Revue de presse théâtre
1.4M views | +344 today
Follow
 
Scooped by Le spectateur de Belleville
onto Revue de presse théâtre
Scoop.it!

Pascal Rambert, Grand Prix de littérature dramatique 2012 - France Inter

Pascal Rambert, Grand Prix de littérature dramatique 2012  - France Inter | Revue de presse théâtre | Scoop.it
La pièce de Pascal Rambert "Clôture de l'amour" ( éditions Les Solitaires Intempestifs ) a reçu le Grand Prix de littérature dramatique 2012 décerné par un jury de professionnels présidé par l'auteur et metteur en scène David Lescot.

La piéce créée en juillet 2011 au Festival d'Avignon avec Audrey Bonnet et Stanislas Nordey a connu un véritable triomphe auprès du public lors de sa tournée en France et connait désormais un succés international. Pascal Rambert vient de créer la version anglaise à New-York. Et d'autres traductions sont prévues en russe, croate, italien et japonais.

Pascal Rambert est heureux de poursuivre l'aventure avec ce texte.

more...
No comment yet.
Revue de presse théâtre
"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
Your new post is loading...
Your new post is loading...
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Quelques astuces pour tirer profit de tous les services de  la Revue de presse théâtre

 

 

Les publications les plus récentes se trouvent sur la première page, mais en pages suivantes vous retrouverez d’autres posts qui correspondent aussi à l’actualité artistique ou à vos centres d’intérêt. (Navigation vers les pages suivantes au bas de la page)

 

 

 Les auteurs des articles et les publications sont systématiquement indiqués. 

 

Les articles sont le plus souvent repris intégralement, mais parfois sont réduits en longueur par rapport à l’article d'origine.

 

Chaque « post » est un lien vers le site d’où il est extrait. D’où la possibilité de cliquer sur le titre ou la photo pour lire l’article entier dans son site d’origine .  Vous retrouverez la présentation originale de l'article : les titres, les photographies et les vidéos voulues par le site du journal ou l’auteur du blog d’où l’article est cité.

 

 

Pour suivre régulièrement l’activité de la Revue de presse : vous pouvez vous abonner (bouton vert FOLLOW) et, en inscrivant votre adresse e-mail ou votre profil Facebook,  recevoir des nouvelles par mail des publications les plus récentes de la Revue de presse

 

 

Vous pouvez aussi, si vous êtes inscrits sur Facebook, aller sur la page de la revue de presse théâtre à cette adresse : https://www.facebook.com/revuedepressetheatre

et  « liker » cette page pour être tenu à jour des nouvelles publications.

 

Vous pouvez faire une recherche par mot sur trois ans de publications de presse et de blogs théâtre, soit en utilisant la liste affichée ci-dessus des mots-clés les plus récurrents , soit en cliquant sur le signe en forme d’entonnoir - à droite de la barre d’outils - qui est le moteur de recherche de ce blog ("Search in topic") . Cliquer sur l'entonnoir et ensuite taper un mot lié à votre recherche. Exemples : « intermittents » (plus d’une centaine d’articles de presse comportant ce mot) « Olivier Py» ( près de quarante articles ), Jean-Pierre Thibaudat (plus de quatre-vingt articles),  Comédie-Française (plus de cinquante articles), Nicolas Bouchaud (seize articles), etc.

 

Nous ne lisons pas les "Suggestions" (qui sont le plus souvent jusqu'à présent des invitations, des communiqués de presse ou des blogs auto-promotionnels), donc inutile d'en envoyer, merci !

 

Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

more...
Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

Peut être utile au lycée

Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Patrice Chéreau, mettre en scène l'opéra -  Exposition au Palais Garnier

Patrice Chéreau, mettre en scène l'opéra -  Exposition au Palais Garnier | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Du 18 novembre 2017 au 3 mars 2018 au Palais Garnier

Bibliothèque-musée de l'Opéra

Metteur en scène, cinéaste et comédien, Patrice Chéreau (1944-2013) a profondément marqué le paysage artistique de ces dernières décennies. À l’occasion de la reprise de De la maison des morts de Leoš Janáček à l’Opéra Bastille, l’Opéra national de Paris et la Bibliothèque nationale de France s’associent pour présenter la première exposition exclusivement consacrée à son parcours sur les scènes lyriques.

À travers les onze productions qu’il a réalisées, Patrice Chéreau a apporté un nouveau souffle à la mise en scène d’opéra, mettant ses talents de directeur d’acteurs au service d’une conception toujours plus incarnée des rôles chantés. L’exposition invite à découvrir les choix formels ou conceptuels opérés pour chacune de ces mises en scène, et montre la richesse de l’univers visuel ayant influencé Patrice Chéreau et son scénographe Richard Peduzzi. Elle permet aussi d’explorer la spécificité des processus de création mis en œuvre par Chéreau à l’opéra : comment diriger les chanteurs comme des comédiens ? Comment travailler en concertation avec les chefs d’orchestre ? Quelles relations établir entre la ligne musicale d’une partition et l’action qui se déroule sur un plateau ?

Se dessine un portrait du metteur en scène au travail, dans un dialogue étroit avec l’ensemble de ses collaborateurs, cherchant en permanence à donner à l’opéra la puissance d’un « théâtre grandi, porté à l’incandescence par la musique, comme l’épée de Siegfried ».
 Voir sur le site de l'Opéra : https://www.operadeparis.fr/visites/expositions/patrice-chereau-mettre-en-scene-lopera



I. Les premières années

Patrice Chéreau naît le 2 novembre 1944 à Lézigné, dans le Maine-et-Loire. Il grandit à Paris, rive gauche, non loin du pont des Arts. Sa mère est dessinatrice et son père peintre...



II. Les débuts à l'opéra (1969-1974)

En 1969, Patrice Chéreau est invité au Festival des Deux Mondes de Spolète, en Italie, pour monter son premier opéra...



III. La Tétralogie du centenaire (1976-1980)

En 1974, Wolfgang Wagner, qui a proposé à Pierre Boulez de diriger la Tétralogie pour le centenaire du festival de Bayreuth, est encore à la recherche d’un metteur en scène...



IV. Lulu d'Alban Berg (1979) - Lucia Silla de Mozart (1984-1985)

Patrice Chéreau collabore de nouveau avec Pierre Boulez en 1979 : sept ans après avoir mis en scène la pièce de Frank Wedekind au théâtre, Chéreau s’attèle à la version intégrale de la Lulu d’Alban Berg...



V. Wozzeck d'Alban Berg (1992-1998)

Née de l’envie commune de Daniel Barenboim et de Patrice Chéreau de travailler l’un avec l’autre, la production de Wozzeck au Théâtre du Châtelet présente un décor épuré, dont la géométrie des cubes rappelle à la fois Giotto, Paul Klee et le constructivisme russe...



VI. Don Giovanni (1994-1996) et Così fan tutte de Mozart (2005-2006)

Au milieu des années 1980, Patrice Chéreau participe de près aux débats entourant le projet de l’Opéra Bastille. Sa mise en scène de Don Giovanni aurait dû figurer dans la saison inaugurale de la nouvelle salle, mais c’est finalement en 1994, au festival de Salzbourg, qu’est montée la production...



VII. Tristan et Isolde de Wagner (2007-2010) De la maison des morts de Leoš Janáček (2007-2017)

La première de De la maison des morts a lieu en mai 2007 au Teater an der Wien, dans le cadre des Wiener Festwochen. La production est ensuite donnée à Amsterdam, puis à Aix-en-Provence au début de l’été...



VIII. Elektra de Richard Strauss (2013-2016)

C’est avec le chef d’orchestre Esa-Pekka Salonen que Patrice Chéreau monte Elektra au Festival d’Aix-en-Provence en 2013. Ayant toujours eu l’envie de mettre en scène une tragédie antique, Patrice Chéreau trouve dans l’opéra de Richard Strauss une possibilité de se confronter à la « simplicité essentielle » du théâtre grec...



IX. La Fabrique de l’opéra

Patrice Chéreau a toujours entretenu des relations conflictuelles avec l’opéra. À de nombreuses reprises, il a déclaré vouloir lui tourner le dos définitivement, déplorant un temps de répétition toujours trop court, ou des conditions de reprises souvent trop rigides...


Commissaires : Sarah Barbedette et Pénélope Driant

Direction artistique : Richard Peduzzi

Scénographie : Laure Montagné

Lumières : Bertrand Couderc

Graphisme : Violette Chatiliez

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

“Suzy Storck”, mis en scène à Londres par Jean-Pierre Baro

“Suzy Storck”, mis en scène à Londres par Jean-Pierre Baro | Revue de presse théâtre | Scoop.it



Par Patrick Sourd dans Les Inrocks


Avec Suzy Storck, Jean-Pierre Baro signe sa première mise en scène à Londres. Une réussite.


Transformant en vitrail le verre cathédrale de la fenêtre, l’irradiante lumière du soleil s’accorde aux motifs d’un paysage de papier peint pour donner à cette cuisine des allures de sous‑bois à l’heure du couchant. On s’installe sur des bancs placés le long des murs en prenant garde à ne pas marcher sur la myriade de jouets couvrant le carrelage.

Dès le seuil passé, la mise en scène immersive de Jean-Pierre Baro nous invite dans la tête de l’héroïne de la pièce de Magali Mougel. Incarnée avec brio par Caoilfhionn Dunne, Suzy Storck se cabre dans la dépression en héroïne de légende pour rompre avec l’enfermement de son statut de femme.


Assise en sous-vêtements à une table, elle broie du noir devant trois bouteilles à moitié vides. Insensible aux sarcasmes d’un chœur digne de l’antique (Theo Solomon), aux violences d’une mère abusive (Kate Duchêne) et à celles du père de ses trois enfants (Jonah Russell), elle choisit le camp du refus.


Figure contemporaine de la tragique Médée, Suzy Storck est alors une femme dont l’émouvante déroute touche au sublime. Saluons le pari gagné de la nouvelle directrice artistique du Gate Theater de Notting Hill, Ellen McDougall, qui ose élargir le concept de la French Touch aux planches londoniennes. 


Patrick Sourd


Suzy Storck de Magali Mougel, texte anglais Chris Campbell, mise en scène Jean-Pierre Baro, jusqu’au 18 novembre, en anglais non surtitré, Gate Theatre à Londres, dans le cadre du programme En Scène ! de l’Institut français du Royaume-Uni


Vidéo Teaser : https://www.youtube.com/watch?v=QYamXfmpBYM

https://www.youtube.com/watch?v=TRSvwq5cGyM

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Prendre la parole (sur scène)

Prendre la parole (sur scène) | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Joëlle Gayot sur le site de France Culture :


Ouvrons le chapitre "parole" d'un art plein d'éloquence : l'oralité peut être théâtrale. Cette transformation nous retient aujourd'hui : la parole des autres, en faire du théâtre. Travailler la voix comme une matière plastique, l'étirer, la triturer... en scène ! Mais la scène du langage est vaste.


Avec Joris Lacoste, metteur en scène. Du 21 au 24 novembre sera présentée, à l'Espace Pierre Cardin - Théâtre de la Ville, dans le cadre du Festival d'Automne, la Suite N°3 Europe de son Encyclopédie de la parole, une vaste entreprise de collecte des formes orales : quand les bruits, les sons, les voix, les discours, extraits de leurs milieux plus ou moins ordinaires, sont passés au filtre de la scène, que véhicule la parole ? Pour s'appuyer sur des exemples, l'émission tisse une promenade sonore dans cette oeuvre encyclopédique de Joris Lacoste, qui recueille des formes de paroles aussi diverses que celle volée au détour d'un trajet en métro, à celle, très écrite, du discours politique.

Avec Jean-Philippe Lafont, ancien baryton, coach vocal, auteur du livre Avec voix et éloquence (éd. Larousse, oct. 2017). Suite à un grave accident l'an dernier, il se convertit dans un travail de transmission. Il entraîne justement les hommes politiques, mais aussi les professionnels de l’entreprise, à séduire, par le travail de la voix, leur auditoire pour porter une parole convaincante. 

Nous parlons de la parole prise sur la scène du théâtre comme sur la scène du monde : dans l’arène politique, médiatique, professionnelle, artistique, que nous raconte sa théâtralité ?

Jean-Philippe Lafont nous éclaire sur ce que le poète Boileau en son temps, dans son Art Poétique (1674), formulait en vers :  Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement / Et les mots pour le dire arrivent aisément. Si Boileau partait du principe d'énonciation, notre coach vocal part du principe de compréhension :

Je m'attache au mieux dire, parce que dire mieux, c'est comprendre mieux. [...] Parler pour dire quelque chose, pas pour ne rien dire : le coaching vocal consiste en effet à privilégier le "comment dire" sur le "quoi dire".

Joris Lacoste évoque son intérêt à ménager de l'espace pour toutes les paroles, dans un geste d'horizontalité :

Il m'importe de ne pas se limiter à des genres de paroles particuliers, mais de faire une place à toutes les paroles. [...] Dans notre encyclopédie, on essaie de faire entendre combien il y a de la vie et de l'invention dans les paroles considérées comme mineures, profanes, comme par exemple le jeu télévisé, le message sur répondeur, l'interpellation dans le métro que ce soit pour de la manche ou autre... Ce sont en effet, quand on prend la peine de s'y intéresser, des formes de paroles banales, dont on écoute plus le sens que la forme, qui n'ont rien à envier à la poésie sonore, par exemple.

Avant que Jean-Philippe Lafont ne distingue l'élocution de la diction :

C'est le face-à-face entre l'élocution - le fond de ce que l'on a à dire - et la diction - la façon dont on choisit de le dire - qui fait une parole efficace.

... car du parleur au sportif, il n'y a qu'un pas, ajoute Jean-Philippe Lafont :

Parler, chanter : c'est la même dynamique. Changer de registre, comme le coureur cycliste change de plateau. Cela demande une énergie, positive, une volonté, que ce soit pour parler ou pour chanter.

... de la forme au sens aussi, il n'y a qu'un pas, conclut Joris Lacoste :

Comment évoluer dans une forêt de discours qui n'est pas ordonnée, classée, organisée ? En passer par la matérialité de la parole, en la travaillant de façon très musicale, permet de se frayer un chemin dans le sens, par la forme.

A VOIR AUSSI : dans le Festival d'Automne toujours, Joris Lacoste présente, avec la comédienne Emmanuelle Lafon, le spectacle Blablabla : ils orchestrent pour la première fois l’Encyclopédie de la parole à hauteur d’enfants. Conçu à partir d’enregistrements de toutes sortes, ce solo s’adresse aussi aux adultes : du 26 au 28 novembre au Théâtre Paul Eluard de Choisy-le-Roi (94) ; du 04 au 09 décembre au T2G, CDN de Gennevilliers (92).


Légende photo :  "Suite n°3. Europe", Encyclopédie de la Parole, Joris Lacoste et Pierre-Yves Macé• Crédits : © Ida Jakobs

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Marie-José Malis : "L'étranger est celui qui permet à un pays de se comprendre"

Marie-José Malis : "L'étranger est celui qui permet à un pays de se comprendre" | Revue de presse théâtre | Scoop.it



Pour le programme d'archives de sa Nuit Rêvée, Marie-José Malis a réuni Jacques Lacan, le génie fou d'Hölderlin, Klaus Michael Grüber, Fernandel, parmi d'autres. Dans ce deuxième entretien elle explique ces choix.

Ecoutez l'entretien avec Marie-José Malis : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/la-nuit-revee-de-marie-jose-malis-entretien-23-1ere-diffusion-19112017



Pour le programme d'archives de sa Nuit Rêvée, Marie-José Malis a réuni Jacques Lacan, avec une introduction d'Alain Badiou, le génie fou d'Hölderlin, Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville, deux figures mythiques du théâtre - Tadeusz Kantor et Klaus Michael Grüber - et le tout aussi mythique Fernandel. Marie-José Malis a voulu également que nous soient racontées l'histoire de l'immigration espagnole dont elle-même est une enfant et, comme en écho, la condition des immigrés d'aujourd'hui venus de l'Afrique subsaharienne. Elle a choisi aussi de revenir sur le meurtre de Pierre Overney, tué en plein cœur de la balle d'un vigile de la Régie Renault en 1972. Ce programme, qui mêle aux destinées des plus déshérités, des plus fragiles, d'hier et d'aujourd'hui, les voix d'artistes, de poètes et d'intellectuels parmi les moins soumis, est sans doute à l'image de celle pour qui il ne peut être question de s'accommoder du monde tel qu'il est.

"Mon intention n’est pas de le diviser. Je ne suis pas arrogante. Mais je suis prête à payer le prix de cette division " dit-elle.

S'il est arrivé que ses mises en scène divisent, faut-il s'en étonner ? Diviser, n'est-ce pas souvent le lot de ceux qui ont l'ambition de rassembler ? Avec la volonté, fièrement revendiquée, d'y défendre un théâtre "pour tous" porté par les plus hautes exigences, Marie-José Malis a pris en 2014 la direction du Théâtre de La Commune d'Aubervilliers. Cette Nuit en sa compagnie est l'occasion de mieux cerner ce que peut être aujourd'hui ce "pour tous" du théâtre. Par elle, qui croit "à l’égalité de tous devant la beauté", l'occasion d'entendre ce qu'est le sens de la mission qu'elle s'est donnée : faire, ou refaire, du Théâtre de La Commune "un théâtre comme seul lieu public constituant qu’il nous reste". Après Hypérion d'Hölderlin et La Volupté de l'Honneur de Pirandello, Marie-José Malis nous dit en quoi monter à présent le Dom Juan de Molière est pour elle "une décision étrange et bouleversante".

Elle explique ce qu'est le Théâtre de La Commune :

La Commune est le premier CDN de banlieue, qui correspondait à une idée : "la banlieue vaut bien un équipement national". La banlieue disait "nous faisons partie du territoire de la République". La Commune a toujours été considérée comme le temple du théâtre populaire. [...] C'est un théâtre-idée qui doit s'efforcer d'être à la hauteur de ses déclarations, il ne doit pas être mensonger. [...] Je dis que ce théâtre doit être pour tous, il doit être le théâtre où se pense la destinée d'un théâtre en terre de pauvreté. Mais en même temps, tous les jours j'ai un semi-démenti de cette vérité car dans la salle les gens qui composent le public sont ne sont pas forcément les gens d'Aubervilliers...

Elle raconte que l’expérience des réunions menées à La Commune correspondait à un besoin exprimé par la population : 

Les gens sont là, ils viennent aux réunions, pendant la première année de ma direction j'avais créé un groupe de travail de 80 personnes (spectateurs, artistes et citoyens) dont l'enjeu était de répondre à cette question : "Que doit devenir un théâtre public aujourd'hui ?" [...] c'est bien le signe que les gens ont besoin de lieux constituants.

Sur la question des migrants, exilés, réfugiés, elle explique sa position : 

Je me suis rendue compte que si à Aubervilliers je ne faisais pas enquête et hospitalité aux étrangers, et que si je ne décrétais pas que c'était une question essentielle, urgente, pour le théâtre, alors je ne serai pas capable, au fond, de continuer à être une artiste à Aubervilliers. [...] On a décidé de créer une école, pas une école paternaliste (...) c'était une école pour nous tous, pour les artistes, les intellectuels, et pour les étrangers présents et qui posait la question ; qu'est-ce que nous avons à nous dire et quelles sont les connaissances nouvelles que nous avons à inventer ensemble ? [...] L'étranger est celui qui permet à un pays de se comprendre.

Ecouter la 1ère partie de l’entretien, la dernière.

Par Albane Penaranda
Réalisation : Virginie Mourthé
Avec la collaboration de Hassane M'Béchour
Indexation web : Sandrine England, Documentation Sonore de Radio France


Légende photo :  Marie-José Malis, directrice du théâtre de La Commune• Crédits : Willy Vainqueur

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Yuval Rozman, briseur de tabous dans "TBM Tunnel Boring Machine"

Yuval Rozman, briseur de tabous dans "TBM Tunnel Boring Machine" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Arvers dans Les Inrocks



Découverte décapante au festival Next avec l’auteur et metteur en scène Yuval Rozman qui démontre avec passion que le sexe est politique. Et l’amour sans frontières.


Voir le bout du tunnel. S’agissant du conflit israélo-palestinien, l’image est signifiante. Sauf que le réel se charge de l’obstruer pour mieux l’anéantir. Elle irradie pourtant la première création française de Yuval Rozman, TBM Tunnel Boring Machine, créée au Phénix de Valenciennes dans le cadre du festival transfrontalier Next. Mais elle le fait en se mettant littéralement à la place de l’autre.


"Créer une pièce politique qui utilise une histoire d’amour impossible"


A l’origine du projet de Yuval Rozman, une question, inconfortable : "Qu’est-ce que ça veut dire pour moi, aujourd’hui en 2017, d’être Israélien ?" Et une réponse, sans équivoque : "C’est être profondément inquiet. La honte. La tristesse. Le racisme. L’inquiétude. Le manque de compassion. La répulsion du nationalisme. Et du nationalisme de mon pays. Tout ça, c’est mon bagage pour créer une pièce politique qui utilise une histoire d’amour impossible dans le tunnel des énigmes."


Alors, il se met dans la peau de Khalil, palestinien, homosexuel et amoureux de Nadal, soldat israélien rencontré dans un tunnel, pour écrire leur histoire, fulgurante et impossible.


Scène de sexe et de nudité : l’ouverture du spectacle se passe tout autant dans les corps des comédiens que dans la tête des personnages. Habités par leurs proches, obsédés par leurs reproches, hantés par leur opprobre, ceux-ci sont incarnés par d’autres acteurs, présents à leurs côtés, dans un concert de voix qui mêle furieusement désir et politique.

Décor monumental


La machine à percer les tunnels qu’évoque le titre du spectacle est utilisée par le Hamas depuis 2006 pour permettre à ses combattants de pénétrer en Israël. Ils sont l’une des justifications de l’opération militaire israélienne à Gaza. Ils sont aussi des lieux de rencontres sexuelles. Le décor monumental constitué de tubes d’une blancheur étincelante disposés en cercle perce de part en part le volume du plateau et s’avère une aire de jeu idéale pour les acteurs. Ce qu’il désigne est concret, mais ce qu’il autorise joue aussi bien du symbole, de l’imaginaire et de la fantaisie la plus débridée. On ne résiste pas à l’énergie déployée par sa troupe de jeunes comédiens, de Bachir Tlili (Khalil) à Bertrand de Roffignac (Nadal), entourés de Gaël Sall, impeccable en sorcière, de Stéphanie Aflalo, amazone formidable au rap inoubliable et de Julien Andujar, tour à tour père sévère ou jeune rebelle coincé à Hamas.


Brisant tous les tabous – aborder de front la question politique, montrer la nudité -, on comprend que Yuval Rozman ait choisi de s’installer en France en 2014, même si la création d’un spectacle, Cabaret Voltaire, lui valut dans son pays le prix de la meilleure pièce à l’International Theatre Festival en 2011. C’est le prix à payer quand on revendique sa liberté de penser et de créer. Après avoir joué dans deux spectacles d’Hubert Colas et coécrit avec Laetitia Dosch Un Album, Yuval Rozman a pu se lancer dans son projet, soutenu et accompagné par le Phénix de Valenciennes dans le cadre du pôle européen de création et par Latitudes Contemporaines à Lille. Avec TBM, il creuse son propre sillon, éminemment intime, puissamment politique. Une belle découverte.




TBM Tunnel Boring Machine, texte et mise en scène Yuval Rozman. Mars 2018, festival Artdanthé, Vanves. 11 et 12 avril, Arras, 7 et 8 juin, festival Latitudes Contemporaines à Lille.
Festival Next, jusqu’au 25 novembre :
18 et 19 novembre : Sacrifice, d’Erna Omarsdottir, Valdimar Johansson et Matthew Barney, Kortrijk.
21 novembre : 21 Pornographies de Mette Ingvartsen, Kortrijk.
23 novembre : to come (extented), de Mette Ingvartsen, Valenciennes.
22 et 23 novembre : Ivanov, d’Emilie Chariot, Valenciennes.
23 au 25 novembre : La Despedida, de Mapa Teatro, Villeneuve d’Ascq.
25 novembre : Crowd, de Gisèle Vienne, Kortrijk.


Photo  (c) Hervé Bellamy

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

En Aveyron, le diocèse annule un spectacle sur l’égalité hommes-femmes dans des collèges

En Aveyron, le diocèse annule un spectacle sur l’égalité hommes-femmes dans des collèges | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Gagnebet (envoyé spécial à Rodez (Aveyron) pour Le Monde



La publication d’un article sur riposte-catholique.fr a provoqué l’inquiétude de parents, contraignant le diocèse à annuler deux représentations.



Il n’y aura donc pas de lever de rideau sur X, Y et moi ?, un spectacle de la compagnie toulousaine L’An 01 qui, sous l’aspect d’une conférence d’une délégation interministérielle, anticipe des villes non mixtes, tout en faisant largement réagir le public sur les questions d’égalité hommes-femmes. Jeudi 16 novembre au matin, le diocèse de l’Aveyron a annulé la représentation du soir même, prévue dans le collège privé Saint-Joseph de Rodez, la préfecture. Une autre a aussi été annulée dans le collège Sainte-Marie à Cassagnes-Bégonhès, commune rurale du département. Sans aucune explication.

Pour la compagnie, l’incompréhension est totale. « On ne parle même pas d’homosexualité, ni de phénomènes de genre. Depuis un an que le spectacle tourne, soit environ 60 dates, le public et les institutions nous redemandent, trouvant l’approche originale et ludique », commente Christel Larrouy, qui partage la scène avec l’auteur et comédien Yohan Bret.

La déconvenue intervient dans le cadre d’une tournée plus large en Aveyron, et du festival NovAdo, organisé par la MJC de Rodez et des opérateurs comme le Théâtre de la Maison du peuple de Millau et le conseil départemental. « Sept dates étaient prévues dans des collèges ou lycées et pour l’instant on sait seulement que deux sont annulées. On attend, mais ça fait un choc », dit l’auteur, qui se défend d’être un militant, mais plutôt un artiste qui « veut poser des questions de société, faire réagir tous les publics ». « Pour ce spectacle, j’ai lu énormément de textes féministes, d’auteurs, et nous avons consulté des sociologues et des chercheurs », dit-il.

« Je suis le premier atterré »

Une approche « documentée et non militante » qui a été actée avec les chefs d’établissement six mois auparavant. « Nous travaillons souvent avec les écoles privées dans de bons rapports, précise pour sa part Bruno Houlès, le directeur de la MJC de Rodez. Des professeurs m’ont d’ailleurs signalé qu’ils étaient outrés par la décision du diocèse. »

Celle-ci est totalement assumée par Claude Bauquis, directeur de l’enseignement diocésain Aveyron-Lot, « en accord total avec l’évêque ». « Je suis le premier atterré par cette histoire, mais nous n’avions pas vraiment le choix. » En cause ? La publication en milieu de semaine par le site riposte-catholique.fr d’un article titré « Le lobby LGBT fait son entrée dans l’enseignement catholique de l’Aveyron ». Ce site, considéré comme proche de la « fachosphère » – à ne pas confondre avec le site d’informations reponses-catholiques.fr –, semble cependant être très lu dans la région. « Les réseaux sociaux se sont emballés, et nous avons eu dès mercredi des appels de parents d’élèves très inquiets, explique M. Bauquis. En accord avec les chefs d’établissement, et par crainte de voir le spectacle perturbé ou interrompu, nous avons préféré annuler. »

Le Monde a pu de son côté consulter un mail signé du groupe Manif pour tous Grand Rodez envoyé à plusieurs parents, mercredi 15 novembre au matin. Il y est notamment stipulé : « Mobilisez-vous et mobilisez votre entourage pour empêcher ces individus de venir “déconstruire” le cerveau de nos enfants à un âge fragile où ils rentrent dans l’adolescence. » Sans reprendre l’article de Riposte-catholique, le courriel présente la compagnie comme proche du mouvement LGBT. « Sur 60 dates, nous avons joué une seule fois lors du Festival et de la Marche des fiertés, à Toulouse, en mai 2017 », rétorque Yohan Bret.

Le diocèse, qui se dit donc « victime d’une cabale montée par certains mouvements » et insiste sur le fait que « l’enseignement catholique porte de nombreux partenariats avec les collectivités ou les MJC, envisage de présenter la pièce à des parents d’élèves. Pour calmer le jeu et discuter sereinement ».

Le département de l’Aveyron compte 21 collèges privés, autant que pour l’enseignement public, et 13 400 élèves en tout.

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Je veux simplement que vous m’aimiez, texte et spectacle de Jacques Allaire, pour la troupe permanente de La Bulle Bleue

Je veux simplement que vous m’aimiez, texte et spectacle de Jacques Allaire, pour la troupe permanente de La Bulle Bleue | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello



Je veux simplement que vous m’aimiez, texte et spectacle de Jacques Allaire, pour la troupe permanente de La Bulle Bleue à partir des interviews des acteurs de La Bulle Bleue inspirés d’interviews de Rainer Werner Fassbinder.



Je veux simplement que vous m’aimiez, texte et spectacle de Jacques Allaire, pour la troupe permanente de La Bulle Bleue à partir des interviews des acteurs de La Bulle Bleue inspirés d’interviews de Rainer Werner Fassbinder.

La Bulle Bleue (Esat – Etablissement d’aide et service par le travail) est une compagnie de théâtre professionnelle et permanente constituée d’une douzaine de comédiens en situation de handicap, une troupe permanente au fonctionnement professionnel qui compte aussi ses techniciens de plateau.

A sa création en 2012, la direction en est confiée à Delphine Maurel dont l’Esat rejoint la dizaine d’établissements similaires à vocation artistique, sur les 1400 recensés en France.

La Bulle Bleue est encore un lieu de fabrique artistique culturelle. Ainsi, de 2016 à 2018, la compagnie La Grande Mêlée de Bruno Geslin est associée à l’Esat pour porter le projet artistique « Prenez garde à Fassbinder ! »

Pénétrer dans l’univers foisonnant de Fassbinder – théâtre et cinéma – et inventer une équation ouverte pour le collectif, tel est le projet de Bruno Geslin qui a invité les comédiens et metteurs en scène Jacques Allaire et Evelyne Didi à travailler.

« Je veux seulement que vous m’aimiez » – titre emprunté à un film de Fassbinder sans lien avec le spectacle – est la première création du triptyque « Prenez garde à Fassbinder ! », volet dévolu à Jacques Allaire. A partir de la somme des interviews de l’artiste allemand consacrés au cinéma, le metteur en scène de théâtre a conçu son spectacle en s’inspirant des questions des journalistes posées au dramaturge provocateur, des questions cash retranscrites et reformulées pour les comédiens.

Ceux-ci ont vu au préalable une bonne partie du cinéma de Fassbinder et auront lu ou entendu les réponses de celui-ci sur les films mythiques qu’il apprécie, qu’il commente l’œuvre de Douglas Sirk ou de Jean-Luc Godard…

A partir de leurs propres réponses personnelles ou des choix précis de Fassbinder que les comédiens reprennent, s’est écrite au plateau la pièce de Jacques Allaire.

Sont énumérées les considérations existentielles du précurseur allemand d’un art à l’extrême contemporanéité et inspirateur post-moderne des visions créatives propres aux générations suivantes. Un art éloquent reconnu et non complaisant – points de vue âpres et amers, regards provocateurs sur la société de consommation, sa sexualité taboue et conventionnelle -, les facettes aigues et tranchantes des seventies et eighties largement prophétiques de nos temps bousculés.

Entrée irréversible et progressive dans un libéralisme économique mondial, Première Guerre du Golfe (1990-1991), terrorisme de la Bande à Baader (1968-1998), les années 1980/1990 sont prémonitoires d’un avenir sombre – notre présent. Et les interrogations de l’être n’en finissent pas de résonner dans un vide sans écho.

Lancinants, récurrents et indécidables, tels se présentent les thèmes essentiels – la société, l’amour, le couple – confort et enfermement -, la solitude subie, l’engagement dans les causes collectives de gauche ou l’anarchie choisie.

La représentation invite à pénétrer des lieux fassbindériens par excellence, l’intérieur d’un café, qu’on se souvienne ne serait-ce que de Tous les autres s’appellent Ali ou de L’Année des treize lunes ou de Querelle de Brest et de bien d’autres films.

La vie dans le bar – lieu quotidien, à la fois repère individuel et espace collectif de compagnonnage où est perceptible un certain bien-être, hors de la maison ou de l’univers parental et social pour des jeunes gens à l’orée de leur vie – étudiants, travailleurs ou chômeurs. Un comptoir kitch avec barman stylé, un juke-box pour écouter ensemble une musique à soi et à tous, un espace fluo pour danser.

Bières, vins et alcools, danse la ronde des bouteilles qui adoucissent les instants.

Une table en U inversé et à la nappe blanche lumineuse accueille les clients qui vont aussi s’isoler sur des canapés colorés en skaï, de chaque côté du plateau.

Un vestiaire permet à chacun de pendre sa veste, quand on vient du froid extérieur.

Les comédiens jouent une partition pleine et à la densité rare, s’approchant au plus près des figures dessinées et se réappropriant une posture délicate – être là dans le présent exigeant et effervescent de la représentation – un espace existentiel habité.

Ils s’interpellent, entament un dialogue plus ou moins continûment avec untel, puis avec tel autre, esquissant des couples qui se défont pour en inventer d’autres, choisissant plus tard de s’extraire du duo ou du groupe, protégeant leur solitude.

Pourquoi vivre si l’on n’est aimé ? Telle est le questionnement existentiel. Certains semblent capituler en arguant de l’impossibilité de vivre à deux durablement quand il faut rendre des comptes et alors renoncer à vivre librement selon son désir.

Cris, vociférations, hurlements, injures libératoires, les répliques sonnent comme du papier à musique dont l’écriture vocale et gestuelle arrive à point nommé, privilégiant des solos – un discours sur soi – puis offrant des moments festifs de danse chorale.

L’idée de normalité ne trouve guère de résonance dans ce spectacle élaboré, donnant plutôt à voir la fragilité de l’être dont nous sommes tous les représentants, dits « différents » ou non ; tous se reconnaissent dans la justesse affective éprouvée.

Les inclinations amoureuses reconnues et vécues avec maturité, les sentiments éprouvés -, les jeunes gens et les moins jeunes posent leur regard sur les mêmes enjeux existentiels : réussir une vie en aimant et en étant aimé, avant la mort proche.

Un spectacle émouvant et captivant, qu’on soit en situation de handicap ou non, grâce à sa rigueur alerte libérant un bonheur d’être, en dépit de tout, à travers la teneur sensuelle et palpable des corps rapprochés dans les mouvements et les voix.

Véronique Hotte

Le Chai de La Bulle Bleue 285 rue du Mas de Prunet 34070 Montpellier Village Les Bouisses, du 15 novembre au 1ER décembre, mercredi et jeudi à 20h30, vendredi à 19h. Tél : 04 67 42 18 61 reservation@labullebleue.fr


Crédit photo : Marjory Corbinaud La Bulle Bleue

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

«On reste dans l’ombre, de peur d’être immolée à la place de l’agresseur»

«On reste dans l’ombre, de peur d’être immolée à la place de l’agresseur» | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Anne Diatkine / Libération


Les affaires de violences sexuelles dénoncées dans le monde du cinéma ne trouvent pas le même écho en France. L’actrice Isabelle Adjani et l’avocate Léa Forestier reviennent sur les ressorts du harcèlement et sur les raisons des non-dits.



Quoi de neuf dans le milieu du cinéma français, un bon mois après l’affaire Weinstein et le mouvement «Balance ton porc» ? Quelles réflexions ? Quelles prises de conscience ? Force est de constater qu’à part Léa Seydoux, peu d’actrices ont dénoncé publiquement le sexisme qui y règne. Est-ce une bonne nouvelle ? Le signe que tout va bien ? Ou que dans un pays où la politique des auteurs règne - et c’est tant mieux -, l’omerta est plus lourde ici qu’ailleurs, et les révélations plus difficiles à assumer ? Retour avec Isabelle Adjani et Léa Forestier, avocate.

Peu d’actrices ont témoigné du sexisme dans le milieu du cinéma en France. Pourquoi ?


Isabelle Adjani : Les abus ne sont pas moins nombreux ici qu’ailleurs, mais à ma connaissance, il n’existe pas de producteur qui dispose d’un pouvoir tentaculaire analogue à celui d’Harvey Weinstein : il détenait toutes les clés du silence. En France, certaines actrices restent dans l’expectative prudente. Elles ne sont pas sûres que leur parole soit sans conséquence sur leur carrière si elles s’approchent d’un peu trop près de la révélation de tout ce que le milieu du cinéma refoule depuis tant d’années : on fait la lumière sur une partie des faits tout en restant dans l’ombre de peur d’être immolée… à la place de l’agresseur…

Pourquoi ne pas utiliser les tribunaux quand on veut que justice soit faite ?


Léa Forestier : Aujourd’hui, quand une femme porte plainte pour agression sexuelle, elle a toutes les chances que sa parole soit classée sans suite. C’est la plupart du temps parole contre parole et le doute profite toujours à l’accusé, ce qui est une bonne chose. Mais cela signifie tout de même qu’une fois sur deux, la plainte est vouée à l’échec. Et quand il y a une suite, il y a une marginalisation de fait dans le travail. Je suis en désaccord avec ma consœur Marie Dosé qui prône un exclusif recours à la loi en cas d’agression sexuelle, car à supposer qu’un tel recours aboutisse, quelle est la valeur d’une condamnation si elle ostracise la personne de son milieu professionnel ? J’ai eu une cliente violée par un personnage éminent. J’ai monté le dossier avec elle, mais j’ai dû la prévenir que la vérité médiatique allait être une déferlante qui annihilerait toute vérité judiciaire en lien avec son intimité. Et qu’elle allait se retrouver avec le scotch du capitaine Haddock qui l’empêcherait d’être autre chose que «la violée de mister big». Elle a décidé de ne pas poursuivre. Les autres femmes violées par cet homme étaient comme elle, sous une forme d’emprise : il y a une relation de confiance, puis un viol…

Comment démontre-t-on une agression sous emprise ? Léa Seydoux dans le Guardian évoque combien il est compliqué de se défaire de prédateurs sexuels avec lesquels on travaille et qu’on admire par ailleurs…


Léa Forestier : La prédation sexuelle s’accompagne d’une tentative de convaincre l’autre. Il s’agit rarement d’un homme dans une ruelle obscure qui vous saute dessus en vous disant «je veux te violer et si tu n’es pas d’accord je te viole quand même». Mais d’une relation où toutes les décisions auront des conséquences sur votre vie immédiate.

Dans ce cas, comment s’apprécie le consentement ?


Léa Forestier : Le droit considère qu’un rapport n’est pas consenti s’il n’est pas souhaité au moment de l’acte. Et il n’y a pas de droit de repentir. Or comment analyser le consentement au moment M, si la personne est sous une forme d’emprise ? Le consentement relève du sentiment. Il peut y avoir un jeu de séduction, et un viol à la suite d’un jeu de séduction.

Isabelle Adjani : Les femmes qui ont dit avoir des relations consenties avec Weinstein sont très courageuses. Je ne supporte pas la moralisation là-dessus. Chacun son mode de survie. Quiconque a eu un rôle dans un film important aux Etats Unis a croisé Weinstein. Je l’ai rencontré en 1989, lors de la campagne pour les oscars de Camille Claudel de Bruno Nuytten, j’étais nominée dans la catégorie «meilleure actrice», mais la distribution américaine était assurée par Sony Classic, pas par Miramax. Weinstein m’avait simplement dit : «Tu n’auras rien car ce n’est pas moi qui ai acheté le film. Si tu m’écoutes dans l’avenir, je t’aurai un oscar.» Son besoin de dominer s’exprimait constamment.

Est-ce uniquement la crainte d’être blacklisté qui muselle ? Pourriez-vous analyser comment fonctionne cette fameuse zone grise ?


Isabelle Adjani : Cela suscite effectivement beaucoup d’ambivalence quand, par exemple, on explique à une jeune actrice que le cinéaste a absolument besoin d’être amoureux d’elle, voire de coucher avec elle, pour savoir la filmer comme jamais. Et que d’ailleurs, pour favoriser le rapprochement, on s’empresse de lui donner une chambre d’hôtel adjacente à la sienne, quand le tournage est loin de tout. On retrouve cette injonction à entretenir la séduction dans les biographies d’actrices qu’on aime le plus au monde, de Marlene Dietrich à Isabella Rossellini, en passant par Louise Brooks. Ça fait partie de la mythologie du cinéma, à laquelle je suis évidemment très sensible. Mais sur ce fond-là, on va persuader la comédienne, pleine de gratitude, de ne pas dissiper l’ambiguïté. Parce que son refus pourrait stériliser le regard du metteur en scène ou l’intérêt du producteur. Avoir besoin de rêver sur cet obscur objet du désir qu’est l’actrice, ça voudrait dire «transgression open-bar» ? Comme tout le monde, il m’est arrivé de me retrouver dans des tournages où une violence sourde se manifestait, et il s’agissait de la contourner sans mot dire.

En quoi est-ce problématique ?


Isabelle Adjani : J’ai commencé très jeune à mal supporter cette injonction à séduire qui me plaçait en porte-à-faux et je me souviens de l’empressement d’un cinéaste, que par ailleurs j’admirais. Ce qui m’a aidée à ne pas succomber au charme de cet homme, qui incarnait tout de même ma fascination pour le cinéma, fut de savoir que d’autres comédiennes avaient fait une dépression après avoir été congédiées à la fin du tournage. En somme, elles n’avaient pas anticipé qu’elles ne seraient son fantasme que le temps d’un film, utile pour le grand œuvre, sans existence au-delà. Certes, il n’y a pas de harcèlement apparent, juste la manipulation classique d’un pur séducteur. Et pourtant, dans pareille situation, où une jeune actrice n’est pas libre d’opposer un refus frontal, le malaise existe car elle ne peut plus être elle-même. Une actrice au travail est à psyché ouverte, elle a besoin d’être préservée contre tous les petits crimes dont on dit que «ce n’est pas un crime». Evidemment, il n’y a pas de crime quand un comédien met sa langue dans votre bouche lors d’une prise, lorsque vous lui avez explicitement demandé de ne pas le faire. Et pourtant. Combien de fois les actrices qui ont été catégoriques sont estampillées difficiles, voire ingérables ? Toutes les comédiennes le savent. Donc elles essaient d’échapper subtilement au danger si elles en ressentent un. C’est un conditionnement.

Quelles sont les conséquences d’une résistance ?


Isabelle Adjani : On se fait insulter devant l’équipe, malmener, ce qu’on propose est dénigré. On vous demande des choses qui vous mettent en danger. En France, on a tendance à célébrer ceux qui ne savent pas diriger sans humilier. Ça remonte à loin. Sans le sadisme de Clouzot, aurait-on reconnu à Bardot un talent d’actrice ? Diriger une actrice ne devrait pas signifier la dominer. Vive les actrices qui réalisent des films, qui écrivent, qui coproduisent. Et qui contribuent à rendre les rapports dans le cinéma moins archaïques.

Qu’est-ce qui fait qu’un acte est traumatisant ou qu’il glisse sans atteindre ?


Isabelle Adjani : La relation qu’on a à l’abus est étroitement liée à notre éducation, au droit qu’on nous donne ou pas, enfant, d’exister. Des tas de moments de gênes et d’intrusion se sont accumulés, qui ont fait écho aux interdits de se défendre pour une fille, selon les préceptes de mon père. Il m’est arrivé de refuser des projets qui m’intéressaient à cause de gestes qui m’ont pétrifiée, alors qu’ils peuvent être bénins pour d’autres. J’ai encore en mémoire un déjeuner où un metteur en scène russe a attrapé ma main en la serrant si fort que je ne pouvais plus la retirer. Il a mis mon index dans sa bouche, en se mettant à le sucer, longuement. Je lui ai écrit un mot longtemps après : «Andreï, je voulais vous dire que si je n’ai pas fait la Mouette avec vous, c’était à cause de ce déjeuner et parce que vous avez mis mon doigt dans votre bouche.» Lui écrire noir sur blanc était nécessaire pour me faire justice. Oui, j’ai pu refuser de tourner avec des cinéastes hors pair parce que j’avais peur d’eux. Un producteur, qui à l’époque rayonnait, se comportait avec moi en dominateur machiste sur un film qu’il produisait. Il fallait fuir ses avances. Je lui ai refusé l’entrée d’une fête que j’organisais. Il m’a dit : «Ma petite, tu le payeras.» Et effectivement… Hervé Guibert avait écrit un scénario autour de cette histoire. Autre exemple : un cinéaste claquait des poppers sous mon nez après avoir dit moteur. Je ne pouvais pas ne pas respirer. C’était de l’ingestion de drogue contre mon gré, je sentais mon rythme cardiaque s’accélérer.

Dans toute autre profession, il est possible de porter plainte contre quelqu’un qui vous drogue. Que s’est-il passé ?


Isabelle Adjani : J’étais prise dans le tournage, je n’avais pas mon mot à dire. Il n’y a pas de recours dans des situations pareilles. Au théâtre, j’étais jeune, je me suis retrouvée face à un grand comédien devenu plus qu’harcelant pour tenir son rôle d’homme désiré et dont les agissements ont fini par me rendre malade pour de bon. Les représentations ont dû être arrêtées et je n’ai pas pu raconter pourquoi. J’ai laissé les rumeurs faire leurs basses besognes. Une actrice qui renonce et s’écroule, il n’y a rien de pire pour sa vie professionnelle.

Que pensez-vous de ces contrats de non-harcèlement que des studios hollywoodiens font signer avant les tournages ?


Léa Forestier : On voit que ça marche ! Cyniquement, les producteurs s’assurent ainsi que la responsabilité ne leur retombe pas dessus en cas de problème. Ça n’empêche pas le délit, mais ça évite les poursuites. Et c’est particulièrement hypocrite, car ce sont les mêmes gens qui font signer les contrats et qui sont susceptibles d’agressions sexuelles. Weinstein en a lui aussi très probablement fait signer. Les hommes de pouvoir aiment le pouvoir, aiment la transgression et plus encore l’impunité dans la transgression. De façon générale, les codes de conduite au travail posent un cadre, mais ne règlent rien. #BalanceTonPorc nous force à nous questionner sur la culture du machisme qui innerve encore le monde du travail. Si les femmes en sont majoritairement les victimes, force est de reconnaître qu’elles en sont aussi partiellement les gardiennes. La domination est moins une affaire de genre que d’idéalisation du pouvoir.

Que vous inspirent les manifestations contre la rétrospective de Polanski à la Cinémathèque ?


Léa Forestier : C’est confondre l’œuvre et la personne, et dénier aussi bien à l’accusé qu’à sa victime le droit à l’oubli pour une affaire qui date de quarante ans. J’adore l’œuvre de Céline mais l’homme me donne la nausée.

Isabelle Adjani : Je rejoins la démarche collective féministe, qui attend une reconnaissance du préjudice. Mais ces violences subies peuvent amener les victimes à être différentes dans leur façon de vivre «avec». Depuis des dizaines d’années, Samantha Geimer a expressément exigé l’arrêt des procédures aux Etats-Unis et répété que l’obsession d’un juge corrompu et la médiatisation du procès ont détruit sa vie. Cela a-t-il un sens de manifester contre cette rétrospective si ça ne procure aucune réparation, y compris symbolique, à la victime ? Cela ressemble à une double peine… Le droit à l’oubli doit exister pour l’accusé s’il a reconnu son délit et purgé sa peine (on oublie systématiquement de dire que Roman Polanski a fait de la prison aux Etats-Unis et en Suisse), parce que la victime, elle, même si elle pardonne, n’oublie pas.

Anne Diatkine


 photo Jérôme Bonnet pour Libération

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

« Les Trois Sœurs » de Tchekhov à l’ère de Trump

« Les Trois Sœurs » de Tchekhov à l’ère de Trump | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Brigitte Salino dans Le Monde



Le jeune metteur en scène Simon Stone présente à l’Odéon sa réécriture de la pièce, où l’on ne retrouve pas l’esprit de l’auteur.



Erreur ou mystification ? Le public qui se rend à l’Odéon croit qu’il va voir Les Trois Sœurs, comme l’indique l’affiche. Certes, il est précisé que c’est « un spectacle de Simon Stone, d’après Tchekhov ». Mais la pièce n’a pas grand-chose à voir avec celle de Tchekhov. Ce n’est ni une adaptation ni une transposition, mais bel et bien une réécriture des TroisSœurs, qu’il eût été plus avisé d’appeler « Mes trois sœurs », par exemple. Le public aurait su à quoi s’en tenir, comme quand il est allé voir What if They Went to Moscow ?. Christiane Jatahy, qui elle aussi partait des Trois Sœurs, ne trompait pas sur la marchandise : elle s’était emparée de la pièce de Tchekhov pour la faire sienne, dans le Brésil d’aujourd’hui, mais elle avait changé le titre.

Lire la critique de « What if They Went to Moscow ? » :   Trois sœurs, deux angles de vue

Simon Stone défend sa position au nom de la modernité. Ce metteur en scène australien de 33 ans, très en vogue en Europe, veut que le public d’aujourd’hui se reconnaisse dans les personnages des Trois Sœurs comme les contemporains de Tchekhov s’y reconnaissaient à leur époque. Dans le programme du spectacle, il explique que le texte qu’il a écrit « fonctionne uniquement parce que c’est soi-même qu’on voit et pas quelques Russes bizarres agissant de façon absurde à la fin du XIXe siècle ». On pourrait discuter sans fin ce propos, en commençant par dire tranquillement à Simon Stone que l’on est nombreux à se reconnaître dans les « Russes bizarres ». Mais on sait aussi comme il peut être vivifiant de changer le contexte des Trois Sœurs.

Alors, jouons le jeu, et acceptons le principe : voir ici et maintenant les trois sœurs, Olga, Macha et Irina, leur frère André, et la petite société qui les entoure. Ils se retrouvent dans une maison d’architecte, typique d’une obsession pour les baies vitrées qui ouvrent tout sur l’extérieur et permettent d’assister simultanément à ce qui se passe dans les différentes pièces. S’il y a une chose à laquelle le spectateur peut se raccrocher, c’est bien cette maison, posée dans le vide comme un ancrage de la mélancolie, et installée sur une tournette qui nous la montre sous toutes ses coutures. Au fil des actes, les saisons changent, la neige tombe sur le barbecue qui a servi pour l’anniversaire d’Irina, mais la maison reste et tourne, tourne, tourne, comme tourne le manège de la vie.

Sexe, mojitos et PlayStation

Cette maison n’est pas seulement un décor (de Lizzie Clachan) : c’est un personnage du spectacle au même titre que les protagonistes, à qui Simon Stone donne des biographies d’aujourd’hui : ils vivent dans un monde hyper-connecté, à l’ère de Donald Trump et de l’afflux des réfugiés vers l’Europe. Ils parlent beaucoup de sexe, mangent des croque-monsieur et boivent des mojitos, jouent à la PlayStation et s’envoient des vannes… Rien que de très normal, en somme : tristesse et mélancolie, le désir de partir ailleurs, le rêve d’une vie autre, l’impression de se cogner la tête contre les fichues baies vitrées. Tous ces sentiments, répondent au « A Moscou ! » des Trois Sœurs, au début du XXIe siècle.

LE LANGAGE EST CELUI DES SÉRIES, PAS DE TCHEKHOV REVISITÉ



Mais pour autant, Tchekhov n’est pas là. C’est la voix de Simon Stone que l’on entend, et il faut reconnaître qu’il a une bonne oreille : il reproduit exactement ce langage d’aujourd’hui qui va à toute vitesse, avec des répliques qui se chevauchent, des flopées de « ta gueule » et des « coq à l’âne » plutôt marrants. Mais ce langage est celui des séries, pas de Tchekhov revisité. Certes, on ne sait pas comment Tchekhov écrirait s’il vivait aujourd’hui. Mais sa langue, chacun la connaît, la ­reconnaît, et s’y reconnaît. Elle ne distrait pas et ne glisse pas, comme celle de Simon Stone. Elle touche au plus profond, ce que ne font pas Les Trois Sœurs du metteur en scène associé à l’Odéon-Théâtre de l’Europe.

Même si l’on retrouve dans le spectacle le sens évident de la dramaturgie de Simon Stone, même si les comédiens ne déméritent pas – en particulier Eric Caravaca (André), Servane Ducorps (Natacha, sa femme) et Céline Sallette (Macha) –, on reste sur sa faim. Ce qui se joue entre ces gens que l’on observe à travers les vitres, comme dans un bocal ou un aquarium, c’est une histoire d’aujourd’hui comme une autre. Pas celle des Trois Sœurs, une pièce pas comme les autres.

Les Trois Sœurs, d’après Tchekhov, mise en scène de Simon Stone. Avec Eric Caravaca, Amira Casar, Servane Ducorps, Céline Sallette. Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris 6e. Du mardi au samedi à 20 heures ; dimanche à 15 heures. De 6 € à 40 €. Durée : 2 heures 35. Jusqu’au 22 décembre. www.theatre-odeon.eu

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Théo Mercier, incognito ergo sum

Théo Mercier, incognito ergo sum | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Luc Chessel dans Libération / Next
— 16 novembre 2017 
Avec «la Fille du collectionneur», le jeune plasticien star s’efface derrière une collection d’amis, qu’il transforme en objets vivants.


Ceci est une critique positive de la Fille du Collectionneur de Théo Mercier. Quelqu’un, pourtant, lui aura posé une condition préalable : «Théo Mercier tient à ce que tous les artistes avec qui il a créé ce projet soient cités/mentionnés.» Cela pourra apparaître comme une marque d’attention au collectif, un souci de ne pas écraser le spectacle sous le nom de l’auteur, jeune artiste célébré pour son travail de plasticien et ses premières œuvres pour la scène. C’est sans doute le cas - bien qu’une autre dimension semble ici en jeu à celui qui découvre la pièce et qui lit, dans un entretien avec le metteur en scène, ces mots : «L’intention est de réaliser ce rêve impossible de créer une œuvre qui ne serait pas de moi.» Ce rêve, de toute évidence, est une définition de l’art du collectionneur.

Catalogue
La pièce commence par l’énumération et la description en voix off des objets d’une collection, mimés au fur et à mesure par une femme placée à l’avant-scène (Marlène Saldana, qui joue le rôle-titre), d’une façon qui rappelle un jeu répandu de devinettes corporelles. Partant de ce rapport comique et cruel établi, juste sous nos yeux, entre une liste d’œuvres et un corps maladroit, le spectacle explore ensuite, vers la profondeur du souvenir et celle du plateau, un récit : l’histoire d’un collectionneur qui sombre dans la folie et de sa fille, condamnée à habiter un monde d’objets, prisonnière de l’obsession sensuelle et sérielle d’un père disparu.

Cette histoire est reconstituée par une suite de visions, comme autant de pièces dictées par une logique d’inventaire : le catalogue du rêve impossible du collectionneur, cette œuvre sans auteur mais soumise à la toute-puissance sadique du choix, de l’assemblage et de l’accumulation. La clé introuvable de toute collection, son principe commun, c’est la personne du collectionneur - comme la clé introuvable de la vie du père se situe, pour la fille, dans la série des objets hantant le plateau et avec lesquels, en fillette souveraine et traumatisée, elle joue (installations, sculptures et comédiens à figure presque humaine s’y succèdent, objets interchangeables de jouissance et d’effroi).

Démiurge
Quant à la clé introuvable du spectacle, elle réside sans doute dans la personne de son auteur, effacé derrière les créations propres des artistes (comédien, danseur, contorsionniste, designer, musicien) qu’il invite sur la scène où ils sont cités/mentionnés telles les pièces d’une collection vivante. Autoportrait de l’artiste en ami commun organisant la vie des autres et des choses, en démiurge animé du rêve de disparaître. Le plaisir esthétique louche procuré par ces tableaux qui se succèdent de loin en loin ne marche en fait que par la série inquiétante qu’ils composent. Reste la question, aussi posée, de comment s’en sortir : la fille du collectionneur s’évade, abandonnant le public perplexe au silence des objets de l’art, à cette collection dont il faisait lui-même partie sans le savoir. Théo Mercier n’existe pas, mais il faudrait l’inventer.

Luc Chessel
La Fille du collectionneur concept et m.s. Théo Mercier Théâtre Nanterre-Amandiers, Jusqu’au 19 novembre (festival les Inaccoutumés). Puis les 12 et 13 décembre à Annecy (74), les 10 et 11 mars à Montpellier (34).


Légende photo :  Marlène Saldana dans «la Fille du collectionneur». Photo Martin Argyroglo

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Théâtre. "Jusque dans vos bras", les morsures d’amour des Chiens de Navarre

Théâtre. "Jusque dans vos bras", les morsures d’amour des Chiens de Navarre | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Hugues Le Tanneur pour Culturebox demotsdeminuit


Publié le 16/11/2017



Emmené par Jean-Christophe Meurisse, ce collectif à géographie variable est à son meilleur niveau dans cette satire féroce et désopilante de la France contemporaine. Enchaînant des tableaux plus délirants les uns que les autres, ils abordent les sujets les plus graves pour les torpiller avec un culot et un brio aussi drôles que dévastateurs.

Une prairie verte baignant dans une lumière crépusculaire. Le spectacle n’a pas encore commencé et pourtant, alors que le public prend place dans les gradins, cet espace désolé vaguement éclairé par un lampadaire, où flottent ça et là des nuages de brume, évoque curieusement la scène d’ouverture de Macbeth. Il ne manque plus que les trois sorcières… On devine déjà leurs voix sarcastiques: "Le beau est laid, le laid est beau / planons dans la brume et l’air crasseux". L’impression est d’autant plus étrange qu’on peut légitimement la considérer comme une fausse piste.
Tout indique, en effet, que Jusque dans vos bras, nouvelle création des Chiens de Navarre n’a rien à voir avec Shakespeare. D’ailleurs l’acteur qui s’adresse à présent au public du théâtre des Bouffes du Nord à Paris n’a rien d’une sorcière ni d’un guerrier reprenant son souffle à l’issue d’une bataille sanglante. Et puis Les Chiens de Navarre n’ont pas l’habitude de monter des pièces du répertoire.


Depuis sa naissance en 2005, ce collectif créé par Jean-Christophe Meurisse explore une veine satirique débridée unique en son genre au fil de spectacles fruits d’une écriture collective à partir d’improvisations. Il y a eu notamment Une raclette, Nous avons les machines, Quand je pense qu’on va vieillir ensemble, autant d’incursions féroces d’une drôlerie époustouflante au cœur des turpitudes de notre époque. À chaque fois, il s’agit de se situer sur une crête inconfortable où nos certitudes et autres petits mensonges sont mis à mal en soulignant la différence entre l’image fantasmée que la société projette d’elle-même et une réalité nettement plus problématique sur laquelle on préfère en général fermer les yeux. En ce sens Les Chiens de Navarre, c’est un peu le retour du refoulé.



Ainsi notre ironique Monsieur Loyal salue dès l’ouverture du spectacle le courage du public d’être venu dans un quartier aussi mal famé. Ce qu’il ne dit pas, mais qui devient criant au fil des tableaux qui vont suivre, c’est que dans les rues autour des Bouffes du Nord et jusqu’à la porte de la Chapelle, vivent ou plutôt survivent, quand ils ne sont pas délogés par la police, des réfugiés. Or la question brûlante des migrants – que notre pays répugne à accueillir – revient régulièrement sous des formes diverses, tantôt amères, tantôt cocasses, dans cette fine satire de la France contemporaine qu’est Jusque dans vos bras.
 
Farce grotesque
"Vous avez fait bon voyage?", demande, par exemple, ce couple bien disposé, mais tellement mal à l’aise au moment d’accueillir dans son appartement des Africains ayant risqué leur vie pour venir en Europe qu’ils multiplient les gaffes et autres remarques incongrues. Impitoyablement, bons sentiments et mauvaise conscience sont passés à la moulinette d’un humour ravageur. Jusqu’au sauvetage d’un canot de fortune avec à son bord des migrants pour lequel les spectateurs sont sollicités sous l’œil goguenard de requins sortis tout droit d’un film de Walt Disney.
Ce tableau est précédé d’un pique-nique entre quadras dont le discours "décomplexé", comme on dit aujourd’hui, cumule les clichés racistes tandis qu’en arrière plan un naturiste à hurler de rire s’ébroue, lui aussi sans complexe. Preuve que Les Chiens de Navarre n’épargnent rien ni personne, on trouve même parmi les convives l’ultime militant du Parti Socialiste une banane entamée à la main en guise de rose dont les circonlocutions alambiquées traduisent assez bien la confusion actuelle en matière d’idéologie comme de valeurs. C’est la confusion caractéristique d’une société qui, ayant perdu ses points de repère, est prête à se jeter dans les bras des populismes de tous poils.



Mais l’esprit de sérieux n’est pas de mise dans ce spectacle où les questions les plus graves sont volontairement traitées sur un mode léger. C’est ainsi qu’en écho au pique-nique mentionné plus haut, l’apparition de Marie-Antoinette aux côtés d’un général De Gaulle géant et plus tard d’Obélix offre une version dérisoire des querelles sur l’identité française. Ou que l’entretien avec un Congolais dans les bureaux de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) tourne à la farce grotesque.
Malgré cela, ce qui paradoxalement transparaît au fil de ce spectacle admirablement construit et rondement mené, c’est une certaine vision de la tendresse humaine. Car s’ils ont du mordant, Les Chiens de Navarre ne cherchent pas à blesser, au contraire. Et même s’ils n’en sont pas à clamer que l’amour sauvera le monde, ils rêvent à l’évidence d’une société réconciliée avec elle-même.


Au début de la représentation, notre Monsieur Loyal demande aux spectateurs cette chose un peu folle, de se tenir par la main. Cela peut sembler ridicule mais pas tant que ça au fond. D’autant que quelques secondes plus tard, on assiste en plein enterrement au pugilat d’une famille devant le cercueil encore ouvert où gît le corps à peine refroidi du parent décédé. Que ce défoulement sauvage et jubilatoire se déroule sur fond de All You Need is Love des Beatles en dit long sur la capacité des Chiens de Navarre à traiter sans vergogne les sujets les plus intouchables.


Face à ce goût de tout basculer ainsi cul par-dessus tête, on repense du coup aux sorcières de Macbeth dont l’ombre propitiatoire plane malgré tout sur ce spectacle, un de leurs plus réussis. Et, pour paraphraser Shakespeare, on se dit que décidément "le fond de l’air est crasse".
 
Jusque dans vos bras, par Les Chiens de Navarre, mise en scène Jean-Christophe Meurisse
avec Caroline Binder, Céline Fuher, Matthias Jacquin, Charlotte Laemmel, Athaya Mokonzi, Cédric Moreau, Pascal Sangla, Alexandre Steiger, Brahim Takioullah, Maxence Tual, Adèle Zouane
> jusqu’au 2 décembre aux Bouffes du Nord, Paris.
 
> 7 au 18 décembre à Montpellier théâtre Humain Trop Humain
> 12 au 21 décembre au théâtre Dijon-Bourgogne, Dijon
> 10 au 13 janvier 2018 au théâtre Daniel Sorano, Toulouse
> 18 janvier 2018 au Manège, Maubeuge
> 23 au 25 janvier 2018 à L’Apostrophe, Pontoise
> 31 janvier au 2 février 2018 au Carré des Jalles, Saint-Médard-en-Jalles
> 6 au 10 février 2018 au théâtre du Gymnase, Marseille
> 14 au 15 février 2018 au Centre Dramatique National d’Orléans.

Par Hugues Le Tanneur @desmotsdeminuit


Photo © Philippe Lebruman

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

"Festen" au théâtre : une "performance filmique" inédite ordonnancée par Cyril Teste

"Festen" au théâtre : une "performance filmique" inédite ordonnancée par Cyril Teste | Revue de presse théâtre | Scoop.it



Par Odile Morain @Culturebox
Mis à jour le 10/11/2017 à 16H31, publié le 09/11/2017 à 14H04

"Festen" la nouvelle création théâtrale et filmique de Cyril Teste et le collectif MxM en tournée dans toute la France  © France 3 / Culturebox

"Festen", le film choc de la Nouvelle vague danoise, sert de postulat de départ à la nouvelle création de Cyril Teste. Sa mise en scène, résolument contemporaine, mélange la vidéo et le théâtre. Une performance filmique du collectif MxM présentée à Bonlieu Scène nationale Annecy jusqu'au 10 novembre, puis en tournée dans toute la France, via le théâtre de l'Odéon à Paris.
Le metteur en scène Cyril Teste et son collectif MxM plongent le spectateur dans le monde impitoyable de "Festen". Une adaptation filmique et théâtrale qui revisite le film culte du réalisateur danois Thomas Vinterberg. Comme dans l'oeuvre originale qui dévoile un terrible secret de famille, c'est grinçant et glaçant. 

Reportage : A. Combes-Savary / Y. Glo / S. Dumaine / E. Achard
Voir le reportage vidéo : https://culturebox.francetvinfo.fr/theatre/theatre-contemporain/festen-au-theatre-une-performance-filmique-ordonnancee-par-cyril-teste-264977



Aux yeux de tous 

L'habileté du "Festen" de Cyril Teste est de faire croire au spectateur que chaque représentation est improvisée et unique. Pourtant, la partition des comédiens est calibrée au millimètre près. Une rigueur induite par le dispositif technique mis en place. "Ça demande une méthode de travail et une chorégraphie particulière puisqu'il faut reproduire chaque soir les mêmes mouvements pour que les cadres soient les mêmes", souligne le comédien Mathias Labelle.


Performance et prouesse technique à la fois théâtrale et filmique, le spectateur suit la pièce jouée sur scène, en coulisse et, dans le même temps, la vidéo réalisée et projetée en direct. Comme dans le film d'origine, ce nouveau "Festen" joue avec les codes du grand déballage. "Ça parle de racisme, de misogynie, d'inceste, de différences de classes sociales, Vinterberg regarde à travers la thématique du secret de famille, une société qui s'est bâtie sur de mauvaises bases", analyse le metteur en scène Cyril Teste.

Dialogue entre le cinéma et le théâtre 

"Festen" est une triple histoire de cinéma, de théâtre et de famille : un grand film superbement réalisé en 1998, mais aussi un texte dramatique puissant de Mogens Rukov. Une œuvre-carrefour qui offre un matériau idéal à Cyril Teste et au Collectif MxM pour poursuivre, après le succès de "Nobody", leur exploration de la société contemporaine par le biais de la performance filmique. 

Définie comme "écriture théâtrale qui s’appuie sur un dispositif cinématographique en temps réel et à vue", la performance filmique "injecte dans le temps du cinéma le présent du théâtre", captant ainsi sur scène l’énergie éphémère du plateau de tournage. 

La performance cinématographique est présentée en avant-première à Annecy Bonlieu-scène Nationale du 7 au 10 novembre puis du 24 novembre au 21 décembre à l'Odéon-Théâtre de l’Europe de Paris. 




FESTEN : UN TEXTE DE MOGENS RUKOV, UN FILM DE THOMAS VINTENBERG, UNE PIÈCE DE CYRIL TESTE
Tout le monde a été invité pour les soixante ans du chef de famille. La famille et les amis se retrouvent dans le manoir d’Helge Hansen. Christian, le fils aîné de Helge, est chargé par son père de dire quelques mots au cours du dîner sur sa sœur jumelle, Linda, morte un an plus tôt. Tandis qu’au sous-sol tout se prépare avec pour chef d’orchestre Kim, le chef cuisinier et ami d’enfance de Christian, le maître de cérémonie convie les invités à passer à table. Personne ne se doute de rien quand Christian se lève pour faire son discours et révéler de terribles secrets.

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Network, D’après le script de Paddy Chayefsky, mise en scène Ivo Van Hove, National Theatre, Londres

Network, D’après le script de Paddy Chayefsky, mise en scène Ivo Van Hove, National Theatre, Londres | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Camellia Burows sur son blog : 

« I’m mad as hell and I can’t take it anymore » scande Howard Beale, invitant ses téléspectateurs à en faire de même en la jetant à la face du monde par leur fenêtre, dans Network film écrit par Paddy Chayefsky et mis en scène par l’incroyable Sidney Lumet. Network, film sublime d’intelligence, raconte ainsi la manipulation des médias, dans les années 70. Les dirigeants de la chaîne UBS alors qu’ils allaient remercier le charismatique Howard Beale pour ses services, décident de le maintenir en place. En effet, Beale a annoncé son suicide prochain en direct à cause de son licenciement. L’annonce provoque un raz de marée et bon nombre de téléspectateur s’entiche de ce présentateur. Il devient une figure majeure d’influence. On lui fabrique une émission sur mesure, au cours de laquelle entre transes prophétiques, insultes au capitalisme et plus largement à la société et jurons choquants, il fascine et pousse l’audience à la rébellion.

Lire sur le site d'origine :  https://camelliaburows.com/2017/11/17/network-dapres-le-script-de-paddy-chayefsky-mise-en-scene-ivo-van-hove-national-theatre-londres/

Adapté du film par Lee Hall, la mise en scène d’Ivo Van Hove offre ici une fabuleuse expérience au spectateur tout en conservant l’aspect prophétique du scénario. Tout est ainsi conçu pour le dérouter. Reprenant les grands aspects de l’intrigue, il l’actualise. Des spectateurs placés sur l’immense plateau dinent, rappelant la cours française au XVIIe sur scène, des écrans disséminés sur le plateau reflètent diverses images de la scène mais aussi mêlent années 70 publicités, et figures actuelles politiques, dont un géant en fond de scène, sur lequel se tient une partie de l’équipe technique, au centre un plateau type journal télévisé en rond de UBS, l’avant-scène se prolonge jusque dans le public et permet une avancée au sein des spectateurs, à l’image d’Howard Beale touchant des millions de personnes, ou de n’importe quel réseau social actuel, côté jardin, une salle entièrement vitrée, se métamorphose en loge ou salle de presse. Une fois encore une magnifique scénographie signée Jan Versweyveld qui, contrairement à d’autres mises en scène d’Ivo Van Hove comme celle d’Obsession que je n’ai pas chroniquée tant elle m’a déplu, ou encore celle d’Hedda Gabler, semble fonctionner et totalement justifiée.


Pléthore donc d’actions diverses à regarder sur le plateau, de mouvements qui perdent le regard du spectateur à la fois plongé dans l’intrigue et dans les écrans mais aussi accroché, et avec un certain voyeurisme, par le public installé sur scène. Les écrans renvoient sans doute ainsi la multitude de points de vue, à la démultiplication de l’information, d’images. Des actions scéniques par conséquent filmées en direct dont certaines (comme dans son magnifique Kings of war) sont renvoyées au hors-scène, l’une se déroule d’ailleurs sur les bords de la Tamise derrière l’une des entrées des coulisses du National Theatre rappellent fortement les téléréalités et autres manipulations médiatiques : sommes-nous alors à Londres ? New-York ou encore l’intemporalité du propos par son absence de référent temporel et situationnel. Jouant du fléau de la capacité actuelle à zapper et de la propagation de l’absence à maintenir une attention continue, Ivo Van use différents moyens pour nous projeter sur une scène saturée, emplie de médias diverses allant jusqu’à projeter des extraits de twitter préenregistrés par des futurs spectateurs devenus personnages hurlant à l’appel d’Howard Beale  » I’m mad as hell… ». La fusion réussie du multimédia et de la réalité de la scène dans cette satire de notre société est totale. Accentuée par certains aspect du script prophétique, et toujours d’actualité, dans lequel Chayefsky montre des personnages ambitieux, capable de tout pour faire de l’audience et même à utiliser des terroristes. Les spectateurs sur scène, qui se voient servis de trois plats pendant le spectacle, se retrouvent pointés du doigt comme les autres par Howard Beale face à leur inertie, leur absence d’engagement. La frontière entre réalité et théâtre se veut d’ailleurs partiellement abolie à telle point que le spectateur, voyeur, se laisse glisser imperceptiblement dans cette expérience hors norme.


Si la scénographie et la mise en scène virtuose d’Ivo Van Hove permettent de brouiller les frontières entre réel et spectacle, spectacle devenu réel, ou plutôt réalité actuelle devenue un théâtre improbable, l’omniprésence du personnage hautement théâtral d’Howard Beale, y est pour beaucoup. Et l’interprétation explosive et démentielle (dans tous les sens du terme) de Bryan Cranston en nouveau messie du petit écran également. Ainsi, le jeu précis de Cranston alterne entre enthousiasme chaleureux, comique incisif et glaçant, personnage terrifiant aux paroles lucides et insensées  à la fois, auxquelles le spectateur peut alléguer un fondement de vérité par référence au network actuel. Entre folie furieuse et accent de vérité, le visage d’Howard Beale apparaît inlassablement, face caméra, en gros plan, la figure congestionnée, buriné, contractée de colère, de prophétisme, haranguant les spectateurs devant un système oppressant. Mais la finesse de l’interprétation de Cranston réside dans l’effeuillage de l’humanité de son personnage qui n’est plus exclusivement un dément exploité par des cadres à but lucratif mais aussi un homme de conviction, accablé, et décidé à broyer la machine. Son jeu très physique n’altère en rien la délicatesse de l’homme brisé, pugnace qu’incarne Beale. Homme qui se débat contre le monstre télévisuel et, au-delà de cela, contre la farce de tout un système, façonné par la manipulation honteuse qu’exerce les médias, quels qu’ils soient, influençant notre façon de penser, nos croyances. Ce double jeu d’adresse, face caméra et public réel, permet à un Cranston envoûtant d’abolir petit à petit le quatrième mur jusqu’à se retrouver sur les genoux de spectateurs. Cette barrière franchie, l’expérience étourdissante se poursuit à l’image de nos vies inlassablement happées par différentes informations, images, idée, surgissant de toutes parts. La crudité des lumières blanches, bleuâtres puis des stroboscopes viennent accentuer la hargne du personnage, sa conviction prophétique contrebalançant des scènes plus intimes, à la lumière chaleureuse d’intrigues secondaires. Divers sons  résonnent également et désorientent l’audience : fourchettes des spectateurs, flashs infos, bande son.


 Howard Beale pointe du doigt notre déshumanisation progressive, derrière les multitudes d’écrans comme autant d’injonctions sur le que penser, que faire, des médias ; à l’image des autres personnages comme Diana, biberonnée aux émissions télévisuelles, personnage immoral et supposé glacial, ambitieux, incarné par dans cette pièce une Michelle Dockery bien peu convaincante, le directeur des informations, le brillant, Douglas Henshall qui se perd dans sa liaison avec Diana, ou encore Richard Cordery en PDG effrayant, obsédé par les chiffres et prêt à tout. Les intrigues secondaires se dissolvent rapidement au regard du drame humain d’Howard Beale même si elles ont toutes trait à celle du présentateur. A cela, il faut noter des touches comiques bienvenues qui enlèvent l’intrigue. Mais surtout le spectateur, devient complice de la supercherie et de la manipulation, jusqu’à l’inéluctable fin tragique.

Influencé lui-même par la scénographie, l’injonction à participer mais aussi dans les images livrées en pâture : Trump qu’il se surprend à huer, Obama à acclamer, le slogan qu’il reprend, les applaudissements commandés, le spectateur se regarde s’enfoncer insensiblement sur le terrain dangereux de ces manoeuvres médiatiques qui portent certains individus aux nues et dépouillent les autres de leur liberté de penser. Tout est mis à contribution vers cette tranquille descente et contemplation de lui-même. Longue mise en abyme du spectateur se regardant assister au spectacle, par le biais de la caméra et faire partie du spectacle. Mise en abyme de cette société de spectacle qui s’oublie et à laquelle nous participons tous, inapte à détourner notre regard de ce plateau. L’occasion de rappeler ce qui se profile derrière les diatribes de Beale, l’appel à être, à empêcher les marionnettistes assoiffés de biens de broyer notre humanité dans l’outil technologique, de nous abreuver d’inepties ou pires encore d’utiliser l’horreur, comme le terrorisme, pour nous maintenir dans une forme odieuse de spectacle, de nous endormir doucettement dans le divertissement, d’arrêter la machine à broyer tout individu  de rendement, incapable de faire de l’audimat dans ce cas-ci de poursuivre sa lancée. Tout comme Beale s’exclame : « I’m a human being, goddammit ! My life has value. »

Network, d’après le script de Paddy Chayefsky, adapté par Lee Hall.
Avec notamment Bryan Cranston, Michelle Dockery, Douglas Henshall, Richard Cordery.

Durée : 2h sans entracte.
Complet mais des retours sur le site et le friday rush permettent de trouver des billets : https://www.nationaltheatre.org.uk/shows/network

Scénographie et création lumières : Jan Versweyveld

Photo  by Jan Versweyveld
 

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Bérénice de Racine, par la Comédie-Française : un enregistrement radiophonique, dirigé par Eric Ruf  (nov 2017)

Bérénice de Racine, par la Comédie-Française : un enregistrement radiophonique, dirigé par Eric Ruf  (nov 2017) | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Titus, qui aimait passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu'on croyait, lui avait promis de l'épouser, la renvoya de Rome, malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire.


Une création France Culture et la Comédie-Française
Direction artistique : Eric Ruf
Réalisation : Blandine Masson et Christophe Hocké
Dramaturgie : Adrien Dupuis – Hepner
Conseillère littéraire Caroline Ouazana

Enregistrement en public de Bérénice de Racine avec les comédiens de la troupe de la Comédie-Française le mardi 31 octobre à 20h en public au Studio 104 de la Maison de la Radio
« Titus, qui aimait passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu'on croyait, lui avait promis de l'épouser, la renvoya de Rome, malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire.
Cette action est très fameuse dans l'histoire, et je l'ai trouvée très propre pour le théâtre, par la violence des passions qu'elle y pouvait exciter. […]
Le dernier adieu que [Bérénice] dit à Titus, et l'effort qu'elle se fait pour s'en séparer, n'est pas le moins tragique de la pièce, et j'ose dire qu'il renouvelle assez bien dans le cœur des spectateurs l'émotion que le reste y avait pu exciter. Ce n'est point une nécessité qu'il y ait du sang et des morts dans une tragédie ; il suffit que l'action en soit grande, que les acteurs en soient héroïques, que les passions y soient excitées, et que tout s'y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie.»
Extrait de la préface de Racine.

Avec la troupe de la Comédie-Française

Claude Mathieu (Phénice )
Michel Favory (Paulin)
Eric Génovèse (Titus)
Alain Lenglet (Arsace)
Clotilde de Bayser (Bérénice )
Clément Hervieu-Léger (Antiochus )  

Et
Adrien Dupuis-Hepner (Rutile, un académicien)

Claire Lefilliâtre : chant

Composition musicale originale
Nima Ben David : viole de gambe
Miguel Henri : Luth et Théorbe
Michèle Claude : percussions
Equipe de réalisation : Jean-Michel Bernot, Pierre Henry, Bastien Varigaud, Tahar Boukhlifa    Assistant à la réalisationFélix Levacher


Légende photo :  Gravure de Philippe Chery du costume de Bérénice, Bibliothèque des arts décoratifs• Crédits : DEA / G. DAGLI ORTI - Getty

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Dom Juan de Molière, mise en scène par Marie-José Malis

Dom Juan de Molière, mise en scène par Marie-José Malis | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte pour son blog Hottello



 Directrice de La Commune – Centre dramatique National d’Aubervilliers – que beaucoup de fidèles aimeraient voir intituler Théâtre de Jack Ralite, depuis la disparition de l’homme de culture et de convictions d’Aubervilliers -, Marie-José Malis offre une vision pertinente de la rencontre amoureuse dans le Dom Juan de Molière :

« Dom Juan se tient, au seul instant de la rencontre. Il est l’homme qui est entièrement disponible à la puissance de capture, de captation par l’autre, du désir de la femme qui est autre. Il s’en tient là… » Honorer l’aventure de la rencontre.

Dom Juan fait l’éloge de ce moment où la rencontre entre deux êtres advient, la puissance d’altération de l’un par l’autre : « Et après, il ne cherche pas à se rassurer ou à consolider ou à pérenniser ça par un discours amoureux, …un récit. »

L’amour se place d’emblée dans des hauteurs sublimes, composant ainsi une puissance existentielle majeure : il constitue l’être et lui fait mal à la fois. La passion n’est que fragments et parcelles dont on n’atteint jamais la dimension d’ensemble.

Il ne faut pas voir chez le héros éponyme de Molière, un Dom Juan à la Tirso de Molina : le « Burlador » sévillan, en espagnol, l’abuseur qui ment, trompe et séduit.

Non car, à chaque fois qu’il parle, « l’épouseur du genre humain » dit la vérité.

Dom Juan est « un homme qui est là pour dire qu’on peut aimer plusieurs femmes à la fois et qu’on peut fonder là-dessus une nouvelle éthique », hors de toute fidélité.

Un pas en avant par rapport à l’époque de Molière, une tension vers le temps futur.

Le mythe subversif est moderne – une utopie que les artistes convoquent régulièrement dans leur œuvre, tel Fassbinder à la fin du XX é siècle, inventant une vie selon le seul désir, sans rendre de comptes à quiconque – partenaire ou proche.

Et honorer la nature en soi – la jouissance -, selon un matérialisme philosophique pré-XVIII è, c’est se choisir une vie impossible de paria, quand bien même le séducteur se prévaut de rendre hommage à la dignité singulière de l’autre.

Ainsi, il se dédouane librement de tout méfait imposé au partenaire/adversaire, déclarant qu’il initie l’autre à la découverte de son propre désir – infini et humanité.

A côté, le déni tu de toute dimension sociale, morale ou religieuse.

Elvire et les paysannes Charlotte et Mathurine pourraient remercier le séducteur de les avoir révélées à elles-mêmes –enfin, consciences désirantes -, non lui en vouloir.

Le Pauvre – Amidou Berte – ne renie pas sa foi, il recèle une humanité que Dom Juan admire. Et quand Dom Louis, le père de Dom Juan, répète à l’indigne que « La naissance n’est rien où la vertu n’est pas », le libertin se défend de toute culpabilité, engageant plutôt sa déclamation sur l’hypocrisie des dévots, extraite du Tartuffe.

Le spectacle, qui dure près de cinq heures, est monté avec beaucoup de tact – une précaution et une précision d’horlogerie telles que le rythme, à la fin, s‘épuise.

Les comédiens fidèles de la troupe de Marie-José Malis sont au rendez-vous scénique. Sganarelle qu’interprète Olivier Horeau avec talent, humour et comique, reste le représentant d’une condition sociale subie qu’il analyse intelligemment.

Habillé en costume d’époque à l’espagnole, il retire et remet sa perruque, nullement dupe des jeux divers qui s’enclenchent autour de lui, presque lucide.

Son maître le siffle comme un chien – animal qui revient toujours sur ses pas. Juan Antonio Crespillo est le bellâtre attendu, désenchanté, mise soignée et quelques pas de flamenco rappellent à ses proches comme aux spectateurs quel seigneur il est.

Il fait preuve de prestance et de courage auprès des frères d’Elvire venus la venger.

Elvire – Sylvia Etcheto – , épouse outragée, reste naturellement digne, vêtue d’atours à la fois simples et majestueux, qu’elle soit en tenue d’équipage ou nonne retirée, elle œuvre au salut de son époux qu’elle n’abandonne jamais à l‘enfer.

Discourant et argumentant, elle ne se décourage guère, à la mesure de l’adversaire.

Les paysannes – Sandrine Rommel et Lou Chrétien- Février-, de même Pierrot – Victor Ponomarev -, comiques, donnent au drame une fraîcheur d’humour franc.

La scénographie s’amuse du bâtiment du théâtre – fonctionnement et accessoires.

Des rideaux aux plafonds de la scène et de la salle, s’ouvrent ou bien se ferment dans le bruit. Des toiles peintes se déroulent et s’enroulent pour signifier les décors.

Les cintres dans les hauteurs résonnent, s’abaissant ou bien se haussant ou encore adoptant une position oblique, telles les milles lances célestes qui menacent le libertin, à la façon d’une peinture italienne, La Bataille de San Romano de Uccello.

Quant au tombeau du Commandeur, blanc et représentant le portrait du dignitaire, il paraît loufoque et cocasse, ludique et accessoire, atténuant sa dimension tragique.

Rythme lent, parler méthodique et dialectique qui fait sonner le verbe, pauses longues et silences qui tardent, musiques lointaines comme des vagues sonores enivrantes, personnages statufiés et sculptés, déplacements significatifs des figures depuis le lointain jusqu’au proscenium qui jouxte le public, descentes et remontées des quelques marches qui séparent la salle de la scène, la représentation théâtrale invite le public à la regarder, les yeux dans les yeux, et à la suivre dans son projet.

Un beau mouvement d’ensemble, si ce n’est que la dernière partie, après la dégustation de gâteaux offerte aux spectateurs, n’est plus tenue ni tendue, se délitant : Sganarelle est prisonnier d’un rouleau de papier toilette dont il ne sait pas se défaire – farce oblige – et Dom Juan fait le beau en posant, sans plus s’imposer.

Scène et salle se lassent, attendant dans un épuisement relatif une fin qui ne vient.

Véronique Hotte

La Commune – centre dramatique national Aubervilliers, 2 rue Edouard Poisson 93300, du 16 au 29 novembre. Tél : 01 48 33 16 16


Légende photo  Dom Juan de Molière, mise en scène par Marie-José Malis Crédit photo : Willy Vainqueur

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Marie-José Malis : "Etre hérétique, subversif, c'est le travail des intellectuels depuis Socrate"

Marie-José Malis : "Etre hérétique, subversif, c'est le travail des intellectuels depuis Socrate" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Sur le site de France Culture


Pour ouvrir le programme d'archives de sa "Nuit Rêvée", la metteuse en scène Marie-José Malis a réuni Klaus Michael Grüber, le génie fou d'Hölderlin, Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville, et Tadeusz Kantor. Dans ce premier entretien elle commente ces choix.

Ecouter l'entretien (45mn) : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/la-nuit-revee-de-marie-jose-malis-entretien-13



Pour le programme d'archives de sa Nuit Rêvée, la metteuse en scène Marie-José Malis a réuni Jacques Lacan, avec une introduction d'Alain Badiou, le génie fou d'Hölderlin, Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville, deux figures mythiques du théâtre - Tadeusz Kantor et Klaus Michael Grüber - et le tout aussi mythique Fernandel. 

Marie-José Malis a voulu également que nous soient racontées l'histoire de l'immigration espagnole dont elle-même est une enfant et, comme en écho, la condition des immigrés d'aujourd'hui venus de l'Afrique subsaharienne. Elle a choisi aussi de revenir sur le meurtre de Pierre Overney, tué en plein cœur de la balle  d'un vigile de la Régie Renault en 1972. Ce programme, qui mêle aux destinées des plus déshérités, des plus fragiles, d'hier et d'aujourd'hui, les voix d'artistes, de poètes et d'intellectuels parmi les moins soumis, est sans doute à l'image de celle pour qui il ne peut être question de s'accommoder du monde tel qu'il est. "Mon intention n’est pas de le diviser. Je ne suis pas arrogante. Mais je suis prête à payer le prix de cette division " dit-elle.  

Elle explique :

D'abord les nouveautés de la pensée, comme les nouveautés de l'art, provoquent des réactions qui leur sont contraires et ce que l'on appelle une division, un clivage. Cela me parait la moindre des choses et au fond je crois même que c'est la malédiction des intellectuels que de ne pas l'envisager comme la moindre des choses, et d'être apeurés à l'idée de diviser. Cela est un enseignement que je tiens de Pasolini, qui considérait qu'être hérétique, subversif, la belle affaire, c'est le travail des intellectuels depuis Socrate.

S'il est arrivé que ses mises en scène divisent, faut-il s'en étonner ? Diviser, n'est-ce pas souvent le lot de ceux qui ont l'ambition de rassembler ? Avec la volonté, fièrement revendiquée, d'y défendre un théâtre "pour tous" porté par les plus hautes exigences, Marie-José Malis a pris en 2014 la direction du théâtre de La Commune d'Aubervilliers. Cette Nuit en sa compagnie est l'occasion de mieux cerner ce que peut être aujourd'hui ce "pour tous" du théâtre. Par elle, qui croit "à l’égalité de tous devant la beauté", l'occasion d'entendre ce qu'est le sens de la mission qu'elle s'est donnée : faire, ou refaire, du théâtre de La Commune "un théâtre comme seul lieu public constituant qu’il nous reste". Après Hypérion d'Hölderlin et La Volupté de l'Honneur de Pirandello, Marie-José Malis nous dit ici en quoi monter à présent le Dom Juan de Molière est pour elle "une décision étrange et bouleversante". 

Ecouter la 2ème partie de l'entretien https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/la-nuit-revee-de-marie-jose-malis-entretien-23-1ere-diffusion-19112017 ,


 la dernière.

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/la-nuit-revee-de-marie-jose-malis-entretien-33

Par Albane Penaranda
Réalisation : Virginie Mourthé
Avec la collaboration de Hassane M'Béchour
Indexation web : Sandrine England, Documentation Sonore de Radio France


Légende photo : Dom Juan, répétition, mise en scène de Marie-José Malis• Crédits : @ Willy Vainqueur

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

La 7eme fonction du langage - Journal La Terrasse

La 7eme fonction du langage - Journal La Terrasse | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Agnès Santi dans La Terrasse


Avec un trio de comédiens affûtés et remarquablement dirigés, Sylvain Maurice porte à la scène le roman de Laurent Binet et donne pleins pouvoirs à la fonction performative du langage théâtral.

Le 25 février 1980, à quelques pas du Collège de France où il enseigne, Roland Barthes est renversé par une camionnette. Il mourra un mois plus tard. A partir de ce fait réel, Laurent Binet a imaginé un polar drôle et captivant, transformant l’accident en assassinat motivé par une lutte sans merci pour récupérer une mystérieuse 7e fonction du langage. L’enquête est confiée au commissaire Bayard, qui réquisitionne un jeune chargé de TD à la fac de Vincennes, Simon Herzog, pour ses compétences en sémiologie. Le policier a en effet besoin d’un « traducteur pour toutes ces conneries ». Sylvain Maurice confie avoir beaucoup ri en lisant le roman, et son adaptation scénique restitue formidablement l’intelligence alerte et l’humour tranchant du roman. Au théâtre, dire, c’est faire, et la mise en scène donne ainsi pleins pouvoirs au langage théâtral ! Agrémenté par des panneaux coulissants et des projections d’images figurant les lieux, le jeu tout en nuances et soigneusement rythmé des trois comédiens donne corps au récit théâtral, à la manière vive et haletante d’une bande dessinée animée avec maestria. Le metteur en scène structure et resserre l’intrigue autour du duo formé par le flic et le sémiologue, le « vieux baraqué, style Lino Ventura », plutôt réactionnaire, et le « jeune maigrichon », dégoûté par le pouvoir mais « sensible aux propositions ludiques de l’existence. »

Un polar théâtral ludique et haletant

Manuel Vallade est absolument remarquable dans le rôle du jeune anthropologue, de même que Pascal Martin-Granel dans celui de Bayard (et du malheureux Philippe Sollers…). Constance Larrieu interprète avec une parfaite aisance et un talent aiguisé quelques figures du monde intellectuel des années 1970 et 1980, dont le « grand chauve » Michel Foucault, Julia Kristeva ou Umberto Eco, alors que se profile l’élection présidentielle de 1981. L’intrigue se réfère aussi à Jacques Derrida ou John Searle, et surtout au linguiste Roman Jakobson. Jouée en direct par Manuel Peskine (qui a composé la partition) à cour et Sébastien Lété à jardin, la musique galvanise et pimente l’ensemble. L’enquête haletante nous entraîne depuis Paris jusqu’à Bologne, Ithaca – de l’université au cimetière -, et Venise, en passant par le Logos Club dirigé par le grand Protagoras, club ésotérique très fermé où se lancent de redoutables défis d’éloquence (exemple de sujet : « on forcène doucement »). Au-delà de l’aspect ludique fondamental, se dessine dans cette pièce une réflexion sur l’articulation entre communication et pensée, sur la question des utopies, qui concerne différemment le monde intellectuel et le monde politique. Il faut avouer que cette image d’une foule (provisoirement) heureuse le 10 mai 1981 laisse songeur. Comment réinventer le politique ? Quels sont en ce début de XXIème siècle nos grands hommes, ou nos grandes femmes ? Quelles sont les pensées qui nous enchantent, loin de l’hystérie désinhibée des réseaux sociaux et du buzz permanent ? Ce qui est sûr, c’est que Sylvain Maurice et son équipe prouvent ici la vitalité joyeuse de la fonction performative du théâtre.

Agnès Santi


A PROPOS DE L'ÉVÉNEMENT

La 7ème fonction du langage
du Mercredi 8 novembre 2017 au Samedi 25 novembre 2017
Théâtre de Sartrouville
Place Jacques-Brel, 78500 Sartrouville.
Du 8 au 25 novembre à 20h30, sauf jeundi à 19h30 et samedi à 18h. Relâche dimanche, et le 11 novembre. Tél. 01 30 86 77 79. Durée : 1h30. www.theatre-sartrouville.com Dès 14 ans.


Comédie de Béthune, Le Palace, 138 rue du 11 novembre, 62400 Béthune. Du 12 au 15 décembre à 20h sauf le 14 à 18h30. Tél : 03 21 63 29 19. Durée : 1h30. Dès 14 ans. Spectacle vu au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, Centre Dramatique National, en novembre 2017. Egalement au Théâtre Dijon-Bourgogne – CDN, du 20 au 23 mars 2018, à l’Espace des Arts – Scène nationale à Chalon-sur-Saône, les 27 et 28 mars 2018.

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

La septième fonction du langage, d'après le roman de Laurent Binet,  mise en scène Sylvain Maurice

La septième fonction du langage, d'après le roman de Laurent Binet,  mise en scène Sylvain Maurice | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Stéphane Capron dans Sceneweb


Le roman de Laurent Binet, La 7ème fonction du langage a été l’un des succès de la rentrée littéraire 2016 couronné par le prix Interallié . La pièce mise en scène par Sylvain Maurice et créée au CDN de Sartrouville est tout autant passionnante.

Le philosophe Roland Barthes a-t-il été victime d’un meurtre en 1980 lorsqu’il a été renversé par une voiture en sortant d’un déjeuner avec François Mitterrand ? C’est la thèse iconoclaste de la fiction romanesque imaginée par Laurent Binet. Sylvain Maurice a choisi une forme de cabaret moderne avec la présence des musiciens Sébastien Lété et Manuel Peskine pour raconter cette farce politique. Une riche idée qui donne encore plus de nerf et de tempo à cette histoire rocambolesque.

Elle est narrée sur scène par trois comédiens qui multiplient les rôles. Manuel Vallade (impérial, on l’a rarement vu aussi bien dirigé) incarne Simon, étudiant en sémiologie entraîné bien malgré lui dans cette enquête par le commissaire Jacques Bayard (Pascal Martin-Granel qui campe également un Philippe Sollers irrésistible). Constance Larrieu est impressionnante dans sa faculté de passer du personnage de Michel Foucault à celui d’Umberto Eco. Car cette enquête pour tenter de percer le mystère de la mort de Roland Barthes est un voyage où l’on croise des philosophes, des politiques et des écrivains dans le Paris de la France des années 80 qui s’apprête à basculer à gauche.

La mise en scène de Sylvain Maurice est haletante, elle est perpétuellement en mouvement. La beauté et la richesse des images vidéo de Renaud Rubiano, ainsi que le très belle scénographie d’Eric Soyer contribuent à donner du rythme à cette course effrénée vers la vérité qui nous fait traverser l’Atlantique à la recherche de ce fameux document qui aurait causé la mort de Roland Barthes. Les joutes verbales au Logos Club sont envoûtantes et à mourir de rire, notamment la scène d’émasculation de Philippe Sollers qui est aussi drôle que dans le roman. Sylvain Maurice a même réussi à convaincre Jack Lang d’apporter sa contribution à ce spectacle encore plus truculent que le roman de Laurent Binet qui était déjà un vrai délice.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

La 7e Fonction du langage
d’après le roman de Laurent Binet
adaptation et mise en scène Sylvain Maurice
avec Constance Larrieu, Sébastien Lété, Pascal Martin-Granel, Manuel Peskine, Manuel Vallade
musique Manuel Peskine
scénographie et lumière Éric Soyer
vidéo Renaud Rubiano
costumes Marie la Rocca
assistanat mise en scène Nicolas Laurent
régie générale Rémi Rose
La Septième Fonction du langage a reçu le Prix Interallié © éditions Grasset
production Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN
coproduction Comédie de Béthune – CDN Hauts-de-France
Espace des Arts – Scène nationale, Chalon-sur-Saône
MA – Scène nationale, Pays de Montbéliard
Durée: 1h35

Création Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN du 8 au 25 novembre 2017
du 12 au 15 décembre / Comédie de Béthune / CDN Hauts-de-France
du 20 au 23 mars / Théâtre Dijon Bourgogne / CDN
27 et 28 mars / Espace des Arts / Scène nationale / Châlon-sur-Saône


Légende photo : Manuel Vallade et Constance Larrieu © Elizabeth Carecchio

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Discurso de Angélica Liddell, Caballero de las Artes y de las Letras | La uña Rota

Discurso de Angélica Liddell, Caballero de las Artes y de las Letras | La uña Rota | Revue de presse théâtre | Scoop.it

PUBLICADO EN INSTITUT FRANÇAIS


Angélica Liddell recibe las insignias de Caballero de la Orden las Artes y las Letras
 
El 15 de noviembre de 2017, el embajador de Francia en España, don Yves Saint-Geours, concedió las insignias de Caballero de las Artes y de las Letras a la escritora, directora y actriz española Angélica Liddell, en la Residencia de Francia en Madrid.

En su discurso, el embajador elogió a Angélica Liddell por su carrera: varios de sus libros se tradujeron al francés y su obra fue premiada en varias ocasiones (recibió por ejemplo el Premio Nacional de Literatura Dramática en 2012). Francia quiso honrar el trabajo «de una autora y creadora cuya contribución literaria y artística nos parece esencial», como declaró el embajador de Francia.

 

DISCURSO DE ANGÉLICA LIDDELL

 
«Ha sido en los teatros franceses donde he podido gozar de los momentos más hermosos de mi vida, no solo de mi profesión, sino de mi vida. Las cinco obras estrenadas en el Festival de Aviñón, (ningún escenario más bello que el Claustro de los Cármenes), las cuatro obras estrenadas en el Teatro del Odeón de Paris. Amo Aviñón por encima de todas las cosas, amo el teatro del Odeón de París por encima de todas las cosas. Cómo no recordar también ese Ricardo III que estrené en una pequeña sala española para ocho personas y culminó su existencia en los Campos Elíseos, en el teatro del Rond Point, como le corresponde a un Ricardo III, tal vez para avisar del peligro de esos bufones siniestros que aspiran ferozmente al poder. Si digo que amo el teatro, tengo que decir que amo Aviñón y amo París, con toda la complejidad, las aristas y las contradicciones del amor, hasta llegar incluso al suicidio estético, a la inmolación. Si no volviera a hacer teatro nunca más, si no volviera a trabajar nunca más en Francia,  me daría por satisfecha con esos cinco años apasionantes, con esa pelea fabulosa entre Los caprichos de Goya y El columpio de Fragonard, como si una horda de monstruos negros danzaran epilépticos alrededor de la pareja que retoza en el jardín, esos cinco años donde he intentado introducir los sudores del alma teresiana en el corazón mismo del racionalismo, cinco años donde marché acompañada por un precioso ejército de actores a una fragorosa batalla, una guerra inolvidable en busca de la belleza.  De esas peleas ha surgido el diálogo más emocionante, intenso y vivificante que he podido experimentar jamás, a veces inevitablemente doloroso. 
 
«Gracias a todos los teatros franceses que le abrieron sus puertas a una sombra. Intentaré devolver el valor de este reconocimiento redoblando el amor, el trabajo y el sacrificio, tres actos de fe sin los cuales no existiría la misa escénica. Y puesto que entregar la vida es entregar muy poco, le entregaré a Francia mis cenizas, que es la materia de la que está hecho el arte oscuro de los herejes. Si hubiese una hoguera para mí, quiero ser Juana.» 
 
 Angélica Liddell
 
15 de noviembre de 2017
Residencia de Francia en Madrid 

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Denis Podalydès : "Tout acteur doit savoir rater de façon à laver le corps et l’esprit de tout ce qu’il sait faire"

Denis Podalydès : "Tout acteur doit savoir rater de façon à laver le corps et l’esprit de tout ce qu’il sait faire" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Entretien avec Arnaud Laporte dans le cadre de ses "masterclasses" sur France Culture 


Acteur, metteur en scène, scénariste, écrivain et sociétaire de la comédie Française, Denis Podalydès livre tout au long de cette masterclasse les secrets de fabrication liés à son parcours artistique.

A écouter en ligne suivant ce lien (1h00)  https://www.franceculture.fr/emissions/les-masterclasses/denis-podalydes-tout-acteur-doit-savoir-rater-de-facon-a-laver-le-corps-et-lesprit-de-tout-ce-quil

Extrait de ses propos :


Chez moi le théâtre avait une fonction ludique pour faire le clown, faire l’intéressant.

Le métier d’acteur est un métier fondamentalement passif.

Il faut savoir diriger l’acteur sans lui mâcher le travail.

Quand un metteur en scène demande à un acteur s’il veut prendre un café, c’est très mauvais signe.

Il n’y a pas de grands acteurs sans un autre regard qui vous juge ou vous critique.

Le théâtre c’est physique et le cinéma c’est nerveux.

Les acteurs qui m’ont fasciné quand j’étais adolescent c’étaient ceux qui donnaient aux mots une qualité matérielle.

France Culture lance un grand projet inédit en France : une collection de master-classes avec quarante personnalités majeures de la création culturelle dans tous les domaines : littérature, cinéma, arts de la scène, arts plastiques, architecture… Nous entrerons dans l'atelier de fabrication intime des artistes, qui nous expliqueront de façon très concrète comment elles/ils travaillent, de l'idée de départ jusqu'à la finalisation d'une œuvre. Une entreprise collective qui a pour vocation de constituer une collection d’entretiens de référence sur la culture.

Coordonnées par Arnaud Laporte, enregistrées durant l’année, en public ou en studio, les quarante premières productions de cette ambitieuse collection seront diffusées à l’été 2017.

Intervenants

Denis Podalydès
Acteur, metteur en scène, scénariste et écrivain français, sociétaire de la Comédie-Française
Arnaud Laporte


Légende photo Denis Podalydès• Crédits : ROMAIN LAFABREGUE - AFP

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

La Volksbühne, du théâtre à l’événementiel

La Volksbühne, du théâtre à l’événementiel | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Nathalie Versieux dans Letemps.ch


Une nouvelle saison vient de débuter au légendaire théâtre berlinois. Son nouvel intendant, l’ancien patron de la Tate Modern Chris Dercon, y dévoile un spectacle entre art et théâtre qui suscite de vives critiques

Deux années de haine, de diffamation, de contre-campagnes, de manifestations, et même une occupation des locaux… Les deux dernières saisons ont été éprouvantes pour la Volksbühne, l’un des théâtres mythiques de Berlin. En 2015, la municipalité avait annoncé le départ pour 2017 de son légendaire directeur artistique: Frank Castorf, qui s’était illustré par ses mises en scène provocantes et sa participation à de nombreux festivals internationaux, était prié de rendre les clés après vingt-cinq années passées à la tête de «son» théâtre. Encensé par les uns, décrié par les autres, Castorf ne parvenait plus ni à se renouveler ni à mobiliser son public.

Le choix de son successeur, le Belge Chris Dercon, qui dirigeait jusqu’alors la Tate Gallery of Modern Art de Londres, a donné lieu à une polémique d’une rare violence. La présentation le week-end dernier de Samuel Beckett/Tino Sehgal, son premier spectacle, très contesté, ne risque guère d’apaiser les débats. Le public, déconcerté, est promené de salle en salle, sur les traces de Beckett et de l’artiste plasticien germano-britannique Tino Sehgal. Le spectacle débute avec l’extinction des feux, dans un vacarme techno assourdissant, et l’interminable descente – dix minutes! – du lustre de la salle principale, au-dessus des têtes des spectateurs assis à même le sol.

Le sensationnel avec l’exigence


Cette descente terminée, tout le monde se relève pour se promener, bière à la main, dans le foyer de l’édifice, à la rencontre de l’œuvre de Sehgal. Une heure et demie plus tard, retour au parterre face à la scène, équipé cette fois de fauteuils. L’heure est enfin au théâtre avec trois courtes scènes de Beckett. Les deux premières sont inaudibles. Sur scène, on ne voit que la bouche peinte en rouge et surdimensionnée de l’actrice Anne Tismer sur écran géant. De la troisième scène on ne voit rien, mais cette fois les micros sont branchés.

«Une soirée plus qu’étrange, résume le magazine Cicero, qui nous fait nous demander à quoi sert le théâtre…» Le début de saison de Chris Dercon donnerait raison à tous les sceptiques, pour qui l’arrivée de cet homme des musées à la tête de la Volksbühne annoncerait une «ère nouvelle, faite d’événementiel et de sensationnel», au détriment de l’exigence artistique.


On est en tout cas à l’opposé du théâtre de Castorf. Petit retour en arrière: Castorf, un ancien cheminot de l’ex-RDA reconverti dans le théâtre, à la tête de différentes scènes de province, fait rapidement connaissance avec le système de répression du régime communiste, sanctionné notamment pour une mise en scène de Bertolt Brecht en 1984. Il passe alors à l’Ouest, où il entame une carrière aussi prodigieuse que contestée.

En Suisse, sa version de Guillaume Tell de Schiller, à l’occasion du 700e anniversaire de la Confédération, provoque un vaste scandale, notamment à cause de parallèles osés entre la Confédération et la RDA. Quelques années plus tard, en 1998, il fera un retour très remarqué à Bâle avec Otello, sa première mise en scène d’un opéra. Couronné de nombreux prix, il ne parvient toutefois pas à enrayer le déclin de la Volksbühne. C’est d’ailleurs lui qui avait le premier décidé de supprimer des sièges «pour cacher le fait que le théâtre était loin d’être plein», comme l’explique une actrice qui a longtemps travaillé avec lui.

«Césure irréversible»
«Il était clair que la transition de Castorf à Dercon serait compliquée», estime le quotidien Noz. De fait, plusieurs acteurs de premier plan, dont Sophie Rois, Martin Wuttke ou Birgit Minichmayr, quittent la troupe de la Volksbühne après la diffusion d’une lettre ouverte dans laquelle ils dénoncent «une césure irréversible dans l’histoire du théâtre moderne» et l’avènement d’une «culture globale du consensus et de l’événementiel» axée sur une logique de pure commercialisation. En septembre, un collectif d’artistes indépendant avait occupé les lieux pendant plusieurs jours pour protester contre les «dérives» de la politique culturelle de la ville.

Le choix de Dercon pour succéder à Castorf inquiète à Berlin, à l’heure où un autre intendant de renom, Claus Peymann, doit prochainement quitter la tête d’une autre scène légendaire de la ville, le Berliner Ensemble.

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Margot de Christopher Marlowe dans la mise en scène de Laurent Brethome

Margot de Christopher Marlowe dans la mise en scène de Laurent Brethome | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Stéphane Capron dans Sceneweb

Laurent Brethome s’attaque à un monument oublié du répertoire, Massacre à Paris, la pièce de Christopher Marlowe rarement montée. Patrice Chéreau l’avait mise en scène en 1972 au TNP de Villeurbanne bien avant son film Margot. Laurent Brethome s’empare de ce texte avec gourmandise.

Une trentaine de spectateurs sont invités à prendre place sur la scène dans des gradins et trinquent au mariage entre Henri III, roi de Navarre (futur Henri IV, roi de France) et Marguerite de France. Les Valois et les Bourbons célèbrent leur alliance avant que le sang ne coule à Paris, nous somme le 18 août 1572, quelques jours avant la tentative d’assassinat de Coligny, événement déclencheur de la nuit de la Saint-Barthélemy. Les protagonistes sont présentés un à un au public, pour que chacun puisse se rafraîchir la mémoire et suivre cette page tragique de l’histoire de France.


Laurent Brethome s’est lancé dans une production gigantesque, avec 16 comédiens au plateau, une centaine de costumes, et un texte inachevé de Christopher Marlowe dont il demandé à Dorothée Zumstein de réaliser une nouvelle traduction. Elle a écrit un monologue additionnel pour Margot – rôle minimisé chez Marlowe qui s’intercale entre les deux parties. Un texte d’une poésie incroyable avec une phrase qui revient comme une rengaine plusieurs fois : « J’avance vers vous depuis ma nuit. Le cuir de mes nouvelles semelles colle au sol ». Margot, observatrice comme les spectateurs du drame sanguinaire et des intrigues politiques qui se trament autour d’elle livre ses réflexions humanistes. Un moment de grâce et de raison au cœur d’une pièce rondement menée dans la plus pure tradition du théâtre élisabéthain.

La mise en scène est d’une richesse inouïe. On ne s’ennuie pas une minute, on est pris par l’action, de ce polar politique comme dans les meilleurs séries télé du moment. C’est épique, burlesque et sexuel. Henri d’Anjou (excellent Fabien Albanese) donne rendez-vous à ses mignons dans un hammam gay. Pendant la Saint-Barthélemy, des dizaines de paires de chaussures tombent sur le sol. Les exécutions sont sanglantes, sans être gores. Les comédiens – tous très bien dirigés – virevoltent dans des ballets réglés au millimètre. Un spectacle digne d’une production d’un Centre Dramatique National, porté par une compagnie indépendante. Chapeau !

Monter ce texte aujourd’hui fait sens, au moment où des fanatiques utilisent l’islam comme arme de guerre, il est bon de se rappeler que des catholiques ont voulu rayer de la carte une autre religion au 16ème siècle. A la fin du spectacle on a envie de connaître la suite de l’histoire pour une deuxième saison que Christopher Marlowe n’a pas malheureusement pas écrite mais dont la plume de Dorothée Zumstein pourrait se charger….

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Margot


Texte Christopher Marlowe
Traduction inédite et textes additionnels Dorothée Zumstein
Mise en scène Laurent Brethome
Avec
Fabien Albanese, Florian Bardet, Heidi Becker-Babel, Maxence Bod, Vincent Bouyé, Dominique Delavigne, Leslie Granger, Antoine Herniotte, François Jaulin, Thierry Jolivet, Julien Kosellek, Clémence Labatut, Denis Lejeune, Nicolas Mollard, Savannah Rol, Philippe Sire
Assistante à la mise en scène Clémence Labatut
Créateur lumière David Debrinay
Créateur sonore Jean-Baptiste Cognet
Scénographe et costumier Rudy Sabounghi
Dramaturge Catherine Ailloud-Nicolas
Direction technique Gabriel Burnod
Conseiller circassien Thomas Sénecaille
Vidéaste Adrien Selbert
Assistante répétition Nina Orengia
Stagiaire mise en scène Elise Rale
Le texte “Massacre à Paris » de Christopher Marlowe dans la nouvelle traduction de Dorothée Zumstein est édité chez Les Nouvelles Editions Jean-Michel Place



PRODUCTION
Production LMV-Le menteur volontaire
Le menteur volontaire est en convention avec le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Pays de la Loire, la Ville de La Roche-sur-Yon et le Conseil régional des Pays de la Loire. Il reçoit également le soutien du Conseil général de Vendée.
Coproduction Le Grand R, scène nationale de La Roche-sur-Yon, Théâtre Jean Arp, scène conventionnée de Clamart, Célestins Théâtre de Lyon, Le Grand T – Théâtre de Loire Atlantique, Scènes du Golfe – Théâtres Arradon-Vannes, Scène nationale d’Albi, Scènes de Pays dans les Mauges, scène conventionnée.
Avec l’aide : du FIJAD (Fond d’Insertion pour Jeunes Artistes Dramatiques)
Avec le soutien de : le Conservatoire de Lyon, l’École de Cirque de Lyon, la Communauté Emmaüs



1ère partie 55 minutes


2ème partie 1h30

jeudi 9 novembre – 20h30 – Création – Scène Nationale d’Albi
vendredi 10 novembre – 20h30 – Scène Nationale d’Albi
mardi 14 novembre – 20h30 – Théâtre Jean Arp, Clamart
mercredi 15 novembre – 20h30 – Théâtre Jean Arp, Clamart
jeudi 16 novembre – 19h30 – Théâtre Jean Arp, Clamart
vendredi 17 novembre – 20h30 – Théâtre Jean Arp, Clamart
samedi 18 novembre – 20h30 – Théâtre Jean Arp, Clamart
dimanche 19 novembre – 16h – Théâtre Jean Arp, Clamart
mardi 21 novembre – 20h30 – Théâtre Jean Arp, Clamart
mercredi 22 novembre – 20h30 – Théâtre Jean Arp, Clamart
jeudi 30 novembre – 20h30 – Le Grand R, Scène nationale de La Roche sur Yon
vendredi 1er décembre – 20h30 – Le Grand R, Scène nationale de La Roche sur Yon
lundi 11 décembre – 14h – Scène de Pays dans les Mauges, Beaupreau
mardi 12 décembre – 20h – Scène de Pays dans les Mauges, Beaupreau
vendredi 12 janvier – Scènes du Golfe, Théâtre Arradon-Vannes
mercredi 17 janvier – 20h – Célestins, Théâtre de Lyon
jeudi 18 janvier – 20h – Célestins, Théâtre de Lyon
vendredi 19 janvier – 20h – Célestins, Théâtre de Lyon
samedi 20 janvier – 20h – Célestins, Théâtre de Lyon
dimanche 21 janvier – 16h – Célestins, Théâtre de Lyon
mardi 23 janvier – 20h – Célestins, Théâtre de Lyon
mercredi 24 janvier – 20h – Célestins, Théâtre de Lyon
vendredi 26 janvier – Château rouge, Annemasse
samedi 27 janvier – Château rouge, Annemasse
mercredi 30 mai – Le Trident, Scène nationale de Cherbourg-Octeville
jeudi 31 mai – Le Trident, Scène nationale de Cherbourg-Octeville


Légende photo :  ® Philippe Bertheau

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Jusque dans vos bras : la nouvelle création des Chiens de Navarre 

Jusque dans vos bras : la nouvelle création des Chiens de Navarre  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Stéphane Capron dans Sceneweb

C’est l’un des collectifs les iconoclastes de la scène française : Les Chiens de Navarre. Leurs spectacles sont toujours très attendus par le public. Le dernier opus, créé aux Nuits de Fourvière à Lyon avant une grande tournée, est une comédie burlesque sur la notion d’identité française qui s’inspire beaucoup de l’actualité.

Le public est invité à tirer avec une corde une embarcation de migrants pour les sauver de la noyade, sur la musique du générique d’Interville. Faire de cette tragédie humaine, une épreuve d’un jeu télévisé, est un acte osé pour Jean-Christophe Meurisse qui utilise le rire pour exorciser l’horreur. Une prouesse.

Une veuve pleure son mari, policier, le cercueil recouvert d’un drapeau bleu blanc rouge, lors d’obsèques qui se transforment en pugilat drolatique (on pense au film Entracte de René Clair et d’Erik Satie). Un pique-nique entre amis se transforme en bataille rangée ; chacun y va de son petit couplet sur le thème, « Vous me connaissez, je ne suis pas raciste », pour finalement jeter son dévolu sur telle ou telle minorité avant que la discussion ne prenne un ton plus politique et ne s’enflamme au sujet de Macron et de la déroute du Parti Socialiste.

On ne va pas tout dévoiler de cette saga burlesque qui dépeint la France d’aujourd’hui, car comme à son habitude le spectacle va évoluer au fil des mois et se transformer. Mais avec une troupe recomposée, certains membres fondateurs sont partis momentanément pour faire du cinéma, il n’a pas à rougir des précédents. Jean-Christophe Meurisse a déniché de nouvelles perles dont Alexandre Steiger que l’on a souvent déjà apprécié dans les mises en scène de Jacques Osinski.

Sur le plateau on croise, Brahim un général de Gaulle de 2m46 (le deuxième homme le plus grand du monde qui chausse du 58), une Marie-Antoinette sanguinolente et vampirisée, un pape noir, une Jeanne d’Arc en quasimodo échappée du Puy du Fou, deux astronautes sur la lune, et bien d’autres surprises…

Jusque dans vos bras est une grande bouffée d’oxygène irrévérencieuse qui analyse la société française et ose faire rire avec des sujets polémiques : le racisme, les juifs, les homosexuels, les migrants. Il y a beaucoup de l’esprit de Desproges et de Hara-kiri, mais avec les codes théâtraux du 21ème siècle.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Jusque dans vos bras
Les Chiens de Navarre
Mise en scène : Jean-Christophe Meurisse
Avec : Caroline Binder, Céline Fuhrer, Matthias Jacquin, Charlotte Laemmel, Athaya Mokonzi, Cédric Moreau, Pascal Sangla, Alexandre Steiger, Maxence Tual, Adèle Zouane.
Collaboration artistique : Amélie Philippe
Régie générale et création lumière : Stéphane Lebaleur
Assistante à la régie générale : Murielle Sachs
Création et régie son : Isabelle Fuchs
Régie son : Jean-François Thomelin
Régie plateau : Flavien Renaudon
Décors : François Gauthier-Lafaye
Création costumes : Elisabeth Cerqueira
Direction de production : Antoine Blesson
Administration de production : Emilie Leloup
Chargée de production : Léa Couqueberg
Attaché d’administration et de production : Allan Périé
Photographie : © J.C Meurisse, © Ph. Lebruman
Production : Chiens de Navarre
Coproduction : Nuits de Fourvière – Lyon, Théâtre Dijon Bourgogne – centre dramatique national, Théâtre de Lorient – centre dramatique national, Scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise – L’apostrophe, scène nationale du Sud-Aquitain – Théâtre de Bayonne, Théâtre du Gymnase – Les Bernardines – Marseille, Le Volcan – scène nationale du Havre, La Filature – scène nationale de Mulhouse.
Avec le soutien à la création de la Villette – Résidences d’artistes 2016, des Plateaux Sauvages – Etablissement culturel de la Ville de Paris, de la Ferme du Buisson – scène nationale de Marne-la-Vallée et du T2G Théâtre de Gennevilliers.
Les Chiens de Navarre sont soutenus par la DRAC Île-de-France – ministère de la Culture et de la Communication et la Région Île-de-France.
Durée: 1h30

Nuits de Fourvière 2017
Odéon
Mercredi 7 Juin, 21h30
Jeudi 8 Juin, 21h30
Vendredi 9 Juin, 21h30
Samedi 10 Juin, 21h30
Dimanche 11 Juin, 21h30

Du 13 au 14 octobre 2017 Le Chanel – scène nationale de Calais
Du 17 au 19 octobre 2017 L’Hippodrome – scène nationale de Douai
Du 7 novembre au 2 décembre 2017 Théâtre des Bouffes du Nord, Paris
Du 7 au 8 décembre 2017 hTh, Montpellier
Du 12 au 23 décembre 2017 Théâtre Dijon-Bourgogne – centre dramatique national
Du 10 au 13 janvier 2018 Théâtre Sorano, Toulouse
Le 18 janvier 2018 Le Manège, Maubeuge
Du 23 au 25 janvier 2018 L’apostrophe, Pontoise
Du 31 janvier au 2 février 2018 Le Carré des Jalles, Saint-Médard-en-Jalles
Du 6 au 10 février 2018 Théâtre du Gymnase, Marseille
Du 14 au 15 février 2018 Centre national dramatique d’Orléans
Le 22 février 2018 La Faïencerie, Creil
Le 10 mars 2018 Le POC d’Alfortville
Le 13 mars 2018 Théâtre du Vellein, Villefontaine
Le 16 mars 2018 Les Salins, Martigue
Du 20 au 21 mars 2018 Le Volcan, Le Havre
Du 28 au 30 mars 2018 Théâtre SortieOuest, Béziers
Du 4 au 5 avril 2018 Maison des Arts de Créteil
Du 13 au 14 avril 2018 TEAT, Sainte-Clotilde
Du 24 au 29 avril 2018 MC93 – maison de la culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny
Du 3 au 4 mai 2018 Théâtre de Bayonne – scène nationale du Sud-Aquitain
Du 16 au 18 mai 2018 Centre national dramatique de Lorient
Du 23 au 25 mai 2018 Théâtre Auditorium de Poitiers
Le 29 mai 2018 Théâtre Paul Éluard, Choisy-le-Roi


© Loll Willems

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

Raphaël Personnaz porte avec pudeur le courage d'Antoine Leiris

Raphaël Personnaz porte avec pudeur le courage d'Antoine Leiris | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle  Héliot dans son blog Le Grand Théâtre du monde


Au Rond-Point, "Vous n'aurez pas ma haine" trouve une traduction rigoureuse, digne, bouleversante, sous la houlette de Benjamin Guillard et la musique d'Antoine Sahler.

Commenter, analyser ce moment de grande force, de dignité, de pudeur, de courage n'a pas grand sens.

On connaît les mots d'Antoine Leiris, "Vous n'aurez pas ma haine", la plus forte, la plus puissante réplique aux atroces faits du 13 novembre.

Ecrivain et journaliste, Antoine Leiris a connu la douleur épouvantable de la mort de sa femme Luna Hélène au Bataclan. Leur fils, Melvil a alors dix-sept mois.

Il a écrit très vite "Vous n'aurez pas ma haine". Cette phrase et quelques mots.

Puis, il en a fait un récit. Sincère, précis, déchirant. Digne et noble, ce sont les mots que l'on pourrait répéter sans fin.


Deux ans plus tard, deux ans exactement plus tard, le 14 novembre 2017, il n'est pas de plus puissant hommage aux victimes du 13 novembre 2015.

Et à Hélène.

Quelques chaises métalliques de jardin. Un rideau transparent à gauche, qui dissimule le piano où se tient Lucrèce Sassella, merveilleuse musicienne qui distille, avec légèreté et gravité à la fois, les compositions d'Antoine Sahler.

Sur le mur du fond sont projetées les dates et heures. On va du 13 novembre cauchemardesque, au lendemain de l'enterrement de Luna Hélène, lorsque, le 25 novembre, Antoine Leiris conduit son petit garçon jusqu'à la tombe de sa maman, une tombe couverte de fleurs blanches sur laquelle il dépose une photo de Melvil avec Hélène. Le petit garçon grimpe sur la tombe et se penche pour la reprendre. Il a compris. Hélène est pour jamais avec eux deux, Antoine, Melvil.

Cela aurait pu être indiscret. Lire le texte d'Antoine Leiris était bouleversant. Intimement. Comment entendre cela dans une salle de théâtre.

Et bien l'adaptation et la mise en scène de Benjamain Guillard est d'une rigueur absolue et l'interprétation de Raphaël Personnaz, disons-le, admirable.

Un pull gris, et rien que sa voix, sa silhouette fine, son regard, la pudeur d'Antoine Leiris qu'il fait sienne.

Un très grand artiste, fin, profond, délié mais tellement tendu intérieurement par cette tragédie et en même temps par la force d'Antoine Leiris et par la vie qu'il choisit parce que Melvil doit vivre, grandir, souffrir le moins qu'il sera possible et ce dans l'amour de son père et de sa mère, pour jamais.

Un très grand moment. On ne peut pas dire "spectacle". Et puis lisez ce grand livre à rayonnement universel.

Théâtre du Rond-Point, salle Jean-Tardieu, à 18h30 du mardi au samedi (01 44 95 98 21). Jusqu'au 10 décembre. Reprise au Théâtre de l'Oeuvre, du 2 mars au 14 avril 2018. Durée : 1h20. Au piano en alternance, Donia Berriri. Livre Fayard et Poche.


Photographie : Devant une chaise vide....© Giovanni Cittadini Cesi

more...
No comment yet.
Scooped by Le spectateur de Belleville
Scoop.it!

«Lulu», atours de vices. Une mise en scène de Paul Desveaux

«Lulu», atours de vices. Une mise en scène de Paul Desveaux | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Guillaume Tion dans Libération / Next

— 16 novembre 2017



Magnifiée par Paul Desveaux, l’héroïne sulfureuse de Frank Wedekind interroge les rapports de pouvoir homme-femme.

Quand Lulu débarque sur scène et pose pour des photos de charme qu’elle n’a pas vraiment voulues, on se demande quelle est sa place à l’époque de #Balancetonporc. L’héroïne du dramaturge allemand Frank Wedekind, créée à la fin du XIXe siècle à partir de deux de ses ouvrages (l’Esprit de la terre et la Boîte de Pandore, comme pour sceller sa schizophrénie) est orpheline, abusée, se joue ensuite des hommes avant de finir prostituée miséreuse assassinée par Jack l’éventreur. Sa silhouette se retrouve au cinéma chez Pabst, en creux dans l’Ange bleu de Von Sternberg, et à l’opéra chez Berg. Elle est le symbole de la femme-objet, trimballée, meurtrie, support à fantasmes. Mais elle est aussi celui de la liberté, qui rend fou ceux qui ne la possèdent pas.

Lulu est si distanciée du marigot humain qu’elle peut tout traverser. Cette prestance dans le chaos rend ridicules ses agresseurs qui n’arriveront jamais ni à la souiller ni à la comprendre, et pousse au suicide les âmes pures qui s’épouvantent à son contact.

Alors, dans un monde où l’on se soucie aussi du sort des personnages (public et critiques britanniques ont par exemple condamné cette semaine les violences faites aux héroïnes dans les productions du Royal Ballet), comment définir celle qui souffre et fait souffrir : est-elle victime ou pas ? La mise en scène de Paul Desveaux, créée au Théâtre de la Foudre, au Petit-Quevilly (Seine-Maritime), ne donne pas de réponse. Elle ne peut en donner car c’est le challenge proposé par Lulu que d’avancer dans l’obscurité des raisonnements. Elle ne peut que cerner sa complexité en utilisant la figure de la ronde. Lulu passe de main en main, d’union en union ; quand elle entre sur scène, c’est pour y faire un tour et en ressortir, tout comme l’acrobate effectue lui aussi des ronds dans les airs, au-dessus du public. Chaque tour de piste peut être vécu comme un tour de vis qui va enfoncer un peu plus le personnage. Au-dessus d’eux, trois musiciens performent pendant trois heures, privilégiant des ambiances smooth façon Melody Nelson qui accompagnent l’action et n’oublient pas d’être mordantes durant la scène de fête où tout se détraque.

Alors, où classer Lulu, l’«enfant du miracle» qui, quand elle se voit dans la glace, aurait voulu être un homme, «son homme» ? Celle qui, interprétée ici par Anne Cressent, silhouette longiligne et voix médium, demande à ses clients de lui tenir compagnie pendant la nuit ? Celle qui, dans l’opéra, dit : «Quand j’avais 15 ans, j’ai eu la chance de rester trois mois à l’hôpital» ? Lulu est tout simplement inclassable, c’est ce qui fait son intérêt et son mystère.

Guillaume Tion



Lulu de Frank Wedekind m.s. Paul Desveaux. Les 21 et 22 novembre au Volcan, Le Havre (76), le 28 à MA, Montbéliard (25), du 4 au 6 décembre au Théâtre de l’Union, Limoges (87) et du 10 au 19 janvier au Théâtre 71, Malakoff (92).

more...
No comment yet.