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10 pistes pour réinventer le travail

Travailler autrement ? Mutations des lieux et des temps du travail

Présentation de Daniel Kaplan dans le cadre des "Jeudis du Temps" organisés par le Bureau des Temps de Rennes, le 17 avril 2014.

 

Thème de la conférence Lift à Marseille cette année, interrogation en Une du 1 hebdo la semaine dernière, sans compter les nombreuses publications qui interrogent l'impact du numérique et l'arrivée de robots à tout faire sur nos métiers et notre rapport au boulot. Voilà la question du moment : à quoi ressemblera donc le travail de demain ? Quelques grands axes de réflexion.

De nombreuses interrogations

Selon les études, 40% à 70% des emplois d’aujourd’hui seront automatisés dans 20 ans, nous dit la Fondation Internet nouvelle génération (Fing), organisatrice de la conférence Lift à Marseille. Autres constats abordés cette année : un jeune entrant dans le monde du travail aura plus de 10 employeurs dans sa vie ; les collaborateurs seront tous propriétaires de compétences, d'outils, de réseaux et d'une réputation qu'il sera nécessaire de valoriser ; sans parler des frontières qui se brouillent entre salariat, autoentrepreneuriat, activités collaboratives, formation, retraite... au point de questionner la mesure de la valeur du travail et de détacher revenus et activités. Mais que penser aussi des inégalités qui se creusent entre knowledge workers et exécutants, dirigeants et dirigés, entrepreneurs et collaborateurs ? Le numérique pourrait-il étendre les opportunités de tous ?

Autre axe d'interrogation : les frustrations générées par l'actuel monde du travail. Dans Nos voies d'espérance, la chercheuse Dominique Meda rappelle que la valeur travail n'a jamais été aussi forte en France : "ce sont juste les conditions dans lesquelles ce travail est réalisé qui sont mises en question", précise-t-elle en ajoutant que les jeunes ont surtout envie d’un boulot qui ait du sens et soit utile. "Ils sont prêts à s’investir, mais sans que leur vie sociale ou leur vie de famille soit envahie. Bref, ils cherchent autre chose que le modèle unique. Voyez le mouvement des Makers, ou bien l’Éloge du carburateur, de l’Américain Matthew Crawford. Ce brillant universitaire a décidé de tout plaquer pour ouvrir un atelier de réparation de motos. Et son livre, où il affirme qu’il est beaucoup plus heureux comme ça, a eu un succès fou. Il y explique que son travail est utile, concret et a enfin un sens parce qu’il lui donne de la reconnaissance".

Pour cette spécialiste du travail, "nous avons créé un fossé énorme entre des attentes de plus en plus multiples, vives, intenses et le monde du travail tel qu’il fonctionne actuellement. Est-ce que le travail peut à la fois procurer un revenu, permettre d’être efficace, utile, de se réaliser, d’acquérir un statut social et de la reconnaissance, alors que l’entreprise, elle, exige une totale efficacité, du rendement à court terme, de la rentabilité, de la productivité ? Je n’en suis pas sûre du tout. Nous sommes là face à une matière explosive énorme, une terrible machine à frustration".

Or, comme le rappelle cette citation de John Ruskin dans le 1, "la suprême récompense du travail n'est pas ce qu'il vous permet de gagner, mais ce qu'il vous permet de devenir". A l'heure où des auteurs comme Jeremy Rifkin affirment qu'il ne faudrait travailler que 5 à 6 heures par jour, cinq jours par semaine, tout en affirmant que la troisième révolution industrielle engendrera, dans un premier temps, des millions d'emplois dans les trente ans à venir... voilà qui a aussi de quoi faire cogiter.

De nombreuses pistes

Avant que les robots ne s'emparent de nos boulots, plusieurs pistes se dessinent aujourd'hui pour aménager le travail autrement. A commencer par un large développement du coworking qui fournit aux entreprises des solutions nouvelles de gestion du travail à distance de leurs collaborateurs tout en offrant aux indépendants des possibilités nouvelles de collaborations innovantes. Comme le souligne le document suivant élaboré par la Fing, ces nouveaux lieux partagés seront indispensables dans les temps à venir, notamment pour re-dynamiser les territoires :

A l'image de Renault ou d'Airbus, des Fab Lab vont progressivement être implantés dans les organisations afin de stimuler la créativité et le prototypage de projet. Cela a le grand mérite de libérer les processus d'innovation et de créativité des contraintes traditionnelles d'innovation.

Comme il sera nécessaire de se former tout au long de la vie, le troc de compétences et la formation entre pairs vont se répandre dans les organisations. De quoi offrir également de belles perspectives pour les MOOC (cours en ligne massifs et ouverts) ou le développement de plateformes comme Learn Assembly.

D'ailleurs, les diplômes ne seront plus le seul sésame pour se faire embaucher. L’accumulation d’expériences pertinentes et de compétences techniques utiles auront plus de valeur car plus adaptées aux nécessités des emplois de demain.

Les processus d'embauche seront sans doute différents. Entretiens par chat ou par Skype avec des candidats travaillant dans le monde entier, périodes d’essai rémunérées sur de courtes périodes de temps, à l’image de ce que fait l’entreprise américaine Automattic (éditrice de WordPress) avant de valider ou non l’embauche par un entretien.

Il n'y aura plus de contraintes d'horaires de travail tels que nous les connaissons aujourd'hui (cela a déjà commencé à changer avec l'usage des emails et le développement des smartphones) : les équipes seront managées par le résultat et les salariés pourront gérer leur temps de travail comme il l’entendent.

Les réunions seront réduites au strict minimum, le reste des échanges étant effectués par messageries instantanées et logiciels favorisant des modes de travail agiles. Cela est déjà le cas dans des entreprises comme FAVI, où "tout document, procédure, réunion ou démarche qui ne sert pas directement un client est supprimé en favorisant un esprit de solidarité autour d'un objectif unique" témoigne Jean-François Zobrist dans le 1 Hebdo.

En prolongement des politiques de responsabilité sociale, les collaborateurs réunis en une même unité géographique s'organiseront en réseau pour échanger biens et services utiles à leur quotidien (partage de voiture ou de trajet, organisation de gardes d’enfants ou d’animaux, mise en place de livraison de paniers de produits locaux, partage de cours de cuisine ou de matériel de bricolage, organisation de vide dressing, d’échanges de jouets ou d’offres d’hébergement pour les vacances) comme le propose une plateforme comme Troovon par exemple.

Le développement de la mentalité en réseau, poussée par le numérique, va provoquer la fonte des hiérarchies pyramidales. Le fonctionnement en silo sera remplacé par des pôles quasiment “auto-régulés” où chaque collaborateur, sorti de sa fonction de pur exécutant, sera en mesure de mieux assumer ses responsabilités. Naturellement, cela impliquera une régulation par les pairs qui ne sera pas sans poser quelques problèmes...

In fine, le temps de travail sera revu à la baisse, le travail des robots et la puissance des logiciels permettant de réduire le recours au travail humain, si bien qu’il sera nécessaire de revoir la notion d’activité, d’emploi, et d’étudier la possibilité d’une allocation universelle de revenu pour doter chacun d’une allocation de subsistance tout en offrant la possibilité de développer des activités non rémunérées en parallèle… pour ainsi mettre fin au mythe du plein emploi en le remplaçant, pourquoi pas, par la réalité d'une pleine activité ?

Et vous, comment imaginez-vous l'emploi et le travail demain ?

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

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carlo's curator insight, December 22, 4:48 PM

Article très intéressant , il faut oser réinventer la notion de travail; la situation actuelle est intenable....    Le partage (et donc la diminution) du temps du travail pourrait être une piste...  Mais malheureusement la société néolibérale pousse a travailler toujours plus et plus longtemps et ce dans des conditions toujours plus précaires...

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Paul Jorion : "Le travail disparaît"

Publiée le 3 oct. 2012

Pour l'anthropologue Paul Jorion, invité de "Ce soir (ou jamais !), le travail tend à disparaître.

Jacques Le Bris's insight:

 

Nous sommes des millions à le constater.

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Vous avez dit "travail" ?

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Vous avez dit "travail" ?

 

 

 

On ne revient jamais en arrière, mais, juste pour avoir une base de comparaison, supposons que, l’un dans l’autre, le niveau de consommation du Français moyen de 1960 corresponde à ce que l’écosystème terrestre peut supporter durablement, même étendu à l’ensemble des habitants de la planète. Imaginons là-dessus que, compte tenu des progrès de la productivité, il suffise de travailler deux à trois heures par jour pour atteindre ce niveau et faire tourner l’économie. Ces deux hypothèses, au surplus, ne sont peut-être pas aussi farfelues qu’elles en ont l’air. Alors, quel est le principal problème ?

 

Je devine chez certaines personnes comme un haut-le-coeur quand on évoque une telle perspective. Cependant, je ne crois pas que ce soit par rapport au niveau de confort, mais plutôt à l'idée d'une société qui tremperait dans pareille oisiveté. Une vision quelque peu puritaine conçoit le travail comme un rempart contre les nombreux vices auxquels nous nous adonnerions si on nous en laissait le temps. Une société où les gens ne sont pas occupés à travailler la majeure partie du jour semble fragile, menacée d’instabilité et de décomposition. Que va faire la population de ce temps libre ? A défaut de travailler, à quoi sera-t-elle tentée de se livrer ?

 

Si l’impératif du travail n’est pas d’aujourd’hui - la plus célèbre injonction n’est-elle pas celle de saint Paul: «Celui qui ne travaille pas ne mange pas» ? - c’est moins en raison d’une vertu intrinsèque qu’à cause d’une économie de pénurie où celui qui ne contribue pas à l’effort commun diminue une production déjà avare et pèse sur les autres. Sinon, l’Antiquité qu’elle soit grecque, romaine ou chinoise ne loue pas le travail en tant que tel et les peuples premiers, contraints à la chasse, à la pêche et à la cueillette, ne se culpabilisent pas de savourer de longues heures d’oisiveté que seuls les colonisateurs ont qualifiées de paresse. Quant à la Bible, si elle prescrit «Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front», c’est qu’elle considère le travail non comme une vertu mais comme une punition. 

 

Mais la promotion de la valeur morale du travail - valeur que je ne suis pas en train de discuter en tant que telle - fait l’affaire de tous ceux qui veulent régner sur les autres et éventuellement les exploiter. Un peuple occupé par le labeur n’a guère le temps - ni l’énergie si la tâche est pénible - de remettre en question le système social et politique. Si, en plus, le travail est judicieusement peu rémunéré ou si la production est lourdement ponctionnée, leur consacrer l’essentiel de son temps est de l’ordre de la survie. Il y a trois institutions qui, au XIXème siècle tout au moins, se ressemblent furieusement: la caserne, l’école et l’usine. On s’y retrouve enfermé entre des murs, le temps y est régi par une autorité supérieure, la première vertu est la discipline, la surveillance est rigoureuse et l’humain y devient mécanique. Ce sont tout simplement des univers totalitaires. Ainsi dressés, il ne faut pas s’étonner que les hommes, à quelques exceptions près, acceptent de se jeter dans la folie de 14-18 et que les femmes laissent faire...

 

Mais revenons à l’oisiveté et à ses risques. Notre société compte des millions d’oisifs: les retraités. Se font-ils remarquer par leurs débauches et les désordres qu’ils sèment au sein de la société ? Tout au contraire, il me semble que la plupart entre naturellement dans cette économie de la gratuité dont on parle beaucoup: ils cultivent leur jardin, rendent service aux jeunes de la famille en gardant leurs enfants et en les emmenant en vacances, ils militent et s’impliquent dans la vie associative - qui, comme on le sait, produit des richesses essentielles, même si elles ne sont pas comptabilisées par le PIB.  

 

Certes, à l’origine, la retraite a été voulue pour soulager des tâches de survie qui leur devenaient trop pénibles des vieux qui ne tarderaient pas à mourir, et, aujourd’hui, on se retrouve avec toute une population qui est encore pleine d’énergie, dont l’espérance de vie a considérablement augmentée et qui pourrait travailler au lieu de se la couler douce. D’ailleurs, ces derniers temps, vous avez peut-être humé comme moi ces relents moralisateurs dans la bouche de certains économistes qui sont incapables de créer du travail pour les jeunes générations mais qui voudraient que les vieux reviennent en plus leur faire concurrence.

 

Mais laissons de côté les intérêts antagonistes du capitalisme qui veut payer le travail le plus chichement possible tout en vendant ses produits au tarif le plus élevé et qui résout cette contradiction en faisant produire en un lieu et consommer dans un autre. Laissons de côté la solution allemande qui privilégie la multiplication des travailleurs pauvres pour réduire le nombre des chômeurs, à se demander où passe la valeur ajoutée que crée l’activité industrielle et ce qu’apporte aux humains, en définitive, l’économie moderne. Regardons plutôt du côté des facteurs culturels qui nous empêchent d’accepter le temps de liberté que le travail des machines pourrait nous octroyer. Sans doute y a-t-il tout ce que le revenu attaché au travail permet de s’offrir d’inutile, qui plombe notre empreinte écologique tout en nous aliénant au Système. Il me semble cependant que la conscience qu’il s’agit là d’un marché de dupes est en train de s’accroître. Davantage en cause, croirais-je, est la cécité peureuse qu’exprime le dicton: on sait ce que l’on perd, on ne sait pas ce que l’on trouve. Le travail comme pivot de la vie, nous en avons fait l’apprentissage pendant des générations. Il est devenu notre conditionnement. Nous en avons fait la ressource principale à partir de laquelle obtenir un revenu, nous donner une identité et frayer avec nos semblables. Nous en avons fait aussi un bouclier contre certaines situations - ce n’est pas pour rien que l’entrée en retraite s’accompagne d’un accroissement du nombre des divorces! - et contre les questions existentielles qui pourraient nous perturber. C’est pourquoi il est naturel que nous nous trouvions angoissés ou désemparés à la seule idée qu’il viendrait à occuper beaucoup moins de place. Notre vie serait comme une maison tout d’un coup trop grande pour le mobilier que nous avons.

 

La richesse fondamentale, c’est le temps, et la vie, faut-il le rappeler, n’est faite que de temps. Les retraités de nos pays nous montrent que cette richesse est mieux que gérable: elle est désirable. Et, si on regarde la question plus au fond, ce n’est pas seulement d’une autre répartition des heures qu’il s’agit, c’est d’un tout autre rapport à l’existence. Confucius disait: « A quinze ans, je résolus d’apprendre. A trente ans, j’étais debout dans la voie. A quarante ans, je n’éprouvais plus aucun doute. A cinquante ans, je connaissais le décret du Ciel. A soixante ans j’avais une oreille parfaitement accordée. A soixante dix ans j’agissais selon les désirs de mon cœur, sans pour autant transgresser aucune règles. » Rien à voir avec l’angoisse d’occuper l’après-midi. Rien à voir avec une oisiveté dont on ne saurait que faire. Il s’agit d’un autre rapport à la vie et au monde, d’une autre civilisation. Une civilisation dont nous avons les moyens alors que l’idéologie des uns et la rapacité des autres sont en train de nous organiser une sorte de fin du monde dont seul un esclavage renforcé, si on les écoute, pourrait nous sauver.

 

Bronnie Ware, une infirmière australienne, a accompagné des centaines de mourants. Dans un livre intitulé «Les 5 plus grands regrets des personnes en fin de vie», elle évoque celui qu’elle les a entendu le plus souvent exprimer: avoir consacré trop de temps au travail. Alors, pensez-vous encore que cela vaut la peine d’accélérer la destruction de la planète pour des objets qui sont le vestige de notre dérive consumériste et pour créer des emplois, le plus souvent ailleurs que chez nous ? Continuer à chercher la solution dans le cadre de références qui a engendré le problème, c’est perpétuer le problème. Aurons-nous l’audace de tout remettre en question avant qu’il soit trop tard ?

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"Notre modèle social a vécu, il n'est plus adapté" (Pierre Gattaz)

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Conformément aux propositions du Medef, révélées lundi par Les Echos avant la conférence de presse de l'organisation patronale prévue pour mercredi 17 septembre, Pierre Gattaz milite pour que la durée de travail s'adapte aux besoin des sociétés.



Le président du Medef estime, dans un entretien accordé au Parisien/Aujourd'hui en France mardi 16 septembre, qu'il faut "fluidifier" le marché du travail.

"Les mots interdits, les tabous, ça suffit [...] Il faut fluidifier le marché du travail. [...] Notre modèle social a vécu, il n'est plus adapté."

Les récentes propositions du mouvement patronal sur les salaires, la durée du travail ou les jours fériés pour créer (selon le Medef) un million d'emplois, révélées par Les Echos lundi 15 septembre, ont été jugées provocatrices par les syndicats. Pierre Gattaz, le président du Medef, déplore qu'il y ait "encore beaucoup de conservatisme" chez ces derniers.

Il plaide pour un dévérouillage des contraintes dans un entretien accordé au Parisien/Aujourd'hui en France, mardi 16 septembre:

"Il y a une double peur en France : celle du salarié de se faire licencier et celle du patron d'embaucher. Attaquons-nous à cette double peur."

Négocier le temps de travail selon les besoins des entreprises

Conformément aux propositions du Medef révélées avant la conférence de presse de l'organisation patronale prévue pour le mercredi 17 septembre, Pierre Gattaz milite pour que la durée de travail s'adapte aux besoins des sociétés:

"Toutes les entreprises devraient pouvoir négocier le temps de travail à la carte, selon leurs besoins et pas seulement celles qui ont des difficultés [...] Les 35 heures appliquées de manière uniforme, ce n'est plus d'actualité".

Et de renchérir en plaidant pour une libéralisation du travail de nuit et le dimanche:

"Il faut autoriser le travail le dimanche et après 21 heures, sur volontariat, quand une entreprise le demande par exemple. En France, il y a cinq millions de chômeurs... Si on leur propose de travailler de 21 heures à minuit en étant doublement ou triplement payés, c'est toujours mieux que rien, non ? Ouvrons le débat."

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Je serais tellement plus utile au chômage #emploi #hasbeen | JCFrogBlog4

Je serais tellement plus utile au chômage #emploi #hasbeen | JCFrogBlog4 | Think outside the Box | Scoop.it

Je suis exaspéré. Si, si

Je n’entends parler que d’emploi. C’est devenu l’étalon or, la justification absolue, le fourre tout. Pas une émission, pas un discours politique sans que cela ne dirige les débats. On se moque de l’intérêt des choses, on ne compte que les emplois. Et en plus on compte mal, souvent on ment.

J’ai 45 ans, je suis né en 68, année de certains rêves. Je suis à peine plus vieux que le 1er choc pétrolier, je n’ai entendu au cours de ma vie que des encravatés me dire qu’ils se battent pour la croissance et l’emploi. Et je n’ai jamais connu que le chômage de masse et la décroissance de mon environnement.

Reconnaissance sociale.

On a besoin d’argent pour vivre, soit. On a besoin de faire des choses pour s’épanouir, je le pense. Mais quel rapport avec l’emploi? Pourquoi est-il si profondément ancré en nous que c’est une valeur? J’ai bien une idée mais là on va tomber dans le subjectif et je voudrais être consensuel aujourd’hui

Restons en donc aux faits. Qui pourrait dire qu’un employé de nos armuriers qui travaille pour un gras salaire sur les mines anti-personnelles ou les armes biologiques est plus utile à la société que Mr René, chômeur senior sans espoir de retour à l’emploi et qui passe son temps a donner du soutien scolaire à nos enfants.

Notre société nous éduque à lui nuire

Je suis ingénieur, on m’a donné un diplôme qui sans me protéger de tout me donne toutes le chances. Et je m’en suis servi: j’ai tout. En tout cas j’ai tout ce qui pour moi fait une vie bien privilégiée, je ne souhaite rien de plus. Quand je regarde mes amis ingénieurs, l’immense majorité travaille, comme moi il y a peu, pour des grosses boites et mettent leur « génie » au service d’empires économiques sans avoir la moindre maîtrise de ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Quand tu penses que des ingénieurs travaillent à l’obsolescence programmée, et on nous dira qu’il n’y a pas de sot métier.

Il y a 2 ans ma femme et moi avons pris une décision un peu folle: tout larguer pour aller s’installer au bord de la mer. La chance a été de la partie: un ami m’a offert un emploi de rêve, je travaille de chez moi sur des choses que j’aime. Le pied absolu.

Cela n’empêche que je me suis posé beaucoup de questions à cette époque sur ce que j’allais faire de ma vie. Je débarquais dans un environnement de rêve mais quitter un boulot stable de cadre en région parisienne pour aller s’enterrer au fond du Morbihan, ce n’était pas très responsable en terme de carrière

J’ai encore des proches qui croient que j’ai fait ça pour faire plaisir à ma Dame. Ils n’imaginent pas que c’est moi qui ait eu l’envie, celle de changer d’air, de quitter ce cirque insensé où je fanais.

Lorsque je suis arrivé, tout à mon émerveillement, j’étais plein d’envies, de volonté de faire quelque chose de bien. J’ai pensé à 10 000 trucs pour mettre mes modestes connaissances au service de la commune, de l’école, du collège, des vieux, et le constat est simple: à chaque fois que je pensais à quelque chose d’utile à la société, c’était impossible de pouvoir en vivre. Et tous les trucs qui me semblaient avoir une chance de marcher étaient au mieux inutiles, plus souvent nuisibles, donc hors de question.

Pourtant il y en a des choses à faire pour booster la société. Pour ne parler que de mon domaine, les développeurs pleins d’envies et de générosité sont légions. Ils sont capables de grandes choses. Ceux qui ne connaissent pas ce monde n’imaginent peut être pas à quel point ils sont capables d’aider la communauté dans tous les aspects de la vie quotidienne.

Mais toute cette énergie, toute cette puissance est mise au service de la marge à 2 chiffres. L’immense majorité de ces artisans du futur finiront dans de tristes gratte-ciels à développer une technologie rentable pour les actionnaires, parfois nuisible, en tout cas éloignée de toute considération pour l’intérêt général. Un seul coupable: l’emploi et donc la soumission comme unique perspective de revenus. Je sais, il existe aussi des entrepreneurs. On en parlera peut-être une autre fois

Tant qu’on nous éduquera dans l’espoir d’avoir « une belle situation » (entendez « grassement payée », pas « noble métier »), ça ne risque pas de bouger.

Etre ingénieur ce pourrait être beau. Innover, inventer pour libérer les hommes du travail abrutissant, ce serait grand, le faire pour pousser massivement les gens au chômage, c’est une honte. J’entendais récemment Fleur Pellerin déclarer tous sourires numériques déployés que « les petits emplois c’est fini, on ne peut pas rivaliser avec les pays émergents, il faut développer les hautes technologies et les emplois hautement qualifiés ». Ah oui? C’est une ministre socialiste qui nous chante ça? Et on fait quoi des gens « non qualifiés », tout le monde à la poubelle? Concrètement oui, c’est bien ce que nous faisons. Et comme les dirigeants sortent exclusivement des zones « qualifiées », on continue le massacre dans des rêves illusoires de formation professionnelle qui vont élever le bon peuple.

Emancipation

J’ai travaillé 17 ans dans l’automatisation de tri postal. De merveilleuses machines qui mettent tellement de postiers au chomage. J’ai toujours eu l’utopie de la machine qui libère l’homme, mais le temps a passé et j’ai bien du me rendre compte que tout mon travail ne participait qu’au bénéfice exclusif de mes patrons, et au mien bien sûr. J’ai vraiment cru que ça changerait, que la révolution numérique mettrait un peu de temps à être comprise mais après toutes ces années pas l’ombre d’un début de prise en compte de cette nouvelle réalité: l’emploi disparaît.

 

Tout ceci n’empêche que le bilan que je tire modestement de ma petite expérience de vieux (j’ai appris récemment qu’à 45 ans je passais professionnellement dans la rubrique senior) est raide: nous marchons sur la tête. Au prétexte de booster la Sainte Croissance qui seule saura apporter le bonheur aux petites gens, nous avons appris à être rentables. Méritants dit-on dans le jargon politique, ultime hypocrisie. Tout ça pour qu’au final des jeunes rêvent de devenir footballeur ou rock star de la télé réalité, tu parles d’un mérite.

Il faut se libérer de l’emploi, je ne sais pas si c’est par le Revenu de Base, le Salaire à vie, ou d’autres propositions mais il existe des pistes de réflexion dont on n’entend jamais parler chez Pujadas. On continue de gaspiller des milliards à subventionner des pans entiers de l’économie dont l’activité est in fine nuisible à la société, tout cela soit-disant pour l’emploi.

Si les bonnets rouges pouvaient vivre sans être « obligés » de nuire à l’environnement breton, il n’y aurait plus de bonnets rouges. Mais faut bouffer, et donc l’intérêt général se sera pour plus tard, encore une fois.

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