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“Plaire, aimer et courir vite”: le premier choc de Cannes pour Christophe Honoré

“Plaire, aimer et courir vite”: le premier choc de Cannes pour Christophe Honoré | LanguesEtSignes | Scoop.it

Propos recueillis par Jean-Marc Lalanne pour Les Inrocks


Porté par Vincent Lacoste et Pierre Deladonchamps, deux acteurs en état de grâce, le nouveau film de Christophe Honoré, Plaire, aimer et courir vite, sera l’un des plus attendus du Festival de Cannes 2018.


Seize ans après la présentation à Un certain regard de 17 fois Cécile Cassard, Christophe Honoré présente en compétition son onzième long métrage. Plaire, aimer et courir vite évoque l’éphémère idylle d’un écrivain malade du sida et d’un jeune étudiant rennais. Chronique déchirante d’un apprentissage conjoint de l’amour et du deuil, le film est un des plus beaux de son auteur.

Plaire, aimer et courir vite marque ton retour à Cannes en compétition officielle, onze ans après Les Chansons d’amour. Vis-tu ce choix comme un regain de reconnaissance ?
Christophe Honoré – C’est une étrange question… La sélection en compétition des Chansons d’amour (2007) venait un an après la présentation à la Quinzaine de mon précédent film, Dans Paris (2006). Le film a été bien accueilli et a bien marché en salle alors qu’on ne s’y attendait pas. La présence en compétition des Chansons d’amour était un peu le prolongement de cette première vague de succès imprévu. Plaire, aimer et courir vite intervient à un autre moment. Mon précédent film, Les Malheurs de Sophie (2016), est celui qui a touché le plus large public. Mais il a été perçu comme un film de commande. Ce n’était pourtant pas le cas, ça faisait au contraire longtemps que je réfléchissais à la façon d’associer mon travail de cinéaste à celui d’écrivain pour enfants – par lequel j’ai débuté. En tout cas, le film a généré moins de commentaires, comme si j’avais mis mon œuvre d’“auteur” entre parenthèses.


Plaire, aimer et courir vite opère donc une sorte de retour : c’est un film inspiré d’une histoire personnelle, comme Les Chansons d’amour, mais plus ouvertement encore à la première personne. Je n’évacue donc pas ta question. Quand on a réalisé une dizaine de films, c’est effectivement quelque chose qu’on se demande : quelle place j’occupe dans le cinéma français ? Comment je me situe par rapport aux réalisateurs de ma génération ? aux aînés ? à ceux qui ont émergé dix ou quinze ans après moi ? Etre en compétition à Cannes indique qu’on est inscrit dans un tableau. Ce n’est pas forcément un tableau de valeur. Mais ça dit au moins qu’on n’en est pas absent.

Est-ce que ça te renseigne aussi sur ce que le cinéma français et ses instances de légitimation attendent de toi ? Soit plutôt des chroniques sentimentales dans la lignée des Chansons d’amour que des essais plus insituables comme Métamorphoses ou Les Malheurs de Sophie ?


Peut-être, oui. Dans Paris et Les Chansons d’amour ont défini un petit territoire auquel on m’identifie et, quand j’y reviens, probablement que la critique, les institutions ont le sentiment que c’est un retour à moi. On m’associe à ces films plus qu’à Non, ma fille tu n’iras pas danser, qui avait pourtant réalisé plus d’entrées. Quant à Métamorphoses (2014), il n’a pas marché mais est très important pour moi. C’est le film qui m’a permis de réfléchir le plus profondément à ma pratique de cinéaste.

Et quelle est la réflexion qui prévaut à Plaire, aimer et courir vite ?
Je me suis demandé sur quel sujet je pouvais prendre la parole aujourd’hui en tant que cinéaste homosexuel, écrivain homosexuel et metteur en scène de théâtre homosexuel. Au moment de la Manif pour tous, l’expression d’une homophobie très forte s’est faite entendre en France, et je me suis senti une responsabilité. Comme une injonction à répondre. C’est comme ça que j’ai conçu ces trois œuvres : un livre, Ton père (Mercure de France, 2017), un film, Plaire..., et une pièce, Les Idoles, que je suis en train de répéter (lire encadré p. 25) On va la créer à la rentrée au Théâtre Vidy-Lausanne. Elle met en scène des personnalités aussi matricielles pour moi que Jean-Luc Lagarce, Cyril Collard, Jacques Demy, Hervé Guibert, Bernard-Marie Koltès et Serge Daney.

C’est Demy qui m’a donné envie de réaliser des films, Daney qui m’a donné envie d’écrire aux Cahiers du cinéma, Guibert d’être écrivain, Lagarce et Koltès de faire du théâtre. Le livre, la pièce, le film s’enracinent dans la façon dont j’ai pu rêver en tant qu’étudiant rennais homosexuel sur ces artistes sans jamais pouvoir entrer en relation avec eux. Ils étaient déjà presque tous morts du sida à mon arrivée à Paris. Plaire…. est une fiction pour me consoler de ce manque-là.

Comment interprètes-tu la coïncidence de ces regards portés sur l’histoire de la communauté homosexuelle et l’épidémie du sida que sont 120 battements par minute de Robin Campillo, Fiertés, la minisérie de Philippe Faucon, et Plaire, aimer et courir vite ?
Je pense que ça correspond à un délai. Ce délai était nécessaire pour qu’on ose prendre la parole après celle des malades. Pour des gens comme moi, qui ont été témoins de cette épidémie mais pas victimes, il était évidemment impensable d’exprimer une parole de témoin qui viendrait concurrencer celle des malades. Mais j’imagine que pour Campillo et Faucon comme pour moi, vient le moment où ne pas en parler devient un problème. C’est une nécessité de dire aujourd’hui que cette période-là, qui a été très racontée en temps réel par des artistes malades, mais tue par la suite, n’a pas été engloutie.

La pièce que tu prépares est donc plutôt sur le trou qu’a créé le sida dans la vie intellectuelle et artistique française, et le film est une déclinaison individuelle de cette question, soit le trou dans la vie d’une personne.


Exactement, oui. La transmission avec tous ces gens que j’ai aimés par le cinéma et la littérature a brutalement été interrompue. Si à mes débuts j’ai été chercher des référentsdu côté de la Nouvelle Vague, des grands-parents, c’est parce que j’étais dans l’incapacité de parler des parents. Parce qu’ils étaient morts. Ce n’était pas rien de lire Guibert, Daney, Koltès en rêvant de leur œuvre mais en anticipant aussi leur disparition. Leur vie semblait dicter dans ma propre destinée la rencontre prompte de la maladie et de la mort. J’ai eu la chance de commencer ma sexualité au moment des campagnes de prévention, de la capote dans les lycées et d’une politique de santé très affirmée, qui personnellement m’a sauvé. Mais malgré la protection, beaucoup de gens de ma génération ressentaient une forme de fatalisme, le sentiment qu’aussi prudents que nous soyons ça allait finir par nous arriver. Parce que tout dans le quotidien nous ramenait tout le temps à l’épidémie.

La peur de la contamination n’a jamais freiné ta sexualité ?


Non, jamais. Je me souviens de m’être trouvé régulièrement en situation qu’un mec me dise : “Mais attention, je suis séropo.” Et j’ai toujours répondu en souriant que justement la capote me permettait de baiser avec des séropos. Après, bien sûr, j’allais aussi dans la salle de bains pour vérifier que la capote n’était pas trouée. Le personnage d’Arthur, dans le film, est défini par ça : il n’a pas peur.

Des Chansons d’amour aux Bien-Aimés, le deuil est un des motifs les plus récurrents de ton travail. Penses-tu que si toutes ces œuvres d’artistes malades t’ont frappé, c’est parce qu’elles résonnaient avec autre chose, une perte peut-être plus archaïque dans ta propre histoire ?

 
J’ai bien conscience que je me suis choisi comme pères de substitution des artistes que je savais condamnés. Et cela a forcément un lien avec la mort de mon père, survenue quand j’avais 15 ans. Mais une fois que j’ai dit ça, je ne sais pas trop quoi en faire. Est-ce que j’avais besoin de me choisir des pères qui allaient disparaître ? Est ce que j’étais dans l’incapacité de reconstruire des liens de parentalité, même fantasmés, qui soient pérennes ? Peut-être que je ne voulais pas d’un père de substitution qui soit un peu costaud et reste en vie.

D’autres artistes homosexuels importants comme André Téchiné ou Patrice Chéreau n’ont pas autant compté pour moi. Quand je lisais L’Homme blessé, j’étais du côté de Guibert contre Chéreau. Je pensais vraiment que Chéreau avait abîmé le scénario d’origine. La situation de Chéreau, consistant à être entouré de deux artistes d’exception, Guibert et Koltès, plus jeunes que lui mais à qui il survit, est une situation intenable. Il avait forcément besoin de l’exprimer et c’est ce qui rend si fascinant La Reine Margot. Le film a la force de l’indirect. Avec ses corps suppliciés, ce sang étalé partout, ce chaos ou nul ne sait qui est ami qui est ennemi, cette peur incessante d’être empoisonné, La Reine Margot parle clairement de l’épidémie dans les années 1990. Des années plus tard,il tourne Son frère et là, en revanche, je n’ai pas compris pourquoi le personnage à l’agonie était atteint d’une maladie qui n’était pas le sida. ça m’avait gêné. Mais je pense que Chéreau était écartelé par un désir très fort de parler du sida et un sentiment d’obscénité à en parler du point de vue de quelqu’un qui n’était pas malade.

Penses-tu que cette épidémie a créé des lignes de force esthétiques ? Le déclenchement d’une parole à la première personne par exemple, chez Guibert, Collard, Lagarce ou même dans les derniers écrits de Daney ?


Je ne pense pas qu’il y ait une esthétique homogène liée au sida. Je me rends compte en travaillant sur la pièce que le fait qu’ils soient malades ne les intègre pas dans le même groupe artistique. Par contre, ce qui est insensé, c’est de voir qu’aujourd’hui des courants esthétiques ou théoriques sont nés là. D’une certaine façon, le projet esthétique de Guibert, “l’écriture de soi”, trouve sa maturité chez Christine Angot. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le livre qui a révélé Angot au grand public, L’Inceste, débute par la même phrase qu’A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. “J’ai eu le sida pendant trois mois” chez Guibert. “J’ai été homosexuelle pendant trois mois” chez Angot.



Mektoub My Love d’Abdellatif Kechiche se déroule à l’été 1994, 120 battements... de 1993 à 1994, Plaire... durant l’été 1993. Pourquoi un tel retour de cette période ?


En ce qui me concerne, c’est le désir de réinvestir le monde de mes 20 ans. J’ai toujours associé la jeunesse et le cinéma. Souvent en travaillant avec de jeunes comédiens. Ou en écrivant des récits d’adolescence. Mais j’ai peu raconté ma propre jeunesse. C’est la première fois que je m’autorise à me servir du cinéma pour la revivre. Je m’en suis servi pleinement en allant tourner dans ma vraie chambre d’étudiant, en revenant dans la ville où j’avais été jeune, en retransformant des lieux devenus des parkings privés en parkings publics et en les repeuplant de la population qui en faisait des lieux de drague nocturnes…

Après, je dissocie l’attachement que j’ai pour cette période pour des raisons intimes, et la perception historique. Je ne dirais pas que c’était une période d’insouciance, par exemple. Vraiment pas. Mon impatience à satisfaire mes désirs d’écriture ou de cinéma me rendait très tremblant dans ces années-là. Je n’avais pas un rapport de confiance au monde. L’angoisse du sida colorait tout. Et il y avait eu la première guerre en Irak, dont les métastases allaient mener à septembre 2001. J’avais le sentiment d’être au début de ma vie et que pourtant tout autour on nous disait qu’on était à la fin. La fin du sexe, la fin du plein emploi, la fin d’une relative paix dans le monde.

Quand tu vivais à Rennes, la mythologie d’une ville rock, où avait éclos une partie de la scène post-punk française (Marquis De Sade), les TransMusicales, la scène pop (Daho, Niagara), était-elle encore très vivace ?
Ah oui. Je me souviens d’avoir vu à la fin des années 1980, un soir où il neigeait, dans la petite salle de l’Ubu, les Sugarcubes et d’avoir découvert Björk. C’était des années avant qu’elle n’entreprenne une carrière en solo et ce fut un choc. J’ai vu un des tous premiers concerts de Nirvana, à la salle Omnisport… Je suis arrivé a Rennes en 1988 et toute la mythologie rock liée à cette ville était encore très proche. Et puis il y avait toujours cette rumeur quand on était en soirée qu’Etienne Daho, de retour en ville, avait été aperçu dans telle boîte et on se précipitait pour le voir. Mais il n’y était jamais. C’était l’Arlésienne (rires). Et Dieu sait si j’ai traîné dans des endroits où j’espérais l’apercevoir.


La pop fin 80’s-début 90’s est très présente dans Plaire... C’est la musique que tu écoutais ?


Oui, j’écoutais beaucoup Ride par exemple, un groupe proche de My Bloody Valentine. On les entend dans le film. J’écoutais les La’s, dont on voit une pochette mais dont je n’ai pas réussi à acquérir les droits. Je les ai vus en concert aux Trans. Avec Pierre, mon coloc de l’époque, les sorties d’album scandaient notre vie d’étudiants. On passait beaucoup de temps chez les disquaires – ça fait bizarre d’employer ce mot d’un autre siècle ! Dans un bar, l’Ozone, un serveur avait la première cassette pirate de la Mano Negra avant que l’album ne sorte. On l’écoutait en boucle avant qu’il ne passe sur les radios. Après, évidemment, on l’a un peu dédaigné (rires).

Est-ce que pour toi la culture musicale est genrée ? En littérature, en cinéma, tes idoles étaient des homosexuels. Alors qu’en musique tu parais avoir assez peu écouté d’artistes emblématiques de la culture gay de l’époque : Madonna, Pet Shop Boys, Jimmy Somerville…
C’est vrai que j’écoutais la même chose que mes amis hétéros. Mais ils gueulaient quand même lorsqu’en soirée je passais Elli et Jacno. Je n’ai jamais beaucoup écouté les Pet Shop Boys, c’est vrai, même si c’est un groupe intéressant. J’avais une fascination amoureuse très forte pour Morrissey et les Smiths néanmoins. Daniel Darc aussi me fascinait et pour moi Cherchez le garçon avait une résonance particulière. C’est vrai que contrairement à beaucoup de gays de ma génération, je n’ai jamais acheté un album de Madonna. Il y avait quand même une composante rock dans mes goûts. Est-ce que c’était une façon de me viriliser ? Je ne crois pas.

Le film s’ouvre sur One Love, un morceau du premier album de Massive Attack…
Oui, j’ai prié pour qu’ils nous autorisent à l’utiliser car ils le font très peu. On l’a su très tard et le même jour que celui où l’on a appris notre sélection à Cannes ! Pour moi, c’était le morceau parfait pour restituer en un éclair la matière sensible de l’époque, l’air qu’on respirait. Il est vraiment emblématique.

Comment as-tu accompagné Vincent Lacoste vers le personnage d’Arthur ?
J’avais d’abord envie d’écraser sa touffe capillaire (rires). Donc de lui couper les cheveux et de les lisser en arrière. Je voulais qu’il soit physiquement un peu différent, mais pas le transformer. Parce qu’au contraire je suis allé le chercher pour sa  musique très singulière. Ce n’est pas un acteur naturaliste, Vincent. Il a beaucoup de naturel, une grande capacité à rendre simples et vivantes des répliques qui ne le sont absolument pas. Mais on a toujours l’impression que sa voix chante un peu au-dessus de ses paroles. Qu’il parade, en quelque sorte. Ce n’est pas un acteur solennel. S’il a la possibilité sur une scène d’emprunter le chemin de la drôlerie ou de la fantaisie, c’est ce qu’il va proposer en premier. Ce n’est jamais un acteur en tension, le style de jeu assez dominant aujourd’hui. Moi, je préfère les acteurs plus liquides, comme Vincent.

Le jeu de Pierre Deladonchamps, comment le définirais-tu ? Il est arrivé assez tard dans le projet, après le désistement de Louis Garrel.


Ce n’est pas quelque chose sur lequel j’ai très envie de revenir, sinon pour souligner que Pierre m’a beaucoup soutenu à un moment où moi-même je doutais d´avoir la force de faire le film. Ce n’est pas évident d’avoir imaginé un film et ensuite sur le tournage devoir oublier toute sa période d’invention, parce que celui pour qui on l’a écrit n’est plus là. Il y a donc eu la nécessité de brûler ce que j’avais en tête pour le réinventer avec Pierre. Et j’ai senti très vite que ça profitait au film, que ça me libérait. La grande force de Pierre, c’est que lui va toujours très directement à l’émotion. Moi, j’ai toujours tendance à écrire des personnages de fanfaron. Même s’ils vivent des choses douloureuses, ils sont dans une discipline de légèreté. Pierre au contraire vise droit, et je n’ai rien fait pour le contredire. Je me suis même appuyé sur ça.

Le métier du personnage de Denis Podalydès est-il journaliste de cinéma ? Le film contient des indices mais ne le formule pas.
Oui, il l’est. On le voit travailler sur une interview de Géraldine Pailhas, il y a des dossiers de presse de films chez lui, plein de numéros de Libération. Ce n’est pas vraiment dit mais on peut imaginer qu’il bosse à Libé. Le personnage fait revenir des journalistes qui me passionnaient. Quand j’étais étudiant, je n’aurais jamais manqué un Libé du mercredi pour les critiques de films. La figure de Gérard Lefort était essentielle pour moi. Serge Daney à l’époque écrivait surtout sur la télé dans Libé. Je me suis plongé dans son œuvre un peu plus tard, lors de la création de la revue Trafic, puis en lisant tous ses articles publiés en recueil. Lefort et Daney étaient aussi des figures d’idoles, et j’avais envie d’y confronter le personnage d’Arthur.

Quelles questions te poses-tu en ce qui concerne la représentation du sexe dans tes films ? 


J’y réfléchis beaucoup. ça me gêne parfois, dans une scène de nudité ou de sexe, quand je sens une prise de pouvoir du metteur en scène. Par exemple, la scène de sexe dans La Vie d’Adèle ne raconte pour moi que le tournage de la séquence. Je sens une imposition et ça me déplaît, alors que j’aime vraiment le film par ailleurs. Dans Plaire…, la sensualité est très importante. La recherche d’un partenaire sexuel occupe une place significative dans la vie de mes personnages et j’avais envie de représenter les scènes de sexe. Je n’ai cessé de discuter avec les comédiens de ce qu’ils m’autorisaient à filmer. Le dos, les fesses, pas le sexe. Je leur ai promis que ça ne serait pas le cas. Je leur ai dit que je ne leur demanderais pas de jouer la jouissance, les gémissements, parce que je trouve que c’est souvent un peu faux au cinéma. C’est trop littéral.

Le montage financier du film a été compliqué. En grande partie car Canal+ a refusé le film. Comment l’as-tu vécu, et est-ce le symptôme de quelque chose à tes yeux ?


Je suis obligé de minorer la défection de Canal+, parce que finalement la chaîne a versé une somme inférieure liée à la diffusion, grâce à l’engagement de Nicolas Dumont, le directeur des acquisitions. Malgré les déclarations d’intention, j’ai l’impression que le cinéma français d’auteur n’est plus une priorité pour Canal+. En tout cas, je suis en attente de preuves. Canal+ n’était pas non plus sur le film de Stéphane Brizé. Ni sur le prochain film de François Ozon. ça n’augure pas quelque chose de très rassurant, surtout pour des cinéastes qui seraient plus émergents que nous. ça pose aussi la question du contenu de ces films. On peut se demander si le rejet ne s’est pas décidé pour des raisons plus idéologiques qu’artistiques : que ce soit le récit de luttes ouvrières syndicalistes dans En guerre (de Stéphane Brizé, lire p. 30 – ndlr) ou une romance homosexuelle au temps du sida pour mon film… Je crois que le film de François parle de la lutte contre la pédophilie dans l’Eglise catholique. Je reste prudent quant aux conclusions mais on peut se demander si ce ne sont pas les sujets qui ont déterminé le refus. Je pense malgré tout que c’est une chance de travailler dans une cinématographie qui permet à des films d’exister et de rencontrer le public alors qu’au début leur chemin n’est pas facile. Je pense par exemple à L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie, dont le financement je crois n’a pas été simple et qui a remporté le succès et la reconnaissance qu’on sait. Je ne veux pas être plaintif ; je m’estime privilégié à plein d’égards.

Est-ce que tu te demandes pour qui tu filmes ?
Je suis assez contradictoire là-dessus. Quand j’écris Plaire, aimer et courir vite, je pense à un spectateur qui aurait vu La Maman et la Putain, Domicile conjugal, lu le journal de Jean-Luc Lagarce. On peut trouver ça élitiste, mais j’y vois plutôt l’absence de prétention à pouvoir intéresser tout le monde. La contradiction tient à ce que ce public de confidents m’aide à écrire mais qu’ensuite, quand le film sort, j’ai l’espoir qu’il excède ce cercle restreint et touche des spectateurs avec qui je n’ai pas forcément de goûts communs.

 

© Sasha Marro pour Les Inrockuptibles


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