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RT @uicc: .@JeanEtienneB présente le nouveau prog pilote de renforcement des capacités en Afrique francophone: https://t.co/b01d8kgiRZ. #20…
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Portraits des intellectuels les plus féconds dans le renouveau d’une pensée africaine « décolonisée ».
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Jean-Joseph Boillot, CEPII : "Pourquoi les Africains devraient-ils copier les Occidentaux ?"

Jean-Joseph Boillot, CEPII : "Pourquoi les Africains devraient-ils copier les Occidentaux ?" | Je, tu, il... nous ! | Scoop.it
Où va l'Afrique ? Fort de ses nombreux allers-retours vers ce continent “pré-émergent”, l’économiste Jean-Joseph Boillot livre ici un pronostic sur plusieurs plans loin du politiquement correct. Le modèle de croissance ? La place d’atelier du monde ayant déjà été prise, l'Afrique “n’a pas d’autres choix que de miser sur les révolutions technologiques pour exister”, insiste-t-il, en pointant tout à la fois son avance prise dans les télécommunications, mais aussi son retard dans les biotechnologies appliquées, notamment dans le domaine agricole. La démographie galopante ? Loin de toute vision malthusienne, Jean Joseph Boillot estime qu’en continuant à faire des enfants en nombre, “les Africains expriment leur foi dans l’avenir”. Et il insiste sur cet atout en observant que l’espace africain est suffisamment vaste pour accueillir cette progéniture. Sur le plan politique, l’expert n’hésite pas à affirmer que “l’importation d’un modèle démocratique de type occidental clé en mains ne peut conduire qu’à des blocages”. En réalité, pour lui comme pour toute une nouvelle génération de penseurs africains, la démocratie “à l’africaine” doit nécessairement s’appuyer sur la culture locale et ses valeurs, au nombre desquelles figurent “Jom”, le courage-dignité, “Teranga”, l’hospitalité, “Kersa”, la pudeur, ou bien encore “Ngor”, le sens de l’honneur. Les Africains n’ont pas à copier les Occidentaux, mais à suivre leur voie propre.

Propos recueillis par Philippe Plassart

L'Afrique est peut-être un Eldorado mais pour l’heure, elle demeure surtout un Far West dans le sens où les potentialités et les richesses que le continent recèle – notamment minérales et humaines – sont encore incertaines dans leur devenir. La vision que l’on doit avoir est donc nécessairement une vision de moyen-long terme, avec la perspective d’un doublement prochain de la population, d’un développement accéléré du phénomène urbain et d’une accumulation des défis agricoles et industriels. Un horizon qui ne doit évidemment pas occulter l’effervescence actuelle, très encourageante. Pour l’heure, l'Afrique ne peut pas être considérée comme une zone émergente au sens de croissance rapide et soutenable, mais plutôt comme une zone pré-émergente au sens de l’apparition d’indices sérieux de décollage économique. Les interrogations sont ravivées par l’impact encore mal évalué du ralentissement chinois sur l'Afrique. Un très beau proverbe africain dit : “Celui qui rame dans le sens du courant fait rire les crocodiles”… Depuis cinquante ans, le continent alterne régulièrement entre des phases d’optimisme et de pessimisme.

“Pour l’heure, l'Afrique ne peut pas être considérée comme une zone émergente au sens de croissance rapide et soutenable, mais plutôt comme une zone pré-émergente au sens de l’apparition d’indices sérieux de décollage économique”

Où en est-on aujourd’hui ? L'Afrique est-elle bien ou mal partie, pour reprendre la célèbre interrogation de René Dumont ? J’ai personnellement une certitude : la question ne se pose pas en ces termes. Rien ne va arrêter désormais sa mise en mouvement. Je reviens du Niger, et ce qui m’a frappé à Niamey par exemple, c’est la prolifération des supérettes ayant en rayon de multiples produits français, preuve que se constitue une véritable filière agroalimentaire, à l’initiative des Africains eux-mêmes mais aussi des entreprises françaises. Autre exemple : Orange vient de mettre sur la table 160 millions de dollars pour racheter Tigo, un opérateur local qui a déjà près de 7 millions d’abonnés en République du Congo. Cette acquisition stratégique montre que pour une société comme Orange, l'Afrique est devenue l’horizon incontournable de son développement, et bien plus que le marché français et même européen. Avec une population congolaise qui va dépasser les 120 millions d’habitants en 2030, Orange peut escompter 40 millions d’abonnés dans ce seul pays, soit plus que la totalité de ce qu’il a en France aujourd’hui. Le rachat d’Orange, et la plupart des investissements stratégiques en Afrique aujourd’hui, se font dans une perspective de moyen-long terme qui influe en retour sur ce qui a de fortes chances de se produire à l’avenir. Un peu comme ce que les économistes appellent les “anticipations rationnelles”.

Le moment africain
Le développement économique du monde depuis les années 1980 ressemble à une valse à trois temps de trois géants, au nombre desquels on compte l'Afrique. Au cours des années 80, la Chine a ouvert le bal en se posant comme l’atelier du monde et en captant une bonne part du commerce mondial pour alimenter son industrialisation rapide. Une percée qui a mis à mal ses concurrents de par le monde, dont l’Inde, mais aussi l'Afrique, qui a vu s’arrêter net sa forte croissance des années 70.

Faut-il rappeler qu’à l’époque, le PIB par tête de la Côte d’Ivoire était de 50 % supérieur à celui de la Chine ? Il y a bien eu, même si cela est rarement souligné, une relation de cause à effet entre la crise profonde de l'Afrique au cours des années 80 et 90, et le “miracle chinois”. Il y a eu ensuite l’émergence de l’Inde dans les années 90-2000, plus nette que celle de l'Afrique mais sans atteindre des taux à la chinoise. Et voilà maintenant le temps de l’Afrique, avec du reste les mêmes interrogations qu’on se posait pour la Chine ou pour l’Inde au moment de leur réveil. D’autant que la percée africaine s’opère à un moment où le monde n’est plus le même que dans les années 80 ou 90, ce qui oblige le continent noir à trouver son propre modèle de développement.

“La Chine a ouvert le bal en se posant comme l’atelier du monde et en captant une bonne part du commerce mondial pour alimenter son industrialisation rapide”

Avec la fin du “super-cycle chinois”, la croissance ne peut plus reposer, comme dans les années 2000, sur cette demande chinoise extraordinaire. Et heureusement, d’une certaine façon. Car elle était trop fondée hélas sur les matières premières et au détriment des autres secteurs. Le super-cycle chinois a en fait indéniablement tiré l'Afrique vers le haut, mais l’a en même temps déstructurée en entraînant une très forte montée des inégalités sectorielles, régionales et sociales. Aujourd’hui, la question posée est simple : l'Afrique va-t-elle réussir à trouver son propre régime de croissance sachant que la Chine n’est plus là pour tirer ? Il faut donc qu’elle trouve un moteur endogène à sa croissance, et ce moteur devra tenir compte à la fois des spécificités politiques, démographiques et économiques du continent, et du contexte nouveau de la globalisation, qui n’est plus à la mobilisation du travail peu qualifié dans des usines d’assemblage géantes, comme dans la phase précédente. Ce qui ne laisse pas d’autre choix à l'Afrique pour relever le défi de la croissance dans les vingt et trente prochaines années que de s’appuyer sur les révolutions technologiques en cours.

En matière de technologie de l’information – la téléphonie mobile, le mobile banking… – le continent est bien parti. Et le chemin parcouru est même impressionnant. En revanche, l'Afrique est encore très loin de s’être emparée de la révolution biotechnologique, notamment en matière agricole. Les investisseurs étrangers qui viennent acheter ou louer des terres, comme les Chinois ou les Malaisiens, ont tendance à développer une agriculture extensive, dévoreuse de foncier et de ressources en eau, le contraire d’une agriculture biotechnologique intensive. Il y a enfin les deux derniers domaines de l’actuelle révolution industrielle liés aux nanotechnologies et aux industries de la connaissance (robots, imprimantes 3 D etc.) qui transforment complètement le paradigme industriel de demain et rend illusoire l’idée que l'Afrique puisse prendre la place de la Chine comme atelier du monde.

Culture, politique, économie : un nécessaire tabouret
Des réflexions originales sur le modèle africain sont actuellement conduites, à l’instar de celles de Felwine Sarr dans son dernier livre ‘Afrotopia’ très commenté en Afrique. Elles ne sont pas sans rappeler celles menées dans les années 60 au moment de la première période des indépendances autour de la culture africaine et du concept de négritude, ou autour du projet ambitieux d’Union africaine tel que prôné par le Ghanéen N’krumah. Les questions soulevées sont multiples : pourquoi les Africains devraient-ils copier les Occidentaux ? N’y a-t-il pas d’autres finalités possibles en dehors de la recherche du taux de croissance maximum ? Ne faudrait-il pas fonder les bases d’un système économique et politique sur les valeurs de la culture africaine : “Jom”, le courage-dignité, “Teranga”, l’hospitalité, “Kersa”, la pudeur, ou bien encore “Ngor”, le sens de l’honneur ? On sait bien qu’il n’y a pas un homo economicus planétaire unique qui répondrait à la seule recherche du profit et de l’intérêt personnel. À la faveur du ralentissement mondial, la prise de conscience que le système économique et politique doit s’enraciner dans ce qui fait la spécificité des cultures africaines est en train d’opérer en Afrique, et elle va contribuer à écrire la page des trente prochaines années.

“N’y a-t-il pas d’autres finalités possibles en dehors de la recherche du taux de croissance maximum ?”

Il s’agit de mettre en place une sorte de tabouret stable reliant culture politique, systèmes institutionnels et économie. Le pilier politique doit-il par exemple emprunter la conception occidentale de la démocratie, avec des élections, des partis, etc. ? La question est posée partout. Je prends l’exemple très important en ce moment de “l’Ubuntu”, qui est la valeur de pardonner à l’ennemi. Inspiré par le grand archevêque Desmond Tutu, Nelson Mandela en fera la clé de la réconciliation nationale en Afrique du Sud. Eh bien on retrouve cette notion bantou un peu partout en Afrique, jusqu’au système d’exploitation open source de type Unix mis au point récemment par des Africains. Il y a ensuite le pilier économique. Comment le concevoir sans tenir compte que la transition démographique connaît là-bas une amplitude sans précédent à l’échelle de l’histoire ? Autant d’éléments qui poussent l’Afrique à rechercher un modèle de développement qui lui soit propre.

Démocratie “à l’africaine”
Il n’y a pas de développement économique sans stabilité politique, stabilité entendue au sens des règles du jeu qui permettent aux agents économiques de faire des investissements à long terme en relative sécurité. En la matière, la situation africaine est paradoxale : d’un côté, la perception de plus en plus aiguë d’une mauvaise gouvernance, de l’autre, la mobilisation de plus en plus nette de la société civile pour l’améliorer, comme récemment au Burkina Faso. Avec une complication supplémentaire : les frontières nationales, qui délimitent le périmètre des élections politiques, correspondent très peu aux frontières ethniques qui délimitent souvent des groupes d’intérêt ou d’identité assez marqués. Il faut donc compter avec le phénomène de lobby, qu’ils soient d’affaires ou ethniques.

“Une complication supplémentaire : les frontières nationales, qui délimitent le périmètre des élections politiques, correspondent très peu aux frontières ethniques qui délimitent souvent des groupes d’intérêt ou d’identité assez marqués”

Des groupes d’intérêts particuliers ou familiaux peuvent être capables de former un bloc majoritaire lors des élections, comme on l’a vu au Bénin ou au Niger. La volonté de transparence se heurte à ces résistances. Les ONG du type Transparency international ou les tribunaux internationaux, très contestés d’ailleurs par les Africains, vont-ils dans la bonne direction en voulant appliquer les principes de la démocratie occidentale ? La question mérite d’être posée. La notion de démocratie “à l’africaine” a-t-elle du sens, comparée aux démocraties occidentales de type représentatives qui démontrent en outre de plus en plus leur insuffisance ? Selon des politologues africains comme Ndongo Sylla, basé à Dakar, il ne saurait y avoir de démocratie en Afrique si celle-ci ne s’appuie pas sur une culture du pouvoir et de la relation avec l’autre enracinée dans l’espace et dans l’histoire du continent comme précisément “l’Ubuntu” ou le “Jom”.

Du village au panafricanisme : l’étagement des espaces politiques
Autre question importante : quel est l’espace politique pertinent en Afrique pour la gestion de la chose publique, la res publica ? Jusqu’à présent, les espaces étaient superposés, de la famille au village, puis à la région pour déboucher sur la nation, souvent héritée de l’ère post-coloniale, à laquelle s’est rajouté aux indépendances l’échelon panafricain. Le panafricanisme est un phénomène qui joue un rôle essentiel tant dans la psyché collective des Africains que dans la réalité économique en construction, comme on le voit dans les stratégies de la plupart des groupes d’affaires, qu’ils soient étrangers ou africains. Le système politique africain doit donc inventer un ensemble d’institutions permettant de décliner l’expression de la volonté populaire à tous ces niveaux. Cela prendra nécessairement du temps et nous ne sommes donc qu’au milieu d’un processus qui mettra peut-être encore cinquante ans pour aboutir. Il faut être patient, comme le dit cet autre proverbe africain : “Tu vois le sable, crois-tu que la mer soit proche ?”

“Le panafricanisme est un phénomène qui joue un rôle essentiel tant dans la psyché collective des Africains que dans la réalité économique en construction”

La démarche vers la stabilité se fera par tâtonnements, comme l’atteste la floraison actuelle des régimes politiques en Afrique où l’on voit coexister de véritables démocraties, des “démocratures” et des dictatures. L'Afrique ne peut pas marcher d’un même pas. La transition politique africaine est comparable à la transition politique qu’a connue l’Europe entre la fin du XVIIIe siècle et le XXe siècle. Les difficultés sont souvent immenses. Un seul exemple, avec le Nigeria et ses 450 ethnies. C’est un peu comme si ce pays tentait de mettre ensemble les Finlandais, les Écossais, les Basques, etc. La construction européenne montre que le chemin n’est pas toujours évident. Et le raisonnement vaut aussi pour l'Afrique comme entité… Il y a tout de même une certitude : l’importation d’un modèle démocratique de type occidental clé en mains, comme on l’a connu après les indépendances, conduit à des blocages.

Un dynamisme démographique sans pareil
Il y a un domaine que ni le politique, ni l’économique ne peuvent commander, c’est celui de la démographie. Il y a une spécificité africaine de la démographie qui tient tout simplement au nombre, et donc à l’échelle des problèmes… mais comme aussi des solutions, que certains esprits anxiogènes ne veulent surtout pas voir. Il devrait y avoir 4 milliards d’Africains à la fin du siècle, une échéance pas si lointaine. Il existe notamment un groupe de pays dont la fécondité est encore de 6 ou 7 enfants par femme. Pourquoi tant d’enfants et, ce qui va parfois de pair, la polygamie ? Pas si simple. Apparemment, une très grande majorité d’Africains considère qu’il est très important d’avoir une famille nombreuse avec une progéniture abondante. Finalement, ils n’ont pas complètement tort. Le continent est un espace encore relativement vide avec une faible densité de population moyenne, même en tenant compte des contraintes géographiques. Il faut se garder d’avoir une vision par trop malthusienne : par sa démographie dynamique, l'Afrique exprime sa foi dans l’avenir.

“Il devrait y avoir 4 milliards d’Africains à la fin du siècle, une échéance pas si lointaine”

Le Niger, qui avait 3 millions d’habitants à l’indépendance, et qui en compte 18 millions aujourd’hui, a suffisamment de place et de potentiel pour abriter 100 millions d’habitants, comme on le prévoit autour de 2060 ! Arrêtons de croire qu’il n’y a que du sable ! La Boucle du Niger est extrêmement riche, le changement climatique semble jouer en faveur du Sahel et enfin, sous le sable, il y a les mines, le pétrole, le gaz, et au-dessus, l’éolien et le solaire. C’est une vision très occidentale de penser que sur un territoire trois à quatre fois plus grand que la France, on ne peut pas avoir 100 millions d’habitants. Or ce dynamisme démographique génère des effets de marché considérables. Pourquoi les entreprises chinoises sont-elles tant présentes en Afrique ? Pour sécuriser leur approvisionnement en matières premières, certes, mais de plus en plus pour le marché. Et les entreprises indiennes comme Tata, Mahindra ou Godrej tiennent le même raisonnement avec des plans stratégiques sur 2030. L’Afrique va connaître une fenêtre d’opportunité démographique avec de moins en moins d’inactifs proportionnellement aux actifs. Les jeunes actifs africains sont aussi de mieux en mieux formés. Une élévation qui poussera évidemment aux migrations, dont la très grande partie sera interne en Afrique.

De Niamey à Dakar ou encore à Lomé, il n’y a quasiment pas de frontières, ce qui facilite la mobilité des populations (et aussi, hélas, des terroristes !). Les Africains, et surtout les meilleurs d’entre eux, iront dans les villes et pays qui leur offrent les meilleures conditions de vie. Comme en Inde, cela va exercer une intense pression concurrentielle entre territoires dont on peut attendre une amélioration d’ensemble. C’est ainsi qu’il faut réfléchir à l’avenir de l'Afrique un peu comme le grand économiste Albert Hirschman enseignait l’économie du développement : les solutions résident la plupart du temps dans les problèmes, et non l’inverse ! On voit par exemple toute une jeunesse du Nigeria ou du Kenya très qualifiée qui va étudier aux États-Unis ou en Angleterre, et qui revient ensuite en Afrique, mais pas forcément dans leur pays d’origine. Ils vont là où sont les meilleurs emplois. Et contrairement à l’Europe, l’obstacle de la langue joue peu. Un Africain éduqué parle l’anglais ou le français, mais aussi deux ou trois autres langues, et il n’hésitera pas à en apprendre une quatrième si nécessaire. Il y aura aussi une émigration hors du continent, probablement entre 20 et 25 millions d’individus qui quitteront l'Afrique d’ici 2025. Mais on l’a oublié, lors de la transition européenne au tournant du XXe siècle, 10 à 15 % de la population avaient aussi migré.

Cette idée d’une immigration zéro n’est pas tenable, et c’est tant mieux tant un monde qui vieillit à toute vitesse. Il est frappant de constater qu’en région parisienne, entre 6 et 7 heures du matin et le soir passé 22 heures, qui voit-on dans les transports en communs ? Un grand nombre d’Africains qui vont ou reviennent du travail. Un autre phénomène est à prendre en considération d’un point de vue démographique : la place des femmes dans la société, une clé de la résilience africaine. On observe que les sociétés les moins machistes, les plus matriarcales, sont aussi les plus dynamiques. Je suis frappé de l’émergence rapide des femmes dans le monde des entreprises, mais aussi de la politique. Ce sont souvent des femmes à poigne comme Madame Zuma et, fait significatif, elles sont souvent mère de famille nombreuse, loin des schémas néo-malthusiens européens.

Un nouveau modèle de croissance
Les économies africaines sont donc poussées par la pression démographique et orientées par les pressions politiques, qui elles-mêmes doivent in fine s’adapter. Avec un taux de croissance de 3 à 4 %, le PIB par habitant ne progresse quasiment pas. Mais avec la transition démographique qui rentre dans une nouvelle étape, l’Afrique entame inéluctablement sa troisième grande phase de développement. Au moment des indépendances, le schéma post-colonial était celui d’une économie de rente, avec une forte dose de corruption autour des familles dirigeantes. Il y a eu ensuite la phase de décollage des années 2000 en liaison avec le super-cycle chinois, basé sur l’exploitation de la rente minérale et pétrolière. Mais aujourd’hui, le retournement durable des prix des matières premières oblige le continent à rechercher un nouveau modèle de croissance. C’est à tout prendre une excellente nouvelle. La prime va aller aux pays recentrant leur croissance sur le marché intérieur et se diversifiant. De même, bon nombre d’économies qui se sont endettées dans la période précédente se retrouvent confrontées à une crise de la dette qui les oblige à élargir leur base fiscale. Mais ne tournons pas autour du pot.

“Aujourd’hui, le retournement durable des prix des matières premières oblige le continent à rechercher un nouveau modèle de croissance. C’est à tout prendre une excellente nouvelle”

Si de petits pays comme le Rwanda peuvent montrer l’exemple, l’avenir du continent se joue au Nigeria, en Éthiopie et au Congo, qui en forment les grandes masses. Autre question : quel est le bon levier de la croissance à venir ? La classe moyenne africaine fait rêver, mais de quoi parle-t-on ? De 25 % de la population, ou plutôt de 10 % ? Les écarts peuvent être énormes entre les estimations. Et les critères de pouvoir d’achat retenus pour définir l’appartenance à la classe moyenne sont souvent ridiculement bas (au-dessus de 4 dollars par jour). Peut-être vaut-il mieux se concentrer sur la base de la pyramide, ces 90 % d’Africains qui disposent de très peu de ressources, mais qui additionnés forment le cœur du marché, comme on le voit avec les smartphones. Il faut en réalité raisonner non pas sur l’individu isolé mais à l’échelle de la famille élargie, qui sera très probablement pour longtemps l’unité économique de base en Afrique. Cela change tout bien sûr. Sur ces créneaux, les Chinois et les Indiens font des prouesses. On voit partout leurs motos, leurs solutions en téléphonie, en santé (génériques), en transport public avec des autobus réputés pour leur robustesse comme ceux de Tata. La vraie demande est là.

La culture de la multi-appartenance
Il est frappant de voir que bon nombre de pays africains se dotent de plans émergents. Ce retour de la planification peut faire sourire. Il témoigne d’une volonté de se projeter dans l’avenir. Une nécessité pour le maillage des infrastructures de transports et d’électricité. Mais en dehors de quelques cas isolés comme l’Éthiopie ou le Rwanda, il n’y aura pas de “deus ex machina” pour donner une cohérence au développement du continent. Il n’existe pas comme en Chine une autorité suprême organisant le tout. Les projets ferroviaires partent un peu dans tous les sens. Cependant ils avancent. Il y a par contre une loi en Afrique : moindre est l’abondance de matières premières, meilleure est la gouvernance. La Banque africaine de développement reste pour sa part de taille trop modeste malgré son rôle de catalyseur de plus en plus marqué. Le développement économique s’opère donc en “peau de léopard”, avec des zones en expansion et des corridors qu’il faut identifier si on veut réussir en Afrique. C’est un peu d’ailleurs la façon dont on pense en Afrique.

“Il y a par contre une loi en Afrique : moindre est l’abondance de matières premières, meilleure est la gouvernance”

Le concept du “jô” qu’on peut traduire par empilement, ou multi-appartenance. Les Africains ont cette aptitude à vivre, à penser à plusieurs niveaux au même moment, d’où aussi cette capacité à faire plusieurs choses à la fois. Cette culture du jô se décline aussi sur le plan économique, d’où cette apparence d’anarchie et l’impression d’un développement tous azimuts, qui fait feu de tout bois. C’est ce qui explique à mon sens que l’Afrique s’affirme de plus en plus comme une terre d’innovation et d’expérimentation sans pareille, mais loin d’un plan d’ensemble cohérent. Ce qui rend l’accès au marché africain un peu difficile pour les investisseurs étrangers, alors qu’on observe de grandes réussites parmi les groupes africains. On est là encore dans un schéma hirschmanien.

L’Afrique vit au rythme de tensions extrêmes qui donnent l’impression d’un état de crise permanent. À sa décharge, les États africains sont de construction récente. Et même encore aujourd’hui, il n’y a pas dans les faits un véritable État dans un pays comme le Nigeria. Pour autant, les vrais États faillis se comptent sur les doigts d’une main et la tradition des putschs pourrait bien appartenir au passé. Par contre, l’Afrique ne peut pas échapper aux tensions du monde entre le monde arabe et le monde noir. Un tiers de l’Afrique est musulmane avec une variété extrême qui va du soufisme pratiqué au Sénégal à d’autres formes pratiquées ailleurs. En réalité, l’Afrique se cherche. Mais elle a vingt siècles d’histoire derrière elle et elle est en train de se réapproprier son passé. Jusqu’où le verre est-il rempli ? 15 % ? 50 % ? Difficile à dire mais il y a une certitude, le verre se remplit. L’énergie humaine y est considérable. Or comme le disait Bodin, il n’est de richesse que d’hommes.
Bio express
Jean-Joseph Boillot est conseiller économique au Club du CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales). Agrégé de sciences économiques et sociales et docteur en économie, il a notamment enseigné à l’École normale supérieure. Il se consacre à l’écriture de livres et à des conférences sur l’Asie et l’Afrique dont il est spécialiste. Après avoir publié ‘L’Inde pour les nuls’ (First Éditions), il vient d’écrire avec Rahmane Idrissa une ‘Afrique pour les nuls’ (First Éditions).

Via Charles Tiayon
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Cette guerre qu'on attend...

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Cette guerre que (presque) tout le monde attend


Elle va bien finir par arriver cette guerre. Nombreux sont ceux qui la redoutent, mais plus nombreux encore sont ceux qui l’attendent. Pas pour les morts bien sûr, ni pour les misères et les destructions qu’elle engendre non plus… encore que !


Car en définitive tout le monde (ou presque) sera satisfait : l’économie va enfin pouvoir repartir, et la croissance reviendra après. Je souligne le « ou presque » par acquit de conscience, mais c’est bien l’ensemble du monde capitaliste qui s’en portera mieux. Car il est dans la nature même du capitalisme de conduire à la guerre (vous ne le saviez pas peut-être ?) : comme une « saignée nécessaire pour « relancer la machine »… Imaginez des millions de morts, de blessés, et puis toutes les infrastructures détruites. La conscription, l’état d’alerte ou l’état d’urgence, « l’union sacrée » ! Et puis aussi la relance de l’emploi à travers « l’effort de guerre », quelle opportunité pour la « croissance » !


Finis les dettes à rembourser aux « ennemis », finie la démocratie qui empêche les dirigeants de faire ce qu’ils souhaitent et qui autorise les citoyens de se plaindre sans cesse… Cette satanée « démocratie » qui nuit aux affaires et cet internet qui autorise la divulgation des « petits arrangements » de nos dirigeants doivent disparaître avec la guerre, car seule la dictature permettra la relance économique à travers la « compétitivité » offerte par l’esclavage. Et les destructions engendrées par la guerre sont autant de marchés qui seront à prendre au plus méritant (le plus fort donc).


Il faut bien comprendre que le « retournement du capitalisme » auquel nous avons assisté les dernières décennies ne laisse pas trop de choix : n’étant plus en mesure de dominer le monde par la puissance financière (en réalité il n’y a plus d’argent), les pays dits « puissants » ne le sont plus que grâce à la force brute ; et la guerre est désormais pour eux le seul moyen de conserver leur statut international. Et pour nous de conserver notre « niveau de vie »…


Car après tout nous pourrions encore éviter le chaos qui vient : en remettant de l’ordre dans la finance, en supprimant tous les avantages concurrentiels dont nous nous sommes emparés dans l’Histoire (par la force et par la ruse), nous pourrions alors redonner à chacun la place qu’il devrait « logiquement » avoir. Au prix bien sûr d’une baisse drastique de notre confort de vie. Mais qui est prêt pour cela ?


Et c’est là qu’on revient à mon titre quelque peu provocateur : nous devinons tous, à la vue des inégalités scandaleuses provoquées par ce système (quand on pense que 85 personnes possèdent la même richesse que 3,5 milliards d’autres personnes — plus de la moitié des êtres humains que compte cette Terre !), que nous avons dépassé toutes les limites acceptables.


Et nous savons tous également que sans la remise en cause du système qui crée ces injustices la guerre reviendra toujours pour redistribuer régulièrement les cartes du monde. Mais comme nous n’avons toujours rien créé de mieux pour nous gouverner, nous préférons sauver un système injuste, au prix de la guerre, que de nous risquer à inventer une alternative démocratique capable de s’opposer à la dictature qui viendra avec. Surtout si c’est pour payer plus cher, non ?


Tant que nous refuserons de nous confronter à la question d’un système « sans argent », nous sommes condamnés soit à la guerre, soit à la dictature : la guerre conduit à la dictature et la dictature conduit à la guerre.


Mais ne vous réjouissez pas trop vite : car pour que l’une apparaisse, il faut que les conditions de l’autre soient présentes. Et tant que le système ne s’effondrera pas totalement, nos dirigeants fourbiront leurs armes avec tout l’argent qu’ils pourront engranger jusque là. Ce qui signifie que tant que notre épargne, nos derniers droits sociaux ou notre liberté d’expression ne seront pas totalement remis en cause, il leur reste du boulot : nous allons donc assister d’ici peu à un renforcement des mesures sécuritaires, une accélération des législations liberticides, un approfondissement des politiques d’austérité, une montée des peurs et des violences…


Et puis quand tout le monde sera prêt, les festivités pourront alors commencer ; quand un des « gros » ne pourra plus tenir sa bourse, ou sa population, ou son armée… Nous aurons beau dire que nous ne la voulions pas cette satanée guerre, mais nous l’attendions quand même…


Car au lieu de nous mettre au boulot pour réfléchir au futur que nous offrirons à nos enfants, nous avons été les victimes consentantes d’ignobles individus qui ne travaillent qu’à la perpétuation de leur propre pouvoir. Et coupables de les avoir élus, au mépris de leurs agissements criminels dont nous avons tout de même de manière complice bénéficié, en privant consciemment les autres peuples des avancées dont nous avons hérité de toutes les guerres précédentes.


Et surtout en préférant continuer ainsi : puisqu’on ne peut pas supprimer le capitalisme, autant que nous restions les maîtres n’est-ce pas ? Et cela même si, paradoxalement, c’est au prix de notre propre liberté.


 

Par Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

 


Via Koter Info, Marie Boudebes
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Marie Boudebes's curator insight, October 27, 2014 10:43 AM

"Tant que nous refuserons de nous confronter à la question d’un système « sans argent », nous sommes condamnés soit à la guerre, soit à la dictature : la guerre conduit à la dictature et la dictature conduit à la guerre."

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Pour l’observateur moyennement attentif, il est clair depuis quelque temps qu’Alain Finkielkraut est en état de siège. Ceux qui aiment la belle ouvrage littéraire, la fine intelligence, la pensée vive et prompte, éprouvent comme une nostalgie de ces années où, d’une plume alerte quoique souvent triste et rauque, ses oeuvres, s’évadant des assignations identitaires, ont nourri la réflexion sur les abysses troublantes et funestes où macèrent d’humaines pulsions meurtrières. Ce n’était pas Hannah Arendt, mais c’était une pensée écorchée et fulgurante, de celles qui rappellent à chacun d’entre nous combien il est le gardien de son frère.

Il ne relève pas de l’interrogation publique de savoir comment de vieux démons prennent possession d’esprits aiguisés. Mais qui eût prédit que, lorsque la société française s’emparerait, enfin durablement, des débats qui fondent la mise au jour de son identité nationale, les plus rugissantes querelles se résumeraient à un impossible dialogue entre deux sourds. Quand sortirons-nous des joutes logomachiques Dieudonné-Finkielkraut, où la vilenie de l’un sert de résonance à la marcescence de l’autre ? De gradins imaginaires leur parvient le cri "Queremos sangre !" (Nous voulons du sang !)

Que ne savent-ils que "vivre dans la haine, c’est vivre au service de son ennemi" (Mario Vargas Llosa, écrivain sud-américain) ? Y a-t-il un sens à ce qu’ils débrident leur parole hors du territoire national. L’un, à Alger ; l’autre, en Israël ? Et pendant que les gladiateurs se provoquent, l’un gâchant d’immenses talents, l’autre asséchant une sensibilité généreuse, tandis qu’académiciens et ministres entonnent la rengaine lamentable de poncifs éculés, l’amertume et la rancoeur rampent dans le coeur de ceux qui croyaient avoir rendez-vous avec la République. Ceux-là attendent qu’on leur explique, en toute rigueur, mais avec bienveillance, que c’est en pleine connaissance du passé, en pleine conscience des tendances originelles de brutalité, de discrimination et d’exclusion de la République que nous lui restons attachés, que nous la préservons, que nous voyons dans ses ambitions universelles le moins imparfait des cadres politiques et juridiques inventés par les hommes pour faire société.

Oui, nous avons un parti pris pour la "res publica", la chose publique. Parce que nous refusons d’écrêter la part d’inattendu, d’imprévisible, d’improbable, que les hommes et les femmes ont injectée dans l’Histoire, au temps même où ils la vivaient d’une rive à l’autre de la Méditerranée, ou de l’Atlantique, nous considérons que chacun est infiniment plus que son origine, que le passé du groupe ne peut enfermer le destin de l’individu. Il nous appartient de saisir la matière à faire destin commun, d’empoigner les leviers des lendemains que nous nous promettons en partage. Et, pour cela, apprivoiser nos ressentiments, frictionner nos raidissements, franchir les barrières, toutes les barrières car, comme le professait Frantz Fanon, "le destin de l’homme est d’être lâché."

L’universel républicain est question d’idéal. Ses trahisons sont affaire de manquements ou d’infidélités politiques. Son abolition serait annonce de désordre et de plus d’injustices encore. Car, face au racisme, à la relégation, aux préjugés, aux inégalités, il est le recours, la référence, le rempart des plus vulnérables. Et même si, par extraordinaire, cet universel n’était qu’une ruse, un leurre, une imposture, une fourbe fumisterie pour absoudre les fautes et les négligences d’Etat, il nous reviendrait de postuler nos exigences pour l’égalité des droits, qui suppose parfois l’inégalité des politiques publiques, pour l’engagement résolu des forces publiques autant que des énergies civiques autour d’un contrat qui reformule les obligations des pouvoirs et celles des citoyens, les droits étant arrimés aux devoirs, les libertés à la responsabilité, pour les uns et pour les autres.

Au lieu de prendre part à la confrontation chimérique et dévastatrice de communautés fictives, reconnaissons qu’il est vrai qu’en France même et dans l’Empire français, la République a couvert des exactions et des crimes. En excluant les femmes du suffrage universel, en expédiant au bagne et aux travaux forcés ses communards, ses pauvres, ses petits escrocs, ses adolescents délinquants, les militants anticolonialistes.

Elle a laissé instaurer le code de l’indigénat. Elle a encouragé la confiscation des terres, et, parfois, justifié des massacres coloniaux. Cela étant énoncé sans matoise équivoque ni stérile mortification, rappelons ce qu’il advint chaque fois que la République fut garrottée, répudiée ou abattue : les libertés individuelles furent en péril, et les libertés publiques en naufrage. L’esclavage rétabli après que la Ire République fut décapitée. La censure restaurée, les associations ouvrières et les sociétés de secours interdites, le délit d’opinion multipliant les prisonniers politiques dès que la IIe fut bannie. Des lois racistes et antisémites inscrites dans le code pénal, la laïcité torturée, la messe imposée aux fonctionnaires civils et militaires, les partis politiques supprimés lorsque la IIIe fut anéantie.

Nous savons que la République s’est laissé dévergonder, et qu’elle est encore travaillée par des tentations autoritaires et raboteuses, traversée par des tensions d’impatience et de désamour, défiée par les poujadismes, la xénophobie, les culturalismes étriqués. Elle demeure cependant l’horizon.

Il ne s’agit pas de réciter la Constitution, qui prétend méconnaître le sexe, les croyances, les accents et la couleur. Il ne s’agit pas davantage d’avancer, la main sur le coeur, en jurant que tout acte raciste est condamnable, et tout préjugé misérable, alors que sont méthodiquement exclus de toute responsabilité et de toute représentation ceux qui n’ont pas l’apparence de l’uniformité républicaine.

La France ne peut continuer à se penser sans prendre la mesure de la part du monde qu’elle porte en elle, et de ce qu’elle offre de singulier au monde. Elle n’est pas sortie humainement indemne de ses incursions en de lointains rivages. Elle en a conservé un goût tenace de l’aventure, une cordiale condescendance envers les extravagances tropicales, une attachante obstination à la conversion d’autrui, une très grande disposition narcissique. Ce ne sont pas là que des défauts.

C’est aussi une inclination, souvent inconsciente, à l’altérité. Le défi est de la faire affleurer. Pour que, sans vertige, elle se voie, enfin, telle qu’elle est ; qu’elle réalise l’inexcusable gâchis de talents accompli en ces nombreuses années de bavardage et de bricolage. Qu’elle remonte à la source d’amour de certains cris de haine. Qu’elle cesse de désespérer les plus patients. Le temps presse.

Christiane Taubira (3/12/2005)

 
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