Gestalt Thérapie et Analyse
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Introduction à la Gestalt Thérapie

 

Reprendre son souffle

 

Gestalt vient du verbe allemand Gestalten, qui signifie mettre en forme, prendre forme, émerger…

La Gestalt Thérapie propose au patient de reprendre confiance, et de donner forme à un soi, souvent négligé, ou peu en adéquation avec son environnement.

 

Etre dans la relation

Le Gestalt-thérapeute doit, comme tout psychothérapeute, faire le choix de sa posture. Il peut transposer le modèle médical et se positionner comme expert de la psyché et de sa mise à jour.

Il peut aussi, au fil d’une maturation exigeante, tenter de se déprendre de cette position de maîtrise et de savoir, pour entrer de plain-pied dans une « pratique de la situation ».                                                          

La Gestalt Thérapie est centrée sur la relation. En effet, elle s’intéresse à l’ajustement entre l’individu et son environnement, ce qui s’appelle le processus, et ce processus est par essence dynamique.

La Gestalt se démarque d’autres formes de thérapie centrées sur le pourquoi, par l’exploration du comment, dans l’ici et maintenant. Un mot en passant de « l’ici-maintenant ». Il ne s’agit en aucun cas d’une injonction communiquée au sujet, ouvertement ou non, et qui signerait une sorte de désintérêt du thérapeute pour ce qui relève du passé ou du futur. L’ici-maintenant est une forme de conscience et d’attention du thérapeute à ce qui se déploie dans la situation, au « comment » ce qui est dit est dit, ce qui est agi est agi.

Par ailleurs, de par le processus, la Gestalt Thérapie s’attache au contact, c’est-à-dire la manière, pour un sujet, d’entrer en relation avec son environnement. Il peut alors appréhender ses difficultés dans la prise de contact, par la reconnaissance puis l’expression de ses émotions

 

Reprendre contact avec soi

Derrière cette pratique, il y a une réelle volonté de faire renaître le patient au monde … et ainsi de reprendre contact avec lui-même.

En effet, nous pouvons nous retrouver au cours de notre vie, enfermés dans une répétition de situations antérieures - système apparenté à un processus de blocage - sans en avoir conscience.

Concrètement, la Gestalt Thérapie aide à sortir de comportements  devenus nocifs (sociaux, éducatif, historique…), et accompagne dans un processus de reprise de conscience de soi, de ses besoins, de ses désirs

 

Comment ? demain ?

En s’appuyant sur l’explicitation ou le dépli de l’expérience chers aux phénoménologues, le gestalt-thérapeute permet l’intensification de la conscience immédiate et intégrative, la mise à jour des interruptions momentanées de l’ajustement créateur au profit de routines, de fixations et autres amputations du contact dans l’expérience en cours.

 

Et le thérapeute dans tout ça

Diplômée de Gestalt Thérapie, à l’EPG, j’allie ma pratique de gestalt thérapeute à une approche analytique. En cela je m’ajuste entre : l’histoire du patient et son besoin d’espace, de temps d’élaboration et d’appropriation nécessaire, et l’ici et maintenant de la relation thérapeutique où je suis impliquée.

A la dynamique relationnelle de la gestalt thérapie, les fondamentaux de la psychanalyse me guident dans la compréhension des enjeux inconscients en cours, pour accompagner le changement dans son intégration. 

Je propose un premier entretien préliminaire au cours duquel j’aborde toutes les modalités. Les séances, individuelles, durent ensuite 45 minutes.

 

 

 

La Gestalt Thérapie fut créée par Fritz Perl, psychiatre et psychanalyste allemand, son épouse Laura Perl et Paul Goodman, dans les années 50. L’ouvrage fondateur « Gestalt Thérapie », coécrit avec Paul Goodman, paru en 1951.

 

 

Agnès de la Roncière

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Introduction à la phénoménologie

Introduction à la phénoménologie

 

Le petit Larousse définit la phénoménologie ainsi : étude descriptive de la succession des phénomènes et / ou d’un ensemble de phénomènes.

Mise en avant par plusieurs philosophes (dont Kant et Hegel), la phénoménologie devient un courant à part entière et un des principaux de la philosophie contemporaine, avec Husserl notamment.

 

La phénoménologie en tant que philosophie

Pour Husserl, la dichotomie stricte entre idées subjectives et faits objectifs n’est pas valable.

En effet, le réel est un monde de vécus, par des sujets qui ont, chacun, leur ressenti, leur rapport à l’expérience. La phénoménologie apparaît comme un lien entre sciences naturelles et humaines et suggère que la réalité est multiple ; c’est le vécu d’un sujet et chaque vécu peut être différent. Chaque vécu a son intégrité. Il n’y a pas qu’une seule vérité.

En fin de compte, l’essence même de la chose importe peu et ce qui intéresse Husserl est ce qui apparaît à la conscience. Il définit lui-même la phénoménologie comme « l’étude descriptive de tous les phénomènes qui s’offrent à (son) expérience de sujet ».

Husserl met également en avant

- l’intentionnalité : il faut avoir conscience de voir, et

- l’intuition : le sujet est capable de sentir, de deviner les choses, sans les analyser

Le savoir phénoménologique est un « savoir – voir » et un « savoir être au monde ».

 

Un fondement de la psychologie humaniste

La phénoménologie a beaucoup influencé la pensée des psychologues humanistes.

Ces derniers s’intéressent au phénomène en tant que résultat d’un acte vécu par un individu sur sa conscience. Ils rejettent les à priori et les jugements, les croyances et les représentations, se détachent du subjectivisme psychologique pour se focaliser sur le ressenti face à une expérience.

L’individu fait son expérience tout entier et la phénoménologie psychologique cherche à préciser ce que signifie cette expérience pour la conscience de l’individu, c’est-à-dire ce que signifie « voir » pour la conscience du sujet et comment ce « voir » peut influencer le sujet.

Le psychothérapeute accompagne le sujet dans cet apprendre à voir, et à être.

 

Pour aller plus loin une de mes références : http://perso.lcpc.fr/bremond.roland/documents/MerleauPonty_intro.pdf

 

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Winnicott et la créativité (2/3)

Les sources de la créativité selon Winnicott

 

Si la créativité occupe une place prépondérante dans l’œuvre théorique de Winnicott c'est parce qu'elle est synonyme de « vie », « d'être vivant », de « se sentir réel » et finalement, de santé. Situé au cœur des processus de maturation chez l'enfant, la créativité influe sur la qualité des relations que le sujet entretiendra avec la réalité tout autant que sur sa propre aspiration à vivre et à exister.

 

Pour bien comprendre l'importance de la créativité, il est nécessaire de revenir sur son précurseur, « la créativité psychique primaire », liée à la façon dont Winnicott conçoit le rapport qu'entretient le nourrisson avec l'objet du besoin.

 

Avant d'entrer dans le détail de cette construction théorique des phénomènes transitionnels, on peut dire que la créativité draine dans son sillage la quasiment tout les grands concepts de Winnicott :

la mère, le self, la sollicitude, l'agressivité, le holding, les phénomènes transitionnels, le sentiment continu d'exister, la préoccupation maternelle primaire et l'utilisation de l'objet.

 

On peut aborder les phénomènes transitionnels sous l'angle de l'illusion qui est, selon Winnicott, le propre de la condition humaine. Cette illusion, qui est à l'origine de la créativité psychique primaire, trouve sa source dans la relation de la mère avec son bébé avant ou après la naissance.

En 1951, Winnicott insiste sur la capacité qu'a le bébé de créer le sein, pour autant que la mère le lui présente au bon moment, c'est-à-dire qu'elle est capable de s'identifier à son enfant. Cette adéquation n'aura lieu que si la mère se trouve dans un état de préoccupation maternelle primaire, signe de son dévouement et de son empathie à l'égard des besoins de l'enfant. À ce niveau, le sein créé par le bébé témoigne de sa capacité d'aimer mais aussi de son besoin du sein, tout cela constituant un phénomène subjectif.

« La mère place le sein réel juste là où l'enfant est prêt à le créer, et au bon moment. »

Ce qui est essentiel dans cette expérience, c'est que la mère (suffisamment bonne) procure à l'enfant l'illusion qu'une réalité extérieure existe qui est conforme à sa propre capacité de créer.

Sur le plan du fonctionnement primaire du psychisme, l'enfant ne peut pas distinguer ce qui est de l'ordre de l'hallucination et ce qui est de l'ordre de l'appréhension du réel. Ce qui en résulte, c'est l'illusion que l'enfant a de créer l'objet là où la mère le présente, origine de la première expérience d'omnipotence.

C'est à partir de cette expérience d'omnipotence que l'enfant va ensuite être capable de faire l'expérience de la frustration.

 

« À partir de cette expérience d'omnipotence initiale, le nourrisson est capable de commencer à ressentir la frustration et un jour il arrive même à l'opposé de l'omnipotence, c'est-à-dire à avoir le sentiment de n'être qu'une poussière dans l'univers, dans un univers qui était là avant que le nourrisson ait été imaginé et conçu par deux parents qui prenaient plaisir l'un avec l'autre.

N'est-ce pas à partir de être Dieu que les êtres humains parviennent à l'humilité propre à l'individualité humaine? »

C'est pour autant que l'enfant aura eu l'illusion « d'être Dieu » que le processus de désillusionnement va pouvoir se mettre en place, à la faveur de ce que Winnicott considère comme la « première utilisation d'un symbole par l'enfant, et de sa première expérience de jeu », à savoir l'objet transitionnel.

C'est donc sur le chemin qui va de l'illusion au désillusionnement que l'enfant façonne l'objet transitionnel.

« En utilisant le symbolisme, le petit enfant établit déjà une distinction nette entre le fantasme et le fait réel, entre les objets internes et les objets externes, entre la créativité primaire et la perception. Mais le terme d'objet transitionnel rend possible, selon mon hypothèse, le processus qui conduit l'enfant à accepter la différence et la similarité. ».

Cet objet, auquel Winnicott reconnaît une valeur défensive contre l'angoisse de type dépressif, il le repère dans le passage qui s'effectue entre 1'utilisation par le nouveau-né de son poing, de ses doigts et l'utilisation par l'enfant plus âgé de son ours en peluche, de sa poupée ou d'un jouet.

L'objet que l'enfant adopte est sa première possession non-moi qui inaugure l'accès à la symbolisation laquelle va faire passer le nourrisson d'une position de dépendance absolue à une position de dépendance relative. De ce point de vue, l'objet transitionnel témoigne d'un mouvement qui de la relation d'objet conduit à l'utilisation de l'objet.

Le principe essentiel au bon déroulement du processus illusion-désillusionnement est la non résolution du paradoxe qui fait que l'enfant croit créer le sein là où il est apporté par la mère.

Winnicott expliquera cette idée en disant qu'il faut laisser la possibilité au bébé d'être fou pour qu'il ne le devienne pas à l'âge adulte :

« Ce que j'ai appelé l'« objet subjectif » se relie progressivement aux objets perçus objectivement mais ce processus n'intervient que si un apport suffisamment bon de l'environnement ou «l'environnement moyen sur lequel on peut compter » permet au bébé d'être fou - fou de cette manière particulière qui lui est concédée. Cette folie ne deviendra véritable folie que si elle apparaît plus tardivement. À ce stade de la petite enfance, il s'agit du sujet auquel je me suis référé quand j'ai parlé de l'acceptation du paradoxe lors de ce moment privilégié où, par exemple, un bébé crée un objet, mais où cet objet n'aurait pas été créé s'il n'avait déjà été là. »

 

L'expérience de cette folie coextensive de l'illusion que la mère entretient est à la source du sentiment d'omnipotence que le bébé doit éprouver pour s'engager dans la voie de la créativité primaire.

En contre-point de cette illusion, la mère doit accompagner le bébé sur le chemin de la désillusion.

Winnicott met en relief l'importance du facteur temporel dans les expériences de déprivation que traverse l'enfant.

Ainsi, l'absence répétée de la mère dans la durée peut conduire au traumatisme du bébé du fait d'une rupture dans la continuité de sa vie entraînant un état confusionnel et la désintégration de la structure du moi naissant.

Dans les situations plus favorables, les privations sont toujours suivies de soins et de gâteries qui réparent la structure de son moi.

 

« Cette réparation de la structure du moi rétablit la capacité qu'a le bébé d'utiliser un symbole d'union. Le bébé en vient alors, une fois de plus, à accepter la séparation et même à en bénéficier.

Telle est la place que j'ai circonscrite pour l'examiner, la séparation qui n'est pas une séparation, mais une forme d'union »

 

Une des conséquences qui résulte de cette séparation réussie sera la capacité qu'acquiert le bébé de conserver à l'esprit le souvenir de sa mère fondant du même coup sa capacité d'être seul.

 

Marion Milner, avait une conception très proche:

«…c'est sûrement la conscience intérieure qu'on a de son propre corps qui reprend le rôle de la mère externe; non pas seulement dans le sens qu'on apprend à faire pour soi-même les actes externes de soin corporel que la mère avait fait jadis, mais dans le sens où l'on se façonne une sorte de sphère psychique ou de nouvelle matrice à partir de l'image qu'on a de son propre corps, comme seul endroit sûr où habiter, d'où l'on peut sortir des antennes vers le monde. »

J.B. Pontalis dans son ouvrage Entre le rêve et la douleur :

« La psyché serait, en son essence, la mère en nous, ce qui de la mère, prend soin de l'enfant, à condition de préciser que l'enfant crée sa mère au moins autant qu'elle ne le crée. Ne parlons pas ici d'intériorisation de la mère, réelle ou imaginaire, comme le bon ou mauvais objet. Avançons plutôt que c'est la mère absente qui fait notre intérieur. »

 

C'est parce que « la mère suffisamment bonne » est capable de s'adapter aux besoins de l'enfant, qu'elle autorise et organise un champ d'expériences qui permet à l'enfant d'éprouver ce qui est du registre de l'aire transitionnelle, de la créativité primaire et de ce qui deviendra la culture.

« Cette aire intermédiaire d'expériences, qui n'est pas mise en question quant à son appartenance à la réalité intérieure ou extérieure (partagée), constitue la plus grande partie du vécu du petit enfant. Elle subsistera tout au long de la vie, dans le mode d'expérimentation intense qui caractérise les arts, la religion, la vie imaginaire et le travail scientifique. »

 

D'où l'importance accordée par Winnicott à la dyade mère enfant qui lui fera dire « Cette chose qu'on appelle un nourrisson n'existe pas » sans les soins maternels. Position qui rejoint celle qu'exprime Freud où le nourrisson et les soins maternels ne sont pas loin de réaliser un « système psychique ».

Jouer, exister, vivre créativement sont profondément intriqués avec l'expérience que le bébé va éprouver précocement dans la relation avec sa mère. Le rôle de miroir que joue le visage de la mère pour son enfant. Suivant la qualité de cette relation, cette situation peut induire chez le tout-petit l'émergence de la créativité ainsi que le sentiment d'avoir un self ou au contraire interrompre le mouvement vers la santé.

 

« Que voit le bébé quand il tourne son regard vers le visage de la mère? Généralement, ce qu'il voit, c'est lui-même. En d'autres termes, la mère regarde le bébé et ce que son visage exprime est en relation directe avec ce qu'elle voit...

J'évoquerai, pour éclairer mon propos, le cas du bébé dont la mère ne refléterait que son propre état d'âme ou pire, la rigidité de ses propres défenses. Dans un cas semblable, que voit le bébé?

Bien entendu, on ne peut rien dire des situations particulières où la mère n'est pas en état de répondre. Mais nombre de bébés se trouvent longtemps confrontés à l'expérience de ne pas recevoir en retour ce qu'eux-mêmes sont en train de donner. Ceux-là regardent mais ne se voient pas eux-mêmes. Ce qui ne va pas sans conséquence. En premier lieu, leur propre capacité créative commence à s'atrophier et, d'une manière ou d'une autre, ils cherchent un autre moyen pour que l'environnement leur réfléchisse quelque chose d'eux-mêmes. Le visage de la mère n'est alors pas un miroir.

Ainsi donc, la perception prend la place de l'aperception. Elle se substitue à ce qui aurait pu être le début d'un échange significatif avec le monde, un processus à double direction où l'enrichissement du soi alterne avec la découverte de la signification dans le monde des choses vues. »

 

On comprend à travers cet article, l'importance de l'aperception créatrice dans le devenir du tout-petit puisqu'elle est à l'origine de « l'échange significatif avec le monde » et aussi du sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue, ce qui, pour Winnicott, s'oppose à une relation de soumission et d'adaptation à la réalité externe. La définition classique de l'aperception est: une perception dont on a une conscience nette. Quel sens prend ce terme pour Winnicott?

 

L’enfant ne peut regarder et voir le monde de manière créatrice que s'il a lui-même fait l'expérience d'avoir été vu, or que voit l'enfant face au visage de sa mère? Lui-même.

Autrement dit, l'enfant se voit lui-même au travers du regard de la mère. Si Winnicott pense que l'aperception doit précéder la perception c'est parce qu'elle est constitutive du sentiment qu'a l'enfant d'avoir un self.

L'aperception est liée à ce que Winnicott appelle « l'objet subjectif », terme en rapport avec l'attitude que la mère va développer auprès de l'enfant pour que celui-ci fasse l'expérience de l'omnipotence.

« La mère est capable de faire cela parce qu'elle s'est temporairement vouée à une seule activité, qui est de soigner son bébé. Sa tâche est rendue possible car celui-ci a la capacité, lorsque cette fonction maternelle de soutien du moi est à l’œuvre, d'entrer en relation avec des objets subjectifs. En effet, le bébé peut éprouver le principe de réalité çà et là et de temps à autre, mais non pas tout en même temps; c'est-à-dire qu'il garde, à la fois, le souvenir d'objets subjectifs et d'autres souvenirs dans lesquels il existe une relation à des objets perçus objectivement, des objets "non-moi". »

 

L'objet subjectif est donc cet objet que l'enfant crée. « J'ai utilisé le terme d'objet subjectif pour décrire le premier objet, l'objet qui n'a pas encore été répudié en tant que phénomène non- moi. »

D'une certaine manière, la conception de Winnicott illustre parfaitement la fameuse formule que l'on prête à Picasso : « Je ne cherche pas, je trouve! ».

 

« Le fait est que ce que nous créons est déjà là, mais la créativité réside dans la manière dont nous parvenons à la perception par l'intermédiaire de la conception et de l'aperception. Ainsi, quand je regarde l'horloge - et je dois le faire maintenant - je la crée mais je prends soin de ne voir des horloges que là où je sais qu'il y en a. Ne rejetez pas, je vous en prie, cet échantillon d'illogisme absurde, regardez-le, au contraire, pour pouvoir vous en servir. »

 

En mettant en évidence qu'il n'y a pas d'échange entre la mère et l'enfant au sens où ce que tète l'enfant c'est le sein en tant qu'il fait partie de lui-même et que ce qu'allaite la mère c'est l'enfant qui fait partie d'elle-même, Winnicott met en évidence le caractère illusoire de cet échange. C'est d'ailleurs cette zone qui sera appelée espace transitionnel, et les objets qui s'y trouvent objets transitionnels, et ce dans la mesure où ils incarnent la transition entre l'intérieur et l'extérieur, entre le subjectif et l'objectif, entre le moi et le non-moi.

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Voici un article fort intéressant de F. Aubourg

Article dense que j’ai légèrement remanié afin d’en faciliter sa lecture passionnante.

Agnès de la Roncière

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Ma vision de la psychothérapie en quelques lignes...

Le cheminement thérapeutique, sécurisé par l’expérience du thérapeute, permet d’interroger ses difficultés personnelles et d'en explorer les mécanismes.

 La mise en perspective des enjeux affectifs et relationnels facilite la prise de recul afin d'entamer un processus de changement profond. Mon travail d'accompagnement s’enracine dans la psychothérapie humaniste et la psychanalyse freudienne. La gestalt thérapie puise ses sources dans la philosophie existentielle, la phénoménologie et la Gestalt Psychologie. Elle s'appuie sur les fondements incontournables de la psychanalyse.
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Mon portrait complet sur http://www.tikimee.com/agnes-de-la-ronciere-therapeute

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Les phobies

Il existe plusieurs types de phobies…

Les phobies spécifiques concernent un objet précis ou une situation particulière. L’exposition au stimulus qualifié de phobogène provoque une réaction immédiate : le cœur s’emballe, les mains sont moites, les jambes tremblent, ou sont tétanisées… Il s’agit d’une peur intense et incontrôlable. Son caractère irrationnel renforce le sentiment de mal être du phobique qui en a totalement conscience. La phobie spécifique apparait souvent comme une suramplification d’un sentiment effectivement ressenti par le plus grand nombre mais dans des proportions tout à fait différentes ; nous sommes nombreux à avoir une légère appréhension au moment du décollage d’un avion, par exemple, ou ne sommes pas totalement insensibles au passage d’un serpent devant nos pieds lors d’une randonnée en montagne…

Cette suramplification irrationnelle que le phobique comprend comme telle, lui rend la situation d’autant plus difficile. C’est la raison pour laquelle, le phobique peut être amené à pratiquer  l’évitement pour ne pas risquer de sortir de son confort émotionnel.

Cette pratique de l’évitement est également très présente pour les phobies dites complexes, et beaucoup plus handicapantes, dans la mesure où ces dernières ne concernent pas un état ou un objet précis. On parle souvent de phobies sociales. Elles concernent notamment le regard de l’autre, ou plutôt la peur du regard de l’autre. Ce regard est insoutenable et isole le phobique ou le met dans des états d’anxiété forte et souvent anticipée bien en amont, si la situation d’évitement n’est pas envisageable. Le phobique subit une souffrance profonde.

L’Agoraphobie ou la Claustrophobie sont les plus connues, et ce qui peut être pris pour de la timidité, s’avère être le résultat d’un trouble chronique très invalidant et qu’il est nécessaire de soigner.

 

Dépasser les troubles émotionnels

Les sujets phobiques, conscients de leurs peurs et plus encore, de l’irrationalité de ces dernières, sont souvent incapables de les surmonter, sans savoir pourquoi.

Le ressort de la phobie ne tient pas à la nature de l’objet ou de la situation qui fait peur, mais réside dans une histoire familiale qui empêche la personne d’affronter la vie, avec son cortège de séparations et de changements nécessaires. La phobie est véritablement une maladie de la séparation. Alors que le sujet se construit en se séparant de sa mère, la phobie le ramène à un état fusionnel, hors du temps, qui lui interdit de penser.

 

Agnès de la Roncière - Thérapeute

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Introduction à l'Art-Thérapie

L'Art-thérapie : un nouveau moyen d'expression

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Introduction à l’Art-Thérapie

 

L’Art-Thérapie comprend plusieurs axes :

- L’apprentissage de l’art en vue d‘une socialisation dans le groupe

- La création en vue de résoudre ses difficultés      

- Le décryptage des œuvres comme ouverture sur la psyché…

J’ai choisi dans un 1er temps de me concentrer sur l’Art-Thérapie comme méthode qui vise à utiliser le potentiel créatif d’une personne à des fins psychothérapeutiques ou de développement personnel.

 

1-      Un bref historique

Plutôt que des dates, commençons par un constat. Les prémices de l’Art-Thérapie sont apparues dans des hôpitaux, comme au début du XXème siècle en France, où les psychiatres ont étudié la production de leurs patients, internés. Ils considèrent alors que ces derniers expriment leurs pathologies mentales à travers l’art.

Plus tard, en 1940, l’art est pour la 1ère fois associé à une notion de thérapie lorsque des médecins constatent une accélération dans le processus de rétablissement du peintre Adrian Hill, atteint de tuberculose, et qui semble guérir son mal par la peinture.

 

2-      L’Art-Thérapie : s’exprimer autrement

L’association des deux mots Art et Thérapie souligne ce processus.

L’Art-Thérapie est une méthode – une discipline à part entière pour l’Art Thérapeute – qui vise à donner des outils à des patients qui ne parviennent pas (ou ne parviennent plus) à exprimer un mal enfoui ou refoulé… et ainsi le dépasser et reprendre corps avec eux-mêmes.

L’Art-Thérapie accorde une grande place à l’émotionnel et permet d’abolir la frontière du verbal. Si les mots ne viennent pas, l’Art-Thérapie propose de parler avec les couleurs, les formes, les traits, le corps…

L’Art-Thérapie propose d’utiliser une « stratégie de détour, une ruse, qui permet de contourner les résistances au changement ». Docteur JP Klein (L’Art Thérapie, PUF, 1997).

Le bureau, la feuille blanche, la scène…deviennent des terrains de « je » et accompagnent le patient dans son cheminement pour se retrouver et se reconstruire.

 

3-      Le rôle du thérapeute

La création artistique, seule, ne suffit pas à faire avancer le patient dans son retour au soi et les rôles du thérapeute sont multiples et essentiels.

Écouter… avant tout pour suivre et encourager l’évolution du patient, l’aider à évoquer son mal être.

Guider… le patient dans l’utilisation d’un langage artistique et symbolique et l’aider à appréhender et accepter ses sentiments enfouis.

Accompagner… le patient dans le lâcher prise. 

Stimuler… la créativité du patient en exploitant ses compétences artistiques.

 

La matière est un interlocuteur et l’Art-Thérapeute en sera le médiateur.

 

Agnès de la Roncière

 

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La Gestalt-thérapie, cinquante ans plus tard par Jean-Marie Robine

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La Gestalt Thérapie, par Jean-Marie Robine

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Winnicott et la créativité (3/3)

Winnicott et la créativité

De Frederick Aubourg

Portrait du psychanalyste en artiste

 

Voici un article fort intéressant de F. Aubourg

Article dense que j’ai légèrement remanié afin d’en faciliter sa lecture passionnante.Il s'agit là de la 3ème partie.

Agnès de la Roncière

 

3- La création artistique et le statut de l'artiste

En 1970, Winnicott, insiste pour distinguer la vie créative et la création artistique.

Vivre créativement est profondément lié au sentiment que l'on est vivant et soi-même.

« On peut regarder un arbre (et pas nécessairement un tableau) et le faire d'une manière créatrice. S'il vous est jamais arrivé de traverser une phase dépressive à caractère schizoïde (la plupart des gens ont connu cela), vous vivez ce sentiment sous une forme négative. Combien de fois ai-je entendu dire : "il y a un cytise devant ma fenêtre, du soleil dehors, et je sais intellectuellement que ça doit être très beau. Mais pour moi ce matin, ça n'a pas de sens. Cela me donne le sentiment aigu de ne pas être réel moi - même." »

Bien que Winnicott reconnaisse que les créations artistiques ont un rapport avec la créativité, elles lui paraissent toutefois différentes. Mais il ne s'engage pour ainsi dire pas sur ce terrain, si ce n'est pour dire que si l'artiste crée, c'est « parce qu'il peut invoquer un talent particulier ». Finalement pour Winnicott l'artiste n'a rien d'exceptionnel, si ce n'est son talent. La création artistique n'est donc pas auréolée et singularisée, comme ce pouvait être le cas dans la théorie freudienne par la sublimation, elle n'est qu'une façon d'exprimer la créativité.

Une remarque suite à ce développement pointe une spécificité de la création artistique ; Winnicott évoque la possibilité de parler de l'angoisse qui sous-tend la pulsion créatrice de l'artiste; malheureusement il n'explicite pas sa pensée.

Il ne s'exprimera que très ponctuellement sur ce qui fonde la spécificité de la création artistique.

 

Ainsi, la place qu'occupe le concept d'agressivité, puis de destruction chez Winnicott est suffisamment importante pour qu'il influe sur l'ensemble de ses théorisations et notamment celui de la créativité.

Pour lui, l'agressivité primaire ne relève pas de l'intentionnalité du nouveau-né, à la différence de ce que pense M. Klein; cette agressivité n'est pas haineuse mais fait partie de l'amour essentiellement oral auquel le bébé s'abandonne.

« Il nous faut postuler une relation objectale de cruauté précoce. (...) L'enfant normal prend plaisir à une relation cruelle avec sa mère, qui se manifeste surtout dans le jeu, et il a besoin de sa mère parce qu'on ne peut attendre que d'elle de tolérer sa relation cruelle dans le jeu, car cela lui fait vraiment mal et cela l'épuise. Sans ce jeu avec elle, il ne peut que cacher un self cruel et lui donner vie dans un état de dissociation. »

 

C'est la façon dont l'environnement va accueillir et tolérer cette agressivité qui va être déterminante pour la suite du développement affectif de l'enfant, conduisant alors à un état de dissociation ou pas. De plus cette agressivité permet au bébé de placer l'objet en dehors du self:

« D'abord, le petit enfant est impitoyable; il n'a pas encore d'inquiétude à l'égard des conséquences de l'amour instinctuel. Cet amour est à l'origine une forme d'impulsion, de geste, de contact, de relation; il permet à l'enfant la satisfaction de l'auto - expression, la décharge de la tension instinctuelle; en outre, il place l'objet en dehors du self. »

Ce ne sera que dans un second temps, temps qui correspondrait à la position dépressive de M. Klein, que l'enfant va passer de ce stade impitoyable à celui de la compassion et de la sollicitude. Winnicott fait d'ailleurs remarquer qu'il vaudrait mieux parler de « stade de l'inquiétude » plutôt que de position dépressive. L'agressivité et la destruction vont donc être articulées à la position dépressive, à la capacité de sollicitude ainsi qu'à la culpabilité et à la créativité. Le texte de 1968 «L'utilisation de l'objet et le mode de relation à l'objet au travers des identifications » permet de ressaisir le cheminement de l'élaboration de Winnicott.

«La théorie orthodoxe suppose toujours que l'agressivité est réactionnelle à la rencontre avec le principe de réalité, alors qu'en fait c'est la pulsion destructrice qui crée la qualité de l'extériorité. C'est là le point central de mon argumentation. »39

Si Winnicott attache une telle importance à la destructivité c'est dans la mesure où, lorsqu'elle est suivie d'une survivance de l'objet, elle permet d'instaurer une réalité partagée que le sujet peut utiliser et qui exclut le contrôle omnipotent.

La pulsion créatrice se situe donc du côté de la destructivité car elle est liée précocement à l'amour et non à la réparation consécutive à la position dépressive comme le suggère M. Klein.

De quelque manière que l'on aborde ses textes il est difficile d'appréhender la créativité artistique qui soit distinct de ce que Winnicott appelle la créativité en générale. Ceci apparaît d'autant plus évident lorsque l'on considère le statut qu'il donne à l’œuvre d'art.

« L’œuvre créée, en effet, se situe entre l'observateur et la créativité de l'artiste. »

D'emblée, Winnicott considère « l’œuvre créée », dans une position médiane entre le spectateur et ce qu'il appelle la créativité de l'artiste, c'est-à-dire quelque chose qui est de l'ordre de la poussée, de l'éclosion de la vie intérieure vers le monde extérieur. L’œuvre se situe donc dans un espace interstitiel, une aire transitionnelle qui assure le lien entre le spectateur et la vie créative, étant entendu que la créativité à laquelle Winnicott se réfère « est celle qui permet à l'individu l'approche de la réalité extérieure.»

Pour conclure, on peut dire que cette conception de l’œuvre d'art rejoint le point de vue de Marcel Duchamp qui écrivait :

« Ce sont les REGARDEURS qui font les tableaux. On découvre aujourd'hui le Greco; le public peint ses tableaux trois cents ans après l'auteur en titre. »

Ou Robert Filliou, qui disait : « L'art, c'est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art. L'art = la vie »

 

Si l'illusion est pour Winnicott le propre de l'homme, il faut lui reconnaître le mérite d'avoir su en repérer la genèse dans les processus de maturation du tout-petit en relation avec les soins maternels. L'illusion, dont l'étymologie, in-lusio signifie « entrée en jeu », est nécessaire au petit d'homme pour que la vie vaille la peine d'être vécue car elle inaugure non seulement l'humanisation mais aussi la capacité de vivre créativement son rapport au monde.

Agnes de la Roncière - Thérapeute's insight:

Winnicott et la créativité

Voici un article fort intéressant de F. Aubourg

Article dense que j’ai légèrement remanié afin d’en faciliter sa lecture passionnante.Il s'agit là de la 3ème partie.

Agnès de la Roncière

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Quelques mots sur la peinture et la thérapie, ou l' Art Thérapie

Quelques mots sur la peinture et la thérapie ou, l’Art Thérapie.

L’Art Thérapie propose la rencontre en mouvement ; ré enclencher et accompagner le mouvement de l’autre, ensemble, jusqu’à ce qu’il continue seul.

L’Art Thérapie comprend plusieurs axes comme :                                                                            

- L’apprentissage de l’art en vue de socialisation dans le groupe, ou de la socialisation de l’artiste (socialisation ou visée professionnelle)                                                                                                          

- La création en vue de résoudre ses difficultés                                                                                 

- Le décryptage des œuvres comme ouverture sur la psyché…

 

L’objectif premier est la résolution d’un symptôme, mais prendre du plaisir, aller dans la distraction est tout aussi fondamental. En fait, l’Art Thérapie sert l’être entier.

 

Aller de l’avoir à l’être.

Il va s’agir de passer par l’expression, car l’Art Thérapie ne consiste pas à se débarrasser d’un mal être, mais à le transformer, avec l’énergie présente.                                                     En effet l’expression soulage mais la création transforme. Une négociation avec la matière se joue. La matière est un interlocuteur et l’art thérapeute en sera le médiateur.

 

L’Art Thérapie est un projet.

Il s’opère dans le processus de création une transformation du malaise, (physique, mental ; la douleur) par l’épreuve. Cette dernière se présente en étage (étape) de transformation. C’est un véritable travail à travers ses créations, sur soi, accompagné vers un « être davantage » et donc, un aller mieux.                                                                              

Alors que l’on subit en étant passif, il s’agit de devenir actif au sujet du caractère désagréable d’un évènement, cela par le jeu.

En jeu, l’élaboration de l’absence, car quand il y a trop nécessité de l’autre, est-ce que le désir est possible ?  Et quand l’intentionnalité est mise de côté (les croyances par exemple), on commence à résoudre et découvrir.

Du savoir à l’accompagnement de la symbolisation des autres, c’est toujours l’apprentissage de l’humilité pour le thérapeute aussi. En effet, il y a le savoir, à savoir sans dire, à accepter de ne pas savoir, car il s’agit de 2 aires de jeux qui se chevauchent, celles du patient et du thérapeute. Amener la capacité de jouer à une personne qui est dans l’incapacité de jouer, est une thérapie en soi : « se trouver en chemin, en jeux ».

Pour cela, un accompagnement disponible dans un cadre qui permet à chacun de trouver sa propre créativité est nécessaire. Il s’agira d’aider l’autre à se soigner, plutôt que de vouloir le soigner.

 

Agnès de la Roncière

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Winnicott et la créativité (1/3)

 

Winnicott et la créativité

De Frederick Aubourg

Portrait du psychanalyste en artiste

 

Compte tenu de l'importance que revêt la créativité dans l’œuvre de Winnicott, il est exceptionnel dans la littérature psychanalytique qu'à aucun moment il ne développe son point de vue à partir d'exemples issus de la création artistique.

Pour Winnicott, parler d'un tableau, d'une maison, d'une coiffure, d'une symphonie ou d'un plat cuisiné est identique puisqu'il y est question de créativité.

Cette position provocatrice sera relevée par J.B. Pontalis :

« Dire comme Winnicott, même avec humour, qu'on peut être aussi créatif en faisant cuire des œufs sur le plat que Schumann composant une sonate, vous ne trouvez pas ça un peu abusif ? Si j'exprime une émotion, je ne crée rien pour autant. Je crains que Winnicott ne soit là un peu dupe de son amour pour l'enfant (et la mère). Cela dit – et là encore je récuse le concept mais je reconnais la chose –, en parlant de créativité Winnicott nous rappelle que le monde de nos perceptions est lettre morte tant qu'il n'est pas animé par un regard. »

Ce qui intéresse Winnicott c'est la créativité dans son aspect universel, laquelle pourrait être assimilé à la pulsion de vie chez Freud.

Bien qu'il reconnaisse qu'il n'est pas dans nos moyens d'expliquer cette pulsion (créative), il reste que l'on peut établir un lien entre la vie créative et le fait de vivre.

 

C'est le point fondamental qu'interroge Winnicott en distinguant « exister » et « vivre », distinction qui entraîne toute sa théorisation de l'aire transitionnelle.

En choisissant d'envisager la créativité dans son acception la plus large, Winnicott l'assimile à une attitude du sujet face à la réalité extérieure qu'il associe à la santé et au goût pour la vie :

« Il s'agit avant tout d'un mode créatif de perception qui donne à l'individu le sentiment que la vie vaut d’être vécue; ce qui s'oppose à ce mode de perception, c’est une relation de complaisance soumise envers la réalité extérieure : le monde et tous ses éléments sont alors reconnus mais seulement comme étant ce à quoi il faut s'ajuster et s’adapter. »

 

Winnicott s'avise de sa réticence à donner des exemples en général et peut-être encore plus dans l'art.

«...je me l'explique ainsi : les exemples conduisent à épingler des échantillons et risquent d'inaugurer un processus de classification arbitraire et superficielle alors que ce que j'ai en vue est universel et connaît d'infinies variétés. Voyez un visage humain : quand nous voulons le décrire, nous parlons de sa forme, des yeux, du nez, de la bouche, des oreilles, et pourtant, deux visages ne sont jamais tout à fait semblables; rares même ceux qui se ressemblent. Deux visages peuvent, au repos, paraître semblables mais, dès qu'ils s'animent, ils deviennent différents l'un de l'autre. »

 

Cette référence au visage fait écho à un article écrit en 1967, qui s'intitule, « Le rôle de miroir de la mère et de la famille ». C'est peut-être la seule fois où Winnicott se risque à une application de ses conceptions sur une œuvre d'art. Il s'agit du peintre Francis Bacon, dont il suppose, puisqu'il reconnaît ne rien savoir sur lui, qu'il « se voit lui-même dans le visage de sa mère, mais avec une torsion en lui ou en elle, qui nous rend fous, et lui, et nous ». Quelques jours après qu'il ait écrit ces lignes, cette intuition va se trouver confirmée par les propos d'une patiente qui explique que F. Bacon met ses toiles sous verre pour que les gens se voient eux-mêmes reflétés sur le tableau. Il reviendra à Didier Anzieu d'approfondir cette particularité et d'établir un lien avec sa théorie du moi- peau.

 

On sait que Winnicott était apprécié pour ses qualités relationnelles, son caractère joueur et sa vocation d'amuseur, il a d'ailleurs songé à un moment de sa vie faire carrière dans le music-hall. Son propre travail de créateur semble attester du bien fondé de ses réflexions théoriques. Très créatif sur le plan théorique et clinique, Winnicott ne s'est jamais laissé enfermer dans le dogmatisme des uns ou des autres et a toujours souhaité garder une indépendance d'esprit et de réflexion.

En 1967, lorsqu'il passe en revue son parcours intellectuel il écrira :

«...ce que j'ai dit a pris l'allure d'une île, les gens doivent y mettre du leur pour y aller».

 

L'importance qu'il accorde au jeu, l'apparente simplicité de ses élaborations qui s'acharnent à redonner une profondeur conceptuelle à des termes du langage courant, son souci de transmettre à un public néophyte ses réflexions, tout cela rend l'homme sympathique et force l'admiration.

À plusieurs reprises Winnicott utilise la maîtrise artistique pour la comparer à sa propre pratique.

« On pourrait comparer ma position à celle d'un violoncelliste qui travaille sa technique avec acharnement puis, sera enfin capable de faire de la musique. »

 

À propos du squiggle, Winnicott souligne son caractère satisfaisant de la manière suivante :

« Le résultat d'un squiggle est souvent satisfaisant en soi. Il est comme un "objet trouvé" : par exemple une pierre, une pièce de vieux bois qu'un sculpteur trouve et présente parce qu'il possède une expression sans qu'il soit besoin d'y travailler. Cela séduit les filles et les garçons paresseux et éclaire la signification de la paresse. Tout travail effectué gâche ce qui est au départ un objet idéalisé. Un artiste peut avoir le sentiment que le papier ou la toile sont trop beaux et potentiellement un chef d’œuvre. Dans la théorie psychanalytique nous avons le concept d'écran du rêve : une place sur laquelle un rêve peut être rêvé ».

 

Il lui arrivera aussi de comparer la situation de l'analyste à celle de l'artiste, le patient devenant alors son œuvre :

« Une question se pose : que font les analystes lorsque la régression (même minime) apparaît?

Certains disent : Redressez-vous! Tenez-vous bien. Allons, parlez. Mais ce n'est pas de la psychanalyse.

Certains partagent leur travail en deux, quoique malheureusement ils ne le reconnaissent pas toujours : ils sont analystes de façon stricte (associations libres verbales; interprétations verbales; pas de réassurances)

et aussi, ils agissent de façon intuitive.

C'est ici que nous introduirons l'idée que la psychanalyse est un art.

D'autres disent : inanalysable, et déclarent forfait. L'hôpital psychiatrique prend la suite.

Il faut que l'idée de la psychanalyse en tant qu'art cède le pas peu à peu à une étude de l'adaptation de l'environnement par rapport aux régressions du malade. Mais tant que l'étude scientifique de l'adaptation sera insuffisante, je suppose que les analystes devront continuer à travailler en artistes. Il se peut qu'un analyste soit un bon artiste mais, comme je le dis souvent, quel malade désire être le poème ou le tableau d'une autre personne ? »

 

Ainsi, toute l’activité psychanalytique de Winnicott, qu'elle soit théorique ou clinique, sera placée sous le signe de la créativité et de la liberté de pensée comme le souligne R. Roussillon :

« S'il pense que chaque être doit "créer" le monde qu'il trouve dans son environnement, s'il pense que c'est ainsi que l'on s'approprie le monde et qu'ainsi on s'y rend présent et créatif, il applique de fait ce même précepte à sa propre manière d'habiter la psychanalyse. Winnicott n'applique pas la psychanalyse aux troubles limites de l'identité et du narcissisme, il ne l'applique pas comme on dit en mathématique qu'on "applique" une formule, il transforme la psychanalyse pour qu'elle s'applique aussi aux troubles de l'identité et à ce que ceux-ci comportent de questions essentielles pour chacun. »

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Voici un article fort intéressant de F. Aubourg

Article dense que j’ai légèrement remanié afin d’en faciliter sa lecture passionnante.

Agnès de la Roncière

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La bibliothèque de Agnès de la Roncière - Thérapeute

« Pour nos ados, soyons adultes »  Philippe Jeammet

Ce livre est particulièrement riche et complet tout en étant très accessible.

Il nous parle de l’adolescence autant que de nous, adulte, dans tout les enjeux de la relation, qui peuvent être marqués par la peur de ce qui pourrait séparer et menacer le lien. Plus la relation sera marquée par cette peur, plus il sera difficile de poser des limites et de s’opposer à l’adolescent sainement. Le trop de limites créant les même symptômes que le pas assez.

Ce livre en nous amenant dans le cheminement de l’adolescence (ou du deuil de l’enfance et sa pseudo « toute puissance ») nous invite tout autant à interroger ce que signifie être adulte.

C’est un livre qui parle de bon sens, d’intelligence et d’amour, sans aucune démagogie.  Il nous met face à notre époque et face à la compréhension des vrais besoins de son enfant pour son développement et son épanouissement.

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Origine et état des lieux des troubles émotionnels

Des émotions à notre service

Il existe 2 écoles…

Pour l’école « évolutionniste », les émotions sont inscrites dans nos gênes et nous ont permis au fil du temps de nous adapter et d’évoluer ; en nous poussant à choisir un partenaire (désir) ou en nous permettant de fuir un péril (peur).

Les « culturalistes » pensent, quant à eux, que les émotions sont des codes qui nous permettent de communiquer avec les autres au sein d’un groupe.

Les émotions sont donc à notre service. Naturelles ou culturelles, elles sont des réactions physiologiques constructives dans l’adaptation ou la réparation, face à un événement.

La joie accompagne une réussite, la peur nous préserve d’un péril ou d’une situation inconnue, la colère nous permet de dépasser une frustration face à une injustice, la tristesse nous aide à encaisser une perte…

En cela,  les émotions nous aident à nous rétablir dans notre équilibre ; elles agissent comme une soupape de sécurité. Elles régulent la pression ou les tensions, même positives, qu’induisent les situations auxquelles nous sommes confrontés.

Pour être en équilibre avec soi-même et retrouver de la sérénité, il faut accepter pleinement,  intellectuellement et émotionnellement, ce qui nous arrive.

Or, nos sociétés, notre éducation, notre histoire personnelle, …, nous poussent parfois à refouler, voire nier nos émotions.

 

Cette pression qui engendre nos troubles émotionnels

Notre rééquilibrage post-émotionnel nécessite une phase d’expression émotionnelle.

Dès lors que nous refusons à nos émotions de s’exprimer, en les refoulant, ou en les niant plus profondément, des troubles dits émotionnels s’installent.

Les troubles émotionnels les plus connus sont la dépression, l’angoisse, la phobie, mais aussi l’hyperactivité, les troubles obsessionnels compulsifs…

L’incompréhension, de leur origine notamment, est sans doute le plus difficile à vivre, pour la personne atteinte, et pour les personnes qui l’entourent.

 

Le rôle du thérapeute

Par rapport à un trouble émotionnel, le rôle du thérapeute est de permettre au patient de prendre conscience de ses nœuds émotionnels, afin de les démêler, et de lui apprendre à écouter ses émotions,  et les laisser s’exprimer.

Pour cela l’écoute de soi est essentielle… le thérapeute guide son patient dans la prise de conscience du soi parfois loin des mots.

Agnes de la Roncière - Thérapeute's insight:

Ces émotions nécessaires à notre bien-être

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Parler quand on n'a plus les mots... l'Art-thérapie et la maladie d ... - Le Huffington Post

Parler quand on n'a plus les mots... l'Art-thérapie et la maladie d ... - Le Huffington Post | Gestalt Thérapie et Analyse | Scoop.it

Les ateliers d'Art-thérapie sont de véritables lieux d'expression, des espaces de soin de l'être.

Agnes de la Roncière - Thérapeute's insight:

L'art-thérapie parler avec des traits, des couleurs, des surfaces... Bel article

 

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