Sédation terminale dans des cas exceptionnels, un "devoir d'humanité" | Think outside the Box | Scoop.it

 

INTERVIEW - Le Conseil national de l'Ordre des médecins envisage, pour la première fois, le recours à une sédation terminale dans des "situations exceptionnelles". Les explications de son président.

TF1 News : Le Conseil national de l'Ordre des médecins, que vous présidez, envisage, pour la première fois, qu'un collège médical permette une "sédation terminale" pour des patients en fin de vie. Qu'entendez-vous par là ?
 
Michel Legmann, président du Conseil de l'Ordre : Cela veut dire que pour certains cas extrêmes où le patient passe du curatif au palliatif, où son état est manifestement irréversible et où la médecine ne peut plus grand-chose, on puisse envisager une fin de vie, sans souffrance, dans le maximum de confort possible pour le patient et pour ses proches. Cette décision médicale légitime doit être prise sur des requêtes persistantes, lucides et réitérées de la personne, et après l'avis d'une formation collégiale.
 
Nous préconisons qu'il y ait des directives anticipées et le choix d'une personne de confiance. Nous préconisons également l'ouverture d'un registre national où les personnes pourraient donner leurs desiderata. Pour moi, cela pourrait être précisé dans le dossier du médecin traitant, les drames -maladie ou accident- surviennent à tous les âges. 
 
TF1 News : Dans son rapport remis en décembre à François Hollande, le professeur Sicard considérait que l'assistance au suicide pouvait être envisagée dans certains cas. Peut-on parler "d'assistance au suicide" dans ce que vous préconisez aujourd'hui ?

Dr Legmann. : Non. Nous considérons que l'assistance au suicide est une question sociétale et qu'il n'est pas du ressort des médecins de répondre seuls à cette affaire. Par contre, nous avons avancé d'une manière assez spectaculaire en envisageant une situation qui n'est pas prévue par la loi Leonetti. 
 
TF1 News : C'est-à-dire ?

Dr Legmann : Aujourd'hui, cette loi répond de notre point de vue à l'immense majorité des situations. Pour rappel, ce texte promulgué en 2005, autorise, en fin de vie l'emploi de traitements à doses efficaces pour soulager le patient, avec son accord, quand bien même ces doses seraient susceptibles d'écourter ce qui reste de vie. Mais cette loi, qui reste toujours mal connue du corps médical et du grand public, n'offre aucune solution pour certaines agonies prolongées ou pour des douleurs psychologiques et/ou physiques qui, malgré les moyens mis en oeuvre, restent incontrôlables.
 
Ces situations, mêmes "rares, ne peuvent demeurer sans réponse. Aujourd'hui, dans ces cas spécifiques, une sédation, adaptée, profonde et terminale délivrée dans le respect de la dignité doit pouvoir  être envisagée, par devoir d'humanité, par un collège dont il conviendrait de fixer la composition et les modalités de saisine. Il faut que le patient quand il rentre en palliatif et qu'il sait qu'il va perdre conscience à un moment donné, garde toute confiance et toute sérénité envers son médecin, sachant qu'aucune décision irréversible ne pourra être prise sans l'avis d'une collégialité.


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