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Voiture brûlée et casseurs : quand un policier sauve l'esprit du 11 janvier

Voiture brûlée et casseurs : quand un policier sauve l'esprit du 11 janvier | Think outside the Box | Scoop.it

Deux policiers ont été agressés et leur voiture brûlée, Quai de Valmy à Paris, le 18 Mai 2016 

 

L'image du policier courageux, faisant face à des casseurs ayant incendié une voiture de police à Paris, a détruit l'opération de communication anti-police que ses agresseurs entendaient produire. Décryptage.

 

Le policier qui a encaissé les coups des casseurs, aux côtés de sa voiture en flamme est plus qu’un professionnel. Ce qui s’est passé ce mercredi, quai de Valmy, à Paris, autour de l’attaque d’un véhicule de police par des casseurs est d’abord et avant tout une bataille de communication. Bataille perdue par les casseurs, mis en déroute par le comportement héroïque d’un policier anonyme.

Commençons par rappeler l’essentiel : avant d’être information, toute image portée dans la sphère publique est émotion, donc affaire de communication politique. Créer une image, conforme à ses objectifs, c’est faire de la politique. Les casseurs d’aujourd’hui, plus que leurs prédécesseurs des années 70 et suivantes, sont aussi des spin-doctors. Des Karl Rove de la destruction. Des Jacques Pilhan de la haine. Des Jacques Séguéla de la casse. Dans cette optique, à l’ère du triomphe du tout image et des réseaux sociaux, attaquer une voiture de police, et ses occupants avec, de la manière la plus brutale, la plus déterminée, c’est d’abord et avant tout créer une image destinée à satisfaire les exigences de sa communication politique.

Les images de l’agression des policiers, quai de Valmy à Paris, montrent que les casseurs, à aucun moment, en aucune façon, ne s’en prennent aux journalistes ou amateurs qui filment ou photographient l’événement. Au sein de cet espace de violence, ceux qui saisissent l’image sont à leurs yeux comme des objets neutres. Et pour cause, ce sont eux qui vont populariser l’évènement, lui conférer sa dimension politique, par sa diffusion, sur les réseaux sociaux, puis sur les chaines info, puis dans les 20h des grandes chaines historiques, puis dans la presse quotidienne du lendemain, nationale ou régionale.  

A la fin du cycle, tous les Français, toutes générations confondues, auront vu l’image en question. Auront été confrontés à la manifestation de la plus extrême brutalité. La violence. La haine. La peur. Le tout dans le dessein d’opposer, cliver, fracturer… Que naisse et s’épanouisse dans le pays une haine par rétorsion, autorisant une répression qui elle-même appellera encore davantage de violence, suscitant ici et là, auprès des esprits faibles, de nouvelles vocations de casseurs, générant un engrenage porteur de tous les dangers.

L’image de cette voiture de policiers brûlée, ce n’est qu’une étape dans une stratégie de communication politique qui vise à générer le chaos, suprême objectif des casseurs.

Cette image est vraie. Mais elle est aussi une illusion. Combien, parmi les 65 millions de Français, s’identifient à ces casseurs ? Quelques centaines de personnes, tout au plus. Et si l’on veut bien ne pas céder à la seule émotion, piège tendu par l’invention de cette image, on peut alors ramener l’événement à sa dimension politique réelle : certes, attaquer une voiture de police dans le but de s’en prendre à l’intégrité de ses occupants est un acte grave. Mais ce fait a été commis par les éléments les plus extrémistes d’une extrême minorité. La réalité d’une image ne dispense pas de réfléchir quant à la réalité politique qu’elle porte. Les casseurs voulaient montrer que la haine de la police conduit désormais à des situations de troubles insupportables. Et force est de constater que des militants politiques, actifs sur les réseaux sociaux, se sont chargés de relayer pour eux ce message politique, à commencer, entre mille exemples, par les animateurs et militants du compte Twitter du "Camp d’été décolonial", qui paraissent ignorer que la guerre d’Algérie n’est plus depuis 1962, "Tout le monde déteste la police" disent-ils. A ce niveau d’irresponsabilité politique, l’idiot utile devient le malfaisant utile.

 

L'image du policier vaillant et flegmatique efface celle de la voiture en flammes

Dès lors, la question se pose : comment casser la communication des casseurs ? Comment empêcher que le mensonge politique d’une image, inventée par des manipulateurs experts en communication, ne finisse par devenir vérité ?

C’est ici que les casseurs du quai Valmy ont raté leur coup. Que leur opération de communication s’est retournée contre eux. Pourquoi ? Parce que l’image du policier vaillant, sortant du véhicule en feu, portant la main à son arme de service avant de décider de ne pas la sortir de son étui, parant les coups de matraque élastique qui lui étaient portés, affichant un sang-froid extraordinaire, refusant de céder au piège qui lui était tendu, cette image-là, celle du courage indomptable, a effacé l’image de la voiture en flammes.

Il n’est pas inintéressant de noter la chronologie de l’histoire de l’attaque à travers l’apparition des images. Des premières photos apparues sur le réseau social Twitter, montrant une voiture de police en feu, puis celle des casseurs saisie de folie furieuse, à celle du policier opposant un flegme inébranlable à ses agresseurs. A la première communication, qui faisait l’affaire des casseurs, en a succédé une autre, qui a effacé la première. Les casseurs, et leurs supporters plus ou moins revendiqués, entendaient montrer que la police est le problème, pas la solution, et voilà qu’un policier, à lui-seul, est venu démontrer le contraire, à force de sang-froid et de maitrise. D’où le succès de l’image de ce policier, colossal et marmoréen, rassurant et apaisant, encaissant sans broncher les coups les plus sauvages, image partagée depuis quelques heures à l’infini sur les réseaux sociaux.

Présente sur place, une journaliste du Monde raconte qu'un homme (se présentant comme ex-secouriste Nuit debout) ayant estimé qu’il était de son devoir de porter secours à l’un des policiers blessés dans l’incident, a été à son tour victime de la violence des casseurs, ces derniers le frappant en lui disant "Tu aurais dû le laisser crever". C’est qu’en portant secours à la victime, manifestant de l’empathie envers un policier, ce jeune homme ruinait aussi, de fait, la communication des casseurs. Porter secours à un policier, c’est reconnaitre son humanité, ce que nie les casseurs, qui entendaient que les journalistes et autres témoins de la scène se contentent de la répercuter à l’infini.

Il est heureux que ce soit ce policier-là, avec ce caractère-là, à cet instant-là, qui se soit trouvé dans cette voiture attaquée. Cette incarnation d’héroïsme républicain, indomptable et indestructible, a détruit l’image de toute-puissance qu’entendait imposer les casseurs. Une émotion, positive, en a chassé une autre, négative. C’est la non-violence du policier qui a triomphé, là où la police est accusée depuis des semaines d’être synonyme de violence. Au final, c’est ici que se mesure la défaite des casseurs. Des millions de Français s’identifient désormais au policier inflexible et ils n'ont pas envie de rompre le lien noué lors des événements de l'an passé. Les casseurs ont perdu plus qu’une bataille de communication. C’est une défaite morale définitive. Et une nouvelle victoire de l’esprit du 11 janvier.

 

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Émeutes en Grande-Bretagne : casseurs et traders, même combat

Émeutes en Grande-Bretagne : casseurs et traders, même combat | Think outside the Box | Scoop.it
Face aux casseurs des villes britanniques, le Premier ministre britannique David Cameron a évoqué le mal profond d’une absence d’éducation centrée sur la distinction du bien et du mal....

 

ÉCONOMIE. A Londres, le Premier ministre Cameron a fustigé la décadence amorale des pilleurs. Mais a-t-il noté que s'il y a quelque chose qui s'est depuis toujours affranchi de la morale, c'est bien le système financier actuel ?

 

"Certains enfants, s’est-il exclamé la semaine dernière dans son discours aux Communes, grandissent en ignorant la différence entre le bien et le mal. Cela n'a rien à voir avec la pauvreté. C'est une question de mode de vie. Un mode de vie qui exalte la violence, qui ne manifeste aucun respect envers l'autorité, et qui sait tout de ses droits mais rien de ses responsabilités."

Dans la finance, on ne s'embarrasse pas de morale

Mais d’où vient cette indistinction, sinon du modèle économique dominant lui-même ? En quoi les motivations du trader, ou de ses collègues et complices au sein du système financier, diffèrent-elles fondamentalement de celles du casseur ? A quel moment un jugement moral intervient-il dans ses ordres d’achat ou de vente ?

L’éthique de conviction n’existe pas sur les marchés. L’éthique de responsabilité encore moins. Que telle notation, que telle opération boursière, que tel plan de licenciement pour des motifs de rentabilité, ait pour conséquence le fait de mettre des dizaines, parfois des centaines de milliers d’êtres humains en situation de détresse sociale ou de mettre en cause des équilibres écologiques vitaux, n’a strictement pas de sens dans cet univers. La théorie ultime du monde de la finance est même fondée sur l’inversion du rapport à la morale.

Avant même Adam Smith, l’un de ses principaux inspirateurs, Bernard de Mandeville, dans La fable des abeilles, en avait énoncé la justification suprême : les vices privés forment la fortune publique. C’est au nom du dogme de l’autorégulation de marchés affranchis de toute règle, non seulement politique mais aussi éthique, que l’on en arrive à ce degré de dislocation sociale et de dissolution morale.

Comme toujours, les plus lucides sont ceux qui ont été au cœur du système. Les livres les plus cinglants sur la finance sont écrits par d’anciens traders. Il faut relire Le casse du siècle de Michael Lewis, et cette phrase terrible qu'il confie dans une interview à La Tribune le 1er octobre 2010 : "A vivre hallucinés dans un mirage, les financiers ont cru à leurs propres histoires. Et nous avons laissé carte blanche à des gens à qui vous n’auriez même pas confié votre chien !"

Et, remarque plus grave encore sur l’irresponsabilité des politiques qui ont couvert par leurs lois ce mécanisme infernal : "Ils n’ont pas violé la loi. Tout était parfaitement légal et c’est là le vrai scandale. Nous leur avons donné la permission de faire sauter la planète..."

 

Continuer jusqu'à l'explosion du système ?

Voilà, nous y sommes. Un rapport cité par Le Monde du 27 février 2009 évoque le risque d’une phase de "dislocation géopolitique mondiale", pouvant conduire à un "sauve-qui-peut généralisé" dans les pays frappés par la crise. Cette débandade se conclurait, selon ce rapport, par des logiques d'affrontements, voire des semi-guerres civiles. "Si votre pays ou région est une zone où circulent massivement des armes à feu (parmi les grands pays, seuls les États-Unis sont dans ce cas), indique le Laboratoire d'Expérimentation d'Anticipation Politique (LEAP), alors le meilleur moyen de faire face à la dislocation est de quitter votre région, si cela est possible."

Tel est le vrai danger. Que signifie l’obsession permanente, qui guide nos politiques, de rassurer les marchés financiers ? Que faudrait-il donc faire à terme pour les rassurer ces pauvres marchés si stressés ? Ces marchés dont le Wall Street Journal reconnaissait lui-même dans un éditorial qu’ils ne connaissaient que deux sentiments : l’euphorie ou la panique ? Ceux dont Alan Greenspan, l’ancien patron de la FED expert dans le rôle de pompier-pyromane, évoquait "l’exubérance irrationnelle" ?

 

Comment rassurer des malades de l’économie casino, des toxicomanes du jeu capables de gober n’importe quelle rumeur, susceptibles d'être en permanence dans ce que les psychologues nomment l’injonction contradictoire ou paradoxale. Les marchés réclament-ils de l’austérité parce qu’ils ont peur des dettes ou des déficits trop importants ?

Les politiques caniches décrètent donc l’austérité et sa conséquence inéluctable, la récession, surtout si l’on ne veut pas toucher aux grandes fortunes. Et là, patatras, les marchés ont aussi peur de la récession et replongent, quelques heures d’euphorie après les annonces austères. Nous sommes plus dans un univers d’émotions mimétiques et de croyances dogmatiques que d’anticipations rationnelles. C’est exactement ce que Paul Krugman, prix Nobel d’économie, avait comparé aux sacrifices humains des mayas qui espéraient par là apaiser la colère divine.

Ce qui est en jeu n’est rien moins que les deux valeurs cardinales sur laquelle l’Europe s’est reconstruite : la paix et la démocratie. Ce sont ces deux valeurs qui seront à terme menacées par la logique infernale de l’économie financière si un sursaut civique ne s’organise pas à temps.

 

Le casseur et le trader sont les deux faces d’une même médaille. Si l’on veut éviter les nuisances du premier, il faut arrêter de se prosterner devant le second.

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