Tamar Kali, fer de lance de l'afro-punk et féministe - LeMonde.fr | Afro Punk, Black people can rock ! | Scoop.it

Habitué à une programmation décalée, le festival Sons d'hiver en banlieue parisienne ne déroge pas à la règle pour sa vingt et unième édition. Après avoir invité le poète amérindien John Trudell et le jazzman William Parker, les 27 et 28 janvier, le festival s'aventure cette semaine dans des terres moins défrichées comme celle de l'afro-punk de Tamar Kali et des rappeuses Invicible et Jean Grae.


Ensemble, elles présentent, ce vendredi 3 février, à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) leur spectacle commun Born in Flames, titre qu'elles ont emprunté au film culte et féministe de Lizzie Borden, qui avait remporté le Prix du jury au Festival de Berlin en 1983.

 

Tamar Kali, surnommée la reine du hardcore de Brooklyn, jouera avec son groupe, tandis que les deux autres seront accompagnées de leur DJ respectif. Coiffée d'une afro, des percings sur le visage, Tamar Kali est une des égéries de l'afro-punk. Ce mouvement musical né au début des années 2000 à New York a été mis en images dans un documentaire de James Spooner, "Afropunk: The Rock & Roll Nigger Experience". "Ce film, dit-elle, montrait qu'il y avait des jeunes Noirs aux Etats-Unis qui ne se sentaient pas à l'aise dans des schémas que les médias et l'industrie du disque avaient décidés pour eux : le hip ou le R & B. Ils avaient besoin d'un autre espace pour s'exprimer."

 

Fille d'une banquière et d'un employé de la poste musicien à ses heures perdues, Tamar Kali choisit le punk et le hardcore. Pendant son adolescence, elle préfère écouter du rock dont les Bad Brains, les Fishbone plutôt que du hip-hop, quitte à se faire traiter d'"oreo" (un biscuit chocolaté à l'extérieur, blanc crémeux à l'intérieur) par ses camarades de classe.

 

A partir du film, les acteurs du mouvement ont créé un festival à New York, Afro-punk, qui rassemble tous "les artistes afro-américains non stéréotypés" : de Janelle Monae, à Cee-Lo Green, en passant par Gym Class Heroes. Après s'être bagarrée pour imposer son identité, Tamar Kali s'associe aujourd'hui à deux rappeuses pour mener un autre combat : le féminisme. Rappeuse de Detroit, Invicible tourne un documentaire pendant la tournée, dans lequel elle interviewe les figures féminines historiques du rock ou du rap comme Roxanne Shanté.

 

A elles trois, elles sont à l'opposé des icônes provocantes et fabriquées que sont aujourd'hui Nicki Minaj ou Rihanna : "Que ce soit le rock ou le rap, ce sont des univers dominés par les hommes, décrypte Tamar Kali. Jean Grae et Invicible m'ont raconté ce à quoi elles étaient confrontées dans le rap et c'est exactement ce que je vis dans le rock. Je ne pense pas que Nicki Minaj soit la seule artiste fabriquée par l'industrie du disque, il y en a tellement d'autres. Le problème dépasse nos genres musicaux. Aux Etats-Unis, pour le même travail, quand un homme gagne 1 dollar, une femme ne touche que 60 cents."

 

Passion des cordes. Samedi 4 février, à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), Tamar Kali pousse le bouchon encore plus loin, et présente son nouveau projet Psycho Chamber, qui déconstruit son répertoire avec une section de cordes de huit musiciens, uniquement des femmes : "Pourquoi des femmes ? anticipe-t-elle. Je ne pense pas qu'on me le demanderait si c'étaient des hommes, tellement on est habitué à voir une chanteuse accompagnée par des mecs. Ma passion des cordes me vient de la musique préférée de mon enfance : Beatles, Stevie Wonder et Earth Wind and Fire, qui avaient tous des arrangements de cordes magnifiques. Ça et la musique classique que j'écoutais à l'école catholique où mes parents m'avaient inscrite." Une afro-punk chez les nonnes, ça devait déménager.


Via Alix Heuer