Cognition incarnée : à quoi ressemble l’idée de chien | La quatrième question Cognition incarnée : à quoi ressemble l’idée de chien | | Metaglossia: The Translation World | Scoop.it

L’idée de « cognition incarnée » part du constat que notre cerveau est un organe vivant relié à un corps (lui aussi vivant) et est plongé dans un environnement sur lequel il agit.  Cette inscription corporelle, vivante et active du cerveau a une incidence majeure sur la pensée (pris dans la sens large de « cognition »). Cela signifie que toutes les idées qui nous passent pas la tête – « citron », « chien », « « année », « maman », « dieu », « liberté » – ont donc une composante corporelle issue à notre système perceptif, émotionnel ou moteur.

Cela est facile à démontrer pour les idées assez concrètes, comme celle de citron. Fermez les yeux et pensez à un citron. Apparaît immédiatement une image mentale dotée des caractéristiques perceptives : le citron est ovale et jaune. De même, l’idée de citron possède une composante gustative : l’image du citron est acide et on peut presque « sentir » son goût en l’imaginant. Enfin, selon que apprécie ou non cette acidité, (certains aiment, d’autres non), l’image mentale associée va susciter une réaction d’attraction ou de répulsion. C’est encore plus vrai pour l’idée de chien. On se le représente mentalement d’abord sous une forme imagée (avec ses pattes, ses oreilles, sa queue et sa gueule), mais sa représentation contient aussi une dimension émotionnelle. Pour qu’elle qu’un qui a la phobie des chiens, sa représentation mentale va être associé une réaction négative. Si, au contraire, on a été habitué à côtoyer de gentils toutous, l’idée de chien évoquera d’autres sentiments : l’affection ou la fidélité.

Pour résumer, les idées sont des formes, des couleurs, des odeurs et des colorations émotionnelles : positives ou négatives, agréables ou désagréables (qui correspondent aux caractéristiques perçues et ressenties). Voilà l’idée centrale de la « cognition incarnée ». L’ouvrage fondateur de la théorie de la cognition incarnée est celui de F.J. Varela, E. Thompson, and E. Rosch. L’inscription corporelle de l’esprit. (édition originale 1991). Ses principaux théoriciens sont F. Varela (aujourd’hui décédé) et Alva Noë. Ajoutons qu’on peut relier la théorie de la cognition incarnée à la phénoménologie, la théorie des métaphores et des prototypes. Je le note ici pour mémoire en espérant pouvoir y revenir bientôt et montrer comment la connexion entre ces théories locales permet d’échafauder une théorie de la connaissance et des idées nouvelles et prometteuses. Mais revenons d’abord à notre cognition située.

L’idée de « cognition incarnée » est assez élémentaire (le jargon scientifique cache souvent des idées assez simples). Elle est même intuitive. C’est évident : l’idée de citron à la forme et la couleur du citron et peut-être même son goût. D’accord, l’idée de chien peut susciter des émotions de peur. OK. Mais qu’en est-il des idées abstraites comme le « bien » et le « mal » la « liberté » ou la « théorie de la relativité » ? La théorie de la cognition incarnée peut-être leur être appliquée ? Autrement dit idées générales qui forment le tissu des pensée philosophiques ou scientifiques ont-elles une forme, une couleur, une odeur ?