Abandonnés sur le bord de la Nationale 7 par la postérité, les Rouennais du groupe Rotomagus n’ont jamais connu le summer of love ni les lauriers du temps où ils croisèrent la route de Led Zeppelin ou des Who. Une quarantaine de saisons après leur séparation, Julian Cope puis le label Martyrs of Pop les prennent en stop pour un dernier tour de piste. Et, une fois n’est pas coutume, l’exhumation du corps est plus céleste que prévu...
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Les fossoyeurs compulsifs ayant, à force de rééditions et d’injustices tardivement réparées, fait le tour de la question anglo-saxonne, le cas de Rotomagus s’avère particulièrement intéressant. Il faudrait, pour mesurer le nombre d’emmerdes accumulées en si peu de temps, lire en entier les notes de pochette de l’anthologie publiée ces jours-ci par Martyrs Of Pop, label également rouennais. Car, dans la catégorie des groupes à qui l’histoire n’a pas fait de cadeau, celui des frères Peresse se glisse sans peine en haut de la pile, quelque part entre Anvil, les Élucubrations d’Antoine et the Zombies. Les Rotomagus, s’ils étaient nés dans la banlieue londonienne ou dans un bled paumé du Colorado, auraient eu plus de chance de percer. Pas de bol, tout commence à Rouen. Ici même où, quinze ans plus tard, les Dogs et les Olivensteins se décideront, avec les moyens du bord, à creuser un tunnel sous la Manche.
Back to 1963. Âgé de seulement 13 ans, Sylvain Peresse monte pour la première fois sur scène avec son frère qui, pour l’occasion et faute de matos à disposition, construit lui-même les guitares. Cinq années passent, pendant lesquelles les Peresse brothers enquillent dates et concerts sous différents noms, fortement influencés par un vent de british beat qui se traduit chez eux par des reprises de standards, des instrumentaux ; bref, la vie de tout groupe français au milieu des sixties. Sur leur route, les deux croisent le trio d’un certain Philippe Lhommet — par la suite membre de Dynastie Crisis, qu’on retrouve furtivement en backing band de Polnareff au début des 70’s. Début 1968, tout ce beau monde entre au studio CBE — tenu par Bernard Estardy, clavier de Nino Ferrer — pour enregistrer un premier 45 tours qui sort en mai, pendant les émeutes ouvrières. Premier problème de timing. La période est aux chœurs angéliques agrémentés d’un abominable chant en français, de rigueur pour — déjà — plaire aux directeurs artistiques. C’est le temps de titres dispensables comme Nevada ou Le Haut du pavé, suivis deux ans plus tard d’un autre 45 tours ampoulé où l’on entend, un peu médusé, un clin d’œil classique au Peer Gynt d’Edward Grieg — et à la flûte s’il vous plaît — sur Eros. Bon, il faut bien avouer que les Rouennais d’alors ne s’embarrassaient pas avec le bon goût, les foulards en soie et les postures efféminées en vogue de l’autre côté de l’Atlantique. C’était le temps de l’insouciance, c’était le temps des cerises. En fait, c’était surtout le temps de passer à autre chose.
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