Entre intérêt grandissant et prudence tenace, des entreprises commencent à intégrer les réseaux sociaux dans leur communication et leur politique RH. Sans en avoir, jusque là, perçu tout le potentiel. Retour sur les débats des ateliers RH du CIFFOP du 5 novembre dernier.
Si elle se répand largement dans la société, la révolution 2.0 reste encore aux portes du monde professionnel. Méconnaissance des outils et de leurs usages, crainte de perdre le contrôle de la communication, risques de divulgation d’informations confidentielles, les raisons sont nombreuses. Pour Carole Blancot, directrice conseil de SpotPink, les entreprises sous-estiment les perspectives offertes par les réseaux sociaux, en limitant leur utilisation à la recherche de notoriété et au marketing, loin devant l’engagement des salariés et le travail collaboratif.
C’était précisément l’objet du premier des ateliers RH lancés par le CIFFOP, le 5 novembre : informer et sensibiliser la fonction RH aux multiples usages des réseaux sociaux d’entreprise. « Ils sont essentiels à l’évolution de la fonction vers des RH 2.0, estime Carole Blancot. D’abord, en participant à la modernisation et à l’optimisation des processus RH. Ensuite, comme levier pour attirer, impliquer, motiver, fidéliser. »
Des implications sur la GPEC et la gestion des talents
C’est sans doute, selon la consultante, le principal intérêt des réseaux sociaux d’entreprise : « (re)créer du lien social, et contribuer au sentiment d’appartenance et à la cohésion ». S’ils sont conçus intelligemment et animés au quotidien, ces réseaux sociaux internes peuvent ainsi permettre aux salariés de mieux se connaître, à travers l’expression d’expertises et le partage de bonnes pratiques. Avec, comme corollaire direct, « l’installation d’une nouvelle hiérarchie d’influence ».
En effet, comme le souligne Carole Blancot, « les réseaux sociaux d’entreprise introduisent de nouvelles règles qui questionnent le leadership et le pouvoir légitime, en termes de transparence, d’interactions sociales, de partage, de collaboration et de transmission ». Si la dimension “intelligence collective” peut facilement séduire les entreprises, « la perte de contrôle des échanges les inquiète davantage ». Pour la spécialiste des réseaux sociaux, la balance risque-bénéfice penche en faveur d’une expérimentation maîtrisée : « C’est à cette condition que les employeurs peuvent découvrir les potentialités des réseaux sociaux, dont celles de demain : formation, détection des talents internes, etc. »
Impliquer les salariés dès la conception
À l’heure actuelle, les responsables RH qui lancent un réseau social d’entreprise font figure de précurseurs, avec les risques que tout manque de recul implique… Ils ont donc tout intérêt à respecter quelques règles de base : s’assurer de l’engagement et du soutien de la direction générale, identifier et analyser les éventuels freins – internes et externes, et informer les différents services de l’entreprise, dont les IRP. Pour Carole Blancot, « il faut également impliquer les salariés, pour favoriser leur adhésion et leur participation tout en identifiant leurs besoins et leurs attentes. Les entreprises ne savent pas encore comment s’y prendre, mais on ne peut pas créer du lien social sans évoluer dans les pratiques à l’égard des collaborateurs ».
Prendre le temps de la réflexion, observer les expériences menées par les entreprises du même secteur, s’entourer des bons prestataires, et ne pas négliger la communication interne : sur le papier, le mode d’emploi paraît accessible. Attention cependant à limiter ses ambitions : « Mieux vaut rester modeste au départ et intensifier ensuite les efforts, car la copie se révise en cours de réalisation, grâce à l’expérience accumulée. Cette attitude évite de “vendre” à la direction un projet gravé dans le marbre », conclut Carole Blancot.
Via
Joannard-Lardant Charlene,
Denis MOREAU