Un patron de chaine français ET visionnaire ? Oui ça existe !
110 views | +0 today
Follow
Your new post is loading...
Your new post is loading...
Rescooped by nathalie leruch from Meilleure revue de presse de l'univers connu
Scoop.it!

Les drôles d'oiseaux migrateurs de la Costa Brava

Les drôles d'oiseaux migrateurs de la Costa Brava | Un patron de chaine français ET visionnaire ? Oui ça existe ! | Scoop.it

Via Christophe Tisseyre
nathalie leruch's insight:

L'enquête, la plume et le beau regard de Christophe Tisseyre sur les vendeurs à la sauvette des bords de mer

more...
Christophe Tisseyre's curator insight, August 21, 2014 5:08 AM

La police, Policia en espagnol,  vient de débarquer, sur la promenade de Rosas. En quelques secondes, tous ont remballé leur marchandise, posée sur de grands draps carrés, grâce à un astucieux système de ficelles nouées aux quatre coins, et se réfugient sur la plage, qui leur confère une improbable immunité… Pour d’obscures raisons de droit maritime, les flics n’y vont jamais, ils se limitent à l’allée centrale. Ce soir là, ils viendront 2 fois, à 3 heures d’intervalle, poussant les vendeurs sur le sable, sous les yeux des touristes qui attendent patiemment, tout comme les vendeurs, qu’ils s’en aillent et que le business reprenne.

La maison de Dali

Car la vente de contrefaçon est la principale activité de cette petite ville de 17000 habitants l’hiver, juste après les Pyrénées, le long de l’axe qui descend vers Barcelone. La maison de Dali, avec ses œufs géants posés sur le toit, à Cadaquès, dans la crique suivante, tient lieu d’alibi culturel, qu’on peut oublier au profit du musée Dali, sis lui à Figueras. A partir de 14h, et plus encore lorsque le soleil décline, des centaines de vendeurs à la sauvette investissent le front de mer, proposant en vrac et en exclusivité les derniers modèles de Dior, Chanel, Adidas, Nike, bref tout ce qui porte sigle et donne signe extérieur de richesse. Ce n’est pas le Cap Ferret ici, et les cohortes de touristes ne sont assurément pas les CSP ++ tellement recherchées des publicitaires. La ville a fait a fait le pari d’un tourisme familial (pas un seul bar honnête ni discothèque à 30 km à la ronde) ce qui explique un déficit criant de la tranche 20/35 ans, qui descend sous d’autres cieux plus accueillants pour les oiseaux de nuit, à Barcelone ou à Ibiza. Ce sont donc des familles avec préados et des retraités qui forment l’essentiel du tourisme à Rosas. Un gigantesque camping parc d’attraction minigolf, des loyers estivaux intéressants et la location de jet ski en résument à peu près les attraits. Et logiquement, le soir, les parents à préados et les retraités arpentent le front de mer, à la recherche d’un ersatz de luxe à vil prix, vu qu’on l’a compris, il n’y pas grand-chose d’autre à faire. Il ne fait aucun doute qu’ils contribuent grandement à l’animation locale, comme le reconnait un restaurateur qui peste contre les descentes de police.

La mondialisation appliquée

Malik Sall est sénégalais, et vient depuis 2011 passer juillet/août à Rosas. Il y a 4 ans, à Dakar, muni d’une copie de son compte bancaire, il a demandé un visa touristique au consulat d’Espagne, qui lui a accordé 1 mois. Muni du précieux tampon, il s’est rendu à Madrid pour y acheter une voiture 3500 €, qu’il a expédié par conteneur via Anvers, et revendu sur place pour 7000€. Moins 460 pour le transport, et 800 pour les douaniers du port de Dakar. Quelques téléphones de 2ème main ont complété cette première cargaison, et Malik est retourné au consulat d’Espagne qui lui a délivré cette fois un visa de 3 mois. Sur les conseils d’amis (il en a dans presque toutes les capitales européennes) il a poussé cette fois vers la Belgique, plus intéressante pour le marché automobile. Une autre voiture, un peu plus chère, et des pièces détachées pour remplir l’espace vide du conteneur, et le voilà de retour à Dakar, muni d’un pécule plus conséquent. Re-consulat d’Espagne (1 an cette fois), plusieurs périples en Italie, en Belgique, aux Pays Bas, un coup pour des pneus, 2 ou 3 voitures, depuis 4 ans son commerce a pris un essor certain. Il s’est marié cette année, se construit une maison à Dakar après en avoir acheté une à sa mère, son père étant décédé. En octobre, sa femme (il a au moins 250  photos d’elle dans son Iphone, un vrai, me précise-t-il) va donner naissance à leur premier enfant. Dans son impressionnante collection de photos se trouvent également quelques selfies de El Hadji Diouf, qui sévit aujourd’hui à Leeds après avoir fait les beaux jours de Lens, et qui lui commande régulièrement des portables quand il séjourne au Sénégal…

De l’art délicat de la négociation

Ici, à Rosas, il se fait environ 100€ par jour, essentiellement avec des imitations fragiles de casques Dr Dre, qu’il achète 10, et qu’il revend entre 20 et 25, c’est le produit qui marche bien cet été. Son grossiste (comme celui de tous ses potes alentour, qu’il s’agisse de maillots, de lunettes, ou de sacs Vuitton) se trouve à Barcelone, et tous ses voyages s’effectuent en train, beaucoup moins contrôlé que les voitures m’explique-t-il, quand on transporte de gros ballots. Une cuisine roulante les alimente tous, vers 11h, 17h, et enfin à minuit, proposant alternativement Tiep Bou Djen ou Yassa (un vrai régal, en dépit du piment qui m’a tiré une larme à la première bouchée). C’est la femme de l’un d’entre eux qui fait la cuisine et la distribution, dans un caddie à 3 roues délaissé par le supermarché d’à côté. La communauté (essentiellement sénégalaise) est soudée, et vient en aide au malheureux qui n’aurait pas réussi à gagner la plage à temps lorsque survient la police. La marchandise est confisquée, et l’amende semble être un peu à la tête du client, généralement entre 500 et 1000€, selon les sources. Tous alors prennent dans leur stock pour reconstituer l’étal de l’infortuné. Le touriste, bien qu’en vacances, n’est pas forcément très cool, j’ai entendu 2 fois : « Bon, c’est de la merde ce que tu vends, combien t’en veux ? ». Mais Malik est bon vendeur, flattant la compagne, plaisantant avec chacun, même le plus bourru, toujours avec le sourire, poli en toute circonstance. Dans une boutique place Vendôme, il vendrait 10 parures par jour. Tu vois, me dit-il, ils me prennent pour un moins que rien parce qu’ils sont pauvres, et qu’on les traite mal chez eux. Ici, parce qu’ils lâchent 15 € pour un sac Vuitton, ils croient un court instant qu’ils ont le pouvoir, alors si ça leur fait plaisir…

 

Transhumance

La fin août approche, la saison n’a pas été terrible, et dès les premiers jours de septembre, tous partiront, qui au pays, qui à Barcelone… Malik va monter en Belgique pour acheter une voiture de plus, qu’un acheteur vient de lui commander sur son portable, et rentrera à Dakar pour voir sa femme accoucher. Dans 2 ans, à ce train (Inch’Allah…) il aura assez pour monter son business à Dakar, peu importe le secteur d’activité, c’est la mise de fonds qui compte. Le 2ème étage de sa future maison avance bien, et il veut faire plein d’enfants à sa femme pour la remplir. Son rêve secret serait d’aller aux Etats Unis, il en est à sa 3ème demande de visa. Il m’explique qu’il y a plus de chances à la 4 ou 5ème, c’est normal, c’est comme ça à chaque fois, mais qu’il faut respecter un intervalle entre les demandes, c’est le meilleur moyen qu’elles aboutissent un jour. Encore 2 ans, à courir le baluchon sur l’épaule au premier gyrophare, serrant contre lui sa recette d’un été, en liquide on l’a compris, car il ne prend pas les cartes bleues.

Christophe Tisseyre

 

 

 

 

         

Scooped by nathalie leruch
Scoop.it!

La révolution numérique selon Vincent Meslet - Le Nouvel Observateur

La révolution numérique selon Vincent Meslet - Le Nouvel Observateur | Un patron de chaine français ET visionnaire ? Oui ça existe ! | Scoop.it
La révolution numérique selon Vincent Meslet
Le Nouvel Observateur
A Jean-Xavier de Lestrade, issu du documentaire, qui signe la série "Manon", récemment couronnée au Fipa. A "Pilule bleue", la BD de Frederik Peeters qui va être adaptée pour Arte.
more...
No comment yet.