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Erreur de la banque centrale en votre faveur : 3 000 euros

Erreur de la banque centrale en votre faveur : 3 000 euros | Think outside the Box | Scoop.it
La BCE devrait annoncer des rachats de dette publique le 22 janvier.


 

Certains économistes estiment que la seule solution pour éviter la déflation est de distribuer de l'argent directement aux ménages. Explications.


Imaginez. Vous rentrez chez vous le soir, épuisé par une journée de travail ou de recherche d'emploi. Vous récupérez votre courrier, et là, surprise, vous découvrez une lettre de la Banque centrale européenne, signée Mario Draghi en personne. "Suite à la dernière réunion de son comité de politique monétaire, l'eurosystème a décidé de créditer le compte de chaque citoyen de la zone euro de 3 000 euros." Absurde, direz-vous. Impossible. Aucune chance. Eh bien, figurez-vous que c'est ce que réclament certains économistes anglo-saxons pour sortir de la spirale déflationniste qui menace de s'abattre sur la zone euro. Et ils n'ont rien d'illuminé.

Faire marcher la planche à billets pour les distribuer immédiatement aux ménages serait même à leurs yeux la dernière option disponible pour éviter à l'Europe de sombrer dans une spirale déflationniste. Le raisonnement est limpide : chacun dépenserait l'argent reçu, ce qui aiderait à relancer la demande, et donc la machine économique. L'idée ne sort pas de nulle part : elle est bel et bien présente dans la littérature économique académique. Dans sa Théorie générale de l'emploi* de 1936, Keynes considérait ainsi que "si le Trésor public remplissait des bouteilles avec des billets de banque, les enterrait dans des mines désaffectées, les recouvrait d'ordures et laissait ensuite à une compagnie le soin de les déterrer, il n'y aurait plus de chômage" !

Larguer de l'argent par hélicoptère

Quant au monétariste Milton Friedman, il proposait de larguer des billets par hélicoptère ("helicopter drop") à la population en cas de déflation*, une image reprise dans le Batman de Tim Burton lorsque le Joker fait jeter des liasses par ses sbires depuis des hélicoptères. Les bénéficiaires de la manne tombée du ciel deviennent soudain plus riches et sont en concurrence pour acheter la même quantité de biens, ce qui fait monter les prix. Pour Milton Friedman, "l'inflation est partout et toujours un phénomène monétaire dans le sens où elle est et ne peut être générée que par une augmentation plus rapide de la quantité de monnaie que celle de la production". Pour lutter contre la déflation, il faut donc trouver le moyen d'augmenter la masse monétaire en circulation dans l'économie.

L'idée de faire un chèque aux ménages refleurit dans la presse anglo-saxonne justement au moment où les mesures prises jusqu'à présent pour prévenir la déflation ne parviennent pas à faire augmenter la masse monétaire en circulation. Les instruments de la politique monétaire qui passent par l'intermédiaire du système bancaire se révèlent incapables de faire remonter l'inflation pour assurer la "stabilité des prix", définie comme proche mais inférieure à 2 %.

L'échec des précédentes mesures

La Banque centrale européenne a déjà réduit le coût de l'argent au maximum, en ramenant ses taux d'intérêt à zéro, voire en territoire négatif, sans parvenir à relancer la consommation et l'investissement. L'arrosage des banques avec de la liquidité en échange d'actifs pris en pension à la Banque centrale n'a pas plus permis de faire redémarrer véritablement la machine économique. La santé des banques a beau s'être progressivement améliorée depuis l'éclatement de la crise, entreprises et ménages ne demandent pas suffisamment de crédits parce que leurs carnets de commandes sont vides et qu'ils sont trop endettés. "Ce n'est pas parce que le crédit n'est pas cher et qu'il est abondant que les agents économiques vont investir ou dépenser, s'ils sont vraiment pessimistes sur leur situation", souligne Éric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management. On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif.

La BCE a même tenté de recourir à des techniques plus exotiques pour faire augmenter la masse monétaire en circulation. Par exemple, en achetant des crédits titrisés et revendus par les banques sur les marchés pour sortir le risque pris de leur bilan. Mais cela s'est une nouvelle fois avéré insuffisant pour faire augmenter suffisamment la masse monétaire. Au mieux, la Banque centrale augmente "l'argent banque centrale", la base monétaire, mais n'arrive pas à augmenter la masse monétaire dans l'économie, que seules les banques privées ont le pouvoir de créer en accordant des crédits.

Des défauts du quantitative easing

Le 22 janvier, le président italien de la BCE devrait donc annoncer une nouvelle étape dans les mesures "non conventionnelles", très attendue par nombre de responsables politiques, d'observateurs et d'investisseurs. Après un intense bras de fer interne à l'institution, Mario Draghi devrait suivre l'exemple de la banque centrale des États-Unis, d'Angleterre et du Japon en rachetant de la dette publique des États membres sur les marchés pour injecter massivement des euros dans l'économie, ce que les économistes appellent le "quantitative easing (QE)". Il a promis d'étendre son bilan de quelque 1 000 milliards d'euros, l'équivalent de la moitié de la richesse annuelle produite en France.

Mais nombreux sont ceux qui doutent déjà de l'efficacité d'une telle mesure pour revigorer les prix et éviter la spirale déflationniste. C'est le cas de John Muelbauer, professeur d'économie à l'université d'Oxford, de Willem Hendrik Buiter, chef économiste de la banque Citigroup, ou encore de l'éditorialiste du Financial Times Wolfgang Münchau et d'Ambrose Evans-Pritchard du Daily Telegraph. "Ceux qui doutent de l'efficacité du quantitative easing disent qu'il ne sert qu'à gonfler des bulles en faisant augmenter le prix des actifs, comme l'immobilier, les actions, les obligations, etc.", résume Éric Dor.

Une banque centrale peut-elle faire faillite ?

Reste la création monétaire, la planche à billets pure. Pour certains économistes, cela nécessite que la banque centrale prête d'abord à un État, par exemple en lui achetant des obligations à l'émission. Ce financement des États par la Banque centrale est formellement interdit par les traités européens. Mais, pour d'autres, la banque centrale pourrait très bien enjamber l'État et le système financier en cas de situation exceptionnelle. "Ces économistes estiment que, techniquement, une banque centrale n'a pas besoin d'avoir un actif de valeur de marché sûre pour garantir son passif, donc garantir sa solvabilité. En effet, une banque centrale rembourse ses dettes avec de la monnaie qu'elle imprime elle-même. Même si la valeur de marché de son actif s'effondre, elle peut toujours rembourser ses dettes, contrairement aux banques commerciales et aux entreprises et ménages. Une banque centrale peut fonctionner avec des fonds propres négatifs", explique Éric Dor. Étendre le bilan de la BCE de 1 000 milliards, comme elle l'a promis, permettrait de signer un chèque de 3 000 euros à chaque citoyen de la zone euro.

Le risque est évidemment que cela dégénère en crise inflationniste. Mais dans le contexte actuel, l'objectif d'un quantitative easing pour les ménages serait justement de stimuler l'inflation ! "S'il y avait vraiment un risque de déflation, il n'y aurait objectivement pas d'autres solutions que l'injection de monnaie par hélicoptère", confirme Jean-Marc Daniel, spécialiste de l'histoire économique et professeur à l'ESCP Europe, pourtant opposé à tout quantitative easing. Pour Natacha Valla, responsable du programme macroéconomie et finance internationale du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii), une telle mesure "jouerait sur les deux aspects : monétariste, avec l'augmentation de la masse monétaire, et keynésien, pour relancer la demande".

Le risque du précédent

Pourquoi le QE "pour le peuple" n'est-il pas envisagé ? Parce qu'il heurte de plein fouet l'orthodoxie monétaire. L'Allemagne reste particulièrement traumatisée par l'hyperinflation des années 20. Créer de la monnaie pour faire un chèque à la population, voire aux plus modestes qui consomment davantage, pourrait aussi créer un précédent. À chaque récession, un phénomène normal dans une économie cyclique, des citoyens ou des politiciens se lèveraient pour réclamer un geste de la banque centrale. Avec le risque que les acteurs finissent par perdre la confiance qu'ils portent en leur monnaie... Possible en théorie, l'usage de la planche à billets pour financer les États ou pour abonder le portefeuille de tout un chacun est donc, dans l'état actuel des choses, exclu.

C'est pourquoi certains économistes proposent des solutions intermédiaires. Natacha Valla suggère à la BCE des achats d'actions pour participer directement au financement à long terme de l'économie. Pas forcément d'actions d'entreprises cotées, mais via des participations au capital d'entreprises pour les financer (private equity). Une autre piste pour le comité des gouverneurs serait de contribuer au financement du plan de relance de l'investissement européen via le financement de la Banque européenne d'investissement (BEI) ou même directement du nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS).

Polémique sur la déflation

Nombreux sont ainsi les économistes qui en appellent à la créativité des banquiers centraux pour conjurer la menace d'une spirale déflationniste, dont il est très difficile de sortir quand elle s'est enclenchée. Mais tous ne partagent toutefois pas cet alarmisme. Pour Jean-Marc Daniel, on est loin de la déflation dure. Le tassement des prix serait surtout lié à la concurrence et au progrès technique, des facteurs structurels sains. "De 1726 à 1913, excepté pendant la période des assignats et de la Révolution, les prix ont baissé", rappelle-t-il. Ce qui n'a pas empêché l'économie de croître comme jamais auparavant. Aujourd'hui s'ajoute un phénomène purement statistique : pour comptabiliser le progrès technique, l'Insee enregistre, par exemple, une baisse de prix lorsqu'un forfait passe de la 3G à la 4G sans augmenter. Ce qui tend à faire surestimer la menace déflationniste.


*Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, 1936

**The Optimum Quantity of Money and Other Essays, par Milton Friedman, 1969



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Les vraies causes de la crise de la dette

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Tout à coup, l’opinion prend conscience de l’importance de la dette dans les économies développées.

 

Nicolas Dupont-Aignan

 

Mais à cette occasion, tout est fait pour culpabiliser les peuples et leur faire croire que ces déficits et cette dette s’expliquent par un excès de dépenses, une mauvaise gestion et une politique sociale trop généreuse.

C’est un véritable mensonge qu’il faut dénoncer en expliquant que cette crise de la dette a d’autres causes bien plus profondes : les états développés sont avant tout confrontés aujourd’hui à un manque de recettes budgétaires et sociales lié à une mondialisation qui nivelle tout par le bas.

Plutôt que de se polariser sur les déficits budgétaires, on ferait mieux d’analyser les déficits extérieurs qui révèlent la fuite des emplois vers les pays émergents, et notamment la Chine.

A force de délocaliser dans une course sans fin au moins disant social, fiscal et environnemental, les Etats-Unis, mais aussi les pays européens, se retrouvent avec moins d’emplois, moins de ressources budgétaires et moins de consommateurs. Pendant 10 ans, ils ont masqué cette fuite par l’endettement privé ou public.

En France, et dans les pays du Sud de l’Europe, s’est ajoutée la politique suicidaire de l’euro cher qui a asphyxié un peu plus nos entreprises.

Comment croire que la disparition dans notre pays, en 10 ans, d’un million d’emplois industriels, n’ait pas de conséquences sur l’équilibre de nos finances publiques et sur le pouvoir d’achat de nos concitoyens ?

A cela s’est ajoutée encore la politique de concurrence fiscale entre états, exonérant les plus riches et les multinationales de tout effort de solidarité et un secteur bancaire et financier fou qui, au lieu d’irriguer l’économie réelle, la rackette au profit d’une petite minorité.

On comprend, dès lors, pourquoi aujourd’hui, la plupart des états européens et les Etats-Unis sont face au mur de la dette.

Faire croire que c’est par une réduction continue des dépenses publiques qu’on arrivera à s’en sortir est politiquement criminel. Cela signifierait une régression sociale sans précédent, injuste et de surcroit inefficace économiquement.

Les pays qui s’en sortent, au contraire, investissent dans l’avenir, s’appuient sur l’économie réelle, favorisent les créateurs et les inventeurs et savent bien que les récessions cumulatives n’ont jamais marché.

En France, le gouvernement, mais aussi le Parti Socialiste, ont démissionné et sont entrés dans cette même logique d’austérité culpabilisatrice de Pierre Laval en 1935, aboutissant à l’explosion du Front Populaire puis à la débâcle. L’autre politique, la seule raisonnable, consiste tout au contraire à s’attaquer aux causes profondes de la dette, c'est-à-dire à tout faire pour renforcer la compétitivité de la France.

Certes, il faut bien gérer les dépenses et éviter les gaspillages, mais il faut surtout se donner les moyens de relocaliser en France le maximum d’emplois. La sortie de l’euro et le passage à la monnaie commune, le protectionnisme sélectif, la mise au pas du secteur bancaire en séparant les banques de détail et les banques d’investissement, l’abrogation de la loi de 1973 pour pouvoir financer sans payer d’intérêts par la Banque de France les investissements publics d’avenir, voilà les mesures clés qui permettraient de redresser notre pays et de retrouver un enchainement vertueux. Un effort oui mais au service de notre modèle social et républicain.

En 2012, le choix sera très simple, entre ceux qui veulent sauver un système qui nous ruine et nous appauvrit et ceux qui veulent changer le système pour pouvoir redonner la dignité et l’espoir aux peuples.

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La démocratie, l’Europe et les banques

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En proie à une dette abyssale, la Grèce est aujourd’hui sommée de faire face à cette situation en se pliant, si possible avec bonne volonté, aux recommandations de l’Union européenne et du FMI. Pour obtenir une « aide » qui s’apparente plutôt à une dose de morphine pour patient en fin de vie. De quoi s’agit-il ?

 

 

Le budget 2012 de la Grèce a validé un excédent primaire. C’est-à-dire que, hors remboursement de la dette et de ses intérêts, le budget grec dégage plus de recettes que de dépenses. Pour comparaison, la France a un déficit primaire de plus de 4 % en 2010 et n’a eu récemment d’excédent primaire que lors du gouvernement Jospin et durant quelques mois lors du gouvernement Villepin. La Grèce fait donc mieux que l’Allemagne, mieux que la France. Mais ça n’est pas suffisant, car la dette est si abyssale qu’il lui faut un excédent primaire de plus de 5 % durant cinq ans d’affilée pour que sa dette commence à peine à fléchir ! Après cela, il faudra des décennies de serrage de ceinture pour revenir à une situation normale.

Autant dire que les milliards du plan de sauvetage débloqués cette semaine ne sont qu’un grain de sable dans le désert, qu’il faudra des dizaines et des dizaines de plans similaires, et que les Grecs ne sont pas au bout de leurs peines.

Bref, tout le monde s’appauvrit, les États abandonnent leur souveraineté à des mécanismes automatiques, pour rien. Car, de toute façon, la Grèce sera bientôt en défaut de paiement, et c’est tant mieux : un pays pressurisé pendant aussi longtemps a deux issues possibles qui sont la dictature ou la révolution. L’une n’empêchant pas l’autre. Il n’y a aucune obligation à affamer un peuple pour des raisons purement financières, il n’y a aucun scrupule à ne pas rembourser des créanciers bénéficient de taux très élevés qui impliquent une part de risque non négligeable.

J’attends avec impatience que nos dirigeants ouvrent enfin les yeux, repassent à des mécanismes qui sont utilisés partout dans le monde, où les États peuvent emprunter à des taux proches de zéro à leur banque centrale. J’attends avec impatience que l’Europe se concentre enfin sur l’investissement, la ré-industrialisation, car il est plus qu’urgent de sortir nos pays de la crise permanente dans laquelle ils sont depuis dix ans.

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