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Lettre des intermittents au Premier ministre

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TRIBUNE PARUE DANS LIBERATION DU 5 JUIN :


Nous dirigeons des théâtres, des festivals, des compagnies qui œuvrent pour la création et la diffusion du spectacle vivant sur l’ensemble des territoires. Acteurs du secteur public des arts et de la culture, nous vous interpellons solennellement pour vous demander que l’accord Unédic, signé le 14 mai, par les partenaires sociaux ne soit pas agréé en l’état par votre gouvernement. Les mesures prévues pour les annexes VIII et X viendraient aggraver le système en vigueur depuis 2003, dont les règles ont déjà prouvé leur injustice et leur inefficacité. Les salariés les plus précaires et les structures les plus fragiles seraient particulièrement affectés par la nouvelle hausse de 2 points des cotisations patronales et salariales, le nouveau différé d’indemnisation concernant 48% des intermittents, contre 9% actuellement dès 8 300 euros brut en 507 heures sur 10 ou 10,5 mois, ainsi que le plafonnement du cumul des salaires et des indemnités mensualisés plutôt qu’annualisés en lien avec une date anniversaire comme nous le préconisions.

Depuis plus de dix ans, le Syndeac, d’autres organisations professionnelles et des parlementaires membres du Comité de suivi de la réforme de l’intermittence ont établi des propositions précises pour une réforme équitable et durable de ce régime spécifique d’assurance chômage. Une étude commandée à deux chercheurs indépendants a permis de démontrer la justice sociale et l’efficacité économique du modèle alternatif que nous défendons.

De même, l’Assemblée nationale et le Sénat ont mené, en 2013, des auditions sur l’emploi artistique et proposé à leur tour des pistes de réforme. Les négociations paritaires de cette année auraient dû être l’occasion d’analyser ces propositions concrètes. Mais tous ces travaux ont été ignorés par certains partenaires sociaux.

Le ministre du Travail a été interpellé ces dernières semaines par de très nombreux élus de gauche, demandant, par courrier ou en question publique, de ne pas agréer cette nouvelle convention pour ces mêmes motifs de justice sociale et de prise en compte des propositions de réforme existantes.

Alors oui, nous attendons plus d’un gouvernement de gauche que le strict respect du dialogue social paritaire. Nous attendons beaucoup plus d’un gouvernement de gauche que la seule préservation des annexes spécifiques pour les intermittents du spectacle. Nous attendons d’un gouvernement de gauche autre chose que des Assises dilatoires et la promesse d’une caisse de bienfaisance. Et nous attendons toujours d’un gouvernement de gauche les preuves d’une ambition pour la culture. Agréer la convention en l’état relèverait d’une provocation au regard de la situation sociale de notre pays et de son niveau de chômage. Ce serait une erreur, voire une faute, à la veille des festivals d’été qui font le rayonnement international de notre pays : déjà le Printemps des comédiens de Montpellier est stoppé dans son envol… et demain ?

Il serait sage d’entendre enfin la juste colère des artistes, des techniciens, des professionnels de la culture. Il serait sage d’entendre aussi les inquiétudes que près de 100 parlementaires et élus locaux ont adressées par courrier au ministre du Travail pour lui demander de ne pas signer ce texte.

Avec eux, à travers la justice et l’équité d’une réforme du régime de l’intermittence, nous défendons aussi le développement humain, culturel et économique des territoires. Parce que l’humain est le moteur de tout acte de création, il est impératif de préserver ces emplois.

Nous continuons d’attendre de votre gouvernement qu’il renonce à agréer cette nouvelle convention Unédic en l’état ou qu’il accepte à tout le moins d’y surseoir pour partie : les annexes VIII et X méritent une nouvelle concertation. Nous vous prions de recevoir, Monsieur le Premier ministre, l’expression de notre haute considération.

Parmi les premiers signataires :

Jean-Paul Angot Directeur de la MC2 Grenoble, président de l’Association des Scènes nationales - Fabien Barontini Directeur de Sons d’hiver, élu au Conseil national du Syndeac (CNS) -  Jean Boillot Metteur en scène, directeur du Nord-Est Théâtre, centre dramatique national de Thionville Lorraine, élu au CNS, secrétaire de l’Acid-Association des CDN/R -  Hélène Cancel Directrice du Bateau Feu, scène nationale de Dunkerque, présidente déléguée du Syndeac  -  Romaric Daurier Directeur du Phénix, scène nationale de Valenciennes, président délégué du Syndeac  - Judith Depaule Metteure en scène, directrice artistique de Mabel Octobre, déléguée suppléante du Syndeac en Ile-de-France  - Héla Fattoumi Chorégraphe, codirectrice du centre chorégraphique national de Caen Basse-Normandie, présidente déléguée du Syndeac  - Madeleine Louarn Metteure en scène, directrice du Théâtre de l’Entresort, présidente du Syndeac  - Arnaud Meunier Metteur en scène, directeur de la Comédie de Saint-Etienne, centre dramatique national  - Olivier Py Auteur et metteur en scène, directeur du Festival d’Avignon  - Pauline Sales Auteure, comédienne, codirectrice du Préau, centre dramatique régional de Vire, présidente déléguée du Syndeac, coprésidente de l’Acid-Association des CDN/R  -  Emmanuelle Vo-Dinh Chorégraphe, directrice du Phare, centre chorégraphique national du Havre Haute-Normandie…

Retrouvez la liste complète des signataires sur :

http://www.syndeac.org/index.php/politiques-publiques/intermittence

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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

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Nous ne lisons pas les "Suggestions" (qui sont le plus souvent jusqu'à présent des invitations, des communiqués de presse ou des blogs auto-promotionnels), donc inutile d'en envoyer, merci !

 

Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

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Avignon off : la consécration du roi Abdel Ier | Le

Avignon off : la consécration du roi Abdel Ier | Le | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan 18.07.2018

 


Avec un communicatif goût du récit et une rondouillarde générosité mêlant petites histoires de la vie et chansons, Adlewaheb Sefsaf, acteur- auteur- conteur -chanteur oriental né en France et s’étant formé à l’école de théâtre de Saint-Étienne raconte et chante "Si loin, si proche", l’ épopée d’une famille algérienne dans la France des années 70 entre Saint-Étienne et le bled. Quel voyage !


scène de "Si loin si proche" © Renaud Vezin
Tout est rond chez Abdelwahed Sefsaf. Sa bouille, son crâne au cheveu ras, son ventre (façonné par « une cuisine qui combine à part égales le sucre, sa moule, le beurre et l’huile »), ses phrases, sa façon de parler, et tout en rondeurs est sa façon de chanter-danser. Son nouveau spectacle Si loin si proche, est disons-le sans attendre, une merveille. E constitue la meilleure réponse au mauvais coup du maire de Roanne, Yves Nicolin (UMP) qui, à peine élu, avait envoyé deux policiers au domicile d'Abdelwahed Sefsaf porter un pli lui signifiant, sans raison, son licenciement immédiat à la tête du théâtre de la ville qu’il venait de diriger avec succès de 2012 à 2014.

A dix dans une estafette

Parti d’Algérie avec sa jeune femme, le père Abdelwahed Sefsaf était venu travailler dans les mines à Saint-Étienne. Naissance après naissance, tout le monde, y compris la grand-mère s’entasse dans une pièce « sans eau courante ni toilette », un nouveau logis leur apportera l’eau courante « pas tous les jours » et des toilettes « sur le palier ». Le père quitte la mine suite à un accident, il finira par vendre des fruits et légumes sur les marchés. Au quatrième enfant la mère a enfin le doit de sortir dans les rues..

Dans les années 70 , lorsque le président Giscard d’Estaing prône (largement ) et finance (modestement) une politique du retour, la famille décide de revenir au pays, au bled, pour y construire une grande maison. Algériens devenus Stéphanois, il n’habiteront jamais cette maison. L’un de leurs fils, Wahid, né en France, s’installe en Algérie. Toute la famille fait le voyage pour son mariage et apporter le djhez, en français la dote ( ce voyage de trois mille kilomètres à dix dans une estafette constitue le grand moment épique du spectacle), mais le mariage est un échec, le fils revient en France. Pas simple de « revenir » dans un pays où l’on est pas né ou que l’on a quitté depuis trop longtemps.

Cette chronique somme toute banale, Abdelwahed Sefsaf en fait une truculente épopée en la tressant par le filtre de ses souvenirs d’enfance avec de craquantes anecdotes, des tas de petits faits ordinaires qui en deviennent extraordinaires par la magie de son dit nourri de langue de Victor Hugo et celle de Shéhérazade. Abdelwahed Sefsaf rassemble ses langues dans un bouquet fleuri et odorant où se côtoient le français des romanciers appris à l’école, celui des Algériens de France qui l’ont appris sur le tas, la langue arabe, la seule que pratiquent sa mère et sa grand-mère, sans compter les accents et le charme qui en découle.

La maison future donne un sens à la vie et justifie les inconvénients et les sacrifices du présent à vivre éternellement dans du « provisoire » avec « une ardeur à la bricole qui n’a d’égale que son improbable sens de l’esthétique ». Chez « l’immigré algérien des années 70-80 » poursuit Abdelwahed Sefsaf « le moche est une abstraction. Si c’est solide, c’est beau, car la solidité est une beauté suffisante ».

Nomade in France

C’est un regard d’une immense tendresse que le fils porte sur son père qui avait installé un portrait du président Boumédienne dans la cuisine et, sa vie durant, ne cessa de répéter : « cette maison, c’est pas pour moi, c’est pour vous ». Il en va tout autant pour la mère qui avait la main leste mais gardait le martinet pour les grosses bêtises : « Pour mériter un enfance sans martinet, il aurait fallu une enfance sans enfance » confesse Abdelwahed avec gourmandise.

Chaque avancée du récit, volontairement non chronologique, est ponctuée par une chanson, écrite (le plus souvent en arabe ) et chantée par Abdelwahed Sefsaf, composée et accompagnée par de vieux complices (Georges Baux et Nestor Kéa) avec lesquels Abdelwahed a formé le groupe Aligator en 2015. Ajoutons le nom de Souad Sefsaf, la décoratrice, et celui d’une autre amie, Marion Guerrero qui co-signe la mise en scène avec celui que tout le monde appelle Abdel.

Ancien élève de l’école de théâtre de Saint-Étienne, Abdelwahed Sefsaf a mené une carrière théâtrale marquée par un long compagnonnage avec Jacques Nichet auprès de qui il rencontre Georges Baux. En 1999, il fonde et dirige le groupe musical Dezoriental, souvent primé et qui a connu une belle carrière avant sa dissolution. En 2010, Abdel fonde la Compagnie Nomade in France dont Si loin si proche est le troisième spectacle, mi-musical, mi-théâtral comme les précédents (Fantasia Orchestra, Medina Mérika). Un spectacle qui est au carrefour de ses vies, entre la France et l’Algérie, la musique et le théâtre, l’histoire de sa famille et sa faconde à broder des histoires.

Festival d’Avignon off, au 11 Gilgamesh Belleville à 16h10 jusqu’au 27 juillet (sf le 18). Du 18 au 23 décembre à la Maison des métallos. Puis tournée en 2019 : Tarare, Saint-Étienne, Privas, Goussainville, Oyonnax...

Le texte de la pièce est publié aux éditions Lansman, 42p, 10€

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Avignon : une balade entre le « off » et le « in »

Avignon : une balade entre le « off » et le « in » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Brigitte Salino dans Le Monde 16.07.2018

(Extraits)

 

[...]   Pari réussi, en tout cas avec un spectacle qui fait le plein à 11 h 45 : Je m’en vais mais l’Etat demeure, écrit et mis en scène par Hugues Duchêne.

Une pièce « en mouvement »
Comme ses camarades avec qui il joue, Hugues Duchêne (27 ans) a été élève comédien à la Comédie-Française, c’est-à-dire qu’il a partagé le plateau avec la troupe des sociétaires et pensionnaires pendant la saison 2015-2016, pour finir de se roder au métier. En 2017, il a joué au Studio de la Comédie-Française avec la joyeuse bande de Comme une pierre qui… Plus jeune, il est passé par Sciences Po Lille, s’est engagé dans les jeunesses socialistes. C’est un observateur ironique de la France, qui a écrit une trilogie sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy avant de lancer le projet très particulier de Je m’en vais… : chroniquer en direct le quinquennat d’Emmanuel Macron.


Nous avons donc une pièce qui n’est pas « en marche », mais « en mouvement ». Elle commence à l’automne 2016 avec la sortie d’Un président ne devrait pas dire ça (Stock, 2016), le livre de nos confrères Gérard Davet et ­Fabrice Lhomme, qui a mis le feu aux poudres et lancé la campagne électorale dont Emmanuel Macron est sorti l’inattendu vainqueur, en mai 2017. Hugues Duchêne et ses amis avaient tous voté Mélenchon, et leurs parents Macron.

La suite est observée à travers les procès qui ont marqué la première année d’Emmanuel Macron : Hugues Duchêne les a suivis avec la même attention que celle qui l’avait fait s’immiscer dans tous les meetings, souvent au culot, pendant la campagne.

Enlevé, drôle et malin
Le résultat est réjouissant : une bande de sept bons acteurs passe en revue une année judiciaire, sociale et politique. Les procès ­d’Antonin Bernanos, d’Abdelkader Merah, de Georges Tron, de Jawad Bendaoud et de Carlos sont émaillés de choses vues, de portraits souvent corrosifs et de notations sur la vie privée d’Hugues Duchêne.

C’est enlevé, drôle, malin, et court : un peu plus d’une heure, comme le veut la règle dans le « off », où les spectacles s’enchaînent toutes les deux heures, au nom d’une rentabilité financière qui condamne certaines pièces classiques, comme Bérénice, de Racine, à être amputées.

Mais il arrive aussi que des compagnies échappent à la règle : Ce qui demeure, programmé par La Manufacture, une des bonnes salles du « off », se joue à la patinoire, hors des remparts, où les spectateurs sont emmenés gratuitement en car. Là, le spectacle peut se déployer sans ­contrainte en une heure et quarante minutes. Ecrit et mis en scène par Elise Chatauret, il repose sur le dialogue entre deux femmes, l’une jeune, l’autre de 92 ans, qui raconte son histoire. C’est fin, délicat, fort bien mis en scène et joué. Une pépite réconfortante, comme on en trouve dans le « off ».


Je m’en vais mais l’Etat demeure, de et mis en scène par Hugues Duchêne. Théâtre du Train bleu, à 11 h 45 les jours pairs, jusqu’au 28. Tél. : 04-90-82-39-06. 13 € et 19 €. www.theatredutrainbleu.fr

Ce qui demeure, de et mis en scène par Elise Chatauret. La Manufacture, à 10 heures, jusqu’au 26 (relâche le 19). Tél. : 04-90-85-12-71. De 8 € à 19,50 €. lamanufacture.org

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Avignon: deux façons de s’échapper de l’étouffant chaudron avignonnais

Avignon: deux façons de s’échapper de l’étouffant chaudron avignonnais | Revue de presse théâtre | Scoop.it



  Par Jean-Pierre Thibaudat  pour son blog : Balagan - 16 juil. 2018

La première façon d’échapper aux torpeurs avignonnaises (chaleur et prestations accablantes) est celle d’un spectacle qui vous emporte dans un abyssal ailleurs, c’est le cas avec Ali Chahrour. La seconde façon c’est de sortir de la ville, de tracer la route et se retrouver sous les lampions campagnards d’un modeste festival comme celui d’Alba la Romaine où le nouveau Trottola vous attend.



Ali Chahrour porte l’expression « trembler de tout son corps » jusqu’ à son comble. C’est à dire qu’il tremble non seulement des épaules mais aussi des bras, des mollets, des cuisses du ventre, du cuir chevelu. Son corps, à peine dissimulé par un jean et un t shirt, est comme le métronome sismique de ceux qui l’entourent : les musiciens Ali Hout et Abed Kobeissy et surtout la phénoménale actrice et chanteuse Hala Omran. C’est la voix de cette dernière, qui, venue de loin, du plus profond de « l’Orient extrême »comme disent les gazettes et les poètes réveille en nous une fascination pour les rites de mort. C’est cette voix et son dialogue constant avec le corps d’Ali Chahrour qui forment le vecteur du nouveau spectacle du danseur et chorégraphe. Son titre danse en lettres arabes avant d’être traduit en anglais, la langue des agences de voyages et des tourneurs internationaux : May he rise ans smell the fragrance.

C’est là le dernier volet, créé il y a un an et demi à Beyrouth, d’une trilogie dont les deux premiers pans Fatmeh et Leila se meurt (tiens un titre en français), avaient été présentés au festival d’Avignon il y a deux ans. Les femmes, leur place primordiale dans les rituels de mort en Orient, commandent les chants et les pleurs. Si l’enterrement (souvent à la hussarde) est l’affaire des hommes, le temps de la veillée mortuaire et du deuil est celui des femmes. Ali Chahrour est remonté très loin pour le vérifier, jusqu’ à un texte sumérien La descente d’Ishtar aux enfers où il a aussi puisé le titre de son spectacle.

Ayant échoué à prendre possession du royaume des morts Ishtar devient prisonnière des ténèbres. Pour retrouver sa liberté elle doit sacrifier un être humain. Son époux Tamuz, n’ayant guère pleuré sa femme, est tout désigné. Mais c’est compter sans les pleurs, les lamentation de la sœur de ce dernier qui par leur puissance conduiront à la résurrection du frère bien aimé. Au moment de la mort d’un être cher, les hommes sont démunis face à la force des larmes des femmes, ils ne savent pas comment faire avec les pleurs du cœur d’une mère, d’une sœur, d’une amante aimées. C’est ce qu’exprime May he rise and smell the fragrance avec des corps d’aujourd’hui, tout autant celui d Ali Chahrour que celui d’ Hala Omran, mais plus encore que leur corps c’est la voix puissante et foudroyante de cette dernière qui nous étreint.

Il est dommage que ce travail, mitoyen entre le spectacle et la cérémonie qu’est May he rise and smell the fragrance, se soit déroulé dans une salle fermée du festival d’Avignon et non dans un de ces lieux ouverts dont il dispose. Il y aurait trouvé une plus juste place.
 

Des tables sont disposés dans une clairière. Chacun s’y attable pour déguster au petit bonheur la chance depuis glaces bio du coin jusqu’au au cornet de nouilles en passant par bien des plats exotiques. c’est là le centre névralgique du festival d’Alba la Romaine (qui s'est déroulé du 10 au 15 juillet) à égale proximité des lieux de représentation (chapiteaux, théâtre antique) et c’est là que l’on croise Alain Reynaud.

Depuis 2008, l ’enfant du pays (il est né à deux pas) est le directeur de la Cascade, l’un des pôles nationaux du cirque, installé dans une ancienne école à Bourg -Saint Andéol. C’est aussi en 2008 qu’est né le festival de cirque d’Alba la romaine, sur les décombres d’un festival de théâtre. La Cascade est également le siège la la compagnie Les Nouveaux nez et Cie dont Alain Reynaud est l’un des fondateurs et l’un des clowns dont le visage, resté poupin, reste, même après des années, comme une promesse. Chaque année une quarantaine de compagnies de cirque viennent travailler à la Cascade qui organise aussi des stages, intervient dans les écoles et propose des « modules » communs avec les écoles de théâtre de la région (Lyon, Saint-Étienne). Ajoutons que Les Colporteurs, sont des compagnons de route du festival et de la Cascade depuis le début.

Le cirque Trottola est venu à Alba la Romaine en voisin. Ce cirque qui se résume historiquement à deux personnes est installé dans une ancienne fabrique du côté de Die dans la Drôme. Il y a elle, Titoune, elle ressemble au petit Prince, elle a les jambes fines de gamine et le short de Gavroche. Et il y a lui,  Bonaventure Gacon dit Bona, un costaud, un barbu, l’homme qui a inventé et qui interprète Par le Boudu, spectacle existentiel et impérissable dont le héros est mi clown mi clochard.

Titoune et Bonaventure se sont rencontrés au cirque Plume, chacun remplaçait un acrobate blessé, car bien sûr, ils sont aussi acrobates. Depuis leur rencontre sur l’autel du cirque, ils ne se sont plus quittés . Ils ont créé Trottola en 2002 puis Volchok en 2007 (dans les deux cas le titre signifie toupie, en italien, puis en russe) avec quelque renfort, et enfin Matamore ne 2012 avec une autre couple, Branlo et Nigloo, les deux as du Petit théâtre baraque. Trois spectacles, trois merveilles. Chacun s’est joué durant quatre ans. Leur force commune : partir des bases du cirque mais s‘en échapper à grand renfort d’imaginaire

Leur nouvelle création Campana va dans ce sens en exaspérant les extrêmes. Après un prologue muet et visuel, mystérieux et enchanteur, tout le début du spectacle est un numéro de cirque traditionnel entre l’homme qui porte et la femme qui voltige. Le tout au sol. Plus tard, Titoune effectuera seule un bon numéro de trapèze dans la pure tradition du cirque.

L’imaginaire arrive par les dessous. C’est une chose inhabituelle qui surprend et ravit : la piste n’est pas posée sur le sol d’un pré. Le nouveau chapiteau du cirque Trottola, inauguré avec ce spectacle, comporte des dessus comme un théâtre. La piste toute en bois possède des trappes qui s’ouvrent sur un monde interlope. A la fois fourre-tout, décharge pleine de déchets, cave d’Ali Baba, ressac à rêves. C’est de là que sort une masse informe qui deviendra en se gonflant le corps d’un énorme éléphant. C’est de là aussi que sera hissée cette chose qu est à la fois le clou du spectacle, son apothéose et une prouesse technologique : une cloche. Une énorme cloche. Je ne sais si l’ingénieux et rêveur Bonaventure a eu cette idée en voyant l’un des films d’Andréi Tarkovski ou en levant la tête à côté de chez lui, toujours est il que l’apparition de la cloche, puis sa mise en orbite sont stupéfiantes. Ce qui nous console d’autres moments du spectacle par trop traditionnels et donc plus prévisibles. Quoi qu’il en soit, ce spectacle, comme les précédents, est parti pour tourner durant quatre ans. Espérons aussi que Bonaventure Gacon aura le temps de reprendre,de temps à autre, son Par le Boudu, ce spectacle mascotte qui procure chez bien des spectateurs une réaction étrange : après l’avoir vu, on n’a qu’une envie c’est de le revoir.

May he rise ans smell the fragrance, Avignon, salle Benoît XII,jusqu’au 17 juillet

Campana par le cirque Trottola. Après Alba la romaine, le spectacle poursuit sa tournée : du 27 juillet au 1er août au festival de de théâtre de Phalsbourg, du 18 au 25 août au Festival d’Aurillac, du 9 au 24 octobre aux Deux Scènes à Besançon, du 23 nov qau 15 déc au Centquatre à Paris.

 

Légende photo : Scène de "Campana" © Philippe Lauren 

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Avignon : Emmanuelle Laborit « chansigne » de tout son corps

Avignon : Emmanuelle Laborit « chansigne » de tout son corps | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau Avignon, envoyée spéciale  dans Le Monde 15.07.2018

La comédienne présente un récital en langue des signes sur des textes allant d’Anne Sylvestre à Amy Winehouse en passant par Boris Vian.




Emmanuelle Laborit est stupéfiante. Elle n’a peur de rien. Dévaste-moi, son nouveau spectacle musical mis en scène par Johanny Bert, le prouve formidablement. Sentimental, cru, rock et opéra, Donna Summer et Alain Bashung, L’amour est un oiseau rebelle et Tango ménopause, la comédienne y va franco. Ce concert-cabaret ne s’intitule pas pour rien Dévaste-moi, d’après une chanson de Brigitte Fontaine en 1965.Il ravage large, ouvre les vannes d’une tempête de désir et de brutalité arrosant le plateau d’eau de rose, de sueur, de sang, de champagne, et ça éclabousse !

« Sourde comme un pot », comme elle le dit elle-même, Emmanuelle Laborit se risque dans un show de « chansigne », autrement dit, chanté en langue des signes. Cette « discipline issue du champ de l’art sourd », la comédienne, codirectrice avec Jennifer Lesage-David de l’International Visual Theatre (IVT), première scène consacrée à la culture sourde et à la langue des signes, à Paris, la sublime dans ce drôle de récital qu’est Dévaste-moi. En compagnie des cinq jeunes musiciens du Delano Orchestra, épaulée par le metteur en scène Johanny Bert et le chorégraphe Yan Raballand, elle enchaîne vingt-quatre titres follement hétéroclites, poussant la chansonnette, gueulant l’opérette, maltraitant la valse musette, fouettant la varièt’avec un appétit tout bonnement jubilatoire.


Chansigner donc. De quoi s’agit-il ? Emmanuelle Laborit traduit non seulement chaque morceau en langue des signes, mais le joue, le danse, l’habille au gré de changements de costumes et d’un dialogue théâtral ininterrompu avec les musiciens. La langue des signes est une merveilleuse chorégraphie. Elle fait ruisseler The Man I Love, de Gershwin, elle bat comme plâtre Fais-moi mal Johnny, de Boris Vian, et n’y va pas par quatre chemins pour Masturbation Blues, de Candye Kane. Les mains, les bras y discourent en mode majeur avec une infinité de nuances dans la gestuelle, contractions des doigts, tremblements, courbes et droites, rythmes conflictuels. Art total, elle n’oublie pas le visage, très expressif. Bouche de travers, joues qui gonflent, front qui se tord, yeux comme des billes de loto, la figure tout entière met des accents, souligne, scande, insiste, au gré de grimaces ciselées de sens.


Cœur et corps en vrac

Ce visage sous pression contrecarre toute velléité d’être lisse et belle. D’ailleurs, Emmanuelle Laborit s’en moque résolument. Elle arrache l’élastique qui retient sa queue-de-cheval d’un geste violent, la remet vite fait, bien fait, lorsqu’elle change de personnage. Pas le temps ni l’humeur de faire semblant. Si elle est en représentation, Emmanuelle Laborit est d’abord une femme, cœur et corps en vrac. Elle tente par tous les moyens de piger comment ça marche et dans quel sens, l’amour, la mort, le sexe, le temps, en comptant sur la virulence de textes d’Anne Sylvestre, de Léo Ferré ou d’Amy Winehouse.

Avec Dévaste-moi, la comédienne, qui a fait ses débuts à l’âge de 9 ans, prend pour la première fois le risque d’un concert chansigné aux accents de one-woman-show. Pour la première fois aussi, vingt-quatre ans après la sortie de son livre Le Cri de la mouette, elle ose des confidences – en voix off – sur son enfance dans une famille d’entendants. « Je poussais des cris, j’avais envie de communiquer, mais les sons ne me revenaient pas, mes cris ne voulaient rien dire et mes parents m’ont surnommée “la Mouette”. Jusqu’à ce que je découvre la langue des signes… » Et se lance aujourd’hui dans cette aventure joyeusement dévastée où l’on entend évidemment chant et cygne. A la fin du spectacle, c’est la salle entière qui aura droit à son tube et à sa choré, chansignée en chœur avec elle, et c’est la fête !

Dévaste-moi, de Johanny Bert et Yan Raballand. Avec Emmanuelle Laborit. 17 juillet, festival Contre Courant, île de la Barthelasse, Avignon, www.avignonleoff.com. 24 juillet, festival Mimos, Périgueux, www.mimos.fr. En tournée en France à partir de la rentrée, ivt.fr/tournees/devaste-moi

Par Rosita Boisseau Avignon, envoyée spéciale
Publié À 07h34

 

Légende photo :
Emmanuelle Laborit dans « Dévaste-moi », de Johanny Bert et Yan Raballand. JEAN-LOUIS FERNANDEZ 

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A Avignon, Ahmed en habits de Galas

A Avignon, Ahmed en habits de Galas | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Laurent Carpentier (Avignon, envoyé spécial) dans Le Monde    16.07.2018 


Collèges, hôpitaux, prisons, salles des fêtes : le comédien Didier Galas joue « Ahmed revient », d’Alain Badiou.

S’il y a une leçon à retenir du spectacle itinérant que le Festival d’Avignon propose depuis quelques années, c’est qu’un spectacle n’est jamais le même selon qu’on le joue au milieu des cigales à la maison des associations de Mérindol, dans le complexe sportif de Rochefort-du-Gard, ou ici, dans le gymnase de la prison du Pontet.

On le sent aux aguets, Didier Galas, qui, devant un parterre de détenus, se maquille sur scène au début d’Ahmed revient, le monologue d’une heure et demie écrit pour lui par Alain Badiou. Ahmed, c’est lui, Didier Galas. C’était déjà lui, il y a un quart de siècle, pour les premiers épisodes de cette série où le philosophe marxiste-léniniste avait transformé Scapin et ses fourberies en un Ahmed malin dans une cité de banlieue.

Errance philosophique
Ahmed, c’est eux. Ces soixante détenus – sur les 800 que compte le centre pénitentiaire –, courtes et longues peines, jeunes, petites barbes, accent du Midi, tatouages, quelques gueules. Et puis un invité de marque, le philosophe lui-même, qui rit, bon public, aux tirades de son héros, lequel convoque Socrate, Descartes ou Lacan dans une démonstration de l’indémontrable, oscillant entre jeux sur les mots, glissements sémantiques et envolées politiques pour dénoncer tout à la fois le racisme et le machisme, le voile et la chasse au burkini, le sens et son contraire, finissant sur une paraphrase malicieuse de L’Internationale à laquelle Alain Badiou a été biberonné : « Si nous ne sommes rien… nous serons tout. »

Pas sûr que le public ait tout suivi de cette errance philosophique (pas nous, en tout cas). Et on a senti Didier Galas, derrière son masque de Scapin-Ahmed, passer vite sur la scène où il crie « Allah akhbar ! » Mais le public est acquis. Les détenus le diront plus tard quand l’acteur leur demandera si cela les a gênés que ce ne soit pas un Arabe qui joue un Arabe. « Au contraire, c’est encore plus fort ! », ont-ils répondu.

L’itinérance, Didier Galas connaît. La nécessité de rattraper le spectateur par un geste, de capter l’attention d’un rire, de traduire un mot d’une grimace. Ses yeux qui roulent sous le masque, sa bouche qui se tord… Il a fait ça partout en France, au Japon, où il s’est formé au théâtre nô, au Venezuela, pour un Cervantès en espagnol, en Italie (Il Trickster dell’Arlecchino), et récemment en Inde…

Attraper un public rebelle
Il y a quinze ans, alors qu’il tourne en France Le Petit (H)arlequin, avec la complicité à la mise en scène de son ancien camarade de chez Schiaretti, Laurent Poitrenaux, il obtient une bourse pour la Chine. Or ce « moment du présent partagé, qui est unique au spectacle vivant », il sent que, pour que ça marche, il doit le jouer en chinois. Il fait traduire le texte en mandarin. Six mois de travail pour l’apprendre, mot à mot, de la même manière qu’autrefois, à 18 ans, venu à Paris faire le Conservatoire, ce Marseillais, fils, petit-fils, arrière-petit-fils de coiffeur, a réappris le français « comme une langue étrangère », pour se débarrasser sur scène de cet accent qui lui « bloquait les voyelles nasales ».

2004 : le voici donc à Baoji, au cœur de la Chine, à 200 kilomètres à l’ouest de l’antique capitale, Xi’an. Par – 4 °C, Didier Galas est en justaucorps sur la scène en plein air d’un bourg de banlieue. Au milieu du terrain, le public joue au billard en gueulant. Il découvre qu’il n’y a guère que les écoliers le long de l’estrade qui parlent le mandarin. Au bout d’une demi-heure, le comédien désemparé fait mourir Arlequin au milieu d’une scène, histoire d’abréger ses propres souffrances. Effondré ? Oui. Résolu ? Egalement. Le lendemain, il repart au combat. Désormais, il sait à quoi il s’expose, et attraper un public rebelle va devenir son art. Plaisir de voir comme ici, dans l’enceinte de cette prison, les visages des détenus les plus hermétiques à la pièce s’illuminer lorsqu’il mime une porte. Parce que ça, les portes, les détenus connaissent : ils dialoguent tous les jours avec.

JUSQU’À PRÉSENT, DIDIER GALAS A PRÉFÉRÉ LE VOYAGE À LA DIRECTION D’UNE MAISON DE THÉÂTRE À LAQUELLE IL POURRAIT POURTANT PRÉTENDRE

 


L’année d’après l’épisode de Baoji, Didier Galas repart en tournée dans toute la Chine pour présenter Arlequin rencontre Zhong Kui, puis transpose la pièce au ­Japon avec Arlequin rencontre Tengu. Texte en japonais, itinérance… Quand on sait à quel point l’Archipel est peu enclin aux importations, la chose fait figure d’événement. Déjà trois tournées au compteur. Alors, du Badiou dans ce département du Vaucluse où le Front national cartonne, c’est presque trop facile !

« Jacques Brel, qu’on interrogeait sur ses talents d’aviateur aux Marquises, disait : “Il y a deux sortes d’hommes, ceux qui pensent que la météo n’est pas bonne et qu’il vaut mieux rester au sol, et ceux qui disent : il faut aller voir”. » Eloge du risque de celui qui, jusqu’à présent, a préféré le voyage à la direction d’une maison de théâtre à laquelle il pourrait pourtant prétendre. Il va voir. Question de désir, dit-il, qui est aussi un désir d’« action sur le présent ». En cela, si le metteur en scène Claude Régy est son maître de jeu revendiqué, Alain Badiou reste son compagnon de route – comme on disait au Parti communiste : celui du non-renoncement à la lutte, aux paroles lancées derrière les murs des prisons ou dans les champs de cigales. Et peu importent alors leurs incertaines certitudes.


« Ahmed revient », d’Alain Badiou, avec Didier Galas. Le 16 juillet à Caumont-sur-Durance, le 19 au château de Vacqueyras, le 20 à la salle des fêtes de Malemort-du-Comtat, le 21 au garage BMW d’Avignon, le 22 à l’hôpital de Montfavet, le 23 à l’espace culturel de Morières-lès-Avignon. www.festival-avignon.com

 

Légende photo : Didier Galas dans « Ahmed revient », un monologue écrit par Alain Badiou.  Photo CHRISTOPHE RAYNAUD DE LAGE/HANS LUCAS

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Dans les coulisses du Festival d'Avignon, le modèle économique du off craque - Journal La Marseillaise

Dans les coulisses du Festival d'Avignon, le modèle économique du off craque - Journal La Marseillaise | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Écrit par  Sylvain Fournier pour La Marseillaise lundi 9 juillet 2018 

Les 1538 spectacles proposés par le « off » d’Avignon cette année peinent à cacher toutes les difficultés économiques et financières rencontrées par nombre d’artistes et de compagnies présentes. Autour du #balancetonoff, publié par nos confrères de Zibeline, artistes, metteurs en scène et diffuseur détaillent pour La Marseillaise, les limites du modèle économique actuel.
àchaque compagnie et artiste son créneau. La recherche de théâtre, à la bonne jauge et à un horaire avantageux, exige des semaines de négociations avant le festival. Une priorité évidente, qui ne va pourtant pas de soi. Certains lieux ont en effet une propension à augmenter le nombre de créneaux, « ils sont souvent passés de cinq à six créneaux horaires pour un même espace » décrit une comédienne, « avec 6 créneaux dans la journée, cela nous donne à peine 2h-2h15 pour tout faire : pour monter le décors (10 minutes), faire entrer le public, donner la représentation puis démonter (10 minutes), si jamais il y a un petit retard dans la journée tout le monde est dedans ! ». Certains poussent jusqu’à 8 voire 9 créneaux dans la même journée...Quand un « directeur de salle n’hésite pas à nous demander de raccourcir la pièce pour la programmer ! », s’étonne encore un metteur en scène. « Il semble très improbable de présenter au « off » une création de 2 heures, les créneaux donnés par les lieux formatent considérablement les créations » reprend la comédienne. Le dit créneau dans un théâtre, pour les trois semaines de festival, peut aller de 4 à 5000 euros, pour une petite jauge de 30-40 places, à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Un investissement souvent qualifié de « colossal ».

Le off a atteint un point de bascule
D’autant que les compagnies locales et régionales, se retrouvent, de facto, en concurrence directe « avec les producteurs parisiens qui font de la tête d’affiche et investissent beaucoup d’argent » constate le programmateur d’un petit théâtre, « non seulement les créations se retrouvent face aux théâtres spécialisés dans la comédie familiale, dont le nombre a explosé en dix ans, mais aussi au coude-à-coude avec les humoristes, chroniqueurs, stars de la télé et de la radio, venus aussi chercher leur public et nous rencontrer », atteste cet habitué.

« Nous venons cette année avec deux spectacles » présente Philippe Chuyen, comédien et metteur en scène toulonnais, responsable de la compagnie Artscénicum. Un dizaine de personnes font le déplacement à Avignon pour reprendre Les pieds tanqués, qui a reçu le prix du centenaire Jean Vilar, au festival off. Au vu de la profusion des propositions, « cela devient de plus en plus aléatoire que le spectacle soit repéré » confirme-t-il. « Cela demande beaucoup de travail en amont, de communication, pour que nous puissions, à terme, à la fois rentrer dans nos frais, payer l’équipe technique, les comédiens » en faisant vivre la création durant toute l’année.

Car le festival « off » a atteint un point de bascule. « Nous ne comptons pas sur les entrées de salles pendant ces trois semaines pour rentabiliser la création » balance Valérie qui travaille à la diffusion de spectacles. « Le but, en étant ici, n’est pas de faire du chiffre d’affaires, mais d’être vus par des programmateurs », propriétaires ou directeur de théâtres, chargés de services culturels au sein de communes, etc... « Les compagnies ont globalement de moins en moins de moyens, les programmateurs tirent les prix par le bas, conséquences directes de la baisse des aides. C’est terrible  » conclut-elle.

« Le temps où les compagnies repartent avec 50 dates n’existe plus »

 


L’an passé, le comédien ciotaden Yann Le Corre, est venu jouer sa création Quand je serai grand... je veux être Van Gogh dans la seule et unique salle de quarante places du Théâtre du balancier, dont « le directeur nous a beaucoup aidé » tient-il à préciser. Venu à trois, avec l’équipe de production de César Événements, l’acteur, seul sur scène, a mené ces trois semaines à un train d’enfer. « Je me levais Van Gogh, je dormais Van Gogh, je mangeais Van Gogh » résume-t-il aujourd’hui, alternant les interminables séances de tractage dans les rues d’Avignon et les « 22 représentations » de sa création. Le tout avec un budget de l’ordre de 11000 euros, prenant en charge la location du créneau, le tirage des affiches et flyers, son cachet, l’hébergement et les repas. Outre le fait de rencontrer un public de connaisseurs, l’objectif affiché était d’entrer en contact avec « les 7 ou 8 programmateurs qui ont franchi la porte du théâtre sur la durée du festival pour assister à la représentation ». Avec à la clé des « dates », condition sine qua non pour rentrer dans ses frais.

« Nous avons calculé qu’un spectacle qui arrive à une jauge de 80% [de remplissage], sur les trois semaines, - ce qui est vraiment très satisfaisant - continue à perdre de l’argent ! » déplore David Nathanson, le président de « Les Sentinelles », une fédération de compagnie du spectacle vivant. « Et nous avons même fait le calcul, sans prendre en compte le salaire des comédiens - ce qui est illégal ! - et bien le spectacle continue à perdre de l’argent... Si le nombre de théâtres et de spectacles proposés au « off » augmentent, il n’en est pas de même du nombre de spectacles ni du nombre des programmateurs, et de salles dans lesquelles nous pouvons tourner ensuite » expose le professionnel. « Cette situation ne poserait pas de problème si à la sortie du festival, les compagnies pouvaient aligner 100 à 150 dates ! Mais cela n’existe plus, lorsque celle-ci obtiennent 15 à 20 dates, c’est déjà un très beau résultat ». « Désormais, sans subvention, le modèle économique sur lequel nous sommes est dépassé, il est à revoir ». Et pour cela, « il nous faut tout mettre sur la table, avec les théâtres - qui sont nos partenaires privilégiés -, les compagnies, les diffuseurs, les programmateurs, les administrateurs du off, avec tout le monde ».

Avignon peut être un «  miroir au alouettes », ou un « formidable tremplin » reprend Yann Le Corre, «  pour un artiste de la Région comme moi, il suffit de faire 100 kilomètres et j’ai présenté ma création au monde entier ! », conclut-il, habité par la passion de son métier.

Sylvain Fournier

Festival off d’Avignon, du 6 au 29 juillet

Légende photo : 
Le comédien Yann Le Corre, lors d’une séance quotidienne d’affichage dans les rues du centre-ville d’Avignon, l’an passé. Photo S.F.
 

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Avignon a la « Dalle »

Avignon a la « Dalle » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge (Avignon, envoyée spéciale) dans Le Monde  | 13.07.2018

 

La comédienne est sur scène au Festival samedi, où elle joue dans le feuilleton théâtral de David Bobée sur le genre.


Un 14 juillet avec ­Béatrice Dalle. Pas mal, comme fête ­nationale. Dalle en chair et en os, même pas ­virtuelle : elle est, cette année, la guest-star d’Avignon et de son Festival, le plus huppé du monde en matière de théâtre. Le 14 juillet, donc, elle va monter sur le petit plateau du jardin Ceccano, en compagnie de sa copine Virginie Despentes, pour participer au feuilleton théâtral sur le genre que mène le metteur en scène ­David Bobée, Mesdames, messieurs et le reste du monde.

Lire l’éclairage :   Les questions de genre déclinées en treize épisodes

A peine arrivée sur zone, deux jours avant l’événement, elle plonge dans le chaudron avignonnais. Va donner quelques pièces à un garçon qui gratte sa guitare – « un petit jeune de 18 ans qui joue du Jimi Hendrix, c’est trop génial ! » S’émerveille de l’ambiance, inimitable, de la cité des Papes au moment du Festival. A 53 ans, elle dégage toujours autant. Jean noir, tee-shirt noir, rangers noires, punk toujours. Et ce visage superlatif, la bouche et les yeux plus grands que nature, la présence monstre, qui aimante les regards.

BÉATRICE DALLE : « J’AIME LE COMBAT QUE MÈNE BOBÉE POUR LA DIVERSITÉ, À TOUS LES SENS DU TERME »

 


La transformation de la Dalle en créature de théâtre n’avait rien d’évident ni de gagné au départ. On l’a plutôt cataloguée comme actrice instinctive, pour ne pas dire comme un bel animal indocile et libre. Pas le profil idéal, a priori, pour le travail patient et ­rigoureux du théâtre. Et pourtant David Bobée, qui l’aime depuis toujours, y a cru. Le jeune ­directeur du Centre dramatique national de Rouen est venu la voir, en 2014, pour lui proposer de jouer Lucrèce Borgia, dans la pièce de Victor Hugo.

Béatrice Dalle a dit oui. « J’ai ­toujours aimé le théâtre, en fait. Mais c’est surtout ce théâtre-là de David Bobée que j’ai eu envie de faire : un théâtre qui n’est pas celui de vieux Blancs ne parlant qu’à de vieux Blancs. J’aime le combat que mène Bobée pour la diversité, à tous les sens du terme. » Et face aux sceptiques, qui faisaient la fine bouche, elle a été une Lucrèce mémorable : carnassière, ­animale, belle et monstrueuse, blessée et douce, dévorante et dévorée.


Le spectacle a tourné partout dans le monde pendant deux ans, avec des salles en délire jusqu’à Taïwan, et la Dalle est entrée en théâtre comme elle était entrée en religion – catholique : avec son sens de l’absolu. David Bobée, avec qui elle a envie de « faire du théâtre toute [sa] vie », lui a ­ensuite proposé de jouer dans une forme aux antipodes de ­Lucrèce Borgia : Warm, performance sur un texte érotique, pour ne pas dire pornographique, de l’auteur contemporain Ronan Chéneau. Hot, très hot : après avoir pataugé dans l’eau froide pendant deux ans avec Lucrèce, la Dalle y joue sous une température qui monte à un moment ­jusqu’à soixante degrés.

Des mots dans la peau
« J’aime infiniment les grands textes. Les mots me submergent, et j’ai besoin de me les approprier, de les incarner. Je me suis même fait tatouer un texte de Pasolini », s’amuse la comédienne. Béatrice Dalle montre son avant-bras, sur lequel il est écrit : « Mon indépendance qui est ma force induit ma solitude qui est ma faiblesse ». ­Signé : P.P.P. « Je vais continuer à faire graver des textes sur ma peau, ajoute-t-elle : j’ai décidé de faire de mon corps un livre de ­poésie. »

Les mots de Pier Paolo Pasolini lui sont entrés dans la peau, elle se charge de les faire entrer dans la peau des autres. Avec Virginie Despentes, encore, et des amis musiciens, elle a créé une performance à partir d’extraits des ­Lettres luthériennes du même ­Pasolini – un texte magnifique, dans lequel l’auteur italien s’adresse, en 1975, dans le quotidien Il Corriere della sera, à un jeune homme imaginaire pour faire son éducation sociale et ­politique. Les deux filles ont commencé à tourner le spectacle assez discrètement, au ­printemps, et vont le jouer un peu plus souvent à partir de septembre – il faudra guetter les lieux et les dates.

BÉATRICE DALLE : « LA VIE QUOTIDIENNE M’EMMERDE, C’EST POURQUOI J’AIME AUTANT LE TRAGIQUE, L’OPÉRA… »

 


Et c’est Pasolini, encore, qui a mené Béatrice Dalle vers Médée, qu’elle jouera, sous la direction du metteur en scène Christophe ­Perton, lors de la saison 2019-2020, dans un grand théâtre parisien. « Pour moi, le film de Pasolini avec Maria Callas est absolument sublime », s’enthousiasme-t-elle. Elle aurait aimé, idéalement, que soit transposée sur scène la version du poète-cinéaste italien. C’était impossible, le film étant très peu dialogué. Christophe Perton lui a proposé de jouer la version écrite par Sénèque, il y a deux mille ans (60-65 après J.-C.).

« Et là, il s’est passé quelque chose d’incroyable : j’ai eu l’impression que Sénèque avait écrit pour moi. Exactement ce que j’avais ressenti avec Hugo pour ­Lucrèce. Ça peut sembler très immodeste : mais c’est ce que je cherche au théâtre, et ce que j’aime tant quand je vois jouer Gérard Depardieu : avoir le sentiment, et le donner aux spectateurs, qu’on réinvente le texte au fur et à ­mesure qu’on le joue. »

Voilà en tout cas la Dalle avec un programme théâtral bien rempli, ce dont elle se réjouit. « J’adorerais jouer tous les soirs, faire des dates un peu partout. Je suis bien sur les routes, chaque soir dans un hôtel différent. La vie quotidienne m’emmerde, c’est pourquoi j’aime autant le tragique, l’opéra… On se disait d’ailleurs avec Virginie ­[Despentes] qu’avec ce spectacle sur Pasolini, on réalisait enfin, sur le tard, notre fantasme d’être des rockstars… »

Généreuse, tendre, amicale
Elle a joué Claudel, qu’elle trouve « infiniment poétique », en prison, devant des détenus « qui auraient été condamnés à mort si la peine capitale existait encore ». Comme Dieu, la Dalle vomit les tièdes, et c’est pour ça qu’on l’aime. Ou qu’on la déteste. Il y a quelques jours, elle a déclenché une tempête sur le Web, en semblant prendre la défense de Rédoine Faïd, le braqueur échappé, le 1er juillet, de la prison de Réau (Seine-et-Marne). « C’était une position purement situationniste, face à cette évasion spectaculaire, ­argue-t-elle. Mais je ne savais pas, alors, que Faïd était un meurtrier, sinon je n’aurais jamais publié ce post sur Instagram. Et je comprends, ô combien, la douleur de la famille à la suite de cette prise de position. »

Derrière l’image sulfureuse, la Dalle est, dans la vie, une ­démonstration éclatante que la liberté rend heureux de vivre, et ouvert aux autres, au-delà des crispations identitaires. Une femme généreuse, tendre, amicale, ce que ressent d’ailleurs toute une partie de la jeune génération, auprès de qui elle est une icône. « Je te donne mon cœur, si ça ne te plaît pas, eh bien tant pis ! ».

Lire le portrait dans « M » :   Béatrice Dalle, cherchez le mythe

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Arrouas versus Bourdieu ou la vie mode d’emploi

Arrouas versus Bourdieu ou la vie mode d’emploi | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Yannick Butel dans L'Insensé 8/07/2018

 

Portrait Bourdieu (c’est bien au moins de savoir ce qui nous détermine à contribuer à notre propre malheur), mis en scène par Guillermo Pisani et interprété par Caroline Arrouas, relève d’une série de portraits produits par la Comédie de Caen-CDN de Normandie. Soit un théâtre de poche, comme on dirait livre de poche, où l’essentiel tient à l’intention phonatoire de l’acteur et sa présence au plateau, voire un jeu « cabot » puisque la proximité des spectateurs induit un « tiers personnage ».



Bourdieu, la colère…

En 2001, Pierre Bourdieu appelait, dans un texte qu’il faisait paraître dans Le Monde Diplomatique, au « savant engagé ». C’est-à-dire à celui dont le savoir sert à la lutte, à celui qui met son corps dans la bataille, à celui qui s’inscrit dans une réalité. Texte lu à Athènes, publié ultérieurement aux éditions Agone, à Marseille, sous le titre Interventions (1961-2001). Sciences sociales et action politique. Bourdieu, l’infatigable penseur de La Misère du monde, le lecteur d’Apollinaire et de Flaubert « j’ai beaucoup lu L’Éducation sentimentale : je ne peux pas ne pas avoir un ricanement flaubertien. Peut-être un ricanement : un sourire triste » se confiait-il à Philippe Mangeot dans la revue Vacarme. Bourdieu le sociologue, aussi ou toujours, celui qui n’oublia jamais l’Algérie, celui qui soulignait le scandale des héritiers, la reproduction des élites, les habitus, le penseur de l’avenir politique, loin d’être un philosophe de l’utopie comme Bloch ou Abensour parce que la perception de la politique lui intimait de prendre la parole sur ce qui est visible, palpable… Bourdieu, celui qui répondait« Il faut changer l’École » à Illich qui disait : « Il ne faut plus d’École ». Bourdieu le dissident, loin des BHL, des Sollers, des Finkielkraut et autres philosophes ou « dents creuses » comme les nommait Deleuze. Bourdieu qui, avec Derrida signait un appel pour ouvrir les frontières et soulignait que les signataires se comptaient sur les doigts d’une main. Celui que les althussériens faisait chier (dixit Pierre). Celui qui, dans la proximité de Foucault, de Deleuze, d’Eribon pourrait être celui qui ne se satisfaisait pas de l’insupportable.


Ce n’est pas ce Bourdieu-là, cette complexité-là que convoque le Portrait de Guillermo Pisani. Mais bien plutôt le Bourdieu qui interrogera sans cesse les énergies et les forces qui organisent, clivent, agencent le champ social. Le Théoricien de l’invisible, du caché, des guerres invisibles, de la condescendance, de l’implicite, le critique des universitaires, des simulacres, le penseur de la racine sociale, des broderies symboliques et du dévoilement… C’est-à-dire l’homme en colère qu’était Bourdieu, dont Libération à sa mort en 2002 rappelait cette phrase : « Le travail scientifique ne se fait pas avec les bons sentiments, cela se fait avec des passions. Pour travailler, il faut être en colère. Il faut aussi travailler pour contrôler la colère ».

Au plateau Caroline Arrouas…

Elle est seule au plateau, mais elle a une jumelle qu’elle convoquera régulièrement sans qu’on sache vraiment si elle est bien là. Elle est prof, dans un lycée dans le Portrait de Bourdieu. Mais elle est aussi comédienne, sortie du TNS dans la vraie vie. La prof qu’elle joue rêvait d’être comédienne, d’entrer au conservatoire. Mais le destin en a décidé autrement. Elle est jeune, surtout, et comme si Bourdieu était son livre de chevet, elle organise sa vie au regard des clés que le Maître en sociologie à édicter. Tout devient clair alors ou tout s’épaissit. Bourdieu en guise de clé de lecture du monde et de sa conduite… forcément, l’avenir est un peu bouché, le présent un peu avarié, le passé déterminant dans sa vie quotidienne. Et le jour où elle décide de déjouer la fatalité qui s’exerce au regard des règles scientifiques, elle écrit Sa catastrophe.


Pour avoir voulu aider Nicolas, dit Nic, lui avoir mis 20 au lieu de 4, et puis avoir eu un rapport sexuel avec ce mineur "relou", elle se retrouve prise en otage (lettre et chantage) par celui qu’elle a aidé et peut-être aimé. Ça finit forcément mal, un prof qui copule avec un de ses élèves mineurs. En l’état, ça finit dans Mediapart… donc vraiment mal.


Conçu comme un puzzle de pièces détachées où se livrent par fragments diverses identités, Portrait Bourdieu est presque un monologue d’un peu plus d’une heure. Presque seulement parce que Caroline Arrouas est connectée avec le monde : celui de sa sœur à qui elle parle en allemand, celui du ministère qui lui envoie des sms et fait sonner son portable, celui des medias, celui qui apparaît furtivement sur la scène pendant qu’elle l’a désertée et qui a écrit la pièce, etc. Et de voir dès lors cette prof loin de toute solitude, tout en étant enfermée dans le petit monde étriqué qui est le sien. Au plateau, pas plus d’une vilaine chaise et table d’école, une assiette copieuse (pain de mie et salade) et rien autour sinon le vide. Et c’est vraisemblablement de ce vide qui souligne l’absence de direction, et même l’absence d’histoire au présent que Caroline Arrouas parle. Elle qui nous parle de son désarroi, de sa mélancolie, de sa colère contre un monde de codes qui malmène tout le monde, de l’école aux espaces culturels. Alors comme dans un geste d’auto-défense ou de survie, elle parle, elle parle, elle parle… à des ombres, à des voix sur le répondeur de son téléphone, à elle-même sur le mode introspectif, au public qu’elle a en face d’elle…

Jeu d’acteur…

Tenu aux écarts de voix qui vont de la diction scolaire, à la précipitation nerveuse, en passant par la conversation murmurée au téléphone et au chant lyrique… Caroline Arrouas tient son spectacle en équilibre en recourant à une multiplicité de rythme qui traduit ses états d’âme. À la voix, elle ajoute la mimique ou l’art de donner au regard un sens, à la bouche une signification, au corps un trait de caractère. Seule sur scène, elle se tient à l’exercice difficile de l’acteur qui ne peut compter que sur l’athlète physique qu’il est et sans lequel rien n’est possible de son métier. Et c’est parce qu’elle maîtrise parfaitement l’outil qu’elle est que la dramaturgie de Portrait Bourdieu fonctionne comme un « mécano » qui est monté, démonté et remonté. Mouvements justes et finalement effet miroir d’une vie de prof ou d’acteur qui répète en public. Alors, au premier final, quand elle n’en finit plus de remercier la planète entière en allemand, et que le prompteur en toute liberté traduit son propos en termes et analyses bourdieusiens, on est tenté de rire de cette vie dont Cioran aurait pu se nourrir. Mais, et coupant court à la fin du spectacle, un second final s’impose. Légèrement décalé par rapport aux applaudissements qui commencent à se faire entendre, Caroline Arrouas sortira un petit bout de papier qu’elle lit simplement et qui rappelle que les intermittents sont toujours menacés. Et de sortir du Théâtre 11 rue Gilgamesh en pensant que la vie est devenue bien précaire… et comme Bourdieu, faire de l’une des scholies de Spinoza (la 21ème, si je me souviens) : « ni rire, ni pleurer, mais comprendre ». Ce que ce travail humble réussit tout à fait.

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•Avignon Off 2018• "Les gravats"… Puisque nous courons vers la mort, il faut savoir se réjouir maintenant

•Avignon Off 2018• "Les gravats"… Puisque nous courons vers la mort, il faut savoir se réjouir maintenant | Revue de presse théâtre | Scoop.it

• Par  Jean Grapin  dans la Revue du spectacle - 12.07.2018

 

Avignon Off 2018• "Les gravats"… Puisque nous courons vers la mort, il faut savoir se réjouir maintenant


Dans "les gravats" jouée par Clotilde Mollet, Jean-Pierre Bodin, Thierry Bosc* et Jean-Louis Hourdin*, il est question de tout et de pas grand chose. Alors quand ils ouvrent le rideau, il est question de quelque chose comme l'art de rire. De dire des balivernes enfouies et bien présentes. Oh ! Pas grand chose. De théâtre par exemple, de trois coups, de "déridoir" et de sa valse à trois temps.

Alors quand ils entrent tous les trois, comme déjà confondus à leur fauteuil façon crapaud (couleurs passées, gris sur gris ou bien imprimé sur imprimé, ou encore coordonné fané), c'est comme une touche d'élégance et de gaîté mêlées. Ils font corps. Leurs gestes, leurs mots sont des tâtonnements, pleins d'hésitation et d'attention, de silences. Comme étonnés. De ces étonnements qui font jeu et découverte dans la grâce de l'enfance. Les fauteuils semblent glisser comme en un ballet de patinage.

Les trois personnages au fil des postures et des mots, des saynètes, des collages de textes, entrent en vieillesse comme en grâce. Les comédiens, comme fondus, enchaînés l'un à l'autre, développent un art paradoxal.

Tout exprime le déclin. Inexorable. Tout avance dans la gravité. Ruine ou gravats. Et pourtant, parce que les personnages ont comme un trop-plein de gaîté, de vitalité, chaque instant, chaque mot ou mouvement est métamorphose. Une esquisse, dans une forme de fluidité, dans une authentique chorégraphie, des étonnements du monde.

Le spectacle a la provocation évidente. Il connaît l'outrance dans la plaisanterie de "carabin" ou, a contrario, la gravité militante dans la demande de dignité pour la fin de vie. Pourtant l'emprise sur le public est généreuse. Sur scène est mis en œuvre un théâtre plein de tact. Un théâtre invisible pour les protagonistes eux-mêmes, mais pleinement conscient chez les comédiens, et évident pour le spectateur. Le regard de ce dernier s'embue par cet effet. Cette forme d'humeur, racine de l'humour, où l'identification commence.

Dans "Les gravats", il est question du regard porté sur la vie, et de ses peurs. Du sort de soi. D'autrui. De petites histoires de savoir-vivre et de bien mourir.

Le spectateur pardonne spontanément tous les écarts car tous les jeux et les mots et les postures entrent en poésie, conjurent le pire. La tendresse est donnée en partage.

Il reste en mémoire comme une danse théâtre pour fauteuils, un piano à bretelles en perdition de note, la voix d'une femme, un homme-orchestre en mécanique de foire amorçant une danse macabre joyeuse, une manière de ritournelle de Bartók, le souffle d'un souvenir heureux. Le sens de l'effacement.

Les vieux complices de la Mouline lancent comme en écho d'une antique sagesse : "puisque nous courons vers la mort, il faut savoir se réjouir maintenant".

Le spectateur claque des mains. Comme apaisé.

Spectacle présenté et vu à Brioux-sur-Boutonne dans le cadre de Festival au Village.

"Les gravats"
Collectif de réalisation : Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson, Jean-Louis Hourdin, Clotilde Mollet.
Textes : Jean-Pierre Bodin, Alexandrine Brisson, Clotilde Mollet et autres poètes.
Avec : Jean-Pierre Bodin, Jean-Louis Hourdin/Thierry Bosc (en alternance), Clotilde Mollet.
Travail chorégraphique : Cécile Bon.
Régie : Juliette Flipo, Jean-Claude Fonkenel et Nicolas Forge.
Costumes : Alexandrine Brisson.
Construction : Jean-Baptiste Herry et Nicolas Forge.
Compagnie La Mouline.
Durée : 1 h 15.
À partir de 10 ans.

Création le 7 mars 2017 aux Célestins, théâtre de Lyon.

© Didier Goudal.
•Avignon Off 2018•  Du 12 au 24 juillet 2018.
Tous les jours à 11 h, relâche le mercredi 18 Juillet.
La Fabrik Théâtre,
10, route de Lyon, impasse Favot, Avignon.  Tél. : 04 90 86 47 81.
>> fabriktheatre.fr

Photo © Didier Goudal.

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Avignon : femme ou homme, juste être soi

Avignon : femme ou homme, juste être soi | Revue de presse théâtre | Scoop.it

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Par Brigitte Salino (Avignon, envoyée spéciale) dans Le Monde   12.07.2018 

 

Dans « Trans (més enllà) », Didier Ruiz met en scène sans pathos des individus qui racontent comment ils ont changé d’identité sexuelle.


« Je suis un homme et je n’ai pas de pénis. On n’a pas besoin de pénis pour être un homme », dit Raul. Raul est marié avec une femme qui avait des enfants, et il sourit quand il raconte comment les enfants l’ont d’eux-mêmes appelé « papa ». Auparavant, il a connu sa part de malheur en devenant ce qu’il se sentait être : un homme, et pas une femme, comme le voulait son état civil. Il travaillait au journal espagnol La Vanguardia quand il a opéré sa transition. Il s’est fait insulter par des collègues, il y a eu un procès, puis Raul a quitté le journal, poussé par les syndicats qui ne voulaient pas de problèmes.

Voilà l’un des récits que l’on entend dans Trans (més enllà), présenté par Didier Ruiz, un metteur en scène qui travaille depuis longtemps avec des adolescents, des ex-détenus ou des personnes âgées qu’il n’a pas peur d’appeler les « vieux ». Didier Ruiz n’aime pas que l’on qualifie son théâtre de « documentaire » : pour lui, c’est un théâtre « de l’humanité », qui cherche à instaurer une relation autre entre les spectateurs et ceux qui sont en scène.

Venu(e)s de Barcelone
Trans est joué sans pathos ni voyeurisme dans un dispositif très simple – un plateau nu avec des rideaux blancs au fond. Ce qui frappe le plus, c’est la façon dont les participants parlent en regardant le public droit dans les yeux. Le més enllà (« au-delà ») du sous-titre compte autant que le titre du spectacle : il ne s’agit pas seulement de l’« au-delà » du corps, mais de celui de la société espagnole qui l’entoure.

Ils et elles sont sept sur le plateau, venu(e) s de Barcelone, qui a une longue tradition « trans ». Cela explique sans doute la réaction du patron de Sandra, commerciale : il l’a soutenue dès le premier jour où elle est arrivée en jupe, et il a instauré une charte pour le respect des « trans » dans l’entreprise. Leyre, elle, a tout connu, le rejet de sa famille, les fugues et la rue au plus bas, avant de rencontrer une âme sœur qui l’a aidée à s’en sortir. Aujourd’hui, c’est une étudiante de 22 ans en robe rouge.

SI RAUL SE SENT HOMME SANS AVOIR DE PÉNIS, CLARA TIENT À GARDER « SON PETIT JOUET »

 

Pour Neus aussi, le chemin a été raide avant qu’elle ne devienne la styliste très « lookée » qui disculpe ceux et celles de son entourage tenté(e)s par la transition. La prostitution, la cocaïne, les hormones, les vaginoplasties, les vexations et surtout la solitude ont leur lot dans Trans, où le masculin et le féminin s’octroient diverses libertés avec le corps. Si Raul se sent homme sans avoir de pénis, Clara tient à garder « son petit jouet », comme elle le dit : pour elle, la féminité passe par les seins. Ian, lui, rigole quand il raconte qu’il est « entré dans le club des machos » depuis qu’il arbore son corps d’homme : « Au restaurant, c’est toujours à moi qu’on donne l’addition, alors que j’ai pas un rond. »

A un moment, Ian soulève son tee-shirt, montre son torse musclé : « J’aurais adoré être un homme avec des seins, mais je n’en ai plus », dit-il, en ajoutant qu’il ressent une nostalgie, l’été, quand les filles arborent leur poitrine. Ian reconnaît qu’il ne s’est jamais senti aussi libre qu’au moment de sa transition ; depuis, il se sent dans une norme autre, mais une norme quand même. Clara, elle, est en pleine transition, à 60 ans, et après des années où elle cachait ses escapades à sa femme, qui l’a quittée, puis est revenue.

« Faire des retouches »
Le fils de Sandra, qui a 14 ans, lui a fait remarquer un jour d’été que ses seins poussaient. A l’automne, ils sont allés acheter des chaussettes pour l’adolescent. Sandra a dit ce qui se passait à son fils, qui n’a pas fait de commentaires ; il lui a proposé de choisir des vêtements féminins, pour elle. Il faut sûrement voir dans cette réaction un signe des temps où la question du genre est infiniment plus naturelle pour les adolescents que pour beaucoup de leurs aînés.

« Au final, tu te rends compte que tu n’es pas né dans le mauvais corps, mais que tu as eu besoin de faire des retouches. Qui n’a pas envie de faire des retouches sur son corps ? », demande Ian, qui conclut Trans en disant, au nom de tous, que seul compte d’« être soi ».

Lire aussi le portrait-rencontre :   La quête queer de Vanasay https://abonnes.lemonde.fr/festival-d-avignon/article/2018/07/12/a-avignon-la-quete-queer-de-vanasay_5330224_4406278.html



Trans (més enllà), mise en scène de Didier Ruiz. Avec Neus Asencio, Clara Palau, Danny Ranieri, Raul Roco, Ian de la Rosa, Sandra Soro, Leyre Tarrasson Corominas. Gymnase du lycée Mistral, Avignon, à 22 heures. Tél. : 04-90-14-14-14. De 10 € à 30 €. Jusqu’au 16 (relâche le 12). Durée : 1 h 10. En français, et catalan et castillan surtitré. www.festival-avignon.com

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Marisa Berenson, le mantra du bonheur 

Marisa Berenson, le mantra du bonheur  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Frédérique Roussel photo Martin Colombet pour Libération
— 11 juillet 2018 


Férue de méditation et de yoga, l’actrice américaine, qui joue une tenancière de cabaret berlinois, cherche toujours à positiver.

 


Sa première fois. Marisa Berenson chante et danse tous les soirs sur la scène du petit Théâtre de Poche-Montparnasse. Elle incarne Kirsten, la patronne d’un cabaret berlinois en pleine montée du nazisme. Une femme brisée et tyrannique, entourée d’un fils travesti qu’elle humilie, de son ex-amant communiste et de musiciens juifs. Ce petit monde entonne des couplets au pas de deux dans sa bulle nocturne, tandis que le bruit des bottes gronde à l’extérieur. En cinquante ans de carrière, l’actrice n’avait jamais joué dans une comédie musicale. Ce n’est pas faute d’en avoir rêvé.

Dans l’appartement parisien au décor raffiné, tout en camaïeu de tissus précieux, les yeux verts profonds pétillent d’une joie enfantine. Tout est «formidable» et les gens sont «merveilleux» dans sa bouche. Avec un léger accent américain craquant. Des mots anglais parsèment ses réponses volubiles. Marisa Berenson rode depuis l’adolescence son étoffe de star. La fille d’un diplomate américain et d’une comtesse, éduquée en élite dans un pensionnat suisse, passionnée de music-hall, n’a croisé qu’à 71 ans un metteur en scène qui ose lui proposer de faire la revue. Chanter, elle connaît un peu pourtant. Elle a fait «un disque autrefois, en 1987». Danser, l’actrice au physique de ballerine a abondamment pratiqué. A New York, avec «Liza» (Minnelli), elles allaient tous les matins au cours de Luigi, un ancien danseur des films avec Fred Astaire et Gene Kelly. Luigi a même dit un jour : «Tu es prête si tu veux faire un spectacle à Broadway, "whatever, you can do it !"»

Le bonheur et le malheur de Marisa Berenson, c’est d’avoir tourné tout de suite dans des grands films de grands réalisateurs des grands rôles hiératiques qui lui collent à la peau. Madame von Aschenbach dans Mort à Venise, la comtesse de Lyndon dans Barry Lyndon. Mais aussi, tiens, dans Cabaret de Bob Fosse, Natalia Landauer. «Dans ce cabaret-là, j’étais une jeune fille innocente, vierge, juive, l’opposée de mon personnage aujourd’hui. Si j’étais dans l’ambiance des studios à Munich, je ne n’ai jamais chanté, ni dansé.»

Pour la toute première fois aussi, Marisa Berenson foule des planches parisiennes. Ce n’est pas faute de l’avoir tenté avant. Elle a failli jouer dans Cyrano de Bergerac avec Jacques Weber côtoyé dans la série télévisée Bel-Ami. Elle a failli jouer la comédie dans le théâtre de son cher ami Jean-Claude Brialy. Mais ce papillon distingué, qui volette d’Amérique en Grande-Bretagne, d’Espagne en Italie, n’apparaît pas sur les radars hexagonaux. «Je ne suis pas parmi les actrices de la famille française», balaie-t-elle comme un fait sans importance. Le Frenchy Stéphan Druet, avec lequel elle a eu du «feeling» et «connecté de bonnes énergies», l’a enfin mise à l’affiche à Paris dans Berlin Kabarett et lui a fait sauter le pas. Il y a deux ans, c’était Kenneth Branagh et Rob Ashford qui la happaient pour un Roméo et Juliette années 50 chorégraphié, à Londres. «Je n’avais jamais fait de Shakespeare. J’ai toujours pensé que ce devait être très difficile.» La débutante a jaugé le risque, «énorme». Et a plongé. «Il faut être un peu folle. Il faut avoir le courage d’attraper le destin quand il vient vers vous pour du bonheur.»

Ainsi à une remise de prix, à une actrice de la série Velvet qui lui raconte qu’elle a été exfiltrée de la saison suivante, Marisa Berenson dit : «Ils ne peuvent pas vous éliminer, vous êtes formidable. Je vais venir vous sauver.» En deux temps trois mouvements, l’affaire était réglée. La sortante réintégrée, l’Américaine ajoutée dans le script. «Ils m’ont écrit un rôle de psychiatre qui aide ce personnage à sortir de son passé et de sa folie.» La saison, tournée en mai à Madrid, sera diffusée en septembre sur Netflix.

Une généalogie fastueuse qu’illustrent les cadres photos sur une table, un démarrage en trombe à 16 ans comme mannequin pour le Vogue américain grâce à la fameuse Diana Vreeland, amie de ses parents, une échappée brillante au cinéma… La lumière n’a jamais aveuglé la petite fille qui se posait des questions sur Dieu et songeait à entrer dans un monastère. Quand son père meurt prématurément, elle a 17 ans. Dans un ashram «aux Indes» avec Maharishi Mahesh Yogi, le gourou des Beatles, elle découvre la source qui la nourrira toute sa vie. Depuis, elle maintient une discipline personnelle, physique et spirituelle, qui lui a permis, dit-elle, de se préserver dans le monde sulfureux de la mode et du show-biz.

Même si dans le New York trendy de la seconde moitié des années 60, on moquait un peu son côté yoga, végan et méditation. «C’était formidable ce mouvement fantastique dont je faisais partie avec Andy (Warhol). Une époque sex, drugs and rock’n’roll, et j’aurais pu me détruire.» Une forme de pureté l’a empêchée de se brûler les ailes.

«J’ai toujours été dans le well-being, la nature, la philosophie holistique. Ce qui fait que j’ai survécu à beaucoup de choses.» En particulier à un drame atroce, sa sœur cadette Berry se trouvait dans le premier avion qui s’est écrasé sur les tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001. Une toile accrochée près de la fenêtre de son salon les représente debout côte à côte, les deux sœurs Berenson, en robes de petites filles bien éduquées. Un trou d’air plane aujourd’hui sur le tableau. Sa philosophie de l’existence console Marisa. «Je crois qu’on n’est pas juste ici une fois. Qu’il y a des vies avant, après.» L’actrice en vient d’elle-même à parler de la mort. «J’y pense tout le temps. Je m’y prépare avec l’objectif de m’élever, dans une progression permanente, de perfectionner ma pensée, mon âme et ma personne.» L’entretien de sa plastique, encore époustouflante à son âge, a toujours fait partie du programme.

Cette «chanceuse» parle de partage avec les autres, avec un côté un peu béat qui agacerait presque. «On est aussi sur cette planète parce qu’on aime donner, rendre les gens heureux, comme au Théâtre de Poche tous les soirs.» Prodiguer sa ligne de crèmes «merveilleuses», conçue à partir de figues de barbarie, vise ainsi à donner bien-être et santé. Dans son prochain livre, qui portera sur son life style, elle veut transmettre les secrets de son mode de vie et de pensée. Peut-être fera-t-elle ensuite un guide sur l’art d’être grand-mère ? Sa fille Starlite, une psychologue pour enfants qu’elle a eue avec le millionnaire américain James Randall, vient d’avoir une petite fille. Grand-mère, une première. Et comme pour tout le reste, «un grand bonheur».

15 février 1947 Naissance à New York.
1975 Barry Lyndon.
1977 Naissance de sa fille, Starlite.
2001 Mort de sa sœur.
2018 Berlin Kabarett (Théâtre de Poche-Montparnasse, Paris, jusqu’au 15 juillet, reprise à partir du 15 novembre).

Frédérique Roussel photo Martin Colombet pour Libération

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 Deux corps-à-corps aux Sujets à vif

 Deux corps-à-corps aux Sujets à vif | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Christophe Candoni dans Sceneweb  11 juillet 2018 



Avec, à la suite, La Rose en céramique et L’invocation à la muse, humour tendre et sexe hard interrogent le manque et l’altérité au programme des premiers sujets à vif conjointement proposés depuis plus de vingt ans au jardin de la Vierge par la SACD et le Festival d’Avignon.
La rose en céramique se présente comme le long discours d’un flegmatique obsessionnel et lunaire écrit et interprété par Scali Delpeyrat, qui ressasse le départ de sa femme Rose et sa solitude d’homme quitté dans une méditation drôle et désabusée sur la vie domestique et le sens de l’existence. Écoutant les premiers accords d’un disque classique irraisonnablement stoppé toujours au même endroit, obnubilé par une serviette éponge sur laquelle est brodé le nom de son ancien amour ou par le simple fait de vider la machine à laver la vaisselle, il n’arrive pas à encaisser.

Il partage au plateau sa nostalgie avec Alexander Vantournhout, incroyable danseur, acrobate, circassien, découvert en gant de boxe et semelles hyper compensées dans un solo dément au Palais de Tokyo puis aux Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis. Il se présente ici comme une sorte de double étrange et de pilier scotché au bras du locuteur qu’il précède à tout instant, actionnant chacun de ses gestes comme un marionnettiste tenant les fils de son pantin. Le duo fonctionne bien et repose sur un contraste cocasse, le danseur est aussi grand, musclé, dénudé et rasé, que le comédien est trapu, barbu et négligemment habillé. Complices, ils affrontent avec force et douceur, les affres de la vie et du sentiment contrarié.

Après un bref changement de plateau, place à L’Invocation à la muse, un rituel d’inspiration érotique et poétique qui se donne à voir sous le regard discret de la Sainte Madone cachée dans la verdure. Il fallait oser ! La proposition est aussi atypique que réjouissante. Le dramaturge et performeur, Vanasay Khamphommala, d’une belle et singulière présence, campe une figure orphique cherchant l’inspiration dans les pratiques BDSM d’une muse mutine et peu conventionnelle. Avec un art délié, l’artiste queer afro-caribéenne Carita Abell mène la danse et soumet le jeune homme, corps déshabillé, en simple slip féminin rouge et sac vissé sur la tête, peau fouettée, lacérée, piquée, au moyen de fleurs, plumes, lames et cordes.

Présenté sans volonté de scandaliser, mais bien au contraire, dans une recherche constante de conjuguer souffrance et jouissance, la pièce fait naître de la douleur consentie une beauté retrouvée, ce que confirme le passage du gémissement excité au chant baroque en une sublime et sauvage interprétation de Purcell.

Dans un geste résolument libre adviennent l’éclosion de l’expression artistique mais aussi la célébration de l’individu qui se révèle ni homme ni femme, figure et lèvres fardées, chevelure brune déployée, silhouette longiligne juchée sur de hauts talons pailletés.

La forme est brève et originale présentée cet été à Avignon s’offre comme les prémices d’une future création dont elle est le prologue. Orphée aphone, imaginé d’après les Métamorphoses d’Ovide sera présentée la saison prochaine au Théâtre Olympia de Tours où Vanasay Khamphommala est artiste associé puis aux Plateaux sauvages.

Christophe Candoni – www.sceneweb.fr

L’invocation à la muse
Conception et interprétation Caritia Abell et
Vanasay Khamphommala
Collaboration artistique Théophile Dubus
Son Gérald Kurdian
Costumes Juliette Seigneur
Production
Production Compagnie Lapsus chevelü, Théâtre Olympia Centre dramatique national de Tours
Coproduction SACD, Festival d’Avignon

La rose en céramique
Conception et interprétation Scali Delpeyrat et
Alexander Vantournhout


Festival d’Avignon
Sujet à Vif – SACD
Les 12 et 13 juillet à 11h

 

Photo : L’invocation à la muse © Christophe Raynaud de Lage Hans Lucas

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A Bobigny, Jean-François Sivadier met l’opéra sens dessus dessous

A Bobigny, Jean-François Sivadier met l’opéra sens dessus dessous | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Laurent Carpentier dans Le Monde   17.07.2018


A la MC93, le metteur en scène reprend « Italienne scène et orchestre », ou « La Traviata » comme vous ne la verrez jamais.


A l’amateur éclairé échappé du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence comme à l’aficionado d’Avignon, « in » et « off » confondus, le festival Paris l’été offre malicieusement à la MC93 de Bobigny (Seine-Saint-Denis), en ouverture de ses festivités, un fort joli pied de nez : Italienne scène et orchestre, de Jean-François Sivadier, dans lequel le spectateur est invité à assister aux répétitions d’un opéra, en l’occurrence La Traviata, de Verdi… Et ce n’est pas piqué des hannetons.

Mais, avant le lever de rideau, l’histoire réclame un flash-back. 1997, le dramaturge Didier-Georges Gabily, dont il était très proche, vient de mourir prématurément. Jean-François Sivadier n’a encore jamais monté de spectacle à lui. Laurent Pelly qui dirige alors le centre culturel le Cargo à Grenoble (rebaptisé depuis MC2) lui propose de monter un spectacle, avec trois contraintes : cela doit être court – 1 h 30 maximum –, réunir pas plus de trois-quatre acteurs, et se passer n’importe où dans le théâtre… sauf sur le plateau.

En une nuit, le comédien-metteur en scène va imaginer la chose : le public placé dans la fosse d’orchestre devant les pupitres des musiciens, à qui il est donné de voir les atermoiements, caprices de divas et cabotinages d’acteurs, conflits entre metteur en scène et chef d’orchestre… Voire d’y participer. Succès de cet Italienne avec orchestre. Vingt ans après, on rigole toujours autant aux facéties de Sivadier qui prend la baguette et, semblant improviser (alors que tout est méticuleusement travaillé), emmène la danse, vous bouscule, vous divertit, et ce qui est plus rare, vous donne à réfléchir.

Le spectateur devient choriste
Six ans plus tard, en 2003, avec la même équipe, il invente un deuxième acte (qui évidemment devient le premier, sinon ça serait trop simple) où le spectateur n’est plus musicien mais choriste. Et c’est ainsi que quand le rideau se lève dans la petite salle où l’on vous a installé, vous vous retrouvez en fond de scène à faire face aux gradins de la salle vide et la proie d’un metteur en scène (Nicolas Bouchaud) exalté et dépassé.

Complicité des comédiens – les mêmes aujourd’hui que toujours (Marie Cariès, Charlotte Clamens, Vincent Guédon et Nadia Vonderheyden entourent Nicolas Bouchaud et Jean-François Sivadier), plaisir que l’on sent chez eux d’être là. « Jean-François a toujours rêvé d’être chef d’orchestre », affirme Nicolas Bouchaud d’un air entendu après la représentation. « Je connais bien la musique, mais je ne sais pas la lire », sourit à regret ce dernier qui, à 20 ans, au Mans, s’était vu offrir pour la première fois un rôle parlé par ses camarades de l’Atelier lyrique du Maine dans King Arthur, de Purcell.

Une mise en abyme
Italienne scène et orchestre n’a plus été jouée depuis 2006. A l’époque, Natalie Dessay était venue la voir avec son mari, le baryton Laurent Naouri. « C’est tellement juste ! C’est exactement ce qu’on vit dans notre métier », confie aujourd’hui ce dernier. « Maintenant, vous devez monter une Traviata », avait alors suggéré la cantatrice à Sivadier. Ce sera chose faite en 2011, quand Bernard Foccroulle, le directeur du Festival d’Aix-en-Provence, appréciant le travail que le metteur en scène mène depuis avec l’opéra de Lille, les réunira.

Le spectacle qu’on retrouve aujourd’hui, assis derrière un pupitre, au fond de la fosse, dans une mise en abyme de ce qu’est le théâtre, n’en prend que plus de saveur… « Hep, vous, là, oui vous là, vous voulez bien arrêtez d’écrire et vous concentrer un peu sur ma baguette. Taaaaa ta taaa ta taa, c’est ça, c’est ça… »


Italienne scène et orchestre, de Jean-François Sivadier à la MC93, Bobigny, tous les jours sauf dimanche jusqu’au 28 juillet à 19 heures (le samedi à 16 heures). Durée : 3 h 30 avec entracte. Tarifs : de 9 € à 25 €. Tél. : 01-41-60-72-72. Dans le cadre du festival Paris l’été. www.parislete.fr

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Festival d'Avignon : quatre très bons spectacles au fil du off

Festival d'Avignon : quatre très bons spectacles au fil du off | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par  Armelle Héliot  dans Le Figaro Publié le 17/07/2018 à 13:44
De notre envoyée spéciale à Avignon

 


CRITIQUE - Les gravats, Si loin si proche, Rosa Luxembourg kabarett,Ô toi que j'aime ou le recit d'une apocalypse: une excellente fournée de pièces dans des genres très différents. Des créations qui donnent du sens à la jungle de la grande foire aux désillusions.



 Les gravats: macabre et drôle

Jean-Pierre Bodin, le délicieux fantaisiste du Banquet de la Sainte-Cécile en 1994, spectacle qui révéla ce comédien qui jouait beaucoup auprès de Jean-Louis Hourdin après avoir été dans l'ombre de la technique, a concocté avec ses amis un spectacle macabre et drôle, sur le thème de la vieillesse et de la décrépitude, Les Gravats.

Depuis Le Banquet, il nous a réjouis avec des créations sensibles et cocasses souvent. Cette fois, lui qui est né en 1957, mais a gardé la silhouette d'un jeune homme, s'empare d'un sujet très délicat et qui touche chacun.


Alexandrine Brisson, auteure, a participé à l'écriture. Elle n'est pas en scène. Jean-Louis Hourdin, qui a bien sûr participé à l'élaboration de cet opus, a dû subir une opération qui lui interdit de jouer dans la chaleur avignonnaise. Il a été remplacé au pied levé par Thierry Bosc et on salue la maîtrise avec laquelle ce grand comédien est entré dans la danse.

Une danse très macabre pour deux hommes et une femme: Jean-Pierre Bodin, Thierry Bosc, et une pépite de grâce et d'intelligence, violoniste virtuose, Clotilde Mollet.

On ne vous racontera pas tout car le spectacle qui nous parle donc de vieillissement, de grand âge, de mort, vaut pour son extraordinaire inventivité d'écriture, de mise en scène et de jeu. Il est épatant.

Mais dire les images, les surprises, les audaces, serait vous priver du bonheur que l'on prend à rire et à être bouleversé, en même temps, par ce sujet terrible.

Une valse sans tristesse, des fauteuils crapauds avec lesquels on danse ou virevolte comme sur des autos-temponneuses, des squelettes, du désossage effrayant, de belles maximes, la lecture de la charte des droits du mourant. Tout est affronté ici. Mais, répétons-le, on rit beaucoup. Et il y a dans ce moment beaucoup de grâce, de profondeur, de lucidité. Du grand théâtre.

Fabrik Théâtre, 11h00, jusqu'au 24 juillet. Durée: 1h15 (04 90 86 47 81).

● Si loin si proche : une odyssee franco-algerienne

Abdelwaheb Sefsaf est un formidable homme de théâtre. Français d'origine algérienne, il est à Avignon avec un spectacle qu'il a écrit et joue, accompagné de deux musiciens de son groupe Aligator, Georges Baux, claviers, guitare, chœurs et de Nesto Kéa, live-machine, guitares, theremin, choeurs.

Des artistes formidables, tous les trois et le disque de la musique du spectacle est en vente sur place ainsi que le texte de cette pièce en forme de récit épique (Lansman éditeur, 10€).


Le spectacle est mis en scène par l'auteur, avec Marion Guerrero, dans une scénographie très belle et imaginative de Souad Sefsaf et des lumières, très nuancées d'Alexandre Juzdzewski qui signe également la vidéo, discrète et pertinente.

Abdelwaheb Sefsaf parle de sa famille immigrée en France. On est dans les années 70-80. Il n'est encore qu'un petit garçon, mais ne perd rien de ce qui advient et en particulier des rêves des adultes...

C'est beau, tendre. Le récit parlé s'étoile de parties chantées, très belles. On a le sentiment d'un aède, quelque part entre la France et les montagnes de Kabylie... Le personnage de la mère, qui a la sévérité abrupte d'une femme des montagnes, glace parfois le sang: mais on l'aime car Abdelwaheb Sefsaf en parle avec tendresse.

Lorsqu'il s'agit d'entreprendre un voyage jusqu'au pays natal, on s'arrête à Oran, berceau de la famille.

Mais en passant par l'Espagne et le Maroc, car ainsi le voyage est moins cher. C'est que, comme il est évoqué pudiquement dans le spectacle, on n'est pas riche dans la famille... Mais un mariage a lieu et il faut non seulement honorer le rendez-vous, mais fournir la dot de la mariée... alors que c'est l'un des fils qui l'épouse...

N'en disons pas plus. Car ici le bonheur est dans l'épopée! Abdelwaheb Sefsaf est un interprète et un musicien, un chanteur, bouleversants. Mais il est aussi un écrivain. Il a du style. Une belle écriture, fluide et fruitée qui s'irise d'images superbes, d'humour, de douceur.

Une histoire qui nous en apprend plus que bien des longs discours sur le statut, le sort, la vie quotidienne de ceux qui sont venus travailler dans une France qui les recrutait et ne les traitait pas forcément très bien. Mais ici, il y a ce supplément: la fierté berbère... Nulle agressivité, nul ressentiment. La vie, la France, l'Algérie. Un grand travail musical et théâtral qui a des vertus universelles.

11. Gilgamesh Belleville, à 16h10, jusqu'au 27 juillet. Durée: 1h15 (04 90 89 82 63). À ne pas rater, le concert des «Enfants de la manivelle», le 19 juillet à 21h00, au Théâtre des Carmes. Durée: 1 heure. Avec André Minvielle, récit, chant, percussions et Abdelwaheb Sefsaf, récit, chant, percussions. Plus «main vielle à roue» et «orgue de Berbérie» (sic).

● Rosa Luxembourg kabarett : portrait musical

C'est un très fin et sensible travail que nous propose Viviane Théophilidès, metteur en scène, comédienne, qui fut au conservatoire un professeur remarquable. Elle excelle à composer des évocations délicates et profondes. Ici, on est dans le récit, la réflexion, le jeu. Un homme, Bernard Vergne, quatre femmes, l'une est aux claviers, l'autre chante magistralement, la troisième interprète Rosa, et Viviane Théophilidès fait le lien. Saluons donc les talents chatoyants de Géraldine Agostini, la musique, Sophie de la Rochefoucauld, Rosa, Anna Kupfer, chanteuse magnifique, au timbre prenant, à l'émission si naturelle, claire, belle, et leur metteuse en scène. On va et vient de présent à passé. On s'interroge sur le destin de Rosa Luxembourg, morte si jeune, assassiné en 1919. Une grande figure, une combattante, mais un être hypersensible, profond que ce portrait en paroles, questions, musique et chant, nous restitue de merveilleuse manière. Et en plus, cela se donne au Théâtre des Carmes, le théâtre que fonda le grand poète d'Avignon, André Benedetto. Une pensée pour lui.

Théâtre des Carmes, à 16h25. Jusqu'au 25 juillet. Durée: 1h45 (04 90 82 20 47).

 


● Ô toi que j'aime ou le récit d'une apocalypse : itinéraires d'enfants perdus

Fida Mohissen est un homme de théâtre très important du paysage théâtral, avignonnais en particulier. Il y a quelque temps, au Gilgamesh, il déployait une très intéressante programmation. Le lieu ayant été vendu, il a sauté le pas et créé, avec le directeur du théâtre de Belleville, à Paris, le désormais fameux «11 Gilgamesh Belleville», qui est devenu en deux saisons, l'un des lieux préférés des compagnies et du public.

Il y présente un texte qu'il a écrit et met en scène, Ô toi que j'aime ou le récit d'une apocalypse. C'est un projet généreux et sensible. Il s'appuie sur une intrigue complexe: une réalisatrice de documentaires et un metteur en scène veulent faire travailler des jeunes détenus radicalisés sur un poète mystique du XIIIème siècle dont le destin est marqué par la mort de son maître... Évidemment, la mystique du soufisme n'est pas vue d'un bon oeil par les salafistes... C'est provoquer, sans doute que de chosir ce projet... En prison, Nour Asile, syrien, rêve seulement de mourir en martyr...


Comment ces trois-là peuvent-ils se comprendre? Travailler? En fait, le scénario, la pièce, la manière dont tout nous est raconté sont beaucoup plus compliqués. Sur le vaste plateau de la grande salle, de la musique, des récitants et du jeu, des lumières envoûtantes, un tulle sur lequel sont projetées des phrases (mais attention, difficile de les lire), des images, un va-et-vient entre plusieurs niveaux de récit, plusieurs formes de jeu fait parfois flotter l'action. Mais on ne perd pas le fil, et c'est bien joué.

Il y a beaucoup de générosité, d'interrogations, d'espérance dans l'écriture et la mise en scène de Fida Mohissen (texte édité chez Lansman). Les comédiens sont convaincants: Stéphane Godefroy, Raymond Hosni, Lahcen Razzougui, Benoît Lahoz, Clea Petrolesi, Amandine du Rivau et à la guitare électrique David Couturier et à la contrebasse Michel Thouseau.

11. Gilgamesh Belleville, à 22h00, jusqu'au 27 juillet, relâche le 18. Durée: 2 heures (04 90 03 01 90).

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Alloucherie, échos et écrits de la «jungle»

Alloucherie, échos et écrits de la «jungle» | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Aurélie Charon Envoyée spéciale à Avignon pour Libération
— 16 juillet 2018


Le directeur artistique pas-de-calaisien a mis en scène la lecture de son prochain spectacle, «No Border», consacré aux migrants. L’auteure Nadège Prugnard a écrit le texte et le porte de sa voix.
L’actualité est aphone. On n’entend plus rien, c’est devenu sec. Guy Alloucherie aime réveiller les voix mises en sourdine, monter le son. Pendant des années, il a déterré l’histoire ouvrière, lui, fils d’un homme qui a passé trente-sept ans dans les mines pour creuser le charbon. Depuis vingt ans, il a installé sa compagnie en contrebas des terrils dans le Nord Pas-de-Calais. Il a placé Loos-en-Gohelle, 6000 habitants, à la pointe de l’écoute du monde.

Complexité.
La question des réfugiés est arrivée avec Mireille, une militante, il y a dix ans. Dans le spectacle les Sublimes, elle témoigne en vidéo : elle avait hébergé des réfugiés. Guy Alloucherie est persuadé que pour parler de la complexité du monde, il faut aller à Calais. «Mais comment trouver la distance poétique, sans que ce soit un discours donneur de leçon» ? Il va voir jouer Nadège Prugnard, trouve «un alter ego», a la solution. Elle a peur de l’effrayer avec son parcours scène rock-arts de la rue, lui est sûr que c’est la voix qu’il faudra.

Pendant deux ans et demi, Nadège Prugnard parcourt la «jungle». Elle commence à l’époque où il n’y a que trois-quatre tentes, sera témoin de la ville-monde en train de se construire et de son démantèlement. On n’entre pas comme ça : elle se lance comme bénévole. «Je me rends vite compte que ça ne sera pas suffisant. Il faut que je trouve un déclencheur de parole, autre que l’urgence.» Et là, idée : «Le coup des fleurs.» Des roses, des jonquilles, des graines dans la «jungle». Nadège Prugnard apporte des fleurs. «Le temps a été suspendu, on s’est mis à parler.»

Elle réalise qu’il n’y a que les gestes artistiques, symboliques, qui permettent à la «jungle» de sortir d’un rapport au temps imposé par la nécessité. Elle interroge migrants, bénévoles, médecins, routiers, Calaisiens et commence à angoisser : tellement à dire. «Je n’avais jamais vu la vie arriver à ce niveau-là» : ceux qui sont morts cent fois ne s’apitoient pas. Elle cherche un geste d’écriture «sans tomber dans le cliché ultra-militant ou le réalisme sordide».

La réalité ne fait pas de cadeau : on est trop collés, ou trop loin. Le juste milieu est rare. Les premiers mots seront donc «je suis perdue». Aveu qui ouvre sur un poème traversé par mille voix. On remercie Guy Alloucherie d’avoir compris qu’il ne fallait pas les disperser : un seul être pour les porter. C’est Nadège Prugnard elle-même qui dit les mots et forme alors l’image de ces vies que le monde en 2018 projette les unes contre les autres.

«Forum».
Pour la création qui sera présentée à Béthune et Loos-en-Gohelle, Guy Alloucherie imagine du gumboot, danse de protestation des mineurs noirs d’Afrique du Sud durant l’apartheid. «Et pourquoi pas Facebook aussi, pour servir le propos ?» A l’Ecole d’art d’Avignon, un élève a réalisé un film sur le rapport de Guy Alloucherie aux réseaux sociaux. Mohamed El Khatib et Lorraine de Sagazan lisent ses posts Facebook à propos de Calais, nouvel espace de dialogue avec la réalité. A la Manufacture, la question des réfugiés traverse plusieurs spectacles, dont deux à l’intérieur du «Focus Arabe» proposé par le metteur en scène égyptien présent dans le in, Ahmed El Attar.

Guy Alloucherie se souvient de la question du CRS à l’entrée du camp : «Vous n’avez pas de marteau ?» Le crime, c’était reconstruire quand les autorités voulaient faire disparaître. Le mot «forum», trouvé par Zimako, le créateur de l’école de la «jungle», lui manque. «C’était un forum, une discussion mondiale, quelque chose naissait.» Il est désespéré d’entendre, il y a peu encore, des cousins se plaindre des migrants vivant à cinq kilomètres de leur maison bourgeoise, avoir peur «qu’ils arrivent chez nous». Il lâche un dernier mot, à la façon de l’ancien combattant, pas dupe, qui sait qu’on aurait pu éviter la guerre : «J’en ai marre du malheur.»

Aurélie Charon - Envoyée spéciale à Avignon


No Border film autour de Guy Alloucherie et Nadège Prugnard de Boris Kommendijk. Ecole d’art d’Avignon avec La Manufacture, Festival off. Jusqu’au 22 juillet. Lecture par Nadège Prugnard, m.s. de Guy Alloucherie.

No Border création à la Comédie de Béthune du 1er au 6 octobre, puis du 22 octobre au 23 novembre à la scène nationale Culture Commune de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais)

 

Légende photo : Nadège Prugnard lors de la préparation de sa création « No Border ». MAGMA PERFORMING THÉÂTRE/COMPAGNIE HVDZ

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A Avignon, la quête queer de Vanasay

A Avignon, la quête queer de Vanasay | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Laurent Carpentier (Avignon, envoyé spécial) dans Le Monde 12.07.2018 

 

Le dramaturge et comédien Vanasay Khamphommala présente une forme courte « L’Invocation à la muse » dans le cadre des « Sujets à vif ».


Il est normalien, passé par Harvard, a terminé sa thèse sur « Spectres de Shakespeare dans l’œuvre de Howard Barker » à Oxford, et cite André Malraux : « L’art est le plus court chemin de l’homme à l’homme. » Mais, longue tresse sur le côté, 2,10 mètres sur ses talons aiguilles, jambes délibérément pileuses sous sa jupe courte, Vanasay Khamphommala nourrit un projet secret : imprimer sur son corps les Métamorphoses d’Ovide, le transformer en un exemplaire vivant de ce livre manifeste qui, sous l’empire romain, prédisait que le monde entier ne cesserait jamais de muter. Et sur la petite scène du Jardin de la vierge du lycée Saint-Joseph à Avignon, il explore ces sentiers d’une résurrection queer.

L’Invocation à la muse, c’est le titre. Une forme courte et innovante telle qu’elles sont réunies par le Festival d’Avignon sous l’intitulé « Sujets à vif ». En l’occurrence très à vif, puisque pénétrant sur le plateau en costume classique, la tête coiffée d’un sac hermétique, il se fait petit à petit le jouet soumis, transformable, transformé, fouetté, attaché, piercé, tacheté de cire brûlante par une dominatrice afro-caribéenne, et « militante pro-sexe » comme le dit le programme.

La scène est étrange, met mal à l’aise. On se demande où on est, où va ce théâtre qui n’est plus représentation du monde mais monde lui-même. Etre queer ou ne pas être. Le fantôme de Miss Knife, ce double de scène d’Olivier Py, rôdant un peu partout à Avignon. Dans les jardins Ceccano, avec le feuilleton sur la question du genre orchestré par David Bobée, dans la cour du lycée Saint-Joseph où la danseuse de flamenco Rocio Molina, lesbienne et enceinte, donne à entendre l’écho doppler de son bébé après qu’elle l’a secoué pendant deux heures. Il est encore dans le gymnase du lycée Mistral chez Didier Ruiz, à La FabricA chez Julien Gosselin où les corps s’entremêlent…

Lire l’analyse :   Le Festival d’Avignon aux frontières du genre

Douleur transformée en grâce
La scène est étrange… Et puis soudain la dominatrice, Caritia Abell, détache le masque et les cheveux de son jouet, et Vanasay, de sa voix magnifique de haute-contre, nous fixant de ses yeux marron, entonne un chant de Purcell qui fige chacun dans sa chair et transforme la douleur en grâce.

« Père laotien, mère française, je suis à fond dans l’intersection. Avant de se moquer de moi parce que j’étais queer, on se moquait de moi à l’école parce que j’étais chanteur, et avant parce que j’étais “le chinetoque”. Or l’art est un espace où la différence peut-être valorisée », dit-il. Etudes modèles, musique classique (piano, flûte, violoncelle, chant) où la discipline et le cadre règnent en maîtres. Mais aussi théâtre, à Pacé dans la banlieue de Rennes, où il découvre aussi le plaisir des travestissements et des maquillages « doloristes ».


L’homosexualité à 18 ans. Et puis la crise, dix ans plus tard, lorsque sa marraine meurt. Il perd la voix. Incapacité de chanter, puis progressivement de parler. Cette aphonie va le faire entrer en écriture. Il devient dramaturge, aujourd’hui artiste associé au centre dramatique national de Tours, au côté de Jacques Vincey avec qui il montera pour Natalie Dessay, Und de ce même Howard Barker qu’il a tant étudié. La cantatrice qu’il rêvait d’être, petit, dans l’intimité de sa salle de bains, est d’ailleurs la marraine de ce « Sujet à vif » qui deviendra en janvier 2019 le prologue d’Orphée aphone, la pièce qu’il a tirée de tout ça.

Un stage de « masculinité alternative »
« La souffrance pour la souffrance ne m’intéresse pas, mais parfois elle est le chemin vers une jouissance plus grande. Et, dans tous les cas, je préfère ça au confort », raconte le dramaturge qui affectionne les performances. On l’imagine en Speranza Von Glück, dame pipi chantante transformant les toilettes (mythe de la rencontre homosexuelle s’il en est) du théâtre de Tours en opéra de poche.

C’est à Berlin qu’il rencontre Caritia. Elle donne des stages de bondage et de shibari (l’art d’attacher les corps). Lui, suit un stage de « masculinité alternative ». Le BDSM (les jeux sadomasochistes), il n’a jamais essayé : « Pour moi, c’était tout neuf. Les premières répétitions du spectacle étaient franchement drôles, tellement j’étais novice en ces choses. J’y ai découvert non pas une souffrance mais un érotisme universel, non génital où je n’ai jamais autant parlé de consentement. Ce qui fait prendre conscience de tout ce qu’on fait au quotidien sans vérifier que l’autre est d’accord. Mais cette pratique n’a d’intérêt que si elle fait naître un poème nouveau. Ce qui m’intéresse, c’est la bizarrerie qui est aussi de l’authenticité… »

L’Espagnole Anjelica Liddell, Kazuo Ono, l’un des grands maîtres du butô, Michel Fau, qui fut son professeur… Si les esthétiques qui l’intéressent au théâtre sont celles qui travaillent le corps au corps, ce cérébral en revient sans cesse aux définitions : « Au sens étymologique, l’enthousiasme, c’est l’état de possession de l’acteur par le dieu derrière le masque. »

Sur le Web : www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2018/l-invocation-a-la-muse

Légende photo : Le comédien et dramaturge Vanasay Khamphommala au Festival d’Avignon, le 11 juillet. LAURENT CARPENTIER/« LE MONDE »

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Festival d'Avignon : du IN au OFF, le plaisir de jouer

Festival d'Avignon : du IN au OFF, le plaisir de jouer | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par O. Morain Culturebox - 14 juillet 2018

 

 

Pour la 72e édition du Festival d'Avignon (Vaucluse), 270 000 spectateurs sont attendus durant tout le mois de juillet. Entre le IN et les OFF, plus de 1 500 spectacles sont proposés au public. Cette année, la pétillante Marianne James est programmée avec "Tatie Jambon", un drôle de concert pour enfants . Quant à Thomas Jolly, il envoûte la cour d'honneur du palais des Papes avec son Thyeste.

En flânant dans les rues de la Cité des Papes, nos reporters ont essayé de comprendre pourquoi la magie du Festival  d'Avignon opère toujours, 72 ans après sa création par Jean Vilar, directeur du Théâtre National Populaire. Parce qu’on y côtoie tous les genres de spectacles, pour tous les âges, parce que c’est le rendez-vous des stars, comme des artistes plus modestes, voire amateurs…

De Marianne James avec "Tatie Jambon" à Thomas Jolly qui triomphe dans la Cour d’honneur avec "Thyeste", en passant par les ouvrières de l’usine Samsonite qui racontent leur licenciement, suivons-les sur les planches ou dans des rues écrasées de chaleur.

Reportage : P. Deschamps / A. Ducruet / J. Martin / K. Annette
Festival d'Avignon 2018 : Impressions de Thomas Jolly et Marianne James

Un festival créé en 1947 par Jean Vilar
"J'ai découvert Avignon en 1987 avec une amie soprane. On est venue faire la manche... on était venue jouer dans la rue, avec une participation au chapeau", se souvient Marianne James, qui fait salle comble cette année dans le Off d'Avignon avec "Tatie Jambon", un spectacle comique pour enfants.

En 1947, l'artiste Jean Vilar s'installe en Avignon et crée le Théâtre National Populaire. Il souhaite lancer un festival en plein air, destiné à un large public. Défi relevé 72 ans après. 
Avignon a grandi avec son festival et le festival a grandi avec Avignon. C'est à la fois traditionnel et un petit peu dérangeant et dérangé

Marianne James

 


Le prestige de la cour d'Honneur
Côté IN, cette année la cour d'honneur du Palais des Papes accueille, entre autres, une mise en scène de Thomas Jolly. Le plateau de quarante mètres de large se métamorphose en scène de glace pour narrer la tragédie de Sénèque, "Thyeste", qui traite d'infanticide et de cannibalisme.


"Thyeste" de Thomas Jolly à la Cour d'honneur du Palais des Papes. © Vincent Damourette / Culturebox
Le jeune metteur en scène rencontre avec simplicité le public et prolonge le partage d'émotions. Car son voeu le plus cher est de briser une image trop élitiste du théâtre. 

 


Tout le monde est le bienvenu dans un théâtre, et toutes les pièces parlent à tout le monde
Thomas Jolly - Metteur en scène

 


Les pépites des petites salles
A côté des grands plateaux, il y a toutes les petites salles du OFF qui fourmillent de propositions. Drôle, poétique ou engagé, le choix est très varié. Certains spectacles s'apparentent même à des chroniques de l'actualité sociale. A l'image de la pièce "On n'est pas que des Valises", qui raconte le combat acharné des anciennes ouvrières de l'usine Samsonite d'Hénin-Beaumont. Dix ans après la liquidation, Marie Liagre, la metteuse en scène de la pièce retrace l'"épopée" de ces anciens ouvriers depuis la fermeture de l'usine et le licenciement de ses 200 salariés, dont une majorité de femmes. Chacune interprète son propre rôle.

 


On ne dirait pas qu'on est des ouvrières. Les gens pensent que l'on est comédiennes en nous voyant
Teaser du spectacle : https://youtu.be/DV3H_Ucne2Q



"On n'est pas que des valises" est présenté dans le cadre du Off d'Avignon à Présence Pasteur du 6 au 28 juillet, puis du 20 au 23 septembre à La Maison des Métallos à Paris. 

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Avignon : trans & transformations en tout genre

Avignon : trans & transformations en tout genre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan - 13 juillet 2018 

 


Homme ou femme ? Trans ou les deux, répondent-ils en chœur. Transgenre ou transfrontière, c’est un même combat contre toutes les limites, les barrières, les préjugés et les drames que cela suscite. L’art aime se nourrir de transgression. C’est ce que nous racontent avec bonheur Didier Ruiz, Gurshad Shaheman et le fabuleux tandem que forment François Chaignaud et Nino Laisné.


Il, elles, elles, ils se nomment Neus Asencio Vicente, Clara Palau i Canals, Danny Ranieri del Hoyo, Raùl Roca Baujardon, Ian de la Rosa, Sandra Soro Mateos, Leyre Tarrason Corominas. Ils-Elles parlent en langue espagnole ou catalane et le sous-titrage en français rend imparfaitement compte de leur façon de s’exprimer.

 


Didier Ruiz

Ce ne sont pas des acteurs professionnels, ni même amateurs. Certains sont militants, d’autres pas. Avant de rencontrer Didier Ruiz, ils ne songeaient pas qu’un jour ils se retrouveraient sur une scène pour parler de la vie jamais simple qui fut la leur, simplement parce que pour des raisons qui leur et nous échappent, on (dieu, la providence, l’antéchrist, le diable, la pierre philosophale, l’inconscient, le refoulé, etc.) eut tout faux à leur naissance en se trompant de sexe. Alors, leur nature profonde revenant au petit trot ou au galop, ils ont senti croître en eux non seulement le désir, mais l’impérieux besoin de changer de sexe. Certains ont poussé le bouchon jusqu’à l’opération, d’autres pas ; on peut être femme tout en étant fière de son pénis, dit en substance l’une d’entre elles née homme.

Didier Ruiz était loin de ces sphères jusqu’au jour où, à Madrid, il a rencontré une femme qui animait une association de parents d’enfants trans, étant mère elle-même d’un fils qui s’habillait en fille. Dans l’association, elle a été confrontée au cas inverse : une petite fille qui ne portait jamais de robe et jouait tout le temps avec les garçons. Pour en arriver à TRANS (mès enllà), Ruiz a beaucoup enquêté, beaucoup parlé, comme il l’avait fait pour son précédent spectacle, Une longue peine, traitant de l’enfermement en prison et de ses effets. Les sept choisis (sur trente-deux rencontrés) ne sont pas des marginaux, des trans de la nuit, des artistes. Ils, elles travaillent dans la coiffure, la manutention, le dessin industriel, les transports. Elles, ils ont de 22 à 60 ans.


Avec chacun, en parlant avec eux, en les questionnant, Ruiz a su affiner leur parole, qui reste leur parole, l’oralité est primordiale. Ruiz appelle cela « la parole accompagnée ». S’ensuit un travail de montage de ces paroles entre elles, en les découpant dans un subtil feuilletage ou maillage qui a pour vertu, passant de l’un à l’autre, de couper court à tout engluement pathétique. Chacun des sept cas est unique, mais tous pointent les mêmes obstacles, les continents d’idées toutes faites. Et pourtant l’Espagne est en ce domaine un des pays les plus ouverts.


Gurshad Shaheman

On ne peut pas en dire autant de l’Iran (et de bien d’autres pays) comme l’a montré l’Iranien Gurshad Shaheman (qui ne peut plus retourner dans son pays) dans une trilogie dont lui-même, à l’homosexualité revendiquée, était le fil conducteur et le héros (lire ici) et dont le texte vient de paraître. Extrait (Gurshad est un jeune garçon et Jean-Louis, un ami de la famille, se glisse dans son lit) : « Ses lèvres descendent le long de mon index et se referment sur ma deuxième phalange. Je sens sa langue qui danse autour de mon doigt. Je n’ai pas de clé pour interpréter ce geste. Je ne l’ai vu dans aucun film. Lu dans aucun livre. Je retire mon doigt de sa bouche. Il rapproche alors son visage du mien, passe une main derrière ma nuque et me tire plus près. Nos souffles se touchent. Ma bouche est tout contre la sienne. Sa langue, lentement, se fraie un chemin à travers mes lèvres. » La voix de Gurshad, un fluide, accompagnait cette écriture délicieuse et délicate.

Son nouveau spectacle, Il pourra toujours dire que c’était pour l’amour du prophète, est à la fois comme le miroir du précédent et son opposé. La où Gurshad ne parlait que de lui et des autres à travers lui, cette fois il se met à l’écoute de personnes homosexuelles ou trans de seize à trente ans le plus souvent exilées du Moyen Orient rencontrées durant de longs séjours à Athènes et Beyrouth, en particulier des Syriens. Une vingtaine de témoins qui a trouvé en lui une écoute soutenue et complice. Ensuite, partant de ce matériau informe, il a tout fait traduire pour écrire en pleine empathie, un peu à la manière de Svetlana Alexeievitch. Et le mouvement du nouveau spectacle reprend la progression du précédent : l’enfance, l’éveil des sens, le trouble sur l’identité sexuelle mais aussi sur la croyance religieuse, le pays, puis le faisceau d’éléments complexes (familiaux, politiques, intimes) qui conduit à l’exil, et enfin la traversée vers l’Europe. Comme pour Pourama Pourama, ces histoires parfois tragiques sont de bout en bout traversées par l’amour, une ou des histoires d’amour.

Comme Didier Ruiz, Gurshad Shaheman fragmente ces histoires. Elles ne sont pas dites par leur auteur mais par des acteurs de l’ERAC (l’école de Cannes) accompagnés par quatre témoins (Lawrence Alatrash, Daas Alkhatib, Mohamad Almarashli, Elliott Glitterz) qui sont là comme des veilleurs, des éclaireurs, des balises. Ce jeu de décalage permet au spectacle de prendre la forme d’un oratorio avec en contrepoint une partition sonore et musicale de Lucien Gaudion qui nous arrive par vagues comme des bourrasques mais aussi comme le bruit d’un livre quand on tourne la page. Grâce à l’écriture de Gurshad Shaheman et cette mise en bouche, le témoignage s’éloigne d’un aplat naturaliste pour s’ouvrir au conte par le biais des histoires d’amour très étonnantes qui surgissent çà et là.


A une ou deux exceptions près (et c’est alors comme une fausse note), chacun des jeunes acteurs de l’ERAC (Tiebeu Marc-Henry Brissy Ghadout, Flora Chéreau, Sophie Claret, Samuel Diot, Léa Douziech, Juliette Evenard, Ana Maria Haddad, Zavadinack, Thibault Kuttler, Tamara Lipszyc, Nans Merieux, Eve Pereur, Robin Redjadj, Lucas Sanchez, Antonin Totot) n’incarne pas un personnage. Il l’accompagne comme un traducteur et mieux : un confident ; il parle en son nom. Les voix parfois se chevauchent ou s’éloignent devant la musique, puis cela revient ailleurs, la sensation prime sur l’information. Exemple. Un homme exilé se souvient de son premier amour lorsqu’il était là-bas à l’armée : « Aujourd’hui encore je n’oublie pas / Quand on prenait notre bain dans la forêt / On allumait un feu et on faisait chauffer l’eau dessus / Et on se lavait au milieu des arbres / Je lui savonnais le corps / Et j’embrassais chaque parcelle de sa peau / cette forêt c’était comme un temple pour notre amour / Et lui était le dieu que j’idolâtrais dans ce temple. »

 


François Chaignaud et Nino Laisné

Le bruissement des deux gros arbres feuillus du cloître des Célestins accueillait les spectateurs qui prenaient place. Un bruissement léger, parfois presque impalpable, comme un moutonnement du temps. C’était un bon présage. Comme un instrument venu en amical renfort pour accompagner le bandonéon (Jean-Baptiste Henry), la viole de gambe (François Joubert-Caillet), la théorbe et la guitare baroque (Daniel Zapico) ainsi que des percussions sur peaux tendues, ces clochettes et autres tambourins venus des temps d’avant (Pere Olivé) qui allaient hautement contribuer à l’enchantement des chants et des danses de Romances inciertos, un autre Orlando.


Les musiciens habillés de noir étaient disposés chacun sur une île laissant vide le centre de la scène donnant sur les arches du cloître coiffées de touffes d’herbe.
La musique commença. Les arbres se mettant à l’écoute s’apaisèrent au son du bandonéon. Il faudrait qu’un jour ces deux grands arbres, piliers du Festival, écrivent leurs mémoires. Je suis sûr qu’ils pensent souvent à cette nuit de musique pakistanaise où, vers quatre heures du matin, assis en tailleur, Nusrat Fateh Ali Khan vint prendre place entre eux deux et chanta jusqu’au lever du jour.

Quand Il-Elle entra à pas biaisés, portant un morceau d’armure de bois comme on en voit sur les tableaux inachevés d’autrefois, les deux arbres n’eurent d’yeux (tous les arbres ont des yeux, les jardiniers le savent bien) que pour cette créature au visage longtemps englouti sous un casque. Ce visage émacié, ces ongles longs, ce corps à demi cassé ou plutôt plié comme une feuille, ces battements d’oiseau blessé, cela vous creusait le ventre comme « Le dormeur du val » de Rimbaud quand on le lit pour la première fois. Elle-Il chanta d’une voix au-delà des sexes. Il-Elle reviendra avec des échasses puis en descendra pour danser sur la pointe de ses pieds, puis elle reviendra en gitane avec une robe d’une beauté indescriptible (ils sont sept à signer les costumes). Plus tard encore, elle ôtera cette robe et en justaucorps il nous offrira une dernière danse insensée. On aura tout le temps dans la nuit de feuilleter le petit livre donné aux spectateurs de Romances inciertos, un autre Orlando. On y lira le texte et la traduction de « la Tarara » chantée et dansée par la gitane : « No yores, tarta / con tanta aflirción / Mira que si yoras / también yoro yo... » (« Ne pleure pas, Tarara / Avec tant de peine / car si tu pleures, / je pleurerai avec toi » Comment ne pas pleurer devant tant de beauté ?

Le soldat, la gitane et les autres, c’est François Chaignaud. Il chante et danse homme et femme à la fois, donnant quelques lettres de noblesse supplémentaires aux beaux mots d’androgyne et de travestissement, guidé de main de maître (conception, mise en scène et direction musicale) par l’étonnant Nino Laisné. Tous les deux d’un même élan n’hésitant pas à associer chant séfarade et jota, flamenco et romance, à mêler les époques, des vers vieux de cinq siècles à une opérette des années 30. Tout comme sur scène la voix et le corps de François Chaignaud passent d’un corps et d’une voix à l’autre, ici femme, là homme, et le plus souvent les deux à la fois au même moment, donnant cette fois au mot de métissage, de nouvelles lettres de noblesse. D’où la référence à Orlando, le roman de Virginia Woolf dont le héros né homme renaît des siècles plus tard métamorphosé en femme.

TRANS (mès enllà), Festival d’Avignon, gymnase du lycée Mistral, 22h, jusqu’au 16 juillet (sf le 12), du 3 au 5 oct au Grand T de Nantes, puis tournée début 2019 : Châtenay-Malabry, La Norville, Ollioules, Théâtre de la Bastille à Paris, Chevilly-Larue, Fontenay-sous-bois, Barcelone, Choisy-le-Roi, Mulhouse, Evry…

Il pourra toujours dire que c’était pour l’amour du prophète, Festival d’Avignon jusqu’au 16 juillet au gymnase du lycée Saint Joseph, 10 et 11 nov au Phénix de Valenciennes, 13 et 14 nov aux Rencontres de l’échelle à Marseille, 16 nov au Théâtre des Treize vents à Montpellier, 22 nov Maison de la Culture d’Amiens, 6 et 7 déc au CDN de Rouen-Normandie puis en 2019 à Aubervilliers, Vandœuvre-lès-Nancy.

Pourama Pourama, éditions Les Solitaires intempestifs, 142 p., 15€.

Romances inciertos, un autre Orlando, Festival d’Avignon, jusqu’au 14 juillet, cloître des Célestins.

 

Légende photo : 
scène de "Il pourra toujours dire ..." © Christophe Raynaud de Lage

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Documentaire : « Joël Pommerat, le théâtre comme absolu »

Documentaire : « Joël Pommerat, le théâtre comme absolu » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge dans Le Monde - 15.07.2018


Notre choix du soir. Un documentaire sensible permet de mieux découvrir l’aventure artistique de l’auteur et metteur en scène de théâtre (sur Arte à 0 h 00).


« Je cherche le réel. Mais ce réel, il faut le recomposer, le refabriquer. » Tout le théâtre de Joël Pommerat est là, et toute son aventure artistique qui, depuis vingt ans, a pris peu à peu une place aussi importante que celle menée auparavant par Patrice Chéreau. Pour autant, l’auteur et metteur en scène reste un homme secret, de tempérament farouche, tendu vers son art, fuyant le cirque médiatique.

C’est le grand mérite du film de Blandine Armand que de les faire mieux connaître, lui et cette aventure menée avec sa compagnie Louis Brouillard – nom choisi en clin d’œil au Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine –, fondée en 1990. La documentariste ­connaît bien le travail de l’« auteur de spectacles », comme il aime à se définir lui-même, et elle le saisit par petites touches sensibles, tel qu’en lui-même, longue silhouette dégingandée, travailleur inlassable, d’hôtel en appartement temporaire, avant de se poser, enfin, dans la maison qu’il a achetée dans le sud-ouest de la France.

Avant tout une équipe
Le Théâtre comme absolu – titre du documentaire – le dit bien : Joël Pommerat a vécu dans, par et pour son théâtre pendant trente ans, créant une trentaine de pièces, traduites en quarante langues, et tournant dans le monde entier. De nombreux extraits de ces spectacles émaillent le film, qu’il s’agisse d’Au monde, des Marchands, de Ma chambre froide ou de Ça ira (fin de Louis), le dernier créé : en s’attaquant à la Révolution française, Pommerat et son équipe ont fait date, avec cette pièce qui est reprise au Centquatre-Paris, du 16 au 20 juillet, dans le cadre du festival Paris l’été.

Car Pommerat, c’est aussi et avant tout une équipe, une compagnie de fidèles, qui tous interviennent dans le film. Les quatre actrices qui forment le socle de la troupe au premier chef : Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Ruth Olaizola et Marie Piemontese. Et, bien sûr, Eric Soyer, scénographe et bien plus encore, le premier interlocuteur, qui résume en une phrase le cœur de ce théâtre : « Ce qui m’a toujours fasciné dans son écriture, c’est le point de glissement entre la banalité et le monde de l’inconscient. » Si l’on ajoute à cela le travail à l’Opéra et celui que mène Joël Pommerat à la prison d’Arles, c’est un tableau complet qu’offre le film de Blandine Armand.

Joël Pommerat, le théâtre comme absolu, de Blandine Armand (Fr., 2017, 60 min).

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Ivo van Hove déploie toutes les nuances du noir

Ivo van Hove déploie toutes les nuances du noir | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge - LE MONDE | 15.07.2018 

 

Le Belge offre une belle mise en scène du texte du Néerlandais Louis Couperus sur le poison des secrets de famille, mais contaminée par son sujet.


Trop de tragédie tuerait-elle la tragédie ? On se le demande, à la (presque) mi-temps du Festival d’Avignon, le 14 juillet au soir, au sortir de De Dingen die Voorbijgaan (« les choses qui passent »), la nouvelle création, présentée en première française, du metteur en scène belge Ivo van Hove. Le directeur du Toneelgroep d’Amsterdam, un des maîtres incontestés du théâtre européen actuel, est désormais un habitué d’Avignon, où, depuis 2008, ses spectacles ont marqué les esprits, qu’il s’agisse des Tragédies romaines de Shakespeare, de The Fountainhead, d’après Ayn Rand, ou de ces fameux Damnés, inspirés de Visconti, présentés dans la Cour d’honneur du Palais des papes, en 2016, avec la troupe de la Comédie-Française.

Dans une édition 2018 qui semble décliner toutes les nuances de noir, Ivo van Hove revient avec un auteur quasiment inconnu en France, le poète et romancier néerlandais Louis Couperus (1863-1923), qu’il présente comme un équivalent de Proust ou de Thomas Mann. De Dingen die Voorbijgaan, signé par Couperus en 1906, a tout de la tragédie, sous ses dehors naturalistes et psychologiques qui relèvent de la littérature de la fin du XIXe siècle.

C’est l’histoire d’une famille, dominée par une matriarche impressionnante, prénommée Ottilie. En elle se tapit le secret familial que tous connaissent, mais qui ne se dit pas, qui a été tu depuis soixante ans et qui ronge et détruit une génération après l’autre. Quelque chose s’est commis, il y a plus de soixante ans, alors qu’Ottilie, son mari et son amant vivaient aux Indes orientales. Un acte irréparable, qui comme un poison continue à produire lentement ses effets, d’une génération sur l’autre, dans ce roman dont l’un des aspects les plus intéressants – et très actuel – est la cohabitation entre deux générations déjà âgées, l’une approchant les 90 ans, l’autre les 70.

De belles actrices
De Dingen die Voorbijgaan, qui a fait l’objet, dans les années 1970, d’une traduction en français (introuvable) sous le titre Vieilles gens et choses qui passent, a la particularité de mettre en avant des figures féminines d’une force peu commune, c’est sans doute ce qui a particulièrement plu à Ivo van Hove, qui y a vu l’occasion d’offrir des partitions d’importance à de belles actrices. Les deux Ottilie, la mère et la fille, dominent cette histoire de toute la voracité de leurs désirs impétueux. « Mes trois maris, je les aimés tous les trois. Et je  les hais tous les trois, aujourd’hui », dit ainsi la plus jeune des deux.

La famille, le couple, la violence qui s’y inscrit, il n’y a rien là que d’éternel, et de classiquement tragique. Mais De Dingen… met aussi en avant une dimension qui résonne fortement avec notre époque : celle de la dévoration vampirique des jeunes générations par les anciennes, et de la dévitalisation qui s’ensuit pour ces enfants coincés entre deux mondes, à l’image de Lot, que le début du spectacle saisit à l’aube de son mariage, alors qu’il a déjà 38 ans.

C’est bien la charge tragique du roman qui a intéressé Ivo van Hove. Et c’est ainsi qu’il le met en scène, dans un de ces superbes espaces épurés dont il a le secret, avec son scénographe Jan Versweyveld. L’espace central du plateau est conçu comme une sorte de purgatoire, entre la vie et la mort, entre le paradis et l’enfer, où trônent la vieille Ottilie et son amant. Autour, de vastes panneaux transparents, sur lesquels sont dessinés, avec de la boue, des visages hantés par la terreur. Les deux hommes se sont inspirés pour créer cet univers du peintre flamand Léon Spilliaert et de ses figures chargées de mélancolie, d’angoisse et de fureur. Au fond de la scène, un vaste miroir qui nous reflète, nous, spectateurs, et nous dit que tout cela parle bien de nous, que nous sommes dedans, au même titre que les personnages.

un « cancer silencieux »
Pas d’illustration, pas de folklore, même si les costumes d’An D’Huys – tous noirs, sauf un – interprètent subtilement l’époque et l’austérité de la société de La Haye au XIXe siècle. Le personnage principal, ici, c’est le temps, ce temps qui passe inexorablement, même si on a l’impression de ne pas l’avoir vécu, et qui finit, parfois, par apporter un remède, une libération. Il est matérialisé de manière très concrète, sur le plateau, par la présence d’horloges diverses, dont le tic-tac est orchestré par le musicien Harry de Wit.

Comme toujours chez Ivo van Hove, les acteurs sont remarquables d’intensité et d’intériorité. Le directeur du Toneelgroep échange régulièrement des comédiens avec le Toneelhuis d’Anvers, dirigé par Guy Cassiers, et, ici, ce sont deux Anversoises qui brillent particulièrement : Katelijne Damen, grande dame du théâtre flamand, fabuleuse dans le rôle de la deuxième Ottilie, et Abke Haring, lumineuse dans celui d’Elly, la jeune fiancée qui ne sauvera pas Lot de ce « cancer silencieux » qu’est son existence, hantée par le fantôme de l’histoire familiale.

C’est donc indéniablement une belle mise en scène que signe, une fois de plus, Ivo van Hove, qui s’inspire de la tragédie antique, notamment en chorégraphiant les scènes de groupe à la manière d’un chœur. Et pourtant, après un démarrage assez fort, le spectacle se délite petit à petit. Sans doute parce que Louis Couperus n’est ni Marcel Proust, ni Thomas Mann, et que le texte tourne un peu en rond autour de son thème principal du secret familial, avec une lourdeur certaine. De Dingen… n’a pas l’économie poétique, la pureté, la densité des tragédies originelles.

Surtout, et l’on en revient à la question de la gestion du tragique, la représentation en elle-même est peu à peu contaminée par la morbidité même de son sujet, par cet univers vieillissant, pourrissant. A un moment, Ivo van Hove fait tomber sur les personnages du roman de Couperus une neige noire : c’est une image superbe en soi, qui restera en mémoire. Mais cette neige noire finit par apparaître comme du plomb fondu, qui n’écrase pas seulement les personnages, mais aussi les spectateurs. Peut-être y a-t-il surdose de tragique, à Avignon, cette année. Peut-être qu’à rajouter du noir sur du noir on finit par ne plus rien y voir.

De Dingen die Voorbijgaan (« les choses qui passent »), d’après Louis Couperus. Mise en scène : Ivo van Hove. Festival d’Avignon, cour du lycée Saint-Joseph, à 22 heures, jusqu’au 21 juillet. Tél. : 04-90-14-14-14. En néerlandais surtitré. Durée : 2 h 10.

 

Légende photo : De Dingen die Voorbijgaan (Les choses qui passent), d’après Louis Couperus. Mise en scène d’Ivo van Hove. photo CHRISTOPHE RAYNAUD DELAGE

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Une «Reprise» de haute volée 

Une «Reprise» de haute volée  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Elisabeth Franck-Dumas Envoyée spéciale à Avignon pour Libération  — 12 juillet 2018


A la fois reconstitution d’un terrible fait divers et superbe manifeste, le premier volet des «Histoire(s) du théâtre» de Milo Rau démontre et interroge tous les potentiels de la tragédie, du mot et du jeu.


C’est un bouleversant petit manifeste, qui brille par son économie. Il se déplie devant nous en exhibant toutes ses coutures, cela fait partie du projet car la Reprise, histoire(s) du théâtre (I) est un spectacle sur tout ce que peut - et devrait faire - le théâtre, et comment il y parvient. Un projet résumé poétiquement par l’apparition, en quasi-préambule, du fantôme du père de Hamlet, dont le monologue est déclamé en anglais, et d’une voix de stentor, par le merveilleux Johan Leysen : «Un récit dont le moindre mot labourerait ton âme, glacerait ton jeune sang, ferait sortir de leurs sphères tes yeux comme deux étoiles…» Nous voici aux racines de la tragédie : le théâtre, c’est ce qui fait parler les morts, et c’est aussi ce qui est joué à leur attention.

En une heure et quarante minutes, Milo Rau et ses comédiens, quatre professionnels et deux amateurs, vont faire vivre l’idée, la questionner, offrant une démonstration radicale des potentialités de la performance, et de ce que le metteur en scène de 41 ans, qui vient de prendre la direction du NTGent (théâtre national de Gand, en Belgique), entend par «l’acte fondamentalement solidaire» à quoi il entend élever sa pratique. Ses  Histoire(s) du théâtre, dont ceci est le premier volet et dont le titre emprunte aux Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard, se veulent une «enquête performative à long terme sur la plus ancienne forme d’art de l’humanité».

Terreau Liégeois
Après un long travail d’enquête, Milo Rau a écrit avec l’aide de la troupe le texte de la Reprise, inspiré d’un épouvantable fait divers qui s’est déroulé à Liège en 2012 : le meurtre, un soir d’avril, d’un jeune homosexuel, Ihsane Jarfi, tabassé par un groupe de types qu’il ne connaissait pas, laissé nu et agonisant sur le bord d’une route en lisière de forêt. L’histoire a été «apportée» à Milo Rau par l’un de ses compagnons de route, Sébastien Foucault, qui, alors qu’il était en congé - «enfin, au chômage» -, a suivi le procès des assassins de manière obsessionnelle. Le chômage, la banlieue de Liège labourée par la crise économique, ses hauts fourneaux éteints, tout cela est le décor, sinon un personnage, de la Reprise. Mais le spectacle n’est pas une élucidation, plutôt une longue interrogation, où chaque partie, chaque question posée, par la pièce ou in petto par les spectateurs, viendra ajouter un étage à l’édifice impalpable se construisant entre les participants - public, comédiens, protagonistes du crime convoqués sur scène.

Tout s’engage pourtant avec légèreté : la grande silhouette de Johan Leysen entre en scène en se demandant comment entrer en scène (rires dans la salle) et à quel moment un acteur devient un personnage. Dans une pièce d’une telle densité, chaque mot compte et a le pouvoir de revenir hanter le spectacle à un moment ou à un autre - ce mot-là compris. Le questionnement mène à la représentation du casting de la pièce, étape fondamentale de la création, d’autant plus que deux des postulants, les deux amateurs, ont été prélevés sur le terreau liégeois, ce qui donne déjà une idée de la manière dont Milo Rau envisage son travail. «Aux moins deux des acteurs ne peuvent pas être des professionnels», claironnait sa déclaration de principe, «Manifeste de Gand», publiée à son arrivée au NTGent en mai.

A quelles fins, cette proposition-là ? On le comprend dès lors que ces amateurs se mettent à parler. L’un d’eux, Fabian Leenders, a été maçon à Liège pendant treize ans puis, se retrouvant au chômage, a suivi une formation de magasinier - «Mais j’ai l’impression qu’à Liège tout le monde a son brevet de cariste.» Mèche devant les yeux, silhouette trapue, gestes empruntés, il jouera l’un des assassins, est allé jusqu’à le rencontrer en prison et s’étonnera qu’ils aient connu, en tout cas jusqu’au jour fatidique, quasiment le même parcours. Il y a aussi Suzy Cocco, qui améliore sa petite retraite en promenant des chiens, et interprétera le rôle de la mère d’Ihsane Jarfi avec une discrétion lasse et poignante. Et puis il y a un professionnel, Tom Adjibi, déjà marquant en médecin dans Deux Jours, une nuit des frères Dardenne, Français d’origine béninoise à qui l’on propose toujours de «jouer des origines, pas des personnages» et qui incarnera la victime. Les frères Dardenne reviennent comme un running gag au long de la pièce, leurs films étant, semble-t-il, le seul horizon professionnel offert aux aspirants comédiens du coin.

Boomerangs
Dans un interrogatoire à la tonalité parfois très personnelle («As-tu déjà joué nu ? As-tu déjà frappé quelqu’un sur scène ?») leur est demandé à tous : pourquoi le théâtre ? «Parce qu’il y a une liberté là-dedans», répond Fabian Leenders. C’est un bilan de compétences qui lui avait révélé qu’il avait «un profil artistique» - rires dans la salle, encore ; gênants ceux-là. A la même question, Tom Adjibi offre une autre réponse, citant un texte de Wajdi Mouawad sur un acteur se pendant sur scène, et appelant donc une réaction des spectateurs. «Sinon le personnage meurt. L’acteur meurt.» Toutes ces phrases nous reviendront comme des boomerangs, chatouillant à divers moments les tréfonds de notre conscience. S’engage ensuite le récit à proprement parler, qui n’est pas chronologique, et se déroule simultanément sur le plateau et sur un écran juste au-dessus. Y sont projetés le résultat du tournage, en direct, de ce qui se passe sous nos yeux, mais aussi d’un tournage antérieur, dont les scènes ressemblent à ce que nous voyons. Que retenir du déploiement du fait divers ? D’abord que ce sont ses à-côtés, des moments de grande tendresse, qui émeuvent aux larmes et marquent, bien plus que la reconstitution du crime. Comme cette scène entre Johan Leysen et Suzy Cocco, tous deux nus, qui rejoue l’angoisse ressentie par la mère sans nouvelles de son fils, le soir de son anniversaire. Cet instant qui suit, où le père raconte avoir demandé si son fils était conscient lorsqu’il fut laissé à mourir sous la pluie. Et cette autre confession, jouée par Sébastien Foucault dans son propre rôle, lequel avoue penser sans cesse à Ihsane Jarfi, vouloir «partager sa terreur», «l’accompagner».

Perches temporelles
Quant à la «reprise» du crime, forcément inexacte puisque basée sur les déclarations et souvenirs des tueurs, ses éléments insoutenables, les coups, la nudité, l’humiliation, ont été en partie désamorcés par ce qui a précédé : ils en ont perdu non pas leur charge, mais tout sensationnalisme. Et de cette reconstitution, c’est donc surtout la durée, le trajet interminable de la voiture où Ihsane Jarfi fut embarqué et roué de coups, toutes ces occasions qu’ont eues les types de se réveiller du cauchemar dans lequel ils embarquaient leur victime, ces perches temporelles tendues au sursaut de conscience, qui frappent. On les attend en vain, contre toute logique. C’est à cet endroit, dans le décalage entre ce qui aurait pu, aurait dû se passer et ce qui n’a pas été, matière première de toute tragédie, que la pièce est poignante et extraordinairement réussie, mais aussi, dans la forme que Milo Rau lui a donnée, résolument contemporaine et politique.

Et si l’un de ces tueurs, se demande-t-on fugacement, par exemple le double de Fabian Leenders, avait croisé la route d’un metteur en scène de théâtre, lui aussi ? Le destin de tous en aurait-il été changé ? La Reprise est aussi le titre d’un essai de Soren Kierkegaard évoqué par Milo Rau, où il est question de «ressouvenir en avant». La patiente construction qui nous amène à ce genre de ressouvenir nous engage tous - ce à quoi nous renvoie aussi ce très beau numéro de danse unissant les personnages du bourreau et de la victime, et ces citations de la poétesse Wislawa Szymborska, décidément toujours si justes, tirées de Theatre Impressions, sur ce qui se passe après une tragédie, une fois la représentation terminée. Ils forment la réponse à une question formulée par Milo Rau et scandée par la pièce dans son ensemble : «Pourquoi n’y a-t-il pas d’idée d’un collectif, d’une classe, d’une humanité avec un destin commun ?»

Elisabeth Franck-Dumas Envoyée spéciale à Avignon
La Reprise, histoire(s) du théâtre (I)
de Milo Rau  Jusqu’au 14 juillet au gymnase du lycée Aubanel (Avignon). En tournée notamment du 22 septembre au 5 octobre au Théâtre des Amandiers (Nanterre), dans le cadre du Festival d’Automne, puis du 9 au 11 janvier 2019 au Lieu unique (Nantes).

 

Légende photo : Sur un écran est projeté le résultat du tournage, en direct, de ce qui se passe sous les yeux du spectateur, mais aussi de scènes tournées plus tôt. Photo Christophe Raynaud de Lage. Hans Lucas 

 

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«Grand Théâtre d’Oklahama» : les affranchis sorciers 

«Grand Théâtre d’Oklahama» : les affranchis sorciers  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Aurélie Charon envoyée spéciale à Avignon pour Libération
— 12 juillet 2018 

 


Invités au in d’Avignon, les comédiens handicapés mentaux du groupe Catalyse, avec qui Madeleine Louarn travaille depuis trente ans, s’emparent de Kafka. Fils conducteurs : l’émancipation et la métamorphose.


S’en tenir à être soi-même, quel ennui. Il faudrait permettre à chacun d’endosser un costume plus grand que soi. C’est là que le théâtre intervient. Pour Madeleine Louarn, il est d’abord l’art de la métamorphose : «Il nous apprend que nous sommes plusieurs.» Chacun est multiple, avoir un handicap n’est pas une raison d’y renoncer. Louarn met en scène avec Jean-François Auguste les acteurs handicapés mentaux de son atelier Catalyse, créé en 1984 dans l’Etablissement et service d’aide par le travail (Esat) de Morlaix. Après deux ans d’immersion dans l’œuvre de Kafka, ils présentent le Grand théâtre d’Oklahama, titre du dernier chapitre du roman inachevé l’Amérique.

Pouvoir infernal
Ça commence par une offre d’emploi et une promesse : le théâtre d’Oklahama «emploie tout le monde et met chacun à sa place». Le décor est onirique, le théâtre supposé être un refuge. Le jeune Karl Rossmann y croit, mais chacun des cinq candidats se heurtera au pouvoir infernal d’un lieu qui domine et écrase les désirs des humains. Il faudra montrer ses papiers, Karl l’immigré se retrouvera agent technique, l’impresario devient liftier et la cantatrice, lingère. La question «comment trouver une issue ?» n’est pas résolue. C’est l’émancipation qui intéresse Madeleine Louarn, souci central de ces vies à handicaps : «Une vie soumise à une organisation qui n’est pas soi, en collectivité. Ça ressemble à ce qu’on a vécu enfant.»

Si Madeleine Louarn avait acquiescé à l’ordre des choses, elle serait restée à l’écart de l’art. Elle grandit à Lannilis, village de 5000 habitants du Nord Finistère, avec un père paysan «qui a dû quitter la ferme. Il a eu la tuberculose, comme Kafka». A 18 ans, la mort de son père l’oblige à trouver de l’argent et donc un travail : elle commence à être éducatrice. C’est aussi l’âge où d’autres vies entrent dans la sienne : «Je me suis aperçue que le monde était plus grand que mon village. J’ai compris qu’il y avait des vies différentes, des homosexuels…» Etre artiste restait inenvisageable : aucun exemple autour d’elle. Elle a mis du temps à considérer qu’elle avait pu le devenir, elle se l’est autorisé «vers 50 ans, après vingt-cinq ans de pratique».

Dans les années 90, Madeleine Louarn quitte l’éducation spécialisée pour se consacrer au théâtre. «Une des grandes secousses, c’est ma première fois à Paris, en 1980. J’ai vu Wielopole Wielopole de Kantor. Je me suis dit : on peut faire du théâtre autrement.» Elle se met à lire Picabia, les dadaïstes, et ne s’arrête plus de rêver à toutes les langues qu’elle va pouvoir donner à découvrir à ses acteurs de la troupe Catalyse. Dans le spectacle, ils sont impeccables d’exigence. On les a réunis pour évoquer les thèmes de la pièce. Selon eux, «ça parle des artistes». «C’est politique», dit Guillaume. Christian ajoute : «C’est un monde impitoyable.»

Pendant les répétitions, ils ont tenu un journal intime. Il a fallu expliquer le mot «abandon» à Jean-Claude, «qui lui-même est parmi les êtres les plus abandonnés», dit Jean-François Auguste. Lors de notre rencontre, on évoque la liberté : «C’est quoi "être libre" ?» Manon répond : «La liberté, c’est quand je suis seule.» Pas de tutelles, pas d’autorité quand elle est sur scène. Un collégien leur a demandé si on les regardait bizarrement dans la rue. «Oui, mais ce n’est pas notre faute», ont-ils répondu.

Ils ont retenu des phrases du spectacle. Pour Sylvain c’est : «On restera toujours ensemble.» Pour Guillaume : «Ce que je suis à présent m’apparaît clairement.» Après une longue hésitation, Christelle opte pour le monologue qu’elle a écrit : «Je remercie la vie de m’avoir sauvée quand je suis née prématurée.» Enfin Tristan retient la scène où il sort de sa cage : «Derrière la planche, commence la forêt.» Ce n’est que quelques jours avant la première que ça a été décidé : le souffleur est à vue. Jean-François Auguste joue le rôle, mégaphone à la main. Ce qui permet aux acteurs de chercher son regard, et au metteur en scène de sourire calmement : oui, oui, tout va bien. «C’est un placebo, ils savent que je peux les rattraper.»

Vivant sur scène
Madeleine Louarn se défend de faire du «théâtre du réel». «Les textes sont très importants. Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas lire qu’on ne peut pas dire les mots d’un autre. Le langage a un effet puissant sur les gens.» Sur scène ils deviennent d’autres, ce qui la différencie du travail de Jérôme Bel avec Disabled Theater en 2012 : il portait sur scène la singularité des acteurs handicapés de l’ensemble Theater Hora. Louarn explique : «C’est autre chose que Jérôme Bel ou Pippo Delbono, qui demandent aux personnes d’être ce qu’elles sont. Ils "utilisent" leur aura comme un élément théâtral. Jérôme Bel continuerait de penser qu’on fait du vieux théâtre, mais moi je suis pour ce vieux théâtre !»

L’art de la métamorphose agit. Guillaume «ne parle pas vraiment dans la vie», mais se sent vivant sur scène, joue un Karl Rossmann fantastique. Tous ont créé des personnages sur mesure. Madeleine Louarn avoue que dix ans plus tôt, elle n’aurait jamais imaginé monter Kafka. Trop compliqué. Chaque fois, des limites sont franchies. Chaque fois, un pas de plus : «On ne voit pas où ça peut s’arrêter.» Le théâtre est puissant, l’émancipation a eu lieu sous nos yeux.

Aurélie Charon envoyée spéciale à Avignon


Le Grand Théâtre d’Oklahama d’après Franz Kafka m.s. Madeleine Louarn et Jean-François Auguste. Du 4 au 11 octobre au TNB à Rennes, du 31 janvier au 9 février à la MC93 de Bobigny.

Légende photo : «Le Grand Théâtre d’Oklahama», à l’Autre Scène. Photo Christophe Raynaud de Lage. Hans Lucas

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A Avignon, un selfie avec Britannicus, un pastis à la main

A Avignon, un selfie avec Britannicus, un pastis à la main | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Laurent Carpentier (Avignon, envoyé spécial) dans Le Monde 09.07.2018
Dans le Festival « off », les acteurs jouent tous les rôles… sur scène et dans la rue.


Aie ! La caisse de sa guitare, une Guild de très bonne facture, est fendue. Le soleil peut-être ou un coup malencontreux ? C’est ce qui arrive lorsque, comme eux (la petite troupe qui interprète sur la scène du Théâtre des 3 soleils, Britannicus On Stage, la pièce de Racine violemment revisitée), on bat le pavé sous le cagnard pour faire l’article aux terrasses bondées des cafés et remplir la salle le soir.

Avignon. 34° à l’ombre. Elégant dans son smoking, les yeux d’un bleu transparent, plié en deux comme un guitar-hero, Britannicus chante avec Agrippine, Junie et Albine pour un Néron effondré : « Aujourd’hui tu n’as pas fait l’amour à ta mère, ce n’est pas bien, ce n’est pas bien… »

« Vous verrez, on monte à donf les curseurs du comique et du tragique », glisse au passant ce Britannicus de 21 ans, au front mouillé de sueur, festivalier noyé dans la masse des 4 667 artistes qui peuplent en ce mois de juillet le « off » du Festival. Il s’appelle Jules Fabre. Et, dans cette concurrence de chaque instant, entre trois mousquetaires, un pilote d’avion, deux chanteuses de cabaret et un monstre indéfinissable, il a un avantage : lui est aussi Théo Bommel, un des nouveaux venus de la série Plus belle la vie.

Jeunesse insouciante
Jules-Théo-Britannicus sirote un pastis. On n’est qu’en début d’après-midi. Jeunesse insouciante, enfant de la balle. Il est né à Briare, Loiret, 5 000 habitants. Là, dans un bâtiment au milieu des champs, ses grands-parents ont construit un théâtre. Sa mère en est devenue comédienne : Marie Réache, qui, elle aussi, joue dans Plus belle la vie : Babeth Nebout. Et elle aussi est à Avignon, dans ­Sauver le monde (ou les apparences), au Théâtre Buffon, toujours dans le « off ».

 

Quotidien ordinaire de l’ici et maintenant. Au Festival « off », tout le monde est comptable ou cantinier le matin, homme-sandwich et distributeur de tracts l’après-midi, et sur scène dès qu’il peut… Déjà devant la terrasse du bistrot, place des Corps-Saints, une autre troupe, celle d’Hercule, le destin d’un dieu, une comédie musicale belge, incite la foule à venir découvrir son spectacle au théâtre CinéVox. Jules cherche à les suivre timidement à la guitare… « Euh ! Vous êtes… » La jeune fille blonde l’a reconnu. Vu à la télé. Ainsi voit-on naître la scène improbable d’Hera, la déesse des femmes, faisant un selfie avec Britannicus. Il n’y a qu’Avignon pour offrir ce genre de raccourcis.

Quand, à 18 ans, elle a quitté Briare pour Paris, Marie Réache a rencontré Alexandre Fabre – alias Charles Frémont dans Plus belle la vie, qui prend décidément des allures d’histoire de famille. Jules n’avait que 2 ans lorsque ses comédiens de parents se sont quittés et pas 6 lorsqu’il est venu pour la première fois à Avignon où sa mère jouait. Mauvais élève revendiqué (« J’ai eu le bac au rattrapage avec 10,1, je crois qu’ils ne voulaient pas me garder »), absentéiste hors pair au lycée Lamartine à Paris (« un embrouilleur », résume-t-il), il découvre au club théâtre du lycée qu’« il n’y avait pas d’autres choses dans lesquelles je pourrais être bon. Une sorte de fatalité ».

« Presque du cabaret »
Ecole Claude-Mathieu dans le 18e puis stages à Briare, au Théâtre de l’Escabeau, avec Pierre Lericq, de la compagnie des Epis noirs, un briscard d’Avignon, qui va les mettre en scène. « Britannicus On Stage, c’est musical, presque du cabaret », tente d’expliquer Jules. « On y parle de tout, de nous, de rugby, parce qu’avant, je faisais du rugby, talonneur », raconte la jolie Agrippine, alors que Junie raboute le sparadrap sur son front qu’elle s’est ouvert hier, jour de première, en voulant nourrir les chats de la maison dont ils partagent les lits dans les faubourgs d’Avignon.



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Avignon : la lettre persane de Koohestani

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Par Brigitte Salino (Avignon, envoyée spéciale) dans Le Monde 10.07.2018

 

Dans « Summerless », l’auteur et metteur en scène aborde la question de l’école en Iran.

Bientôt, on racontera aux enfants qu’il fut un temps où, pour donner des nouvelles, on s’envoyait des lettres que le facteur déposait dans des boîtes. Quand on voit Summerless, d’Amir Reza Koohestani, on pense à ce temps-là, parce que le théâtre de l’auteur-metteur en scène, enfant de Chiraz (Iran) où il est né en 1978, a la douceur, fébrile et délicate, d’une enveloppe décachetée, et que chacune de ses créations, depuis qu’on l’a découvert en Europe il y a une quinzaine d’années, pourrait s’appeler « Lettre d’Iran ». Il y est toujours question du quotidien, de petites histoires, en apparence, mais qui révèlent ce qui se passe en profondeur dans le pays.

De quoi va-t-il nous parler cette fois ? De l’école, qui ne ressemble plus à celle qu’Amir Reza Koohestani a connue, au début de la révolution. Officiellement, elle est toujours égalitaire. Dans les faits, elle craquelle sous la pression de l’argent. Pour amoindrir la charge qu’elle représente, le gouvernement a autorisé l’ouverture d’établissements privés, qui jouent sur la concurrence et le clientélisme.

Une multitude de messages
Il y a trois personnages dans Summerless. Une jeune mère qui chaque jour vient attendre sa petite fille longtemps avant la fin des cours, une surveillante qui veut un enfant avant qu’il ne soit trop tard, un peintre qui aurait voulu être un artiste et dont elle vient de se séparer. Et puis, il y a l’école, un personnage en soi, avec son tourniquet dans la cour, et son mur qui ressemble à un tableau noir. Sur ce mur, sont écrits des slogans datant de la révolution, que le peintre est chargé de recouvrir.

Voilà pour les grandes lignes, entre lesquelles Koohestani glisse une multitude de messages, qui sont sans doute perçus par ses compatriotes autrement que par nous, mais qui nous rendent proche un lointain géographique et politique. Les deux comédiennes de Summerless portent un foulard qui laisse apparent le haut de leur chevelure. Elles jouent le jeu, pas dupes, et défendent leurs intérêts avec le pragmatisme propre aux pays à régime idéologique, où l’on navigue entre la débrouillardise et le suivi du cours du dollar, le « tout est bon pour s’en sortir » et le fatalisme considéré avec un haussement d’épaule.

Les temps changent
Dans cet Iran-là, on voit des enfants qui fuguent en Uber, et un Téhéran où les appétits immobiliers ne s’embarrassent pas de principes, sinon ceux du profit. On sent doucement que les temps changent, que le gouvernement s’autorise des accommodements, et que les gens vivent dans un entre-deux (rêve-réalité, passé-présent) dont Koohestani lève délicatement le voile. Mais on s’étonne que l’auteur se montre aussi appuyé quand il aborde la question de la pédophilie.

On comprend peu à peu pourquoi la jeune mère ne veut pas lâcher sa fille, dans cette école où elle-même fut élève. Summerless devient alors un peu pesant, ce qui n’est pas dans la manière du subtil Amir Reza Koohestani. Il faut peut-être mettre ce ressenti sur le compte de la distance entre les mentalités iraniennes et les nôtres : il n’est pas toujours aisé d’écrire une lettre qui traverse les continents.

 


Summerless, de et mis en scène par Amir Reza Koohestani. Avec Mona Ahmadi, Saeid Changizian, Leyli Rashidi. Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, à 18 heures, jusqu’au 15 (relâche le 12). Tél. : 04-90-14-14-14. En farsi surtitré. www.festival-avignon.com

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A Avignon, David Bobée divise pour rassembler  - Arts et scènes

A Avignon, David Bobée divise pour rassembler  - Arts et scènes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot dans Télérama Publié le 09/07/2018. 


En treize épisodes à suivre jusqu’au 21 juillet au jardin Ceccano, David Bobée et Ronan Chéneau abordent toutes les facettes de la notion de genre. Et ouvrent les portes à des sujets polémiques. 

En annonçant que l’édition 2018 serait traversée par les questions sur le genre, le directeur Olivier Py n’a pas menti. Il en a même fait le fil rouge quotidien de sa manifestation. Chaque jour à midi, le genre sera passé aux rayons x sur une place publique en forme d’agora : les jardins Ceccano. En 2017, Christiane Taubira y avait fait résonner ses talents de tribun devant une foule enthousiaste. Le relais est pris par les acteurs élèves de l’école de Saint-Etienne, des comédiens professionnels, des citoyens amateurs et des invités spéciaux parmi lesquels Béatrice Dalle ou Virginie Despentes. Une assemblée hétéroclite réunie par David Bobée, maître d’œuvre de l’aventure qui, avec l’aide d’Arnaud Alessandrin, enseignant à l’université de Bordeaux, a bâti le feuilleton à partir d’études sociologiques. Pour le metteur en scène, directeur du CDN de Rouen, pas question d’enfermer le genre dans la seule sphère de la sexualité : « Mon angle d’attaque est de montrer de quelle manière étudier le genre aide à lutter contre les discriminations. »

“Je souhaite parler du réel et de la vie des gens”, David Bobée
Pour écrire les épisodes qu’incarneront les participants, l’auteur Ronan Chéneau n’a pas procédé de manière historique. Ancré dans le présent, il ouvre une après l’autre les portes vers des sujets polémiques : le féminisme, le matrimoine, les minorités, le corps et ses transformations ou bien encore le patriarcat seront abordés à l’ombre des platanes centenaires. « Chaque épisode a sa propre forme : participatif, performatif, documentaire », explique Bobée. Conscient de naviguer entre pédagogie et politique, il se refuse au militantisme : « Je souhaite parler du réel et de la vie des gens. » Il fait confiance aux possibles du théâtre pour mieux se faire comprendre : « Dans l’épisode intitulé “Tou.te.s minoritaires”, écrit en inclusive, nous séparerons le public en suivant les vingt-quatre critères reconnus par la loi française comme étant discriminatoires. Il y aura d’un côté les hommes, de l’autre les femmes, d’un côté les Blancs, de l’autre les non-Blancs, d’un côté ceux qui pèsent plus de x kilos, et ceux qui pèsent moins, etc. Façon de dire que nous sommes tous minoritaires et tous l’autre de quelqu’un. » Cette mise en jeu du concept de genre prône une approche ludique. On verra ainsi « des enfants d’une classe de Toulon poser à trois jeunes trans en transition les questions que tout le monde a en tête. » Bobée n’est pas là pour provoquer l’hostilité. Le feuilleton doit être une fête partagée. Cela ne l’empêche pas d’être lucide : « La fachosphère se répandra sans doute sur les réseaux sociaux. Mais nous ne sommes pas obligés de la lire. S’il y a des manifestations, nous assumerons la contradiction par le dialogue, le courage et la douceur. »

Mesdames, Messieurs et le reste du monde, feuilleton en treize épisodes de Ronan Chéneau, mise en scène de David Bobée, jardin Ceccano, du 7 au 21 juillet à 12h, relâche le 8 et le 15 (50 mn).

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