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Fessenheim est le symbole de l’hypocrisie énergétique française

Fessenheim est le symbole de l’hypocrisie énergétique française | ReCap21 | Scoop.it

La décision du Conseil d’État, jeudi 25 octobre, d’annuler le décret de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim révèle, selon l’autrice de cette tribune, l’hypocrisie d’un système énergétique sur lequel le pouvoir politique n’a pas de prise.

 

L’annulation du décret de fermeture de Fessenheim par le Conseil d’État est apparue comme une forme de scandale : comment l’absence de délibération correcte (sans doute tout à fait volontaire) de EDF (dont l’État possède 84 % des parts) pour demander la fermeture de la centrale peut-elle primer sur une volonté politique très clairement affichée ? Pourtant, le scandale n’est pas dans la décision du Conseil d’État, même si ce dernier a toujours validé (sauf pour Creys-Malville) toutes les décisions, même les plus illégales, dès lors qu’elles défendaient le nucléaire. Il est dans l’organisation même du système. En fait, Fessenheim est le symbole de la parfaite hypocrisie du système, qui semble s’inscrire dans l’État de droit mais qui n’est qu’une stratégie permanente de contournement des règles.

Contournement tout d’abord des normes de sécurité qui conduit à une prise de risque délibérée. Cette centrale, construite dans une zone hautement sismique, en contrebas de plus de 8 m du canal du Rhin, avec une simple enceinte de confinement, sans tour de refroidissement, est en elle-même le modèle de ce que l’expérience nous a appris à éviter si nous ne souhaitons pas Fukushima chez nous. D’où l’exaspération de nos voisins et la concentration de la contestation européenne sur cette centrale. Mais il y a plus grave encore.

  • Incapable de respecter les normes européennes en ce qui concerne la concentration des produits chimiques dans l’eau, EDF a obtenu néanmoins l’autorisation de fonctionner par dérogation, l’absence de motivation de ces dérogations ayant fait l’objet d’un arrêt du Conseil d’État sans aucun effet puisque le même arrêté a été repris sans davantage de motivation. La seule motivation est qu’il n’est pas possible de faire autrement… mais est-ce une motivation ?
  • Incapable de respecter les règles de sûreté mises en œuvre en ce qui concerne la tenue des générateurs de vapeur, puisque certains générateurs de vapeur de Fessenheim font partie des pièces falsifiées construites au Creusot. EDF a obtenu de l’Autorité de sûreté nucléaire le droit de fonctionner sans que les règles de qualité ne soient remplies et sans que les critères initiaux ne soient satisfaits…
  • Incapable enfin de respecter les propres règles que l’Autorité de sûreté nucléaire vient de fixer pour la fermeture. En effet, l’Autorité de sûreté nucléaire vient de reconnaître que, faute d’avoir fait les travaux nécessaires à une prorogation au-delà de 40 ans ni même de les envisager, Fessenheim devait fermer une fois passé le délai de 40 ans. Sauf que ce délai est passé, puisque la centrale a été mise en service le 1er janvier 1978… elle aurait dû fermer au 31 décembre 2017. Mais là encore, contournement des règles puisque le délai est computé non pas à partir de la mise en service mais en computant le délai par tranche de 10 ans, en se fondant sur les visites décennales qui ont été repoussées au fur et à mesure du temps. La dernière visite décennale ayant eu lieu en 2012, cela donne un délai à 2022.. soit 45 ans.

Il serait peut-être temps d’appliquer à l’industrie nucléaire des règles de rationalité

Le deuxième système de contournement mis en place est purement financier. Pour « accepter » la fermeture de Fessenheim, EDF a obtenu de l’État le versement d’une indemnité de 400 millions d’euros plus le manque à gagner résultant d’un fonctionnement possible de 50 ans. On croit rêver ! Il s’agit tout simplement d’une supercherie destinée à contourner les règles d’aides d’État qui interdisent à la France de continuer à subventionner comme elle le fait le système nucléaire. Rappelons que le contribuable a déboursé la bagatelle de 7 milliards d’euros en 2017 pour renflouer Areva et EDF, la première étant en faillite et la seconde fort mal en point. Mais, la fermeture de Fessenheim étant maintenant décidée par l’ASN pour cause de manquement aux règles de sûreté indispensables au prolongement de la durée de vie au-delà de 40 ans, il n’existe plus aucune raison pour que le contribuable se voie contraint de verser la moindre indemnité à EDF. A fortiori, cette centrale ne présentant évidemment pas les qualités nécessaires et ce d’autant plus que les règles post-Fukushima y sont inapplicables, EDF ne dispose d’aucun fondement juridique pour demander quelque autre indemnité que ce soit. Il serait peut-être temps d’appliquer à l’industrie nucléaire des règles de rationalité, d’admettre ce que tous les autres pays ont admis, à savoir l’absence de rentabilité de cette énergie et de développer réellement et massivement le renouvelable, le stockage et l’efficacité énergétique. Ce n’est visiblement pas la stratégie choisie, la France continue à investir massivement dans cette industrie du passé et, pour éviter les fourches caudines de la Commission européenne, la pseudo indemnisation de Fessenheim est une trouvaille.

Enfin, le comble de l’hypocrisie réside dans l’organisation juridique, qui prive le pouvoir politique de réaliser ses choix énergétiques. En effet, le Code de l’environnement dans sa rédaction actuelle exclut toute intervention du pouvoir politique pour fermer une centrale nucléaire et donc appliquer les choix énergétiques qu’il prétend faire. Une centrale nucléaire ne peut fermer que si l’exploitant le demande ou si l’Autorité de sûreté nucléaire l’exige pour des raisons de sûreté. Dans ce cas, le pouvoir politique peut également agir sur avis de l’ASN. EDF ayant décidé de porter la durée de fonctionnement de ses centrales nucléaires à 50 ans - c’est ce qui figure dans sa comptabilité comme si l’ASN n’existait pas –, elle n’a aucune raison de demander leur fermeture. Sa seule obligation consiste à respecter le plafond –et non le plancher comme elle le soutient – de production d’électricité nucléaire prévu par la loi. D’où la contrainte de demander la fermeture de Fessenheim si Flamanville ouvrait un jour….

Il est donc indispensable de sortir de l’hypocrisie et de modifier la loi pour permettre au gouvernement de décider, pour des raisons de politique énergétique, de la fermeture de centrales nucléaires. Ne pas procéder à ce changement équivaut à continuer à prendre les Français pour des imbéciles en prétendant faire des choix que l’on est dans l’impossibilité de réaliser.

En définitive, l’arrêt du Conseil d’État a pour avantage de nous ramener dans la réalité et non dans la fiction dans laquelle nous avait introduit le « faux » décret de fermeture de Fessenheim. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et les limites évidentes de l’exercice qui résulte de l’absence de pouvoir juridique du gouvernement confortée par l’inutilité totale de ses représentants au conseil d’administration — qui s’abstiennent sur les sujets majeurs pour cause de conflits d’intérêts — doivent conduire à sortir de l’hypocrisie et à répondre enfin au souhait d’une majorité de Français : organiser une sortie raisonnée et rationnelle du nucléaire.

 

Corinne Lepage est présidente de Cap21/Le Rassemblement citoyen.

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Le lobby nucléaire est aux commandes, au mépris de la sécurité des Français

Le lobby nucléaire est aux commandes, au mépris de la sécurité des Français | ReCap21 | Scoop.it

Les débats finaux –si tant est qu'il y en ait- autour de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) sont à pleurer tant ils méprisent l'intérêt des Français, les choix qu'ils ont exprimés lors du débat public, leur porte-monnaie et leur vie.

 

Les débats finaux –si tant est qu'il y en ait- autour de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) sont à pleurer tant ils méprisent l'intérêt des Français, les choix qu'ils ont exprimés lors du débat public, leur porte-monnaie et leur vie.

Le lobby nucléaire est bien obligé de sortir du bois pour préciser le nombre de centrales qu'il est prêt à fermer... Après 2029, puisque chacun a bien compris que c'est lui qui décidait de la politique énergétique de la France et par voie de conséquence des risques auxquels les français sont exposés et des coûts qu'ils seront bien obligés de supporter.

EDF serait donc prêt à fermer entre 7 et 12 réacteurs entre 2029 et 2035. Ils auront alors plus de 50 ans (sic). RTE plus raisonnable propose d'en fermer 6 d'ici 2028. EDF, qui traîne un boulet de plus de 50 milliards de dettes, mais est convaincu que le contribuable français la comblera comme il l'a fait pour partie pour Areva (tous les "trucs" sont bons pour éviter la colère de l'Union européenne et contourner l'interdiction des aides d' État) veut en plus construire 6 EPR à 10 milliards l'unité ... à condition qu'il soit capable déjà d'en construire un, ce qui n'est pas démontré. On croit rêver!

Tout ceci se fait bien entendu comme si l'autorité de sûreté nucléaire n'existait pas, mais il est vrai que sa complaisance lorsqu'il s'agit de prendre des décisions fortes se fait de plus en plus grande... voir son attitude déraisonnable par exemple sur les générateurs de vapeur de Fessenheim ou sur l'absence de réalisation dans les délais prévus des unités de secours des diesels qui devaient être réalisés sur toutes les centrales nucléaires (décision de 2012) et qui ne le sont que sur deux réacteurs à ce jour.

Tout ceci se fait au mépris de la sécurité et de la sûreté. Ainsi, grâce à une députée allemande, l'autorité de sûreté nucléaire a été mise dans l'obligation de publier la liste des événements dits précurseurs définis comme étant "ceux qui conduisent un accroissement de risque de fusion du cœur par rapport à la probabilité de fusion du cœur pris en compte lors de la conception des installations". Pas moins de 158 événements de ce type se sont produits entre 2003 et 2014 dont 14 pour Fessenheim 1 et 17 pour Fessenheim 2, nombre maximal atteint par quatre autres réacteurs -dont Bugey-. Ainsi, alors que le risque d'accident nucléaire s'accroît de manière considérable avec des réacteurs de plus de 40 ans qui ont été prévus initialement pour durer 30 ans, EDF n'hésite pas, pour son intérêt économique propre, à exposer les Français à des centrales de 50 ans d'âge.

 
 

Tout ceci se fait au mépris de l'avis émis par les Français lors du débat public qui s'est déroulé entre mars et juin 2018, sous l'égide de la commission nationale du débat public. La volonté de réduire la part du nucléaire en favorisant le renouvelable, et ce dans les délais les plus rapides, et de fermer les centrales vieillissantes s'est exprimé de la manière la plus claire. Mais, au mépris des exigences communautaires qui imposent de prendre en considération l'avis du public lorsqu'il est sollicité, le lobby nucléaire qui s'exprime désormais au plus haut niveau n'en a cure.

Tout ceci se fait enfin au mépris de nos intérêts économiques et industriels puisque le lobby nucléaire bloque tout développement sérieux de l'autoconsommation collective qui pourrait permettre une progression fulgurante de l'énergie renouvelable en France; il interdit aux collectivités locales de distribuer par des boucles locales l'énergie qu'elles pourraient produire, réduisant ainsi leur capacité économique. Et, il continue dans la contrevérité qui consiste à soutenir que nucléaires et renouvelables vont de pair alors que c'est faux puisque le marché stagne et que la production d'électricité nucléaire empêche toute progression des énergies renouvelables.

Tout ceci enfin se fait au mépris de l'intérêt économique et financier des Français. L'énergie nucléaire est désormais reconnue par le monde entier comme étant la plus chère du monde et, d'anciens dirigeants de l'AIEA reconnaissent eux-mêmes qu'elle n'est plus compétitive. Nous réengager dans la voie du nucléaire condamne la France et les Français à perdre encore en compétitivité, et à payer leur énergie beaucoup plus chère que ce que paieront à brève échéance nos voisins européens.

La responsabilité qui est prise actuellement à la demande du lobby nucléaire par les responsables politiques est immense et il va de soi que si un accident se produisait, ils en porteraient une responsabilité qui ne serait pas seulement morale. Dans tous les cas, ils porteront pour l'histoire la responsabilité d'une génération de dirigeants qui n'a pas compris la transformation du monde, a cru que communication pouvait longtemps dissimuler inaction et contre-action et qui se trouvera confrontée très rapidement à une réaction de la société civile qui refusera toute électricité qui ne sera pas verte...

 

Corinne Lepage

Avocate, Ancienne députée européenne Cap21,

ancienne ministre de l'Environnement                                     

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L’économie et l’écologie sont-elles conciliables ?

REPENSER L’ÉCONOMIE – Mettre au point une régulation adaptée, favoriser l’économie circulaire, développer la sobriété. Deux experts, Corinne Lepage avocate spécialisée dans la protection de l’environnement et Antoine Frérot, PDG de Veolia –, débattent des moyens de rendre compatibles développement économique et respect de l’environnement.

 

La Croix : Trois ans après l’accord de Paris sur le climat, la situation est-elle aussi désespérée que certains l’affirment ?

 

Corinne Lepage : Je suis juriste, pas scientifique, mais toutes les études montrent que nous connaissons une dégradation accélérée préoccupante. C’est vrai pour le climat, mais aussi pour la biodiversité et les ressources naturelles – l’eau, l’air, les sols. En 1995, lorsque j’étais ministre de l’environnement, les prévisions pessimistes évoquaient une augmentation moyenne de 1,5 °C pour 2100. La hausse atteint déjà 1,2 °C et un scénario à plus 3 °C ou 4 °C en 2100 n’est pas à exclure si l’on ne réagit pas plus et vite.

 

Pourquoi est-il si difficile d’avancer sur ce sujet ?

 

C. L. : La COP21 a été un succès de la diplomatie française. Mais pour trouver un accord entre tous les États, on a dû faire des concessions, en particulier aux pays producteurs de pétrole. Surtout, on n’a pas réussi à imposer des engagements contraignants et sanctionnés. Du coup, l’accord n’a pas été suivi d’effets suffisants car le poids des industries fossiles demeure puissant. Ajoutons les politiques à géométrie variable de certains pays comme les États-Unis de Donald Trump, sortis de l’accord de Paris.

Malgré tout, les choses bougent. Des coalitions de villes ou de régions deviennent des acteurs très actifs de la transition énergétique sur leur territoire. Des compagnies comme E.ON, Engie et Total réorientent une partie de leurs activités dans les renouvelables. Dans tous les secteurs, de la finance à l’agriculture, une nouvelle économie se met en place.

 

La mutation indispensable pour stopper le réchauffement climatique est-elle compatible avec le modèle libéral fondé sur une croissance matérielle continue ?

 

C. L. : On constate que oui dans la pratique. Prenez l’exemple du fonds souverain norvégien, l’un des plus puissants du monde grâce à l’argent du pétrole et du gaz. Il s’inscrit pleinement dans le système capitaliste et passe pourtant pour l’un des plus vertueux par ses choix d’investissements non productivistes. On peut aussi évoquer les fondations qui permettent aux entreprises de travailler avec ce que l’on appelle une « finance patiente ».

Une chose est sûre : parler de croissance infinie est une aberration puisque les ressources de la planète sont limitées. De même, prôner la décroissance à l’échelle planétaire me paraît compliqué alors que la population mondiale ne cesse d’augmenter – de 7,5 milliards aujourd’hui à 10 milliards en 2050 – et que les pays du Sud ont des besoins colossaux.

 

Les entreprises ont-elles suffisamment pris conscience de leurs responsabilités sociétale et environnementale ?

 

C. L. : C’est vrai, beaucoup d’entreprises ont évolué. On peut citer en exemple le Mouvement des entrepreneurs de la nouvelle économie, créé en 2015, qui rassemble plus de 10 000 PME, start-up ou entrepreneurs individuels, de tous les secteurs participant à l’économie verte.

Pour les grandes entreprises, la situation dépend beaucoup de la structure et des exigences de leur actionnariat qui leur permet, ou non, de s’inscrire dans le long terme.

Certaines ont encore des comportements indécents – le pétrolier Exxon, par exemple, qui a financé pendant des années des études niant le changement climatique, ou l’agrochimiste Monsanto mis en cause dans de nombreux procès.

Mais pour nombre d’entre elles, la responsabilité sociétale des entreprises est une préoccupation croissante.

 

Beaucoup de secteurs – automobile, banques, énergie, agroalimentaire, chimie – sont encore des freins au changement. Comment les faire bouger : par la réglementation ou la responsabilisation ?

 

C. L. : L’appel à la responsabilité, ça ne marche pas. Les deux choses qui marchent sont la responsabilité personnelle et le porte-monnaie. Quand les dirigeants doivent répondre d’agissements fautifs, ils font plus attention. Et quand on touche au porte-monnaie d’une entreprise, elle change.

Il y a plusieurs manières de s’y prendre. D’abord, par l’angle des consommateurs, via les campagnes de boycott – interdites en Europe –, les actions de classe devant la justice – aux États-Unis, c’est très efficace – ou le « name and shame » qui consiste à pointer du doigt publiquement celles qui se comportent mal.

La deuxième méthode appelée « internalisation des coûts externes » dépend de l’État. Concrètement, il s’agit d’intégrer dans le prix d’un produit ce qu’il coûte vraiment à la société. On peut citer en exemple la taxe carbone.

Enfin, la troisième manière est de faire payer aux responsables les dommages qu’ils ont créés, ce qui est très difficile en Europe parce que la charge de la preuve repose principalement sur la victime, alors que le système judiciaire américain s’y prête beaucoup mieux.

 

L’urgence appelle des solutions radicales, mais le pragmatisme incite à mener une politique du pas à pas. À quel rythme avancer ?

 

C. L. : Les petits pas ne suffisent pas même si c’est toujours mieux que les pas en arrière. Ce qu’il faut, c’est définir un objectif politique et fixer, étape par étape, le calendrier pour y parvenir en se dotant des moyens nécessaires pour s’adapter et rendre le changement acceptable.

 

Les citoyens sont-ils prêts à changer de mode de vie ?

 

C. L. : Oui, si l’on rend les choses possibles, financièrement, techniquement et culturellement. La France compte 8 millions de pauvres. Comment leur demander de consommer des produits bio s’ils ne peuvent pas se les payer ? Le bio devrait être moins cher que l’agriculture conventionnelle qui est beaucoup plus subventionnée. De même, il faut mettre à disposition des solutions techniques simples et efficaces. En zone rurale, qui va acheter une voiture électrique à faible autonomie ? Enfin, il faut changer les imaginaires d’une société où l’idéal est de consommer toujours plus. L’écologie politique doit apprendre à vendre non pas du « moins », mais du « mieux ».

 

(...)

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3 raisons de dire "Merci" à Nicolas Hulot

3 raisons de dire "Merci" à Nicolas Hulot | ReCap21 | Scoop.it

Les parlementaires qui prétendent à tort ou à raison défendre les priorités écologiques doivent passer à l'acte.

 

La démission de Nicolas Hulot a du sens. A nous d'en faire un levier d'accélération de la transition.

Cette démission a du sens à de nombreux égards.

Au premier niveau, elle est tout d'abord une clarification indispensable au regard d'une distorsion croissante entre les actes et les paroles et la situation impossible dans laquelle Nicolas Hulot avait été mis, par la tête de l'Exécutif, de défendre les mauvaises décisions prises à la suite d'arbitrages perdus. Le refus de continuer à mentir revendiqué par le Ministre d'Etat s'inscrit dans cette logique. Et ces échecs sont graves non seulement en eux même mais surtout par les choix prioritaires qu'ils révèlent. Dans chaque cas, des considérations de très court terme, économiques et généralement micro-économiques (car la rationalité économique et la vision macro-économique conduisent à des choix contraires) l'ont emporté sur la santé, la transition énergétique, la défense de la biodiversité. La cohérence simplement évidente entre la direction affirmée du "make our planet great again" et la réalité crue des actes n'existe pas. A cet égard, la prétention du Président d'avoir fait plus en un an qu'aucun gouvernement et le message pathétique adressé par Christophe Castaner aux membres d'En marche pour vanter les succès en matière environnementale sonnent complétement faux.

Au second niveau, par la mise en cause des lobbys avec un exemple très concret pris de la réunion tenue la veille à l'Elysée. Ce sujet n'est pas nouveau mais aucun gouvernement n'avait été accusé d'être aux mains des lobbys par un ministre. Certes, de nombreux ministres (dont moi-même qui l'ai même écrit) avaient pu se plaindre des pressions des lobbys dont ils avaient été victimes. Mais aucun n'avait accusé expressément le plus haut niveau de l'Etat de suivre les lobbys. Cette accusation grave rejoint les nombreux articles consacrés aux rapports apparemment particuliers que l'équipe au pouvoir entretient avec les lobbys. Ce sujet est majeur car c'est celui de la confiance dans la décision publique, la conviction que la décision est bien motivée par l'intérêt général et non par un intérêt privé. L'exemplarité commence évidemment là. C'est un problème démocratique majeur.

Au 3éme niveau, Nicolas Hulot évoque sa solitude. Ce sujet est réel. Une solitude évidente au sein du gouvernement, voire une hostilité de certains ministres sont patentes. Mais l'absence de pouvoir politique, c'est à dire de relais constitué par un groupe politique au sein du Parlement capable de créer un rapport de force a pesé. Et l'incapacité des demandeurs à la transition de se mobiliser pour soutenir le ministre, incapacité renforcée par une succession de mesures négatives et de régressions, a également influé.

Enfin, et c'est probablement le plus lourd pour le Ministre démissionnaire, il prend acte de l'impossibilité de mener en même temps une politique néo-libérale décomplexée et une réelle politique de transition énergétique. De plus, l'addiction au nucléaire rend impossible toute transformation de notre mix énergétique.

 
Tout cela est très lourd de sens. Cette démission, comme l'écrivent 10 ONG (Démission de Hulot : 10 ONG écolos appellent à un "changement de cap") doit être un électro-choc, mais pas seulement pour la tête de l'Exécutif.

Certes, l'électro choc doit d'abord être pour le chef de l'Etat. Le "en même temps" a fait long feu et il faut choisir. Investissements dans le nouveau nucléaire ou le renouvelable/efficacité énergétique, biodiversité ou huile de palme, préservation des terres ou Europacity, santé ou pesticides etc.. Le choix du remplaçant et sa force de résistance aux lobbys sera un indice intéressant de même que les engagements concrets et actés mis dans la corbeille de mariée du nouvel occupant de l'Hôtel de Roquelaure. Le plus probable est le choix d'une personnalité qui s'accomodera, contre le titre de ministre d'Etat et quelques succès symboliques secondaires, des choix qui lui auront été imposés.

C'est la raison pour laquelle l'électrochoc doit être beaucoup plus large.

Les parlementaires qui prétendent à tort ou à raison défendre les priorités écologiques doivent passer à l'acte. Il faut un groupe parlementaire capable de créer un rapport de force pour soutenir les initiatives espérées du futur ministre, voire les susciter. Il pourrait être associé, mais autonome. De manière plus large, tous les mouvements d'écologie politique devraient s'interroger sur leur échec collectif à convaincre nos concitoyens pour qu'une base électorale solide et stable soutienne la transformation inéluctable.

L'électrochoc doit ensuite toucher l'ensemble de la communauté économique et associative engagée dans la transition de manière effective. Une meilleure organisation en réseau, un poids économique mieux mis en valeur et expliqué, devraient créer au sein de la société civile un contre-pouvoir sur les grands choix économiques, financiers et industriels pour contrecarrer les dérives des choix dictés par les lobbys de l'ancien monde.

Il doit enfin interpeller l'ensemble de la société française. Nous avons tous compris après l'été que nous avons vécu que malheureusement l'inéluctable était en route. Les rapports scientifiques qu'il s'agisse du climat, de la biodiversité ou de la toxicité des pesticides et des perturbateurs endocriniens ne laissent aucun doute. Nombre de nos concitoyens ont engagé leur propre évolution. Le départ de Nicolas Hulot, personnalité préférée des français, doit interpeller chacun et l'engager avec ses moyens, ses capacités, ses propres orientations à réfléchir à ses choix de consommateur, de producteur, d'électeur.

Si nous arrivons collectivement à répondre à ces défis, alors la démission de Nicolas Hulot n'aura pas été vaine.

 

@corinnelepage

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L'inscription de la protection de la biodiversité dans la constitution est un nouveau coup de bluff du gouvernement

L'inscription de la protection de la biodiversité dans la constitution est un nouveau coup de bluff du gouvernement | ReCap21 | Scoop.it

Cette modification voulue par le ministre la transition écologique a-t-elle réellement la moindre portée juridique ?

 

L'Assemblée nationale a adopté le 13 juillet une modification de l'article premier de la constitution aux termes duquel "la République agit pour la préservation de l'environnement et la diversité biologique et contre les changements climatiques".

Cette modification voulue par le ministre la transition écologique a-t-elle réellement la moindre portée juridique? Les envolées lyriques de la Garde des Sceaux saluant un outil politique et un outil juridique puissant ou de Richard Ferrand parlant d'une "avancée politique et symbolique majeure" dissimulent mal les interrogations quant à la portée juridique de cette insertion.

Il n'y a aucun doute sur le fait qu'il s'agit bien avant tout d'une opération de communication, traduite par la référence à l'avancée politique. Satisfaction est donnée à Nicolas Hulot sur un sujet qui serait majeur si sa portée juridique était réelle. Ainsi, dans le bilan des arbitrages perdus et gagnés, la modification de la Constitution sera-t-elle présentée comme une victoire essentielle permettant dans la foulée de justifier la perte d'arbitrages sur le nucléaire (probable), la montagne d'or, les forages pétroliers, les nouvelles autoroutes... se plaçant dans la continuité de Jacques Chirac et de la charte de l'environnement, le Président de la République et son ministre de l'écologie pourront-ils ainsi apparaître comme ayant attaché leur nom à la modification de la Constitution en faveur de l'environnement. Opération de communication qui ne pourrait être que réussie -à la condition que les trois cinquièmes du Parlement l'accepte- car l'opinion publique aura bien du mal à rentrer dans le détail de la réalité juridique de l'affaire.

S'agit-il d'un symbole fort? D'un symbole oui dans la mesure où le sujet environnement rejoint celui de l'égalité des droits ou de la laïcité qui sont les bases de la République française. Mais ce symbole est-il fort? Pour répondre à cette question, il faut entrer plus avant dans la question juridique.

 

Le verbe retenu est celui d'agir. Ce faisant, il est infiniment plus faible que le mot "assure" utilisé pour caractériser l'égalité de tous les citoyens devant la loi. Cela signifie donc que sur le plan symbolique comme sur le plan juridique, ces objectifs ont une valeur moindre que celle de l'égalité des droits. On peut discuter du bien-fondé de cette différenciation; on ne peut pas discuter de son existence. Et, l'intervention de très mauvaise foi de Madame Belloubet prétendant que pour le conseil constitutionnel l'un et l'autre se valent se retourne contre elle car si c'était le cas pourquoi ne pas avoir choisi le mot assure plutôt que le mot agit. Le mot agit n'implique même pas une obligation de moyens. On peut en effet agir de bien des manières et avec une force plus ou moins grande. Et le juge administratif a eu l'occasion, à propos de l'article L229-1 du code de l'environnement qui fait de la lutte contre le changement climatique une priorité nationale qu'il ne s'agissait que d'un objectif et non d'une règle de droit. Si une obligation de moyens figurait, le mot favorise aurait pu être utilisé comme il l'est pour l'égalité dans l'accès aux emplois entre hommes et femmes. En réalité, ce terme très flou n'engage à rien. C'est un peu comme si le législateur écrivait qu'il faut agir pour le bien et contre le mal...

De plus, cette rédaction peut en réalité se révéler très contre-productive car elle est très en deçà de la charte de l'environnement. Certes, la charte n'est qu'adossée à la Constitution. Mais, le conseil constitutionnel en a fait une obligation pour le législateur ce qui fait que la valeur constitutionnelle de la charte est acquise. Or, si la charte ne fait effectivement pas mention du climat, elle est beaucoup plus ambitieuse que le projet de loi constitutionnelle. Elle rappelle tout d'abord que la préservation de l'environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation. Or, comme on vient de le rappeler, l'utilisation du verbe agir et non du verbe assure met cet objectif en-deçà de l'objectif d'égalité. De plus, l'article 2 de la charte se réfère à l'amélioration de l'environnement alors que le projet constitutionnel ne vise que sa préservation. D'autre part, la diversité biologique est visée par la charte qui rappelle que l'avenir et l'existence même de l'humanité sont indissociables de son milieu naturel. Dès lors, en se contentant d'affirmer que la République agit pour la biodiversité sans aucune référence à l'exploitation excessive des ressources et au long terme, l'article premier est plus faible que la charte de l'environnement.

Enfin, l'affirmation selon laquelle la République agit contre le changement climatique n'apporte strictement rien au droit positif dans la mesure où les conventions signées par la France l'obligent déjà et s'imposent en vertu de l'article 55 de la Constitution au législateur.

En définitive, avec la rédaction retenue par l'Assemblée nationale, nos concitoyens auront le sentiment que la lutte contre changement climatique, le respect de l'environnement et de la biodiversité ont progressé. En réalité, sur le plan juridique, aucun progrès n'aura été accompli car l'État ne sera pas plus contraint demain qu'hier à abandonner les actions contraires à l'intérêt de l'environnement et de la biodiversité comme le maintien de l'usage des pesticides, la construction de nouvelles routes, le refus de toute mesure contraignante sur le diesel, l'autorisation de nouveaux forages pétroliers, les milliards de subventions données aux hydrocarbures etc... Ce sera donc une opération de communication parfaitement réussie... mais, toucher à la Constitution doit-il se réduire à une opération de communication ?

 

  • Avocate,
  • Ancienne députée européenne Cap21,
  • ancienne ministre de l'Environnement

 

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Avec Macron et Hulot, « nous sommes entrés dans une ère de régression » de la politique d’environnement

Avec Macron et Hulot, « nous sommes entrés dans une ère de régression » de la politique d’environnement | ReCap21 | Scoop.it

L’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage, qui avait appelé à soutenir Emmanuel Macron en 2017, reconnaît dans cette tribune s’être trompée : le gouvernement nous a fait entrer en matière écologique « dans une ère de régression d’autant plus dangereuse qu’elle s’accompagne d’une communication permanente et habile directement contraire à la réalité des choix qui sont opérés ».

 

Lorsque j’avais décidé à la fin de l’année 2016 de soutenir la campagne d’Emmanuel Macron, je ne l’avais pas fait en raison de ses convictions écologistes mais parce que je pensais sincèrement que son intelligence lui avait permis de percevoir la gravité des défis auxquels nous sommes confrontés et la nécessité d’entreprendre dans ce domaine comme dans les autres des réformes de structure permettant de changer de logiciel. La nomination de Nicolas Hulot numéro trois du gouvernement était d’excellent augure.

Malheureusement, je me suis trompée car la politique menée aujourd’hui par M. Macron est différente de celle de ses prédécesseurs, mais au mauvais sens du terme. Nous sommes en effet entrés dans une ère de régression d’autant plus dangereuse qu’elle s’accompagne d’une communication permanente et habile directement contraire à la réalité des choix qui sont opérés.

Les discours sont brillants, qu’il s’agisse de ceux du président de la République, qui se veut le chantre mondial de la lutte contre le dérèglement climatique, ou de ceux du ministre d’État, qui défend d’autant mieux une vision écologique du monde qu’elle concerne le très long terme et permet donc de passer sous silence les décisions catastrophiques et contre-productives qui sont prises. À ceci s’ajoute le fait que le ministre d’État s’est vu imposer de présenter lui-même comme de bonnes décisions les arbitrages qu’il a perdus, donnant ainsi le sentiment que plus personne ne défend l’environnement.

Et pourtant, sur quelques dossiers, les régressions sont patentes. Commençons par l’énergie ; l’abandon du 50 % de nucléaire en 2025 qui se double d’une volonté qui s’affirme chaque jour davantage de construire de nouveaux réacteurs nucléaires et de faire durer jusqu’à 60 ans des réacteurs dont les défaillances ne cessent de croître. Pour maintenir ce haut niveau de nucléaire, les choix avancés dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l’énergie sont les plus mauvais pour les énergies renouvelables comme pour l’efficacité énergétique et ils s’accompagnent de tout ce qui peut être imaginé pour réduire l’autoconsommation, défavoriser la croissance du renouvelable et faire supporter par les contribuables la dette démesurée d’EDF.

Continuons par la lutte contre la pollution de l’air : avec des feuilles de route qui n’ont convaincu personne et surtout pas la Commission européenne, le refus de s’attaquer réellement au diesel et de prendre quelque mesure que ce soit qui pourrait être désapprouvée par le monde de l’automobile.

Poursuivons avec la délivrance de permis d’hydrocarbures, notamment en outre-mer, et de permis miniers passés d’autant plus inaperçus que la communication autour de la loi sur l’interdiction de nouveaux permis d’hydrocarbures a laissé supposer aux pauvres citoyens que nous sommes que ceux-ci étaient effectivement interdits.

 

Le plus grave tient aux atteintes multiples portées au droit de l’environnement

Et que dire de l’abandon en rase campagne de la plupart des engagements pris en faveur du bio, du refus de créer un fonds d’indemnisation des pesticides au motif que les études sont insuffisantes ou encore d’inscrire dans la loi l’engagement de sortir du glyphosate dans les trois ans ? Ceci s’ajoute à la position catastrophique prise par la France au niveau communautaire sur la définition des perturbateurs endocriniens directement opposée à la position courageuse de Ségolène Royal.

À quoi encore s’ajoutent la remise en cause de la loi Littoral dans la loi Élan alors que le grignotage des côtes du fait de l’érosion marine devrait conduire au contraire en étendre le contenu, l’abandon des mesures de protection de la loi Abeille concernant les ondes électromagnétiques, alors même que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient enfin de reconnaître la réalité des pathologies liées à l’électrosensibilité et une série de décisions individuelles qui sont autant de décisions défavorables à la protection des ressources, de la biodiversité et de la santé humaine : usine Total de la Mède, qui va utiliser massivement de l’huile de palme venue de Malaisie (contre, dit-on, la vente de Rafale), autorisation des rejets et de stockage à terre pour Alteo, etc. La liste n’est pas exhaustive.

Le plus grave tient sans doute aux atteintes multiples portées au droit de l’environnement, qui devient dans bien des cas une option et non une obligation. Au nom de l’expérimentation, il est désormais possible de s’affranchir des normes environnementales ; les études d’impact sont réduites à leur plus simple expression, la rubrique des installations classées soumises à autorisation se réduit comme une peau de chagrin au bénéfice d’installations soumises à une simple déclaration voire à rien.

Et la démocratie environnementale s’est perdue dans les sables mouvants d’une réforme constitutionnelle dans laquelle la troisième chambre, qui aurait dû être celle du long terme avec les droits de veto indispensables, va rester un accessoire peut-être même dangereux si la réforme prétend la substituer à toutes les autres expressions de la société civile.

 

 

Un quinquennat dure cinq ans. Il reste quatre ans pour changer de braquet, de direction et de sens.

 

Corinne Lepage est présidente de Cap21/Le Rassemblement citoyen.

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Pesticides: une proposition de loi créant un fonds d’indemnisation

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Sénat : une proposition de loi créant un fonds d’indemnisation pour les victimes des pesticides

 

Sur la proposition de Madame Bonnefoy, le Sénat vient d’adopter une proposition de loi créant un fonds d’indemnisation pour les victimes des pesticides, que les maladies soient contractées ou non à l’occasion d’un exercice professionnel. Le Sénat présente cette mesure comme une mesure de justice sociale qui est due au monde agricole. Certes, on peut se réjouir que les victimes des pesticides puissent être indemnisées si tant est que les drames sanitaires liés à l’utilisation des pesticides puissent être réparés par une allocation financière.

Mais, un tel fonds d’indemnisation ne s’attaque évidemment pas au problème principal qui est celui de l’interdiction de l’utilisation de pesticides dont la toxicité est de plus en plus évidente. Au contraire, dans une certaine mesure, on peut considérer qu’un tel fonds d’indemnisation risque de contribuer au maintien de l’usage de ces produits dangereux puisque les victimes potentielles seront indemnisées. Et c’est en cela que ce fonds est problématique puisqu’il ne s’accompagne en réalité pas d’une interdiction des produits les plus dangereux. Certes le projet de plan publié le 19 janvier pour réduire la dépendance l’agriculture aux produits phytopharmaceutiques prévoit-il de s’opposer au renouvellement d’autorisation des produits les plus préoccupants. Mais en attendant, le glyphosate a été renouvelé pour cinq ans et aucune interdiction n’a été édictée. On est donc dans une situation très différente de celle du fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante créé alors que la loi avait proscrit toute utilisation de l’amiante et que par voie de conséquence il ne s’agissait que de réparer le passé. De surcroît, on observera que à ce jour, aucun responsable du drame de l’amiante qui tue 3000 personnes par an et coûte une fortune, n’a fait l’objet d’une condamnation. Bien au contraire, alors que le conseil d’État a jugé que l’État avait commis une faute lourde à partir de 1977 en laissant utiliser un produit finalement interdit qu’en 1996, la procédure pénale semble devoir se terminer par un non-lieu général !

 

Dès lors, créer aujourd’hui un fonds d’indemnisation pour les victimes de pesticides non professionnels est une première étape vers une déresponsabilisation de tous ceux qui, en toute connaissance de cause, ont mis sur le marché, autorisé, voire utilisé des produits dont la toxicité est de mieux en mieux établie. De plus, s’il est normal que ce fonds d’indemnisation ne soit pas supporté par le contribuable mais qu’il le soit par les fabricants, il est difficile de ne pas voir là une forme de reconnaissance d’un droit à polluer et à nuire qu’il ne peut évidemment pas être. En définitive, pour être vertueux, un tel fonds ne devrait être créé que pour autant qu’un plan de sortie des phytosanitaires avec interdiction immédiate à très court terme des produits les plus controversées dont le Roundup soit adopté, et que la loi précise de la manière la plus évidente qu’un tel fonds est sans incidence sur les responsabilités éventuelles des uns et des autres dans la pollution chimique majeure à laquelle nous sommes tous directement ou indirectement confrontés.

 

Corinne Lepage

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Corinne Lepage : Une femme en avance

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INFLUENCEUR. Après avoir lutté toute sa vie en faveur d’un développement véritablement durable, Corinne Lepage s’inscrit aujourd’hui comme une référence en matière d’écologie. Portrait d’une militante libre, pragmatique et pionnière du droit de l’environnement en France.

Ce qui fait la force de cette écologiste de la première heure ? Sa liberté, son indépendance et sa lucidité. Dès le début des années 1970, alors que la protection de l’environnement n’intéresse ni la sphère économique ni l’univers politique, l’avocate en est convaincue : l’écologie sera le grand sujet du XXIe siècle. À l’initiative de l’un des premiers cabinets dédiés au droit public, Corinne Lepage s’inscrit au fur et à mesure de sa carrière comme la référence en matière de protection de l’environnement, jusqu’à devenir la bête noire des lobbies automobiles et nucléaires. « Nous sommes passés en quelques années de la simple nuisance locale à un enjeu sanitaire mondial et irréversible », alerte l’experte engagée en politique depuis les années 1980.

Porter des idées

« Le but n’était pas forcément d’être élue, mais de porter des idées », raconte celle qui a toujours milité en faveur d’une écologie pragmatique, résolument ancrée dans le réel. Devenue adjointe au maire de Cabourg, elle est choisie par Alain Juppé pour prendre la tête du ministère de l’Environnement en 1995. « Il s’agissait à l’époque d’un petit portefeuille ministériel, se souvient l’avocate. Rien à voir avec aujourd’hui. » 

Dès le début des années 1970,  l’avocate en est convaincue : l’écologie sera le grand sujet du XXIe siècle. 

Un an après son arrivée au gouvernement, Corinne Lepage fait voter la première loi sur l’air. Un texte visant à prévenir et lutter contre la pollution atmosphérique —  prévoyant notamment la possibilité d’instaurer une circulation alternée dans certaines agglomérations en cas de pic de pollution —, qui mettra plus de vingt ans à être appliqué. En cause : le manque de « détermination » de son successeur Dominique Voynet, et la pression des lobbies automobiles, « qui ne veulent pas entendre parler de protection de l’air ». Pas question pour autant d’y voir un échec. « C’est simplement une grande perte de temps », estime celle qui, consciente des limites de l’action gouvernementale, depuis 1996, multiplie les « fronts d’action » au sein de la société civile.

« Changer nos priorités »

Présidente du Criigren (comité de recherche et d’information indépendante sur le génie génétique), du parti politique Cap 21 ou encore du think tank « 2 degrees investing »… Corinne Lepage travaille, bouscule, interpelle, jusqu’à plaider en faveur d’un « new deal écologique » en 2006. En l’espace de 15 ans, elle aura porté au total près de 500 propositions économiques en faveur de la protection de l’environnement.

Corinne Lepage travaille, bouscule, interpelle, jusqu’à plaider en faveur d’un « new deal écologique » en 2006

Son souhait pour l’avenir ? Que nous arrivions collectivement à « changer nos priorités » et à « compter autrement »« Il faut arrêter de calculer la croissance en fonction du PNB », estime cette ancienne proche de François Bayrou, qui a très vite apporté son soutien à Emmanuel Macron. Et si elle reconnaît à son ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, les qualités d’un « homme sincère et authentique », elle craint que son champ d’action soit limité. « Il ne s’engage que sur du long terme, or nous avons besoin d’actions immédiates », alerte-t-elle. Fière des combats remportés, mais consciente qu’il reste encore beaucoup à faire pour un développement véritablement durable, l’avocate s’emploie dorénavant à « passer le relais ». Humble et optimiste, Corinne Lepage le sait : elle n’a plus rien à prouver, mais tout à transmettre. 

 

@CapucineCoquand

 

Sa plus grande fierté ? Lorsqu’en 1996, alors ministre de l’Écologie, elle refuse de signer le décret d’autorisation de redémarrage du réacteur nucléaire de Creys-Malville en raison d’irrégularités juridiques. « J’ai tenu bon » se souvient celle qui ne craint ni les critiques ni les attaques. 

 

Déclaration universelle des droits de l’humanité - Charte pilotée par Corinne Lepage en 2015 qui comprend quatre grands principes : la responsabilité, la dignité, l’équité intergénérationnelle et la continuité de l’espèce humaine et qui a vocation à être signée à la fois par les États et par les entreprises. 

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Compte-rendu des Rencontres de France Audacieuse autour de Corinne Lepage

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Corinne Lepage et Alexia Germont

 

France Audacieuse : "Compte-rendu des Rencontres de France Audacieuse autour de Corinne Lepage"

 

Première édition des Rencontres de France Audacieuse avec Madame Corinne Lepage, Avocate, ancienne ministre, ancienne députée européenne, autour du thème « Industrie et Développement Durable », le 28 septembre 2017, en partenariat avec la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale.

 

La Rencontre est accueillie par Olivier Mousson, Président de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, association créée en 1801 par Bonaparte et première association reconnue d’utilité publique.Il évoque les valeurs communes de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale avec  France Audacieuse et sa Présidente fondatrice, Alexia Germont, à savoir notamment mettre en avant en Europe, le développement de l’économie durable. Il souhaite, avec France Audacieuse, faire de l’Hôtel de l’Industrie, un hub pour tous les Think Tanks qui partagent ces  idées communes. Le thème de la conférence de ce soir correspond bien à l’esprit de la Société d’Encouragement de l’Industrie Nationale : l’industrie en 1801 désignait l’ensemble des activités économiques donc non seulement l’industrie manufacturière mais également l’agriculture, la finance, le commerce, c’est-à-dire le développement durable.

 

Alexia Germont introduit le débat en présentant Corinne Lepage, première invitée de France Audacieuse, dans ces Rencontres : Corinne Lepage est Audacieuse, libre et compétente, à l’avant-garde des combats d’idées. Il était tout naturel qu’elle fût la première invitée des Rencontres de France Audacieuse. Think Tank indépendant créé fin 2016, France Audacieuse est un laboratoire d’idées, libre dans le ton, regroupant des personnalités issues de la société civile, légitimes par leurs parcours et leurs compétences et sans attaches dogmatiques. Association à but non lucratif effectuant un travail de pédagogie auprès du plus grand nombre, France Audacieuse vise à faire entendre les propositions de la société civile dans le débat démocratique autour de deux axes phares :

  • un pilier « Economie » traitant essentiellement de la richesse produite au travers des sujets économiques, bancaires, financiers et juridiques. L’innovation et l’entrepreneuriat sont au cœur de ses préoccupations.
  • un pilier « Organisation Sociétale » couvrant les politiques de santé, les nouvelles technologies, l’environnement, la Défense (y compris la lutte contre le terrorisme), la culture, le sport et la cohésion sociale.

France Audacieuse regroupe aujourd’hui 20 contributeurs, a déjà produit plus de 100 publications et a rassemblé plus de 100 000 visiteurs uniques et 420 000 visites de son site internet.

 

Ouverture du débat

Alexia Germont : J’ai deux questions introductives : 1/ À quel moment en France situez-vous le passage de l’écologie politique et militante à l’écologie inclusive et transversale ? 2/ Et pourriez-vous brosser les grands enjeux du développement durable ?

Corinne Lepage:

Pour le premier point : C’est lié au changement de nature  des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il y a quatre décennies, parler d’environnement, c’était parler de pollution locale, de Nature, de problèmes de pollution réversibles et qui concernaient peu de personnes. Aujourd’hui les questions auxquelles nous sommes confrontés sont d’une nature totalement différente car il s’agit de l’insertion de l’espèce humaine dans le monde qui l’entoure. Le passage à une nouvelle ère fait que nous avons bouleversé les mécanismes et les équilibres de la planète : or la planète peut se sauver toute seule, sans nous, le sujet c’est la survie de l’Homme. C’est de savoir comment nous faisons face aux problèmes auxquels nous sommes confrontés.

Pour le second point : La question des grands enjeux du développement durable, c’est est-on capable de faire un modèle de développement économique pour faire vivre une humanité de 9 milliards de personnes? Il y a quelques décennies nous étions 3 milliards d’êtres humains, nous sommes à présent 7 milliards et demi et nous sommes partis pour 9 milliards. Comment faire vivre 9 milliards d’être humains avec les impacts croissants sur ce qui les entoure ? Et ce n’est pas seulement la question du climat. Ce problème du changement climatique est lié aux autres problèmes, aux autres bouleversements : les problèmes liés à la perte de biodiversité qui rompt les équilibres, les problèmes liés aux questions de santé environnementale, tout est lié. Nous sommes en face d’un enjeu colossal : dans un temps court il faut transformer le modèle économique pour continuer d’avoir un développement économique et sans que l’espèce humaine disparaisse. L’enjeu est là. Et ce n’est pas un problème de pays riches non plus. Car l’inégalité s’ajoute à l’inégalité, et les pays pauvres sont les premières victimes alors qu’ils sont les moins responsables. Par exemple, les habitants des îles Vanuatu qui vont disparaître, ou les Lapons qui vivent dans les zones les plus polluées du monde, sont les premières victimes. Les plus demandeurs sont les pays du Sud, pas les pays du Nord.

 

I/ Les constats

Alexia Germont : Une fois le débat posé en matière d’enjeux de développement durable, arrêtons-nous rapidement sur les constats. Dans un premier temps, il convient de faire une mise en perspective du poids de l’industrie dans l’économie française. Quelques repères : une étude du Cercle de l’Industrie présidé par Philippe Varin a été présentée juste avant les élections présidentielles. Il en ressort les quelques chiffres suivants : décrochage de l’industrie en France qui est aujourd’hui à 12,5 % du PIB contre 16,5 % en 2000, alors qu’en Allemagne l’industrie représente encore environ 23 % du PIB ; destruction du quart des emplois sur les 10 dernières années : elle emploie encore 2,7 millions de salariés directs hors intérim, et cela concerne 235.000 entreprises industrielles. Une fois ces balises posées comment, dans votre expérience, l’industrie manufacturière appréhende-t-elle les enjeux de développement durable ?

 

Corinne Lepage : Nous sommes assez fascinés par ce que Jeremy Rifkin appelle l’âge de l’accès. Le passage à ce qu’on appelle une économie de fonctionnalité. Vous n’achetez plus un produit, mais un service qui est l’utilisation de ce produit. La création de valeur se fait sur l’usage mais on a oublié que pour faire l’usage,  il faut le produit, et il faut le fabriquer. Les Français et les Anglais ont fait l’erreur de l’oublier. Ensuite, on avait des industries assez traditionnelles dans certains secteurs comme l’aciérie et qui n’ont pas toujours su prendre le tournant comme le montre l’exemple d’Arcelor. Progressivement, on a perdu notre base de départ qui était l’acier. Et on a eu du mal à se mettre dans le train de la transformation du 21e siècle. Avec une deuxième difficulté : en France, nous avons de très grands groupes, on a des startups et des PME mais on ne fait pas des ETI. On a aussi beaucoup de mal à renouveler le tissu industriel: la quasi totalité du CAC 40 n’a pas changé depuis 30 ans, à la différence de la situation aux Etats-Unis. Par ailleurs, une entreprise, au sens réel, a pour but de durer. Et pour cela il faut qu’elle soit durable : il lui faut avoir une conception  de son mode de fabrication, de son produit, de son marché qui lui permette de durer, or nous sommes dans un monde nouveau avec de nouveaux critères. Un juge australien vient de condamner une entreprise pour n’avoir pas suffisamment intégré l’action climatique dans ses modalités d’action: cela revient à considérer cette attitude comme une faute de gestion. Il faut donc prendre en compte les matières premières, l’action sociale dans le développement durable. Il y a 3 pieds en interaction dans le développement durable : l’économique, le social, l’environnemental. Donc l’entreprise qui se veut durable va forcément s’intégrer dans le développement durable, ce qui veut dire par exemple des rapports aux salariés différents, l’économie circulaire, l’innovation salariale avec des microstructures dans l’entreprise. La pression se fait dans ce sens là et quand ce n’est pas fait dans ce sens alors l’écologie est punitive.

 

Alexia Germont : Mais il serait réducteur de n’évoquer que l’industrie traditionnelle sans s’arrêter avec vous sur l’industrie énergétique. Quelques repères : 5 entreprises du secteur de l’énergie sont dans le CAC 40 ; cela représente 136.000 emplois soit 0.6% de l’emploi industriel total en 2012 et 2% de la valeur ajoutée en France. Une fois ces balises posées comment, dans votre expérience, l’industrie énergétique appréhende-t-elle les enjeux de développement durable ?

 

Corinne Lepage : Elle est bien obligée de les appréhender. C’est un sujet colossal car l’énergie est au cœur de toute l’économie. Nous vivons une révolution énergétique en rythme accéléré. Ce qui était hyper subventionné est devenu hyper rentable. Le photovoltaïque connaît une deuxième baisse des prix de 70 % en cinq ans. Pour les centrales électriques les plus développées, l’électricité sort à 3 centimes du kWh, l’éolien sort à 7 centimes, le vieux nucléaire à 5/6centimes, le nouveau à 12 centimes, l’éolien terrestre à 6/7centimes, l’éolien maritime est maintenant à 7 centimes. En Europe, on a des pays avec plus de 50 % du renouvelable dans le bouquet énergétique. C’est une transformation complète. Là les sortants sont ceux qui promeuvent les vieilles énergies. Et ils ne veulent pas sortir du marché. Le charbon, l’énergie la plus contributrice en gaz à effets de serre, baisse en consommation. La Chine est championne à présent du renouvelable. Et il y a une pression des O.N.G. pour ne plus financer des centrales à charbon en Chine ou ailleurs. Car ce n’est pas une pollution qui reste locale. Pour le pétrole : on s’est bien trompé. On pensait qu’il n’y en aurait plus, or il y en a toujours. Et si on veut en rester à 2 degrés, il faudrait laisser 60 % des hydrocarbures dans le sous-sol. On n’est pas parti pour, d’autant qu’on cherche maintenant des pétroles non conventionnels, très émetteurs de gaz à effets de serre. Les Accords de Paris c’est bien, mais il n’y a rien d’obligatoire et les problèmes d’argent ne sont pas réglés. Le fond vert n’est pas alimenté et qu’en est-il des pays pétroliers qui veulent être indemnisés alors que les victimes pensent que ces pays devraient être les payeurs, car étant les principaux responsables. Et l’effet prix (il avait considérablement monté) n’a pas joué car les États-Unis ont développé des gaz et pétrole de schiste et l’Arabie Saoudite a cassé le marché en augmentant sa production : tous les Etats producteurs ont vu leur rente pétrolière divisée par trois. En face il y a le bouleversement du nucléaire : il a représenté 2 % de la consommation électrique mondiale en 2016. Nous sommes le seul pays au monde à croire que c’est l’énergie d’avenir. Les autres n’en font plus car ce n’est pas rentable et c’est plus cher que le renouvelable. La Caroline du Sud a ainsi arrêté cet été le chantier de deux réacteurs.

Il y a la question du stockage de l’électricité : le jour où on trouve la solution technique et pas trop chère, il n’y aura plus de problème d’intermittence de l’énergie renouvelable et tout le reste sera mort. Et il y a une chose très intéressante qui se passe en Afrique : on voit sur l’énergie la même chose que ce qui se passe pour le téléphone. 4 milliards d’Africains ont un portable. Les pays du Sud ont ainsi économisé tous les investissements en infrastructures lourdes pour le téléphone fixe, et pour l’électricité c’est la même chose: ils pourront avoir directement une électricité décentralisée solaire pour permettre au particulier d’alimenter le portable.

 

Alexia Germont : Le panorama ne serait pas complet si l’on n’évoquait pas l’industrie financière ; le terme exact devrait plutôt être les services bancaires et financiers, y compris assurance. Quelques repères à avoir en tête : le poids de l’économie du secteur bancaire et financier se monte à 4,6% du PIB contre 4,9% pour la moyenne européenne ; le secteur bancaire emploie environ 400.000 personnes, c’est l’un des premiers employeurs privés en France ; l’activité du secteur pèse 3% du PIB en 2011 contre 2,4% en 2008 au plus gros de la crise. De votre expérience, l’industrie bancaire et financière intègre-t-elle les enjeux de développement durable ? Et si oui de quelle façon ?

 

Corinne Lepage : Je ferais une différence dans l’approche entre l’assurance et la banque. L’assurance prend «plein pot » les questions dont nous avons parlé. Le coût des catastrophes naturelles a augmenté d’un facteur dix en l’espace de 10 à 12 ans ce qui a amené un assureur à déclarer « je ne sais pas assurer un monde où l’augmentation de la température dépasse deux degrés« . Tout le système en matière d’assurances, qui est basé sur l’aléa, est remis en cause par l’augmentation croissante des catastrophes naturelles qui ne pourront plus être couvertes. Par exemple le littoral : la couverture assurancielle ne couvre plus les maisons au-delà de trois inondations. On est alors obligé de vendre la maison qui ne vaut plus rien car elle n’est plus assurable. A partir de l’assurance, on repose la question du modèle et de son changement. Les assureurs sont plutôt des alliés du changement de mentalité et de modèle de développement, car leur propre modèle ne marche plus.

La banque, ce n’est pas tout à fait pareil mais elle se transforme. Longtemps la banque a plutôt financé des activités conventionnelles, considérées comme plus rentables. J’ouvre une parenthèse : nous avons un système économique, comptes publics et comptes privés, qui est borgne, car le système ne prend en compte que les flux et pas les stocks. Quand vous imaginez faire de la création de valeur en augmentant les flux et détruisant les stocks, cela pose un problème ; il est évident que nous allons devoir aller vers l’internalisation des coûts externes, c’est à dire prendre en compte les coûts portés aux stocks. Le système de PNB, par exemple, qui est uniquement un système de flux est absurde car une tempête augmente le PNB alors même que le patrimoine baisse. Or tant qu’il n’y a pas de système d’internalisation des coûts, il y aura un problème car les secteurs de la banque et la finance ne peuvent pas eux-mêmes intégrer ces coûts quand le système ne les intègre pas. Par ailleurs, en ce qui concerne la question climatique, les choses ont commencé à changer très sérieusement quand les banques ont compris que financièrement cela devenait dangereux : une entreprise qui ne prend pas en compte son risque climat, s’expose et son équilibre financier peut être menacé. Le risque doit donc être pris en compte dans sa stratégie tant économique que financière. Le monde de la finance commence à s’intéresser à ces questions. Et des instruments spécifiques sont en train d’être inventés. Par exemple les Green Bonds, nouvel outil financier qui existe depuis trois ans.

 

Questions de la salle

Éric Thuillier, Délégué Général du Pacte Civique : Je n’ai pas entendu le mot de sobriété. Or il semble au Pacte Civique que ce serait une vertu qui pourrait aider à résoudre le problème qui se pose. Quel serait l’impact d’une industrie qui serait sobre ?

Corinne Lepage : Oui la sobriété est importante. En même temps que l’on dit cela,  on vit une révolution digitale or pour l’emploi c’est terrifiant. Et maintenant des métiers plus qualifiés sont touchés aussi, le droit, la santé, et d’autres  transformations s’annoncent avec la disparition de la monnaie. Comment faire pour marier les deux, la sobriété qui est indispensable – depuis le mois d’août de cette année, on vit à crédit- et la révolution numérique, avec la restriction de l’emploi : on a tout sur le dos en même temps.

 

Catherine Kratz, Avocate : Il s’agit plutôt d’une remarque concernant l’industrie pétrolière qui s’engagerait dans une voie optimiste en terme d’environnement, en pensant que l’adaptation serait possible.

Corinne Lepage : Les pétroliers ont d’abord payé des scientifiques pour dire qu’il n’y a pas de changement climatique puis ils ont dit que ce n’était pas la faute de l’Homme. Mais pendant ce temps ils ont aussi investi dans les nouvelles énergies par exemple Total investit dans une centrale solaire du Texas, le but était de gagner du temps.

 

Richard Deville, Centre des Professions Financières : Quel est l’impact sur l’environnement, d’Internet, des batteries au lithium, de l’énergie consommée pour transporter et stocker les données ?

Corinne Lepage : L’énergie utilisée par Internet représente 7 % des gaz à effet de serre, plus que l’aviation civile. Aujourd’hui il y a des Data Centers qui réutilisent la chaleur qu’ils produisent pour chauffer les habitations.

 

Stéphane Brabant, Avocat : Les principes directeurs de l’ONU, appuyés par d’autres textes comme la Directive 2014 sur l’évaluation environnementale, ne démontrent-ils pas qu’il devient obligatoire pour les entreprises de s’impliquer ? Que ce n’est plus du droit souple ?

Corinne Lepage : Je faisais partie de ceux qui étaient contre le droit « mou » considérant que c’était de la communication. Mais progressivement on va vers un monde où les juges pensent qu’une charte est un droit très dur car elle engage. Par exemple, dans le dossier Erika, la Cour de cassation a considéré que le fait que Total  n’ait pas respecté ses propres règles de contrôle était la preuve de sa négligence grave. Et dans la justice climatique, on voit des citoyens saisir des juges pour faire condamner des États et les contraindre à aller dans la direction des accords de Paris. Je travaille depuis 2 ans et demi à l’adoption d’une déclaration universelle des droits de l’Humanité. Aujourd’hui, elle a été signée par des ONG, des institutions, des villes, des régions, un État et elle a été adressée en avril 2016 par la France à l’ONU. Son adoption, si elle intervenait, serait une forme d’engagement à faire. Donc on va vers un monde où d’un côté le politique est frileux, et de l’autre la société civile avec les juges, est en train de construire autre chose.

 

Danielle Nocher, Valeurs Vertes : Ne pensez-vous pas que le développement durable est devenu un facteur d’innovation technologique et social et que peut faire l’Europe pour aider le mouvement?

Corinne Lepage : Il y a des innovations formidables dans tous les domaines : par exemple, le bio mimétisme, c’est à dire imiter ce que la Nature a su faire – ainsi le Kevlar a été pensé à partir de la toile d’araignée- on peut donc inventer de nouveaux produits et de nouveaux process ; ou bien l’économie circulaire.

 

II/ Les pistes de réflexion pour faire avancer les objectifs de développement durable

 

Alexia Germont rappelle qu’en 2015, le Rapport sur le Nouveau Monde commandé par les pouvoirs publics, a été remis par Corinne Lepage à Madame Ségolène Royal, Ministre de l’Environnement, du développement durable et de l’Energie et lui demande d’en partager la synthèse.

 

Corinne Lepage : On a fait le constat que les réussites citoyennes, entrepreneuriales, territoriales se multiplient; en les regroupant à grande échelle, un nouveau modèle économique est possible mais la bascule n’a pas encore eu lieu. On a réfléchi à ce qui bloquait : on est incapable de faire la massification de ce qui marche. Comment faire pour massifier, développer les bonnes pratiques ? Ce type de réflexion est transverse. 100 propositions ont été faites dans ce rapport : 80 concernent l’Etat et 20 concernent les autres acteurs, et parmi ces dernières propositions, il y a en une qui était de constituer une organisation d’entreprises d’une dizaine de secteurs très divers, avec beaucoup de grosses fédérations pour s’adresser à 8 à 10000 entreprises, il s’agit du MENE, Mouvement des Entreprises de la Nouvelle Economie. Nous mettons nous-mêmes en œuvre ces propositions. Nous proposons ainsi à nos membres, un indice, l’Indice MENE, pour voir l’impact sociétal d’une entreprise, ce qu’elle apporte à la société. Il est calculé à partir de critères comme l’emploi, la fiscalité. Et on voit que la petite entreprise est extrêmement profitable sur le plan sociétal, on arrive à des indices de 60 quand on a de grandes entreprises qui ont des indices de 10 ou 15 parce que la fiscalité part ailleurs ou parce qu’il y a moins d’emploi. La petite entreprise apporte donc plus que la grande sur le plan sociétal. C’est une autre philosophie. On fédère aujourd’hui 8 à 9000 entreprises avec les fédérations. Cela marche dans tous les secteurs.

 

Alexia Germont : Vous avez vous-même mis en œuvre des propositions issues de la société civile, comme quoi cela fonctionne la société civile !

Lors de la préparation de ce débat, nous avons isolé ensemble trois grandes thématiques comme susceptibles de faire progresser les objectifs de développement durable : les passerelles entre transition numérique et développement durable, une Europe leader de la transition énergétique, un secteur financier utile au développement durable. Déclinons donc ensemble chacun de ces trois thèmes.

 

Premier thème : Comment concevez-vous l’utilisation de la transition numérique en matière de progression du développement durable ? D’abord quelques repères à considérer ; Vincent Champain souligne les impacts positifs de la transition numérique : l’impression 3D pour la production et le prototypage, l’optimisation de la production, la maintenance prédictive pour réduire les arrêts de la production, les jumeaux numériques pour suivre l’état précis d’une machine sans devoir arrêter l’unité de production.

 

Corinne Lepage : Il y a en effet aussi un aspect très positif dans le numérique. De fait, on ne peut pas avoir de transition énergétique sans numérique. Il ne peut pas y avoir de ville durable sans numérique. Par exemple la voiture en ville : on sait que 30% des voitures tournent pour trouver une place. Le jour où on pourra avoir une application qui indiquera à l’automobiliste le trajet et l’endroit où il trouvera de la place, comme pour l’Autolib, on désengorgera le trafic de l’ordre de 30%. Il y a donc des progrès qu’on peut faire avec Internet.

 

Deuxième thème : Pensez-vous qu’il existe une brèche pour l’Union Européenne pour devenir leader mondial de la transition énergétique?

 

Corinne Lepage : Le problème c’est que l’Europe a été leader.  Quand j’étais ministre en 1997, j’ai négocié pour la France le « partage du fardeau » qui a préparé Kyoto. À l’époque on était arrivé à obtenir un niveau de 25% de réduction des gaz  à effet de serre au niveau de l’Europe. À Kyoto on s’est arrêté  à 11% parce que les autres ne voulaient rien faire globalement. À l’époque, c’était l’Europe qui était championne. Il y avait des entreprises allemandes et espagnoles dans le solaire et l’éolien. Cela commençait. Puis on a abandonné le lead depuis. Peut-on retrouver le lead? Sur certains secteurs c’est extrêmement difficile, par exemple, les panneaux chinois restent très bon marché. Certaines entreprises en Europe (allemandes et même françaises) font des panneaux solaires plus sophistiqués de deuxième génération qui peuvent entrer en concurrence mais cela va être très difficile. Il y a un domaine où on peut être leader, c’est le stockage. On en est au tout début. Si on met vraiment tous nos efforts pour faire un vrai « Airbus » du stockage, c’est à dire à égalité entre les uns et les autres, on peut vraiment devenir des leaders mondiaux et là il y a beaucoup d’activités et d’emplois.

Troisième thème : Est-il réaliste de mobiliser davantage le secteur financier pour financer les investissements nécessaires à la transition énergétique? Pour mettre en perspective ce thème, il faut rappeler les conclusions d’un rapport rendu en juillet 2017 par France Stratégie, qui partait d’un constat, le marché intérieur des Etats-Unis va être éclaté entre les Etats fédérés qui vont suivre les accords de Paris et ceux qui ne vont pas les suivre et choisir une utilisation intensive des énergies fossiles. En conséquence, ce rapport proposait 4 chantiers : 1/ une stratégie unifiée du prix du carbone ; 2/ développer le potentiel du marché unique ; 3/ le soutien en matière de recherche et de développement dans la transition énergétique à l’échelle européenne ; 4/ une mise en perspective d’un financement innovant et  politique par la BCE et par la Banque européenne d’investissement, parce que là il y a de l’argent à flécher.

 

Corinne Lepage : C’est clair qu’il y a de l’argent à flécher. Il y a beaucoup d’argent et pas forcément là où il faut, sans compter un sujet dont on ne parle jamais mais qui est sous-jacent, c’est la manière dont l’économie  noire a envahi l’économie grise et l’économie blanche. C’est un sujet tabou, dont on ne parle jamais mais qui est majeur, parce que les choix d’investissement sont souvent liés à ce qui est « derrière ». Cela on n’en parle pas alors que c’est un vrai sujet.

 

Alexia Germont : La réserve des paradis fiscaux est évaluée à 6.000 milliards de dollars.

Corinne Lepage: Il y a 20 ans on savait bien identifier l’argent noir et puis le reste. Aujourd’hui on ne sait plus. Car l’argent noir devient gris et quand il est gris, il est blanc. Concernant les préconisations de France Stratégie, c’est très intéressant mais il y un problème avec des stratégies de mix énergétique en Europe qui sont trop divergentes. Cela ne peut pas continuer comme cela pour un marché européen unifié. On a des pays du nord de l’Europe qui sont à 70% de renouvelable, d’autres comme le Luxembourg qui sont à 3% de renouvelable, la France qui est dépendante du nucléaire, l’Allemagne, l’Italie et la Belgique qui ont arrêté le nucléaire. On ne peut pas faire un marché de l’énergie avec un mix énergétique qui part dans tous les sens, ce qui a des conséquences y compris sur le sujet abordé, le prix du carbone. Car il faut un prix du carbone. Mais ceux qui ne veulent pas du nucléaire disent que cela favorise trop la France, parce qu’avec le nucléaire, il n’y a pas de carbone. Il y a des problèmes liés à des mix énergétiques trop divergents. C’est donc un sujet à mettre sur la table.

 

Alexia Germont : Continuons sur le secteur financier utile au développement durable. Il y a beaucoup à dire, c’est un sujet passionnant et extrêmement valorisant pour tous les membres de l’industrie financière et il y a en a beaucoup ce soir dans la salle.  Juste quelques repères avant de vous poser une question. On parlait de l’offre de financement qui est considérable, avec une épargne massive. Quelques chiffres : Norges Bank, le fonds souverain norvégien qui gère les revenus du pétrole, gère quelques 700 milliards de dollars. La réserve de change en Chine, c’est 3.200 milliards de dollars. La richesse des paradis fiscaux est évaluée à 6.000 milliards de dollars. Les subventions des énergies fossiles s’élèvent à environ 550 milliards de dollars, chiffre OCDE. Donc on voit bien que la problématique de la finance utile c’est l’organisation du fléchage et il y a aujourd’hui un outil qui est disponible, qu’on appelle « impact investing », c’est une stratégie d’investissement qui génère des synergies entre impact social, sociétal ou environnemental tout en générant un retour financier neutre ou positif. D’ailleurs vous avez écrit une tribune dans un prochain numéro du magazine du Centre des Professions Financières qui sortira sur le sujet de la Finance Verte.  La question est donc la suivante. Vous paraît-il réaliste de mobiliser davantage le secteur financier pour financer les investissements nécessaires à la transition énergétique ?

 

Corinne Lepage : J’y crois beaucoup. Il y a tout à fait la possibilité de joindre l’utile et l’agréable.  C’est à dire d’avoir des fonds qui sont rentables et qui sont investis d’une manière juste et dans le sens de la durabilité. La démarche norvégienne est tout à fait remarquable. C’est l’exemple d’un pays qui a une richesse, qui l’utilise mais l’argent de cette richesse est également utilisé de façon équitable et durable. Il ne finance pas les armes, le charbon, les cigarettes. Or c’est un fonds très puissant, l’un des plus puissants du monde. On peut donc avoir une vision éthique dans la gestion de l’argent. Cela fonctionne bien. Il y a beaucoup de fonds éthiques et on se rend compte qu’ils rapportent autant que les autres.

 

Questions de la salle

 

Thierry Chesneau, partner dans une société de conseil en stratégie patrimoniale : On reçoit de plus en plus de clients qui souhaitent placer leur épargne de façon éthique, or il y a beaucoup de labels et on a des difficultés à s’y retrouver. La performance, ça viendra. Mais aujourd’hui c’est compliqué de pouvoir s’y retrouver, de choisir et d’apporter de la valeur ajoutée qui va dans le sens de l’éthique. Est-ce qu’il va y avoir une réflexion qui va nous permettre d’avoir quelque chose de plus stable et de plus durable ?

Corinne Lepage : Je l’espère mais je n’ai pas la réponse à cette question. Je travaille un peu sur la finance carbone parce que je préside une ONG qui s’appelle « 2 degrés investing », une association qui fait des études sur la finance carbone ; les études donnent des perspectives intéressantes sur l’article 173 de la loi sur la transition énergétique. Mais c’est nécessaire d’avancer sur cette question des labels, qui ne concerne pas que la finance d’ailleurs, car on a trop de labels dont on ne peut connaître la valeur.

 

Alexia Germont: La Fédération Bancaire Française essaie de pousser l’idée d’avoir un « Green supporting factor » qui serait un label qui permettrait de faire une cartographie des bilans des entreprises.

 

Éric Thuillier, Délégué Général du Pacte Civique: Qu’en est-il avec la caisse des dépôts et consignations qui manie beaucoup d’argent?

 

Corinne Lepage : La CDC travaille beaucoup sur ces sujets : elle a des outils de biodiversité, mais elle pourrait le faire de manière plus large pour donner plus de visibilité à ces thématiques.

Par ailleurs, je souhaiterais conclure sur une idée que j’ai depuis plusieurs années : créer un fond de restauration. On a beaucoup détruit et il faut maintenant réparer. Il n’y a pas suffisamment d’argent pour le faire, que ce soit dans le public ou le privé. Il faudrait donc faire un fond de remédiation  dans lequel on accepterait de placer l’argent sur du très long terme, en bénéficiant d’un régime fiscal analogue à celui de la forêt, qui est très avantageux en particulier sur les droits de succession car fondé sur le long terme. Par exemple on pourrait placer l’argent sur 30 ans et vos enfants ou la collectivité pourraient en bénéficier. On pourrait avoir ainsi plusieurs centaines de millions d’euros pour avoir des chemins de fer là où il n’y en a plus, adapter notre environnement au changement climatique.

 

Alexia Germont : Une clôture sur l’avenir !

Rendez-vous le 23 novembre prochain, dans le même lieu pour une prochaine Rencontre pour parler innovation avec Monsieur Philippe Tibi, Professeur d’Economie à Polytechnique et Sciences Po, ancien Président de UBS France, ancien Président de l’Association des Marchés Financiers et qui a commis avec Francis Kramarz le dernier ouvrage qui a reçu le prix Turgot de l’Economie, préfacé par un certain Emmanuel Macron.

D’ici là je vous propose de méditer ces quelques mots de Jean Cocteau qui nous servent de boussole : « Le tact dans l’audace c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin. »

 

Nathalie Kaleski

14 octobre 2017

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L'écologie "n'est pas la tasse de thé" d'Emmanuel Macron, constate Corinne Lepage sur franceinfo

Regardez L'écologie "n'est pas la tasse de thé" d'Emmanuel Macron, constate Corinne Lepage par franceinfo sur Dailymotion

 

L'avocate et ex-ministre de l'Environnement, invitée de franceinfo jeudi, a estimé que le président de la République n'avait pas la "sensibilité" écologiste.

 

L'ancienne ministre de l'Environnement, Corinne Lepage, invitée de franceinfo jeudi 2 novembre, a déclaré que l'écologie "n'est pas la tasse de thé" d'Emmanuel Macron.

L'écologie, "ce n'est pas sa formation, sa sensibilité", a-t-elle ajouté. "Je ne suis pas sûre qu'il se rende compte de la gravité de la situation sur le plan climatique", a estimé la présidente de Cap21, une fondation en faveur du développement durable. Pendant la campagne présidentielle, Corinne Lepage dit toutefois "avoir réussi, avec d'autres, à infléchir le programme" du candidat Macron. 

 

 

Nicolas Hulot a besoin de "soutien"

Corinne Lepage a estimé que Nicolas Hulot "essaie de sauver les meubles" au gouvernement. "C'est pour cela qu'il faut le soutenir", a-t-elle déclaré à propos du ministre de la Transition écologique et solidaire, regrettant qu'on le fasse agir et parler sur des mesures à effet lointain. "Sur les mesures immédiates, le glyphosate, les perturbateurs endocriniens, les milliards dépensés dans le nucléaire, le pauvre malheureux, il ne peut pas grand-chose", a-t-elle lancé. 

 

Si elle était à la place de Nicolas Hulot, Corinne Lepage aurait "probablement" déjà quitté le gouvernement. "Mais je ne suis pas un bon exemple. C'est pour ça que ne n'y suis pas sans doute", a lancé la présidente de Cap 21. 

Emmanuel Macron "décide de presque tout"

Corinne Lepage, qui avait soutenu la candidature d'Emmanuel Macron à la présidentielle, a dit lui maintenir sa confiance et souhaité qu'il réussisse, tout en  regrettant le "peu d'autonomie" de l'équipe gouvernementale. Dans la manière de décider, il y a une espèce de brutalité", a estimé Corinne Lepage, qui publie un livre intitulé À bout de confiance. Selon l'ancienne ministre, Emmanuel Macron "ne décide pas brutalement, mais il décide de presque tout"

 

"Certaines personnes ont l'impression de ne pas être considérées", a poursuivi Corinne Lepage. "Il n'y a pas de personnalités très fortes, sauf peut-être Nicolas Hulot qui essaie de faire ce qu'il peut." Elle avait approuvé la création des comités En Marche partout en France au moment de la campagne présidentielle. "J'ai l'impression qu'on est passé à autre chose", a regretté la présidente de Cap 21.

Dans l'attente du pan "solidaire" de la politique fiscale

Interrogée sur l'étiquette de "président des riches" donnée à Emmanuel Macron par les opposants à sa politique, Corinne Lepage a estimé que "ce n'est pas très juste" et que pour le moment, "l'orientation fiscale est plus favorable aux super-riches plus qu'aux classes moyennes".

Toute la campagne s'est faite sur deux-pieds, l'efficacité et la solidarité. Là on voit bien le pied de l'efficacité, celui de la solidarité, j'attends de voir.

Corinne Lepage

à franceinfo

Corinne Lepage ne s'est pas prononcée contre la suppression de l'ISF, "qui n'est pas un impôt intelligent" à la condition, a-t-elle ajouté, "qu'il y ait une contrepartie considérable pour tous ceux qui se sont pas concernés par l’ISF et elle n’y est pas".

Par ailleurs, Corinne Lepage a regretté que la loi de moralisation de la vie publique se soit "arrêtée au milieu du gué". "C'est la 31e [loi] et je pense qu'il en faudra une 32e", a-t-elle déclaré. "On n'a pas touché aux questions de financement des partis politiques." L'avocate a estimé que "le monde" était "profondément corrompu au niveau international". "Je suis administratice à Transparency International depuis 20 ans. En France, nous sommes classés 26 ou 27e régulièrement, ce qui n'est pas une catastrophe par rapport à nos voisins, mais ce qui n'est pas terrible."

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Etats Généraux de l’Alimentation, chaque citoyen est appelé à voter pour les propositions avant le 20/10/2017

Etats Généraux de l’Alimentation, chaque citoyen est appelé à voter pour les propositions avant le 20/10/2017 | ReCap21 | Scoop.it

A l’occasion des Etats Généraux de l’Alimentation, chaque citoyen est appelé à voter pour les propositions avant le 20/10/2017.

C’est très simple, il suffit de vous inscrire sur le site des Etats Généraux en suivant les liens ci-dessous.

Dans ce cadre, les professionnels de la bio, les producteurs, les transformateurs et distributeurs, ainsi que les membres du conseil d’administration de l’Agence Bio ont formulé des propositions communes en faveur du développement de l’agriculture biologique pour les 5 années à venir.

Il s’agit notamment de

Promouvoir un plan dédié à l’agriculture biologique
Introduire des produits bio et locaux en restauration collective publique,
Pérenniser le soutien aux producteurs bio pour financer les services environnementaux et sociaux.

Votez pour les propositions de l'Agence Bio !

De son côté, le SYNABIO, syndicat des entreprises de la bio, a posté sur le site des Etats Généraux 8 propositions pour faire de la France le 1er pays bio d’Europe en 2022 et nous vous invitons également à voter en ligne pour les soutenir.

Votez pour les propositions du SYNABIO !

Mobilisez-vous avant le 20 octobre !

Merci de soutenir les projets des acteurs de la bio.

 

COMMENT ACCOMPAGNER la TRANSFORMATION de NOTRE AGRICULTURE ?

- Développer l’économie circulaire en augmentant notamment les installations de compostage et de méthanisation
-Définir un plan stratégique « agriculture du futur »

-Mettre en place une campagne de sensibilisation des producteurs
- Fixer dans la restauration collective un pourcentage de produits issus de l’agriculture biologique

-Élargir le champ des certificats d’économie en produits phytopharmaceutiques (CEPP)
-Mettre en place une campagne de sensibilisation des producteurs -Définir un plan stratégique « agriculture du futur »

-Amplifier le dispositif de certification “Haute Valeur Environnementale” des exploitations agricoles

-Les Fermes d'Avenir : une démarche expérimentale à accompagner -Instaurer une taxe verte

-Créer une plateforme numérique collaborative pour les exploitants agricoles

-Lever les contraintes de la loi semencière ( voir amendement Joël Labbé, film :Des Clics de Conscience http://www.youtube.com/watch?v=Rp44nMlVYcQ )


-La priorisation de l’accès au foncier pour les installations en agriculture biologique -Limiter la sur-mécanisation dans les fermes

 

http://ls1v.r.ca.d.sendibm2.com/8p9ajxp8iok7f.html

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Corinne Lepage : "Le glyphosate est un produit dangereux"

Corinne Lepage : "Le glyphosate est un produit dangereux" | ReCap21 | Scoop.it

Corinne Lepage invitée du Grand Soir 3 le 5 octobre 2017 à propos des pesticides et de la justice

 

La France envisage l'interdiction du glyphosate, réclamée immédiatement par d'autres pays européens. "Il n'y a pas de majorité, et la Commission veut une majorité, explique Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement, invitée du Grand Soir 3. Tout cela se discute, non pas au niveau politique, mais avec des experts pour des pays qui vont probablement prendre une position d'attente. S'il n'y pas de décision d'ici le 31 décembre, il n'y aura plus d'autorisation du glyphosate."

"Ce produit tue des bactéries très utiles"

Corine Lepage met en garde les agriculteurs qui souhaitent toujours utiliser ce produit. "J'entends bien les agriculteurs qui ont besoin du glyphosate, mais c'est un produit dangereux. En plus, c'est un antibiotique, on l'a appris récemment, Monsanto l'a fait enregistré en antibiotique. Cela veut dire que ce produit tue des bactéries très utiles", insiste l'ancienne ministre.

 

Source : Grand Soir 3

http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/agriculture/corinne-lepage-le-glyphosate-est-un-produit-dangereux_2406099.html

Jacques Le Bris's insight:

Corinne Lepage a lancé un site international Justice Pesticides

Voir le site Justice Pesticides

Sur Twitter  @JusticePesticid

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Lancement d’une association d’aide aux victimes de pesticides

Lancement d’une association d’aide aux victimes de pesticides | ReCap21 | Scoop.it

Epandage de pesticides à Bailleul (Nord), le 15 juin 2015

 

 

  • Lancement d’une association d’aide aux victimes de pesticides

Pour conseiller et regrouper tous ceux qui s’estiment victimes de pesticides, l’avocate Corinne Lepage a lancé lundi une association, Justice Pesticides, destinée à fournir des informations juridiques et scientifiques en vue d’éventuelles procédures.

Face à «la stratégie» des fabricants de pesticides, «la seule réponse efficace aujourd’hui est (...) la mise en réseau de toutes les victimes actuelles et futures des pesticides, qu’elles soient des agriculteurs, des voisins de lieux de diffusion, des collectivités locales, des chercheurs ou d’autres encore», explique l’ancienne ministre de l’Environnement (1995-1997) dans un communiqué.

Cette mutualisation de «toutes les actions dans le monde qui mettent en cause des pesticides» vise à «établir une base juridique et scientifique internationale qui permettra de renforcer les actions en justice».

L’association a mis en place un site internet (http://www.justicepesticides.org) qui permettra à terme de «disposer de toutes les décisions rendues dans le monde à propos des pesticides et des références des études scientifique».

Le site permet d’effectuer des recherches grâce divers filtres (mots-clés, pays de juridiction, produits visés, type de plaignants, date de la décision...).

Chacun peut enrichir la base de données en y entrant les affaires dont il a connaissance. Les contributions seront publiées après vérification par l’association.

La députée européenne Michèle Rivasi (EELV), la journaliste Marie-Monique Robin, le porte-parole de l’ONG Générations Futures François Veillerette, le céréalier Paul François, en procès contre Monsanto, et plusieurs militants, scientifiques ou juristes étrangers participent à cette initiative.

L’annonce de la création de cette association intervient alors que le gouvernement s’est engagé lundi à réaliser «des progrès significatifs» d’ici à 2022 pour tous les pesticides, dont le glyphosate. Le renouvellement de l’autorisation de cette substance, principe actif du Roundup de Monsanto, doit faire l’objet d’un vote de l’Union européenne d’ici à la fin de l’année.

AFP
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Corinne Lepage pour la hausse du prix du diesel : «Le problème des particules fines est une réalité»

Corinne Lepage pour la hausse du prix du diesel : «Le problème des particules fines est une réalité» | ReCap21 | Scoop.it

Ministre de l’Environnement de 1995 à 1997, Corinne Lepage voit dans la taxation du diesel l’occasion pour les Français d’adopter des véhicules plus propres.

 

 

Ancienne ministre de l’Environnement, Corinne Lepage « soutient » le gouvernement dans sa volonté de rapprocher le prix du diesel de celui de l’essence.

20 % des stations-service de l’Hexagone affiche un prix du diesel supérieur à celui du gazole. Du jamais vu. Car le diesel est en grande partie responsable de la pollution aux poussières fines, les gouvernements successifs ont régulièrement revu sa fiscalité, ces dernières années, faisant monter les prix. Ministre de l’Environnement de 1995 à 1997, aujourd’hui avocate, Corinne Lepage soutient cette hausse.

 

Êtes-vous favorable à la hausse des prix du diesel ?

CORINNE LEPAGE. Je comprends très bien que ce soit désagréable pour les gens. Mais il faut que l’on sorte du diesel car le problème des particules fines est une réalité. Je soutiens le gouvernement qui a eu un vrai courage politique avec cette réforme (NDLR : rapprocher le prix du gazole à celui de l’essence) qui n’est pas populaire.

 

 

D’autant que les Français ont longtemps été incités à acheter des véhicules diesel…

 

 

C’est vrai. Je me suis d’ailleurs battue contre cela, il y a vingt ans. Et j’ai perdu. L’État encourageait alors massivement les Français à acheter du diesel car c’était aussi une manière de soutenir nos constructeurs automobiles. Aujourd’hui, il y a une responsabilité collective pour changer les choses.

 

Que faut-il faire ?

L’étape d’après, c’est d’aller vers d’autres types de véhicules. Cela peut être des voitures électriques, si elles ne sont pas fabriquées avec le nucléaire ou le pétrole, ou les voitures hybrides, qui consomment moins.

 

Laisser une voiture diesel pour investir dans un véhicule hybride ou électrique ne coûte-t-il pas trop cher ?

Il faut développer des incitations bien plus importantes. Les primes doivent être versées plus rapidement et les Français qui vivent en zone rurale doivent être, selon moi, privilégiés, en plus des critères de revenus.

 

Le dispositif de prime à la conversion ne fonctionne pas : 70 000 automobilistes attendent toujours d’être payés. L’État a-t-il les moyens d’inciter les Français à changer de véhicule ?

L’État ne prend pas ses responsabilités dans ce dossier. Le gouvernement a par ailleurs décidé d’augmenter les prix du diesel pour l’aligner sur les prix de l’essence. Il aurait pu faire l’inverse et baisser les prix à la pompe. Si ces mesures sont bonnes pour l’environnement, elles font aussi rentrer de l’argent dans les caisses de l’État.

 

LIRE AUSSI >Taxe sur le diesel : la CLCV dénonce «un matraquage contre le pouvoir d’achat»

 

Propos recueillis par Aurélie Lebelle (@AurelieLebelle)

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Avis d'Expert - Climat et économie : un rapport Stern II

Avis d'Expert - Climat et économie : un rapport Stern II | ReCap21 | Scoop.it

Corinne Lepage
Avocate à la Cour - SAS Huglo Lepage Avocats et Co-présidente du Mouvement des entrepreneurs de la nouvelle économie (MENE)..

 

 

 

À l'image de Nicolas Stern qui estima à 5.500 milliards d'euros le coût de l'inaction face au réchauffement climatique, la Commission mondiale sur l'économie et le climat éclaire sur de nouveaux enjeux financiers. Détails avec l'avocate Corine Lepage.

 

La Commission mondiale sur l'économie et le climat vient de publier son quatrième rapport. Cette commission, composée de 28 anciens chefs de gouvernement, ministres des Finances ainsi que des dirigeants dans le domaine de l'économie des affaires et des finances réunit aussi des syndicalistes, des présidents de banque et de grandes entreprises, des maires et des universitaires. Coprésidée par Paul Polman PDG d'Unilever, Ngozi Okonjo Iweala ancien ministre des finances du Nigéria et Nicholas Stern. D'où l'intérêt des propositions "décoiffantes" qui sont ici formulées. En effet, cette Commission vient de publier un rapport passionnant qui ne se pose plus la question de savoir s'il est plus intéressant d'agir que de ne pas agir. Sa thèse est simple. Il faut agir et agir vite. C'est un impératif pour le climat. C'est une opportunité exceptionnelle pour promouvoir une croissance inclusive.

 

Des actifs de combustibles fossiles en voie de disparition

L'analyse de la situation actuelle rejoint celle des écologistes les plus convaincus : les risques de discontinuité majeure et de changement climatique galopant résultent des conséquences irréversibles provoqués par les records de concentration de gaz à effet de serre. Pour autant, la part des combustibles fossiles reste autour de 80 % et les allégements fiscaux et subventions dont ils bénéficient ont représenté en 2015, 373 milliards de dollars selon l'OCDE ; les subventions agricoles qui soutiennent une production alimentaire néfaste pour le climat s'élèvent à 620 milliards de dollars par an.

Elément nouveau et essentiel, le rapport souligne que les actifs de combustibles fossiles susceptibles d'être réduits à néant représentent 12 billions de dollars d'ici 2035 soit 12.000 milliards de dollars, ce qui implique un coût de couverture colossal. Par comparaison, les actifs hypothécaires échoués qui ont déclenché la crise de 2008 ne s'élevaient qu'à 250 milliards de dollars ! Ce risque de crise financière majeure liée à la déperdition des actifs fossiles n'avait jamais été mis en lumière de manière aussi crue.

 

Faire évoluer la notion d'infrastructures

Les propositions de la Commission sont nombreuses et très orientées autour des questions financières. Elle propose d'investir 90 billions de dollars dans les infrastructures, celles-ci n'étant plus définies comme par le passé, uniquement comme des routes ou des usines, mais aussi comme la reconquête des sols, l'eau et la lutte contre la déforestation. Ces 90 billions de dollars pourraient non seulement nous donner une chance de limiter l'augmentation de la température moyenne en dessous de 2°, mais encore de générer un gain économique de 26 billions de dollars jusqu'en 2030 et la création de 65 millions d'emplois. Il pourrait également éviter 700.000 décès prématurés dus à la pollution de l'air par rapport au maintien du statu quo. Le rapport propose une nouvelle ère de croissance économique définie comme forte, équilibrée inclusive qui repose sur une interaction entre une innovation technologique rapide, l'investissement durable dans les infrastructures et l'augmentation de la productivité des ressources.

 

Un rapport, trois point essentiels

L'intérêt de ce rapport réside dans les très nombreux indications chiffrées qui sont données, dans les bonnes pratiques qui existent déjà dans le monde, et surtout dans une approche très financière du sujet et donc très concrète pour le monde des affaires.

Cinq grandes thématiques sont retenues autour de l'énergie, des villes, du capital naturel et de l'alimentation, de l'eau et de l'industrie et en particulier de l'économie circulaire .Pour chacune de ces thématiques, un état des lieux nourri à la fois d'exemples, de chiffres de coûts liés à la dégradation et de chiffres d'avantages liés à la transition est suivi de propositions de mesures parfois peu précises mais le plus souvent orientées autour de choix d'investissements. Si, en effet, certaines propositions sont proches du "yaka faukon", le rapport est innovant dans la mesure où il fonde une transition rapide sur l'intérêt financier immédiat ou à long terme, l'intérêt financier à long terme devenant une contrainte en raison de la transparence dans l'exposition aux risques de toute nature. Le second intérêt considérable de ce rapport tient à la valeur donnée au capital naturel et au fait que l'arrêt de la déforestation et la reconquête des terres dégradées devienne des investissements d'infrastructures centraux. Enfin, le troisième intérêt est de mettre la personne humaine au centre du dispositif en recherchant l'inclusion, la lutte contre les inégalités (au moins au niveau national) et en prévoyant des mesures spécifiques pour les plus vulnérables.

 

Les mesures phares proposées

 

Mesures économiques

 

1/ fixation d'un prix pour le carbone de 40 à 80$ la tonne d'ici 2020 avec une trajectoire prévisible allant jusqu'à 100$ en 2030.

2/ suppression progressive de toutes les subventions fossiles, de toutes les subventions agricoles nocives d'ici 2025.

Mesures de transparence et de comptabilité

1/ obligation pour les entreprises d'assurer la transparence sur les risques climatiques et la compatibilité de la stratégie des entreprises avec l'accord de Paris.

2/ méthodologie claire pour évaluer les risques climatiques dans les bilans et régir les garanties qu'ils acceptent. Le rapport propose une nouvelle pondération des risques climatiques, la création d'un "facteur pénalisant brun" dans les exigences des fonds propres des banques.

3/ mise en place par les grandes institutions financières d'une comptabilité faisant des infrastructures une classe d'actifs, intégrant la durabilité dans les définitions de base et dans l'élaboration des outils nécessaires pour soutenir la mise en œuvre et approfondir les poules de financement vert.

 

Réorientation des investissements dans des infrastructures durables et en particulier naturel

 

1/ abandon des investissements à forte intensité de carbone

2/ faire de l'investissement dans les infrastructure durables le moteur centrale de la nouvelle approche de croissance : cela concerne les bâtiments ,les systèmes de transport d'énergie des villes. Mais, cela concerne surtout la lutte contre la déforestation (qui constitue le troisième émetteur de gaz à effet de serre du monde après la Chine et les États-Unis) et la réhabilitation des terres dégradées

3 / Reconnaissance de la valeur de l'environnement naturel

4/ mise en place de stratégies de gestion intégrée cohérentes pour définir les infrastructures durables. L'ampleur et la qualité des critères de durabilité doivent être intégrés de manière explicitent dès le début( voir à cet égard la bonne pratique de l'autorité néerlandaise des infrastructures publiques)

 

Développement de la coopération internationale et de l'innovation

 

1/ mise en place de plates-formes nationales de coopération entre entreprises et entre pays et des actions collectives régionales et mondiales.

2/ mobilisation de 100 milliards de dollars par an pour les pays en développement d'ici 2020,

3/ exploiter au maximum le pouvoir du secteur privé d'innovation. Pour 2020, toutes les entreprises du fortune 500 devraient définir des objectifs scientifiques alignés avec l'accord de Paris. Pour les 10 premières entreprises mondiales de vente au détail, ce changement dans les types de produit pourrait se traduire par un pouvoir d'achat de près de 4 milliards de dollars en faveur d'une économie carbone.

 

Recherche d'une approche centrée sur les personnes

Une approche centrée sur les personnes est nécessaire pour permettre une croissance équitable et une juste transition ; la transition vers une économie décarbonée ouvre de nouvelles opportunités pour une croissance plus équitable . En particulier, la transition doit permettre aux travailleurs locaux de l'énergie de transférer leurs compétences à des emplois plus propres. Ainsi la Chine a créé un fonds de 15 milliards de dollars pour le recyclage la réaffectation et la retraite anticipée de cinq à 6 millions de personnes vivant du charbon.

 

En conclusion, le rapport est réaliste. Il reconnaît que des progrès ont été faits en matière financière : des sociétés financières responsables de plus de 86 billions de dollars d'actifs se sont engagées à désamorcer ou à supprimer les risques financiers liés au climat ; les obligations vertes devraient atteindre 250 milliards de dollars en 2018 avec une cible de 1 billion $ pour 2020. L'accord de Paris a conduit 450 entreprises de tous les grands secteurs à s'engager à fixer des objectifs scientifiques compatibles avec les 2°. Mais tout cela va trop doucement. On ne peut qu'espérer que nombreux soient les décideurs politiques, économiques et financiers qui prennent connaissance de ce rapport et acceptent de mettre en œuvre ces mesures phares qui ne résoudront sans doute pas tous les problèmes mais permettront d'accélérer incontestablement la transition économique et écologique.

 

Avis d'expert proposé par Corinne Lepage, Avocate à la Cour - SAS Huglo Lepage Avocats et Co-présidente du Mouvement des entrepreneurs de la nouvelle économie (MENE)

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"François de Rugy va devoir apporter la preuve de sa crédibilité", Corinne Lepage

Suite à la nomination de François de Rugy, Corinne Lepage ne s'attend pas à une révolution dans la politique du gouvernement. Elle espère toutefois que cet écologiste saura obtenir des arbitrages favorables dans l'énergie et la santé.

 

Alors qu'Emmanuel Macron avait choisi un homme connu, engagé, provenant de la société civile pour porter les questions environnementales de son Gouvernement, cette fois-ci, il a choisi un profil plus politique, moins connu du grand public mais qui s'est toujours consacré à ces questions. "Quoi qu'on en dise, c'est un écologiste convaincu mais modéré, il est légitime", estime Corinne Lepage, avocate et ancienne ministre de l'environnement dans une interview accordée à Actu-environnement. Il n'a pas l'ambition de changer le modèle, ce n'est pas sa ligne de conduite, contrairement à Nicolas Hulot".

Le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire va devoir très vite faire ses preuves sur des sujets majeurs comme le nucléaire. La fermeture des anciennes centrales et l'ouverture de nouvelles sont au cœur du dossier PPE. Corinne Lepage attend également de lui des arbitrages favorables sur la santé-environnement.

"Le nouveau ministre a pour lui le soutien de plusieurs parlementaires", lui reconnaît l'avocate, contrairement à Nicolas Hulot qui "était seul. Nicolas Hulot n'a pas eu le soutien auquel il pouvait s'attendre. Sa cote de popularité a baissé au fur et à mesure qu'il perdait les arbitrages", analyse Mme Lepage. "Je comprends sa démission. Il ne pouvait plus se mentir".

 

 

Florence Roussel, journaliste
Rédactrice en Chef

 

Source : Actu Environnement

https://www.actu-environnement.com/ae/news/video-corinne-lepage-nomination-francois-rugy-31938.php4

 

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Procès Monsanto : "il faut que nous nous battions" en France, estime Corinne Lepage

Procès Monsanto : "il faut que nous nous battions" en France, estime Corinne Lepage | ReCap21 | Scoop.it

Contente que Monsanto ait été condamné lors d'un procès retentissant aux Etats-Unis, l'ancienne ministre de l'Environnement appelle désormais le gouvernement français à accélérer sur l'interdiction du glyphosate en France.

INTERVIEW

La condamnation de Monsanto, vendredi soir aux Etats-Unis, obligé de verser près de 290 milliards de dollars à un jardinier américain tombé malade après la manipulation de Roundup, donne des idées aux défenseurs de l'environnement. En France, nombreux sont ceux qui espère que le verdict du tribunal de San Francisco fera date et obligera le gouvernement à accélérer sur l'interdiction du glyphosate, la substance mise en cause dans le célèbre et très controversé herbicide du géant de l'agrochimie. Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement, en fait partie. Selon elle, en France, "on ne va vraiment pas loin du tout" en matière de lutte contre le glyphosate "puisque les pesticides augmentent".

L'occasion manqué de la majorité. "Le gouvernement et le Parlement avaient une occasion unique de tenir une promesse du président de la République, c'est-à-dire interdire le glyphosate sur trois ans", rappelle-t-elle dimanche au micro d'Europe 1. "Ils n'ont pas voulu le faire. Ce qui veut dire au passage que la puissance de Monsanto en France n'a rien à envier à la puissance de Monsanto aux Etats-Unis." Une allusion à l'examen, fin mai, de la loi agriculture et alimentation. L'interdiction du glyphosate d'ici à trois ans n'y figure pas noir sur blanc.

Santé publique contre intérêts économiques. "Nous, ce que nous voulions, c'est une interdiction définitive dans trois ans avec une interdiction progressive. Là, on n'est pas du tout sur ce schéma-là", peste Corinne Lepage. "Il faut nous nous battions, c'est notre santé et celle de nos enfants qui sont en jeu. Ce n'est pas normal qu'un gouvernement chargé de la santé publique n'ait à l'esprit que des considérations économiques, qui du reste sont mal pensées quand on sait ce que ça coûte le développement de ces maladies. C'est beaucoup plus coûteux que d'aider les agriculteurs à changer de modèle."

À l'époque de l'examen de la loi, le gouvernement avait argué qu'une inscription dans le texte ne servait à rien, estimant qu'il valait mieux avancer en ayant "confiance" dans les agriculteurs pour trouver ensemble des solutions alternatives. Il avait également promis une loi si aucune avancée n'était faite d'ici à trois ans.

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Déshabillons-Les : Glyphosate : " Une affaire qui est très mal passée dans l'opinion publique "

Pour A. Champremier-Trigano « Quand Nicolas Hulot marque des points, il n’est pas capable de l’exprimer, quand il en perd, il s’en réjouit »

Star du gouvernement à son arrivée, les débuts de Nicolas Hulot au ministère de la Transition et de l’écologie suscitaient des espoirs et très vite des interrogations sur sa capacité à porter ses convictions. Sur le renoncement à la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le ministre s’est clairement effacé alors que la décision du gouvernement aurait pu être sa victoire. Concernant l’interdiction du glyphosate, après s’être défendu auprès d’agriculteurs en colère sur les Champs-Élysées, il a plutôt donné l’impression d’ « avaler une couleuvre » lorsque le gouvernement a décidé de ne pas inscrire le pesticide dans la loi Agriculture et Alimentation. Autant de revers qui semblent affaiblir le ministre et qui interrogent sur ses compétences. Retour sur l’année politique de Nicolas Hulot et sa communication sur ces dossiers épineux.  

Par Prescillia Michel
5mn

Notre-Dame-des-Landes : une victoire « très » discrète pour Nicolas Hulot

Le 17 janvier dernier, Édouard Philippe annonce l’abandon du projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Cette décision aurait dû être une victoire pour le ministre de l’écologie qui s’est toujours battu contre ce projet. Pourtant, il ne la revendique pas pour autant, se disant même dans les médias, « effacé » sur le dossier.

AFP

Pour Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement, « il n’est pas là pour défendre sa vision mais pour défendre l’environnement » sur ce projet, c’est son rôle de ministre.
Pour elle, son absence au moment des débats puis sa réaction lors de l’abandon du projet révèlent les difficultés de Nicolas Hulot à être membre du gouvernement.

Un point de vue partagé par le communicant Arnauld Champremier-Trigano. Dans ce dossier, « Nicolas Hulot fait la démonstration qu’il n’est pas fait pour ce poste. Il n’en a ni les codes, ni les envies, ni les réflexes ».
Une communication qui tranche avec celle du Premier ministre, que le communicant salue : « lui n’a pas fait de la novlangue politique mais a assumé les mots abandon et renoncement ».
D’autant plus que, selon l’hypothèse de Corinne Lepage : « ce ne sont pas les raisons environnementales qui ont été mises en avant dans la décision de l’abandon du projet. Ce sont plutôt les raisons économiques ».
Le rôle de ministre de la Transition écologique n’a donc été ni visible sur ce dossier, ni décisif pour la cause environnementale.

Glyphosate : « Nicolas Hulot perd un point et il s’en réjouit »

Si Nicolas Hulot ne sait pas revendiquer ses victoires, visiblement il ne sait pas revendiquer non plus ses défaites. Exemple avec le glyphosate. L’interdiction de ce pesticide sous 3 ans n’a pas été inscrite dans la loi Agriculture et Alimentation votée le 29 mai dernier. Pourtant, selon Nicolas Hulot, « l’objectif n’est pas remis en cause ».

PUBLIC SENAT

Pour Corinne Lepage, le ministre se voile la face quand il affirme « l’objectif n’a pas changé, ce sera toujours interdit dans trois ans ». Car pour elle, si cela avait été l’objectif de la majorité, « il serait inscrit dans la loi ».
De plus, l’ancienne ministre explique : « Si vous ne mettez pas un point dans la loi, vous pouvez être sûrs que ce n’est pas appliqué du tout ».

Arnauld Champremier-Trigano ajoute : Nicolas Hulot « perd le point et pourtant il s’en réjouit ».
Sur ce dossier, il avait deux solutions qui s’offraient à lui, comme le souligne le fondateur de l’agence Faubourg :

« Soit on se dit, il colle au gouvernement, au président et au Premier ministre en épousant ce qui a été décidé. Soit, et moi c’est plutôt l’impression que j’ai, comme on lui a oralement promis l’interdiction du glyphosate, pour lui c’est pareil ».

L’excès de confiance affiché par le ministre sur un engagement moral « n’est donc pas le fait d’un homme politique » assure le communicant.
Sur ces deux dossiers, Nicolas Hulot ne recueille donc pas le soutien de l’opinion publique, comme le souligne Gaël Sliman de l’institut Odoxa.
Si les Français doutent, le ministre se pose également des questions sur son avenir au gouvernement. L’heure du bilan viendra « cet été », échéance fixée par Nicolas Hulot à maintes reprises dans les médias.

Retrouvez l’intégralité de l’émission Déshabillons-Les, Hulot : le dur métier de ministre, samedi 23 juin à 15h sur Public Sénat.

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Le prix du nucléaire

Le prix du nucléaire | ReCap21 | Scoop.it
Cœur du réacteur nucléaire déconnecté de l'Unité 1, contenant l'uranium combustible au fond de la piscine, à la centrale nucléaire de Civaux, dans la Vienne, le 25 avril 2016, lors d'une visite de contrôle Crédits : Guillaume Souvant - AFP

 

LE PODCAST :

https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=6be6ead2-7f55-473b-a5e1-e39fe0049545

 

 

Troisième jour de notre série consacrée à l’énergie. Hier, nous avons mesuré les enjeux stratégiques des ressources et de l’énergie en général sur la scène internationale. Aujourd’hui, c’est le secteur particulier du nucléaire qui va nous occuper. Si le pétrole est connu pour être le produit le plus ‘conflictogène’, le nucléaire peut se targuer d’être le plus polémique et le plus clivant. Il faut dire qu’il centralise les grands arbitrages énergétiques que devront faire les Etats, dans les prochaines années. Alors en sortir ou ne pas en sortir ? Voilà une question épineuse, qui irradie la sphère publique et s’invite dans les débats, lors de chaque élection. Mais en amont des décisions politiques, se pose la question de l’évaluation globale des effets réels du nucléaire et de son prix. Son prix tout court - dont le calcul est bien périlleux - mais aussi son coût écologique, social et sanitaire… Derrière le nucléaire, se trouve enfouie la question de notre responsabilité et de capacité politique à penser un avenir lointain...

"Oui, la question des déchets produits est une des externalités négatives. Mais le nucléaire est une industrie qui ne pollue pas pas l'air, ne rejette ni particules fines, ni polluants atmosphériques, contrairement au charbon." (Valérie Faudon)

"Quand on autorise une centrale nucléaire à fonctionner, on l'autorise à éliminer des rejets radioactifs et chimiques dans l'air et dans l'eau. Non, une centrale nucléaire n'est pas toute propre." (Corinne Lepage)

Références sonores : 

  • Quantic, "Time Is The Enemy", extrait de l'album The 5th Exotic, Tru Thoughts, 2001 (générique)
  • Jean Debiesse, alors directeur du Centre d'études nucléaires de Saclay, dans une archive du 16 novembre 1961
  • Elton Britt, "Uranium Fever", 1955
  • Dick Thornburgh, gouverneur de Pennsylvanie, annonce des mesures d’urgence suite à un incident nucléaire en 1974
  • L’économiste Patrick Criqui, dans Cultures Mondes sur France Culture le 23 novembre 2016. 
  • Yom & The Wonder Rabbis, "Picnic in Tchernobyl", extrait de l'album With Love, 2011
 
 

Les Nouvelles de l'éco

Le fantôme de l'atome
 
 

Intervenants

  • Déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN)
  • Avocate, présidente de CAP21/Le Rassemblement Citoyen
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"Non, Monsieur le président d'EDF, l'EPR n'est pas en conquête si ce n'est du porte-monnaie des Français"

"Non, Monsieur le président d'EDF, l'EPR n'est pas en conquête si ce n'est du porte-monnaie des Français" | ReCap21 | Scoop.it

Une fois encore et malheureusement, les autorités françaises font du nucléaire l'alpha et l'oméga de leur politique industrielle et diplomatique

 

Dans un article publié le 16 janvier 2018 dans Le Figaro, le président d'EDF vante les mérites de l'EPR, la qualité du travail du Creusot, tout en soulignant la solidité du contrat qui lie EDF aux autorités anglaises pour Hinckley Point et en rappelant que le "nucléaire est une industrie de souveraineté".

 

Il faut décrypter. Le nucléaire est une industrie de souveraineté... quand il s'agit de payer. En effet, les seuls pays au monde qui aujourd'hui développent quelques réacteurs nucléaires sont ceux dans lesquels les Etats payent tout simplement parce qu'aucune banque ne veut financer un réacteur nucléaire. Cette énergie est en passe de devenir la plus chère du monde et par voie de conséquence le secteur privé n'y voit aucun intérêt, sans compter bien entendu la question du risque. Il est évident que si l'État français n'avait pas renfloué EDF et Areva, au détriment des besoins élémentaires de nos services publics, Areva aurait déposé le bilan depuis longtemps et EDF rencontrerait de très grandes difficultés. Le pire est à venir dans la mesure où Hinckley Point, qui, rappelons-le, a entraîné le départ de M. Piquemal, directeur financier d'EDF, et la démission d'un membre du conseil d'administration d'EDF, va coûter près de 20 milliards. Il faut ajouter la falaise financière que constitue la mise aux normes des réacteurs nucléaires français et qui ne pourra être financée qu'en vendant les bijoux de famille du patrimoine industriel français, ce qui a déjà commencé dans la plus grande opacité et sans communication.

 

En bref, nous vendons les actions que nous détenons dans des entreprises rentables et d'avenir pour financer une entreprise non rentable et du passé. En revanche, on ne parle plus de souveraineté quand il s'agit, pour des raisons financières, d'accepter des deals avec des entreprises chinoises qui consistent en réalité à leur transmettre ce qui reste de notre savoir-faire. C'est le cas en Grande-Bretagne où le troisième réacteur sera construit par les Chinois. Et nous n'avons pas encore toutes les révélations concernant les entrées au capital d'Aréva...

 

Le soin que prend le président à assurer de la solidité du contrat passé avec les Britanniques s'explique par le questionnement sur les effets du Brexit d'une part (qui fait sortir la Grande-Bretagne d'Euratom et l'oblige en conséquence à remettre en place tout un système de contrôle coûteux et long à se mettre en place) et surtout sur la remise en cause en Grande-Bretagne de ce contrat par tous ceux qui sont affolés du prix délirant auquel le gouvernement a consenti le rachat des kilowattheure nucléaires, prix qui entraînera un surcoût de plusieurs milliards d'euros au détriment des consommateurs britanniques. Les Français sont heureux d'apprendre que la solidité du contrat est garantie par un traité bilatéral passé dans un État tiers, dont évidemment la représentation nationale, ni sans doute la plupart des membres du gouvernement français, n'ont jamais entendu parler.

 

Oser parler de la qualité du Creusot quand on sait que du fait des malfaçons- pour éviter d'employer un terme pénal- l'autorité de sûreté nucléaire a été obligée d'avaler son chapeau et de donner son feu vert provisoire à Flamanville, dont la marge de sûreté a été réduite de 50%, ne manque évidemment pas d'audace ! Et que dire de tous les défauts retrouvés dans les réacteurs français, qui expliquent que jusqu'à 20 réacteurs ont été mis à l'arrêt en même temps. Enfin, n'oublions pas la sympathique société de défaisance d'Aréva, calquée sur le fameux modèle du CDR qui a coûté une fortune aux Français, et dans laquelle a été logée la dette d'Aréva (7Mds, et les risques de l'EPR finlandais -déjà plus de 2 milliards et les dommages qui devront être versés du fait des malfaçons du Creusot-).

Enfin, se glorifier des projets de vente d'EPR à l'étranger rappelle fâcheusement les envolées lyriques de Madame Lauvergeon qui se vantait de 16 projets de vente pour 2015... la France n'a pas vendu un EPR depuis 2007 (mis à part la Grande-Bretagne et qui n'est pas à proprement parler une vente internationale puisque l'opérateur est français). N'oublions pas que le réacteur finlandais n'est toujours pas en service, que Flamanville démarrera peut-être mais en faisant courir un risque inadmissible à la population française et que dans ces conditions, qu'il s'agisse du coût (10 milliards le réacteur) ou du risque, on voit mal quel Etat accepterait aujourd'hui de commander un EPR.

Bref, une fois encore et malheureusement, les autorités françaises font du nucléaire l'alpha et l'oméga de leur politique industrielle et diplomatique pendant que les allemands, les pays du nord, les espagnols, les japonais, les coréens essayent de devenir des champions du monde des énergies renouvelables. Qui se trompe de siècle?

 

  •  
    Corinne Lepage Avocate, Ancienne députée européenne Cap21, ancienne ministre de l'Environnement

 

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"Monsieur Macron, la fin de l'hébergement inconditionnel est une déshumanisation venue du plus haut de l'État"

"Monsieur Macron, la fin de l'hébergement inconditionnel est une déshumanisation venue du plus haut de l'État" | ReCap21 | Scoop.it

J'en appelle à vous, à votre générosité, à votre humanisme et à votre indulgence. Vous êtes homme d'esprit, avec cette intelligence aiguë, vive et parfois mordante.

 

Monsieur le Président,

 

Lors de votre campagne présidentielle, je me suis penché et investi sur votre programme. J'ai d'ailleurs modestement mais activement contribué à l'écriture d'une partie de celui-ci, notamment dans le groupe "pauvreté".

 

Nous avons même commis une tribune dans l'entre deux tours, qui affirmait que "voter pour vous le 7 mai, c'était voter pour plus de solidarité".

Tribune que je n'ai eu de cesse d'afficher sur mon compte twitter en "tweet épinglé", comme un cri, un espoir, un rappel d'une situation dont je ne voyais pas de signes significatifs depuis le début de votre mandat.

 

L'une de mes contributions, la première, se nommait très exactement: "Pour un hébergement d'urgence diffus, pérenne et inconditionnel..." Tout était dit dans le titre...

 

J'y rappelais que les professionnels comme les associations de bénévoles œuvrant dans le secteur de l'urgence sociale, se retrouvaient confrontés quotidiennement au manque de places disponibles et donc de prise en charge de ces populations.

 

Que ce principe hypocrite de la "gestion au thermomètre" des sans-abri ne devait plus être admissible dans ce "nouveau monde" en devenir. Parce que cette logique qui présidait depuis toujours, et aujourd'hui encore, consistait à abandonner les personnes dès que les températures remontent.

Les gens passent de la rue à l'hébergement précaire, pour retourner à la rue... et n'accèdent jamais à un logement stable. 70 % des personnes qui appellent le 115 sont déjà connues des services sociaux. Sur les dix dernières années, on constate une augmentation de 44 % du nombre de sans-abri, avec 150.000 personnes à la rue lors du dernier recensement. En décembre 2016, seule une personne sur deux est arrivée à obtenir une réponse positive à sa demande d'hébergement au 115.

Je rappelais que les demandes de logement de familles avec enfant augmentent largement d'années en années, et qu'au 115, ces familles représentent maintenant plus de 40 % des appels. Dans la plupart des cas, il s'agit de gens issus de bidonvilles ou de squats régulièrement soumis à des expulsions et donc privés de tout accompagnement social. Or, le parc d'hébergement actuel est conçu sur le modèle de l'homme isolé célibataire. Il n'est plus adapté. L'État recourt aux nuitées d'hôtels où les conditions de vie sont indignes. Et les familles de demandeurs d'asile qui n'obtiennent pas de place en centre d'accueil viennent également grossir les rangs.

L'État a la charge d'assurer à toute personne sans-abri et en situation de détresse médicale, psychique ou sociale un hébergement d'urgence. La loi précise que «toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence", ce qui est loin d'être la réalité.

Le département, qui est chargé d'une mission de protection de l'enfance, n'est susceptible d'intervenir qu'à deux titres. Mais l'État ne peut plus et ne sait plus gérer les nouvelles conditions que la précarité grandissante et que les vagues migratoires successives font de l'hébergement d'urgence. Néanmoins, il se doit de continuer à soutenir des délégations que l'échelle communale et intercommunale doit prendre en compétence...

Nous devions, devons donc imaginer de nouvelles solutions durables comme celle d'un hébergement diffus, permanent et réparti entre les communes sur de petites unités, en fonction de leurs capacités d'encadrement et de leurs moyens.

Dans les années 60, plus de 65.000 personnes vivaient dans des bidonvilles et la France a fait un choix juste en agissant pour la résorption de l'habitat indigne. Aujourd'hui, on estime que 20.000 personnes vivent dans des bidonvilles et beaucoup sont bloquées aux marges de l'hébergement d'urgence. Alors que le défi est sans commune mesure par rapport à ce qu'il fut il y a cinquante ans, les issues semblent plus éloignées que jamais!

L'état doit fortement impulser un principe de quota d'hébergement d'urgence à l'identique de la loi SRU, sur la base du décret du 13 décembre 1994 sur les résidences sociales. Ce décret doit servir de cadre réglementaire à ce type de logement avec quelques adaptations, comme déroger à la règle fixant à deux ans la durée maximale du séjour.

Les lieux éclatés ou diffus correspondent mieux aux besoins actuels des personnes seules, en couple, avec ou sans enfants. Leur situation présente ne leur permet pas de prétendre à l'accès direct à un logement, en l'absence de ressources suffisantes, d'une situation administrative non à jour, ou encore de problématiques de santé ou d'addiction.

De plus, en raison d'une recrudescence en matière de violences conjugales, un accueil de ce type privilégie aussi l'accueil des femmes ayant rencontré cette problématique.

Des habitations communautaires de petites tailles doivent être créées et généralisées pour permettre à des personnes en phase de désocialisation de renouer des liens avec la société. Ce serait des lieux d'hébergement où ils pourraient rester sans limite de temps.

Ils y trouveraient un ou des hôtes qui leur donneraient le coup de main nécessaire pour revivre dignement.

Une répartition diffuse de l'accueil permettrait de développer l'offre quantitative et donc le nombre de places d'hébergement d'urgence nécessaire, sans créer de lieux ingérables ; la petite dimension des lieux permet aussi d'accentuer les aspects qualitatifs des services et de l'encadrement des populations accueillies. Le 115, le SAMU Social ou d'autres partenaires adresseraient des personnes sans domicile fixe (hommes, femmes, de tous âges et familles avec enfants) vers l'hébergement. L'objectif étant de stabiliser des personnes dans un habitat durable et adapté à leur problématique physique, psychologique et sociale. Un habitat communautaire de petite taille, associant la jouissance de logements privatifs à la présence de lieux collectifs pour partager les repas ou les loisirs. Ces structures pourraient également prévoir l'accueil de personnes accompagnées d'animaux.

L'accueil doit se dérouler suivant les prestations définies par la loi. L'hébergement d'urgence doit permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, [...] et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état.

Lorsque la loi parle d'accueil immédiat et inconditionnel, celle-ci concerne toute personne, quelle que soit sa situation administrative. Les demandeurs d'asile, les personnes en situation irrégulière ou les ressortissants de l'Union Européenne démunis d'autorisation de travail doivent donc être pris en charge, sans distinction de statut administratif en centre d'hébergement d'urgence.

Aucune discrimination ne saurait se justifier légalement pour distinguer les prestations offertes à ce public.

Mais aujourd'hui, votre ministre de l'Intérieur, Monsieur Gérard Collomb, et son homologue de la cohésion des territoires, Monsieur Jacques Mézard, cosignent une circulaire mettant fin à l'hébergement inconditionnel, permettant par la même occasion à des équipes mobiles de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de vérifier l'identité des personnes bénéficiaires d'une place en centre d'hébergement d'urgence, afin de faire sortir les sans-papiers du dispositif, et de libérer des places pour les personnes sans domicile fixe en situation régulière, alors que dans bien des régions, les Samusociaux sont débordés.

Monsieur le Président, j'en appelle à vous, à votre générosité, à votre humanisme et à votre indulgence. Vous êtes homme d'esprit, avec cette intelligence aiguë, vive et parfois mordante.

Et parce que vous êtes cet homme, avec le rang qui est maintenant le vôtre, vous ne pouvez cautionner une telle gestion de ces populations. Cette déshumanisation qui s'opère au plus haut de l'état, est aux antipodes des situations que nous pouvons trouver quotidiennement au sein de nos villes, de nos rues.

N'exclure personne, cela signifie aussi de ne pas oublier d'où l'on vient, et ce que nous voulons laisser à nos successeurs. Le monde compte aujourd'hui 14 millions de réfugiés et leurs histoires, tant individuelles que collectives, témoignent d'une incidence inquiétante des violations des droits de l'homme, de conflits politiques et ethniques, d'un déséquilibre économique et déjà, d'un désastre écologique.

Tant au plan de ses causes qu'au plan de son impact, le problème des réfugiés a de multiples facettes et ne peut être dissocié d'autres grands défis politiques que doit relever notre monde.

En prendre conscience c'est comprendre également la nécessité d'adapter l'action à l'ampleur de la tâche qui consiste à traiter efficacement des questions de réfugiés en gardant au centre des préoccupations les droits et les aspirations des personnes concernées.

Je reste à votre disposition, et je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma haute considération.

 

 

Fondateur du Samu Social de Grenoble, Conseiller Régional "Cap 21/Société Civile" d'Auvergne Rhône-Alpes

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Corinne Lepage: Pour réussir, Emmanuel Macron doit «changer sa méthode»

Corinne Lepage: Pour réussir, Emmanuel Macron doit «changer sa méthode» | ReCap21 | Scoop.it

Corinne Lepage, presidente de Cap21, Rassemblement Citoyen, soutien d'Emmanuel Macron, 22 février 2017 à Paris

 

 

L’ancienne ministre chiraquienne Corinne Lepage, soutien d’Emmanuel Macron, publie ce jeudi « A bout de confiance» (éd. Autrement, 17 euros), où elle déplore la manière de faire du président.

 

  • Corinne Lepage publie ce jeudi « A bout de confiance» (éd. Autrement, 17 euros), où elle déplore la manière de faire du président de la République.
  • Ancienne ministre de l'Environnement sous Jacques Chirac, l'avocate a soutenu Emmanuel Macron durant la campagne pour la présidentielle.
  • Refusant un livre à charge, elle critique cependant « l’hyperprésidentialisation [du régime], la destruction systématique des contre-pouvoirs, la transformation d’un parti venu du terrain [En Marche] en une organisation proche du "centralisme démocratique" ».

 

Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement et soutien d’Emmanuel Macron publie ce jeudi A bout de confiance (éd. Autrement, 17 euros). La présidente de  Cap21/Rassemblement citoyen critique la « méthode » utilisée par le chef de l’Etat. L’ancienne eurodéputée Modem pointe trois dérives : « l’hyperprésidentialisation [du régime], la destruction systématique des contre-pouvoirs, la transformation d’un parti venu du terrain [En Marche] en une organisation proche du "centralisme démocratique" ». A la veille de la publication de son ouvrage, Corinne Lepage s’est confiée à 20 Minutes.

 

 

Pourquoi ce titre « A bout de confiance, de la morale en politique » ?

Je pense que la question de la confiance est centrale, et la confiance passe par la morale. Il y a un lien entre les deux. A force de redonner confiance puis la perdre à nouveau, on arrive au bout d’un système.

Vous parlez de « système ». Faites-vous référence à Emmanuel Macron ?

Je ne cible pas Emmanuel Macron mais je parle de ce que, pour moi, était le cœur de la campagne présidentielle, c’est-à-dire le fait de dire aux gens : "reprenez en main votre destin. La France peut changer grâce à vous". Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? On a un régime qui est hyperprésidentialisé, avec des contre-pouvoirs qui ont du mal à fonctionner, et une participation des Français [dans le parti présidentiel] qui est très modeste. Je distingue les décisions elles-mêmes qui sont globalement conformes à ce qui a été dit pendant la campagne, et la manière de faire qui est franchement très différente de ce qui a été dit. Je pose la question : avec sa méthode, les engagements d’Emmanuel Macron ont-ils été tenus ?

 

 

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Vous estimez que continuer avec la « méthode » Macron « pourrait être suicidaire », soulignant d’éventuels « risques démocratiques ». Pourquoi ?

Je veux le succès d’Emmanuel Macron et de son projet, mais je ne m’y retrouve pas. Je pense qu’il faut vraiment changer la manière de faire, la méthode d’Emmanuel Macron, pour parvenir au succès.

Pourquoi dites-vous que la réforme sur la moralisation de la vie publique est décevante ?

Quand on regarde le texte, on voit des progrès indéniables, mais cela ne suffit pas. La manière dont ont été gérées « les affaires » [Fillon, Ferrand…] n’a pas permis de montrer que l’on mettait les actes en accord avec les paroles. Le départ des ministres [Modem] du gouvernement en juin [à la suite de soupçons sur le travail d’assistants au Parlement européen] n’a pas du tout été présenté et reconnu comme un acte de volonté de moraliser la vie politique. Et aujourd’hui, il y a des personnes qui sont au gouvernement et qui sont dans la même situation que ceux qui l’ont quitté… Il y a deux points, deux mesures, et cela est incohérent.

Vous déplorez « la concentration des pouvoirs à l’Elysée » et une « remise en cause de la séparation des pouvoirs » par Emmanuel Macron. A propos de quel exemple ?

Il y a eu plusieurs exemples cet été, le dernier en date étant le choix, par le président de la République, du président d’En Marche. On voit bien que le président est à tous les niveaux, tant au niveau du parti qu’au niveau du fonctionnement de l’Assemblée nationale où Richard Ferrand est président du groupe [de députés] majoritaire. Par conséquent, on est loin d’une conception de Montesquieu de la séparation des pouvoirs…

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Pendant la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, ne pressentiez-vous son vœu d'« hyperprésidentialisation » ?

Pas vraiment. Mais ce livre n’est pas à charge. D’un côté, je trouve que sa manière de gérer la politique internationale est très bien. Ce qui me gêne, c’est la partie nationale.

« A quoi bon changer les visages si l’objectif est de faire de la vieille politique ? », écrivez-vous à propos de la communication. Rien n’a donc changé ?

J’ai le sentiment que la communication du président ne vise pas l’information, mais que c’est une communication régie, verrouillée par l’Elysée. On est dans un système très différent de l’information. Je ne suis pas la seule à le voir, un certain nombre de journalistes s’en plaignent d’ailleurs.

 

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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Pourquoi le nucléaire est en train de ruiner la France

Pourquoi le nucléaire est en train de ruiner la France | ReCap21 | Scoop.it

Mur d'investissement, falaise financière, les allégories ne manquent pas pour décrire l'impossible équation financière à laquelle la filière nucléaire française est confrontée.

 

Mur d'investissement, falaise financière, les allégories ne manquent pas pour décrire l'impossible équation financière à laquelle la filière nucléaire française est confrontée. Ce qui est certain, c'est que le constat est partagé par tous, ce qui n'était évidemment pas le cas lorsque en 2011 dans la vérité sur le nucléaire, j'avais évoqué la situation critique d'Aréva. La filière nucléaire est plus qu'une danseuse pour le budget de l'État. Pour la seule année 2017, l'État a sorti 3 milliards pour EDF et 5,5 Mds pour Aréva, auxquels s'ajoutent l'abandon d'1,6 milliards de dividendes et probablement les 2,3 milliards de l'arbitrage perdu en Finlande, soit la bagatelle de près de 13 milliards d'euros! Jusqu'où faudra-t-il aller?

 

La société Aréva traîne 7 milliards de dettes et voit son chiffre d'affaires en baisse constante. Elle aurait dû déposer le bilan. Mais elle est recapitalisée par un apport de 4,5mds de l'État destiné simplement à permettre la continuation de l'activité sous deux entités l'une étant reprise par EDF pour la somme de 2,5 mds payés en définitive aussi par le contribuable. Mais le gouffre ne s'arrête pas là. Aréva SA devient une forme de structure de défaisance accueillant outre la dette initiale, la dette finlandaise (un premier arbitrage perdu pour Aréva va coûter au Budget de l'État 2,3mds et ce n'est sans doute pas terminé) et les coûts induits par les malversations du Creusot. Inutile de dire que le contribuable va devoir sortir encore de nombreux milliards pour combler ce déficit scandaleux qui rappelle fâcheusement dans un autre domaine, l'affaire du Crédit Lyonnais -qui a aussi coûté des milliards aux contribuables sans que personne ne soit responsable-... Le pire est qu'Aréva continue à perdre de l'argent parce qu'en réalité son activité, même réduite au minimum, ne cesse de se contracter et son classement par l'agence de notation S&P BBB- sur le long terme n'est pas brillant.

 

La situation est moins mauvaise pour EDF qui néanmoins a dû sortir du CAC 40, voir son action passer de 80 à 7 euros (puis remonter à 9) et sa notation S et P baisser à A-. Ses résultats financiers sont mauvais et, la baisse de l'endettement qui reste massif (au-delà de 30 milliards d'euros) est liée à des cessions d'actifs et en particulier les titres ERDF cédés à la caisse des dépôts, c'est-à-dire en réalité rachetés par l'État. Les résultats nets courant de 2016 accusent une baisse de 15% (4,1 Mds d'euros, contre 4,8 Mds d'euros en 2015) une baisse de production de 7,9% et les résultats semestriels de 2017 sont également en baisse de 2,7%. Les investissements restent inférieurs à 10 milliards par an alors que la réalisation du plan d'investissement sur lequel EDF s'est engagé représente selon le rapport d'Alpha value 165 milliards soit autour de 16 milliards par an. En effet, le grand carénage évalué par EDF à 50 milliards et par la Cour des Comptes à 100 milliards n'intègre pas toutes les anomalies constatées depuis plusieurs mois, les défauts systémiques et les dépenses indispensables au titre de la mise aux normes post Fukushima.

 

Et encore, cette situation financière assez calamiteuse ne reflète que très partiellement la réalité du fait du sous-dimensionnement des provisions faites pour le traitement des déchets à long terme et pour le démantèlement. Selon le rapport d'AlphaValue, il manquerait 50 milliards de provisions. Cette sous-évaluation avait déjà été mise en lumière dans un apport de l'Assemblée nationale de février 2017 puis dans un avis de l'ASN de juillet 2017 dans lequel le gendarme du nucléaire souligne l'absence d'éléments d'information fiable, la non prise en considération des retards et des manques de disponibilité dans le stockage des déchets et la non prise en compte des sites pollués.

 

Il faut également prendre en compte le financement de Hinckley Point, réacteur qui a déjà pris 18 mois de retard avant même d'avoir commencé qui devrait être financé par EDF à hauteur de 15 milliards auxquels s'ajoutent 1,8 milliards tout retard étant à la charge de l'exploitant. Dans la mesure où aucun établissement bancaire n'accepte de financer ce type de projet, c'est EDF c'est-à-dire le contribuable français qui devra financer un projet dont la réalisation n'est de loin pas certaine compte tenu d'une part du Brexit et de son incidence Euratom et d'autre part de la contestation de l'Angleterre liée à un prix déraisonnable de l'électricité nucléaire.

Cette situation financière catastrophique n'empêche évidemment pas EDF d'investir plusieurs centaines de millions d'euros dans la publicité que son monopole ne justifie pas mais qui a le mérite d'éviter des articles trop critiques dans la presse...

Face à ce mur de dépenses, l'État a mis au pot cette année 3 milliards et accepté de renoncer au paiement des dividendes soit 1,6 Md. Pour 2017, ce sont 10 milliards qui ont été dépensés à fonds perdus pour la filière nucléaire sans compter évidemment les dépenses cataloguées au titre de la recherche qui financent le CEA. Certes, la filière nucléaire représente un nombre d'emplois non négligeables mais très éloignés des 220 000 constamment avancés par le lobby nucléaire. En réalité, EDF comptait 68.460 salariés à fin 2016, hors filiales) et devrait atteindre 64 000 en 2019 soit une baisse de 10% par rapport à 2015. Quant à Aréva, la société comptait 38 000 salariés à la fin de l'année 2016 soit 5000 de moins qu'en 2015. Au total, la filière représente moins de 100 000 personnes en emplois directs et malgré les sommes astronomiques mises par les contribuables près de 10 000 emplois ont été supprimés. En revanche, la progression des emplois dans le secteur du renouvelable est constante avec 162 000 emplois en 2016.

Et la situation risque de ne pas s'arranger. En effet, la productivité de nos réacteurs ne cesse de se réduire et, le marché de gros européen fait une place de plus en plus réduite à l'électricité nucléaire en raison de la priorité donnée à l'électricité verte et de la croissance très importante de l'énergie renouvelable dans l'espace européen. Ajouter à cela une baisse de la consommation d'électricité nucléaire. Au total, le chiffre d'affaires d'EDF ne peut que décroître–ce qui est déjà le cas depuis deux ans-et par voie de conséquence rendre encore plus insoluble l'équation financière à laquelle cette société est confrontée. L'impasse financière est totale.

 

Corinne Lepage

Avocate, Ancienne députée européenne Cap21,

ancienne ministre de l'Environnement

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L'état de nos centrales le montre, le choix de l'énergie nucléaire est dans une impasse

L'état de nos centrales le montre, le choix de l'énergie nucléaire est dans une impasse | ReCap21 | Scoop.it

L'état de nos centrales le montre, le choix de l'énergie nucléaire est dans une impasse.

 

Toute l'infrastructure nucléaire et tous les projets sont mis en cause pour des raisons diverses...

 

La France a incontestablement été un des leaders mondiaux du nucléaire même si la dépendance des centrales PWR à Westinghouse n'a jamais été réellement soulignée. Mais elle ne l'est plus. On peut le regretter tant sur le plan Industriel que sur le plan technologique, mais c'est une réalité. Du reste, les déboires rencontrés sur la construction des EPR sont expliqués par Areva et la filière nucléaire par une perte de savoir-faire liée au départ à la retraite des concepteurs et constructeur des centrales nucléaires du programme Messmer. Mais, les difficultés technologiques et techniques auxquelles se heurtent EDF comme Areva ne se limitent pas à l'EPR et c'est en réalité toute l'infrastructure nucléaire et surtout tous les projets qui sont mis en cause pour des raisons diverses.

 

 

Tout d'abord, le choix de l'EPR se révèle être un fiasco industriel, économique et financier. Ce réacteur de troisième génération, conçu en réalité à la fin des années 80 et au tout début des années 90 (comme ministre de l'environnement 1995, j'ai eu à le connaître), s'est révélé beaucoup plus onéreux que prévu (de l'ordre de 10 milliards d'euros le réacteur en l'état actuel des choses), soumis à des difficultés techniques particulières liées à sa conception et par voie de conséquence impossible à exporter. On se souvient encore des envolées lyriques de Madame Lauvergeon qui évoquait la vente de 34 EPR avant 2020! En réalité, nous en avons vendu trois en 2007, Hinckley Point ne pouvant être considéré comme une exportation puisqu'EDF est l'exploitant d'Angleterre. Et surtout, le feu vert qui serait donné par l'autorité de sûreté nucléaire malgré les anomalies graves relevées dans la cuve et le couvercle de Flamanville n'a rien d'encourageant. Comme l'a souligné un des membres du comité d'experts chargés de rendre un avis, qui accepterait d'acheter une voiture dont les marges de sécurité seraient réduites de 50 % ? Ce feu vert donné du bout des lèvres, par l'autorité de sûreté nucléaire n'a été rendu possible que par un décret scélérat autorisant les dérogations à la réglementation directe nucléaire. Il va de soi que tous ceux qui ont participé à cette opération en porteront à titre personnel la responsabilité. Ce saut dans le vide s'explique par le château de cartes qui menaçait de s'écrouler en cas de refus de validation de la cuve et du couvercle de la part de l'autorité de sûreté nucléaire. Dans ce cas, la Commission Européenne refusait de valider la recapitalisation d'Aréva, Hinckley point ne se faisait pas, nos partenaires chinois étaient en droit de se retourner contre Areva et EDF ne pouvait pas faire face à ses obligations financières. Ce sont donc des raisons purement financières et non pas de sécurité qui sont à l'origine de ce feu vert ce qui bien évidemment en cas de problème conduira à rechercher la responsabilité des décideurs, quels qu'ils soient. Mais, quoi qu'en dise l'industrie du nucléaire, l'EPR n'a pas d'avenir compte tenu de son coût et de son incertitude technologique. Il faudra donc se tourner éventuellement vers d'autres types de réacteurs, ATMEA ou autre que la France ne fabrique pas aujourd'hui. L'EPR est donc une technologie en voie d'extinction...

 
 

Et, les soucis ne se limitent pas à l'EPR mais concernent les réacteurs en activité. Il faut rappeler qu'EDF considère comme acquise la prolongation à 50 ans de ses centrales nucléaires hormis Fessenheim. C'est aller bien vite en besogne et considérer de manière très méprisante l'autorité de sûreté nucléaire, assimilée à un organisme à la botte de l'exploitant. Les anomalies détectées sur la cuve de Flamanville ont conduit à découvrir de véritables malversations et des falsifications de documents au Creusot dans la réalisation d'autres cuves de réacteurs en activité. Et le repérage des mauvaises pratiques ayant continué, l'autorité de sûreté nucléaire a donné un délai au 31 octobre à EDF pour fournir le programme de revue de tous les composants fabriqués sur le site et un délai au 31 décembre 2018 pour avoir achevé les travaux correspondants, qui pourraient nécessiter des arrêts de tranche. Un premier document publié en septembre 2017 fait état de 471 irrégularités concernant les pièces de 12 des 18 centrales nucléaires françaises. Une paille ! La centrale de Belleville-sur-Loire a même été placée début septembre 2017 "sous surveillance renforcée", une première dans l'histoire nucléaire française qui résulte des "carences" constatées par l'autorité de sûreté nucléaire de la part de l'exploitant. Ces défauts viennent s'ajouter aux désordres constatés au début de l'année 2017 par l'IRSN sur le défaut de mesure sur le système d'injection d'eau de secours des 34 réacteurs de 900 MW. Non seulement c'est extrêmement grave car en cas d'accident, cette situation peut mettre en péril le refroidissement du réacteur mais, sur le plan procédural cela démontre l'absence totale de contrôle par EDF de ses systèmes alors qu'elle est la première responsable de la sûreté.

 

 

Et, la faiblesse des résultats d'EDF en 2016 et probablement 2017 viendra pour partie de la non disponibilité des réacteurs mis à l'arrêt pour des raisons de sûreté, entraînant des surcoûts dans les investissements et des non rentrées dues à l'absence de fonctionnement. Ainsi, les investissements nécessaires pour atteindre un niveau de sûreté suffisant risquent d'être élevés, voire très élevés avant même que l'autorité de sûreté nucléaire n'ait entamé la campagne d'audit préalable à une éventuelle prolongation de la durée de vie au-delà de 40 ans des réacteurs. Cette prolongation est donc très aléatoire, posant à EDF une équation insoluble sur le plan technique comme sur le plan financier. À ce tableau déjà bien noir s'ajoutent les conséquences d'un dérèglement climatique qui s'accélère. Plusieurs réacteurs nucléaires ont dû cet été être mis à l'arrêt en raison du réchauffement des cours d'eau rendant impossible une pollution thermique supplémentaire. Plus grave encore, les phénomènes extrêmes qui n'ont évidemment pas été pris en compte lors de la conception des réacteurs les mettent en péril dans les mêmes conditions que l'usine Arkema au Texas dont l'incendie à la suite du passage de l'ouragan Harvey a déjà donné lieu au dépôt d'une série de plaintes. Qu'en serait-il si c'est usine chimique que l'on a laissé brûler faute de pouvoir faire autrement avait été une centrale nucléaire ?

 

 

Les réacteurs ne sont pas seuls en cause. Le projet CIGEO d'enfouissement des déchets radioactifs à Bure, non seulement soulève des difficultés majeures en termes de financement (25 milliards selon le ministère de l'écologie 35 milliards selon l'ANDRA) mais également des difficultés techniques difficilement compréhensibles alors que le projet est à l'étude depuis plus de 20 ans. Ainsi, l'IRSN a relevé quatre points remettant en cause la conception du stockage et en particulier les conséquences d'un incendie dans une alvéole stockant des déchets bitumineux. Dans la foulée, l'autorité de sûreté nucléaire a également exprimé ses réserves sur un projet fortement contesté localement, qui ne semble manifestement pas pouvoir être engagé à court terme, voire à long terme.

Enfin, les projets d'avenir sont menacés. Il n'y en a pas pour le retraitement. EDF est contraint d'y recourir pour maintenir l'emploi à la Hague, moyennant un coût de près d'un milliard par an. Une reconversion de l'usine phare d'Aréva se posera inévitablement dans les années qui viennent. Astrid qui est un prototype de réacteurs de quatrième génération, qui réédite Superphénix (échec technique et fiasco financier à plus de 10 milliards) semble davantage regarder vers le passé que vers le futur qui pourrait bien être celui de réacteurs à thorium, si le nucléaire a un avenir. Ce réacteur qui dans le meilleur des cas pourrait connaître un avenir industriel dans les années 2050, coûterait 5 milliards, somme dont le ministère de l'écologie reconnaît lui-même qu'elle ne pourra peut-être pas être mobilisée. Quant à ITER, projet international qui vise à réaliser la fusion nucléaire, avec 10 ans de retard sur la production programmée du premier plasma (2025 au lieu de 2015) et un budget qui a explosé (20 milliards aujourd'hui), il continue à être très contesté sur le plan technique et très menacé sur le plan financier, le parlement européen étant de plus en plus réticent à accepter ce financement.

Au total, les choix technologiques que la filière nucléaire a faits ne sont manifestement pas optimaux (et c'est un euphémisme) et, mise dans l'impossibilité de sortir de ses choix, elle se trouve bien évidemment dans une impasse.

 

Corinne Lepage

Avocate, Ancienne députée européenne Cap21, ancienne ministre de l'Environnement

 

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Corinne Lepage « En matière d’environnement, nous sommes passés de la nuisance à l’enjeu sanitaire mondial »

Corinne Lepage « En matière d’environnement, nous sommes passés de la nuisance à l’enjeu sanitaire mondial » | ReCap21 | Scoop.it

L’avocate et ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage était jeudi 28 septembre la première invitée des Rencontres de France Audacieuse, le think tank visant à mettre en lumière les idées de la société civile.

Quels sont les grands enjeux du développement durable ? « Continuer le développement économique, sans que l’espèce humaine ne disparaisse pour autant », répond Corinne Lepage invitée par Alexia Germont, la présidente de France Audacieuse, pour partager ses pistes de réflexion sur cette problématique d'envergure planétaire. Pendant une heure, celle qui est aujourd’hui reconnue pour son engagement dans la protection de l’environnement a pu aborder des sujets d’actualité, comme la transition énergétique, la finance utile ou encore stockage de l’électricité, domaine dans lequel la France pourrait, selon l'avocate, devenir le « leader mondial »

Décideurs. Pourquoi la question du développement durable est-elle aujourd’hui plus importante qu’il y a quelques années ? 

Corinne Lepage. Il y a 30 ou 40 ans, la protection environnementale était liée à des nuisances locales réversibles et réparables. Aujourd’hui, les problèmes sont planétaires, globaux, irréversibles et concernent l’espèce humaine toute entière. Nous sommes passés de la simple nuisance à l’enjeu sanitaire mondial. L’échelle de gravité n’est plus le même.

Quels sont les critères d’une entreprise durable ? 

Pour qu’une entreprise soit pérenne, elle doit s’inscrire dans la durabilité. Il lui faut pour cela répondre à plusieurs questions : comment économiser des matières premières ? Comment intégrer l’économie circulaire ? Comment investir dans l’innovation ?…. Les entreprises qui ne prennent pas en compte ces interrogations sont amenées à mourir.

« Aujourd’hui, les problèmes sont planétaires, globaux, irréversibles et concernent l’espèce humaine toute entière. »

Les fonds d’investissements se penchent d’ailleurs sur ce sujet …

Tout à fait. Ils refusent très souvent d’investir dans des entreprises qui ignorent ces différents critères. 

Quels sont les grands principes de la Déclaration universelle de l’humanité dont vous avez piloté le comité de rédaction en 2015 ? Quelle est sa finalité ? 

La Déclaration universelle de l'humanité comprend quatre grands principes : la responsabilité, la dignité, l’équité intergénérationnelle et la continuité de l’espèce humaine. Cette charte a vocation a être signée à la fois par les États et par les entreprises. 

 

Deux chiffres clé :

2 % : L'énergie nucléaire correspond à 2 % de la consommation de l’électricité mondiale en 2016. « Nous sommes le seul pays à croire que le nucléaire est l’avenir. Il est aujourd’hui beaucoup plus coûteux que les énergies renouvelables », estime Corinne Lepage. 

7 % : L’énergie utilisée pour Internet est responsable de 7 % de la production des gaz à effet de serre dans le monde. « C’est plus que l’aviation civile », note Corinne Lepage.

 

Propos recueillis par @CapucineCoquand

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