Le Règlement qui encadre l’attribution de la mention « Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe » précise à plusieurs reprises l’importance de la durabilité dans leur mise en œuvre : « …le thème doit permettre l'essor d'initiatives et de projets exemplaires et innovants dans les domaines du tourisme culturel et du développement durable » (liste des critères d’éligibilité du thème) ou encore, en termes d’actions prioritaires : « …prendre en charge, en matière de tourisme culturel, l'éducation des publics, la sensibilisation des décideurs à l'exigence de la protection du patrimoine dans un cadre de développement durable du territoire et la diversification de l'offre autant que de la demande, visant ainsi à faire émerger un tourisme de qualité de dimension européenne ».
L’Itinéraire européen des Villes Thermales Historiques est particulièrement sensible à ces demandes dans la mesure où la qualité de l’eau constitue non seulement une exigence, mais aussi un symbole de pureté, de santé, de bien-être, voire de spiritualité depuis l’origine du thermalisme chez les Celtes et les Romains. Cet objectif de qualité est lié de manière évidente à la protection de l’environnement dans lequel naissent les sources. La mise à disposition de l’eau thermale constitue donc un maillon essentiel d’une véritable Odyssée planétaire de l’eau. Le partage des ressources naturelles, le sens d’une responsabilité commune vis-à-vis de la santé, ainsi que la promotion de valeurs telles le bien-être, mais aussi de toutes les valeurs qui sont attachées à la valorisation du patrimoine historique et à l’esprit de dialogue sont devenus des traditions depuis que le thermalisme moderne, lié à la naissance du tourisme moderne s’est mis en place. Il n’est donc pas étonnant qu’une notion comme celle de la « conservation intégrée » promue par le Conseil de l’Europe soit naturelle aux politiques des villes thermales dans la continuité des « Orientations pour le développement de la législation et de système de gestion du patrimoine culturel » définies par la même Institution.
Le développement durable d’une ville thermale s’appuie aujourd’hui en effet sur plusieurs grands principes complémentaires du développement économique :
- l’équilibre social et la mise en œuvre d’une politique inclusive de bien-être tant pour les visiteurs que pour les habitants ;
- la protection de l’environnement (qui englobe le patrimoine culturel et naturel) dans une optique d’éco-responsabilité et de partenariat entre le secteur public et le secteur privé du thermalisme et du tourisme.
- la promotion du tourisme culturel intégrant la valorisation d’un patrimoine matériel considérable et diversifié et d’un patrimoine immatériel bénéficiant pour sa compréhension des nouvelles approches et des nouvelles techniques de l’interprétation par le transmédia.
Dans le cadre de cette rencontre, nous avons choisi de privilégier deux axes de l’analyse menée par EHTTA :
Le concept de patrimonialisation : pour un tourisme équilibré et un développement harmonieux
Le développement durable est devenu trop souvent une expression refuge destiné à se rassurer devant une crise globalisée. Le rapport qui s’établit dans le trio protection – valorisation – transmission du patrimoine n’a que trop tendance à reposer sur le concept de culte patrimonial, cette attitude narcissique devant le patrimoine que dénonce Françoise Choay pour désigner les dangers du « succès » mondial du patrimoine comme lieu d’investissement touristique ou de loisirs. Cette réflexion a donc amené les villes à insister sur l’équilibre nécessaire entre patrimonialisation de l’architecture et innovation architecturale en rapport étroit entre le secteur public et le secteur privé (établissements du thermalisme médicalisé ou ludique et services touristiques). Mais un équilibre aussi exigeant doit aussi s’établir entre la dématérialisation du patrimoine par la numérisation et la place « corporelle » essentielle du visiteur et du médiateur dans le vécu architectural d’une pratique culturelle que les experts ont aujourd’hui tendance à nommer tourisme multi-sensoriel et participatif. Le patrimoine est, symboliquement et économiquement, une ressource non renouvelable qu’il s’agit de sauvegarder, d’économiser et de valoriser. L’expérience touristique thermale est dans ce sens particulièrement propre à faire prendre parfaitement conscience par les visiteurs d’une continuité patrimoniale reliant l’environnement, le paysage culturel dans son ensemble, la connaissance de l’architecture ou « Baukultur » et la dimension humaine représentée par l’ensemble des personnages historiques qui ont inauguré le tourisme de Grand tour, ancêtre du tourisme culturel. Il s’agit donc de valoriser la liaison essentielle entre le bien-être de la culture et la culture du bien-être. Parallèlement, l’importance des patrimoines « consommables », relatifs aux savoir-faire artisanaux liés à l’importance historique des « souvenirs » proposés aux touristes (« jolités » de spas – boîtes en bois peint, bijoux en cristaux de Royat, affiches lithographiées…) ou à la gastronomie mérite une reconsidération dans le cadre d’un nouveau tourisme de territoire valorisant les productions locales.
Les valeurs européennes : leur interprétation et leur incarnation
Travailler dans le cadre d’un réseau européen de villes qui ont toujours constitué des lieux de rencontre et de dialogue nous amène à participer de manière évidente et naturelle à deux autre des objectifs de durabilité promus par les itinéraires culturels : l’accueil ouvert aux autres cultures et l’encouragement à la participation active des visiteurs qui passent tous deux par la présentation du patrimoine en termes européens.
Peter Wagner, dans l’ouvrage de l'année 2000 « Prospective : Fonctions du patrimoine culturel dans une Europe en changement » indique : « Les événements potentiellement unificateurs de l’Europe et des Européens doivent être clairement recherchés du côté des valeurs « absentes » ou « marginalisées» de l’histoire de l’Europe. En d’autres termes, le « patrimoine » peut se définir comme un ensemble de « valeurs fondamentales » permettant de reconstruire un récit, plus européanisé, de l’histoire de notre continent – en quelque sorte, un « contre-récit », en creux par rapport aux histoires nationales (c’est-à-dire, en fait, «nationalisées») que nous connaissons aujourd’hui. »
Kate Clark et Paul Drury à qui était revenu le soin de dégager des grandes tendances en matière de gestion (au sens large) du patrimoine culturel ajoutaient au concept traditionnel d’interprétation - émanant des spécialistes - le concept nouveau d’une interprétation émanant de la communauté. « Le patrimoine offre un moyen d’explorer et de bâtir une narration de l’histoire de notre continent dégageant une « vision européenne » de l’Histoire. » ajoutaient-ils.
C’est par la narration des voyages et des rencontres d’un ensemble de créateurs : peintres, écrivains, musiciens, de scientifiques et de décideurs politiques qui ont fréquenté et fréquentent encore les villes thermales et d’un appel aux carnets de voyage des créateurs d’aujourd’hui que les villes thermales peuvent répondre en tant qu’itinéraire culturel à de tels souhaits avec le patrimoine immatériel qui leur est spécifique.
Via
Thomas-Penette Michel
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