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La Turquie lance l’offensive contre les Kurdes

La Turquie lance l’offensive contre les Kurdes | Think outside the Box | Scoop.it

Manifestation contre les frappes turques visant des positions du PKK en Irak, à Diyarbakir (au Kurdistan turc), le 25 juillet
  


Des chasseurs bombardiers turcs ont mené, dans la nuit de dimanche 26 à lundi 27 juillet, un nouveau raid aérien sur les positions des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit en Turquie) dans le nord de l’Irak. Positionnée à Semdinli (dans la région de Hakkari), l’artillerie turque a visé plusieurs heures durant, dimanche, des bases du PKK situées de l’autre côté de la frontière. Dans le même temps, des chars turcs bombardaient d’autres positions kurdes, en Syrie cette fois, dans le village de Zur Maghar. Ces frappes sont intervenues après l’explosion d’une voiture piégée, dans la nuit de samedi à dimanche, au passage d’un véhicule militaire sur une route près de Diyarbakir, la grande ville kurde du sud-est de la Turquie. L’attentat, qui a causé la mort de deux soldats, a été revendiqué par les Forces de défense du peuple (HPG), le bras armé des rebelles kurdes.

La Turquie est confrontée à une flambée de violence depuis l’attentat, attribué à un kamikaze turc d’origine kurde ayant effectué des séjours en Syrie, qui a fait 32 morts lundi 20 juillet à Suruç (sud-est), non loin de la frontière avec la Syrie. Deux jours plus tard, le PKK se vengeait en assassinant deux policiers, complices selon lui de complaisance envers les djihadistes, à Ceylanpinar (sud-est).

  

Le processus s’accélère.

Les régions kurdes sont sous tension, des commissariats ont été mitraillés à Diyarbakir, Siirt, Mardin, des voitures ont été brûlées à Kars, sans faire de victimes. Violence aussi à Istanbul, où un policier a été abattu, dimanche 26 juillet, dans le quartier de Gazi, lors de heurts survenus pendant l’enterrement d’une militante d’extrême-gauche, tuée quelques jours auparavant lors d’un coup de filet de la police.

Quelque 590 personnes – islamistes radicaux, sympathisants du PKK, militants du DHKP-C (gauche radicale) – ont été arrêtées dans 22 régions du pays. Lundi 27 juillet à l’aube, une opération a été lancée dans le quartier de Hacibayram à Ankara, réputé pour ses réseaux de recrutement de djihadistes vers la Syrie. Un climat d’état d’urgence règne, plusieurs sites prokurdes ont été bloqués le 25 juillet tandis qu’une manifestation pour la paix, prévue dimanche 26 à l’appel d’associations de gauche, a été interdite par le préfet d’Istanbul.

 

Bombardement contre l’EI

L’armée turque est sur les dents. L’état-major a fait annuler les vacances des officiers qui servent dans les « zones critiques »« Les opérations vont continuer jusqu’à ce que les centres de commandements d’où sont programmées les attaques contre la Turquie et les dépôts d’armes soient détruits », a annoncé le premier ministre Ahmet Davutoglu.

Ces tensions surgissent au moment où le gouvernement turc a effectué un virage à 180° dans la lutte contre l’organisation Etat islamique (EI), lançant son aviation contre des positions des djihadistes au nord de la Syrie. Ankara a également offert l’usage de bases aériennes aux forces de la coalition anti-EI, un tournant par rapport aux réticences formulées jadis pour rejoindre la coalition.

« La Turquie n’a pas l’intention d’envoyer des troupes au sol en Syrie mais elle pense, comme les Etats-Unis, qu’il faut apporter un appui aérien aux rebelles syriens modérés », a expliqué M. Davutoglu dans un entretien accordé à plusieurs journaux turcs. Les bombardements turcs sur la Syrie se déroulent au nord d’Alep où des combats font rage entre l’EI et l’Armée syrienne libre.

C’est précisément sur cette bande de terre que les Turcs ont obtenu des Américains la création d’une « zone tampon », réclamée de longue date par le président Recep Tayyip Erdogan. « Une fois que l’EI sera chassée de cet endroit, des zones sécurisées apparaîtront naturellement, constituant un abri pour les déplacés », a expliqué samedi le ministre des affaires étrangères Mevlut Cavusoglu.

image: http://s1.lemde.fr/image/2015/07/27/534x0/4700684_6_7ddd_dans-le-centre-de-diyarbakir-la-capitale-du_b10f330b9a0baa9d34f774bead1ab0c9.jpg

Blanc-seing de la Maison Blanche

Ankara a apparemment obtenu un blanc-seing sur les raids de l’aviation contre le PKK au Nord de l’Irak. La Maison Blanche a reconnu dimanche le droit des Turcs à « mener des actions contre des cibles terroristes », selon le conseiller adjoint du président Barack Obama à la Sécurité nationale, Ben Rhodes. Plus mesurée, la chancelière allemande Angela Merkel a invité son homologue turc, Ahmet Davutoglu, dimanche par téléphone, à plus de modération en lui rappelant « le principe de proportionnalité » dans la riposte. En quête de soutien, la diplomatie turque a demandé une réunion extraordinaire du conseil de l’Otan qui aura lieu mardi.

Deux raisons ont poussé les Turcs à s’entendre avec les Etats-Unis : le risque des infiltrations de djihadistes en Turquie, souligné à l’envi par les services ces derniers mois et aussi la perspective d’un retour de l’Iran sur la scène régionale suite à l’accord trouvé sur le dossier nucléaire. L’engagement turc « change la donne régionale », a fait valoir ­Ahmet Davutoglu.

« LE CESSEZ-LE-FEU N’A PLUS AUCUNE SIGNIFICATION APRÈS LES RAIDS INTENSIFS DE L’ARMÉE TURQUE D’OCCUPATION »

Négocié pied à pied ces dernières semaines avec Washington, l’accord, salué par les alliés de l’OTAN, s’est assorti de l’ouverture d’un second front contre le PKK en Irak qui a fait voler en éclat le processus de réconciliation avec les rebelles kurdes, engagé en 2012. « Le cessez-le-feu n’a plus aucune signification après les raids intensifs de l’armée turque d’occupation », affirme le PKK dans un communiqué.

Les deux parties semblent déterminées à brûler tous les ponts, au risque de revenir aux terribles affrontements de la fin des années 1990, quand le sud-est du pays était ravagé par la guerre entre l’armée turque et le PKK, au prix de dizaines de milliers de morts et de millions de déplacés. Cette escalade aura un coût politique et économique au moment où la Turquie a besoin de plus de croissance et d’investissements.

 

Nouvelles élections

Ce changement de cap survient au moment où le parti de la Justice et du développement (AKP, islamo-conservateurs), privé de sa majorité parlementaire depuis les législatives du 7 juin, tente péniblement de former un gouvernement de coalition. S’il n’y parvient pas avant la fin du mois d’août, il y aura de nouvelles élections.

Selon les analystes, l’AKP entre en guerre contre l’EI et le PKK dans l’espoir de récupérer les voix perdues lors du dernier scrutin. Cette soudaine perte de popularité fut vécue comme une claque pour ce parti, vainqueur haut la main de toutes les élections depuis 2002.

Le Parti républicain du peuple (CHP, kémaliste) joue lui aussi la carte préélectorale en annonçant sa bonne disposition à former un gouvernement avec l’AKP « pour le salut du pays ». Le grand perdant de la nouvelle donne est le Parti de la démocratie des peuples (HDP, gauche, prokurde), jusqu’ici en première ligne pour négocier l’accord de paix entre le PKK et le gouvernement.

Les dirigeants du HDP se retrouvent désormais entre le marteau et l’enclume, marginalisés par les autorités pour leurs liens avec le PKK, contourné par la direction militaire du mouvement rebelle, moins encline que jamais à rendre les armes.



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Fuir la Syrie par le trou d’une aiguille

Fuir la Syrie par le trou d’une aiguille | Think outside the Box | Scoop.it

Des combattants du groupe Etat islamique ordonnent à des Syriens massés près de la frontière turque de retourner chez eux, le 13 juin (AFP / Bülent Kiliç)

 

AKÇAKALE (Turquie), 15 juin 2015 – Cela fait près d'une semaine que nous sommes ici, à Akçakale, à la frontière turco-syrienne. En face de nous, nous pouvons voir la ville syrienne de Tall Abyad, au cœur d’une féroce bataille entre le groupe Etat islamique qui la tient et les forces kurdes qui cherchent à la reprendre. Des milliers de personnes fuient les combats et essayent de rejoindre la Turquie, où quelque 1,8 million de Syriens ont déjà trouvé refuge. Mais le 10 juin, après avoir laissé entrer plus de 13.500 habitants de Tall Abyad, les autorités turques, craignant d’être débordées par un afflux massif, ont fermé la frontière.

(...)


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Propagande de guerre : 5 principes

Invité vendredi 6 septembre dans un numéro de « Ce soir ou jamais » consacré au thème « Intervenir ou pas en Syrie : le dilemme ! », le journaliste belge Michel Collon rappelle quelques grands principes de la propagande de guerre que subissent actuellement les populations occidentales, dont la française :

1) cacher les intérêts,

2) cacher l’histoire – il rappelle au passage que Roland Dumas a été sollicité par le Royaume-Uni, il y a deux ans, pour participer à « quelque chose contre la Syrie »,

3) diaboliser l’adversaire,

4) donner à l’intervention un habillage humanitaire et diplomatique,

5) monopoliser le débat sur les grands médias et empêcher les adversaires de s’exprimer. « Si on veut une humanité solidaire et sans guerre, il faut voir qui provoque les guerres », attaque-t-il.

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LE PEUPLE FRANCAIS EN PLEINE INTERROGATION...!

LE PEUPLE FRANCAIS EN PLEINE INTERROGATION...! | Think outside the Box | Scoop.it

Les français sont dans l'interrogation. Ils savent, c'est indéniable que des gaz sarin ont été utilisés et cela va à l'encontre de la convention de Genève (1997) qui interdit l'usage des armes chimiques. La ligne rouge a été dépassée et il est logique que les choses soient mises au clair car l'escalade n'est pas loin dans le cas contraire... mais qui les a lancé ? qui les a ordonné ? là est la question...! Mais aussi, pourquoi se lancer dans un conflit avec comme seul allié, les américains sans avoir derrière soi le reste de l'Europe ? Les questions se bousculent, sans avoir la plus petite réponse. Les représentants du Peuple français ; les députés et les sénateurs pourront peut-être, je dis bien peut-être poser les bonnes questions. Seront-ils entendus ? Le Parlement est-il représentatif de tous les français ? et surtout ; à quoi cela va-t-il servir puisqu'au final c'est, d'après la Constitution de la 5ème République, le Président et lui-seul qui doit prendre cette grave décision. La Démocratie, ce grand et noble mot qui signifie : régime dans lequel le peuple exerce la souveraineté en contraste avec la Monarchie absolue qui donne les pouvoirs à un seul homme, sonne aujourd'hui bizarrement aux oreilles des français. 

Les tergiversations des États-Unis ont fait peur aux européens car une frappe ne doit pas être annoncée des semaines, voire des mois à l'avance ; le pays a le temps de s'organiser et cela n'a plus aucun sens...

Rien ne sortira au Parlement cet après-midi que l'on ne sache déjà mais cela apaisera certains français ! Alain Vidalies, Ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, ne disait-il pas ce matin sur la chaîne Itélé, répondant aux questions suivantes ; 74% des français veulent un vote au Parlement, que répondez vous à cela ? 
"La Constitution est claire sur ce sujet c'est au Président et à lui seul de décider"
Mais 74% des français c'est tout de même important, c'est le peuple
"D'autres instances décideront"

Cela a de quoi faire réfléchir !!


 

JADEIQUE


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Syrie : lettre ouverte de François Bayrou au Président de la République

Syrie : lettre ouverte de François Bayrou au Président de la République | Think outside the Box | Scoop.it

François Bayrou estime qu'une intervention militaire en Syrie engagerait la France "dans une voie périlleuse" faisant "courir un grand risque à l'avenir". Il appelle François Hollande à envisager les autres solutions.

"Monsieur le Président,

Votre décision d’engager la France en Syrie est prise et l’attaque est imminente.

Je veux cependant vous dire à quel point cette décision est périlleuse. Cette décision est prise sans consultation du Parlement, à la différence de Cameron qui a respecté le refus des députés britanniques et aussi d'Obama qui a annoncé qu'il consulterait le Congrès.

Un tel pouvoir de décision sans consultation se justifie quand il y a urgence. Il est impensable cette fois-ci que le Parlement ne soit pas consulté.

Il y avait urgence au Mali. Il fallait agir dans la minute : vous l’avez décidé, vous avez bien fait, et je vous ai soutenu publiquement sans hésitation ni réserve.

En Syrie, la situation n’est pas la même. S’il est peu de doute qu’il existe des armes chimiques (les mêmes ont été si largement utilisées pendant la guerre de 14), les preuves indiscutables de la responsabilité de leur utilisation n’ont pas été apportées, comme l’a reconnu M. Cameron. Le fer et le feu continuent à faire des deux côtés de nombreuses victimes.

Vous créez un précédent : vous allez intervenir sans mandat des Nations unies, sans nos alliés européens, sans l’Otan, dans une action bilatérale avec les États-Unis. Ce que la France reprochait en 2003 à Berlusconi, à Blair, à Aznar, elle va l’accomplir aujourd’hui. Comment interdire à d’autres demain des interventions unilatérales?

Vous allez intervenir avec des buts incertains. Vous annoncez que vous ne voulez pas renverser Assad et peser sur l’issue du conflit!… C’est une déclaration diplomatiquement hypocrite et qui n’a pas de crédibilité.

Il ne s’agit pas d’un "avertissement" : il s’agit d’une intervention faite pour mettre à genoux le régime actuel (à bien des égards détestable) et donner la victoire à ses adversaires.

Qui sont ces adversaires? À qui s’apprête-t-on à donner la Syrie et de larges pans de la région? À des forces fondamentalistes engagées dans une entreprise globale d’instauration de l’islamisme politique, au cœur de l’affrontement séculaire et désormais brûlant entre sunnites et chiites.

Qui seront les victimes? D’abord ceux que nous frapperons directement, militaires et parfois civils ; ensuite les communautés minoritaires en Syrie, les différentes communautés chiites, les communautés chrétiennes d’Orient (qui adressent une supplique unanime pour qu’on renonce à cette attaque) ; enfin le Liban, dans l’existence et l’équilibre duquel nous avons une responsabilité historique et où des forces françaises sont engagées - et exposées - dans le cadre de la Finul…

La frappe n’est pas non plus la seule solution.

Il est une gamme de rétorsions, de poursuites et de sanctions, conduisant les coupables jusqu’au Tribunal pénal international, qui auraient le même effet dissuasif sans exposer aux mêmes risques. Et qui pourraient, elles, conduire à la seule solution que l’on doive espérer, négociation et solution politique protégeant toutes les minorités. La France a, vis-à-vis de la Syrie, du Liban et des communautés minoritaires religieuses et ethniques de la région, une responsabilité historique et affective.

Et la France a un devoir vis-à-vis d’elle-même!

Nous avons construit une image de la France au travers des décennies : de de Gaulle à Jacques Chirac lors du drame irakien, nous étions le pays qui parlait avec tous, et protégeait l’essentiel. Et ce n’était pas seulement une image : c’était notre identité et notre réalité. C’était un patrimoine pour notre pays.

Monsieur le Président, nous étions nombreux à avoir mis de l’espoir en votre modération et votre équilibre. Vous engagez la France dans une voie périlleuse.

Je souhaite me tromper, mais je voulais vous dire que vous faites courir un grand risque à l’avenir de la Syrie, aux minorités, au Liban, et à une certaine idée de la France qui ne s’aligne pas.

François Bayrou."

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En Syrie, une expérience de démocratie directe, égalitaire et multiconfessionnelle tient tête à l'Etat islamique

En Syrie, une expérience de démocratie directe, égalitaire et multiconfessionnelle tient tête à l'Etat islamique | Think outside the Box | Scoop.it

Photo : © Michalis Karagiannis

 

Les médias occidentaux relaient abondamment les décapitations, les appels au meurtre et les exactions perpétrés par Daech, le pseudo « Etat islamique ». Pourtant, face à cette barbarie, les populations kurdes, arabes ou yézidis de la région de Rojava, au nord de la Syrie, mettent en oeuvre un autre modèle de société, émancipateur, égalitaire, multiconfessionnel, et très démocratique. Une expérience qui pourrait même servir d’inspiration pour ramener la paix dans la région. En attendant, les Kurdes et leurs voisins combattent pour défendre cette utopie concrète, sans véritable soutien international. Entretien avec des chercheurs et activistes qui en reviennent.

Les raisons d’espérer sont rares en provenance de Syrie. Mais en janvier 2015, le monde découvre, ébahi, les images de femmes kurdes en treillis qui participent à la résistance puis à la libération de la ville syrienne de Kobané. Un mouvement démocratique et anti-patriarcal vient de défaire les forces ultra-réactionnaires de l’État islamique, victorieuses ailleurs. Deux modèles de société radicalement différents se font face. Car le Kurdistan syrien fait l’expérience depuis 2011 d’une révolution démocratique inédite.

Assez vite débarrassé des forces du régime de Bachar el-Assad, le mouvement de libération kurde y a développé une organisation politique basée sur la démocratie directe, l’organisation en communes et la libération des femmes. Malgré la guerre, les attaques de l’État islamique (EI), l’embargo turc, sur fond d’indifférence de la communauté internationale, la région poursuit la mise en pratique de ce confédéralisme démocratique, un modèle de société multiconfessionnelle et multi-ethnique, sans État, pour l’émancipation de tous. Entretien avec Ercan Ayboğa et Michael Knapp, co-auteurs de Revolution in Rojava, ouvrage d’enquête militante sur cette révolution en cours au milieu du chaos syrien.

 

Basta ! : Ce qui se passe depuis 2011 dans la région syrienne de Rojava (au nord de la Syrie, à la frontière avec la Turquie), représente-t-il le contre-modèle absolu de la violence de l’État islamique ?

Ercan Ayboğa [1] : L’État islamique représente la ligne la plus réactionnaire qui existe aujourd’hui et en Syrie et au Moyen Orient, plus réactionnaire encore qu’Al-Qaïda, et le pôle le plus opposé au mouvement de Rojava. Il y a d’un côté le modèle de société de Rojava, une démarche démocratique et émancipatrice, et de l’autre, l’EI, extrêmement réactionnaire, hiérarchique, misogyne, absolument anti-démocratique, violent, et qui exploite les populations.

Michael Knapp : Rojava ressemble évidemment à une antithèse de l’EI. Mais c’est beaucoup plus profond. L’EI est aussi l’expression du jeu des forces présentes au Moyen Orient. Rétrospectivement, vu de l’Occident, on peut avoir l’impression que le mouvement de Rojava est né en opposition à l’EI. Mais en fait, c’est plutôt l’EI qui a été renforcé par des puissances comme la Turquie, entre autres pour détruire ce projet de Rojava.

 

Comment le projet démocratique du mouvement kurde s’est-il mis en place en Syrie, malgré la guerre civile ? Un compromis a-t-il dû être passé avec le régime de Bachar el-Assad ?

Michael Knapp : Quand la guerre civile a commencé en Syrie, le mouvement kurde n’a pas voulu s’allier à l’opposition. Il soutenait bien évidemment l’opposition démocratique, celle qui misait sur une sortie de crise politique et pas sur une escalade de la violence. Mais il voyait aussi que les forces d’opposition étaient soutenues par la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar et les pays occidentaux. C’est pour ça que le mouvement kurde a décidé de prendre une troisième voie.

Du point de vue militaire, les forces combattantes d’autodéfense kurdes sont allées encercler les casernes du régime et leur ont dit : soit vous partez, soit on vous combat. Souvent, les soldats du régime se sont retirés relativement pacifiquement, pensant que les forces kurdes n’allaient pas combattre aux côtés de l’Armée syrienne libre. Le régime a donc préféré poster ses soldats ailleurs. Même s’il y a eu des combats autour des puits de pétrole. C’est dans ce vacuum que le modèle de Rojava a pu prendre naissance.

Les membres de la coalition nationale syrienne et de l’armée syrienne libre reprochent parfois aux structures d’auto-organisation de la région de collaborer avec le régime. Mais il faut comprendre que le mouvement kurde suit un principe d’autodéfense légitime et de primat de la politique civile. Cela veut dire qu’aussi longtemps qu’on n’est pas attaqué, il faut tout résoudre politiquement. C’est aussi la politique suivie par la guérilla du Nord-Kurdistan (Kurdistan turc).

 

Comment s’organise maintenant la vie politique dans la région ?

Michael Knapp : C’est complexe et dynamique à la fois. L’organisation s’adapte aux besoins. Les assemblées des conseils sont le moteur de tout. Il y a plusieurs niveaux de conseils : de rue, de quartier, de la ville… Chaque niveau envoie ensuite des représentants dans les structures du niveau supérieur : des conseils de rue aux conseil de quartiers, des conseils de quartiers aux conseils des villes, puis vers les conseils des cantons et jusqu’au conseil populaire de Rojava. Les communautés s’organisent aussi en commissions à ces différentes niveaux, pour la sécurité, l’économie, la justice…

Les commissions forment comme des ministères au niveau de la région. Les conseils sont toujours doubles, avec un conseil mixte et un conseil des femmes. Le conseil des femmes a droit de veto. Et dans tous les conseils mixtes, il y a une règle de parité, un quota de 40 % au moins pour chaque genre, et le principe d’une double direction, élue, avec une femme et un homme. Si dans une ville, il y a une communauté yézidie ou des communautés arabes, par exemple, ils ont aussi droit à une co-présidence dans les conseils. On a donc souvent une présidence de conseil triple voire quadruple.

Parallèlement aux conseils, il existe un parlement, parce qu’il y a encore des gens qui sont membres de partis et qui doivent aussi pouvoir s’organiser et être représentés. Dans ce parlement, il y a les partis, mais une partie des sièges sont réservés à des organisations de la société civile, associations de défense des droits de l’homme, de la communauté yézidie… Malheureusement, il n’a pas encore été possible de tenir des élections au niveau de toute la région pour désigner par le vote les membres de ce Parlement, à cause de la guerre.

 

D’où vient ce modèle de l’auto-organisation et de confédération démocratique ?

Ercan Ayboğa : Des structures d’auto-organisation communalistes sont nées au Nord-Kurdistan, en Turquie, en 2007-2008. Ces expériences se sont ensuite transmises à Rojava à partir de 2011. Le projet de confédération lui-même vient du KCK (Union des communautés du Kurdistan), une branche du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) créée en 2005. L’idée était de démocratiser le mouvement de libération kurde, de s’éloigner d’une structure de parti pour aller vers un mouvement porté par la société toute entière. Le mouvement a profité des héritages historiques comme la Commune de Paris (1871), mais surtout du mouvement zapatiste au Mexique. Avant, le PKK avait une démarche marxiste-léniniste. Le parti a lancé des discussions sur le « confédéralisme » démocratique au début des années 2000.

 

L’écologie joue-t-elle un rôle dans ce mouvement ?

Michael Knapp : L’écologie en est un point central. Pour développer le projet du confédéralisme démocratique, Öcalan (le leader du PKK, emprisonné en Turquie depuis 1999) s’est saisi du principe de l’écologie sociale du militant américain Murray Bookchin. Avec l’idée que le capitalisme est un système qui conduit à la destruction de la planète, et qu’il faut donc construire une économie basée sur une production régionale, écologique et décentralisée.

 

Quelles sont les structures d’émancipation des femmes à Rojava, à côté des conseils de femmes et des brigades féminines des forces d’auto-défense ?

Ercan Ayboğa : Dans chaque ville, il y a une maison des femmes. C’est un centre politique, mais aussi un centre de conseil, avec des séminaires, des cours, du soutien. Il y a aussi de nombreuses coopératives de femmes, des boulangeries, des coopératives textiles, de produits laitiers…

Michael Knapp : Le mouvement de libération des femmes profite aussi aux autres communautés, par exemple aux communautés suryoyes (chrétiens) et arabes. Sur la zone près de la frontière irakienne, il y avait des groupes arabes très conservateurs mais qui sont entrés en conflit avec l’EI et ont demandé aux unités kurdes des les aider à s’en libérer. Du coup, beaucoup se sont joints au mouvement. J’ai vu des unités de formations de ces hommes. Il ne s’agissait pas seulement de savoir-faire militaire, mais aussi de discussions sur les droits des femmes et sur la démocratie directe.

Nous avons aussi rencontré des jeunes femmes des communautés arabes qui ont rallié les forces combattantes d’autodéfense [2]. Elles nous ont dit qu’il y a deux ans, elles ne sortaient pas de leur maison, et maintenant, elles protègent la frontière les armes à la main. Ce modèle de confédéralisme démocratique n’est pas identitaire. C’est pour ça qu’on peut espérer qu’à plus grande échelle, il puisse aussi représenter un modèle de résolution des conflits ailleurs au Moyen Orient.

 

Comment s’organise l’économie ?

Michael Knapp : C’est très difficile notamment à cause de l’embargo imposé par la Turquie. Dans le canton de Jazirah par exemple [La région de Rojava a été découpée en trois cantons : Kobané, Jazirah et Afrin, ndlr] il y a, comme ressources, du pétrole et des céréales. Mais il n’y a pas de raffinerie et presque pas de moulins. Nous avons vu des silos assez pleins pour nourrir toute la Syrie pendant dix ans. Mais les céréales ne peuvent pas être transformés sur place. Une économie collectivisée se développe pourtant, avec des coopératives, qui raffinent, comme elles peuvent, le pétrole, des coopératives agricoles…

Ercan Ayboğa : Les coopératives jouent un rôle toujours plus important à Rojava. Elles sont soutenues par les conseils. Mais l’économie privée est aussi possible, ce n’est pas interdit.

 

Le mouvement reçoit-il des soutiens de l’étranger, du Kurdistan turc, irakien, ou de la communauté internationale ?

Ercan Ayboğa : Il y a quelques médicaments et des outils qui arrivent du Nord-Kurdistan, en Turquie. Mais la Turquie ne laisse passer que peu de choses. Le soutien du Nord-Kurdistan reste néanmoins très important. Les administrations auto-organisées du Nord-Kurdistan soutiennent vraiment Rojava. La ville de Diyarbakir a par exemple envoyé à Kobané des machines de construction, des ingénieurs, un soutien technique. Mais pas officiellement. Sinon, de l’aide arrive d’ailleurs, d’ONG, mais c’est très peu. La communauté internationale dit qu’elle a besoin de l’autorisation du gouvernement syrien pour envoyer de l’aide vers Rojava. Mais les gens à Rojava attendent évidemment plus de soutien international parce qu’ils considèrent qu’ils combattent pour l’ensemble du monde démocratique.

Michael Knapp : Rojava n’a presque pas de moyens financiers, et ne reçoit pas d’aide humanitaire. La communauté internationale dit que le problème, c’est que ce n’est pas un État. Manifestement, aux yeux de la communauté internationale, le système d’auto-organisation de Rojava n’a pas à être soutenu.

 

Pourtant, les forces combattantes kurdes d’autodéfense ont à leur actifs plusieurs succès militaires contre le pseudo État islamique...

Michael Knapp : Dans ces forces d’autodéfense, les gens combattent pour survivre, pour des convictions, et pour un projet de société. Certains ont longtemps combattu au Nord-Kurdistan auparavant. Ils ont déjà beaucoup d’expérience militaire. Mais leur armement est vraiment modeste, en comparaison à celui de l’EI par exemple.

 

Recueilli par Rachel Knaebel

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La Syrie pourra-t-elle un jour retrouver ses frontières ?

La Syrie pourra-t-elle un jour retrouver ses frontières ? | Think outside the Box | Scoop.it

Cette photo postée sur Twitter le 12 juin 2014 montre des combattants de l'Etat islamique en train de s'emparer de la frontière entre l'Irak et la Syrie.   (AP / SIPA)



Le pays, qui entre dans sa cinquième année de guerre, est éclaté entre les forces loyalistes, l’Etat islamique et les autres groupes rebelles. Le territoire syrien pourra-t-il un jour retrouver les contours d’avant la révolution ? Réponse avec le géographe Fabrice Balanche.

 

La Syrie existe-t-elle encore ? Cette question, plusieurs spécialistes se la posent très sérieusement. Né du découpage franco-britannique effectué à la chute de l’Empire ottoman, après la première guerre mondiale, cet Etat de 22 millions d’habitants est confronté, depuis quatre ans, à une guerre sans précédent. Il y a perdu sa frontière avec l’Irak, tombée en 2014 entre les mains des jihadistes de l’Etat islamique (EI). Le pays est ainsi morcelé entre le califat au Nord-Est, les forces kurdes au Nord, les autres groupes rebelles à l’Ouest et les troupes du régime au Sud.

Quelle que soit l’issue du conflit, le territoire syrien pourra-t-il un jour retrouver ses contours d’avant la révolution, partie du "printemps arabe" en mars 2011 ? Francetv info a posé la question à Fabrice Balanche, géographe, maître de conférences à l'université Lyon-II et directeur du groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient.

Francetv info : Quatre ans après le début du conflit en Syrie, le pays a complètement changé de visage avec l’émergence d’un Etat auto-proclamé, celui de l'Etat islamique, sur toute une partie nord-ouest du territoire. Ce califat a-t-il vocation à perdurer ?

Fabrice Balanche : Non. Je n’imagine pas les jihadistes de l’Etat islamique s’installer durablement à cheval sur l’Irak et la Syrie. Ce sont des barbares qui règnent par la terreur. Leur idéologie est trop violente et extrémiste pour envisager un jour une normalisation de leurs relations avec les autres partenaires de la région. Les talibans au fin fond de l’Afghanistan ou la secte islamiste Boko Haram aux confins du Nigeria ont davantage d’avenir. Mais là, en Syrie, nous sommes aux portes de l’Europe. L'Etat islamique va forcément disparaître comme entité territoriale.

Si la chute de l’Etat islamique vous semble inévitable, à quel horizon l’envisagez-vous ?

Si la communauté internationale a vraiment envie d’en finir avec l'Etat islamique, cela peut être terminé en deux ans. Le groupe a déjà subi des revers sous les assauts de l’armée irakienne, de combattants kurdes et de groupes rebelles syriens. Pour aller plus loin, il faut une réelle collaboration de la Turquie et de l’Arabie saoudite, les deux grands acteurs de la région, avec l’Iran. Mais la confrontation géopolitique entre ces trois pays complique sérieusement la donne. Si l’Occident ne parvient pas à faire bouger les lignes, le risque de contagion au Liban et en Jordanie est réel. Et là, on irait au-devant d’une guerre de trente ans, sur le modèle de celle qui a déchiré l’Europe au XVIIe siècle, entre catholiques et protestants.

Comment l’Etat islamique a-t-il bouleversé l’équilibre géopolitique déjà fragile dans la région ?

En épousant les revendications de la population sunnite, déchue de son pouvoir et minoritaire en Irak, majoritaire mais sous-représentée en Syrie [le pouvoir est détenu par les alaouites, une branche du chiisme], l’Etat islamique a cassé, avec son califat, le croissant chiite, c'est-à-dire l’axe pro-iranien Liban-Syrie-Irak. Et ce avec l’aide financière de l’Arabie saoudite, adepte, comme l’Etat islamique, de l’islam rigoriste du wahhabisme. Quant à la Turquie, elle joue un double jeu pour maintenir un rapport de force avec l’Occident. Tant qu’elle ne fermera pas sa frontière avec la Syrie, les combattants de l'Etat islamique pourront continuer à se ravitailler, à se fournir en armes et à attirer de nouvelles recrues.

Bachar Al-Assad est soupçonné d’avoir favorisé l’Etat islamique pour apparaître comme le seul rempart face au danger islamiste. Sa stratégie est-elle payante ?

Oui. Je pense que Bachar Al-Assad va gagner la guerre d’ici quelques années. Est-ce que sa victoire est souhaitable ? D’un point de vue moral, non. Mais d’un point de vue humanitaire, il n’y a que lui qui puisse stabiliser le pays. La guerre a déjà fait 200 000 morts et 11 millions de déplacés, dont 4 à l’extérieur du pays.

Même si Bachar Al-Assad parvient à reprendre l’avantage, peut-il reprendre le contrôle de la totalité du territoire syrien ?

Le régime espère toujours reprendre l’intégralité du pays. Mais pour qu’il y parvienne, il faudrait que son armée agisse en vase clos, avec une frontière turque hermétique et une frontière avec l’Irak refermée. Là encore, cela suppose un consensus régional et international, notamment que les Etats-Unis et la Russie s'accordent sur le dossier syrien et fassent ensuite pression sur la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Iran. Les Etats-Unis, en pleine négociation avec l’Iran sur le nucléaire, pourraient par exemple donner carte blanche au président Hassan Rohani pour ramener la paix dans la région, comme ils l’avaient fait avec la Syrie pour le Liban dans les années 1990. Mais au vu de la récente intervention du Premier ministre israélien Nétanyahou devant le Congrès américain, la situation est plus que tendue…

La Syrie telle qu’elle a été dessinée par les accords Sykes-Picot de 1916 reste donc menacée ?

Les frontières héritées de l’ère post-Empire ottoman ne devraient pas être remises en cause dans la décennie qui vient. Il faut plutôt s’attendre à un redécoupage à l’intérieur de ces frontières, avec une décentralisation du pouvoir. Bachar Al-Assad pourrait conserver une zone d’administration directe dans l’ouest et le sud du pays, mais tolérer une gouvernance autonome dans les régions kurdes et la vallée de l’Euphrate, au Nord. Les mouvements migratoires actuels traduisent une division nord-sud du pays, qui correspond à l'ancien vilayet [unité administrative] ottoman d'Alep et à celui de Damas. D’ici vingt ou trente ans, un éclatement des frontières en Syrie et en Irak, à l’image de ce qui s’est passé en Yougoslavie sur des critères ethnico-confessionnels, n’est pas à exclure.

L’Irak n’est-il déjà pas confronté à une réelle partition de son territoire ?

En effet. Le gouvernement chiite partage le pouvoir avec des autorités concurrentes comme l'Etat islamique, le Kurdistan irakien, déjà quasi-indépendant depuis 1991 et la première guerre du Golfe, et des chefs de guerre. Entre les kurdes, les sunnites et les chiites, on a trois territoires bien différenciés, mais avec des poches dans chacune de ces zones. Le risque d’une vraie partition est qu’elle suppose des épurations ethniques.

Le Liban et la Jordanie peuvent-ils être concernés par cet éclatement des frontières régionales ?

Si le conflit syrien perdure et que la communauté internationale tarde à réagir pour stopper l'Etat islamique, le risque de contagion au Liban n’est pas négligeable. Les 2 millions de réfugiés syriens parqués dans la Bekaa et le nord du Liban vivent dans des conditions déplorables et risquent de se radicaliser et de rejoindre les rangs de l’Etat islamique. Pour autant, l’incursion du front Al-Nosra [grand rival de l’EI] à Ersal a plutôt contribué à unifier les Libanais contre le danger islamiste. On a assisté à des patrouilles communes de milices druzes, de chrétiens des Forces libanaises et de membres du Hezbollah [chiites].

La Jordanie est un peu moins exposée. Les Etats-Unis veillent au grain car la stabilité de ce petit pays est indispensable à la sécurité d’Israël. D’un point de vue frontalier, la Jordanie est sans doute l’Etat le plus artificiel de la région. Mais dans cette monarchie hachémite, le roi descend directement du prophète Mahomet, ce qui lui confère une certaine légitimité religieuse pour régner sur une population à plus de 98% musulmane sunnite. 

Vous évoquez le front Al-Nosra. L’évolution de cette branche d’Al-Qaïda n’est-elle pas aussi déterminante pour l’avenir de la Syrie ?

Cette mouvance radicale a en effet remporté des victoires contre l’Etat islamique dans le nord-ouest du pays. Al-Nosra, composé avant tout de Syriens qui veulent renverser le régime d’Assad et détruire Israël, a également le soutien de l’Arabie saoudite. Est-ce que les deux groupes islamistes vont finir par s’allier ? J’en doute. Beaucoup de sang a été versé entre ces frères ennemis. Je pense qu’Al-Nosra va finir par éclater, une partie de ses combattants rejoindra l'Etat islamique.

Même si l’entité territoriale de l’Etat islamique finit par être anéantie, son influence dans le pays et à l’international peut-elle perdurer ?

Le groupe terroriste subsistera. Et l’éradication de l’idéologie de l'Etat islamique sera longue. Il faudrait imaginer des programmes de déradicalisation, comme ce qui s’est fait en Allemagne au moment de la dénazification. Pour éviter une remontée en puissance, les oppositions sunnites de Syrie et d’Irak devront être (ré)intégrées dans les gouvernements fédéraux qui pourraient émerger de ce conflit. La question qui se pose, c’est pour tous les combattants étrangers, et notamment français, qui ont rejoint les rangs de l’Etat islamique. Quand les moudjahidines algériens partis combattre les Russes en Afghanistan sont rentrés en Algérie dans les années 1990, ils ont rejoint les rangs du Groupe islamique armé (GIA) et ont mené la guerre civile et une campagne d’attentats.

Le "printemps arabe", qui s’est soldé par un désastre en Libye et en Syrie, portait-il en lui les germes de cette dérive islamiste ?

Le monde n’a voulu voir dans le "printemps arabe" que l’aspiration à la liberté de peuples écrasés par des dictatures depuis trente ans. Mais la lame de fond, c’était une révolution conservatrice. Les Frères musulmans, les salafistes, voulaient faire tomber ces régimes pour prendre le pouvoir et imposer leur vision. C’est le passage du panarabisme [mouvement politique visant à réunir les peuples arabes] au panislamisme [mouvement politico-religieux visant l’union de tous les musulmans]. Dans une Tunisie déjà engagée dans un processus de modernisation et proche de l’Europe, la démocratie a repris le dessus. Dans une Syrie plus traditionaliste et proche des pays du Golfe, le soulèvement a viré au pire.

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Guerre en Syrie : Les militaires américains se rebiffent !

Guerre en Syrie : Les militaires américains se rebiffent ! | Think outside the Box | Scoop.it
Hauts gradés et simples soldats, de plus en plus de militaires américains expriment sur les réseaux sociaux leur opposition à aller combattre en Syrie, refusant de faire la guerre aux côtés d'Al Qaïda.

 

Sur la toile les militaires américains (vétérans ou en activité) font connaître leur refus de participer à la très prochaine guerre en Syrie. A l’instar du Colonel Mansoor aujourd’hui professeur d’histoire militaire, hauts gradés comme simples hommes de troupe, ne voient pas l’intérêt d’une telle guerre. Les tristes bilans des guerres afghanes et irakiennes sont toujours présents dans les esprits.

Fin août, le Washington Post relayait le rapport d’officiers américains exprimant leurs réserves par rapport à l’option militaire retenue par le président Obama. Cette situation relève d’un véritable malaise chez les soldats américains, qui subissent également les coupes budgétaires. «Notre implication en Syrie est si dangereuse à bien des niveaux, et le vétéran américain du XXIème siècle est plus soucieux de l’éviter plus que quiconque. Ca dépasse mon entendement que nous soyons ignorés » estime le caporal Jack Mandaville (ex des marines en Irak).

Actuellement, la « révolte » surgit sur les réseaux sociaux et repose sur la publication de photos de soldats masquant leur visage à l’aide de pancartes où l’on peut par exemple lire : « Je n’ai pas rejoint l’armée pour combattre pour Al-Quaïda dans une guerre civile syrienne ».  Pour ces soldats, l’intervention américaine dans le conflit syrien se fera contre le régime de Bachar Al-Assad et donc avec les rebelles syriens du front Al-Nosra adoubés par Al-Qaïda en avril dernier. 

Preuve de cette connivence, les pays du golfe, alliés des Etats-Unis, financent et arment le front Al-Nosra. Obama a également affirmé que la CIA prépare une cinquantaine de rebelles prêts à agir en Syrie. La révolte des militaires américains est donc cohérente, comment peuvent-ils accepter de se battre aux côtés de la même nébuleuse islamiste responsable du drame du World Trade Center  et qui justifia les guerres américaines (afghanes et irakiennes) pour lesquelles ils furent envoyés? Autre signe de ce mécontentement, des fuites sur les plans d’attaques en Syrie provenant probablement du Pentagone selon site d’information américain Politico.

Surfant, sur ce vent de révolte, le congressman républicain Justin Amash rassure les GI’s sur twitter : « J’ai entendu un grand nombre des membres des forces armées. Le message qui revient en permanence est : s’il vous plaît votez contre l’intervention militaire en Syrie ». 

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Attaques chimiques en Syrie : il faut recourir au droit plutôt qu'aux armes

Attaques chimiques en Syrie : il faut recourir au droit plutôt qu'aux armes | Think outside the Box | Scoop.it

Le ministère de la Défense a publié des images d'attaques chimiques en Syrie (defense.gouv.fr)

 

LE PLUS. La France vient de publier un rapport attestant de l'usage par le régime syrien d'armes chimiques contre les civils, et ce à plusieurs reprises. Les inspecteurs de l'ONU, eux, enquêtent encore sur place.

 

Que faire de ces preuves, avérées ou à venir ? Corinne Lepage, eurodéputée, propose "une sortie par le haut".

Il n’est pas contestable que dès lors qu’il serait établi, l’emploi de gaz toxique aux fins de tuer une partie de la population constitue non seulement une violation caractérisée du protocole de Genève interdisant les gaz asphyxiants et les moyens bactériologiques de 1925, des principes de la charte des Nations unies, mais encore un crime contre l’humanité au sens de l’article 7 du statut de la Cour Pénale Internationale.

 

La question peut même se poser de savoir si ce crime ne peut pas être qualifié de génocide, comme prévu à l’article six et défini comme un crime contre l'humanité commis avec l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique ou religieux, comme tel.

 

La voie du droit

 

Dès lors, plutôt que de s’interroger sur des mesures militaires de rétorsion, qui apparaissent de plus en plus aléatoires et qui se heurtent manifestement à la volonté majoritaire des pays (France, Grande-Bretagne, États-Unis) concernés, pourquoi ne pas s’interroger sur la possibilité de faire juger les responsables de l’usage des gaz (quel qu’ils soient) pour ce qu’il aurait commis, à savoir des crimes contre l’humanité.

 

Certes, la Syrie, comme tous les autres pays du Moyen-Orient, n’a ni signé ni ratifié le statut de la Cour Pénale Internationale. Dans ces conditions, la Cour Pénale Internationale ne peut effectivement pas être saisie sur la base des deux premières conditions mises à sa compétence, à savoir lorsque l'accusé est ressortissant d'un État partie au statut ou qui accepte la juridiction de la CPI en l'espèce, ou lorsque le crime a été commis sur le territoire d'un État partie ou qui accepte la juridiction de la CPI.

 

En revanche, il est un troisième cas dans lequel, même lorsque l’État concerné n’est pas partie à la convention, la compétence de la cour est envisageable. C’est le cas dans lequel, en vertu du chapitre sept de la charte des Nations unies, le Conseil de sécurité a saisi le procureur de la cour pénale internationale. En effet, l’article 41 de la Charte permet au Conseil de sécurité de recourir à des mesures n’impliquant pas l’emploi de la force armée, parmi lesquelles la création d’un tribunal pénal international particulier.

 

Une sortie par le haut

 

Certes, on pourra objecter qu’il n’y a pas de certitude quant à l’auteur de l’utilisation des gaz. Mais c’est précisément l’objet d’une procédure pénale que d’établir les faits et, par voie de conséquence, les responsabilités éventuelles.

 

Le risque est grand dans les circonstances actuelles qu’après avoir fait des déclarations fracassantes, justifiées par l’horreur des armes utilisées et le précédent qu’elles constituent, il n’y ait en définitive aucune intervention, ce qui aboutirait à une situation encore plus catastrophique que celle préexistant aux menaces.

 

Dès lors, le recours au droit plutôt qu’aux armes permettrait d’exercer une répression sur Bachar al-Assad. Il serait infiniment plus difficile aux États membres du Conseil de sécurité actuellement tout à fait opposés à une intervention militaire de maintenir la même position, dès lors que les violations caractérisées du droit international seraient établies par les observateurs de l’ONU.

 

Cette sortie par le haut pour tous les protagonistes permettrait de faire ce qui pourrait être un contre-exemple tragique quant au fonctionnement du système international, le premier exemple d’une gestion mature d’un conflit de cet ordre. Elle donnerait à réfléchir aux criminels de l’humanité, et à commencer par ceux qui imaginent être au-dessus de toute règle.

 

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