TAHITI Le Mag
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Le beau, le bon et le bizarre
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LES ANGLES MORTS

Finalement, il n’y a que ceux qu’on estime qui peuvent nous faire du mal. Ce sont ceux qu’on admirait qui nous déçoivent le plus. “Le danger ne vient pas forcément de là où on l’attend, surveillez vos angles morts”, dit la pub pour une voiture française à rétroviseurs hi-tech. Ils pourraient en faire, des retroviseurs high-tech grandeur nature, tiens, parce que des angles morts, dans la vie, il y en a plus qu’on ne le pense.

 

Aujourd’hui, j’ai été confrontée à quelques recoins bien sombres de la nature humaine. Et à ses paradoxes. Ceux qu’on croyait amis ne le sont pas forcément. Ceux qu’on croyait inconnus ne le sont pas forcément. La bienveillance de certains et la haine inattendue de certains autres. Une profonde humanité. Un inconnu qui vous tend la main. Une noblesse d’esprit. En face, une bassesse indicible. Un “ami” et un mensonge. Ou plusieurs. Une phrase assassine. Ou plusieurs. Un “ami” et la médisance. Fortuite. Gratuite. Violente. Abjecte. Incompréhensible. Très, très blessante.

 

Meurtrie, roulée en boule dans un coin comme un animal blessé, je cherche à comprendre. Où est-ce que j’ai raté la trajectoire de l’obus qui vient de m’atteindre? Qu’est-ce que j’ai fait pour être la cible de cette haine qui s'était deversée derrière mon dos sans crier gare? Comment ça se fait que je ne l’aie pas vue venir? Si ces deux personnes me détestaient autant pour écrire des mensonges abjects à mon sujet, pourquoi cherchaient-ils mon amitié? Pourquoi se poser en amis de quelqu’un qu'apparemment ils méprisent? Que gagne-t-on à détruire la réputation de quelqu’un qui ne vous a jamais nui? Comment ça se fait que j’aie pu accorder mon affection et ma confiance à tort? Comment ceux qui je croyais “amis” peuvent-ils débiter des monstruosités telles? Des suppositions fantaisistes sans pied ni tête peuvent-elles prendre racine dans leur esprit si facilement qu'ils peuvent se convaincre que c'est la vérité même s'ils viennent de l'inventer eux-mêmes sur le champ?? D’où vient tout ce venin? Et pourquoi est-ce que ça me fait si mal? Surtout, que fait-on pour faire que cette douleur de la trahison s’arrête? Pourquoi, dites, pourquoi ça fait si mal?

 

Je cherche la réponse. En vain. Il n’y a pas de réponse. C’est juste... la nature humaine. Il y a pas de pourquoi. Il y a pas de comment. Il y a pas de vaccin. On pense avoir déjà tout vu, et il y en a quand même qui arrivent à nous surprendre. Et voilà le paradoxe - le même jour être confrontée à la mesquinerie plus vile et à la disponibilité la plus désintéressée, à la pourriture et à la beauté. La trahison déboussole toujours. Ca fait perdre ses repères. Ca installe surtout un gros doute sur ses propres capacités de jugement dans le choix de ceux à qui on donne son affection et son amitié. Ou est-ce peut-être juste le revers de la médaille - la chance de ne pas avoir été trahie souvent fait que je ne m’y sois jamais suffisamment habituée? Mais bon dieu, que ça fait mal. Je m’efforce de me convaincre que tout n’est qu’une question de perspective. La beauté d’un paysage, la légèreté d’un cerf volant, la sagesse et la retenue. On regarde la mer. On attend que ça passe. On évite de laisser la déception nous envahir pour de bon. Une épreuve après l’autre. On attend que ça fasse moins mal. Ca passera. C’est sur. Ca passera.

 

- Anik Buhlmann

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Sean Tauarai Whitman's comment, June 18, 2012 2:30 PM
it hurts, true but that's also proof human nature nowadays is .. vain & deeply cupid.
sorry to tell it like that.

cheers
CastroER's comment, June 19, 2012 1:41 AM
Nada como um dia depois do outro e uma noite no meio para pensar!
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LA MINUTE "BEAUTE SAUVAGE" - WILD GINGER

LA MINUTE "BEAUTE SAUVAGE" - WILD GINGER | TAHITI Le Mag | Scoop.it

par Anik Buhlmann - 

J’avais déjà vu cette fleur ici à Tahiti des centaines de fois, et je ne connaissais pas ses secrets...

“Re'a moeruru” en tahitien, “Awapuhi” en hawaiien, "Wild Ginger" en anglais, ou "gingembre d’Océanie" en français, (Zingiber zerumbet) avait été transporté sur les pirogues par les premiers polynésiens qui ont colonisé Hawaii. Elle fleurit en ce moment en Polynésie, pendant les mois les plus chauds de l’été. Le jus qui s’accumule entre ses pétales rouges sert à étancher la soif. Et si on presse la fleur entre ses doigts, un liquide à la consistance d’un gel, délicatement parfumé comme une eau de toilette masculine, sert de shampooing. Les cheveux deviennent propres, doux et plus brillants. Sur les conseils d’un ami, j’ai gardé les fleurs avec les tiges dans un plastique au frigo, pour conserver la sève dans les tiges jusqu’à utilisation. Du coup, se doucher avec ce gel froid est revigorant! Et faire sortir son shampooing d’une fleur au lieu de le faire sortir d’une simple bouteille est absolument ludique...
 

Les feuilles et les tiges peuvent s’utiliser en cuisine pour aromatiser les plats à base de porc et de poisson. En médecine traditionnelle, les racines du re'a moeruru, une fois écrasées avec un pilon en pierre, peuvent être mélangées au jus de noni et utilisées en cataplasme sur les inflammations des articulations. Les racines cuites et ramollies peuvent être appliquées sur une carie. Une infusion, bue à petites doses, améliore la circulation du sang, donnant une sensation de bien-être. Elle est aussi utilisée en cas d’indigestion. Un extrait des racines de cette plante, le zerumbone, est utilisé en médecine occidentale pour tuer des cellules cancéreuses dans le foie. Dans la tradition hawaïenne, on transformait les racines en une poudre qu’on éparpillait parmi les habits pliés pour les parfumer.
 

Ca me donne envie de voyager dans le temps et aller à l’endroit où mes fleurs ont été cueillies. En cueillir encore quelques unes et avancer, dévêtue dans la forêt, vers la rivière, en déposant mes fleurs sur une pierre au bord de l’eau. Et quand je ressortirai de l’eau, et que je presserai ces fleurs dans ma main, ce liquide magique au parfum enivrant me fera à nouveau sentir comme si j’étais Ayla du Clan de l’Ours des Cavernes...

Anik Buhlmann
March 7, 2012
07h03
(photo: Forest and Kim Starr) 

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LES ARTICLES IMAGINAIRES - 2

LES ARTICLES IMAGINAIRES - 2 | TAHITI Le Mag | Scoop.it

"Les élus de Assemblée de Polynésie française viennent de voter une baisse drastique et de leurs indemnités et de celles de leurs agents et personnels de cabinet, jusqu'à la limite du SMIG polynésien. Ansi, à partir de juin 2012, la plus haute rémunération dans un poste de l'Administration Publique sera de 450 000 CFP toutes indemnités de représentations, bons d'essence et autres facilités comprises. Tous les cadres et jeunes diplômés qui font partie de l'appareil public qui se disent insatisfaits avec cette mesure démissionent graduellement et se concentrent sur des projets des initiatives privées dans le tourisme, en apportant une grande force de travail et du sang neuf à ce secteur essentiel."

CECI EST INVENTE, ET NON PAS UNE NEWS REELLE. POUR L'INSTANT.
ANIK ET LA POLYNESIE UTOPIQUE 

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POUVANAA A OOPA, L'élu du peuple

"A QUOI CA SERT, L'ART?
L'ART SERT A FAIRE ARRETER LE TEMPS."

par Anik Buhlmann
 

Le film de Marie-Hélène Villierme, "L'élu du peuple, Pouvanaa Te Metua" a eu un succès monumental auprès du public qui est venu en grand nombre assister aux projections de ce documentaire pendant le FIFO, le Festival International du Film Océanien, à Tahiti.
 

Je ne vous parlerai pas de l'histoire de Pouvanaa a Oopa. Je ne vous parlerai pas de la “raison d’Etat”, ni des mouvements indépendantistes. Je ne vous parlerai pas des nombreux parallèles entre le passé et le présent. Mais j’ai vraiment envie de vous parler de passion. Et d'émotion.
 

Avant même que le film ne soit projeté, un reportage de RFO Polynésie 1ère montrait la réalisatrice Marie-Hélène Villierme, et quelques-unes des étudiantes de l’ISEPP qui ont travaillé avec elle dans la recherche et la sélection des documents historiques. La réalisatrice face à la caméra. Sans maquillage, sans fards, sans écran de fumée. Le regard intense et déterminé de cette femme transperce la caméra et fascine celui qui la regarde. Quand on lui demande “pourquoi avoir fait ce film”, elle répond que “ça lui donne le sentiment d’être... utile”. Cette pause presque imperceptible avant de dire “utile” transporte avec elle tellement de signification. Tellement d’intensité. L'émotion que suscite son travail commençait déjà là.
 

Au fil des 4 jours de festival, ce qui n’était qu’un “buzz” s'est traduit en un engouement grandissant du public. On ne savait même pas d’où ils sortaient soudain, tous ces spectateurs, si nombreux, qui envahissaient les allées du festival aux heures de projection de Pouvanaa. Un monde fou. Du jamais vu. Et pourtant... Ce n’est pas une super-production américaine avec des milliards de budget de production et de communication. C’est un film documentaire. Fait d’images d’archives et de témoignages. Fait de rigueur, de documentation et de cohérence.
 

Quand arrive le soir de la remise de prix du FIFO, la salle du Grand Théâtre de la Maison de la Culture est comble. On ne le dit pas, mais on a tous à l'esprit le même film. C’est indéfinissable, mais ça se sent dans l’air. Comme une pensée collective, qui gagne peu à peu toute la salle, et on le ressent. Et quand enfin l’un des membres du jury monte sur scène pour annoncer le Grand Prix du Public, cette phrase nous parle à tous, au milieu de cette pensée collective qui maintenant est pratiquement palpable: “Le prix du public est souvent le prix qui remet les pendules à l’heure”. Ce qui n’était qu’une pensée collective devient exclamations, sourires, petits cris, la tension monte. “L’élu du peuple Pouvanaa Te Metua”, annonce-t-on. Les applaudissements explosent, se mêlent et nous lient tous les uns aux autres dans cette salle comble. La joie qui éclate. Emotion pure.
 

Quelques heures plus tard, pendant le cocktail du FIFO, je me retrouve complètement par hasard nez-à-nez avec Marie-Hélène Villierme, cette réalisatrice maintenant adulée et assaillie de toutes parts par des gens qui veulent lui parler de son film, et savoir si vraiment ceci ou cela est bien arrivé à Pouvanaa. Mais moi, ce n’est pas du film dont je veux lui parler. Ce qui m'intéresse le plus, c'est plutôt ce qu'elle ressent en voyant l'intérêt du public qui m'intéresse le plus. S’attendait-elle à ce raz-de-marée? Imaginait-elle que 4 ans de fouilles dans des archives poussiéreuses et cours d’histoire hebdomadaires culmineraient à un tel déferlement de passions? Puisque c'est bien de passion dont il s’agit. C’est la passion de la vérité qui a conduit cette femme à tenir debout quand toutes les portes se sont fermées à son nez. C’est la passion qui lui a donné cette force pour chaque jour s'accrocher à ce qu’elle voulait faire, même - et surtout - quand on lui dit que Non, c’est trop long. Non, c’est secret. Non, tu ne peux pas. Non, on n’en veut pas. Non, ça ne se fait pas. Une force l’a tirée en avant. Cette force, c’est la passion.
 

Le lendemain matin, j'étais là avec une bonne heure et demie d’avance pour être sûre d’avoir une place dans la salle et enfin pouvoir assister à la projection de Pouvanaa te Metua. Au long du film, je ressens à nouveau cette pensée collective palpable grandir dans la salle et nous unir tous, l’espace de quelques instants. Une fois le film fini, les lumières allumées, on voit les larmes qui ont gagné une grande partie du public. Vingt minutes après la fin, dans les allées du Festival, on voit encore plein de gens qui ont les yeux rouges, les larmes, l'émotion qui les submerge. Pour un peuple, ne pas connaître son Histoire est une tragédie. L’Histoire n’est pas juste une succession de dates et de noms - l’Histoire est ce qui façonne qui l’on est. On passe une grande partie de sa vie à découvrir qui l’on est. L’Histoire aide à façonner cette identité culturelle, multiple et facettée comme une pierre précieuse. Sans Histoire, il manque un bout. Le présent n’est pas complet si on ne sait pas ce qui s’est passé hier et si on n’arrive pas à se projeter dans le futur.
 

Je ne suis pas d’origine polynésienne. Je ne suis pas d’origine française non plus. Ma famille n’a pas vécu ici avant. Mes ancêtres n’ont pas vécu quelque chose de semblable. Mon histoire n’est pas historiquement liée à ce film. Et pourtant... J’ai été tout aussi portée par cette émotion, par ce film, et par l’intensité de cette femme qui, sur scène à la remise de prix, remercie tous ceux qui l’ont aidée. Et aussi tous ceux qui ne l’ont pas aidée. Parce qu’ils l’ont aidée à grandir.
 

Ce film restitue un petite partie de l’Histoire de ce pays, mais une partie importante. Parce qu’elle vous avait été confisquée. Ou mal comprise. Ou couverte de paillettes. A cause de la cupidité. A cause de l’idéologie. A cause de la raison d’Etat. A cause d’un besoin humain de projeter des qualités héroïques ou des défauts barbares sur des hommes qui ne sont que des humains. Ce film a peut-être mis en mots et en images, de façon claire, rigoureuse et cohérente, ce que certains savaient déjà mais n’arrivaient pas à articuler. Ce film a touché une corde à l’intérieur des gens. Une corde qui restait silencieuse et immobile depuis si longtemps, et qui là, s’est mise à vibrer. Merci Marie-Hélène Villierme, de nous avoir transportés dans le temps. C’est à ça que sert un film. C’est à ça que sert l’Art. L’Art sert à faire arrêter le temps.
 

Anik Buhlmann
February 14, 2012
17h01

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Anik Buhlmann's comment, February 18, 2012 2:21 AM
@MH, je t'en prie. Ce que j'ai écrit, c'est vraiment ce que je pense. On pourra en discuter un de ces jours, si tu en as envie. :-)

@Sean, oui, c'est bien un article, :-) c'est le premier que je rédige pour ce magazine qui n'existe que depuis 2 mois... Merci pour tes mots, je suis contente que cela te soit allé droit au coeur. Mais le mérite n'est pas à moi. C'est le sujet qui est émouvant. Je ne me réfère pas à la vie de Pouvanaa ou à ses idées, mais bien au fait que les gens se sentent portés par l'Histoire. Autour de moi, plein de polynésiens dans la salle ne connaissaient pas DU TOUT l'histoire de Pouvanaa. Ni celle de ses contemporains, et leur motivations. Et comme tu les dis, après le reste n'est qu'avis personnel. Te aroha ia rahi.
Carole Charles's comment, February 18, 2012 3:42 AM
Ton article est très joliment écrit, Anik ; ça me fascine de voir à quel point tu maîtrises la langue française !
J'avais déjà l'intention de voir ce film, je le ferai un jour, quand je prendrai le temps de me poser.
J'en avais envie parce que je connais les photos de Marie-Hélène, le regard qu'elle a porté sur des figures polynésiennes, et aussi parce que je l'ai rencontrée dans un tout autre domaine.
Mais vraiment, félicitations pour tes mots choisis qui communiquent très fort l'envie de découvrir les images du film, et pour l'hommage que contient ton texte.
Mareva LEU's comment, April 15, 2012 8:19 PM
Bravo et merci Anik pour cet article fort, touchant et viscéralement émouvant. J'espère que film fera parler, écrire et rêver longtemps encore.
Félicitations à Marie-Hélène ;-)
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"MEETING BAROIN"

"MEETING BAROIN" | TAHITI Le Mag | Scoop.it

Par Anik Buhlmann - 

 

“MICK JAGGER A TAHITI”, ou “COMMENT ENVOYER UNE ANCIENNE CARTE POSTALE EN GRAND FORMAT” - 

 

Grand meeting pour la campagne de Nicolas Sarkozy à Tahiti. “Salle Aorai Tini Hau, 17h30-22h00, vendredi 13 avril”, dit l’affiche. J’arrive à 17h35, bien étonnée de la facilité pour trouver une place de parking pratiquement à l’entrée de la salle. Je m'attendais à un embouteillage, une foule, une vibration dans l'air...  Je me demande si je ne me suis pas trompée d’endroit... Non. C’est bien ici, mais il n’y a pas grand monde, étrangement. Une centaine de personnes tout au plus.

 

Un homme traverse la salle dans toutes les directions. Habillé d’un gilet kaki à grosses poches, un pantalon large à grosses poches, deux appareils photos gigantesques en bandoulière et un bandana sur le crâne, on dirait un reporter de guerre des années 80. Quelques groupuscules avec des t-shirts marqués “Tahoeraa Huiraatira” discutent sur le parking. Dans la salle, un carré VIP au centre, bien en face de la scène, est isolé du reste par des rubans plastiques. Comme pour les défilés de haute couture pendant la Fashion Week, chaque siège a un nom placardé dessus. Le plus on est bien placé, le plus ça dénote le prestige (tels que vus par To Tatou Aia, représentant l’UMP?). En toute première ligne, les very-very VIP. (L'avantage d'arriver pendant que c'est encore vide, c'est qu'on peut aller lire les noms sur les sièges, au lieu de devoir reconnaitre des visages après...)  Le tout premier nom à droite, c’est Clarenntz Vernaudon. Est-ce le même qui vient d’être libéré de Nuutania? Hmmmm, charmant. Un siège pour J.-C. Bouissou, un pour T. Rohfritsch (O’Hiva, Parti Radical de Borloo), un pour Quito Braun-Ortega (Te Hiti Tau Api), un pour J. Pannie, un pour T. Alpha...  Plusieurs noms sont mal-écrits. Au centre, le carton qui dit “François Baroin”. A sa gauche, "Gaston Tong-Sang", à sa droite... "Gaston Flosse". Un Gaston de chaque côté, ça va être sport pour François...  Pas un siège pour Edouard Fritsch? Tiens. En strapontin, comme après un oubli, un siège ajouté à la hâte pour le président du comité organisateur, Athanas Hikutini...

 

Il est 18h00, et il n’y a toujours pas grand monde. Les militants Tahoeraa se repèrent de loin. T-shirt orange, parfois casquette assortie (pour un meeting le soir?). Ils sont tous ensemble sur le coin arrière-gauche de la salle, 20 ou 25 personnes. T-shirts neufs. Les gens qui le portent sont un peu moins neufs: moyenne d’âge, 65 ans. Le carré de 50 chaises devant, à gauche des VIP, est vide, et réservé aux “jeunes qui votent”. Aucun panneau ni ruban plastique, mais la présentatrice veille... Plusieurs personnes - dans la trentaine ou quarantaine - qui s’y placent sont priées à chaque fois de se lever et aller s’asseoir ailleurs. Sauf que quand ils se lèvent, ça donne une vue imprenable sur les seniors en orange qui sont juste derrière...  Au microphone, la dame appelle plusieurs fois les “jeunes qui votent” à venir se placer là, sur leur carré... “De préférence sur le premier rang”, répète-t-elle... Sans succès, il n’y en a pas. Il est aussi demandé aux personnes qui portent le t-shirt blanc de l’événement “Vive Sarkozy” à venir se placer devant. Toujours sans succès. Elle insiste. J’imagine que c’est par rapport aux photos et aux séquences vidéos, ils souhaitent montrer les jeunes en première ligne habillés de t-shirt blanc, en train de frémir à l’idée d’exercer leur devoir civique, pleins d’enthousiasme et de dynamisme, soutenant Sarkozy. Mince, ça n’a pas l’air de marcher... Ca reste vide. A la fin, quelques “vieux” de 30 et 40 ans finissent par s’y installer. La musique qui sort des hauts-parleurs pour chauffer l’hypothétique foule avant les concerts est d’ailleurs prévue pour cette hypothétique jeunesse qui n’est pas là - du rap, du hip-hop, de la techno, le tout en anglais. Pas un seul morceau en tahitien encore.

 

18h30. Pas plus de monde que il y a une heure. Etrange. Quelques t-shirts blancs au logo “Sarko” sont finalement distribués au hasard, par-ci, par-là. Pas tous ceux qui les reçoivent ne le mettent. Les gens qui le portent ne viennent pas se placer devant pour autant. Il y a quelques 250 personnes dans la salle. Peut-être encore une centaine dehors. L’odeur des brochettes flotte dans l’air. La fumée aussi.

 

Il est 19h00, toujours pas grand monde. On nous montre sur grand-écran les images du Journal Télévisé, où Baroin s’exprime. Le son est mauvais, il parle vite. On ne comprend rien. Après le JT, le “spectacle” commence. L’affiche disait, 10 artistes sur scène, mais on ne sait pas lesquels... Un groupe de jeunes danse du hip-hop. C’est mignon. C’est jeune. Les spectateurs qui ne sont pas si jeunes, eux, ne sont pas très enthousiastes ni encourageants. Serait-ce la différence de générations? On attend patiemment la suite.

 

19h15. Mais où est tout le monde? La salle est encore largement inoccupée. Quelques VIP du carré central commencent à arriver, même si les deux premiers rangs restent encore désespérément vides, à l’exception de QBO, à qui plusieurs personnes viennent dire bonjour. Le spectacle sur la scène continue, sans grand enthousiasme.

 

Il est 19h30. Il y a peut-être... 300 personnes dans cette grande salle. Toutes ces chaises vides. “Quel échec”, dirait un hypothétique jeune.

 

Et soudain, l’évènement! Des petits cris, des drapeaux qui s’agitent, style écoles de samba pendant les défilés du Carnaval. Des flashs crépitent. Quelques applaudissements, encore des petits cris. Une mini-bousculade qui s’avance depuis l’entrée. Mais qui est-ce? Une star du rock qui arrive? Non, C’est Gaston Flosse. Il vient de faire son entrée comme une Sharon Stone au Festival de Cannes, mais sans le décolleté. Des colliers de tiare jusqu’au nez, entouré de gardes du corps, tous vêtus de t-shirts orange. Quelques jeunes filles stratégiquement placées font des photos de lui, débout sur leurs sièges avec leurs iPhones décorés avec des petits brillants, on dirait qu’elles ont vu Mick Jagger. Plus personne ne regarde les artistes qui sont sur la scène. Autour de Flosse, des “militants” arrivent. Tous en même temps. Habillés en t-shirt orange. Tous. Cette salle qui était pratiquement vide, commence à se remplir d’un seul coup, on dirait qu’un paquebot vient de les déverser... Ils arrivent avec leur propre appareil de sécurité. Leur “placeurs”, indiquent aux gens où aller et comment se placer, tout à travers de la salle. Gaston Flosse, qui coordonne le tout, en donnant des instructions, vous allez par ici, vous là-bas... Son staff sécurité semble bien entrainé, gardant un oeil sur lui et surveillant constamment la foule...

 

Les gens habillés en t-shirt orange arrivent en continu, c’est une marée humaine. Ils ont des étendards, écrit “TAHOERAA” dessus, avec des petit trucs dorés qui pendent. Parfois le nom de leur communes écrits aussi dessus. Pendant 25 minutes, plus personne n’a regardé ni la scène ni les artistes, on regardait tous ce... déversement de gens. Menés par les placeurs. Le placeurs sont revenus avec de glacières, et ont distribué des sandwiches et des petites bouteilles d’eau à “leur” foule. La salle est littéralement envahie. Tous en même temps. Il est impossible de faire une image de la salle sans que la couleur orange n'y soit représentée.

 

Gaston Flosse, dans sa bellissime chemise en lin unie, orange clair, parfaitement repassée et portée fluidement par dessus un pantalon ample, pose encore pour les photos. Ca change des traditionnelles chemises à fleurs. Il fait encore un tour du public, déclenchant à son passage des petit cris des “militants”. On a envie de dire des “fans”, tellement ça rappelle une star du rock. Parfaitement coordonné, ça donne même l’impression d’avoir été répété avant. Timing impeccable.

 

Il y a, je dirais, 4000 personnes dans la salle maintenant. Desquelles, 3500 portent un t-shirt orange, le même pour tous. C’est extraordinaire. On en perd le souffle. Je me sens comme dans un match de foot dans un stade au Brésil. Et j’imagine la tête de François Baroin quand il va arriver et qu’il va voir ça. Ha! Si Gaston Flosse voulait faire passer un message, je crois que c’est fait. Et pire, j’imagine la tête de GTS, quand il va voir ça. Les numéros sur scène se succèdent, les oranges sont arrivés déjà chauffés, ils crient, applaudissent et sifflent. Et secouent leur drapeaux orange.

 

Oh! François Baroin arrive enfin, avec GTS et une petite nuée de photographes. Flosse, qui avait disparu depuis quelques minutes, revient comme par magie juste derrière eux, comme s'ils étaient ensemble. La volumineuse dame qui était assise à coté de moi se lève soudainement et sort son immense étendard, et le secoue sur François Baroin devant la camera de TV. Elle les suit jusqu’à leur place au carré VIP, toujours son drapeau géant juste derrière la tête de Baroin, directement sur le crâne et parfois sur le visage de ceux qui sont autour. A ce moment-là de l’arrivée, aucune image de Baroin n’est possible sans cet immense drapeaux Tahoeraa derrière lui. J’éclate de rire de la manoeuvre, je n’en reviens pas - elle était placée là exprès, et revient toute fière de son exploit...

 

Tout ça avait été planifié à l’avance. Et parfaitement exécuté. Au passage de Baroin, personne ne criait “vive Sarkozy”, ou “vive la France”, Ou “France Forte”, ou “coucou François Baroin”... Ils criaient pour Flosse, comme on leur avait dit de faire. Gaston Flosse, avec l’aide de 3500 t-shirts, une vingtaine de drapeaux, quelques trucks, et surtout un planning, une équipe entrainée, un timing parfaitement maîtrisé, a littéralement avalé le meeting politique tout entier. Quelle organisation. Tout ce qu’on voyait, c’était ça. La marée orange. Impossible de penser à autre chose.

 

L’organisation du “comité de soutien à Sarkozy” et du parti To Tatou Aia, représentant officiel de l’UMP, n’était franchement pas au top. Communication défaillante à propos des horaires, concerts mal-ciblés, présentatrice un peu moyenne (pendant le spectacle de danse elle a dit au moins 4 fois “ces jeunes qui n’ont pas de travail...”), consigne sur “habillez-vous en blanc” pas relayée à l’avance, t-shirts un peu moches, un planning qui semblait amateur. Les seuls agents de sécurité que je voyais à l'intérieur étaient ceux en orange.

 

François Baroin n’a pas beaucoup aidé, non plus. Il commence son discours en disant, “merci beaucoup à Gaston Flosse!”. Foule orange en délire. Il est obligé d’attendre quelques secondes pour recommencer à parler. “Merci beaucoup à Gaston Tong Sang”. Silence de la foule. Il attend. Rien. Il continue. “Merci beaucoup aussi à Quito Braun-Ortega (applaudissements), Bruno Sandras, J-C. Bouissou, ...” et il mentionne tous ceux qui étaient au premier rang... en oubliant Teva Rohfritsch. Ooops. Son discours, dans un français très rapide, à la parisienne, et avec des mots sophistiqués, peu utilisés sur le fenua, était très peu compréhensible. La partie de son discours qui s'adressait à la Polynésie française était très courte et ne soulevait pas les foules. Tout le reste parlait de l’économie mondiale, de l’Europe, de la France... Et toujours dans un langage peu accessible pour le public présent. La partie où il commence à taquiner François Hollande était un petit peu plus intelligible, mais comme il ne mentionnait plus aucun des acteurs locaux, ni en bien ni en mal, les gens ont vite perdu l'intérêt. Pas un mot sur Oscar, sur “les mains pleines de sang”, ni sur les agissements (ou manque de) du gouvernement actuel. Elégant. Les “jeunes qui votent”, autant orange que les quelques autres, en se rendant compte que les concerts étaient finis, ont commencé à se lever et ont quitté la salle peu à peu pour aller manger des brochettes dehors. Au milieu de son discours, Baroin tousse un peu, la gorge sèche. Une dame du premier rang monte sur scène pour lui emmener de l'eau (le comité d'organisation n'y avait pas pensé?). 

 

Du début à la fin, tout était en français. Sauf quelques chansons, qui étaient en anglais... Les deux présentateurs, surement des bénévoles peu expérimentés, étaient tahitiens, mais ne parlaient que français au microphone. Le discours de Baroin n’était ni traduit, ni même projeté sur le grand écran derrière. Le spectacle, c’était: le groupe de jeunes danseurs de hip-hop, une chanteuse qui a chanté une chanson de l’anglaise Adèle, une chorale qui a chanté la marseillaise (tout le public débout mais pas beaucoup qui chantaient), puis l’hymne polynésien, et deux danseuses de Ori Tahiti, pour un aparima. Une danseuse sur scène, l’autre en bas devant le premier rang. Pendant que celle qui dansait en bas s’approchait de Baroin, des gens passaient devant avec des sandwiches dans la main, un enfant courrait autour. Après, le groupe de danseur hip-hop est revenu. Pas une seule chanson d’ici. La dame à coté de moi disait à haute voix, “C’est la Polynésie, ça?”. La présentatrice qui répète, “ces jeunes n’ont pas de boulot”. Mouais. Sur les photos parues dans la presse, on ne voit qu'une partie du premier rang des VIP... Souvent les bras croisés, comme en signe de refus. Souvent ils font la tête, on les imagine mortifiés d’être là au milieu de cette grande tâche orange.

 

Je suis partie avant la fin, pour essayer de parler avec quelques “jeunes qui votent” dehors. Ils n’étaient pas nombreux. A ma question “pourquoi vous êtes venus, ce soir?”, personne ne savait me répondre avec précision. Pas un seul n’a mentionné Sarkozy. Je m’attendais à un grand meeting politique à l’américaine (je rêvais, je sais), je me suis retrouvée dans une ambiance match de foot. En français.

 

Cela m’aurait plu qu’on s’adresse aux gens au moins un peu dans leur langue. Qu’on parle de leur problèmes. De leurs espoirs. De leur envies. De leur pays. Qu’on semble s’y intéresser, ne serait-ce qu’un peu. Qu’on ait la courtoisie de traduire pour eux ce qui se disait dans un français si rapide, dans un système de son pas très bon, ou de nous montrer ces mots-là par écrit pour aider à la compréhension. Cela m’aurait plu qu’on parle des femmes, autrement que “oui, les danseuses sont très belles”. Mais qu’est-ce qu’on en a à faire de la beauté, purée. Cela m’aurait plu qu’on parle plutôt de la santé des femmes, de la prévention, ou de l’égalité, ou de la parité, tiens. Cela m’aurait plu que les gens soient enthousiasmés pour une idée, pour un projet, pour une envie de construire. Et non pas pour un Mick Jagger de 80 ans dans une très belle chemise, qui va les chercher en truck et qui leur donne des sandwiches et leur dit comment s’habiller et où s’asseoir. Que les gens fassent leur propres pancartes pour exprimer ce qu’ils pensent au lieu d’agiter les drapeaux coordonnés qu’on leur donne pendant le trajet dans le truck. Oui, je devais rêver. Mais je n’arrêterai pas de rêver de si tôt. Je n'arrêterai pas de souhaiter que ce monde soit meilleur. Et que ce pays s’en sorte. Sans rêves, la réalité n’est rien.

 

Anik Buhlmann

le 15 Avril 2012

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bocharter's comment, April 20, 2012 5:14 AM
Anik,Vivement dimanche qu'on rigole un peu ...Beaut
Scooped by Anik Buhlmann
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LES ARTICLES IMAGINAIRES - 3

LES ARTICLES IMAGINAIRES - 3 | TAHITI Le Mag | Scoop.it

"Le coût du travail pour les entreprises ayant baissé en raison des mesures phares prises par le gouvernement, le nombre d'emplois à pourvoir dans les entreprises privées en Polynésie continue de grandir mois après mois. L'économie qui s'essouflait regagne en vigueur. Des nombreuses formations pour améliorer l'efficacité dans les entreprises sont proposées regulièrement aux chefs d'entreprise, aux cadres et aux employés, contribuant à une hausse de la qualité des produits et des services qui sont proposés dans le pays. La chasse au gaspillage est devenue le grand sport national."

CECI EST INVENTE, ET NON PAS UNE NEWS REELLE. POUR L'INSTANT.
ANIK ET LA POLYNESIE UTOPIQUE 

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LES ARTICLES IMAGINAIRES - 1

LES ARTICLES IMAGINAIRES - 1 | TAHITI Le Mag | Scoop.it

"Les employés administratifs et tous les cadres et dirigeants de la CPS viennent de proposer que leur salaires soient diminués de 40%, jusqu'à la limite du SMIG polynésien, pour être en accord avec la baisse  de 40% proposée aux médecins libéraux."

 

CECI EST INVENTE, ET NON PAS UNE NEWS REELLE. POUR L'INSTANT.
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