Chroniques inédites (Philosophie, médias et société)
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L'éducation aux médias et ses enjeux

Les enjeux de l'éducation aux médias invitent à aller au-delà de l'éduc. aux médias : info-doc / cognition et fiabilité, socioaffectif... L'éducation aux médias en tant qu'ensemble de contenus et méthodes est à subordonner aux enjeux qu'elle soulève

Julien Lecomte's insight:

Cf. également : http://www.philomedia.be/dossier-les-apprentis-sorciers-de-l-education-aux-medias/

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Chroniques inédites (Philosophie, médias et société)
Chroniques personnelles publiées également sur Tumblr (http://julien-lecomte.tumblr.com), mais pas sur http://www.philomedia.be : prises de position, études de cas, analyses critiques... Thèmes : philosophie (épistémologie et éthique), médias, enseignement et société
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La mémoire historique est-elle soluble dans les réseaux sociaux ?

La mémoire historique est-elle soluble dans les réseaux sociaux ? | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

La nouvelle génération - quelle que soit la vôtre, ça colle, vous verrez - passe ses journées sur Facebook, Instagram, Twitter ou Youtube, pensant plus ou moins consciemment "s’informer".

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Dispositif pour éduquer face au complotisme de Média Animation - Theoriesducomplot.be - et mon avis sur la notion problématique de "théories du complot"

Dispositif pour éduquer face au complotisme de Média Animation - Theoriesducomplot.be - et mon avis sur la notion problématique de "théories du complot" | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it
J'ai jeté un œil sur le dispositif d'éducation aux "théories du complot" de Media Animation : http://www.theoriesducomplot.be/

Ce dispositif se démarque tant au niveau technique qu'au niveau du contenu. Je souligne notamment la qualité de la section 3, à propos des archétypes de l'argumentation complotiste.

Je profite de la sortie de cet outil pour développer une réflexion. Je m'interroge depuis un certain temps de manière plus générale sur ce que regroupe cette notion de "théorie du complot"...

Concrètement, le terme de "théorie(s) du complot" me questionne depuis que je le vois passer. Ma préoccupation majeure est qu'il me semble que ce terme fait référence à des réalités multiples, qui diffèrent en fonction de celle ou celui qui l'utilise. Dans les faits, tant des thèses relatives à un complot franc-maçon reptilien semblent mises sur le même pied que des remises en question d'accointances politiques, économiques ou encore de "versions officielles" de gouvernements pratiquant de la propagande. Dans quelle mesure l'éducation aux médias, lorsqu'elle diffuse le film ou le livre d'Halimi sur "les nouveaux chiens de garde", n'alimente-t-il pas une sorte de logique ou de rhétorique complotiste, en insistant sur l'importance de regarder le "dessous des cartes", les coulisses, ce qui est "caché"... ?

Il me semblerait intéressant de distinguer davantage :
- Les contenus des théories du complot (dont on ne peut prouver qu'ils sont vrais ou faux)
- La "logique" complotiste, la rhétorique fallacieuse qui y est liée (que Pascal pourrait qualifier de "paranoïde") Je vois que cela est fait dans le dispositif, et en même temps il y a beaucoup d'éléments qui concernent la "reconnaissance" de ces "théories", alors que la section "argumentation complotiste" [ http://www.theoriesducomplot.be/#ITI3. ] me semble moins fournie, alors que pour moi c'est la plus fondamentale dans le cas de la logique complotiste.
En effet, je ne comprends pas bien en quoi c'est utile de distinguer ces "théories" de simples "rumeurs" ou de "désinfo" ? En quoi cela aide-t-il à en évaluer la véracité ou la pertinence ? N'est-ce pas justement une question de rhétorique, comme la suite l'explique ?

J'en ai également parlé avec Thomas C, responsable de la chaine "zététique" de vulgarisation scientifique "La Tronche en Biais". Pour lui, ce qui caractérise une théorie complotiste est son "irréfutabilité" (ce qui est d'ailleurs très bien expliqué dans la section 3 du site !) : en fait, il est "impossible" de prouver qu'elle est fausse, parce que par définition elle postule que la vérité est "cachée" et "inaccessible", et qu'au fond tout élément pouvant la réfuter n'est qu'une preuve supplémentaire que l'on nous ment ou nous manipule. "Une instance occulte tire les ficelles dans l'ombre". Elle est donc d'autant plus efficace si l'on trouve des éléments pour se disculper. Le complotiste inverse la charge de la preuve. Tout cela est d'ailleurs expliqué sur le site dans le point 3.
Simplement, il me semble que le risque est que celui-ci passe au second plan par rapport à une disqualification simpliste de thèses alternatives sur base des éléments d'identification d'un complot.

En effet, pour moi, le concept de "théories du complot" n'est pas pertinent à lui seul pour discréditer une thèse invraisemblable. Devenu mot fourre-tout, utilisé à toutes les sauces (un peu comme "esprit critique"), c'est surtout l'absence de preuve observable qui caractérise les thèses non fiables. Ce que je veux dire par là, c'est que l'éducation à une critique de l'information en général, on éduque a fortiori à remettre en cause ce qui n'est pas fiable. Et donc, pas besoin du "concept" de "théorie". Ce qui intervient ici, c'est la rhétorique complotiste. J'en discutais ici sur Twitter : https://twitter.com/BlogPhilo/status/786921523705737216

Dans quelle mesure ne peut-on pas se contenter des notions de "fausseté", de "vraisemblance", de "réfutabilité", sans créer une catégorie qui peut servir à discréditer ce qui "déplait" à un pouvoir en place, par exemple ? Je pense que ceci est d'autant plus préoccupant dans un contexte où le politique encourage la disqualification des discours dissidents. Comme le dit l'auteur de la chaine "Hygiène Mentale" (cf. notamment https://www.youtube.com/watch?v=ZxSTXnmzbvU ), un complot n'est pas nécessairement faux. Par exemple, les révélations de Snowden ou de Wikileaks démontrent des accointances, des collusions, etc. On pourrait citer Halimi encore.
Il existe des "complots" - au sens lexical http://www.cnrtl.fr/lexicographie/complot - à différentes échelles, ce qui ne justifie pas pour autant d'adopter une "logique" complotiste.

De plus, en se passant de la notion de "théorie du complot" tout en éduquant à des rhétoriques fallacieuses comme la rhétorique complotiste, il me semble qu'on rouvre le champ du questionnement, qu'on élargit celui-ci, puisqu'en fait toutes les pourritures argumentatives identifiées dans le site ne sont - malheureusement - pas l'apanage des "théories du complot".

Malgré certains raccourcis abusifs de l'auteure, quelques réflexions quant au rapport de l'éducation à l'esprit critique aux théories du complot sont abordées dans l'article suivant : http://www.investigaction.net/lecole-la-post-verite-et-les-theories-du-complot/ (mon avis quant à cet article : https://pbs.twimg.com/media/C9uBlLlXgAEt1TE.jpg ).

Ce que je veux dire est que croire à un complot ne revient pas nécessairement a être dans l'erreur, même si un certain nombre de thèses complotistes sont farfelues et suivent des schémas biaisés communs. Par conséquent, quelle est la pertinence de "décortiquer" des théories particulières ? Peut-on mettre sur le même pied un site qui remet en cause une version "officielle" et un autre qui promeut une théorie alternative belliqueuse et/ou loufoque ?

Dans un article récent, je développe la thèse que ce ne sont peut-être pas tant les croyances particulières que nos rapports à ces croyances qui posent le plus problème (c'est aussi un peu la thèse principale de mon premier livre) : https://www.philomedia.be/developper-la-capacite-a-changer-de-point-de-vue-les-enjeux-de-la-decentration/

En somme, il me semblerait plus opportun de parler de complotisme ou de conspirationnisme (en y apposant éventuellement un terme comme "radical" ou "systématique") pour cibler la rhétorique et les comportements ou biais cognitifs qui posent problème autour des "théories" du complot, c'est-à-dire d'insister davantage sur la distinction entre le contenu des théories et les raisonnements dysfonctionnels qui peuvent les accompagner [et donc de mettre davantage en évidence la section 3 dans l'outil proposé].

On peut enfin élargir les considérations de plusieurs manières :
- Par rapport aux contenus, s'ils sont faux et/ou haineux, on peut y appliquer des stratégies à ce sujet (en l'occurrence : http://www.philomedia.be/lutter-contre-la-haine-de-lautre/ ), sans se limiter aux thèses dites complotistes
- Par rapport aux "logiques" (pas logiques, justement !), je crois que ce qui serait intéressant serait de développer davantage la réflexion sur l'adhésion à ces théories, sur les raisons de l'adhésion et sur les argumentaires fallacieux (rhétorique typique, techniques et langages habituellement utilisés...) qui y sont liés. Il me semble enfin que tout cela pourrait prendre place dans un dispositif plus large, et dans un discours qui l'accompagne.

En effet, vous l'aurez compris, ce qui me gêne n'est pas tant le concept de "théories du complot" (pour peu qu'on le délimite comme vous l'avez fait) que l'usage qui en est fait par ailleurs, avec une focalisation (institutionnelle notamment) que je trouve malsaine (au-delà de nos frontières surtout). Parce qu'en somme, des argumentaires fallacieux et des discours faux et/ou désignant des bouc-émissaires, il n'y en a pas que dans les "théories" du complot...
Julien Lecomte's insight:
A la suite de cet article, des discussions et éclairages :

Pour Yves Collard, "C'est vrai que la théorie du complot peut être abordée de multiples manières : rhétorique, politique, psychopathologique, et même corporatiste (la doxa journalistique sur ce thème :-)). Son rapport au développement de l'esprit critique doit être questionné, on pourrait la désigner sous le vocable d'esprit hypercritique, et les vrais complots existent [...] Pour ce qui est de la question de l'argumentation, c'est un point de vue que je défends assez largement un peu partout : en termes éducatifs, analysons les productions dites complotistes comme un genre informatif spécifique, ne nous attachons pas à déterminer ce qui est vrai ou faux"

Suite à cela, j'ajoute que "C'est entre autres grâce à l'outil de Média Animation (auquel Yves Collard a contribué) que j'ai pu mettre des mots sur des choses qui me préoccupent depuis longtemps quant à cette problématique. Je trouve très riches justement toutes les distinctions qui y sont proposées et qui permettent justement de bien délimiter de quoi l'on parle et quels sont les enjeux. Il s'agit d'un genre médiatique particulier et en ce sens l'éducation aux médias a un rôle à y jouer. Ce serait dommage d'éluder cette question, d'ailleurs ! Là où je suis rassuré par les propos d'Yves Collard, c'est sur cette question du focus. Lorsqu'il le désigne comme un genre médiatique particulier, de même lorsqu'il s'agit d'étudier les mécanismes d'un phénomène social, cela rejoint - il me semble - ma préoccupation de s'intéresser au complotisme comme à un genre spécifique, une dynamique, un processus, et non s'attaquer à des thèses spécifiques en fonction d'un "agenda" qui serait connoté idéologiquement. Cela m'importe beaucoup parce que pour moi le dispositif en tant que tel ne pose pas problème : c'est plutôt comment on le situe, par quel discours on l'entoure, que "méta-communique-t-on" à propos du complotisme lorsque l'on présente ce dispositif ? Ce n'est pas un outil pour se débarrasser de la question, au contraire... Et je trouve important de le préciser"

Baptiste Campion ajoute : "Sur le plan de la recherche académique, ces différentes dimensions sont assez clairement distinguées, et même généralement étudiées dans des cadres disciplinaires différents (histoire, rhétorique, psychologie et psychologie sociale, etc.). La difficulté, c'est de savoir ce qu'on peut faire de ces différentes dimensions dans un contexte social et sociétal donné. Car l’essor de la thématique "théories du complot", et en particulier de l'éducation ou de la "lutte" contre celles-ci, est en partie la conséquence d'une mise à l'agenda issue de différents secteurs de la société: politique, enseignement et dans une certaine mesure "médias". Bien que j'essaie de travailler sur cette thématique, je suis le premier à admettre que le terme de "théorie du complot" pose problème. Si dans une approche rhétorique académique —donc à diffusion restreinte parmi un public de spécialistes— cela ne pose pas de vraies difficultés et sert à regrouper sous une étiquette des discours qui partagent certaines caractéristiques discursives et argumentatives, ça devient franchement glissant voire contreproductif dès lors que ça passe dans l'espace public: le terme est flou (ou en tout cas utilisé pour désigner des choses différentes, comme tu le dis), il est connoté et par conséquent stigmatisant (le complotiste étant l'autre, celui qui n'est pas d'accord avec moi, un qualificatif disqualifiant: il suffit de voir comment il est lancé comme anathème sur certains forums) et donc potentiellement contreproductif (puisque les gens les plus sensibles à ces théories ne se reconnaissent pas dans le terme ou y voient un instrument symbolique de police de la pensée dirigé contre eux et destiné à disqualifier leur thèses — preuve évidemment qu'elles dérangent donc qu'elles sont justes) ou vide de tout sens (ça devient la tarte à la crème de tout qui prétend faire de l'éducation critique, et du reste tout le monde —ou presque— lance son programme, en réponse aussi à des demandes sociales). Pour moi il est indispensable d'éduquer à ce qu'impliquent ces théories (leurs thèmes, leur rhétorique, les mécanismes cognitifs impliqués, etc.), mais il est aussi indispensable d'aborder de manière critique et constructive les cadres et étiquettes sous lesquels on le fait, autant que les méthodes".

Je constate l'importance de la dimension contextuelle, à laquelle Yves Collard et Baptiste Campion semblent tous deux attentifs, qui fait qu'effectivement si le focus sur ce thème correspond à un "agenda", cela n'empêche pas des acteurs de se le réapproprier pour en faire quelque chose qui est mis en perspective. Cela me parle fort, par exemple, quand Yves Collard fait référence au "genre" complotiste au sein des autres genres : ainsi, celui-ci est une porte d'entrée pour l'analyse, mais cette même analyse est transposable à d'autres genres, qui ont leurs particularités. De même, lorsque Baptiste Campion identifie des usages problématiques du terme (notamment contreproductifs) en invitant à questionner le cadre et les étiquettes sous lesquels ils adviennent, cela répond aussi à des choses qui me tracassent.

Baptiste Campion : "C'est pourquoi, notamment, je pense qu'au lieu de se focaliser sur l'objet "théories du complot", l'enjeu essentiel —comme on le disait avec Loïc Nicolas et Aurore Van De Winkel dans un workshop il y a quelques mois— est de parvenir à le problématiser: on raisonne comme s'il était évident que ces théories "posent problème", mais sans que le problème en question ne soit très clairement identifié: que les gens croient des trucs faux? que des trucs faux circulent dans les médias (sociaux, notamment)? que des gens ne sont pas équipés pour évaluer des messages médiatiques? que l'adhésion à telle ou telle théorie entraîne un rejet de certaines catégories de population ou de violence? (Etc.) Pour prétendre traiter le problème (en tant que problème social nécessitant une réponse éducative), il faut d'abord le diagnostiquer clairement, et force est de constater qu'on a très peu de choses là-dessus: les statistiques de croyance et d'adhésion sont rares, floues et discutables, les indicateurs problématique, on connaît peu la manière dont ces théories s'articulent à des pratiques médiatiques et culturelles, on a tendance à tout ramener à des problèmes de croyance et de conviction (souvent binaire on croit ou non), etc. Autrement dit, même si c'est provoquant, on ne sait pas vraiment ce qui pose problème dans ce phénomène médiatique et social, donc les réponses éducatives ne peuvent être qu'incomplètes, imparfaites ou dispersées, généralement empiriques et commanditées dans le cadre de politiques elles-mêmes floues (l'exemple de la France après l'attaque de Charlie Hebdo est intéressant: on dirait qu'il s'agissait de faire en sorte qu'on ne voie plus ces théories ou leurs partisans, bien plus que d'éducation - heureusement le dispositif a un peu évolué depuis, mais on reste quand même très fort dans une logique normative et prescriptive.
Il y a presqu'un an, Aurore Van De Winkel, Loïc Nicolas et moi publiions cette carte blanche qui appelait (notamment) les pouvoirs publics à financer des recherches visant à acquérir cette connaissance nécessaire en amont des actions de terrain plus ou moins bien pensées, mais pas nécessairement pensées dans le cadre d'une vision claire du problème: http://www.lalibre.be/debats/opinions/l-esprit-critique-face-aux-theories-du-complot-578e6d3535705dcbd7035c44 "

Baptiste Campion, toujours : " Maintenant, pour revenir au fond, sur le plan plus appliqué, indépendamment de cette question d'enjeu à identifier, ce n'est pas si évident. Les approches actuelles, comme celle des capsules de Média Media Animation ASBL, consiste à mettre de côté la question du vrai/faux pour se centrer sur des démarches critiques et réflexives: qu'est-ce qui fait que je vais y croire ou non? quels sont les éléments dans lesquels je peux avoir confiance et pourquoi? etc. Cela a beaucoup de sens du point de vue de l'éducation aux médias (le but n'est pas de dire ce qu'on doit penser mais de favoriser l'autonomie critique), mais elles se heurtent quand même, dans certains contextes, à la question du vrai/faux. Je crois que dans les personnes citées ci-dessus, sauf peut-être ma grand-mère, il n'y en a pas une qui ne se soit retrouvée dans un contexte où l'on parle d'éléments formels du complotisme (le langage, l'argumentation, etc.) et où un participant débarque en disant que c'est bien beau tout ça, mais ça n'explique pas pourquoi les poutres d'acier du WTC ont fondu à 1000°C alors que le point de fusion de ce métal est supérieur à 1400°C, et que par conséquent tout le blabla éducatif empêche d'aborder les "vraies questions". Toute la difficulté de la démarche éducative sur la question est d'éviter de trier le vrai du faux, mais avec des gens qui l'abordent, eux, sous cet angle."

Oui, d'où mon insistance pour bien distinguer les perspectives choisies pour traiter le problème. En quelque sorte, si l'on discute du fond des arguments, on se heurte à la question de leur véracité. D'où une tension dans laquelle pourrait se trouver un éducateur lorsqu'il sort de l'analyse formelle pour relayer un avis sur l'une ou l'autre théorie... Ce qui parfois peut être une dérive observée dans certains dispositifs dits éducatifs.

Du reste, à mon avis, on peut aussi aborder de front la question de la véracité, ou du moins de la fiabilité d'une thèse, ce que je propose dans mon article pour lutter contre les propos faux et haineux... Ici s'ajoute la question de l'irréfutable, par rapport à laquelle les notions "sceptiques" (charge de la preuve, réfutabilité comme critère de démarcation, notions de logique et de rhétorique permettant de disqualifier des arguments fallacieux...) évoquées notamment dans les capsules de Média Animation peuvent s'avérer très précieuses... (cf. à ce sujet le travail didactique de Monvoisin, que vous avez p-e déjà lu : https://cortecs.org/wp-content/uploads/2010/11/CorteX_Monvoisin_these_didactique_esprit_critique.pdf ) Une réflexion globale quant à l'idée de vérité pourrait justement prolonger cette réflexion... Cf. http://www.philomedia.be/lutter-contre-la-haine-de-lautre/ - http://www.philomedia.be/la-logique-face-aux-mauvais-arguments/ - http://www.philomedia.be/enjeux-epistemologiques-et-ethiques-des-medias-et-de-leducation-aux-medias/

Baptiste Campion ajoute à cela : "Intellectuellement, je suis d'accord. Ce que j'essaie de dire, c'est que pratiquement c'est difficile à gérer (même si ça dépend du cadre, du public, etc.). Si tu parles de source ou de forme et que tu as dans les participants quelqu'un de convaincu que le fond du problème est la véracité de tel ou tel truc, c'est rapidement un dialogue de sourds. Soit tu contre-argumentes, et tu te fais généralement piéger (car il est plus motivé que toi, connaît mieux le sujet, a plus d'arguments —même faux, peu importe si tu n'as "rien en face"—, et en plus tu changes de posture), si tu parles de véracité et de fond, tu perds l'autre moitié des participants qui ne sont pas venus pour ça, etc. La seule bonne optique serait de prendre cette personne et de dire: "j'entends ton argument, on va le considérer sérieusement, on va essayer de vérifier, comment on fait? Allons-y, on se connecte sur le net et on bosse". C'est faisable, mais si tu n'as que 5 personnes à former, une connexion internet et 2 heures devant toi rien que pour ça. Si tu as un grand groupe, ou que c'est un dispositif médiatisé (type capsules vidéos), ça devient à peu près impossible. C'est une des raisons pour laquelle aborder la question frontalement, sous cette étiquette, est difficile..."

J'y réponds ceci : "En fait l'argument de la fusion de l'acier me semble recevable (pour peu que tout ce qu'il avance puisse être prouvé, pour que la t° ait été scientifiquement mesurée, par ex.), la question est de savoir ce que la personne en tire comme conclusion.
En l'occurrence, en quoi cela permet-il d'appuyer une autre version des faits sans recourir à d'autres hypothèses ad hoc, qui elles, sont au mieux fausses et au pire infalsifiables. Là, tout ce que l'on peut retirer de cela, c'est qu'éventuellement cela mériterait d'investiguer (la posture que prône par exemple le très militant ReOpen911), mais ça n'appuie en rien une thèse alternative. Si l'on applique le rasoir d'Ockham, on élimine toute prémisse non-vérifiable et on voit ce qu'il reste comme éléments. Ensuite, on prend l'explication la plus "simple" qui combine ces éléments : un avion percute une tour, elle s'effondre.
Thomas C. Durand invite à pousser le complotiste au bout de ses arguments, en lui montrant que justement, quel que soit le nombre de "preuves" qu'on lui apportera, il ne changera pas d'avis. La logique complotiste est insensible aux preuves. Du coup, il est important d'écouter ce qui est aux fondements de celles-ci, ce qu'il fait qu'il croit ce qu'il croit. D'après un article que j'ai lu récemment, le fait d'informer quant aux rhétoriques fallacieuses aurait un bon effet sur l'adhésion aux théories qui en découlent : https://www.theguardian.com/environment/climate-consensus-97-per-cent/2017/may/08/study-to-beat-science-denial-inoculate-against-misinformers-tricks
Après, je te rejoins totalement quant au caractère périlleux, délicat et difficile à mettre en pratique de l'exercice !

D'où encore une autre réflexion implicite dans mon questionnement : faut-il aborder "les théories du complot" de front, ou bien de manière "détournée" comme un genre qui adopte une rhétorique fallacieuse que l'on a pris la peine de déconstruire au préalable... ?"
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Critique de l'image "Just because you are right does not mean I am wrong"

Critique de l'image "Just because you are right does not mean I am wrong" | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it
Cette image est hautement discutable.

C'est un sujet très complexe, voici ce sur quoi je me base pour dire ça :
- http://www.philomedia.be/les-polemistes-sont-ils-responsables-de-leurs-propos/
- http://www.philomedia.be/concepts-et-tensions-en-epistemologie/ + http://www.philomedia.be/presupposes-epistemologiques-en-journalisme-et-en-education/
- http://www.philomedia.be/pour-une-ethique-de-la-discussion/
- http://www.philomedia.be/la-logique-face-aux-mauvais-arguments/

En gros, je suis aussi en désaccord avec le genre d'image qui est ici critiquée. C'est un relativisme naïf et intenable, pour différentes raisons (ici http://www.philomedia.be/doctrines-et-courants-en-epistemologie/ ).

Effectivement cela pose problème quand par exemple on met des propos haineux, extrémistes, climatosceptiques ou encore pseudoscientifiques sur le même pied que des propos scientifiques, par exemple.
Cf. combien je "combats" cela, y compris au niveau moral :
- http://www.philomedia.be/lutter-contre-la-haine-de-lautre/
- http://www.philomedia.be/lutter-contre-la-haine-de-lautre-contredire-avec-les-faits-et-la-logique/
- http://www.philomedia.be/des-criteres-de-validite-en-sciences-humaines-et-sociales/
- http://www.philomedia.be/faut-il-censurer-les-propos-racistes/
Depuis mon mémoire en 2009, la plupart de mes écrits ou interventions traitent de cette question de la vérité et de notre rapport avec elle (cf. http://www.philomedia.be et @Julien Lecomte ).

Mais ici l'exemple est mal choisi. Comme si l'intention de l'auteur définissait ce qu'une chose était factuellement et avait de ce fait plus d'importance que la lecture des récepteurs.

Il n'y a pas de discours sur le réel en dehors de langages (signes), de communautés et de réappropriations humaines. L'objectivité factuelle existe (et ceci est un postulat discutable), mais c'est une caractéristiques des faits et des objets, et non des représentations.

Un meilleur exemple pour illustrer le propos de l'image : http://www.universitedepaix.org/wp-content/uploads/2017/01/Dualite-article-creativite-768x614.jpg > dans ce cas, on peut "voir" un carré ou un rond, alors qu'il s'agit d'un cylindre.
Dans ce cas, il y a "une" vérité qui prévaut sur les "points de vue", et en même temps les points de vue disent bien quelque chose sur le réel.

Un autre exemple déjà plus pertinent en illustration : https://scontent-bru2-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-0/p75x225/15871816_10208004280401368_4561095302609437194_n.jpg?oh=dab59919acfc225852b30e85cb873123&oe=591E7AAE

Bref, tous les points de vue ne se valent pas. Ce n'est pas pour autant qu'il n'y en a qu'un qui a plus de valeur que tous les autres... Et surtout pas dans des cas où justement la marge de subjectivité est aussi présente, y compris dans le chef de l'auteur d'un signe...

On pourrait en discuter longuement (mon propos reste caricatural, mais l'enjeu est de montrer que c'est loin d'être indiscutable, surtout dans ce "mauvais" exemple)...
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Julien Lecomte's curator insight, January 7, 11:12 AM
Quand j'ai du temps à perdre.
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De service anti-populiste pour le réveillon

Réponse à une proche qui relaie du FdeSouche / LesObservateurs.ch et autres...

Cf. mon dossier http://www.philomedia.be/lutter-contre-la-haine-de-lautre/

La personne relayait notamment une photo d'un brave homme, visiblement sans abri, avec son chien, avec pour commentaire que l'on devait s'occuper de lui avant de s'occuper des migrants (cf . https://twitter.com/BlogPhilo/status/815874790925987840 ). Je lui ai d'abord répondu ceci : "La photo touchante du chien et de son maître circule depuis bien avant 2012 (cf. mon article ici http://www.philomedia.be/retro-des-chiffres-qui-donnent-envie-de-passer-en/ ). Avant la vague migratoire actuelle, et certainement pas en France ou en Belgique. Il se pourrait d'ailleurs qu'il s'agisse d'une mise en scène de sensibilisation. Cela reste touchant et très choquant de se dire qu'il y a en effet beaucoup trop de sans abris...
A part ça, je lis que tu relaies parfois des sites comme FdeSouche, Lesobservateurs.ch, etc. Ces sites diffusent très très souvent des intox, des rumeurs et des désinformations. En fait ils s'en fichent de ce qui est vrai ou non tant que ça va dans leur sens (climat anxiogène, etc.). Ils disent donc parfois des choses vraies, mais globalement ce ne sont pas des sources très fiables. Ce montage, en l'occurrence, n'a rien de factuel. Cette famille n'est probablement pas une famille de migrants, de même que ce brave homme et son chien ne sont pas des SDF français. A ces sujets : http://www.philomedia.be/julienlecomte/comment-je-minforme-sur-le-web/ - http://www.philomedia.be/lutter-contre-la-haine-de-lautre/ "

Elle m'a répondu ceci : "Ce n est que de photos et j en suis consciente... mais il suffit de se promener dans la rue et se rendre compte de la réalité des faits. Quel l on accueille des réfugiés je suis d accord mais que l on laisse des gens mourir de froid dans la rue en parallèle je ne le suis pas. Quant aux informations relayees par certains medias je les partage parce que de un c est mon droit d expression..et de deux cela relaye une verite qu il ne faut pas ignorer meme s il elle peut etre tronquee ou manipulee..mais les rouges ne le font ils pas ???"

Je lui ai donc répondu plus en profondeur :

"Je ne nie pas les faits non plus, c'est une réalité qu'il y a bien trop de sans abris et c'est une injustice atroce. Il y a aussi 10% de gens qui ne savent ni lire ni écrire en Belgique, ça ne devrait pas exister dans un pays qui se dit "civilisé"...

Ce qui me gêne dans cette photo c'est qu'on laisse entendre que c'est à cause des migrants qu'on ne s'occupe pas des belges... Mais la pauvreté existe depuis bien avant les migrants, de même que le chômage ou les emplois de merde alors que certains (de gauche, de droite et d'autres bords) s'engraissent et s'enrichissent de plus en plus...

Que des politicards ne fassent pas correctement leur job n'est pas nouveau et c'est facile pour des populistes de rejeter la faute sur ceux qui ne savent pas se défendre. C'est mieux de liguer les "petits" les uns contre les autres pour défendre leurs intérêts et s'assurer le vote des révoltés.

Bref, on est bien d'accord toi et moi que l'on ne devrait pas laisser mourir de froid des gens, et que certains dirigeants soi-disant de gauche n'aident pas assez le "petit peuple". Pour moi ce n'est juste pas incompatible.

On pointe du doigt les migrants comme la cause mais ça c'est un mensonge. De nombreux faits montrent qu'à moyen et à long termes les migrants ont un apport positif pour l'économie (cf. mon article http://www.philomedia.be/lutter-contre-la-haine-de-lautre-contredire-avec-les-faits-et-la-logique/ )

Quant aux médias que tu relaies, par contre, au sens strict du terme, la liberté d'expression ne permet pas de dire tout ce qu'on veut. Ainsi en est-il de l'incitation à la haine, ce que font notamment FdeSouche ou lesobservateurs.ch. La liberté d'expression consiste à pouvoir exprimer et revendiquer toute opinion politique, morale, religieuse... sans être censuré par l'Etat, ce qui ne veut pas dire qu'aucun propos n'est faux ou condamnable (cf. ce dossier qui m'a beaucoup appris : https://jeunes.amnesty.be/jeunes/le-coin-des-profs/nos-dossiers-pedagogiques/article/dossier-pedagogique-2011 ).

Oui, les gens sont autorisés à partager des contenus de FdeS ou LesObs.ch sans être censurés en amont, cela n'empêche pas que ce faisant ils partagent souvent des trucs faux et parfois même condamnables. Et ça empêche encore moins que ces propos puissent être critiqués, débattus et discutés ! Non seulement au nom de la liberté d'expression, mais aussi de la véracité des faits.

Jamais je n'ai voulu t'empêcher de publier ou partager quoi que ce soit, bien sûr... Je ne me permettrais avec personne et encore moins avec une personne proche ! Mais comme tu partages cela publiquement, que tu t'exprimes pour ton audience dont je fais partie, moi aussi je prends part à ta réflexion et à l'échange. Des médias qui mentent, manipulent ou se trompent, il y en a de tous les bords. Mais certains assument, corrigent, voire s'excusent. Ce n'est pas le cas de FdeS ou LesObs.ch. La vérité n'est pas un critère pour eux. Ferais-tu confiance à un type qui te ment une fois sur deux et qui ne reconnait même pas quand il ment ?

Bref, critiquer certains politiques sur base de leurs (in)actions, je suis 100% pour... M'indigner des injustices, clairement. Je te sens révoltée, et je partage ta révolte. Je ne supporte pas les injustices et je me sens impuissant par rapport à cela, parce que c'est insuffisant d'agir à mon niveau (il faut que les décideurs se bougent aussi...). Mais par contre, ce n'est pas parce que des socialistes, des journalistes ou des extrêmes ou n'importe qui d'autre "manipulent" que l'on doit relayer d'aussi gros menteurs, manipulateurs et surtout commencer à désigner des boucs émissaires... ! C'est comme ça que sont nées les pires dictatures (cf. http://www.philomedia.be/guerres-et-philosophie/#comment-148https://fr.wikipedia.org/wiki/Principes_%C3%A9l%C3%A9mentaires_de_propagande_de_guerre - http://www.philomedia.be/guerres-et-philosophie/ - http://www.slate.fr/story/114945/permier-article-new-york-times-hitler ).

Je suis certain que tu ne veux pas de cela, je te connais et je sais que ce qui t'énerve ce sont les injustices ! C'est dégueulasse et on est bien d'accord. Je trouve simplement qu'il ne faut pas se tromper de cible et pas ajouter de la haine au drame... Je ne voudrais pas être à leur place, et j'imagine ceux qui en profitent réellement, dont certains doivent peut-être bien rigoler qu'on s'en prenne les uns aux autres plutôt que de s'occuper des vrais problèmes..."

Advienne que pourra...
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Réponse à Tito Dupret quant à son article sur la conférence « Les réseaux sociaux : de vrais réseaux pour les jeunes ? »

Réponse à Tito Dupret quant à son article sur la conférence « Les réseaux sociaux : de vrais réseaux pour les jeunes ? »

Monsieur Dupret,

Je découvre avec quelques mois de retard votre article suite à mon intervention à Houyet ( http://www.iteco.be/antipodes/la-faute-aux-medias/article/question-a-houyet-au-coeur-de-la-wallonie-les-reseaux-sociaux-rendent-ils ).

Je me souviens très bien de votre présence à cette conférence. Je me souviens aussi que je vous avais demandé de m’envoyer votre article, une fois écrit. Je comprends mieux aujourd’hui pourquoi vous ne l’avez pas fait. Dommage, pour quelqu’un qui semble prôner l’interactivité.

Soyons clair d’emblée : vous soulevez plusieurs points extrêmement pertinents dans votre article. Je vois la remise en question comme quelque chose de nécessaire. A la sortie de cette conférence, j’étais moi-même très insatisfait. Elle était bien trop longue. La place à l’interactivité était bien trop faible. J’ai bâclé certains points et tout cela était très « transmissif » au niveau pédagogique. Nous sommes d’accord. D’autant plus que comme vous le faites remarquer, non sans ironie, le public n’était pas très nombreux ce soir-là (ce que je n’ai su que le jour-même).

J’ai d’ailleurs pris en compte cette expérience pour refondre totalement la conférence, depuis lors.

Ce qui me gêne un peu plus dans votre article à charge (charge qui n’est pas assumée, cf. votre dernier paragraphe), c’est que d’autres critiques sont infondées, voire fallacieuses.

Bon, tout d’abord, il est déplorable à mon avis de la part d’un journaliste de ne pas citer ses sources, de ne pas renvoyer à ce dont il parle, surtout lorsque ledit journaliste émet une opinion quant à son sujet. Et d’autant plus lorsqu’à plusieurs reprises, ce même journaliste questionne les sources du document qui lui a été présenté. En l’occurrence, le powerpoint de la présentation ( http://fr.slideshare.net/JulienRyuk/conference-relations-numeriques-42523109 ) et la page y faisant référence sur le site de l’Université de Paix ( http://www.universitedepaix.org/les-relations-2-0-relations-connectees-ppt ) vous étaient aisément accessibles. De même que les nombreuses sources dont vous semblez remettre en cause l’existence.

Quant au dispositif, ensuite, vous écrivez « La situation est exactement celle que n’encourage ni la pédagogie actuelle, ni ITECO qui publie ce magazine, ni Alain Gerlache dans un article ici connexe. Au lieu d’échanger, observer, reculer, analyser et synthétiser, nous allons assister à un spectacle, très sympathique, et survoler autant que zapper entre chiffres et diapositives, sans discontinuer ». Je vous ai donné raison en grande partie. Toutefois, il me semble pertinent aussi de vous rappeler que j’étais tenu à un certain mandat par le commanditaire, ainsi que par un contrat « tacite » avec l’assemblée. Ce mandat tient au mot « conférence ». Une conférence m’a été demandée, et c’est ce qui était attendu. J’ai à cœur d’animer des ateliers, des temps de réflexion ou autres, et de partager le temps de parole. Encore une fois, à refaire, je le ferais davantage. Par contre, je trouve cela un peu malhonnête de pointer du doigt un dispositif « classique » pour cette conférence, plus que pour n’importe quelle autre intervention du même type. Je donne des formations, des ateliers, des cafés philo ou des cours sur des sujets semblables ou différents. Simplement, le format, les objectifs, le contexte, l’audience (attendue) et le contrat sont différents.

Passons sur le fait que vous parlez de « la pédagogie actuelle » comme s’il s’agissait d’un tout homogène et ce, sans donner de référence à vos propos. J’imagine que vous faites référence à un parti pris pédagogique à ce sujet (parti pris que je peux partager dans une certaine mesure). Sur les réflexions autour des dispositifs pédagogiques, là encore, je vous renvoie à mes sources ou écrits, puisque vous dites ne pas en avoir eu assez lors de la présentation : http://www.philomedia.be/les-apprentis-sorciers-de-l-education-aux-medias-6-contenus-methodes/ - https://communicationsetinternet.wordpress.com/2014/02/26/cours-magistral-apprendre-a-disparaitre-et-a-ne-rien-faire-a-lere-de-la-technique/ - http://www.philomedia.be/nouveaux-medias-faut-il-revolutionner-la-pedagogie/ - http://www.philomedia.be/faut-il-imposer-le-numerique-en-education/

Vous trouverez dans ces articles un certain nombre de liens hypertextes. Il s’agit de sources, probablement moins visibles sur la présentation powerpoint.

Je ne vous fais pas l’insulte de répéter une fois encore ma propre frustration quant au manque d’interactivité et à la lourdeur du dispositif (oui, c'est bien une prétérition). Je regrette par contre assez amèrement de lire des passages aussi tranchés quant au contenu, surtout de la part d’une personne avec un point de vue aussi instruit que le vôtre.

A certains endroits, vous faites preuve de votre connaissance du monde médiatique. Vous écrivez notamment : « C’est bien sûr impressionnant, mais que faut-il en conclure ? Cette réalité est valable depuis l’avènement du livre, de la radio, de la télévision ». Bien évidemment. J’ai écrit un article à ce sujet en 2012 ( http://www.philomedia.be/nouveaux-medias-de-la-passivite-de-la-masse-a-l-interactivite-revolution/ ) et un autre en 2013 (http://www.philomedia.be/infobese-toi-meme/ ). Ai-je prétendu le contraire, lors de la conférence ? J'ai l'impression désagréable que vous me faites tenir un discours que je n’ai pas tenu. Vous ajoutez : « Quant à la source de cette image, c’est une société commerciale d’analyse de données en ligne. Il s’agit d’une publicité pour ses activités, pas d’une étude. Et les sources qu’elle cite elle-même sont une liste de marques de grandes compagnies du web, sans détail ni contexte ni protocole ». Comme si la prétention de la présentation avait été autre ! C’est bien pour cela que l’on cite ses sources, non ? Vous avez peut-être d’autres sources, plus fiables. Dans ce cas, cela m’intéresse. Je n’ai rien dit de plus que "selon cette entreprise, les chiffres sont tels". Peut-être supposez-vous que les membres de l’audience manquent du discernement dont vous faites preuve pour relativiser ces données ?

Si celles-ci sont très probablement à prendre avec des pincettes, ce qui m’ennuie est que vous utilisez ces éléments comme des remises en cause du bienfondé des contenus de la présentation en général. En sortant ces éléments de leur contexte, vous jetez l’opprobre sur tout le travail effectué, alors que le propos était simplement de donner un aperçu (partiel et partial, et ce avec transparence) de ce que peut représenter le web aujourd’hui. Vous me prêtez des prétentions de manière hâtive. Vous omettez le nombre de fois où j'ai répété combien la présentation powerpoint relevait elle aussi de la caricature.

Plus loin, vous écrivez encore : « Mais la démonstration est univoque, trop courte, hyper cadrée, sans contextualisation et surtout non-sourcée ». De nouveau, vous présentez deux caricatures comme s’il s’agissait de propos qui se veulent experts. Vous faites la même chose avec l’extrait humoristique de Gad Elmaleh (bon sang, où avez-vous lu ou entendu des prétentions à la scientificité relatives à ces images ?). Vous avez vous-même déploré les lacunes du dispositif. Clairement, je le répète, j’ai été trop gourmand en voulant présenter un panorama aussi large en aussi peu de temps. C'est peu propice à une analyse en profondeur. Je concède aussi que je n'ai pas pu retracer la provenance de tous les "mèmes" qui circulent abondamment sur le web, et que j'utilise comme supports illustratifs - et uniquement à cette fin.
Toutefois, une fois encore, il s’agissait justement dans les passages "incriminés" de montrer le côté caricatural de positions se limitant à l’angle « pour » ou « contre » les nouvelles technologies ! Quand vous dites que ceci est non-sourcé, encore une fois, vous jetez la suspicion sur tout un travail qui dépasse de loin cette présentation (cf. http://www.philomedia.be/nouveaux-medias-de-la-passivite-de-la-masse-a-l-interactivite-revolution/ - http://www.philomedia.be/les-reseaux-sociaux-et-les-selfies-nous-rendent-ils-plus-narcissiques/ - http://www.philomedia.be/analyse-des-chaines-youtube-les-plus-populaires-en-france/ - etc.) alors que les sources se trouvent dans une bibliographie fournie en fin de présentation (je vous remets le lien pour être sûr que vous ne le manquiez pas, cette fois : http://fr.slideshare.net/JulienRyuk/conference-relations-numeriques-42523109 ).

Point de détail - mais qui en dit peut-être long -, votre mise en récit n’honore pas vraiment votre métier : « Nous sommes plusieurs à nous être levé pour circuler dans la salle et exercer nos jambes ». Je me souviens que deux personnes l’ont fait, vous et un enfant. Oui, cela fait "plusieurs". Mais comme moi, vous n'ignorez pas le poids des mots. Deux et plusieurs, ça ne sonne pas pareil (on retrouve d'autres inexactitudes ou formulations fallacieuses lorsque dans votre texte vous parlez de "10 secondes de vidéo", évoquez le terme "paralangage" alors que je ne l'ai pas utilisé, ou encore quand vous dites "le tout sans définitions"). Je concède néanmoins une dernière fois que la présentation "magistrale" était trop longue pour tout le monde, ce que j’ai largement pris en compte suite à cette intervention. Je vous suggérerais bien de vérifier mes dires auprès des publics auxquels j’ai donné une intervention similaire - mais améliorée - ultérieurement, à Charleroi au salon de l’éducation ou encore à Arlon à la maison de la culture, comme vous n’êtes pas quelqu’un qui croit autrui sur parole ;-).

Enfin, vous écrivez : « Aussitôt, la question la plus sensible du jour est lancée : le cyber-harcèlement pour ensuite conclure sans plus tarder avec ceci : attention, les jeunes ne savent pas comment chercher l’information, ils n’ont pas d’esprit critique et ne questionnent pas les informations qui leur parviennent. Cette fois, je suis KO ».

J’avoue avoir dû vous relire, estomaqué. Vous me prêtez une fois encore des propos que non seulement je n’ai pas tenus ce jour-là, mais que je n’ai jamais tenus du tout. Bon, d’abord, la question du cyber-harcèlement est la question « commanditaire » par excellence. Concrètement, dans ce contexte et à l'Université de Paix, "on ne peut pas ne pas l’aborder" (c'est difficile, en tout cas, de ne pas en dire un mot, ne serait-ce que justement en termes de démystification du phénomène).
Vous présentez cela comme si je faisais partie de ceux qui adoptent une posture anxiogène quant aux réseaux sociaux, quand justement j’ai traité cette question en lien avec le harcèlement de manière générale, et ce en une poignée de minutes. De plus, vous déformez totalement mes propos quant à la recherche d’information sur le web.
Je suis en effet d’avis que le développement de l’esprit critique par rapport à la fiabilité des sources sur le web (et ailleurs !) est un enjeu majeur de l’éducation aux médias. C’était le thème de mon mémoire en 2009 ( http://www.philomedia.be/memoire-education-aux-medias/ ), de mon article scientifique en 2010 ( http://sites.uclouvain.be/rec/index.php/rec/article/view/21 ), en grande partie de mon premier livre sur la fiabilité des médias, et j’ai imaginé et testé des activités pédagogiques à ce sujet ( pédagogies qui sont loin de se limiter à de la transmission de contenus http://www.philomedia.be/activites-pedagogiques-education-aux-medias/ ) ou en collaboration avec des experts de terrain (cf. mon second ouvrage avec ACMJ asbl).
Je ne dis nulle part que les jeunes « n’ont pas » « d’esprit critique » (d’ailleurs, comme si l’esprit critique pouvait s’acquérir une fois pour toutes). J’ai par contre pu observer à plusieurs reprises des jeunes qui se déclaraient démunis ou ne mettaient pas en place des outils pour rechercher ou évaluer l'info sur le web (ce qui ne les rend pas idiots ou crédules pour autant). De même que des adultes et de même par rapport à d'autres types de sources que numériques. Bref, je ne sais par quel biais de confirmation d’hypothèse vous êtes arrivé à cette « conclusion », mais celle-ci me fait sérieusement m’interroger quant à la clarté de mes propos ! Cela a au moins le mérite d’appuyer votre propos selon lequel « ma » pédagogie était lacunaire ce jour-là… Là où mon objectif didactique était de "voyager" entre différents points de vue pour percevoir la complexité d'un phénomène, vous m'attribuez une thèse simpliste, et j'en suis fort triste.

Je conclurais avec vous sur votre dernier paragraphe.

« Mais qu’on ne se méprenne pas sur ce texte. Je ne veux pas remettre en cause l’intervention du conférencier, encore moins l’utilité d’une telle initiative ». Sur ce point, je pense que vous n’assumez pas vos propos, et êtes en contradiction performative par ailleurs.
Quel dommage pour quelqu’un qui déplore un manque d’interactivité d’écrire son petit texte dans son coin, sans prendre la peine d’en discuter… Comme cela doit être frustrant de n'avoir pu vous exprimer en face à face lorsque vous en avez eu l'occasion. En effet, pour vos lecteurs, il aurait été honnête de rappeler que si le moment d'échange avec le public a été bien trop court proportionnellement, il y en a bel et bien eu un. Sans compter que j'ai d'emblée invité les personnes à m'interrompre s'ils souhaitaient réagir - droit qui a d'ailleurs été exercé par "plusieurs" participants. Je suis resté peu après la conférence avec les derniers participants, continuant la discussion. Je suis joignable par de multiples canaux dont vous avez connaissance. Bref, à ce moment-là ou plus tard, les opportunités de m'interpeller et de susciter l'échange n'ont pas manqué. Pourquoi ne pas m'avoir simplement interpellé ? Pourquoi ne pas avoir partagé votre opinion, en public ou en privé ?

« Dans la salle, la demande est bien réelle, les questions existent, l’intérêt est palpable ». Oui. Et j’ajouterais que tous les participants ne disposent pas de la même culture médiatique que le journaliste que vous êtes. Vous faites partie des spécialistes du sujet.

« Malheureusement ce moment d’éducation aux médias ressemble trop aux médias eux-mêmes. […] Julien Lecomte est manifestement à la fois le sujet et l’objet de ce qu’il étudie. Il est le fabriquant et le produit. Il est dedans et dehors. De sorte que la frontière entre l’acteur et l’observateur est devenue aussi indiscernable que celle entre le réel et le virtuel. Je reviens de cette conférence avec le sentiment que cette frontière est inopérante, obsolète. Nos vies et nos réseaux sociaux, réels et virtuels, sont un et un seul, de chair et d’os, avec ou sans écran ou interface ».

Amusant. C’est la seule thèse que vous avancez véritablement (le reste de l’article n’étant qu’une déconstruction pure et simple du contenu et du format de la conférence, mise à part la question de l’interactivité lacunaire du dispositif).
A sa lecture, je me demande quel était l’objectif de votre article. Si c’était de tenir ce propos, je pense que vous auriez pu vous dispenser de la charge qui précède. C’est une thèse qui mérite d’être étayée, discutée, enrichie. J’ai déjà lu des articles à ce sujet, d’ailleurs (cf. http://www.philomedia.be/stephane-vial-il-ny-a-pas-de-difference-entre-le-reel-et-le-virtuel/ - http://www.fadben.asso.fr/Sur-la-reflexivite-dans-les.html - http://www.philomedia.be/questions-philosophiques-d-education-aux-medias/ ). De fait, c'est une thèse à propos de laquelle j'ai écrit un peu plus que quelques envolées lyriques à la fin d'une chronique qui se veut culturelle.
Impressionnant, non ? Finalement, j’ai l’impression que peu de choses que vous semblez identifier comme des désaccords entre nous subsistent à la discussion. Nous nous rejoignons sur un certain nombre de points, mais encore aurait-il fallu prendre le temps d'en prendre conscience.
Par contre, je ne peux vous rejoindre quant au format de votre article. Non seulement il m’apparait comme peu informatif pour votre audience (qu’y apprend-on, à part que vous n’avez pas pris votre pied lors d’une conférence ?), mais en plus vous y reproduisez tout un ensemble de critiques que vous m’adressez (thèses non étayées ou non référencées, inexactitudes, interaction inexistante…).

Je ne dirais donc pas comme vous que je ne remets pas en cause votre intervention (votre texte), et encore moins l’utilité d’une telle initiative.
Franchement, je n’en perçois pas l’utilité. Elle m’a blessé.
Si elle était supposée me faire grandir, vous auriez pu me l’adresser directement.
Si elle était supposée étayer une thèse intéressante, vous auriez pu les argumenter positivement. Nul besoin de déconstruire ce que vous percevez du travail d'autrui pour ce faire (sur base d'une prestation "grand public" de 2h), ni de vous infliger des conférences si vous n'aimez pas ça.

Bref, cette mise au point n’était peut-être qu’une catharsis de ma part. J’aurais largement préféré en parler avec vous, plutôt que de lire un article à charge me concernant sans source ni droit de réponse. A ce sujet, la porte est toujours ouverte, si vous le souhaitez. Il y a un formulaire de contact sur philomedia.be. Je vous avais donné ma carte de visite lors de notre rencontre. Si vous avez des remarques constructives à propos desquelles vous souhaitez échanger, n’hésitez pas. Il suffisait de demander.
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Rétrospective PhiloMedia 2015

Puisque le temps est aux rétrospectives... Petit topo des articles publiés en 2015 sur http://www.philomedia.be 

 

Les guerres sont-elles justifiées/légitimes d'un point de vue philosophique ? http://www.philomedia.be/guerres-et-philosophie


Quels liens entre l'amour et la philosophie ? http://www.philomedia.be/amour-et-philosophie


De ces deux articles, une éthique "minimaliste" à deux facettes : la non-nuisance et l'attention ("to care")


Deux chroniques "courtes" : la pub sur le web et les "nouveaux" écrans http://www.philomedia.be/a-chacun-ses-ecrans - http://www.philomedia.be/economie-du-web-cachez-cette-pub-que-je-ne-saurais-voir


Approche socioéducative des usages et enjeux des TIC http://www.philomedia.be/approche-socioeducative-des-usages-et-enjeux-des-tic

 

Dossier "Des critères de validité en sciences humaines et sociales"

Introduction - http://www.philomedia.be/des-criteres-de-validite-en-sciences-humaines-et-sociales-introduction/

Délimitations du sujet - http://www.philomedia.be/validite-en-sciences-humaines-et-sociales-un-sujet-delimite-et-observable/

Méthodes de collecte - http://www.philomedia.be/des-methodes-de-collecte-en-sciences-humaines-et-sociales/

Traitement - http://www.philomedia.be/validite-en-sciences-humaines-et-sociales-un-traitement-en-contextes-et-reflexif/

Biblio - http://www.philomedia.be/validite-en-sciences-humaines-et-sociales-bibliographie-selective/

 

Refonte de mon cours "Philosophie et éthique de la communication" > Enjeux épistémologiques et éthiques des médias et de l'éducation aux médias http://www.philomedia.be/enjeux-epistemologiques-et-ethiques-des-medias-et-de-leducation-aux-medias/

Lutter contre la haine de l'autre http://www.philomedia.be/lutter-contre-la-haine-de-lautre/

 

Analyse des chaines Youtube les plus populaires en France http://www.philomedia.be/analyse-des-chaines-youtube-les-plus-populaires-en-france/

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Ces derniers jours, j'ai vu pas mal de #bullshit sur mon fil d'actualités.

Ces derniers jours, j'ai vu pas mal de #bullshit sur mon fil d'actualités.

Je crois que l'indignation et la dénonciation ne suffisent pas face au racisme sous ses formes multiples et à la haine.

Je pense qu'il y a un travail de fond à faire pour que les gens discutent plutôt que d'apposer leurs opinions sans jamais se rencontrer, et que c'est aux modérés à montrer l'exemple.

Je suis plus dur avec ceux avec qui je suis d'accord, parce que sur le coup j'ai envie qu'ils aient raison des haines et des violences. On ne veut voir s'améliorer que ceux que l'on veut voir gagner.

C'est aux modérés à apprendre aux autres que l'on peut dire que l'on ressent de l'injustice. Dans une démocratie, on peut dire que l'on n'a pas confiance dans un système qui semble inéquitable et qui soumet à l'austérité. On peut témoigner également d'une peur face à des groupuscules guerriers, face à des actes barbares et sanguinaires, face à la violence en tant que telle. Mais aucune forme de haine qui pourrait en découler ne peut être tolérée.
En plus, bien sûr, la plupart des propos haineux ou racistes sont logiquement faux ( http://www.philomedia.be/la-logique-face-aux-mauvais-arguments/ ).

C'est aussi selon moi en faisant la part des choses que l'on peut peut-être parvenir à faire nuancer les propos de ceux qui expriment à mon avis avant tout des préoccupations personnelles.

Il y a donc évidemment un travail d'argumentation, de présentation des faits et de déconstruction des idées fausses (deux ressources utiles actuellement, parmi d'autres : http://unodieuxconnard.com/2014/01/02/commencer-lannee-du-bon-pied-au-cul/ - http://www.amnesty.be/doc/agir-2099/nos-campagnes/migrants-et-refugies/asile-et-migration-en-europe/s-o-s-europe/article/10-prejuges-sur-les-migrants-et ), mais il ne faut pas se perdre non plus dans le jeu des querelles sémantiques, là où les extrémistes et radicaux de tous poils jouent très bien le jeu de la langue de bois.
C'est donc aussi un travail d'écoute et de "traduction" de ce qui est intolérable, de "compréhension" du ressenti de l'autre, au-delà des propos inacceptables. Le travail est sur les deux plans, car je pense que si on ne leur donne pas l'impression d'être entendus, ils continueront à vomir leur haine.

Arrêtons de donner aux racistes l'opportunité de se présenter en victimes. On clarifie aussi la liberté d'expression si on arrive à leur montrer qu'il est autorisé d'extérioriser et de communiquer leurs émotions, leurs sentiments ou opinions politiques, et que ce qui est interdit et/ou faux, ce sont les amalgames, la haine et la violence. Cela fait partie du travail.

Par ailleurs, c'est un travail éducatif de fond qui semble nécessaire. J'ai vu des gens partager des trucs faux de Fdesouche.fr ou de Lesobservateurs.ch sous prétexte que "les médias nous manipulent". Quelle ironie.

Il y a deux semaines, j'étais impliqué contre mon gré dans des querelles entre athées intégristes et religieux intégristes. J'ai bien sûr vu passer d'autres querelles sur le conflit israélo palestinien, voire sur des questions de genres. L'impression d'être prisonnier devant des dialogues de sourds. Une non-entente parfaite, totale. Des lectures dogmatiques purement identitaires de la réalité. Bien sûr, il y avait aussi des intervenants qui adoptaient un comportement plus humble, nuancé, faisant droit à la complexité des choses, à la réalité, et à une manière de communiquer constructive et respectueuse. Trop peu nombreux ?

En début d'année, j'écrivais "Guerre(s) et philosophie" ( http://www.philomedia.be/guerres-et-philosophie/ ). Il y a deux ans, j'écrivais "Pour une éthique de la discussion" ( http://www.philomedia.be/pour-une-ethique-de-la-discussion/ ). Depuis des années, je cherche à outiller les gens pour distinguer le vrai du faux (épistémologie, critique des médias, activités d'éducation aux médias). Tout cela est à la croisée de ces chemins. Et il y a encore un boulot colossal à réaliser.

Je n'abandonnerai pas, et à la fois je me sens dépassé par le flot de merdes que j'ai pu lire ou entendre récemment...

Julien Lecomte's insight:

Sur des questions similaires :

- http://www.philomedia.be/ideologies-communautarismes-et-arrogance/

- http://www.philomedia.be/faut-il-censurer-les-propos-racistes/

- http://www.philomedia.be/la-problematique-de-l-identite/

- http://www.philomedia.be/category/verite-et-epistemologie/

- http://www.philomedia.be/les-polemistes-sont-ils-responsables-de-leurs-propos/

- http://www.mediaculture.fr/2011/06/10/pourquoi-linfo-politique-grand-public-est-elle-si-pauvre/

- http://www.philomedia.be/enjeux-epistemologiques-et-ethiques-des-medias-et-de-leducation-aux-medias/

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Mon désarroi par rapport à une prof qui parle de "Charlie" à ses élèves

Cet article fait suite à la lecture de ce témoignage d'une enseignante, que l'on a pu lire dans la presse : http://www.lepoint.fr/societe/le-desarroi-d-une-prof-qui-parle-de-charlie-a-ses-eleves-09-01-2015-1895173_23.php

 

Mon propos ici est d'analyser ce témoignage, et d'ouvrir la réflexion sur des pistes éducatives pour aborder ce sujet.

 

A la lecture de cet article, j'ai été choqué (comme l'enseignante a pu être choquée par ce à quoi elle a été confrontée). A chaud, je me suis dit que cette prof a raté l'occasion de faire véritablement son métier, ce jour-là.
Mon ami Cyrille Frank m'a fait remarquer que mes propos étaient durs, démesurés sans doute. En effet, et je le rejoins, une enseignante ne peut régler à elle seule les tensions auxquelles elle a été confrontée. Ce problème la dépasse à plusieurs niveaux, et il ne faut pas chercher bien loin pour constater que certains individus subissent un puissant endoctrinement.
L'émotion est encore grande par ailleurs. Ces attentats et meurtres ont eu l'effet d'une gifle pour les citoyens, de toutes cultures. Il serait malvenu de la fustiger parce qu'elle n'a pas eu une réaction "à froid". Ce serait inhumain de demander aux profs de ne pas avoir de réaction émotionnelle, quand le reste de la population partage un deuil...
De plus, elle n'avait pas l'air de s'attendre à la réaction de certains jeunes. Elle a été prise de court, elle n'y était pas préparée et a donc fait ce qu'elle a pu. Elle dit à deux reprises avoir été choquée, ce qui est tout à fait compréhensible.


Les professeurs n'ont pas la mission la plus facile qui soit, et beaucoup d'attentes reposent sur eux, pour une reconnaissance relativement faible par rapport à leur travail... L'article que j'ai choisi de traiter ici n'est d'ailleurs pas le seul témoignage d'un enseignant qui a rencontré des difficultés lorsqu'il a abordé le sujet de Charlie Hebdo.

 

Pour ces raisons et d'autres encore, je ne prétends pas que j'aurais mieux géré la situation que cette prof, et tiens à souligner que pour être cohérent, il est justement sain que l'émotion de la prof dont il est question ici puisse être exprimée et entendue, et que l'on puisse retrouver une démarche constructive qui ne nie pas cette facette de la réalité.

Je ne suis d'accord ni avec ce qu'elle a dit, ni avec sa manière de le dire. Pourtant, je peux essayer d'entendre son émotion (la reconnaître, être empathique avec elle, comprendre son ressenti) et, plutôt que de vouloir la faire taire parce que ses propos m'ont choqué, je peux ouvrir le dialogue avec elle.

 

Ceci étant dit, et justement parce que je suis de ceux qui pensent que l'enseignement est un pilier fondamental de la civilisation, je reste vraiment perplexe par rapport à la réaction de cette enseignante.


Voici pourquoi.

D'abord, elle mentionne qu'un élève lui demande "Pourquoi respecter une minute de silence pour des gens que je ne connaissais pas ?", qu'elle a "trouvé cette réaction violente" et que "ses camarades ont été choqués également".
Sa réaction ? Lui rappeler "l'évidence", tenter de manipuler l'assemblée et jouer sur le conformisme ("plomber l'ambiance") : "il fallait éviter que d'autres s'amusent à jouer les caïds pour épater la galerie pendant ce moment de recueillement".
Derrière ce qu'elle interprète comme un comportement de caïd, il y a une vraie question de fond. Ne pas prendre ses élèves aux sérieux, première erreur didactique.
Peut-être voulait-il jouer le caïd, mais en lui donnant comme seule réponse de se taire par rapport à une question qui n'est absolument pas évidente, elle nie les valeurs qu'elle prétend honorer. Que dire des musulmans décimés dans le conflit israélo-palestinien, des morts en Irak, en Syrie, en Afghanistan... De ces humains tués par milliers, pour qui on ne fait pas de minute de silence ? A ce sujet, lire notamment : http://blogs.mediapart.fr/blog/mathiasdelori/080115/ces-morts-que-nous-n-allons-pas-pleurer

L'enseignante continue ensuite : "Durant la minute de silence, dans les autres classes, il y a eu plusieurs expulsions d'élèves, les uns parlaient, disaient des choses affreuses, les autres rigolaient. Un petit de 6e de confession musulmane a carrément refusé de respecter la minute de silence. Tous ces élèves un peu "retors" ont été envoyés chez le principal de l'établissement et chez l'infirmière scolaire pour entendre un discours différent de celui qu'ils entendent sans doute chez eux".
Visiblement, elle est loin d'être la seule à être dans le désarroi. Cependant le vocabulaire utilisé est symptomatique : "disaient des choses affreuses" "carrément refusé" "ces élèves un peu "retors" " ! Ces mots sont forts. On la sent estomaquée, comme frappée au ventre.

Dans la suite de son récit, elle mentionne une autre jeune, qui lui dit "Madame, on ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète, c'est normal qu'on se venge. C'est plus qu'une moquerie, c'est une insulte !"
Il y a deux choses dans cette phrase, que la prof ne semble manifestement pas distinguer.
D'une part, il y a caution de l'acte commis. Ce n'est pas acceptable. Non, ce n'est pas normal que l'on se venge, que l'on veuille faire taire ceux qui nous choquent (...).
Mais d'autre part, il y a aussi la blessure, et l'émotion qui résulte des caricatures. La même émotion ressentie par cette enseignante par rapport à des enfants qui refusent de faire une minute de silence ou qui en questionnent le sens.
Elle dit : "j'étais choquée, j'ai tenté de rebondir sur le principe de liberté et de liberté d'expression". C'est paradoxal. Au nom du principe de liberté d'expression, ces jeunes n'auraient pas le droit d'exprimer leur perplexité, leur colère ? De quelle liberté d'expression est-il question ? Y aurait-il en France une liberté d'expression à deux vitesses, qui fait que le choc et les émotions désagréables imposés à certains sont plus légitimes que d'autres ?

Ce n'est pas de liberté d'expression dont il est question lorsqu'il s'agit de condamner des actes criminels, mais de principes avec lesquels une grande partie de musulmans se dit d'accord (cf. entre autres Hassen Chalghoumi ( http://www.bfmtv.com/societe/la-communaute-musulmane-condamne-l-attentat-contre-charlie-hebdo-856227.html ), Tareq Oubrou ( http://www.sudouest.fr/2015/01/09/en-video-le-preche-sans-concession-de-tareq-oubrou-a-la-mosquee-de-bordeaux-1791654-2780.php ), Mohamed Ramousi ( http://www.lalibre.be/actu/international/apres-l-attentat-contre-charlie-hebdo-il-est-urgent-d-etre-lucides-54ad878c3570d587e32a2005 ), Muhammad Tahir-ul-Qadri ( http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/03/02/un-erudit-musulman-publie-une-fatwa-contre-le-terrorisme_1313557_3214.html ) ou encore Tariq Ramadan ( https://www.facebook.com/official.tariqramadan/posts/1010354452312184 ). A cela s'ajoutent des communiqués signés par des collectifs d'associations ( http://mrax.be/wp/charlie-hebdo-un-collectif-dassociations-reagit/ ) et autres messages publics ( http://www.europe1.fr/societe/musulmans-de-france-entre-peur-et-condamnation-2340445 )). Il est donc possible de se baser AUSSI sur l'islam, une certaine lecture ou une certaine pratique de celui-ci, pour condamner les crimes commis, les meurtres.
Par contre, il est bel et bien question de liberté d'expression lorsque des individus expriment un désaccord, choquent.
Il est facile de parler de liberté d'expression lorsque l'on a l'impression que tout le monde est d'accord, lorsqu'il y a un unanimisme écrasant tout sur son passage, tel un rouleau compresseur. Un défi d'une société qui prétend à la liberté réside dans l'organisation équitable du débat pluraliste et de la critique. Il faut accepter que l'on puisse condamner les crimes commis tout en étant choqué et/ou en désaccord par rapport aux caricatures (cf. à ce sujet : http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/09/charlie-hebdo-force-incroyable-complexe-dessin-256987 - http://www.slate.fr/story/96619/etats-unis-attentat-charlie-hebdo-debat-blaspheme - http://liberationdephilo.blogs.liberation.fr/mon-blog/2015/01/que-reste-t-il-de-la-libert%C3%A9-doffenser-.html )

 

Continuons. Selon la prof, "leur professeur de français avait eu l'intelligence de leur montrer les unes de Charlie pour leur montrer que l'islam n'était pas la seule religion à être moquée. Mais ils réagissent avec ce qu'ils ont entendu à la maison". Selon moi, cela fait partie de l'approche pédagogique. En effet, face au possible sentiment d'être stigmatisé - une fois encore - par cette France que les citoyens "pure souche" honorent (ce qui est paradoxal, quand on connait un peu Charlie Hebdo et ses "cibles" favorites), envoyer le message que l'on ne veut pas faire d'amalgame. Je pense qu'il est nécessaire également d'aller plus loin, ce que font probablement de nombreux professeurs (y compris ce professeur de français).

Dans la fin de cet article, je sens comme du découragement de la part de l'enseignante, ainsi que de la peur, ce qui peut se comprendre. Elle écrit : ""Mais ils réagissent avec ce qu'ils ont entendu à la maison [...] Les communautarismes ont resurgi d'un coup".

Le message, cependant, est terriblement connoté. Cette prof nous met face à ce qui est pour elle une fatalité. Au fond, "on a tout essayé" (en une heure de cours), on a tenté de leur inculquer les "bonnes valeurs républicaines", mais ils n'ont rien compris.
Ces jeunes sont irrécupérables. "Nous ne pouvons rien faire, face à leur famille, leurs parents qui leur mettent des trucs pas catholiques (...) en tête".
Ne s'est-elle pas interrogée sur le fait que ces jeunes allaient se reconnaitre dans cet article ? Eux, ces "hors-système" avec lesquels la France a tout essayé mais qui ne veulent désespérément rien comprendre et s'intégrer ?

"Je venais de voir quelques-unes de mes élèves de confession musulmane debout, la tête baissée, presque gênées, pour elles, pour leurs familles, ça doit être dur de voir certains faire l'amalgame". La voilà la bonne attitude de personne musulmane : celle qui s'excuse pour des crimes qu'elle n'a pas commis. Celle qui baisse bien la tête, et qui ferme bien sa gueule... Est-ce cela le message à envoyer ? Je ne crois pas.

 

Le message envoyé par son attitude, c'est que la valeur de respect des uns est plus légitime que celle des autres ; que l'émotion des uns (la colère, la tristesse, la peur) est plus légitime que celle des autres ; que l'expression des uns (la minute de silence) est plus importante que celle des autres.
Ce n'est pas le message de la liberté d'expression.
Ce n'est pas le discours défendu par Charlie Hebdo, qui se bat(tait) contre les dogmes, la parole unique. Toute proportion gardée (j'insiste), faire taire des gens à l'opinion dissidente, c'est ce que font justement les terroristes.


Toutes ces raisons font que pour moi, l'attitude de cette prof - et le fait qu'elle en fasse le récit dans la presse ! - envoie plusieurs messages dommageables aux jeunes ET sont incohérents avec les valeurs dont elle se revendique !

Je pense par ailleurs qu'il y a un symptôme inquiétant dans le fait que certains professeurs ne se rendent compte de ce qui se vit dans leurs classes que suite à ces attentats. Cette école bien-pensante et choquée n'aurait peut-être pas du attendre des attentats pour parler d'interculturalité et de vivre ensemble ? A quoi sert-il de former des intellectuels si demain, ils passent leur temps à se taper dessus ?

 

Alors, qu'aurait pu faire l'enseignante ?

 

- Pour moi, il est déjà intéressant d'interroger le caractère "obligatoire" d'une minute de silence. Si nous devions faire une minute de silence pour toutes les morts injustes et absurdes dues à la guerre, nous n'ouvririons probablement plus jamais la bouche, malheureusement. Il était possible de répondre à un jeune qu'il était libre de ne pas faire silence, pour peu qu'il ne perturbe pas la minute de silence de ses semblables qui ont envie de la faire (en allant ailleurs par exemple, dans une salle d'étude surveillée si c'est possible...). La minute de silence aurait pu concerner "tous ceux qui sont morts suite à l'absurdité d'une guerre, d'un meurtre ou d'un attentat, dans quel que pays ou quelle que culture que ce soit". Libre à chacun d'honorer ceux qu'il souhaite, tant qu'il respecte la pratique des autres.
Il s'agit là seulement de pistes parmi d'autres.

 

- Lorsqu'une question est posée, ou qu'une remarque est faite par un élève, il y a une opportunité d'apprendre des choses. De faire son métier de prof.
Je suis déjà sorti exténué d'un débat que j'avais lancé sur des questions de racisme et de xénophobie dans une classe d'étudiants qui correspond à celle décrite par l'enseignante (en termes de mixité et de contexte social). Je suis conscient que ce n'est pas facile à gérer. Je sais cependant que j'ai pu assurer un cours sur la shoah et le conflit israélo palestinien et bénéficier d'une participation constructive des élèves ensuite. Durant ce débat, je n'ai parlé que pour cadrer le débat (et il le fallait, c'était un terrain glissant, je ne le nie pas) : les élèves ont parlé de leurs réalités, je ne suis pas venu avec mes gros sabots leur imposer la mienne. Après, nous avons pu construire. 

 

- Accepter que l'on puisse choquer, sortir de l'unanimisme ET écouter (cf. tous ces moments plein de "bons sentiments" et d'"unité nationale" qui ont débouché sur plus de stigmatisation : http://www.arretsurimages.net/articles/2015-01-08/Je-ne-suis-pas-Charlie-Et-croyez-moi-je-suis-aussi-triste-que-vous-id7366 ).
On ne condamne pas des valeurs ou des émotions. Il est possible de les entendre, d'y faire droit.
Le problème est infiniment complexe : n'a-t-on pas le droit d'être choqué lorsque l'on a l'impression que la France soutient Israël ? Qu'est-ce qui fait que nous ne connaissons pas le nombre de civils morts en Afghanistan, en Irak, en Syrie... Et que les médias Occidentaux n'en parlent pas dans la presse ? N'est-il pas légitime d'être en colère quand l'immigration est un des sujets les plus traités par la presse en France, à travers les voix de Zemmour, Le Pen ou encore Houellebecq récemment ?
Comme pour le raciste qui a eu une mauvaise expérience avec une personne d'origine étrangère et qui fait l'amalgame, plusieurs jeunes dont il est question ont peut-être été brimés, injustement traités ou violentés par des gens ou un système.
Il n'est aucunement question de justifier la violence qui en résulte, mais de faire la part des choses : ce qui est condamné - avec fermeté -, ce sont les actes criminels, les propos haineux, la violence. Pas le vécu, le ressenti, leur expérience (cf. ma réflexion sur la sémantique et la pragmatique : http://www.philomedia.be/les-polemistes-sont-ils-responsables-de-leurs-propos/ ).

 

- Condamner avec eux, et non contre eux. Être partenaires dans la construction (cf. http://www.philomedia.be/pour-une-ethique-de-la-discussion/ versus http://www.philomedia.be/la-discussion-c-est-la-guerre/ ). Organiser le dialogue constructif et pluraliste, qui peut permettre aux jeunes d'apprécier et de s'approprier les valeurs dont il rend compte.
Il y a des problématiques sur lesquelles le monde musulman gagnerait sans doute à se pencher : le fait qu'il y ait des passages interprétés de facto comme un appel au jihad dans le Coran, le fait qu'il n'y ait pas d'autorité religieuse centralisée avec suffisamment de légitimité pour assumer le fait que le Coran soit lu et interprété différemment par les hommes et que certaines lectures devraient prévaloir, etc. (Lire Abdennour Bidar - Lettre ouverte au monde musulman http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html et une réponse aux thèses de A. Bidar par Adel Taamalli, qui est également dans un questionnement mais de l'ordre de la conciliation plutôt que de la réforme http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-1-4.html - http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-4-4.html ).
A ce titre, je pense qu'il est contre-productif de leur imposer une réflexion de l'extérieur (tout comme il me semble carrément inadéquat de leur imposer de s'excuser). Cette réflexion me semble d'autant plus belle et constructive qu'elle est portée par des musulmans (tout comme le mouvement #NotInMyName, ainsi que dans la vague d'expression de nombreux musulmans face aux crimes commis - cf. http://www.scoop.it/t/varia-philomedia/p/4035082933/2015/01/12/il-m-a-fallu-un-peu-de-temps-avant-d-ecrire-charliehebdo ).
Bien sûr, il y a aussi une propagande nauséabonde (armée de théories du complot, appelant à la haine et à la violence) qui vise à recruter des jeunes et à en faire de la chair à canon... Celle-ci doit être déconstruite, par un travail de fond (à ce sujet, http://www.philomedia.be/faut-il-censurer-les-propos-racistes/ ).
Cependant, pour qu'un enseignant arrive à cette réflexion, il doit déjà connaître un minimum l'islam, et le contexte dans lequel baignent les croyants. Balayer d'un revers de la main le sentiment que le prophète est insulté par des caricatures, c'est une erreur.
Par contre, les réactions de différents musulmans ont montré que l'on pouvait aussi condamner les actes terroristes à partir même de l'islam. Il y a des points d'accord : "tuer un homme revient à tuer l'humanité", "le jugement n'appartient qu'à Allah" (même si un musulman peut dire à un égaré qu'il le trouve égaré, le conseiller, le guider, ce n'est pas à lui de le punir). Le prophète n'a pas besoin d'être "vengé".

 

Dans la mesure où il est possible de concilier religion et droits de l'homme, justement par le respect du pluralisme intrinsèque à la liberté d'expression, c'est cette piste qui me semble la plus riche.

Au niveau rhétorique, je crois aussi que le fait d'aborder un problème d'une telle ampleur de front n'est pas la meilleure stratégie, du moins pas la seule. Dès le plus jeune âge, des œuvres ou encore l'Histoire nous permettent de dresser des parallélismes et de construire une réflexion critique partagée. Roméo et Juliette, ou encore "Les Rivaux de Painful Gulch" (Lucky Luke !) sont des exemples de supports de discussion (parmi tant d'autres) par rapport à deux familles qui se détestent depuis des générations, au point d'en avoir oublié pourquoi, par exemple. Ils permettent de mettre à distance l'émotionnel, du moins dans un premier temps.
Je crois que l'esprit critique véritable est capable d'une autocritique. Fustiger les autres, c'est facile, mais assumer sa part, ce n'est pas évident. C'est la paille et la poutre. Exercer son jugement moral, y compris envers soi-même, cela s'apprend, se travaille, s'entraine (cf. Hannah Arendt : http://www.philomedia.be/lexique-auteurs-concepts-philo/#_Arendt ).

 

- "L’idéologie n’est jamais assumée en première personne : c’est toujours l’idéologie de quelqu’un d’autre", écrivait Ricoeur à ce sujet. Cela me mène à mon dernier point : je pense que l'identité collective est une chose à aborder en classe, de manière intelligente. Ce processus qui crée un "nous" et un "eux". Celui qui fait dire que vous êtes "avec nous" (dites-le que "vous êtes Charlie") ou "contre nous". Il importe d'être conscient de ses propres prises de position, et si l'on veut dénoncer les dogmatismes, de sortir soi-même des dogmes (lire par ex. http://www.philomedia.be/bien-pensants-la-tolerance-l-esprit-critique-et-le-dogme-du-libre-examen-et-de-la-raison/ ).

L'unité n'est pas un mal en soi. Elle est parfois le résultat de sentiments louables, et peut se manifester de manière pacifique.
Je ne peux que saluer encore une fois les démarches silencieuses et pacifiques qui ont eu lieu en réponse aux drames meurtriers. C'est un beau témoignage, qui envoie un message fort : nous ne répondons pas aux armes par les armes (et pourvu que cela dure !).
Ce que j'espère, comme d'autres (cf. http://www.arretsurimages.net/articles/2015-01-08/Je-ne-suis-pas-Charlie-Et-croyez-moi-je-suis-aussi-triste-que-vous-id7366 par exemple, déjà cité), c'est que cet unanimisme ne se transforme pas dans une attitude grégaire que l'on gagnerait par ailleurs à dénoncer dans ce contexte. La compréhension des processus à l’œuvre dans la création d'étiquette est fondamentale en éducation (d'ailleurs, pour éviter de qualifier un élève de "retors", de lui assigner indirectement une étiquette de "cas désespéré") ou pour comprendre la société.
A ce sujet, cf. notamment :
- http://www.philomedia.be/la-problematique-de-l-identite/
- http://www.philomedia.be/l-identite-selon-brubaker/
- http://www.philomedia.be/communautarismes-le-cas-belge/
- http://www.philomedia.be/reserves-a-parler-de-la-societe/
- http://www.philomedia.be/serge-paugam-la-disqualification-sociale/
- http://www.philomedia.be/quelques-regards-sur-l-exclusion-sociale/
- http://www.philomedia.be/ideologies-communautarismes-et-arrogance/

Pour conclure, je dirais que s'il est question de "défendre" "nos" "libertés", il importe d'être bien au clair sur ce que ces termes représentent. De quel "nous" est-il question ? Défendre, à quel prix, par quels moyens ? S'agit-il d'écraser les dissidents ? Quelles sont les limites de la liberté d'expression ? Comment être cohérent ?
La liberté d'expression entendue comme liberté de s'exprimer dans la mesure de l'offense (en reconnaissant le caractère poreux de cette frontière), excluant de ce fait les appels à la haine et les actes violents, est d'autant plus riche si elle se nourrit et si elle s'appuie de la diversité des opinions, du pluralisme et de la différence.
(Sur la liberté d'expression, des dossiers pédagogiques et articles existent, cf. notamment : http://www.amnestyinternational.be/doc/militer/militer-pres-de-chez-vous/les-groupes-ecoles/l-espace-enseignants/article/dossier-pedagogique-2011 - http://www.justice-en-ligne.be/article522.html )
Un système libre autorise sa critique. C'est la raison pour laquelle un enfant qui exprime son désaccord par rapport à une minute de silence n'est pas fouetté publiquement - et ne doit pas l'être ! -, comme il le serait dans d'autres systèmes pour une telle "infraction". C'est la raison pour laquelle je relaie des opinions avec lesquelles je suis en désaccord, et que je tâche d'y répondre avec les mots. C'est cette liberté d'expression là, qui bénéficie à celui qui n'est pas d'accord et qui s'insurge ou à celui avec qui personne n'est d'accord et contre qui tout le monde s'insurge, que j'aurais invoquée pour "remettre le cadre", et pas celle qui bénéficie à ces autres qui sont bien dans les rangs... C'est parce que cette morale protège l'expression des minorités qu'elle se veut universaliste...

Julien Lecomte's insight:

Lire aussi mon article : http://www.scoop.it/t/varia-philomedia/p/4035082933/2015/01/12/il-m-a-fallu-un-peu-de-temps-avant-d-ecrire-charliehebdo

 

Edit 23/01/2015 : quelques extraits intéressants dans cet article d'une enseignante qui a pris le temps d'expliquer et d'écouter : http://www.chouyosworld.com/2015/01/14/mes-eleves-un-drame-et-des-mots/
"Les propos de certains de mes élèves, rares pour les provocateurs, plus nombreux pour les « testeurs », paraissent outranciers ? Écoutons-les. Que nous disent-ils d’eux, de notre société, de nous ? Ces élèves tâtonnent. Questionnent. Répètent. Provoquent. Essaient d’interpréter à partir des seuls cadres de pensée dont ils disposent. Ce sont des adolescents qui sont en train de se former. A les contrer en ridiculisant leurs vues que nous jugeons étriquées, passéistes et dangereuses, nous perdrons à chaque fois"

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Julien Lecomte's curator insight, January 12, 2015 7:09 AM

Lire aussi mon article : http://www.scoop.it/t/varia-philomedia/p/4035082933/2015/01/12/il-m-a-fallu-un-peu-de-temps-avant-d-ecrire-charliehebdo

 

Edit 23/01/2015 : quelques extraits intéressants dans cet article d'une enseignante qui a pris le temps d'expliquer et d'écouter : http://www.chouyosworld.com/2015/01/14/mes-eleves-un-drame-et-des-mots/
"Les propos de certains de mes élèves, rares pour les provocateurs, plus nombreux pour les « testeurs », paraissent outranciers ? Écoutons-les. Que nous disent-ils d’eux, de notre société, de nous ? Ces élèves tâtonnent. Questionnent. Répètent. Provoquent. Essaient d’interpréter à partir des seuls cadres de pensée dont ils disposent. Ce sont des adolescents qui sont en train de se former. A les contrer en ridiculisant leurs vues que nous jugeons étriquées, passéistes et dangereuses, nous perdrons à chaque fois"

Edit 10/2015 : http://www.philomedia.be/lutter-contre-la-haine-de-lautre/

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Canal et compagnie : 13 novembre 2014

Canal et compagnie : 13 novembre 2014 | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

En deuxième partie d'émission, Julien Lecomte, chargé de communication et formateur à l’Université de paix, fait le point sur l’impact des nouveaux médias sur notre comportement.

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La télé abrutit-elle les masses ? Mon interview dans le Télépro

La télé abrutit-elle les masses ? Mon interview dans le Télépro | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

A l'occasion des 60 ans du Telepro ( n°3163 - 16 octobre 2014 : http://www.telepro.be/011032-5-Sommaire-du-magazine.html ), le journaliste Rodolphe Masuy m'a interviewé dans le cadre du dossier "La télévision peut-elle rendre intelligent ?"

Julien Lecomte's insight:

Dans cet entretien, j'ai évoqué des pistes de nuance quant à l'idée que la télévision en tant que telle rendrait intelligent ou idiot (sans m'attarder sur le fait qu'il faudrait d'abord définir ce que l'on entend par ces termes).

 

La télévision PEUT être un vecteur de culture, d'émancipation et de socialisation. Il y a un rôle de démocratisation de la culture pour les chaines de télévision (c'est d'ailleurs une mission de service public), d'autant plus dans la mesure où 10 % de la population belge est analphabète, tout comme elles peuvent contribuer à endormir la réflexion et véhiculer une pensée simpliste.

 

Si l'on s'attarde sur les émissions de vulgarisation (celles qui ont pour vocation explicite de "cultiver" ou d'informer le téléspectateur), il importe que cette mise à disposition du savoir ne dénature pas le contenu. C'est la tension entre le fond et la forme, le format. C'est en réalité l'affaire de toute communication, que ce soit dans un livre, dans un article de journal ou dans une vidéo.

 

Il y a aussi différentes manières de regarder la télévision. Pour moi, il est possible d'apprendre à partir de tout, dès le moment où l'on revêt une attitude d'observation critique, curieuse (à la différence d'une posture de mépris par exemple).

 

Par ailleurs, la télévision ne se limite pas à l'information et la culture, qui semblent parfois "survalorisées" dans les discours. Pourquoi dénigrer le plaisir, le divertissement et la socialisation ?

 

Les contraintes de format étant ce qu'elles sont, l'article reprend quelques pistes de réflexion que j'ai esquissées parmi d'autres quant à ce débat, sans toutefois épuiser le sujet...

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Sur la réflexivité dans les pratiques d’éducation aux médias et à l’information (Mediadoc 12)

Sur la réflexivité dans les pratiques d’éducation aux médias et à l’information (Mediadoc 12) | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Cet article propose une approche phi­lo­so­phique de la réflexivité dans les pra­tiques d’éducation aux médias et à l’information (EMI). Tout d’abord, il sou­ligne les enjeux d’une relation réflexive en éducation, face au risque de for­mater l’apprentissage, en trans­mettant ou en figeant une lecture biaisée des médias et de l’information. Ensuite, il réin­troduit des consi­dé­ra­tions issues de la didac­tique, en tant que métho­do­logie pour penser les choix péda­go­giques lors des moments de sélection, de mise en place et d’évaluation des contenus et méthodes. Suivant ce point de vue, la pensée cri­tique dont il est question en EMI peut se carac­té­riser comme étant une attitude d’auto-évaluation durant laquelle un individu réfléchit à propos de ses propres manières de penser, de juger, ou encore d’enseigner.


Site de la Fédération des enseignants-documentalistes de l’Éducation Nationale 25 Rue Claude Tillier 75012 PARIS.


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Master en éducation aux médias | Julien Lecomte

Master en éducation aux médias | Julien Lecomte | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Ma réponse à la question "Quel est le sens du Master en éducation aux médias ?" (IHECS) :

 

D’abord, j’ai régulièrement observé de grands écarts entre des pratiques académiques (les études sur les médias et leurs usages, ainsi que les théories critiques à leur égard) et certaines initiatives pédagogiques de terrain. Je pense que cette formation est une opportunité de réduire ce genre d’écart et de maximiser les échanges entre des sphères complémentaires, qui sont malheureusement parfois déconnectées l’une de l’autre.


Ensuite, le fait de penser l’éducation aux médias s’inscrit dans une réflexion qui concerne la relation d’apprentissage, et même plus largement notre rapport au savoir et à son utilité sociale. Pour moi, cela consiste à s’interroger sur les présupposés didactiques explicites ou implicites qu’une personne ou une collectivité se donne pour éduquer. Autrement dit, un des enjeux majeurs d’une formation à l’éducation aux médias consiste à analyser de manière critique son propre rapport individuel ou social à la connaissance ou aux savoirs et à la communication de ceux-ci. Nous sommes ici à un niveau épistémologique.


Enfin, à mon sens, lorsque l’on prétend vouloir éduquer, et a fortiori lorsqu’il est question d’éducation aux médias, on adhère implicitement à un postulat d’émancipation citoyenne, c’est-à-dire à l’idée selon laquelle enseigner a une portée résolument éthique, liée à l’agir humain. Concrètement, l’éducation aux médias soulève des questions affectives, relationnelles, sociales, culturelles, juridiques et politiques qui sont autant de problématiques cruciales par rapport à l’autonomie de chacun et à l’expression harmonieuse de celle-ci.

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Faits, mensonges et biais cognitifs : comment se défaire d'une croyance erronée ? | Université de Paix asbl

Un mensonge poserait-il problème s’il n’y avait personne pour y croire ?

Le terme de « fake news » (que l’on pourrait traduire par « actualités mensongères ») s’est progressivement répandu suite à la propagation effarante de fausses nouvelles ces derniers mois. L’impression donnée est que la véracité des faits importe peu lorsqu’il s’agit de partager des contenus.
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La « décentration », une compétence transversale | Université de Paix asbl

La « décentration », une compétence transversale | Université de Paix asbl | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

La « décentration », une compétence transversale en gestion de conflits La décentration est la capacité à pouvoir adopter d’autres points de vue que le sien.


Par Julien Lecomte


Lors de mes premiers modules en tant que formateur à l’Université de Paix, j’ai parfois été surpris par les retours de certains participants. Lorsque je leur demandais ce qu’ils avaient retenu de la formation, ils me répondaient qu’ils avaient appris que les autres ne partageaient pas nécessairement leur opinion quant à la thématique. Au début, je m’interrogeais : n’y avait-il pas d’autres apprentissages à retirer de ce module ? N’ont-ils rien retiré en termes de contenus ? Avec un peu de recul, je me demande aujourd’hui : et si ce qu’ils avaient expérimenté n’était pas au final encore plus important que les « contenus » de la formation ?

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"Accro aux écrans"

"Accro aux écrans" | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Je rencontre régulièrement des parents inquiets à propos de l’addiction de leurs enfants aux nouveaux médias. La question des addictions semble être une perspective privilégiée pour parler des pratiques des jeunes sur les nouveaux médias… Quelle est l’ampleur du phénomène ? Comment l’expliquer et le prévenir ?


Par Julien Lecomte (initialement publié dans le magazine de la COJ)

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« Les relations sur le web » dans « Eduquer » | Université de Paix asbl

« Les relations sur le web » dans « Eduquer » | Université de Paix asbl | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it
Éduquer : Vous proposez régulièrement des conférences portant sur les relations sur le web, pensez-vous que ce soit un aspect de l’éducation aux médias encore trop peu développé ?

Éduquer : Vous parlez de l’image de soi, et de l’estime de soi dans la communication, quels sont les enjeux de l’éducation aux médias par rapport à cette question de l’image de soi ?

Éduquer : Beaucoup d’adultes, de parents, semblent dépassés et parfois inquiets par l’activité importante de leurs enfants sur les réseaux sociaux, quels conseils auriez-vous envie de leur donner ?

Éduquer : On parle usuellement de fracture numérique pour désigner les inégalités d’accès aux technologies numériques, vous allez plus loin en parlant d’une fracture culturelle, comment la voyez-vous ?

Éduquer : Quels sont, selon vous, les apprentissages, les savoirs encore à développer dans notre manière de communiquer sur les réseaux sociaux ?

> Lire les réponses dans le magazine Eduquer de La Ligue de l’enseignement (PDF)
Julien Lecomte's insight:
Interview pour le magazine "Eduquer"
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Indignation, émotion et réflexion

Indignation, émotion et réflexion | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Ce dessin propose une réflexion intéressante.

L'autre jour, j'avais une discussion avec un copain qui m'expliquait que quand il disait des phrases comme "il y a statistiquement plus de personnes d'origine étrangère en prison", cela choquait ses étudiants de Master (en France), mais que ces derniers ne savaient pas dire en quoi cette phrase posait problème.

 

En fait, on en reste à de "l'indignation", du "c'est pas bien". Le seul truc qui les pousse à refuser cette phrase, c'est une approche moralisante. "On ne peut pas dire cela en France", ont-ils intériorisé. "C'est le discours du FN, teinté de racisme", déclarent-ils à demi-mot. Or, d'autre part, ils savent aussi que cette phrase est relativement factuelle. Ils ne cernent cependant pas où l'imposture logique (qui confond notamment causalité et corrélation, cf. http://www.philomedia.be/un-exemple-de-mise-en-doute-la-causalite/ et http://www.philomedia.be/la-logique-face-aux-mauvais-arguments/ ) se trouve, tant qu'on n'y a pas réfléchi avec eux.

 

Autrement dit, cela ne va pas de soi de cerner tous les implicites d'un discours afin de les déconstruire (à ce sujet, cf. la distinction entre sémantique et pragmatique et ses déconstructions : http://www.philomedia.be/les-polemistes-sont-ils-responsables-de-leurs-propos/ - http://www.philomedia.be/concepts-et-tensions-en-epistemologie/).

Les "Je Suis", les "Indignez-vous" et autres attisent cette posture émotionnelle (et identitaire !).

 

Je me suis déjà élevé contre la polysémie de l'affirmation "Je suis". Que signifie "Je suis" ? J'approuve le message ? Je soutiens ? Je compatis ? J'adhère aux idées ? Je cautionne les réactions politiques ? (Lire à ce sujet : Il y a un an, qui étaient ceux qui disaient #JeNeSuisPasCharlie ? https://www.academia.edu/20020266/_Je_ne_suis_pas_Charlie_._Pluralit%C3%A9_des_prises_de_parole_sur_le_web_et_les_r%C3%A9seaux_sociaux ).

Chacun y va de sa petite indignation, mais la réflexion n'est pas valorisée. Quand je lis ou entends les propos de certains politiciens sur les sciences humaines et sociales ou toute autre démarche à visée explicative, je crains que l'on soit dans le registre de la propagande pure et dure. Je frémis en lisant les propos du criminel nazi Göring à ce sujet : http://www.philomedia.be/guerres-et-philosophie/#comment-148 - lire aussi "Guerre(s) et philosophie" : http://www.philomedia.be/guerres-et-philosophie )

Pour conclure et nuancer, je crois qu'on ne peut pas faire l'économie de cette dimension émotionnelle lorsque l'on veut discuter de ces thèmes, voire de n'importe quel thème dans une optique d'apprentissage et/ou d'enrichissement mutuel.

L'émotion fait partie de la réalité, elle fait partie des choses à expliquer et à comprendre. Comprendre non pour excuser, pour tolérer ou quoi que ce soit, mais comprendre pour pouvoir éviter les dérives, pour développer quelque chose qui favorise l'harmonie et la sérénité, pour construire sur des bases raisonnées. Il serait contreproductif de refuser l'émotion au profit de la raison, de les opposer.
Au contraire, si l'on néglige celle-ci et que l'on ne peut se mettre en empathie avec ceux qui souffrent, sont choqués ou indignés, alors je crois que tous les arguments vont dans le mur (cf. "Pour une éthique de la discussion" http://www.philomedia.be/pour-une-ethique-de-la-discussion/ - "Lutter contre la haine de l'autre" http://www.philomedia.be/lutter-contre-la-haine-de-lautre/ ).

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DIY et autres "tutos" en vidéo : la "YouTube School"

DIY et autres "tutos" en vidéo : la "YouTube School" | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it
Les clips musicaux, les sketchs humoristiques et les animaux rigolos ne sont pas les seules catégories de vidéos à succès sur youtube. La catégorie des « tutos » prend de l’ampleur et se diversifie.


Les « tutos », ce sont des guides d’apprentissage « à distance », c’est-à-dire qu’ils vous permettent de vous former à quelque chose de manière quasiment autonome. Ils sont souvent thématiques et très concrets...

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Réponse à une personne qui ne serait pas en désaccord d'être davantage contrôlée pour sa sécurité

Bonjour Madame,

Je ne vous connais pas, mais je me permets de vous répondre suite à votre commentaire public :-)

Il y a plusieurs problèmes malheureusement à cette question [de la surveillance], notamment le fait que des désaxés seront toujours en partie hors de contrôle (s'il avait fait son coup entre Bruxelles et Liège, ou en pleine rue... ?).

Je cite ici J-P Dubois, président d'honneur de la ligue des droits de l'homme, aux lendemains du 7 janvier : "Je ne suis pas optimiste parce que peu d’hommes et femmes politiques estiment pouvoir dire la vérité. A savoir : il est impossible de garantir la sécurité totale, et surtout pas en prenant des mesures d’exception attentatoires à la démocratie et aux libertés publiques. Il faut mener des actions très difficiles à mener : du renseignement, de l’infiltration, du démantèlement de réseaux. Mais surtout pas appliquer des lois d’exception." ( http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/08/jean-pierre-dubois-lhysterie-securitaire-protege-256974 ).

Aussi, si l'on voulait vraiment sécuriser tout, nous passerions des heures entières en plus dans tous les lieux publics (espérons qu'il n'y en aura pas, mais que faire si un malade agit en grande surface, voire pire, dans une école ?).

Petit à petit, c'est la surveillance et la peur qui triomphent, avec toujours des failles.

Entre nous, je suis aussi étonné de lire cette ferveur pour les contrôles quand je vois tous ces groupes Facebook qui "tuyautent" sur les radars à éviter, ou quand je vois le succès des "Coyote", alors que la route tue mathématiquement des centaines de fois plus en Belgique que les attentats (je ne minimise pas la gravité des actes criminels, loin de là et au contraire)...
Ce n'est pas votre cas, mais certains qui appellent aujourd'hui à plus de contrôle pour plus de sécurité ne sont pas toujours cohérents.

Par ailleurs, le contrôle a un côté sécurisant, jusqu'à ce que celui ou ceux qui organisent ce contrôle décrètent (tout à fait arbitrairement) que ce que vous faites au quotidien est en fait digne de reproche.

A ce sujet, cf. notamment http://www.philomedia.be/surveillance-de-masse-et-pouvoirs/

Je ne m'attarde pas ici sur les inégalités déjà observables générées (et du coup les frustrations, et du coup la haine, et du coup la violence ?) par de telles logiques. Ok, cela ne "nous" affecte pas - trop - pour l'instant, mais n'est-il pas important d'être solidaires avec ceux qui sont injustement victimes de réductions de leurs libertés ?

En caricaturant (un peu), serions-nous d'accord de passer 1 an en prison si cela permet d'identifier et de neutraliser des terroristes ? Si tout ce qui compte, c'est que cela soit efficace, la fin justifie les moyens, non ? Sacrifier un innocent dans l'hypothèse d'en sauver dix, vous torturer pour obtenir des informations sur le frère de votre cousin parti en voyage en Syrie au mauvais moment...

Je vous invite à regarder, si vous avez l'occasion et ne l'avez pas vu, le très bon documentaire "Traque Interdite" ( disponible ici https://donottrack-doc.com/fr/ ) qui explique les impacts "désagréables" que peut avoir la surveillance à laquelle nous sommes exposés au quotidien.

Alors que faire, me direz-vous ? Bien sûr que je tiens, comme vous, à ma sécurité. Je ne suis pas en désaccord total non plus avec l'idée qu'il y ait une surveillance, dans une certaine mesure (comme en parle J-P Dubois cité ci-dessus notamment). Je pense cependant qu'il est bon d'être extrêmement prudent lorsqu'il est question de contrôle, de surveillance de masse, et de tout ce qui pourrait réduire nos libertés (et celles de nos enfants ou celles de nos proches) en général. Je pense qu'en parallèle de cela, il faut travailler à souder les liens et à être un pays où il fait bon vivre, où les inégalités ne sont pas abyssales et où tout le monde est éduqué suffisamment pour ne pas devenir un désaxé. Certes, c'est peut-être utopiste, mais j'ai tendance à préférer cela à un scénario de 1984 .

Bien à vous et bonne soirée

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Il m'a fallu un peu de temps avant d'écrire #CharlieHebdo

Il m'a fallu un peu de temps avant d'écrire. Le temps que l'émotion redescende. Le temps d'une nuit, une nuit à repenser à tout ce que j'ai pu lire, voir ou entendre hier.

Le temps, puisqu'il en est question, est au recueillement et aux hommages aux victimes. Comme beaucoup, je me joins au soutien à leurs familles et à leurs proches. L'heure est à la tristesse et au respect des défunts et du deuil.

Plus tard viendra le temps de la réflexion. Il importe que cela soit plus tard. D'abord, comme je l'ai dit, par respect. L'heure n'est pas aux analyses ou aux stratégies politiciennes. Ce serait malsain. Ensuite, parce que l'émotion est grande, elle est forte, elle nous touche dans nos libertés individuelles et collectives. Il y a eu de la destruction. Il faudra prendre le temps de reconstruire (voire de construire quelque chose de neuf).

Grâce au courage de personnalités publiques et à celui de plusieurs de mes proches de tous milieux que je lis sur les réseaux sociaux, j'ai envie d'avoir espoir.

Je lis d'abord cette retenue, cette tristesse partagée, cette indignation, cette incompréhension. De la colère, aussi, légitime face à une telle folie, absurde, injuste. Je lis ce sentiment humain d'empathie avec les victimes et leurs proches.
Non, nous ne sommes pas tous des barbares. Non, nous n'acceptons pas ces actes criminels. En tant qu'individus, nous ne sommes pas d'accord avec cela. Je vois des rassemblements de foules, par milliers, par millions, debout dans la rue, pour signifier leur soutien à Charlie. Des millions de messages sur les réseaux sociaux également, derrière les hashtags #JeSuisCharlie #CharlieHebdo.

Je vois ensuite de la peur et de la raison. De la peur que ce tragique événement engendre ou renforce des amalgames ou des tensions.
Non, les musulmans ne sont pas tous comme cette poignée de terroristes qui ont une lecture particulière de leur religion. Je ne pense pas que les musulmans doivent s'excuser des crimes commis en leurs noms. Dois-je m'excuser si un homme tue sa femme au nom de la masculinité ? Cependant, je ne peux que saluer la prise de parole de tous ces musulmans qui prennent la peine de condamner ces actes. Parmi les personnalités publiques, il y a eu notamment Hassen Chalghoumi ( http://www.bfmtv.com/societe/la-communaute-musulmane-condamne-l-attentat-contre-charlie-hebdo-856227.html ), Tareq Oubrou ( http://www.sudouest.fr/2015/01/09/en-video-le-preche-sans-concession-de-tareq-oubrou-a-la-mosquee-de-bordeaux-1791654-2780.php ), Mohamed Ramousi ( http://www.lalibre.be/actu/international/apres-l-attentat-contre-charlie-hebdo-il-est-urgent-d-etre-lucides-54ad878c3570d587e32a2005 ), Muhammad Tahir-ul-Qadri ( http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/03/02/un-erudit-musulman-publie-une-fatwa-contre-le-terrorisme_1313557_3214.html ) ou encore Tariq Ramadan ( https://www.facebook.com/official.tariqramadan/posts/1010354452312184 ). A cela s'ajoutent des communiqués signés par des collectifs d'associations ( http://mrax.be/wp/charlie-hebdo-un-collectif-dassociations-reagit/ ) et autres messages publics ( http://www.europe1.fr/societe/musulmans-de-france-entre-peur-et-condamnation-2340445 ). Ils l'ont dit haut et fort : cela n'est pas la religion, c'est même le contraire de l'islam, tel qu'il est pratiqué en tout cas par une majorité de croyants. Parmi mes amis musulmans, plusieurs ont pris la parole également. Je pense que c'est important et je ne peux que saluer leur courage.
Je salue aussi le travail journalistique consistant à répéter - pour une fois, c'est un fait rare dans certains médias français ! - qu'il ne faut pas stigmatiser une population. Plusieurs de mes amis belges et français ont cette crainte que la communauté musulmane soit une victime collatérale, à l'heure où Le Pen, Zemmour ou encore récemment Houellebecq ont tribune libre dans l'espace public.
En outre, je lis des appels à la décence et à l'apaisement, ce qui encore une fois me semble la moindre des choses pendant cette période de deuil et d'émotion. Nos pensées vont également au policier Ahmed, lui aussi victime du carnage, et à sa famille.

Je vois la peur et la raison, encore, dans le souci par rapport aux libertés fondamentales.
Les libertés individuelles, d'une part, que certains ont peur de voir rongées encore un peu plus par des dérives sécuritaires, par encore plus de surveillance et de suspicion ( lire par ex. http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/08/jean-pierre-dubois-lhysterie-securitaire-protege-256974 ).
La liberté de la presse, la liberté d'expression, d'autre part. Cet attentat a une charge symbolique très forte. En France en 2015, des individus, des dessinateurs et des journalistes, ont été tués pour leurs idées. La peur est légitime. De grands caricaturistes belges comme Geluck, Vadot, Kroll ou DuBus ( http://www.lalibre.be/actu/international/charlie-hebdo-geluck-effondre-dubus-par-terre-54ad50a03570b311404dd01b ) ont exprimé combien un tel drame les a horrifiés : quand on choisit les mots et les images, la plume ou le crayon, c'est peut-être justement parce que ce sont des outils qui ont plus de valeur que les armes, et que l'on ne veut pas devoir prendre les armes. Faire couler de l'encre plutôt que du sang.
(Des centaines de dessins, encore : http://www.lefigaro.fr/culture/2015/01/07/03004-20150107ARTFIG00465--charlie-hebdo-l-hommage-international-en-dessins.php - http://www.lesoir.be/751896/article/actualite/france/2015-01-07/charlie-hebdo-un-hommage-en-dessins - http://www.slate.fr/story/96551/charlie-hebdo-dessins )

J'ai envie d'avoir espoir parce que j'observe toutes ces femmes et tous ces hommes prendre la parole et (ré)affirmer ainsi que les mots (et par extension, je l'espère, le dialogue, la discussion) ont plus de sens que les armes. Il y a d'autres moyens pour exprimer un désaccord que la violence - car justement, on a le droit de ne pas être d'accord, d'être choqué, d'être en colère... Il faudra que justice soit faite, que les crimes soient punis, comme il se doit. En parallèle, j'ai le souhait que la paix, les valeurs et les libertés triomphent de l'absurde. Que le constructif triomphe de la destruction. Que les mots, les textes, les paroles et les dessins fassent plus de bruit que les canons. Non, nous ne laisserons pas la terreur triompher. Nous ne laisserons pas les armes prendre le pas. Cette nuit, les foules scandaient : "Charlie n'est pas mort", "Liberté d'expression"... Continuons à ne pas laisser gagner l'absurdité.

Julien Lecomte's insight:

Pour ceux que ça intéresse, j'ai pu lire aujourd'hui et hier des articles qui m'ont fait réfléchir. Je les partage ici.

Ceux-ci NE reflètent PAS nécessairement mon opinion, voire sont contraires à ce que je pense sur certains points, mais ils existent et ont ceci de commun qu'ils n'appellent pas à la violence ou à la haine (critère qui jette pour moi le discrédit sur l'article et son auteur) et qu'ils représentent souvent une mise en question "de l'intérieur" et pas dirigée envers "l'autre" (Ricoeur disait que "l'idéologie n'est jamais assumée en première personne : c'est toujours l'idéologie de quelqu'un d'autre").

Ce sont des appels à la raison, à l'analyse, au dialogue et/ou à la (re)construction.Dans l'optique dans laquelle je les partage, ils ne remettent en rien en cause la légitimité et l'importance du respect, du deuil et de l'émotion, de même qu'ils n'atténuent en rien la gravité des crimes commis.

Enfin, mon but n'est pas de débattre de ces articles (pas ici en tout cas), mais d'apposer des points de vue et de questionner (de manière non exhaustive) différents enjeux liés aux actes terroristes récents.Il convient donc de les lire en entier, à froid, et de se faire sa propre opinion :

- Street Press - Pourquoi l'attentat nous rend déjà cons : http://www.streetpress.com/sujet/1420713927-attentat-charlie-hebdo-edito

- Mathias Delori - Ces morts que nous n'allons pas pleurer http://blogs.mediapart.fr/blog/mathiasdelori/080115/ces-morts-que-nous-n-allons-pas-pleurer

- Rue89 - Après Charlie Hebdo : "l'hystérie sécuritaire ne protège pas" http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/08/jean-pierre-dubois-lhysterie-securitaire-protege-256974

- Xavier De la Porte - Charlie Hebdo : la "force incroyable" du dessin http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/09/charlie-hebdo-force-incroyable-complexe-dessin-256987

- Slate.fr - Le blasphème, provocation inutile ou pratique essentielle à la démocratie ? Aux Etats-Unis, l'attentat contre Charlie Hebdo relance le débat http://www.slate.fr/story/96619/etats-unis-attentat-charlie-hebdo-debat-blaspheme

- Ruwen Ogien - Que reste-t-il de la liberté d'offenser ? http://liberationdephilo.blogs.liberation.fr/mon-blog/2015/01/que-reste-t-il-de-la-libert%C3%A9-doffenser-.html

- Abdennour Bidar - Lettre ouverte au monde musulman http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html (et une réponse aux thèses de A. Bidar par Adel Taamalli, qui est également dans un questionnement mais de l'ordre de la conciliation plutôt que de la réforme http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-1-4.html - http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-4-4.html )

- BC, sur Arret sur Images - Je ne suis pas Charlie. Et croyez moi, je suis aussi triste que vous http://www.arretsurimages.net/articles/2015-01-08/Je-ne-suis-pas-Charlie-Et-croyez-moi-je-suis-aussi-triste-que-vous-id7366

- Christian Salmon - Nous sommes eux et ils sont nous http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon/120115/nous-sommes-eux-et-ils-sont-nous
- Mon désarroi par rapport à une prof qui parle de Charlie à ses élèves http://www.scoop.it/t/didactique-education-pedagogie/p/4035097366/2015/01/12/mon-desarroi-par-rapport-a-une-prof-qui-parle-de-charlie-a-ses-eleves

- Frédéric Lordon - Charlie à tout prix ? http://blog.mondediplo.net/2015-01-13-Charlie-a-tout-prix

- Schlomo Sand : « Je ne suis pas Charlie » - http://www.ujfp.org/spip.php?article3768

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Julien Lecomte's curator insight, January 12, 2015 4:08 AM

Pour ceux que ça intéresse, j'ai pu lire aujourd'hui et hier des articles qui m'ont fait réfléchir. Je les partage ici.Ceux-ci NE reflètent PAS nécessairement mon opinion, voire sont contraires à ce que je pense sur certains points, mais ils existent et ont ceci de commun qu'ils n'appellent pas à la violence ou à la haine (critère qui jette pour moi le discrédit sur l'article et son auteur) et qu'ils représentent souvent une mise en question "de l'intérieur" et pas dirigée envers "l'autre" (Ricoeur disait que "l'idéologie n'est jamais assumée en première personne : c'est toujours l'idéologie de quelqu'un d'autre").Ce sont des appels à la raison, à l'analyse, au dialogue et/ou à la (re)construction.Dans l'optique dans laquelle je les partage, ils ne remettent en rien en cause la légitimité et l'importance du respect, du deuil et de l'émotion, de même qu'ils n'atténuent en rien la gravité des crimes commis.Enfin, mon but n'est pas de débattre de ces articles (pas ici en tout cas), mais d'apposer des points de vue et de questionner (de manière non exhaustive) différents enjeux liés aux actes terroristes récents.Il convient donc de les lire en entier, à froid, et de se faire sa propre opinion :

- Street Press - Pourquoi l'attentat nous rend déjà cons : http://www.streetpress.com/sujet/1420713927-attentat-charlie-hebdo-edito

- Mathias Delori - Ces morts que nous n'allons pas pleurer http://blogs.mediapart.fr/blog/mathiasdelori/080115/ces-morts-que-nous-n-allons-pas-pleurer

- Rue89 - Après Charlie Hebdo : "l'hystérie sécuritaire ne protège pas" http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/08/jean-pierre-dubois-lhysterie-securitaire-protege-256974

- Xavier De la Porte - Charlie Hebdo : la "force incroyable" du dessin http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/09/charlie-hebdo-force-incroyable-complexe-dessin-256987

- Slate.fr - Le blasphème, provocation inutile ou pratique essentielle à la démocratie ? Aux Etats-Unis, l'attentat contre Charlie Hebdo relance le débat http://www.slate.fr/story/96619/etats-unis-attentat-charlie-hebdo-debat-blaspheme

- Ruwen Ogien - Que reste-t-il de la liberté d'offenser ? http://liberationdephilo.blogs.liberation.fr/mon-blog/2015/01/que-reste-t-il-de-la-libert%C3%A9-doffenser-.html

- Abdennour Bidar - Lettre ouverte au monde musulman http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html (et une réponse aux thèses de A. Bidar par Adel Taamalli, qui est également dans un questionnement mais de l'ordre de la conciliation plutôt que de la réforme http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-1-4.html - http://adeltaamalli.over-blog.com/2014/05/une-critique-islamique-de-la-pensee-d-abdennour-bidar-4-4.html )

- BC, sur Arret sur Images - Je ne suis pas Charlie. Et croyez moi, je suis aussi triste que vous http://www.arretsurimages.net/articles/2015-01-08/Je-ne-suis-pas-Charlie-Et-croyez-moi-je-suis-aussi-triste-que-vous-id7366

- Christian Salmon - Nous sommes eux et ils sont nous http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon/120115/nous-sommes-eux-et-ils-sont-nous
- Mon désarroi par rapport à une prof qui parle de Charlie à ses élèves http://www.scoop.it/t/didactique-education-pedagogie/p/4035097366/2015/01/12/mon-desarroi-par-rapport-a-une-prof-qui-parle-de-charlie-a-ses-eleves

- Frédéric Lordon - Charlie à tout prix ? http://blog.mondediplo.net/2015-01-13-Charlie-a-tout-prix
- Schlomo Sand : « Je ne suis pas Charlie » - http://www.ujfp.org/spip.php?article3768

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Conference relations numeriques

Conférence donnée le 18/11/2014 au Forum des innovations en éducation (Schola ULB, Bruxelles) et le 09/12/2014 (Namur) pour l'Université de Paix asbl.

 

Dans cette présentations, nous exposons tout d’abord quelques idées reçues classiques à l’égard d’Internet et de ses usages.

Ensuite, nous passons en revue plusieurs pratiques typiques des jeunes sur le web. A partir de ces observations, nous identifions des repères pour comprendre comment les technologies modifient (ou non) nos rapports sociaux.

Enfin, nous formalisons un ensemble de pistes pour aborder la relation à travers ces nouveaux médias, non seulement au niveau des jeunes, mais aussi des adultes : comment prévenir les malentendus sur le web ? Comment y gérer un conflit ? Quelles sont les choses qui diffèrent par rapport à la vie « IRL » (In Real Life, « dans la vraie vie ») ?

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Réflexion matinale

L'idéologie & la place de la beauté physique est une question sous-jacente à celle des représentations des genres dans les médias/pubs/réseaux sociaux...

 

"X a changé sa photo de profil

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256 commentaires : "t'es trop belle ma bi(t)che <3" / "sexy !" / "canon !"/ "(bOObs)" / ..."

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Aussi abordé dans mon livre Médias : influence, pouvoir et fiabilité (2012)

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Comprendre les relations numériques

Comprendre les relations numériques | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

On pourrait croire que les personnes qui sont scotchées à leurs écrans n’ont plus de relations sociales. Or, des sociologues et des psychologues, notamment A. Casilli, se sont penchés sur la question et ont constaté qu’il s’agit d’une idée reçue. Au contraire, la plupart des pratiques sur le web ont une dimension relationnelle : commenter un statut ou un article, chatter, tweeter, « liker » un contenu, partager un article ou une opinion, etc.

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Faut-il innover en pédagogie ?

Faut-il innover en pédagogie ? | Chroniques inédites (Philosophie, médias et société) | Scoop.it

Faut-il innover ou ne pas innover, notamment en éducation aux médias (EAM) ? L’innovation semble recueillir un certain consensus et aller de soi dans un contexte mouvant, d’autant plus s’il est question de former les apprenants par rapport à leur avenir, plutôt que vis-à-vis de leur contexte immédiat. Il est ainsi question de les mettre face à des situations nouvelles afin que ceux-ci puissent apprendre à les dépasser en mobilisant des ressources.

Néanmoins, comme le pense Hubert Guillaud, il serait hasardeux de répondre à cette question de manière absolue :

 

« On peut certes innover sans questionner les finalités. Mais c’est pourtant bien elles qui demeurent tout l’enjeu de l’innovation et ce sont bien elles qu’il va falloir un jour mettre à plat » (http://www.internetactu.net/2014/03/25/innovation-innovation-innovation-innovation-innovation-innovation/)

 

Ce questionnement renvoie donc à la question des objectifs pédagogiques. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une problématique propre à l'éducation aux médias et à l'information. Cependant, elle est particulièrement présente dans la mesure où le contexte technologique et social est lui-même marqué d'innovation, voire d'appel à l'innovation. Or, une lacune que nous avons constatée dans plusieurs dispositifs didactiques en EAM repose dans l’absence de mise en perspective de l’adéquation entre les moyens utilisés (méthodes et contenus d’enseignement) et l’atteinte (ou non) des objectifs initialement fixés (On retrouve par exemple la confusion entre « éducation aux médias » et « éducation par les médias » : certains dispositifs postulent a priori que l'utilisation de telle technologie ou de telle application va favoriser une appropriation critique de ces outils, mais ce postulat n'est pas mis à l'épreuve). Pour le formuler simplement, si elles réfèrent clairement à des finalités, les pratiques pédagogiques doivent pouvoir être évaluées en tant que telles : fonctionnent-elles ? Par rapport à quels critères ?

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