Le "maire de la nuit" toulousain Christophe Vidal interroge les candidats aux municipales sur leurs projets | Toulouse La Ville Rose | Scoop.it

Christophe Vidal

Christophe Vidal a décidé de s'entretenir avec les huit candidats aux municipales de Toulouse. L’objectif du maire de la nuit, élu en novembre 2013, est de les interroger sur leurs projets pour la vie nocturne de la ville. Ses priorités : le transport, l'urbanisme de nuit, les lieux d’agrégation, la sécurité. Selon Christophe Vidal, les candidats au Capitole ont un électorat de 50.000 travailleurs nocturnes à convaincre.

Il est déjà maire, et pourtant Christophe Vidal s’est engagé dans les municipales du 23 et du 30 mars 2014 à Toulouse. Élu en novembre 2013 au poste symbolique de maire de la nuit, l’éditeur du magazine Minuit rencontre successivement tous les candidats à la Mairie de Toulouse afin de les interroger sur leurs projets pour la ville "après 22h".

"Les candidats ont tous répondu présent, affirme l’éditeur, et, pour certains d'entre eux, le fait que la nuit puisse présenter des thématiques autres que la sécurité et la nuisance a été une découverte." Le nuitard a déjà questionné le maire sortant et candidat PS Pierre Cohen, Jean-Luc Moudenc (UMP), Christine de Veyrac, Serge Laroze (FN) et Antoine Maurice (EELV). Le prochain rendez-vous est prévu le 29 janvier avec Jean-Christophe Sellin, tête de liste du Front de Gauche.

Toulouse, ville de nuit
"Je suis le porte-parole des jouisseurs de la nuit, des travailleurs et des exclus, a précisé Christophe Vidal, et le but de cette opération est de solliciter l’inscription d’un "chapitre nuit" dans les programmes des candidats au Capitole." Le maire de la nuit toulousaine a focalisé l’attention de ses interlocuteurs sur les travailleurs nocturnes. "En France il y a 3,5 millions de personnes qui travaillent la nuit, soit 15 % de la population, a souligné Christophe Vidal. À Toulouse, il y a un électorat potentiel de 50.000 travailleurs de nuit à convaincre." Le maire de la nuit a cité également les 93.000 étudiants qui profitent de la vie nocturne de Toulouse et ont ainsi besoin de lieux d’agrégation et de moyens de transport.

L'économie de nuit étant un argument prioritaire, il a chiffré l’économie nocturne à Paris à 2 M€. Dans la Ville rose, le Comité de nuit évalue le poids économique des activités nocturnes. Les résultats seront publiés dans le livre blanc de la nuit, présenté dans le cadre des États Généraux de la nuit, en mars prochain.

Priorité aux transports en commun
Même si l’objectif du nuitard est de "faire de Toulouse une oasis du temps continu, avec l’ouverture des commerces de proximité, des pharmacies et des restaurants de nuit", le premier volet en discussion avec les candidats a été le transport. Selon Christophe Vidal, les Toulousains ne peuvent pas être satisfaits par les services existants. "Pierre Cohen a lancé le Noctambus, ce qui est très bien, explique-t-il, mais il est temps de le repenser, de le rendre plus efficace." Le service de bus nocturne dessert les résidences universitaires durant les nuits du jeudi au dimanche, de 1h à 5h. Pierre Cohen, lors de son entretien, s’est dit "preneur de nouvelles propositions". Il a pourtant affirmé qu’un service de métro 24h/24, sur le modèle de New York, n’est pas envisageable pour des raisons d’entretien des trains.

Son concurrent UMP, Jean-Luc Moudenc, partage le même avis. "Si l’on recule l’heure de fermeture, il faut reculer aussi celle d’ouverture, a souligné Jean-Luc Moudenc, et je ne veux pas pénaliser les travailleurs qui partent très tôt le matin." Le maire de la nuit est revenu également sur la proposition d’une troisième ligne de métro, lancée par le candidat UMP. "Si Jean-Luc Moudenc est prêt à dépenser énormément de fonds pour une troisième ligne de métro, je m’interroge : ne serait-il pas prioritaire de repenser le transport de nuit ?", lance-t-il.

Volet sécurité
Parmi les responsabilités du futur locataire du Capitole, la gestion de la sécurité nocturne était également au menu des échanges avec les candidats. "Globalement, la droite souhaite plus de police, et prévoit de placer plus de caméras de surveillance, constate le maire de nuit. Je partage plus la proposition d’Antoine Maurice (EELV), qui évoque la présence de médiateurs pour veiller sur les jeunes dans les quartiers plus difficiles. Je défends aussi le droit à la liberté individuelle, et je trouve que trop de caméras limitent ce droit." Jean-Luc Moudenc a défendu sa proposition, affirmant que "si les Toulousains ne veulent pas de vidéo protection, il ne faut surtout pas qu’ils me choisissent".

L’urbanisme de nuit est aussi revenu dans les débats. Christophe Vidal souhaite  "repenser l’éclairage des monuments afin de valoriser le patrimoine historique de la ville, pour le plaisir des touristes mais aussi des citoyens". Loin de trouver des solutions, mais plutôt dans la démarche de mettre en évidence des problématiques, l’éditeur se dira satisfait si les candidats inscrivent un chapitre "nuit" dans leur programme.

Simona Pizzuti
© photo Jean Chiscano

En savoir plus :
Le premier maire de nuit a été élu à Amsterdam en 2003. Cela a animé un débat qui a lancé les États généraux de la nuit à Paris en 2010, ainsi que l’idée d’un maire de la nuit en France. Le 11 novembre 2013, Christophe Vidal a été élu maire de la nuit de Toulouse avec 834 voix sur 1.261. Nantes et Paris ont également élu leurs maires de la nuit cette année.