’amour est une maladie mentale qui gaspille du temps et de l’énergie et En somme ! en 2008, pour Jean 2011 et pour Pure 2013. En 2012, il prend la direction du théâtre Am Stram Gram de Genève. En 2019, sa nouvelle pièce J’ai pris mon père sur mes épaules sera montée par Arnaud Meunier, avec notamment Rachida Brakni et Philippe Torreton.

Les séparables – Reprise au théâtre de la ville (espace Cardin) du 26 octobre au 4 novembre 2018


Les finalistes 2018 étaient en Littérature dramatique :
Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face, Jean Cagnard, Espaces 34
Aphrodisia, Christophe Pellet, L’Arche
Berlin sequenz, Manuel Pereira, Espaces 34
Poings, Pauline Peyrade, Les Solitaires Intempestifs
Mayday, Dorothée Zumstein, Quartett

En Littérature dramatique Jeunesse :
Trois petites sœurs, Suzanne Lebeau, Editions Théâtrales, coll. Théâtrales jeunesse
Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz, Sylvain Levey, Editions théâtrales, coll. Théâtrales jeunesse
Les Séparables, Fabrice Melquiot, L’Arche

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Le Blanc-Mesnil : le théâtre se transforme pour attirer des stars

Le Blanc-Mesnil : le théâtre se transforme pour attirer des stars | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Thomas Poupeau dans Le Parisien 15.10.2018

 

Julien Clerc, 70 ans, cinquante ans de carrière et un nouvel album « A nos amours » ouvrira la saison au théâtre du Blanc-Mesnil. LP/Olivier Arandel
La municipalité agrandit la salle de spectacles et délègue sa gestion à une société privée. Objectif : « faire revenir les habitants au théâtre ».

Un théâtre agrandi pour faire venir de grands artistes : telle est la volonté du maire (LR) Thierry Meignen, qui investit 1,4 M€ de travaux et a choisi une société privée pour gérer le site. La saison démarre en janvier.

Relancer la fréquentation. « Quand j’ai été élu maire en 2014, le théâtre ne fonctionnait pas bien. On atteignait parfois les 20 % de taux de remplissage », assure Thierry Meignen. La faute, selon lui, à « une programmation trop élitiste », « pas d’artistes renommés », ou encore « une salle mal dimensionnée (NDLR : 280 places assises pour la grande salle) ». L’édile explique aussi que « les artistes reçus en résidence ne jouaient pas au Blanc-Mesnil ».

Les années suivantes, la municipalité repasse le théâtre en régie municipale et change deux fois de directeur. « Pas suffisant », avoue l’édile. Qui a finalement décidé de « tout changer » cette année.

Un nouveau gestionnaire.1,4 M€ de travaux sont donc lancés en juillet, pour agrandir la salle et doivent se terminer à la fin de l’année. Capacité d’accueil : 736 places, plus une salle de 150 places.

Parallèlement, un appel d’offres pour trouver un gestionnaire de salle, via une délégation de service public (DSP) est lancé. La société Soumere emporte la mise. « Nous gérons déjà l’Opéra de Massy, le Théâtre de Longjumeau et huit salles dans l’est de l’Essonne », explique Philippe Bellot, directeur général, qui met en avant son carnet d’adresses. « Je connais certains artistes depuis trente ans », précise-t-il. Et d’ajouter : « Je ne suis pas un bulldozer qui viendrait juste faire de l’argent ! Mon but, c’est d’ouvrir le théâtre à tous les Blanc-Mesnilois, que chacun ait quelque chose à venir voir. Qu’au final, ils se réapproprient la structure. » Prix annuel de cette DSP signée pour cinq ans : 1,2 M€.

 


Clerc, Brillant, Cabrel… La nouvelle saison démarre le 23 janvier prochain. Au menu : Julien Clerc, gratuitement ! « Les Blanc-Mesnilois auront la priorité pour la réservation des places », promet Thierry Meignen. Qui a voulu une « programmation populaire, mais de qualité ». Ainsi, parmi les grands noms de la chanson française qui vont se produire avant l’été prochain au Blanc-Mesnil : Dany Brillant le 8 février, Christophe Willem en mars, Francis Cabrel le 6 avril, ou encore Anne Roumanoff le 7 mai. « Les prix des places ne dépasseront pas 45 € pour les habitants », promet Philippe Bellot.

Au menu aussi, du théâtre de boulevard, un ballet et des comédies musicales. Des « rendez-vous » vont être installés : une date jazz, la scène ouverte « Kandidator » importée de Paris, et des conférences gratuites. Enfin, certaines pièces seront programmées en concertation avec la communauté éducative, « pour qu’elles collent avec le programme des élèves ».
L’OPPOSITION TACLE LE PROJET

Le théâtre « nouvelle version » ne convainc pas l’opposition. Lors du dernier conseil municipal, l’élu PCF Hervé Bramy a largement épinglé le projet, regrettant d’abord son coût : 6 M€ (soit 1,2 M€ par an sur cinq ans). « Ici, c’est une curieuse conception de la délégation de service public : non seulement la ville se dessaisit de son patrimoine culturel mais en plus elle paye un prestataire pour qu’il le fasse sans risque », a ainsi taclé le communiste, déplorant que « le prix des places augmente de plus de 50 %. »

Et de regretter, aussi, que l’embauche d’un tourneur professionnel ne crée pas d’emplois locaux : « […] la gestion de l’équipement sera assuré en grande part par un personnel mutualisé avec les autres entités du groupe Soumere […] basé ailleurs que dans la ville. Le théâtre sera donc une structure parmi les autres équipements gérés par ce groupe ! »

Enfin, les stars annoncées ne font pas rêver Hervé Bramy, qui s’est appliqué à citer quelques grands noms s’étant produits au Blanc-Mesnil par le passé - de Claude Nougaro à Juliette Gréco en passant par Pierre Perret, Michel Delpech, Jacques Higelin ou encore Alain Bashung.

 

Légende photo : Julien Clerc, 70 ans, cinquante ans de carrière et un nouvel album « A nos amours » ouvrira la saison au théâtre du Blanc-Mesnil. Crédit : LP/Olivier Arandel

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Avec Franck Riester, la politique fait son retour à la Culture - Libération

Avec Franck Riester, la politique fait son retour à la Culture - Libération | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jérôme Lefilliâtre dans Libération 16.10.2018

 

Formé au sarkozysme triomphant et passé au macronisme «constructif», le député de Seine-et-Marne, spécialistes des questions audiovisuelles, remplace Françoise Nyssen rue de Valois.

La parenthèse de la société civile se referme au ministère de la Culture. A la place de Françoise Nyssen, s’installe un pur politique en la personne de Franck Riester, sorte d’antithèse de l’ancienne éditrice. Député de Seine-et-Marne depuis 2007, maire de Coulommiers entre 2008 et 2017 (où il a succédé à Guy Drut), le nouveau locataire de la rue de Valois a déjà une longue expérience de la chose publique, qui le passionne depuis l’adolescence. Un portrait de Libé, publié en 2012, racontait que le jeune Riester, «à chaque repas de fête, pren[ait] en otage oncles et tantes à qui il impos[ait] la lecture d’une lettre sur l’état de la France». Avec lui, les maladresses de communication et les difficultés à tenir les rapports de force au sein de l’exécutif devraient être moins nombreuses au ministère.

Riester a fait son trou en politique à l’UMP, puis à LR, au moment où Nicolas Sarkozy occupait l’Elysée. A l’origine proche de Jean-François Copé, l’un des barons de la droite en Seine-et-Marne, l’homme a pris ses distances avec le parti dirigé désormais par Laurent Wauquiez, dont il a été exclu. A l’Assemblée nationale, il était jusqu’à présent inscrit au sein du groupe UDI-Agir, ces «constructifs» venus du centre et de la droite et prêts à soutenir Emmanuel Macron. Riester n’a jamais approuvé la stratégie de «droitisation» de LR. Avec sa première famille politique, les liens ont commencé à se distendre lorsque le jeune élu a soutenu, presque seul, le mariage homosexuel voulu par François Hollande. Homosexuel, il a été l’un des premiers, à droite, à faire son coming out en 2011.

Diplômé d’une école de commerce, celui qui a exercé dans le privé comme consultant est également chef d’entreprise. Il a repris la société familiale de concessions automobiles Peugeot – dont il n’assure pas la gestion quotidienne. Son arrivée à la Culture, où il aura aussi la charge des dossiers médias et communication, n’est pas une surprise. L’homme, qui a usé ses pantalons sur les bancs de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée, se prépare depuis dix ans à cette mission. Rapporteur des projets de loi Hadopi 1 et 2 sous Sarkozy, il a été l’un des artisans de la création de l’autorité antipiratage – un thème de nouveau très en vogue dans la galaxie macronienne. Il est aussi le coauteur d’un rapport, publié en 2011, sur la création musicale préconisant la mise en place d’un centre national dédié.

Membre de la commission Copé sur l’audiovisuel public en 2008-2009, Riester a réussi à devenir le spécialiste du sujet au sein de la droite. Un atout décisif pour sa nomination, alors que le gouvernement planifie, pour 2019, une réforme de la régulation audiovisuelle. Il y a quelques mois, il défendait les idées d’une suppression quasi-totale de la publicité sur France Télévisions (hors événements sportifs) et d'un rapprochement de structures entre la télé publique et Radio France. Des propositions qu'il reprendra en tant que ministre ?


Jérôme Lefilliâtre

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Ascanio Celestini, un héraut de notre temps

Ascanio Celestini, un héraut de notre temps | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot  dans Le Figaro  le 15/10/2018

Dans Laïka, l'Italien Ascanio Celestini donne la parole à un personnage de la marge, incarné par David Murgia. Une plongée dans notre monde.

Comment parler du monde, aujourd'hui? Comment, au théâtre, être en prise avec la réalité de nos sociétés. Non pour les accuser, les critiquer, les détruire. Mais pour, par le truchement de récits et de personnages, nous mettre en quelque sorte face à une réalité «augmentée» qui nous conduise à réfléchir, à mieux comprendre, mais en nous divertissant.

L'écrivain italien Ascanio Celestini s'inscrit, côté théâtre, dans une tradition foraine passée au filtre de grands prédécesseurs, tels Eduardo De Filippo ou Dario Fo. On a notamment vu en France La Fabbrica et Radio clandestine. Cet artiste né en 1972 ne se contente pas des planches: romancier, il écrit également des textes brefs pour la télévision, des chansons, des sketchs.

Jamais de leçons, rien de doctrinal, mais une plongée dans le vif de la vie des humbles

Jamais de leçons, rien de doctrinal, mais une plongée dans le vif de la vie des humbles. Ou des puissants parfois, comme on le vit avec Discours à la nation, interprété en 2015 par le comédien que l'on retrouve aujourd'hui, David Murgia.

Laïka est un nom familier pour les amateurs d'espace. C'est le nom de la petite chienne qui fut envoyée dans l'espace par les savants russes en 1957. Une pionnière dont la mémoire est évoquée dans le flot impétueux de paroles traduit par Patrick Bebi.

Difficile de donner une idée juste de Laïka: un homme s'adresse à nous avec autant de véhémence que de calme. Sur la scène, derrière un petit rideau rouge, apparaît un accordéoniste, installé dans un encombrement de caisses de plastiques de couleurs vives. Maurice Blanchy joue les compositions de Gianluca Casadei. Mais il ne parle pas. Il est «doublé» par la voix off de Yolande Moreau.

Qui est l'homme qui nous parle? Un prophète, un délirant, un mythomane, un manipulateur? Un pilier de bar? Un poète traversé par un souffle divin? David Murgia lui offre son registre époustouflant, la densité de sa présence comme son art de la légèreté. Un moment rare de théâtre pur qui fait rire, émeut, éclaire.

Laïka, au Théâtre du Rond-Point (Paris VIIIe), à 21 heures du mardi au samedi et 15 h 30 le dimanche. Durée: 1h20. Tél.: 01 44 95 98 21. Jusqu'au 10 novembre.

 

David Murgia s'adresse à nous avec autant de véhémence que de calme. Derrière lui, Maurice Blanchy joue Gianluca Casadei. - Crédits photo : Dominique Houcmant Goldo

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Brive et Tulle font cause commune pour le théâtre

Brive et Tulle font cause commune pour le théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Sandrine Blanchard (Brive-la-Gaillarde et Tulle (Corrèze), envoyée spéciale) dans Le Monde le 15.10.2018

 


L’Empreinte, nouvelle scène nationale corrézienne, la 76e en France, proposera quelque 65 spectacles annuels.


« C’est le plus grand théâtre de France car il a 28 kilomètres d’ouverture », plaisante Bertrand Bossard devant les spectateurs qu’il embarque dans un bus, samedi 13 octobre, pour son spectacle La Visite déguidée, un « périple » de Brive-la-Gaillarde à Tulle. En quelques mots, ce comédien désopilant, qui manie à merveille le comique par l’absurde, résume tout l’enjeu de L’Empreinte, la nouvelle scène nationale corrézienne, née de la fusion du Théâtre des 7 Collines de Tulle et des Treize Arches de Brive. Une longue histoire de rivalité de pouvoir entre les deux villes – Tulle (14 000 habitants) la préfecture, l’administrative, contre Brive (47 000 habitants) la dynamique, la commerçante – et vingt-huit kilomètres de départementale séparent ces deux lieux culturels qui viennent d’inaugurer, du 4 au 13 octobre, l’ouverture de leur première saison commune.

« Si vous êtes là, c’est que vous avez compris que c’est par l’art que la relation Brive-Tulle peut se construire, vous êtes porteurs du virus de l’échange. On m’a demandé de pacifier la Corrèze. Sachez-le, vu de Paris, les bisbilles entre Tullistes et Brivistes, on s’en tamponne le ­coquillard », plaisante Bertrand Bossard en invitant les voyageurs à considérer le tunnel de Bonnel, à mi-parcours du trajet, comme « une porte chamanique qui ouvre les chakras ». C’est qu’en décrochant, il y a quelques mois, le label scène nationale attribué par le ministère de la culture, les deux théâtres n’ont pas seulement obtenu un financement pérenne pour un projet artistique important, ils ont aussi concrétisé, à force de persévérance, le premier projet d’envergure réunissant les deux cités corréziennes.

NATHALIE BESANÇON, DIRECTRICE ADJOINTE DE L’EMPREINTE : « NOUS VOULONS AUGMENTER LA FRÉQUENTATION EN TRAVAILLANT SUR LA MOBILITÉ DU PUBLIC »


Alors forcément, une telle union, ça se fête. En grand. Nuit blanche libertaire, spectaculaire embrasement urbain, vaste parquet de danse en plein air, le temps d’un week-end, il était impossible pour les habitants de ces villes d’ignorer que la culture était à l’honneur. Le public a répondu présent à l’invitation lancée par Nicolas Blanc, directeur de L’Empreinte et son adjointe, ­Nathalie Besançon.

« Nous voulons créer une dynamique populaire, rassembleuse », explique Nicolas Blanc. « Et augmenter la fréquentation en travaillant sur la mobilité du public », complète Nathalie Besançon. Des navettes (au tarif de 1 euro) permettront aux spectateurs de naviguer facilement entre les deux lieux. Il aura fallu près de quatre ans pour que l’« évidence » d’unir ces deux scènes conventionnées (qui cumulent 868 places) se concrétise. L’Empreinte est devenue la 76e scène nationale de France.

 « Nuit debout » de la culture
Ce nouvel établissement public de coopération culturelle (EPCC) dispose d’un budget pérenne de 3,15 millions d’euros financé par les collectivités locales (villes, départements, région) et le ministère de la culture, à hauteur de 500 000 euros. Dans un bassin de vie de 240 000 habitants peu doté en offre culturelle, « ce n’est pas un projet a minima, il correspond à une vraie volonté politique », se réjouissent les responsables de L’Empreinte. Et les équipes techniques, par exemple, vont pouvoir collaborer. « Je vais aller pour la première fois travailler sur le plateau de Brive », témoigne ­Patrice Monzat, régisseur principal du théâtre de Tulle.

Dans la nuit de vendredi 12 à samedi 13 octobre, de 20 heures à 8 heures du matin, le théâtre de Brive a été empli de banderoles – « Le désir est grand, le programme est vaste », « Bonne nuit éveillée, pleine d’événements », « Que de choses sont à voir quand les yeux sont fermés » – et a pris des allures révolutionnaires. Se transformant en une sorte de Nuit debout à la gloire de la culture et de la fête. Gratuitement, les spectateurs ont écouté – tout en festoyant sur le plateau – le philosophe Jean-Christophe Angaut, maître de conférences de philosophie à l’Ecole normale supérieure de Lyon, discourir sur toutes les possibilités permises par la nuit et les menaces qui pèsent sur elle à cause d’un capitalisme glouton.

IL AURA FALLU PRÈS DE QUATRE ANS POUR QUE L’« ÉVIDENCE » D’UNIR CES DEUX SCÈNES CONVENTIONNÉES SE CONCRÉTISE


Puis ils ont assisté à la lecture du texte L’Empreinte, de Pierre Bergounioux, l’enfant du pays, mis en musique par le compositeur Babx, ont visionné des films (Underground, d’Emir ­Kusturica, Minuit à Paris, de Woody Allen) ou suivi une lecture marathon.

Aux alentours de minuit, des grappes de jeunes, dont certains n’avaient jamais mis les pieds dans un théâtre, sont venus profiter du plateau transformé en dance floor avec, en DJ, Mika Rambar déguisé en drag-queen. Cette nuit particulière a été imaginée par Barbara Métais-Chastanier, universitaire et dramaturge, qui sera, pour cette première année, artiste associée de L’Empreinte, tout comme le metteur en scène Sylvain Creuzevault et le chorégraphe Christian Rizzo.

La jeunesse ciblée
Puis, dans la soirée de samedi 13 octobre, à l’image des descentes aux flambeaux qui lancent la saison dans les stations de ski, les villes de Tulle et Brive se sont embrasées. « Deux théâtres fusionnent, il faut intégrer cela dans vos cœurs, alors on va partager le feu », explique un membre de la compagnie La Machine aux centaines de Tullistes venus en couple, entre amis ou en famille assister au spectacle Pyromènes.

NICOLAS BLANC, DIRECTEUR DE L’EMPREINTE : « NOUS SOUHAITONS À LA FOIS QUE LES SPECTATEURS RETROUVENT CE QU’ILS AIMAIENT, ET LES EMMENER AILLEURS »


Des flambeaux et des morceaux de bois pour alimenter les braseros sont distribués avant qu’une procession débute dans les rues étroites du quartier historique de la préfecture de la Corrèze. Les groupes finissent par converger sur la place attenante au théâtre, où un feu géant les attend. Poursuivant leur route, les spectateurs s’installent face à une roue de fête foraine dont les cabines ont été remplacées par des braseros et tournoient, avant qu’un immense feu d’artifice enveloppe le ciel.

Au moment où le calme revient à Tulle, Brive, à son tour, s’enflamme grâce à Incandescences, une seconde performance pyrotechnique imaginée par Pierre de Mecquenem. C’est collaboratif, poétique, enchanteur. L’espace public devient presque magique. « Le pari de la scène nationale sera réussi si tous les gens qui ont participé à ce parcours festif viennent par la suite assister à des spectacles », considère Nicolas Blanc.

200 représentations cette saison
Au programme de cette nouvelle saison : théâtre, danse, musique mais aussi des projets participatifs en direction de la jeunesse, dont des spectacles proposés au sein des collèges et lycées du département. « Nous souhaitons à la fois que les spectateurs retrouvent ce qu’ils aimaient, et les emmener ailleurs », résume Nicolas Blanc qui, auparavant, était directeur des Scènes croisées de Lozère.

Des saisons des Trois Mousquetaires, du collectif 49 701, qui navigueront d’une ville à l’autre, à la chanteuse Jeanne Added ; de Chroma, adapté par Bruno Geslin au Jeu de l’amour et du hasard mise en scène par Catherine Hiegel ; d’Arthur H à Tordre, chorégraphié par Rachid Ouramdane, au total ce sont 65 spectacles – dont 19 créations – et plus de 200 représentations qui seront proposés pour cette première saison. « Le casse-tête a été de trouver le bon rythme de programmation et de répartition entre les deux scènes », reconnaît Nathalie Besançon. Depuis l’ouverture de la billetterie, le 8 septembre, L’Empreinte a déjà enregistré plus de 1 500 abonnés.

Programme de la scène nationale Brive-Tulle : ­ http://sn-lempreinte.fr

 

 

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De la démocratie, d’après Tocqueville, écriture et mise en scène de Laurent Gutmann

De la démocratie, d’après Tocqueville, écriture et mise en scène de Laurent Gutmann | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello  15.10.2018


De la démocratie, d’après De la démocratie en Amérique d’Alexis de Tocqueville, écriture et mise en scène de Laurent Gutmann

Après Le Prince de Machiavel, Laurent Gutmann – metteur en scène et directeur de l’Ensatt à Lyon – porte à la scène le penseur politique Alexis de Tocqueville, sociologue éclairé qui s’est penché sur le concept de démocratie et de ses dérives.

« La grossièreté des hommes du peuple dans les pays policés ne vient pas seulement de ce qu’ils sont ignorants et pauvres mais de ce que, étant tels, ils se trouvent journellement en contact avec des hommes éclairés et riches. La vue de leur infortune et de leur faiblesse qui vient chaque jour contraster avec le bonheur et la puissance de quelques-uns de leurs semblables excite en même temps dans leur cœur de la colère et de la crainte. Le sentiment de leur infériorité et de leur dépendance les irrite et les humilie… » (De la démocratie en Amérique, chapitre I)

 Entre observation et objectivité, Tocqueville avance à pas précis et précautionneux, selon une démarche et un mouvement d’enquête aux résultats éloquents.

Aristocrate normand né en 1805, Tocqueville prend la mer pour les Etats-Unis en 1831, entreprenant un grand voyage pour le questionnement impartial d’un mode de fonctionnement politique, observé avec rigueur dans la réalité objective du terrain.

De la démocratie en Amérique est écrit dans un style somptueux et clairvoyant, précis et minutieux. Au moment où nos démocraties sont mises à mal – en même temps que l’universalité de leurs valeurs -, Laurent Gutmann se saisit d’une parole dont l’écoute se fait d’autant plus pertinente qu’elle pallie aujourd’hui un vide abyssal.

Sur scène, cinq acteurs réfléchissent à la manière de représenter la démocratie au théâtre. Dissensions, inquiétudes et doutes, la « répétition » du spectacle est une mise en abyme du concept même de démocratie, exposant au spectateur le rythme d’un work in progress, soit le travail d’un collectif qui ne supporte « naturellement » nul metteur en scène, si ce n’est un coach dont le temps imparti est compté.

L’un – Habib Dembélé – mime Tocqueville, chapeau haut de forme et habit noir, tanguant sur le bateau qui le mène aux Etats d’Amérique, avant qu’il n’aille, cheminant et bon enfant, à la rencontre de foyers familiaux – accueillants ou pas.

Un autre – Stephen Butel – prend appui sur les écrits de Tocqueville dont il déclame des extraits dans une prononciation académique désuète avec l’appui des diérèses.

Une autre – Jade Collinet – met en avant la danse et l’épanouissement corporel, capables de réunir les êtres dans un mouvement collectif porteur et enthousiaste.

Une autre encore – Reina Kakudate – prend un paravent miroir sur roulettes comme accessoire, elle le déplie largement en face du public qui se regarde ainsi dans l’indifférence entre salle et scène, acteurs et spectateurs sur le même plan – égalité.

Quant au cinquième – Raoul Schlechter -, il demande à un spectateur de prendre place sur le plateau afin de le filmer – il sera vu du public sur un écran – ; l’appelé répond bon an mal an à des questions sur la démocratie dont il serait un exemple.

Comment échapper à l’individualisme, d’un côté, et à la tyrannie de la majorité, de l’autre ? Qu’est-ce que la liberté sans l’égalité, le libéralisme sans la démocratie ?

« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul.. Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort… » (De la démocratie en Amérique, Chapitre II)

Au cœur de l’expérience théâtrale, est analysé un passage vécu à la démocratie directe et à la démocratie indirecte ou représentative. Tous les acteurs en quête de démocratie ne se réunissent en chœur qu’au moment de la pause et du choix d’une pizza à déguster, soit la première fois qu’ils sont d’accord en toute unanimité.

Spontanéité, bel élan et cœur à l’ouvrage, les comédiens jouent l’instant présent dans le vif d’une expérimentation authentique à partager ensemble et avec le public. Bonne humeur et facétie, chacun y va de ses citations de l’œuvre de Tocqueville.

Le public adhère avec plaisir à la démonstration citoyenne, vivifiante et stimulante.

Véronique Hotte

THEATRE71.COM, Scène nationale Malakoff, 3 place du 11 novembre 92240 Malakoff, du 10 au 18 octobre 2018, mercredi, jeudi, samedi à 19h30, mardi, vendredi à 20h30, dimanche à 16h. Tél : 01 55 48 91 00

Crédit photo : Pierre Grosbois

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