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L’école après Charlie : on a mis le doigt dans un engrenage pervers

L’école après Charlie : on a mis le doigt dans un engrenage pervers | Think outside the Box | Scoop.it

C’est sans doute la première fois de ma carrière que je me sens inquiet, et peut-être même menacé, dans l’exercice de mon métier de professeur de philosophie. Par qui suis-je inquiété ?

Par des élèves, souvent présentés comme incultes et enfermés dans leurs préjugés ? Non, mes élèves sont ouverts à l’exercice de la pensée et du questionnement. Ils savent apprécier à sa juste valeur le travail qui est le mien, et qui consiste à les aider à exercer leur esprit critique, leur jugement rationnel, afin de combattre toute forme de croyance et de préjugé.

Qui donc est alors responsable de ce « sentiment d’insécurité » qui m’empêche d’exercer sereinement mon métier ? Etrangement, il s’agit des personnes qui sont précisément chargées de rendre l’exercice de mon métier possible : le ministère de l’Education nationale, ainsi que les rectorats.

Après les attentats des 7, 8 et 9 janvier, notre ministère et ses administrateurs ont brutalement pris conscience du fait que l’école n’était peut-être pas qu’un outil de formation technique des futurs travailleurs, mais qu’elle pouvait aussi, éventuellement, jouer un rôle dans le développement de l’homme et du citoyen.

J’ai un scoop pour Mme la ministre

Mme Vallaud-Belkacem et ses conseillers se sont soudainement écriés d’une seule voix :

«  Il faut trouver des moyens d’inculquer aux élèves et aux professeurs (incompétents) les valeurs de la République ! Mettons en place des instruments qui leur permettent de réfléchir aux questions qui concernent la religion, l’Etat, la liberté, la laïcité… ! »

J’ai donc un scoop pour Mme la ministre : ces instruments existent déjà, cela s’appelle des « cours de philosophie ».

L’Etat, la société, la liberté, la religion, l’interprétation, la raison, la croyance, sont quelques-unes des notions traitées dans le programme de philosophie des classes terminales.

Plus généralement, il s’agit de thématiques traitées en classe, et sur lesquelles ont été formés sur plusieurs années d’études et de recherches tous les professeurs de sciences humaines, qu’il s’agisse de l’histoire-géographie et de l’éducation civique, des sciences économiques et sociales, ou de la philosophie.

Même si elle est extrêmement naïve, cette réaction de la part du ministère pourrait être intéressante si elle se soldait par de réels moyens permettant d’étendre et d’approfondir l’enseignement de la philosophie et des sciences humaines à l’école.

Comme face à une copie farfelue

Je suggère pour commencer de revenir sur toutes les restrictions avalisées par ce même ministère (quand le temps n’était pas encore au « sursaut républicain ») : la réduction des heures d’enseignement, les effectifs pléthoriques, la suppression des classes dédoublées, etc.

Mais, au lieu de cela, les mesures prises par le ministère présentent un tel degré de naïveté et d’incohérence que, comme face à certaines copies d’élèves particulièrement farfelues, le professeur de philosophie ne sait pas s’il doit rire ou pleurer.


La ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve visitent une école de Pantin (Seine-Saint-Denis) pour la journée de la Laïcité, le 9 décembre 2014 (PATRICK KOVARIK/AFP)

Commençons par la dimension comique de ces décisions. Mme Vallaud-Belkacem l’a annoncé cette semaine : tous les enseignants du primaire au lycée seront « formés » (sic), pendant deux jours (sic), à la laïcité (sic).

320 000 professeurs seront concernés cette année, les autres, l’année prochaine (si « l’effet de com’ » est toujours rentable à ce moment-là, évidemment).

La ministre a précisé, je la cite, que « 1 000 formateurs seront spécialement formés » afin de mener cette tâche à bien.

Récapitulons : pour former leurs élèves aux questions actuelles sur la laïcité, les professeurs seront donc formés par des formateurs, eux-mêmes formés pour y répondre.

Qui sont ces formateurs ? Par qui seront-ils eux-mêmes formatés, euh, je veux dire formés ? Personne n’en sait rien. On imagine aisément à quoi ressembleront ces « formations à la laïcité » : un PowerPoint énonçant des « points de compétences du fonctionnaire de la République », à lire et à apprendre par cœur, pour pouvoir les réciter en cas d’inspection.

Du questionnement plutôt qu’un PowerPoint

Au-delà de son côté comique, cette annonce est révélatrice de la manière dont les administrateurs de l’Education nationale envisagent la question de la laïcité et, plus généralement, toutes les problématiques républicaines.

Il s’agit pour eux d’un certain nombre de « valeurs », c’est-à-dire de doctrines, d’idées toutes faites, à inculquer aux fonctionnaires, chargés ensuite de les inséminer de façon univoque et droite à nos charmantes têtes blondes.

Ce faisant, nous transformons les idées républicaines en croyances, destinées à combattre d’autres croyances, jugées « antirépublicaines ».

Mais la République n’est pas une croyance. La première qualité d’un citoyen républicain n’est pas de savoir « marcher au pas », mais d’être un individu rationnel, capable de déterminer de façon autonome les actions qui favorisent le bien commun. Et ce ne sont pas les PowerPoint, mais le questionnement philosophique, ainsi que la culture et le raisonnement scientifiques, qui permettent d’y parvenir.

Venons-en maintenant au côté tragique des mesures ministérielles. Il est désormais possible, sur simple dénonciation, et sans avoir à fournir de preuve, de condamner n’importe quel acteur de l’école, enfant ou professeur, pour « apologie du terrorisme » (il m’est toujours difficile, en écrivant ces lignes, d’admettre que l’école publique, pour laquelle je travaille, soit capable de telles ignominies).

Plusieurs enfants et adolescents ont déjà été entendus au commissariat pour « apologie du terrorisme », et un professeur de philosophie de Poitiers a récemment été condamné à quatre mois de suspension dans l’exercice de ses fonctions pour la même raison.

S’agit-il d’un gourou extrémiste déguisé en prof, et qui appelait ses élèves à la guerre sainte ? Non, c’est un professeur de philosophie, impliqué dans la promotion de la philosophie dans sa ville, et auteur de textes parfaitement rationnels (cf. son site Chazerans.fr).

L’autre ironie de l’après-Charlie

Que lui est-il reproché ? Personne n’en sait rien. Le rectorat, sur dénonciation d’un parent d’élève, l’accuse d’avoir « tenu des propos déplacés en cours », et le met à pied sans même prendre la peine de préciser la nature de ces propos.

Peut-on faire plus insultant ? N’importe quel débat sur l’origine du fanatisme religieux (j’en ai moi-même organisé dans toutes mes classes, comme nombre de mes collègues) peut être interprété par un parent d’élève (qui n’était pas présent au moment du cours) comme une tentative de justification, voire d’apologie, du terrorisme.

Nous avons mis les doigts dans un engrenage particulièrement pervers. Ce fut déjà hautement pervers d’utiliser les caricatures de Charb, de Cabu et des autres comme l’étendard du patriotisme le plus simpliste et le plus « beauf », ce n’est pas non plus la moindre des ironies que de « mettre à pied » un professeur de philosophie au nom de la liberté d’expression et des valeurs républicaines.

Le recteur de l’académie de Poitiers, qui a visiblement la gâchette facile, a déclaré qu’il fallait de toute urgence « éloigner M. Chazerans de ses élèves ».

Je vous laisse apprécier le degré d’humiliation que contiennent ces propos, destinés à quelqu’un qui aura très probablement plus apporté à la formation citoyenne de ses élèves que ce cher recteur, derrière son bureau.

Pour mêler le tragique au comique, je propose qu’on accuse M. Chazerans de « pervertir la jeunesse » et « d’inventer de nouveaux dieux », et qu’on le condamne à boire la cigüe.

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La bombe de Niel pour dénicher les futurs génies du numérique

La bombe de Niel pour dénicher les futurs génies du numérique | Think outside the Box | Scoop.it

Xavier Niel prévoit de ponctionner 70 millions d'euros dans sa fortune personnelle pour financer cette école révolutionnaire.

 

Le créateur de Free va créer, sur ses deniers, une école gratuite qui formera aux métiers de programmateurs et de développeurs informatiques sans se plier aux contraintes de l'Education nationale.

 

Après avoir dynamité le secteur des télécoms avec ses forfaits Free mobile à partir de 2 euros, Xavier Niel veut se payer une tranche du mammouth. Comprenez l’Education nationale et son pendant, l’enseignement supérieur. Le vice-président d’Iliad a annoncé, mardi 26 mars, la création d’une école de formation de programmateurs et autres développeurs baptisée "42". A la clé, ni diplôme visé par l’Etat, ni certification labellisée par quelque commission, mais "un savoir-faire dont les entreprises ont besoin", dit-il.

Entièrement gratuite, elle accueillera dans des locaux flambants neufs à Paris un millier de jeunes dès la rentrée prochaine, puis 4.000 à terme. Des bacheliers ou pas, exclus du système pour certains, qui seront les "génies" de l’économie numérique de demain. Pour le recrutement, une batterie de tests et des "jeux" informatique seront proposés dès cet été afin de tester les facultés de chacun. Xavier Niel prévoit d’investir immédiatement 20 millions d’euros dans ce projet sur sa fortune personnelle, puis 50 millions sur les dix prochaines années.

 

 "Nous allons faire le boulot que l’Education nationale ne fait pas"

 

"La France est en train de décrocher économiquement mais aussi dans le secteur numérique, s’insurge le patron d’Iliad.

Le constat sur l’enseignement, tout le monde le connaît : l’Education nationale n’est ni au service de l’Etat, ni au service des jeunes.

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