Joseph Stiglitz à Toulouse : « Ce qui ne marchera pas, c'est l'austérité » | Toulouse La Ville Rose | Scoop.it

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001, professeur à Columbia University et ancien conseiller de Bill Clinton.


Invité d'honneur du Tiger Forum, véritable festival de Cannes de l'économie mondiale organisé par Toulouse School of Economics, Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001 et ancien conseiller de Bill Clinton, s'est exprimé pour ToulÉco sur la politique économique française et européenne.

Quel conseil immédiat donneriez-vous à François Hollande en matière de politique économique ?
Il le sait déjà. Mais il faudrait qu’il persuade rapidement l’Allemagne de changer sa politique d’austérité, qui mine l’ensemble du projet européen. Avec sa conséquence prévisible d’une montée des extrêmes en Europe car il y a un ras-le-bol général des peuples. Sans changement, sans adoption d’une union bancaire, sans euro-obligations, sans une réflexion sur une politique fiscale commune, sans solidarité européenne en matière de dette et surtout sans politique de croissance, le projet européen est en péril. En tout cas, ce qui ne marchera pas, c’est l’austérité. Diminuer le déficit en ce moment affaiblira l’économie. C’est le manque de croissance qui crée le déficit et non l’inverse.

Comment impulser la croissance ?
Le problème majeur au niveau mondial est le manque de demande agrégée. Comment donc stimuler cette demande ? La politique monétaire a atteint ses limites. Par contre, l’idée d’une augmentation raisonnée des taxes et d’un accroissement des dépenses peut stimuler l’économie. Il faut se poser les bonnes questions. Quel type de taxe sera le moins nocif ? Quel type de dépense présentera le plus de bénéfices à terme ? Dans le premier cas, il faut privilégier une progressivité de l’augmentation des taxes. Quant à la dépense publique, elle doit concerner des investissements qui produiront des actifs compensant le passif. Comme l’éducation, la santé ou les services.

Votre dernier livre, Creating a learning society, traite de la connaissance. Une des clés de la croissance ?
Comment un pays apprend et devient plus productif permet de comprendre comment il croît et se développe sur le long terme. Il est donc important de s’interroger : quelle forme de système éducatif permettra la meilleure promotion de l’apprentissage, du savoir ? Il faut apprendre à apprendre. Presque toute la connaissance est aujourd’hui accessible sur internet. L’information est en accès libre. Peut-être a-t-on donc moins besoin de retenir qu’auparavant mais plutôt d’évaluer cette information, de la trier et de la choisir.
Propos recueillis par Isabelle Meijers