Revue de presse théâtre
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« J’avance et j’efface », d’Alexis Armengol (critique de Laura Plas), Le Monfort à Paris

« J’avance et j’efface », d’Alexis Armengol (critique de Laura Plas), Le Monfort à Paris | Revue de presse théâtre | Scoop.it

À neuf ans, Stirs a eu un accident de voiture. Depuis, il a une mémoire de trois petites minutes. Pour le protéger d’un monde qui change sans cesse, ses parents l’envoient bien loin, au pays du Soleil-Levant. Là, il grandira, il vieillira auprès de sa nourrice, Asaki, dans un ordre immuable. Ça, c’est l’histoire telle que tout le monde peut la raconter : avec des causes et des effets, un fil qui nous conduirait du début à la fin. Le problème est que tout le monde peut la raconter… sauf Stirs, précisément. Car comment raconter l’histoire d’une vie, fût‑ce la sienne, quand on n’a pas de mémoire ?

 

 

Le Monfort • 106, rue Brancion • 75015 Paris
Réservations : 01 56 08 33 88
Site du théâtre : www.lemonfort.fr
Du 8 au 24 novembre 2012, du mardi au samedi à 20 h 30, représentations supplémentaires les mercredi et vendredi à 14 h 30, et le samedi 17 novembre 2012 à 17 heures
Durée : 1 heure

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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

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Les publications les plus récentes se trouvent sur la première page, mais en pages suivantes vous retrouverez d’autres posts qui correspondent aussi à l’actualité artistique ou à vos centres d’intérêt. (Navigation vers les pages suivantes au bas de la page)

 

 

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Les articles sont parfois repris intégralement, mais le plus souvent sont réduits en longueur par rapport à l’article d'origine.

 

Chaque « post » est un lien vers le site d’où il est extrait. D’où la mention répétée « Cliquez sur le titre ou la photo pour lire l’article entier dans son site d’origine ».  Vous retrouverez la présentation originale de l'article : les titres, les photographies voulues par le site du journal ou l’auteur du blog d’où l’article est cité.

 

 

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Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

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Claude Rich, un seigneur à la voix impénétrable

Claude Rich, un seigneur à la voix impénétrable | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Didier Péron et Guillaume Tion dans Libération

Le comédien au sourire extatique et à l’ironie mystérieuse est mort jeudi à 88 ans. Il avait près de 80 films et une cinquantaine de pièces de théâtre à son actif.



Le comédien Claude Rich est mort jeudi soir, à 88 ans, des suites d’une longue maladie, à son domicile francilien. Avec sa voix voilée, ses cheveux blonds souvent en bataille, Rich a traversé 80 films et une cinquantaine de pièces. Souvent second rôle, il avait été gentiment moqué pour son sourire inextinguible qui lui avait permis d’endosser des rôles de séducteur et/ou de benêt. Si son visage reste attaché à des films populaires, comme les Tontons flingueurs, Oscar ou le Souper, Rich compte aussi dans sa filmographie des Renoir (le Caporal épinglé), Truffaut (La mariée était en noir) ou Scola (Concurrence déloyale). C’est dans l’ombre des stars qu’il aura rayonné, chez à peu près tout le monde, de Mocky à Tavernier, de Chabrol à Chabat, de Molinaro à Christian-Jaque.


Né à Strasbourg, Rich est orphelin de père à 5 ans. La situation financière de sa mère n’est pas reluisante. Dévote, elle voit pour son fils un destin de curé de campagne. Lui devra très tôt gagner sa vie et devient employé de banque. La passion du jeu le pousse à démissionnner pour faire du cabaret puis passer le concours du Conservatoire d’art dramatique. Il intègre une promotion restée dans les annales comme la «bande de l’escalier» (Belmondo, Marielle, Rochefort…).

Rich quitte le Conservatoire en 1953 pour débuter sur les planches. Sa carrière, qui sera faite de va-et-vient entre scène et plateau, s’oriente franchement vers le cinéma dans les années 60. Il multiplie alors les rôles, qu’il rend légers par son ton ironique, parfois affecté, face à Louis de Funès ou la troupe de Georges Lautner pour les Tontons flingueurs. «Les gens m’appellent dans la rue en me disant "Antoine, Antoine"… racontait-il au micro d’i-Télé quarante ans plus tard. Tous les jeunes qui m’abordent comme ça savent le texte par cœur. Alors c’est drôle. Car quand on a fait ce film, c’était un peu un film B, on s’amusait mais on ne savait pas que ça deviendrait un film culte.»

Un de ses plus grands rôles, il le doit à Alain Resnais dans Je t’aime, je t’aime, en 1968, sidérant film déconstruit sur la biographie d’un homme qui, employé de bureau, rate son suicide et se voit offrir la possibilité d’être le cobaye d’un voyage dans le temps. La machine se dérègle et le film livre son personnage à la mélancolie des fragments décousus de son passé, en particulier une histoire d’amour. Resnais avait préféré Claude Rich à Maurice Ronet. Pour Libération, en 2003, Rich se souvenait de ce rôle qui resta pour lui une date fondamentale, bien que le film, sélectionné à Cannes en 1968, ne fut pas projeté pour les raisons que l’on sait : «Resnais m’a téléphoné pour me proposer le scénario, que j’ai trouvé admirable. Mais il m’a prévenu que, la plupart du temps, je ne serais pas à l’image, puisque le film serait tourné en caméra subjective. "On ne verra que votre reflet dans les miroirs ou sur les vitres", m’a-t-il dit. J’ai accepté même si je trouvais ça dommage pour moi (rires), mais peut-être pas pour le film. Puis, deux semaines avant le tournage, Resnais me dit : "Il y a encore un problème, Claude. Si vous êtes tout à fait contre, je le comprendrais, mais je ne pourrai pas faire autrement. Finalement, vous serez tout le temps à l’image, au centre de l’image."»

Aisance
Son regard toujours perdu dans d’insondables rêveries, cette manière de ne pas tout à fait être là ou y croire, Rich les tient d’un spleen qui ne le quitte que lorsqu’il peut jouer, lui que la vie concrète ennuie. Il a régulièrement parlé dans les interviews de son catholicisme, qui connaît une première crise mystique à 8 ans, puis à 18. «J’aime les hommes de foi, brûlés par une passion : mon héros dans l’adolescence, c’était le père Charles de Foucauld, un ancien débauché qui se réforme et s’accomplit dans la prière au fin fond du Sahara.» Dans les années 70, il multiplie les occasions de monter sur les planches, à la Comédie-Française pour un Lorenzaccio mis en scène par Franco Zeffirelli ou un Périclès, prince de Tyr de Shakespeare par Roger Planchon à Nanterre. Il écrit des pièces, comme Un habit pour l’hiver ou Une chambre sur la Dordogne, qui sera mise en scène en 1987 par Jorge Lavelli. Son aisance d’aristo un peu vieille France et son autorité ironique le conduisent à interpréter souvent des «grands hommes». Au théâtre, il compose un mémorable Talleyrand en mots d’esprit et bagout dans le Souper (en 1989 puis à l’écran en 1993 - il recevra un césar pour le rôle), il joue Althusser, marxiste devenu fou au point d’étrangler sa femme dans le Caïman (2005), Mazarin dans le Diable rouge (2008). A la télé, il a aussi interprété Léon Blum (2000), Galilée (2005) ou Voltaire (2007). Et a traversé une pelletée de films historiques, du Capitaine Conan au Colonel Chabert.

Sa prestation, en 2002, dans Astérix et Obélix : mission Cléopâtre de Chabat lui permet de rajeunir son fan-club. En 2012, il est face à Bacri, dont il joue le père hautain dans Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer. Le cinéaste, joint par Libération, se souvient : «C’est un acteur de la plus grande classe, tel un Michel Bouquet ou un Michael Lonsdale. Il était d’une grande subtilité de jeu, capable de se montrer hautain tout en gardant un charme qui l’empêchait d’être antipathique. J’ai aimé le mystère qu’il apportait à son personnage.»

Récipiendaire d’un césar d’honneur en 2002, Claude Rich, qui se disait finalement «heureux» sur le tard, avait aussi présidé les Molières, où il avait dénoncé certains arrangements dans les nominations. Il n’en recevra aucun.

Didier Péron , Guillaume Tion

Photo : Claude Rich, en 1964. Photo Jean-Philippe Charbonnier. Gamma-Rapho

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Avignon :  The Great Tamer / Dimitris Papaioannou

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EN BREF : Le metteur en scène de la cérémonie d’ouverture des JO d’Athènes de 2004 propose, avec The Great Tamer, une épopée plastique et picturale truffée de références artistiques aux allures mythologiques. Un instant suspendu d’esthétique efficace mais très calibré sur l’Homme en perpétuelle recherche. 



The Great Tamer, véritable épopée graphique hyper stylisée, fresque dessinée à la grâce de l’illusion et des effets quasi circassiens, embarque le spectateur dans un voyage au cœur de l’humain ; une certaine ode à la grandeur de l’homme derrière sa mesquinerie, destructrice ou aveugle. Le mysticisme, qui frôle ici la représentation mythologique, guide chaque étape de cette évolution bancale de l’homme que l’artiste grec met en scène dans un spectacle muet à la scénographie impressionnante.

Sur un plateau penché bricolé de planches souples se superposant évoluent onze performeurs, sublimés par l’esthétique du plasticien. Ils s’y meuvent comme des acrobates, des clowns ou des danseurs, mimant des scènes comme des tableaux, s’inventant ici combattants, chercheurs, ici encore solidaires ou joueurs, là victimes, ou là encore allégories… Sous nos yeux, ils reconstituent cette quête de l’homme de la stabilité, de la force, de l’union, de l’équilibre, de l’idéal, de l’élévation, du progrès. Ils s’incarnent en éléments fragmentés qu’une force nécessaire rassemble. Ils y font vivre la soif de découverte et font mourir leurs propres rêves. Ils s’inspirent une quête, probablement vaine, qu’ils recherchent en l’autre ou en terre, symbole d’un lieu de fertilité créative et de richesses inépuisables. Papaioannou cite Sisyphe, pour qualifier cette éternelle quête dont l’Homme, depuis tous temps, s’empare, pour mieux « détruire et assombrir » ce qu’il trouve… Cycle de création et destruction infernal, que l’artiste parvient avec un talent et un savoir-faire remarquable à retranscrire sur scène, agissant en grand horloger de la destinée humaine.

Il y a du mythologique dans ces chapitres allégoriques, où l’on devine -comme des cailloux qui témoignent de l’ambiguïté création/destruction de l’Homme,- des reproductions franches d’œuvres d’art, qui elles-mêmes en leur temps, avaient souligné cette précarité morale de l’humanité. De La leçon d’anatomie du docteur Tulp de Rembrandt aux vanités de Renard de Saint-André ou de Linard (entre autres), ou des références mythologiques de la Venus de Botticelli  et des statues grecques mutilées à l’évidente Trinité de El Greco, de Le Modèle Rouge de Magritte qu’on aurait croisé avec La Folie Almayer à Kubrick ou à Strauss, ou encore d’un champs de flèches digne de la bataille des Thermopyles qui se transformerait en champs de blé où évolue Déméter -à moins que Millet ne soit pas loin- aux propres œuvres de Papaioannou lui-même, The Great Tamer est un puzzle où l’art stigmatise autant l’espèce humaine elle-même que son aptitude à s’unir et à se désunir.

The great tamer, ou « le grand dompteur » en Français, est un parcours allégorique et fabuleux, fait d’imprégnation et de beauté, de sublimation et de noirceur ironique : un moment presque magique, captivant, efficace tant il nous tient suspendu aux moindres effets. L’homme dompte sa propre nature, mais finit par s’empêcher lui-même, sombrant aux cœurs de sa vacuité, laissant fuir le temps avant d’être parvenu à maîtriser l’équilibre et l’harmonie qui lui semblent pourtant nécessaires. Un spectacle beau, caressant l’idéal avec la mélancolie du Memento Mori, mais un peu froid, distant, aussi beau qu’un livre d’art en papier glacé, auquel il manquerait la force d’une œuvre grandeur nature pour toucher au cœur et aux tripes…

Rick Panegy 


Vidéo de présentation : http://www.theatre-video.net/video/Dimitris-Papaioannou-The-Great-Tamer-extraits-71e-Festival-d-Avignon

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Festival d’Avignon : un cas d’écoles

Festival d’Avignon : un cas d’écoles | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan



Conservatoire national supérieur d'art dramatique, Théâtre national de Strasbourg, Emilia Romagna Teatro ; les acteurs des grandes écoles de théâtre, encore élèves ou récemment sortis, sont nombreux et viennent enrichir le programme du Festival d’Avignon, de la simple lecture au spectacle fleuve comme celui de l’Italien Antonio Latella.


Que faut-il pour raconter les Atrides en deux jours de labeur théâtral (un spectacle de quasi deux fois huit heures, entractes compris, réparti sur deux jours) ? Trois fois rien. Quelques portes, deux miroirs, deux ou trois canapés, une table, une douzaine de chaises, une cuisinière et une bande d’acteurs jeunes, pétant le feu sacré. C’est ce que propose le metteur en scène italien Antonio Latella, par ailleurs nouveau directeur de la biennale de théâtre de Venise avec Sainte Extase-Les Atrides : huit portraits de famille.
Certains éléments scéniques viendront compléter le dispositif, comme un cheval de bois pour la guerre de Troie. D’autres partiront provisoirement en coulisses ou seront entassés vers le fond. Un seul restera à la face, côté cour : la cuisinière avec son four qui s’illumine quand on l’ouvre. Cet élément constant rappelle aux descendants de la fameuse famille et aux spectateurs l’origine des Atrides. La chose nous est racontée à toute vitesse en prologue à ce spectacle fleuve.

Des fils cuits à point

Les petits-fils de Tantale, Thyeste et Atrée, se disputent le trône laissé vacant. Atrée, visité par les dieux, deviendra roi de Mycènes mais, cherchez la femme, la sienne le trahit afin que Thyeste s’empare de la toison d’or. Atrée, mis au parfum, invite son frère à dîner et lui offre un mets de choix : ses enfants cuits dans le four de la cuisinière. Ce n’est qu’un début. Thyeste viole sa propre fille, Pélopia, sans que cette dernière ne sache l’identité de son violeur, de cette union incestueuse naît un fils, Egisthe, auquel Atrée, devenu l’époux de Pélopia, demande d’aller tuer Thyeste qu’il ne sait pas encore être son père. Il va l’apprendre, Pélopia aussi, ce qui entraîne le suicide et le départ d’Egisthe pour Mycènes afin de tuer Atrée. Ceci fait, Thyeste règne sur Mycènes avec son rejeton, tandis que les deux fils d’Atrée, Agamemnon et Ménélas, s’exilent à Sparte.

On connaît mieux la suite, pas triste non plus. Nombre de tragédies grecques nous l’ont racontée. Au départ de l’histoire à rebondissements de cette famille maudite sur laquelle règne la culpabilité : une malédiction première suscitée par la colère des dieux. Rien de cela ne serait en effet arrivé si un jour Tantale, fils mortel de Zeus, n’avait servi aux dieux en guise de repas son propre fils, Pelops, le père d’Atrée et de Thyeste. D’où la cuisinière avec four, indécrottable et obsédante, par ailleurs recyclée par Heiner Müller dans Hamlet-Machine.

Trahison, infanticide, parricide, viol et autres joyeusetés vont se succéder au fil des générations. Après le prologue, on entre dans Iphigénie en Aulis pour en sortir le lendemain soir avec Chrysothémis, la dite Chrysothémis étant la moins connue des enfants de Clytemnestre et Agamemnon, bien mois célèbre que ses sœurs Iphigénie et Electre (dont la pièce au titre éponyme conclut la première journée du spectacle) et Oreste (qui ouvre le bal de de la seconde journée). Quel voyage !

Plusieurs épisodes reprennent les titres (et en partie le scénario, voire le texte) de pièces écrites par Sophocle et Euripide ou tel pan de l’Orestie d’Eschyle, mais ne vous y fiez pas : plus que des adaptations, ce sont de nouvelles pièces se souvenant des trois dramaturges grecs, écrites par de jeunes auteurs italiens, avec beaucoup de liberté, d’imagination, d’à-propos. Certaines pièces sont fort réussies, d’autres moins, mais l’énergie des jeunes acteurs qui ont eu la chance d’être choisis pour cette folle épopée emporte tout sur son passage. Il faut les entendre en chœur parlant ici le grec ancien, là le latin avec un appétit glouton et une joyeuse fermeté du dire.

Corps à chœur

Pas de costumes à l’antique mais des tenues d’aujourd’hui, un chœur qui peut se réduire à deux femmes délurées portant foulard et lunettes de soleil très cinoche italien, ou au contraire un chœur de huit ou dix femmes aux pieds nus faisant front à l’heure de la guerre de Troie. Même s’il y a des passages à vide, des moments de complaisance ou des facilités (effets stroboscopiques), nombre de scènes sont magnifiques, comme celle d’une fille (Electre) pleurant sur le cadavre de son père (Agamemnon), comme la belle Hélène chevauchant érotiquement le cheval de Troie ou comme l’étreinte à trois qui n’en finit pas entre Pylade, Electre et Oreste, corps et baisers mêlés.


Tout a commencé lorsque l’Emilia Romagna Teatro a proposé au metteur en scène Antonio Latella, 50 ans cette année (sauf erreur, jamais venu en France avec ses spectacles, fouillant Shakespeare, Genet ou Beckett), d’animer une session de formation pour des acteurs et des auteurs de moins de trente ans fraîchement diplômés des écoles de théâtre italiennes. 16 acteurs. Et 7 auteurs écrivant chacun une pièce, la huitième, Chrysothémis étant confiée à la dramaturge Linda Dalisi. « Il s’agissait de poser la question du père, de l’hérédité, des héritages et de la tradition », dit Latella, et cela à partir d’une relecture des tragédies grecques nombreuses sur le sujet. Pendant deux mois, les jeunes auteurs ont écrit tandis que Latella préparait les acteurs avant qu’ils n’apprennent une quantité de textes telle que les muscles de leur mémoire sont aujourd’hui bandés pour la vie. Héritage et filiation sont au cœur des Atrides mais aussi au cœur de ce travail entre, d’un côté, les aînés, Latella et ses collaborateurs, et, de l’autre, ces jeunes acteurs et auteurs au seuil de leur périple.

Maîtres et élèves

Dans le programme du Festival, ce spectacle à l’origine particulière (session de formation) est présenté comme les autres spectacles. Depuis qu’il en a pris les rênes, Olivier Py veut associer les écoles de théâtre au Festival. Et on doit s’en féliciter. C’est ainsi que cette année quatre spectacles sont issus du travail de metteurs en scène avec les élèves du Conservatoire national supérieur d’art dramatique (dont Py est un ancien élève), tous présentés au gymnase du lycée Saint-Joseph : Roberto Zucco par Yann-Joël Collin, Impromptu 1663 par Clément Hervieu-Léger, Claire, Anton et eux par François Cervantès et prochainement Juliette ou Le Commencement par Grégoire Aubin et Marceau Deschamps-Ségura (moins expérimentés que les précédents : c’est leur troisième collaboration). Si l’on ajoute à cela les élèves de ce même Conservatoire national qui, avec des comédiens amateurs, disent les textes choisis par Christiane Taubira et Anne-Laure Liégeois tous les jours à midi au jardin Ceccano, sans oublier les élèves du groupe 43 de l’école du Théâtre national de Strasbourg qui ont participé à trois lectures en direct sur les onde de France Culture installé comme chaque année dans la cour du musée Calvet, la présence des acteurs élèves des écoles ou à peine sortis est massive au Festival d’Avignon. Sans parler du Off.

Les spectacles à part entière, dûment répétés, sont des travaux généralement passionnants et parfois de grandes réussites. Cependant, le but de ces travaux étant de mettre les jeunes acteurs en avant, cela génère souvent une dramaturgie singulière. Par exemple, François Cervantès a fait travailler les élèves sur leur propre biographie tandis que Yann-Joël Collin fait tourner le rôle de Zucco entre plusieurs acteurs. Qu’on présente ces spectacles d’école ou de sortie d’école sur le même pied que le spectacle magistral de Frank Castorf, jouer par des acteurs hors pair, peut désorienter le public. Ne serait-il pas préférable de mieux jouer cartes sur table, de mettre en avant la spécificité de ces spectacles ? Cela éviterait quelque déconvenues ici, quelques incompréhensions là, sans compter les mauvaises langues qui peuvent voir là un festival qui gonfle sa programmation à moindres frais.

Sainte Extase-Les Atrides ; huit portraits de famille, première partie les 22 et 25, seconde partie les 23 et 26, 15h au Gymnase du lycée Mistral.


"Scène de "Sainte extase..." © Christophe Raynaud de Lage

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Avignon 2017 : le monde par le théâtre

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Par Caroline Châtelet dans Regards.fr


Présentés au Festival d’Avignon avant de continuer leur tournée en France les saisons prochaines, plusieurs spectacles abordent des questions d’actualité. Passage en revue d’un théâtre saisi par l’époque et ses remous.


La semaine dernière, deux polémiques ont animé le Festival d’Avignon. La première est liée à la programmation par le théâtre de la Manufacture, pour une poignée de dates dans le Off, de Moi, la mort, je l’aime, comme vous aimez la vie. Écrite par l’auteur algérien Mohamed Kacimi à partir des verbatims (publiés dans le journal Libération) des échanges entre Mohammed Merah et la police avant que cette dernière ne l’abatte et mise en scène par Yohan Manca, la pièce a donné lieu à un dépôt de plainte pour apologie du terrorisme et à une pétition.

Ayant recueilli à ce jour un peu plus de 4.000 signatures, celle-ci demandait l’interdiction du spectacle, considérant ce dernier comme un geste en faveur de Merah (pour rappel, ce dernier a assassiné en mars 2012 à Montauban et Toulouse trois militaires, puis trois enfants et un enseignant d’une école juive). Si un tel spectacle doit naturellement être analysé, critiqué, et dénoncé en cas de positions suspectes, le problème est que les initiateurs de ses démarches… n’ont pas vu le spectacle.
Avignon, caisse de résonance

Plus confidentielle, la seconde polémique est née de la rencontre organisée entre Régine Hatchondo, directrice générale de la création artistique au ministère de la Culture et les directeurs de centres dramatiques nationaux (structures théâtrales dédiées à la création et la diffusion du théâtre, fer de lance de la décentralisation culturelle). Régine Hatchondo – qui a été précédemment conseillère culture et médias au cabinet du premier ministre Manuel Valls – a, entre autres choses, déclaré : « Quand vous me parlez d’argent, vous ne me faites pas rêver… heureusement que j’ai autre chose que vous dans ma vie ». Ainsi que « Il va falloir quand même penser à faire tomber le mur de Berlin entre vous et le théâtre privé. »

Dans la première polémique : une confusion fondée sur l’idée qu’en représentant une chose, le théâtre la défende ou l’héroïse forcément. Dans la seconde : la mise à nu d’une politique néolibérale décomplexée dont le discours révèle la violence et le mépris à l’égard de ceux à qui il s’adresse. S’il fallait s’en tenir à ces deux exemples, le festival d’Avignon lui-même ne ferait pas "rêver". Après, est-ce là la seule fonction de cet événement ? À regarder ce qui s’y joue, son fonctionnement, l’articulation de ses programmations, ou encore son offre pléthorique, la manifestation constitue plutôt une intéressante caisse de résonance du monde et de ce qui l’agite. Pour le pire, mais aussi pour le meilleur.

Pour cette édition 2017, nombre d’artistes, qu’ils soient programmés dans le In ou dans le Off, se saisissent de questions d’actualité. De la migration à l’exil, des questions migratoires aux luttes féministes et sociales, passage en revue de spectacles qui interpellent – et qui continuent leur route en France dans les mois à venir.



Raconter l’exil

Pourquoi à un moment certains ont-ils dû fuir, quitter un pays ? Comment reconstruit-on une vie ? Qu’est-ce qu’on transmet à ces enfants de cette culture, quelle mémoire se fabrique des lieux, des proches, abandonnés souvent de force ? Deux spectacles interrogent avec pudeur et intelligence ces questions, renvoyant à la négligence voire à l’occultation qui les entoure encore parfois. Montées par des enfants et petits-enfants d’immigrés, ces créations passent par des parcours personnels pour embrasser des questionnements plus vastes. Des gestes d’autant plus intéressants que les questions de l’écriture de l’histoire de la colonisation française ainsi que celles de la diffusion et l’enseignement de cette histoire à l’école suscitent régulièrement des débats.

Dans Saïgon (festival In), Carole Guiela Nguyen installe ses personnages dans un restaurant vietnamien, situé dans le XIIIe arrondissement de Paris. Dans un perpétuel aller-retour entre le Saïgon de 1956 et le Paris de 1996, la metteuse en scène dessine des vies écrasées sous le poids d’une histoire qui les anéanties. Les colons français demeurés nostalgiques du Vietnam croisent les Viet kieu, vietnamiens ayant dû quitter leur pays, tous demeurant dans un fantasme de la métropole devenue depuis Hô Chi Minh-Ville. Travaillant l’hyperréalisme dans sa mise en scène, empruntant aux codes du cinéma, Carole Guiela Nguyen conçoit une œuvre fleuve aux forts accents mélo et imprégnée de culture vietnamienne. L’étirement du temps, la répétition des actions, le ressassement des mêmes questions, l’insignifiance des dialogues et des moments échangés redisent l’impossibilité de ces personnages à s’arracher au cul-de-sac dans lequel ils se trouvent.

Sicilia – photo Arnold Jerocki


Pour Sicilia, c’est autour d’une table que la comédienne et conceptrice Clyde Chabot reçoit les spectateurs. Photos de familles et de lieux visités, spécialités italiennes et objets hérités, pour certains triviaux : partageant ces éléments avec nous, Clyde Chabot remonte le fil de ses racines et retrace le parcours d’ancêtres partis de la Sicile pour rejoindre, pour certains la France après la Tunisie, pour d’autres les États-Unis. Dans une adresse directe au public, la comédienne explique, le souci de savoir, les difficultés à retracer parfaitement les itinéraires et les choix les ayant motivés, les trous dans les récits, dans les vies. Avec subtilité et justesse, Sicilia dépasse la seule énumération d’anecdotes et de souvenirs, pour aborder des enjeux plus vastes, de la souffrance de l’immigré (en l’occurrence italien) subissant le racisme en France à l’injonction inconsciente à l’intégration en passant par la position ambiguë de la France vis-à-vis de ces nouveaux arrivants.
Les voix des femmes

En 2014, dans Samedi détente, Dorothée Munyaneza racontait le génocide du Rwanda, la fuite avec sa famille de Kigali pour échapper à la mort, la traversée du pays dans un sens puis dans l’autre une fois le conflit terminé (un spectacle encore en tournée aujourd’hui). Avec Unwanted, la chorégraphe et interprète continue d’explorer la question des conflits, mais elle quitte son histoire personnelle pour transmettre la voix de femmes victimes de viols dans des zones de conflits.

Dans une forme qui, comme Samedi détente, alterne chants, danses, et moments de jeux, Unwanted se structure autour de la diffusion des témoignages de ces femmes, leur voix enregistrée étant traduite en direct par Dorothée Munyaneza. Plus que par sa forme, c’est par cette parole brute, franche et puissante sur la question des enfants non désirés, fils de l’ennemi – qui peut, parfois, être le voisin – que Unwanted saisit. Sans nier la violence subie, Unwanted affirme également la possibilité d’une résilience, le spectacle se clôturant par un témoignage de femme, affirmant : « On est toujours là ».

Sur un tout autre sujet, le spectacle de cirque Reflets dans un œil d’homme aborde la question des rapports homme/femme. À mille lieues du caractère péremptoire et des positions aussi approximatives que problématiques de l’ouvrage de l’essayiste Nancy Huston dont il tire son titre, ce projet interroge l’assignation des rôles avec finesse et sagacité. Enchaînant les portés, le trio de circassiens (Caroline Le Roy, Adria Cordoncillo et Michaël Pallandre) de la compagnie Le Diable au corps passe en revue les injonctions, les attentes, ou encore la question du regard de l’autre.

Dans cette succession de séquences, le trio amical et/ou amoureux inverse les rôles, retourne les attendus, déjoue les modèles ou les saisit à bras le corps. Cela avec une virtuosité physique rare, d’autant plus intéressante que la mise en scène ne convoque pas le spectaculaire, préférant déployant son univers avec fluidité, douceur et élégance.

Frontal par ses interpellations directes aux spectateurs, percutant par sa forme proche de la revue, Depuis l’aube (ode au clitoris) réunit trois comédiens pour un inventaire de femmes et de situations de violence ou de lutte. De l’excision à la masturbation, du viol aux agressions quotidiennes, la metteuse en scène Pauline Ribat et ses deux comparses explorent dans une alternance de séquences les mille et une situations de violence, et démontent avec causticité les préjugés sexistes.
Déjà vu sur Regards, et à (re)voir

Comédien, auteur et metteur en scène, Nicolas Lambert joue sa trilogie documentaire Bleu-Blanc-Rouge, l’a-démocratie. L’occasion de découvrir un théâtre hors-normes par son engagement, ainsi que par sa captation précise, intelligente et rigoureuse de trois « temps » de l’histoire politique française : le procès Elf avec Elf, La pompe Afrique ; les politiques énergétiques françaises avec Avenir radieux, une fission française, et l’armement dans Le Maniement des larmes, troisième et ultime volet.

Comédien, Philippe Durand a passé plusieurs mois à recueillir l’histoire des Fralibs. Dans 1336, Paroles de Fralibs, il raconte par le menu, sans angélisme ni naïveté les étapes de la lutte de ces ouvriers face à Unilever – l’entreprise ayant décidé de délocaliser en Pologne sa production de thés. Si la lutte a été gagné, les salariés ayant depuis créé une Scop, le combat continue.

Festival d’Avignon In, du 6 au 26 juillet ; Festival d’Avignon Off, du 7 au 31 juillet

Les spectacles en tournée
1336, Paroles de Fralibs ; Bleu-Blanc-Rouge, l’a-démocratie ; Depuis l’aube (ode au clitoris) ; Reflets dans un œil d’homme ; Samedi détente ; Unwanted ; Saïgon ; Sicilia.

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La descente aux enfers de Dimitris Papaioannou

La descente aux enfers de Dimitris Papaioannou | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosita Boisseau (AVIGNON, envoyée spéciale) dans Le Monde


Le chorégraphe a saisi Avignon aux tripes avec « The Great Tamer », requiem glaçant mis en scène pour dix interprètes.


« The Great Tamer » de Dimitris Papaioannou

Un cosmonaute berce le cadavre d’un jeune homme. Une séance de dissection finit en repas cannibale à la morgue. La déesse de la fertilité ramasse des épis de blé affûtés comme des ­javelots. Les images déstabilisantes se dégomment les unes après les autres dans le spectacle The Great Tamer, requiem glaçant mis en scène pour dix interprètes par le chorégraphe grec Dimitris ­Papaioannou, 53 ans, dont la force d’impact a une fois de plus saisi aux tripes. Ronde de morts, couches de terre, plantes et racines, tout le tremblement funéraire est mixé et retourné comme on ­exhume des corps ou des vestiges.

The Great Tamer (« le grand dompteur ») est né d’une tragédie qui a bouleversé la Grèce il y a quelques années : le suicide d’un adolescent qui avait été persécuté par ses copains et que l’on a ­retrouvé enfoui dans la terre. De ce fait divers, qui n’est pas direc­tement évoqué, Papaioannou a ­extrait le ferment d’une fabuleuse descente aux enfers. Sa pièce est un film noir sur la violence du groupe mais encore un tableau vivant bourré de réminiscences picturales. Plus largement, le metteur en scène des cérémonies des JO d’Athènes en 2004, pour la première fois à l’affiche du Festival d’Avignon, déroule une rêverie personnelle, un peu trop appuyée à la fin, sur la mort et le temps : le grand dompteur, c’est lui, le chrono qui fauche à tout va et avale irrémédiablement.


Plantons le décor qui vient toujours en premier chez l’ancien étudiant aux Beaux-Arts d’Athènes qu’est Papaioannou : un plateau en pente composé de plaques grises amovibles. Disons, un cimetière ou un champ de fouilles, les deux se superposant. Les tombes, les fosses, les trous se creusent sous les pieds des interprètes emportés dans une ­enquête archéologique qui les ­engloutit régulièrement.
Intense bizarrerie

Déterrer, enfouir, excaver, recouvrir, la partition, paradoxalement toujours surprenante de The Great Tamer, retourne les couches aux sens propre et métaphorique, même si la scénographie manque parfois de souplesse dans son coulissage. La planète est un gruyère au sous-sol rempli de ­cadavres qui composent le meilleur compostage. Cycle du ­vivant qui se nourrit de lui-même dans une boucle sans fin.
Faut-il être grec pour cultiver à ce point l’art du fragment ? The Great Tamer est un sidérant et parfois monstrueux composite de formes et d’images.

Faut-il être grec pour cultiver à ce point l’art du fragment ? The Great Tamer est un sidérant et parfois monstrueux composite de formes et d’images. Le morcellement des objets et des os déterrés dans les fouilles dilate une ­esthétique de la mosaïque (au mieux) et du concassage (au pire). Il entraîne aussi un imaginaire du démembrement. Coulées de bras, de jambes, se répandent sur le plateau. Comme les archéologues recomposent des plats ou des ­vases avec des morceaux plus ou moins dépareillés, Dimitris ­Papaioannou cultive des greffes humaines invraisemblables dont les articulations fracturent l’anatomie. Il renoue avec les créatures mythologiques de la grande littérature grecque – centaure au tronc posé sur des jambes écartées… – et en invente d’autres – crabe humain aux mille-pattes…

L’intense bizarrerie, très maîtrisée, de Dimitris Papaioannou, qui arrache parfois un rire crispé, draine le suspense de The Great Tamer. Elle joue aussi sur le hiatus entre les époques et les temps, métamorphosant par exemple le plateau en espace interstellaire au gré de manipulations marionnettiques.

Lire aussi : Dimitris Papaioannou fait danser son héritage grec à Avignon http://www.lemonde.fr/festival-d-avignon/article/2017/07/14/dimitris-papaioannou-fait-danser-son-heritage-grec-a-avignon_5160696_4406278.html

Comme dans son spectacle Still Life (2014), pièce matricielle sur l’éternel recommencement du combat vital porté par un ­Sisyphe « héros de la classe ouvrière », selon le chorégraphe, The Great Tamer compacte geste plastique et théâtre physique en usant des artifices de la boîte noire, mais sans jamais lâcher sur la magie scénique.humaines, remue au plus profond The Great Tamer. Sur la musique du Beau Danube bleu de Strauss étiré comme un naufrage qui n’en finit pas, les vivants meurent et ressuscitent pour être renvoyés au massacre et ainsi de suite. Avec une question lancinante sans résolution qui crève le plafond du fait divers à l’origine du spectacle : la violence ­humaine, son irréductible sauvagerie, son « pourquoi » et son « comment », sa fatalité dont les doigts s’enfoncent littéralement dans la chair et font craquer le squelette. L’une des apparitions les plus émouvantes de cette pièce méticuleusement réglée rassemble les morceaux : celle d’un homme qui soudain ­renaît, appareillé comme une sculpture antique. On en a rêvé, ­Papaioannou l’a fait.

The Great Tamer,de Dimitris Papaioannou. La Fabrica, jusqu’au 26 juillet, 15 heures.

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Pascal Keiser, ingénieux en chef de la Manufacture

Pascal Keiser, ingénieux en chef de la Manufacture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Ève Beauvallet dans Libération / Next


— 20 juillet 2017
Au centre de la polémique autour du spectacle sur Mohamed Merah, le président belge du théâtre avignonnais est passionné par l’innovation culturelle.


Pascal Keiser, jeudi à Avignon. Photo Olivier Metzger pour Libé
Ace stade, en effet, il n’y a plus qu’à s’ébouriffer les cheveux et éclater de rire de sidération. «Surréaliste !» Pascal Keiser et Paul Rondin, respectivement président de la Manufacture, théâtre très repéré du «off», et directeur délégué du Festival «in» d’Avignon, ne viennent pas de voir passer le fantôme de Gérard Philipe dans la cour du cloître saint-Louis. Ils viennent juste d’apprendre que la ministre de la Culture d’Israël réclamait à son homologue française l’interdiction de Moi, la mort, je l’aime comme vous aimez la vie, cette pièce de théâtre adaptée du texte de Mohamed Kacimi revenant sur les dernières heures de Mohamed Merah, au centre d’une violente polémique depuis sa présentation à la Manufacture début juillet. Un dossier miné qui s’ajoute à un autre, puisque Keiser a également été accusé cette année d’avoir déprogrammé la mise en scène, par Gérald Dumont, d’un texte de Charb. Scandale ? «On a reçu un mince dossier de trois pages, sans voir de teaser, sans même pouvoir rencontrer les porteurs du projet - lesquels ont fini par nous lancer : "Si vous ne nous donnez pas une réponse dans la semaine, on s’engage avec un autre théâtre." Ce n’est pas comme ça qu’on construit notre programmation ! Aujourd’hui, ils nous accusent en plus d’antisémitisme. Ça frise la manipulation.»

A ce stade donc, c’est-à-dire après les menaces d’extrémistes de tous bords et insultes d’associations qui pleuvent chaque jour au standard du théâtre, Pascal Keiser n’a visiblement qu’une seule envie : «Fêter la fin de l’histoire au resto», lance-t-il à son collègue du «in» avant de se retourner vers nous dans un seul et long soupir, paupières lasses et souriantes, résigné à ce que s’abatte sur lui la pluie de questions attendues sur : 1) la liberté de programmation, 2) la vigilance à l’égard des spectacles racoleurs, 3) le fait que la production artistique française semble avoir plus de mal que celle anglo-saxonne ou scandinave à s’emparer des questions d’actualité sensible, et que le traitement desdits sujets est souvent moins problématique au cinéma qu’au théâtre, non ? Pascal Keiser, mine professionnelle aussitôt recomposée, n’est pas du genre à botter en touche et développe longuement sa réponse… Que l’on résumera trop sommairement ainsi : si le traitement est le bon, aucun sujet n’est mauvais.

Innovations.
On n’expédie pas l’argumentaire par désintérêt. Mais c’est que, si l’on est venu rencontrer l’homme dans la tempête, d’accord, on avait aussi une plus saine curiosité pour le directeur de salle respecté qui se cache derrière, l’opérateur culturel technophile qui sait causer VR et immersion 360, le Belge francophone couteau suisse au CV surétoffé, une sorte de chaînon manquant entre innovations brevetées et culture MJC. Pascal Keiser, la cinquantaine connectée, est en effet à la tête de cette Manufacture avignonnaise, structure indépendante que l’on surnomme souvent le «in du off» et dédiée au «théâtre contemporain engagé» dont les formes se renouvellent, de son point de vue, grâce à la génération des 20-35 ans qu’il estime bien plus politisée que son aînée. Et découvrons que le même Keiser est aussi le commissaire artistique du musée numérique au sein de la «Micro-Folie» de Sevran (projet de «démocratisation» porté par la Villette). Il a par ailleurs travaillé, main dans la main, avec la direction du «in» d’Avignon, à l’obtention du label French Tech Culture et développé l’accélérateur de start-up «The Bridge», persuadé, en pro-européen acharné, que «si l’on ne développe pas de notre côté des projets en maîtrisant toute la chaîne de production (les outils technologiques comme les contenus) pour peser face aux Gafa [Google, Apple, Facebook, Amazon, ndlr], les imaginaires seront bientôt exclusivement américains.»

«Prolétarien».
Pour saisir le liant du parcours, il faut faire un détour par le bassin sidérurgique de Charleroi, où cet ingénieur civil polytechnicien a grandi dans un milieu modeste (un père ouvrier, une mère immigrée italienne au foyer), avant d’être sensibilisé à l’art et la littérature par son prof de français, le dramaturge wallon Jean Louvet, «un grand auteur, issu du théâtre prolétarien et qui fut déterminant dans la naissance de la Manufacture». Rien d’étonnant à le voir donc batailler aujourd’hui sur le terrain des «déterminismes socio-culturels», en inventant de nouveaux chemins vers les publics, «et surtout de nouveaux chemins vers de nouveaux publics».

Il croit dur comme fer dans une recette : les dispositifs immersifs, déambulatoiro-collaboratifs, les copinages entre ingénieurs et artistes, les formats d’adresse originaux aux spectateurs qu’il tente de multiplier sur Avignon (pièces pour spectateur unique, par exemple, d’autres données à la Croix-Rouge, dans les écoles et quartiers sensibles). Un credo qui lui vient de Didier Fusillier, actuel président de la Villette et ex-directeur de la Scène nationale de Maubeuge dont il vante, sans plus l’hagiographier, «la gymnastique intellectuelle. Dans les années 90, à Maubeuge, j’ai découvert grâce à lui nombre de pièces stupéfiantes dans des halls de hangars désaffectés. J’ai hérité de lui un goût pour un certain type de programmation». Programmation qui, à la Manufacture, compte quelques loupés. Rappelons toutefois qu’elle avait misé l’an passé sur le génial We Love Arabs, de l’Israélien Hillel Kogan, une satire hilarante des formes de racisme les plus larvées entre Juifs et Arabes. Un sujet hautement inflammable, encore une fois, qui avait demandé un impressionnant dispositif de sécurité.

Ève Beauvallet

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Isabelle Adjani cultive son jardin secret

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Par Anne Diatkine dans Liibération

L’actrice-star est apparue mardi sur scène au musée Calvet. Elle évoque la discrétion qui règne autour de ses projets.

Bizarrement, au Festival d’Avignon, la fin arrive vite et s’étire lentement, presque dès la mi-parcours. Une conductrice de VTC témoigne : «C’est très calme. Je n’ai pas travaillé de la journée.» Des nuées de collègues, de programmateurs, plient bagage. Il reste cependant beaucoup de créations à découvrir dans le «in» comme dans le «off», mais c’est comme si les jeux étaient faits. Pourtant, dans cette ambiance de dernière ligne droite, comme par surprise, mardi soir, Isabelle Adjani, à pas de velours, faisait son entrée sur une scène d’Avignon comme actrice, presque par une porte dérobée.

Il s’agissait d’une lecture avec Micha Lescot dans le jardin du musée Calvet, parmi les grillons, sous les hauts platanes, dans le cadre des fictions et lectures de France Culture. Tous deux commencent par lire Ismène, de Yannis Ritsos. Ismène, bien moins connue et adulée que sa sœur Antigone. Deux acteurs, côte à côte donc, et une Ismène qui dit : «Je n’aurais pas aimé du tout être célèbre.» Et qui, maintenue au sol par la lourdeur de ses bracelets en or, plaint Antigone, son double inversé .

A maints moments, sa plaidoirie semble renvoyer à l’actrice et star elle-même. La lecture est d’autant plus émouvante qu’elle échappe à la perfection. Adjani, robe rouge et groseille vintage, est sans masque avec les seuls mots du texte, protégée par aucun décor, aucun personnage, c’est presque plus courageux. L’absence de prétention provoque l’adhésion et la sympathie. Les deux acteurs disparaissent.

Conciliabule derrière un paravent. Quand ils resurgissent, Adjani à peine changée, est assise sur un fauteuil. Ce sera la lecture de Roma, dialogue d’un film méconnu de Marguerite Duras, à propos d’une femme en exil, reine du désert et du silence, et de l’abandon d’un homme. Micha Lescot se tient un peu loin, élégant : «Le film commencerait ici avec la disparition de la lumière.» Le texte s’inocule directement, sans médiation ou presque ; c’est si rare de ne plus se percevoir entendre, d’oublier son statut de spectateur, de tomber directement dans la parole. Ovations. Ces derniers temps, Isabelle Adjani a multiplié les présences scéniques, sans trompette ni média. Aussi a-t-elle fait quelques mises en place en public de l’adaptation de l’Amour et des forêts, monté par Laurent Bazin en province. En mars, elle a lu un extrait de Bérénice, en hommage à Georges Lavaudant, au théâtre de l’Odéon. En mai, c’était une lecture de Duras, à la BNF, qu’elle donnait sans plus de publicité. D’autres rendez-vous auront lieu, mais elle ne souhaite pas préciser les dates. «Je préfère jouer clandestinement. J’aime bien l’idée que quelque chose ait lieu, sans annonce, ni commentaire», nous dit-elle.

Ses choix artistiques semblent prendre une nouvelle inflexion. Elle vient par exemple de tourner sous la direction de Romain Gavras face à Vincent Cassel, soit un projet qu’on peut juger plus excitant que ce qu’elle a pu choisir ses dernières années. La rencontre avec Micha Lescot a eu lieu chez Luc Bondy, qui l’avait distribuée dans la Cerisaie. Que fait-elle à Avignon, où elle n’a jamais joué ? Elle voit des spectacles. A propos de la Maison d’Ibsen de Simon Stone : «C’est une troupe de génie, qui envoie comme message aux comédiens français qu’on n’exerce pas le même métier ! Je n’ai jamais rien vu de tel sur l’impossibilité d’échapper à la destruction sans fin de la cellule familiale.»

Anne Diatkine

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Festival d’Avignon : Et les émigrés, les réfugiés dans tout ça ?

Festival d’Avignon :  Et les émigrés, les réfugiés dans tout ça ? | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Jean-Pierre Thibaudat dans son blog Balagan


Les émigrés et réfugiés traversent cette année nombre de spectacles du Festival. C’est le cas de celui de Katie Mitchell avec Jean Genet, de celui de Guy Cassiers et Maud Le Pladec avec Elfriede Jelinek. Deux spectacles venus des Toneelhuis, les maisons de théâtre de nos voisins des Flandres et des Pays-Bas. L’un rate sa cible, l’autre l’atteint.


scène de "Grensgeval(borderline)" © Christophe Raynaud de Lage
De toutes les pièces de Jean Genet, Les Bonnes est très certainement celle qui compte le plus de mises en scène de par le monde. Ses trois rôles – les deux bonnes Solange et Claire, et celui de Madame – limitent les frais de production d’autant que le décor décrit par l’auteur n’est nullement imposant et nullement obligatoire, comme il l’explique dans « Comment jouer Les Bonnes ». Enfin le théâtre y est roi, avec le jeu de rôles qui traverse la pièce, il déploie ses ruses et ses miroirs. Dans les années 60, à l’heure du Tiers-Monde et de la décolonisation, Jean-Marie Serreau avait monté la pièce avec deux actrices noires dans les rôles des bonnes. Dans les années 90, le metteur en scène Alain Ollivier commençait son spectacle en effectuant lui-même une lecture intégrale du texte « Comment jouer Les Bonnes ». Deux versions marquantes parmi d’autres.



Deux bonnes polonaises

L’artiste britannique Katie Mitchell a joué la pièce quand elle était étudiante (elle ne sait plus si c’était Solange ou Claire). Elle y revient pour la quatrième fois, dans une production du Toneelgroep d’Amsterdam, ville où le spectacle a été créé en décembre 2016. Katie Mitchell dit avoir voulu explorer « la relation entre patrons et employés de maison immigrés sous-payés » dans l’Europe d’aujourd’hui qui exploite plus ses immigrés qu’elle ne les respecte.

Dans sa version, les deux excellentes actrices néerlandaises Marieke Heebink (Claire) et Chris Nietvelt (Solange) sont censées être des immigrées polonaises. Cela n’apparaît pas très clairement. Le polonais, langue natale des ces personnages émigrés, n’intervenant que très peu dans leur long tête-à-tête, les actrices sont plus à leur aise dans le néerlandais, leur langue natale. Il n’est pas inutile de citer ces propos célèbres de Genet extraits de « Comment jouer Les Bonnes » : « Une chose doit être écrite : il ne s’agit pas d’un plaidoyer sur le sort des domestiques. Je suppose qu’il existe un syndicat des gens de maison. Cela ne nous regarde pas. »

Avec raison, compte tenu de ses intentions, Katie Mitchell transpose la pièce dans le monde d’aujourd’hui, à Amsterdam. Avant d’investir la chambre de Madame, d’utiliser son maquillage, ses sous-vêtements, ses belles robes et ses perruques, Solange (ou Claire?) photographie tout cela avec son smartphone pour tout remettre en place une fois la « cérémonie » achevée (le meurtre de Madame avec un long couteau en complément d’un étranglement).

Katie Mitchell dit également vouloir aussi examiner à travers cette pièce « le point de vue masculin et la question du genre ». C’est une question qui lui importe et on la comprend. C’est pourquoi Madame est jouée par un homme, l’acteur Tomas Cammaert, qui s’habille en femme. Pourquoi pas.

« Le bourreau me berce »

La traduction en néerlandais de Marcel Otten est fidèle, hormis quelques détails : le tilleul de la tisane devient de la camomille et les dix cachets de somnifères qu’y versent les deux bonnes escomptant faire avaler le breuvage à Madame n’est plus du Gardénal mais de l’Amytal. Broutilles. En revanche, Katie Mitchell procède à une longue coupe et à un ajout.


Scène de "Les bonnes" © Christophe Raynaud de Lage
La coupe est celle du long monologue de Solange vers la fin de la pièce où elle voit Madame morte, « étendue sur le linoléum, étranglée par les gants de vaisselle » où elle devient « Mademoiselle Solange Lemercier », « l’égale de Madame » et « marche la tête haute », puis « l’étrangleuse », celle qui a étranglé sa sœur, et la voici maintenant qui s’adresse à « Monsieur l’inspecteur » et pour finir se voit aux portes de la guillotine : « le bourreau me berce. On m’acclame. Je suis pâle et je vais mourir ». Extraordinaire monologue. Katie Mitchell ne s’explique pas sur cette coupe, mais on peut penser qu’elle a souhaité un équilibre entre les deux sœurs.
Ce monologue, elle le remplace en quelque sorte par une tirade finale qui n’est pas de Genet. Signée Katie Mitchell ? Rien n’est dit. Claire vient d’avaler la tisane, empoisonnée, elle meurt dans les bras de sa sœur. Solange décrit le défilé de tous les damnés de la terre venus à l’enterrement de Madame / Claire, portant fleurs et couronnes « plâtriers poudrés de blanc », « dame-pipi », etc. A la fin du cortège viennent « les clandestins, les naufragés, les marginaux, les mères et les enfants, les corps échoués ». Solange et Claire clament : « Nous sommes belles, sauvages, libres et joyeuses ». On voit mal Genet écrire de telles phrases. Pour le moins, il eût été préférable de préciser : Les Bonnes « d’après Jean Genet », et non « de Genet ». Ce qui n’aurait rien enlevé à la qualité des trois actrices et à la touch de Katie Mitchell.

Cependant, en matière d’émigrés, sans tourner au tour du pot, mieux vaut aller voir le spectacle Guy Cassiers et Maud Le Pladec, Grensgeval (borderline), d’après Les Suppliants d’Elfriede Jelinek. Katie Mitchell donne son spectacle à Vedène, au nord de la ville, non loin du Pontet, ville à majorité Front national ; Guy Cassiers et Maud Le Pladec présentent le leur au sud de la ville, non loin de l’aéroport.

« Ça n’existe pas »

« Vivants. Vivants. C’est le principal, nous sommes vivants, et ce n’est pas beaucoup plus qu’être en vie, après avoir quitté la sainte patrie. Pas un regard clément, ne daigne se tourner vers notre procession, mais nous dédaigner, ça ils le font. » C’est ainsi que s’ouvre le texte des Suppliants d’Elfriede Jelinek. Et il s’achève ainsi : « Que nous soit rendue une juste sentence, c’est pour quoi nous prions, que soit exaucée ma prière d’une escorte libre, d’un destin vainqueur, d’un meilleur destin, mais ça n’arrivera pas. Ça n’arrivera pas. Ça n’existe pas. Nous ne sommes même pas là. Nous sommes venus, mais nous ne sommes pas là. »

Jelinek ne parle pas au nom des réfugiés, elle les accompagne par la parole de son écriture, par le chant de ses mots. Ecrit en 2013, Les Suppliants a été publié en traduction française à L’Arche dans la collection « Scène ouverte » en septembre 2016. Le spectacle de Cassiers a été créé en mai 2017 au Toneelhuis d’Anvers qu’il dirige depuis dix ans.

En exergue, l’édition française rappelle opportunément ce que disait Heiner Müller à propos de Jelinek : « Ce qui m’intéresse dans les textes d’Elfriede Jelinek, c’est la résistance qu’ils opposent au théâtre tel qu’il est. » Et c’est aussi ce qui intéresse Guy Cassiers. Ce fut probablement déterminant dans son envie d’embarquer la chorégraphe Maud Le Pladec dans l’aventure.

Le texte : une parole diffuse, indistincte, celle d’un chœur d’anonymes. Un nous à la fois collectif et individuel. Aucune parole doloriste mais des emportements de colère, de rage, de macabre ironie où une voix personnelle semble prendre la parole : « Vous voulez nous voir disparaître. Allez, tout de suite ! Du balai. Oh dieu, qui prend pitié de nos peines ? Qui prend pitié de nous, errants et misérables, moitié animaux, moitié hommes, pas hommes du tout, rien du tout, qui prend pitié de nous ? Alors, ne voulez-vous pas tirer un lot vous aussi et avoir un peu de pitié ? Vous ne voulez pas ? Nous le comprenons très bien. »


scène de "Grensgeval(borderline)" © Christophe Raynaud de Lage
Elfriede a téléphoné à Eschyle pour qu’il vienne la coacher. Le vieux Grec, malgré sa petite retraite que Bruxelles et le FMI trouvent trop élevée, s’est attelé à la tache, content de voir en l’Autrichienne une héritière digne. Le texte brasse bien des paroles d’exilés, lesquelles peuplent le théâtre occidental et l’histoire des peuples depuis toujours. Pas de guerre de Troie ni d’ailleurs sans son lots d’exils, de chassés. Ici et là, Jelinek s’attarde en Autriche (firmes, déclaration du gouvernement autrichien). Cassiers biffe cette dimension locale.
La difficulté était de restituer ce « nous » qui en est un sans l’être tout à fait, qui oscille dans le texte de Jelinek entre le chœur et l’individu, entre elle et eux, entre les étrangers que nous sommes aux yeux des réfugiés et inversement. Cassiers apporte comme toujours une réponse dramaturgique bestiale. Un : il demande aux quatre acteurs d’apprendre tout le texte (la répartition se fera au fil des répétitions). Deux : il demande à Maud Le Pladec de travailler en bloc avec un chœur d’une quinzaine de danseurs. Trois : il dégage trois lignes de front dans la houle tumultueuse du texte dont il fait trois mouvements : le bateau (avec usage de la vidéo, technique Cassiers maîtrise formidablement l’usage), la marche à travers l’Europe, le refuge piégé dans une église. Le résultat a la beauté d’un oratorio et la force d’un bulldozer, d’une pelleteuse aux dents diaboliques dont il est souvent question dans Les Suppliants à l’heure de raser un camp de fortune, d’emporter tout sur son passage, de vouloir effacer pour mieux oublier, pour faire comme ci, pour ne pas voir.

Ce spectacle m’a fait songer à deux spectacles de Didier-Georges Gabily vus également au Festival d’Avignon mais, me semble-t-il, à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon. Enfonçures. Cinq rêves de théâtre en temps de guerre suivis de trois chansons à deux voix, où l’auteur évoquait la guerre du Golfe en passant par Hölderlin. Et Les Cercueils de zinc, d’après le livre éponyme de Svetlana Alexievitch, faisant référence aux cercueils des soldats soviétiques tués en Afghanistan. Forte filiation.

Vive les Toneelhuis

Entre Amsterdam et Anvers, le Festival a cette année mis a l’honneur la notion de Toneelhuis, littéralement : « maison de théâtre » en Flandres et aux Pays-Bas. A l’heure où la décentralisation théâtrale en France fête poussivement ses 70 ans, où les Centres dramatiques nationaux vivent sur des bases vieilles d’un demi-siècle, si vieilles qu’elles finissent par sentir le renfermé, à l’heure où le gouvernement Macron veut lorgner de plus en plus vers le privé et où les directives des ministères de la Culture successifs se soucient plus d’animation culturelle que de création, l’exemple d’organisation et du fonctionnement des Toneelhuis vaut le détour.

Un seul exemple. Dans un livre d’entretien qui vient de paraître, Guy Cassiers explique comment Jan Fabre, Jan Lauwers, Alain Platel, Ivo van Hove et lui ont pris sous leur aile quatre jeunes artistes pendant quatre ans, « le temps nécessaire pour expérimenter et suivre les processus de création bien différents que nous avons les uns et les autres ». Pas un enseignement mais un « compagnonnage ». « L’idée, poursuit Cassiers, c’est de créer un dialogue entre cette jeune génération et la nôtre. » C’est ce qui nous manque en France mais, il est vrai, nous manquons aussi d’artistes de la taille d’un Cassiers. Nous en sommes restés au stade infantile de la nomination comme si cela répondait à toutes les questions (en cela, le théâtre ne fait que refléter la Ve République avec sa focalisation sur l’élection présidentielle). En corollaire, parodie de dialogue et de compagnonnage, nous avons institué ces notions souvent attrape-couillons d’artiste en résidence ou d’artiste associé.

Sous ces alibis de parrainage, beaucoup de jeunes artistes sont livrés à eux-mêmes. Certains savent naviguer entre les écueils et faire leur pelote année après année, d’autres, pêché d’orgueil ou de jeunesse, se montent le bourrichon. On voit ainsi de jeunes artistes aux bases fragiles propulsés à trop grande vitesse sur le devant de la scène par l’ogre du marché et les chiens médiatiques, s’écraser sur le tarmac impitoyable d’un festival de théâtre. On a beaucoup à apprendre des maisons de théâtre de nos voisins, des Toneelhuis.

De Meiden (Les Bonnes) de Jean Genet par Katie Mitchell, 20 et 21 juillet, 15h à l’Autre scène de Vedène.

Au premier étage de la Maison Jean Vilar, Katie Mitchell présente également Five Truths (Cinq vérités), une installation vidéo où elle prend une tirade d’Ophélie dans Hamlet et la met en scène (montage vidéo) en étant à la place de Constantin Stanislavski, Antonin Artaud, Bertolt Brecht, Jerzy Grotowski et Peter Brook. Le tout est projeté simultanément. Durée : 15 minutes. De 11h à 19h30, jusqu’au 26 juillet.

Grensgeval (Borderline) de Guy Cassiers et Maud Le Pladec, d’après Les Suppliants d’Elfriede Jelinek, Parc des expositions, 18h, jusqu’au 24 juillet (sf le 21).

Guy Cassiers, entretiens avec Edwige Perrot, Actes Sud-Papiers, 88 p., 13,50€.

Les Suppliants d’Elfriede Jelinek, traduit de l’allemand par Magali Jourdan et Mathilde Sobottke, L’Arche, 120 p., 14€.

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Message de Robin Renucci au Haut Conseil pour l'éducation artistique et culturelle - Pour l'éducation, par l'art

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Ce 20 juillet 2017 se tient à Paris la réunion du Haut Conseil pour l'Education Artistique et Culturelle (HCEAC) dont notre ami Robin Renucci est membre. Ne pouvant y participer, il a adressé aux Haut Conseil la lettre ci-dessous, qui reprend l'essentiel d'une pensée partagée avec les membres de notre Collectif. Il nous autorise à cette publication.

Au Haut-Conseil pour l’Education artistique et culturelle

Réunion du 20 juillet 2017
 
L’’éducation artistique arrive à la croisée des chemins. Jamais en quatre décennies d’expérimentations et de débats elle n’avait suscité autant de colloques passionnés, justifié autant d’ouvrages savants, motivé autant de textes juridiques qu’au cours des dernières années. Elle est entrée dans la loi de « refondation de l’école de la République » et dans la loi sur la liberté de création, le patrimoine et l’architecture, a inspiré des dispositions de la loi portant « nouvelle organisation territoriale de la République », a bénéficié d’une charte, d’une feuille de route interministérielle, de guides et de circulaires pour la définir et l’encadrer, mais surtout pour la développer.
 
En effet l’unanimité s’est faite sur sa nécessité, mais aussi sur le constat qu’elle ne touche encore qu’une petite minorité des élèves et étudiants du pays. De nouveau les campagnes électorales de 2017 ont résonné de vertueuses déclarations d’intention à son sujet. L’engagement a été pris par le président Macron, au premier rang de ses propositions sur la culture, de permettre à tous les enfants et adolescents d’en vivre l’expérience. Il semblerait que cette volonté n’attende plus pour se concrétiser que des moyens budgétaires à la mesure de l’enjeu et des méthodes de coopération adéquates entre les collectivités publiques concernées. 
 
L’éducation artistique se voit pourtant contestée dans ses fondements – le partenariat entre artistes et enseignants (avec souvent le concours de médiateurs) autour d’un projet de réalisation pratique qui favorise la rencontre avec les œuvres et mobilise des connaissances de diverses disciplines – par des conceptions qui en contestent la portée pédagogique, en minimisent la dimension pratique, ou bien en méconnaissent la dimension symbolique.
 
D’abord, de nombreux tenants des fondamentaux la dédaignent car ils omettent que la faculté de dire, de ressentir, de se situer par rapport aux autres et vis-à-vis du monde fait partie du socle de connaissances, de compétences et d’aptitudes sur lequel un jeune doit s’appuyer pour s’orienter, au même titre que lire, écrire et compter. D’autre part, au nom de l’indispensable transmission des savoirs, les défenseurs de l’histoire des arts sous-estiment l’importance des ateliers au cours desquels les élèves éprouvent de manière sensible les langages de ces arts en commençant par s’y initier. Enfin, certains promoteurs de l’improvisation (dont personne ne conteste le rôle qu’elle joue dans le processus créatif), qui érigent en modèles les vedettes de la stand up comedy et d’autres formes de divertissement médiatisé, semblent se satisfaire d’une expression des élèves qui ferait l’économie de la distance critique et de l’effort de symbolisation. 
 
Une éducation artistique et culturelle répondant aux criants besoins de la jeunesse en ce domaine ne saurait se passer des atouts dont ces décennies de patiente élaboration l’ont dotée en France : la centralité d’un projet conçu, conduit, évalué en bonne intelligence entre enseignants, artistes et le cas échéant médiateurs, dont la dynamique implique les élèves et entraîne l’ensemble d’une communauté pédagogique, parents compris. Des études de plus en plus nombreuses attestent les effets positifs de telles expériences du point de vue des individus comme de la classe tout entière, notamment en ce qui concerne la motivation et la concentration des élèves, qu’il s’agisse de musique, d’arts plastiques, de cinéma, de théâtre, de danse ou d’arts du cirque.
 
Encore faut-il réunir les conditions pour que ces expériences esthétiques se multiplient à toutes étapes d’un parcours d’éducation artistique et culturelle, de la maternelle à l’université. Cela requiert un réel élan budgétaire, auquel les ministères concernés doivent contribuer à proportion de leurs moyens. Cela nécessite un effort de formation, tant initiale que continue, des futurs enseignants dans les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPÉ) et des futurs artistes dans leurs filières professionnelles. Cela réclame un effort sans précédent de coordination de la ressource intellectuelle et de la documentation pédagogique, tant physique que numérique. Cela suppose des locaux adaptés aux différentes pratiques artistiques et, surtout, des temps réservés à celles-ci dans les programmes scolaires de chaque cycle.
 
Enfin, s’il n’est pas impudent à un artiste de le rappeler, cela impose aux pouvoirs publics de tous niveaux une coopération systématique et régulière, qui dépasse la rédaction d’un protocole d’accord ou la réalisation d’une opération de communication, afin qu’aucun établissement scolaire ne soit délaissé, ni en zone rurale ni en en zone périurbaine, et qu’à terme aucun élève ne soit privé de la chance d’accorder, à travers les arts, ses émotions et sa raison.
 
Je forme le vœu que le Haut-Conseil devienne la chambre aux échos de ces attentes et une source de propositions concrètes pour en hâter la satisfaction.


Robin Renucci 
 

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Les excuses de la DGCA aux directrices et directeurs de CDN

Les excuses de la DGCA aux directrices et directeurs de CDN | Revue de presse théâtre | Scoop.it

La réunion très tendue qui s’est déroulée entre Régine Hatchondo, la directrice générale de la création artistique et les directrices et directeurs des Centres Dramatiques Nationaux a alimenté les conversations ce week-end au 71ème festival d’Avignon.

Régine Hatchondo a écrit un courrier où elle exprime ses regrets. « Je regrette le ton emporté avec lequel je me suis exprimée auprès de vous. Il n’était autre que l’expression de ma sincérité et de mon ardeur ; je souhaite vous dire ma bienveillance et lever toute ambiguïté sur les propos que j’ai tenus et notamment le mot « rêve » qui ne s’adressait en rien à vous en tant qu’artistes. Je les soutiens et les respecte trop pour cela, les artistes et leurs créations qui sont l’objet de mes préoccupations quotidiennes et de mon souci constant, pour leur dénier cette part poétique.
Je parlais de nos échanges qui, quelquefois, ne sont pas suffisamment approfondis, ou à tout le moins, ne nous permettent pas de construire un avenir partagé fondé sur vos expériences, votre réflexion, votre engagement que je sais, et sur l’histoire forte de la décentralisation et de la place des CDN dans celle-ci. Je souhaite les rendre adaptés à cette envie et à cette mission qui nous réunissent de manière à avancer positivement. Je suis à votre disposition pour une réunion avant les vacances ou à la rentrée. »

Dans la journée de lundi, le Conseil d’administration de l’Association des CDN (Cécile Backès, Jean Boillot, Benoît Lambert, Arthur Nauzyciel, Joris Mathieu, Arnaud Meunier, Christophe Rauck) a envoyé un courrier à Françoise Nyssen en lui demandant de « clarifier très nettement la position du Ministère de la Culture sur les différents points qui ont fait débat :
– Répartition des mesures nouvelles pour les CDN
– Rapport Théâtre public / Théâtre privé
– La visibilité et les moyens dévolus à l’EAC (éducation artistique et culturelle)»

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

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Avignon : Olivier Py, Faust dans les backrooms

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Par Fabienne Darge (Avignon, envoyée spéciale) dans Le Monde


Le directeur du Festival adapte son roman « Les Parisiens », publié à l’automne 2016, dans un spectacle plein d’aigreur et de cynisme.


Depuis quand n’avait-on pas vécu un chemin de croix tel qu’avec ces Parisiens livrés en pâture par Olivier Py aux spectateurs du Festival, qu’il dirige ? Depuis deux ans tout juste, quand le même Py avait mis en scène Le Roi Lear dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Le désastre avait été si magistral qu’Olivier Py lui-même s’était mis à la diète, se contentant de présenter sobrement, en 2016, quatre courtes pièces d’Eschyle.

Mais on ne se refait pas : Olivier Py revient, en cette édition 2017, avec une nouvelle création adaptée de son roman Les Parisiens, publié chez Actes Sud à l’automne 2016. C’est peu de dire qu’elle a plongé l’ensemble de la critique, française comme étrangère, dans un état d’effarement rarement atteint, face à ce spectacle boursouflé de prétention, d’aigreur et de cynisme, dans lequel Olivier Py, en pleine panne d’inspiration sur le plan artistique, règle ses comptes ad libitum avec le milieu culturel français.

Entrons dans le vif. Les Parisiens met en scène un jeune Rastignac de province, Aurélien, bien décidé à conquérir la capitale par les voies du théâtre. Le garçon a du charme – un charme comme en avait autrefois Olivier Py, insolent et solaire –, alors ça marche. Aurélien conquiert, mais son ascension est surtout l’occasion pour Olivier Py de se lancer dans une comédie humaine qui se voudrait balzacienne.

Pièce à clés

Aurélien, devenu le petit ami d’un chef d’orchestre célèbre, Milo Veinstein, assiste avec gourmandise aux intrigues qui président à la nomination d’un nouveau directeur à la tête de l’Opéra de Paris. Ce pourrait être drôle, ça ne l’est pas, tant Olivier Py donne surtout l’impression de remâcher encore et encore l’épisode de son non-renouvellement à la tête du Théâtre de l’Odéon, en 2012, quand Nicolas Sarkozy avait pris la décision de nommer Luc Bondy.

Les Parisiens est bien un roman – et une pièce – à clés, dans lequel nombre de personnages sont les masques plus ou moins déformés de personnes réelles. Olivier Py s’acharne particulièrement sur son personnage de ministre de la culture, derrière lequel il n’est pas très difficile de reconnaître Frédéric Mitterrand, et qu’il traite alternativement de « pot de fleurs ayant nommé des gigolos à la tête de toutes les institutions de France » et de « marionnette gluante ».

EN PLEINE PANNE D’INSPIRATION SUR LE PLAN ARTISTIQUE, LE METTEUR EN SCÈNE RÈGLE SES COMPTES AD LIBITUM AVEC LE MILIEU CULTUREL FRANÇAIS



On pourra reconnaître également Pierre Bergé [président du conseil de surveillance du Monde] dans le rôle de grand manitou qui tire les ficelles, et bien d’autres, dans ce fouilli-fouilla où apparaît même une critique au Monde (c’est trop d’honneur) nommée Mireille Verdier (dans le roman, elle se remet régulièrement du rouge à lèvres orange, mais cette information capitale a été coupée dans la pièce).

Olivier Py semble surtout avoir de plus en plus de mal à contenir ses obsessions pour les amours de backrooms homosexuelles. La comédie du pouvoir culturel lui sert de prétexte à montrer une Sodome sans foi ni loi, jusqu’à une scène très, très trash de zoophilie, et à exhiber de manière pathologique la nudité de ses jeunes acteurs. Le milieu de la musique appréciera de se voir ainsi dépeindre comme un ramassis de pervers polymorphes, plus préoccupés par leurs gitons que par leur art ou leur mission.

Faust de bas étage

Tout cela n’aurait pas beaucoup d’importance, et relèverait justement de cet entre-soi qu’Olivier Py entend dénoncer, si le directeur du Festival d’Avignon n’attisait ainsi des tendances populistes qui sont partout à l’œuvre aujourd’hui, et qu’il s’attache par ailleurs à combattre dans les fonctions qu’il occupe.

« Amour, splendeur, gloire, je veux réinventer tous ces mots », dit le jeune Aurélien dans la pièce, avec cet inimitable style pompier-pompeux qui appartient à Olivier Py. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est raté. Olivier Py a-t-il conscience de se montrer, dans ces Parisiens, comme un Faust de bas étage, un jeune ambitieux qui aurait signé, par inconséquence, un pacte avec le diable ? On s’interroge quand même sur l’étrange syndrome qui l’atteint de se poser ainsi en victime du « système » culturel français, alors que son roman a été publié sans barguigner par Actes Sud, qu’il signe plusieurs productions d’opéra par an dans de prestigieuses maisons, et qu’il dirige le Festival d’Avignon. Mais, là, ce n’est plus du ressort de la critique de théâtre.

« Les Parisiens », de et par Olivier Py. La Fabrica, Avignon, à 15 heures, jusqu’au 15 juillet. Tél. : 04-90-14-14-14. Durée : 4 h 30. Puis, en mai et juin 2018, au Théâtre du gymnase, à Marseille, et au Théâtre de la Ville, à Paris. www.festival-avignon.com

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Le Chant du cygne (on adore)

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Paru dans La Provence

Qui a dit que Tchekhov était larmoyant ? Au Girasole, si l'on pleure c’est bien de rire. Pourtant tout débute d’une façon sombre, presque dans le noir, où un acteur vieillissant se lamente sur sa fin proche. La mort est là, mais il se bat toujours, avec une humanité réelle touchant le public. Le spectateur se prépare à un drame, mais insensiblement tout dérape pour finir dans une folie communicative. Survient ainsi un comparse déjanté, excellent aussi dans sa spontanéité, qui renvoie la balle à son aîné avec bonheur, façon clown blanc et Auguste. Nous sommes bousculés et ahuris par ce délire théâtral auquel nous adhérons avec jubilation. Grâce au grand talent de ces deux comédiens, la folie gagne la salle. Il faut également rendre grâce à la maîtrise du metteur scène. Robert Bouvier, sait sublimer le travail de ce duo. Même s’il emploie des rebondissements à l’imagination débordante, Bouvier ne cède pas à la facilité. Bien au contraire. Il sait s’effacer derrière les acteurs pour mieux les mettre en valeur. 

 

Jusqu’au 30 juillet à 20h30 - relâche les lundis. Tarifs 20 €, Off 14 €, moins de 16 ans 8 €. Réservations au 04 90 82 74 42. www.theatredugirasole.fr
 

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“La Fiesta” d'Israël Galván, bal triste pour danseur solitaire

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Par Philippe Noisette dans Les Inrocks


 
Une fois encore, le Sévillan repousse les limites du flamenco avec cet hommage à la fraternité et source de questionnements existentiels.

 
Dans la “mythologie” du flamenco, les spectacles se terminent presque toujours par une fin de fiesta. Chacun y va alors de son solo, le plus souvent en inversant les rôles. Le danseur chante, le guitariste danse. Pour Galván, la fête est affaire de vie et de mort. Plus d’une fois, il y a des cris libérateurs, entre douleur et folie douce.
Et puis il y a l’autre Galván, solitaire. Car cette fiesta est aussi un mano a mano avec soi-même, ses peurs, ses doutes. Dans ce finale quasi crépusculaire, on a ressenti une infinie tristesse – celle-là même qui colle à la joie. 
La Fiesta commence, pour ainsi dire, par la fin. Eparpillée entre cour et jardin, l’équipe gagne l’avant-scène (Niño de Elche, Ramón Martínez ou Emilio Caracafé sont prodigieux d’engagement). Galván les a subtilement extraits de leur monde, ciselant pour chacun un rôle à sa hauteur. Comme d’habitude, son fidèle complice Pedro G. Romero a joué le dramaturge essayant de donner une tension.



La déconstruction d’un souvenir
La Fiesta n’a pas la force dramatique d’une œuvre comme Le Réel, créée en 2012 par l’Espagnol. Elle est autre, concert de danse qui, plus d’une fois, renverse ses interprètes – à l’image de ces plateaux sur ressorts desquels tombent une ombre.
Le décor n’en est pas un. Il y a des chaises, des sols amplifiés et Galván en peignoir de soie comme sorti d’un match de boxe mondain. Le bailor dit que ces fêtes d’avant ne ressemblaient plus vraiment à du flamenco, tirant vers les danses africaines et le rythme, dégageant parfois un certain érotisme.
Le temps d’un spectacle, il déconstruit ce souvenir de la fiesta. On verra Ramón Martínez, éblouissant, danser sur les pointes ou les talons de ses bottines… Silhouette fugace. On entendra Niño de Elche en duo avec Alia Sellami ou tout simplement jouer de son… ventre.



“J’aime l’idée qu’un groupe absorbe mon corps de soliste”, dit encore Galván. Allongé l’espace d’une chorégraphie horizontale ou caressant le sol de ses semelles, le danseur n’a rien perdu de sa technique fantasque. Sur La Fiesta souffle un vent de liberté.



La Fiesta chorégraphie Israel Galván, jusqu’au 23 juillet (relâche le 20), cour d’Honneur du palais des Papes, Avignon

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Festival d’Avignon, les bonheurs sans parole

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Par Marie Soyeux dans La Croix



Dansés ou « indisciplinés », plusieurs spectacles du Festival d’Avignon mettent le corps au centre. Enchantement en trois exemples.


En arpentant les rues d’Avignon, en comptant jusqu’au vertige ses théâtres et ses affiches, on se prend à imaginer combien de millions de mots sont déclamés entre ses remparts pendant les trois semaines du festival. Dans ce tourbillon, certains artistes font le choix d’une éloquence sans parole. Trois d’entre eux s’illustrent d’éclatante façon : Dimitris Papaioannou, Emma Dante et Serge Aimé Coulibaly. Le premier vient des arts plastiques (il fait partie des « indisciplinés » revendiqués, artistes hors catégorie du festival), la seconde du théâtre, le troisième de la danse. Peu importe, d’ailleurs, d’où ils viennent : ils nous transportent dans des mondes à part.

Bestie di scena (« Bêtes de scène ») d’Emma Dante

Allons d’abord à la rencontre des « bêtes de scène » d’Emma Dante. Dans Bestie di scena, la metteuse en scène italienne s’est interrogée sur le malaise que lui inspirait la vue des acteurs nus, sa culpabilité à les voir s’abandonner à son regard de spectatrice. « Et j’ai compris que le péché était dans mon regard. » Sa pièce décortique avec humour et désamorce magistralement cette gêne. Après un échauffement, les quinze comédiens, de morphologies et d’âges divers, s’alignent et ôtent leurs vêtements. Ils cachent leur nudité, s’entraident pour se dissimuler au mieux, honteux, « comme Adam et Eve chassés du paradis ». Mais voilà que, depuis les coulisses, surgissent des objets, comme envoyés par un metteur en scène drôle et cruel, qui les obligent à l’action et leur font complètement oublier leur embarras. Le dénouement, d’une intelligence aiguë, consacre l’un des temps forts de ce festival.

The Great Tamer (« le grand dompteur ») de Dimitris Papaioannou

De la nudité, il y en a aussi dans The Great Tamer (« le grand dompteur ») de Dimitris Papaioannou. Mais elle est sublimée par un travail plastique qui la rend presque irréelle. Tout, d’ailleurs, dans cette pièce présentée à la FabricA, se pare d’étrangeté. L’artiste grec, à l’imagination visuelle, installe ses interprètes sur un sol lunaire, gris et bosselé, composé de dizaines de plaques dissimulant mille surprises. Comme le titre l’indique, l’esprit du cirque n’est pas loin, ce théâtre physique se nourrit de contorsions, d’acrobaties et de prestidigitation. Mais son humour n’est pas rieur, il est en apesanteur : lent, silencieux, infini. Il s’abreuve aux sciences modernes comme aux arts anciens. Dix « assistants », tous un peu magiciens, donnent vie à des tableaux célèbres (La Leçon d’anatomie du docteur Tulp de Rembrandt, La Naissance de Vénus de Botticelli…) et provoquent des rencontres improbables. L’ensemble, certes un peu long, luit d’un mystère sidéral qu’accentue la musique de Strauss, Le Beau Danube bleu.

DIAPORAMA Le Festival d’Avignon 2017, une image par jour

On ne trahira qu’une seule image de ce voyage surréaliste, pour ne pas en gâter la magie : le dompteur rencontre un jeune homme plâtré des pieds au cou, comme un éphèbe de la statuaire grecque. En le serrant dans ses bras, il brise son enveloppe et libère un homme de notre temps, retrouvant vite jogging et sac à dos. La rencontre est cocasse, impressionnante (comme il semble que ses os se brisent dans l’étreinte !) et peut-être politique. Car cet Apollon est aussi un grand blessé, gêné dans ses mouvements, comme la jeunesse grecque confrontée à une crise économique sans fin…

Kalakuta Republik de Serge Aimé Coulibaly

Mais la nuit tombe sur Avignon, et la musique de Fela éveille le cloître des Célestins, où le chorégraphe burkinabé Serge Aimé Coulibaly déploie sa danse politique. Avec son spectacle Kalakuta Republik, il interroge l’engagement artistique, le sien, celui de Fela en son temps. Dans une première partie, les danseurs se concertent sans mot, dansent à l’unisson ou respectent la danse de l’autre, organisés mais peut-être aussi manipulés par un meneur ambigu, incarné par Coulibaly lui-même. Dans la seconde, un carnaval festif et sinistre a renversé le plateau et chacun danse pour lui-même. La révolution a-t-elle eu lieu ? A-t-elle porté ses fruits ou semé de nouvelles ruines ? Le spectre des révolutions perdues et l’espoir de celles à venir planent dans cette nuit. Et lorsque, soudain, quelques mots sont prononcés, ils portent d’autant plus que le silence du jour aura été d’or.

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Les spectacles du « in »

- Les Grands de Fanny de Chaillé : trois âges sur le plateau (adultes, adolescents, enfants), pour exprimer et danser différentes visions du monde.

- Face à la mer, pour que les larmes deviennent des éclats de rire de Radhouane El Meddeb : Français et Tunisien, un homme évoque son identité multiple.

Les spectacles du « off »

- Les Déclinaisons de la Navarre de Claire Laureau et Nicolas Chaigneau. Entre danse et théâtre, un couple décline malicieusement un extrait de téléfilm. Fin et délirant. Jusqu’au 26 juillet à la Manufacture.

- Ma class' Hip Hop de Céline Lefèvre. Le hip-hop est un fringant quadragénaire, mais son histoire reste méconnue. Ce seule-en-scène bourré d’humour y remédie. Jusqu’au 30 juillet au théâtre du Rempart.

Marie Soyeux
Bestie di scena et Kalakuta Republik jusqu’au 25 juillet, The Great Tamer jusqu’au 26. Rens. : festival-avignon.com et 04.90.14.14.14


Photo : Acrobatie, contorsion et magie dans The Great Tamer du Grec Dimitris Papaioannou. / Julian Mommert

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Fériel Bakouri, le théâtre jeune et populaire

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Fériel Bakouri, hier encore directrice-adjointe du Nouveau Théâtre de Montreuil, arrive à la direction de l’Apostrophe – Théâtre 95. Un parcours et un projet au service de la scène nationale et des habitants de Cergy-Pontoise.


L’Apostrophe et le Théâtre 95 fusionnent cette année en « Scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise ». L’occasion d’une nouvelle direction qui a été confiée à Fériel Bakouri, 44 ans. Elle va prendre officiellement ses fonctions courant août mais est déjà au travail depuis plusieurs semaines.

LES GRANDES SCÈNES DE BANLIEUE
Fériel Bakouri est une professionnelle du théâtre dont la carrière s’est déroulée d’abord à la MC 93 de Bobigny puis jusqu’à maintenant au Nouveau théâtre de Montreuil. Avec d’autres - Nanterre, Gennevilliers, Aubervilliers…- ces deux scènes de l’ex ceinture rouge de Paris ont participé à un important renouveau théâtral à partir des années 1970. Le meilleur de la création dramatique s’est alors ancré dans les lieux populaires et multiculturels. Ils incarnaient et incarnent encore l’ambition d’un théâtre pour tous. La nouvelle directrice confirme qu’elle est imprégnée de ce contexte. « Ce qui me définit profondément c’est que je suis une passionnée d’art et de culture, mais obsédée par la conquête de nouveaux publics issus de classes sociales différentes ».


MULTICULTURELLE
Mais le bagage culturel de Fériel Bakouri s’est aussi forgé en amont de son entrée dans l’univers des théâtres de Seine-Saint-Denis. « Je suis née en Algérie de parent franco-algériens. J’ai été confrontée très tôt, et de manière positive, au multiculturalisme. Cela m’a habituée à articuler différents points de vue, c’est chose enrichissante ». En France, elle suit des études de philosophie, « ses humanités » comme elle dit. « J’aurais pu devenir prof car je pense que l’école et la culture ont la même mission ». Mais elle rencontre le spectacle vivant, qui l’enthousiasme « par sa capacité à soulever les grands enjeux de l’humanité » et déclenche sa vocation. La voici en 1998 stagiaire à la MC 93 de Bobigny… C’est parti !



FAIRE VENIR LA JEUNESSE
De Cergy-Pontoise, Fériel Bakouri veut retenir en premier lieu la diversité sociale et la jeunesse de sa population. C’est pourquoi son projet vise en premier lieu les jeunes. « C’est une réussite déjà acquise de faire venir ici les jeunes dans le contexte scolaire ». Mais l’enjeu est aussi de les faire venir ensuite par eux-mêmes. D’où son projet d’une programmation qui parte des intérêts des jeunes, tels les jeux vidéo, et dont les formes leur sont familières, comme les cultures urbaines.

ECHO DU MONDE
Autre credo, l’ancrage de l’art dans le monde. Pour Fériel Bakouri, le théâtre est au cœur des grands enjeux.  « Face à une France qui risque de se couper en deux, ce théâtre doit au contraire fédérer, être un lieu de réconciliation ». Sensible aux discriminations, la directrice entend également faire une place à la condition féminine dans ses futures programmations. Elle a déjà obtenu l’accord de la chorégraphe Bouchra Ouizguen pour venir en résidence.

ENGAGEMENT À LONG TERME
De ses 14 années passées au Nouveau théâtre de Montreuil, Fériel Bakouri retient aussi une chose : il faut du temps pour mettre en œuvre un projet artistique. Or les défis qu’elle veut relever à Cergy-Pontoise sont importants. Alors elle le sait bien, elle peut-être là pour longtemps. « Le temps qu’il faudra pour voir des résultats » espère-t-elle.



Photographie : Fériel Bakouri dans le hall de l'Apostrophe.
 

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Elsa Lepoivre : "Il y a des tristesses savoureuses"

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Ecoutez l'émission d'Eva Bester sur France Inter (45 mn)

https://www.franceinter.fr/emissions/remede-a-la-melancolie/remede-a-la-melancolie-18-juin-2017


"La valse" de Camille Claudel, Anaïs Nin ou encore chanter à plusieurs voix...Voici quelques-uns des remèdes de notre invitée, à écouter sans plus attendre !



La comédienne Elsa Lepoivre est l'invitée de Remède à la mélancolie ! Sociétaire de la Comédie française depuis 2007, elle vient d'être couronnée du Molière de la meilleure Comédienne dans un spectacle de Théâtre Public pour son rôle de Sophie Von Essenbeck dans la pièce Les Damnés, mise en scène par Ivo Van Hove. Actrice lumineuse, elle travaille ses "zones d'ombre" et dit être constituée "d'une foule de personnages qui [la] protègent du monde réel". Rencontre avec cette actrice qui s'est démultipliée cette année en jouant à la fois dans Lucrèce Borgia,Les Damnés, La Règle du jeu, Le Cerf et le Chien....

Les remèdes d'Elsa Lepoivre

Tombe les filles et tais-toi, d'Herbert Ross
Répéter une chanson à plusieurs voix pour un spectacle
“Ce n’est pas parce que c’est difficile qu’on n’ose pas, c’est parce qu’on n’ose pas que tout devient difficile”, Sénèque
Me poser dans un lieu et regarder les gens passer
Regarder des animaux quand ils sont petits
Faire des cadeaux à ses proches, respirer à pleins poumons le bon air sur une plage déserte, entendre parler italien, penser à l’innocence et à la fraîcheur juvénile de Giulietta Masina dans Les Nuits de Cabiria de Fellini, le lac de Bolsena, une grande marche en ville ou à la campagne
Le feu, d'Anaïs Nin
The man who sold the world, de David Bowie
Quizas, quizas, quizas, de Nat King Cole
La Valse, de Camille Claudel
La Laitière, de Vermeer
Regarder le verre à moitié plein et non à moitié vide
Aller voir un documentaire sur la Seconde Guerre mondiale par exemple, et relativiser ses propres problèmes
La gourmandise d'Eva Bester

Misery, de Stephen King (1987)

La programmation musicale

Y a d'la rumba dans l'air, Philippe Katerine
I'm coming home, Lee Fields/The Expressions
The Man who sold the world, de David Bowie


Photo Elsa Lepoivre © Stéphane Lavoué, coll. Comédie-Française

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Les ambitions du 13ème Art, nouvelle grande salle à Paris

Les ambitions du 13ème Art, nouvelle grande salle à Paris | Revue de presse théâtre | Scoop.it



Par Lena Lutaud dans Le Figaro

Onze ans après sa fermeture en janvier 2006, l'ancien Gaumont Italie, plus grand écran d'Europe installé dans l'Est parisien (XIIIè arrdt), rouvrira ses portes le 26 septembre 2017. Baptisé Théâtre du 13ème Art, le lieu entièrement rénové comprend deux salles de spectacles, un café, un restaurant, un studio télé. On y verra du cirque, des humoristes, du théâtre et même des concerts rock.


C'est l'une des ouvertures les plus attendues de la rentrée culturelle à Paris. Installé dans l'ancien cinéma Gaumont Italie dans le XIIIe arrondissement de PAris, le Théâtre du 13ème Art aura une programmation éclectique de haute qualité. On y verra aussi bien la dernière création de Bianca Li que les spectacles de James Thiérrée.

La fermeture d'un lieu de culture suscite toujours beaucoup de remous. Celle, à Paris, du Gaumont Italie, le plus grand écran d'Europe en janvier 2006 est un cas d'école. Le bras de fer devant les tribunaux entre Jérôme Seydoux, directeur du groupe Pathé et la petite mais déterminée association de riverains «Sauvons le Grand Écran», a été homérique. Après onze ans de fermeture, ce haut lieu de la culture parisienne va enfin renaître. L'inauguration est pour le 26 septembre prochain.

Le célèbre écran géant a disparu, on n'y verra plus de films mais du cirque poétique, des concerts rock, du ballet, des humoristes, des concerts de musique classique. Baptisé le Théâtre du 13ème Art, ce sera la plus grande salle de spectacles de la rive gauche. Propriétaire des murs, le groupe Hammerson a confié fin 2015, le fonds de commerce et la gestion du lieu pour dix ans reconductibles à la société de production de spectacles Juste pour rire (Cirque Eloize, Arturo Brachetti, les Sea Girls).

Depuis, le repreneur a lancé un important chantier de rénovation du site avec l'aide du cabinet DVVD qui s'est auparavant occupé de lieux mythiques comme Bercy, l'Institut du Monde Arabe et la salle Pleyel. Avec un budget de 7 millions d'euros, les architectes ont divisé l'espace en plusieurs lieux. D'abord, une grande salle de spectacles modulable de 450 à 900 places. Sa scène, qui mesure 30 mètres de mur à mur, a une ouverture de vingt mètres pour une profondeur de douze mètres. Cette taille permettra d'accueillir les grandes productions.
Dans cette salle qui était celle du cinéma, la pente des fauteuils a été légèrement accentuée

Toujours dans cette salle qui était celle du cinéma, la pente des fauteuils a été légèrement accentuée car au spectacle, on regarde droit devant soi et non pas en l'air comme devant un film. Les dix premiers rangs sont démontables, ce qui permettra d'y créer une ambiance cabaret avec tables et chaises. À côté, une autre salle, beaucoup plus petite peut accueillir jusqu'à 130 spectateurs.

Dans l'idée qu'un artiste pourra s'y installer pour créer un nouveau show, le lieu possède une salle de répétition et un studio de télévision. Doté d'un fond vert, on pourra y tourner des clips ou des émissions. Ne manque qu'un atelier de décors et de costumes.

Le public, lui, est attendu tous les jours de l'année de 10 heures du matin à minuit. Au café-restaurant baptisé «La Cantine du 13ème Théâtre», on pourra prendre son petit-déjeuner, grignoter un burger l'après-midi comme partager des plateaux charcuterie et fromages le soir avant ou après les représentations. «Nous sommes en négociation avec un ex-chef étoilé», explique le directeur du lieu, Olivier Peyronnaud. «Après vingt-six dans le théâtre public, j'ai compris que le frein à la culture n'est pas forcément le prix mais l'accessibilité. Chez nous, on pourra donc faire appel à Marcel, le Uber français qui viendra vous chercher et vous ramènera à la fin de la soirée. Nous proposons aussi un service de baby-sitting et le parking gratuit avec accès direct au théâtre.»
Aucun des spectacles ne restera plus de trois semaines à l'affiche

Si tout va bien, «la semaine d'inauguration aura lieu du 26 septembre au 3 octobre avec des journées portes ouvertes et plein de surprises comme l'Orchestre philharmonique de Prague qui viendra jouer des musiques de films projetés autrefois ici», détaille-t-il. Le premier spectacle à l'affiche sera pour le 5 octobre avec le Cirque Eloize. Suivront Solo d'Arturo Brachetti, le Slava's Snowshow, La Cantatrice chauve avec Romane Bohringer, deux spectacles de James Thierrée et Elektrik, nouvelle création de Bianca Li.

L'objectif affiché est d'être un lieu où le spectateur a envie d'aller. Une «bulle» où il est assuré de passer une bonne soirée. Un lieu connu pour sa qualité où l'on fait confiance à la programmation. À Paris, c'est le cas par exemple du théâtre du Châtelet, du théâtre du Rond-Point, de Mogador ou encore du théâtre Édouard VII.

Fait innovant pour un théâtre privé, aucun des spectacles ne restera plus de trois semaines à l'affiche. «Notre modèle économique est à mi-chemin entre le théâtre public et privé, explique Olivier Peyronnaud. Nous avons créé une carte adhérent qui permettra des réductions sur tous les spectacles. Ceux que nous produisons et ceux qui viennent juste louer la salle.» Reste un détail: convaincre les habitués des nombreuses salles de spectacle de la rive droite de bien vouloir traverser la Seine pour s'encanailler rive gauche dans l'est de Paris.
La pente des fauteuils a été légèrement accentuée car au spectacle, on regarde droit devant soi et non pas en l'air comme devant un film.


Crédit photo: Cabinet DVVD

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Les « Bêtes de scène » d’Emma Dante glissent de la nudité à la nullité

Les « Bêtes de scène » d’Emma Dante glissent de la nudité à la nullité | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Brigitte Salino (Envoyée spéciale à Avignon) dans Le Monde


A Avignon, la metteuse en scène palermitaine déshabille seize acteurs, dans un spectacle consternant de pauvreté.

Pas besoin de surtitrage pour ce spectacle venu d’Italie : il n’y a pas un mot. En revanche, on y voit seize corps, nus, d’hommes et de femmes. Ce sont les Bêtes de scène (Bestie di scena), d’Emma Dante, la Palermitaine qui sait parler de la vie, dans tous ses éclats. L’année dernière, au fes­tival, elle avait présenté l’histoire de sept sœurs (Le Sorelle ­Macaluso) viscéralement liées par la tragédie de leur famille. C’était bouleversant de vitalité. Cette année, ses Bêtes de scène sont consternantes de pauvreté.

Quand le public entre dans la salle, les comédiens s’entraînent sur le plateau, en jogging et tee-shirt : gymnastique précise, sportive, intensive. Puis ils se déshabillent et se mettent en rang, nus, gênés. Cachant seins et sexes comme ils le peuvent avec leurs mains, ils se tiennent face aux spectateurs, dans le silence, jusqu’au ­moment où un jerrican est balancé des coulisses sur le plateau. Alors, ils vont boire l’eau du jerrican. Comme leurs mains sont occupées, l’un de leurs camarades leur cache le sexe.

NUS, ILS BOIVENT L’EAU DU JERRICAN. COMME LEURS MAINS SONT OCCUPÉES, L’UN DE LEURS CAMARADES LEUR CACHE LE SEXE


Tout le spectacle repose sur ce principe : des objets sont balancés des coulisses ou descendent des cintres – ballon, poupée, épée, bassine, cacahuètes, balai, serpillière, pétard –, les comédiens en font ce qu’ils peuvent, ou ce dont ils ont envie. Une fille danse comme une poupée mécanique, des garçons imitent les singes mangeant des cacahuètes, toute la compagnie joue au ballon, « serpille » le plateau mouillé qui les faisait glisser. Et ainsi de suite.

C’est tout ce qui se passe. C’est-à-dire rien. Pendant une heure, des corps interpellent les spectateurs, sur le mode du : voyez, on est là et on est nus. La belle histoire ! Pour que la nudité soit intéressante, sur scène, il faut qu’elle arrive à se faire oublier, à force d’audace. Dans Bêtes de scène, on l’oublie d’autant moins qu’elle ne cesse de se cacher, sauf à de rares moments où tout s’emballe. Bref : Emma Dante a raté sa pièce. C’est dommage et cela arrive, même aux meilleurs.

Bestie di scena, d’Emma Dante. Gymnase Aubanel. Tél. : 04-90-14-14-14. De 10 € à 29 €. A 20 heures, jusqu’au 25 juillet. Durée : 1 h 15. www.festival-avignon.com

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Festival d'Avignon : Antigone à la prison du Pontet

Festival d'Avignon : Antigone à la prison du Pontet | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Philippe Paupert, France Bleu Vaucluse 


Antigone de Sophocle a transformé les détenus dans le Festival d'Avignon - Chloé Louvel - Ministère de la Justice
Neuf personnes détenues ont joué Antigone dans le gymnase du centre pénitentiaire du Pontet. Mise en scène d'Olivier Py pour redonner de la dignité à ces détenus grâce à la culture. Le théâtre transforme le détenu et lui permet d'envisager autrement sa sortie de prison.

Olivier Py a été le premier à applaudir sa mise en scène d'Antigone dans le gymnase du centre pénitentiaire du Pontet. Applaudissements pour les acteurs et le public, tous détenus. Depuis neuf mois, le metteur en scène travaille deux fois par semaine avec neuf détenus. Il leur a fallu apprendre quatre-vingts pages de texte, travailler seul en cellule. L'expérience a modifié ces détenus qui envisagent désormais autrement leur sortie de détention.

"Avec le théâtre en prison, on devient plus sociable" Nordine, détenu et interprète d'Antigone

Antigone est morte sur un tapis de gymnastique dans le gymnase du centre pénitentiaire, jouée par Nordine, détenu en jogging blanc. Il explique que "le théâtre est une ouverture à soi-même avant de trouver une ouverture vers d'autres horizons. On devient plus sociable". Olivier Py ne nie pas la violence de la prison, les barreaux, les appels incessants pendant les mois de répétition dans le gymnase à proximité des sacs de frappe des boxeurs mais le directeur du festival d'Avignon est ému quand "une centaine de co-détenus se lèvent : c'est fort et ça contribue à leur rendre la dignité perdue, voire même de l'humanité".

La directrice adjointe du centre pénitentiaire du Pontet pense à l'insertion des détenus avec des formations aux métiers du spectacle, le montage de décor, l'électricité. Fabienne Gontiers qualifie de réussite la découverte d'Antigone, Prométhée, Hamlet: "ce groupe a même demandé à emprunter l'Illiade cet été".

La sœur d'Antigone en bermuda fera du théâtre en loisir après la prison

Quand il était à l'école, Philippe n'aurait jamais pensé pouvoir apprendre les pages du texte d'Antigone. En prison, il a réussi car le théâtre lui a révélé ses capacités et son amour pour la scène: "Si on réussit à être un comédien, dehors on peut être ce qu'on veut. En sortant de prison, je vais reprendre le bâtiment mais en loisir je ferai du théâtre parce que maintenant c’est quelque chose qui me tient à cœur."

Les 21 et 22 juillet des détenus du centre pénitentiaire du Pontet joueront Hamlet à la Maison Jean Vilar dans le cadre du 71e festival d'Avignon.

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Fanny de Chaillé : «Les Grands» en pleine prise de croissance

Fanny de Chaillé : «Les Grands» en pleine prise de croissance | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération / Next



Dans une pièce dense mais drôle, Fanny de Chaillé et Pierre Alféri confrontent trois générations et autant de visions du monde.


Devenir adulte, est-ce tuer tous les enfants et adolescents qu’on a pu être ? Ou au contraire ne jamais cesser de vivre avec, au point qu’ils nous étouffent ? Ce qui est bien, c’est que le théâtre permet de répondre concrètement à ce genre d’interrogation.

Mettons donc une petite fille sur scène, elle a environ 6 ans, elle s’exerce à ne jamais dépasser l’ombre que propage la marche d’escalier. C’est une vraie enfant et on entend sa voix intérieure, un peu agaçante, tandis que sur le plateau elle se tait, alors même qu’elle gigote partout. On apprend ainsi qu’elle est à la fois la plus grande, car elle est en CE1 et qu’elle a sauté une classe, et à la fois la plus petite, pour les mêmes raisons. Ceux qui ont des vagues souvenirs d’Aristote penseront à lui.

«Compte Facebook»
Elle est la meilleure élève de sa classe, mais elle vient de se faire virer pendant une semaine de l’école, pour avoir blessé une amie avec un livre et la maîtresse exige de voir ses parents immédiatement. Bref, les adultes ne se laissent pas saisir aisément. C’est très compliqué de se faire une idée juste de soi à travers leur regard, alors qu’on dépend d’eux pour grandir. Et heureusement qu’on finit par devenir ce qu’ils sont, sinon on n’aurait jamais aucune chance de les comprendre. Heureusement ?

Les adolescents (vive Soline Baudet mais tous les acteurs sont formidables) ne sont certainement pas d’accord avec cette assertion, eux qui s’identifient à «leur compte Facebook» et autres «raisons sociales», et on les voit sur scène, prêts à hurler contre les adultes qu’ils sont devenus. Deux escaliers blancs se font face sur le plateau tandis que plusieurs âges de la même femme, du même homme, se confrontent. Fanny de Chaillé sépare leur voix de leur corps, ce qui crée un certain trouble.

Le spectacle, adapté d’un texte du même titre de Pierre Alféri, progresse en densité et drôlerie. Le plus étonnant est la précision avec laquelle Fanny de Chaillé a forgé les ressemblances. L’illusion est parfaite : ils sont neuf, une infinité, ou seulement trois, si on les range à la manière des poupées russes.

Anne Diatkine


Les Grands de Pierre Alféri mis en scène Fanny de Chaillé. Jusqu’au 26 juillet, relâche samedi. Théâtre Benoît-XII.


Illustration :  Sur le plateau, trois âges se font face. Photo Christophe Raynaud de Lage

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Guy Cassiers et Elfriede Jelinek plongent dans l’enfer moderne

Guy Cassiers et Elfriede Jelinek plongent dans l’enfer moderne | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Fabienne Darge dans Le Monde


Le Flamand met magistralement en scène une pièce de la Prix Nobel, qui fait résonner Eschyle, Bosch et le drame des réfugiés.



On a un peu tendance à l’oublier, de nos jours : le théâtre, cet art de la ­parole, a toujours tout à gagner à être porté par un auteur, un vrai, chez qui la force d’une pensée s’incarne dans une langue singulière, qui ne soit pas celle de la quotidienneté. Et un, ou plutôt une auteure, il y en a une de toute première grandeur, dans ce Festival d’Avignon qui entre doucement dans sa dernière phase : l’Autrichienne Elfriede Jelinek, Prix Nobel de littérature 2004.

La chance de Jelinek, dans ce Grensgeval (Borderline) présenté au Parc des expositions de Châteaublanc jusqu’à la fin du festival, c’est qu’elle croise ici la route de Guy Cassiers, le metteur en scène flamand qui ne cesse de ­révolutionner le théâtre en douceur, avec ce que les technologies les plus pointues de l’image et du son peuvent lui apporter.

Lire aussi :   Guy Cassiers : « Je cherche toujours l’humain dans le monstre »

Après Le Sec et l’Humide, d’après Jonathan Littell, présenté en ­début de festival, le directeur du Toneelhuis d’Anvers revient avec ce spectacle très fort, conçu avec la chorégraphe française Maud Le Pladec : une œuvre au noir, une plongée dans l’inconscient cauchemardesque de notre monde, et une supplication, au sens où on l’entendait en d’autres temps.

Grensgeval (Borderline) n’est donc pas un spectacle d’actualité sur la question des réfugiés, mais une œuvre de théâtre au sens plein et entier du terme, qui ­remonte jusqu’à ses origines pour affronter une histoire revenue hanter l’Europe depuis quelques années. C’est en s’inspirant des Suppliantes, d’Eschyle, qu’Elfriede Jelinek a écrit sa propre pièce, Les Suppliants, telle qu’elle a été publiée chez ­L’Arche Editeur. Mais l’écrivaine autrichienne, qui, désormais, livre ses textes directement sur son blog, n’a cessé, ­depuis, de le reprendre, de le ­remanier, en lien avec l’évolution des événements.

Qui est qui ?

Dans la boîte noire du théâtre, c’est donc une situation bien ­concrète qui apparaît, celle d’un bateau chargé de réfugiés ayant franchi la Méditerranée, et dont l’esquif tombe en panne à quelques encablures des côtes européennes, sous l’œil des habitants de ce rivage. Mais, à partir de là, Jelinek, Cassiers et Le Pladec quittent immédiatement les étendues platement réalistes pour plonger au plus profond de ce que peuvent ressentir les migrants, et ceux qui sont supposés les accueillir.

Qui est qui, dans ce spectacle qui mêle quatre acteurs de la troupe du Toneelhuis et une quinzaine de jeunes danseurs amateurs conduits par Maud Le Pladec ? Les réfugiés, dont le bateau est figuré par de simples poutres de bois, et les Européens forment un corps indifférencié. Ils composent un chœur à l’antique que surplombent des dieux d’aujourd’hui, qui apparaissent sous la forme d’immenses visages filmés en vidéo, dédoublés ou démultipliés. Qui parle, dans ce flot, ce flux d’images et de mots que Cassiers et ses ­acteurs déploient de manière ­virtuose, et où s’expriment au plus juste la douleur des réfugiés et la peur des Européens ? Quel rôle jouent les images, celle du petit Aylan, notamment, retrouvé mort sur une plage turque en septembre 2015, et à laquelle il est ici directement fait allusion ? Mais aussi celles du peintre Jérôme Bosch, qui traversent discrètement cet enfer moderne ?

Elfriede Jelinek et Guy Cassiers savent pertinemment qu’ils ne peuvent pas se mettre à la place de ces êtres qui ont « tout jeté sauf eux-mêmes », ni de ceux qui « ne veulent pas perdre leur place, bien qu’ils n’en aient plus ». Mais, loin de toute dénonciation, ils amènent sur le plateau l’amplitude temporelle du théâtre, ce vieil art civilisationnel qui, en Occident, s’est justement fondé sur la question de l’accueil de l’étranger. On en sort troublé comme rarement, tant le théâtre joue ici son rôle, tant ce Borderline, le bien nommé, exprime dans sa forme même la schizophrénie qui touche aujourd’hui la vieille Europe, et chacun en particulier.

Grensgeval (Borderline), d’après Les Suppliants, d’Elfriede Jelinek. Parc des expositions d’Avignon, à 18 heures, jusqu’au 24 juillet. Tél. : 04-90-14-14-14. Durée : 1 h 15. En néerlandais surtitré. Puis tournée française et européenne, notamment, en octobre, à Orléans, à Valenciennes et à Mulhouse.

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Avignon : le voyage au long cou de Tiago Rodrigues

Avignon : le voyage au long cou de Tiago Rodrigues | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Philippe Chevilley dans Les Echos


Avignon : le voyage au long cou de Tiago Rodrigues © Christophe Raynaud de Lage



Tiago Rodrigues, chapitre 2. Après « Le Souffle » (« Sopro ») qui a bouleversé Avignon, les festivaliers ont l'occasion de découvrir « Tristesse et Joie dans la vie des girafes », sa pièce pour enfants petits et grands mise en scène avec élégance et astuce par Thomas Quillardet. Malgré son titre, il ne s'agit pas d'un conte animalier. Même si son héroïne, une petite fille de neuf ans trop vite grandie, porte un regard de zoologue sur les drôles d'animaux que sont les hommes ; même si son nounours au langage peu châtié de grizzli mal léché participe grandement à l'action.


ATTAQUE DE BANQUE


Le point de départ de la pièce est un « exposé » que doit préparer la fillette, justement sur les girafes. Las, son père veuf, artiste au chômage, n'a plus les moyens de payer la télé câblée et elle ne pourra pas s'appuyer sur les précieux documentaires de Discovery Channel. A moins de réunir l'argent de l'abonnement, si possible à vie... La voilà donc partie avec son nounours dans les rues de Lisbonne. Elle commence par accepter le peu d'argent d'un vieux retraité en colère. Puis, éconduite par un banquier cynique et encouragée par un sulfureux « bad boy », La Panthère, elle se résout à un braquage en bonne et due forme. Après une brève rencontre avec Tchekhov, elle sollicite le Premier ministre portugais afin qu'il édicte une loi l'autorisant à attaquer la banque... puis elle se ravise, comprenant qu'elle a grandi et qu'elle peut désormais affronter la vie sans recourir à de vaines parades imaginaires. 



La fable est jolie, elle parle du monde d'aujourd'hui, de la crise, de l'austérité, du chômage, avec humour et tendresse. Dans un décor mobile, fait de fils que l'on tire et de tissus déployés, jouant sur des effets d'ombres qui grandissent les personnages, Thomas Quillardet orchestre cette journée particulière d'une petite fille délurée. C'est fluide, rapide, malin. Les bruitages en « live » et la mauvaise humeur du nounours amusent le jeune public.
La distribution est sans faille : Maloue Fourdrinier est une séduisante girafe ; Christophe Garcia est irrésistible dans sa peau d'ours ; Marc Berman apparaît aussi convaincant en malfrat qu'en Premier ministre ; et Jean-Toussaint Bernard est un père et un Tchekhov touchants. Tristesse et joie ne font qu'une dans cette dernière scène magique où la girafe danse au son d'un « punk song » sur la maquette d'une ville illuminée... Lisbonne, probablement, irradiée par les rêves rebelles des enfants.

TRISTESSE ET JOIE DANS LA VIE DES GIRAFES
De Tiago Rodrigues. Mise en scène de Thomas Quillardet. Festival d'Avignon. Chapelle des Pénitents blancs. Jusqu'au 19 juillet. 1h15
@pchevilley

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Vingt ans de «Sujets à vif» en un éclair de génie

Vingt ans de «Sujets à vif» en un éclair de génie | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Elisabeth Franck-Dumas dans Libération

Frédéric Ferrer rend hommage aux petits formats en duo dans une fausse conférence désopilante.


Poser les questions qui se posent n’est pas donné à tout le monde, surtout quand il s’agit de gros morceaux type «pourquoi la Vierge ?». Mais n’écoutant que son courage, l’ex-géographe et désormais performeur Frédéric Ferrer, spécialiste de vraies fausses conférences, a entrepris de le faire pour célébrer les 20 ans des «Sujets à vif», ces petites formes en duo initiées par le chorégraphe François Raffinot en 1997 («François» dans la conférence), qui se tiennent chaque année dans le Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph, et qui ont vu défiler 325 artistes livrant 128 performances. Donc : pourquoi la Vierge, pourquoi les «Sujets à vif», pourquoi si peu de femmes, autant de questions auxquelles Ferrer s’efforcera de ne pas répondre, de la manière la plus foutraque possible, singeant gentiment le parler théâtreux («dispositifs de rencontres», «créer du commun», «la possibilité d’une autre vie»), projetant des documents Powerpoint toujours plus bordéliques et se lançant dans une grande enquête sur la disparition d’une statue dans le jardin alors que défile à l’arrière un gros chrono électronique limitant sa performance à quarante-cinq minutes maxi (alléluia !).

Le Sujet des sujets a pour ambition d’ausculter le devenir du «Sujet à vif», du Festival et, partant, du monde (qui court à sa perte), mais aussi de name-dropper profusément - Jack, Claude et autre Jean-Michel seront reconnus par les leurs - et de ranger les spectacles passés dans des catégories toujours plus farfelues («rencontres jumelles», «rencontres portées»). Si l’on apprendra que les chorégraphes ne mangent pas les danseurs (ah ?), on notera aussi que Ferrer sait admirablement placer les «euh» à la fin des mots («déambulationseuh»), talent qui lui permettra d’animer bien des rencontres et tables rondes autour de la question du collectif à Avignon, si d’aventure cette pièce-ci ne rencontrait pas le succès - ce dont on doute fort. A chaque performance, un artiste s’étant déjà prêté à l’exercice du «vif» interviendra - au hasard, le 19 juillet D’De Kabal et le 23 Nadia Beugré -, excellent prétexte pour y retourner tous les soirs.

(à Avignon)

Elisabeth Franck-Dumas
Le Sujet des sujets de Frédéric Ferrer Coproduction SACD Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph. A 20 h 30, jusqu’au 25 juillet.


photo : Frédéric Ferrer et Mélissa von Vépy. C. Raynaud de Lage

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[AVIGNON OFF] "O-DIEUX" mise en scène de Kheireddine Lardjam au Gilgamesh - Toutelaculture

[AVIGNON OFF] "O-DIEUX" mise en scène de Kheireddine Lardjam au Gilgamesh - Toutelaculture | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par David Rofé-Sarfati dans Toutelaculture.com


Kheireddine Lardjam met en scène au Gilgamesh Belleville une texte de Stefano Massini sur le conflit israélo palestinien, sans juger sans prendre parti mais en restituant avec acuité une réalité de l’instant.

Le metteur en scène Kheireddine Lardjam porte sur les planches un texte de Stefano Massini, O-Dieux, sur le conflit israélo-palestinien, vu à travers les yeux de trois femmes : Eden Golan, professeure d’histoire juive , Shirin Akhras, jeune étudiante palestinienne de Gaza, et Mina Wilkinson, militaire américaine en mission à Israël.
Elle seront percutées par la réalité du terrain en ce que cette réalité noyautée par des dieux s’excluant les uns les autres ébranle attaque et parfois détruit une disposition naturelle pour le vivre ensemble et opère au sein de chacune des trois femmes une bascule terrible car aussi stupide qu’inévitable.
Le génie de la proposition de Kheiredinne Larjam consiste en son choix de faire jouer les trois personnages par une seule comédienne qui, nous ne sommes pas à proprement parlé dans un seul en scène, interprète alternativement les trois protagonistes de cette fable parabole. Les situations s’enchaînent. L’enjeu est la description au plus prés du quotidien de ces êtres séparés cependant que submergés par  ce même quotidien.
Marie Cécile Ouakil est une lumineuse comédienne. Et nous retrouvons avec bonheur dans cette pièce à ne surtout pas rater car elle nous ouvre des portes au lieu de pourchasser une solution qui serait fatalement partielle le Larjman de Page en Construction   un artiste attachant, au grand cœur, aux yeux grands ouverts et à la générosité intelligente et humble.
Parfois le théâtre change le monde. O-DIEUX est de ce théâtre là. [les spectacles de Khiereddine Lardjman tournent en Algérie et en France de façon regulière]
,
 
 
Interprète(s) : Marie-Cécile Ouakil
Metteur en scène : Kheireddine Lardjam
Création son : Pascal Brenot
Création Lumière : Manu Cottin
Scènographie : Estelle Gautier
13H40
GILGAMESH BELLEVILLE
11, bd Raspail
84000 – Avignon –

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Prison- Possession par François Cervantes :  La voix de l’invisible

Prison- Possession par François Cervantes :  La voix de l’invisible | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Delphine Michelangeli dans Zibeline

Comment raconter la prison ? Comment fictionnaliser l’histoire de ces détenus «amputés du monde» avec qui François Cervantes, lors d’une carte blanche, a correspondu ? L’homme de théâtre, qui ne se place ni en juge ou en frère, ni en démagogue ou en avocat, choisit de se faire «simple» passeur des mots qu’on n’entend pas. Ceux qu’il a échangés dans sa relation épistolaire avec Erik, en particulier, dont l’enfermement à la vie et au monde nous assaille au fur et à mesure. Immobile dans un carré de lumière, à travers un monologue continu, sans à-coups, sobre et d’une justesse admirable, vibrant d’une humanité palpable, il fait lien entre sa vie et celle d’Erik. Sa venue à l’écriture, son monde construit «entre les corps et les mots», ses voyages, ses spectacles. En face, Erik, 15 années d’immobilité, de cohabitation dans 9m2, d’évasions à répétition «pour voir grandir les enfants et retrouver la vie», de mise au rebus et à l’isolement, un «animal sauvage égaré au milieu des hommes» plongé par son inaptitude «à une vie normale» dans le chaos, la folie, la maladie, la violence. Quotidien limité à une cellule, corps qui lâche, muscles qui fondent, mémoire qui s’effiloche, déconnexion totale. La vie qui se retire. «Une humanité de trop». Sans mouvements, tout en émotions contenues, Cervantes escalade dans un long voyage de l’un à l’autre, la montagne entre leurs deux âmes. Il entrouvre la porte de sa cellule, mentale et physique, et le temps extraordinaire du théâtre, offre à Erik la parole à travers sa voix. Son corps flottant est là, au plateau, grâce à la magie des mots. L’homme n’est plus qu’une ombre subliminale, vivant mais absent au monde, et grâce au dédoublement de l’écriture et de la représentation, nous fait face : «C’est l’histoire d’un homme qui s’est évadé dans un texte… là où plus personne ne pourra venir le chercher.» Une pièce fascinante et humaniste, d’une décence poignante, qui sans jamais excuser ou victimiser, redonne du lien et un espoir de dignité à un être humain exclu de la société.


DELPHINE MICHELANGELI


Photo : François-Cervantes-c-Christophe-Raynaud-de-Lage

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