Pourquoi les émeutiers anglais ne brûlent pas la City | Think outside the Box | Scoop.it

Ce n'est pas une question, c'est un constat.
Nous avons donc des émeutiers paupérisés à mort, qui ont une très forte conscience qu'un pays occidental riche et disposant, luxe suprême dans le concert des nations, d'une arme nucléaire qu'on ne possède que pour n'avoir pas à l'utiliser - délicat paradoxe qui coûte un pognon dispendieux et c'est là où on se rend compte au passage que l'arme nucléaire n'a pas d'utilité en tant qu'arme mais en tant que prestige... - n'a aucunement la moindre intention de leur donner un avenir, qui n'ont objectivement rien à perdre, et qui consacrent une très grande énergie à foutre le bordel dans les villes anglaises. En toute logique, ces jeunes gens devraient donc tourner cette ire vers les responsables et coupables de leurs malheurs et donc converger en masse vers la City pour la réduire en cendres.
Ils ne le font pas et il est douteux qu'ils le fassent.
Une fois constaté - et déploré - cet état de fait, la question du pourquoi se résout très vite.

Quel âge ont ces émeutiers ?
Moins de trente ans, assurément.
Quelle fût l'idéologie politico-économique qui régna sans partage depuis plus de trente ans au Royaume-Uni ?
Le néolibéralisme.
Ces jeunes gens n'ont donc absolument rien connu d'autre que cela.

Rien connu d'autre que l'individualisme, le consumérisme - qui de par leur situation économique leur est interdit - et l'encouragement à la prédation par l'exemple des capitalistes boursiers et autres capitaines d'industrie se gobergeant joyeusement sur le dos de leurs parents depuis des décennies. Et une fois ayant pressés les dits parents comme citrons, ne s'intéressent même pas à eux pour les exploiter puisqu'ils n'ont même plus besoin d'eux...

Devenir révolutionnaire "conscient" et trouver le temps de décrypter Marx et affidés est un luxe que finalement peu de gens peuvent se permettre. Et il est mieux pour cela d'évoluer au départ dans une famille politisée qui vous aidera à trouver vos marques et même encouragera ce goût, d'où le fait que les effectifs de cette minorité conscientisée se recrutent le plus souvent dans les classes moyennes éduquées, le monde ouvrier quant à lui ayant été soigneusement brisé afin d'éviter qu'il trouve le temps et l'énergie de réfléchir à sa propre condition. De fait, les "basses" couches du prolétariat - oui, j'aime bien utiliser du vocabulaire vintage à l'occasion. Ceci dit, ne vous faites pas d'illusions non plus ; si vous gagnez moins de disons 3000 € par mois, vous faites partie du prolétariat vous aussi. Eh oui, ça fait drôle, hein ? - qui n'ont pas accès ni à une culture ouvrière quasi éradiquée, ni à la culture tout court et partant à la distance réflexive et critique qu'elle apporte, et qui de plus voire surtout sont découragées d'y accéder par tous les moyens, télévision et même certains discours cutltureux élitistes "de gauche"...

On se retrouve donc avec une génération entière de lumpen à la fois enragés de leur exclusion et ne possédant pas les outils conceptuels pour la canaliser vers les vrais ennemis. On a les mêmes en France et pour les mêmes raisons.
Les émeutiers anglais ne revendiquent rien. Ils prennent ce que la société de consommation leur fait miroiter depuis des décennies en leur interdisant d'y accéder. C'est-à-dire qu'ils font exactement la même chose que d'autres enragés qu'ils voient tous les jours à la télé mais qui eux portent cravates et bretelles et travaillent dans des bureaux.

"Insoutenables scènes de pillage", lit-on un peu partout ? De fait, et ça fait un moment qu'on voit ça, d'autres se livrent en ce moment même à un pillage effréné à une toute autre échelle que dévaliser le Darty du coin de la rue.
Les émeutiers anglais, même avec la meilleure volonté du monde, ne sont que des petits joueurs mesquins, comparativement.
Quant aux journaux brittons qui hurlent d'effroi devant cette violence - celle des pauvres, pas celles des riches qui possèdent le journal -, ne sont-ce point les mêmes qui pendant des décennies ont clamé sur tous les tons : "There Is No Alternative" ?
Et bien quand on supprime toute "alternative", on a des émeutes nihilistes, voilà.