Le monde des musées
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Emmener ses enfants au musée a-t-il un sens ?

Emmener ses enfants au musée a-t-il un sens ? | Le monde des musées | Scoop.it

 

Emmener ses enfants au musée a-t-il un sens ? La sortie est signée Jake Chapman, artiste britannique qui a fait de la provocation son fonds de commerce. Dans un article publié dimanche 3 août dans le journal The Independant, il développe, non sans une certaine condescendance, l'idée que les enfants ne sont pas capables d'apprécier l'Art (avec un grand A) et donc que les emmener au musée ou dans des galeries est « une perte totale de temps ». 

Pour Chapman, les parents qui pensent que leurs bambins peuvent apprécier les travaux de Jackson Pollock ou Marc Rothko sont tout simplement "arrogants". Pire, ce serait une "insulte" faite à ces immenses artistes que de le croire.

 

Mettre son enfant devant une œuvre de Pollock, "c'est comme si l'on disait 'elle est aussi bête qu'un enfant'", s'emporte le grand défenseur de l'Art (avec un grand A, toujours). Et à celui qui rétorquerait qu'un enfant peut appréhender de telles œuvres puisqu'elles seraient, au vu de leur caractère abstrait ou simple, comparables à des dessins qu'il pourrait faire, Jake Chapman répond ceci : celui qui associe la simplicité des tableaux de Matisse à une peinture de gamin « est pire que l'idiot du village ; c'est ridicule ».

 

Bien sûr, comme l'artiste l'avait sûrement prévu, ses propos ont scandalisé ceux qui ne savaient pas encore que l'homme était un troll professionnel. La BBC rappelle que les frères Chapman font partie des Young British Artists, un groupe de plasticiens qui excellent à manipuler les médias pour attirer l'attention sur leur travail.

 

Enfant vs. Rothko (Rondostar - https://www.flickr.com/photos/rondostar)

Mais sa provocation a le mérite de poser la question : quand bien même la subtilité de certaines œuvres échapperait à l'entendement d'un enfant, celui-ci doit-il être mis à l'écart des musées pour autant ? Ou au contraire, doit-on faire en sorte que les musées et autres galeries soient plus adaptés aux plus jeunes ?

 

Dès 1947, l'Unesco s'est interrogée sur le rôle du musée dans l'éducation. Dans une conférence prononcée à l'époque, elle demandait aux centres d’exposition et aux institutions éducatives de multiplier les partenariats :

 

 « Ces visites affineront la sensibilité de l'enfant ; elles fourniront des exemples concrets qui préserveront l'enseignement scolaire de l'abstraction, pour le maintenir en contact étroit avec la réalité. » Et de manifester une défiance certaine pour « la culture livresque » et « la domination tyrannique des mots ».

 

L'idée que l'art, que ce soit dans sa connaissance ou dans sa pratique, permette de former et de stimuler l'esprit, a rapidement été admise. La deuxième étape a été l'adaptation du musée à un public plus jeune et forcément moins attentif. Jake "Troll" Chapman n'a pas entièrement tort quand il sous-entend que les peintures de Picasso sont (trop) subtiles pour les enfants : leur simple contemplation ne peut suffire.

 

Cora Cohen, docteur en muséologie et membre de l'équipe de recherche du Musée national d'histoire naturelle, s'est penchée sur la manière dont un enfant se comportait dans un musée.

Ses recherches arrivent à la conclusion que le seul fait d'entrer dans un musée ne suffit pas à faire de l'enfant un visiteur à part entière. Pour toucher cette jeune tranche d'âge, Mme Cohen invite les musées à se considérer davantage comme des lieux d'apprentissage, pour qu'un dialogue s'instaure avec l'enfant et que celui-ci comprenne la démarche de l'exposition.

 

Récemment, le musée de Grenoble, en collaboration avec le spécialiste des neurosciences Edouard Gentaz, s'est interrogé sur les conditions de visite qui permettraient d'améliorer l'acquisition de connaissances artistiques par un enfant. Comparant les visites passives et actives, le rapport issu de ce travail plaide pour la mise en place de parcours intégrant des jeux cognitifs et favorisant l'interaction avec l'enfant.

S'appuyant sur ces réflexions, de plus en plus de musées développent des parcours spécifiques pour la jeunesse. La Ville de Paris, profitant de la réforme des rythmes scolaires, a lancé le site Paris Musées Junior, qui recense les activités ponctuelles organisées par les musées à destination du jeune public et qui met à disposition des livrets pédagogiques pour différentes expositions.

 

Il est assez probable que toutes ces initiatives et études laisseront Jake Chapman de marbre, lui qui est sûrement déjà occupé à préparer sa prochaine provocation médiatique.

 

Laissons le mot de la fin au sculpteur britannique Anthony Gormley, dont le Guardian a recueilli l'avis sur cette brûlante question sociétale. A le lire, elle ne devrait même pas faire débat.

 

"Je ne pense pas que l'art doit être compris, il doit être ressenti. Je ne serais pas un artiste aujourd'hui si on ne m'avait pas emmené dans des galeries quand j'étais enfant. Oui, je ne comprenais pas l'histoire ou les principes sur lesquels était basée la modernité, mais ça ne m'a pas empêché de comprendre la vitalité, l'horreur, la confusion."


Via Aurélie R.
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Ces musées qui donnent accès à leurs collections en ligne

Ces musées qui donnent accès à leurs collections en ligne | Le monde des musées | Scoop.it

Une infinité d'œuvres d'art sont accessibles en ligne en quelques clics – souvent en petit format, dans une définition moyenne, mais, surtout, qui ne sont pas exploitables sans autorisation. Face aux usages des étudiants en art, de leurs professeurs comme de n'importe quel spécialiste ou amateur, qui utilisent Internet pour consulter ou utiliser des reproductions facilement et rapidement, certains musées prennent les devants pour offrir en libre accès des images grand format et de qualité. Un positionnement qui leur permet de se montrer en phase avec laculture numérique tout en valorisant leur image et leurs collections, alors même qu'il leur est impossible de garder jalousement la main dessus. Petit état des lieux de l'offre muséale en ligne.

 

400 000 œuvres téléchargeables sur le site du Met 

L'un des plus grands musées d'art au monde, le Metropolitan Museum de New York, annonçait vendredi 16 mai la mise en ligne de près de 400 000 images numérisées sur son site Internet. Téléchargeables en haute définition, ces œuvres tombées dans le domaine public sont utilisables pour tout usage non commercial, notamment les publications universitaires. La démarche cible donc en premier lieu les étudiants, les éducateurs, les chercheurs, les conservateurs, les réalisateurs de documentaires non-commerciaux » sur tous supports, qui n'ont plus besoin dedemander d'autorisation ou de payer de droits, ce qui était jusqu'ici la règle. En fait, chacun est libre d'imprimer un tableau pour son usage personnel, comme le spécifie la page FAQ du service. Cette « collection encyclopédique », pourreprendre les termes du directeur du musée, Thomas P. Campbell, est très bien mise en valeur par la navigation, qui permet de l'aborder par artiste ou culture, par matériaux (costumes, bronzes...), origine géographique, époque ou département, en plus des requêtes par moteur de recherche.

De nouvelles reproductions seront mises en ligne régulièrement. Toutes les œuvres concernées sont signalées par l'acronyme OASC (Open Access for Scholarly Content). Certaines œuvres du Met resteront cependant hors de cette initiative, notamment celles qui sont encore sous copyright ou qui ont des restrictions de la part de l'artiste, du donateur ou de propriétaires prêtant des œuvres au musée. 

 

Les pionniers 

La démarche du MET impressionne par son ampleur, mais elle s'inscrit dans la lignée d'une ouverture numérique des collections, ces dernières années. Le siteOpen Culture recense les initiatives de plusieurs grands musées : leRijksmuseum d'Amsterdam, qui fait figure de pionnier, avait mis en accès libre quelque 125 000 chefs d'œuvres hollandais en 2012 (depuis, la collection numérique s'est beaucoup étoffée, avec près de 440 000 œuvres à disposition aujourd'hui, par mots-clés ou par domaines), et en 2013, la National Gallery de Washington proposait 25 000 œuvres, le Los Angeles County Museum 20 000, et le Getty, autre musée de Los Angeles, 4 600 – des offres qui se sont depuis étoffées. Open Culture recense par ailleurs les livres d'art ou catalogues proposés en ligne gratuitement par le Met, le Guggenheim et le Getty Museum. Les musées américains sont, on le voit, les plus sensibilisés à cette démarche numérique.

 

Google Art Project ou les visites virtuelles de musées du monde entier
 

Depuis trois ans, les internautes peuvent visiter un nombre croissant de musées en ligne et en 3D, grâce à la technologie Street View. Au lancement du Google Art Project, en février 2011, dix-sept musées s'étaient lancés dans l'aventure, dont, déjà, le Met, mais aussi le MOMA à New York, la National Gallery et la Tate Britain à Londres, et seulement le Château de Versailles côté français. Dès l'année suivante, le Musée d'Orsay, le Musée du Quai Branly et trois autres musées hexagonaux se sont laissé convaincre.

Aujourd'hui, une sélection d'œuvres prestigieuses de 345 collections du monde entier, de Tokyo à Bogota, sont consultables sur le site dédié, et 110 visites virtuelles sont proposées. Il est ainsi possible de visiter le Taj Mahal, à Agra, le Palais des Doges de Venise, la Galerie des Offices de Florence, le Musée Van Gogh d'Amsterdam ou l'Opéra de Paris en se déplaçant à sa guise autour et/ou à l'intérieur du bâtiment. Pour les œuvres présentées, dans les visites virtuelles comme pour les sélections, il est possible de zoomer afin d'observer les détails.

 

Emmanuelle Jardonnet 

Journaliste au Monde


Via Aurélie R., Astrid Chevolet
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