La langue française dans la poésie de Senghor | Metaglossia: The Translation World | Scoop.it

Rendez-moi mon Boulevard !
Je n’ai jamais habité le quartier de Gibraltar mais j’en ai toujours rêvé. Et pour une seule raison. Du plus loin que je me souvienne, le plus beau jour de l’année se passe dans ce quartier, sur le Boulevard du centenaire précisément. Le 4 avril, le jour où le Sénégal célèbre son accession à l’indépendance. C’est le jour où je peux voir toute la Nation sénégalaise rassemblée et unie. Un jour où les militaires rivalisent de prestance dans leurs uniformes chamarrés, où les invités en grandes tenues arpentent fièrement les Allées Centenaires pour rejoindre les tribunes festonnées et où le public se presse dès les premières heures sur les abords de l’avenue pour assister au défilé. Entre les notes rythmées du Grand tambour major Doudou Ndiaye Rose, les déhanchements des majorettes et l’attendrissant spectacle de ces jeunes élèves du Prytanée sévèrement sanglés dans des uniformes trop grands pour leurs petits corps d’enfants, je me sens fière de mon pays, fière d’ê­tre Sénégalaise.
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La langue française dans la poésie de Senghor
Léopold Sédar Senghor, agrégé de grammaire et membre de l’Académie française, a toujours été considéré, certainement à cause de ses titres, comme l’Africain le plus attaché au purisme linguistique. De ce point de vue, la critique l’oppose constamment à Ahmadou Kou­rouma, connu pour ses hardiesses dans la déstructuration de la langue française. Or, un examen minutieux de l’écriture poétique du chantre de la Négritude révèle un pionnier dans le combat culturel pour l’africanisation et la négrification du français.
Nous nous proposons donc d’étudier, à travers Chants d’ombre, comment, dès 1945, Senghor, en insérant dans sa poésie des mots tirés des langues nationales, en usant de néologismes et de détournements de sens, en violant délibérément la syntaxe, a réussi à légitimer la langue des écrivains africains.

I- UNE POESIE FRANCO-AFRICAINE
Dans un article intitulé René Maran, précurseur de la négritude et paru dans Liberté 1
(Édition du Seuil 1964, p.410), Léopold Sédar Senghor écrivait :
«On ne pourra plus faire vivre, travailler, aimer, pleurer, rire, parler les Nègres comme des Blancs.
Il ne s’agira même plus de leur faire parler «petit nègre» mais wolof, malinké, éwondo en français.»
Cette volonté d’africaniser le français se perçoit chez Senghor à travers l’insertion dans ses poèmes de termes tirés des langues nationales, la présence de chansons orales africaines dans sa poésie et l’usage d’africanismes dans sa poétique.
1- Les langues africaines dans les poèmes
Voici comment Senghor justifie l’existence du «Lexique» qu’il a placé à la fin du volume contenant l’ensemble de ses sept recueils et intitulé Ĺ’uvre poétique (Éditions du Seuil 1990 p.435) :
«Certains lecteurs se sont plaints de trouver dans mes poèmes des mots d’origine africaine qu’ils ne comprennent pas.
Ils me le pardonneront : il s’agit de comprendre moins le réel que le surréel - le sous-réel.
J’ajouterai que j’écris, d’abord, pour mon peuple. Et celui-ci sait qu’une kora n’est pas une harpe, non plus qu’un balafon un piano. Au reste, c‘est en touchant les Africains de langue française que nous toucherons les Français et, par delà mers et frontières, les autres hommes…
C’est pourquoi, ai-je pensé, il n’était peut-être pas inutile de donner une brève explication des mots d’origine africaine employés dans ce recueil.»
Il serait fastidieux de relever tous ces termes. Qu’il nous suffise de présenter ceux des Chants d’ombre que le Poète explique lui-même dans le «Lexique» :
Balafong : (bala en manding) : sorte de xylophone.
Dyoung-dyoung : tam-tam royal de la cour du Sine d’origine mandingue.
Gymm : chant, poème. Mot qui vient du gim, «chant», poème. C’est la traduction exacte du grec ôdê.
Mbalakh : long tam-tam évasé au son clair.
Dyâli : mot d’origine mandingue. C’est un troubadour d’Afrique de l’Ouest, dans la zone soudano -sahélienne.
Guelwâr (ou guelowar) : mot sérère qui désigne le noble, descendant des conquérants mandingues.
Ndeudeu : tam-tam.
Sabar : long tam-tam au son clair.