Un secteur en pleine tempête a rendez-vous au salon | Smandre | Scoop.it

Avec des ventes en baisse de 20%, l'industrie nautique française doit faire face à de nouveaux vents contraires. C'est dans ce contexte tendu que s'ouvrira le Salon nautique demain à Paris.
«Le choc est violent». Jean-François Fountaine, le président de la Fédération des industries nautiques (FIN), n'a pas mâché ses mots, hier, en évoquant la situation de la filière cette année en France. Après un léger rebond en 2011, la chute est brutale: la FIN table sur une baisse de 24% du chiffre d'affaires dans la production des voiliers (418millions d'euros), et de 10% dans le motonautisme à 302millions d'euros. Des chiffres qui ne sont pas pour remonter le moral d'une filière qui a déjà perdu plus de 4.000 salariés au plus fort de la crise en 2009. Cette année, Alliaura et Catlantech, pour ne citer qu'eux, sont venus grossir les rangs des chantiers qui ont mis la clé sous la porte.

 

Les professionnels dans le brouillard

Résultat, les professionnels broient du noir et naviguent à vue. Deux tiers des patrons bretons de la filière font ainsi part de leurs incertitudes et de leur pessimisme sur l'évolution du secteur, contre 51% un an auparavant, selon une étude de l'Observatoire de la filière nautique en Bretagne. Plus inquiétant, un sur dix affirme ne pas avoir le moral, contre seulement 3% l'année dernière à la même époque.

Recul de 6,65% en Bretagne

 

La baisse des ventes a été particulièrement marquée en Europe, avec un recul de l'activité qui pourrait atteindre 25 à 30%, notamment en Italie et en Espagne, deux pays qui subissent la crise de plein fouet. La France marque également le pas. 16.465 bateaux neufs ont été immatriculés cette année contre 18.220 l'an dernier, selon les chiffres des Affaires maritimes. Soit une baisse de 9,63%. La Bretagne, qui reste la première région en termes de ventes, n'est pas épargnée même si la chute est moins violente: -6,65%, avec 4.509 nouvelles immatriculations.

 

«Le haut de gamme progresse»

«On a souffert cette année», reconnaît David L'Helgouach, responsable de l'agence de Port-la-Forêt (29) de Cornouaille Nautic. Il y a un réel effet de crise. «C'est très net», confirme Yves Therville, propriétaire de MBMarine au Crouesty (56). «Le marché du neuf est plombé tandis que celui de l'occasion stagne», ajoute Yann Rolland, de Rolland Yachting à Brest. Le constat est sans appel. Paradoxalement, malgré la crise, les ventes de bateaux haut-de-gamme progressent. «Le premium? C'est ce qui marche le mieux», confirme Yann Rolland, alors que «les classes moyennes et les 20-35 ans se font de plus en rares», ajoute David l'Helgouach. C'est particulièrement flagrant pour le motonautisme où les retraités sont désormais les premiers acheteurs.

 

L'entretien et l'accastillage résistent

Autre conséquence de cette montée en gamme: l'effondrement du marché des «petits» bateaux à moteur. En neuf ans, les immatriculations bretonnes des moins de six mètres ont chuté de 45%, avec 1.467 nouvelles unités en 2012 contre 2.679 en 2003. Résultat, la flotte affiche aujourd'hui une moyenne d'âge de 20 ans, avec des propriétaires qui se tournent vers l'entretien et l'accastillage. «On fait clairement un distinguo dans notre activité: la vente qui souffre alors que l'entretien marche bien», constate Yves Therville. Dans ces conditions, comment remonter la barre? Il faut de l'innovation. «70% du chiffre d'affaires en vente se fait sur des nouveautés qui ont moins de quatre ans», explique Yann Rolland. Des nouveautés qui seront présentées, lors du Nautic, qui ouvre ses portes demain à Paris.

 

Marine Le Clech


Via Jean-Baptiste Rouillac