Revue de presse théâtre
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De nos jours [notes on the circus] - Ivan Mosjoukine

De nos jours [notes on the circus] - Ivan Mosjoukine | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Entre émotions, intelligence, humour, virtuosité et engagement, un premier spectacle choc, dans un style audacieux et surprenant ! Les quatre artistes d'Ivan Mosjoukine réinventent la grammaire de base du cirque pour en dégager la substance poétique.

 

Reprise au 104, Paris, du 17 au 24 novembre

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Revue de presse théâtre
"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Quelques astuces pour tirer profit de tous les services de  la Revue de presse théâtre

 

 

Les publications les plus récentes se trouvent sur la première page, mais en pages suivantes vous retrouverez d’autres posts qui correspondent aussi à l’actualité artistique ou à vos centres d’intérêt. (Navigation vers les pages suivantes au bas de la page)

 

 

 Les auteurs des articles et les publications sont systématiquement indiqués. 

 

Les articles sont le plus souvent repris intégralement, mais parfois sont réduits en longueur par rapport à l’article d'origine.

 

Chaque « post » est un lien vers le site d’où il est extrait. D’où la possibilité de cliquer sur le titre ou la photo pour lire l’article entier dans son site d’origine .  Vous retrouverez la présentation originale de l'article : les titres, les photographies et les vidéos voulues par le site du journal ou l’auteur du blog d’où l’article est cité.

 

 

Pour suivre régulièrement l’activité de la Revue de presse : vous pouvez vous abonner (bouton vert FOLLOW) et, en inscrivant votre adresse e-mail ou votre profil Facebook,  recevoir des nouvelles par mail des publications les plus récentes de la Revue de presse

 

 

Vous pouvez aussi, si vous êtes inscrits sur Facebook, aller sur la page de la revue de presse théâtre à cette adresse : https://www.facebook.com/revuedepressetheatre

et  « liker » cette page pour être tenu à jour des nouvelles publications.

 

Vous pouvez faire une recherche par mot sur trois ans de publications de presse et de blogs théâtre, soit en utilisant la liste affichée ci-dessus des mots-clés les plus récurrents , soit en cliquant sur le signe en forme d’entonnoir - à droite de la barre d’outils - qui est le moteur de recherche de ce blog ("Search in topic") . Cliquer sur l'entonnoir et ensuite taper un mot lié à votre recherche. Exemples : « intermittents » (plus d’une centaine d’articles de presse comportant ce mot) « Olivier Py» ( près de quarante articles ), Jean-Pierre Thibaudat (plus de quatre-vingt articles),  Comédie-Française (plus de cinquante articles), Nicolas Bouchaud (seize articles), etc.

 

Nous ne lisons pas les "Suggestions" (qui sont le plus souvent jusqu'à présent des invitations, des communiqués de presse ou des blogs auto-promotionnels), donc inutile d'en envoyer, merci !

 

Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

Peut être utile au lycée

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Nathalie Sarraute : "La poésie, dans une oeuvre, c'est ce qui fait apparaître l'invisible"

Nathalie Sarraute : "La poésie, dans une oeuvre, c'est ce qui fait apparaître l'invisible" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Un portrait inhabituel d’une Nathalie Sarraute à l’oreille terriblement fine, sportive et impertinente, solidement ancrée dans le réel.

Ecouter l'émission :  https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/nathalie-sarraute-la-poesie-dans-une-oeuvre-cest-ce-qui-fait



Toute petite, dans son lit à barreaux, Natacha Tcherniak joue aux mots. Elle les prononce tout haut et lentement, et les regarde s’échapper comme des papillons, redoutant le moment où ils finiront comme les autres, épinglés dans l’horrible boîte à signification. Déchirée entre son père et sa mère, ballotée entre la Russie et la France, Nathalie Sarraute est définitivement entrée dans ce qu’elle appellera plus tard « l’ère du soupçon ». Les tumultes de l’histoire se chargent ensuite de renforcer sa méfiance à l’égard des mots creux et des phrases assassines. Dénoncée comme juive pendant la guerre, l’écrivain maintiendra le silence face à l’innommable pour mieux l’explorer dans les failles du langage. A plus de 95 ans, elle entendait encore la police du langage frapper à la porte : Ouvrez ! A sa manière instinctive et infaillible, Nathalie Sarraute conduisait en lieu sûr les mots manquants et incertains.


Par Christine Le Cerf - Avec Jean-Pierre Martin, Christine Montalbetti, Arnaud Rykner et Claude Regy - Avec la voix de Nathalie Sarraute - Réalisation Jean-Claude Loiseau

Nathalie Sarraute• Crédits : Marcello Mencarini/leemage - AFP

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A Châlons-en-Champagne, un entrepôt qui cache bien son cirque

A Châlons-en-Champagne, un entrepôt qui cache bien son cirque | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par David Abittan pour France Inter


A Châlons-en-Champagne, un entrepôt qui cache bien son cirque


Ecouter la chronique (5mn) https://www.franceinter.fr/emissions/l-ete-archi/l-ete-archi-19-aout-2017

Durant l’été, David Abittan nous emmène chaque semaine à la découverte de l’architecture de France. Ce matin à Châlons-en-Champagne, le Centre National des Arts du Cirque.

CNAC - Architectes : Caractère Spécial et © David Abittan
En partenariat avec le Centre des Monuments Nationaux

Survolé par un pont de la Nationale 6, cet ancien site de stockage de céréales ne semblait pas l'emplacement idéal pour y implanter le Centre National des Arts du Cirque. Construits dans la lignée des anciens silos, les nouveaux bâtiments conçus par les agences Caractère Spécial et NP2F ont pourtant su révéler le génie du lieu jusqu'à nous réapprendre à regarder les architectures agricoles et industrielles.

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Valeria Bruni Tedeschi retourne derrière la caméra » Le Blog d'Ecran Noir

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Publié sur le blog Ecran Noir :


Valéria Bruni Tedeschi a entamé le tournage de son quatrième long métrage, Les estivants, clin d'œil à la pièce de Maxime Gorki, même si le film a plus à voir avec Les Trois sœurs de Tchekhov. C'est son premier film en tant que réalisatrice depuis Un château en Italie, en compétition à Cannes en 2013.

La cinéaste sera aussi devant la caméra. L'actrice a été nommée aux Césars dans la catégorie du meilleur second-rôle féminin et a été récompensée comme meilleure actrice aux David di Donatello, les Oscars italiens.

Le casting comprend aussi Pierre Arditi, son amie Noémie Lvovsky, Yolande Moreau, Laurent Stocker et Bruno Raffaelli. On retrouvera aussi la mère de Valeria Bruni Tedeschi, Marisa Borini, qui avait eu un rôle dans son précédent long métrage. Enfin, last but not least, Valeria Golino, double prix d'interprétation à Venise, est aussi au générique.

Le film est coécrit par Valeria Bruni Tedeschi, Agnès de Sacy et Noémie Lvovsky. L'histoire est celle d'Anna, réalisatrice fraichement séparée, qui va, avec sa fille, dans une grande et belle propriété sur la Côte d'Azur, pour quelques jours de vacances. Au milieu des siens, familles, amis et employés, Anna doit gérer à la fois sa rupture et l'écriture de son nouveau film. Elle ne sera pas forcément écoutée et aidée.

Le film sera distribué par Ad Vitam et est un sérieux prétendant au prochain Festival de Cannes.

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New Shakespeare's Globe chief promises far more diverse casting

New Shakespeare's Globe chief promises far more diverse casting | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Mark Brown dans The Guardian


Artistic director Michelle Terry says it ‘will be gender blind, race blind, disability blind’, with 50-50 split between men and women

The new artistic director of Shakespeare’s Globe theatre has promised much more diverse casting in terms of race and disability, with a 50-50 split between men and women. But the jury is still out on the issue of class.

Michelle Terry said diversity would be an important part of her tenure as she spoke for the first time since being named successor to the ousted Emma Rice.

“The whole season will be 50:50 and that’s not just small parts played by women or small parts played by men. Across the season the body of work will be equal amounts for male or female. It will be gender blind, race blind, disability blind.”

Better representation in the arts is one of the industry’s most pressing issues, and Terry said she had benefited from “gender blind” casting playing Henry V, in an acclaimed performance at the Regent’s Park theatre. She said that when she played the role it was with a backdrop ofthe Chilcot inquiry findings, women on the frontline, Theresa May becoming prime minister. “Me being a woman was the last thing on people’s mind,” said Terry.

Asked whether she agreed that the issue of class, as a Labour party report last week argued, was often missing from the diversity debate, she said it was a subject she was going to interrogate, “because I’m not sure what that means any more.

“To be working class, to be middle class or upper class. I don’t know where I am. My mum and dad grew up on a council estate, does that make me working class? I’ll interrogate what class means in the same way that Shakespeare did.”

Terry is following the commitment made by Rice to have a “gender-balanced, gender-blind” Globe, but the theatre will be a different place in other respects.

For one thing its board has insisted on a return to productions with no amplified sound or imposed lighting – the official reason for Rice’s departure after only two years.

That suits Terry. “Every other theatre can have lights and sounds. What is unique to the Globe is that we don’t so when every other theatre takes out the first 15 rows of its stalls and gets the audience to stand and takes the roof off, we might reconsider our experiment,” she said.

Terry is an actor with no directing experience and said that would remain the case. Directing is “a skill I don’t have. My passion is acting,” she said. Although it would be for directors to cast her she hopes to appear on stage in at least one production a season.

Terry revealed that she had been encouraged to apply by the Globe’s chief executive, Neil Constable, after writing a letter asking to be part of the artistic conversation at the theatre.

She said the board took an enormous risk with her appointment. “I think that smacks of bravery, that gives me great hope.”

What a Terry Globe will look like remains to be seen. Would it be a more stripped down approach? one journalist asked. “What do you mean by stripped down?” she replied. Less bells and whistles? “It depends what you mean by bells and whistles.”

Terry said she would approach the job as she approaches acting in a play, thoroughly. “I will take care of each and every moment, I will take care of each and every stitch, and by the end, I hope the cumulative effect will make a really nice tapestry. At the moment I’m just at the first stitch.”

She said the Globe would be a place of new writing and one of her first commissions had been a writer to research and write a play based on Emelia Lanier (nee Bassano), possibly Britain’s first published female poet and, it has been claimed, someone who may have written some of Shakespeare’s plays.



Photo Michelle Terry plays Henry V, in an acclaimed performance at the Regent’s Park theatre last year. Photograph: Tristram Kenton for the Guardian

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Didier-Georges Gabily (1955-1996) - Revenir sur les lieux

Didier-Georges Gabily (1955-1996) - Revenir sur les lieux | Revue de presse théâtre | Scoop.it

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L’homme d’écriture que nous connaissons plutôt pour son œuvre théâtrale est travaillé par les lieux de son enfance, la Loire, la terre et la langue des anciens. Traversée par la fureur du monde et les mots d’un autre temps, son œuvre puise au souffle des corps qui la profèrent.


Lien pour écouter l'émission (1h) : https://www.franceculture.fr/emissions/une-vie-une-oeuvre/didier-georges-gabily-1955-1996-revenir-sur-les-lieux


Didier-Georges Gabily naît en 1955 à Saumur.

Son père est CRS. Il est souvent parti de la maison pendant l’enfance de Didier-Georges qui grandit avec ses deux sœurs, Christine et Martine, tous trois élevés par leur mère Annick. La famille habite près de Tours.

A chaque vacances, à chaque fête religieuse, ils partent jusqu’au petit village de Villebernier, tout près de Saumur, au bord de la Loire. Ils vont dans la maison de l’aïeule. Les enfants jouent et s’imprègnent de cette vie-là. Au bord de la Loire. Dans un temps qui n’est plus. Un temps d’avant, celui de la terre, de la vigne et de la pêche.

Plus tard, après les Événements de mai 68, son père reviendra à la maison. D’autres sœurs naîtront et, lui partira sur les chemins de son errance comme le font souvent les poètes.

Didier-Georges Gabily, l’homme d’écriture que nous connaissons plutôt pour son œuvre théâtrale, écriture et mise en scène mêlées, est un homme travaillé par ces lieux, par ces temps – anciens – et plus anciens encore.

On a suivi la berge depuis Villebernier. On est remontés jusqu’ à Tours puis au Mans et à Paris où il fait ses premiers pas en tant que comédien avec André Cellier et Mehmet Ulusoy.

Les rencontres importantes, les femmes qu’il a aimées et qui l’ont aimé. Les chansons qu’il a chantées, les romans qu’il a publiés et bien sûr les acteurs, l’acteur. L’écriture de Didier-Georges Gabily se nourrit de la fureur du monde comme des auteurs du passé.

Gabily était un homme chargé de mots et de vocables anciens, arrachés à la mémoire de la langue et proférés par les acteurs qui s’embarquaient avec lui dans cette traversée des temps, traversée des apparences disait-il, aussi.

Il meurt en août 1996, à l’âge de 41 ans. Il répétait alors sa dernière création : le Dom Juan de Molière en diptyque avec sa pièce Chimère et autres bestioles.

Revenir sur les lieux, c’est ce qui le travaillait, c’est ce qu’il fouillait. Alors nous avons fait cela, aussi. Nous sommes revenus sur les lieux.

Un documentaire de Séverine Leroy, réalisé par Nathalie Salles. Attachée de production : Claire Poinsignon. Prises de sons : Hélène Langlois, Yves Le Horse, Romain Luquiens. Mixage : Eric Boisset. Archives Ina : Aude Vassent. Lectures : Nathan Gabily. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque centrale de Radio France.

Remerciements :

Evelyne Esnoux, assistante à la mise en scène ; Messieurs Gallo et Raffault de la Société de Boule de fort L’Avenir à Villebernier ; le collectif artistique de création sonore Micro-sillons.

Extraits des œuvres entendues dans le documentaire par ordre d’apparition :

Couvre-feux, roman de D.G Gabily, éd. Actes Sud, 1990

Événements, texte de D.G Gabily, 1988

A tout va, journal 1993-1996, éd. Actes Sud, 2002

Tambours dans la nuit, mise en scène du texte de Brecht, 1980

L’au-delà, roman de D.G Gabily, 1992

L’Échange, seconde version, mise en scène du texte de Paul Claudel, 1986

Violences, texte et mise en scène de D.G Gabily en 1991

Enfonçures, texte et mise en scène de D.G Gabily en 1993

Gibiers du temps, texte et mise en scène de D.G Gabily en 1994-1995

Musiques d’Isabelle van Brabant entendues dans le documentaire :

Tambours dans la nuit

L’Échange

Violences

Enfonçures, avec les chants d’Isabelle Soccoja

Ainsi que deux chansons écrites, composées et interprétées par D.G Gabily et Annick Cisaruk pour la seconde.

Certaines œuvres romanesques et théâtrales ont été réunies dans le volume Œuvres édité chez Actes Sud.

Chanson de Leonard Cohen, Sister of mercy

Liens :

La thèse de Séverine Leroy L’œuvre théâtrale de Didier-Georges Gabily : poétique d’une mémoire en pièces, est accessible en ligne.

Biographie sur le site dédié à la création théâtrale contemporaine, theatre-contemporain.net

Didier-Georges Gabily, D’une génération à l’autre, beau passage de flambeaux : article de Jean-Pierre Thibaudat à lire sur son blog.

Hommage à Gabily proposé par le théâtre Montfort en novembre 2016.

Stanislas Nordey à propos de Gabily et de Violences.

Intervenants

Annick Gabily
mère de Didier-Georges Gabily.


Christine Gabily
sœur.


Martine Gabily
sœur.


Nathan Gabily,
fils.


Serge Thibault
beau-frère.


Isabelle van Brabant
première épouse et compositrice des musiques de scènes.


Yann-Joël Collin
assistant à la mise en scène, comédien, metteur en scène.


Anne de Amézaga
codirectrice du Dix-Huit Théâtre en 1979, aujourd’hui codirectrice de la compagnie Louis Brouillard.


Bertrand Py

éditeur chez Actes sud de ses romans.



L'équipe

Production
Irène Omélianenko


Avec la collaboration de
Claire Poinsignon


Image :  "Enfonçures et les cercueils de zinc"• Crédits : Dessin de Didier-Georges Gabily

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Circulation - Festival de théâtre de rue : l'accès au centre-ville d'Aurillac en questions

Circulation - Festival de théâtre de rue : l'accès au centre-ville d'Aurillac en questions | Revue de presse théâtre | Scoop.it
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Un périmètre de sécurité étendu, neuf points d’entrée pour les piétons, six pour les voitures… L’accès au centre-ville d'Aurillac sera limité et contrôlé pendant le festival de théâtre de rue. Explications.
Exit les grandes grilles « Heras », place aux barrières « Vauban ». La finalité est certes la même : le centre-ville d'Aurillac sera entièrement bouclé durant le festival de théâtre de rue, et accessible uniquement via neuf points de contrôle. Mais pour cette nouvelle édition, les services de l’État, de la Ville et les organisateurs d’Éclat ont davantage utilisé la configuration urbaine pour dessiner ce périmètre de sécurité.

De quoi limiter l’installation de grilles qui avaient, l’an dernier, cristallisé les tensions avec certains festivaliers. Le point, en questions, sur le dispositif de circulation et de filtrage.

Quelles mesures de sécurité pour le festival de théâtre de rue d'Aurillac ?

1. Quel périmètre de sécurité en centre-ville ?
C’est le principal changement de cette édition : l’élargissement du périmètre de sécurité du festival en centre-ville. Dans sa partie « nord », pas d’évolution : comme en 2016, la zone bouclée comprend le quartier Saint-Géraud et s’étend de la place d’Aurinques au Gravier.

Au sud, en revanche, du nouveau : le périmètre englobe désormais tout le secteur des Carmes, jusqu’au viaduc, ainsi que l’avenue de la République, jusqu’à l’hôpital, le tribunal et le lycée Emile-Duclaux. La rue Pierre-Fortet, qui longe l’établissement scolaire, sera d’ailleurs totalement fermée, depuis le boulevard Eugène-Lintilhac.

« C’est un élargissement important, mais on arrive à la limite : au-delà, on ne peut plus faire fonctionner la ville », note Serge Chausi, adjoint au maire chargé de l’urbanisme.

2. Comment accéder, à pied, au centre-ville ?
Pour rejoindre le centre-ville, le festivalier, l’habitant ou le commerçant aura le choix, à pied, entre neuf points d’accès installés rue Paul-Doumer (à hauteur de la place de la Paix), rue des Carmes, rue de la République, place d’Aurinques, place Saint-Etienne, rue des Frères-Delmas, rue du Buis et sur les deux ponts qui enjambent la Jordanne (le pont Rouge et le pont Bourbon).

De 11 heures du matin à minuit, les sacs des piétons seront visuellement contrôlés par la trentaine d’agents de sécurité mobilisés. Et les bouteilles en verre sont interdites. En dehors de ces horaires, l’accès sera libre.

Festival de théâtre de rue d'Aurillac : les compagnies recherchent des volontaires

3. Et en voiture ?
Au-delà des véhicules de secours (pompiers, police…), seuls les riverains pourront pénétrer en voiture dans le périmètre de sécurité durant le festival, du mardi soir au dimanche matin, mais uniquement de 5 heures à 11 heures.

Pour y accéder, ils devront présenter un macaron reçu par courrier et emprunter l’un de ces six points d’accès : la place d’Aurinques, la rue des Frères-Delmas, les ponts Rouge et Bourbon, la rue Paul-Doumer et l’avenue de la République.

À chaque fois, un dispositif anti-voiture bélier, avec des chicanes, sera installé. À noter que les habitants de la rue du Général-Destaing et de la rue Caylus pourront accéder à leur domicile via l’avenue de la République.

4. Quid du point chaud en 2016, la rue des Carmes ?
Les affrontements autour des grilles entre festivaliers et gendarmes, au croisement de la rue des Carmes et de la rue Jules-Ferry, avaient marqué l’édition 2016 du festival. Pour ne pas revivre les mêmes scènes, la place des Carmes a été entièrement intégrée au périmètre de sécurité, et les points d’accès déplacés vers le viaduc.

« On a élargi la zone pour éviter que les points d’entrée soient à proximité des spectacles, ce qui avait créé des regroupements l’an dernier », explique Serge Chausi. Enfin, afn de fluidifier le flux important de festivaliers qui arrivent via la rue des Carmes, cinq files de contrôle seront proposées.

5. Où prendre les navettes ?
Afin d’éviter des arrivées massives de festivaliers aux points de contrôle de la rue des Carmes, les navettes du festival déverseront leurs passagers en plusieurs endroits.

Celles en provenance de la Ponétie et de l’aire événementielle arriveront au parking du Teran, sous le viaduc de la rue des Carmes. En revanche, la navette du parking du 8-Mai débarquera place d’Aurinques et celle de Saint-Simon sur le boulevard Pavatou.

6. Quid du stationnement ?
Le stationnement des véhicules sera totalement interdit pendant la durée du festival, dans tout le périmètre du centre-ville. « Ca va complexifier le stationnement en dehors du périmètre mais c’est aussi une tranquillité à l’intérieur », estime l’adjoint au maire.

Festival de théâtre de rue d'Aurillac : après une édition vécue comme un traumatisme, les habitants sont méfiants

7. Et à Marmiers ?
Cette année, l’ancien terrain de sport de Marmiers sera occupé par une compagnie, pendant le festival. Conséquence : là aussi, un périmètre de sécurité sera mis en place, avec une zone bouclée entre de la rue de l’Abbé-de-Pradt à la rue Mozart. Pour y accéder, il faudra emprunter la rue Léon-Blum.

Consignes. Deux consignes seront proposées aux festivaliers pour leurs sacs, de 10 heures à 1 heure : place de la Paix, et la place du Buis.

Arthur Cesbron
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A Aurillac, le théâtre de rue sous contrôle

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Par Clarisse Fabre dans Le Monde


L’équipe du festival estime que le dispositif de filtrage du public, à l’entrée du centre-ville, est inadapté à la manifestation.


Plus rien n’est comme avant au Festival international de théâtre de rue d’Aurillac, depuis les attentats de 2015 et de 2016 sur le sol français. Désormais, le casse-tête précède la fête. Comment concilier la sécurité des spectateurs et des artistes avec la libre expression artistique ? Le sujet est particulièrement sensible dans le domaine des arts de la rue, où, par essence, les créations, déambulations et performances subvertissent l’espace public.


« Nous sommes les professionnels du désordre urbain », résume Jean-Marie Songy, le directeur artistique du festival, dont la 32e édition aura lieu du 23 au 26 août. De 25 000 à 30 000 festivaliers sont attendus chaque jour à Aurillac. Le territoire entier de la commune va devenir un terrain de jeu. A la vingtaine de spectacles inscrits dans la programmation officielle, dont la plupart sont gratuits (sauf deux payants), s’ajoutent 600 compagnies accueillies dans une sorte de « off », chacune ayant son emplacement.


« Quand je rencontre pour la première fois un représentant de l’Etat, j’aime bien lui dire : “Nous, les artistes de la rue, nous assurons la qualité du désordre. Si vous pouviez nous assurer la qualité de l’ordre, nous pourrions passer quelques jours ensemble” », ajoute Jean-Marie Songy.

Mais il y a de la nervosité dans l’air. Et le programmateur Songy est dépité. Car le dispositif de filtrage et de contrôle visuel (avec ouverture des sacs) mis en place en 2016 a été reconduit cette année, moyennant quelques aménagements. Concrètement, un périmètre de sécurité va ceinturer le centre-ville. Pour y accéder, les festivaliers et les habitants devront patienter devant l’un des neuf « points de contrôle piétons ». La décision a été prise à l’issue de discussions réunissant la préfecture, la ville et les autres collectivités qui subventionnent le festival (communauté d’agglomération, département, région…). La proposition alternative du patron du festival n’a pas été retenue. « Plutôt que de fouiller les gens, on voulait investir sur la surveillance permanente et le déminage des lieux. Car on a des spectacles qui démarrent toutes les trente minutes, cela ne s’arrête jamais », explique Jean-Marie Songy.

Une édition 2016 traumatique

L’édition 2016 a été traumatique, rappelle-t-il. Le périmètre de sécurité était délimité par des barrières hautes et grillagées, ce qui donnait des allures de « fan zone » de football à la manifestation.

Le 19 août, en fin de journée, l’ambiance s’est brusquement détériorée lorsqu’une trentaine de personnes ont commencé à démonter les obstacles, entraînant avec elles une centaine de festivaliers. « La société de sécurité privée a exercé son droit de retrait. Elle est partie et les CRS sont arrivés. Il y a eu un affrontement urbain et des familles ont reçu des gaz lacrymo. Ce fut un choc. En trente et un ans, il n’y avait pas eu le moindre incident pendant une représentation », déplore Jean-Marie Songy. La preuve, selon lui, que le principe du « checkpoint » n’est pas adapté.

Lire le compte-rendu sur l’édition 2016 :   Violente manifestation contre les fouilles au Festival d’Aurillac

Vincent Fournier, le directeur de cabinet du maire (PS) d’Aurillac, Pierre Mathonier, n’est pas d’accord. « L’an dernier, il a fallu bâtir le dispositif de sécurité à la hâte après le drame de Nice, rappelle-t-il. Les barrières ont été mal vécues. Cette année, il n’y aura donc pas de barrières. Une fois que les piétons auront franchi l’un des points d’accès au centre-ville, il n’y aura plus de contrôles avant les spectacles. Ce nouveau dispositif se veut plus apaisant. »

JEAN-MARIE SONGY, DIRECTEUR ARTISTIQUE : « QUI VEUT-ON SURVEILLER À AURILLAC ? ON DOIT MAINTENIR L’ESPRIT LIBERTAIRE DU FESTIVAL, SANS FAIRE PRENDRE DE RISQUE AU PUBLIC »



Jean-Marie Songy déplore le retour d’un « certain ordre moral » sous couvert de sécurité : « Avec ces points de contrôle, on va installer un mur autour du centre-ville. C’est le seul festival en France qui va subir ce sort. Ni le festival des arts de la rue de Sotteville-lès-Rouen, qui a eu lieu en juin, ni celui de Chalon-sur-Saône, en juillet, n’y ont eu droit. Et pas plus Le Havre, la ville du premier ministre, pour les festivités du 500e anniversaire. Qui veut-on surveiller à Aurillac ? On doit maintenir l’esprit libertaire du festival, sans faire prendre de risque inconsidéré au public », plaide-t-il. Le filtrage est un dispositif de type feria, répond-on dans l’entourage du maire. Une comparaison qui fait hurler le monde des arts de la rue.

« De plus en plus, il faut faire œuvre de pédagogie auprès des élus locaux, qui peuvent être tentés de baisser les bras et de renoncer à des manifestations », observe Lucile Rimbert, chorégraphe et présidente de la Fédération nationale des arts de la rue (FNAR). Désormais, souligne-t-elle, il existe un guide de préconisations à l’égard des collectivités et des compagnies, rédigé par le préfet Hubert Weigel et intitulé « Gérer la sûreté et la sécurité des événements et sites culturels » (il a été rendu public en avril par le ministère de la culture et celui de l’intérieur).

Hostile au dispositif retenu à Aurillac, la présidente de la FNAR a adressé, le 20 juillet, une lettre ouverte à l’attention notamment du premier ministre, Edouard Philippe, et de la ministre de la culture, Françoise Nyssen : « Nous vous interpellons aujourd’hui pour vous demander de réviser le dispositif envisagé pour le Festival d’Aurillac 2017 qui, au-delà des symboles et de l’entrave à la libre circulation, pourrait engendrer une fois de plus des débordements. » En vain.

« Pas de palpation au corps »

Pour la nouvelle préfète du Cantal, et ancienne chef de cabinet de François Hollande, Isabelle Sima, il n’est pas question de céder. Ce que confirme son entourage : « Le festival d’Aurillac est unique. Il faut donc comparer ce qui est comparable. Les festivals de Sotteville et de Chalon sont beaucoup moins gros et n’accueillent pas autant de compagnies. Le filtrage du public garantira un espace de liberté à l’intérieur du périmètre. Certes, on contrôlera les sacs pour vérifier qu’il n’y a pas d’arme, ou d’arme par destination, comme un boulon de plus d’un kilo. Mais il n’y aura pas de palpation au corps. »

Une question demeure. S’il s’agit de sécuriser un périmètre, pourquoi avoir limité la surveillance de 11 heures du matin à minuit ? En 2016, les points de contrôle fonctionnaient 24 heures sur 24. « Les horaires ont été calés sur le temps des représentations, explique le directeur de cabinet de la préfète. Il s’agit de faire face à un terrorisme low cost, d’un individu qui se présente à la dernière minute, et non à un terrorisme structuré. » Il rappelle que le risque zéro n’existe pas : « Est-ce qu’un aéroport est totalement étanche ? On sait bien que non. »

C’est aussi une question financière, dit-il : « Mobiliser des compagnies de CRS a un coût. » A force d’alourdir les charges d’un festival, celui-ci pourrait finir par ne plus avoir lieu, argumente-t-il.

Justement, l’addition commence à être douloureuse. Il y a bien un fonds d’urgence de l’Etat pour compenser le surcoût de la sécurité dans le secteur culturel. Mais cela ne suffit pas : « L’an dernier, l’Etat nous a remboursé 180 000 euros, mais il nous est resté 50 000 ou 60 000 euros sur les bras », soupire Jean-Marie Songy.

Festival international de théâtre de rue d’Aurillac (Cantal), du 23 au 26 août. Tél. : 04-71-43-43-70. aurillac.net

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Denis Lavant : "J’aurais pu devenir danseur mais j’ai voulu comprendre la parole, aller vers le verbe"

Denis Lavant : "J’aurais pu devenir danseur mais j’ai voulu comprendre la parole, aller vers le verbe" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Entretien dans la série des "masterclasses" proposées par France Culture, réalisé lors du Festival d'Avignon 2017 par Arnaud Laporte



Ecouter l'émission. Durée 1h lien audio :  https://www.franceculture.fr/emissions/les-masterclasses/denis-lavant-jaurais-pu-devenir-danseur-mais-jai-voulu-comprendre-la



Denis Lavant est un comédien de théâtre et de cinéma. Vers 13 ans, il entame des cours d'expression corporelle et parallèlement à ceux-ci, il s'est exercé seul à acquérir des disciplines du cirque : jongler, marcher sur les mains, pratiquer le monocycle, le funambule... Il avait davantage de facilité avec son corps qu'avec le parole mais il s'est rapidement déterminé à devenir comédien après avoir hésiter un moment à se diriger vers les arts du cirque dont il aimait l'énergie et l'excentricité. C'est finalement vers la parole qu'il se tourne.
Dans cette masterclasse menée par Arnaud Laporte, Denis Lavant nous éclaire sur son rapport au théâtre, au cinéma, sur les relations qui le lient aux cinéastes, sur le travail du corps, sur l'engagement du comédien...

Mon option occulte, mon plan de navigation très intime, c’est d’être clown. Le clown appartient au domaine poétique, le poète de la piste.

Le plus grand repère que j’ai sauvegardé pendant ma trajectoire de comédien, c’est le plaisir.

Leos Carax a perçu en moi une capacité de jeu naturaliste mais physique, excentrique, c’est le premier qui m’a fait danser... D’autres réalisateurs, ensuite, l'ont fait également, comme Claire Denis… Je ne comprenais pas ce que je faisais mais Leos Carax m’a vu. Je suis heureux d’être tombé sur lui ou sur d’autres metteurs en scène qui ont projeté sur moi un imaginaire qui n’était pas celui, conventionnel, des cours de théâtre.


Le comédien est forcément dans une création, dans une proposition, lui-même matériau et démiurge de son jeu.


Le théâtre est un exercice qui n’a pas son pareil, un acte archaïque, un phénomène humain de l’ordre de la cérémonie magique, une assemblée de gens qui accepte de croire qu’un groupe d’artisans sont des personnages d’une histoire fictive. Ils acceptent cette illusion et d’être à distance et partie prenante de ce qui est en train de se raconter. Au cinéma, c’est factice. Je ne tiens pas à tourner absolument au cinéma car c’est rentrer dans un domaine factice qui veut faire croire que c’est du réel : on a davantage tendance à identifier l’acteur à son personnage, il y a une sorte de confusion que je trouve bête. J’ai aimé en faire, j’aime en faire mais je méfie du cinéma, dans ce que ça implique dans la relation humaine. Je continue l’artisanat du théâtre car c’est un des seuls endroits de l’existence où on peut être sans arrière-pensée dans du présent, vivre un présent le plus absolu.

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Fadwa Suleiman, Syrienne de confession pacifiste

Fadwa Suleiman, Syrienne de confession pacifiste | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Christophe Ayad/ Le Monde

Article publié dans M le magazine du Monde le 18 avril 2012



Les images de cette comédienne haranguant la foule de Homs ont fait le tour du monde. Menacée de mort par le régime de Bachar Al-Assad, elle vit désormais à Paris. Un exil douloureux pour cette militante qui dénonce l'instrumentalisation, par le régime, des antagonismes religieux.


Pendant tous ces mois, elle n'a pas pleuré. Pas une larme, pas le temps, ni la force. Il fallait enterrer les morts, protéger les vivants, en finir avec le régime, terminer cette révolution. Mais après avoir passé, à pied et clandestinement, la frontière entre la Syrie et la Jordanie, dans la nuit de mardi 20 au mercredi 21 mars, Fadwa Suleiman s'est retournée un instant, elle a cligné des yeux dans l'obscurité pour deviner la ligne invisible qui la séparait de tant de joies et de souffrances. Et elle a pleuré longuement et en silence. Un peu plus tard, elle s'est remise à pleurer quand le garde frontière jordanien lui a demandé sa nationalité. Syrienne, sans papiers. Elle a dit son nom et il a fait : "Ah, c'est toi !"

Comédienne de théâtre, actrice de cinéma et de feuilletons télévisés à succès, Fadwa Suleiman, 39 ans, est devenue l'égérie du soulèvement syrien. Les images de cette jeune femme aux cheveux coupés court, haranguant la foule à Homs, ont fait le tour des chaînes satellitaires arabes. Ses traits font penser à Renée Falconetti, la Jeanne d'Arc de Dreyer. Elle est devenue "l'alaouite-qui-dit-non-à-Assad", celle qui brise le mythe d'une communauté unie derrière son chef. Elle n'est pas la seule personnalité issue de cette branche dissidente du chiisme – à laquelle appartient le clan Assad – à militer, mais elle est la plus connue, la plus courageuse, la plus charismatique.

Au moment où le régime prétendait que Homs était sous la coupe de bandes armées salafistes, Fadwa Suleiman s'est rendue dans la ville assiégée, d'où elle n'a cessé de multiplier interviews et appels sur YouTube pour affirmer que non, il n'y avait ni salafistes ni bandes armées, que la violence était le seul fait du régime, de son armée et ses milices. Une claque. Les autorités syriennes n'ont eu de cesse de l'arrêter. Elle a frôlé la mort à d'innombrables reprises.

PLONGÉE DANS LA NUIT SYRIENNE

Quelques mois et péripéties plus tard, la voilà aujourd'hui à Paris. Le printemps nimbe d'or la ville et ses passants, mais elle reste plongée dans sa nuit. La nuit syrienne. Lèvres blêmes, visage de pierre, taille de brindille. La cigarette tremble au bout de ses doigts, de colère et de froid. "Je suis partie de mon pays contre mon gré. Jamais, jamais je ne serai une réfugiée", assure-t-elle d'une voix soudain forte. Ses yeux se brouillent de larmes puis redeviennent secs et noirs. Elle est partie avant la fin, sa place n'est pas ici, elle le sait.

A peine descendue de l'avion, samedi 24 mars, Fadwa Suleiman s'est rendue place du Châtelet, pour la traditionnelle manifestation du samedi après-midi. Mais cette gigue hebdomadaire ne suffit pas à la maintenir en vie. Elle dépérit tandis que toute la fatigue accumulée descend de sa nuque, emprisonne ses épaules. Avec son mari Omar, elle occupe une petite chambre de bonne prêtée par des amis. Ils ne se lâchent pas des yeux, de la main, des yeux. Lorsque l'un se lève acheter des cigarettes, l'autre est comme orphelin.

Ils se sont rencontrés en septembre, lors d'une réunion de l'opposition. Elle a 39 ans, elle est célèbre, il en a 25 et débute dans le journalisme après avoir été renvoyé de l'université de Homs pour son esprit trop libre. Mariés "sous les balles", ils sont ensemble depuis six mois mais ont déjà traversé plusieurs vies ensemble : trois mois et demi de siège à Homs, puis deux de clandestinité dans la banlieue de Damas, la fuite incognito par Deraa, puis la frontière jordanienne de nuit, à portée de tir et de voix des snipers, les trois jours d'interrogatoires narquois par les services de renseignement jordaniens et enfin le sauf-conduit délivré par l'ambassade de France.

Fadwa Suleiman est "entrée en révolution" le 21 mars 2011, six jours après un appel lancé sur Facebook par des militants démocrates à manifester dans toute la Syrie. A Damas, le rassemblement du 15 mars avait été rapidement dispersé ; le lendemain, 200 personnes se faisaient matraquer devant le ministère de l'intérieur. "J'étais sur les nerfs, chez moi, à la maison. Je me disais : le peuple syrien va-t-il rester comme ça, sans bouger, alors que partout autour de nous le monde arabe se soulève ?" Mais de Deraa, dans le sud du pays, proviennent les échos d'une répression féroce, sauvage. Des gosses ont osé taguer les murs de leur école de slogans antirégime ; ils sont arrêtés, torturés ; leurs parents se font éconduire. Bientôt, c'est toute la ville qui se soulève.
Fadwa Suleiman.

"Je n'étais pas dans les réseaux militants, je ne savais même pas comment être informée des appels à manifester", raconte-t-elle. C'est un ami qui la met en contact, le 21 mars, avec de jeunes insurgés damascènes. Elle commence à assister à des réunions, préparer des sit-in, rédiger des banderoles. Le 2 mai, elle participe à sa première manifestation, place Al-Arnous, dans le centre de Damas : "C'était un rassemblement silencieux de femmes devant la grande statue de Hafez Al-Assad [le père de l'actuel président]. Nous appelions à la non-violence, à l'arrêt des tueries et à la levée du siège de Deraa. La police a été prise de court." Par la suite, les autorités ont toujours veillé à occuper les places publiques, afin de ne pas laisser des rassemblements se former.

Peu à peu, Fadwa se laisse aspirer par la révolution. Elle dort de moins en moins souvent chez elle, met son fils de 9 ans à l'abri, chez son premier mari, qu'elle tient à l'écart de ses activités. "Je ne voulais pas que le régime dispose de ce moyen de pression sur moi." De toutes les révolutions arabes, la syrienne est la seule où les femmes jouent un rôle aussi important, presque prépondérant : de Razan Zeitouneh et Suhair Atassi, chevilles ouvrières des comités de coordination locaux de la révolution, à Bassma Kodmani, porte-parole du Conseil national syrien, en passant par Samar Yazbek, romancière et alaouite, comme Fadwa.

LES "OLIVIERS DE LA CÔTE"

Tout en refusant d'être cataloguée alaouite, Fadwa Suleiman sait qu'elle a un message particulier à faire passer. Dès le 17 juillet, elle se rend à Qaboun, dans la banlieue de Damas, pour une cérémonie symbolique : "Le régime commençait à jouer sur la fibre confessionnelle. Je suis donc venue avec des opposants de toutes les confessions pour planter des oliviers de la côte, symbole de paix et de fraternité." Les "oliviers de la côte" : l'expression fait référence à la côte méditerranéenne, à majorité alaouite. Le lendemain, elle répète le même cérémonial à Barzeh, une autre banlieue de Damas. A chaque funérailles d'un "martyr", elle vient dire une prière oecuménique et implore les sunnites de ne pas se couper des autres communautés en choisissant des références trop explicitement confessionnelles.

Elle aimerait ne pas être alaouite, non pas par honte mais parce que cela n'a pas de sens pour elle. "Je ne suis rien, rit-elle, soudain férocement joyeuse. Voilà, écrivez ça : je ne suis rien. Avant la révolution, je vivais dans un autre monde, j'étais en pleine quête intérieure. Je suis un être humain, qui vit hors de tout préjugé et qui va vers l'inconnu. J'appartiens à l'humanité. Mon premier et mon second mari sont sunnites. Je n'appartiens à aucune religion. Ces classifications sont périmées. Quand la révolution a éclaté, j'ai réalisé que j'étais syrienne et que mon rôle était de guider les gens pour ne pas les laisser être entraînés vers la mort." La révolution qu'elle appelle de ses voeux se passe autant à l'intérieur de tout un chacun que dans la rue.

"SERMENT DE PACIFISME"

Pendant le ramadan, en août, des militants de Deraa, soucieux de voir des manifestants s'armer, l'appellent à la rescousse. Pour la première fois, elle découvre cette ville pauvre, d'où tout est parti : "Avant la révolution, Deraa, pour moi, c'était un trou paumé, un repaire de baassistes et de moukhabarat [les membres des services de renseignement]." Accueillie en triomphe, elle fait prononcer un "serment de pacifisme" à trois villages. Mais l'appel du sang et de la vengeance est le plus fort. La révolte vire à la guerre civile.

Fadwa Suleiman a décidé de rejoindre Homs tout début octobre, au lendemain de la constitution, à Istanbul, du Conseil national syrien (CNS), la principale coalition d'opposition. Là où les manifestants se sont félicités d'être enfin représentés sur la scène internationale, elle a vécu cet épisode comme une catastrophe : "La nuit même, j'ai écrit un texte pour expliquer pourquoi ces gens-là allaient foutre en l'air la révolution syrienne." Elle le récite, les yeux mi-clos : "Nous, peuple syrien, déclarons avoir écarté Bachar Al-Assad de toutes ses fonctions militaires et civiles. Nous déclarons qu'aucun conseil, organisme ou comité ne nous représente. Et que nous allons élire notre conseil national provisoire par une élection transparente dans laquelle tous les opposants intérieurs et extérieurs se présenteront devant le peuple syrien afin qu'il choisisse ceux qui le conduiront vers un Etat laïque et démocratique."

Pour elle, le CNS, désigné depuis l'extérieur, ne peut que trahir les idéaux de la révolution et diviser les Syriens. Elle reprend, sur un ton solennel : "Le traître ne peut pas renverser le traître, le voleur ne peut pas renverser le voleur, le sanguinaire ne peut pas renverser le sanguinaire." La charge est sévère, injuste même. Mais Fadwa Suleiman ne veut pas d'un simple changement de régime. Ce pour quoi elle milite, c'est une révolution totale, celle des coeurs : "En France, il règne la démocratie et la liberté. Mais depuis que je suis ici, je vois les yeux des gens. Il n'y a pas de vie, pas de paix. Aujourd'hui, le peuple syrien est en train de montrer le chemin au monde entier. C'est une révolution mondiale qu'il faut contre ceux qui nous manipulent pour satisfaire leurs intérêts. Les peuples doivent descendre dans la rue, occuper les places, retrouver la fraternité et reprendre leurs destins entre leurs mains." On est plus proche de Stéphane Hessel que de Che Guevara...
Fadwa Suleiman, place du Châtelet à Paris.
Dans l'opposition, personne n'ose ouvertement critiquer Fadwa, tant son courage en impose. Mais sa naïveté fait sourire, parfois elle agace : "Pour elle, il suffit de continuer à chanter, chanter et chanter, jusqu'à ce que le régime tombe, raille un opposant. A un moment, il faut faire de la politique et en passer par des représentants et la lutte armée ou une intervention extérieure." L'actrice est une idéaliste, pas une professionnelle de la politique : pour elle, il suffit que le peuple syrien organise tout seul son expérience démocratique et qu'il décrète Bachar Al-Assad "criminel de guerre" pour que la communauté internationale finisse par se rendre à l'évidence et le fasse arrêter. Elle pense que la non-violence est communicative et aura valeur d'exemple auprès des forces du régime. Un peu court face aux sbires d'Assad, rompus à toutes les tortures.

Ce débat, elle l'a eu à Homs d'octobre à décembre avec les hommes de l'Armée syrienne libre (ASL), la principale force armée opposée au régime. Il faut imaginer ses interminables discussions avec le lieutenant Abdelrazak Tlass, chef autoproclamé de la brigade Al-Farouk, dans le froid, sous les balles des snipers et les obus de l'armée. Pendant les premières semaines, c'est Fadwa qui a le dessus. "Quand je me suis installée à Homs, début octobre, tout le monde était déjà armé et le discours ambiant allait dans le sens du régime, vers la "confessionnalisation" et la violence." Elle se rend à Tartous, non loin de Safita, sa ville natale, pour rameuter les alaouites et les inviter à venir manifester à Homs, présentée par le régime comme la capitale de l'extrémisme sunnite : "Je leur ai expliqué que le régime les utilise pour se défendre mais qu'à la fin, ce sont eux qui mourraient. J'ai dit aux sunnites : vous vous battez pour qu'un petit groupe de quatre ou cinq personnes prenne le pouvoir."

En octobre, elle organise ce qu'elle appelle le "pèlerinage de Homs". Déchaînée sur une scène improvisée, elle invoque la Vierge Marie, fait chanter aux sunnites : "Ô alaouite, ne t'inquiète pas, mon sang est le tien". Et aux alaouites : "Ô sunnite, ne t'inquiète pas, mon sang est le tien".Mais la loi des armes reprend vite ses droits. "Je sais que je leur demandais quelque chose de trop difficile. Tous les jours, les habitants de Homs subissaient une sauvagerie incroyable. J'avais beau les prévenir qu'en se lançant dans la lutte armée, ils faisaient ce que le régime attendait d'eux. D'ailleurs, il était plus facile de se procurer une Kalachnikov que des médicaments. C'est bien la preuve que le pouvoir désirait cette confrontation." A la fin de son séjour à Homs, Fadwa a mis en garde les combattants : "Vous allez voir, vous regretterez de vous être engagés dans cette voie, mais il sera trop tard." A aucun moment, elle ne s'est sentie en danger au milieu de ces hommes en armes. Mais elle a commencé à devenir la cible d'accusations de trahison, distillées par le régime sur Facebook. Profitant d'un instant d'absence, Omar glisse : "Elle ne parle pas de ce qu'elle a enduré à Homs, mais c'était très dur. Il y a eu beaucoup de souffrance."

DÉSAVOUÉE PAR SON FRÈRE

Son frère Mahmoud est contraint de la désavouer à la télévision d'Etat où il la traite d'"agent à la solde de l'étranger". Ironie de l'histoire, c'est lui qui était venu passer un savon au directeur de l'école qui voulait la renvoyer quand, adolescente, elle avait refusé de participer aux exercices paramilitaires de rigueur. "Je ne suis pas un soldat, je suis élève en 1re scientifique", avait-elle répété à plusieurs reprises au militaire à la retraite qui n'en revenait pas d'une telle effronterie. Déjà une forte tête ! Dès l'âge de 11 ans, elle boycottait les cours d'endoctrinement. Fadwa a grandi dans une famille d'intellectuels de gauche, lisant tout ce qui lui tombait sous la main dès qu'elle a pu aller seule à la bibliothèque. Elle ne veut pas en dire plus sur sa famille qu'elle sait sous pression.

Adolescente, le culte de la personnalité en vigueur sous Hafez Al-Assad la révulse. Lorsque Bachar Al-Assad succède à son père, en juin 2000, au prix d'une modification express de la Constitution, elle étouffe de colère et de honte. Elle se lance dans le théâtre en pensant que c'est un lieu approprié pour exprimer sa révolte. "J'ai découvert que c'était un milieu très lâche et opportuniste. Ça m'a posé pas mal de problèmes dans ma carrière. Mes collègues me disaient : "Tu es trop sensible." Mais à quoi sert de faire ce métier sans sensibilité ?" Elle a joué dans des feuilletons et des téléfilms à succès, incarnant la chanteuse libanaise Fayrouz, tournant avec les réalisateurs Mohamed Malass et Abdellatif Abdelhamid. Une Juliette Binoche syrienne. Au fil des années, elle est mise à l'écart. "Tout était contrôlé par l'Etat, c'était humiliant." Elle ne profite pas de l'explosion de la production syrienne, dopée par les pétrodollars du Golfe à partir du milieu des années 2000. Sa dernière création d'importance remonte à 2009. Il s'agit d'une pièce pour comédienne seule, intitulée Sawt Maria (la voix de Maria), d'un auteur serbe. Cette époque lui paraît lointaine.

A Homs, les insurgés lui conseillent de quitter la ville. "J'étais devenue une cible. On arrêtait des gens à cause de moi, on les torturait pour savoir où j'étais, on attaquait les immeubles où j'étais censée dormir." Mi-janvier, elle part pour la banlieue de Damas avec la ferme intention de revenir. Cela s'avérera impossible. Elle se cache de maison en maison, dort par terre, aide comme elle peut à collecter de l'argent pour les familles nécessiteuses. Là aussi, on lui conseille de partir. "Je ne voulais pas quitter la Syrie, mais les militants m'ont dit : "Si tu es arrêtée ou tuée, nous ne nous en remettrons pas." Je vais tout faire pour être utile là où je suis." Libre désormais, elle l'est, mais à quoi bon si loin de son désir et de sa souffrance ?


Photo : Fadwa Suleiman à Paris le 31 mars, lors de la manifestation hebdomadaire de solidarité avec le peuple syrien, place du Châtelet.  Crédit Photos : William Daniels

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Ces festivals en milieu rural qui ont dynamisé leurs territoires

Ces festivals en milieu rural qui ont dynamisé leurs territoires | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Martine Robert dans Les Echos


Certains événements sont devenus des locomotives touristiques et des ciments sociaux.
La ministre de la Culture souhaite préserver cette diversité face aux risques de concentration.

Tandis que l'inquiétude grandit cet été chez les organisateurs de festival face à la montée en puissance des deux multinationales américaines Live Nation et AEG (lire « Les Echos » du 25 juillet) et la concentration qui va avec, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, ne peut pas se satisfaire d'une fréquentation encore globalement en hausse cette année, après les plus de 6 millions de spectateurs comptabilisés dans les quelque 3.000 festivals en 2016.


Consciente de la fragilité de certains d'entre eux, Françoise Nyssen a annoncé, au Conseil des ministres du 9 août, le lancement d'une étude sur les risques de concentration, la mise en place d'un interlocuteur unique pour les festivals au ministère et la création d'une cellule interministérielle dès septembre sur la sécurité des lieux culturels. Quelques jours plus tôt, le 4 août, elle avait rendu une visite symbolique au festival de Chaillol, qui irrigue un nombre croissant de petites communes rurales de montagne durant près d'un mois.

« Chaillol a réussi à nourrir un véritable écosystème culturel depuis une vingtaine d'années », s'est félicitée la ministre. Avec, pourtant, une proposition on ne peut plus risquée : soutenir la création musicale en passant des commandes artistiques et en proposant aux compositeurs d'échanger avec le public sur leur oeuvre. Encouragé par les collectivités locales, les bénévoles et les mécènes, Michaël Dian, le directeur du festival, a pris le parti « d'aller à la rencontre plutôt que de faire venir », préférant « au confort d'un lieu de diffusion classique l'itinérance dans le territoire haut-alpin ». La trentaine de concerts (musiques du monde, baroque, contemporaine, jazz, tango, chants en occitan...) investit églises, petites salles, châteaux, à travers une vingtaine de villages, tandis que des balades musicales mènent à la découverte des paysages.

« Le territoire n'est pas qu'une géographie, qu'une économie... C'est d'abord des gens qui vivent ensemble et le partage des émotions est l'un des meilleurs ciments pour les réunir », souligne Hervé Cortot, président de l'Espace culturel de Chaillol (ECC), un lieu créé en 1997 par un collectif de musiciens, dans la commune de Saint-Michel-de-Chaillol. Aujourd'hui, cinq permanents y proposent une programmation en dehors du festival. Le travail de l'ECC est accompagné par l'Etat, la région Paca, le département des Hautes-Alpes, les intercommunalités, les sociétés d'auteurs, les offices de tourisme, les entreprises locales, des mécènes, des artistes généreux. Si l'équilibre financier de Chaillol reste le plus périlleux en raison de sa localisation et de son audace, d'autres festivals, comme celui de musique sacrée à La Chaise-Dieu (Haute-Loire) ou de jazz à Marciac (Gers), ont su, eux aussi, contribuer à redynamiser leur territoire.
Marciac, pôle d'excellence

Grâce au premier, un vaste chantier de rénovation de l'ensemble abbatial de La Chaise-Dieu, lieu phare du festival, a vu le jour, avec le projet d'un espace thématique sur le rayonnement religieux et musical du site, afin de le valoriser sur le plan touristique. Dès 2018, un parcours muséographique en quinze stations sera déployé, complété chaque été par une grande exposition temporaire d'art contemporain. Le festival, qui se tient cette année du 18 au 27 août, entraîne nombre d'acteurs économiques, comme la Fondation d'entreprise Omerin (Ambert), Michelin, les Laboratoires Théa, bioMérieux, Volvic, GL Events, EDF, la Caisse des Dépôts, La Poste...

Quant à Marciac, le village est devenu un pôle d'excellence autour du jazz, avec son collège, ses formations, son musée, sa salle permanente L'Astrada, attirant des résidences de tourisme comme Pierre et Vacances... Pour sa quarantième édition, terminée le 15 août, le festival Jazz in Marciac, inscrit sur la carte des plus réputés au monde, a drainé 250.000 spectateurs (dont 45.000 payants) et des partenaires tels que Vivendi, Plaimont Producteurs, Pierre et Vacances, Air France, Airbus, Lip ou encore Enedis.


Martine Robert, Les Echos


Photo : Le festival de Chaillol irrigue un nombre croissant de petites communes rurales de montagne. Les concerts investissent églises, salles, châteaux, à travers une vingtaine de villages, tandis que des balades musicales mènent à la découverte des paysages. - Photo Alexandre Chevillard

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Sauver un spectacle, sauver le monde : entretien avec Vincent Macaigne et Ulrich von Sidow - Toutelaculture

Sauver un spectacle, sauver le monde : entretien avec Vincent Macaigne et Ulrich von Sidow - Toutelaculture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Simon Gerard  dans Toutelaculture.com



À la rentrée, et dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, le metteur en scène, acteur et récemment réalisateur Vincent Macaigne présentera trois différentes pièces au public. Ou peut-être deux… Pour Voilà ce que jamais je ne te dirai, qui sera jouée au même moment et au même endroit que Je suis un pays, Vincent Macaigne a invité un certain Ulrich von Sidow. Illustre inconnu sur la scène culturelle et artistique française, l’artiste finlandais semble pourtant respecté par Vincent Macaigne, qui ne tarit pas d’éloges à son propos. Autant le dire tout de suite, von Sidow est un personnage hors-du-commun. Sa participation aux projets de Vincent Macaigne pour cette rentrée théâtrale est un événement, et une chance.



Ulrich von Sidow, la France sait peu de choses sur vous. Vous êtes issu du milieu de l’art contemporain finlandais. Vous êtes à l’origine de quelques installations plastiques et vidéo. On dit de vos propositions qu’elles sont « aussi imprévisibles que radicales » … Il y a un grand mystère autour de votre identité. Comment vous êtes-vous connus avec Vincent Macaigne ?

Ulrich von Sidow Il faut que vous sachiez qu’Ulrich von Sidow est un nom d’emprunt. Je conçois mes œuvres sous différents noms. Je suis par exemple présenté à la Biennale de Venise cette année, mais sous un autre nom. L’œuvre que je propose là-bas est d’ailleurs celle sur laquelle j’étais en train de travailler quand j’ai rencontré Vincent. Il travaillait sur son premier film, Pour le Réconfort, dans les bureaux d’une boîte de postproduction. On s’est croisés, on a discuté. Le courant est passé, je lui ai donné des conseils.

Vincent Macaigne Oui, et c’est là que m’est venue l’envie de l’impliquer dans mon travail de metteur en scène. La fiction qu’il a mise dans son nom m’a paru intéressante. L’idée de se diffracter dans plusieurs artistes pour constituer une œuvre, c’est une décision qui ouvre les possibles. L’art n’a pas besoin de nom. Ulrich apporte de nouvelles réflexions, sur la nature du monde, comment le changer. Il a une grande maîtrise technique en termes d’installation plastique et de montage vidéo — en témoignent les autres œuvres qu’il a produites sous d’autre noms, que je ne peux pas divulguer.

Grande maîtrise technique, ouverture des possibles… Ulrich, les mots de Vincent à propos de vous et de votre mystère sont élogieux. Quel est votre parcours ?

UvS Sans trop m’étendre, je peux vous dire que j’ai commencé par le dessin. J’ai été très rapidement intéressé par la vidéo, avant de m’orienter ensuite vers les installations plastiques. Puis récemment, Vincent m’a fait découvrir les potentialités du théâtre et de la performance. C’est passionnant, parce qu’on peut y montrer l’art contemporain comme une diffraction, comme un mixage de tous les arts. J’ai vu dans l’invitation de Vincent un nouveau défi.

Un défi qui part d’une question, sur laquelle Vincent Macaigne vous a demandé de réfléchir : l’art peut-il sauver le monde ?

UvS La collaboration est partie de là, oui, mais c’était un point de départ, c’est tout. Rapidement, je me suis proposé d’intervenir d’une manière peut-être plus petite, plus humble, en interrogeant plutôt la légitimité de Je suis un pays. Vincent m’a demandé de l’aider à une période où il était en totale perdition. La question que je me suis réellement posée avec Voilà ce que jamais je ne te dirai, c’est donc : qu’est ce que je pourrais faire pour sauver Je suis un pays, le spectacle de Vincent ? Et je savais que je pouvais répondre à cette question, tout simplement du fait de nos divergences artistiques et esthétiques qui, au fond, sont complémentaires. Vincent a une culture française, plus proche du sud, un rapport chaleureux au jeu. Le défi pour moi, avec Voilà ce que jamais je ne te dirai, c’était de faire une proposition adaptable, intégrable à l’univers artistique de Vincent, mais qui puisse enrichir ce dernier. C’est un jeu.

Vincent, on note la présence d’autres œuvres d’art et d’autres artistes au sein même de tes créations. Ton travail avec Ulrich, et les deux créations simultanées que vous proposez cette année, semblent participer de ce même motif. Mettre de l’art dans plusieurs degrés de la réalité, cela revient à interroger son pouvoir sur notre monde ?

VM En quelque sorte, oui. En intégrant des toiles du Caravage dans En Manque, en confrontant la performance d’Ulrich à Je suis un pays, j’interroge la valeur du geste et de l’œuvre artistique. Je crois que je cherche aussi à produire une résonnance avec le passé : la présence d’œuvres d’art dans mes créations modifie les manières de lire mon œuvre. Ça remet mes créations en perspective.

UvS Vincent resitue son œuvre en permanence. Il se confronte au regard des ancêtres : Kane et le Caravage dans En Manque, Shakespeare dans son Hamlet, Dostoïevski dans Idiot ! … Il se livre aussi à ses contemporains — notre collaboration le prouve. Son œuvre devient plus petite, mais en même temps, le recadrage historique et esthétique permet une meilleure appréciation de son œuvre.

Vincent, lorsqu’Ulrich parle d’appréciation, il évoque indirectement le public, à la fois juge et observateur. Il se trouve que tu intègres beaucoup le public dans tes créations. Des spectateurs sont souvent invités sur le plateau pour danser, pour agir, pour boire. Leur présence au théâtre s’enrichit d’une présence — un rôle, même — dans tes pièces. Qu’est-ce que cela implique pour toi ?

VM Déjà, c’est l’une des raisons pour laquelle mes créations me demandent beaucoup de temps. Le public est un acteur à part entière, avec lequel je ne peux pas travailler. Chacune des répétitions que je fais tourne autour de son absence. Beaucoup d’éléments dépendent de son attitude, de sa capacité et de sa volonté à « jouer le jeu ». C’est pour cela que même après les répétitions, absolument rien n’est joué. Il faut remettre le spectacle en question après la première — après chaque représentation. Mais c’est assez juste au final : chaque public a le spectacle qu’il mérite. Et avec Ulrich, les choses se complexifient : le public de Voilà ce que jamais je ne te dirai va agir sur la représentation de Je suis un pays.

UvS On ne sait pas ce que ça va donner, c’est une grande inconnue. Mais je suis d’accord avec Vincent, le spectateur est primordial. Quel que soit le médium, quelle que soit la discipline, le public est dans l’art. On fait de l’art pour s’adresser aux autres. Même l’œuvre la plus hermétique et complexe s’adresse à un public. Même une œuvre ennuyante adresse au spectateur une proposition sur le temps, sur la durée, sur la durée du temps. C’est très évident au théâtre.

Vincent, tu as avec Ulrich un point commun, celui de la pluridisciplinarité. Tu mets en scène En Manque et Je suis un pays à la rentrée prochaine. Parallèlement, ton premier film Pour le réconfort a été présenté à l’ACID Cannes, et le film Chien de Samuel Benchetrit, dans lequel tu joues, vient d’être projeté à Locarno. Tu comptes maintenir ce grand écart entre cinéma et théâtre ?

VM Disons que je poursuis un trajet d’auteur. Il y a des échos entre mes mises en scène et mon film. Bon, j’espère que je ne vais pas gaver les gens… Mais je fais des choses très différentes. D’un côté, j’ai réalisé Pour le réconfort avec quasiment rien, j’ai tout filmé au caméscope ; d’un autre côté, je vais jouer En Manque dans la Grande Halle de la Villette… La rentrée qui arrive est une suite de paris. C’est assez effrayant, ça ne m’est jamais arrivé de prendre autant de risques sur autant de choses pendant si peu de temps. Mais on n’a qu’une vie, autant voir ce que l’on peut faire, jusqu’où on peut aller.

L’important, c’est d’agir ? C’est ce qui ressort beaucoup, comme un fil rouge, dans tes créations : le fait de laisser une trace.

VM Je ne sais pas si c’est un fil rouge. Mes créations, en tout cas, traitent beaucoup de la prise de parole dans le temps présent. C’est quoi, être ici et maintenant, et de prendre la parole ? J’essaie d’interroger le spectateur à l’endroit, au moment où il le voit. Au théâtre comme au cinéma, j’ai envie de créer un débat, je ne veux pas forcément qu’on me dise que ce que je fais est génial. Pour moi, une création est réussie quand les gens émettent un écho de ce qu’ils voient.

Ulrich, quels sont vos projets pour l’avenir ?

UvS Je pense bientôt retourner en Finlande pour mettre en place une gigantesque installation qui mobiliserait des acteurs des quatre coins de l’Europe. Des artisans également, spécialisés dans la broderie. Ils concevraient des étendards. Une grande œuvre d’art européenne. C’est encore assez flou.

Est-ce que votre participation au travail de Vincent vous a apporté des éléments susceptibles de vous aider pour vos futures créations ?

UvS Absolument pas. Comme je vous l’ai dit, j’ai déjà beaucoup travaillé dans l’art contemporain, en tant qu’Ulrich von Sidow, mais aussi sous d’autres noms que vous connaissez peut-être. Donc avant tout, travailler avec Vincent est une manière pour moi d’entretenir ce flou, de donner une visibilité au flou de mon projet. Vous savez, je ne pense pas que l’on travaille avec des gens parce qu’on les admire. On travaille avec eux parce qu’on pense pouvoir leur apporter quelque chose. Je suis heureux d’avoir apporté quelque chose à Vincent ; mais je ne l’admire pas spécialement. De toute façon, je n’ai pas vraiment d’attentes sur la France.

En manque, du 14 au 22 décembre, Grande Halle de la Villette


Je suis un pays, du 25 novembre au 8 décembre, Théâtre Nanterre-Amandiers


Voilà ce que jamais je ne te dirai, du 25 novembre au 8 décembre, Théâtre Nanterre-Amandiers

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Estivales 2017 : Bussang du rire au drame

Estivales 2017 : Bussang du rire au drame | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Patrick Sourd dans les Inrocks


Pour son ultime édition des Estivales du Théâtre du Peuple de Bussang, son directeur Vincent Goethals mêle avec brio les genres en misant sur l’humour d’un vaudeville revisité et l’émotion d’une tragédie contemporaine.


Qu’importe d’avoir à se confronter aux caprices d’une météo chagrine, il en faudrait bien plus pour décourager les aficionados qui se pressent en foule aux Estivales de Bussang se donnant depuis plus de cent vingt ans dans l’institution vosgienne. Même si l’on doit s’équiper d’une tenue de randonneur pour se rendre au spectacle et surtout ne pas oublier de se munir de coussins pour adoucir l’assise des bancs, c’est dans un Théâtre du Peuple aux réservations “sold out” que l’on découvre les deux spectacles à l’affiche de la grande salle.


“Après deux mandats comme directeur, j’ai souhaité inscrire cette dernière saison sous le signe des retrouvailles avec les artistes qui m’ont accompagné dans cette aventure depuis six ans”, précise Vincent Goethals. C’est avec l’équipe musicale avec laquelle il avait monté en 2015 L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill qu’il revisite donc La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau pour transformer la pièce en une comédie musicale parcourue de chants puisés dans l’œuvre du champion de l’opéra-bouffe à la française, Jacques Offenbach.


Une occasion de réunir sa famille de théâtre


“La générosité et la curiosité du public de Bussang sont sans égal, enchaîne le metteur en scène. Faire le choix du divertissement en proposant un vaudeville relooké façon opérette pour les représentations de l’après-midi ne nous empêche pas d’entraîner les spectateurs à la découverte d’une pièce inédite d’un jeune auteur québécois pour celles du soir.”


Inspirée par les personnages de Britannicus de Jean Racine, En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas de Steve Gagnon est une autre occasion pour Vincent Goethals de réunir sa famille de théâtre.Les rôles s’y partagent entre les acteurs et les actrices de ses mises en scène de Caillasses de Laurent Gaudé et Small Talk de Carole Fréchette, respectivement montées à Bussang en 2012 et 2014.
Sous la charpente de bois aux allures de coque de navire renversée, le cap est mis vers le rire avec La Dame de chez Maxim… ou presque !


Les festivités théâtrales commencent à quinze heures. Sous la charpente de bois aux allures de coque de navire renversée, le cap est mis vers le rire avec La Dame de chez Maxim… ou presque ! Se jouant d’une amusante mise en abyme, la scénographie reproduit le théâtre en miniature sur le plateau. Ce premier gag visuel a pour but d’offrir une alcôve fermée d’un rideau et une couche digne d’une reine du théâtre populaire à l’héroïne de la pièce de Feydeau.
La Môme Crevette est danseuse au Moulin Rouge. Après une nuit d’ivresse avec un bourgeois en goguette, elle s’est endormie dans le lit matrimonial en l’absence de sa femme. La gouailleuse se transforme en parangon de savoir-vivre capable d’enseigner les bonnes manières à des bourgeoises provinciales. On sait l’avalanche de quiproquos qui va s’ensuivre et comment son fameux “Eh ! allez donc ! c’est pas mon père !” va bientôt passer pour la dernière révérence en vogue pour saluer autrui à Paris.


Une réjouissante plongée dans l’absurde


On est aux anges quand chacune de ses élèves se revendique de son désopilant tic de langage pour le décliner comme il se doit avec force mouvements de jupon jusqu’à l’apothéose de sa conclusion par une grande tape sur les fesses. Multipliant les références à l’univers pictural d’Auguste Renoir, la pièce se déguste de bout en bout comme une réjouissante plongée dans l’absurde. L’autre réussite du spectacle repose sur le travail bluffant accompli par la quinzaine d’amateurs jouant aux côtés des sept acteurs et chanteurs professionnels. Une utopie en actes que le public récompense de ses ovations.


Après cet hommage à un humour digne du surréalisme, place au drame des passions avec le spectacle du soir. C’est dans la pénombre d’un purgatoire noyé de brume que Vincent Goethals nous invite à suivre les protagonistes du huis clos sulfureux proposé par Steve Gagnon. Dans une belle langue québécoise qui s’affranchit des clichés, l’auteur s’ancre avec puissance sur un verbe tellurique pour se libérer de l’indépassable rythmique de son modèle racinien. Un simple appartement a valeur de palais tandis que l’empire d’Agrippine se résume à la possession d’une supérette de quartier. Voilà la légende ramenée aux exigences de sa réécriture au présent.

Incapable de se suffire de l’amour d’Octavie, Néron jalouse son frère Britannicus et n’a de cesse de briser le couple qu’il forme avec Junie. La haine de l’autre aura raison du pur amour. Le bel accueil réservé au spectacle donne raison à Vincent Goethals d’avoir misé sur le grand écart de s’adresser au plus grand nombre tout en prenant le risque d’une dramaturgie contemporaine. Si l’on doit mettre un chiffre sur cette confiance qui s’est établie entre l’artiste et son public, il suffit de se référer à celui d’une fréquentation s’étant accrue de 10 000 places en six ans pour atteindre le record de 35 000 spectateurs par édition.


L’année prochaine, il faudra se rendre aux Fêtes nocturnes du château de Grignan pour découvrir la prochaine création de Vincent Goethals, Noces de sang de Federico García Lorca. Place désormais au metteur en scène Simon Delétang, qui va présider pour trois ans aux destinées des Estivales du Théâtre du Peuple.



 Patrick Sourd
La Dame de chez Maxim… ou presque ! de Georges Feydeau sur une musique d’Offenbach


En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas de Steve Gagnon, mises en scène Vincent Goethals



Estivales 2017 jusqu’au 27 août au Théâtre du Peuple, à Bussang, Vosges
article issu du numéro 1133 

Photo : La Dame de chez Maxim… ou presque ! © Eric Legrand

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festival d’Aurillac 2017

festival d’Aurillac 2017 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe du Vignal dans Théâtre du blog


Le Festival d’Aurillac 2017
 
 Cet événement culturel, créé en 1986, organisé par l’association Eclats et présidé par Philippe Meyer, aura lieu du 23 au 26 août et, comme en 2016 sous haute surveillance. Surtout après l’attentat de Barcelone qui a changé la donne. Oui, mais voilà, comment sécuriser un espace aussi vaste avec plus de 25. 000  personnes chaque jour à Aurillac. Et quelque vingt spectacles dont beaucoup gratuits, auxquels s’ajoutent ceux de centaines de compagnies «accueillies», c’est à dire inscrites dans une sorte de off qui n’ose pas dire son nom.


Il y aura bien neuf points de contrôle, avec filtrage et ouverture des sacs obligatoire pour accéder au centre ville qui sera ainsi, en principe, sécurisé. Les festivals de Sotteville et de Chalon n’ont pas subi ces contraintes mais n’accueillent pas autant de monde. Pour Jean-Marie Songy, le directeur, “La rue, ce merveilleux théâtre de tous les instants, le théâtre de rue rassemble en toute liberté dans nos espaces publics, il intrigue, il perturbe, il déboussole, il fait rire, courir, danser. Le théâtre de rue fait pleurer de bonheur ! (…) La réunion humaniste qu’il provoque ici en Aurillac, faut-il le rappeler, est exceptionnelle et ne ressemble à aucune autre !


Pour Jean-Marie Songy, « Ce n’est en aucun cas une féria ni un carnaval, même si nous sommes cousins mais une concentration d’inventions littéraires, théâtrales, chorégraphiques, musicales et graphiques en tout genre, une ode générale à la conversation, à toute heure du jour et de la nuit, une divagation initiatique qui régénère les convictions d’une communauté de partage en les remettant en jeu à tout instant.” Soit un programme plutôt axé cette année sur le corps et des spectacles de compagnies reconnues: “avec comme arme de pure résistance, le corps réduit parfois à sa plus simple expression, le corps costumé, le corps travesti, le corps chantant, le corps torturé, malmené, le corps, rempart extrême dressé contre toutes les xénophobies et tous les racismes.”


Le programme ne démérite pas par rapport aux précédents et Jean-Marie Songy et toute son équipe ont fait le boulot, mais le dernier et récent spectacle du Royal de Luxe ne sera pas là, dommage! Et n’y-a-t-il pas un certain essoufflement dans les festivals de théâtre de rue? Tout se passe un peu comme si toutes les formes en avaient été explorées et comme si l’inattendu, la joyeuse surprise n’étaient plus vraiment au rendez-vous, et les menaces d’attentat terroriste n’arrangent rien… Enfin voici quelques pistes, et nous serons plusieurs critiques du Théâtre du Blog à vous rendre compte au quotidien, de ce festival. Attention: vu les contrôles de sécurité, et le public important quand les spectacles sont gratuits, arrivez largement en avance…



Radio Vinci Park: dans un parking souterrain,  un rituel « motomachique ». Au son de Radio Vinci Park deux personnages dont un motard, se livrent à un  domptage, parade amoureuse, enlèvement, duel, agression… qui transforme le lieu en arène.
L’artiste et metteur en scène Théo Mercier, connu pour son Solitaire, sculpture en spaghettis de trois mètres de hauteur, signe ici avec le chorégraphe François Chaignaud « une rencontre  chargée de fantasmes et d’angoisses, une ode à l’amour impossible, un spectacle forain, un combat de chiens, une corrida, une scène mythologique… »  En accès libre, du 24 au 26 août à 22h30, départ, place du Square Vermenouze.



 Avec Vous en voulez,  La Française de Comptages propose d’assister et de participer à la création d’une  réalité-fiction,  à travers le tournage simultané et en direct d’un jeu et d’un feuilleton télévisé.  «Le spectacle, dit cette compagnie veut avoir  un regard critique et ironique sur une société consommatrice d’images et de sensations, une société où le divertissement érigé en culte suprême serait le dernier espace d’expression populaire, où la concertation serait réduite au choix binaire d’un j’aime/j’aime pas. Soit le triomphe de l’emballage sympa, la victoire par K.O. du trop cool sur le très bien.  (accès payant, 15€  les 23 et 24 août à 14h30, 15 place du Square Vermenouze.



Teatro del Silencio  joue Oh ! Secours (voir Le Théâtre du Blog) inspiré  de  Samuel Beckett et de son célèbre Godot, du dramaturge chilien Juan Radrigán. Avec des figures acrobatiques et chorégraphiques, Le Silencio nous immerge dans un dialogue imagé, à la fois cauchemardesque et absurde  (spectacle en accès libre, du 24 au 26 août à 17h, place des Carmes.


 La compagnie Ilotopie  que l’on a déjà vue au festival d’Aurillac joue La Recette des corps perdus, « un spectacle sur les manières de manger les autres, certaines plus ou moins élégantes ; évidemment, les autres sont  trop bons parfois et c’est souvent ceux qu’on aime que l’on mange en premier. Les acteurs « s’ouvriront » à l’appétit des spectateurs, proposant la meilleure partie d’eux-mêmes, à dévorer, en mets, délices et offrandes. En accès libre, le 25 août à 12h et les 25 et 26 août à 19h, place de l’Hôtel de Ville



Les Arts Oseurs joueront Les Tondues. A la fin de la dernière guerre, quelque 20.000 femmes furent ainsi tondues en public, au seul motif d’avoir eu des amoureux allemands. Triste  événement qui nous avait marqué à jamais quand nous étions encore enfant, même si nous n’en comprenions pas bien le sens!
C’est ici l’histoire d’une quête à travers une ville où il s’est passé quelque chose qui n’a jamais été raconté. Et  où les interprètes interrogent les silences de tous ceux qui se sont tus.. Un spectacle en mouvement dans Aurillac, porté par cinq artistes croisant théâtre, danse et musique. En accès libre, du 23 au 26 août à 11h, départ place de la Bienfaisance.



 Alice on the run, inspiré de l’œuvre de Lewis Carroll,  raconte la fuite actuelle de millions de personnes partout dans le monde…Victimes de guerre, de persécutions politiques, religieuses ou sexuelles, qui n’ont pas d’autres choix que de tout quitter. Pour Alice, ce voyage, sera cruel mais aussi salutaire, à travers des contrées inconnues, peuplées d’étranges personnages. Les aventures d’Alice la mèneront sur une île, dans une prison, dans une gare frontalière et dans un temple de la consommation. Puis, à la fin à un gigantesque tableau d’échecs retracera l’affrontement entre les reines blanche et rouge. (en accès libre, les  25 et 26 août à 22h15, place Michel Crespin).


Dans Géopolis, sur un thème voisin du spectacle précédent, un camion, très chargé, roule la nuit dans une ville. À l’image de ceux qui traversent le désert. Avec huit personnages qui subiront une crise mondiale qui déchirera leur pays jusqu’au chaos. « Pour s’affranchir d’un moralisme bien-pensant, pour ne pas se poser en juge d’un problème universel à la fois contemporain et millénaire », Pudding Théâtre essaye de proposer une réponse empathique aux bouleversements du monde.


« Dévêtu(e) »  propose  un univers entre thalasso et fête foraine et interroge notre rapport au corps que nous ne cessons de stimuler,  dénigrer ou glorifier ? Le public est invité à déambuler, ovrir les portes, décrocher les casques, regarder dans les boîtes , etc. et de partir à l’exploration du corps au travers d’une douzaine de propositions mêlant théâtre, danse, arts numériques… Soit une interrogation du corps pour peut-être mieux se concilier  le sien et celui des autres. (accès payant, 15 € du 23 au 26 août à 10h et du 23 au 26 août à 17h, Institution Saint-Eugène)


Philippe du Vignal


Festival d’Aurillac, 20 rue de la Coste, 15000 Aurillac T: 04 71 43 43 70.

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La Route du Sirque 2017 @ Nexon

La Route du Sirque 2017 @ Nexon | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Oui, j'ai bien écrit le Sirque... avec un S. Parce qu'à Nexon, charmant village au sud de Limoges, ils n'en font qu'à leur tête, souvent en l'air et à l'envers....

Non, ce n'est pas un village de fous, enfin, pas exactement... Leur dada à eux, c'est le Cirque avec un grand C, une passion à laquelle il s'adonnent toute l'année depuis plus de trente ans tant et si bien que depuis 2011 Nexon est officiellement un Pôle National du Cirque. 


On y bosse, on y invente et on renouvelle, on forme et on transmet et puis au mois d'Aout, on se lance dans une vingtaine de jours de fête (du 7 au 26) qui mélangent allègrement ateliers jeune public, masterclass, avant premières et créations ainsi que quelques expérimentations collectives plutôt décoiffantes...

Le centre névralgique, c'est bien sur, le parc du Chateau qui héberge les chapiteaux ainsi que la fameuse guinguette l'Étoile Rouge, lieu de vie au mille babys mais aussi le village lui même qui sera recouvert d'affiches customisées à la main par ses habitants pour l'occasion entre deux passages du barbecue ambulant.

Au milieu des apprenants et des visiteurs, glissent, incognito, les virtuoses et les poètes, ceux qui tout à l'heure donneront vie aux rèves sur la piste : les jongleuses chorégraphes conteuses du Poil de la Bète, le grand Jani Nuutinen du Circo Aereo, les gamelles à vélo qui vole de la Compagnie Quotidienne, Jérôme Thomas et Hip 127 qui convoque sur scène  sept jongleurs et une chanteuse lyrique sur une musique composée par l'orchestre de  l'Opéra de Limoges, une virée dans l'Ouest Loin en mode trappeur aux cotés d'Olivier Debelhoir ou un mikado géant avec des caillous en vraie pierre sur fond d'électro signé du Lonely Circus pour n'en citer que quelques exemples.

Mais que serait le cirque sans musique ? En guise de fanfare et de flons flons, il y aura du bon : Cosmic Neman des Zombie Zombie donnera de sa personne aux côtés du fantasque Hallory Goerger et de l'historique Martin Palisse dans "Il est trop tôt pour un titre" tandis que du coté des concerts "classiques" on appréciera les épatants Aquaserge, les psychés Yéti Lane , le krautrock béton de Vox Low ou celui métissé afrobeat de l'Objet...

Voilà qui fait rêver, j'en conviens et pour en savoir plus, je ne saurais trop vous conseiller de vous jeter sur le Programme complet de cette Route du Sirque 2017, élégament raturé à la main de poilants commentaires et consignes absurdes.





GROSSE EXCLU ! Envie de suivre l'aventure pas à pas ? Voici les carnets de bord du Clown du rocher, la calenture N°227 de l’hypogée pour acteur dévoré par son clown et jongleur mangé par ses balles de Jean Lambert-wild, Martin Palisse & Catherine Lefeuvre. Une création du Festival dont vous pourrez suivre le cheminement poétique au fur et à mesure :

 


 

CARNET DE BORD n°1

Les origines de l’origine

Pourquoi étions-nous réunis en ce lundi 12 juin 2017 dans ce magnifique parc du Pôle Cirque de Nexon, cœur battant de la création circassienne, niché dans la campagne verdoyante limousine ? Le printemps court vers sa fin et il fait chaud, très chaud, une chaleur caniculaire que la proximité de l’étendue d’eau autour de laquelle nous nous sommes installés ne permet pas d’atténuer.

Ce qui nous réunit aujourd’hui et pour quelques jours, c’est le Clown du rocher et ses multiples origines, qui va prendre vie dans ce parc, au cours du Festival la Route du Sirque 2017 les vendredi 25 et samedi 26 août 2017.


Artiste bousier, poète en action

Jean Lambert-wild est un poète dont la langue est faite du bois des essences exotiques qui bordent les chemins flamboyants de son enfance, à l’Ile de la Réunion. « Le clown est le poète en action » dit Henri Miller : de l’écriture comme action d’un corps au corps actionné par la langue, c’est bien de cela dont il s’agit avec ce Clown parleur qui forme le dessin de cette aventure, en trois temps, en trois textes :

D’abord il y a eu le Clown des marais, premier volet écrit et joué à Singapour avec son complice Marc Goldberg, qui nous plonge dans les marécages réunionnais de son enfance, étendues fangeuses et inhospitalières, mais aussi marais aussi voluptueux qu’un bain de bébé. Sa langue s’est formée là, elle dégorge des milles effluves de ses recoins humides.

Puis il y aura le Clown du ruisseau. Des marais, s’échappent des filets d’eau, qui font ruisseaux, qui font chemin et qui feront les entrées clownesques qui délieront l’action poétique derrière la langue. Ce texte, ce jeu, est à venir. Il doit arriver vite car l’action clownesque n’attend pas, n’attend personne, ne veut pas attendre. Rendez-vous est donné la saison prochaine à Limoges et de nouveau à Singapour pour cela.

Puis une troisième voie est envisagée, avec le Clown du rocher. Une autre voix aussi, pour dire à nouveau les origines et les chemins de ce poète en action pris dans le bestiaire imaginaire d’un Sisyphe coprophile. Là se mêlent et dialoguent Albert Camus, Jean-Henri Fabre, le scarabée royal rouleur de bouse et bien d’autres poètes et philosophes mandibulaires, pour raconter la fable de cet artiste-bousier, clown blanc dévalant les pentes des cirques réunionnais puis roulant sa boule au milieu d’une piste de cirque.


La crème de marron

Un autre point d’origine du Clown du rocher est la rencontre entre deux artistes qui se respectent et s’estiment : Jean lambert-wild et Martin Palisse, tous deux artistes, dirigeant deux lieux de création, sur le territoire limousin : le Théâtre de l’Union – Centre Dramatique national et le Sirque – Pôle National des Arts du Cirque basé à Nexon.

Leurs points communs : deux corps, à la même résonnance, rapides, fins, incisifs, toujours en mouvement. Deux regards aussi, droits et alertes, avec la même recherche de perspective. Deux corps qui aiment la crème de marron, en tube ou en pot, partout et tout le temps. Deux corps furieusement vivants, prêts à dompter la langue qu’elle soit corporelle ou écrite, pourvue qu’elle crée la fureur, la beauté, les larmes, le rire, l’ambiguïté, la suspension du temps, la poésie.

Jean Lambert-wild et Martin Palisse ont donc décidé de travailler ensemble pour donner un geste artistique court et intense, sans contrainte ni enjeu majeur de production, une rencontre sur le terrain de l’art, pour voir ce qu’il adviendra de la conjugaison de leurs deux corps, de ces deux artistes-bousiers : l’un, jongleur-poète à l’action aérienne, l’autre clown blanc-poète à l’action tonitruante. 


 

 

CARNET DE BORD n°2

Premier jour de répétitions : débroussailler

Dans la chaleur estivale, alors que Jean-Luc Therminarias et Nourel Boucherk installent la console et les enceintes au bord de l’étang, nous entreprenons les premières lectures du texte avec Laure Wolf, assis sur un banc fixé à terre, le texte posé sur une table bringuebalante reposant sur deux tréteaux métalliques coincés par quelques mottes de terre déclives. Pour défricher cette prose lyrique et complexe, il faut alléger le dire de ce texte, le décomposer aussi pour en extraire la structure interne qui nous donnera une direction, une perspective. La lecture démarre et des images viennent rapidement, des actions possibles surgissent aussitôt, Jean Lambert-wild commence ainsi le dessin imaginaire de sa mise en jeu. 


Au même moment, un autre défrichage commence et un bourdonnement assourdissant s’installe. Deux jardiniers arrivent avec casques, salopettes et machines et lancent à quelques dizaines de mètres leur vrombissants moteurs. Ils balancent leurs débroussailleuses devant eux, de gauche et de droite, créant un son lancinant et puissant. Laure parle plus fort, tente de transpercer le brouhaha en projetant le texte à travers ce mur de sons. On s’attendait au calme bucolique de la forêt et nous voilà aux prises avec le vacarme des machines. Minutes après minutes, Laure lutte de plus en plus pour faire entendre le texte. Elle tente d’accorder les phrases, les mots au tourniquet des hélices tandis que Jean semble faire totalement abstraction de ce débroussaillement intempestif. Il continue de faire voyager son clown au gré de la lecture du texte qui lui parvient malgré tout, et trouve avec enthousiasme les rythmes et les scansions qui font surgir les gestes et les déplacements de son clown. La pétarade des machines non seulement ne le déconcentre pas mais agit même sur lui comme un dôme invisible qui intensifie sa concentration. Lorsque tout s’arrête, l’espace paraît tout à coup plein d’un vide salvateur que les bruits de la nature s’empressent de reconquérir : petite brise, pépiements d’oiseaux, croassements des grenouilles… Le travail terminé, nos deux jardiniers s’éclipsent après nous avoir salué aimablement non sans une petite once de gêne. Nous reprenons alors le texte encore et encore, il trouve une nouvelle résonnance dans cette acoustique douce et verdoyante. Tout s’allège, tout est écho et musique dans ce nouvel espace libéré.

 


 

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Bussang, la saison des retrouvailles

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Par Juliette Démas dans La Croix

Après six ans à la tête du Théâtre du peuple, le metteur en scène Vincent Goethals se retire sur un été audacieux.

Il allie grands classiques revisités et pièces contemporaines.
La Dame de chez Maxim... ou presque, adaptation de Feydeau sur des airs d’Offenbach. Spécificité de la salle, le fond de scène s’ouvre sur la forêt environnante.



Bussang (Vosges)

De notre envoyée spéciale

« Par l’art, pour l’humanité. » La devise affichée au-dessus du rideau écarlate de la salle boisée du Théâtre du peuple, Vincent Goethals l’a faite sienne. Arrivé en 2011 à Bussang, dans les Vosges, cet enfant du Nord avait pour projet de « faire là un théâtre populaire qui respecte son public, insiste sur la qualité et l’exigence tout en ayant le souci de la langue et de la poésie. Un théâtre qui ose être esthétique aussi bien que politique ». Un objectif qu’il estime avoir atteint, avec plus de 34 000 entrées en 2016.

Il achève cet été son second mandat à la tête de la structure sous le thème des retrouvailles : les comédiens des précédentes éditions sont de retour, tels ceux qui avaient animé en 2015 L’Opéra de quat’sous. Le traditionnel spectacle de 15 heures revisite le vaudeville La Dame de chez Maxim de Feydeau, enrichi d’airs d’Offenbach. « J’y vois le beau cadeau d’un metteur en scène qui veut faire plaisir à son public », sourit Michèle Raineri, directrice de l’association des Amis du théâtre populaire dans la région. Hommage à la spécificité de la salle, le fond de scène qui coulisse pour révéler la forêt environnante reste ouvert un acte durant. L’espace structuré en plusieurs plans se remplit du frou-frou des costumes d’époque de la vingtaine de personnages. Des amateurs accompagnés de cinq professionnels, telle la Lilloise Valérie Dablemont, excellente en Môme Crevette aux bottines rouges et au parler de la rue.

L’équilibre de la programmation tient à l’alchimie entre un « grand classique joyeux » et une pièce contemporaine plus pointue. « Les spectateurs me font confiance. Le soir, je leur ouvre les portes d’un théâtre plus urgent, nécessaire », explique Vincent Goethals. Revenant à ses « premières amours » modernes, il est tombé sous le charme d’un texte du Québécois Steve Gagnon : En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas. Une tragédie contemporaine brûlante étouffée par la neige, un Britannicus dépouillé à la puissance poétique crue. Dans un monde qui a sacrifié le sacré au matériel, une famille se déchire autour d’un Néron incarné par Sébastien Amblard, jaloux de son frère et fou de désir pour sa belle-sœur Junie. La violence de la tendresse détruit autant que celle de la haine, sous la ponctuation sonore de la guitare électrique de Bernard Vallery.

Le public, dans ce lieu hors norme et chargé d’histoire, vient pour moitié de la région : des habitués dont les aïeux ont parfois joué sur ces planches. Les touristes intrigués par la stature de l’établissement, en contraste avec sa situation géographique, se mêlent aux grands amateurs. « Il y a ici de nombreuses personnes que je croise à Avignon », constate Michèle Raineri qui se souvient avoir vu le fondateur Maurice Pottecher présenter ses propres pièces, lorsqu’elle n’était qu’une enfant. Désormais, la saison d’été prend la forme d’un petit festival, à raison de cinq spectacles par jour. Deux grands rendez-vous auxquels s’ajoutent des « petites formes » graves ou humoristiques, monologues, duos et contes sous la yourte.

Le Bussenet Arnault Mougenot s’empare de la grande salle lors du changement de décor pour présenter sa première création, Petit bisou. Une tribune sur un radeau bancal, où se racontent avec finesse les difficultés des « petites mains », façon de « montrer que tout n’est pas rose dans le milieu du spectacle, et que parfois, pour un instant de grâce lors de la représentation, il y a des semaines de difficultés et de doutes ».

Les représentations s’enchaînent sans relâche alors que les familles pique-niquent dans le parc. « Bussang ne se résume pas au théâtre. Il y a une ambiance rare autour, souligne Vincent Goethals. Depuis peu, avec des pièces courtes itinérantes chez l’habitant ou dans la salle de restauration l’hiver, nous avons créé un réseau d’habitués qui deviennent des relais importants. » S’il reste quelque temps dans les Vosges, le directeur se retire avec panache et « l’impression d’avoir laissé une trace dans ce lieu », symbole de la belle histoire de la décentralisation du théâtre.


Juliette Démas
 

Jusqu’au 27 août, tous les jours sauf les lundis et mardis. Rens. 03.29.61.50.48 ou sur theatredupeuple.com


Photo La Dame de chez Maxim... ou presque, adaptation de Feydeau sur des airs d’Offenbach. Spécificité de la salle, le fond de scène s’ouvre sur la forêt environnante. / Éric Legrand

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A Gavarnie, le cirque se fait théâtre

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Par Frédéric Potet (Cirque de Gavarnie (Hautes-Pyrénées), envoyé spécial) dans Le Monde


A Gavarnie, le cirque se fait théâtre
Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, le site pyrénéen accueille depuis 32 ans un festival de théâtre qui reprend une pièce tirée du patrimoine littéraire. Cette année : une adaptation de « Dracula ».



Avec ses parois de 1 500 mètres de haut et sa ligne de crêtes dentelée de glaciers, le cirque de Gavarnie (Hautes-Pyrénées) ferait un décor idéal pour un spectacle son et lumière. C’est bien là le problème : comment proposer une offre théâtrale au pied d’une arène naturelle aussi imposante sans avoir recours aux effets lumineux et aux bandes-sons enregistrées qui prospèrent, l’été, sur tant de sites touristiques ? Cette question, le Festival de Gavarnie y est confrontée depuis sa création, il y a 32 ans. L’immensité du plateau rend impossible l’idée d’une mise en scène classique. Tout accentuer – le jeu, les voix, les gestes… – devient du coup un mal nécessaire.

Le Festival de Gavarnie n’a de festival que le nom. Une seule pièce y est jouée en effet chaque été, pendant deux semaines, au plus fort de la saison touristique. Cette année, le metteur en scène Bruno Spiesser et sa troupe du Théâtre Fébus, installée à Pau, proposent une adaptation de Dracula, de Bram Stoker. Un choix qui s’inscrit dans le droit fil d’une manifestation ne programmant que des classiques de la littérature.


« Un site grandiose »

Imaginé par le comédien François Joxe à la demande du Parc national des Pyrénées, le festival a été créé en 1985, à l’occasion du centenaire de la mort de Victor Hugo. Dieu, poème inachevé du grand homme, fut transposé cette année-là au cœur du cirque. Suivront la Divine Comédie, Macbeth, Don Quichotte, Faust, Don Juan, Cyrano de Bergerac, Le Cid et quelques opéras (La Flûte enchantée, Tristan et Isolde, Les Noces de Figaro…). Du lourd, donc.

« Il faut des œuvres à la hauteur du site », justifie Bruno Spiesser, qui a succédé à François Joxe il y a dix ans. Il faut aussi des titres qui puissent ne pas dissuader une population touristique n’ayant pas forcément d’atome crochu avec le théâtre. « Avant d’assister à un spectacle, le public vient d’abord pour passer une soirée en montagne dans un site grandiose », reconnaît le metteur en scène.


Pour Dracula, Bruno Spiesser a installé sa troupe sur le plateau de la Courade, une zone d’herbe qui fut dépierrée au début du XXe siècle, où se tenait autrefois un marché aux bestiaux. Le lieu d’implantation change chaque année à l’intérieur même du cirque, afin de laisser reposer la terre foulée par le public, mais aussi pour les besoins scénographiques. La présence d’un petit éperon rocheux qui symboliserait le château du comte Dracula a conduit au choix de cet emplacement devant lequel 2 000 chaises ont été posées, au hasard des variations topographiques.

UN PETIT ÉPERON ROCHEUX SYMBOLISERAIT LE CHÂTEAU DU COMTE DRACULA


La scène en tant que telle s’avère particulièrement immense cette année : « On joue sur 100 mètres d’ouverture, 30 mètres de profondeur et 20 mètres de haut », souligne le metteur en scène, formé à l’école de Robert Hossein. Recul oblige, le premier rang de spectateurs est situé à 20 mètres, et le dernier à 50 mètres. Bien qu’équipés de micros HF, les comédiens n’ont pas le choix : « Il faut envoyer, poursuit Bruno Spiesser, faire comme si on jouait dans un très grand théâtre. Les gestes et les mouvements scéniques doivent être généreux, vu qu’il est impossible de distinguer les expressions sur les visages à cette distance. »


Chaque costume a été rendu identifiable par sa couleur ; les hauts-de-forme ont été rehaussés de plusieurs dizaines de centimètres. Le rendu n’est pas vilain pour les amateurs de grands tableaux et d’espaces naturels. Les autres – surtout ceux situés au dernier rang - auront l’impression d’avoir sous les yeux une représentation de Lilliputiens dans une boîte à chaussures. Reste le sentiment général, et sans égal, de se sentir bien humble au milieu d’un site aussi colossal, quasi mystique.

Classé au patrimoine mondial en 1997

Tout ceci n’est évidemment pas simple à organiser. L’Unesco, qui a classé Gavarnie dans son patrimoine mondial en 1997, n’a jamais vu d’un très bon œil l’installation d’une infrastructure technique à 1 500 mètres d’altitude. Le dispositif se résume, cette année, à trois chalets (billetterie, buvette…), une tente militaire (servant de loges) et 200 palettes sur lesquelles ont été posées les enceintes encerclant l’esplanade. L’organisation mondiale a imposé que les câbles électriques ne soient pas enterrés mais recouverts de gouttières. A la fin de chaque édition du festival, un rapport écrit et photographique lui est transmis par le Parc national des Pyrénées.


Des dégâts trop importants pourraient remettre en question la pérennité de la manifestation, comme cela a failli être le cas dans le passé pour des raisons politiques. Cela tomberait mal alors même que le locataire des lieux pense qu’il est temps d’évoluer sur le plan artistique. « L’idée est de passer à des pièces plus exigeantes et moins grand public », estime Bruno Spiesser qui envisage, l’an prochain, de traiter du mythe d’Orphée et Eurydice à travers une évocation de la première guerre mondiale et des textes publiés dans les années 1920 et 1930.

Festival de Gavarnie, Dracula, prince des ombres, jusqu’au 6 août.

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«Vania» au chœur de l’action

«Vania» au chœur de l’action | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération (oct. 2016) 


Julie Deliquet et les acteurs de la Comédie-Française donnent le sentiment de la vie même dans une relecture tonique de la pièce de Tchekhov.



C’est la gaîté qui l’emporte dans ce Vania, pièce désespérée s’il en est. La gaîté qui piège les personnages, qu’une tristesse soudaine submerge quand ils ne s’y attendent pas, lorsqu’ils baissent la garde au détour d’un moment d’euphorie. C’est la vie qui se déploie au présent, avec ses ratés et ses bousculades, et le sentiment amoureux qui poignarde celui qui l’éprouve, puisqu’on sait bien que chez Tchekhov l’amour n’est jamais aimé. Il y a l’illusion crescendo que les acteurs ne jouent pas, ils sont. Comment crée-t-on de la vie sur un plateau ? Comment s’y prend-on pour faire croire qu’un texte écrit ne l’est pas, que les mots sortent de la bouche au présent, comme on parle, et que la représentation ne se répétera pas, puisque c’est maintenant qu’on y assiste ? «Vous savez pourquoi on s’entend si bien ? Parce que je suis terne comme vous», dit à Vania Eléna, merveilleuse Florence Viala, pieds nus arqués sur un sol en ciment, qui sort de la douche en peignoir éponge et chapeau élégant, et ne cesse d’aimanter les hommes et de provoquer leur rivalité plus ou moins ingénument. Cette femme qui prétend avoir tout raté, mais qui ne peut s’empêcher d’être constamment séductrice et joueuse, on l’a forcément déjà rencontrée, on la connaît, et c’est l’un des grands plaisirs de cette mise en scène de Vania : elle nous présente des êtres proches, aux failles agrandies mais familières, alors que si souvent au théâtre les personnages restent enfermés en eux-mêmes, comme mis sous cloche.

Bulle de souffrance


Dès lors, ce pourrait être trivial, et d’ailleurs, l’équilibre est fragile. On craint au départ que, fildeféristes de génie, en s’exprimant avec les tics de langage d’aujourd’hui, les acteurs basculent. Et qu’ils frôlent le naturalisme, du moins langagier, à force de «pas de souci» et autres tics. Ça ne se produit pas. Car ce que multiplie Julie Deliquet (lire ci-contre), ce sont des effets de réel, et non son imitation. Il suffit de regarder les acteurs : leur posture, leur tension extrême, leur manière d’être à la fois aux aguets et de rester dans leur bulle de souffrance, comme la jeune Sonia en salopette (Anna Cervinka) lorsqu’elle comprend qu’elle n’est pas aimée d’Astrov, le médecin (Stéphane Varupenne). Ou encore Dominique Blanc en Maria, féministe soumise au professeur Sérébriakov, la curiosité toujours en éveil, une brochure à la main, une question au bord des lèvres, une petite vodka et de la tenue, la politesse et le cœur en miettes des femmes qui n’ont plus que la culture pour les égayer. Entre Maria, sa petite-fille Sonia, son frère Vania, et même le professeur, une femme morte en partage : leur fille, leur mère, leur sœur, leur épouse. Ce que produit la mise en scène de Julie Deliquet est de rendre visibles les micro-histoires non explicites et parfois muettes qui soudent les personnages entre eux. Vania, par exemple, fantastique Laurent Stocker, qui se sent si vieux, désespéré et oisif à 45 ans, alors même que son beau-frère, le vieux et pontifiant Sérébriakov (Hervé Pierre, idéal), homme de sciences, tonitrue et hurle sa joie de vivre, comme un soixante-huitard à la retraite qui n’en revient toujours pas de sa chance d’avoir eu 18 ans pile l’année qu’il fallait.

Sur scène, les acteurs ne cessent jamais de jouer. Normal ? Ce n’est pas toujours le cas : la plupart du temps sur un plateau, les personnages secondaires s’effacent et ne sont que des faire-valoir. De même, la lumière paraît constamment les éclairer tous en même temps et individuellement, si bien que plus que jamais, l’œil choisit sa focale - grand angle ou plan serré sur un acteur - et passe de l’un à l’autre. Dans cette lecture de Vania, Julie Deliquet rend chorales des scènes qui d’habitude sont plutôt jouées à deux.

Soir pluvieux


Le dispositif est bifrontal, comme on dit, ce qui implique que les spectateurs placés face à face sont forcément plus proches du plateau que d’ordinaire. Il faut donc traverser la scène pour se rendre sur les gradins, face à la grande table, unique décor, les autres spectateurs étant placés dans la jauge sur des fauteuils. On a testé les deux configurations, et il est préférable d’être sur les gradins, on voit mieux les détails, et notamment Vampyr, de Dreyer, que Sérébriakov choisit gaiement d’imposer à sa famille lors d’une séance de rétroprojection, ainsi que sa science sur le film, on prend. Dreyer est absent de Tchekhov ? Aucune importance, le ciné-club se substituant au jeu de cartes, dans la panoplie des activités un soir pluvieux à la campagne. De plus, cet ajout, qui n’est pas un caprice, permet une rareté : celle de voir les acteurs du Français improviser, les répliques variant d’un soir à l’autre. Maria (Dominique Blanc) qui ne perd jamais une occasion d’apprendre et d’aiguiser son féminisme : «Intéressant ! On peut donc parler ici de la première femme vampire ?»

Il est 20 h 30 quand le spectacle commence sur la scène où une horloge donne l’heure, comme sur notre montre. Il est 22 h 15 quand il se clôt dans la fiction, comme dans la vie. Entre-temps, un week-end s’est écoulé, une soirée, une saison. On a bu du café grâce à une cafetière électrique et non du thé dans un samovar, et beaucoup d’alcool. Il y a eu des bris de glace, les spectateurs retraversent le plateau, certains notent que ce sont de vraies roses (ils hésitent à en emporter), du vrai café, ils regardent dans les tasses et s’assoiraient presque à table pour une dernière «petite vodka». Ils ont raison. Rien n’est toc dans ce Vania.

Anne Diatkine


Vania (d’après Oncle Vania) de Tchekhov, m.s. Julie Deliquet, traduction de Tonia Galievsky et Bruno Sermonne. Repris au TGP Saint-Denis à partir du 13 septembre


Photo: Laurent Stocker (Vania), Anna Cervinka (Sonia) et Dominique Blanc (Maria). Photo Christophe Raynaud de Lage

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Le jour où « Othello » de Shakespeare fut joué, pour la première fois, par un acteur noir

Le jour où « Othello » de Shakespeare fut joué, pour la première fois, par un acteur noir | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Claire Bonnot dans Vanity Fair



« Le Maure de Venise », personnage shakespearien souvent ramené à son drame intime à défaut de ses origines, a eu quelquefois seulement le droit d'être joué par un acteur noir. L'exploit s'est produit pour la première fois en 1833 sous les ors du très respecté Théâtre Royal de Covent Garden à Londres. Récit d'une entrée en scène chahutée et d'une apparition historique.

En pleins débats sur l'abolition de l'esclavage, dans le temple du théâtre londonien, un acteur noir - et américain - incarnait le rôle-titre d'une pièce emblématique du barde britannique, vénéré en son fief : Othello ou le Maure de Venise. Une situation sans précédent dans le royaume de William Shakespeare et de la scène européenne. Car plus de deux cent ans auparavant, en 1604, la toute première représentation de la tragédie shakespearienne, qui mettait pourtant en vedette un personnage mauresque, n'avait eu droit qu'à un acteur blanc maquillé de noir, Richard Burbage, membre de la troupe du dramaturge, les Lord Chamberlain's Men. En ce temps-là, dans l'Angleterre élisabéthaine, il n'existait pas d'interprètes professionnels de couleur et même si cela avait pu être, les conventions sociales leur auraient interdit l'accès à la scène.

Pièce sur l'altérité inquiétante, l'étranger non accepté autant que sur la traîtrise et la jalousie, Othello est l'une des rares pièces du théâtre classique à avoir pour héros un Noir. Le barde britannique aurait été inspiré par l'ambassadeur marocain à la cour de la reine Élisabeth Ière d'Angleterre, Abd el-Ouahed ben Messaoud. Dans cette tragédie, Othello, général vénitien d'origine mauresque, a épousé Desdémone, une femme blanche. Son père, furieux de la fugue amoureuse de sa fille, accuse Othello de l'avoir déshonorée - « damné que tu es, tu l’as enchantée » - faisant directement référence à sa couleur de peau :  « sein noir de suie d’un être comme toi ». L'homme de confiance d'Othello, Iago, va bientôt lui faire croire que sa femme lui a été infidèle. Trompé par les stratagèmes et hanté par la jalousie, Othello finit par tuer Desdémone avant de se rendre compte de son erreur. Il finira par se suicider. Interrogeant métaphoriquement l'âme blanche ou noire des êtres humains en jouant sur les couleurs de peau, William Shakespeare offre aussi - et encore quatre cent ans plus tard - une vraie réflexion sur la réception de l'étranger et le racisme latent de nos sociétés.

UNE PREMIÈRE SUR LES PLANCHES

« Oh mon Dieu, Je meurs ». Le 25 mars 1833, Othello, chancelant, s'effondre bien avant la scène de suicide finale. C'est « le plus grand acteur au monde » d'alors, Edmund Kean, 46 ans, qui fera ainsi son adieu aux planches. L'acteur shakespearien mourra deux mois plus tard. Fait incroyable de l'Histoire, c'est à un comédien afro-américain que l'on confia la (lourde mais excitante) charge de revêtir les habits ô combien vénérés de Edmund Kean pour rappeler Othello, l'ancien esclave noir devenu soldat, à la vie. Au même moment, le Royaume-Uni qui s'apprête à voter pour l'abolition de l'esclavage dans les colonies britanniques (le 8 août 1833) est encore tiraillé par le discours du lobby pro-esclavagiste. Ira Aldridge, le first black Othello de l'Histoire arrive ainsi à point nommé. Pourtant, cet artiste n'avait que peu d'expérience du jeu à son arrivée dans la capitale britannique. Né en homme libre à New York en 1807, il entre, dès l'âge de 13 ans, à la African Free School, fondée par des abolitionnistes, où il reçoit une formation classique. Au début des années 1820, il intègre la première compagnie de théâtre afro-américaine des États-Unis, le African Grove Theatre. Il parvient, en 1824, à se faire engager dans la troupe du Royal Coburg Theatre à Londres adoptant le nom « Keene », en référence à son idole, Edmund Kean. Le destin fait bien les choses puisqu'il lui succèdera dans ce rôle emblématique qui lui apportera renommée et consécration, malgré les critiques. 

En effet, les mentalités ne sont pas encore assez façonnées à cette nouvelle idée. Les couvertures de presse au lendemain de la représentation témoignent de cette atmosphère qui oscille entre l'acceptation (discutée) et l'évidence (du talent). Quand la revue littéraire The Atheneum ose écrire que l'actrice Ellen Tree interprétant Desdémone - l'épouse de Othello -, a été « tripoté sur la scène par un homme noir » et que The Times se permet cette remarque que l'on jugerait tout bonnement raciste aujourd'hui - « En raison de la taille de ses lèvres il lui est totalement impossible de prononcer l'anglais » - d'autres journaux ne peuvent que se prosterner devant la qualité de la prestation de l'acteur. Le Morning Post concède à contrecœur que la performance d'Ira Aldridge « était sans aucun doute suffisamment bonne pour être considérée comme intéressante » et le Spectator va jusqu'à dire que cet Othello « a montré un grand nombre de sentiments dans son jeu ».

UN EXEMPLE EN HÉRITAGE

Ira Aldridge ne jouera le Maure de Venise que deux soirs de suite à Londres. Loin de se décourager de l'accueil pour le moins glacial, le jeune comédien parcourt les provinces anglaises - Manchester, Liverpool, Sheffield, Newcastle - où son rôle d'Othello est particulièrement bien accueilli. Sa prononciation intensément critiquée et la liberté qu'il prenait avec le texte shakespearien révulsait Londres mais pas ses alentours. Ira Aldridge bénéficia ainsi d'un terreau favorable pour sortir de ce personnage de couleur et des tragédies anti-escalavagistes. Il interpréta Richard III (en n'hésitant pas à peindre son visage en blanc), Shylock dans Le Marchand de Venise, Iago dans Othello, Macbeth, Le Roi Lear et même Roméo dans Roméo et Juliette. Sa renommée grandissante lui permit d'abattre les barrières raciales et de montrer la capacité des acteurs noirs à jouer tous les rôles. En 1850, il orchestra, dans ce but, une adaptation du Titus Andronicus de Shakespeare. Incarnant le machiavélique Aaron le Maure, généralement haï du public, il en fit le héros du drame et une figure digne et tragique. Enfin considéré comme un acteur à part entière, The Times lui octroie un titre élogieux en guise de consécration : « Le Roscius Africain ». Le magazine fait référence au grand acteur romain. Ira Aldridge ne se limite alors plus à l'île britannique mais parcourt le continent européen jouant en Allemagne, en Pologne, en Suisse, en Serbie et même en Russie.

Il est considéré aujourd'hui comme l'un des 33 plus grands interprètes du répertoire shakespearien de la scène britannique. Une plaque de bronze trône, en son honneur, au Shakespeare Memorial Theatre à Stratford-upon-Avon. Décédé le 7 août 1867, à l'âge de 60 ans, Ira Aldridge restera à jamais associé à Othello, comme le poète et romancier français Théophile Gautier l'exprima si bien : « Il était Othello lui-même, tel que Shakespeare l'imagina... silencieux, réservé, classique et majestueux. »

Cet événement historique fait presque toujours figure d'exception. Encore aujourd'hui, peu d'acteurs noirs endossent le rôle. Sylvie Chalaye, anthropologue des représentations coloniales, spécialiste des dramaturgies afro-caribéennes, s'indignait de cet état de fait dans Le Monde en 2015 quand Philippe Torreton fut annoncé pour le rôle dans une mise en scène de Luc Bondy : « Rares sont les pièces qui construisent leur tension dramatique sur la couleur de peau du héros. C’est le cas d’Othello. (…) C’est la tragédie de l’esclave, même après son affranchissement. Mais ce n’est pas la lecture que l’on fait aujourd’hui de la pièce. On veut y voir une autre tragédie et on occulte l’origine africaine d’Othello et son histoire d’esclavage pour ne retenir qu’une pièce sur la jalousie. On s’autorise toutes sortes d’interprétations pour justifier le fait de distribuer un Blanc dans le rôle. » Preuve que le whitewashing a de beaux jours devant lui.


CLAIRE BONNOT
Après un passage dans l’audiovisuel et une année d’études à l’Institut Français de la Mode, Claire s’est mise à écrire sur les gens qui l’inspirent.

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Russie : menace sur les artistes

Russie : menace sur les artistes | Revue de presse théâtre | Scoop.it

PAR ANNA FRANTS pour Le Point


Le metteur en scène Kirill Serebrennikov est accusé de détournements de fonds publics. Son dernier spectacle avait été annulé pour "propagande homosexuelle".

Le réalisateur et metteur en scène russe, Kirill Serebrennikov, lauréat du prix spécial du Festival de Cannes en 2016 pour son film "Disciple", s’est vu confisquer son passeport. 

La censure revient en force en Russie et les intimidations de toutes sortes se multiplient contre les artistes. Après la controverse autour d'Alexeï Outchiteln, le réalisateur du film Mathilde retraçant l'idylle de Nicolas II avec une danseuse (et finalement autorisé in extremis), c'est au tour de Kirill Serebrennikov de subir les foudres du ministère de la Culture. Le réalisateur et metteur en scène, lauréat du prix spécial du Festival de Cannes en 2016 pour son film Disciple, s'est vu confisquer son passeport. Les autorités soupçonnent son association théâtrale Studio 7, en partie subventionnée, d'avoir dérobé 200 millions de roubles (2,8 millions d'euros).


Selon les informations de Meduza, un journal en ligne letton, l'affaire a commencé en 2015 après les plaintes déposées par des fondations publiques jugeant grossières, immorales et pornographiques les pièces de plusieurs théâtres de Moscou. Cible principale : Serebrennikov, dont l'appartement et son théâtre d'avant-garde Centre Gogol sont perquisitionnés en mai. Mais ce n'est pas tout. Son dernier spectacle intitulé Noureev et consacré au danseur étoile est reporté par le théâtre du Bolchoï. D'après l'agence Itar-Tass, c'est le ministre de la Culture Vladimir Medinski lui-même qui a donné l'ordre d'annuler la première pour cause de « propagande homosexuelle ». Dans le spectacle, les artistes devaient jouer nus devant une grande photo de Rudolf Noureev, également dévêtu.


Le théâtre invoque une autre raison préférant pointer l'impréparation de la mise en scène. Mais personne n'est dupe et y voit une nouvelle preuve de la puissance croissante du ministère de la Culture. Il y a deux ans, le même Medinski a tenté d'interdire l'opéra Tannhauser jugé offensant envers les croyants. La pièce a pu voir le jour, mais son metteur en scène a été limogé. 


 Photo : Kirill Serebrennikov, © Vladimir Vyatkin / Sputnik



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En Anjou, l’esprit de Vilar et la maison de la grand-mère

En Anjou, l’esprit de Vilar et la maison de la grand-mère | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Frédéric Potet (Fontaine-Guérin (Maine-et-Loire), envoyé spécial) dans Le Monde

Sortis des grandes écoles nationales, de jeunes comédiens ont créé au cœur d’un village du Maine-et-Loire un festival de théâtre populaire, dans la lignée du TNP.



Voir sur le site du Monde avec les photographies : http://www.lemonde.fr/la-route-des-festivals/article/2017/08/18/en-anjou-l-esprit-de-vilar-et-la-maison-de-la-grand-mere_5173732_5151848.html



Jean Vilar n’est pas mort. Ses idées continuent de prospérer dans le cœur de jeunes comédiens rêvant à voix haute d’un théâtre pour tous et décentralisé. A Fontaine-Guérin, gros bourg de 1 000 habitants du Maine-et-Loire, une troupe s’est formée il y a neuf ans sur les fondations d’un festival en plein air, aux tarifs défiant toute concurrence (5 euros l’entrée). Son nom, le Nouveau théâtre populaire, a été donné en référence à l’institution que dirigea Vilar entre 1951 et 1963, le Théâtre national populaire (TNP). Ses fondateurs ne manquent pas de culot : ils ont repris à leur compte la célèbre typographie au pochoir créée par Marcel Jacno pour l’identité visuelle du TNP.


Six pièces sont jouées chaque été dans le jardin en pente d’une maison du village offrant une vue imprenable sur le clocher torsadé de l’église. Deux classiques (La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau, Partage de midi, de Paul Claudel), deux adaptations (La Petite sirène, d’Hans Christian Andersen, Little Nemo, de Winsor McCay), une œuvre contemporaine (Entre chien et loup, de Jon Fosse) et une création collective (La Fleur au fusil, évocation de la première guerre mondiale) figurent au programme cette année.
« La Dame de chez Maxim », de Georges Feydeau, mise en scène de Frédéric Jessua.

Les comédiens, au nombre de vingt, passent d’une pièce à l’autre. La plupart ont été formés dans des grandes écoles nationales (Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Théâtre national de Strasbourg, Comédie de Saint-Etienne…), et tous travaillent comme intermittents du spectacle au long de l’année – en Ile-de-France notamment, leur région d’origine. La moyenne d’âge est de 30 ans. Chaque décision – le choix d’un texte, la cooptation d’un nouveau comédien… – est soumise au vote.

S’il s’inscrit, aussi, dans la lignée d’expériences illustres, comme le Théâtre du Peuple créé par Maurice Pottecher à Bussang (Vosges), ce projet de troupe professionnelle en milieu rural se veut également le miroir d’une génération ayant soif d’idéal dans un contexte économique plus tendu que jamais. « Quand nous sommes rentrés dans le métier, on n’a cessé de nous répéter qu’il n’y avait plus d’argent dans la culture. Cela ne correspondait pas à ce que nous avions connu en découvrant le théâtre à l’âge de 15 ans : des troupes créées avec la politique de décentralisation, des comédiens qui vivaient de leur art, les années Jack Lang… », explique Lola Lucas, l’administratrice de la troupe.
« La Dame de chez Maxim », de Georges Feydeau.

Ils sont douze au départ, en cette année 2008. Certains ont fréquenté la même option théâtre au lycée à Paris. D’autres se connaissent depuis l’école maternelle. D’autres encore sont des « amis d’amis ». Le petit cercle s’aventurera dans le maquis du festival « off » d’Avignon, et en reviendra les poches aussi vides que les illusions. L’expérience accouchera néanmoins d’une promesse : aller porter « ailleurs » qu’à Paris et Avignon la parole théâtrale, là où elle n’est jamais entendue. « Notre idée initiale était de partir faire du théâtre en Ardèche, le lieu de toutes les utopies, raconte Lola Lucas. Le problème est que nous ne connaissions personne en Ardèche. L’un d’entre nous s’est alors souvenu qu’il avait une grand-mère dans le Maine-et-Loire. »
« La Fleur au fusil », écriture collective sous la direction de Clovis Fouin.

La grand-mère, Marie-Claude Herson-Macarel, possède une grande maison en tuffeau dans la rue principale de Fontaine-Guérin. « Elle a dit oui tout de suite », se souvient son petit-fils, Lazare Herson-Macarel. Les sacs de couchage prennent alors possession du grenier, des tréteaux de fortune sont installés au pied des cerisiers, et des affiches collées dans les villages environnants pour annoncer la création d’un nouveau festival, ouvert à tous. A l’affiche : le Misanthrope, de Molière, et Roméo et Juliette, de Shakespeare.

« Nous nous attendions à ce que personne ne vienne à la toute première représentation, relate le metteur en scène Léo Cohen-Paperman. A notre grande surprise, une trentaine de curieux ont franchi la porte. Nous avons ensuite enregistré 700 entrées sur dix jours. C’était extraordinaire. » Le festival ne cessera de croître. L’an dernier, 10 000 billets ont été vendus – au prix unique et inchangé de 5 euros – sur l’ensemble des six spectacles et des trente représentations.
« La Fleur au fusil ».

Aussi stimulante soit-elle, l’aventure faillit toutefois tourner court après la mort de l’aïeule en 2012. La troupe lança alors un appel à don auprès de la population afin de racheter la maison. La somme recueillie, 75 000 euros, s’avéra insuffisante. La communauté de communes de Beaufort-en-Anjou se porta finalement acquéreur de la bâtisse afin de la prêter à l’association. Une convention unit, depuis, les deux entités. Grâce à elle, le Nouveau théâtre populaire a pu transformer le lieu en « maison du théâtre », à l’image de la maison Maria Casarès à Alloue (Charente). Les pièces ont été aménagées en loges, une nouvelle scène a remplacé la précédente, la grange deviendra bientôt une salle de répétition.

« La maison appartient au domaine public, c’est une grande fierté pour nous », se félicite Lazare Herson-Macarel, en rappelant les missions du festival : « Jouer du théâtre là où il n’y en a pas, satisfaire cette envie de liberté qui consiste à ne pas attendre d’être engagé dans une troupe pour interpréter des grands textes. » « Offrir également le plaisir d’une relation sans intermédiaire avec le public, ce qui n’est pas forcément permis au sein des grandes institutions théâtrales, abonde de son côté Léo Cohen-Paperman. Ce que nous proposons est de l’ordre du théâtre bio, sans conservateur. »
Répétition matinale d’une adaptation de la « Petite sirène » d’Andersen.

Reste la question fondamentale : la mixité tant rêvée est-elle une réalité dans le jardin bucolique de la maison de Fontaine-Guérin ? Difficile à dire. Les membres fondateurs du festival veulent croire que les spectateurs, chaque année plus nombreux, ne sont pas tous des amateurs de spectacle vivant, issus de classes sociales supérieures, abonnés au centre dramatique national d’Angers ou à la scène conventionnée de Saumur ; mais aussi des « gens qui ne vont jamais au théâtre ». Pour s’en convaincre, ils ont décidé de réaliser cette année une enquête auprès de leur public afin de mieux l’identifier. Vilar n’aurait pas fait mieux.

Festival du Nouveau théâtre populaire, à Fontaine-Guérin, du 17 au 30 août.


Photo :  La façade de la maison de la grand-mère, reconvertie en « maison du théâtre ».  Crédit photo : FP

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Cannes 2017 : Nahuel Perez Biscayart, la rage urgente d’un félin argentin

Cannes 2017 : Nahuel Perez Biscayart, la rage urgente d’un félin argentin | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Clarisse Fabre dans Le Monde du 22 mai 2017


L’acteur de 31 ans, natif de Buenos Aires, incarne le personnage principal de « 120 battements par minute », de Robin Campillo.


C’est dans ses yeux, profonds comme le lac Argentino, que l’on sent tout au long du film la peur s’installer, la colère monter, la catastrophe arriver… Jusqu’à ce que le jeune militant d’Act Up, affaibli chaque jour un peu plus par le sida, décide de mourir par une injection de curare, quelques minutes avant la fin. Il fallait un acteur baroque comme Nahuel Perez Biscayart, 31 ans, natif de Buenos Aires, pour incarner le personnage de 120 battements par minute, troisième long-métrage de Robin Campillo, en compétition officielle à Cannes. Les différents états de Sean, ses coups de gueule, son élan dans la lutte, puis son retrait en raison de la maladie, donnent le rythme du film. Son corps se décharne, ses joues se creusent au milieu du « corps collectif » que forment les participants aux réunions hebdomadaires, et aux actions spectaculaires.

Lire la critique de « 120 battements par minute » : Les corps en lutte d’Act Up conquièrent les cœurs

Qui est Nahuel Perez Biscayart ? La question était sur toutes les lèvres, samedi 20 mai, à l’issue de la projection de 120 battements… Nahuel signifie « tigre » dans le sud de la Patagonie, nous confiait l’Argentin aux cheveux châtains, il y a sept ans. Il venait d’apprendre le français en accéléré pour jouer dans un film de Benoît Jacquot Au fond du bois (2010), où il incarnait un vagabond, mi-homme, mi-bête. Lequel ­Jacquot l’avait repéré dans La Sangre Brota, de Pablo Fendrik, sélectionné en 2008 à la ­Semaine de la critique, à Cannes. Sept ans plus tard, on retrouve le (gentil) félin sur une plage de la Croisette. Pas changé. Toujours aussi généreux dans la discussion. Mais sa vie, elle, est bouleversée par les rôles qu’il enchaîne à l’étranger. « J’habite partout et nulle part. Je tourne un film dans un pays, puis je pars travailler dans un autre. Ce qui me permet d’être anonyme à peu près partout où je vais. » Ça ne va peut-être pas durer…
Picasso a eu sa période rose, bleue… Et Nahuel, grise, comme l’ennui

Né en 1986, il a grandi dans une famille « de la classe moyenne », dit-il. « Un père qui a été photographe, architecte, avant de faire du commerce solidaire. Et une mère psychanalyste : en Argentine, il y en a partout, c’est comme marchande de légumes », précise-t-il. Picasso a eu sa période rose, bleue… Et Nahuel, grise, comme l’ennui. Etudiant, il était inscrit dans une école technique qui formait des électromécaniciens. « A la maison, je restais en pyjama à dessiner des plans, à faire des calculs compliqués. Ce n’était pas moi. Puis le vendredi soir, avec dix mecs, on faisait l’atelier théâtre, et c’était ma bouée de sauvetage. On avait une super prof, Nora Moseinco, qui travaillait sur l’improvisation et essayait de trouver ce qui est à nous. Tout passait à travers le corps. » Il bifurque à l’Ecole des beaux-arts, continue de jouer. En 2008, il obtient une bourse pour aller à New York, où il intègre la troupe du Wooster Group. C’est la période théâtre expérimental.

Il a pratiqué la méditation

Suivront les plateaux de tournage. Côté cinéma français, il a tenu un rôle secondaire dans Grand Central (2013), de ­Rebecca Zlotowski. Puis il a fait l’apprenti boulanger dans Je suis à toi (2014), de David Lambert, où, façon Charlot, il tanguait sous les kilos de pâtes à pain. A l’automne prochain, il sera à l’affiche du film d’Albert Dupontel, Au revoir là-haut, sur la première guerre mondiale.

Il revient d’un séjour de trois mois en Inde, où il a pratiqué la méditation. « Pour travailler la présence, assure-t-il. Etre là, ici et maintenant, c’est le principe même du jeu d’acteur. Et c’est la chose la plus difficile, surtout à notre époque. Je ne suis pas devenu comédien pour gagner un Oscar. » Très critique sur la société ­capitaliste, il envoie : « On se replie alors qu’on devrait aller chercher la lutte dans le regard des autres. »
Nahuel Perez Biscayart, acteur : « J’avais des frissons, des sensations d’urgence. La fiction se détruisait, c’était du réel »

Nahuel n’a pas eu de mal à partager le combat d’Act Up. Il a même eu un choc, lorsque Philippe Mangeot, figure du mouvement et coscénariste du film, est venu transmettre la mémoire de ces ­luttes, avant le tournage, en 2016. « J’avais des frissons, des sensations d’urgence. La fiction se détruisait, c’était du réel », raconte-t-il.

Peu de comédiens pouvaient tenir le rôle de Sean, explique le réalisateur de 120 battements… « Je voulais quelqu’un qui puisse tenir un discours radical, combatif, et ensuite passer à la première personne pour mettre en avant sa maladie. Dans la colère, je voulais sentir poindre l’inquiétude. Je voulais aussi entendre la mauvaise foi, très présente chez Act Up. Il y a tout ça chez Nahuel », se réjouit Robin Campillo, qui est aussi un ancien d’Act Up. Et il y a plus : « Il n’a pas le trac, il se jette à l’eau, et n’a pas peur du ridicule. L’un des plus grands slogans de Mai 68, c’était : “Nous mourons de n’être pas ­assez ridicules.” »


Photo : L’acteur Nahuel Perez Biscayart à Cannes, le 21 mai 2017. STEPHAN VANFLETEREN POUR « LE MONDE »

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Vont-ils tuer les arts de la rue ? - L’Insatiable

Vont-ils tuer les arts de la rue ?  - L’Insatiable | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Vont-ils tuer les arts de la rue ?
PAR SERGE CHAUMIER dans L'Insatiable






Qu’est-il arrivé aux arts de la rue ? En trente ans, ce secteur est passé d’une inspiration libertaire émancipatrice à un consumérisme festif sous contrôle. Il s’agissait de réinventer le théâtre, en le sortant des salles pour transformer le passant en spectateur à son insu, en le cueillant dans sa vie quotidienne. Pour cette raison, les fondamentaux du théâtre de rue sont la gratuité, l’accessibilité, au cœur de l’espace public, à même les lieux de vie et de sociabilité. La ville est un cadre d’expression pour renforcer les liens entre la population et son quotidien, pour lui insuffler une vision créative. Les années 70 formalisent cette démarche dans la notion de développement culturel, véritable réflexion sur l’action culturelle et le citoyen auquel l’art et la culture apportent des moyens d’expression et de réalisation de lui-même. L’espoir est de retrouver l’essence du théâtre, son potentiel de transformation sociale et individuelle, que Jacques Copeaux visait et qu’espérait le théâtre populaire, de Firmin Gémier à Jean Vilar. Les arts de la rue dans les années 70 à 90 s’inventent en espérant trouver le Graal.


C’est d’abord le temps des chercheurs, des découvreurs, des explorateurs, des initiateurs, de ceux qui vont distiller la folie dans les lieux les plus incongrus, faisant de la surprise et de l’étonnement le carburant d’une transformation politique. Car l’espérance est qu’un individu agité devienne agissant, que l’action engendre la réaction. Les initiatives ne sont pas alors perçues très amicalement par les institutions et les pouvoirs publics. La subversion est de mise pour mettre sans dessus-dessous normes et habitudes. La pluridisciplinarité, la transversalité, le décloisonnement, l’hybridation des formes découvrent des univers d’une grande inventivité. Ainsi naissent des festivals qui peu à peu se multiplient au point que toutes les villes de France ou presque proposent le leur. En 30 ans, ceux-ci sont passés d’un moyen de sensibilisation et de diffusion à un secteur économique à part entière où les retombées induites sur le territoire sont capitales. Image de dynamisme, vecteur de communication positive, animation d’un territoire, attrait touristique, l’enjeu des fréquentations records réside désormais dans les retombées économiques pour une ville, à travers ses capacités hôtelières, ses restaurants et ses marchands de bière.


Comme on l’a entendu avec des menaces d’annulation de festivals lors de la crise des intermittents en 2003, à Avignon ou ailleurs, et comme on l’entend désormais lorsqu’un maire songe à supprimer un événement, les raisons commerciales priment. Les festivals, particulièrement ceux dédiés aux arts de la rue, constituent un secteur d’activité à part entière. Celui-ci s’est fortifié de milliers de compagnies, qui proposent une offre formatée pour répondre à la demande. Il y en a pour toutes les bourses et toutes les mesures. Du spectacle pour le bourg du pays à celui taillé pour l’inauguration d’un événement international, jeux olympiques, exposition universelle ou foire internationale. Un marché où « populaire » concerne plus l’attractivité que les exigences d’un théâtre du même nom. Comme le craignait Malraux pour le cinéma, les industries du rêve, du sexe et de la mort dominent largement dans une surenchère à l’audimat. S’il est encore des recherches innovantes et créatives, talentueuses et ambitieuses, une grande majorité des offres sont devenues des produits sur le marché du divertissement. Combien de Théâtre de l’Unité demeurant dans l’exigence des débuts et dans une invention incessante des formes ? Une forme d’hypocrisie marie plus souvent habilement les origines rebelles au capitalisme culturel de la mise en marché, véritable cas d’école pour le marketing.

Si cette dérive existe depuis les années 2000, et que la crise de 2003 a sans doute marqué un point de bascule en brisant l’énergie qui imprégnait encore le secteur, condamnant les compagnies à la survie dans une ambiance souvent morose, c’est désormais un donnant-donnant. Les villes tout en baissant souvent leurs subventions dans un contexte de restrictions des finances publiques veulent conserver la manne engendrée. Les flux touristiques ont souvent chassé les populations locales des spectacles et la démocratisation espérée ne résiste guère aux études de publics qui révèlent un brassage sociologique plus rêvé que réel. C’est d’autant plus le cas que d’autres évolutions se font. Devant l’afflux des publics, la sophistication croissante des moyens techniques nécessaires au spectacle, le confort de compagnies peu formées aux arts de rue et à la gestion du public, donc plus à leur aise dans un espace maitrisé pour une diffusion à un public captif, un ré-enfermement s’est peu à peu instauré. La rue s’est privatisée.


Les festivals attirent des populations de festivaliers, venus expressément et donc moins diversifiés qu’il n’y semble, et les spectacles ont de moins en moins lieu dans un espace public ouvert, dans les rues et sur les places, mais dans des espaces confinés prévus à cet effet. Ainsi les chapiteaux, les tentes, les véhicules, les lieux incongrus transformés ponctuellement en espace de représentation, et plus souvent les cours deviennent des sortes de mini-théâtres. Si au départ la chose offrait la garantie d’une qualité de jeu et de réception plus grande, le système a vite montré ses effets pervers. Des spectacles à heure fixe s’y donnent, et des programmes sont édités, laissant loin dans les mémoires la spontanéité d’un public capté avant de devenir captif, formé par l’acte du spectacle. Certains ajoutent une billetterie à l’entrée. Dernier avatar trahissant l’esprit des pères fondateurs, fruit de la dérive sécuritaire, la mise en place de contrôle et de jauge pour réguler les flux. Inquiet des attentats, les sacs sont fouillés à l’entrée, et pour éviter de pseudo accidents ou pour un soi-disant confort du public, les places sont limitées. Dans les espaces où l’on se compressait dans les années 90 et où 1000 personnes entraient, on n’accepte plus que 400 personnes. Si bien que l’on est installé comme au théâtre, là où la promiscuité favorisait hier les échanges et les solidarités entre les spectateurs, les fous-rires et les corps-à-corps certes parfois désagréables, mais qui soudaient symboliquement et physiquement la communauté des spectateurs. On fait donc la queue pour entrer dans les cours, pour assister à des spectacles programmés et minutés.

Si l’on est dans un festival dit de marché professionnel, comme Chalon ou Aurillac, ceux qui sont accrédités, c’est-à-dire les potentiels acheteurs, sont prioritaires et aux petits soins, comme ailleurs le sont les journalistes. Le divorce avec le citoyen lambda, le rejet de la population locale et la scission de la communauté des spectateurs ne sont pas théorisés. Si l’on est parvenu à entrer, on s’installe de plus en plus confortablement, en apportant son siège, à moins que des gradins, des estrades ou des fauteuils ne soient prévus par la compagnie. On assiste le plus souvent à des gaudrioles puisque, comme dans le festival off d’Avignon, les one man show et autres spectacles humoristiques sont devenus légions, car « on n’est pas là pour se prendre la tête ». Le vertige saisit souvent sur la vacuité des propos et le peu d’engagement qui se dégagent de l’ensemble des propositions. Comme si le monde n’était pas à feu et à sang. Au point de se demander si la culture n’est pas une extension de la télévision pour occuper le corps et l’esprit et les détourner des choses essentielles. Même si des exceptions confirment la règle.


Des publics de plus en plus âgés, et de moins en moins nombreux (contrairement à ce qu’affirment ceux qui ont intérêt à faire croire au caractère populaire et massif de la fréquentation), assistent désormais sagement à des spectacles et se rendent à Chalon-sur-Saône comme on se rend à Avignon. On ne voit plus les embouteillages piétonniers, les compressions corporelles dans les rues ou dans les spectacles et les places bondées des années 90. Les vieux et les familles avec jeunes enfants sont majoritaires. Si la foule d’Aurillac est plus diversifiée, composée de jeunes adultes, c’est que la nuit y est plus festive. Les arts de la rue attirent désormais un public proche du troisième âge et les spectateurs y sont majoritairement équipés de petits sièges pour s’assoir car la terre est trop basse et le macadam trop sale et dur. On assiste sagement à des représentations entre deux virées au bistrot et l’on vient surtout se promener dans une ambiance festive. Si l’esprit des débuts est perdu, les jeunes qui gèrent ses entreprises artistiques et culturelles n’en ont pas conscience. Ils n’ont pas connu le fol espoir des pionniers.

Serge Chaumier
Professeur des universités
Auteur de Les Arts de la rue. La faute à Rousseau, L’Harmattan.

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Mort de Jacques Crépineau, l'honnête homme du théâtre privé

Mort de Jacques Crépineau, l'honnête homme du théâtre privé | Revue de presse théâtre | Scoop.it



Par Armelle Heliot dans Le Figaro


DISPARITION - Longtemps directeur de La Michodière, il avait eu 85 ans le 13 août. Mais il était souffrant et s'est éteint cette nuit. C'est l'un des grands historiens des scènes parisiennes qui disparaît.

Il avait un bon sourire. Un regard pétillant, beaucoup d'élégance. Et toujours une histoire à raconter. Une histoire de théâtre, de music-hall. Une histoire d'autrefois ou une histoire actuelle. Jacques Crépineau était l'un des derniers des grands directeurs de théâtres privés parisiens.

Il avait cédé il y a trois ans La Michodière, ce bijou années 30 qu'il avait acquis en 1981 et dont il avait fait un foyer de la comédie divertissante de grande qualité. Il y avait longtemps conservé un bureau car les nouveaux détenteurs du bail, Jacques Antoine Granjon, fondateur et président de la société vente-privée.com et ses deux associés minoritaires et directeurs de la salle, le producteur Richard Caillat et le metteur en scène et comédien Stéphane Hillel, savaient bien que la vie de Jacques Crépineau tenait aux atmosphères de cette salle merveilleuse et qu'il n'était pleinement heureux que dans un théâtre.

Depuis quelques mois, il ne venait plus qu'exceptionnellement, fatigué par de graves soucis de santé, mais toujours vaillant et intellectuellement très vif et au courant de tout. Il s'est éteint dans la nuit du 15 au 16 août. Il avait eu 85 ans le 13 août.
La passion du spectacle

C'est un passionné qui disparaît et une mémoire infaillible de l'histoire du music-hall et du théâtre qui va nous manquer. Né à Niort, dans les Deux-Sèvres, le 13 août 1932, dans une famille bourgeoise, il avait eu très tôt la passion du spectacle et avait commencé par donner de brillants articles, très informés, à différents journaux. Cinémonde, Paris Théâtre, Music-Hall. Critique dramatique à Dimanche Matin et Jours de Paris (1954-1958), il était également devenu un collaborateur éclairé de Combat, puis du Quotidien de Paris des années 70 aux années 90.

Mais c'est dans les théâtres qu'il travaillait surtout. À la Comédie Wagram dès 1954, puis dans une kyrielle d'autres salles prestigieuses: la Madeleine, les Ambassadeurs, le Palais-Royal, les Variétés, le Saint-Georges. C'est au Théâtre Sarah-Bernhardt, actuel Théâtre de la Ville, place du Châtelet, qui abrite alors le Théâtre des Nations, qu'il rencontre un homme qui sera un maître pour lui, A.-M.Julien. Il en parlait toujours avec un respect filial et c'est auprès de lui qu'il s'était forgé une véritable morale de l'animation des théâtres.

Jacques Crépineau avait également travaillé au Châtelet, à Mogador, aux Folies Bergère, au Casino de Paris. Il avait fait ainsi ses classes tout en publiant des articles et également des ouvrages très documentés, très bien écrits et riches d'iconographies somptueuses. Car Jacques Crépineau était aussi un passionné des arts et un collectionneur très avisé. Un amoureux. Certains de ses ouvrages ont été écrits avec notre ami Jacques Pessis qui partage les mêmes passions.
Promoteur et animateur de nombreuses émissions

La radio ne pouvait se passer de cet érudit et Jacques Crépineau fut le promoteur et l'animateur de nombreuses émissions: vie parisienne sur Radio Monte Carlo de 1958 à 1960, music-hall et opérettes sur la radio Suisse Romande de 1976 à 1980, il fut également le coproducteur des Cinglés du Music-hall sur France-Inter avec Jean-Chirstophe Averty et initia des expositions, notamment Sarah Bernhardt et son temps à l'Espace Pierre Cardin en 1976.

Enfin, en 1981, en devenant directeur de La Michodière, il accédait à un rêve. Le théâtre avait été dirigé par Pierre Fresnay, disparu en 1975, et Yvonne Printemps. La salle était une belle endormie qui avait été inaugurée en 1925 et demeure à Paris l'un des exemples de l'architecture d‘alors.

Jacques Crépineau sut réveiller ce beau théâtre, choisissant des pièces allègres et jamais vulgaires, secondé par Stewart Vaughan qui traduisait des comédies anglo-saxonnes de Ray Cooney . On ne saurait citer tous les titres mais Jacques Deval, Jean Poiret, comme Georges Feydeau et jusqu'à Josiane Balasko, Jacques Rampal, Gildas Bourdet, mais aussi David Mamet ont été à l'affiche et joués par de très grands comédiens, heureux de séjourner dans ce théâtre si bien entretenu, magnifiquement décoré, riche de souvenirs précieux.

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A Marseille, Petzold songe dans le décor

A Marseille, Petzold songe dans le décor | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Guillaume Tion Envoyé spécial à Marseille pour Libération



— 15 août 2017 
En juin, le réalisateur allemand de «Barbara» et «Phœnix» tournait «Transit» dans les Bouches-du-Rhône, autour de la quête d’identité de personnages fantomatiques et en fuite. Pour «créer un lien de fiction avec les acteurs», il a privilégié le huis clos avec ces derniers sur les plateaux, adaptant le scénario au fil des jours.


«Mais où est Nina Hoss ?» On a beau la chercher sur le plateau, dans la rue, plus loin vers les cantines, on ne la voit pas. L’actrice allemande, inséparable du metteur en scène Christian Petzold avec lequel elle a tourné cinq longs métrages, ne figure pas au casting de son dernier film, Transit, dont le tournage se déroulait en juin dans les rues de Marseille. A la lecture des feuilles de route, il faut se rendre à l’évidence : Nina s’est séparée de la caméra de Christian au dernier plan de Phoenix, en 2014, dans l’Allemagne de l’après-Seconde Guerre mondiale. Et, aujourd’hui, Petzold s’enfonce sans sa muse dans cette saga de réfugiés hantant les rues de la ville méditerranéenne en 1940.

Ce trente-troisième jour de tournage, le décor est un restaurant à l’intérieur art déco négligé. Niché dans un quartier populaire à deux pas de la gare Saint-Charles, le Longchamp Palace reconfiguré en pizzeria du mont Ventoux aligne au mur des croûtes, dont une gravure de jonque entrant dans ce qui ressemble au Vieux-Port ; au sol du vieux carrelage, du parquet à chevrons ; et à l’arrière une charmante courette où sous 35 °C transpire l’équipe de prod française au milieu d’un fourbi de trépieds et de gélatines. Dans le restau s’agite l’équipe allemande : le fils comédien de feu le chancelier Willy Brandt fait des blagues derrière le comptoir, le preneur de son a un casque et un long fil de jack tatoués sur l’épaule et le torse (la blague d’une vie), et l’assistante du metteur en scène, bilingue, fait l’interface entre les deux mondes. Le mot d’ordre est à la célérité et à l’efficacité. L’équipe est en retard sur le planning, comme tous les jours. Elle parviendra à finir en avance, comme tous les jours.

Incursions


Christian Petzold, l’un des tenants du «nouveau cinéma allemand» aujourd’hui quasi vingtenaire, a une façon de travailler élastique. Il s’enferme en début de journée dans le décor avec ses comédiens et la première assistante. Personne d’autre n’est convié, ni script, ni costumière, ni représentant de la prod. Le chef opérateur fait des incursions quand on le lui demande. De l’extérieur, pendant des heures, il ne se passe donc rien. L’équipe en profite pour déjeuner, et ce qui se bricole à l’intérieur attise les curiosités : réécriture du scénario ? Sieste ? Orgies ?

Christian Petzold, le cheveu brun, l’œil bleu rieur, la cinquantaine tout en vivacité, explique : «Je cherche surtout à créer un lien de fiction avec les acteurs. Sans caméra. Comme au théâtre, mais sans quatrième mur et sans public. Les comédiens évoluent dans le décor, et nous cherchons ensemble une narration.» Paula Beer, qui joue le rôle de Marie, surenchérit : «Nous parlons beaucoup, du sens de la scène, des intentions des comédiens. Christian recontextualise tout, la séquence, le personnage, les sentiments que sont censés éprouver les spectateurs. Nous l’écoutons et lui proposons aussi des idées.» Au bout de cette longue répétition, «qui peut ressembler à un séminaire de cinéma, une fois que nous avons trouvé une identité scénique propre, je sais comment je vais filmer», reprend le cinéaste. Dès lors, l’équipe remonte dans le décor et le tournage est ultrarapide. Une ou deux prises, changement de plan, fin de journée.

Quand elle écrit Transit, en 1944, l’Allemande Anna Seghers raconte la fuite des pourchassés du nazisme. Après avoir dévalé la France, se retrouvent à Marseille Juifs et opposants au régime. Ils cherchent à s’embarquer pour ailleurs, attendent des visas. Petzold n’a pas l’intention de reconstituer l’époque de la guerre. Il n’aime pas les films historiques. Il transpose directement l’action du roman à nos jours. Dans les rues de Marseille actuelles, il suit donc un homme, Georg, pourchassé par une police fascisante. Georg, en transit, va rencontrer et s’accrocher à une femme, Marie, qui elle-même cherche son mari.

«Choisir notre époque pour ce contexte bien précis est une manière de raconter le passé dans le présent et le présent dans le passé», décrit le cinéaste, qui, avec ce sujet, a en ligne de mire les discussions sur l’identité nationale de partis comme le FN en France ou l’AfD en Allemagne : «Aujourd’hui, nous avons des vagues de migrants qui viennent d’Afrique et nous agissons comme si nous avions tout oublié.» De fait, son propos est lui aussi élastique - sur le papier, on ne sait pas jusqu’où remonter les analogies entre la Seconde Guerre mondiale et aujourd’hui - et aboutit à des effets miroirs inattendus : par exemple, la cohorte de futurs migrants qui peuplent les rues et les ambassades de Transit sont des Européens de familles installées cherchant à fuir le régime.

Pulsation caniculaire


Le roman d’Anna Seghers permet aussi à Christian Petzold d’évoquer ses deux thèmes de prédilection : la fuite et les fantômes. Beaucoup de ses films sont construits autour d’une même situation : le personnage principal, le plus souvent une femme, le plus souvent Nina Hoss, ne se trouve pas dans un environnement adéquat, et on ne sait jamais si elle va ou non pouvoir s’en extraire. Dans Phoenix, l’héroïne doit rejoindre Israël mais le refuse ; dans Barbara, elle doit passer à l’Ouest mais renonce… Ici, Georg et Marie veulent quitter l’Europe. Comment va réagir cette nouvelle héroïne ? «La situation de cette femme a complètement évolué et sa vie n’est pas du tout ce qu’elle avait imaginé. Marie est perdue. Et cette femme perdue, qui recherche son mari dans les rues de Marseille, se cherche avant tout elle-même», explique Paula Beer au sujet de son personnage. Une traque à l’identité, personnelle cette fois.

La comédienne bilingue apprécie les «vibes» locales. 


«L’atmosphère est particulière, avec un vrai décor et cette chaleur que l’on ressent constamment», explique l’Allemande aux yeux gris, connue en France pour son rôle dans Franz de François Ozon. «Les scénarios ne sont pas écrits sur les plateaux, sourit-elle. L’ambiance du tournage joue énormément, elle force à adapter certaines scènes.» Ce qui a été le cas ce jour-là. Le passage de Marie dans la pizzeria, à la recherche de son mari, a été simplifié et débarrassé d’une ambiguïté écrite dans le script. «L’atmosphère du plateau influe aussi sur la façon dont on créé le personnage.» Pour incarner l’héroïne de Transit, reflet d’Anna Seghers, Paula Beer a donc été inspirée par la pulsation marseillaise caniculaire, mais aussi par la mélancolie des personnages du livre, et par une certaine… «Nina Hoss : la première fois que j’ai lu le scénario j’ai pensé à elle.» Evidemment.

Ce mardi matin, un autre être à la pâleur fantomatique visite le film : Franz Rogowski, le comédien interprétant Georg. La star montante du cinéma allemand (Happy End), ancien danseur et sosie acceptable de Joaquin Phoenix, joue le lundi soir au théâtre, à Munich. Une fois la représentation achevée, il prend l’avion et passe par la Suisse avant de se retrouver sur Transit avec de maigres heures de sommeil dans les jambes. Ses gestes lents devant une pizza collent parfaitement avec la situation inextricable du personnage. Christian Petzold aime ces personnages fantômes. «Le cinéma raconte deux choses, la solitude et le mouvement», analyse-t-il en tirant en fin de déjeuner sur sa vapoteuse. Sa filmographie inspirée du film noir est trouée de rêves, de «flash-back forwardés», comme si le mélange des songes et de la réalité, du passé et du présent pouvait seul donner la clé d’une personnalité - ce que ses héros recherchent tous, y compris dans Transit. Pourquoi cet attrait des spectres ? «Quand j’avais 14 ans, mon père s’est retrouvé au chômage. C’était quelqu’un d’expansif, qui parlait fort. Très autoritaire. Après quatre ans de chômage, il était muet, complètement brisé. Un fantôme. Les fantômes, personne n’en a besoin, tout le monde en a peur. Personne ne veut les regarder. Le cinéma et la littérature peuvent faire vivre les fantômes et leur donner un lieu», raconte-t-il en souriant comme s’il nous donnait l’adresse de la bonne boulangerie du quartier. Il dit aussi : «J’ai imaginé que Phoenix pouvait être le rêve que faisait l’héroïne juste avant de mourir dans un camp.» Idée vertigineuse.

Équations du deuxième degré


Sur le boulevard Longchamp, une femme tient en laisse deux chiens, des colleys bien peignés et au bord du malaise, qui lapent dans des gamelles en inox posées sur le trottoir en face de la régie. Six figurants en tenue blanche de marin impeccablement repassée poireautent. L’un d’eux, assis sur les marches d’un immeuble, résout des équations du deuxième degré dans un petit carnet. Il relève la tête : on l’appelle, le tournage reprend. Au fond du restau, Petzold est assis à une table. En face de lui, un combo, le scénario, sa vapoteuse, un étui à lunettes, un crayon, tous bien ordonnés. Matthias Brandt est en claquettes derrière le bar, Franz Rogowski est devant sa pizza, Paula Beer passe à la recherche de son mari. Christian Petzold accompagne la fin de plan d’un ample mouvement de main, comme s’il orchestrait sa mise en scène. «Merci c’est parfait !» dit-il en français. Mais quelque chose ne colle toujours pas. On ose : «Où est Nina Hoss ?» Petzold sourit : elle est à New York pour la série Homeland, et prépare à Berlin une pièce adaptée de Retour à Reims de Didier Eribon, mise en scène par Ostermeier. Son aura est aussi très présente dans les Bouches-du-Rhône, sur ce plateau marseillais.

Guillaume Tion Envoyé spécial à Marseille


Photo :  Paula Beer (Marie), Christian Petzold et Franz Rogowski (Georg) en juin à Marseille, lors du tournage. Photo Christian Schulz

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Richard III Loyaulté me lie, l'histoire d'une création

Richard III Loyaulté me lie, l'histoire d'une création | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Un documentaire réalisé par François Royet sur une création théâtrale : le «making-of» de "Richard III, loyaulté me lie" d'après Shakespeare, mise en scène Jean Lambert-wild.



Découvrez les coulisses de "Richard III, Loyaulté me lie". Faites-vous aussi petits qu'une souris et suivez les comédiens, costumiers, scénographes et tous les protagonistes qui ont participé à la création de l'œuvre, de l'idée originale à la finalisation de la pièce.

Sur scène : Richard III, un clown maudit
Jean Lambert-wild, Elodie Bordas, Lorenzo Malaguerra, Gérald Garutti , Jean-Luc Therminarias et Stéphane Blanquet adaptent ensemble le chef-d'œuvre de William Shakespeare "Richard III" au Théâtre de l'Union. 


Sur fond de fête foraine, ils réinventent l'histoire de ce roi diabolique obsédé par le pouvoir, tout en conservant le verbe génial du dramaturge anglais. Rêves, fantasmes et... clowns sont au rendez-vous. Pendant la représentation, les décors qui s'animent, les multiples costumes et la scénographie inventive tiennent un rôle à part entière. 


Apprenez-en plus sur la pièce et regardez "Richard III, Loyaulté me lie" en intégralité ici. http://culturebox.francetvinfo.fr/resultats/widgets/external.html?source_type=live&+id=249827&player=simple&width=530&height=300&size=auto


Dans les coulisses : une aventure théâtrale


En partant de l'idée créatrice jusqu'à l'œuvre finale, de nombreuses personnes ont travaillé pour que le spectacle soit parfait. Ce documentaire réalisé par François Royet et intitulé "L'étoffe des rêves, chronique d'une aventure théâtrale" nous emmène là où aucun spectateur n'a pu aller, et nous fait (re)vivre les doutes, les rebondissements, les échecs mais aussi les succès et les joies de tous les protagonistes qui ont joué un rôle dans les coulisses. Dans ce documentaire, les héros sont les metteurs en scène, les scénographes, les costumiers. Ce film intime raconte les aventures épiques de ceux que les spectateurs ne voient pas. Découvrez ces comédiens de l'ombre qui ont pu permettre au public  de s'émerveiller devant le monde poétique, rêveur mais aussi violent et grinçant de la pièce.

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