Santé Dr Gueibe : « En Belgique, l'euthanasie est une bonne loi » - Le Pays BHM (collaboratif) | Probleme de bioéthique, l'eutanasie. (Heurtaux.V) | Scoop.it

Spécialiste de la souffrance des soignés et des soignants, le Dr Raymond Gueibe est un partisan affirmé de l’euthanasie et s’en explique.

 

Avant de donner une conférence sur la dignité, hier soir, à la Résidence Surleau, le Dr Raymond Gueibe était invité en journée, à Montbéliard, dans le cadre des « Rendez-vous de l’Arc-en-ciel », à coanimer, aux côtés du philosophe éthicien Michel Dupuis et du docteur en santé publique Walter Hesbeen, une journée de formation réservée aux professionnels de la santé sur un thème novateur : « Accueillir la singularité de l’humain dans nos pratiques professionnelles ». Le sujet a motivé une centaine de participants. Le Dr Gueibe, psychiatre exerçant en Belgique, mais qui intervient aussi en France, a pu mesurer l’évolution des mentalités et des pratiques médicales. « Il y a vingt ou trente ans, le soignant pouvait se permettre d’être violent en imposant un soin au patient. Aujourd’hui, soignant, toutes spécialités confondues, c’est un métier à risque, avec un haut niveau émotionnel et un haut niveau de remise en cause ». Pour lui, qui est reconnu comme un spécialiste de l’éthique clinique, le tournant est apparu avec l’acharnement thérapeutique : « On a été amené à se remettre en cause, sinon, on courait le risque de se prendre pour Dieu qui donne et reprend la Vie », indique l’homme de l’art, qui parle aussi de « gavage thérapeutique » et de « tourment éthique ».

 

Le risque de se prendre pour Dieu

 

Pourfendeur des certitudes, le Dr Gueibe s’est pourtant forgé la sienne : toutes les pratiques professionnelles doivent être questionnées. « C’est un patient qui m’a interpellé : il refusait d’accepter tout ce qui lui était imposé, notamment une chimiothérapie, réclamant le droit de souffler un peu ». À partir de ce moment-là, le psychiatre a réfléchi à la place du patient dans le dispositif de soins. Sa conclusion est limpide : « C’est quand même le malade qui sait le mieux ce qui est bien pour lui. Il est important de respecter son choix et ses droits ». À ce propos, le praticien loue la loi Leonetti « qui ne fait plus une obligation de l’acharnement thérapeutique » (lire encadré). Évoquant la démence, Raymond Gueibe affirme que « le dément est lui aussi capable de nous dire des choses, si seulement on prend le temps de l’écouter ».

 

Entendre la demande du patient

 

Allant plus loin, le spécialiste évoque l’euthanasie, dépénalisée depuis 2002 en Belgique : « La promulgation de la loi a donné lieu en amont à un vaste débat avec la société civile belge. Tout le monde s’accorde à dire que ce fut un très beau débat. Et tout le monde dit que c’est une bonne loi ». Les médecins ne sont pas obligés de l’appliquer. « Mais ils ont obligation d’entendre la demande du patient et de le diriger vers un autre médecin ». La dépénalisation a soulagé non seulement les malades, mais également les équipes soignantes, assure le médecin. « Dans les demandes d’euthanasie, on parle de la mort avec une intensité terrible », souligne Raymond Gueibe, qui reconnaît que « le moment le plus difficile, c’est quand le patient va dire adieu à sa famille ». Et de conclure : « Finalement, l’hôpital pourrait être le lieu où calmer la souffrance ».

 

Le 19/10/2012 à 05:00 par José Gonzalvez