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Isabelle Lafon : l’amitié entre Akhmatova et Tchoukovskaïa, ça n’a pas de prix

Isabelle Lafon : l’amitié entre Akhmatova et Tchoukovskaïa, ça n’a pas de prix | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié par Jean-Pierre Thibaudat sur son blog :

 

C’est un livre important, clef pour entrer dans la vie quotidienne d’un écrivain sous la terreur soviétique mais qui va bien au-delà de son sujet, tout comme son pendant, « Contre tout espoir » de Nadejda Mandelstam ne se limite pas aux souvenirs sur son mari. Les « Entretiens avec Anna Akhmatova » de Lydia Tchoukovskaïa, est malheureusement un livre épuisé sans qu’on ait songé à le rééditer (honte à Albin Michel).

 

Il faut donc remercier au centuple la metteure en scène Isabelle Lafon pour l’avoir adapté, largement et librement pour la scène. Son spectacle titré « Deux ampoules sur cinq », vibrant et saisissant, met en scène à la fois ce livre et ces deux femmes.

L’actrice Isabelle Lafon, dont on sait l’immense et délicat talent, interprétant le rôle d’Anna et Johanna Korthals Altes, une révélation comme on dit, celui de Lydia. Duo autant que dialogue faits de complicité. Non l’admiratrice timide face à une écrasante égérie, mais deux amies d’infortune, deux folles des mots, deux femmes se dépatouillant avec la vie comme elle va durement à l’heure des répressions staliniennes, deux rejetons de la poésie russe, lait dont elles ont été abreuvées depuis leurs premières langes – « les premiers vers d’Anna, je les connaissais depuis l’enfance », dit Lydia.

(...)

 

 

Jean-Pierre Thibaudat pour son blog "Théâtre et Balagan"

 

 

CLIQUER SUR LE TITRE OU LA PHOTO POUR LIRE L'ARTICLE ENTIER DANS SON SITE D'ORIGINE

 

 

"Deux ampoules sur cinq" d'après les notes de Lydia Tchoukovskaïa sur Anna AkhmatovaAdaptation et mise en scène Isabelle Lafon

Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, du lun au sam 20h, dim 15h30, jusqu'au 19 déc (sf les 6, 9 et 16), 01 48 13 70 00.

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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Sélection de spectacles  -  Théâtre et cirque -  Rentrée 2018

Sélection de spectacles  -  Théâtre et cirque -  Rentrée 2018 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Les dates indiquées sont en principe les dates de première. En cliquant sur les noms de lieux (en orange), vous trouverez en lien sur les sites des théâtres les dates, les horaires, et des informations plus complètes sur ces spectacles

 

04/09/18

 

05/09/18

 

10/09/18

 

11/09/18

  • Ouverture de la Scala-Paris, avec SCALA par Yoann Bourgeois La Scala-Paris

 

  • BIENNALE DE LA DANSE A LYON, créations chorégraphiques de Maguy Marin, Yuval Pick, Yoann Bourgeois, Fabrice Lambert, Jérôme Bel, etc. DU 11 au 29 septembre dans différents lieux de l'agglomération lyonnaise. Site de la Biennale de danse

 

13/09/18

  • SHOCHIKU GRAND KABUKI, troupe japonaise Festival d’Automne à Paris Chaillot

 

  • LE PÈRE, de Stéphanie Chaillou, mise en scène Julien Gosselin Festival d’Automne à Paris MC93 Bobigny

 

14/09/18

 

15/09/18

 

 

  • Alain CAVALIER – Mohamed EL KHATIB Festival d’Automne à Paris  Nanterre-Amandiers

 

18/09/18

  • UNE MAISON DE POUPÉE  Ibsen, mise en scène Lorraine de Sagazan (reprise) Le Monfort

 

19/09/18

  • L’HEUREUX STRATAGÈME Marivaux, mise en scène Emmanuel Daumas, par la Comédie-Française Vieux-Colombier

 

 

20/09/18

 

 

21/09/18

 

 

22/09/18

 

  • LA BANDE À JO soirée spéciale autour des créations de Georges Lavaudant MC2 Grenoble

 

  • LA REPRISE  Histoire(s) du Théâtre (1) de Milo Rau Festival d’Automne à Paris Nanterre-Amandiers

 

26/09/18

  • LA DAME AUX CAMÉLIAS d'après A. Dumas fils mise en scène Arthur Nauzyciel TNB Rennes

 

 

  • Festival International des Francophonies en Limousin du 26 septembre au 6 octobre, avec de nombreux spectacles inédits en France, notamment un "Focus Québec", différents lieux de Limoges  Détail de la programmation

 

27/09/18

 

29/09/18

  • ARLEQUIN POLI PAR L'AMOUR  de Marivaux mise en scène Thomas Jolly (reprise du spectacle créé en 2006, premières à Paris)  La Scala-Paris

 

08/10/18

 

10/10/18

 

11/10/18

  • MAMA texte et mise en scène Ahmed el Attar Festival d’Automne à Paris MC 93 Bobigny

 

15/10/18

 

16/10/18

 

27/10/18

 

08/11/18

 

 

Liste non exhaustive établie par Alain Neddam – Mise à jour 18/08/18

 

Légende photo : « La Reprise »  de Milo Rau ©Christophe Raynaud de Lage/Han

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Ils me reconnaissent de Thierry de Carbonnières

Ils me reconnaissent de Thierry de Carbonnières | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Gilles Costaz dans le blog Webthéâtre
Livre : Ils me reconnaissent de Thierry de Carbonnières

De l’insuccès au succès et vice-versa : le roman d’un acteur


Trois ans après avoir publié Saluts et Applaudissements, un très bon roman-chronique sur un acteur condamné à dire une seule phrase tous les soirs au théâtre, Thierry de Carbonnières poursuit son tableau mi-comique mi-tragique de la vie du comédien, en changeant de personnage, de type, de situation. Cette fois, dans Ils me reconnaissent, Victor, 50 ans, est un artiste qui ne se souvient du Conservatoire que pour recomposer sa pauvre trajectoire en pointillés. Le Conservatoire ne lui pas ouvert beaucoup de portes. Quand il en est sorti, il n’a jamais été qu’un acteur obscur. Il ne sait pas très bien comment il a pu nourrir ses enfants. Mais il n’a rien fait d’autre : il a a été jusqu’à la cinquantaine un obscur, un raté. Mais, tout à coup, c’est le succès. Il a accepté un petit rôle dans une série française. De Carbonnières ne nous dit pas laquelle mais chacun devine que c’est Plus belle la vie ou, si ce n’est elle, c’est la série cousine. Le tournage a lieu à Marseille : on ne peut se tromper. C’est là qu’on concocte ce chef-d’oeuvre quotidien ! Victor y joue le personnage d’un prof de philo sadique (et même meurtrier). Du jour au lendemain, il devient célèbre. Dans la rue, on le regarde, on lui parle, des passants freinent pile, veulent le revoir... Les gens adorent ceux qu’ils ont vu à la télé, surtout s’ils jouent des rôles de méchant. Mais, dans le même temps, la plupart des amis de Victor tournent casaque et se mettent à le mépriser. Comment ? Il a accepté cette daube ? Il n’aurait pu faire du bon théâtre à la place ? Même son agent lui annonce qu’il va lui trouver encore moins de cachets, à partir du moment où il est devenu populaire dans un feuilleton méprisé des pros et des intellos. Que faire ? Se laisser bercer par cette gloire molle, en attendant qu’elle se volatise...


Thierry de Carbonnières est un romancier de la vie grise – de ces vies tristes où il se passe tant de choses dans des cerveaux mélancoliques mais si pleins d’idées et de bonté. Son personnage ballotté entre la gloire et l’oubli est si vrai, si attachant. Le romancier, lui, ballotte entre la tendresse pour ceux qui ne parviennent jamais en haut de l’affiche et la férocité de la satire – qu’il exerce à l’égard de ceux qui, parmi le public, sont finalement aussi carnivores que les producteurs et à l’encontre de ce métier impitoyable. Le récit de ces journées de tournage où il faut récolter « 19 minutes utiles », ce qui ne donne le temps ni de penser, ni de souffler, est terrible, et hilarant. (Il y a, entre le sujet du livre et celui du film de Woody Allen, To Rome with Love, un air de famille : dans le film, un inconnu joué par Roberto Begnini devient une vedette de la télévision applaudie dans la rue avant de retourner à l’anonymat le plus opaque). On ne reprochera à l’auteur que de présenter son héros comme un homme quasi fini à 50 ans ! Ce n’est plus un âge canonique aujourd’hui. A ce détail près, le roman de Thierry de Carbonnières met dans le mille. Les intermittences de la vie d’intermittent mettent l’acteur à genoux, et une notoriété passagère s’avale comme un pauvre engloutit du pain dur.

La richesse n’est que dans la variété des états d’âme, que le romancier dessine en une infinité de lignes secrètes.

Ils me reconnaissent de Thierry de Carbonnières. Editions Riveneuve/Archimbaud, 176 pages, 15 euros.

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Appel du 18 août : l’éducation artistique est un vecteur d’émancipation - Libération

Appel du 18 août : l’éducation artistique est un vecteur d’émancipation - Libération | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Tribune publiée par Un collectif d'artistes — 20 août 2018 à 12:47

Avec l'appel du 18 août, lancé en Corse, le collectif pour l’éducation par l’art, dont Robin Renucci, la Maison des écrivains et de la littérature et le réseau Tras appellent à une mobilisation collective en faveur de l’éducation culturelle, dès l'enfance et tout au long de la vie.

 


Appel du 18 août : l’éducation artistique est un vecteur d’émancipation


La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a appelé toutes les forces vives de notre pays à se mobiliser pour réaffirmer la place des arts et de la culture dans notre société. Le président de la République a, par ailleurs, souhaité construire une politique de l’émancipation et de la dignité. La formation d’individus capables de s’émanciper et de s’affranchir des destins auxquels leur milieu social ou/et géographique les assigne est au cœur de l’ambition démocratique, là où le projet libéral a pour conséquence d’asservir ces mêmes individus aux lois du marché dont le moteur est la pulsion consommatrice.

Démocratie
Pour déjouer l’emprise de ce processus de désymbolisation, la nécessité de l’émancipation individuelle et collective doit être réaffirmée avec une urgence absolue en l’inscrivant au cœur des politiques publiques. L’urgence est d’autant plus forte que de nouveaux enjeux sont apparus : ils sont écologiques et exigent de nouveaux comportements ; ils concernent les libertés fondamentales, notamment la liberté de penser et d’agir ; ils sont les conséquences culturelles et politiques liées à l’accélération de l’évolution des technologies (intelligence artificielle…) ; ils sont ceux du partage des richesses (les biens communs, les data…) ; ils appellent à redéfinir les formes du service public et les pratiques de la démocratie.

L’éducation artistique et culturelle constitue le vecteur majeur de la mise en œuvre de cet objectif d’émancipation. Elle propose à chacune et à chacun, dès l’enfance et tout au long de la vie, d’avoir accès à des expériences esthétiques et de s’engager dans des pratiques artistiques. Elle se nourrit de la rencontre avec les œuvres et les artistes. Elle induit une dimension interprétative. Elle ouvre aux différents champs de la création comme du patrimoine et de la culture scientifique et technique. Elle joue un rôle décisif dans la capacité de symboliser, dans le processus d’individuation, dans l’ouverture à la diversité culturelle, dans le développement de l’esprit critique et du discernement et dans l’apprentissage de la citoyenneté. Elle est un ferment de démocratie.

Désorientation et sidération
L’éducation artistique et culturelle ainsi définie, implique la mise en place d’un plan de développement conduisant à :
- appliquer intégralement la charte pour l’éducation artistique et culturelle adoptée le 8 juillet 2016,
- faire entrer dans la loi le droit à la formation culturelle, à la formation aux pratiques artistiques d’amateurs tout au long de la vie, avec les financements correspondants,
- inscrire dans tous les enseignements, y compris les matières scientifiques, une dimension culturelle,
- remettre l’éducation artistique et culturelle au cœur de la formation initiale et continue des enseignants et des chefs d’établissement,
- rendre obligatoire l’aménagement de lieux dédiés aux pratiques artistiques dans les établissements scolaires,
- mettre en œuvre des formations croisées disciplinaires, interdisciplinaires et intersectorielles, associant tous les acteurs de la chaîne de la transmission et de l’éducation sur l’ensemble du territoire,
- impulser un travail interministériel, en cohérence avec la transversalité de ces actions,
- renforcer la coopération entre les différents financeurs, l’Etat et les collectivités territoriales, pour construire une gouvernance partagée garantissant la pérennité des actions et l’équité entre les territoires.

Dès lors, nous appelons l’Etat à préparer avec nous, sans tarder, l’organisation de chantiers de création interdisciplinaire associant artistes professionnels et amateurs, enseignants, chercheurs, médiateurs, éducateurs, dans toutes les régions de France de métropole et d’outre-mer, chaque année dès l’été 2019. Parallèlement, nous appelons toutes celles et ceux engagés dans des projets d’éducation artistique et culturelle à rejoindre la coopérative pour l’éducation artistique et culturelle dont la construction débutera dès le mois de septembre.
La France foisonne de projets inventifs en matière d’arts et de culture depuis plusieurs décennies. Pour faire face à la désorientation et à la sidération auxquelles nous sommes confrontés, le temps est venu du rassemblement de toutes ces forces vives au service d’un nouveau projet collectif d’émancipation à la hauteur des enjeux civilisationnels qui sont les nôtres.

Des membres du collectif pour l’éducation par l’art, de la Maison des écrivains et de la littérature et du réseau Tras se sont réunis du 16 au 18 août 2018 à l’Aria en Corse et ont adopté l’appel ci-dessus.

Collectif pour l’éducation par l’art : Robin Renucci, Jean-Marc Lauret, François Deschamps, Jean-Claude Lallias, Jean-Gabriel Carasso, Philippe Meirieu, Emmanuel Wallon, Patrick Germain-Thomas, Marie-Laure Poveda.

Maison des écrivains et de la littérature : Claude Eveno, Sylvie Gouttebaron, Michel Simonot, Philippe Morier-Genoud, Jude Ismaël, David Christoffel, Bruno Bonhoure, Khaï-Dong Luong, Mathias Mégard.

Réseau Tras (transversale des réseaux arts et sciences) : Antoine Conjard, Lucie Conjard. www.educationparlart.com; www.reseau-tras.org ; http://m-e-l.fr/ www.ariacorse.net

Un collectif d'artistes

 

Légende photo : Le ministère de la Culture à Paris, en 2017. Photo Jacques Demarthon. AFP 

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Robert Lepage annule la production Kanata qu'il devait monter avec le Théâtre du Soleil !

Robert Lepage annule la production Kanata qu'il devait monter avec le Théâtre du Soleil ! | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Stéphane Capron dans Sceneweb 26 juillet 2018

photo Stéphane Bourgeois

La compagnie de Robert Lepage, Ex Machina a annoncé jeudi matin par un communiqué de presse que le projet Kanata est annulé. Depuis plusieurs jours, une polémique agite le monde de la culture au Canada autour de cette pièce que le metteur en scène québécois devait monter avec la troupe du théâtre du soleil d’Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie. Le spectacle devait retracer 200 ans de l’histoire du Canada. Une lettre ouverte avait dénoncé l’absence d’autochtones dans la distribution.

Cela devait être l’événement du clôture du Festival d’Automne, on ne verra pas Kanata à partir du 15 décembre au Théâtre du Soleil. « La controverse infiniment complexe et souvent agressive dans laquelle baigne malgré tout le spectacle touche maintenant des coproducteurs nord-américains qui s’y intéressaient, et dont certains nous annoncent aujourd’hui leur retrait », indique Ex Machina dans un communiqué. Depuis plus jours la polémique fait rage au Canada en provoquant la colère des autochtones au Canada. « Kanata » est le mot iroquoien, signifiant « village », Kanata devrait retracer 200 ans de l’histoire du Canada jusque dans ses aspects les plus violents et intolérables, sur la relation entre les Blancs et les peuples autochtones. Or la distribution ne comprenait aucun comédien issu des Premières Nations, une lettre ouverte avait été publiée dans le quotidien Le Devoir.

Robert Lepage et Ariane Mnouchkine avaient tenu une rencontre la semaine dernière avec les signataires. « Les participants à cette rencontre ont fait preuve de beaucoup d’ouverture et plusieurs de nos échanges nous ont semblé très féconds” explique le communiqué d’Ex Machina. Mais avec le retrait de certains coproducteurs, il est impossible à Robert Lepage d’aller au bout du projet.

« Au-delà de cette troublante situation, il nous faudra bien, tôt ou tard, tenter de comprendre, calmement et ensemble, ce que sont fondamentalement l’appropriation culturelle et le droit à une expression artistique libre», termine le communiqué d’Ex Machina.

De son côté, le Théâtre du Soleil fait savoir dans un communiqué “qu’elle regrette la décision extrême à laquelle Robert Lepage a été réduit” et “tient à lui réaffirmer sa fidèle affection et son inébranlable admiration“. Le Théâtre du Soleil a confirmé l’invitation faite solennellement par Ariane Mnouchkine, “d’accueillir à la Cartoucherie un Festival de Théâtre Autochtone. Festival qui pourrait devenir un rendez-vous régulier bi ou triannuel“.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr.

 

Photo de Robert Lepage - crédit : Stéphane Bourgeois

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Stage de danse hors norme à Châteauroux

Stage de danse hors norme à Châteauroux | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau, Châteauroux (Indre) dans Le Monde | 17.08.2018 


A l’occasion du 43e Stage-Festival international, 650 amateurs ou confirmés assistent aux cours donnés jusqu’au 24 août.

Un village de danse, une île de chapiteaux, dix studios, gymnases et autres salles des fêtes occupés au quotidien par une centaine de cours donnés par 35 professeurs pour 650 danseurs de différents niveaux. Les chiffres joyeusement fous du 43e Stage-Festival international de Châteauroux (Indre) collent à l’ambiance passionnément studieuse de cette manifestation éclectique qui combine ateliers et spectacles pendant douze jours non-stop, jusqu’au 24 août. Le grand gala des stagiaires conclut, devant 5 000 spectateurs, deux semaines de travail et une programmation qui fait copiner Adrienne Pauly, Dany Brillant et les punks ukrainiennes Dakh Daughters.

LA FRANCHE BEAUTÉ DE CE STAGE HORS NORME RÉSIDE DANS LE MÉLANGE DES GÉNÉRATIONS


Un plongeon, le 16 août, dans cette marmite mondiale de vingt-trois disciplines, dont la capoiera et la langue des signes, file le tournis. Claquettes avec Fabrice Martin, modern jazz auprès de Christopher Huggins, classique en compagnie d’Isabelle Riddez, la plupart des danseurs enchaînent trois ou quatre cours par jour minimum. Autour de midi, la bande-son hausse le ton en même temps que la température grimpe. La guitare, le piano, l’électro – la plupart des ateliers sont accompagnés live par des musiciens –, les applaudissements, parfois même les cris de plaisir, se percutent dans Châteauroux qui ne demande pas mieux. Cette année, quatre disciplines cartonnent avec plus d’une centaine de participants à chaque session, transformant les hangars en raouts festifs : le modern jazz piloté par Anne-Marie Porras et Angelo Monaco, le ragga jam selon Audrey Bosc, la danse africaine avec Louis-Pierre Yonsian.

La franche beauté de ce stage hors norme réside dans le mélange des générations – la plus jeune participante a 12 ans et la plus âgée 70 ans –, l’intensité avec laquelle tous bossent et s’éclatent dans le même élan ; 50 % sont des fidèles, 80 % des femmes. Certains viennent du Maroc, d’Azerbaïdjan, des Etats-Unis, du Japon. « Je collabore avec les instituts français dans le monde entier et cela permet à quelques jeunes de profiter d’apprentissages multiples, explique Eric Bellet, directeur de la manifestation. Ici, on peut tout tester selon ses désirs. Le choix est sans entrave dans le village mais il faut tout de même se concentrer sur une ou deux techniques ne serait-ce que pour participer au spectacle final. »

Encadrement rigoureux
Devant la vidéo du gala 2017, Louis Sarazin, 14 ans, revoit sa performance. Il entame sa quatrième année de stage avec sa mère, l’une de ses sœurs et une amie. Au quotidien, il enchaîne claquettes, barre à terre, ragga jam et hip-hop, soit plus de six heures au total. « Je ne pense pas devenir danseur mais j’adore venir ici pour le plaisir et l’ambiance », dit-il. Pour Meï-Ly Hanson, 16 ans, qui vient de Guadeloupe, c’est la première fois : « Ma prof Hélène Wargnier m’a parlé de ce stage. Je me suis renseignée et j’ai décidé de venir parce qu’on peut pratiquer énormément de techniques et que c’est aussi un lieu de professionnalisation. » Classique, modern jazz, flamenco, comédie musicale, Meï-Ly s’est bâtie une routine de six cours par jour. La centaine de mineurs qui sont présents bénéficient d’un internat et d’un encadrement rigoureux.

L’esprit famille plane. La chorégraphe Martine Harmel, soliste chez Joseph Russillo, y enseigne le contemporain depuis trente ans. « J’adore venir ici car il n’y a pas de chapelle esthétique, commente-t-elle. Cela permet de découvrir des démarches que l’on n’aborderait sans doute pas dans un autre ­contexte. L’envie de comprendre la culture de l’autre est au cœur de la démarche et c’est fondamental. » Nouvelle recrue dans l’équipe des profs, son fils, Mourad Bouayad, est un enfant du stage. Il y a grandi avant de faire ses classes au Centre national de danse contemporaine d’Angers. Il vient de collaborer avec la Batsheva Dance Company et pilote l’atelier d’improvisation. « J’y fête même mon anniversaire, s’exclame-t-il. J’y ai fait toutes mes découvertes de danses et de musiques pendant vingt ans. C’est un accomplissement d’y donner aujourd’hui des cours auprès de ceux qui m’ont formé. La boucle est bouclée et c’est très émouvant. »


43e Stage-Festival international de Châteauroux, jusqu’au 24 août. danses-darc.com

 

Légende photo : L’une des nombreuses sessions de cours de danse organisées dans le cadre du Stage-Festival international de Châteauroux. http://WWW.CHATEAUROUX-METROPOLE.FR

 

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Sabine Pakora : "Une femme noire et grosse, ça fait peur à l'écran !"

Sabine Pakora : "Une femme noire et grosse, ça fait peur à l'écran !" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Ann-Laure Bourgeois dans le blog Les Intelloes - 18.08.2018

 

Sabine Pakora est actrice et comédienne. Aux Intelloes, elle a parlé des rapports de domination dans le monde du cinéma, du théâtre, et de la difficulté pour les femmes noires de s’y faire une place.

Pouvez-vous citer plusieurs noms de comédiennes noires françaises ? C’est de cette question qu’est né Noire n’est pas mon métier sorti le 3 mai dernier (éd. Seuil). Dans ce livre coup de poing présenté par l’actrice Aïssa Maïga, 16 femmes noires dénoncent le racisme et les stéréotypes qu’elles doivent affronter dans leur profession. Parmi elles, Sabine Pakora. Après avoir longtemps essuyé des refus et subi le manque d’opportunités professionnelles, l’actrice d’origine ivoirienne joue aujourd’hui des petits rôles à l’écran.

Sabine vit parfois son métier avec malaise, et dans un climat de tension . “Je n’ai pas toujours envie que mes amis et mes proches voient mes films, ou mes pièces de théâtre. J’y joue des rôles stéréotypés et empreints de racisme: ils sont construits dans un rapport d’infériorité et soulignent une origine exotique. Cela  passe par un accent africain exacerbé, ou des vêtements bariolés.” Avec finesse, la jeune femme analyse le monde du théâtre et du 7e art aujourd’hui. “Alors que la société avance et commence à  se questionner sur ses représentations, scénaristes, réalisateurs et metteurs en scène sont encore réticents à montrer des personnages non-blancs, ou des corps différents des normes.”

Noire n’est pas mon métier a permis à Sabine d’aborder des problématiques qui la concernent à part entière : les rapports de domination, et les discriminations. “En tant que femme, noire, française, comédienne, il était temps de s’emparer du sujet”, déclare-t-elle. Entretien.

LES INTELLOES : BONJOUR SABINE, PEUX-TU TE PRÉSENTER ?
Sabine Pakora : Je suis comédienne noire et française. Je précise ma couleur car cette dernière impacte mon travail.

Je suis arrivée en France à l’âge de quatre ans, j’ai été très tôt séparée de mes parents et de ma famille . Mes soeurs et moi-même sommes arrivées dans une région du sud de la France où notre identité n’était pas forcément la bienvenue.

Je suis la plus jeune de la famille, et les moments de partage avec ma fratrie étaient ceux durant lesquelles nous regardions la télé et des films ensemble.

Plus tard, j’ai constaté que les films permettaient d’exprimer des non dits.

J’ai toujours voulu devenir comédienne. J’ai obtenu un bac spécialité théâtre, et j’ai poursuivi mes études au conservatoire de Montpellier, puis à l’Esad à Paris.

QUELLES DIFFICULTÉS AS-TU RENCONTRÉES DANS TON PARCOURS ?
A mon arrivée dans la capitale à 19 ans, j’ai été surprise du manque d’opportunités. De plus, je n’avais pas de réseau. Lors du peu de castings que je passais, il m’était gentiment expliqué qu’on ne recherchait pas de Noire, ou sinon une femme plus âgée pour des tournages traitant de l’immigration.

On me refusait même des jobs d’ouvreuse! Je dénichais des boulots en tant que baby-sitter. Financièrement, c’était compliqué.

Au bout d’un moment et malgré moi, j’ai arrêté mes recherches et je me suis lancée dans la danse, qui m’a permis de garder intacte ma sensibilité artistique.

J’ai notamment joué dans  la comédie musicale Kirikou et Karaba de Michel Ocelot mis en scène par le chorégraphe  Wayne McGregor. J’ai aussi dansé avec la Compagnie Montalvo de  José Montalvo et Dominique Hervieux .

MALGRÉ TOUT, TU AS DÉCIDÉ DE POURSUIVRE TON RÊVE DE DEVENIR COMÉDIENNE…
Lorsque je suis revenue à ce métier, j’ai constaté que  je me retrouvais sans cesse enfermée dans une identité dont je n’arrivais pas à me défaire. On m’imposait malgré moi un statut, une image qui n’était pas celle dans laquelle je m’étais construite.

J’étais constamment renvoyée à  des personnages exotiques, semblables à la domestique dans Autant en emporte le vent. Horrible ! Le raccourci était vite fait entre mon apparence physique de femme ronde et ma couleur de peau.

J’incarnais donc pour le cinéma la Mama parfaite ! À Montpellier, c’était un peu différent, notamment au conservatoire où mon identité d’apprentie comédienne noire fascinait. J’étais la seule élève noire de ma promo, et je décrochais systématiquement le rôle lors des castings, du fait de la  concurrence inexistante.

En région parisienne, la population noire, plus importante, n’est pas appréhendée de la même manière. Mais les préjugés subsistent : en cours de théâtre, certains profs estimaient que je devais ressentir ou exprimer mes émotions différemment  des autres parce que j’étais Africaine, et descendante de « peuples primitifs ».

J’ai commencé des études d’anthropologie, puis de sociologie pour comprendre l’enfermement dans lequel on me renvoyait sans cesse.

L’anthropologie a eu pour effet de me reconnecter avec mes origines et de me réapproprier mon identité. La sociologie, elle, a été un moyen de trouver de l’apaisement en analysant les ressorts systémiques de ces rapports de domination.

COMMENT AS-TU ACCUEILLI LA PROPOSITION D’AÏSSA MAÏGA DE PARTICIPER À L’ÉCRITURE DU LIVRE "NOIRE N’EST PAS MON MÉTIER" ?


J’ai d’abord eu peur d’être blacklistée si je participais à cet ouvrage. J’avais l’impression que la société française n’était pas prête à engager ce dialogue. Puis, le fait d’avoir une parole commune avec les autres auteures m’a rassurée. En groupe, on est toujours plus forts !

Je souhaitais vraiment livrer mon ressenti sur le métier. J’ai commencé par le bas de l’échelle, et j’ai vécu beaucoup d’expériences assez violentes. Il faut savoir que dans la “machine production”, un figurant est la dernière roue du carrosse. C’est un monde vraiment hiérarchisé, à la limite du féodalisme.

Souvent, les metteurs en scène et les réalisateurs pensent que mon apparence de femme ronde est un handicap pour mes personnages, alors que c’est loin d’être le cas. J’adore jouer, endosser d’autres identités !

On m’a souvent demandé de jouer des rôles de tantines qui tchipent en roulant des yeux, de banlieusarde, de migrante en situation de détresse. Tout cela donne l’impression de ressembler à un casting sauvage, comme si on m’avait ramassée à Château-Rouge ! (quartier de Paris, ndlr.).

Pourtant, j’ai grandi une grande partie de ma vie dans un environnement blanc. D’abord dans une famille d’accueil avec des babas cools, puis en foyer avec des éducateurs, dont une soixante-huitarde que je considère aujourd’hui comme une membre de ma famille. Autour de moi, seule ma fratrie était noire.

Pourtant, les gens ne voient qu’une apparence de femme noire et grosse. C’est pénible et compliqué car on sent un regard empli de racisme.

AIMES-TU TON MÉTIER MALGRÉ TOUT?
Je vis ma pratique de comédienne de façon schizophrène. On me recrute pour faire du blackface, je déteste cela! Pourtant, c’est la seule façon d’exercer mon métier. Ces contradictions génèrent en moi des tensions. J’espère un jour monter mes projets ou travailler avec un réalisateur qui me considérera comme comédienne à part entière .

Aujourd’hui, malgré quelques belles opportunités de tournage, je joue majoritairement des personnages anecdotiques et stéréotypés.

PENSES-TU QU’EXERCER TA PROFESSION AURAIT ÉTÉ PLUS FACILE SI TU N’AVAIS PAS ÉTÉ NOIRE ?


Il faut savoir que la situation peut aussi être compliquée pour les comédiennes blanches, qui doivent affronter la concurrence.

Néanmoins, une fois leur place faite dans leur métier, elles n’ont pas à payer le prix de la discrimination raciale.



Montée des Marches des 16 co-auteures de Noire n’est pas mon métier au festival de Cannes 2018

COMMENT EXPLIQUER LE MANQUE DE DIVERSITÉ DANS LE MONDE DU CINÉMA, DE LA TÉLÉVISION, DU THÉÂTRE?
Une femme noire grosse au coeur du scénario, ça fait peur à l’écran ! Les réalisateurs se demandent: comment va-t-on pouvoir se projeter à travers elle, la trouver belle, intéresser les spectateurs ?

Le regard de l’homme valide ou invalide le corps de la femme, cette dernière est soumise à son approbation. Je ne vais pas rentrer dans des cases pour me soumettre aux diktats qui pèsent sur le corps des femmes.

Le cinéma français veut des filles mignonnes et normées. Il arrive souvent qu’un personnage noir désiré dans le scénario de départ disparaisse à la dernière étape du casting. Tout cela pour coller aux standards et aux préjugés habituels!

Mais quand je pense aux standards de beauté, je ne me limite pas à la France. En Italie, aux Antilles, en Angleterre, ou dans certains pays d’Afrique, mon identité et le regard  posé sur mon apparence, ne sont pas toujours soumis aux mêmes injonctions.

Aujourd’hui, le public prend en compte cette pluralité. Il veut voir d’autres destins, d’autres histoires, d’autres physiques!

QUE DIRAIS-TU AUX JEUNES FILLES NOIRES QUI VEULENT DEVENIR COMÉDIENNES OU ACTRICES ?
Dans une société où l’on est discriminé, il faut fournir plus de travail que ceux qui ne le sont pas. Mais il ne faut abandonner ses rêves, aujourd’hui il est possible d’être dans l’action !

QUELS SONT TES PROJETS  ? 
Je joue dans le film Black Snake de Thomas Ngijol et Karole Rocher (sortie le 26 décembre 2018, ndlr.). Je travaille sur des projets d’écriture personnels. J’ai aussi terminé un scénario de court-métrage, et j’écris un texte de seul en scène qui sera mis en scène par Frédéric Maragnani.

Propos recueillis par Ann-Laure BOURGEOIS 

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Femmes de culture, femmes de combat : Julie Fuchs

Femmes de culture, femmes de combat : Julie Fuchs | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Marianne Bliman  dans Les Echos  Le 17/08 

En avril dernier, la soprano a été écartée d'une production avec l'Opéra de Hambourg pour cause de grossesse. Retour sur cet épisode et ses conséquences pour Julie Fuchs.


Fait isolé ou symptôme d'une tendance lourde mais souterraine dans le milieu lyrique ? Lorsqu'on parle avec Julie Fuchs des questions de discriminations faites aux femmes et d'inégalités de traitement femmes-hommes, impossible de ne pas évoquer l'épisode qu'elle a vécu il y a quelques mois avec l'Opéra de Hambourg. C'était en avril dernier. Quatre jours avant le début des répétitions de « La Flûte enchantée », dans lequel elle devait interpréter le rôle de Pamina, son agent lui envoie un mail l'informant qu'elle ne pouvait finalement plus y participer. « L'intégrité artistique de la production ne peut être maintenue si l'interprète est enceinte », estime la direction du Hamburgische Staatsoper. Un revirement soudain autant qu'inattendu.

« A trois mois de grossesse à peine, j'avais averti l'Opéra que j'étais enceinte. Ce qui est très respectueux de ma part : je n'étais pas obligée, j'aurais pu attendre. Et le jour de la première, je n'aurais été enceinte que de quatre mois », souligne-t-elle, le ton posé. Entre son annonce et la décision couperet, pourtant, des discussions ont eu lieu entre les deux parties. La mise en scène allait finalement être changée pour les quelques minutes que l'Opéra de Hambourg avait jugées délicates pour elle. Elle, de son côté, pouvait continuer de se préparer pour son rôle, faire les allers-retours entre Avignon - où elle habite - et Paris pour travailler avec son professeur et son coach, avait déjà pris ses billets... Tout serait bien. Mais rien n'y a fait, plus rien n'était négociable.

Sur le moment, Julie Fuchs ne s'offusque pas particulièrement, elle se dit que ce n'est pas grave. Mais quand même, elle trouve bizarre que « des règles de fonctionnement d'un théâtre, qui peuvent être plus ou moins strictes, font qu'on décide pour une femme enceinte, plutôt que ce soit elle-même, son compagnon, ses médecins ». Surtout, explique-t-elle encore, « je ne voulais pas que les gens qui allaient voir que je ne chantais pas à Hambourg puissent imaginer que je ne le faisais pas parce que j'étais enceinte, fatiguée ou empêchée. Professionnellement, c'est dangereux pour une artiste freelance et pour une femme en général, de laisser penser ça. Surtout que ce n'est pas le cas ! »

« UN GRAND TABOU SUR LA GROSSESSE »
Jusqu'à cet épisode, Julie Fuchs n'avait pas eu l'impression d'avoir subi une quelconque discrimination ou inégalité de traitement dans le cadre de ses activités professionnelles. Ou si, une, peut-être, liée à son âge. « C'est quitte ou double. Soit les décideurs veulent des jeunes pour apporter du sang frais et de la nouveauté. Soit ils ont peur des jeunes parce qu'ils n'ont pas fait leurs preuves et qu'ils craignent de leur donner leur chance », explique celle qui a fêté, il y a peu, ses 34 ans. Mais son agent agit aussi comme un paravent : « Beaucoup de choses passent par lui, explique-t-elle. Il arrive donc souvent qu'on ne sache pas le fin mot de l'histoire. »



Au-delà de l'épisode lui-même - désormais dans les mains des avocats des deux parties -, Hambourg a joué comme un détonateur pour Julie Fuchs. « Je me suis rendu compte, en recevant beaucoup de messages de femmes, qu'il y avait un grand tabou et un grand silence sur la grossesse », décrit-elle. Des chanteuses lui ont raconté des histoires proches, aux issues diverses mais peu souvent à leur avantage. « J'ai été la première surprise, assure-t-elle. Je ne me rendais pas compte qu'il y avait un tel manque de parole, y compris dans mon milieu. » Raison de plus pour agir, désormais : « Il faut être actif dans son optimisme », lâche-t-elle, avec fougue. « Je pense vraiment qu'il y a quelque chose à éclaircir pour tout le monde. »

REPRISE EN DÉCEMBRE
Depuis avril, bien du temps a passé, Julie Fuchs a continué de tracer sa route sur les scènes de France et d'ailleurs. Le 12 juillet, elle a (momentanément) baissé le rideau avec la dernière de « L'incoronazione di Poppea », de Monteverdi, avec l'Opernhaus Zürich... une production dans laquelle elle n'a d'ailleurs visiblement pas eu de mal à tenir la partition perchée sur des talons de 10 cm. Cette dernière représentation, intense et émouvante pour elle, a clos une saison « extrêmement dense et très longue », au cours de laquelle elle a notamment triomphé dans « Comte Ory », à l'Opéra comique de Paris.


Sa préoccupation essentielle, désormais : préparer l'arrivée, très bientôt, de son premier enfant. « Je crois qu'avec un nouveau-né, on ne s'ennuie pas ! », lâche-t-elle, rayonnante, dans un grand éclat de rire. Et puis « c'est bien, de temps en temps, quand on l'a décidé, de se poser », explique-t-elle, assurant ne pas craindre un seul instant de passer un temps aussi long sans chanter.

Pour ses fans et les autres, en tout cas, pas d'inquiétude : ils pourront retrouver Julie Fuchs les 28, 30 et 31 décembre à l'Opéra Grand Avignon. Elle y tiendra le rôle d'Eurydice dans « Orphée aux enfers » d'Offenbach. L'ouverture, d'ores et déjà très attendue, d'une nouvelle saison qui s'annonce bien remplie.


LIRE AUSSI :
> DOSSIER - Retrouvez les épisodes de la série « Femmes de culture, femmes de combat »

@Marianne_Bliman

 

Légende photo : L'épisode de Hambourg a été un déclencheur pour Julie Fuchs (à droite : lors des répétitions de « Comte Ory », à l'Opéra comique). Sarah Bouasse et Stefan Brion/Opéra comique

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Jean-Benoît Ugeux, Homme complexe sans complexes

Jean-Benoît Ugeux, Homme complexe sans complexes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie Anezin dans Ouvert aux publics
28 AVRIL 2018 /// IN - LES INTERVIEWS


Homme complexe sans complexes, Jean-Benoît Ugeux (ci-dessus ©Alice Kohl) est une valeur montante du cinéma belge mais aussi de sa scène artistique. En février dernier, il a décroché un Magritte et vient de remporter un vif succès au Théâtre du Gymnase de Marseille avec Tristesses d’Anne-Cécile Vandalem. Avec elle, collaboratrice de la première heure, et sa Das Fräulein Kompanie, ils partent à l’assaut de l’Odéon – Théâtre de l’Europe du 5 au 27 mai. Puis, dans le « IN » du prochain Festival d’Avignon (18 au 24 juillet 2018 à la Fabrica) où ils défendront un propos écologique avec Arctique, le nouveau thriller politique d’Anne-Cécile Vandalem.


Portrait en (é)mouvance.

JB, un artiste scotchant !
Pour commencer, petit nota bene. Il se peut que les informations de ce portrait soient à mettre au conditionnel tant chez Jean-Benoît Ugeux le sens inné de la formule peut, pour faire un bon mot, tuer toute vérité.

Les initiales de son prénom sont celles du 3e whisky le plus vendu au monde : JB. Pourtant de l’alcool, Jean-Benoît Ugeux ne garde que le délire que provoquent ses abus. Il a délaissé ses diverses addictions de jeunesse, dorénavant le voilà sage, version sportif de haut niveau à la vie réglée, quasi monastique et hyper organisée.

Cette année est la sienne, naviguant avec succès dans le triangle d’or Théâtre/Cinéma/Écriture et participant à l’ascension de la Das Fräulein Kompanie de sa complice Anne-Cécile Vandalem.

Une reconnaissance que certains pourraient penser tardive au vu de l’impressionnant CV du jeune homme, en images ci-dessous.

Si on voulait lui coller des étiquettes au cul, qu’il montre finalement assez peu au vu de son goût inné de la provocation, cet acteur atypique serait dans la case Fada, déjanté, hors normes, inclassable… Bref, un acteur belge!

Ce pur produit surréaliste made in Belgium, en a l’œil chagrin du temps, les nuages du ciel flamand en fond de rétine, le sourire en « Wall(ir)onie », la fausse platitude en horizon.
Pensant faire la connaissance d’un excentrique total nous nous retrouvons à boire de l’eau minérale locale avec un garçon posé et très consciencieux, dans un de ses cafés préférés La Renaissance dans le quartier St Gilles à Bruxelles.




Les bulles auraient pourtant été de mise, nous sommes le 5 février 2018, la veille Jean-Benoît Ugeux vient de recevoir le Magritte du cinéma belge en tant que meilleur acteur dans un second rôle pour Le Fidèle de Michaël R. Roskam (avec Matthias Schoenaerts, Adèle Exarchopoulos).
Excessivement touché par la reconnaissance que lui a témoigné la profession via ce Magritte, JBU n’est pas pour autant très friand de ce genre de manifestation. Ou alors pour le plaisir de retrouver les potes, qu’il a nombreux dans le milieu.
Assez omniprésent dans la section courts-métrages il avait déjà été indirectement couronné avec L’ours noir (2016) et Le Plombier (2017) de Xavier Seron et Méryl Fortuna-Rossi.

En plus de récompenser son jeu singulier, tout en contradictions et ruptures, intensité et subtilité, ce sont aussi des années de travail acharnés au service de projets aussi disparates, impertinents que courageux qui sont salués. Un Stakhanoviste du travail qui y prend un plaisir fou.
Malgré ses nombreux rôles de border line, il n’y a de fou chez lui que ses emplois du temps de ministre et sa course effrénée aux projets.

Avec ambiguïté
Chez Anne-Cécile Vandalem, il campe un parfait salaud versant pervers narcissique, petit Kapo qui tyrannise sa femme pour oublier qu’il n’est lui-même pas grand chose sur cet échiquier sociéto/politique. Dans Le Fidèle de Michaël R. Roskam il insuffle un coté rigolard et jouasse à un tueur à gages, en décalage avec la représentation habituelle qu’on s’en fait.
Une approche particulière que JB commente : « J’essaye toujours de ne pas finir le personnage ! De ne pas proposer un objet achevé sur lequel on pourrait avoir une opinion claire et manichéenne. Abonné aux espèces de vicelards et autres pédophiles (Monkey de Cédric Bourgeois) on me propose ce genre de rôle parce que l’on sait que, qui qu’il soit, je vais essayer de le jouer humain. A l’usage je me suis rendu compte que les salauds sont intéressants à jouer si tu joues leurs peurs et leurs tristesses. » 
Ce que confirme le réalisateur Méryl Fortuna-Rossi avec son second degré habituel : « Difficile de dire un truc sympa sur JB, il a tellement tout, le talent, le professionnalisme, un panel d’émotions aussi riche que varié et en plus il est plus provocateur et drôle que moi… Et surtout ce que peu de gens savent : c’est un grand humaniste… ! Non vraiment ! Je n’ai rien à dire de positif sur ce garçon. Le pire c’est qu’il joue dans tous mes films ! »


Il sera également un des invités de son 6e Festival du Cinéma belge à Nîmes et en garrigue, avec son nouveau court-métrage Eastpak, en lice également ce mois-ci au Brussels Short Film Festival. L’histoire d’une soirée entre amis, grands discours et beaux idéaux qui se fracassent au premier vol commis. Un bel exercice sur les petites lâchetés, un propos un peu désenchanté qui colle bien à la peau de Jean-Benoit Ugeux et illustrerait aisément son désir de tourner avec Bacri-Jaoui. « Travailler avec Jean-Benoit c’est un vrai bonheur parce qu’il ne le fait qu’avec des gens qu’il connaît bien et qu’il aime -enfin je crois- témoigne un de ses comédiens et ami Baptiste Sornin que l’on retrouve dans le court-métrage. Il va distribuer ses acteurs en fonction des affinités que l’acteur a avec le rôle ou au contraire propose quelque chose de très surprenant. »

JBU pourrait se lasser de ce type de personnages extrêmes mais il reste pragmatique : « Évidemment il faut savoir en sortir.  Mais bon, beaucoup d’acteurs rêvent du contre emploi mais si tu as l’emploi c’est déjà bien ! »


Ces Punchlines, dans lesquelles il excelle et qu’il distille comme de petites entailles incisives dans la conversation la font continuellement avancer sur le fil entre vanne et réalité comique de la vie.

Peut-on rire encore de tout ?
L’humour est sa seconde peau. Il essaye toujours d’aborder ses personnages par ce biais là et il doit faire partie des projets qu’on lui propose. Il adorerait quand même travailler avec les frères Dardenne ou Hanneke même s’ils ne sont pas les rois de la rigolade. Il tient beaucoup à raconter des histoires.
Il refuse nombre de comédies « Pouet ! Pouet ! », préférant les douce-amères comme celle de son compatriote David Lambert, Troisièmes Noces avec Bouli Lanners qui sortira le 13 juin en Belgique.

Jean-Benoît Ugeux aurait pu faire partie de la meute Deschiens, pas ceux de Navarre, il ne les a jamais vu. On l’imagine aisément en fils caché de François Morel et Yolande Moreau. JB aurait ainsi reçu en héritage leur poésie pudique, la gravité, l’insolence, le fond d’âme à fleur de peau, l’engagement. Et une certaine idée du métier de comédien, hors des sentiers battus. On le retrouvera avec Yolande Moreau en septembre dans le film de Gustave Kervern et Benoît Délépine, I feel good. Un rêve de collaboration qui l’a comblé autant du coté des réalisateurs que de l’actrice.
Un tantinet Desproges dans l’hypersensibilité, l’humour grinçant mais surtout dans l’idée : « Je pense qu’il est crucial de rire encore de tout, martèle Jean-Benoît, que le jour où on ne rigolera plus il sera trop tard ! Mon leitmotiv est celui-là, parce que je crois que derrière le rire il y a beaucoup plus que pouet pouet zizi. Quelqu’un qui a de l’humour, c’est déjà quelqu’un qui s’inscrit dans une vision du tout, une vision beaucoup plus large du monde. » 

Son humour a les couleurs de la Belgique. Noir. Jaune pour le rire qu’il provoque et Rouge pour le sanglant du propos, le coté dérangeant. Il en a d’ailleurs une vision très affirmé : « Dans l’humour français on se moque des autres. Dans l’humour belge on se moque de soi ! Quand on se moque des personnages on se moque de nous. La même chose se retrouve chez Tchékhov, il est dans tous les personnages qu’il parodie. »

C’est cette forme d’humour qui le lie aussi depuis des années à ses partenaires, Xavier Seron et Méryl Fortuna-Rossi. Un univers loufoque que l’on perçoit aussi chez Mathieu Donck, qui emploie d’ailleurs souvent les mêmes comédiens (Catherine Salée, Jean Jacques Rausin, Anne-Pascale Clairembourg, Yoann Blanc…). Une joyeuse bande à part qui ne cesse de se faire remarquer dans le cinéma belge actuel mais aussi en France.
Ainsi faire le portrait de Jean-Benoît Ugeux revient à faire celui de ce courant cinématographique belge, insolent, gore-glauque autant que burlesque et débridée. Un cinéma de genre qui peut emballer ou agacer, un cinéma qui se renouvelle, la parfaite antithèse d’un certain cinéma français. Partis avec peu de moyen, ils ont la particularité de considérer le court-métrage non pas comme un tremplin au long mais comme une forme plus libre, plus légère, qui permet d’aller plus vite et ailleurs.

Les flamands l’ont vu naître
Au sortir du Conservatoire Royal de Liège, peu convaincu par la scène artistique de l’époque il travaille dans le bâtiment puis voyage en Amérique du sud.
À l’instar de Tiago Rodrigues avec le TG STAN, ce sont les flamands qui l’incitent à revenir au théâtre. Pour Jean-Benoît Ugeux le choc a eu lieu en 1996 avec Bernadetje de Alain Platel et Arne Sierens. Alors lorsque le Théâtre Victoria qui produit ses artistes fétiches cherche de nouveaux talents, il file à Gand et y reste pour deux projets. L’un avec Wayn Traub (Maria Dolores), et son théâtre total et un peu futuriste très en vue à cette période, l’autre avec Lies Pauwels pour White star.
Il crée une compagnie avec Anne-Cécile Vandalem, et monte Zaï Zaï Zaï Zaï (ci-dessous) et Hansel & Gretel, produits par Victoria. Un théâtre dans la mouvance de ceux qu’ils apprécient Platel, le TG Stan, Rodrigo Garcia mais avec lesquels, novices, ils ne peuvent encore collaborer.


Au début de ces années 2000, Jean-Benoît Ugeux travaille énormément avec la scène flamande en plein effervescence (Ivan Vrambout, Wim Vandekeybus…).
Dans toutes ces piéces, le visuel prédomine et la narration vient à lui manquer. Il fait alors un crochet par chez Rodrigo Garcia : « Rodrigo a un rapport au texte très fort. Il y a des monologues incroyables, très puissant à jouer. »

Excessivement excessif
C’est avec le monologue du chien de Rubens et celui du « trou » d’Anish Kapoor dans la très controversée et chahutée pièce de Rodrigo Garcia, Golgota Picnic qu’on le remarquera en France.


©Baptiste Sornin

Son coté « no limits » et sa personnalité particulière ont séduit tout de suite le metteur en scène hispano-argentin qui le caste au départ pour Aproximación a la idea de desconfianza au Festival d’Avignon 2007. Une embauche à l’instinct. Suite à un microbe attrapé en buvant la tasse dans une piscine, JB manque et de mourir et le workshop de Garcia ( l’École des maîtres ) auquel il participait.
JBU trouve totalement sa place dans l’univers de celui-ci comme chez les flamands : « Grâce à eux, je peux faire des choses où il n’y a ni personnages, ni narration, ni temps, ni espace, juste une parole un peu bretchienne qui sort du néant. Cela ne me pose aucun soucis. »
Ce qui fait sourire et dire à Rodrigo Garcia : « Je retiens de ça qu’il aime être libre et avec moi, il le peut. »
Une complicité qui s’est fondée sur la base du travail de Rodrigo : « Une des choses qu’il partage avec moi c’est l’impudeur. C’est très important pour moi de trouver des gens comme cela. »
JB joue sur l’ordinaire, le mec lambda, un peu paumé, un peu monsieur tout le monde qui se met à péter un câble par moments et qui a souvent un fond d’âme qui remonte. Ce que souligne le metteur en scène hispano-argentin : « Si je peux dégager quelque chose de ce qui me plait chez Jean-Benoit comme interprète, c’est que quoi qu’il fasse, il transmet une espèce de mélancolie qui détruit tout, qui est très touchante. Et moi cela me paraît très attrayant, cette tristesse-là. »

« Le grand ennemi de l’art, c’est le bon goût. »
JB n’affiche pas cette citation de M. Duchamp seulement sur la page Apoptose de son FB, il en fait son adage, un complément à l’excès.
Il y a toujours chez lui quelque chose de l’ordre de la performance, autant dans le « recul des limites » que dans le geste artistique. Apoptose mélange « conneries », sexe, pugnacité, politique, poésie et bien sur mauvais goût afin de provoquer réactions et rencontres. Une façon aussi de s’amuser.
Sur son site du même nom Apoptose.org se trouve toute une gamme de produits dérivés très spécifiques comme des badges « tête de con » ou « Garage à bites » (à découvrir ici). On peut également y voir JB en photographe. 

L’Arctique

Ce pays l’appelle fortement ces derniers temps.
Avec Arctique, la nouvelle création de Anne-Cécile Vandalem qui sera dans le IN d ‘Avignon cet été, dans laquelle il joue un journaliste un peu fantasque déguisé en comédien de seconde zone en repérage pour un film. Arctique toujours avec les amis Xavier Seron et Méryl Fortuna-Rossi. Il co-écrit avec eux une série Prince Albert, produit et diffusée par la RTBF, un 20 fois 26 minutes. Une comédie loufoque dans la veine de leurs courts-métrages, qui se passera en Antarctique où des scientifiques belges cohabitent dans ce monde glacée et extrême. JBU y incarnerait « Van Damme » un agent de sécurité qui aurait aimé faire le Vietnam et aurait pour meilleure amie une poupée gonflable, mais dans une relation totalement platonique.
JBU avait déjà co-écrit avec François Pirot Mobile Home.

Il a ce p’tit air

Mélodramatique, « mélodrolatique » et il est mélomane, notamment amateur de musique classique. Une passion qu’il partage avec son ami Rodrigo Garcia.
En dehors de son passage au Conservatoire de Liège, section Musique électro-acoustique, il ne s’est pas engagé dans cette voie. Il la met en scène dans son prochain court-métrage La musique prévu en 2019.


Il a ce petit air de rien et un fort accent, il parle mal ou trop vite pour certains, a un coté brut, trouble. Des choses que d’autres voudraient rectifier, que Jean-Benoît Ugeux garde comme style.
Une manière d’être qui inspire Emmanuel Marre. Un cinéma libre et métaphysique partant d’improvisations et basé sur la forte relation d’amitié qui les unit, font de Michel, Le désarroi du flic socialiste Quechua, Le film de l’été, des films singuliers. Dans le moyen métrage Le film de l’été, Balthazar, le protagoniste est aussi le filleul de Jean-Benoit (découvrez le court-métrage ici).
Jean-Benoit Ugeux quitte quand même de temps en temps sa bande de potes pour aller tourner chez Joachim Lafosse, Michaël R. Roskam, Benoit Mariage…  

En conclusion, si Jean-Benoît Ugeux était un légume, ce serait un oignon. Pas de ceux qui donne des fleurs et que Jean-Benoît veut faire manger à sa femme à la fin de Tristesses. Non, un oignon de cuisine, aux nombreuses couches, qui fait pleurer quand on lui retire sa peau protectrice. Un arôme puissant et des saveurs marquées, qui s’adoucissent selon la manière, et avec qui on l’accommode. Aromate universel et somme toute l’élément de base indispensable à toute savoureuse préparation.

Mais laissons le mot de la fin à un connaisseur, Yoann Blanc, son partenaire de Partouze et de la série La Trêve du réalisateur Mathieu Donck (série qui a cartonné sur France 2 et dont le tournage de la saison 2 vient de s’achever) :  « Jib c’est un gars qui porte une banane, qui s’intéresse aussi bien à la menuiserie qu’aux auteurs du XXème siècle, qui joue de la trompette et maîtrise toutes les fonctionnalités de son ordi, qui joue dans plusieurs langues et pourrait passer son permis poids lourd. Jib c’est un mec hypersensible, toujours bouleversé, toujours en action. Jean-Benoît Ugeux est un mec connu qui gagne à être connu. »

Marie Anezin.

Retrouvez Jean-Benoît Ugeux dans :
Tristesses d’Anne-Cécile Vandalem à l’Odéon-Théâtre de l’Europe (Paris) du 5 au 27 mai 2018 (relâche les lundis et le dimanche 20 mai). Renseignements ici.
Arctique d’Anne-Cécile Vandalem du 18 au 24 juillet 2018 au Festival d’Avignon (relâche le samedi 21 juillet). Renseignements là.

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Comment des détenus ont pu sortir de prison grâce au théâtre

Comment des détenus ont pu sortir de prison grâce au théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Cindy Hubert Journaliste RTL: 15/08/2018

 

Ecouter le reportage radiophonique


C'est un projet que le metteur en scène Olivier Py porte depuis quatre ans : faire rentrer le théâtre en prison, travailler des textes classiques derrière les barreaux, pour pouvoir, un jour, les jouer dehors, devant un public. Mission accomplie, par les détenus du centre pénitentiaire d'Avignon-Le Pontet. Ces derniers ont joué la pièce de théâtre Antigone en tête d'affiche de la programmation officielle du festival du spectacle vivant d'Avignon. RTL a pu passer assister à l'une de ces représentations, forcément exceptionnelles.

La mise en scène est brute, pas de fioritures : trois rangées de gradins, un plateau. Tout au fond, la photo en noir et blanc d'une ville en ruine. Antigone vient de braver tous les interdits en recouvrant de terre le corps de son frère promis aux rapaces. Ici, pas de costume : la petite Antigone est un homme en tee-shirt et baskets blanches, et le Roi Créon a des tatouages. Les mots s'entrechoquent, les voix s'éraillent. Cinquante minutes qui prennent aux tripes, jusqu'au tonnerre d'applaudissements.

"Jamais je n'aurais pensé un jour être sur scène au festival d'Avignon, c'est une chance incroyable", souffle Mourad, dont la tchatche vient de faire rire toute la salle en seulement quelques répliques dans son rôle de garde. "Voir ma famille comme ça, fière de moi, franchement ça fait chaud au cœur, surtout que c'est la première fois que je peux les voir, dehors, libre, depuis plus de 5 ans que je suis incarcéré. Là, j'espère leur montrer que j'ai changé, que j'ai appris de mes erreurs, progressé dans ma vie et avancé."

Youssef acquiesce à ses côtés, lui qui n'a pas eu peur de jouer Antigone. "Je me sentais bien à l'aise, avec un peu de trac c'est sûr, mais dans l'ensemble ça c'est plutôt bien passé je pense, confit-il. À force de répétitions, de travail dans la cellule. On s'entraînait deux fois par semaine au gymnase, en lisant, en lisant, en lisant... Ça s'est imprégné."


Trois jours de liberté

Mourad, Youssef et les autres purgent tous de longues peines de prison, mais s'ils sont sur scène aujourd'hui c'est bien parce que le juge d'application des peines leur a accordé une permission de sortie. Trois jours de liberté, entrecoupés d'aller-retours en prison. "Ce projet est un exploit", sourit Fabienne Gauthier, la directrice de la prison. Un exploit rendu possible grâce au travail de toute une équipe - magistrats, conseillers d'insertion et de probation et administration pénitentiaire

"C'est extrêmement difficile, c'est risqué, parce qu'on n'est pas dans la routine. Mais c'est une prise de risque qui vaut le coup, parce qu'il faut les voir évoluer sur l'année, prendre confiance en eux, se réjouit Fabienne Gauthier. Et puis, il y a aussi une logique d'employeur : parce qu'ils sont employés, on attend d'eux de respecter des horaires, de la concentration, et on est là réellement dans une dynamique de réinsertion."


Quand le roi Créon s'est fait la belle

La directrice de la prison avait prévenu : aucun débordement toléré. "En septembre et en janvier, je vais les voir dans le gymnase et on s'assoit tous ensemble et je leur dis 'voilà ce que j'attends de vous, voilà le contrat : s'il y a un incident, vous ne sortez pas, que vous soyez Créon ou Antigone, si vous ne respectez pas le cadre, je m'opposerai à votre permission de sortie'".

S'il y a un incident, vous ne sortez pas, que vous soyez Créon ou Antigone
Fabienne Gauthier, directrice de la prison d'Avignon-Le Pontet Partager la citation

C'est précisément ce qu'il s'est passé avec l'un des acteurs principaux : le roi Créon s'est fait la belle quelques semaines avant le festival. Son évasion n'avait rien à voir avec une quelconque permission théâtrale. Redwane, 43 ans, l'a remplacé au pied levé en s'appropriant le texte de Sophocle en quelques semaines.

"C'était un challenge, mais c'était une façon de montrer aux autres détenus que par le travail, on arrive à tout. Le plus important c'est de comprendre ce que l'on raconte et ce que l'on joue, affirme le nouveau Créon. Dans ce rôle, il fallait que ce soit une sorte de chute en crescendo. Ce qui est beau c'est de se dire que cette pièce a été écrite plus de 400 ans avant Jésus Christ."
Un vécu qui nourrit le texte de Sophocle

La tragédie Antigone questionne sans cesse. Peut-on désobéir au droit ? La loi est-elle toujours légitime ? Des questions posées cette fois par des acteurs qui l'ont précisément transgressée.

Cela dépasse la virtuosité de l'art dramatique
Olivier Py, metteur en scène, directeur du festival d'Avignon Partager la citation

"J'ai eu l'intuition que cela leur parlerait. Moi je ne fais pas de travail social, je fais de l'Art, affirme Olivier Py, le directeur du festival d'Avignon qui a vu évoluer les détenus au fil des répétitions. Cela veut qu'ensemble, on se pose des questions sur des grands textes, et cela dépasse évidemment la virtuosité de l'art dramatique, je crois qu'ils jouent bien au-delà de cela. Pour certains c'est une question de vie ou de mort."

Le metteur en scène n'a jamais voulu savoir qui avait tué parmi ses acteurs ou qui d'entre eux avait commis des braquages. Redwane, le roi Créon, approuve. D'Antigone, il a retenu une chose : "Un homme qui a fauté reste un être humain. Voilà, on a commis des fautes, on ne les oubliera jamais. Cette aventure, c'est une forme de levier qui nous permet de nous ouvrir aux autres, comme une grosse pierre qui bouchait l'entrée, dit-il. Cela fait partie de notre phase de réinsertion, même si l'on en n'a pas forcément conscience. Cette pièce résonnera toute ma vie, puisqu'elle arrive dans une phase de ma détention où la liberté commence à pointer le bout de son nez. C'est une manière de crier haut et fort que nous sommes toujours des êtres humains. Cette pièce, c'est comme une rédemption."

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Femmes de culture, femmes de combat : Claire Gibault

Femmes de culture, femmes de combat : Claire Gibault | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Marianne Bliman / Cheffe d'info | Le 26/07/18


Tout au long de sa carrière, Claire Gibault, fondatrice et cheffe du Paris Mozart Orchestra, a été confrontée à des discriminations de genre.

La cheffe d'orchestre, fondatrice du Paris Mozart Orchestra, s'est battue contre de nombreuses discriminations durant sa carrière. Elle espère que les pouvoirs publics sauront faire (enfin) bouger les choses dans la musique classique.

Un pour cent de compositrices, 4 % de cheffes d'orchestre, 5 % de librettistes, 23 % de solistes instrumentistes... Edifiantes statistiques que celles des femmes dans la musique classique, selon le bilan 2012-2017 dressé par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD).

A soixante-douze ans, Claire Gibault est connue et reconnue en France comme à l'étranger. Première femme à diriger l'Orchestre de la Scala et les musiciens de la Philharmonie de Berlin, plusieurs années assistante de Claudio Abbado puis créatrice à ses côtés de l'Orchestra Mozart di Bologna, fondatrice et directrice du Paris Mozart Orchestra, son CV est également plein de récompenses accumulées durant sa carrière - la dernière en date : sa promotion comme commandeure des Arts et Lettres, en septembre 2017. Et pourtant. Des inégalités femmes-hommes dans le milieu, elle pourrait en parler pendant des heures. « Je les ai vécues dans ma chair depuis mes études », assure-t-elle.


« Des trucs pas sympas »

A l'époque où elle était élève au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, se souvient-elle, « j'ai bien essuyé quelques remarques ironiques de mes collègues masculins. Certains m'aimaient beaucoup, mais d'autres pensaient qu'une femme ne pouvait pas exprimer la sensualité de certaines partitions, qu'il était indécent qu'elle soit trop expressive sur le podium. »

Et une fois sur le marché du travail, elle s'est heurtée à des obstacles autrement plus importants. Des piques envoyées pour déstabiliser son autorité, des blagues sexistes, des « trucs pas sympas » à lui faire monter les larmes aux yeux alors qu'elle se dirigeait vers son pupitre dans la fosse d'orchestre en tout début de concert, des commentaires sur son physique (quand elle était plus jeune) ou sur son âge (encore récemment)... Les discriminations liées au genre restent « un sujet », insiste-t-elle.
« Que l'oeil ne distraie pas l'oreille »

A ce propos, elle n'écarte d'ailleurs pas sa propre responsabilité, réfléchit sur certaines de ses propres attitudes et leurs conséquences. Ainsi des tenues vestimentaires de concert - qui font aujourd'hui l'objet de chroniques dans les médias. Jeune, elle se choisissait toujours des vêtements larges, noirs.

Elle en était alors convaincue : « Si les musiciens ont des uniformes, dans les orchestres, c'est notamment pour que l'oeil ne distraie pas l'oreille. » Et, surtout, explique-t-elle, « je ne voulais pas utiliser le charme pour conquérir les gens, les musiciens. Je pensais que mes qualités strictement techniques et musicales devaient conquérir. » Avec la maturité, elle dit avoir évolué, reconnaissant son « manque d'humilité d'alors, parce que la personne est faite de plein de choses, dont un charisme personnel ».
Bras nus, talons...

Il n'empêche. Que de « très talentueuses jeunes cheffes d'orchestre dirigent aujourd'hui bras nus, cheveux longs, certaines avec des talons ou des tenues moulantes », Claire Gibault ne sait visiblement pas trop quoi penser. Est-ce dû à la pression des agents ou de la « société de marketing » ? Ou alors des tabous sont-ils tombés ? Les femmes s'accordent-elles plus de liberté ?

« Je me pose ces questions. Je n'ai pas de réponse, je ne sais pas. J'attends de voir ce que ça va devenir », lâche-t-elle pensive. Affirmant, plus assurée : « L'habit ne fait pas le moine mais il dit quelque chose de nous et de notre comportement par rapport à l'art qu'on pratique. Je ne souhaiterais pas qu'il y ait une façon de diriger qui soit ou féminine ou masculine. »
Charte contre les discriminations

Au Paris Mozart Orchestra, qu'elle a créé en 2011, pas de problème de cet ordre en tout cas, assure-t-elle. Une des conditions sine qua non pour y entrer : signer la charte de lutte contre toutes les formes de discrimination. Et puis, avec ses musiciens - tous âgés de 20 à 40 ans, tous jouant aussi dans d'autres institutions, tous payés au même tarif qu'elle -, Claire Gibault, qui se reconnaît volontiers autoritaire, a appris à développer « l'autorité partagée ».

Sur la question des discriminations de genre, plus spécifiquement, elle a programmé 11 compositrices au programme de la saison prochaine. De « grandes compositrices », certes pas encore majoritaires, mais plus nombreuses qu'avant.


Discrimination positive

Quand elle regarde les évolutions sur la longue durée, Claire Gibault juge toutefois que l'étau autour des femmes « ne s'est pas desserré ». Logique, alors, qu'elle apprécie que la place des femmes aux postes de responsabilité dans la musique figure parmi les dossiers communs de Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, et Marlène Schiappa, la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes.

« J'espère bien qu'il va en sortir quelque chose », exhorte-t-elle. Notamment dans l'enseignement, fondamental : des jurys paritaires, bien plus de professeures et de directrices, « une vraie parité » dans tous les conservatoires... de nombreuses mesures devront être prises. Mais elle en est convaincue : « Pour amorcer les mouvements, il faut faire de la discrimination positive. Même si elle peut paraître injuste, elle permet de réparer des injustices. »

Lire aussi :

> Les femmes toujours sous-représentées dans la culture (22/10/16)

> Les ensembles vocaux et instrumentaux rayonnent à l'export

> DOSSIER - Retrouvez les épisodes de la série « Femmes de culture, femmes de combat »

@Marianne_Bliman

 

Légende photo Tout au long de sa carrière, Claire Gibault, fondatrice et cheffe du Paris Mozart Orchestra, a été confrontée à des discriminations de genre. Elodie Grégoire/PMO 

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Des réfugiés jouent pour les réfugiés, au gré des marées

Des réfugiés jouent pour les réfugiés, au gré des marées | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Patrick Labesse (Saint-Vaast-La-Hougue (Manche), envoyé spécial) dans LE MONDE | 16.08.2018 

 

Le festival des Traversées Tatihou accueillait des musiciens qui ont fui leur pays et trouvé refuge en Belgique.

« Deux concerts dédiés aux migrants aux portes de l’Europe » : Laurence Loyer-Camebourg, directrice du festival des Traversées Tatihou, met en perspective l’actualité avec les musiciens qui vont se succéder, mardi 14 août, sous le chapiteau où attendent 900 spectateurs aux pieds humides. Ils viennent de franchir, à marée basse, la distance séparant l’île Tatihou du port de Saint-Vaast-La-Hougue (Manche).

Lire la critique d’un autre concert aux Traversées Tatihou :  Nouvelle flambée de maloya avec Danyèl Waro


Domo Emigrantes commence. Basé à Milan, le quintette s’est formé en 2009 avec des musiciens originaires du sud de l’Italie. Ils insistent sur la nécessité de transmettre aux jeunes générations la richesse vocale et instrumentale de la Calabre, du Salento et de la Sicile. Un socle traditionnel qu’ils relient à d’autres influences musicales de la Méditerranée, espace d’échange et de partage. La Méditerranée, c’est aussi une tragédie récurrente, évoquée dans leur troisième album, Aquai. Mari Nostru conte ainsi l’histoire d’un pêcheur qui trouve dans son filet le ­cadavre d’un noyé.

Domo Emigrantes commence. Basé à Milan, le quintette s’est formé en 2009 avec des musiciens originaires du sud de l’Italie. Ils insistent sur la nécessité de transmettre aux jeunes générations la richesse vocale et instrumentale de la Calabre, du Salento et de la Sicile. Un socle traditionnel qu’ils relient à d’autres influences musicales de la Méditerranée, espace d’échange et de partage. La Méditerranée, c’est aussi une tragédie récurrente, évoquée dans leur troisième album, AquaiMari Nostru conte ainsi l’histoire d’un pêcheur qui trouve dans son filet le ­cadavre d’un noyé

« Une envie de partage »

Après un rapide changement de plateau – tout le monde doit repartir avant la marée haute –, Refugees for Refugees s’installe : six musiciens et chanteurs originaires du Pakistan, de Syrie, d’Irak, du Tibet et deux Belges. Créé en 2016, à l’initiative de Muziekpublique, une association sans but lucratif de Bruxelles souhaitant « défendre et promouvoir les musiques du monde », Refugees for Refugees est au départ un album, Amerli, auquel ont participé une vingtaine de musiciens et chanteurs qui ont choisi la Belgique comme terre d’accueil. Une partie des bénéfices des ventes est reversée à des associations travaillant en direction des

 

Vidéo d'un extrait du concert

https://youtu.be/AdPxPtDJPxw.

 
« Ce projet est né comme une réaction à ce qui se passait en Belgique par rapport aux réfugiés et aux frontières qui se refermaient de plus en plus,explique Lynn Dewitte, une des responsables de l’association. On voulait marquer le coup symboliquement avec cet album, témoignage de la richesse de toutes les personnes qui arrivaient en tant que musiciens. »

« Nous portons tous en nous des histoires fortes et douloureuses, certes, mais également une envie de partage. Nous apprenons beaucoup les uns des autres en jouant ensemble », commente le Pakistanais Asad Qizilbash, 55 ans, joueur de sarod, un des grands luths de la musique hindoustanie (Inde du Nord). Réfugié en Belgique depuis 2011, il « garde l’espoir de rentrer »« La musique s’arrête pendant la guerre. Il n’y avait plus d’avenir pour moi en Syrie », ajoute Tammam Al-Ramadan, jeune joueur de flûte ney arrivé en 2014.

 

 

Lire le reportage aux Traversées Tatihou en août 2015 :   La musique traditionnelle par coefficient 103

 

Domo Emigrantes, le 24 août aux Fêtes de la vigne, à Dijon.www.domoemigrantes.com

Amerli, de Refugees for Refugees,   1 CD Muziekpublique/Socadisc. fr-fr.facebook.com/refugeesforrefugees

 
 
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La Bellevilloise, de la faucille aux bobos - Libération

La Bellevilloise, de la faucille aux bobos - Libération | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mathilde Larrère, historienne, dans Libération— 15 août 2018 

En 1877, alors que le Paris populaire se relève difficilement de la Commune, des ouvriers créent une coopérative et se lancent dans l’œuvre sociale et culturelle. Proche du Parti communiste dans les années 20, la Bellevilloise est désormais un café branché.


La Bellevilloise, de la faucille aux bobos
La girafe tourne son long cou vers une licorne qui regarde, impassible, un économiste atterré expliquer les conséquences de l’évasion fiscale. Certains auront pu reconnaître le «SAS» de la Bellevilloise, ses murs flanqués d’étonnants massacres d’animaux exotiques ou fantastiques. Dans cet immeuble Art déco, planté rue Boyer, au sommet de la rue de Ménilmontant, les concerts et les expos succèdent aux événements militants, comme, cette année, les 20 ans d’Attac ou le bicentenaire de Marx organisé par l’Humanité. Quelques-uns notent, en façade, le bas-relief d’une faucille et d’un marteau. Mais combien savent que dans le «Loft», vaste salle de conférences à l’étage, Jaurès tint quelques meetings avant qu’un cinéma populaire, l’Etoile, ne s’installe dans ce qui s’appelait alors la salle «Lénine» ? Car si associations ou organisations de gauche aiment à organiser fêtes ou lancements de campagne dans l’immeuble de la rue Boyer, ce n’est pas que pour la déco, mais aussi pour le lieu de mémoire. En effet, ce n’était pas rien «la Belle», au tournant des XIXe et XXe siècles !

Le mode coopératif a le vent en poupe
En 1877, alors que le Paris ouvrier se relève difficilement de la Commune, 20 ouvriers décident de s’associer en coopérative de consommation. L’idée est de créer ce qu’on appellerait plutôt de nos jours une «épicerie solidaire», proposant à bas prix des produits de première nécessité dans un des quartiers les plus populaires de Paris. Les bénéfices qui ne sont pas investis sont partagés entre les sociétaires. Ce mode coopératif, ici pour la consommation, mais ailleurs pour la production, a alors le vent en poupe dans un mouvement ouvrier qui «souffle lui-même sa propre forge» contre un modèle capitaliste qu’il dénonce et concurrence. Il ne s’agit donc pas seulement de nourrir la classe ouvrière, mais aussi de porter un projet émancipateur. Des coopératives, il y en a bien d’autres à Paris ou en France, aux noms évocateurs : l’Egalitaire, dans le Xe arrondissement, la Libératrice, dans le XVIIIe, l’Emancipation, à Choisy-le-Roi, le Progrès social, à Sceaux ou la Revanche prolétarienne, à Douvrin, dans le Pas-de-Calais. Dans le XXe arrondissement, ce sera la Bellevilloise : nettement moins engagé comme nom, mais qu’importe.

La première semaine, l’épicerie ouvre deux soirs au 10, de la rue Henri-Chevreau, tenue bénévolement par les ouvriers après leur journée de travail, qui écoulent facilement le premier stock d’huile, vin, haricots, lentilles, macaronis et vermicelles. Quelques semaines plus tard, ils peuvent diversifier l’offre, ouvrir un livre de comptes, déposer des statuts. Des sociétaires les rejoignent, aident à la vente. En quelques années, les bénéfices ont permis de s’étendre, d’ouvrir une boulangerie, une meulerie, une charcuterie, un magasin de nouveautés. On trouve de tout à la Bellevilloise, nourritures liquides et solides, parapluies, matériel de jardinage, articles ménagers. Les sociétaires sont passés de 20 à plusieurs milliers. Et surtout, à la différence des autres coopératives, la «Belle» se lance dans l’œuvre sociale et culturelle.

La «maison du peuple» et l’émancipation
Dans les années 10, en plus d’une dizaine de magasins (qui désormais salarient du personnel), la Bellevilloise compte une chorale (la Muse Bellevilloise), un patronage pour les enfants des sociétaires, une bibliothèque riche de plus de 5 000 titres, une université populaire (la Semaille) où enseignait entre autres l’anthropologue Marcel Mauss. On peut aussi y suivre des cours de théâtre, de musique, d’espéranto. Une caisse de solidarité est créée pour fournir des secours aux accidentés du travail, ou aux veuves et aux orphelins. En 1906, pic du nombre de grèves du début du siècle, 10 000 kilos de pain et 2 000 litres de lait sont distribués aux grévistes. L’association se préoccupe aussi de la santé des travailleurs, ouvre une pharmacie, offre des consultations médicales gratuites dans son dispensaire. En 1909, la Bellevilloise peut faire construire une vaste Maison du peuple, aux numéros 19-21 de la rue Boyer, soit la Bellevilloise que nous connaissons actuellement. Le mot «Emancipation» est gravé en façade, sur le devant de la marquise.

Les soirs de victoire électorale socialiste, la fête bat son plein dans le café de la Maison du peuple. Le 26 avril 1914, ses locaux accueillent l’une des urnes du référendum organisé par la Ligue pour le droit des femmes : «Pensez-vous que les femmes doivent pouvoir voter ?». Le oui l’emporte.


Dans les années 20, la Bellevilloise gravite dans l’orbite du Parti communiste, qui fait tomber la marquise de la façade et son «Emancipation» pour y graver la faucille et le marteau qui subsistent. C’est le bon résultat de Thorez au premier tour des législatives de 1930 que l’on fête rue Boyer, occasionnant une intervention «musclée» - entendez donc violente - de la police. Car dans les années 30, le préfet de police, Chiappe, proche de l’extrême droite, a les coopératives ouvrières, désormais souvent communistes, dans le collimateur. La guerre administrative qu’il leur mène, ajoutée à une gestion maladroite et fragilisée par des luttes intestines entre les administrateurs, précipite la Bellevilloise vers la chute. La faillite de sa banque, la Banque ouvrière et paysanne, au printemps 1936 donne le coup de grâce. Née après la Commune, la «Belle» meurt à l’aube du Front populaire, passerelle tristement interrompue entre ces deux grands moments du mouvement ouvrier, page tournée d’un mouvement associatif qui plongeait ses racines dans le socialisme quarante-huitard et l’héritage de Proudhon.

Un Brunch dans ces murs chargés de mémoire
Un temps perdue pour la gauche (on rassembla dans les locaux de la Bellevilloise les Juifs raflés les 16 et 17 juillet 1942 avant de les envoyer au Vél d’Hiv, puis en déportation), vendue en 1950 à une caisse de retraite, la Maison du peuple de la Bellevilloise est rachetée en 2000 et transformée en lieu de culture branché. Reste que le prix du brunch signe plus la gentrification du quartier que le réveil de l’émancipation populaire, n’en déplaise aux organisations de gauche qui peuvent s’offrir ces murs chargés de mémoire pour leurs manifestations. C’est finalement plus au Lieu-Dit, un café sis un peu plus bas sur la butte de Ménilmontant, rue Sorbier, où Hossein ouvre gracieusement ses salles aux Caféministes des Effronté·e·s, aux Causeries des Lilas sur l’antiracisme politique, au Salon du livre politique indépendant, aux enregistrements de Là-bas, si j’y suis de Daniel Mermet, entre autres débats politico-militants où souvent l’on croise Frédéric Lordon, Eric Hazan ou Laurence De Cock, que se perpétue l’esprit émancipateur et d’éducation populaire de la «Belle».

La Bellevilloise (1877-1939), ouvrage collectif sous la direction de Jean-Jacques Meusy, Créphis, 2001.

Mathilde Larrère est spécialiste des mouvements révolutionnaires et du maintien de l’ordre en France au XIXe siècle. Chroniqueuse sur les sites Arrêt sur images et Mediapart avec Laurence De Cock pour une chronique intitulée «les Détricoteuses». Dernier ouvrage paru : Des intrus en politique. Femmes et minorités : dominations et résistances, avec Aude Lorriaux, aux éditions du Détour, 2018.

Mathilde Larrère historienne

 

Photo 
Le café de la Bellevilloise, vers 1905. Photo Coll. Im. Kharbine-Tapabor 

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Arlequin en carnaval, éléments d'une histoire du personnage

Arlequin en carnaval, éléments d'une histoire du personnage | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Marie Lamblard sur son site "Pages d'almanach", janvier 2001

 

 

Arlequin en carnaval

 

De nos jours, en France, Arlequin n’est plus qu’un déguisement enfantin dépourvu de toute épaisseur humaine.
Quant à la commedia dell’arte qui a donné au personnage son aspect actuel, elle reste plus fameuse que connue, et demeure chez nous un genre théâtral mineur où des comédiens insuffisants gesticulent sous des masques convenus en vociférant leurs répliques.
Il n’en est peut-être pas de même en Italie où la commedia dell’arte prit naissance. Le style des comédiens transalpins apparaît naturellement plus proche des qualités corporelles et vocales exigées par le jeu des bateleurs.


"Les cours princières les invitent, les rois rient à leurs lazzi..."

Issue d’un courant populaire étroitement lié aux rituels de Carnaval, et porté par le grand mouvement humaniste de la Renaissance, ce qui deviendra la <<comédie des professionnels>> (c’est ainsi qu’il faut l’entendre), apparut vers 1545 dans quelques villes italiennes pour le divertissement des puissants.

Au XVIe siècle la profession de comédien se développait dans toute l’Europe, Angleterre, Espagne, Italie, France principalement. La Renaissance, c’est aussi le moment où la notion d’artiste se distingue des autres corps de métier. Où le peintre et le sculpteur échappent au lot commun des artisans ; où le jongleur, le pitre de foire, le chanteur ambulant recherchent leur droit de cité.
Des saltimbanques, dont on ignore l’origine sociale et la formation,

 

mais qui devaient porter le génie de l’improvisation venu de leur lignée d’amuseurs populaire, et un grand talent parodique, se regroupent et fondent une compagnie à Padoue. D’autres les imitent. Une profession s’affirme, un métier s’affiche au centre des villes où s’exerce le pouvoir, et ces troupes proposent leurs spectacles à ceux qui peuvent payer le cachet.

En quelques décennies, plusieurs compagnies d’amuseurs se font connaître et acquièrent grande réputation. Les cours princières les invitent, les rois rient à leurs lazzi. Le personnage principal, qui se trouve au centre des farces, porte le masque du Zanni.

 

Le Zanni bergamesque

 

De même que nous avons un Marius national, ou un Olive des blagues marseillaises, Zanni est le nom familier d’un type populaire de l’Italie du Nord. C’est le diminutif de Giovanni. Presque toujours d’origine bergamasque, Zanni est un montagnard misérable réduit à l’émigration vers la ville proche, vers Venise, Padoue, ou Gênes. Au chef-lieu, où l’on parle le beau langage, le vilain deviendra homme de peine, faquin, valet, serviteur s’il a de la chance ; petit voleur si le mauvais sort s’en mêle.

 

 

"C'est le montagnard, le gavot, le plouc qui jargouine..."

 

Zanni, c’est le montagnard, le gavot, le plouc qui jargouine. En France, le folklore nous l’a conservé sous le nom de Jan, c’est le même. Et ce Jan (ou Jean) n’est autre que le nigaud des contes populaires, ou l’ancien " fou " du Carnaval moyenâgeux. Jan, c’est aussi le nom de l’Homme Sauvage de la tradition orale ou du Fils de l’Ours (tout le monde a entendu parler de Jan de l’Ours ?)

Le personnage du serviteur balourd et rusé se trouve déjà dans les Atellanes romaines sous le nom de Sannio, l’histrion grimacier. La commedia dell’arte ne fera qu’actualiser en l’adaptant au profil du garçon issu du peuple des campagnes chargé des basses besognes et parlant un jargon pittoresque.
À chaque époque probablement, et dans chaque région, le bouffon de Carnaval devait porter l’identité des parias.
Élaborés par l’esprit populaire à partir d’un fond archaïque, les Jans carnavalesques prendront les caractères propres aux terroirs concernés, et seront identifiés aux communautés subalternes.
Lorsque les comédiens napolitains entreront dans le jeu, ils donneront à leur Zanni les traits caractéristiques des Campaniens, et Pulcinella baragouinera l’idiome local d’une voix gloussante, en tenant son ventre enceint d’un plus que probable dernier soupir alvin.

Antihéros type, par un renversement burlesque, ce personnage incarnait l’entremetteur, l’intermédiaire indispensable à l’intrigue.
L’extraordinaire succès des troupes de commedia dell’arte en Italie, où le masque du Zanni tenait le rôle principal, va enrichir ce personnage et le démultiplier. Du Zanni bergamasque primitif, naîtront les Arlequin, Pierrot, Brighella, Pulcinella, chacun incarnant un aspect particulier du protagoniste initial.

Du Zanni à l'arlequin

 

Les troupes italiennes voyageront beaucoup. Henri III les accueillera. Louis XIV et sa Cour s’enticheront des comédiens dell’arte. Et ce sera l’un d’eux, Alberto Naselli, spécialiste du masque de Zanni, qui prendra sur scène le nom d’Arlequino.

Arlequin est un autre nom populaire venu de la tradition orale. Le Moyen Age connaissait la légende d’un diable-bouffon menant un train d’enfer les nuits de grand vent, la " Mesnie Hellequin " et son équipage de chiens hurleurs escortant les âmes mortes ou en transit.

 

"les Zanni donneront leur personnalité aux valets de Molière, Lesage, Regnard, Marivaux...."

 

Hellequin ou Arlequin, tous les enfants avaient peur de ce diable et de son cortège de paillasses mâchurés. Au siècle des Lumières, le moment d’en rire étant venu, le théâtre offrait opportunément un Arlequin de parodie.
Dès lors, on ne pourra plus écrire sur les bouffons carnavalesques sans les nommer " Arlequin ". Le costume et les attributs de l’acteur italien, et sa gestuelle, seront fixés par l’académisme des spectacles de Cour. La commedia dell’arte influencera le théâtre français, et les Zanni donneront leur personnalité aux valets de Molière, Lesage, Regnard, Marivaux.

Périodiquement, des troupes françaises et des auteurs tenteront de renouveler la commedia dell’arte et d’adapter Arlequin à leur temps.
À titre d’exemple, pour l’époque contemporaine, les réussites les plus certaines peuvent se reconnaître dans les représentations de " L’Age d’or " du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine, où Philippe Caubère campait un Zanni immigré inoubliable.


Christian Schiaretti, au Centre dramatique de Reims, par des voies différentes, réussit à inventer avec sa troupe un personnage dans la grande lignée des Bergamasques, et autre Scapin, pour lequel Alain Badiou écrivit plusieurs pièces qui racontaient les aventures de ce nouveau loustic populaire : Ahmed le Subtil ; Ahmed philosophe…

 

 Arlequin du chanvre

 

Nous avons insisté sur la part carnavalesque dans l’origine du personnage d’Arlequin. L’influence du théâtre littéraire lui fera perdre quelques truculences et gaillardises. Le meneur de jeu à la figure noircie, au costume rapiécé, scatologique et péteur, le Zanni toujours affamé deviendra une sorte de lutin acrobatique. Les spectateurs avec le temps perdront le souvenir de sa vraie nature et de l’origine de ses accessoires.

On a beaucoup glosé sur l’improvisation de l’acteur dans la commedia dell’arte. Ce qui paraît vraisemblable, c’est que les Italiens variaient leur répertoire en fonction d’un "canevas ", et ce mot nous renvoie directement au Pétassou de Trèves que nous avons présenté comme un Arlequin archaïque, un démon du chanvre !

 

"Le " batoccio " qu’utilise Arlequin comme arme de défense, ou telle une louche, ou bien pour singer une virilité qui l’obsède, vient d’un outil appelé échanvroir....."

 

" Canevas " vient de " toile de chanvre ", et cette plante textile (et son jumeau damné le cannabis) tenait un rôle très particulier dans les rites de Carnaval.


Dans la description du Pétassou de Trèves, vous avez reconnu les traits d’un Arlequin primitif. Au début du XXe siècle, les vestiges du cycle de Carnaval qui survivaient encore dans les faubourgs et les campagnes en recelaient d’autres, avant que l’influence de la culture savante, du bon goût, ne les transforment. Par un mouvement bien connu de va-et-vient, d’emprunts et d’imitations, le Carnaval influença les formes théâtrales de la Renaissance, avant qu’il ne récupère lui-même les archétypes de la scène et de la mode, jusqu’à perdre tout souvenir de son berceau populaire.
Ce n’est donc pas à l’Arlequin vêtu de satin multicolore, aux losanges soigneusement ourlés de galons dorés, qui pirouette à la Comédie Française, que nous pourrions demander les origines de son ancêtre péquenot.


C’est bien avec pertinence qu’est apparu au début de ces pages le Pétassou de la Saint Blaise, miraculeusement conservé au fin fond des Cévennes, loin des ors de la scène, des lumières de la rampe, et des confettis du corso publicitaire. Sa houppelande de " pétas ", à la fois toison de l’homme sauvage et vêtement rapiécé, sa vessie de porc sur les reins, pour rappeler qu’il porte les souffles du printemps qui vont redonner vie aux âmes des morts et des animaux dans ses pétarades, et son masque infernal, sont ses lettres de noblesse populaires.

J’ai raconté ailleurs comment dans ma famille nous avions conservé quelques souvenirs du travail du chanvre qu’un grand-père avait pratiqué dans sa jeunesse, et rappelé quelques noms provençaux dont la Canebière, à Marseille, conserve la mémoire. Je ne résumerai ici que l’origine de la batte d’Arlequin.


Le " batoccio " qu’utilise Arlequin comme arme de défense, ou telle une louche, ou bien pour singer une virilité qui l’obsède, vient d’un outil appelé échanvroir. C’est un grand coutelas en bois dur qui sert à espader les tiges du chanvre et décruer la filasse. En Provence, cet échanvroir s’appelait " coustoulo ".


La poussière du chanvre rougit la peau. Travail pénible et malsain, réservé aux travailleurs saisonniers qui s’habillaient d’oripeaux pour l’occasion, on devine que cette arme de Carnaval, brandie pour faire rire, était placée entre les mains du moins prestigieux des héros, selon le schéma du monde à l’envers. L’espade de bois parodie la massue de l’Homme Sauvage, ou la canne de fer de Jan-de-l’Ours !
Mais ceci est une autre histoire… La mienne est terminée et je l’ai dite pour une assemblée de seigneurs !
Le coq a chanté,
Cric, crac, mon conte est achevé !

Jean-Marie Lamblard, sur son site "Pages d'almanach", Vendredi 12 janvier 2001

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«Quand on est sur scène, je ne sens pas que nous sommes réfugiés»

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Par Charline Lecarpentier Envoyée spéciale sur l'île Tatihou (Manche) pour Libération - 21 août 2018


La 24e édition des Traversées Tatihou, qui s’est tenue jusqu’à mercredi dans une petite île de la Manche, était dédiée à l’exil. Deux formations composées de musiciens migrants se sont produites : Domo Emigrantes et Refugees for Refugees. Rencontres.

Spectacle médusant : une marée humaine traversant les parcs à huîtres du Cotentin, pieds nus ou en sandales sur le sable rocailleux trempé par la marée descendante, pour rejoindre l’île Tatihou, depuis le port de Saint-Vaast-la-Hougue, en cette veille de 15 août. Les ensembles Domos Emigrantes et Refugees for Refugees n’ont que quelques heures pour donner leur concert sous chapiteau pour cette 24e édition des Traversées Tatihou dédiée à l’exil, avant que la mer ne vienne recouvrir le chemin. L’île de Tatihou a ouvert au public en 1992 pour le sensibiliser au patrimoine du littoral. Avec son aura d’insularité, l’étonnant jardin normand avait longtemps accueilli des marins en quarantaine, servi d’aérium pour enfants puis de centre de rééducation pour les adolescents. Dans ce lieu sanctuarisé, dont le nom découle de celui du Viking Tati, la fréquentation est habituellement limitée à 500 personnes par jour. L’île de 28 hectares à marée haute devient presqu’île à marée basse, et laisse habituellement railler seulement les goélands argentés.
Bouche à oreille

Le groupe Refugees for Refugees fait retentir une autre musique dès qu’il investit l’île matinalement avec ses instruments dans un petit camion amphibie. Le musicien tibétain Kelsang Hula s’est permis d’ironiser sur ce bus rempli de réfugiés qui lui rappelle son propre exil. «S’il y a bien une personne qui peut se permettre cette blague, c’est lui», dit Lynn Dewitte, de l’association belge Muziekpublique, qui organise en Europe de nombreux concerts pour la formation et qui construit des aqueducs entre différentes traditions musicales récoltées le long de la route de la soie.

En réponse à la vague migrante, qui déplace aussi les artistes, des initiatives en faveur des musiciens réfugiés, qu’ils soient amateurs ou professionnels, ont bourgeonné en Europe : l’orchestre Orpheus XXI à Calais, l’Orchestre de Chambre de Paris avec la création théâtrale et musicale Histoire des quatre coins du monde, Soudan Célestins Music et autres. L’association Muziekpublique, spécialiste des musiques traditionnelles et du monde, a lancé l’invitation auprès de migrants, par mail et par bouche à oreille, pour enregistrer un album dont une partie des bénéfices est reversée à des associations impliquées artistiquement auprès des réfugiés.

Un groupe de dix musiciens professionnels issus de ces enregistrements s’est constitué pour répondre à une demande de concerts sous le nom de Refugees for Refugees. Après un premier album, Amerli, paru en 2016, un second est prévu pour février avec une part de compositions originales.

Sur scène, Tammam Ramadan. Originaire d’Alep en Syrie, il est arrivé il y a cinq ans en Belgique avec son ney, une flûte arabe. «J’ai eu la grande chance de ne pas venir en bateau, j’ai profité de donner un concert en Espagne pour rester, raconte-t-il. Quand on est en exil, il y a d’autres choses que la musique qui deviennent prioritaires. Les débuts ont été difficiles, je me suis senti vraiment loin de tout ce que j’ai connu dans ma vie.» Après avoir appris le français en Belgique et avoir intégré un centre d’accueil où il dit avoir très peu pratiqué la musique, Tammam Ramadan a repris sa pratique grâce à Refugees for Refugees. «Ce sont des réfugiés professionnels qui soutiennent des réfugiés normaux. J’aime ce nom car il a été la première porte qui s’est ouverte pour moi. Depuis, dès que je suis sur scène j’oublie tout, le concert brise toutes les frontières entre nous mais aussi avec le public».

Sous le chapiteau monté pour le festival, qui s’est déroulé du 6 au 15 août, la directrice de la manifestation, Laurence Loyer-Camebourg, dédie la soirée «aux migrants aux portes de l’Europe». Ce soir-là, l’Aquarius erre encore avant d’être autorisé à accoster à Malte. La formation italienne Domo Emigrantes assure l’ouverture avec, en son sein, le Kurde de Syrie Ashti Abdo. Si l’on s’autorise à utiliser le mot «fusion», ce groupe qui tient comme un bloc en alternant musique kurde et chants populaires du sud de l’Italie est si émouvant qu’on en oublie par moments l’excès sirupeux. Lorsqu’on le croise dans le jardin, dont la végétation des Canaries et d’Afrique du Nord est protégée des embruns, Ashti Abdo raconte : «Au début, j’ai eu du mal à trouver ma petite place dans la musique mais j’ai insisté, raconte-t-il, lui qui est arrivé il y a douze ans en Italie. Cette expérience m’a ouvert les portes de la musique occidentale, j’ai aussi pu apprendre différents instruments, ce qui se fait peu en Orient.»

 

Nouvelle entente

Le couple Guliani, de Caen, dansant assis dans les gradins, est conquis. «Nous sommes aussi arrivés en France il y a plusieurs dizaines d’années, nous venions d’Italie, nous avons eu la chance de profiter de l’ascenseur de la France. Ce concert, c’est un humanisme universel, c’est très symbolique.» Le groupe Refugees for Refugees entre à son tour sur scène, trouve à tâtons une nouvelle entente entre les huit musiciens aux personnalités et parcours multiples. Ils sont privés pour la première fois de deux membres clés, la chanteuse tibétaine Aren Dolma et le chanteur afghan Mohammad Aman Yusufi.

«C’est par le biais de l’improvisation qu’on peut rencontrer l’autre», rappelle le joueur de oud belge Tristan Driessens, en charge de la cohésion artistique. Sur scène, chants syriens et tibétains s’enlacent et les solos alternent plus qu’ils ne s’encastrent. L’écoute est totale et les bouches bées. «Chacun dans son registre tente de communiquer sa musique et de transmettre son identité. La composition orientale en général est très compliquée, donc quelqu’un qui vient de l’Occident ne peut pas forcément la jouer facilement. On a par exemple initié le percussionniste belge qui joue avec nous», explique Souhad Najem.

D’origine irakienne, il joue depuis trente-deux ans du qanûn, une cithare trapézoïdale arabe dont il enseignait l’art dans un conservatoire en Tunisie avant d’être chassé par les salafistes. Il a alors dû revenir en Irak, avant de devoir à nouveau quitter le pays. «En Belgique, j’ai trouvé une autre patrie, je me suis senti accueilli, ma famille et moi-même avons obtenu la nationalité belge. Je peux y vivre ma musique comme je l’entends», se réjouit-il.
«Précarité»

Le Pakistanais Asad Qizilbash se dit le dernier joueur de sarod du Pakistan et pratique des solos sur scène à visée quasi pédagogiques : «J’aimerais l’enseigner un jour ici à d’autres, mais pour le moment je suis surtout préoccupé par la précarité de ma situation», regrette-t-il. Quand on est sur scène je ne sens pas que nous sommes réfugiés. J’ai appris beaucoup de nouveaux styles musicaux, pourtant je suis un musicien classique très traditionnel. Aujourd’hui, ce dont j’ai peur, c’est de ne jamais pouvoir rentrer, car j’ai du travail à accomplir au Pakistan et un public là-bas».

Le chanteur syrien Fakher Madallal, dont les danses solitaires émeuvent tant elles semblent délocalisées, se réjouit de «mêler la musique tibétaine avec la musique soufie, c’est unique et inédit». Fin 2014 il avait quitté la Syrie avec ses quatre filles. «Quand je chante J’écris ton nom Alep, j’ai les larmes aux yeux mais je vois les gens heureux, car le rythme reflète la joie, c’est un sentiment très particulier. Cette formation peut changer l’image du réfugié qui va venir prendre le travail des autres alors que tout ce qu’il veut est une vie normale. J’ai voulu chanter cette musique traditionnelle pour montrer que le peuple syrien aime la vie, a envie d’aller vers l’autre.»

Sur Tatihou, un laboratoire de biologie marine est devenu une référence dans la culture d’algues bioluminescentes : on y trouve par exemple le plancton Pyrocystis qui s’illumine quand il est agité la nuit. Gageons que la musique entendue ce soir-là puisse aussi avoir cet effet phare.

 


Charline Lecarpentier Envoyée spéciale sur l'île Tatihou (Manche)*

 

Légende photo : Les spectateurs rejoignent l’île Tatihou, accessible à marée basse. Photo Adeline Keil 

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Disparition de Richard Demarcy

Disparition de Richard Demarcy | Revue de presse théâtre | Scoop.it

20 août 2018

Nous apprenons le décès de Richard Demarcy, auteur dramatique, metteur en scène, enseignant.

 

Biographie

 

L'auteur, professeur et metteur en scène français Richard Demarcy est né en 1942 dans la commune de Bosc-Renoult-en-Roumois, en Haute-Normandie. Il brille par ses études en sociologie qu'il achève en obtenant un doctorat dont la thèse est intitulée Eléments d'une sociologie du spectacle en 1973.En parallèle à sa formation universitaire, Richard Demarcy développe rapidement une passion pour l'art de la scène. Il intègre à partir de 1964 le Théâtre de la Commune (Centre Dramatique National) d'Aubervilliers, dans la banlieue Nord de Paris, dont il est le secrétaire général jusqu'en 1972.Dès l'âge de trente ans, Richard Demarcy enseigne à la Sorbonne, à l'Institut d'Etudes Théâtrales de l'université de Paris III Censier. C'est également à cette époque qu'il fonde une troupe théâtrale, qu'il baptise Naïf Théâtre. Celle-ci sera à l'origine d'un grand nombre de ses pièces consacrant un théâtre merveilleux , accessible à un large public, quelles qu’en soient les tranches d'âges.Les premières productions de Richard Demarcy ne tardent pas à voir le jour, et en 1973 il présente Le Secret, l'histoire d'un monarque qui confie son secret à l'un de ses plus modestes sujets. La pièce, intégrée au programme du Festival de Nancy, plaît énormément au public lorrain venu assister aux représentations.Deux années plus tard, Richard Demarcy signe Barrucas, une fable ayant pour cadre la révolution portugaise qui a mis fin à la dictature militaire de Caetano au début des années soixante-dix. L'auteur publie également L'Histoire des quatre soldats, toujours en 1975, dans laquelle il revient encore une fois sur le thème de la Révolution des Œillets qui a secoué Lisbonne.La culture lusitanienne constitue en effet une véritable référence pour Richard Demarcy qui l’avait découverte en grande partie grâce au poète portugais Fernando Antonio Nogueira Pessoa (1888-1935), et dont il a traduit certains textes. En outre, il a épousé une vedette du théâtre portugais des années cinquante et soixante, Teresa Mota. L'auteur lisboète n'est pas le seul à susciter l'intérêt de Richard Demarcy puisque celui-ci s'attelle à adapter plusieurs écrits de Lewis Carroll (Disparitions en 1979), du metteur en scène bavarois Werner Herzog (Parcoursen 1981), de l'auteur centrafricain Vincent Mambachaka (Songo, la rencontre ; 1993), de l'écrivain britannique Rudyard Kipling (L'Enfant d'éléphant, 1990) ou encore d’ Alfred Jarry (Ubu Toujours, 1994).Après avoir écrit des poèmes, des pièces et des contes pour les plus jeunes, Richard Demarcy publie un roman qu'il intitule Angela, la guérillère soprano en 1990 aux éditions Julliard. La sortie du roman est suivie de la présentation des pièces de théâtre La Nuit du pèreLes Mimosas d'Algérie en 1991 et Les Cheveux du Soleil l'année suivante, cette dernière s'inspirant de la culture russe.Richard Demarcy signe en 1994 un spectacle qui illustre toute l'étendue de son imagination et son goût pour le genre fantastique. Les Voyageurs et les ombres – Oedipe, Antigone sur le chemin  projette les personnages de la tragédie grecque, Antigone et Tirésias, à l'époque actuelle.Nombreuses productions de Richard Demarcy ont vu le jour à Beaubourg, au Festival d'Automne à Paris, au Festival d'Avignon et surtout à la Cartoucherie de Vincennes. Le dramaturge est aujourd’hui à la tête d'une œuvre remarquable et variée, composée d'un livret d'opéras, d'ouvrages pour enfants, d'une vingtaine de pièces de théâtre, de poèmes et d'adaptations de textes issus de cultures très diverses. Il est chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres. Mais on reconnaît à Richard Demarcy un autre grand mérite : celui d’avoir su inspirer de nombreux jeunes passionnés de la scène, parmi lesquels son propre fils, Emmanuel Demarcy-Motadevenu à son tour une figure importante du métier.

 

Source : site du magazine Première

 

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Extrait d'un article d' Armelle Héliot sur son blog Le Grand Théâtre du monde, octobre 2012

 

 

Richard Demarcy, l'art merveilleux de s'adresser à tous

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Richard Demarcy est un artiste à part. D'abord parce qu'il n'a jamais renoncé à ses idéaux de jeunesse. S'il fallait le circonscrire d'un mot, on dirait qu'il est poète.

Mais cette poésie est active et même activiste. Ecrivain, voyageur, sensible au monde et va son chemin sur les routes de France et du monde avec un  théâtre fraternel, coloré, puissant et divertissant.

Il a des territoires de prédilection : l'Afrique noire, l'Afrique du Nord. L'an dernier il a fait une très longue tournée en Algérie et il devrait, dans les mois qui viennent, retourner là bas et en particulier à Béjaia.

 

Avec La Farce de Maître Pathelin, cet érudit (qui enseigne en fac) s'amuse avec intelligence et sensibilité.

 

Et son art, c'est le partage. Il a ce don qui n'est pas donné à tout le monde :  il sait communiquer ses enthousiasmes, à sa troupe à ses spectateurs. Et surtout, et en cela il est très rare, il peut s'adresser, avec un même spectacle, autant aux plus jeunes qu'aux plus âgés,  autant aux plus naïfs (sa compagnie se nomme Le Naïf Théâtre), aux moins éduqués, qu'aux savants et à ceux qui ont du théâtre une très haute idée.  [•••]

 

 

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Aurillac : le directeur du festival de théâtre de rue quitte ses fonctions

Aurillac : le directeur du festival de théâtre de rue quitte ses fonctions | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Arthur Carpentier pour  France 3 Publié le 20/08/2018 

 

 

Jean-Marie Songy, directeur artistique du festival international de théâtre de rue d'Aurillac, dans le Cantal, a annoncé sa décision de quitter ses fonctions après 24 ans de service.


Il l'a annoncé à deux jours du lancement de l'édition 2018 du festival international de théâtre de rue d'Aurillac. Jean-Marie Songy, directeur artistique de la manifestation plus que trentenaire, s'apprête à quitter son poste.

"Voilà 30 ans que je travaille pour ce projet associatif initié par Michel Crespin en 1986 et qu’il m’a transmis dès 1994 en m’en confiant la direction. Il me semble aujourd’hui que le moment est venu de passer la main", a-t-il déclaré au cours d'une conférence de presse, dans l'après-midi du 20 août.

24 ans que son nom était associé à cet événement qui fait la réputation du Cantal. 24 ans de saynètes, de mimes, d'acteurs dans les rues d'Aurillac. Jean-Marie Songy en est persuadé, le système fonctionne très bien, et continuera tout aussi bien avec un autre directeur. Lui se dit "appelé à de nouvelles responsabilités professionnelles dans la région Grand Est" et se sent "très fier d'avoir participé à cette utopie réalisée du Théâtre de Rue à Aurillac, auquel je souhaite une longue et belle route."

Pendant toute la semaine de festivités, France 3 sera présents dans les rues d'Aurillac, et vous fera notamment vivre la ferveur de l'événement en direct via des facebook live, au cours de la journée.

 

 

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Communiqué de Pierre Mathonnier, maire d'Aurillac :

 

Durant 25 ans, en tant que directeur artistique du Festival d’Aurillac, Jean-Marie Songy aura réussi à faire d’Aurillac un laboratoire exceptionnel du spectacle vivant. Édition après édition, il a su réinventer les arts de la rue à Aurillac. D’ici quelques mois, il quittera cette fonction. La priorité reste bien sur de poursuivre l'aventure de cet exceptionnel événement de création, de recherche et de diffusion artistiques qu’est le Festival... avec un nouveau directeur. Cependant, au moment de l’annonce de son départ, je tiens à le remercier chaleureusement pour avoir contribué à la renommée d’Aurillac et à la défense et la promotion des arts de la rue. À la suite de Michel Crespin, il a su faire perdurer cette improbable histoire d’amour entre des artistes et les acteurs d’un territoire rural. Merci également à Jean-Marie pour ses programmations successives et son audace. Merci à lui pour son humour, son impertinence mais aussi sa tendresse et sa poésie.

 

 

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Cergy : du théâtre au bord de l’eau, avec les Tréteaux de France

Cergy : du théâtre au bord de l’eau, avec les Tréteaux de France | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Cergy : du théâtre au bord de l’eau, , avec les Tréteaux de France
Par Thibault Chaffotte pour Le Parisien Val d'Oise 19 août 2018, 


Les Tréteaux de France proposent ateliers et spectacles à l’île de loisirs jusqu’à mardi.
La culture a pris ses quartiers à l’île de loisirs de Cergy-Pontoise. Des spectacles et des ateliers théâtre sont proposés gratuitement par les Tréteaux de France, centre d’art dramatique national, dans le cadre d’une opération de la région baptisée « L’Ile-de-France fête le théâtre ». Un immense chapiteau installé à côté de l’entrée principale accueille jusqu’à mardi deux pièces mises en scène par Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France : « La Guerre des salamandres », et « L’Enfance à l’œuvre ». « L’objectif des Tréteaux, c’est d’amener des grandes pièces partout », indique Samuel Bataille, l’un des organisateurs. Mais le public est invité à voir d’autres spectacles plus intimistes.

Près de l’allée qui mène à la plage, les passants sont nombreux à se laisser tenter par La Boîte. Le spectateur s’installe dans une cabine où il écoute un récit de 3 minutes lu par un comédien présent derrière une grille. « Le but c’est de créer un moment de poésie intime », explique Marianne Lewandowski, comédienne. « Ça rentre en soi, j’ai bien aimé. On ressent beaucoup de choses », indique Ikram. « Comme si on était dans un monde magnifique », complète l’un de ses enfants.

Un barnum dressé près du chapiteau accueille un atelier théâtre. La moitié du groupe est composée d’enfants. « C’est un atelier parent-enfant, indique Samuel Bataille. Ce qui est intéressant c’est de créer une autre relation entre eux par le jeu. » Le jeu en question consiste à joindre deux parties du corps indiquées par un participant. « Main gauche tibia », propose une maman. « Fesse-fesse », enchaîne un enfant. Tous les binômes se mettent alors postérieur contre postérieur dans un grand fou rire.

L’un des spectacles se tient sous un barnum installé sur un ponton donnant sur l’étang. Pas de scène, pas de loge, pas de rideau. Juste deux rangées de chaises pour les spectateurs et deux comédiens au milieu, qui s’adresse régulièrement à eux. « Là, on est vraiment dans du théâtre de proximité », souligne David Kenig, directeur administratif des Tréteaux de France. Cette pièce, « Ping pong (de la vocation) », oppose un frère et une sœur confrontés chacun leur tour au succès et à l’échec dans leur vie professionnelle. Les spectateurs sont invités à donner leur point de vue sur la vocation à l’issue du spectacle. « J’ai beaucoup apprécié confie une femme dans le public. On retrouve dans les personnages tous les problèmes d’aujourd’hui. » « Chaque petit bout de scène peut être vu de plein de manières », complète une autre.

Jusqu’au mardi 21 août, à l’île de loisirs. Accès libre. Renseignements et réservations au 01.55.89.12.59.

 

Légende photo :  Cergy, ce samedi. Dans « Ping pong », deux comédiens se font face en s’adressant régulièrement au public. LP/Thibault Chaffotte

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Le 19 août 1936 : assassinat du poète andalou Federico García Lorca par les franquistes

Le 19 août 1936 : assassinat du poète andalou Federico García Lorca par les franquistes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Un article de Pierre Clément publié le 19 août 2016 sur la page Facebook « Histoire Populaire » de Pascal Bavencove. Via Jean-Luc Ros

 

Le 19 août 1936: assassinat du poète andalou FedericoGarcía Lorca par les franquistes

 

"Dans ce monde, moi je suis et serais toujours du coté des pauvres. Je serai toujours du côté de ceux qui n'ont rien et à qui on refuse jusqu'à la tranquillité de ce rien." (Federico García Lorca)

 

 

 

La mort du poète espagnol Federico García Lorca le 19 août 1936, durant la guerre civile (1936-1939), a toujours été un objet de fantasmes et de controverses en Espagne. Jamais le régime franquiste n’a reconnu avoir assassiné l’auteur de Noces de sang et de La Maison de Bernarda Alba. Pressé de s’expliquer sur une affaire qui l’a embarrassé durant ses quarante ans à la tête de l’Espagne, le dictateur Francisco Franco (1936-1975) assurait que « l’écrivain mourut mêlé aux révoltés ». Et d’ajouter « ce sont les accidents naturels de la guerre ».

 

Ce déni n’a pas empêché les historiens de publier de nombreux essais sur les conditions probables, les raisons possibles et le lieu approximatif de la mort du poète. Mais malgré les recherches des historiens et archéologues, le corps est resté introuvable et le mystère jamais entièrement résolu.

 

C’est sans doute pour ces raisons que la publication, le 23 avril 2015 par le site d’information Eldiario.es et la radio Cadena SER, d’un rapport de police inédit, datant de 1965, a mis l’Espagne en ébullition. Ce document, élaboré après une requête de l’écrivaine française Marcelle Auclair – auteure du livre Enfances et mort de García Lorca (Seuil, 1968) – avait été maintenu secret par le régime franquiste. Trop sensible. Il vient confirmer les thèses des principaux historiens qui ont travaillé sur Lorca : son assassinat était bien un crime politique, et non un hasard de la guerre.

 

Traqué par les phalangistes

Deux pages à peine résument l’affaire. Il y est écrit que le poète était « socialiste », « franc-maçon » et « connu pour ses pratiques d’homosexualité [sic], une aberration qui devint connue de tous ». S’ensuit le récit de son arrestation et de son exécution : « surpris » par les phalangistes à Grenade, le poète « prit peur et se réfugia dans la demeure de ses amis les frères Rosales Camacho, d’anciens phalangistes ». Ces derniers tentèrent, en vain, d’intercéder en sa faveur.

 

Arrêté et emmené dans une caserne, il fut ensuite conduit à « Viznar, près de Grenade, à proximité d’un endroit connu comme Fuente Grande [la Grande Fontaine], avec un autre détenu, et fusillé après avoir été confessé ». Qu’a confessé Lorca ? Qu’il était socialiste, franc-maçon ou homosexuel ? Ou les trois ? Le rapport de police ne le précise pas. En revanche, il donne des indications sur le lieu où il fut enterré, « à fleur de terre, dans un fossé situé à environ deux kilomètres à droite de cette Fuente Grande, dans un endroit très difficile à localiser ». Le gouvernement andalou assure que les recherches pour retrouver le corps de Garcia Lorca vont reprendre, dans l’espoir d’élucider définitivement l’un des crimes les plus commentés de la guerre civile.

 

Il est aujourd'hui établi que la milice franquiste est responsable de sa disparition dans la nuit du 16 au 17 août 1936. Un ancien militaire, Antonio Benavides, a d'ailleurs revendiqué lui avoir mis deux balles dans la tête. En réalité, il semble bien que ce soit un peloton d'exécution qui ait exécuté Federico García Lorca.

 

C'est pour identifier ses membres que la magistrate, Maria Servini, vient de décider de relancer les investigations. La nouvelle a été confirmée par l'ONG, l'Asociación para la Recuperación de la Memoria Histórica (ARMH), sur les réseaux sociaux. Cette association qui collecte les traces des victimes du régime de Franco est pour beaucoup dans la réactivation de l'enquête entourant ce que les Anglo-saxons appellent un "cold case". C'est en effet cette ONG qui a demandé en avril à la magistrate de s'emparer de l'affaire. Cette dernière a accepté.

 

"L'affaire a été incorporée à une enquête en cours par la juge Maria Servini pour crimes contre l'humanité", a indiqué l'association ARMH. Cette juge enquêtait, de fait, sur des crimes commis pendant la période franquiste, englobant à la fois des faits de torture et des exécutions sommaires.


Parviendra-t-elle à faire toute la lumière sur cette affaire ?

Entre 2006 et 2008, un autre magistrat, Baltásar Garzón, avait tenté de rouvrir une enquête sur les crimes du régime. Mais il avait dû abandonner en raison de la loi d'amnistie adoptée en 1977. Garzón avait d'ailleurs été poursuivi en justice par deux associations pro-Franco qui lui reprochaient d'enfreindre cette loi, censée couvrir d'un voile ces années noires au cours desquelles 500 000 personnes ont trouvé la mort.

 

Depuis le décès du tyran en 1975, Federico García Lorca est à nouveau à l’honneur dans son pays. Et sa mort continue à faire un bruit du tonnerre comme l’avait prophétisé Aragon dans son poème Un Jour, un Jour  (in Le Fou d’Elsa) :


Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros,
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

 

Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu
Emplissant tout à coup l'univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue (…)

 

 

En 1936, le poète espagnol est fusillé, et son cadavre jeté dans une fosse commune à Vìznar.

Même s’il n’a jamais été militant, il était un étendard de la République et des libertés

Ses œuvres seront interdites sous le régime de Franco jusqu’en 1953.

 

Oeuvres de Federico García Lorca

 

Théâtre

  • El Maleficio de la mariposa (Le Maléfice du papillon : écrit en 1919-20, création en 1920)
  • Mariana Pineda (écrit en 1923-25, création en 1927, inspiré par le destin tragique de l'héroïne de même nom)
  • La Zapatera prodigiosa (La Savetière prodigieuse : écrit en 1926-30, création en 1930)
  • Amor de Don Perlimplín con Belisa en su jardín (Les Amours de Don Perlimplín avec Belise en son jardin : écrit en 1928, création en 1933)
  • Bodas de sangre (Noces de sang : écrit en 1932, création en 1933)
  • Yerma (écrit en 1934, création en 1934)
  • Doña Rosita la soltera (Doña Rosita, la célibataire : écrit en 1935, création en 1935)
  • Retablillo de Don Cristóbal (Le Jeu de Don Cristóbal : écrit en 1931, création en 1935)
  • Los títeres de Cachiporra (Le Guignol au gourdin : écrit en 1928, création en 1937)
  • Así que pasen cinco años (Lorsque cinq ans seront passés : écrit en 1931, création en 1945)
  • La casa de Bernarda Alba (La Maison de Bernarda Alba : écrit en 1936, création en 1945)
  • El público (Le Public : écrit en 1930-1936, création en 1972)
  • Le Songe de la vie (écrit en 1936, création en 1986)

Musique

  • Las morillas de Jaén
  • Les Berceuses / Las nanas infantiles; (ISBN 978-2-916694-26-9) éditions Marguerite Waknine 2010.

Courtes pièces de théâtre

  • El paseo de Buster Keaton (« La balade de Buster Keaton », 1928)
  • La doncella, el marinero y el estudiante (« La demoiselle, le marin et l'étudiant », 1928)

Scripts de films

  • Viaje a la luna (1929)

Poésie 

  • Impresiones y paisajes (« Impressions et paysages », 1918) : prose.
  • Libro de poemas (« Livre de poèmes », 1921)
  • Poema del cante jondo (« Poème du cante jondo », 1921)
  • Canciones (« Chansons », 1922)
  • Oda a Salvador Dalí (« Ode à Salvador Dalí »), 1926)
  • Romancero gitano (« Romancero gitan », 1928)
  • Poeta en Nueva York (« Poète à New York », écrit autour de 1930, publié en 1940)
  • Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías (Llanto por Ignacio Sánchez Mejías) publié en espagnol en 1935, traduit en français par R. Simon en 1945, réédition Actes Sud1992, (ISBN 2868698646). Ce poème a rendu célèbre le vers A las cinco de la tarde le poème figure parmi les plus connus de la poésie contemporaine14.
  • Seis poemas galegos (« Six poèmes galiciens », 1935, édition bibliophilique avec gravures de José San Martin, Azul éditions 2001)
  • Primeras canciones (« Premières chansons », 1936)
  • Diván del Tamarit (« Divan du Tamarit », 1936)
  • Sonetos del amor oscuro (« Sonnets de l’amour obscur », 1936)
  • Sonnetto del dolce pianto (« Sonnet de la douce plainte »)
  • La sangre derramada (Le sang répandu, Hommage a son ami Ignacio Sánchez Mejías, mort durant une corrida, écrit en 1935)

(Source : Wikipedia)

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Disparition de Jean-Marie Lamblard

Disparition de Jean-Marie Lamblard | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Post d'Alain Neddam sur Facebook, 14 août 2018
 
 
J'apprends hier par une amie la disparition de Jean-Marie Lamblard, que certains ont connu en DRAC Rhône-Alpes ou en administration centrale à la fin des années 80 et au cours des années 90, postes au ministère de la Culture dont il démissionnera en 1997 pour se consacrer entièrement à l'écriture.

Né en 1935, Jean-Marie Lamblard a été aussi docteur en ethnozoologie, spécialiste du monde méditerranéen, éleveur de pintades, apprenti pâtissier, et aussi acteur dans la troupe de Benedetto de 1967 à 1973 au Théâtre des Carmes, à Avignon.
Outre ses nombreux livres (récits, contes, essais),on peut le lire aussi sur son blog, le dernier post publié (2017) raconte le Festival d'Avignon en 1968 (lien ci-dessous) 
http://lamblard.typepad.com/weblog/2017/07/juillet-1968-au.html#more

Un parcours singulier d'écrivain et d'homme de haute culture proche de la nature et du monde animal, résumé dans sa fiche Wikipedia :https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Lamblard
 
 
Témoignages en commentaire :
 
Philippe Labaune Souvenir fort de Jean-Marie Lamblard qui fut un remarquable conseiller théâtre à la Drac. Il a accompagné avec attention et exigence mes premiers pas de metteur en scène au début des années 80.
 
Michel Simonot Oui, grand souvenir de Jean Marie.
 
Manuèle Debrinay Rizos Oh triste nouvelle ... ce fut très agréable de travailler avec lui et le souvenir d’un de ses livres L’Uiard, une merveille.
 
Serge Pauthe L'Uiard...les bergers en Provence , plus précisément dans la Crau. Albert Simond au TRP de Valreas, avait fait une très forte adaptation pour la scène. .. 
Respect a ce serviteur de l' Etat. Homme intransigeant, connu chez Benetto en 1966 , militant occitan, puis à Lyon aupres d'hommes de culture comme JJ Lerrant. ..Beaux souvenirs qui reviennent lorsqu'on apprend la disparition d'une personne que l'on a connu. Il est vrai que la naissance laisse la place à d'autres sentiments....
 
Lepoix Francoise oui triste nouvelle. Je me souviens d'un excellent conseiller Drac 
 
Bruno Boussagol Magnifique texte qui nous restitue avec qualité ce que furent ces années 66 à 68 en Avignon et alentour. Ca change complètement des récits hystériques, idéologiques et réducteurs. Moi qui n'y étais pas je rêvais depuis longtemps de lire quelque chose de vivant sur ces scènes du Living. Quinze ans plus tard, j'ai invité durant une semaine le Living à Billom (4000 habitants) en Auvergne. Il inaugura un festival pluri disciplinaire qui tentait de renouveler le genre "festival". Outre le Living on pouvait rencontrer les inventeurs du Royal de luxe, les déjà vétérans de l' Unité, Michel Portal, Bernard Lubat ou l' Oiseau Mouche. Qui peut penser qu'une telle aventure artistique a existé pendant 5 ans début 80? Notre indépendance fut "tuer" par la politique élitiste langienne qui haïssait plus que tout ce qui ressemblait à de "l'éducation populaire". Il y aurait beaucoup à dire sur cette années 68 comme aussi fondatrice à partir des "journées de Villeurbanne"de ce qu'allaient être 50 années de pseudo "décentralisation" version SYNDEAC appuyée par un système "d'exploitation" des artistes rendu possible par l'extension de l'intermittence du spectacle aux artistes du spectacle. Il y aurait un colloque a réaliser sur ce constat qui pourrait rendre hommage à Jean Marie Lamblard.
 
Sylvie Mongin Algan Grande reconnaissance pour le soutien et les conseils de Jean-Marie Lamblard qui a assisté à mes débuts de metteuse en scène, qui m'a poussé à créer ma compagnie, et même à déposer mes premières demandes d'aide auprès de la DRAC !
 
Yannic Mancel Lorsque pendant six ans j’ai eu l’honneur de « vice-présider » la commission d’aide à la création aux côtés de Rose-Marie Moudouès, Jean-Marie Lamblard fut un magnifique compagnon d’audace. Merci à lui et à son ouverture sur le monde, la nouveauté, l’alterité.
 
Dominique Jambon Une immense tristesse ... Jean Marie Lamblard est un homme merveilleux qui a su avoir plusieurs vies .conseiller à la DRAC Rhone Alpes , il a su accompagner tous les projets des artistes avec délicatesse et exigence . Sans lui le centre Culturel de FEYZIN n'aurait pu exister ... La première fois que je l'ai rencontré c était à la gare de Vaise à Lyon lors de la performance d'un certain Vlad ZNORKO .... Il fait partie de ces rares personnes qui donnent envie de faire parfaitement son travail pour être digne de leur amitié . 
Ce n'est pas un carriériste et j'ai l impression qu'il se sentait a l'étroit dans les petits bureaux parisiens . Et son esprit est certainement mêlé aux vents brûlants de cette plaine de CRAU qu'il a si bien décrite ... Adieu donc ..
 
Elisabeth Saint-Blancat Il a été un des premiers soutiens institutionnels du Théâtre des Clochards Célestes. Il savait défendre les artistes, les soutenir vraiment. Il se "mouillait" pour eux. Il a aidé beaucoup d'artistes et de compagnies quand il était à la DRAC Rhône-Alpes. Merci à lui. Belle vie ailleurs...
 
 Michel Conte JM Lamblard a toujours refusé d'aider La Compagnie du Moineau Pendu malgré le succès critique et des spectateurs et même quand S. Beckett nous a accordé l'exclusivité de la création mondiale de son roman l'adaptation de Mercier et Camier créé dans ce qui deviendra le théâtre des Clochards Célestes. Il a même eu la délicatesse de m'avouer 10 ans après qu'il s'était trompé. Entre temps couverts de dette j'avais dû arrêter de faire du théâtre.
 
Jean-Claude Berutti Jean-Marie,... Monsieur Lamblard! ... Un inspecteur de la DMDTS qui ne s'en laissait pas compter! Au cours de mon premier été à Bussang en 97, et après avoir vu le spectacle ("La Forêt"), il est venu vers moi pour me dire: "Vous avez convaincu le public, mais pas nous!". Sa phrase choc fut un déclic pour moi... et le début d'une fidèle amitié! En peu de mots je comprenais comment corriger le tir. Et mes cinq années suivantes à Bussang ont profité de sa sentence.
Je pense aussi aux amis qui l'entouraient, près de Martigues, là où il s'était retiré.
 
Coco Felgeirolles Ouiiiiiii, un homme loyal, rigoureux , un artiste !
Tristesse!
 
Orélien Péréol Un homme droit, passionnant
 
Corine Péron Je le connaissais bien et l'appréciais Tristesse
 
Philippe Foulquie De ces grands commis de l'état qui n'ont jamais caché que c'est aussi dans leur autre vie qu'ils trouvaient l'explication de leurs engagements professionnels, éthique et artistique
 
Dominique Bérody Un grand souvenir d'un grand monsieur. N'oublions pas le sillage de ces grands serviteurs vertueux du Ministère de la Culture.
 
 
Alexandra Scicluna que de belles choses a faites ce monsieur!!
 
Paul Golub Triste nouvelle
 
Alain Lievaux Peine, peine, adieu l'ami.
 
Thierry Bosc J'ai très bien connu Jean Marie à l'époque de la troupe de Benedetto... Triste nouvelle
 
Danielle Mordant triste , un homme de convictions et juste...
 
Elisa Castilho Santos Un homme charmant
 
Claudine Girones Je le savais très mal,mais son décès me touche beaucoup. Je l'ai bien connu et estimé défendant la création, les compagnies indépendantes et tout ce que certains avaient du mal à faire accepter de leurs tutelles...
Si j'en crois ceux qui travaillent aujourd'hui c''est devenu rare au ministère de la culture !
Sa culture, sa passion pour d'antiques cultures moyen orientales, son attention aux autres... un bel homme
 
Alain Foix Quelle tristesse. J aimais beaucoup cet homme au regard bienveillant qui ne jouait pas de son statut qui ne se la jouait pas comme tant d autres. Et ça se voit au premier regard, à la première poignée de main qui peut souvent être plus franche et parlante que ces baisers presque obligés du milieu. Il est des gens dont on voit au premier coup d'oeil qu ils vous veulent du bien. Il était de ceux là.
 
Jean-Pierre Wurtz : J’ai rencontré Jean-Marie au Théâtre des Carmes, où il était comédien dans la troupe d’André Benedetto. André et Jean-Marie sont tous deux devenus mes amis. 

Jean-Marie m’a fait visiter la maison de Tavel. Nous y avons parlé des pintades et de la peste des élevages industriels. 

J’étais présent à la soirée des Rencontres occitanes, avec le chanteur Marti, au Théâtre des Carmes, au cours de laquelle mes deux amis se sont durablement brouillés. 

Pendant des années, alors que Jean-Marie était devenu mon collègue à l’inspection générale du théâtre du ministère de la Culture, j’ai tenté de réconcilier ces deux êtres d’exception, aussi entiers l’un que l’autre. Sans succès, à mon grand regret. 

Il y a neuf ans, André a pris le large. Aujourd’hui, Jean-Marie. Ils resteront indissolublement liés dans mes pensées comme deux hérauts de la culture occitane, deux pans d’une époque bouillonnante de promesses.
Jean-Pierre Wurtz
Inspecteur général honoraire du théâtre
 
Pierre Graffeo Oh merde !
Il a été un des créateurs du festival populaire Martigues Port-de-Bouc , St Mitre les Remparts
Je lui dois beaucoup
Pensées émues
 
Patrice Kahlhoven Souvenir d'un véritable honnête homme.
 
Angot Jean-paul Grand serviteur de l’état et des artistes, ce sont ses conseils qui ont déclenché le trajet qui est le mien. Pensées.
 
Luce Bekistan Grand homme qui nous aida , nous, les petit.e.s... Hommage...
 
Elizabeth Mazev Oh la triste nouvelle! Un amoureux du théâtre comme peu...pensées émues.
 
Jerome Descamps Comme Elizabeth Mazev très ému de la disparition de Jean-Marie Lamblard avec qui j'avais travaillé à Martigues au début des années 80. Effectivement un amoureux du vrai théâtre, un homme généreux et attentif. RIP.
 
Claire Amchin Très assidu aux créations d’Alain Ollivier au Studio-Théâtre de Vitry. RIP.
 
Jacqueline Hatzfeld Corvin Souvenirs d'amicales empoignades, entre Lamblard et Corvin, au retour de spectacles en Rhône-Alpes, dans la voiture de Lamblard ( qui conduisait très vite). Deux fonctions, deux regards.
 
Alain Simon Un grand homme, discret, savant, fidèle. Gardons ensemble sa mémoire.
 
Alain Timár Grand bonhomme, grandes idées et d'audacieux combats : il nous en faudrait quelques uns et quelques unes de plus aujourd'hui !
 
Michel Fournier : J'apprends avec une grande émotion le décès de Jean Marie un collègue et ami qui m'a accompagné avec toujours une grande attention dans mon parcours au ministère. Toujours de bons conseils j'ai beaucoup appris de lui. De tout coeur avec vous.
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BIOGRAPHIE JEAN-MARIE LAMBLARD
7 avril 2012 

Né dans un village occitan, d’une famille venue pour moitié de Provence et pour l’autre du Languedoc, JML se sent rhodanien de préférence et, comme le Rhône, son imagination penche vers la Méditerranée.

Ses plus anciens souvenirs ? la guerre ! dit-il. Je n’en voyais rien, mais les adultes ne parlaient que de guerre où l’on partait. Des soldats allemands campaient dans la maison jouxtant la ferme du grand-père Marius. 

Mes parents tenaient une boulangerie. Mon père, Émile, portait le pain aux gens des granges dans un side-car. Bientôt, l’essence manqua. Il fit sa tournée à bicyclette. Un hiver particulièrement froid, où la neige bloqua les routes pour plusieurs jours, Émile résolut d’y aller à pied et me demanda de l’accompagner. « Il ne faut pas risquer de perdre les clients. Nous porterons un sac sur le dos, le pain nous tiendra chaud… » Lui un grand sac, moi un petit. J’ai tenu bon dans la neige. Ce fut ma première prouesse d’homme, je n’avais guère plus de dix ans.

L’école ne me disait rien de bon ; jusqu’à l’arrivée d’un jeune instituteur révolutionnaire qui appliquait la méthode de pédagogie active Célestin Freinet. Au-delà de ce qui revient à mes parents, aimants et attentionnés, je dois tout à cet instituteur. Nous éditions une revue dans laquelle je publiais des enquêtes d’ethnographie, des poèmes. Pour autant, lorsque je quitterai l’école, à treize ans passés, je serai quasiment illettré. Néanmoins quelque chose avait été semé qui allait parfois me sauver de possibles dérives. Et puis, il y eut la découverte du théâtre au Festival d’Avignon dont les échos arrivaient jusqu’à notre porte.

Mon père, malade, avait besoin d’un aide, il me voulait avec lui au fournil. Un matin, je lui avouais que je ne souhaitais pas être boulanger mais comédien… Marius, le grand-père, disait des contes en patois, c’était déjà du théâtre, non ? Mon père ne voulut rien savoir. Il me mit en apprentissage chez un prétendu pâtissier de Vaison-la-Romaine.

L’été, le théâtre antique de Vaison accueillait les « Choralies », un grand rassemblement de jeunes choristes venus de la France entière. J’allais écouter les répétitions. Un soir, je me suis littéralement fait enlever par une blonde choriste, qui me laissa tomber tout aussi brutalement quelques jours plus tard. Ce fut mon premier amour. J’en subirai le traumatisme longtemps ; plus jamais je n’aimerai de choristes.

D’une guerre l’autre. Ainsi de ma génération qui s’en alla griller ses vingt ans dans les Aurès. L’appel sous les drapeaux arriva comme une libération. J’échapperai à l’étouffoir natal, au village viticole et catholique, où une relative misère me tenait enfermé. Je traverserai la mer, je verrai des pays.

En trois jours, je me retrouvai en Algérie comme beaucoup d’autres, portant encore des vêtements civils tant fut précipité le départ. Noyé dans la masse des cargaisons de jeunes abrutis que l’on envoyait là-bas, pour occuper le terrain, sans que jamais l’analogie avec la précédente Occupation ne leur apparût. Cet aveuglement politique initial pèsera longtemps sur ma conscience, et je repense avec effroi à quelles abominables besognes les autorités qui disposaient de ma personne auraient pu me contraindre.
 
Mort et renaissance. Repartir à zéro. Vingt ans de perdus au village, ce n’était rien lorsqu’une formidable envie de vivre et de tout réapprendre s’imposait et devenait possible. Comprendre et aimer, c’est ainsi qu’avec le recul je résume mes deux années militaires algériennes, avec pour entracte l’extravagante expédition de Suez.

Aujourd’hui, je ne veux me souvenir que des moments heureux, mais bidasse en Algérie, ce n’était pas la joie. Disons qu’une bonne étoile veillait. La droiture de mon père, l’enseignement de mon instituteur Freinet, leur lucidité politique, portèrent leurs fruits certainement. Je suis passé non loin de l’horreur sans trop d’éraflures.

Le hasard me fit échouer chef de poste dans une ferme de la Mitidja, laquelle appartenait à un pasteur protestant. L’homme du culte s’était replié en Métropole laissant sur place toute sa bibliothèque au milieu des orangers. Des milliers de livres, des classiques principalement, que je n’avais jamais lu.

Que faire d’autre en montant la garde que de lire ? Le bonheur, la découverte des grands auteurs. Le monde qui s’ouvre et devient intelligible. Virgile sous les oliviers de Blida. Le Jardin des Roses de Saâdi, et les enfants de Boufarik au naturel pour me tenir compagnie.

Le plus difficile fut le retour. Au village, on m’attendait. Tout était prêt pour enchaîner sur le cours de la vie, même le mariage. L’immuable routine. Oublier la parenthèse et repartir selon la coutume ? Non ! Entre-temps j’avais lu Shakespeare et Lear. Pourquoi faudrait-il que je vive dans la coutume, cette peste ?>>

Le pain ne nourrissait plus son homme. Émile s’était transformé en éleveur d’oiseaux, un vieux rêve. Je ne voulais pas rentrer au bercail, même avec des poules. Ma mère supplia : Reviens avec nous, le parkinson a mangé toutes les forces de ton père. Nous ne pouvons plus nous en sortir. Je m’inclinai.

Déjà, les poulets étaient concurrencés par les importations américaines. Il fallait trouver autre chose. J’ai proposé les pintades.

Dans la vieille ferme où demeurait Marius, nous avions toujours cohabité avec des pintades. La reconversion a fonctionné, l’oiseau s’est prêté à la domestication, nous avons inventé la méléagriculture… Une coopérative s’est créée. En quelques années, nous sommes devenus les premiers producteurs de pintades du marché régional. En outre, je me flatte d’être à l’origine du néologisme qui désigne aujourd’hui cette branche de l’élevage aviaire !

Alors j’ai pu reprendre mes études. Une rencontre avec Théodore Monod décida de l’avenir. Le Muséum national d’Histoire Naturelle voulut bien s’intéresser aux pintades. On m’accepta au laboratoire d’ethno-zoologie pour préparer un doctorat, avec Raymond Pujol pour directeur de thèse.

Le théâtre continuait de me hanter. À l’horizon de mon élevage se voyaient les murs du palais des papes d’Avignon où chaque années Jean Vilar enflammait les imaginations. J’allais passer mes nuits au Festival, et j’y faisais des rencontres sous l’égide de Molière et Brecht.

Et puis, l’hiver venu, je reprenais le chemin d’Avignon pour travailler dans les bibliothèques. Ces endroits sont aussi des occasions de rencontres.

Parmi les bonnes occurrences, me revient le compagnonnage de Bénédetto, celui du théâtre de la Carriera d’Alranc, et la rencontre du Living Theater en août 1966 à Cassis. Je les retrouverai en 1968 en Avignon au milieu du grand chambardement.

Robert Abirached m’a donné l’occasion de raconter l’été 68 à Avignon dans un article de son ouvrage collectif « La Décentralisation théâtrale », publié en 1994. 

Et l’irruption des pintades dans la cour d’Honneur du palais des papes, en intermittentes du spectacle, occupe les dernières pages de mon livre « L’Oiseau nègre » préfacé par Ernest Pignon-Ernest.

1968 et ses grèves provoqueront, par contrecoup, la ruine de la coopérative méléagricole qui assurait l’incubation et la commercialisation des pintadeaux, un mois de mévente et ce fut la faillite pour les éleveurs (pas pour la banque).

De nouveau, départ à zéro. J’en profitais pour achever mes travaux de recherche sous l’égide du Muséum.

En se laissant guider par les rencontres et les passions, l’archéologie vint se joindre à l’histoire naturelle ; puis l’ethnologie m’attira dans la Crau d’Arles où mon grand-père avait été berger dans sa jeunesse.

De la Crau, je tirai un roman sur le monde des bergers, « L’Uiard », que le poète Bernard Lesfargues publiera. Les découvertes archéologiques sur les sites gréco-ligures de Provence seront à la source du roman « Les Guerriers nus ».

La Crau possède un débouché naturel sur la mer, c’est Martigues. En 1973, un instituteur inventif, Maurice Pascal, qui venait d’être élu adjoint à la culture, m’appela pour créer un festival d’été dans sa ville, ancré dans la culture méditerranéenne. Je travaillerai à Martigues une dizaine d’années avec la population et les enfants de la ville.

En 1979, l’aventure des pintades trouva son achèvement dans un amphithéâtre de la Sorbonne où l’on me proposait de soutenir ma thèse d’ethno-zoologie, avec Colette Magny dans la salle comme principal témoin ; elle en fera un spectacle musical : « Kevork, ou le délit d’errance ».

Avec un doctorat en poche, trouver un emploi devient plus facile. En 1983, le directeur du Théâtre au Ministère de la culture, Robert Abirached, m’appelle pour me confier un poste de chargé de mission en Rhône-Alpes afin de développer l’action culturelle.

En 1991, son successeur, Bernard Faivre d’Arcier, me propose d’intégrer son service à Paris pour assumer les fonctions d’inspecteur général au Ministère.

Ces deux grands commis de l’État, Abirached et Faivre d’Arcier, ayant tout deux hantés les nuits avignonnaises au temps de leurs splendeurs, ont assurément dû se laisser guider, au moment de faire leur choix administratif, par des pintades dionysiaques, pour faire appel à un singulier collaborateur aussi peu fonctionnaire que moi.

Ce sont elles, assurément, les pintades qui, en 1997, me conseillèrent de démissionner du Ministère pour reprendre ma liberté.

Et continuer à écrire ! ce que JML fait toujours aujourd’hui avec la Méditerranée pour domaine. 

Propos recueillis et mis en forme par AHMED TEMMAR, Le 5 avril 2012
 
Principales publications de Jean-Marie Lamblard

Récits et contes populaires de Provence- I-, avec J. Lacroix. Gallimard. (Épuisé)

L’Uiard, roman, Éditions Fédérop Bernard Lesfargues. Mussidan, 1987.

Les Guerriers nus, roman, Éditions Fédérop Bernard Lesfargues. Mussidan, 1993. (Première approche ; épuisé)

Le Sacrilège de Mai, Sétif 8 mai 1945, dans « Les écrivains et la guerre », Europe, n°796, Paris, 1995.

Le Vautour, mythes et réalités, préface de Jean Yoyotte, Éditions Imago. Paris, 2001.

L’Oiseau Nègre, l’Aventure des pintades dionysiaques, préface d’Ernest Pignon-Ernest, Éditions Imago. Paris, 2003. (Prix de la Société des Gens de Lettres).

Les Funérailles célestes, dans « L’Archéologue, Archéologie Nouvelle », n°72, juin 2004.

Miréio, poème musical d’après Frédéric Mistral, CD, (collaboration Corou de Berra ), Buda-Musique, Paris, 2004.

Les Guerriers nus, roman, Éditions Imago. Paris, 2006. (Édition nouvelle amendée).

Rhapsodie Méditerranéenne, Essai métissé. Éditions Loubatières, Libre parcours. Toulouse. 2010.

Nombreux articles, repris ou inédits, dans « Lettres d’Archipel » Blog de l’auteur : http://www.lamblard.com
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En tournage avec Jeanne Balibar : «C’est trop beau pour être vrai, non ?»

En tournage avec Jeanne Balibar : «C’est trop beau pour être vrai, non ?» | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération  — 18 août 2018


Visite guidée sur le plateau où l’actrice fantasque réalise son premier film, «Merveilles à Montfermeil», avec une centaine de figurants venus d’ateliers installés dans la ville et à Clichy.
«On s’approche plutôt de Rabbi Jacob, non ?» «Tu crois ? Ça fait un moment que je soupçonne Jeanne de faire en douce un remake de Massacre à la tronçonneuse. Ça devient franchement inquiétant.» Entre deux prises, à mi-parcours du tournage de Merveilles à Montfermeil, le premier film réalisé par Jeanne Balibar, cinéaste, les comédiens Marlène Saldana et Mathieu Amalric hésitent sur les références. Où sommes-nous ? A la mairie, le jour de l’investiture de madame la maire, Emmanuelle Joly, jouée par Emmanuelle Béart en pleine forme et robe écarlate, qui signe son retour au cinéma après quelques années dédiées à la scène. Florence Loiret-Caille n’est pas dans le champ, on le déplore pour les futurs spectateurs qui ne découvriront jamais le nuancier des grimaces horrifiées qu’elle lance à sa partenaire, obligée de retenir un fou rire alors qu’elle entame son discours. L’heure est sérieuse. Il s’agit de rendre immédiates les premières mesures de son programme, notamment celle qui consiste à multiplier les jours fériés tout en rebaptisant ceux qui existent déjà. Qu’on ne s’affole pas, Noël demeure mais devient également la journée de la presse (écrite), qui a bien besoin de croire au messie. Emmanuelle Joly-Béart s’emmêle dans celle du kilt, d’abord promulguée le 8 mars, avant de décréter la journée du ki…mono, en étirant le plus possible les syllabes, prise dans une sorte de transe, devant la centaine d’administrés, tous Montfermeillois et Clichois.

Ses propos prennent de l’ampleur, se poétisent, elle évoque Jean Valjean, qui, nous l’ignorions, rencontra Cosette partie chercher de l’eau dans la source du buisson à Montfermeil tandis que, on n’en croit pas nos yeux, Jeanne Balibar en short déambule parmi les figurants, comme si de rien n’était. D’une voix langoureuse et persuasive, elle intime à l’auditoire de respirer profondément, prendre «la météo du jour», «se sentir comme une grande herbe avec des racines très profondes dans le sol», «ouvrir les fenêtres», c’est-à-dire mettre ses bras à l’horizontale, ce qui décongestionne les omoplates, au risque de donner des baffes à son voisin. Et chacun d’exécuter peu ou prou les exercices de relaxation, les hommes nous semblant plus rétifs aux injonctions de la cinéaste que les femmes, pendant que l’élue municipale fictive continue de s’emballer. On s’y mettrait volontiers, et d’ailleurs l’ensemble de la tribune, hors champ, encourage l’assistance, par de puissants mouvements de liane avec leur buste, captée par cette séance d’hypnose collective.

Traîtres et traîtresses
Jeanne Balibar s’essaie-t-elle pour sa première réalisation à un nouveau type de direction d’acteurs ? Libérer un tournage de tout stress, inviter à la détente, est certainement utile, surtout lorsqu’on tournera trois nuits de suite, en pleine forêt à Bondy, la «fête de la brioche». Ou bien, peut-être, la comédienne incarne-t-elle dans son propre film une praticienne du bien-être ? C’est une hypothèse.

A ses côtés, Emmanuelle Parrenin, musicothérapeute dont les inventions parsèment la séquence tournée, donne le la, elle aussi dans la foule des Montfermeillois et Clichois parés pour l’occasion de leurs plus belles tenues. «On révoque le museau qu’on n’a plus. Très peu d’humains menacent avec le nez. Allez tout le monde menace. On travaille sur des fixités totales.» La praticienne se prend au jeu, oublie la caméra qui n’est de toute manière pas censée la filmer, les encourage avec moult chuintantes et sifflantes à écouter leurs souffles. Philippe Katerine, en retard forcément, du moins son personnage, devrait surgir à tout instant. Jeanne Balibar lui a donné le rôle du traître, dont madame la mairesse est folle amoureuse, la traîtresse étant incarnée par cette sainte-nitouche de Valérie Dreville interprétant une certaine Virginie Jaffret, coiffée d’un lourd chignon et affublée de quelques rangées de perles. Il y a aussi un troisième traître, joué par François Chattot. Car il en faut bien, des traîtres, dans cette utopie politique qui sinon roulerait trop à l’aise : Merveilles à Montfermeil, la ville où il fait bon vivre ! En effet : la sieste pour tous est instituée ; un service d’assistance à la satisfaction sexuelle à domicile y est ouvert même la nuit, la «Montfermeil International School of Languages», où sont enseignées toutes les langues parlées dans la ville, divise par deux la journée de travail ; Delphine Souriceau, alias Bulle Ogier, conseillère écolo, chaussée de lourds godillots de jardinier, élève des poules sur les toits ; et il y a aussi Ramzy Bédia, premier adjoint au pôle «temps urbain». Le film entend tenir sur un équilibre délicat : franchement loufoque et vraiment politique. Ou comment concevoir une comédie sans jamais que le rire ne vire au détriment de l’utopie sociale. Etrangement, aucun des Montfermeillois interrogés, n’accepte de considérer sérieusement le programme de madame la maire. «C’est trop beau pour être vrai, non ?» Ils sauveraient bien quelques mesures… puis finalement toutes.

De l’importance de ne pas enlever ses stilettos
Pause déjeuner. La démocratie locale vantée par madame la maire ne s’interrompt pas à la cantine. Les acteurs professionnels, qui ont eu la mauvaise idée de se grouper à une table à l’extrémité des cuisines, sont logiquement servis après la centaine de figurants, qui se sont mieux disposés dans l’espace. Si être une star ne donne même plus accès à des privilèges, où va-t-on ? Marre de l’égalité ! On ne dénoncera pas celui qui pousse ce cri du cœur. En attendant de se nourrir, Mathieu Amalric explique : «Jeanne n’a rien inventé. L’international School of Languages dont s’occupe mon personnage, est inspirée d’une école à Oxford. Mais c’est à elle qu’il faut poser ces questions…»

Judicieux conseil, mais où est-elle ? Dans quelle forme est-on lorsqu’on tourne un premier film dans lequel on joue, qu’on dirige une centaine de figurants et une dizaine d’acteurs professionnels, et que le budget ultra-serré - essentiellement l’avance sur recettes - ne laisse aucun temps pour le doute ? Eh bien excellente. Pas de cri, pas de stress. Elle semble faire très attention à ce que tout le monde soit détendu. Rien ne se passe comme sur un autre tournage. Par exemple la cinéaste accueille tous les matins les figurants, et elle les appelle par leur prénom quand elle leur donne une indication. Elle explique : «Les habitants de Montfermeil et Clichy sont au centre du film, il ne fallait surtout pas qu’ils apparaissent plantés dans le décor, mais que chacun puisse jouer devant la caméra. J’ai donc, l’année 2012-2013, animé avec Emmanuelle Parrenin, musicothérapeute et chanteuse, et Jérôme Bel, danseur et chorégraphe, cinq ateliers bimensuels, le jeudi soir, le vendredi, et deux le samedi à Montfermeil.» L’un de ces ateliers a été la matrice de Gala, ce spectacle de Jérôme Bel où huit à dix amateurs présentent chacun un pas de danse que réinterprètent des danseurs professionnels et qui n’a cessé de tourner depuis.

Des liens se sont donc créés entre l’actrice-cinéaste, les associations et les premiers participants. Lesquels ont tout de même été surpris d’être rappelés cinq ans plus tard pour le film. Croisée à la cantine, Françoise, présente dès le départ : «Ce qui m’épate, c’est qu’à la première rencontre en 2012, Jeanne nous avait promis qu’on participerait à son film. Et bien, cinq ans plus tard, elle est revenue nous chercher, un à un !» Elle insiste : «C’est une personne de parole.» Houda, qui comme l’ensemble des figurants n’avait jamais entendu le nom de l’actrice avant de travailler avec elle, renchérit : «Elle ne prend pas les gens de haut. Quand on l’a revue, elle se souvenait très bien de nous, elle a pris des nouvelles de chacun, j’ai trouvé ça étonnant.» Pourquoi tant d’années entre les premiers ateliers et le tournage ? Jeanne Balibar : «Parce que tout d’un coup, c’était le moment. En ayant cette équipe, ces acteurs déments, l’énergie des habitants de Montfermeil et de Clichy, il m’a semblé inutile d’attendre des financements qui de toute manière ne viendraient jamais ! J’ai donc repris les ateliers quelques mois avant le tournage avec d’autres personnes. On a fait un casting mais c’était un casting d’accueil et non de sélection. Qui voulait être dans le film a été pris.» Les acteurs professionnels et non professionnels sont payés pareil, au tarif syndical.

Retour sur le plateau. Une jeune fille rapetisse et grandit selon les prises. Entre deux, elle se débarrasse discrètement de ses stilettos. Ce qui n’échappe pas à Andréa, une étudiante qui s’occupe des figurants depuis 2012. La jeune fille négocie, explique qu’avec la chaleur qui a monté, elle n’entre plus dans ses souliers. Andréa est intraitable. Un jeune homme doit absolument partir alors que la journée n’est pas terminée. Impossible de le retenir, il ne peut pas se permettre de regagner en retard sa cellule de prison. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Et bien on commence par éteindre les portables, comme le rappelle l’assistant. Jeanne Balibar le contredit gentiment : «Ah mais qu’est-ce que c’était bien, ce téléphone qui a sonné au milieu de la prise. J’ai adoré… Je n’en suis toujours pas revenue.» Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Florence Loiret-Caille : «Et bien, on se balibarise !» Emmanuelle Béart, très en verve : «Non, mais tu crois que je sais ce que je fais ? Elle nous met dans un état pour jouer…» Florence Loiret-Caille questionne sa camarade : «Elle nous drogue, non ? On tourne des trucs qui ne sont pas du tout écrits dans le scénario ! Comme de faire une course en étant accroupies en canard pour ne pas être vues à travers la fenêtre parce qu’on est à moitié nues, et le pire c’est qu’elle s’arrange pour qu’on le fasse. Tout d’un coup, on a cinq ans et on veut la gagner, cette course !» Fin de journée de tournage. La Balibar se retrouve au bout de ce libre travail créatif et collectif allongée dans l’herbe au milieu du chemin avec deux autres comédiennes, dans la pose des jeunes filles d’un tableau de Renoir. Restent-elles dormir à Merveille-Montfermeil ?

Anne Diatkine

 

 

Légende photo : Jeanne Balibar dirige la foule de figurants. Photo Matthieu Ponchel 

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Les “Estivales” au Théâtre du Peuple, une utopie dans les Vosges

Les “Estivales” au Théâtre du Peuple, une utopie dans les Vosges | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Patrick Sourd dans les Inrocks -  17.08.2018

Pour débuter son mandat au Théâtre du Peuple, Simon Delétang choisit l’audace et propose des relectures de Büchner et Molière. Sans oublier le contemporain avec “l’incontournable” Wajdi Mouawad.


N’hésitant pas à payer de sa personne, c’est avec une performance aussi physique qu’artistique que Simon Delétang, le nouveau directeur du Théâtre du Peuple, a imaginé l’acte fondateur de son début de mandat à Bussang dans les Vosges.

Inspiré par le texte de Georg Büchner relatant la traversée des montagnes vosgiennes réalisée par Jakob Lenz pour rejoindre le village de Waldersbach à la fin du XVIIIe siècle, Simon Delétang choisit de mettre ses pas dans ceux du poète pour une randonnée de cinq jours. Chaque étape du soir est une opportunité pour présenter aux villageois qui l’hébergent un monologue tiré de cette pépite de la littérature.

“Bussang est un lieu unique qui m’a toujours interpellé”

“Le récit du périple de Lenz était idéal car il évoque magnifiquement les paysages que j’allais traverser à pied. Avec ce pèlerinage, je voulais commencer par me faire connaître de gens qui n’ont pas la possibilité d’aller au théâtre. C’est en avril dernier que je me suis lancé dans l’aventure au rythme d’une quinzaine de kilomètres chaque jour. J’aime la montagne, mais avec la neige et les arbres tombés en travers des sentiers, cette randonnée n’a pas toujours été une partie de plaisir. Reste le bonheur d’être accueilli au bout du chemin quand je jouais chez l’habitant, dans les églises ou les salles des fêtes.”

Cette première saison coïncide avec l’anniversaire des 40 ans de Simon Delétang. “Bussang est un lieu unique qui m’a toujours interpellé et que j’ai découvert alors que j’étais enfant. C’est une utopie théâtrale vieille de plus de cent vingt ans où l’on revendique de s’adresser au plus grand nombre en se réclamant d’une exigence artistique jamais démentie. Mon projet pour le Théâtre du Peuple va se construire autour d’un répertoire réunissant les classiques et incontournables des auteurs contemporains. A ce titre, ouvrir mon mandat en présentant Littoral, une pièce où Wajdi Mouawad traite du drame de la mort d’un père avec beaucoup de sensibilité et d’humour, m’a semblé exemplaire.”

Professeur et responsable du club-théâtre, c’est le père de Simon Delétang qui a initié son fils à la scène. La tradition à Bussang étant de réunir des comédiens professionnels et amateurs, elle devient une aubaine pour que père et fils jouent ensemble dans Littoral. L’un et l’autre interprètent le père du héros à différents âges de sa vie.

Une vision brillante d’une œuvre à l’humanité chavirante

Puisqu’il s’agit de l’âme d’un père qui accompagne les tribulations de son fils décidé à lui trouver une sépulture où il pourra trouver le repos éternel, on ne s’étonne pas de la présence du plus célèbre des ressuscités via un agrandissement du fameux Christ mort couché sur son linceul de Philippe de Champaigne (1602-1674), qui sert de toile de fond à l’action et cadre cette vision brillante d’une œuvre à l’humanité chavirante.

Se souvenant qu’avant même la construction du Théâtre de Bussang, Maurice Pottecher, l’inventeur du lieu, avait traduit Molière en patois vosgien pour qu’il soit joué sur un pré du village, Simon Delétang a invité le metteur en scène Gwenaël Morin à présenter sa relecture des quatre pièces de Molière mises en scène par Antoine Vitez voici quarante ans au Festival d’Avignon.

Les femmes peuvent jouer des hommes et inversement

Spectacle fleuve pouvant se voir en quatre soirées ou en intégrale, ce marathon dédié à Molière réunit L’Ecole des femmes, Le Tartuffe, Dom Juan et Le Misanthrope. Avec une distribution de hasard où les femmes peuvent jouer des hommes et inversement, les acteurs de Gwenaël Morin ne se contentent pas de brouiller les pistes du genre. Chacun débitant son texte comme une mitraillette, leur hystérique déroulé de Molière s’avère un grand moment de comédie populaire qui comble le public.

Au final, on découvre Lenz, le solo conçu par Simon Delétang pour sa randonnée en montagne. Un moment sensible où l’acteur-metteur en scène se confronte à la conscience vacillante du poète, dans le décor minimal d’une forêt de sapins taillée dans des planches. Convaincu de l’importance de son rôle de colporteur de la bonne parole théâtrale dans les villages, Simon Delétang souhaite élargir le périmètre de ses marches aux quatre points cardinaux pour faire de Lenz la carte de visite du Théâtre du Peuple pour les années à venir.

Estivales Jusqu’au 25 août, Théâtre du Peuple, Bussang (Vosges)

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Federico García Lorca : l'enquête sur sa mort rouverte

Federico García Lorca : l'enquête sur sa mort rouverte | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Journaliste Figaro agence Reuters Publié le 19/08/2016


Ce vendredi 19 août commémore le quatre-vingtième anniversaire de la mort du dramaturge espagnol. À cette occasion, une juge argentine se penche sur son assassinat présumé, durant la guerre civile espagnole.

Une juge argentine va rouvrir une enquête sur la mort du poète et dramaturge espagnol Federico Garcia Lorca, dont l'assassinat par des milices franquistes au début de la guerre civile, en 1936, est tenu pour établi.

Les circonstances de la fin du poète restent cependant un mystère. Des excavations menées en 2009 près de Grenade, à Víznar, où on le croyait enterré, ont échoué à trouver sa dépouille. Les recherches de la justice espagnole étant à l'arrêt, une organisation non gouvernementale espagnole qui collecte les traces des victimes du régime du général Franco, l'Asociación para la Recuperación de la Memoria Histórica (ARMH), avait demandé en avril à la juge fédérale argentine Maria Servini de s'emparer de l'affaire.
Une dépouille introuvable

Cette dernière, qui s'appuie sur le principe de compétence universelle en matière d'atteintes aux droits de l'homme, a accepté, a annoncé le groupe sur Facebook, précisant que «l'affaire a été incorporée à une enquête en cours par la juge Maria Servini pour crimes contre l'humanité».

La juge enquête déjà sur des crimes commis pendant la période franquiste, qui court sur près de quarante années après l'arrivée au pouvoir du général à l'issue de la guerre civile de 1936-1939, allant de faits de torture à des exécutions sommaires.
Garcia Lorca, détail du panneau droit du Triptyque espagnol d'Andrei Mylnikov (1979).
«Passé par les armes»

En 2008, le juge des droits de l'homme le plus célèbre du pays, Baltasar Garzon, a ouvert une enquête sur les crimes du régime, mais celle-ci a été abandonnée, signe du caractère sensible que revêt toujours la période.

«La juge a requis que les tribunaux de Madrid remettent le dossier de l'affaire à l'association», a-t-on appris de source judiciaire argentine. L'ouverture de l'enquête est intervenue à la veille du 80e anniversaire de la mort du poète, jeudi 18 août.

D'après un document datant de 1965 retrouvé dans les archives de la préfecture de police de Grenade, présenté par l'ARMH pour appuyer sa demande, Garcia Lorca «a été passé par les armes» et enterré «dans un ravin [...] en un lieu très difficile à localiser».
Un «Pacte de l'oubli»

Les historiens estiment que 500.000 personnes sont mortes pendant la Guerre d'Espagne opposant les républicains aux nationalistes. Des dizaines de milliers d'opposants à Franco ont été tués ou emprisonnés à la fin du conflit dans de violentes purges.

Durant la période de transition qui a suivi la mort de Franco, l'Espagne s'est dotée en 1977 d'une loi d'amnistie destinée à tourner la page de la guerre civile. Les Nations unies et plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ont réclamé l'abrogation de ce «Pacto de olvido» («Pacte de l'oubli») que Madrid justifie au nom de la transition et de la réconciliation entre «les deux Espagnes».

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Kirill Sérébrennikov, L'Année du Théâtre. (Discours devant le juge du Tribunal municipal de Moscou, 16 août 2018)

Kirill Sérébrennikov, L'Année du Théâtre.  (Discours devant le juge du Tribunal municipal de Moscou, 16 août 2018) | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Traduit et publié par André Markowicz sur sa page Facebook, 17 août 2018

 

"Votre Honneur,*

 

L'année prochaine a été décrétée en Russie "Année du Théâtre". Moi, mon "Année du théâtre", je l'ai déjà vécue ici! Voilà un an qu'on me garde en état d'arrestation sur des accusations fabriquées et absurdes. Voilà un an que ce "théâtre" se poursuit, — mes avocats et moi nous expliquons comment la "Plateforme" a été organisée réellement et pas selon les fantaisies de l'instruction. Un an que nous parlons de notre innocence, la mienne et celle de mes camarades. Un an que tout cela dure. L'instruction demande à présent de prolonger le délai de l'arrestation à domicile jusqu'en septembre. Pendant cette "Année de Théâtre", l'instruction n'a pas trouvé la force de présenter au tribunal un seul élément qui puisse justifier mon isolement de la société. Simplement, l'instruction n'a rien qui prouve que je disparaîtrai, que j'essaierai d'influencer les témoins, que je les menacerai, que je détruirai des preuves, que je m'adonnerai à des activités criminelles. L'instruction se fiche de la loi, et, à chaque fois, elle a convaincu le tribunal de la première instance — le Tribunal Basmanny — du fait que, dans notre affaire, la loi n'était pas l'essentiel. À présent, elle essaie de vous convaincre de la même chose, Votre Honneur, Juge du tribunal municipal de Moscou.

 

Je me suis déjà exprimé dans les enceintes d'un tribunal à de nombreuses reprises et j'ai raconté ce qui s'est réellement passé à la Plateforme, ce que j'y faisais, moi, en tant que directeur artistique, ce que faisaient mes camarades, quelles actions culturelles nous avons réalisées et quelle a été leur ampleur. Je ne me fatigue pas de le répéter. Dire la vérité est toujours facile. J'ai de quoi être fier — la Plateforme a été, sans aucun doute, un projet des plus importants, tant pour la culture de la Russie que pour mon propre parcours artistique. C'est évident pour tout le monde, même pour l'instruction.

 

Après avoir lu tous les tomes du dossier de l'instruction, je vois à présent toute l'absurdité tant de l'affaire elle-même que de tout ce qui se passe autour. Et il m'est évident aujourd'hui que les instructeurs, en s'efforçant de nous noircir, mes camarades et moi, en viennent aux mesures les plus extrêmes et les plus illégales. J'ai dit à maintes reprises qu'on nous avait calomniés en nous accusant d'un crime qui n'a jamais eu lieu. A présent que l'on a dévoilé un faux en écriture dans des procès-verbaux de témoignages, les falsifications des preuves sont évidentes pour chacun. Ce n'est pas nous qui devons lutter contre les forfaits de l'instruction, mais l'Etat lui-même qui ne cesse de s'appeler un "Etat de droit" et dans lequel le tribunal est considéré comme un organe honnête et indépendant.

 

Pendant cette "Année du théâtre", j'ai beaucoup réfléchi aux raisons de cette affaire, à qui elle pouvait rapporter, à ce que l'instruction s'efforçait d'obtenir. Qui a besoin d'anéantir un metteur en scène qui fait un théâtre libre même si ce théâtre ne plaît pas à certains ? Qui a besoin d'anéantir des gens qui travaillent aussi honnêtement qu'efficacement dans les conditions les plus difficiles d'une économie du théâtre pas encore fixée, sans lois qui aident au lieu d'être des obstacles dans l'activité quotidienne du théâtre ? J'ai beaucoup de questions et pas de réponses directes. Ceux qui en ont besoin, ce sont sans doute ceux qui veulent que tout le monde ait peur, et que toute la communauté du théâtre ne dise plus une seule parole honnête. Que le théâtre redevienne uniforme, consensuel, confortable, sans danger. On comprend que pour atteindre ce but, il n'y a qu'un seul moyen — le règlement de comptes. Un règlement de comptes dans lequel tous les moyens sont bons, même la falsification d'un procès-verbal de témoignages et le faux en écriture. Quand des irrégularités en comptabilité sont présentées comme un "crime commis par un groupe constitué spécialement dans ce but".

 

Pendant toute cette "Année du Théâtre", toute cette année réelle, on me dit constamment : "tenez bon" — et je suis infiniment reconnaissant à tous ceux qui me soutiennent. Reconnaissant pour leur foi en mon honnêteté et en ma totale innocence. Mais voilà ce que je veux dire : chers amis, vous aussi, "tenez bon". Moi, je suis déjà dans la meule, je comprends à quel point elle est sans âme, absurde, infâme, stupidement impitoyable. Je suis un homme libre et je ferai tout pour ne pas laisser cette meule me moudre. Je lutterai pour la vérité. Vous aussi, il n'est important que vous n'ayez pas peur, que vous ne laissiez aucune part à la lâcheté tant dans votre art que dans votre vie, de ne pas vous conduire de telle sorte qu'à la fin de l'Année du Théâtre, vous aurez honte. Et donc, vous aussi, — tenez bon !"

 

Kirill Serebrennikov

*

Quand Kirill Serebrennikov parle de falsification, il s'agit d'un fait : Alexéï Malobrodsky s'est rendu compte qu'une phrase, qui l'accusait, avait été ajoutée après signature par le témoin — laquelle a protesté publiquement contre falsification. Le document, faux, — et reconnu comme tel — n'a pourtant pas été retiré du dossier d'accusation.*

 

La détention de Kirill Sérebrennikov a été prolongée jusqu'en septembre.

 

Légende photo : Le metteur en scène et cinéaste Kirill Serebrennikov devant le tribunal de Basmany, à Moscou, le 23 août 2017 . TATYANA MAKEYEVA/REUTERS

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A Nexon le festival la Route du Sirque aime les échappées belles

A Nexon le festival la Route du Sirque aime les échappées belles | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan, le 16 août 2018

 

Dans ce bourg du Limousin de 2500 habitants, le festival la Route du Sirque apporte chaque année son lot de créations et de surprises . On y voyait ces jours-ci une acrobate écrire un poème, un jongleur célèbre prendre la parole et un conférencier entrer en scène avec un poireau.



Sur le faux-plat d’une colline fleurie jouxtant le magnifique « jardin des sens » de Nexon, trois tubes peints en blanc montent du sol pour se réunir en un mât lequel, trois ou quatre mètres plus haut, se courbe en potence. Le triangle dans l’espace ainsi formé au sol dialogue avec d’autres triangles du paysage, à gauche celui de l’église, à droite ceux des tours du château. Ce dernier, acquis par l’ancien maire clairvoyant du bourg ( en Nouvelle Aquitaine, à une vingtaine de kilomètres de Limoges), est devenu le centre névralgique d’un des douze pôles cirque que compte la France et chaque été en août s’y déroule un festival, la Route du Sirque. Le tout est dirigé par Martin Palisse depuis 2014 et présidé par Agnès Célérier depuis deux ans. Sur un parc qui frise la quarante hectares, les chapiteaux, en cette saison de festival, poussent comme des champignons, jusque sur la petite place de Nexon où le chapiteau de la famille Morallès accueille et anime chaque jour des ateliers pour enfants et adolescents.

Un poème corporel de Chloé Moglia

Il n’y a pas de place pour planter un chapiteau sur le faux plat où arrivent par bouffées senteurs du jardin des sens (collection unique de sauges venues du monde entier), le public s’assoit à même l’herbe hormis quelques chaises en plastique pour ceux dont les articulations peinent à maintenir durablement une position idéalement en lotus. Et c’est une chance pour Chloé Moglia que de pouvoir ainsi tutoyer le ciel. Pour l’heure, en short et débardeur blanc, elle traverse les rangs des spectateurs et gagne le pied du triangle où elle se saisit d’un corde que l’on n’avait pas vu jusque là. Par tractions successives la corde l’emporte en haut du mat, elle le fait en prenant son temps et en nous prenant à témoin, transformant la force de traction en gag de bon aloi. Pendant cette montée (en puissance), il lui arrive de nous regarder mais son regard semble voilé, comme si l’ailleurs, un autre monde peut-être, l’appelait déjà. Et c’est ce qui advient quand elle parvient en haut et que ses mains saisissent la potence.

Dès lors, c’est au ciel qu’elle s’adresse et c’est avec lui qu’elle enfante une danse en se déployant, se recroquevillant autour de la barre, en s’y tenant en équilibre. Un lent enchaînement comme un nœud (on pense à ces nœuds que fabriquait et dessinait Gérard Titus Carmel) qui se fait et se défait dans un dépliement lent, dense et continuel, bientôt hypnotique. Aucun exploit invité à être salué par une « salve d’applaudissement », aucun « numéro », mais bel et bien un poème corporel qui s’écrit à vue adossé au ciel, avec la complicité des chapeaux pointus du village. Cela porte un beau titre : Horizon .

Ce solo, Chloé Moglia, l’a créé en 2013, il semble aujourd’hui avoir atteint à Nexon, dans un lieu juste, l’accomplissement de sa plénitude. Ecoutons-la : « Plus j’avance, plus je sens que le déploiement de la force ancre dans une physique de la matière et qu’en définitive je vise par là extraire en creux l’inconsistance troublante de la faiblesse. Les extrêmes se rejoignent : la capacité de tenir, de durer, en suspension, mène au tremblement. Les muscles tressaillent et se révèlent fragiles au cœur de leur pouvoir. Je cherche l’équilibre sur cette fine crête qui unit et sépare puissance et impuissance. Pourquoi ? Sensation provisoire et infinie que le vivant y a trouvé son axe ».

Jérôme Thomas, jongleur de tout

Depuis combien de temps Jérôme Thomas jongle-t-il avec des balles blanches, des plumes de paon ou de pigeon, des notes, des paradoxes, des poussières, des papillons, des libellules, des sortilèges ? C’est un touche à tout, un jongle-tout. Formé naguère au cirque par Annie Fratellini, il est aujourd’hui conseiller artistique de l’Académie Fratellini, et il retrouve les traces de celle qui l’a formé à la Route du Sirque de Nexon où il est encore, pour le dernière année, artiste associé. En 1992 il a créé l’ARMO (Atelier de Recherches en Manipulation d’Objets) codirigé depuis l’an 200 par Agnès Célérier rencontrée au Théâtre 71 de Malakoff quand ils avaient créé ensemble en 1996 le premier festival de jonglage contemporain et improvisé, titré Dans la jongle des villes. Le goût de l’improvisation lui est venu du jazz où il croisa la crème de Michel Portal à Bernad Lubat, on l’a vu aussi, entre mille aventures, croiser la route du compositeur et metteur en scène Roland Auzet ou être à l’affiche du festival Musica à Strasbourg. Toujours en recherche, il lui arrive de s’égarer, la jongle, toujours lui tient lieu alors de boussole.

Jérôme Thomas dans "I-Solo" © Christophe Raynaud de Lage Jérôme Thomas dans "I-Solo" © Christophe Raynaud de Lage

Son nouveau spectacle I-solo, créé ces jours derniers à Nexon, fait retour sur ses œuvres et ses vagabondages depuis trente cinq ans. Ce n’est pas un best off, c’est même le contraire : une méditation jonglée. Il est seul en scène sous le regard de la dramaturge et metteure en scène Aline Reviriaud qui avait signé l’an dernier Dans la jongle des mots avec un jeune acteur, des poèmes de Christophe Tarkos et Jérôme Thomas. Tarkos notait dans ses Écrits poétiques « pour moi la langue n’est pas en dehors du monde, c’est aussi concret qu’un tas de sable qui te tombe sur la tête, c’est complètement réel, complètement efficace, efficient, utile ». Et c’est ainsi que, pour la première fois, Jérôme Thomas jongle avec des mots. Il part d’une balle initiale, par exemple « ce n’est pas facile de ne rien faire » et il la lance, elle rebondit, il la suit, la rattrape, la relance en lançant « dire que je ne fais rien n’est pas ne rien faire » et ça repart. Les balles tambourinent entre ses mains, elles ont elles aussi leur mot à dire. Elles se métamorphosent en clochettes, grelots, plumes de rien du tout. Les mots aussi on besoin de silence, de temps comme mort. Alors entre deux lancers de balles et une chaise tournante passe en coup de vent le fantôme de Fellini , celui de La strada et plus encore celui de Luci del varietà son premier film.

Écoutons Jérôme Thomas : « Je me suis toujours demandé si ce n’était pas la lumière du spectacle qui me faisait jongler. Ou alors la musique ? Peut-être tout simplement, la parole ! Une parole qui génère le jonglage alors…Va savoir…Tout est dans le tout. ». Effectivement. Et I-solo en est la preuve, tombant comme un cheveu blanc dans la soupe numérique du temps. Un spectacle, au final, ô combien beckettien. On pense à ces derniers mots de L’innommable du grand Sam: « ...là où je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, il faut continuer, je vais continuer. »

Le jour où Franck Lepage rencontra Christiane Faure

Si Chloé Moglia ne parle pas pendant son spectacle mais s’exprime par écrit, si l’ habituellement muet Jérôme Thomas ose prendre la parole comme le fait un autre muet Johan le Guillerm dans son dernier spectacle (lire ici), il est un être pour qui parler, s’aventurer dans les mots et en démonter les mécanismes, les usages et les détournements, est la grande affaire, c’est Franck Lepage. Et il va s’y employer durant plus de cinq heures dans Inculture I sous titré « l’éducation populaire monsieur , ils n’en ont pas voulu… une autre histoire de la culture ». Ce n’est pas un spectacle à proprement dit quoique Franck Lepage n’ignore rien de l’art de l’acteur mais une « conférence gesticulée » où il entre en scène poireau dans une main, arrosoir dans l’autre, disant cultiver des poireaux en Bretagne et poursuit : « avant j’étais à Paris et j’étais dans la culture, la culture tout court ». Le mot « culture » étant dit avec une pointe de dégoût d’autant qu’elle est régie par un ministère du même nom. Pour avoir longtemps travaillé dans le secteur (il a été responsable national, du secteur culturel de la ,fédération française des maisons des jeunes et de la culture) il a arrêté d’y croire. Mais il croit dans l’éducation populaire. C’est ce que raconte sa conférence, increvable, il en est à plus de six cents représentations, avec à chaque fois moulte propos annexes inscrits dans des « parenthèses » toujours ouvertes et jamais refermées.

Franck Lepage donnant sa conférence gesticulée © dr Franck Lepage donnant sa conférence gesticulée © dr

« Il avait fallu une Shoah pour admettre que ni l’instruction ni la culture n’étaient une garantie pour préférer la démocratie au fascisme » dit-il dans sa conférence. Cette phrase et beaucoup d’autres on les retrouve dans un article publié en août 2005 dans la défunte revue Cassandre, un numéro consacré à l’éducation populaire sous le titre « Avenir d’une utopie » et dont Franck Lepage était le principal contributeur à travers les différents entretiens qu’il a mené pour raconter un rendez vous largement manqué. Un entretien avec Henri Cordreaux ( "comédien routier" chez Léon Chancerel, en 1943 dans un camp de prisonnier, Cordeaux et Hubert Gignoux montent des spectacles de marionnettes, en 1945 il est nommé instructeur d’art dramatique). Un autre entretien avec Gabriel Monnet ( instructeur lui aussi, à l’origine de la fondation de Peuple et culture à Annecy où sa route rencontre celle de Vinaver, il monte Les Coréens, mais censuré, quitte son poste et rejoint Jean Dasté à la Comédie de Saint-Étienne, on connaît la suite). Et bien d’autres encore.

Une personne, une seule, refuse non de lui parler mais d’être enregistrée et même que son interlocuteur prenne des notes, c’est Christiane Faure (sa sœur fut la seconde épouse de Camus) qui a joué un rôle de premier plan avant de déchanter: « l’éducation populaire, monsieur, ils n’ont pas voulu » lui dit elle. « Ils », ce sont les gaullistes, les communistes, les socialistes et tous les ministres de la culture qui se sont succédés au pouvoir. Cette rencontre avec Christiane Faure, prend toute son ampleur dans la seconde partie de la conférence, après un entracte..On la suit à la trace en 1942 à Oran où elle est prof de lettres et se dit choquée par la façon dont les établissements scolaires dressent des listes après la promulgation des lois anti juives., elle organise alors des cours clandestins. A son arrivée en France elle est auprès de René Capitant, le ministre de l’éducation nationale du premier gouvernement De Gaulle, puis de Jean Guéhenno chargé de créer un « bureau de l’éducation populaire » pour l’éducation des adultes, service qu’il confie à Christiane Faure. Le but dit-elle: former des esprits critiques en se fondant sur l’action artistique. Elle repart en Algérie et à son retour, elle a la surprise de voir la jeunesse et les sports réunis dans un même ministère. Une aberration durable. Et l’ogre sports aura tôt fait de manger l’autre.

Franck Lepage raconte cela et ce qui s’en suivit en faisant sans cesse des allers et retours avec aujourd’hui. Ainsi ce final où il sort des cartes à jouer. Su chaque carte un de ces mots qui font l’ordinaire des colloques et des discours des politiques, des mots vides de sens mais qui ont l’air d’en avoir un quand on les associe à d’autres, des mots comme « lien social », « diagnostic partagé », « aménagement », « contrat », « territoire », partenariat ». Il bat les cartes et les retourne une à une élaborant un discours, une intervention. Il rebat les cartes et recommence, autrement, mais c’est la même chose : un discours vide qui a l’air plein.

Franck Lepage n’est pas seul à faire le tour de France avec des conférences gesticulés. Il a fondé L’Ardeur avec d’autres conférenciers comme Thierry Rouquet, Hervé Chaplais, Bernard Friot, Anthony Pouliquen. Voir les prochaines conférences sur le site de L’Ardeur. On peut aussi visionner différentes séances sur YouTube en particulier les excellents ateliers sur la langue de bois où l’on se délecte de pléonasmes comme « démocratie participative », d’oxymores comme « croissance négative » ou « flexi-sécurité ».

Certains pourraient se demander ce que vient faire une conférence gesticulée dans un festival de cirque. Mais justement. C’est à dessein que Martin Palisse, le directeur de la Route du Sirque a programmé Franck Lepage, au demeurant sans le connaître. Sa conférence (un gros succès) lui a donné des ailes pour la suite. Le cloisonnement des arts est une absurdité. Il favorise le quant à soi et non l’échange, la confrontation. Nexon a une belle histoire mais, à l’aube de se dix ans, un redéploiement semble opportun. D’autres festivals feraient bien d’en faire autant.

La route du Sirque à Nexon (87), jusqu’au 25 août (programme ici)

I-Solo en janvier à Amiens, en février à Limoges,, au printemps à Dijon.

Inculture 1 sera le 22 sept à Faverne-Seythenex (74), le 27 sept à Troyes (10), le 2 oct à Rouen (76), le 6 oct à Saint-Amand Montrond (18), le 16 oct à Caen (14).

 

Légende photo :
Chloé Moglia dans "Horizon" à Nexon © Etienne Rue Chloé Moglia dans "Horizon" à Nexon © Etienne Rue 

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Rencontre avec Phia Ménard, la metteuse en scène qui veut abattre le patriarcat

Rencontre avec Phia Ménard, la metteuse en scène qui veut abattre le patriarcat | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Manon Michel dans Les Inrocks le 11.08.2018

Lire sur le site des Inrocks



Jongleuse, performeuse et metteuse en scène nantaise, Phia Ménard présentait lors de la dernière édition du festival d’Avignon son spectacle Saison Sèche, véritable brûlot anti-patriarcat. Une fois l’excitation du festival retombée, on a discuté avec elle féminisme, rituels, assignation et fluidité des genres.
Comme chaque année, une douce frénésie s’empare de la cité des papes dans la torpeur du mois de juillet. Avec plus de mille spectacles dans le OFF et une quarantaine dans le IN, Avignon se transforme en dédale d'ateliers et de spectacles. Au milieu de cette profusion, la metteuse en scène Phia Ménard s'est fait remarquer en présentant Saison Sèche, un spectacle  empruntant “à la danse, aux arts plastiques, au théâtre et au cinéma anthropologique” mais surtout rentrant en résonance avec les questions soulevées par #MeToo à savoir le combat contre un système d'oppression masculine et le crépuscule du patriarcat. Le 19 juillet, elle s’exprimait à ce sujet durant une table ronde organisée par France Culture dédiée à l’éclatement du genre dans le théâtre. Une fois l’excitation du festival retombée, nous avons voulu pousser plus loin la discussion.

Comment est né votre spectacle Saison Sèche ?

Phia Ménard - Mes spectacles sont souvent des histoires qui se déroulent dans ma tête sur le long terme. Saison Sèche remonte à 2015, alors que j’écrivais Belle d’hier, durant lequel cinq femmes travaillaient l’humanité afin de détruire le patriarcat. Mon but était de déconstruire le mythe du prince charmant et de la princesse, avec l’idée que la société ne grandirait pas tant que ces mythes ne seraient pas détruits. Je savais qu’il fallait un second volet - et sans doute d'autres - sur la question de l’assignation des genres. Dans une société patriarcale comme la nôtre, la souffrance est énorme et, surtout, elle tue. En parallèle du spectacle, toujours en 2015, j’avais commencé à noter dans un carnet tout ce que les hommes me disaient dans la rue. Je notais le profil de celui qui m'interpellait et j'en dressait un portrait robot.


La pièce commence d’ailleurs par une insulte qui vous a été adressée...

Tout à fait. J'adresse à la salle un "je te claque la chatte", une insulte qui résume pour moi toutes celles que nous pouvons subir en tant que femmes. Des insultes sexistes qui rappellent que trop d'hommes nous considèrent comme des proies. Je me suis amusée avec ma propre équipe - qui est mixte - à demander quelle insulte serait la plus sexiste envers un homme. Nous avons réalisé qu'on n'insulte jamais les hommes. Ils s'insultent entre eux, mais il est plus que rare qu’une femme insulte un homme dans la rue en le prenant à défaut. L'insulte du début de spectacle vaut la signification de notre soumission.

Vous qualifiez cette technique de "méthode de l’anesthésie". Que voulez-vous dire par cela ?

C’est une manière de faire en sorte que le spectateur soit saisi. Il arrive dans un festival où il y a je ne sais combien de milliers de spectacles ; il passe de l'un à l'autre, et j'ai la prétention de lui dire que je tente de faire un travail d'art sans pitié. Je ne vais pas le brosser dans le sens du poil mais plutôt lui dire : "attention, ce dont je vais te parler est important".

Plus généralement, le théâtre est pour vous un endroit pour vivre quelque chose, et non pas pour montrer.

Bien sûr. Je ne suis pas là pour montrer quoi que ce soit, mais pour essayer de déjouer les attentes. Le spectateur se retrouve parfois éprouvé. Pour moi, l'art est un endroit sublimatoire qui doit changer les choses. J’ai peut-être l’air de rêver quand je dis ça mais au moins j’essaye. Sans essayer, on tombe dans la complaisance et on est là juste pour briller et faire une carrière. Pour moi, l'important réside dans le fait de rappeler que l'humanité doit progresser, qu'elle ne me satisfait pas et qu'elle ne satisfait pas la majorité de la planète. A nous de savoir provoquer grâce aux formes de théâtre, qui passent non pas de prime abord par l'intellect mais par quelque chose d'organique, qui peut provoquer des frissons de plaisir ou un rejet. Surtout, je désire rappeler que le théâtre n'est pas réservé à une élite. Bien sûr, chacun ira à son niveau de lecture, mais j'essaye toujours d’offrir la possibilité de sentir quelque chose.


Lors de la conférence sur l’éclatement du genre organisée par France Culture, vous avez déclaré que l’art avait été pour vous la seule manière de continuer à vivre. Pourquoi l'art ?

Car c'est un endroit de la liberté, l'endroit où le doute est permis. Un espace où vous pouvez être dans l'expression du doute et où on ne vous rejettera pas pour ça. Le doute constitue la contre-société, qui n'est pas celle de la réussite. Ce n'est pas celle du profit, il n'y a pas de profit à douter. Il y a certes un profit humain, celui d'échanger, de dialoguer, d'ouvrir des regards et d'amener des émotions, mais ça ne sera jamais un profit marchand.

Vous expliquez que le milieu du théâtre reflète finalement le reste de la société, notamment au niveau des divisions entre genres. Reste-t-il tout de même un espace de liberté indépendant ?

D'un point de vue légal, c'est l'endroit où il peut y avoir toutes les libertés. Mettez-vous nue dans la rue en faisant un acte théâtral et vous finirez au poste. Si vous le faites au théâtre, on tiendra compte du lieu, la scène étant un espace qui ne prend personne au dépourvu puisque chacun y vient de son plein gré. Le théâtre doit continuer à être un espace de questionnement libéré de tous les carcans. Et les plus grands carcans sont les pressions religieuses, les pressions morales... Tout ce qui va faire qu'on essaye de tuer la possibilité à l'être humain de continuer à partager ces doutes. Qu'est-ce que c'est que l'espace de théâtre ? C'est un endroit où l’on réutilise sans arrêt les œuvres du répertoire. Elles se transmettent sans arrêt d'une génération à une autre, et c'est bien là la force du théâtre. De dire sans arrêt que ce n'est pas fini. Que tout acte, même ceux qui pourraient être considérés comme grossiers ou déviants, restent des interprétations. Le théâtre est un endroit de l'imaginaire, qui permet de nous demander ce qui est déviant dans la société. Et la déviance repose-t-elle réellement chez des personnes qui se questionnent sur leur genre ou chez des couples qui vivent de tel ou tel mode de vie ? La déviance ne serait-elle pas plutôt un pouvoir qui utilise sans arrêt la police comme matière de répression et poursuit dans une société patriarcale ? Pour revenir à la liberté du théâtre, la question reste de savoir s’il y a moins d'artistes femmes intéressantes. Or, qui peut oser affirmer : "s'il y a moins de femmes metteuses en scène c'est qu'elles sont moins bonnes que les hommes" ? Le jugement serait déplacé car c'est faux. Qui va juger Angélica Liddell, Ariane Mnouchkine ? Ces femmes là ont eu une force de conviction plus grande, des soutiens, et elles n'ont rien lâché.

Vous disiez rêver d’un rituel qui briserait le patriarcat. Quel rituel imaginez-vous ?

Le rituel c’est Saison Sèche. J'y imagine sept femmes se jouant de la possibilité de s'extraire de leurs codes d'assignation, de pouvoir emprunter ceux de l'autre, et de montrer que cette assignation est ridicule. Le rituel concret a déjà été imaginé, notamment par Najat Vallaud-Belkacem et son idée des ABCD de l'égalité, c’était en tout cas un espoir de dire : "il n'y aura que par l'éducation que nous arriverons à changer l'évolution entre les hommes et les femmes". Et peut-être que nous arriverons à pacifier ce monde. Ça peut rentrer dans des choses très simples, comme par exemple se moquer des gestes du pouvoir qui n'ont aucun sens. Savoir s'extraire de la soumission. Par exemple, lorsque cet homme m’a interpellée dans la rue pour me dire : "je te claque la chatte", je me suis retournée et je lui ai dit : "je crois que tu n'es pas à la hauteur". Le rituel serait de rappeler que le chasseur, si la proie lui ramène sa flèche, est particulièrement honteux. Des petits rituels à inscrire pour éviter le silence, pour éviter l'oppression. Peut être qu'il faut juste se lever le matin et se dire que face à la violence, on saura toujours opposer la défiance qui est celle de la raison.


En parlant de silence, il est selon vous nécessaire d’apprendre le silence aux hommes. Est-ce que cela peut être une clé à la fin du patriarcat ?

Bien sûr. Il faudrait que les hommes apprennent le silence et surtout qu'ils apprennent à écouter les autres, à commencer par les femmes. Écouter ce qu'elles ont à leur dire, pas écouter en pensant à autre chose, vraiment écouter. Aujourd'hui, c'est toujours l'homme qui décide et qui conclut. Malheureusement, on est obligé d'ériger le constat que les sociétés dirigées par les hommes ne vont pas bien. Parce qu'ils n'ont pas la réponse, et qu'ils font croire qu'ils l'ont. Cela ne veut pas dire que les femmes ont la réponse, ça veut simplement dire qu'il y a une croyance à dire que l'homme est capable, qu'il est le chef, mais il est en réalité faible comme les autres. Sauf qu’on lui a appris à ne jamais montrer.

On peut lire dans de nombreux artistes que votre spectacle est féministe, c’est un terme que vous revendiquez ?

Je revendique un féminisme de combat. Quand j'étais encore dans la peau d'un homme, j'avais d’ores et déjà cette sensibilité d’observer la société et la séparation des pouvoirs. Il suffisait de regarder les relations entre mon père et ma mère, les relations dans le milieu ouvrier dans lequel j'ai grandi... Voir qui faisait fonctionner les choses et qui tirait profit. A cette époque j'allais déjà dans des manifestations féministes car j'étais offusquée par cette violence, mais je n'avais pas la permanence du corps. Quand la manifestation se terminait et que je retournais chez moi, je retrouvais un confort de la toute puissance puisque mon corps symbolisait la toute puissance. Aujourd'hui, je ne sais pas comment une femme fait pour ne pas être féministe. Ou dans le cas de figure de la fameuse lettre où Catherine Millet, Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie... ont commencé à dire qu'il fallait arrêter avec #balancetonporc. Mais quand on regarde bien, elles sont blanches, dans la haute société. Au même titre que quand je lis une critique sur Saison Sèche, expliquant que c'est une caricature des hommes. Cette journaliste n'a jamais vécu l'abus, elle a toujours vécu dans la possibilité d'être au pouvoir, blanche, dans une société avec de l'argent... Qu'est-ce qu'on connaît de cette violence quand on est à l'endroit du pouvoir ? Je ne peux pas revendiquer autre chose que de dire que je suis une féministe de combat. Pour les générations à venir, il faut que cette violence cesse. L'assignation des corps est née sur des critères que la religion a pris en main de manière fallacieuse, et il faut sortir de ça pour le bien de la société.

Vous qualifiez d'ailleurs l'assignation de cancer de notre société.

C'est peut-être un terme un peu fort mais je n'en vois pas d'autre. Je le vois dans mon cas, je n'ai pas changé, j'ai juste changé de corps, et pourtant je peux vous dire que la relation à la société est toute autre. J'ai découvert d'un seul coup qu'on m'en voulait, qu'on me prêtait des intentions, qu'on me regardait comme une proie. C'est absurde. L'assignation est une absurdité. La question est de savoir jusqu'où on s'accorde avec la soumission. On continue à obéir par confort, mais le confort sera nettement mieux si on arrive à obtenir une autre société.

Vous vous attendiez à cela avant votre changement de sexe ? Vous avez été choquée par ce changement de regard ?

Est-ce qu'on s'y attend, non. Comme ma génération, on a toutes dû passer par un parcours psychiatrique, prouver que nous n'étions pas folle mais que nous nous posions des questions beaucoup plus essentielles. Il a fallu affirmer que nous voulions continuer à vivre mais que notre peau ne nous convenait pas. Choisir de se sentir mieux dans un autre corps, c’était aussi choisir de se soumettre à certaines assignations. Mais entre le fantasmer et le vivre, ce n'est jamais la même chose. Aujourd'hui, il est évident que pour moi, ce rapport par l'expérience et le regard me fait dire que c'est absolument impossible de continuer une société comme ça. Et je pense qu'à un moment où nous nous posons continuellement la question de l'avenir, quand on voit des Trump, des Poutine, des Erdoğan, des Collomb et des Macron... on se dit qu'on est au comble du phallocrate. Il est bon de se dire vivement que les femmes reprennent la main sur tout ça, pour ramener un petit peu de calme. Jusqu'à preuve du contraire, rare sont les femmes qui appuient sur des boutons pour aller faire péter des bombes.

Propos recueillis par Manon Michel

Saison Sèche sera présenté à Paris au mois de janvier à la MC93 avec le théâtre de la ville.

Photo Phia Ménard © Jean-Luc Beaujault

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