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Théâtre : éloge de l’immédiateté par le collectif In Vitro - Rue89

Théâtre : éloge de l’immédiateté par le collectif In Vitro - Rue89 | Revue de presse théâtre | Scoop.it
« Des années 70 à nos jours.. », ce n’est pas le titre d’un livre d’histoire, mais l’histoire d’un groupe d’acteurs, le collectif In Vitro, à travers un triptyque qui marque son entrée en force dans le champ théâtral.

Leurs deux premiers spectacles, « Derniers remords avant l’oubli » (Lagarce) et « La noce » (Brecht, « La noce chez les petits bourgeois »), avaient déjà été remarqués ici et là. Leur force est de les associer dans l’ordre chronologique pour en faire les deux premiers volets d’un triptyque dont le dernier volet, « Nous sommes seuls maintenant », est actuellement écrit par le collectif, dans le mémoire des deux précédents épisodes.

Ce dernier volet, présentement à l’état de maquette, plus que prometteuse, sera présenté la saison prochaine. N’attendons pas la Saint-Glinglin pour parler du collectif In Vitro. Ce n’est pas tous les soirs que l’on rencontre une aventure théâtrale aussi excitante que déterminée.

 

Jean-Pierre Thibaudat our son blog Balagan

 

 

CLIQUER SUR LE TITRE OU LA PHOTO POUR LIRE L'ARTICLE ENTIER DANS SON SITE D'ORIGINE

 

"Des années 70 à nos jours"

triptyque du collectif In Vitro, mise en scène Julie Deliquet


Théâtre de Vanves, salle Panopée, jusqu'au 16 novembre, « La noce » 19h, « Derniers remords avant l'oubli » 21h, puis étape de travail de « Nous sommes seuls maintenant » uniquement le vendredi 16. Puis l'ensemble du triptyque le 4 février dans le cadre du festival artdanthé, 01 41 33 92 91

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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

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Espion, révèle-toi : L'Empire des lumières, mise en scène Arthur Nauzyciel

Espion, révèle-toi : L'Empire des lumières, mise en scène Arthur Nauzyciel | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Anne Diatkine Envoyée spéciale à Rennes pour Libération
— 23 novembre 2017 


Après une longue immersion à Séoul, le metteur en scène Arthur Nauzyciel crée avec des stars locales «l’Empire des lumières», d’après le best-seller de Kim Young-ha. Un drame intense sur fond d’enquêtes des services secrets qui combine récits personnels et histoire des deux Corées.



C’est une histoire qui arrive à tout le monde. Un jour, on se réveille, et on s’aperçoit qu’on ne connaît pas la personne avec laquelle on vit. Mais cette histoire n’arrive qu’en Corée. Un jour, après dix ans de mariage, Kiyeong dit tout à trac à son épouse, Mari : «Mon vrai nom est Kim Seong-hun. Je suis né à Pyongyang. Je suis venu à Séoul en 1984 et je suis entré à l’université. Tu connais le reste.» L’épouse répond : «Tu mens. C’est une blague.» Mais non. Kiyeong ne ment pas. Il est bien un espion venu de Corée du Nord, il y a vingt ans, pour infiltrer ses voisins. Après deux décennies sans lien avec sa terre natale, qui est-il aujourd’hui ? Kiyeong, l’époux de Mari, l’importateur de films étrangers qui a appris à adorer «les sushis, la bière Heineken, les films de Sam Peckinpah et de Wim Wenders, boire du scotch dans les bars» et qui s’est adapté à l’ultralibéralisme ? A moins que ses habitudes ne soient qu’un masque qui dissimule sa véritable identité, celle qu’il va falloir retrouver puisque les services secrets de la Corée du Nord exigent son retour immédiat dans son pays natal… L’ordre est déguisé à travers un haïku de Bashô, «page 67 du recueil de poésie» révèle Kiyeong. «Abandonne tout et rentre immédiatement», traduit-il irrévocablement en lisant le poème. Mais il est aussi possible qu’il soit devenu fou, et que son interprétation soit un délire paranoïaque. Du moins, le spectateur est-il placé dans le doute.

«Déchirement commun»
Comment le metteur en scène Arthur Nauzyciel en est-il venu à adapter sur scène le best-seller coréen l’Empire des lumières de Kim Young-ha, en version originale avec de grands acteurs coréens ? En répondant à une commande du National Company of Korea (NTCK), passée dans le cadre de l’année France-Corée en 2015-2016. Signant actuellement à Rennes la première édition du Festival TNB en qualité de directeur du Théâtre national de Bretagne (depuis janvier) - un festival essentiellement constitué cette année de reprises de spectacles marquants afin qu’ils soient vus en Bretagne -, Arthur Nauzyciel n’est pas du genre à boucler une mission en deux mois, dont le résultat ne serait pas profondément ancré dans le pays où le spectacle est créé.

Durant les deux années préparatoires, il s’est longuement imprégné de la culture coréenne, de l’histoire de la scission de la Corée, de ses conséquences sur les nouvelles générations. Et il s’est rendu au théâtre, à Séoul. Un constat évident : «Ce qu’ont l’habitude de voir les Coréens est très loin de ce que je fais. J’ai donc proposé à la National Company of Korea qu’on commence notre collaboration en reprenant Spendid’s de Genet (que j’avais monté aux Etats-Unis) à Séoul, pour vérifier qu’il y a bien un accueil possible de mon travail par le public, mais aussi par les acteurs. Je ne voulais pas qu’ils aient le sentiment de faire fausse route, en s’engageant dans une aventure beaucoup trop austère.»

On le rencontre dans la cafétéria du TNB, amplement graffitée et peinturlurée par Vincent Macaigne, dont le spectacle Je suis un pays se joue le même soir. En terme d’esthétique, Arthur Nauzyciel est l’antithèse de Macaigne. Pas d’invectives au public, pas d’exigences participatives. Les conditions de l’écoute de l’Empire des lumières, dense et hypnotique, où se croisent personnages et personnes, fantômes et transfuges, histoire de la Corée et récits intimes, sont immédiatement posées. Il nous dit avoir poursuivi son immersion en Corée en interviewant - avec l’auteure Valérie Mréjen, qui adapte avec lui le roman (lire ci-contre) - deux transfuges, lesquels étaient parvenus à passer la frontière du Nord au Sud, mais aussi les acteurs sur l’instant précis de leur prise de conscience de l’existence de la Corée du Nord. On retrouve - et c’est l’une des réussites de l’adaptation - des passages de ces entretiens dans la bouche des personnages, aveux qu’ils prononcent toujours face au public, et qui lestent la fiction d’une part documentaire passionnante. Arthur Nauzyciel : «Le spectacle n’est pas à charge. Il est sur la complexité d’un déchirement commun. J’ai énormément d’empathie pour ce peuple et la tragédie qu’il a traversée, et comment une troisième génération s’empare de cette réalité.»

Néanmoins, malgré les précautions de Nauzyciel, il restait des séquences embarrassantes, et notamment une scène de nudité, qui frappe le regard occidental par sa délicatesse, mais qui posait problème aux acteurs en dépit de sa brièveté. Pourtant, on ne voit rien, et surtout pas le corps de la star féminine, Moon So-ri. Autre question délicate : la prégnance politique du spectacle, à travers l’évocation de la répression contre les étudiants contestataires à Séoul, dans les années 80. Là encore, les propres souvenirs des acteurs peuvent être mêlés à la fiction. Rappelons qu’avant les Jeux olympiques de 1988, qui se tinrent à Séoul, enfants, vagabonds, et protestataires furent parqués dans des camps, afin de «nettoyer» la ville.

Paysages mentaux
Arthur Nauzyciel a effectué les deux tiers de son parcours à l’étranger, a notamment signé quatre mises en scène aux Etats-Unis, et a donc l’habitude de travailler en langue étrangère, avec des acteurs d’horizons multiples. Pour les cinéphiles, l’actrice Moon So-ri est avant tout une figure phare de la nouvelle vague coréenne, bien aimée dans In Another Country de Hong Sang-soo, et par ailleurs réalisatrice d’un film sur l’assujettissement des femmes au cinéma (The Running Actress, sorti le 14 septembre en Corée du Sud). Tandis que le très beau Ji Hyun-jun est une vedette archi populaire du music-hall. «J’aime bien choisir des acteurs dont les différences de parcours reconstituent sur le plateau une communauté humaine, commente Nauzyciel. Ce n’est pas plus difficile de travailler avec des personnes dont on ne connaît pas la langue. L’intuition de la justesse du jeu ne passe plus par la compréhension verbale.»

Après cette immersion, restait la certitude que pour la première fois, la vidéo sur le plateau serait nécessaire. Répétitions et tournages ont eu lieu en même temps, en cinq semaines. Les deux grandes parois où sont projetés les films créent effectivement des fenêtres ouvertes sur Séoul, ses rues, ses magasins, son Novotel, qui deviennent comme les paysages mentaux des acteurs ou personnages, leur parcours intimes et secrets. La représentation s’ouvre cependant sans les murs vidéo. Une grande table rectangulaire, des micros, un ordinateur, un fouillis organisé, quelques bouteilles, six personnes autour d’une table, une dominante anthracite, une sensation d’épuisement, on ne sait pas qui sont ces gens, on restera libre de penser que ce sont des indicateurs. Un acteur s’avance, micro à la main : «Si vous avez besoin de tousser, faites-le avec discrétion. En cas d’urgence, suivez les portes par lesquelles vous êtes entrés.»

Ces précautions d’usage, jamais entendues en Europe, sont-elles toutes coréennes, aussi banales que la préconisation d’éteindre son portable ? C’est la seule note exotique du spectacle. Puis Moon So-ri se tient au bord de la scène, fixe le public et raconte le souvenir d’une amie morte, renversée par une voiture. «Toutes les nuits, je pensais qu’elle allait apparaître dans mon sommeil.» Est-ce l’interprète Moon So-ri qui relate un souvenir ? Ou son personnage ? C’est dans ces indécisions, ces interstices entre le réel et la fiction, que palpite le spectacle et s’engouffre l’imaginaire des spectateurs, en voyage dans une Corée parfaitement inconnue, alors même qu’on s’y reconnaît.

Anne Diatkine Envoyée spéciale à Rennes



L’Empire des lumières d’après Kim Young-ha adapt. Valérie Mréjen et Arthur Nauzyciel. MC93, 9 bd Lénine, Bobigny (93). Du 5 au 10 décembre. Rens. : www.mc93.com


Ji Hyun-jun et Moon So-ri incarnent le couple de la pièce l’Empire des lumières, créée au TNB à Rennes. Photo DR

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Aide à la création – Palmarès de la session de novembre 2017 – Artcena

Aide à la création – Palmarès de la session de novembre 2017 – Artcena | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Aide à la création – Palmarès de la session de novembre 2017

La Commission nationale d’Aide à la création de textes dramatique s’est réunie à ARTCENA les 20 et 21 novembre derniers. Elle a sélectionné les textes suivants :


Textes de littérature dramatiques
– Convulsions de Hakim Bah


– Maître Karim la perdrix de Martin Bellemare


– Au-delà de Catherine Benhamou


– La Poupée barbue de Edouard Elvis Bvouma


– Range ton coeur et mange ta soupe de Marjorie Fabre


– La Maison de Julien Gaillard


– Tous mes rêves partent de gare d’Austerlitz de Mohamed Kacimi


– Léonie et Noélie de Nathalie Papin


– Qu’on va où ? de Gwendoline Soublin


– Nuit de veille de Tawa Kouam


– Peur(s) de Hédi Tillet de Clermont Tonnerre


– Philoxenia de Clémence Weill

Traductions


– Nostalgie 2175 de Anja Hilling, traduit de l’Allemand par Silvia Berutti-Ronelt et Jean-Claude Berutti


– La Brèche de Naomi Wallace, traduit de l’Anglais par Dominique Hollier


– Iphigénie à Splott de Gary Owen, traduit de l’Anglais par Blandine Pélissier et Kelly Rivière


– Habiter le temps de Rasmus Lindberg, traduit du Suédois par Marianne Ségol-Samoy



Dramaturgies plurielles : 


– L’Avenir de Clément Bondu


– La Nuit animale de Charles Chauvet


– NOIRE, roman graphique théâtral de Charlotte Melly et Lucie Nicolas


– Choisir l’écume de Alan Payon

Encouragements



– Les Tantalides – Erope de Damien Gabriac


– La Caverne de Nadir Legrand


– J’ai remonté le fleuve ! de Ulrich N’toyo


– Dans ma ville de Milène Tournier



ARTCENA

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Mathilde Monnier nous emporte dans le tourbillon de l’histoire argentine  - Télérama.fr

Mathilde Monnier nous emporte dans le tourbillon de l’histoire argentine  - Télérama.fr | Revue de presse théâtre | Scoop.it


A partir de témoignages des danseurs, la chorégraphe a imaginé une création nourrie par les nombreux styles urbains et populaires du pays sud-américain. 


L’ultra-contemporaine Mathilde Monnier, directrice du Centre national de la danse de Pantin, change de garde-robe. Elle troque momentanément le jean et le tee-shirt contre la robe moulante et les talons de tango pour El Baile, spectacle insolite conçu à Buenos Aires avec douze jeunes danseurs argentins.


Pour plonger dans les couches et sous-couches de la culture de ce pays transpercé par les dictatures, la chorégraphe, qui marche aussi dans les traces du Bal, mis en scène en 1981 par Jean-Claude Penchenat, a demandé sa collaboration à l’écrivain Alan Pauls, l’auteur de la formidable trilogie Histoire des larmes (2009), Histoire des cheveux (2010) et Histoire de l’argent (2013). « Je ne connais pas l’Argentine et je développe mon point de vue en acceptant d’être une étrangère », déclarait Mathilde Monnier lors de la création.

Avec Pauls, son « fournisseur en argentinité », selon la formule de l’auteur, la chorégraphe a longuement discuté, lu, vu des films, visité des lieux emblématiques de Buenos Aires. « Il s’agissait de montrer comment le poids de l’histoire se traduit sur les corps », ajoute l’écrivain. Et donc dans la danse. A partir de témoignages des danseurs recueillis par Alan Pauls, une kyrielle de scènes ont donc vu le jour, que Mathilde Monnier a transplantées dans une danse nourrie par les nombreux styles urbains et populaires du pays. Avec El Baile, la cumbia, le malambo et le tango se fondent dans un creuset brûlant pour raconter le corps argentin d’hier et d’aujourd’hui. 


El Baile, de Mathilde Monnier et Alan Pauls, au Théâtre de Chaillot, 1, place du Trocadéro, 7e. Le 23 novembre, 19h30 ; les 22, 24 et 25 novembre, 20h30. Tarifs : 11-37 €.

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Wajdi Mouawad : en quelle langue volent les oiseaux?

Wajdi Mouawad : en quelle langue volent les oiseaux? | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan



La nouvelle pièce du nouveau directeur du Théâtre de la Colline Wajdi Mouawad, « Tous des oiseaux », écrite en français, est jouée dans les langues que parlent ses personnages : anglais, allemand, arabe, hébreu. Une belle idée qui est aussi un piège.


Au commencement était une femme, Natalie Zemon Davis. Cette chercheuse américaine, curieuse de tout et passionnée d’histoire française (on lui doit Le Retour de Martin Guerre ou un Essai sur le don dans la France du XVIe siècle), alors qu’elle terminait (il y a près d’un demi-siècle) sa thèse de doctorat sur le protestantisme chez les imprimeurs à Lyon au XVIe siècle, est tombée sur La Description de l’Afrique, un ouvrage d’Hassan al-Wazzân imprimé à Lyon en 1556. Toute à sa recherche, elle mit cet ouvrage de côté avant d’y revenir plusieurs décennies plus tard.
Musulman et chrétien

Nord-Africain de Fès où il occupait un poste enviable, voyageur, diplomate, musulman, Hassan al-Wazzân fut capturé par un pirate espagnol alors qu’il revenait de La Mecque. Le pirate, qui avait sans doute quelques méfaits à se faire pardonner, en fit cadeau au pape Léon X en 1518. L’infortuné eut bientôt la sage idée de se faire baptiser quinze mois plus tard en la basilique Saint-Pierre, demeurant huit ans en Italie avant de retraverser la méditerranée.

C’est en Italie et en italien qu’il avait publié La Descrittione dell’Africa sous son nom de baptême, Giovanni Lioni Africano. C’est ainsi que traduit en français il devint « Jean Léon Africain » et bientôt « Léon l’Africain ». C’est sous ce nom qu’il apparaît dans la thèse en Sorbonne de Louis Massignon. Tout cela nous est raconté dans Léon l’Africain (Poche Payot), l’ouvrage que Natalie Zemon Davis allait publier quelques années après la parution du roman écrit sous ce même titre par Amin Maalouf.

« J’ai tenté de restituer aussi précisément que possible Hassan al-Wazzân dans la société nord-africaine du XVIe siècle, peuplée de Berbères, d’Andalous, d’Arabes, de Juifs et de Noirs avec des Européens qui grignotaient ses frontières », écrit Natalie Zemon Davis. Elle dit aussi avoir été « hantée » par « les contradictions ou les mystères qui parsèment [les] textes » de son héros. Elle insiste sur le caractère tolérant de l’homme, qui ne prend pas partie pour les chrétiens contre les musulmans ou inversement. Elle souligne « la stratégie de neutralité » de ses écrits.

Natalie et Wajdi

Son livre sur Hassan al-Wazzân est paru à New York en 2006 et très vite un directeur de festival propose à Natalie Zemon Davis que son livre soit adapté au théâtre. Elle venait de voir une pièce de Wajdi Mouawad à Toronto et tout de suite elle pense à lui. Il se rencontrent dans le restaurant du hall des départs de l’aéroport international de Toronto comme le raconte aujourd’hui l’auteur metteur en scène dans le programme. Et c’est là que tout commence.

Natalie Zemon Davis lui parle de son héros, de sa vie aventureuse, de ses voyages, de sa double culture religieuse et de sa tolérance, de son œuvre écrite. Wajdi Mouawad, Libanais parti vivre au Canada en passant par la France, est sensible à la vie de Léon l’Africain. Il décide d’écrire une pièce non pour raconter son histoire mais en inventer une autre reprenant ses thèmes et ses valeurs et où il interviendrait comme sujet d’étude sous son nom que Mouawad n’écrit qu’au complet : Hassan ibn Muhamed al-Wazzân. C’est ainsi qu’il écrit Tous des oiseaux ; le titre de la pièce faisant référence à la légende de l’oiseau amphibie que raconte Léon l’Africain et qui est aussi racontée dans le spectacle, au générique duquel Natalie Zemon Davis figure comme « conseil historique ».

La première scène de la pièce se passe dans une grande bibliothèque new-yorkaise où une jeune femme arabe, Wahida (Souheila Yacoub, actuellement élève au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique à Paris) fait des recherches... sur Hassan al-Wazzân. Un jeune homme la remarque, lui fait une cour effrénée, il est juif, il s’appelle Eitan (Jérémie Galiana, mère allemande, père américain, formé à Londres et au conservatoire Ernst Buch de Berlin). Une histoire d’amour à la Roméo et Juliette se profile : grande scène d’un repas où Eitan veut présenter la jeune fille arabe et musulmane à sa famille, ce qui ne passe pas comme une lettre à la poste auprès de son père David (Raphael Weinstock, acteur d’Haïfa travaillant en Europe) et de sa mère Norah (Judith Rosmair qui a travaillé avec de grands metteurs en scène allemands) ; cela passe mieux avec le grand-père (Rafael Tabor, vedette de séries en Israël) séparé de son épouse Leah (Leora Rivlin, grande actrice israélienne).

Allemand et hébreu

Ce premier niveau en cache évidemment un second et, comme souvent chez Wajdi Mouawad, c’est un secret de famille bien gardé. Sa découverte fera vaciller des certitudes, révélera plusieurs personnages à eux-mêmes. C’est comme une série dont on verrait d’un coup tous les épisodes (le spectacle dure 4 heures).

Wajdi Mouawad a eu l’excellente idée de faire parler les personnages dans leur langue. Eitan parle anglais avec Wahida mais allemand ou hébreu avec ses parents et grands-parents (la famille est partagée entre Berlin et Jérusalem), etc. L’idée est bonne mais elle est contraignante : elle a obligé Wajdi Mouawad à livrer sa pièce bien en amont des répétitions pour que l’on puisse effectuer les traductions. Habituellement, comme il le raconte, il aime arriver aux répétitions avec une première version du texte qui est amendée, enrichie, musclée par le travail scénique. Cela n’a pas été le cas ici et la pièce s’en ressent : scènes trop plates, figées ou trop démonstratives, manquant de dérives, de surprises, de mouvement, personnages manquant de nuances. Par ailleurs, surtout avec les jeunes acteurs, Wajdi Mouawad manque de force dans sa direction, ou bien était-ce le trac d’un soir de deuxième ?

Dans son ouvrage Léon l’Africain, Natalie Zemon Davis écrit : « Je finis par comprendre que les silences, les contradictions occasionnelles, les mystères étaient la caractéristique d’Hassan al-Wazzân, que je devais les accepter comme des indices permettant de comprendre sa position. Quel genre de personne invite le silence dans sa société, dans son temps ? Quel genre d’auteur laisse un texte plein de mystères, de contradictions et d’inventions ? » C’est exactement cela qui manque à Tous des oiseaux.

Théâtre de la Colline, du mar au sam 19h30, dim 15h30, jusqu’au 17 décembre.

TNP, Villeurbanne, du 28 fév au 10 mars.


Scène de "Tous des oiseaux" © Simon Gosselin

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"Dom Juan" par Marie-José Malis : sublime épure, mille possibles - Toutelaculture

Par Geoffrey Nabavian dans Toutelaculture.com

Au Théâtre de la Commune, à Aubervilliers, le texte écrit par Molière, et joué pour la première fois en 1665, trouve un souffle inédit, mis en scène par la directrice du lieu, Marie-José Malis. Expérimental, mais très incarné aussi, le spectacle proposé donne à voir des figures fortes, prises entre plusieurs registres, qui vivent le récit, et tentent en même temps d’ouvrir le sens de ses mots. Le riche séducteur du XVIIe siècle qui ne croit pas aux religions et aux fantômes, et veut conquérir les femmes qu’il croise comme un guerrier prêt à tout, est bien présent devant nous. Avec tous ses mystères, à saisir, à rêver, à s’approprier…
★★★★★



Au début de ce Dom Juan, un comédien s’avance, alerte et à l’aise sur ses deux jambes : c’est Sganarelle, valet du personnage-titre. Ici, c’est Olivier Horeau, qui l’incarne. Parti dans son monologue sur le tabac, il allume une cigarette, asperge un peu les spectateurs du premier rang avec de la fumée soufflée… et murmure soudain qu’il « préfère le chiqué ». Il prend donc en main une poignée de tabac, la frotte frénétiquement contre ses lèvres… s’écrie « Civilisation ! Civilisation ! »… et poursuit son texte, comme électrifié, à vif, hanté par des sentiments très noirs. On reste frappé : non seulement le geste évoque un siècle ancien, mais de surcroît, ce Sganarelle-là paraît déchiré entre des registres très forts, très tranchés. Gusman fait son entrée. On remarque alors que les lumières de la salle ne sont pas éteintes. Elles demeureront allumées tout du long, d’ailleurs… On note aussi qu’il n’y a pas de décor : ces deux protagonistes imaginés par Molière vont se parler dans un théâtre à nu. Lumières, machineries nues : des ingrédients qu’on a déjà pu voir dans les mises en scène de Marie-José Malis, et qui doivent nous amener à rêver par nous-mêmes, à partir des mots.


Effet absolument saisissant, lors du premier échange, qui oppose Sganarelle à Gusman : réuni avec les autres spectateurs, naturellement, sous les lumières flamboyantes qui éclairent scène et public, dans cette salle de théâtre que rien ne vient embellir, on voit le texte écrit par Molière s’incarner, et se débattre, sous nos yeux, littéralement. Vêtus de costumes qui suggèrent, en une minute, leur fonction dans la pièce, Sganarelle et Gusman n’en restent pas moins détachés de tout contexte concret, de tout cadre. Une vaste estrade relie, également, le plateau et les gradins éclairés où se trouve le public : instantanément, on peut voir ces deux figures comme des entités intemporelles, qui passent au milieu de nous, avec leur mystère, et les idées qu’ils portent. 


Comme à l’accoutumée, avec la metteuse en scène Malis, la diction des interprètes est assez lente, les phrases prennent leur temps, les mots sortent tous chargés de sens, un par un, avec douceur. Pour qu’on ait le temps de les cueillir, et de les ramener à nous… Mais ici, en plus de cette forme destinée à ouvrir le sens, l’incarnation est là. Fiévreuse. Forte. Olivier Horeau saute de l’amusement à la pire noirceur, mettant son corps au diapason de ses émotions intérieures, superbement. Il est splendide. Son jeu fait mal, mal, mal tant il émeut. Peut-être Sganarelle lui aussi a-t-il très mal… Face à lui, Pascal Batigne s’effondre presque, terrassé par le péril qui guette sa maîtresse victime des séductions de Dom Juan, avant d’essayer de s’accrocher là où il peut, aux mots et aux murs, avec une émotion très forte. Il s’enfuira finalement – par une porte où l’on aperçoit une lumière forte, obsédante – et Dom Juan, le fameux, fera son entrée. Joué par Juan Antonio Crespillo, tout en registres nuancés, tout en intériorité déchirée. Et mesuré, lent, lui aussi, dans sa manière de distiller les mots. Splendide écrin pour le long, long passage écrit par Molière, où le personnage expose ses pensées quant au cœur, à l’amour, à la fidélité. Ici découpé en mystérieux termes et aphorismes à saisir à la volée, à ramener à soi, à méditer, loin de toute précipitation. Ce soir, donc, dans l’enceinte nue du Théâtre de la Commune, à Aubervilliers, les entrailles du texte Dom Juan sont visibles, dénudées, à vif. Et, mises à l’épreuve par la forme conçue par Marie-José Malis, elles vibrent fort.


Les deux premiers actes sont absolument sublimes, ainsi. A la suite de la magnifique bande d’acteurs réunis par la metteuse en scène, très familiers de son univers, pour certains, on plonge, on vogue, au gré d’un courant calme, on s’étonne en bien de certains choix, et on accueille ce texte qui nous est offert. On vibre avec Sylvia Etcheto, intense Elvire, amoureuse délaissée, qui puise en elle des énergies très noires. Et qui affrontera une partition scénique difficile, lors de sa scène du quatrième acte… On adore voir Victor Ponomarev empoigner le texte de Pierrot, le paysan, à sa façon, bien terrienne, toute d’un bloc, respectueuse, calme. On y entend comme jamais les sens contenus dans les tirades, et leur style d’écriture. Puis, bientôt, on admire la jeune Lou Chrétien-Février, comédienne passée par l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne, qui affronte, frissonnante, la tromperie de Dom Juan le séducteur, dans la peau de Mathurine. Avec une remarquable présence. Plus tard, le jeune Amidou Berte impressionnera pareil, avec son ton calme et bouillonnant, dans la scène du pauvre… Au milieu du deuxième acte, ce Dom Juan qui nous est offert surprend beaucoup : lancé dans une scène de flatteries, vis-à-vis de la paysanne Charlotte, il dit ses sentiments jusqu’au sanglot. Juan Antonio Crespillo, son interprète, atteint à la fragilité la plus émouvante. Face à lui, la grande Sandrine Rommel impose son jeu physique, juste, altier, précis. Sans se laisser faire. Et Sganarelle de regarder tout ça, effondré jusqu’aux os, désespéré jusqu’aux cordes vocales. Et Victor Ponomarev de réapparaître ensuite, pour un duel contre Dom Juan aux cascades bien pensées, et aux passages dans l’ombre surprenants. En deux actes, le texte Dom Juan apparaît ainsi dans tout son mystère, toutes ses possibilités de sens, mais aussi toute sa chair. Effet étourdissant – et très humain – garanti. Accompagné par une équipe technique vaste, discrète et à l’écoute…



Dès lors, on peut excuser la durée de la scène du tombeau et de celle du souper, où une bouffonnerie exagérée finit par prendre un peu trop de place, et perd un petit peu notre attention, quant au parcours des personnages. Ainsi que des éléments textuels de distanciation en trop grand nombre, au bout d’un moment. On se raccroche aux apparitions de Dom Louis, père de Dom Juan, incarné par le très habité Roland Payrot, ou à la dernière scène du frère d’Elvire, où le bondissant Frédéric Schulz-Richard, comédien de la bande d’Hubert Colas, entre autres, fait merveille. La musique, qui sourd parfois, n’est pas en trop, et la diction de tous les interprètes, claire et parfaite, chez tous, y compris ceux qui apparaissent peu, qu’il s’agisse de Babar, d’Isabel Oed, ou de Richard Ageorges. On conseille au passage le premier rang, pour être comblé tout à fait… Le jeu avec les cintres, qui descendent, menaçants, fait un fort bon effet, pas appuyé. Et la non-figuration fait plaisir. Si l’avant-dernier passage, qui dénoue la destinée de Dom Juan, manque un peu de puissance – et qu’on s’étonne de ne pas voir la scène de Monsieur Dimanche – la « sortie » de Sganarelle convainc, elle. Parce qu’elle vient récompenser le voyage du valet, au sein de cet univers dur… Au cours du cinquième acte, qui la précède, on aura vu Olivier Horeau retrouver sa superbe en déballant une tirade de logique habitée, et hantée, à Dom Juan.



La tenue de ce voyage vaste de quatre heures trente-sept, avec biscuits et eau servis au milieu en guise d’entracte, laisse au final ravi, devant les procédés employés, leur cohérence, et leurs effets. On relâche, parfois, notre attention, du fait des défauts précédemment évoqués, mais le spectacle marque, grandement. On relie ses figures à nous-mêmes, on réfléchit, on s’émeut, on redécouvre… La salle rit, ou reste bien silencieuse, bien tendue. La lenteur peut rebuter. Mais l’incarnation est là. Avec l’ouverture du sens. Au terme d’Hypérion, qu’on avait aimé, on s’était demandé si la forme, la recherche dont faisait usage Marie-José Malis, avait encore des choses à dire à notre époque. En ce mois de novembre 2017, on peut affirmer qu’elle a brillamment servi le texte Dom Juan, et les spectateurs passionnés qui l’ont suivi.
*
Dom Juan est présenté jusqu’au 29 novembre au Théâtre de la Commune, à Aubervilliers.
Dom Juan, de Molière. Mise en scène : Marie-José Malis. Avec Richard Ageorges (La Ramée/La suite/La Violette/Ragotin), Babar (La Ramée/La suite/La Violette/Ragotin), Pascal Batigne (Gusman/le deuxième frère d’Elvire), Amidou Berte (le pauvre), Lou Chrétien-Février (Mathurine), Juan Antonio Crespillo (Dom Juan), Sylvia Etcheto (Elvire), Olivier Horeau (Sganarelle), Isabelle Oed (La Ramée/La suite/La Violette/Ragotin), Roland Payrot (le père de Dom Juan, Dom Luis), Victor Ponomarev (Pierrot), Sandrine Rommel (Charlotte), Frédéric Schulz-Richard (le premier frère d’Elvire). Durée : 4h37, sans entracte. Régie générale : Richard Ageorges, ou Patrick Jammes. Machiniste et Cintrier : Babar. Assistante à la mise en scène : Isabel Oed. Création Son : Patrick Jammes, avec Christophe Fernandez. Régie Son : Christophe Fernandez. Scénographie : Marie-José Malis, Jessy Ducatillon et Adrien Marès. Création Lumière et Régie Lumière : Jessy Ducatillon, avec David Pasquier. Construction du Décor et Régie plateau : Adrien Marès. Costumes et Coiffures : Zig et Zag. Habillage : Manon Naudet. Photographies : Bernard Plossu.



Visuels : © Bernard Plossu / Théâtre de la Commune / EPOC

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Un Poyo Rojo : fougueusement vivant !

Un Poyo Rojo : fougueusement vivant ! | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Thierry Jallet  dans Wanderer — 21 novembre 2017


Alors que le nouveau spectacle du duo est en préparation, le désormais célèbre duo argentin Un Poyo Rojo parcourt une nouvelle fois les routes du territoire, après un passage remarqué la saison dernière au théâtre du Rond-Point. Ils étaient à l’auditorium Michel Petrucciani de Montélimar le vendredi 17 novembre et Wanderer est allé à la rencontre ce phénomène théâtral singulier



Teatro físico. Tel est le sous-titre qui retenait déjà l’attention dans l’affiche du Festival d’Avignon 2014. Cette précision portée à la connaissance immédiate du spectateur ne peut qu’interpeller par le caractère assez inhabituel qu’elle recouvre. Certes, les travaux de Jacques Lecoq dans l’école qui porte son nom ont fait date et développent une méthode vers une création théâtrale principalement fondée sur l’utilisation du corps. Ainsi s’achève le primat du langage parlé dans une pratique artistique pour laquelle il est le plus souvent considéré comme un élément essentiel.

Alors que chacun s’installe confortablement dans son fauteuil, les regards sont irrésistiblement  attirés par ce qu’il se passe sur le plateau faiblement éclairé. En fond de scène, se trouve une armoire en métal, de celles qu’on trouve dans les vestiaires. Devant cette armoire a été placé un banc. On distingue aussi des serviettes, un poste de radio et des bouteilles d’eau. Le décor minimaliste ancre immédiatement dans l’ordinaire d’une salle de sports. De part et d’autre, se trouvent les deux comédiens, en plein échauffement, semble-t-il. On se questionne alors. Entre-t-on dans le spectacle in medias res ? Assiste-t-on au training des artistes dans un théâtre qui dévoile tout au spectateur, jusqu’à son ultime préparation ? La séquence dure, au rythme des souffles marqués par les comédiens déjà en sueur, en mouvement permanent. Le public après avoir pris place, observe quelque peu déconcerté, se demandant dans un authentique suspense quand quelque chose va arriver. Face au public, les deux artistes s’installent alors à l’avant-scène, dans le silence que rythment leurs respirations haletantes après l’effort. L’incertitude ne s’efface pas : le spectacle n’a-t-il pas déjà commencé ? Quelques applaudissements ne viennent rien interrompre, rien clarifier. Les deux hommes semblent ensuite méditer comme à la faveur d’une séance de yoga improvisée. C’est cependant de courte durée : leur immobilisme s’achève et l’action commence en pleins feux. Jouant tantôt sur la symétrie, tantôt sur la dissymétrie des mouvements et des déplacements, chacun compose sa phrase gestuelle, l’improvise en partie, mêlant à l’envi acrobatie, danse, percussion corporelle, arts martiaux, clown pour raconter non pas une mais des histoires par fragments. Echangeant de brefs regards les deux garçons viennent de se lancer dans une espèce de joute virile les plaçant en compétition l’un contre l’autre, comme dans un brutal agôn burlesque sans parole, opposant là un Keaton, là un Chaplin, tous deux déchainés, possédés par une fureur que rien ne semble pouvoir contrôler. Chaque corps sculpté, muscles tendus, se contorsionne à l’extrême, dans la fluidité des enchaînements physiques et narratifs. Chaque visage se tord, faisant se succéder les grimaces poussant jusqu’à l’animalité par moments. Comme autant de défis lancés à l’adversaire qui doit les relever. Pour aller plus loin dans le comique du corps qui devient support absolu du burlesque.

D’abord courte forme imaginée par Luciano Rosso et son compagnon de l’époque, le duo va travailler avec le metteur en scène Hermes Gaido. Alfonso Barón, ex-rugbyman devenu danseur, devient ensuite le nouveau partenaire de Luciano. Ensemble, ils parviennent à densifier le spectacle qui prend alors le titre Un Poyo Rojo  – un poulet rouge, étrange et plein de promesses. Car c’est bien à un authentique combat de coqs que se livrent les deux comédiens enfiévrés. Ils se cherchent, se piquent, se dérobent l’un à l’autre, se toisent. Discrètement mais avec la même détermination dans la parade théâtrale. Esquissant quelques pas de danse, en garde pour un match de boxe, emportés par les mouvements réjouis d’une danse folklorique africaine, se projetant littéralement au sol tel un missile lancé à pleine vitesse, ils virevoltent sous le regard stupéfait des spectateurs, hilares devant autant d’incongruité. Et toujours pas la moindre parole échangée. À peine un gémissement de douleur surjouée grossièrement. Ce qui suffit pour que les rires fusent.

Vient enfin le temps de la pause pour tous, sur scène comme dans la salle où on se sent vaincu par KO. Les deux jeunes hommes reviennent vers l’armoire. Tandis que Luciano Rosso s’assoit, Alfonso Barón l’ouvre, installe un miroir assez imposant accroché à la porte ouverte. Puis, il allume la radio qui devient la seule source de paroles du spectacle. Au hasard de la bande FM, les deux jeunes hommes vont s’adapter à ce qu’ils entendent. Dans un numéro de clown incroyable, Luciano Rosso va, par exemple, jouer avec quelque dix cigarettes, déformant ses traits, les manipulant avec une dextérité désopilante. Le public est évidemment emporté par la performance. C’est alors que le spectacle prend une autre tournure : on a déjà pu percevoir quelques déraillements dans cette lutte éminemment masculine à travers quelques gestes féminins exécutés, quelques postures qui égratignent volontiers la toute-puissance virile et hétérosexuelle au cours de la performance respective de chacun des deux artistes. Tout cela dans le plus grand naturel, comme un artifice burlesque. Ordinairement burlesque, facile et potentiellement douteux sur le fond. Pourtant, il n’en est rien.

La virtuosité physique va peu à peu s’effacer pour laisser place à une profondeur de sens aussi militante qu’inattendue. Les deux hommes s’attirent et le public ne s’en rend compte qu’à ce moment précis. Le désir affleure depuis le début, sous les yeux de tous, occupés ailleurs, captivés et divertis. La tension homosexuelle entre les deux jeunes hommes s’exprime soudain sans ambiguïté. Ils entrent alors dans une autre forme de ballet, celui d’une sensualité exacerbée, d’homme à homme. Ils se frôlent, se rapprochent. L’un est plus offensif que l’autre fuyant, gêné, mais… qui revient toujours. Peut-être à la découverte progressive de soi – ce moi si inconnu parfois. Comme cet Autre dans le miroir suspendu à la porte de l’armoire, qu’on dévisage parfois sans le reconnaître vraiment. On glisse presque dans le marivaudage. La bande FM défile livrant son lot de surprises sonores, allant d’un débat opposant des personnalités des Républicains et de la France Insoumise, passant par Bob Marley, les commentaires d’animateurs qui meublent entre deux morceaux, ou encore « Poker Face » de Lady Gaga, morceau emblématique de la culture gay, opportunément programmé et qui donne lieu à une danse lascive de Luciano Rosso.

L’érotisme du spectacle se dit en effet sans détour et sans provocation. Il s’agit d’ordinaire, ne l’oublions pas. Contre toute attente, la maîtrise des corps dans le théâtre physique permet de rendre commun leur attirance. Après s’être déshabillés pour enfiler une tenue de lutte, opposant le blanc Alfonso au rouge Luciano, ils se percutent, se collent l’un à l’autre, s’attachent dans un spectaculaire bouche-à-bouche – qui provoque l’hilarité générale, dansent la salsa, exécutent encore quelques figures acrobatiques pour se retrouver, presque à bout de souffle, assis sur le banc, dans une lumière rouge soulignant la tension sexuelle qui se dégage de ce dernier face-à-face, laissant voir enfin leur baiser fougueux avant le noir final.

Pendant une heure, les deux très généreux comédiens mettent leur habileté au service du public afin de le divertir, faisant de leur corps en mouvement un langage alternatif, redonnant au burlesque ses lettres de noblesse quelque peu égarées. Ils s’engagent aussi ouvertement pour la cause homosexuelle – tout en précisant à la fin dans un français parfait, qu’ils « ne sont pas ensemble » dans la vie. En somme, ils confirment que le théâtre reste un art à la fois populaire et politique dont la vigueur ne peut se démentir. Un Poyo Rojo, spectacle fougueusement vivant !



 


Crédits photo : © Paolo Evelina
Mise en scène : Hermes Gaido Interprétation : Alfonso Barón, Luciano Rosso Chorégraphie : Luciano Rosso, Nicolas Poggi Lumières : Hermes Gaido Création 2008, au Laburatorio (Buenos Aires) Production Quartier Libre Première en France dans le Festival Off d’Avignon 2014, au Théâtre du Roi René. 


 
Cet article a été écrit par Thierry Jallet. Vu à l'Auditorium Petrucciani à Montélimar le 17 octobre

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Jonathan Capdevielle s’empare de Bernanos à Nanterre

Jonathan Capdevielle s’empare de Bernanos à Nanterre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Arvers dans les Inrocks



En adaptant Un crime, le policier du romancier, le metteur en scène prolonge son interrogation sur l’autofiction, l’imposture et le travestissement.


Ah ! Que les sombres tourments procurent d’ineffables jouissances… Prenez Un crime de Georges Bernanos, son unique roman policier, écrit pour subvenir aux besoins de sa famille. L’écriture n’est pas aisée, il peine à la tâche, louvoie avec son éditeur, mais comme il le dit, “on ne se refait pas” et l’enquête menée par la police après un double meurtre dans un petit village de montagne met en scène un prêtre. Comme dans tous les romans de Bernanos.


Une fois de plus, il creuse la figure de l’imposture, ce qu’elle autorise – le miroitement de la vraisemblance – et ce qu’elle interdit – l’éclat de la vérité. Une imposture doublée d’un travestissement, qui plus est. Si bien qu’en guise de polar on a affaire à un roman métaphysique qui débusque le conflit tiraillant chaque personnage entre sa fonction – curé, juge, policier, docteur, servante, enfant de chœur… – et ce que lui dicte son cœur, son être désirant, captif depuis l’enfance. Une distorsion intime dont Jonathan Capdevielle fait son miel dans A nous deux maintenant.


Comme s’il poursuivait l’œuvre d’autofiction qui donnait vie dans Saga aux personnages de son enfance pyrénéenne, il se glisse cette fois-ci à la fois dans le personnage de Bernanos aux prises avec l’écriture, “l’âme harassée à la vue d’une feuille blanche”, et dans ceux du roman, les membres d’une communauté villageoise perturbée et mise à nu sans rémission possible.


Des chemins pasoliniens accidentés


Il y a du Théorème de Pasolini dans l’impact produit par l’arrivée du curé (impeccable Clémentine Baert) dans le village de Mégère, en pleine nuit, concomitante avec le crime d’une vieille dame à la fortune conséquente et d’un jeune homme dont on ignore l’identité.
L’atmosphère de l’intrigue se met en place dans le noir et passe d’abord par les voix du narrateur et de ses personnages. Une dimension quasi radiophonique qui donne de l’ampleur au paysage sonore réalisé en direct par Arthur Bartlett Gillette. Les acteurs changent de rôle en permanence, à l’exception du curé, accentuant le trouble d’une énigme qui s’épaissit à mesure que l’histoire se déroule.


On est subjugués par la puissance de la métamorphose dont tous font preuve sous nos yeux, tant vocalement que physiquement. De Michèle Gurtner à Jonathan Drillet, et de Jonathan Capdevielle à Dimitri Doré, 20 ans et qui en paraît 15, une météorite, saisissant de bout en bout.


Créé au Quai d’Angers, le spectacle gagnera à se resserrer pour que l’on suive, sans se perdre, les chemins accidentés où tous vont trébucher, dans l’austère scénographie d’une monumentale souche d’arbre conçue par Nadia Lauro.


A nous deux maintenant mise en scène Jonathan Capdevielle, du 23 novembre au 3 décembre, Théâtre Nanterre-Amandiers, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris ; les 6 et 7 décembre, CDN d’Orléans ; en tournée de janvier à juin 2018

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Les Enfants Tanner, roman de Robert Walser, adaptation et mise en scène de Hugues de la Salle

Les Enfants Tanner, roman de Robert Walser, adaptation et mise en scène de Hugues de la Salle | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello



Les Enfants Tanner, roman de Robert Walser, traduction de Jean Launay (Editions Gallimard), adaptation et mise en scène de Hugues de la Salle

Simon, le héros du spectacle de théâtre Les Enfants Tanner, inspiré du roman de Robert Walser que met en scène avec un brio délicat Hugues de la Salle, se distingue par sa proximité avec la nature qu’il sait lire, observer et de qui il apprend.

D’une humeur aventureuse et poétique, il croque dans la vie, à sa façon personnelle.

Il rejoint la posture de l’artiste préromantique pour qui la Nature « crée éternellement des formes nouvelles …- tout est nouveau et c’est pourtant toujours la chose ancienne. Nous vivons en plein milieu d’elle et lui sommes étrangers.» (Goethe)

Au lointain, un écran vidéo comme recouvert d’un voile, support d’images en noir et blanc d’une forêt dont les cimes des arbres aux branches mobiles s’élèvent au ciel.

Les feuillages tremblants varient selon les vents et les saisons qui passent.

Prétexte à la rêverie, l’arbre est une figure du vivant sur lequel le temps n’a pas de prise. Simon s’engage d’instinct dans une contemplation presque inconsciente.

L’arbre lui fait voir le mouvement de la vie par son cycle annuel, l’image de l’éternel recommencement. A ce paysage boisé le jeune homme s’associe en secret.

Le spectacle de la nature élève l’âme et comme dans les voyages d’hiver du romantisme allemand, entre sensations émotives et pressentiments intuitifs, s’imposent la mélancolie, l’errance, le froid, la blancheur du ciel, le mal d’être. Or, Simon ne souffre de nul malaise : il affronte l’extérieur et les règles sociales de front.

La nature généreuse est une métaphore du dynamisme du héros qui surgit devant le rideau d’arbres : « Je m’appelle Tanner, Simon Tanner, et j’ai quatre frères et sœurs ; je suis le plus jeune de la famille et celui qui porte le moins d’espérances… »

Enclin à lire et à écrire, Simon est en recherche d’emploi chez un libraire, se vantant de posséder, malgré sa grande jeunesse, une certaine connaissance des hommes :

« En un mot : sur ma balance de vendeur l’amour des hommes sera en parfait équilibre avec la raison commerciale, laquelle me paraît tout aussi importante et nécessaire à la vie qu’une âme aimante et généreuse. Je saurai trouver le juste milieu, soyez-en dès maintenant convaincu. »

Le discours est articulé et argumenté – conviction dans les propos forts ; pourtant, le scénario se répète, Simon quitte volontairement son emploi, comme les autres ultérieurs. Le docteur Klaus, son frère, lui inculque en vain le principe de réalité.

S’enfermer dans l’ennui d’une fonction ou le vide d’un emploi ne convient pas à Simon ; il s’en va, libre, sans la moindre garantie financière, allant se loger chez la rêveuse Klara, la fée et l’amante, avec un frère plus proche, Kaspar, artiste peintre.

Sur la scène, un intérieur de lumière tamisée avec des suspensions, sur les murs latéraux, de petites lampes de nuit désuètes derrière un rideau de tulle tremblant ; peu de mobilier, des canapés, des chaises, une petite table et une lampe de chevet.

Hedwig, la sœur institutrice, accueille également le frère précaire chez elle ; Simon l’écoute qui lui dit encore de ne pas lui écrire quand il va partir : « Il ne faut pas que tu te croies obligé de me tenir au courant de tes futurs exploits. Néglige-moi comme tu l’as fait avant. A quoi bon nous écrire tous les deux ? » Un désenchantement qui prouve l’attachement mutuel et réciproque des frères et sœurs depuis l’enfance.

Simon revendique une vulnérabilité de perdant, une humilité anonyme dans l’âpreté de la réalité, se plaçant d’emblée du côté du retrait et du désengagement, si ce n’est de l’échec, militant instinctivement contre des temps brutaux qui revendiquent la foi dans le pouvoir et l’argent. Plutôt que la réussite, le rêveur choisit la grâce poétique.

Dans ce roman de résonance orale, selon le metteur en scène lui-même, s’entrecroisent des monologues littéraires sensibles, presque musicaux. S’y ressentent la fraîcheur et la spontanéité de la langue – introspective et poétique ou bien virulente et contestataire dans les dialogues avec les autres. Le récit est transcrit sur l’écran vidéo, au moment des passages d’un tableau à l’autre.

Le jeune homme qui pourrait relever de l’autobiographie de Robert Walser est intensément attiré par les pouvoirs de la vie – hors de tout cabinet de travail, découverte, promenade, errance et curiosité profonde pour le monde et les hommes.

Malicieux, enjoué, Simon sait écouter ceux qui l’aiment, et se tait pour les ouïr. Les Enfants Tanner est à la fois un roman du réel – réalité sociale des emplois subalternes – et un conte initiatique avec étapes d’apprentissage, dialogues de théâtre où résonne la parole à travers un jeu distancié et amusé d’humour et d’ironie.

Jonas Marmy – le rôle de Simon – déploie le mystère voulu recélé par un jeune être qui veut en découdre, énergique et discoureur ou attentif, ou encore amoureux.

Les frères Klaus et Kaspar – Alain Carbonnel et Romaric Séguin – incarnent l’accompagnement réfléchi d’un côté et la passion de la liberté artistique, de l’autre.

Laurène Brun pour Klara joue la fée et la princesse de conte – bonté et douceur -, une figure presque irréelle, si ce n’est l’amour intense qu’elle ressent pour Simon.

Quant à la sœur Hedwig, interprétée par Jeanne Vimal – voix acidulée et bonheur jubilatoire scénique, elle représente le sentiment vrai et sororal pour ce frère subtil.

Les Enfants Tanner de Hugues de La Salle est une invitation littéraire au voyage existentiel – délicatesse et pertinence des figures, et poésie d’un regard sur la vie.

 

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de Vitry, 18 avenue de l’Insurrection (94400), les 17, 18, 19, 20 et 21 novembre. Tél : 01 46 81 75 50

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Entretien Eric Ruf et Blandine Masson

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Sur le site des Fictions de France Culture


Sur le projet de réaliser une intégrale de mises en ondes des pièces de Racine,  avec France Culture.


Eric Ruf administrateur général de la Comédie Française et directeur artistique de Bérénice

Ecouter l'entretien (12 mn)  https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-theatre-et-cie/entretien-eric-ruf-et-blandine-masson

Eric Ruf en septembre 2014, à la Comédie Française• Crédits : Olivier Lejeune - Maxppp
Entretien autour de Bérénice, sa mise en ondes, le jeux des comédiens pour la radio....! de la scène de La Comédie Française au studio 104 de Radio France

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Cirque : l’hommage à la piste de Maroussia Diaz Verbèke

Cirque : l’hommage à la piste de Maroussia Diaz Verbèke | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau dans Le Monde - 20.11.2017


L’acrobate présente au Centquatre à Paris son premier spectacle solo, « Circus Remix ».




Elle sourit beaucoup, Maroussia Diaz Verbèke. En tournant autour de la piste, en atterrissant d’un plongeon de cinq mètres sur des coussins. Son sourire en demi-lune est doux, presque perplexe parfois, désarmé même. Il plane sur le spectacle ­Circus Remix, premier solo de l’acrobate, venue du collectif Ivan Mosjoukine. Il rappelle celui des artistes de cirque traditionnel qui enchaînaient les prouesses en remontant une grimace d’extase sur leurs visages crispés par l’effort et le trac. Il signe Circus Remix, hommage délicat à la piste.

MAROUSSIA DIAZ VERBÈKE CONNAÎT SON CIRQUE ET AIME JOUER AVEC SES MYTHOLOGIES


Créé et présenté à Paris au Théâtre Monfort, du 20 septembre au 14 octobre, le spectacle revient du 14 au 25 novembre au Centquatre. Sa piste rouge, sa couronne de gradins, son tourne-disque, son plongeoir sous sa boule de bal y ont trouvé leur place dans un immense studio de plain-pied. Ce dispositif modeste et vertigineux empile des couches de symboles et d’images du cirque que l’artiste, passée par le Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne, va éplucher seule en scène comme autant de peaux, à sa façon faussement naïve et terriblement référencée.

Maroussia Diaz Verbèke connaît son cirque et aime jouer avec ses mythologies. D’un côté, elle endosse les us et costumes en jouant tous les rôles, de celui de garçon de piste à celui de clown. De l’autre, elle déshabille les clichés, dénude le déroulé traditionnel des numéros. Elle émaille sa traversée de prouesses saisissantes, comme cette marche la tête à l’envers à cinq mètres de haut. Entre hier et aujourd’hui, elle se faufile avec habileté, meneuse d’une revue inédite en train de se construire sous nos yeux dans un dialogue permanent avec le public.

Collage de textes

A l’origine, le cirque était muet, rappelle l’artiste. La parole y a été interdite par décrets. Une règle que l’acrobate et metteuse en scène, qui veut trouver un moyen de « dire ce qu’[elle a] sur le cœur sans parler », dynamite grâce à une bande-son incroyable et accidentée. Elle a opéré un montage phénoménal de plus de mille extraits d’émissions de radio piochés pendant trois ans dans les archives de l’Institut national de l’audiovisuel. Un travail obsessionnel d’articulation et de collage entre ses propres textes et ceux des autres : Françoise Héritier, Paul Claudel, Roland Barthes, Pierre Desproges, Béatrice Dalle, Virginie Despentes… Au risque de causer (un peu) trop et de déphaser la perception générale du spectacle.

Ces perturbations sonores traduisent l’esthétique du fragment typique du cirque mais reflètent le désir de l’artiste de « tricoter [sa] pensée avec celle des autres ». Avec ce côté flou qui fait ici le charme de Maroussia Diaz Verbèke. Régulièrement, elle nous lâche en pleine envolée textuelle ou entre deux changements de plateau pour laisser la place à la rêverie, à l’ineffi­cacité apparente. Circus Remix ne fait pas mentir son titre mais en déborde par sa folle singularité. Le finale, porté par le public, fait vibrer un étrange défilé avec étendards portant les mots « corps », « défi », « sexe », « élan », « audace ». Dire le cirque sans parler mais en l’ouvrant fort, Maroussia Diaz Verbèke est là.

Circus Remix, de et avec Maroussia Diaz Verbèke. Cenquatre, Paris 19e. Jusqu’au 25 novembre. De 12 à 25 euros. www.104.fr et www.letroisiemecirque.com

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Arthur Nauzyciel : “Faire tomber les barrières entre les disciplines”

Arthur Nauzyciel : “Faire tomber les barrières entre les disciplines” | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Patrick Sourd dans Les Inrocks



Témoignant de sa volonté de décloisonner les disciplines du spectacle vivant, Arthur Nauzyciel revient sur les lignes de force du Festival TNB, le nouveau temps fort de sa première saison comme directeur du Théâtre National de Bretagne.



Vous venez de prendre la direction du Théâtre National de Bretagne : en quoi le fait que vous soyez à la fois acteur et metteur en scène va-t-il changer la donne ?



Arthur Nauzyciel – Avoir fait l’expérience de la création d’une compagnie pour monter mes spectacles. Avoir bénéficié du statut d’intermittent. Savoir aussi, pour l’avoir vécu, ce qu’il en coûte d’en être exclu… L’ensemble de ce vécu partagé par la profession me permet d’être en dialogue avec les artistes et les équipes du théâtre sur un grand nombre de niveaux. Avant de prendre la tête du TNB, j’ai été directeur du Centre dramatique national d’Orléans. Je me suis toujours revendiqué d’être un acteur et un metteur en scène. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être un programmateur quand il s’agit de construire le déroulé d’une saison. L’idée qui m’est chère, c’est de concevoir la marche d’un théâtre comme un tissu de concordances qui fabrique d’abord du sens.


Votre qualité d’artiste annonce-t-elle de nouvelles priorités pour l’institution ?


Comme artiste, j’ai la conviction que le projet à mettre en place au TNB ne pourra s’épanouir qu’à travers ce qui va naître sur les plateaux. Arpenter les diverses scènes avec les équipes techniques a été ma priorité. Cette maison a depuis longtemps une vraie culture de la création et de la production, les collaborateurs qui m’entourent sont tous très motivés pour accompagner l’aventure d’un artiste et d’un projet. Renforcer avec eux des liens très directs et concrets avec ce qui se passe sur le plateau est fondamental. La direction d’une institution comme le TNB oblige à beaucoup d’autres activités, mais elles ne pourront trouver leur valeur qu’en rapport à la pertinence de ce qui se crée sur scène.
Cette maison doit répondre à des missions très différentes.
Effectivement, le Théâtre National de Bretagne ne saurait se résumer à une fabrique de théâtre même si, avec son label européen, il revendique la belle ambition d’une visibilité à l’international. C’est un lieu de transmission au regard des élèves de son Ecole nationale d’art dramatique. Avec son cinéma qui regroupe deux salles de projection, c’est aussi un lieu de rendez-vous incontournable pour la cinéphilie.



Là encore, cela renvoie à votre parcours personnel.


Adolescent, c’est ma passion pour la danse, les claquettes et les comédies musicales, mon attirance pour les arts plastiques et mon goût immodéré pour le cinéma qui, au final, m’ont amené à m’intéresser au théâtre. Intégrant le cursus proposé par l’Ecole de Chaillot, mon parcours d’homme de théâtre s’est cristallisé au contact d’Antoine Vitez, son créateur. Cette construction personnelle témoigne depuis le début d’un goût pour le mélange des genres. Il me semble important de faire tomber les barrières entre les disciplines, pour ne jamais oublier la manière dont on s’est personnellement fabriqué en faisant confiance à ses désirs.


Comment penser un projet au service de votre ambition d’une culture décloisonnée ?


Je me considère comme une courroie de transmission. Mon but est de mettre en place l’offre la plus ouverte sans me préoccuper des chapelles. Plus la palette sera étendue dans ses sensibilités, plus la rencontre que je désire provoquer entre les arts sera nourrissante pour le public. Il s’agit d’abord de mettre en place les conditions d’un échange fertile entre les disciplines. Le groupe des artistes associés au TNB témoigne de cette diversité créative. C’est un groupe qui travaille sur des univers variés. Ils sont les représentants d’une génération qui, plus que la précédente, trouve son inspiration à la croisée des arts. En les réunissant, mon souhait est d’être représentatif du très large champ des possibles brassé par la scène d’aujourd’hui. A elle seule, la liste des seize artistes associés au TNB* témoigne de ma volonté de proposer un parcours où la singularité même des esthétiques questionne la forme et appelle au dialogue.


Comme évoquer le contenu du Festival TNB en regard de ce projet ?


C’est d’abord l’idée d’une parenthèse temporelle et festive qui incite au partage des émotions. Pour cette première édition, il ne s’agit certainement pas de faire du festival un objet à part. Son lien avec notre saison est revendiqué. Cette édition du Festival TNB est pensée comme une caisse de résonance. L’événement va être l’occasion d’ouvrir un débat sur l’artistique. Pour aborder cette question sur tous les fronts, j’ai réuni des metteurs en scène et des chorégraphes, des cinéastes et des plasticiens, des architectes et des musiciens, des auteurs et un historien.


Que va-t-il se passer sur les plateaux ?


Côté spectacles, il s’agit d’un prologue pour acter une série de compagnonnages. Nombre des artistes invités n’ont jamais présenté de spectacles à Rennes. J’avais envie de proposer un précipité représentatif de leur parcours pour témoigner dans l’urgence de leur travail. Avant que les spectateurs ne découvrent les dernières créations, je souhaitais les confronter à des œuvres emblématiques de la singularité de ces démarches esthétiques. Un festival est un événement idéal pour condenser le temps et les plaisirs de la découverte.



Propos recueillis par Patrick Sourd



* Sont associés au TNB : les metteurs en scène Jean-Pierre Baro, Vincent Macaigne, Julie Duclos, Guillaume Vincent ; les chorégraphes Damien Jalet, Gisèle Vienne, Sidi Larbi Cherkaoui ; les performeurs Mohamed El Khatib, Phia Ménard ; les écrivains Marie Darrieussecq, Yannick Haenel ; les plasticiens Valérie Mréjen, Xavier Veilhan, M/M (Paris) ; les musiciens Albin de la Simone, Keren Ann et l’historien Patrick Boucheron


Supplément Inrocks spécial festival TNB 

https://statics.lesinrocks.com/content/uploads/2017/11/supp-tnb-rennes.pdf


Photo © Thomas Brégardis

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Le feu follet Adeline d’Hermy

Le feu follet Adeline d’Hermy | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge / dans Le Monde


A la Comédie-Française comme au cinéma, la jeune actrice éblouit par l’intensité et la grâce qu’elle met dans chacun de ses rôles.



La lumière baigne la petite pièce, dont les fenêtres donnent directement sur les colonnes de Buren, au Palais-Royal, à Paris. C’est un hasard heureux que cette clarté inattendue un jour de novembre : elle s’accorde à merveille à celle d’Adeline d’Hermy. La jeune ­comédienne est dans la lumière, dans tous les sens du terme. Elle n’a cessé, ces dernières années, de marquer ses rôles à la Comédie-Française du sceau d’un tempérament d’actrice exceptionnel, que ce soit dans La Double Inconstance ou dans Le Petit-Maître ­corrigé, de Marivaux, dans ­­La Mer, d’Edward Bond, ou dans ­Les Fourberies de Scapin et Les Damnés, deux spectacles à l’affiche de la Maison de Molière cette saison.


En cet automne, Adeline d’Hermy est aussi la vedette de Maryline, le film de Guillaume Gallienne, son comparse dans la troupe du Français, film qu’elle illumine littéralement. A 30 ans, elle passe des feux de la rampe aux projecteurs un peu crus de la célébrité cinématographique sans perdre sa grâce tranquille, enracinée dans une modestie foncière.

Lire la critique :   Dans « Maryline », de Guillaume Gallienne, rien ne tient debout : http://abonnes.lemonde.fr/m-moyen-format/article/2017/11/15/maryline-ou-le-recit-d-un-reve-artistique_5215045_4497271.html

Maryline, c’est elle, et ce n’est pas elle. « Bien sûr, le chemin de cette jeune femme humble, venue d’un milieu modeste et de sa campagne pour essayer de devenir actrice à Paris, peut évoquer le mien, mais l’histoire de Maryline n’est pas du tout la mienne, précise en souriant la jeune femme. Guillaume Gallienne s’est inspiré, pour l’écrire, d’une femme qu’il a connue il y a quinze ans, et dont il ne souhaite pas dévoiler l’identité. Son parcours me touche énormément : c’est celui d’une femme qui débarque dans un monde qu’elle ne connaît pas, dont elle n’a pas les codes. Et face à cela, elle n’a pas les mots, par d’armes pour se défendre. Ce genre de vie est si rarement relayé par la société et les médias… »

Lire la rencontre :   « Maryline » ou le récit d’un rêve artistique : http://abonnes.lemonde.fr/cinema/article/2017/11/15/quand-maryline-s-emmele_5214987_3476.html ;

Adeline d’Hermy, elle, vient de Noyelles-Godault, dans le Pas-de-Calais, un petit coin du bassin minier, près d’Hénin-Beaumont. Sa mère dirige une garderie pour enfants, son père est gérant d’une HLM, peintre à ses heures. Pas un seul plateau de théâtre à l’horizon. « Je n’ai jamais vu la moindre pièce durant mon enfance et mon adolescence. » Mais la petite fille est passionnée par la danse, qu’elle commence à 5 ans, avant d’être envoyée au conservatoire de Lille, à l’âge de 15 ans.

ADELINE D’HERMY, ACTRICE : « C’EST PLUS FACILE POUR MOI DE PARLER AVEC LES MOTS DES AUTRES QU’AVEC LES MIENS »



Ce sont ses professeurs du conservatoire qui la dirigent vers le théâtre, parce qu’ils la trouvent particulièrement expressive. A 18 ans, Adeline d’Hermy débarque à Paris, s’inscrit au Cours Florent, bosse comme serveuse pour assurer son existence et passe le concours du Conservatoire national d’art dramatique du premier coup.

Alors oui, le parcours de ­Maryline lui renvoie « beaucoup d’échos ». « Notamment sur cette question de la place, de réussir à trouver sa place. J’ai eu beaucoup de problèmes, et j’ai encore du travail à faire là-dessus, de confiance en soi. Quand on n’est pas issu de ce milieu, c’est difficile de se dire qu’on y est légitime. C’est aussi pour cela que ce métier m’apporte quelque chose d’énorme : c’est plus facile pour moi de parler avec les mots des autres qu’avec les miens, d’avoir ces mots-là pour jouer tous ces sentiments, toutes ces sensations que je peux ressentir. »

Un crépitement de jeu et de vie

Au conservatoire, où elle était dans la même promotion que Gaël Kamilindi et Benjamin Lavernhe, qui sont ses camarades dans la troupe du Français, elle a Dominique Valadié comme ­professeure, avec qui elle restera pendant ses trois années d’école. Un jour, il faudra faire le bilan du rôle que cette grande actrice joue comme pédagogue dans le théâtre français, où elle a formé nombre des jeunes acteurs les plus brillants d’aujourd’hui. Sans doute a-t-elle saisi, en voyant ­débarquer cette jeune femme ­timide, qui avait encore « un accent du Nord à couper au couteau », ce qu’il y avait de si fondamental dans son désir d’actrice, dans ce besoin, justement, de s’exprimer sans en avoir les mots.

Puis Adeline d’Hermy est entrée à la Comédie-Française, en 2010, après quelques vers d’Andromaque récités devant Muriel ­Mayette-Holtz. Elle y a joué d’abord de petits rôles, dans Bérénice, La Pluie d’été, Peer Gynt ou ­La Trilogie de la villégiature montée par Alain Françon. Le metteur en scène, qui est le compagnon de Dominique Valadié à la ville, et aussi un formidable débusqueur et directeur d’acteurs, lui offre son premier rôle important. Sur la scène du Théâtre de la Colline, elle est une inoubliable Hilde dans Solness le constructeur, d’Ibsen : un véritable feu follet, un crépitement de jeu et de vie. Depuis, son talent n’a cessé de s’affiner et de s’affirmer, de rôle en rôle, aussi divers, voire opposés, que ceux qu’elle joue cette saison dans la Maison de Molière. Rien de commun, en effet, entre celui, tragique et aristocratique, d’Elisabeth Thallman (que jouait Charlotte Rampling dans le film de Visconti) dans Les Damnés, mis en scène par Ivo van Hove, et celui, extravagant et comique, de Zerbinette dans Les Fourberies de Scapin, vues par Denis Podalydès.

« Ne pas se jouer soi »

Rien de commun, sinon qu’Adeline d’Hermy y met chaque fois une intensité folle, un engagement total qui contraste avec la grâce légère et joyeuse dont elle fait montre dans la « vraie » vie. « C’est pour cela que je fais ce métier : pour pouvoir changer complètement d’univers, d’auteur, de personnage. Passer du coq à l’âne, se déguiser, ne pas se jouer soi, être surpris par ce qu’on est capable de trouver en soi : c’est magique. »

D’un registre à l’autre, d’un jeu à l’autre, du théâtre au cinéma, elle semble capable de tout faire, avec la même « gourmandise ». « Sur les planches ou devant la caméra, le travail préalable est le même : l’essence même de l’acteur, c’est toujours d’essayer de ressentir ce que la personne a vécu et de le revivre dans sa propre expérience. Ce qui change quand on passe du théâtre au cinéma, c’est qu’il faut réduire le jeu, travailler sur du minuscule. Le défi, il était là, pour moi, dans Maryline : sur scène, j’ai tellement l’habitude de hurler, de rire, d’en faire des caisses ! Et puis je m’exprime beaucoup avec mon corps, comme j’ai fait de la danse. Pour Maryline, il fallait montrer sans les mots, sans montrer qu’on montre… C’était une autre forme d’expression, du travail à la loupe que j’ai énormément aimé. »

« Vous avez déjà fait l’actrice, mademoiselle ? », lui demande, au début de Maryline, le personnage de metteur en scène dévorateur, joué par Lars Eidinger. Adeline d’Hermy ne fait pas l’actrice. Elle l’est.

Maryline, de Guillaume Gallienne en salle depuis le 15 novembre.
Les Damnés, par Ivo van Hove, et Les Fourberies de Scapin, par Denis Podalydès à la Comédie-Française jusqu’au 10 décembre et jusqu’au 11 février 2018.

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Le théâtre de la petite humanité

Le théâtre de la petite humanité | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par  Didier Méreuze dans La Croix , le 22/11/2017
Commande de Patrick Pineau qui la met en scène, la dernière pièce de Mohamed Rouabhi célèbre les exclus, les marginaux, les rejetés


Jamais seul,

de Mohamed Rouabhi

MC 93, à Bobigny (93)

Ils sont neuf – quatre femmes, cinq hommes –, face au public sur leur chaise. Tous membres de l’association des « chômeurs anonymes », ils témoignent, partagent, échangent, se réconfortent. L’un, « viré » il y a quatre ans après « vingt-cinq années de boîte », est toujours sans travail et vit seul – sa femme l’a quitté. Un autre, victime d’un plan social, a, avec ses camarades, séquestré son patron.

Noir. Fin de la première séquence. Une deuxième commence. La salle de réunion est devenue parking d’un centre commercial. Un couple se dispute. Le mari s’en va, laissant son épouse seule avec ses courses. Deux jeunes noirs s’approchent. Elle leur demande de l’aider à rentrer chez elle. Ils acceptent. Elle les invite à dîner. Quand le mari revient, il les met à la porte. Il n’empêche. Entre la jeune femme, animatrice dans un parc d’attractions et les deux noirs, au langage savant, une amitié s’est nouée.


Suit une troisième séquence. Puis une quatrième, une cinquième… Il y en aura dix-neuf, dont le titre, à chaque fois, s’inscrit en lettres de lumières – « L’échine du diable », « Bonjour petite étoile », « Quand il y a de l’amour quelque part, il y a toujours un peu de folie qui tourne autour »…

Une œuvre, rare, belle, forte, généreuse, chaleureuse

C’est Jamais seul (1), la dernière pièce de Mohamed Rouabhi. Une œuvre rare, une œuvre belle. Une œuvre forte, généreuse, chaleureuse, qui met à l’honneur du théâtre, le peuple des oubliés, des effacés. Celui des « petites gens », condamnés à se fondre dans la masse des exclus, humiliés, rejetés à la marge par un monde qui n’a pas toujours été gentil avec eux.

Handicapée mentale, clown en mal de reconversion, père à la recherche de son enfant disparue, ex-entraîneur de foot qui refait les matchs en solitaire dans son garage, magnétiseur illuminé… Ils sont une quarantaine de personnages, souvent drôles, parfois inquiétants, mais toujours attachants, acteurs et témoins d’une humanité à la dérive, en perte (et donc en quête) d’elle-même et des autres.

Quinze comédiens au jeu intense, magnifiquement soudés

Pas de misérabilisme, de complaisance coupable, de naïveté béate. Et si l’écriture retentit comme un immense cri d’amour, une ode à l’espérance, elle n’est pas exempte d’une violence sous-jacente – violence des faibles qui n’ont plus d’autres armes pour se faire écouter.

C’est tout cela que Patrick Pineau donne à voir et à entendre dans un mouvement progressif savamment ordonné de la mise en scène. Une distribution de quinze comédiens au jeu intense, magnifiquement soudés, l’accompagne : Mohamed Rouahbi et Patrick Pineau eux-mêmes (le second en alternance avec Christophe Vandevelde), Sylvie Orcier (qui signe aussi la scénographie), Fabien Orcier, Selim Zahrani, Birane Ba, Nicolas Bonnefoy…

Poésie et onirisme

Sur fond de ciels changeants, de projections d’images d’immeubles, de quartiers, de forêt, les scènes se succèdent riches de poésie et d’émotion, par à-coups quasi oniriques.

Ainsi les traversées de la « plaque tournante », sorte de zone de non-droit pour passants « zombies ». Ainsi, dans un autre style, l’hymne aussi gaillard qu’inattendu à Cantona, « la légende ». Comment oublier le feu d’artifice dans la nuit ou la douceur des amants sans logis sous un ciel d’étoiles ? Il y a aussi le conte d’amour à dormir debout, réveillant les doux souvenirs d’enfance. Il est délivré par un vieillard à longue barbe blanche et grande ombre portée sur le mur du fond. À la fin, ledit vieillard se révèle, une fine jeune femme. Peut-être une princesse…

Enfin, on ne saurait passer sous silence l’inénarrable épisode de l’accouchement, sur un trottoir, d’une femme prise de contractions. Entourée d’une foule de marginaux, une sage-femme SDF au chariot bourré de seringues, médicaments, compresses, couvertures, alcool… la délivrera sur place. La vie plus forte que la mort ?

Didier Méreuze


Jusqu’au 3 déc. Rens. : 01​ 41 60 72 72. Les 7 et 8 à Chatenay-Malabry. Puis, du 11 au 27 janv. à Sénart, Bordeaux, Sète, Alès…

(1) Ed. Actes Sud Papiers. Précédé d’Alan. 15 €


Légende photo Jamais seul, de Mohamed Rouabhi (c) Eric Miranda

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Gaëlle Bourges nous ordonne de Conjurer la peur - Toutelaculture

Gaëlle Bourges nous ordonne de Conjurer la peur - Toutelaculture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

 Par Amelie Blaustein Niddam dans Toutelaculture.com 

23 novembre 2017

Conjurer la peur, ce titre magnifique est un ordre que Lorenzetti a peint sur les murs du Palazzo Pubblico de Sienne. Cette injonction, Gaëlle Bourges la fait sienne, pour une visite de palais entre la danse, la performance et le théâtre, à la beauté médiévale. A voir au Théâtre de la Ville.
★★★★★



La pièce met litteralement en mouvement L’Allégorie et les effets du Bon et du Mauvais Gouvernement, un ensemble de fresques d’Ambrogio Lorenzetti placées sur les murs de la Sala dei Nove ou Sala della Pace du Palazzo Pubblico de Sienne. Réalisée en 1338 cette fresque immense est inégale : 14 mètres pour le mauvais gouvernent, 14 +7 pour le bon. Elle raconte les effets de la république sur le peuple en opposition aux effets de la tyrannie. Gaëlle Bourges nous fait donc visiter le palais. Evidemment, ici, l’espace est vide de fresques. Alors comment faire ? Tout travail de la chorégraphe consiste à rendre vivants les personnages peints au XIVe siècle. Comme elle l’a fait avec Pétrarque, Lascaux ou La Dame à Licorne son objet n’est bien sûr pas de faire ni un exercice de style, ni un cours d’histoire de l’art mais bien de faire écho, entre une œuvre et notre époque.
Gaëlle Bourges a été témoin de l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016, pour elle le parallèle est limpide: quand Lorenzetti peint, la guerre est aux portes de Sienne. C’est un hasard qui l’a amenée à travailler cette œuvre, un dîner, un livre, celui de Patrick Boucheron et l’idée de se servir de cette allégorie pour penser les méthodes de gouvernements du XXIe siècle. La voix est ultra présente ici, à la façon d’un guide conférencier, et les mots qui au commencement nous expliquent pas à pas les représentations de Lorenzetti pour ensuite entrer dans ses propres questionnements sur la création contemporaine et sur l’état du monde.


Sur scène, une table, autour de laquelle sont assis Matthias Bardoula, Gaëlle Bourges, Agnès Butet, Marianne Chargois, Camille Gerbeau, Guillaume Marie, Phlaurian Pettier, Alice Roland et Marco Villari. Gaëlle Bourge s’amuse à les présenter, comme des musiciens.


Alors ils vont être le bon et le mauvais gouvernement, le sexe du côté des mauvais, le mariage du côté du bon, le nu du côté des mauvais, la pudeur du côté du bon. Les choses ne sont pas simples.


Mais comment mettre du mouvement dans une fresque ? Elle fait évoluer ses danseurs, et elle-même d’une scène à l’autre avant de les figer, comme une statue. Elle fait entrer dans la posture. Ici chaque détail compte, l’art médiéval de cette période frise le maniérisme, et il faut arquer une côte, allonger une nuque. A cet exercice, Marianne Chargois est particulièrement troublante, princesse punk qui bascule du bon au mauvais sans encombre.
Conjurer la peur est beau. La lenteur, le temps pris pour entrer dans le geste puis la libération d’une étrange ronde. Tout concorde ici, dans un dialogue parfait avec le Moyen Age. Gaëlle Bourges nous invite à mieux voir, à mieux entendre, à rester lucide, à ne pas confondre l’amitié et la loi. Une ronde de femmes heureuses ? Non, une commande d’Etat pour des travestis aux robes bouffées par les vers.


Elle semble nous ordonner de ne pas être des Trump qui résumeraient l’actualité en un tweet.
Elle invite un titre qui l’obsède de Radiohead : daydreaming aux paroles déroutantes. Le rêveur n’apprend pas, pourtant, il faut bien conjurer la peur en rêvant ? Non? Alors dansons.


Dreamers
They never learn
They never learn
Beyond, beyond the point
Of no return
Of no return
And it’s too late
The damage is done
The damage is done
This goes
Beyond me
Beyond you
The white room
By a window
Where the sun comes
Through
We are
Just happy to serve
Just happy to serve
You



Du 22 novembre 2017 au 25 novembre 2017 Théâtre de la Ville- Les Abbesses Catégorie : Théâtres Adresse : 31 rue des abbesses, 75018, Paris    Telephone : 0142742277 Site web : www.theatredelaville-paris.com

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Price, texte de Steve Tesich, création collective dirigée par Rodolphe Dana

Price, texte de Steve Tesich, création collective dirigée par Rodolphe Dana | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Véronique Hotte dans son blog Hottello


Price, texte de Steve Tesich, traduction Jeanne Hérisson (Editions Monsieur Toussaint Louverture), création collective dirigée par Rodolphe Dana

 Avec son collectif du Théâtre de Lorient, Centre dramatique national, Rodolphe Dana met en scène Price, le premier roman (1982) de l’écrivain et scénariste américain d’origine serbe, Steve Tesich. L’auteur, né en 1942, en Yougoslavie, dans l’actuelle Serbie, est décédé en 1996. Après avoir quitté son pays à quatorze ans avec sa famille pour vivre dans le quartier Est de la ville de Chicago, Steve Tesich fait de l’écriture une mission et un métier – fictions à caractère autobiographique, pièces de théâtre et scénarii de cinéma : le roman Karoo (1998) connaît un succès posthume.

Price a quelque chose du roman autobiographique – roman d’apprentissage dans le décor prolétaire de l’East Chicago, ville industrielle touchée par le chômage dès les années 1960, et roman d’éducation amoureuse pour le héros éponyme Daniel Price, attiré par une jeune fille tellement libre, lui semble-t-il, nommée Rachel.

Il est vrai que pour ce qui regarde Daniel, il suit l’inclination naturelle du léger chagrin et de la mélancolie, l’existence ne lui étant guère favorable, ne serait-ce que dans le foyer parental où le père tyrannique fait la loi à la maison quand la mère n’y est pas, malmenant moralement le fils, le réprimandant et le harcelant de brimades diverses.

Le père, ouvrier à la raffinerie de la ville, est présent le soir auprès du lycéen quand la mère d’origine serbe et au fort accent occupe un emploi de nuit. Radieuse, elle idéalise son fils, voit dans le marc de café, heureuse de vivre et de se battre.

Or, Daniel n’obtient pas de bourse pour l’université : se pose la question de l’avenir.

Question cruelle pour ce personnage principal et narrateur dont on suit les étapes d’apprentissage existentiel, mais aussi pour ses camarades qui forment avec lui un trio de joyeux lurons, qui le relaient pour la conduite articulée du récit.

Un trio de pieds-nickelés à la gouaille vive et joyeuse – des utopistes énergiques, grands menteurs, installés avec grâce dans ces années juvéniles et cruelles où ils commencent à s’initier aux ratés des projets qui font les rêves improbables.

L’un, Freund, a perdu son père et ne supporte plus sa mère ; l’autre, Misiora, prend faits et causes pour une voisine battue par son mari, qu’il console de temps à autre.

Le monde adulte n’est guère réjouissant : misère sociale et pauvreté affective.

Mais il faut voir danser ces garçons espiègles sur les tubes sonores de l’époque, courir, crier leur bonheur d’être là au monde et ensemble, en dépit de tout ; et escalader les barres d’équilibre du stade-décor si éloquent pour ces jeunes gens.

Les trois figures jubilent sous les airs de All Along the Watch Tower de Bob Dylan par Jimmy Hendricks et sur The Show Must Go On par Freddie Mercury des Queen.

Antoine Kahan pour le rôle-titre fait le taiseux, un magnifique athlète qui s’amuse de ses deux acolytes, un peu plus fous et emportés que lui-même – les excellents acteurs Grégoire Baujat et Lionel Lingelser qui s’amusent comme des enfants.

Interdiction de rêver et d’espérer pour tous ; et Daniel est confronté à la maladie grave du père – Simon Bakhouche joue le jeu, railleur et distant, profondément humain – et à la solitude d’une mère pourtant battante – Françoise Gazio -, si juste dans cette relation mi-figue mi-raisin avec son époux.

Le « mal » plus profond vient évidemment de la passion que Daniel éprouve pour la joueuse et sensuelle Rachel – excellente Inès Cassigneul – qui semble le fuir. Icône charnelle idéalisée, ce premier amour blesse Daniel qui apprend ainsi à vivre.

Rodolphe Dana incarne avec mystère le père photographe de l’aimée, il est aussi avec brio un communicant caricatural et grotesque venu vanter les mérites de la réussite financière, économique et sociale auprès des garçons peu concernés.

Un moment de théâtre ludique et bien vivant au cours duquel les scènes se succèdent – dialogues et monologues – dans une bonne humeur partagée et le goût du jeu, malgré le tableau fortement désenchanté qu’il est proposé de l’existence.

Véronique Hotte

T2G – Théâtre de Gennevilliers centre dramatique national, du 16 novembre au 2 décembre. Tél : 01 41 32 26 26

Théâtre du Nord – Lille – Tourcoing, du 5 au 9 décembre. Théâtre de Nîmes, du 13 au 16 décembre. Théâtre Garonne – Toulouse, du 10 au 17 janvier 2018. Le Bateau Feu – Scène Nationale Dunkerque, le 30 janvier.  Scène nationale de Châteauvallon, les 2 et 3 février. Le bois de l’Aune – Aix-en-Provence, les 8 et 9 février. Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine, du 27 février au 2 mars. La Scène Watteau – Nogent-sur-Marne, le 7 avril. NEST – centre dramatique national de Thionville-lorraine, les 16 et 17 avril.

 

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La Colline - « Tous des Oiseaux » de Wajdi Mouawad

La Colline - « Tous des Oiseaux » de Wajdi Mouawad | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Régis BARDON dans nonfiction


Au Théâtre National de la Colline, une nouvelle œuvre écrite et mise en scène par l'auteur, qui joue sur le plaisir des contes.


Voici l'origine de ce spectacle : la rencontre de l'auteur et de l'historienne américaine Natalie Zemon Davis . Celle-ci lui a parlé de son livre, Léon l'Africain : un voyageur entre deux mondes, l'étude historique d'une personnalité de la fin du XVème siècle, Hassan Ibn Muhamed el Wazzân, diplomate, voyageur, géographe, qu'un pirate chrétien captura, et qui fut offert au pape Léon X. Cet homme, après avoir vécu de longues années à Rome, et subi sa propre acculturation, serait ensuite rentré dans son pays sans y laisser de trace.

Une histoire 
Ainsi, sur le plateau, Wahida, jeune femme arabe occidentalisée, new-yorkaise, étudie-t-elle, à la bibliothèque de l'université, le traité de géographie laissé par Léon l'Africain. Eitan, un étudiant-chercheur féru de génétique, en tombe amoureux. C'est une belle rencontre. Sur la scène, une table et une lampe à abat-jour vert. Une diapo tapisse les murs rapprochés vers l'avant-scène, elle y dessine les rayonnages et les circulations, à échelles et garde-corps, les plafonds en forme de dôme. Mais les amants, comme ceux de Vérone, vont avoir affaire à un impossible. De froids appariteurs de la scénographie manipulent déjà leur lit et leurs décors.


Eitan fait venir sa famille de Berlin, et là commencent les ennuis, mais aussi toute la dynamique narrative. De scène en scène, on comprend petit à petit, comme les héros eux-mêmes, l'ampleur de leur souci, la richesse de leur épopée. Péripéties nombreuses, avec peut-être certains clins d'œil. Par exemple : un coma et une famille autour d'un lit d'hopital comme chez Omar Abusaada . Ou encore : un état de mort clinique et la question, en passant, du don d'organe . Les écrans de télévision sont projetés sur les murs, le son d'un avion à réaction déchire la salle de temps en temps, et les ambiances sont soutenues par les lumières. Le bruit horrible d'un camion piégé qui se rapproche et son explosion. Les disputes de famille, leurs non-dits.
 

On doit s'interdire d'aller plus loin : ne pas raconter l'histoire, car cette histoire constitue le spectacle tout entier. Le plaisir sera celui d'une grande saga, analogue au plaisir qu'on retire de la lecture d'un roman. C'est une marque de fabrique du premier style Mouawad, celui des spectacles qui l'ont rendu célèbre en France (Littoral, Incendies, Forêts, Ciels...). Grandes sagas familiales, très romanesques, longue durée de représentation. Après Sophocle, il revient à une forme qui a fait son succès. En somme, pas tout à fait un plaisir théâtral. On est heureux de suivre les démêlés du lapin et de la belette, comme dirait La Fontaine. Peau d'âne nous est conté, et nous y prenons un plaisir extrême. Les héros apprendront à leurs dépens qu'on n'échappe guère à ses origines, bien que l'identité culturelle soit un leurre, la chose la moins assurée qui soit. À toute fable une morale.

Roman à succès
Du point de vue de l'art théâtral, tout est parfait et sage. Les comédiens ont été choisis pour leurs parcours entre les cultures du Moyen-Orient, de l'Europe et des Etats-Unis. Ils passent d'une langue à l'autre avec aisance, et cet ensemble multi-lingue asseoit la vraisemblance. Les comédiens jouent, et la narration avance. Cependant, les événements sont si puissants qu'ils ont peine à être source d'émotions. Le mélo est censé faire pleurer, c'est la corde sur laquelle tire Saïgon, par exemple, et plutôt bien. Mais la ressource de Tous des Oiseaux n'est pas le mélodrame. C'est le plaisir du récit (un côté Mille Et Une Nuits). Encore une fois, Peau d'âne nous étant contée, on veut savoir la suite. On ne s'arrête pas à une statique, comme par exemple, a contrario, chez Krystian Lupa et Thomas Bernhardt , où les comédiens ont un espace narratif simple et clair, et un jeu intérieur, qui génère dans le public des émotions intenses. De sorte que, chez Mouawad, les effets esthétiques sont tirés un peu vers le boulevard. Notamment les traits d'humour, comme lorsque la grand-mère, parlant du petit-fils, dit : « Il se sent coupable de tout, il est devenu complètement juif ! », qui font rire de bon cœur, en rappelant Woody Allen.
 
Si on y regarde un peu mieux, c'est le narratif qui dévore tout, par excès d'événements à rapporter. Il faut tout dire pour arriver au bout, et encore y faut-il utiliser quatre heures, qui passent vite. Mais par exemple, quand Wahida vient expliquer pourquoi elle quitte son Eitan, qu'elle aime pourtant, et qu'elle a retrouvé l'odeur de sa mère en allant voir les gens qui vivent derrière le mur, ce mur qui les séparent des Israéliens, on a le sentiment non pas d'une platitude, mais d'un survol, car une chose aussi forte reste l'une des péripéties de la fable. On est dans le roman, sans avoir les moyens du roman, qui peut traiter une péripétie comme un roman dans le roman. Wahida, qui, au début de la pièce, paraît sur scène comme le personnage principal, avec son amant Eitan, se marginalise et devient secondaire, comme poussée hors de scène par le débordement de cette fable en forme de corne d'abondance.

Unir sans diviser
Mais le public est ravi. Tout le monde n'est pas doué pour raconter des histoires : ce serait bien idiot de bouder ce plaisir-là. Une narration, une épopée, de l'épique, des comédiens professionnels, une scénographie sage, de l'humour de boulevard, du « théâtre » qui se sait « théâtre », Wajdi Mouawad unit le public de la Colline. On a peut-être un peu peur qu'il y ait chez lui une légère méconnaissance de son art, mais s'il serait trop facile de dire qu'on a là du théâtre « bourgeois ». Et pourtant. On dirait bien du théâtre new-yorkais, du théâtre international. C'est très réussi, et l'on sait combien l'art est difficile, la critique facile. Toutefois, il y a là comme un théâtre sinon bourgeois, du moins « bo-bourgeois ». Un théâtre qui unit. Un théâtre qui ne divise pas. Cela dit, un auteur originaire d'un pays déchiré n'a peut-être guère envie de diviser.

Mais si l'art théâtral se devait malgré tout de diviser ? Peut-on diviser le public sans prendre aucun risque esthétique ?  Peut-on le diviser, et donc le dynamiser, en le berçant d'un conte excellent et si bien représenté ? Peut-on le diviser en proposant une leçon aussi consensuelle, du moins pour ce public-là, que cette leçon-là : l'ennemi n'est un ennemi que par fantasme ?

L'altérité de l'ennemi
Car Wajdi Mouawad écrit, au sujet de sa découverte de Léon l'Africain : « On appelle cela une rencontre avec l'idée absolue de l'Autre. » Mais que veut-il dire ? Il n'est pas vraiment aisé de concevoir ce que peut être la rencontre d'une idée absolue. Une idée absolue, dans sa réalité d'idée, a autant de réalité que l'Absolu lui-même, dont elle est la forme et le fond en idée – du moins si l'on en croit Spinoza, selon lequel les idées ne sont pas des peintures. Une idée absolue c'est l'Absolu en idée. Et « une idée absolue de l'Autre » doit être, semble-t-il, l'Autre en Absolu et en idée, tout ça en un.


Après tout, c'est l'auteur qui a lancé cette formule sur le tapis. Elle doit bien mener à une clef. Nul être n'a jamais expérimenté la rencontre de l'Autre, du moins si l'on doit prendre la formule au sérieux. Saint-Augustin la cherche au plus intime de sa propre intériorité, mais c'est toujours derrière un mur opaque, même s'il est intérieur, et seulement avec l'espoir que ce mur vole en éclat, dans la plus grande extase qui soit, celle du mariage du fini et de l'infini – qui prend nom de salut. Qui peut assurer, d'ailleurs, que ce soit une expérience positive ? Ou même une expérience qui ait une valeur ? Ou même encore seulement une expérience ? Ce qui est sûr en revanche, c'est que c'est un beau fantasme, et tenace.


Plus remarquable est ceci : les peuples qui ont des ennemis, qui ont l'expérience sinistre de la guerre et des massacres, élaborent le fantasme du mal et érigent l'ennemi en Ennemi. Ils font de cet objet d'autant plus imaginaire qu'il a été horrible, proche et violent, un Autre. Ils donnent à ses mauvaises intentions la dimension de l'infini. De sorte que l'ennemi n'est plus ce petit autre tout simple et notre alter ego, mais, dans le fantasme, l'Autre, le grand, sur lequel doit se rassembler et focaliser toute notre haine. Une haine, quant à elle, qui quitte le fantasme et passe à l'acte (d'exterminer). Cependant, ce triste phénomène se répète d'âges en âges et ne révèle qu'une chose, c'est que nous sommes tous frères… ennemis. Il n'y a que de petits autres et de petits mêmes. Pas plus que l'amour, la haine n'est sans limites. Elle est finiment humaine.
En ce sens, le sujet de Wajdi Mouawad dans Tous des Oiseaux porte sur les démêlés des hommes avec le même et l'autre. L'imaginaire, malade de la terreur, se représente la rupture définitive de la relation à l'autre, et l'érige en méthode salutaire, sans voir ce dont il s'agit en réalité : anéantir, exterminer. Conjointement, l'imaginaire, malade de la terreur, se représente l'intégrité isolée de l'identité culturelle comme la solution complémentaire, sans voir ce dont il s'agit en réalité : se dessécher soi-même (un devenir feuille morte, comme finissent les Martiens de Ray Bradbury). 
 
Pour un art du présent
Comment échapper au jeu morbide de l'imaginaire collectif ? Peut-être en revenant aux mathématiques, comme le conseille Spinoza. En revenant à la recherche scientifique, pour laquelle Eitan est moqué dans la pièce. Ne vient-on pas d'établir par l'étude génétique que la survie toute darwinienne de l'Homo sapiens serait due à sa capacité de se mélanger par mariages, tandis que Néanderthal aurait succombé à la consanguinité ?
La solution de l'artiste est d'une autre nature. L'œuvre élargit et enrichit le champ de la conscience universelle, dont chacun d'entre nous peut, s'il y prend attention, être un exemplaire. L'œuvre romanesque, dont Wajdi Mouawad fait le choix ici, travaille ce champ en profondeur. Mais le théâtre est plutôt un art du présent. Du présent au plateau et de la présence sur scène, l'art d'un moment d'exception, ici et maintenant. Dans un autre genre que celui de Krystian Lupa, Dorothée Munyanenza, par exemple, qui partage avec Wajdi Mouawad cette particularité d'avoir dû, à peine sortie d'enfance, s'exiler de son pays en guerre – et celle-ci fuir un génocide – montre, dans Unwanted, ce souci conjoint de la narration et de la présence, qui la conduit à des propositions esthétiques et dramatiques tout à fait différentes. Wajdi Mouawad en était plus proche, sans doute, dans ses Larmes d'Œdipe.
 

Tous des Oiseaux, texte, mise en scène de Wajdi Mouawad
17 novembre au 17 décembre 2017 au Théâtre National de la Colline
28 février au 10 mars 2018 au TNP de Villeurbanne.
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Théâtre : « Harlem Quartet », gorgé de vie et d’âme

Théâtre : « Harlem Quartet », gorgé de vie et d’âme | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge (Rennes, envoyée spéciale) dans Le Monde - 22.11.2017


L’adaptation du roman de James Baldwin sert les thèmes sensibles de l’écrivain américain.


Il fallait être gonflé(e) pour adapter au théâtre Harlem Quartet, le chef-d’œuvre de l’écrivain noir américain James Baldwin. La metteuse en scène Elise Vigier l’a fait, et bien lui en a pris : elle signe un spectacle très réussi, et bienvenu en ces temps où les questions raciales sont ­ultrasensibles. Après avoir été créé à la Maison des arts de Créteil, le 9 novembre, Harlem Quartet a été présenté à Bruz, près de Rennes, dans le cadre du Festival du Théâtre national de Bretagne, et se pose un soir, le jeudi 23 novembre, à l’Avant-Seine de Colombes, avant d’entamer une tournée qui mériterait d’être plus importante.

C’est d’abord un bonheur de retrouver ou de découvrir la voix de Baldwin, son souffle puissant, quasi biblique, son écriture organique, qui « laboure la vie à plein corps », son amour immense pour ses personnages. Les voici : apparaît d’abord Hall, le narrateur de toute cette histoire. On est en 1973, et Arthur, le frère de Hall, petit chanteur de gospel devenu empereur de la soul, vient de mourir, à 39 ans, dans les toilettes d’un bar de nuit, à Londres.

Haine raciale, violence sociale

Hall remonte alors le fil de ses souvenirs, et d’une constellation familiale et amicale qui compose un extraordinaire tableau du Harlem des années 1950-1960, et d’une Amérique encore ségrégationniste, rongée par la haine raciale, la violence sociale, et où l’homosexualité est encore un tabou.

Dans cette constellation apparaissent Arthur, le chanteur prodige, et les trois amis avec lesquels il forme, à 15 ans, un quatuor de gospel, dont Hall deviendra le ­manager ; voici aussi Julia, l’amie d’enfance, prêcheuse évangéliste à 9 ans, fabuleux personnage de femme passée par les bas-fonds de l’existence avant de devenir un être lumineux ; et voici Jimmy, petit frère de Julia et amant d’Arthur, dont il ne parviendra pas à empêcher la descente aux enfers.

ELISE VIGIER FAIT UN SPECTACLE DE PRESQUE TROIS HEURES GORGÉ DE VIE, DE CHAIR ET D’ÂME, À L’IMAGE DE LA PARTITION ORIGINELLE



De ce roman de 700 pages, Elise Vigier, accompagnée par le dramaturge Kevin Keiss, qui a retraduit et adapté le livre, fait un spectacle de presque trois heures gorgé de vie, de chair et d’âme, à l’image de la partition originelle. Son dispositif de mise en scène est simple, mais fonctionne bien. Dans la boîte noire du théâtre, des panneaux coulissants s’ouvrent et se ferment, et ménagent des espaces ou des surfaces de projection pour les belles images qu’Elise Vigier et son équipe sont allées tourner à Harlem, ou pour les documents d’archives qui émaillent le spectacle.

Et puis il y a la musique, qui joue un rôle fondamental dans l’histoire. Le poète et slammeur américain Saul Williams a composé cette partition où se mêlent musique originale, bribes de sons d’archives et des chants traditionnels qui prennent aux tripes.

Mais surtout, Elise Vigier a réuni une excellente distribution d’acteurs noirs. Ludmilla Dabo (Julia), Jean-Christophe Folly (Hall), Nicolas Giret-Famin (Jimmy), Makita Samba (Arthur), William Edimo et Nanténé Traoré portent cette histoire de tout leur cœur et leur talent. C’est une sensibilité particulière qui s’exprime ici, généreuse, blessée, flamboyante, et pas un prêchi-prêcha technocratique sur la « diversité ». Et c’est cette sen­sibilité qui fait de la question noire ou de la question homosexuelle des universels concernant la vie de chacun.

Harlem Quartet, de James Baldwin. Traduction : Kevin Keiss. Mise en scène : Elise Vigier. 

Jeudi 23 novembre à l’Avant-Seine de Colombes. 

Tournée 2018 : du 23 au 26 janvier au Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon ; 

du 20 au 22 février à la Comédie de Caen-CDN de Normandie ; 

du 22 au 30 mars à la Manufacture des Œillets-CDN d’Ivry.

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Richard Brunel et Christine Angot servent un "Dîner en ville" au théâtre

Richard Brunel et Christine Angot servent un "Dîner en ville" au théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Odile Morain @Culturebox
 05/11/2017

Elle a écrit le texte, il en assure la mise en scène. Christine Angot, la papesse de l'autofiction, et Richard Brunel, directeur de la Comédie de Valence, servent un "Dîner en ville" inédit pour le théâtre. Habilement servie par cinq comédiens, dont la talentueuse Emmanuelle Bercot, la pièce est jouée jusqu'au 24 novembre à Valence et partira ensuite en tournée en France.
C'est un duo de choc que la scène de la Comédie de Valence accueille jusqu'au 24 novembre : Richard Brunel, directeur du théâtre drômois et l'écrivaine Christine Angot ont peaufiné un "Diner en ville" à la sauce aigre-douce. Ecrite en 2016, l'histoire raconte un soir de dîner dans la bonne société parisienne auquel participe une actrice française de renom et son compagnon, un ingénieur du son au chômage.

Pour s’emparer des personnages aux dialogues si précisément ciselés par Christine Angot au fil des répétitions, Richard Brunel s’est entouré de cinq comédiens dont l’actrice et réalisatrice Emmanuelle Bercot.

Reportage : V. Fize / / C. Nicolas / F. Bernès

voir le reportage vidéo :https://culturebox.francetvinfo.fr/theatre/theatre-contemporain/richard-brunel-et-christine-angot-servent-un-diner-en-ville-au-theatre-264711
Répétitions de "Diner en ville" - Angot, Bercot, Brunel


Jouer les mots d'Angot 

2017, c'est un peu l'année Christine Angot. La romancière intransigeante fascine ou énerve car elle gratte là où ça fait mal. Mais pour les passionnés, chaque nouveau livre constitue un événement. Au cinéma, on l'a vue récemment aux côtés de Claire Denis pour l'écriture du scénario d"Un Beau soleil intérieur", Catherine Corsini s'est attelée à adaptation du livre "Un amour impossible". La sortie est prévue début 2018.

Côté théâtre, la metteure en scène Célie Pauthe s'est, elle aussi, attaquée à "Un amour impossible" au théâtre de l'Odéon avec dans les rôles de la mère et de la fille Bulle Ogier et Maria de Medeiros. Pour Richard Brunel, le coup de coeur a eu lieu en écoutant Angot dire ses propres mots. "Quand elle lit, il y a une clarté, une force, c'est assez puissant et j'ai toujours trouvé qu'elle écrivait du théâtre", explique le metteur en scène. 

Diner en ville ou partir ailleurs

Parmi les convives de ce "Diner en ville", il y a donc Cécile "la plus grande actrice française" qui partage sa vie avec Stéphane, ingénieur du son au chômage. Ils sont les invités de Régis, qui a produit quelques films mais travaille surtout dans la mode. Là, ils retrouvent Florence, qui dirige un théâtre en banlieue parisienne, et Marie, professeur de médecine. Une soirée en apparence banale. Et pourtant, ce diner n'a rien de commun, il se déroule sur fond d'élection présidentielle. Le temps d'une soirée chacun des invités va jouer le rôle qu'on lui demande ou se cacher derrière les convenances. De douces mondanités en aigres vérités, les codes vont sauter et le diner va prendre un drôle de goût.



 "Diner en ville" : Texte Christine Angot - Mise en scène Richard Brunel -  Avec Avec Djédjé Apali, Emmanuelle Bercot, Noémie Develay-Ressiguier, Valérie de Dietrich, Jean-Pierre Malo

Dates de la tournée
19 & 20 déc. 2017 – Bonlieu scène nationale, Annecy
09 > 13 janv. 2018 – Théâtre Olympia, CDN de Tours
18 > 20 janv. 2018 – La Criée, Théâtre national de Marseille
25 janv. 2018 – Théâtre des Cordeliers, Romans-sur-Isère
30 & 31 janv. 2018 – Espace des Arts, scène nationale de Chalon-sur-Saône
06 > 09 fév. 2018 – La Manufacture, CDN de Nancy-Lorraine
13 & 14 fév. 2018 – Le Cratère, scène nationale d’Alès
06 mars > 1er avr. 2018 – La Colline - théâtre national, Paris
03 avr. 2018 – Scènes du Golfe, Théâtres Arradon-Vannes  

INFOS PRATIQUES


Diner en ville
La Comédie de Valence
Place Charles Huguenel, 26000 Valence
17-24 novembre 2017
20h
5 à 23€
04 75 78 41 70
La Comédie de Valence


"Diner en ville" de Chrtistine Angot, mise en scène par Richard Brunel à la Comédie de Valence © Jean-Louis Fernandez

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"7 d’un coup" : Catherine Marnas vise l'enfance et fait mouche - Rue89 Bordeaux

"7 d’un coup" : Catherine Marnas vise l'enfance et fait mouche - Rue89 Bordeaux | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Walid Salem dans Rue89 Bordeaux publié le 21/11/2017



  Harcèlement à l’école, peurs, injustices, autorité des adultes… Catherine Marnas invite le spectateur dans les tourments de l’enfance avec sa dernière création, « 7 d’un coup », bien et librement inspirée du conte des Frères Grimm.


« 7 d’un coup », un conte des frères Grimm plus connu sous le titre « Le Vaillant Petit Tailleur », raconte l’audace et la ruse d’un simple tailleur qui, après avoir tué sept mouches d’un coup, parvient à épouser une princesse et devient roi au terme d’une improbable série de défis.

Dans la dernière création de Catherine Marnas, il n’est guère question de tailleur. Le personnage central est un petit garçon harcelé par ses camarades à l’école, habité par des peurs et tourmenté par les doutes face au monde des adultes.

Lorsqu’il s’isole pour déguster son goûter, le voilà à nouveau harcelé par des mouches qui s’en prennent à sa tartine de confiture. D’un coup et d’une main, il en tue sept. Fier de son exploit, il se glisse dans une rêverie qui l’emmène à vivre d’incroyables aventures, s’échappant ainsi à son réel et la cruauté de son entourage.

Harcèlement à l’école

Voulu comme une prolongation de « Lignes de faille » présenté à Bordeaux en 2014, la directrice du TnBA retourne à l’enfance, après « Lorenzaccio » en 2015, avec la métaphore comme figure de style. La liberté qu’elle s’octroie avec le conte de Grimm n’est pas gratuite et encore moins un choix par facilité. Car l’enfance, avec ses craintes et ses questions, est un sujet sur lequel le théâtre se penche souvent avec délicatesse, surtout si on y ajoute le harcèlement à l’école, un fléau exacerbé par les temps modernes.

Sur cette dernière question sensible, Catherine Marnas a voulu sonder la pensée de l’enfant et ses forces pour faire face à la cruauté de ses camarades à travers le personnage d’Olivier, un enfant gringalet, maladroit et trop intello pour les autres, plus forts et plus « winners ».

« On part du niveau le plus réel du harcèlement pour plonger dans le côté intemporel et universel du conte et exorciser certaines peurs et prendre le dessus », explique la directrice.

Car, comme l’annonce le narrateur au lever de rideau : « Le théâtre a quelque chose à voir avec la nuit […] et la nuit fait un peu peur. » Commencent alors les aventures d’un souffre-douleur qui n’aura à cœur que de prouver qu’ « il ne faut pas se fier aux apparences ».

« A hauteur d’enfant »

On comprend très vite pourquoi Catherine Marnas a voulu « faire évoluer » ce conte dans une logique de « transmission ». Pour évoquer « les peurs, les angoisses, les désirs, le sentiment d’incompréhension et d’impuissance devant le monde des adultes », elle a écrit son texte « à hauteur d’enfant » et a conduit son personnage vers « une revanche » que seuls « le conte et le rêve permettent de raconter ».

« Un spectacle jeune public est un spectacle à part entière et non pas un sous-domaine du théâtre », prévient-elle.

Ce qui se confirme avec une mise en scène soignée et un décor épuré autour de la représentation d’une maison, « la première chose que les enfants dessinent ».

Pour cette nouvelle création, Catherine Marnas est accompagnée de ses fidèles de la compagnie Parnas. L’enfant est interprété par Olivier Pauls. Julien Duval, Bénédicte Simon et Carlos Martins jouent les autres personnages. La scénographie est confiée à Carlos Calvo et les costumes à Edith Traverso, très bien inspirée. Madame Miniature est au son et ajoute, avec quelques petites trouvailles, une intéressante dimension sonore aux états d’âme du « héros ».

PLUS D’INFOS

« 7 d’un coup », texte et mise en scène Catherine Marnas
Du 21 novembre au 2 décembre 2017
Salle Vauthier, Tthéâtre national Bordeaux Aquitaine, place Renaudel à Bordeaux
À partir de 6 ans
Sur le site du TnBA

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Le diocèse de Rodez joue au yoyo avec la censure d'une pièce de théâtre

Le diocèse de Rodez joue au yoyo avec la censure d'une pièce de théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par VA. sur France 3Régions -  21/11/2017


La pièce de théâtre de la compagnie toulousaine L'An 01, sur l'égalité hommes-femmes, initialement censurée par le diocèse de Rodez, est de nouveau programmée. Le directeur de l'enseignement qui l'avait interdite, sans l'avoir vue, dans 7 établissements scolaires privés, mange son chapeau. 

Le directeur diocésain de l'enseignement catholique de Rodez joue au yoyo avec la censure. 

La pièce « X, Y et moi ? » de la compagnie toulousaine L'An 01, abordant la question de l'égalité hommes-femmes, qu'il avait interdite, sans l'avoir vue, dans les établissements scolaires de l'Aveyron, sera finalement jouée et suivie à chaque fois d'un débat, dans les 7 établissements catholiques privés où il l'avait initialement interdite.

Il aura juste fallu que le principal du groupe scolaire Saint-Joseph de Rodez, Pierre-Marie Puech,  assiste dimanche soir à une représentation de la pièce de théâtre pour que le diocèse opère un virage à 380 degrés et finisse par ignorer la polémique lancée par des sites intégristes.

Créé en 2016, le spectacle « X, Y et moi ? » a d'ailleurs déjà été joué  une cinquantaine de fois en France sans inquiéter, jusqu'à l'épisode aveyronnais, le moindre directeur diocésain d'enseignement. Mais peut-être ses collègues avaient-t-ils pris la peine de voir la pièce au lieu de se lancer dans une stupéfiante interdiction qui confirme que le ridicule ne tue pas.

La compagnie L'An 01, ayant pour sa part tout de même reçu sur les réseaux sociaux de nombreuses menaces, a décidé de porter plainte.

En vidéo, le reportage de Rouzane Avanissian et de Luc Tazelmati :

Voir la vidéo : https://youtu.be/nIcekf1Fqzs

La censure du diocèse de Rodez fait pschitt





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Wajdi Mouawad, l'accomplissement d'un artiste

Wajdi Mouawad, l'accomplissement d'un artiste | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Armelle Héliot dans son blog Le Grand théâtre du monde 19/11/17


Avec "Tous des oiseaux" qu'il a écrit et met en scène à la Colline qu'il dirige, il propose un retour sur les terres déchirées du Moyen Orient, dirigeant les comédiens rares qu'il a réunis. Pas de langue française, de l'arabe, de l'hébreu, de l'allemand, de l'anglais, des surtitres. Et un seul mot en français, "Adieu". Un admirable travail qui est salué par une longue ovation debout par le public.

Wajdi Mouawad est depuis trente ans un des auteurs et des metteurs en scène les plus originaux du paysage théâtral interna tional. Il aura 50 ans l'année prochaine. Né au Liban,, adolescent en France, formé au Québec, il fait partie du cercle des dramaturges de langue française très importants et traduits dans le monde entier.

Nommé directeur du Théâtre national de la Colline, l'une des institutions les plus dotés de France, un très beau théâtre avec deux salles dédiées aux écritures contemporaines, en avril 2016, il frappe un grand coup avec "Tous des oiseaux", quatre heures de spectacle, avec en plus un entracte. Et pas un mot de langue française, mais un travail très puissant qui puise au Moyen-Orient sa fable.


On y retrouve toutes ses angoisses, toutes ses préoccupations. Celles qui étaient offertes à livre ouvert dans le cycle "Le temps des promesses" avec "Ciels", "Incendies", "Littoral", "Forêts", "Le Sang des promesses". Que vous ayez vu ces pièces montées par lui-même ou par Stanislas Nordey, Magali Léris ou d'autres, vous ne pouvez avoir oublié ces grandes histoires, aux fils entremêlés, ce don du récit, cette manière d'être hanté par les liens familiaux et le destin des pays.

Dans "Tous des oiseaux", on retourne au Moyen-Orient. On est pour l'essentiel à Jérusalem, mais l'Allemagne insiste avec une famille venue de Berlin, l'Amérique du Nord aussi, avec la rencontre des deux jeunes héros, un garçon, une fille.

Une phrase de Wajdi Mouawad, parlant de ce texte, le circonscrit : "Tout conflit fratricide cache un labyrinthe où va, effroyable, le monstre aveugle des héritages oubliés."

Comme toujours, l'auteur tresse inextriquablement le fil de l'histoire et des luttes fratricides qui ensanglantent le Moyen Orient, et le fil des histoires personnelles. En cela, Wajdi Mouawad a toujours été du côté des tragédies antiques, qu'il a d'ailleurs mises en scène en un très long cycle.

Pour la forme, il a toujours reconnu comme un maître le grand Robert Lepage. Et, dès l'ouverture de "Tous des oiseaux", la scène qui voit la rencontre des deux plus jeunes protagonistes dans une bibliothèque "sonne" comme une histoire qui pourrait être écrite par Lepage...

On ne détaillera pas ici le récit lui-même, l'intrigue. On ne vous parlera pas précisément des survenues du passé, des scènes traumatiques et des moments où se forment les noeuds qui expliquent la situation de crise que raconte "Tous des oiseaux".

Il y a un suspens, une histoire pleine de mystère que l'auteur nous dévoile peu à peu et qui fait partie du plaisir profond que l'on prend à suivre les extraordinaires interprètes réunis par Wajdi Mouawad.,

Ces interprètes, nommons-les : Souheila Yacoub est Wahida, Jérémie Galiana; Eitan. Ce sont eux qui se rencontrent dans une bibliothèque, et ils sont les deux personnages sur qui pèsent les tragédies d'autrefois et celles du jour. Mais tous sont marqués.

Les parents d'Eitan sont Raphael Weinstock qui est David, Judith Romair qui est Norah. Les grands-parents, père et mère de David, Leora Rivlin, Leah, Rafael Tabor, Etgar. Ajoutez, Darya Sheizaf, Eden (et l'infirmière), Jalal Altawil, Wazzan, Victor de Oliveira, le serveur, le rabbin, le médecin.

Il y aurait les biographies de ces grands artistes à détailler (vous les trouverez à la fin du livret de salle), il y aurait le jeu exceptionnel, la puissance, la profondeur, la grâce, la vérité de chacun.

Et les langues donc. Ici, on ne se plaindra pas de lire des surtitrages, car cela a du sens d'avoir choisi les "vraies" langues de ce monde : anglais, hébreu, arabe, allemand.

Dans les colonnes du "Figaro", très vite, on reparlera de ce grand travail, intelligent, cohérent, du théâtre qui nous parle et nous fait comprendre sa puissance.

Théâtre national de la Colline, du mardi au samedi à 19h30, dimanche à 15h30. Comptez en tout 4h15, entracte compris. Réservations au 01 44 62 52 52.


Photo de Simon Gosselin DR
www.colline.fr

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Joris Lacoste : tendres et maudits soupirs des mots dits

Joris Lacoste : tendres et maudits soupirs des mots dits | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan  20 NOV. 2017




L’Encyclopédie de la parole a dix ans, cela va encore mieux en le disant, c’est l’occasion pour Joris Lacoste, Emmanuelle Lafon et leur bande de signer deux spectacles exquis : « Blablabla » pour les enfants d’abord et « Suite n°3 “Europe“ » pour les Européens d’abord. Ça parle et ça nous parle. Ça chante et ça nous enchante.


Elle est assise en lotus, elle tient entre ses mains une tablette lumineuse couverte d’un quadrillage de cases en couleurs. Elle est mince, blonde, en short vert, j’écris « elle » mais je pourrai écrire « il ». C’est un lutin androgyne (on pense au Petit prince, à Poil de carotte, à Alice, etc.) qui semble sorti du cube sur lequel il-elle est assis(e). Petite fille et petit garçon, il-elle s’adresse au public où dominent les 6-10 ans, les adultes – parents, accompagnants, spectateurs ordinaires – ne sont pas les derniers. Optons pour le elle, on dira plus loin pourquoi. D’un doigt, elle appuie sur une case, on entend une voix qui nous parle, un enregistrement qui nous vient du monde réel : la voix du chef du train qui nous accueille à bord d’un TGV. Une autre case : le commentateur sportif d’un match de foot. Une autre encore : une voix extraite d’un dessin animé.

« Mamaaaan », « papaaaa »

Et petit à petit la lutine reprend de plus en plus la voix en en épousant les accents, les inflexions, le débit. C’est comme un flirt. De plus en plus pressant. La voix enregistrée est bientôt supplantée par la voix de la personne vivante assise en lotus devant nous. Voici maintenant que la lutine se lève, ce n’est plus seulement une voix mais c’est un corps qui fait corps avec ce que dit la voix : la voici, petite fille réclamant sa « mamaaaan » ou bien cherchant son « papaaaa ».

L’enfant dans la salle reconnaît des situations qu’il connaît bien : le petit-déjeuner et les repas à la maison, la cour de l’école, les pubs, les cours de danse, les salles de sports, la télé, les jeux vidéo, etc. Et l’enfant voit comment la personne qui évolue sous ses yeux réussit le prodige de citer la situation connue et souvent vécue, en s’en jouant c’est-à-dire en jouant avec sa voix et tout autant avec son corps.

C’est ainsi que commence Blablabla, probablement le spectacle qui va le plus tourner dans les années qui viennent car toutes les écoles de France devraient le réclamer et le ministre de l’Education nationale, entre deux réformes de la carte scolaire ou de l’apprentissage du langage, devrait verser une subvention spéciale à cette œuvre joyeusement éducative.

Les enfants assistent, sans que cela soit dit, à la naissance du jeu (l’imitation du réel) ou si l’on veut à l’origine du théâtre. Ils ont devant eux une lutine complice. Elle comprend ce qu’ils savent et que les parents ont parfois du mal à comprendre ; que pour se cacher il suffit de se mettre les mains devant les yeux, qu’une petite cuillère dans la main est une épée de chevalier et une arme de destruction massive, que les mots sont aussi des animaux. En assistant à Blablabla, sans qu’il y ait la moindre explication à leur donner, ils comprennent ce que certains artistes aujourd’hui répugnent à comprendre : que le théâtre n’est pas la reproduction mécanique du réel (avec tout ce que cela entraîne de nauséabond, du voyeurisme à l’instrumentalisation) mais, ad minima, sa reconstruction. Par le travail de l’acteur (et des autres) qui peut partir de l’imitation pour mieux s’en affranchir, transfigurant le réel pour mieux l’honorer, le comprendre, le critiquer...

La lutine dont il est question, c’est une jeune femme, Armelle Dousset. Un prodige. Danseuse (formée au CNDC d’Angers), musicienne (accordéon, piano et des tas de groupes), actrice (au regard perçant et aux gestes précis), fan du Japon : tout pour plaire. Et ce qui convient à merveille aux visées de Blablabla : un corps d’enfant dans son corps de femme.

Une banque de données sonores

La mise en scène est signée Emmanuelle Lafon, actrice pilier du collectif 71 et pionnière de l’Encyclopédie de la parole fondée par Joris Lacoste il y a dix ans dont elle fut l’unique et phénoménale interprète du premier spectacle, Parlement, en 2009. Devaient se succéder Suite n°1 en 2013, Suite n°2 en 2015 et aujourd’hui Suite n°3 “Europe”, parallèlement à Blablabla. Voir ces deux spectacles le même jour comme le proposait le Phénix de Valenciennes dans le cadre du festival NEXT est une expérience aussi riche qu’excitante.

Les deux spectacles partent d’une même banque de données sonores : les paroles de toutes sortes – des plus officielles aux plus saugrenues, des plus rares aux plus communes, des voix enregistrées à la sauvette sur un iPhone à des voix de publicités peaufinées en studio – autant de paroles que Joris Lacoste et ses dizaines de prospecteurs récoltent de par le monde dans une multitude de langues. Des milliers de paroles que l’on peut retrouver sur le site de l’encyclopédie (attention, on peut devenir accro très vite et y passer des heures comme quand on feuillette un gros dictionnaire pour chercher un mot qui en entraîne un autre, etc.).

Les paroles ne sont pas classées par pays ou par langue mais par tendances : mélodies, cadences, répétitions, saturations, timbres, chiralités, etc. Chacune s’ouvre par la définition de la tendance. Par exemple, plis : « Déviation du cours de la parole par digressions, détours, parenthèses ou citations, lui permettant de jouer de multiples qualités et de différents registres. Le pli produit un louvoiement qui tord le fil du discours sans jamais le briser. » Cohabitent dans « Plis » un discours de Léon Blum au Luna Park de Paris en 1936, la voix de Marc Kravetz dans une émission des Matins de France Culture en 2007, Darry Cowl dans un extrait du film Assassins et Voleurs de Sacha Guitry en 1957 ou une scène de métro enregistrée par Nicolas Rollet en 2010, pour ne citer que quatre exemples. C’est vertigineux.

C’est un corpus par définition sans fin qui augmente chaque année et s’enrichit de nouvelles tendances. Par exemple, dans la tendance « ponctuation » cohabitent Léon Zitrone faisant la nécrologie de la mort de Joe Dassin au journal télévisé en 1980, Laurent Terzieff en 1988 défendant le théâtre de texte contemporain dans un des rares moments mémorables des ennuyeuses nuits des Molière sur France 2 (« le texte, d’abord ! (applaudissements)... », Paul Claudel évoquant ses pièces dans un entretien avec Jacques Malaude et Pierre Schaeffer en 1944.

Un spectacle en 24 langues

Toutes les pièces sonores de cette collection sont récoltées par des prospecteurs et sélectionnées par Joris Lacoste et ses collaborateurs. On peut également s’y aventurer par une lecture aléatoire.

Suite n°3 “Europe” se concentre sur les 24 langues de l’Europe politique, la géographique allant jusqu’à l’Oural, disait l’homme de Colombey et de la Chienlit qui pourrait figurer dans la tendance emphase (« Je vous ai compris... ») à coté d’André Malraux (« Entre ici, Jean Moulin »), Jean-Louis Boris (défendant Le Mépris de Jean-Luc Godard à la grande époque du Masque et la Plume) et bien d’autres, connus ou inconnus. Dans le spectacle, il ne s’agit pas d’empiler les voix mais de les articuler, de les orchestrer, et c’est toujours le cas depuis Parlement.

Cette fois, avec Suite n°3, Joris Lacoste et la bande de l’Encyclopédie de la parole poussent le bouchon plus loin. Le choix des paroles est délimité par un corpus (au demeurant très large) : il vise non pas à nous montrer une Europe officielle, unie, démocratique, accueillante voire glorieuse, mais une Europe d’aujourd’hui (toutes les paroles sont récentes) qui divise, ostracise, insulte, salit ; des paroles qui font froid dans le dos et mal au cœur, des paroles parfois si abjectes qu’on en vient à douter de leur véracité (mais si, elles existent, les documents sonores sont là).

Eh bien chantez maintenant

Bref, une Europe qu’on aimerait ne pas entendre : poème d’une petite fille polonaise aux relents nationalistes, glorifiant les frères Kaczynski et l’Eglise catholique polonaise dans ses instances les plus réactionnaires ; prêche d’un prêtre orthodoxe de Chypre aux accents anti-juifs et anti-roms ; un entraîneur de foot italien à Arezzo insultant et humiliant son équipe battue par un club amateur ; les paroles d’une vidéo anti-avortement venue de Riga décrivant des scènes de fœtus déchiré et criant que n’oserait pas inventer un cinéaste ultra-gore ; une star de la télé-réalité à Porto s’en prenant à une mendiante à laquelle elle vient donner un euro (sous l’œil des caméras) après que l’infortunée lui a demandé d’aller jusqu’à cinq euros ; un vote à l’assemblée nationale grecque où de nombreux textes de lois sont adoptés à la majorité devant trois députés qui, de plus, ne votent pas. Etc.

Chaque texte est dit dans sa langue d’origine et traduit dans la langue locale via des surtitres disposés en sorte que l’on ne se torde pas le cou. Mais plus que simplement dites, les paroles sont le plus souvent chantées, scandées, « mélodiées » par une chanteuse, Bianca Iannuzzi, et un chanteur, Laurent Deleuil, qui ont travaillé avec des coaches pour les langues qu’ils ne parlaient pas, bien qu’ils soient l’un et l’autre polyglottes. Ces fantastiques interprètes sont accompagnés au piano par le sautillant Denis Chouillet. Les trois exécutent une partition musicale écrite par Pierre-Yves Macé sur les textes choisis et ordonnés préalablement par Joris Lacoste. C’est varié à l’extrême, souvent surprenant, les plaisirs des sens venant canaliser les douches froides que déversent le plus souvent ces paroles qui vont du populisme le plus gras à l’abjection la plus nauséabonde en passant des scènes d’une banalité abyssale comme ce gros lard finlandais avachi dans un canapé parlant à une bouteille de mousseux, qui sait, en songeant peut-être à Hamlet s’adressant au crâne de Yorrick.

On pourrait parler d’un récital, mais le mot n’englobe pas tout ce qui se passe sur la scène. Performance ? Il y a de cela mais pas seulement. Alors quoi ? Tour et détours de chants ? Bof. Théâtre documentaire chanté ? Vous plaisantez ! Pamphlet contre une Europe de tous les renoncements ? Oulala... Alors quoi ? Alors, assez de blabla, restons-en là.

 Jean-Pierre Thibaudat

Le festival NEXT se poursuit jusqu’au 25 nov à Lille, Villeneuve d’Ascq , Kortrijk (BE), Tournai (BE) et Valenciennes.

Suite n°3 “Europe” - Après sa création au Théâtre Garonne de Toulouse et le festival NEXT, le spectacle poursuit sa tournée :

Théâtre de la Ville, Espace Cardin, Paris, dans le cadre du Festival d’automne, du 21 au 24 nov ;

Apostrophe de Cergy Pontoise toujours dans le cadre du Festival d’automne, les 30 et 31 janvier ;

Festival Alkantara, Lisbonne, les 9 et 10 fév ;

Opéra de Reims dans le cadre du festival Scènes d’Europe, le 15 fév ;

Mousontyurm, Francfort, les 15 et 16 mars ;

Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, du 19 au 21 mai ;

Festival Baltoscandal, Rakvere (EE), en juillet.

Blablabla - Après la création à Genève, un premier volet de programmation dans le cadre du Festival d’automne et le Phénix, le spectacle poursuit sa tournée :

Maison Daniel Féry, Nanterre, du 21 au 23 nov ;

Théâtre Paul Eluard, Choisy-le-Roi, dans le cadre du Festival d’automne, les 26 au 28 nov ;

T2G, Gennevilliers, dans le cadre du Festival d’automne, du 4 au 9 déc ;

Le Volcan, le Havre, du 16 au 20 déc ;

La Parvis, Tarbes, les 9 et 10 janv ;

Le Quartz, Brest, du 16 au 18 janv ;

Théâtre de Lorient, du 23 au 27 janv ;

Théâtre de Poche, Hédé, le 2 fév ;

CDN de Besançon, du 7 au 13 fév :

Tandem, Douai, les 20 et 21 févr ;

Le Vivat, Armentières, les 6 et 7 avril ;

Le Rive Gauche, Saint-Etienne-du-Rouvray, festival Terre de paroles, les 19 et 20 avril ;

Espaces pluriels, Pau, les 25 et 26 avril ;

Pôle culturel d’Alfortville, les 16 et 17 mai ;

Théâtre de Vanves, les 31 mai et 1er juin.


http://www.encyclopediedelaparole.org/

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Les éblouissements d’un Dom Juan sans futur

Les éblouissements d’un Dom Juan sans futur | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Patrick Sourd dans les Inrocks


Transformant le “Dom Juan” de Molière en un spectacle fleuve où chaque seconde est jouissance, Marie-José Malis acte de la fin du mythe du héros libre-penseur dans une splendide épiphanie théâtrale.



S’agissant de Dom Juan de Molière, on sait gré à Marie-José Malis de commencer par déshabiller la cage de scène pour que l’espace même de la représentation soit un relaie des promesses érotiques de la pièce. Corps alangui enlaçant les spectateurs d’une simple avant-scène qui pénètre à jardin dans la salle, la sensualité du geste scénographique donné au plateau s’accorde à l’impudeur des dégagements laissés à vue vers les coulisses à cour et à la mise à nu de la machinerie.


Comme un premier blasphème dans cette pièce où l’on ne cesse d’en appeler au Ciel, on devra se contenter dans ce théâtre qui ne croit ni à Dieu ni à diable de la très matérialiste présence d’un acteur intervenant dans les cintres pour que l’inquiétant ballet des perches métalliques suffise à incarner un courroux divin qui s’amplifie à chaque nouvelle provocation de Dom Juan.


Une subtile musicalité mozartienne


A la justesse de l’effeuillage de la fabrique théâtrale s’ajoute le désir de ramener le texte à la source de ses mots. S’affranchissant de la vaine course des répliques, le parti pris de Marie José Malis acte du déploiement des vertiges de la pièce en s’immisçant dans les profondeurs de chacune de ses phrases. Sans parler d’un théâtre souhaitant se mesurer au lyrisme de son double mozartien, le spectacle se réclame d’une musicalité subtile qui l’accompagne de scène en scène et multiplie ses lignes de fuites en puisant à Giya Kancheli, Darius Milhaud, Bach, Beethoven et Schubert pour ne citer qu’eux.


Pas question pour autant d’en faire une messe laïque. C’est l’idée d’une comédie tourmentée infusant dans les troubles chaos de notre époque qui guide Marie José Malis. Amoureuse offensée dans sa dignité, Elvire nous chavire, plus libre que jamais dans l’interprétation à fleur de peau de Sylvia Etcheto. Sganarelle (Olivier Horeau) hérite sans ambiguïté des fastueuses marges de manœuvre offertes par la Commedia dell’arte. Puisqu’il est en guerre contre tout ce qui enferme les êtres, Dom Juan (Juan Antonio Crespillo) devra payer de sa personne en n’étant jamais à l’abri de se prendre des claques de la part de son valet.
S’amusant de cette légèreté populaire en pleine lumière pour régler les rapports, Marie-José Malis se refuse à dresser sur un piédestal l’éveilleur des consciences et le militant du désir qu’est Dom Juan. Avoir raison contre tous, ne suffit plus à faire de vous un héros quand on reste un gentilhomme jouissant de tous ses privilèges. C’est son incapacité à s’engager pour combattre la misère du monde qui condamne aujourd’hui Dom Juan à sa relégation. Mais comment faire le deuil de cette révolte qu’il incarne et que l’on continue de nommer liberté de penser ?


Patrick Sourd


Dom Juan de Molière, mise en scène Marie-José Malis. La Commune, centre dramatique national d’Aubervilliers, jusqu’au 29 novembre. Intégrale, 4h30 sans entracte.

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Le retour de Patrice Chéreau à l’Opéra de Paris

Le retour de Patrice Chéreau à l’Opéra de Paris | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Marie-Aude Roux dans Le Monde



Quatre ans après la mort du metteur en scène, une exposition rappelle sa passion pour les œuvres lyriques.


Il aura fallu quatre années, ­le temps d’un « Ring » wagnérien, pour que l’Opéra de Paris consacre une exposition au metteur en scène, cinéaste et acteur Patrice Chéreau, mort à 68 ans le 7 octobre 2013. Elle ­réunit quelque 160 pièces – lettres, notes de travail, entretiens, photos, maquettes, et extraits ­vidéo –, qu’accompagnent, à l’Opéra Bastille, la reprise du magistral De la maison des morts, de ­Janacek, mis en scène par ­Chéreau en 2007 ainsi qu’un cycle de projection de ses opéras.

C’est en 1974 au Palais Garnier avec Les Contes d’Hoffmann­, d’Offenbach, rendus à l’univers fantastique d’E.T.A. Hoffmann, que le metteur en scène marque l’opéra de son aura libertaire. ­Chéreau pense trouver dans l’opéra quelque chose d’« encore plus théâtral que le théâtre ». Il ne cessera de déchanter au fil des succès : un leitmotiv revient, celui d’abandonner un jour un art dont les lourdeurs le heurtent (manque de temps pour le travail en répétitions, lenteurs administratives, conservatisme du public), au point qu’il craint presque d’y « désapprendre le théâtre ».

CE QUE RÉVÈLE L’EXPOSITION EST LE FLUX DE MOTS DONT PATRICE ­CHÉREAU A RECOUVERT LE MONDE


Il y reviendra pourtant périodiquement, en dépit de longues interruptions, travaillant encore sur son lit d’hôpital à ce Moïse et Aaron, de Schoenberg, qui échoira finalement à Romeo Castellucci, après avoir livré en juillet 2013 un final en forme de « toro de fuego » : Elektra, de Richard Strauss, d’une beauté poignante, dernière béance tragique d’un homme malade au talent inaltéré, inaltérable.

Plus que les tableaux qui ont nourri l’imaginaire « chéraldien » – son père est peintre, sa mère dessinatrice, plus que les portraits de jeunesse (la photo d’un adolescent à lunettes un peu joufflu), plus encore que l’indéfectible collaboration avec l’ami Richard Peduzzi rencontré en 1967, dont sont exposés dessins et maquettes, ce que révèle l’exposition est le flux de mots dont Patrice ­Chéreau a recouvert le monde – livrets d’opéra, partitions, notes de travail, papiers à en-tête d’hôtel. Nombres d’extraits d’interviews témoignent également d’une parole aisée, séduisante, à l’intelligence virtuose.

« Ring du Centenaire »

Un espace particulier est réservé au fameux « Ring du Centenaire » à Bayreuth, immense scandale commué en triomphe historique. Deux magnifiques photos de Patrice Chéreau et Pierre ­Boulez (issues du Fonds Patrice Chéreau à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine – IMEC) montrent les deux hommes, ­sérieux, assis côte à côte sur les marches du Festspielhaus en 1976, puis courant, on l’imagine quelques années plus tard, sur le plateau, souriants et en habits, pour recevoir les saluts du public (image non datée). Entre 1976 et 1980, on sera passé des huées et menaces de mort à plus d’une heure et demie de rappels, et dans l’histoire de Bayreuth, de l’avant à l’après Chéreau.

En 1979, toujours à Garnier, c’est avec Chéreau que la Lulu de Berg entre dans la légende dans sa version intégrale. De Mozart qu’il aimait, il aura mis en scène trois opéras : un admirable Lucio Silla, en 1984, à La Scala de Milan, un Don Giovanni plus controversé au Festival de Salzbourg, en 1994. ­­Et puis, en 2005, le sombre Cosi fan tutte du Festival d’Aix-en-Provence, repris au Palais Garnier à Paris. Une fructueuse colla­bo­ration avec Stéphane Lissner dont était né, dès 1992, un sidérant ­Wozzeck, de Berg, puis, en 2007, deux chefs-d’œuvre coup sur coup : le fameux De la maison des morts, de Janacek (avec Pierre Boulez), et Tristan et Isolde, de Wagner (avec Daniel Barenboïm), opéra longtemps esquivé par le metteur en scène qui craignait de « faire quelque chose qui ressemble au Ring », ce qui ne fut pas le cas.

Quatre ans après la mort du grand metteur en scène, cette exposition (et le catalogue coédité avec Actes Sud Papiers) parle ainsi de l’éphémère lié au spectacle vivant. Une entropie de la matière qui rend l’esprit plus fort encore. Celui de Patrice Chéreau s’est incarné dans son œuvre, mais a aussi touché le cœur de ses chanteurs (ainsi la grande mezzo-soprano allemande Waltraud Meier rencontrée en 1992 dès Wozzeck) et des chefs d’orchestre, Pierre Boulez, Daniel Barenboïm, Esa-Pekka Salonen, qui l’ont accompagné. Au spectateur maintenant d’entrer dans la ronde.

« Patrice Chéreau. Mettre en scène l’opéra ». Bibliothèque-musée de l’Opéra Palais Garnier, Paris 9e. Jusqu’au 3 mars 2018. ­­De 10 heures à 17 heures (sauf jours de représentation en matinée et de fermeture exceptionnelle). operadeparis.fr et bnf.fr

Au programme du cycle Patrice Chéreau

Films

Cycle de projections de dix opéras. Du 19 au 26 novembre. Studio Bastille, Paris 12e. Gratuit (réservation obligatoire sur le site operadeparis.fr)

Opéra

De la maison des morts, de Janacek. Avec Willard White, Peter Mattei, Eric Stoklossa, Stefan Margita, Patrice Chéreau (mise en scène). Orchestre de l’Opéra de Paris, Esa-Pekka Salonen (direction). Opéra Bastille, Paris 12e. Du 18 novembre au 2 décembre. Tél. : 08-92-89-90-90. De 5 € à 150 €. operadeparis.fr

Livres

Patrice Chéreau. Mettre en scène l’opéra, collectif, Actes Sud-Papiers, Opéra de Paris, BnF, novembre 2017, 192 p., 39 €.

« Patrice Chéreau. Opéra et mise en scène », Avant-Scène Opéra, n° 281 (numéro spécial), juillet-août 2014, 25 €.

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La 7e fonction du langage mise en scène de Sylvain Maurice au Théâtre de Sartrouville-CDN 

La 7e fonction du langage mise en scène de Sylvain Maurice au Théâtre de Sartrouville-CDN  | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par MLB dans le blog Mlascene 


       Les 7 raisons d’aller voir 
« La 7e FONCTION DU LANGAGE »


1/ Le spectacle est jubilatoire, enlevé, malicieux.

2/ L’adaptation de Sylvain Maurice concentre ce qu’il y avait de mieux dans le roman de Laurent Binet. La Septième fonction du langage, le « polar » iconoclaste, paru chez Grasset, s’amusait à attaquer le milieu intellectuel parisien des années 80 mais souffrait des certaines longueurs. Le spectacle réussit le pari de reprendre, en une heure trente, les cinq cent pages du roman, sans en altérer le piment.

3/ Nous sommes le 25 février 1980. La fiction se joue du réel. L’histoire savoureuse a pour point de départ l’assassinat de Roland Barthes en plein Paris. Au sortir d’un déjeuner avec François Mitterrand, alors candidat à l’élection présidentielle, l’universitaire est fauché par une camionnette. Il est porteur d’un terrible secret. Il existerait une septième fonction du langage. L’éminent linguiste Jakobson n’en recensait que six. Celui qui parviendrait à la posséder serait désormais détenteur d’un grand pouvoir.

4/ Le duo d’enquêteurs, fidèle au modèle de Laurent Binet, est burlesque à souhait. Pascal Martin-Granel incarne le flic inculte, Manuel Vallade, le chargé de cours à la Fac de Vincennes, embarqué de force, pour ses connaissances en sémiologie.  Leurs facéties ne s’arrêtent pas là.  Les comédiens endossent une pléiade de rôles. Ils partagent le plateau avec Constance Larrieu, hilarante. A trois, ils font exister, dans l’instant, une multitude de personnages hauts en couleurs qui courent et s’entretuent pour la septième fonction du langage.

5/ Sylvain Maurice propose une mise en scène alerte où, dit-il, « on joue à jouer ». Le plateau est une scène surélevée, une estrade où les acteurs à la faveur d’un accessoire ou d’une position dans l’espace changent de rôle. Ça va vite. La quête de la vérité se fait dans l’urgence et depuis, Réparer les vivants, son adaptation du roman de Maylis de Kerangal, on sait que Sylvain Maurice excelle à traduire scéniquement cet engagement des corps et des esprits. Ici, c’est au service de l’irrévérence joyeuse.

5 bis/ Cette course effrénée est accompagnée en direct par deux musiciens. Manuel Peskine ( qui a conçu la musique) et Sébastien Lété. A cour et à jardin, les synthés, les percussions et les bruitages dialoguent avec les actions sur scène. 

6/ La scénographie, tirée au cordeau, est sublimée par la lumière d’Eric Soyer et les vidéos de Renaud Rubiano.  Deux panneaux coulissent et permettent d’ouvrir l’espace. Ils sont prolongés par un écran en arrière plan qui autorise les projections et les incursions du réel.

7/ Et si la septième fonction du langage était de véhiculer l’espoir : qu’a fait la Gauche de cet élan, porté par tant de voix, le 10 mai 1981 ? Les dernières images du spectacle, que je vous laisse découvrir, interrogent. A nous de répondre…

http://www.theatre-sartrouville.com/

Jusqu’au 25 novembre

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