L’avenir d’Internet | Think outside the Box | Scoop.it

J’ai esquissé il y a quelques temps l’avenir d’Internet à travers un article que j’ai intitulé "Les 6 fléaux d’Internet" . Je souhaiterai revenir sur la question, afin de vous proposer ma vision du futur du Réseau des réseaux.
Dans un avenir proche, que j’estime être dans les cinq à dix ans, Internet deviendra un vaste réseau de consommation, et ne servira plus qu’à ça. On « consommera » de « l’Internet » comme aujourd’hui on consomme de la vidéo à la demande. La différence avec ce qu’il existe aujourd’hui est subtile, puisque la façon dont on y accédera ne changera pas : il y aura toujours les fournisseurs d’accès à Internet, les DNS, IPv6, etc. Ce qui changera, c’est le contenu.
Et le contenu changera parce que dans le même temps, un Internet parallèle verra le jour. Les geeks et nerds de la planète vont parvenir à ouvrir les yeux aux publics. Et les publics vont progressivement migrer leurs habitudes vers le nouvel Internet. Cette migration sera plus longue que pour les geeks et nerds, et devrait prendre entre dix et vingt ans à s’accomplir totalement, de sorte qu’Internet, celui d’aujourd’hui, ne devienne plus que la plus vaste plateforme de contenu multimédia payant au monde, sous l’égide de l’industrie audio-visuelle mondiale, représentée par un unique organisme qui sera créé pour l’occasion.
Le nouvel Internet, quant à lui, sera un nouveau monde, où tout ou presque devra être créé : infrastructures, protocoles, contenus. On ne pourra pas reprendre l’existant, parce que la compatibilité avec l’existant signifiera qu’une porte sera laissée ouverte aux entreprises qui feront du nouvel Internet ce qu’elles ont fait à l’ancien. Ce qui laissera le choix aux gens de payer pour le contenu imposé par l’industrie, ou donner volontairement pour des contenus gratuits et de qualité.
Tout sera donc à refaire, et cela (ré)ouvrira la porte du succès aux plus méritants. Succès qui ne sera plus donné en chiffre d’affaire ou masse salariale, mais en dons et en reconnaissance. Le nouvel Internet sera une mine de connaissances et de compétences, partagées librement, dans tous les domaines de la civilisation humaine.

 

Le nouvel Internet marquera l’apogée de Richard Stallman, ses pairs et ses successeurs. Tout le réseau sera sous une licence GNU. GNU ne sera plus seulement un système d’exploitation, GNU englobera les protocoles et services fournis par le nouveau Réseau. Il sera donc Libre : chacun participera à sa construction, en faisant passer un câble réseau chez le voisin, qui lui-même sera connecté à ses voisins les plus proches. Chaque machine pourra facilement être connecté au nouveau réseau, grâce à la liberté de diffusion des connaissances.
Et puisque les connaissances et compétences circuleront librement sur le nouveau réseau, la race humaine accèdera plus rapidement et plus efficacement à de nouvelles technologies dont tout le monde pourra profiter, et auxquelles tout le monde pourra contribuer. Que vous ayez des connaissances en mathématiques, en électronique, en physique, le nouvel Internet vous permettra de vous exprimer, de partager vos connaissances, et de contribuer à l’avancée du monde. Tandis que l’ancien Internet tombera en décrépitude, dans trente à cinquante ans, pour terminer encore quelques dizaines d’années plus tard dans les manuels d’histoire ou les musées virtuels où seront exposés les reliques des FAI et les serveurs des anciennes grandes entreprises comme Google, Amazon, Apple ou Microsoft.

 

Le nouvel Internet sera une source de profits, mais des profits purement intellectuels. Ses acteurs rechercheront uniquement la contribution, pas la rémunération. Ils ne seront motivés que par l’objectif d’améliorer le monde, pas d’améliorer leur vie. Ils n’auront qu’un but : l’enrichissement intellectuel, pas l’enrichissement personnel.
Cette philosophie découlera naturellement de l’utilisation massive quotidienne des nouvelles technologies de communications créées pour le nouvel Internet. Mais dans un premier temps, nos esprits, ceux des geeks et nerds d’aujourd’hui, seront occupés à autre chose : bâtir les nouveaux protocoles et les nouvelles infrastructures dont le nouvel Internet va avoir besoin, pour que les 6 fléaux d’Internet ne soient plus qu’un mauvais souvenir, et que le nouvel Internet soit créé sur des bases saines.

 

C’est à nous, aujourd’hui et pas demain, de créer les fondements de ce qui deviendra la plus grande réussite de l’Humanité : le nouvel Internet.