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Lev Dodine : les trois soeurs de Tchekhov - Arts & Spectacles - France Culture

Lev Dodine : les trois soeurs de Tchekhov - Arts & Spectacles - France Culture | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Lev Dodine, dont on peut voir actuellement à la MC 93 de Bobigny la dernière création (Les Trois soeurs), évoque les héros tchekhoviens comme s'il s'agissait de sa propre famille. D'ailleurs, pour lui, le théâtre est une histoire de famille où ce qui est premier, c'est le sens recherché, les sentiments éprouvés, la confrontation avec l'autre. Fidèle à Bobigny, son point d'ancrage en France depuis toujours, il y revient avec un spectacle bouleversant. Plateau de bois, acteurs d'une rare densité, acuité de la mise en scène : Tchekhov, qu'il aime beaucoup, lui va bien.

Pendant 30 minutes, il nous parle à bâtons rompus de la nécessité impérieuse qui l'anime : faire et faire et faire encore du théâtre l'espace où les humains s'élèvent et grandissent ensemble."

 

Emission de Joelle Gayot à écouter : 30 mn. Cliquer sur le titre ou la photo, puis cliquer sur le grand bouton rouge pour écouter l'émission

 

 

On peut voir "Les trois soeurs" de Tchekhov à la MC 93 de Bobigny du 16 au 21 novembre 2012. (mise en scène de Lev Dodine)

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"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

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Quelques astuces pour tirer profit de tous les services de  la Revue de presse théâtre

 

 

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Les articles sont parfois repris intégralement, mais le plus souvent sont réduits en longueur par rapport à l’article d'origine.

 

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Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

Peut être utile au lycée

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Michel Bouquet : « Une vie de malheur. On risque sa vie à chaque rôle »

Michel Bouquet : « Une vie de malheur. On risque sa vie à chaque rôle » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Annick Cojean dans Le Monde

Un dimanche de mai 1943, à 13 heures, il est devenu « définitivement acteur ».


Je ne serais pas arrivé là si…

… Si une force mystérieuse n’avait pas poussé le petit apprenti pâtissier que j’étais à frapper un dimanche matin à la porte d’un grand professeur de théâtre. Je suis encore incapable d’expliquer ce qui m’a pris ce jour-là. Une étrange impulsion. Nous étions en 1943, en pleine Occupation. Je travaillais chez le pâtissier Bourbonneux, devant la gare Saint-Lazare à Paris, et j’habitais avec ma mère qui tenait un commerce de mode au 11, rue de la Boétie. Elle m’avait recommandé d’aller à la messe et j’avais pris sagement le chemin de l’église Saint-Augustin. Et puis voilà qu’au bout de la rue, j’ai bifurqué. Je me suis engagé sur le boulevard Malesherbes dans le sens opposé à l’église, suis parvenu à la Concorde et me suis engouffré sous les arcades de la rue de Rivoli jusqu’au numéro 190, une adresse, dénichée dans un bottin, que j’avais notée sur un petit bout de papier, dans ma poche depuis plusieurs jours. J’ai frappé chez le concierge et demandé M. Maurice Escande, le grand acteur de la Comédie-Française. « Il habite au dernier étage, vous ne pouvez pas vous tromper, il n’y a qu’un seul appartement. » J’ai sonné. Je n’avais pas encore 17 ans.

Qu’attendiez-vous ?

Rien. Je ne pensais rien, je ne savais rien. Même pas qu’il donnait des cours de théâtre. Mais il m’avait fasciné au Français où je l’avais vu, avec ma mère, jouer Louis XV dans la pièce Madame Quinze de Jean Sarment. Il était beau, à la fois sympathique et impressionnant. Et je m’étais dit qu’il représentait quelque chose de noble. Rien d’autre n’était conscient.

Que s’est-il alors passé ?

Une gouvernante a ouvert la porte : « Monsieur Escande est en train de se préparer pour aller à son cours de théâtre, mais enfin, entrez ! » Elle m’a fait patienter quelques minutes et j’ai entendu la voix d’Escande lui répondre : « Qu’il attende, je vais le voir. » Cela m’a paru fou, mais j’avais moi-même provoqué cette situation, alors j’ai pensé : il faut tenir, il faut tenir. Et Escande est arrivé. Charmant. « Vous avez préparé quelque chose ? », m’a-t-il demandé. « Je sais la tirade des nez de Cyrano de Bergerac. » « Alors dites-la. » J’ai commencé : « C’est un peu court jeune homme ! On pouvait dire… Oh dieu ! Bien des choses en somme… » Il a dit : « Eh bien, vous avez déjà une bonne voix, une bonne articulation. Mais vous n’auriez pas quelque chose de plus représentatif de votre âge ? » J’avais appris un petit poème de Musset et je me suis lancé : « Du temps que j’étais écolier, je restais un soir à veiller, dans notre salle solitaire. Devant ma table vint s’asseoir un étranger vêtu de noir, qui me ressemblait comme un frère… » Il a dit : « Très bien. Je vais tout de suite à mon cours, venez avec moi. »

Et vous l’avez suivi ?

Sans hésiter ! Oubliant la messe, ma mère, la pâtisserie, l’heure, tout. Nous sommes allés jusqu’au théâtre Edouard-VII en passant devant la Kommandantur et de nombreux soldats allemands. Deux cent cinquante élèves l’attendaient. Une vraie volière. Il m’a invité à me mettre au dernier rang de l’orchestre afin que j’assiste au cours. Et j’ai observé, envieux, des jeunes gens présenter des scènes devant leur professeur. Je me disais : « C’est inouï, ils ont la chance de ne faire que ça. Jouer ! » Jusqu’au moment où Escande a demandé à un élève de venir me chercher pour dire mon poème de Musset. Je me suis mis à trembler de tous mes membres, c’était une chose terrible, je suis monté sur la scène et j’ai commencé.

Les autres élèves étaient attentifs ?

Non ! C’était la fin du cours, ils se dispersaient, personne n’écoutait. Alors Escande s’est levé. Il m’a confié plus tard avoir pensé que s’il me laissait repartir ainsi, il ne me reverrait plus jamais. Il fallait qu’il provoque quelque chose. Il a crié : « Le cours n’est pas fini. Au lieu de bavarder et de faire des plans pour l’après-midi, vous feriez mieux de prendre une leçon. » Il s’est tourné vers moi et m’a lancé : « Recommencez. » Et j’ai redit le poème. En larmes. Complètement envahi par l’instant. Et j’ai senti que ce moment décidait de toute ma vie. Les élèves sont repartis en silence. Escande m’a dit : « Nous allons aller voir votre maman. »

Et vous avez marché ensemble vers la rue de la Boétie ?

Oui. Ma mère, sidérée, a découvert Escande sur le pas de sa porte. « Madame, a-t-il déclaré, je suis venue vous voir parce qu’il faut que ce petit fasse du théâtre. » Elle a dit : « Son père est en Poméranie, prisonnier, je ne peux pas prendre cette responsabilité sans son accord ! » Il a répondu : « Ne vous préoccupez pas. » Mais elle a insisté : « Il a sa petite paye et… » Il l’a interrompue : « Il assistera gratuitement à mon cours, il sera pris au conservatoire et je vous assure qu’il gagnera très vite sa vie. Il doit faire du théâtre. » Puis il est reparti. A 13 heures, ce dimanche de mai 1943, j’étais acteur. Fini la pâtisserie. J’étais définitivement acteur.

C’est extraordinaire !

C’est Escande qui l’a été. Il a eu un sens politique, il a pris ses responsabilités devant le petit jeune homme. Et figurez-vous que je ne l’ai jamais remercié. Voyez comme on peut être injuste ! Je ne m’en suis rendu compte que plus tard.

Le meilleur remerciement n’était-il pas de ne pas le décevoir professionnellement ?

Bien sûr. Mais j’ai tout de même été pris d’un remord. Trop tard. Cette histoire montre cependant que la vie peut s’ouvrir d’un coup. Et qu’il y a des miracles. Je portais en moi ce miracle. Je ne savais même pas que je postulais pour cette chose énorme de devenir un acteur, c’était proprement inimaginable. La pureté du moment est donc incontestable. J’étais comme un enfant. Avec un bout de papier dans la poche.

Il vous a tout de même fallu le courage de changer de chemin !

Non, il n’y avait pas de courage. J’ai été poussé.

Par quoi ? Le destin ? Un ange gardien ?

Oui, sûrement. Cela s’appelle aussi la vocation. Elle existe. Et quand on a la chance de la découvrir, je vous assure qu’on n’est plus seul dans la vie. Mais attention ! Elle exige tout ! Elle est sacrée et scelle votre destin. Le mien fut de me mettre à la disposition des auteurs et de les servir le mieux possible. Obsédé par ce qu’ils voulaient dire. Soucieux d’en savoir le plus possible sur leur esprit et leur intention. Il faut dire que j’ai eu la chance d’être formé par deux auteurs importants dès le début de ma carrière. Monsieur [Albert] Camus d’abord qui, dès le concours de sortie du conservatoire, nous a proposés, à Gérard Philipe et moi, de jouer dans sa prochaine pièce. Et puis Jean Anouilh. En parlant avec eux, en les fréquentant en répétition, en étant dans une sorte de camaraderie, je me suis senti admis à les représenter. Et ce fut incroyablement important.

Vous parlez d’un métier de modestie antinomique avec l’ego hypertrophié de beaucoup d’acteurs !

Nous ne sommes là que pour servir ! J’ai passé ma vie à aller à la rencontre des auteurs. Il y a ceux que j’ai personnellement connus et harcelés de questions. Et puis les autres, distants ou morts, que je n’ai cessé aussi d’interroger et qui me répondaient.

Comment ?

Eh bien je m’accrochais tellement au texte, le lisant, l’explorant, l’interrogeant des centaines de fois, rejetant telle interprétation, telle autre et puis telle autre, que je finissais par avoir l’impression qu’ils me soufflaient eux-mêmes la vérité.

Vous me faites penser à la pianiste Hélène Grimaud qui pense qu’à certains moments de grâce, le compositeur, Brahms par exemple, lui rend visite et inspire l’interprétation…

Mais oui, je trouve Hélène Grimaud admirable et je la comprends.

Votre père est-il venu vous voir jouer à son retour de la guerre ?

Il est venu au théâtre de l’Atelier voir L’invitation au Château. Et il ne m’a rien dit. Il était envahi par ce qu’il avait vécu et il ne pouvait plus réagir. J’ai très bien compris son silence. Il n’est jamais revenu me voir. Dès lors, la seule chose qui m’ait intéressé, c’est de respecter le cadeau que m’avait fait Escande. Et d’en être digne. Il a commandé toute ma vie.

Avez-vous eu la possibilité de repérer ou d’éveiller vous-même une vocation ici ou là ?

Je n’y ai pas pensé. Je ne songeais qu’à mon devoir.

Peut-être avez-vous fait, sans le savoir, le même cadeau qu’Escande ?

Non. Je n’étais pas digne de le faire, moi.

Suivre avec ferveur sa vocation fait-il une vie heureuse ?

Non, cela fait une vie de malheur.

De malheur ?

Le malheur de savoir que c’est si dur, chaque fois si dur. On risque sa vie à chaque rôle, et si le rôle ne veut pas vous parler, si l’auteur se refuse à vous renseigner, c’est foutu. Et c’est tragique.

Mais quand vous réussissez ? Quand votre interprétation sonne parfaitement juste et que le public applaudit acteur et auteur ?

Eh bien on se jette aux pieds de l’auteur et on cire ses chaussures pour qu’elles soient encore plus belles. Il n’y a aucune gloire à tirer. Aucun orgueil.

Au moins une certaine satisfaction !

Non. Jamais. Parce que c’est encore à refaire le lendemain. Et le surlendemain. D’ailleurs, je vous quitte parce que je joue ce soir. Je ne peux pas y échapper. Je dois me reposer et puis me préparer.

Allons ! Il y a dans votre œil des paillettes de gaîté quand vous parlez de théâtre.

Je suis en effet habité par quelque chose. Mais ne vous méprenez pas. Ce sont bel et bien des devoirs. Ma vie ne m’appartient plus, elle est à mes devoirs. Et je suis toujours dans ce vestibule de la rue de Rivoli, attendant de dire mon poème. Espérant le miracle qui se produit de temps en temps.

Soixante-treize ans après votre rencontre avec Escande, vous avez donc toujours la même angoisse ?

Oui. Car c’est l’auteur qui donne le talent. Et c’est lui qu’il faut supplier de parler. Je pressens que mon acolyte Hélène Grimaud partage ce point de vue. La quête est incessante… Il faut cette fois que je vous quitte. Je m’en vais vers mon doute.

Propos recueillis par Annick Cojean



Après une tournée dans toute la France, Michel Bouquet joue, avec son épouse Juliette Carré, la pièce A tort et à raison de Ronald Harwood au Théâtre Hébertot à Paris (du mercredi au samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures). Relâche entre le 1er et 25 mai. 100e et dernière le 19 juin.

Un coffret de deux CD « Molière-Shakespeare-Corneille-Beckett-Pinter... expliqués par Michel Bouquet » synthétise les cours donnés par le comédien lorsqu’il était professeur au Conservatoire national d’art dramatique en 1986-1987. Accompagné d’un livret de 12 pages. Edition Frémeaux & Associés.

Annick Cojean
Journaliste au Monde


Photo : Michel Bouquet à Paris, le 12 janvier.

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A la veille de la présidentielle, la jeunesse en scène au Théâtre du Nord

Par Agathe Charnet pour son blog L'Ecole du spectacle


« J’ai peur de l’avenir et en même temps c’est beau »

« Rihanna est une personne qui a beaucoup compté dans ma vie, dans ma vie personnelle »

« Mon premier chagrin d’amour, c’est comme si tous mes organes faisaient un nœud, comme si tout se serrait en moi ».

Ils s’appellent Toinon, Maxime, Aboubacar, Léna ou Nazif. Ils sont lycéens ou étudiants à Lille et sa région. Et, les voici, debouts sur la grande scène du Théâtre du Nord, s’exerçant à rester ancrés sur leurs deux pieds, à projeter leurs voix pour dire le spectacle qu’ils ont construit et créé ensemble. Âgés de 16 à 22 ans, ces seize jeunes ont cherché à répondre à la question : « C’est quoi être adolescent, aujourd’hui ?». Leurs jeunes vies, leurs premiers grands choix, les drames qui déjà les secouent et les transformations de leurs corps en devenir comme autant de terrains d’introspection et d’improvisation.

« 2017 comme possible » c’est ainsi que s’intitule le spectacle que la troupe amateure présentera au Théâtre du Nord, au Grand Bleu et à la Maison Folie de Wazemmes, à partir du 24 avril prochain. Depuis le mois de novembre, les comédiens en herbe sont dirigés par le metteur en scène Didier Ruiz, qui mène depuis quatre ans des projets similaires dans toute la France.

« Je leur propose de se confronter à un travail dur, un travail où il faut accepter de se perdre comme de se trouver, explique Didier Ruiz. « Ce qui se passe ensuite est inimaginable, ils sont tellement beaux. Ça brille tellement en eux. Au fond, je ne fais que ça : passer un grand coup de chiffon pour que ça brille ! ».



« Avant de commencer ce projet, je ne me connaissais pas. J’ai appris à me confronter à mes pensées, à mes peurs. C’est comme un grand voyage » raconte Alexandre, 18 ans. 

Pour son « portrait musical », Alexandre a choisi de faire écouter aux spectateurs la chanson « Boys in the street » de Greg Holden. L’histoire d’un père qui ne supporte pas que son fils embrasse des garçons dans la rue. « La première fois que j’ai joué mon portrait musical devant les autres, c’était les chutes du Niagara, sourit doucement Alexandre. Tout le monde a pleuré. Ça m‘a beaucoup touché, que tous aient de la compassion pour mon histoire ».

Afin de construire leur spectacle, les adolescents ont répondu en improvisation à des questions posées par Didier Ruiz comme « Qu’est-ce que la jeunesse pour toi ? », « De quoi as-tu peur ? », « Quel est ton rêve ?». Un travail physique, mené par Toméo Vergés, leur permet « d’exprimer tout ce qui n’a pas été dit », précise le chorégraphe espagnol. Sur scène, les réponses s’enchaînent de façon chorale, aussi spontanées que fulgurantes.

« Je ne suis sûre de rien sauf d’une chose : un jour, je veux être maman »

« Sarkozy a dit que l’homme noir n’était pas entré dans l’histoire. Ce qu’il a dit, ce n’est pas normal. Je vais vous faire écouter une chanson d’Alpha Blondy qui parle de ça »

« Je ne comprends pas grand chose à la sexualité. La sexualité c’est quelque chose de trop, et moi, je ne suis pas assez »


©Emilia Stéfani-Law
 « J’avais beaucoup de clichés sur la jeunesse, à cause de ce qu’on nous montre, confie Victor, 23 ans, au sortir de la répétition. Une jeunesse qui s’abrutit devant la télé-réalité, qui ne réfléchit plus. Et en fait non, c’est pas du tout ça ! Toute cette diversité, toutes ces différences entre nous, c’est une immense richesse. La diversité c’est un cadeau, pas un poison ».

Au Théâtre du Nord, la représentation de « 2017 comme possible » aura lieu le lendemain du premier tour des élections présidentielles. Certains voteront pour la première fois. « J’y ai pensé, aux élections, dit Maxime, 21 ans, étudiant en Arts de la scène à l’Université de Lille. Nous parlons de la jeunesse, de notre relation au monde, et ça a évidemment un rapport avec la politique. J’irai voter dimanche, je considère que c’est un devoir. » Victor aussi prendra le chemin des urnes : 

« Pendant la répétition d’aujourd’hui, j’ai eu un flash. Il y a une réplique où on dit qu’on est « pas dans la merde ».  Avant je pensais à Trump pendant cette réplique, mais maintenant, on peut s’attendre au pire.

Mais, si la politique ne nous sauve pas, il y a aura toujours le théâtre ».

« 2017 comme possible », au Théâtre du Nord le 24 avril à 20h, au Grand Bleu le 26 avril à 19h, à la Maison Folie Wazemmes, le 28 avril à 20h. 

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Joël Pommerat adapte son Pinocchio au Festival d'Aix sur une partition de Philippe Boesmans

Paru dans Sceneweb


Depuis que l’écrivain Carlo Collodi l’a fait sortir de son imagination et Geppetto d’un morceau de bois, le pantin Pinocchio s’est vu sans cesse transformé, adapté, revisité. Aujourd’hui, l’homme de théâtre Joël Pommerat en fait un personnage d’opéra, dans une idéale collaboration avec le compositeur Philippe Boesmans dont l’univers musical chamarré semble taillé sur mesure pour le petit personnage de bois. Un personnage présenté ici comme une vraie « tête à claques », loin de tout sentimentalisme, afin de renouer avec la peinture sans concession de la pauvreté que Collodi déploie dans son livre. Fidèle à sa conception du théâtre comme geste de troupe, Joël Pommerat confie tous les rôles de ce conte lyrique à six chanteurs aux multiples costumes – fée de cabaret, directeur de cirque, mauvais camarade – tous prennent vie par la grâce d’un directeur de troupe qui est aussi le narrateur de cette histoire adressée à tous, petits et grands. 

Dossier de presse.

Philippe Boesmans (1936)
Pinocchio
CRÉATION MONDIALE
Opéra sur un livret de Joël Pommerat
d’après Carlo Collodi
Commande du Festival d’Aix-en-Provence
Nouvelle production du Festival d’Aix-en-Provence
En coproduction avec La Monnaie / De Munt, l’Opéra de Dijon, l’Opéra national de Bordeaux
Aide à l’écriture d’une œuvre originale du Ministère de la Culture et de la Communication
Direction musicale
Emilio Pomarico
Mise en scène
Joël Pommerat
Décors et lumière
Éric Soyer
Costumes
Isabelle Deffin
Vidéo
Renaud Rubiano
Un directeur de troupe / un escroc / un meurtrier
Stéphane Degout*
Un père / un meurtrier / un maître d’école
Vincent Le Texier
Un pantin
Chloé Briot*
Un directeur de cabaret / un juge / un escroc / un meurtrier
Yann Beuron
Un mauvais élève / une chanteuse de cabaret
Julie Boulianne
Une fée
Marie-Eve Munger*
Musiciens de scène
Violon
Tcha Limberger
Saxophone
Fabrizio Cassol
Accordéon
Philippe Thuriot
Orchestre
Klangforum Wien
2h15 entracte compris
Spectacle en français surtitré en français et en anglais
* anciens artistes de l’Académie

Grand Théâtre de Provence
Les 3, 7, 11 et 14 juillet à 20h00
Les 9 et 16 juillet à 17h00

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Hortense Archambault prépare la réouverture de la MC93

Hortense Archambault prépare la réouverture de la MC93 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Hadrien Volle pour Sceneweb
 


Hortense Archambault devant la MC93 en travaux – Avril 2017.
Le 23 mai, la Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis (MC93) rouvre ses portes après trois années de travaux. Ce bâtiment élevé par le célèbre duo d’architectes Fabre et Perrotet a ouvert en 1980 sur une surface de 6 000 m² et il atteint aujourd’hui, au fil des restauration, les 11 000 m². Ces nouveaux travaux dirigés par l’architecte Vincent Brossy – lui-même admirateur de Fabre et Perrotet – ont été pensés en premier lieu pour la sécurité des personnes, pour l’accessibilité au public handicapé et pour refaire l’isolation thermique des lieux. Ils réservent aussi bien d’autres nouveautés… Hortense Archambault, directrice de l’établissement depuis août 2015 revient sur ce chantier colossal de 18 millions d’euros, « toutes dépenses confondues ».

En 2015, lors de votre arrivée à la tête de la MC93 Bobigny, le bâtiment est déjà en travaux. Celui-ci va rouvrir ses portes au mois de mai prochain. Qu’est-ce qui aura changé ?

Le projet de rénovation de Vincent Brossy est aussi une restructuration architecturale. Le déclanchement des travaux vient d’un problème clair : des difficultés techniques et des problèmes de sécurité devaient être réglés ! Mais de là, l’architecte est parti pour faire un geste consistant à reprendre le bâtiment tel qu’il était, avec ses extensions successives, et en faire quelque chose de cohérent tout en gardant l’esprit du lieu. Un peu à l’image du projet que je veux mener à bien à la direction de la MC93. Les artistes qui ont visité le bâtiment et qui ont travaillé à l’ancienne MC93 sont à la fois émus, parce qu’ils retrouvent quelque chose du caractère de la M,C et en même temps ils voient quelque chose d’une transformation. Très concrètement, la grande salle Oleg Efremov, a été transformée principalement sur le plan technique. Le spectateur ne va donc pas s’en rendre, l’âme de cette salle a donc été gardée. Il y a un très grand plateau, une cage de scène qui est parmi les plus importantes d’Île-de-France et 800 places pour le public en configuration gradins.

Alors quelles sont les nouveautés qui seront visibles pour le public ?

La plus importante est la Nouvelle Salle – qui ne porte pas encore de nom. Elle ouvrira en septembre 2017 avec une création de Marie-Christine Soma réunissant, entre autres, Dominique Reymond, Mélodie Richard et Pierre-François Garel. Une salle qui n’existait pas et qui a été élevée sur le toit de la salle Efremov. C’est donc une extension vers le haut. Ce nouvel équipement va remplacer la salle Christian Bourgois qui manquait de hauteur sous plafond. En termes de technique, cette nouvelle salle permet donc davantage d’amplitude. La jauge sera de 200 à 230 places avec une configuration très polyvalente. La salle Bourgois sera de temps en temps programmée, mais la plupart du temps elle servira de lieu de répétition, le vrai lieu de répétition qui manquait à la MC93.


La « Nouvelle Salle » de la MC93


Il y a aura aussi des changements du côté des espaces d’accueil.

Le hall est l’une des petites choses sur lesquelles j’ai pu intervenir puisque lorsque je suis arrivée à la MC93, le programme architectural était déjà choisi. Mais j’ai demandé à l’architecte de réfléchir à la transformation du hall pour en faire un « lieu de tous les possibles » qui correspond, là aussi, au projet que je veux mener à la MC93 qui est celui de dire qu’un théâtre doit être un outil pour montrer les spectacles les plus merveilleux possible, mais peut-être que cela ne suffit pas. Un lieu comme la MC doit remplir de hautes fonctions dans une ville comme Bobigny.

Comment cela s’illustre dans le hall ?

Le hall est considérablement agrandi et joue de la transparence sur la ville. Dès le mois de septembre, le hall sera ouvert les après-midis de la semaine aux personnes qui en auront besoin. Par exemple, des jeunes nous ont dit qu’ils auraient besoin d’un endroit pour répéter, on peut donc imaginer les choses pour eux comme cela se fait déjà au 104. L’aménagement même de l’espace a été pensé en associant les futurs usagers. Un groupe de spectateurs et de non-spectateurs de la MC a été créé pour en définir le cahier des charges, et c’est le designer Johan Brunel qui a créé le mobilier.


Le Hall Matoub
Qu’est-ce qui est ressorti de ces réunions avec les usagers ?

Tout le monde était d’accord qu’il y aurait des usages très différents de cet espace nouveau et qu’il fallait faire confiance aux gens, car le théâtre est l’un des rares endroits où des gens très différents peuvent se côtoyer. Donc le mobilier sera justement très « mobile » et il pourra être utilisé de différentes façons. L’expérience nous dira s’il faut ajouter ou retirer des éléments, comme cela a pu se faire au 104 avec les paravents ou les miroirs.

Le restaurant sera ouvert tous les midis où le café sera à 1€., comme on l’illustre par ailleurs avec le [« pass illimité »].

Cette invitation accompagne une politique d’ouverture accrue de la MC93 sur la ville ?

En effet ! Le restaurant de la MC sera ouvert tous les midis, avec le café à 1€. Cette ouverture accompagne des initiatives déjà en place comme le « pass illimité » qui permet à des spectateurs de venir voir tous les spectacles de la saison pour 10€ par mois. Car la question financière peut être parfois un frein à la fréquentation de nos lieux. On a vendu un nombre important de pass, notamment en tarif réduit (7€). Grâce à celui-ci, on s’est rendu compte que sur cette saison – qui s’est déroulée hors les murs dans toute la Seine-Saint-Denis – les gens allaient voir beaucoup de choses. Ce qui était un de nos enjeux. Une grande partie des adhérents à ce pass sont de nouveaux spectateurs. On en a vendu 210 cette année.

Nouvelle architecture, plus d’ouverture sur des publics nouveaux. Vous désignez aussi ce nouveau lieu comme lieu d’accueil d’une « fabrique d’expérience ». Qu’en est-il ?

Le hall sera l’un des espaces de cette « fabrique d’expérience » qui est un projet en gestation depuis plusieurs mois maintenant. Cette réflexion vise à donner à l’art une expression très concrète dans la société. Cette fabrique est ouverte à tous les projets : de ceux qui veulent accueillir des habitants de Bobigny et plus largement de Seine-Saint-Denis pour créer des rencontres, faire autre chose qu’une création au sens où on l’entend habituellement dans un lieu comme la MC93 mais en associant néanmoins des artistes en résidence sur le long terme avec des citadins. Au final, cela pourra produire une œuvre, mais aussi beaucoup de temps pour des rendez-vous, des moments de partage, que l’on ne peut pas qualifier, mais qui seront autant d’expériences pour ceux qui y participeront. Tout est possible.


La façade de verre de la MC93
Allez-vous continuer à faire des spectacles « hors les murs » dès lors même que la MC93 sera rouverte ?

Seulement des lectures car c’est un format qui s’y prête et qui peut se balader plus facilement et puis on veut continuer à créer de la relation entre des textes contemporains et des lieux particuliers. Il y aura donc de nouveaux sites avec de nouveaux textes. Jusque-là, nous avons été dans des lieux patrimoniaux comme la Bourse du Travail ou la gare de déportation, mais aussi des lieux associatifs à Noisy ou dans des cafés, des parcs et des bibliothèques. Pour le reste des créations, on va se reconcentrer sur l’intérieur des murs.

Que va-t-il se passer justement à l’intérieur des murs la saison prochaine ? Quelle orientation artistique allez-vous suivre ?

Mon orientation reste vouloir représenter des artistes qui parlent d’aujourd’hui. De fait, il y aura beaucoup d’auteurs contemporains programmés. Notamment deux aventures qui sont pour moi très belles, symbolique de ce que j’ai envie de faire. Ce sont des artistes qui passent commande à un auteur contemporain. La première, c’est Patrick Pineau qui a demandé à Mohamed Rouabhi un texte qui s’appelle « Jamais seul ». Une galerie de 45 personnages des milieux populaires, très poétique. Ce sera l’une des grosses productions de la saison prochaine, cela se jouera en novembre à la MC avec une quinzaine d’acteurs. Autre production d’une commande d’un texte par un artiste, c’est Frederic Fisbach, acteur et metteur en scène, qui a demandé un monologue à Dieudonné Niangouna, « Et Dieu ne pesait pas lourd ». Il sera créé à la MC93 en janvier 2018. Dans ces deux exemples, l’important c’est la rencontre artistique, de faire cohabiter deux univers différents. Il sera donc beaucoup question de cela la saison prochaine.

Qui d’autre va accompagner cette volonté ?

Roméo Castellucci avec « De la démocratie en Amérique » d’après Alexis de Tocqueville, dans le cadre du Festival d’Automne. Anatoli Vassiliev fera également une création, ainsi que Guy Cassiers. Nous aurons également un spectacle de Kornél Mundruzczo, Imitation of Life, un artiste hongrois qui n’est jamais venu à Paris et dont le dernier film est sélectionné à Cannes. Nous aurons aussi de la danse avec le Pacific Melting de Régine Chopinot et une partie du portrait Jérôme Bel du Festival d’Automne. Nous aurons aussi quelques découvertes, parmi lesquelles Marine De Missolz, Leyla-Claire Rabih. On espère ainsi que le public va retrouver le chemin de la MC93 après ces trois ans de fermeture…

Photos et propos recueillis par Hadrien VOLLE – www.sceneweb.fr

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Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel réinventent le cirque du 21ème siècle

Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel réinventent le cirque du 21ème siècle | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Stéphane Capron dans Sceneweb

GRANDE est en passe de devenir un spectacle culte. Créé en octobre 2016 à Angers, il achève sa tournée au Monfort, avant d’autres dates en 2017/2018 (la deuxième partie de la tournée est en construction). Le cabaret de Vimala Pons et de Tsirihaka Harrivel mélange le cirque, la musique et la comédie. Il remet au goût du jour des vieux numéros comme le lancer de couteaux dans une mise en scène baroque et moderne. Rencontre avec les deux artistes.

Les spectateurs sortent heureux de ce spectacle qui parle du couple et de l’amour et pourtant il est très mélancolique, est ce que vous sentez ce décalage ?
Tsirihaka Harrivel : L’humour fait partie du spectacle. Le cirque dégage des choses assez graves. La gravité c’est tragique. On trouve le moyen d’en rire. C’est comme une pirouette par rapport à des situations familières que l’on reconnait.

Vimala Pons : Pour avoir expérimenté une grande joie il faut avoir connu un grand malheur. Sinon c’est l’encéphalogramme plat. Notre écriture est composée de choses antagonistes et complémentaires. L’émotion se niche dans des tensions contradictoires mais qui s’épousent. Mais on n’a pas voulu faire un spectacle sur le couple. C’est une notion abstraite et une institution pas très intéressante. C’est l’inverse de l’amour. Si le spectacle parle du couple, c’est au-delà de nous. Mais cela parle surtout d’amour.

La forme du spectacle est moderne mais puise dans la mémoire du cirque, vous remettez au goût du jour le lancer de couteaux, un vieux numéro.
Tsirihaka Harrivel : Le cirque a toujours été fragmenté. Les numéros n’ont pas de liens entre eux. On a envie de respecter cela, d’écrire sans faire de liens. On a beaucoup regardé l’histoire du cirque pour construire le spectacle, avec des numéros de toboggan ou de lancer de couteaux en les revisitant à notre manière. C’est le principe de la revue.

Et puis il y a de purs moments de comédie.
Vimala Pons : La définition du burlesque c’est être spécialiste de ce que l’on ne sait pas faire. On met sur le même pied d’égalité le jeu et les numéros de cirque. Car on ne sait pas faire grand-chose de bien à fond. Mais on transpose notre passion sur plein de registres.

Il y a beaucoup d’objets et d’accessoires sur scène, ce qui vous amène à préparer avec minutie le spectacle pour que chaque chose soit à sa place.
Tsirihaka Harrivel : L’amour de l’objet vient du cirque. On est toujours en prise avec un trapèze, une balle ou un mat chinois. On met sur le même pied d’égalité ces objets de cirque avec des objets plus familiers comme une cuisine ou un lave-linge. Le cirque peut paraitre inaccessible dans les actes, on souhaite le remettre sur terre, enlever son héroïsme pour le rendre plus concret.

Le spectacle est en train de devenir culte. Est-ce que vous le percevez ?
Vimala Pons : Ce que l’on perçoit surtout ce sont les réactions enthousiastes du public.

Tsirihaka Harrivel : Et on a vraiment envie de continuer à le faire tourner car on a mis beaucoup de temps pour le faire ! La reconnaissance et l’écho sont importants pour nous car cela récompense un travail laborieux.

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Paul Rondin : « Le mécénat est le cheval de Troie des groupes privés »

Paul Rondin : « Le mécénat est le cheval de Troie des groupes privés » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Fabienne Darge



Le bras droit d’Olivier Py au Festival d’Avignon s’inquiète de la récente montée en puissance du privé dans le spectacle vivant.

Paul Rondin est, au Festival d’Avignon, le bras droit d’Olivier Py, avec le titre de directeur délégué. Comme beaucoup dans le théâtre public, il s’inquiète de la récente montée en puissance du privé dans le spectacle vivant, et d’un certain abandon du terrain par la puissance publique.

Dans le domaine du spectacle vivant, le privé intervient-il principalement sous la forme du mécénat ?

Pas uniquement. Je dirais plutôt que le mécénat serait le cheval de Troie : il a permis à des groupes privés de mettre un pied très honorable dans la culture – certains avec une vraie démarche socio-culturelle. Je n’ai rien contre le mécénat, nous y faisons appel à Avignon et nous sommes bien contents de ces apports. Cela n’empêche pas que la question du service public se pose. Et que l’on doit se demander pourquoi certaines fondations ou mécènes investissent depuis quelque temps le champ du spectacle vivant. Dans les arts visuels, on peut comprendre : c’est un vrai marché, et c’est assumé. Mais pourquoi ce besoin de visibilité de certains groupes ?

A qui pensez-vous ?

Fimalac est à mon sens le cheval de Troie par excellence. Leur Fondation Culture & Diversité est tout à fait respectable, et a fait des choses formidables pour les jeunes qui en ont bénéficié. Mais d’emblée, j’ai trouvé étrange que cette fondation se montre à ce point dans les lieux de spectacle vivant. Et on s’est aperçu assez vite qu’en parallèle, une fois la crédibilité acquise grâce à la fondation, il y avait derrière une vraie construction, une vraie stratégie industrielle, qui en plus est redoutable, car elle est verticale : l’activité va de l’édition à la billetterie – de l’origine même du spectacle, sa production, à sa diffusion et son exploitation.

Pouvez-vous détailler ce processus ?

Quand des groupes – je pense aussi à ventesprivées.com – commencent à s’intéresser fortement à la billetterie, on peut penser qu’à terme, ils ne vont pas s’en contenter. Et effectivement : on s’aperçoit qu’ils achètent aussi des salles, et qu’ils produisent des artistes qu’ils font tourner. Tout alimente tout. Et ce processus va plus loin quand ils commencent à s’intéresser aux Délégations de service public (DSP), et notamment aux théâtres de villes. Ces groupes proposent un service, et tout à coup on privatise, de manière contractuelle et momentanée, ce qui revenait à un service municipal, départemental, régional ou national.

Ils proposent une offre qui peut être de qualité, mais dont on peut soupçonner qu’elle soit alimentée par le même groupe qui gère la salle. Et ces salles, qui préservaient de l’emploi et un savoir-faire aux niveaux technique et administratif, et en matière de production et d’accueil du public, sont alors souvent vidées des gens qui les faisaient vivre, au profit d’une machine qui arrive, fait de la pure prestation de service, et repart. C’est le cas des Zéniths en région, qui ne sont déjà plus des salles vivantes. Il faut faire très attention à ce que tous ces théâtres qui forment une vraie richesse sur le territoire français ne se mettent pas à présenter tous la même chose, et à devenir des garages.

Cette stratégie est-elle déjà sensible au niveau du Festival « off » d’Avignon ?

Pour le moment, je n’ai pas connaissance de salles qui auraient été rachetées en tant que telles. Mais on sent bien qu’il y a un appétit, une envie, que des gens se renseignent. On sait très bien que le « off » n’est plus la belle utopie soixante-huitarde de la liberté, mais un grand marché non régulé du spectacle vivant. Et comme tout grand marché non régulé, il ne bénéficie pas à une concurrence qui pourrait permettre à tout un chacun de s’exprimer, mais au contraire, il attise les appétits industriels.

Qu’est-ce qui a changé en quelques années ? On sait que jusqu’à il y a peu, le spectacle vivant, et surtout le théâtre, n’intéressait pas les mécènes et les industriels…

Ce qui a changé, c’est que les industriels produisent eux-mêmes les spectacles. Comme ils contrôlent la chaîne de bout en bout, ils peuvent avoir une rentabilité. Je suis étonné, d’ailleurs, que l’on n’analyse pas plus loin cette histoire de Penelope Fillon qui aurait écrit dans une prestigieuse revue culturelle…

Je vais prendre un autre exemple, dont personne ne parle, parce que cela se passe en Afrique. Le groupe Bolloré est en train de construire partout en Afrique de l’ouest des salles polyvalentes spectacle-cinéma-musique. Or Bolloré, c’est aussi Vivendi, et Universal Music. CQFD.

Je n’ai rien contre le privé, et je n’ai aucun problème avec le business. Je suis moi-même un marchand, je vends des billets. Mais je crois qu’il faut être conscient qu’il se passe quelque chose de nouveau, et qu’il faut bien observer dans sa totalité un paysage dont on essaie de ne nous montrer qu’un tout petit morceau.

Cette montée en puissance du privé est-elle révélatrice d’un certain délaissement du politique ?

C’est certain. Il y a actuellement en France un désintérêt sidérant des élites politiques et médiatiques pour la culture. Le milieu politique, à de rares exceptions près, semble ne se souvenir de l’éducation et de la culture que lorsque se produit un attentat. On est aujourd’hui dans une période de vraie transformation économique et industrielle. Il ne faut pas forcément en avoir peur. Simplement, ce qui est quand même un peu inquiétant, c’est que l’idée même d’une politique de la culture, publique, est tellement invisible, qu’il y a une place à prendre. Et certains l’ont bien compris. Quand on s’en apercevra, il sera peut-être déjà trop tard.

On vous rétorquera que si le privé prend une place croissante, c’est largement en raison des baisses de crédits. Comment continuer les missions de service public avec des budgets en baisse ?

C’est une question de choix politique. Pourquoi ne pas fermer des collèges et des lycées parce qu’on n’a pas assez d’argent, pendant qu’on y est ? On peut toujours ne plus financer l’éducation et la culture : à l’arrivée, c’est un désastre. Mais je crois que c’est aussi à nous, opérateurs culturels, de trouver des solutions économiques. Je ne dis pas que c’est facile : le théâtre, ça n’a jamais été une partie de jackpot. Mais si on n’est pas un peu aventurier, il faut faire autre chose. Et surtout, avant de parler d’argent, parlons du projet : de la politique publique de la culture que nous voulons mener sur le terrain. L’économie du spectacle vivant a toujours été difficile, elle le sera encore, mais pour le moment, on a quand même des moyens pour produire.

Y a-t-il un problème de culture, justement, de transmission, sur les missions du service public ?

Il faut bien dire qu’il y a eu, notamment au niveau local, une forte démission du politique, et un glissement vers le divertissement. Je n’ai rien contre le divertissement, mais il faut savoir ce qu’on fait, et ne pas le confondre avec les œuvres de l’esprit. Un tourneur de one-man-shows, c’est plus intéressant pour un adjoint à la culture qui veut offrir du divertissement à ses administrés. Mais c’est aussi un échec de la politique culturelle, que de considérer que le théâtre ne doit servir qu’à détendre les spectateurs. Je ne dis pas qu’on doit embêter les gens. Mais on voit bien que la recherche du déplacement, du frisson, ce n’est pas ce qui habite le monde politique actuel.

N’est-ce pas là un résultat paradoxal de la décentralisation mise en place il y a soixante-dix ans ?

Un résultat de la délégation absolue du culturel à des opérateurs professionnels, oui, sur les trente dernières années. On a tout professionnalisé, en mettant beaucoup d’argent, et bravo à François Mitterrand et à Jack Lang de l’avoir fait. Mais, du coup, l’Etat a pu déléguer à ces directeurs d’institutions ce qui aurait dû être aussi sa politique culturelle à lui. Ce n’est pas forcément grave dans les villes qui ont les moyens d’avoir une grosse structure comme un centre dramatique national ou une scène nationale. Mais dans les moyennes ou petites villes où il n’y a pas d’institution, comme il n’y a plus de culture et de transmission du savoir-faire de la politique culturelle, les choses se délitent. On voit arriver de nouveaux élus qui, tout simplement, ne savent pas comment ça marche.

La décentralisation, ce n’est pas la délégation à des opérateurs semi-publics, c’est l’égalité d’accès à la culture pour tous sur tout le territoire. Si on détricote ce maillage patiemment construit, cela aura des conséquences importantes. Tous ces opérateurs culturels font, sur le terrain, un travail bien plus important que les politiques pour retisser du lien social. C’est une réalité, qu’il suffirait d’encourager et de soutenir. Mais beaucoup de nos politiques préfèrent se méfier, et exclure. Moi je ne crois pas que le réseau subventionné en France soit un problème, je pense au contraire qu’il est une solution.

Fabienne Darge
Journaliste au Monde

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Marc Ladreit de Lacharrière : « Nous sommes le bras séculier du ministère de la culture »

Marc Ladreit de Lacharrière : « Nous sommes le bras séculier du ministère de la culture » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Fabienne Darge et Philippe Dagen dans Le Monde


Le financier s’explique sur ses engagements dans le spectacle vivant et le monde des musées, dont il est devenu une figure influente.


A la tête de la holding Fimalac, Marc Ladreit de Lacharrière est également collectionneur d’œuvres d’art, mécène, et possède de nombreuses salles de spectacles. Il est aussi propriétaire de La Revue des deux monde, journal qui a salarié Penelope Fillon pendant près de deux ans. La justice enquête actuellement sur cette embauche, et a entendu M. Ladreit de Lacharrière en janvier pour des soupçons d’emploi fictif. Le financier, qui risque une mise en examen pour « abus de biens sociaux », a apporté son soutien à François Fillon, dont il est proche, pour la présidentielle.



Financier de métier, comment en êtes-vous venu à intervenir dans le spectacle vivant ?

En 2010, j’ai appris que Johnny Hallyday allait sans doute rejoindre le groupe Warner. Qu’il soit produit par un groupe américain m’a paru regrettable. J’ai pensé qu’il fallait créer un groupe français pour organiser le spectacle vivant francophone. C’est ce que nous avons réalisé depuis. Nous travaillons avec à peu près 150 artistes, tous francophones – c’est un de nos principes. Avec deux idées principales : défendre le rayonnement de la langue française d’une part, faire en sorte que ces artistes aient toute liberté pour se consacrer à leur création, d’autre part. Nous ne cherchons pas à industrialiser la production mais à accompagner les artistes en leur fournissant des services, mais sans leur imposer ni les maisons de disques où enregistrer, ni les scènes où se produire. Aussi travaillons-nous aussi bien avec Julien Clerc qu’avec Mylène Farmer ou Laurent Gerra. Nous sommes très éclectiques.

Mais votre rôle ne s’arrête pas là. Vous gérez de nombreuses salles.

Nous avons obtenu des délégations de service public pour un certain nombre de Zéniths [sa holding Fimalac gère ceux d’Amiens, Dijon, Strasbourg, Limoges, Nancy, Rouen et Toulon, ainsi que les salles Spot de Mâcon, Silo de Marseille et Nikaïa Live de Nice]. Je crois pouvoir dire que nous sommes très appréciés par les collectivités locales, parce que nous ne sommes pas interventionnistes et parce que nous avons toujours le souci de respecter les productions locales, en nous associant à elles.

Ce qui fait de vous, dit-on, le nouvel empereur de l’« entertainment » en France...

C’est un mot très excessif et je vous assure que je ne cherche jamais à imposer quoi que ce soit.

Vous êtes aussi associé au Groupe Barrière dans la programmation des salles de ses casinos.

En province, oui, en effet.

Et vous assurez désormais la gestion de plusieurs théâtres à Paris.

Le théâtre, c’est un autre métier. Gérer des Zéniths suppose des compétences artistiques, mais surtout d’organisation et savoir intégrer aux programmations les artistes qui ont du public. Un directeur de théâtre, c’est tout autre chose : il choisit et produit. Ainsi, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris, le directeur, Jean Robert-Charrier, conçoit lui-même les pièces et choisit ses metteurs en scène. Il s’est spécialisé dans les pièces de la grande tradition française. Ainsi a-t-il repris le Cyrano avec Philippe Torreton, une mise en scène qui venait du théâtre public – ce qui montre que le public et le privé peuvent travailler ensemble. Comme le montre aussi l’engagement que j’ai pris avec Jean-Michel Ribes de reprendre ses productions dans un autre théâtre quand elles quitteront l’affiche du Théâtre du Rond-Point. Cette corrélation entre public et privé, nous devons d’autant plus la réussir qu’elle contribue au rayonnement de la France – notre objectif commun. C’est en tout cas ma conviction.

Vous avez aussi pris une part dans le Théâtre de la Madeleine.

C’est exact. Chaque théâtre a sa spécificité. Il y a aussi la Salle Pleyel, où nous n’avons pas le droit de produire des concerts de musique classique, en vertu de l’accord passé avec la Philharmonie de Paris : c’est une interdiction formelle que nous respectons. Aussi y présentons-nous des concerts de jazz et de variétés. La salle a été entièrement refaite et elle a désormais des qualités acoustiques exceptionnelles.

Et encore le Théâtre Marigny…

Le bâtiment appartient à la Ville de Paris. A Marigny, je suis associé à François Pinault, qui m’a proposé de reprendre la part de Vinci. Pour l’instant, les travaux sont en cours. L’idée, c’est d’avoir une salle prestigieuse pour le théâtre, mais aussi les humoristes : compléter notre panoplie. En principe, la salle devrait être prête à la fin de l’année. Ensuite, il appartiendra à Nicolas Dussart de choisir parmi de très nombreux projets.

Ce sont là les éléments d’une véritable politique culturelle.

Si vous le dites… Mon but a toujours été de participer à la construction d’une France plus harmonieuse et de combattre les discriminations. Cela fait très longtemps que mon épouse, Véronique Morali, se bat contre les discriminations faites aux femmes, de l’embauche aux conseils d’administration. Elle a été en 2005 une des fondatrices de Force Femmes, qui agit pour les femmes de plus de 45 ans qui ne parviennent plus à trouver un travail. Elle a aussi fondé le site Terrafemina, toujours pour agir sur le marché du travail. Quant à moi, je me suis battu contre la discrimination à l’embauche en raison du nom et du lieu de résidence. Et j’ai créé, en 2006, la Fondation Culture & Diversité.

Quand François Mitterrand est arrivé à l’Elysée, en 1981, il avait dénoncé le fait que seuls 8 % des jeunes avaient alors accès à la culture. Quand il a quitté le pouvoir, combien étaient-ils ? 10 % au mieux. Or je suis absolument convaincu que la priorité la plus importante, celle dont devraient se préoccuper avant tout les candidats, c’est l’éducation, et les pratiques artistiques et culturelles. C’est fondamental. Un exemple : qu’avons-nous constaté en suivant le parcours de tous les jeunes – presque 30 000 – qui ont participé aux concours d’improvisation imaginés par Jamel Debbouze et qui venaient tous d’établissements classés en zone d’éducation prioritaire, pas d’Henri IV ou de Louis-le-Grand ? Qu’ils ont amélioré leurs résultats scolaires. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient été traités avec considération. Toute personne qui n’a pas accès à un univers culturel, qui n’est donc ouverte à rien, est prête pour l’intolérance. Et de l’intolérance à la violence… Il faut agir à la base contre l’intolérance, ce devrait être une priorité absolue du Ministère de l’éducation nationale et de celui de la culture. Et donc faire bouger ceux-ci. A force, nous avons obtenu que la pratique théâtrale et l’improvisation soient reconnues comme des exercices éducatifs à part entière – c’est bien. Mais nous n’avons pas obtenu que ce puisse être un exercice du baccalauréat.

Vous êtes aussi très présent dans le monde des musées. Vous êtes collectionneur, mécène…

Pas mécène, partenaire. Ce n’est pas pareil. Un mécène finance une exposition au Grand Palais : il donne de l’argent et s’en va. Je n’ai jamais fait cela : ça ne m’intéresse pas. Je crois qu’il faut favoriser en priorité les musées – publics évidemment. Depuis trois décennies, je suis le partenaire d’un département du Louvre, celui des antiquités grecques, étrusques et romaines. Pourquoi celui-ci ? Parce que j’aime profondément la sculpture ; parce que ces civilisations sont à la base de la civilisation européenne. Et aussi, plus trivialement, parce que ce département était délaissé. Pierre Rosenberg, qui dirigeait alors le Louvre, a attiré mon attention sur sa situation et depuis, nous avons financé je ne sais combien de restaurations de salles et d’œuvres. La dernière en date est celle de la Victoire de Samothrace. Le Louvre n’aurait pas pu la mener à bien seul. Chacun sait que les budgets se réduisent et que les musées doivent désormais faire face à la pauvreté de l’Etat. Il leur donne à peine de quoi couvrir la masse salariale et les gros travaux. Les budgets d’acquisition sont dérisoires. Ajoutez à cela la baisse de fréquentation après les attentats et le fait que ceux qui pourraient être de grands mécènes préfèrent désormais fonder leurs propres musées...

Vous pensez à qui ?

Aux mêmes que vous… Ce qui m’importe, c’est de conduire un engagement sur le long terme et voici pourquoi je préfère partenaire à mécène. Et pourquoi aussi je me suis engagé dans l’aventure du Louvre Abou Dhabi. C’est un enjeu de rayonnement culturel international, une mission de service public. C’est tout autant l’affirmation, en constituant un musée universel, que l’on reconnaît la même dignité à toutes les cultures. Jacques Chirac a parlé de l’égalité des cultures, je préfère dire « l’égale dignité des cultures ».

Vous ne créerez donc pas un jour votre musée ?

Non. Ça ne m’est jamais venu à l’idée. Je procéderai sans doute à une donation en faveur du Musée du quai Branly. Et je l’accompagnerai d’un budget destiné à financer la recherche en art africain. Le plus souvent, on ignore tout de ceux qui ont été les créateurs de ces œuvres. Il y a des travaux importants à engager de ce côté-là.

Toujours le service public, donc ?

Evidemment. Je ne suis pas passé par l’ENA pour rien. J’ai gardé le souci du service public et j’ai acquis la conviction qu’il ne doit pas y avoir opposition ou incompatibilité entre secteur public et secteur privé. C’est simple : nous sommes un groupe indépendant, qui ne doit rien à l’Etat, qui n’en reçoit pas un sou, et nous travaillons pour le bien commun. Nous sommes le bras séculier du ministère de la culture et nous accomplissons ce qu’il n’a pas – ou plus – les moyens de faire.

Fabienne Darge
Journaliste au Monde
Philippe Dagen
Journaliste au Monde

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Isabelle Lafon : Quel est le vrai visage de Nina?

Isabelle Lafon : Quel est le vrai visage de Nina? | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Jean-Pierre Thibaudat pour son blog Balagan 


Cinq ans après, Isabelle Lafon recrée « Une mouette », spectacle où cinq actrices portent ensemble tous les personnages de « La Mouette » de Tchekhov. La première version tirait la pièce vers la nouvelle, la nouvelle version fait revenir le théâtre dans un miroitement d’identités : arrive le moment ultime où chaque actrice offre sa part de Nina, chacune est une mouette.


Au printemps 2012, Isabelle Lafon proposait Une mouette d’après La Mouette d’Anton Tchekhov dans l’excellente traduction d’Antoine Vitez, avec cinq actrices. Elles se tenaient debout, en rang, face à nous. Elles disaient le texte de la pièce sans oublier les didascalies, si belles chez Tchekhov. A cinq, elles portaient tous les rôles, ajoutant ici et là un « dit Treplev » ou un « dit Nina » pour la compréhension et le plaisir du récit. Ces rôles, elles les caressaient parfois de près, les prenaient par la taille, s’incrustaient dedans avec délicatesse puis revenaient au récit de la pièce qui parfois finissait par ressembler à une nouvelle de Tchekhov. Un pur délice (lire ici).
Entre pièce et récit

Ce spectacle revient. Même et autre à la fois. Avec trois actrices de la première distribution : Isabelle Lafon et Johanna Korthals Altes qui allaient ensuite s’engager ensemble dans deux des épisodes des Insoumises (lire ici et ici) ; et Judith Périllat qui, cinq ans plus tard, a gagné en puissance, en détermination et en mystère. Elles sont rejointes par Marie Piemontese, comédienne pilier des spectacles de Joël Pommerat, et par Karyll Elgrichi, comédienne phare des spectacles de Jean Bellorini, qui entraîne magnifiquement le personnage de Nina dans des zones inexplorées. Tout se passe comme si dans cette nouvelle version le théâtre faisait retour au cœur du récit, d’une façon plus libre, plus imprévisible provoquant, ici et là, un troublant charivari identitaire. Un pur délice (bis).

La traductrice Nadine Dubourvieux a réuni des centaines de lettres de Tchekhov qu’elle publie dans la collection Bouquins sous le titre Vivre de mes rêves sous-titré « Lettres d’une vie ». Des lettres souvent savoureuses, en particulier celles qu’il adresse à des femmes, et tout particulièrement les lettres envoyées à Lydia Stakhievna Mizinova.

« Ah, belle Lika »

Amie de Maria Pavlovna, la sœur d’Anton, Lydia dite Lika a 19 ans lorsqu’elle rencontre Anton Pavlovitch Tchekhov. Plusieurs témoins évoquent sa grande beauté. Leur relation amoureuse est tortueuse, Lika tombera dans les bras d’un ami d’Anton, Potapenko, un homme marié. Ils partent pour Paris, Lika accouche d’une fille qui ne vivra pas deux ans. Potapenko quittera Lika pour revenir auprès de sa femme, Lika finira par épouser en 1902 un acteur et metteur en scène du Théâtre d’art. Entretemps, Tchekhov aura écrit Tchaïka (La Mouette) dans sa maison de Mélikovo, une pièce qui s’inspire en partie de cette histoire ; Lika rime avec Nina. Tout le reste est vaines spéculations. Revenons aux lettres. Tchekhov écrit à sa « Lika en or, en nacre et en fil d’Écosse » le 17 mai 1891 :

« Ah, belle Lika tandis que dans un sanglot vous irriguiez de larmes mon épaule droite (j’ai enlevé la tache avec de l’essence) et tandis que, tranche par tranche, nous mangions notre pain et notre viande de bœuf, nous dévorions avidement des yeux votre visage et votre nuque. Ah, Lika, Lika, infernale beauté ! Quand vous vous promènerez avec n’importe qui ou quand vous siégerez à la Société [d’art et d’histoire] et qu’il vous arrivera ce dont nous avons parlé, ne cédez pas au désespoir, venez plutôt nous voir et nous nous jetterons de toutes nos forces dans vos bras. »

Ces lettres où amour rime avec humour sont souvent traversées de récits en quelque lignes dont la lecture suffit à vous contenter de plaisir pour un jour entier. Exemple dans une lettre à Lika le 12 juin de la même année :

« Nous avons un jardin splendide, des allées ombragées, des petits coins retirés, une rivière, un moulin, une barque, des nuits de lune, des rossignols, des dindons... les grenouilles de la rivière et de l’étang sont très intelligentes. Nous allons souvent nous promener et, ce faisant, je ferme généralement les yeux et, m’imaginant vous avoir à mon bras droit, je le referme comme un bretzel. »

Cette tendresse délicatement humoristique traverse toute son œuvre ; récits, pièces, lettres. On la retrouve jusque dans cette fausse-vraie demande en mariage mi-sérieuse mi-blagueuse faite pendant l’été 1891 :

« Chère Lydia Stakhievna,

Je vous aime passionnément, comme un tigre, et vous propose ma main.

Le chef des calots Golovine-Ptichtchev

P.S. Faites-moi savoir votre réponse par une mimique. Vous louchez. »

Dans une note, la traductrice précise que Golovine est un chef de la noblesse du district qui courtise Lika, et que Tchekhov joue sur les mots noblesse (dvoriantsvo) et cabot (dvorniajka).

De Lika à Nina

Ces lettres à Lika (assez nombreuses) dessinent en creux le portrait d’une femme dont on sait qu’elle est belle mais dont on ignore le visage. Existe-t-il des photos de Lika ? Sans doute. Je n’en ai jamais vu. Alors je l’imagine, je vois ses traits, sa chevelure, son minois. Si un jour je vois une photo d’elle, sans doute dirai-je ce que disait une femme qui n’avait jamais vu Briand et qui, voyant une photo de ce dernier, s’exclama : « Il n’est pas ressemblant. » Il ne ressemblait pas à l’image qu’elle avait de lui. Cette anecdote imaginée par Jean Paulhan dans ses Entretiens sur des faits divers est citée par Clément Rosset dans ses réflexions sur L’Invisible (Les Editions de Minuit).

On peut tomber sur un portrait de Lika, même s’il ne ressemble pas à la femme que l’on imaginait, mais on ne tombera jamais sur un portrait de Nina, l’héroïne de La Mouette. Elle est à jamais invisible, et pourtant on ne cesse de la voir. Charles Swann, la Duchesse de Guermantes et les autres n’ont pas de visage. Trigorine, Akardina et les autres en changent à chaque mise en scène. C’est toute la force du théâtre, cet art de l’apparition et de la disparition.

C’est là que la proposition d’Isabelle Lafon prend toute son ampleur. Les cinq actrices portent tous les rôles, mais à chacune est plus ou moins attribué un personnage qui lui revient plus souvent qu’à son tour. Ainsi Isabelle Lafon est tendanciellement Arkadina ; Johanna Korthals Altes, Trigorine et Macha ; Marie Piemontese, Sorine ; Judith Périllat, Treplev et Karyll Elgrichi, Nina. Au moment où le spectateur tend à identifier une actrice à un personnage, aussitôt le personnage s’échappe et va trouver refuge chez l’une des quatre autres actrices tandis qu’un autre personnage l’habite (provisoirement). Judith est aussi Nina, Karyll est aussi Treplev, etc. Alors, à la toute fin, Isabelle Lafon fait en sorte que les mots de Nina passent d’une actrice à l’autre, toutes les cinq deviennent un instant Nina. En s’émondant, son visage disparaît dans ce bouquet final avant l’adieu, la séparation, avant que les personnages redeviennent invisibles, sans visages, repliés dans leurs mots.

Une mouette au Théâtre Gérard Philipe-CDN de Saint-Denis, du lun au sam 20h30, dim 16h, relâche les 20, 27, 29 avril, 1er et 2 mai, sam 29 18h pour “un après-midi en famille”. Jusqu’au 6 mai. 01 48 13 70 00

Vivre de mes rêves, Lettres d’une vie d’Anton Tchekhov, lettres choisies, traduites et annotées par Nadine Dubourvieux, collection Bouquins, Robert Laffont, 1120 p., 32€.

Photo : Scène de "Une mouette" © Pascal Victor/Artcom press

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La Chose Commune : Jazz et Révolution... 

La Chose Commune : Jazz et Révolution...  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Pierre-Henri Ardonceau  dans Jazz magazine


Révolution et Jazz : même combat… Etonnant non ! La Chose Commune, une création d’Emmanuel Bex et David Lescot à l’Astrada de Marciac. Géraldine Laurent (as), Emmanuel Bex (Hammond org, vocoder, effets), Simon Goubert (dr), Elise Caron (voc, fl), Mike Ladd (voc, spoken words), David Lescot (voc, tp). L’Astrada de Marciac (28 janvier). L’hiver on hésite toujours un peu à faire le tortueux trajet Pau/Marciac. Mais le « casting » des jazzmen présents au générique du spectacle annoncé balaie hésitations et préjugés : un all stars qui ne peut pas décevoir ! Fi donc du verglas et des nombreux virages : en route pour Marciac…  


Bingo ! La Chose Commune : une création remarquable, déconcertante, insolite, prenante, surprenante. A tous points de vue. David Lescot, comédien, évoque ainsi le projet: «Raconter l’histoire de la Commune par le Jazz, c’est tout sauf évident, c’est tout sauf naturel, c’est tout sauf attendu. C’est épique la Commune. Alors j’ai imaginé une sorte d’opéra hybride, métis, où la musique écrite fait place en ses trous à l’improvisation, où le récit scandé, parlé, slammé, dialogue avec le chant, avec un chorus d’orgue, de saxophone ou un solo de batterie. Mais c’est lyrique aussi la Commune. Il y a des personnages, des héros, des figures, des légendes, des femmes. C’est tragique et euphorisant, c’est utopique et pathétique. On peut se dire que c’est tombé dans la nuit de l’Histoire et que ça n’a pas eu de suite. Mais on peut au contraire y puiser des modèles pour les temps de crise, pour aujourd’hui, et s’y refaire des forces. Donc ça peut être chanté, à tous les sens du terme. ». Les textes de Lescot sont superbes et passionnés. Et documentés : les combats de nombreux héros et héroïnes (elles furent très présentes) de la Commune sont largement évoqués. Ils sont vocalisés, scandés, « gueulés » même parfois. C’est souvent ardent et impétueux. Lescot a conçu sa création comme un “reportage en direct”, où il incarne un personnage imaginaire qui arpente Paris et ses quartiers de long en large le premier jour de la révolte de la Commune, promenade haletante d’un homme qui ne sait pas s’il est acteur ou observateur, balloté d’une scène à l’autre dont il tente de défricher le sens en un monologue effréné porté, propulsé par l’orgue d’Emmanuel Bex. chose-commune Scène de La Commune de Paris Emmanuel Bex en tant que compositeur et instrumentiste parle ainsi de sa pleine adhésion au projet : « Je n’ai jamais eu envie de faire de la musique à poser sur une cheminée pour faire joli, mais plutôt de comprendre profondément de quoi le jazz était constitué. Au terme de mes réflexions, j’y vois un indéfectible sens du dialogue, de la fraternité, de la danse, de la conscience du monde. D’une musique en mouvement, dans laquelle tout est possible où chaque individu a une place qu’il peut se construire. Une musique dans laquelle l’écoute et le dialogue sont l’essentiel du rapport à l’autre. La Commune a laissé dans l’Histoire une place particulière. C’est un peu la «matrice» de l’utopie politique. En rencontrant David Lescot j’ai ressenti le déclic d’un « possible » : emmener le public à un point où la Musique et l’Histoire s’éclairent l’une et l’autre. Comprendre le geste des révolutionnaires, comprendre le geste des musiciens. »

Bex et Lescot ont, chacun séparément, des CV riches de multiples et superbes projets.

Je pensais assez bien connaître la carrière d’Emmanuel Bex, découvert chez Lubat en 1977 (40 ans déjà…). Dans Jazz Magazine j’avais choisi comme Choc de Concert de l’année 2015 son étincelant Trio FBG (Ferris/Bex/Goubert) aux Rendez Vous de l’Erdre à Nantes. Mais, après une rapide googlelisation, je suis tombé de l’armoire : je méconnaissais des pans entiers de son flamboyant parcours !

Dans son jeu et dans son écriture pour la Chose Commune on retrouve, en une synthèse excitante, de nombreuses composantes de son itinéraire. Groove omniprésent, gimnicks innovants, climats variés utilisant moult registres de l’orgue Hammond.

Emmanuel Bex et Simon Goubert, complices depuis fort longtemps, s’entendent à faire monter la tension comme il faut et quand il faut, avec une confondante sûreté.

Goubert épique et aérien (superbe et inventif aux balais), apporte au trio sa grâce et sa tonicité. Avec son « délicieux sourire, un peu enfant, un peu canaille, et ses gestes de chat, il joue le concert de fond en comble » (F.M). Mike Ladd maître es spoken words dans la tradition des Last Poets envoûte avec sa belle voix grave et « cassée ». Géraldine Laurent au saxophone alto, semble incarner, par de courtes interventions incisives, fluides et gorgées de feeling, les « sans voix de l’Histoire ». Elise Caron, vocaliste et flûtiste sur cette création (elle a beaucoup d’autres cordes à son arc par ailleurs…), à la voix d’ambre dorée, ensorcelle sans forcer. Le moment du spectacle où Elise dit des extraits des souvenirs de voyage de Louise Michel en route vers le bagne de Cayenne est étonnant.


De gauche à droite : Simon Goubert, Géraldine Laurent, Mike LLad, Elise Caron, David Lescot, Emmanuel Bex. (Photo PHA)

La conception de cette superbe création a nécessité une longue et intense maturation, faite de très nombreuses répétitions. Fin janvier, une résidence d’une petite semaine à Marciac a permis les derniers « réglages»…

Pierre-Henri Ardonceau

Prochaines dates pour La Chose Commune: La Filature, SN de Mulhouse (22, 23, 24 mars 2017), La Halle aux Grains à Blois (28 mars 2017), CNCDC de Châteauvallon (31 mars et 1er avril 2017), Paris Théâtre de la Ville, Espace Cardin (19 au 29 avril 2017).

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Dmitri Tcherniakov: l'opéra panoramique

Dmitri Tcherniakov: l'opéra panoramique | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Guillaume Tion dans Libération :

Cette semaine, le metteur en scène russe évoque «la Fille de neige», la façon dont il travaille avec les chanteurs et un certain pouvoir «surnaturel» qu'il développe en répétitions.


Dmitri Tcherniakov, à Berlin. Photo doris spiekermann-klaas TSP
Le metteur en scène russe Dmitri Tcherniakov, 46 ans, est massif dans le discours, carré dans l’apparence, et revendique un travail parfois oblique (par exemple son traitement du Dialogue des carmélites en 2010, pour beaucoup sifflé comme hors jeu) mais toujours personnel, dans lequel la fascination du spectacle le dispute à l’intelligence du propos – ou à celle du dispositif selon le degré de réussite. Pour sa dernière production à l’Opéra Bastille, la (rare) Fille de neige de Rimski-Korsakov, cet amoureux du principe réflexif met des cadres dans des cadres, comme il l’avait fait l’an dernier avec la doublette Iolanta/Casse-Noisette.

La Fille de neige, rejeton de Dame printemps et du Bonhomme hiver, va traverser un monde des humains fantasmé, dans un décor de forêt slave qui tient du chromo folklorique façon Tintin. Des villageois y jouent aux simulacres d’offrandes et de sacrifices (passage des saisons, moissons… à l’image des contes populaires dont ce Snegourotchka est tiré, et du Sacre du printemps qui arrivera trente ans plus tard), et Tcherniakov s’interroge largement sur les facettes du vivre-ensemble (quand par exemple on est habillé de jaune et bleu et qu’on est amoureux d’une femme vêtue en rouge, blanc et bleu), des communautés, des hiérarchies (qui commande, l’homme qui aime la Fille de neige ? Le tsar ? Le cœur de la Fille de neige a-t-il quelque chose à dire ?), mais aussi de l’intimité des sentiments. Il fait parcourir à son héroïne, la brillante soprano russe Aida Garifullina, un chemin de croix qui de l’amour ne connaît que les mauvais aspects. Elle est méprisée par ceux qu’elle aime, est ensuite adorée par ceux qu’elle rejette. Ce personnage allégorique de transition qui ne peut vivre avec les humains reste fidèle à sa vérité : elle crie son amour à celui qui la hait puis fond et disparaît comme passe une saison, en laissant des traces profondes sur la terre et dans les esprits.

Garifullina, au timbre extraordinairement clair, porte le spectacle. Et son prétendant, le berger Lel (rôle d’ordinaire dévolu à une contralto, ici chanté par un contre-ténor, Yuri Minenko), est d’une nonchalance et d’un dédain sublimes. Quant à Dmitri Tcherniakov, en doudoune verte, chemise à carreaux rouges et blancs, assis en contre-jour derrière un bureau de l’Opéra de Paris, c’est d’un tempérament nerveux mais totalement décontracté qu’il a répondu à nos questions.

Vos arrière-plans sont extraordinairement théâtraux. Vous y apportez un soin particulier ?


Non, je n’ai jamais pensé de cette façon. Je me concentre sur tout en même temps. J’apporte beaucoup de sens et d’intensité partout. Puis je m’installe et je regarde tout le plateau en même temps. En répétition, je développe une capacité quasi surnaturelle : ma vision s’élargit à presque 180°, elle devient très intense, je vois tout ! Ce n’est plus moi. Et dès que quelque chose ne me plaît pas, je change immédiatement.

Vous êtes souvent content du résultat final ?


Jamais. Même s’il y a différents degrés dans le mécontentement. Pour un spectacle «réussi», c’est-à-dire avec un processus qui part bien, je vois que certaines choses ne sont pas vissées jusqu’au bout, mais comme dans l’ensemble tout ne se passe pas mal, je me force à être content. Mais je n’ai pas le souvenir de mises en scène dont je sois infiniment content, du début à la fin.

Vous continuez à travailler après les représentations ?


Bien sûr. Même maintenant [après la 2e représentation de la Fille de neige, ndlr], je continue à travailler sur ce spectacle. On va modifier les costumes. Il y a un problème avec ces vieux costumes slaves que vous avez vus sur scène. Dans l’histoire ce sont des personnes contemporaines qui les portent pour jouer à un jeu d’archaïsme. C’est une sorte de jeu de rôles dans l’ancien temps slave. Mais après les deux premières représentations, avec les échos que j’ai reçus, je commence à avoir des doutes. Vers la fin du spectacle, les spectateurs le prennent tel quel. Ils oublient que c’est un jeu. Je dois donc changer un peu les proportions et souligner certaines choses, pour que cette ligne soit très nette du début à la fin.

Vous allez mettre des costumes un peu plus contemporains ?


Pas vraiment, parmi ces costumes de carnaval slaves, il y a des costumes contemporains : il y a un pantalon Adidas, une casquette… J’ajouterai plus de détails de cette nature, pour que même les spectateurs moins attentifs captent bien la ligne générale. Pour mon œil, ça semblait suffisant. Mais les spectateurs ne sont pas au courant de ma mise en scène. Et parfois il faut forcer le trait pour ne pas désorienter le public.

Dans Iolanta, une petite scène en forme de boîte reculait jusqu’au mur du lointain. Là, vous avez les arbres qui dansent. Est-ce que vous avez l’obsession des bonus scénographiques ?


Non, pas toujours. Je m’en sers juste quand il le faut. Je n’ai pas l’objectif de, coûte que coûte, trouver un moment pour servir une surprise au public. Ce n’est pas mon but. Ou même juste montrer un moment de miracle scénique. De façon abstraite, je n’ai jamais eu cet objectif. Ces deux choses dont vous parlez sont apparues dans la logique du développement de l’histoire.

Le miracle scénique, pour moi, vient des feuilles qui bruissent entre elles…


Autant vous dire que ce n’était pas du tout dans mon projet, c’est apparu durant les répétitions. Et j’ai compris qu’il ne fallait pas le corriger. C’était un hasard, mais qui rajoutait à l’ambiance. Par exemple, dans le 3e acte il y a un mât de cocagne avec des rubans. Lors d’un changement, à une pause sur scène qu’on a faite, quelqu’un a provoqué un courant d’air, par hasard, et ces rubans ont fait comme ça [il mime le mouvement des rubans, ndlr]. Je me suis dis : «Voilà, il faut que cela bouge tout le temps comme ça à cause du vent.» Et ce n’est que pour la première que nous avons mis des ventilateurs. Mais avant, je n’en avais pas eu du tout l’idée. Des choses comme ça arrivent par hasard. Il est rare que j’attende de la première un défilé militaire. Après la première, j’ai toujours envie de perfectionner. Parfois c’est possible, disons dans les théâtres amicaux. Parfois, les directeurs de théâtre me disent : ton contrat est terminé, ne touche plus.

Il paraît que vous chantez très bien. Alain Altinoglu a vendu la mèche : vous connaissez les partitions par cœur et vous avez une belle voix…


Je ne chante pas ! Pas comme un chanteur, mais je connais très bien la musique. Quand avec Altinoglu on a fait une sorte de répétition musicale, pour Iolanta, avec Sonya Yoncheva, il y avait un duo avec le ténor… qui n’était pas là. Donc j’ai chanté à sa place. Cela m’a fait très plaisir ! Mais je le chantais comme moi je chante, pas comme le ténor.

La façon dont vous avez croqué le berger, Lel, est passionnante. Avant même qu’il ne chante on le sait plus complexe qu’un personnage conventionnel. Puis à la fin on comprend que ce n’est pas un personnage positif. Comment avez-vous travaillé avec Yuri Minenko ?


D’abord, ce chanteur, je le connaissais bien. Il a déjà chanté dans mon Rouslan et Ludmila, de Glinka, au Bolchoï, il y a cinq ans. Donc, on se sent bien. Mais je sais que les artistes d’opéra, en général, ne sont pas des acteurs. Ils sont très rarement comédiens, c’est-à-dire qu’ils ne possèdent pas de système de jeu, ne savent pas de quoi ce métier est fait. Et quand un chanteur d’opéra est en même temps bon comédien, c’est souvent dû uniquement à son talent, pas à sa formation ni parce qu’il connaît le métier. Les chanteurs qui possèdent vraiment le métier de comédien sont très rares, je n’ai rencontré qu’une dizaine de solistes dans ce cas. Chanteurs et comédiens suivent normalement des chemins différents. En dehors de ceux-là, les chanteurs qui ne possèdent pas la boîte à outils des comédiens doivent être souples intérieurement, libérés de toutes les contraintes qui les bloquent, qui les coincent. Ils doivent n’avoir peur de rien et être prêts à tout. Ce serait bien qu’ils n’aient même rien à perdre. (Il rit.) Si le chanteur a cette liberté intérieure, il peut même ne pas posséder du tout de talent de comédien. Il doit aussi être un peu zélé, avoir de l’entrain. Du coup on peut trouver des choses intéressantes ensemble, y compris pour lui-même, s’il découvre en lui quelque chose qu’il ne savait pas. A partir de là, il y a un travail de création commun. C’est ainsi qu’on a travaillé avec Yuri. Je lui ai envoyé des mails avec des liens vers certains films qu’il devait voir pour travailler son personnage. Il a tout vu, tout regardé. Il n’était pas du tout paresseux. Il était curieux. Il ne disait jamais, par exemple : «Moi, j’ai appris ma partition, montre-moi où je suis sur scène et ne me raconte pas d’histoire, ne déconne pas avec moi.» Parce que j’ai déjà eu l’occasion de fréquenter des solistes de cette trempe, qui font le minimum pour être professionnel et remplir leur tâche professionnellement, mais qui ne s’intéressaient pas à tout ce qu’il y avait autour, et qui tout de suite baissaient le rideau. Et du coup je suis très content du rôle de Lel, car il n’a rien à voir avec la façon dont Yuri a joué dans Rouslan et Ludmila. Yuri peut donc jouer des choses très différentes. Mais si vous le voyez dans la réalité, vous n’imagineriez jamais qu’il peut jouer Lel. Entre lui-même et le personnage, il y a une énorme distance.

Vous travaillez souvent avec des références cinématographiques ?


Oui, je m’en sers beaucoup. De mes 12 ans à mes 30 ans, j’ai eu des périodes différentes, qui duraient trois ou quatre ans. Des moments obsessionnels. Entre autres, une des premières périodes était consacrée à l’opéra, qui est resté dans ma vie, qui est devenu mon travail. Mais cela a commencé comme une obsession. Tous les soirs j’allais au Bolchoï, c’était encore la période soviétique. Je me souviens du répertoire, de ce qui passait sur scène tous les jours, avec ma mémoire d’enfant. Je suis passé aussi par l’obsession chorégraphique. Et de mes 20 ans jusqu’à 25 ans, j’étais un cinéphile fou. C’était les années 90, à l’époque le droit d’auteur n’existait pas en Russie, et on pouvait trouver clandestinement n’importe quel enregistrement sur cassette VHS. Et je connaissais quelqu’un qui avait énormément d’enregistrements. Presque tout, de mauvaise qualité, depuis le cinéma muet. Donc je le payais un peu et j’empruntais les cassettes pour la journée. A cette époque, j’étais étudiant, je regardais trois films par jour, et cela a duré quelques années. Je regrette aujourd’hui de n’avoir plus de telle manie. Elles sont parties quand j’avais 30 ans.

Il faut vous trouver une nouvelle obsession !


C’est important, et ça me manque.

Vous jouez d’un instrument ?


Plus maintenant. J’ai fait mes études de violon. Mais j’étais sans doute mauvais violoniste, du coup on m’a pris comme metteur en scène.

Qu’est-ce qui vous attirait tant dans l’opéra pour y aller tous les jours, au Bolchoï ? Les voix, la mise en scène ?


(Long silence.) Pas les voix. Et pas la mise en scène. (Long silence.) Je venais à chaque représentation, pour revivre encore une fois, comme un drogué, comme à la recherche d’un narcotique, cet état surchauffé que me procurait ce genre d’art. D’abord, je croyais complètement à ce que je voyais, à toutes ces histoires, j’étais passionné. Ce n’était pas juste pour moi une trame servant à poser des moments musicaux, des airs, etc. Ce n’était pas un moment de pensée à cette époque, mais de passion. Les gens que je croisais n’arrêtaient pas de commenter : est-ce que cette note était bonne ou pas ? Je les détestais, parce qu’ils ne comprenaient pas le sens. Ce n’était pas une gymnastique artistique. C’était autre chose qui se jouait, pas juste une appréciation de la façon dont c’était fait, et cette effervescence m’était nécessaire. Mais avec les années ce degré de passion a diminué. J’ai compris que l’état de spectateur ne me satisfaisait plus et qu’il fallait que je passe de l’autre côté, que je me mêle de ce que je voyais.

Quand vous assistez à une de vos représentations, vous êtes dans quel état ?


Dans un état de surchauffe émotionnelle hors normes. Parfois, je pense que je peux avoir une attaque cérébrale, ou une hémorragie. (Il rit.) Et parfois je suis heureux, mais pas totalement. Le plus souvent, je suis très nerveux. Mais je ne me suis pas encore senti mal au point de m’évanouir. Je ne suis pas nerveux parce que quelque chose cloche. Mais parce que je suis [du verbe suivre, mais le verbe «être» au fond fonctionne aussi, ndlr] tout ça, et que je me dis «telle chose doit se produire, quelle horreur si elle n’a pas lieu, attention le moment approche !» (Il ferme les yeux.)

Vous fermez les yeux ?


Non. (Il rit.) Mais cela me rappelle quand ma mère me donnait à manger avec une petite cuillère quand j’étais enfant. Elle me tendait la cuillère et me faisait… [il fait un petit sifflement d’attente en mimant sa mère qui lui donne à manger et ne sait pas si la bouillie va se retrouver par terre, sur le bavoir ou dans la bouche de son fils, ndlr]. Je fais à peu près la même chose avec eux tous sur scène.

Les saluts, lors de la première, étaient très émouvants, vous êtes allé projeter Aida Garifullina seule sur le devant de la scène une seconde fois… Elle n’avait pas reçu assez d’applaudissements ? Comment avez-vous jugé, vous, sa performance ?


Si, elle avait reçu assez d’applaudissements, et ils étaient mérités. J’ai aimé la façon dont elle a chanté et a interprété son rôle. Mais je considère que ce qu’elle a fait est complètement nouveau pour elle. Et vraiment compliqué. D’ailleurs, les répétitions étaient très très difficiles. C’est un rôle écrasant, elle est tout le temps sur scène, pendant plus de trois heures, cela exige une telle force… et elle, fragile, très jeune, presque petite fille. Je sais qu’avec ce rôle elle a franchi une étape, qui n’était pas évidente, mais elle l’a fait. Et je sais combien de souffrances cela lui a coûté. Ce travail, pour elle, était bien plus difficile que pour les autres. Pas parce qu’elle n’arrivait pas à le faire, mais parce que l’objectif était infiniment plus complexe. Donc il était important qu’elle reçoive ce retour émotionnel.

Vous allez faire «Carmen» à Aix en juillet, qu’est-ce que vous avez en tête ?


Je ne dirai rien. Sinon vous allez me maudire par avance ! Carmen pour la France, c’est comme Eugène Onéguine pour la Russie, c’est le plus grand titre du répertoire national : tout le monde sait comment cela doit être. Tout le monde va regarder cette Carmen à travers une sorte de filtre particulier, en sachant exactement comment le spectacle doit être. Et je ne pense pas que cette Carmen correspondra à ce filtre. Est-ce que les spectateurs seront prêts à avoir une vision un peu plus large ? C’est une autre question.

Vous avez moins de pression en présentant à Paris une œuvre de Rimski-Korsakov, qui est de plus peu connue en dehors de la Russie…


Oui, bien sûr, mais cela ne veut pas dire que j’essaie d’être plus soft ou moins radical dans le traitement des œuvres russes. Je le fais toujours comme je le sens. On peut aussi penser que, quand je monte des opéras russes en Europe, je suis plus attentionné avec les œuvres, mais ce n’est pas vrai. Les gens qui disent ça n’ont pas de quoi faire la comparaison. Car si je présente cette Fille de neige à Moscou, cela provoquera des sentiments bizarres. Beaucoup de gens ne seront pas très heureux en voyant le résultat. Entre autres, quand on a fait Rouslan et Ludmila, le public hurlait pendant l’action. Il hurlait à la face des chanteurs, il y avait des cris. Pas à cause du chant, mais parce que le code visuel avait été décalé – bien qu’on monte cet opéra une fois tous les vingt-cinq ans en Russie.

Comment avez-vous vécu ce moment-là ?


Avec beaucoup d’excitation. Je me suis dit : je suis comme Stravinski pour le Sacre en 1913 au Théâtre des Champs-Elysées. (Rire prolongé.)

C’était le but ?


Non, je n’ai pas ce genre d’objectif.

«La Fille de neige» de Nicolaï Rimski-Korsakov, mise en scène Dmitri Tcherniakov, direction musicale Mikhail Tatarnikov, jusqu’au 3 mai à l’Opéra de Paris.

Guillaume Tion

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Nomination de Nicolas Blanc à la direction de l’établissement de coopération culturelle de Brive-Tulle - Ministère de la Culture et de la Communication

Nomination de Nicolas Blanc à la direction de l’établissement de coopération culturelle de Brive-Tulle - Ministère de la Culture et de la Communication | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Sur proposition unanime du jury et en plein accord avec Frédéric Soulier, maire de Brive-la-Gaillarde, et Bernard Combes, maire de Tulle, Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, donne son agrément à la nomination de Nicolas Blanc à la direction de l’établissement public de coopération culturelle en cours de constitution qui réunira Les Treize Arches de Brive-la-Gaillarde et les Sept Collines de Tulle. La ministre confirme par ailleurs l’attribution du label « scène nationale » à ce nouvel établissement.

Le ministère de la Culture et de la Communication accompagne et soutient ainsi la démarche conjointe des maires de Brive-la-Gaillarde et de Tulle, portée par le Conseil départemental de Corrèze et le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine dont l’ambition est de développer la vie artistique et culturelle, de soutenir les artistes et d’engager ainsi une nouvelle dynamique sur le territoire corrézien.

Nicolas Blanc veut s’appuyer sur les savoirs faire de chacune des équipes et sur l’identité artistique de ces deux scènes, pour fédérer ces singularités dans un projet unique centré autour de la création pour l’enfance et la jeunesse.

Le projet de Nicolas Blanc se nourrira du dialogue avec les territoires, entre ville et campagne, à la rencontre des habitants, aux côtés des artistes. Il sera mis en œuvre à travers une diversité de partenariats avec les professionnels et les collectivités locales.

Directeur des Scènes croisées de Lozère depuis 2010, Nicolas Blanc a auparavant été chargé de l’élaboration du schéma départemental de l’enseignement artistique du théâtre dans les Côtes d’Armor puis de celui consacré à la musique, la danse, le théâtre et les arts du cirque dans le Gers, avant d’être en charge de la politique culturelle dans ce même département.

La ministre tient à remercier Solange Charlot et Jean-Paul Dumas d’avoir préparé ce projet novateur. Elle salue leur engagement, celui de Solange Charlot qui a patiemment construit durant près de 20 ans, un projet d'envergure à la tête du Théâtre des 7 collines à Tulle avant de prendre sa retraite fin 2015 et celui de Jean-Paul Dumas qui a porté la création des Treize Arches depuis 2009.


Nicolas Blanc, directeur de l’établissement de coopération culturel de Brive-Tulle
Crédit : Soraya Hocine
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Théâtre : le duo Garraud-Saccomano nommé à la tête du CDN de Montpellier

Théâtre : le duo Garraud-Saccomano nommé à la tête du CDN de Montpellier | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Brigitte Salino dans Le Monde


Contre l’avis du maire Philippe Saurel, la ministre de la culture Audrey Azoulay a annoncé sa décision, mardi 18 avril.


Ce fut une drôle de journée : mardi 18 avril, Audrey Azoulay, la ministre de la culture et de la communication, a annoncé la nomination de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano à la direction du Centre dramatique national (CDN) de Montpellier. Avant d’envoyer le communiqué, elle a tweeté la nouvelle, que Philippe Saurel, le maire (sans étiquette) de Montpellier, a apprise alors qu’il donnait une conférence de presse pour expliquer son projet : adosser le Centre dramatique national au Printemps des comédiens – le festival de théâtre qui a lieu en juin au domaine d’O –, renforcer ses liens avec le conservatoire, et mutualiser la programmation des salles de la ville.

RODRIGO GARCIA, ANCIEN DIRECTEUR DU CDN DE MONTPELLIER : « QUATRE ANNÉES À RAMER À CONTRE-COURANT SONT PLUS QUE SUFFISANTES »



Philippe Saurel avait défendu son projet au cours d’une rencontre avec Audrey Azoulay, lundi 17. Il avait un candidat : Jean Varela, le directeur du Printemps des comédiens et du Théâtre sortieOuest, à Béziers, qui figure, depuis le 23 mars, dans la liste finale pour la direction du CDN, avec le duo Nathalie Garraud-Olivier Saccomano. Audrey Azoulay préférait le duo et l’a fait savoir à Philippe Saurel. Selon le ministère, cette candidature permettra de diversifier les acteurs sur le terrain de Montpellier, assez vaste pour accueillir plusieurs équipes.

Cette divergence explique la course contre la montre de mardi : Audrey Azoulay voulait aller vite, il restait quatre jours avant le premier tour de l’élection présidentielle. Philippe Saurel, lui, voulait peser dans la décision. Son entourage met en avant « la cohérence d’un projet ambitieux pour la ville » et le fait que Montpellier « a souffert » des deux dernières directions du CDN imposées par l’Etat – celles de Jean-Marie Besset (2009-2013), puis de Rodrigo Garcia (depuis 2013) – qui ont effectivement posé problème. Rodrigo Garcia a d’ailleurs décidé de ne pas briguer un second mandat. Avec son ironie habituelle, l’Hispano-Argentin a déclaré : « Quatre années à ramer à contre-courant sont plus que suffisantes. »

Une Biennale de la Méditerranée

« Je regrette que les propositions faites par la mairie de Montpellier n’aient pas été entendues par le ministère », a déclaré Philippe Saurel dans un communiqué, mardi 18. Mais le ministère avait un argument de poids : il finance le CDN à hauteur de 1,6 million d’euros, contre 750 000 pour la Ville de Montpellier. Il y aura donc, à partir du 1er janvier 2018, une metteure en scène, Nathalie Garraud (40 ans, le 8 mai), et un auteur, Olivier Saccomano (45 ans). Tous les deux dirigent la compagnie du Zieu, et sont associés à la Maison de la culture d’Amiens. Ils ont présenté deux spectacles au Festival d’Avignon : Othello, variation pour trois acteurs (en 2014) et Soudain la nuit (en 2015).

Nathalie Garraud et Olivier Saccomano veulent recentrer le Centre dramatique national de Montpellier sur ses missions fondamentales : création, production, ancrage dans un territoire. Ils veulent aussi créer une Biennale de la Méditerranée, avec des artistes qui travaillent autour du bassin méditerranéen, comme l’Italienne Emma Dante et le Libanais Omar Abi Azar, membre du collectif Zoukak qui organise chaque année un festival à Beyrouth.

Brigitte Salino
Journaliste au Monde

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Le programme culturel d'Emmanuel Macron : “L'Etat doit simplifier sa propre structure”

Le programme culturel d'Emmanuel Macron : “L'Etat doit simplifier sa propre structure” | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Réguler le mécénat, maintenir le système d'assurance-chômage des intermittents, limiter la décentralisation… : le candidat d'En marche commente les points forts de son programme culturel.

Quelle serait la première mesure culturelle de votre mandat ?

La culture elle-même... J'en ai fait le premier chantier de mon programme, donc un projet politique, car elle permet l'émancipation de l'individu. Le rêve français d'autonomie face au politique, au social, ou au religieux – la conscience critique – s'est construit grâce à la culture.

Comment voyez-vous le rôle de L'Etat ?

Il doit simplifier sa propre structure. Ses services locaux, les Drac (Directions régionales des affaires culturelles), sont encore organisés comme au temps où ils donnaient de larges subventions... Il faut en faire des capteurs de talent et plus des gestionnaires. Par ailleurs, l'Etat conçoit sa politique sur l'ensemble du territoire par l'intermédiaire des établissements publics (musées, scènes labellisées...) auxquels il donne un cap et de la stabilité financière. Les nominations de leurs responsables sont donc importantes. Il faut exiger de chacun un projet et déterminer des listes paritaires et ouvertes. Nous avons besoin d'un vivier de femmes et d'hommes. La politique de l'Etat s'exprime aussi par des campagnes transversales comme le prix unique du livre ou le soutien au cinéma, organisées par ces grandes agences que sont le Centre national du livre ou le Centre national du cinéma. Et bientôt cette généralisation de la pratique artistique à l'école que je souhaite mener avec les conservatoires. Enfin, n'allons pas plus loin dans la décentralisation : l'Etat est le garant d'une présence culturelle lorsque des collectivités territoriales changent de majorité.

Quel budget pour le ministère de la Culture ?

Un pour cent du budget de l'Etat (1). Le budget de la création sera stable et pérenne, comme celui du patrimoine qui vient d'être augmenté en 2017. Les politiques d'accès à la culture, aujourd'hui « parents pauvres », bénéficieront en priorité de réallocations, venant, par exemple, de l'audiovisuel public, où il y a un très gros budget. Sur les 50 milliards de mon plan quinquennal d'investissement, il y a aussi une enveloppe pour la culture : c'est un symbole fort. Enfin, je maintiens le système d'assurance chômage des intermittents – tel que défini par l'accord de 2016 obtenu grâce à l'Etat –, car il préserve l'écosystème de création.

Quelle place accorder au financement privé ?

Le mécénat et la participation des fondations à la vie culturelle apportent un formidable dynamisme, mais l'équilibre serait perdu si le mécénat se substituait aux engagements de l'Etat et des collectivités territoriales.

Quelles missions pour l'audiovisuel public ?

Assurer l'accès de tous à une information de qualité objective et aux productions culturelles françaises dans leur diversité. La gouvernance actuelle du service public est dysfonctionnelle : aux conseils d'administration, plusieurs ministères (le Budget, les Finances, la Culture) font en permanence du micromanagement sans procéder aux grands arbitrages. Je souhaite un modèle inspiré de celui de la BBC : un conseil d'administration de personnalités irréprochables – désignation qui peut passer par un débat à l'Assemblée nationale – aura en charge la nomination de dirigeants qualifiés et une évaluation annuelle du respect de leurs objectifs. On a trop souvent construit l'idée d'indépendance sur l'inflation budgétaire. Ce n'est pas juste.

“Un pays ne partageant pas le projet culturel européen n'adhère pas à ses valeurs. Pourquoi bénéficierait-il alors de ses crédits ?”

L'Europe semble la clé de votre politique culturelle...

La culture doit être le fil rouge de la nécessaire refondation européenne. Un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement doit y être consacré. Cela n'a jamais eu lieu. Un pays ne partageant pas le projet culturel européen n'adhère pas à ses valeurs. Pourquoi bénéficierait-il alors de ses crédits ? Je proposerai aussi la création d'un Erasmus culturel, afin que les artistes puissent circuler, deviennent des passeurs. Et pas seulement les plus reconnus d'entre eux...

Face aux Gafa, la solution est-elle européenne ?

Répéter « il faut taxer les Gafa ! » ne suffit pas. C'est une gradation de plusieurs règles fiscales et financières qu'il faut élaborer au niveau européen. Comme ces entreprises localisent leurs revenus ailleurs que là où elles diffusent, il faut d'abord réussir à taxer leur chiffre d'affaires dans toute l'Europe. Ensuite, leur faire respecter les obligations de diffusion et de financement de la production qui s'appliquent à chacun des pays. Enfin, si la fameuse taxe dite « taxe ­YouTube » – qui doit contribuer directement à la création – n'est pas calculée sur l'ensemble du chiffre d'affaires européen de ces Gafa, on n'obtiendra pas grand-chose... Voilà pourquoi ce dispositif doit être négocié dans le cadre d'un rapport de force au sein d'un marché numérique unique.

Comment garantir l'indépendance de la presse ?

Je m'inspire des fondations à l'anglo-saxonne. La loi séparera les propriétaires actionnaires de ceux qui administrent le projet économique afin que ces derniers ne soient pas dans la main du prince. En revanche, je ne souhaite pas interdire aux grands groupes industriels leur présence au capital de la presse, sinon on ne la financera plus à long terme.

CHACUN SES GOÛTS
Dernier livre ? L'Histoire mondiale de la France, ouvrage coordonné par Patrick Boucheron, et Les Larmes, de Pascal Quignard.
Dernière expo ? « Cy Twombly », au Centre Pompidou.
Dernier spectacle ? Edmond, l'évocation de Rostand, par Alexis Michalik, au Théâtre du Palais-Royal, à Paris.

(1) A noter que Benoît Hamon comme Jean-Luc Mélenchon proposent un budget équivalent à 1 % du PIB (soit environ 20 milliards d'euros pour 2015). Emmanuel Macron et François Fillon parlent quant à eux de 1 % du budget de l'Etat (soit environ 3,7 milliards d'euros en 2015).

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Paris quartier d’été devient Festival Paris l’été

Paris quartier d’été devient Festival Paris l’été | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Stéphane Capron dans Sceneweb www.sceneweb.fr

En 2017, Paris quartier d’été change de nom et devient Festival Paris l’été, une façon pour Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, qui sont aussi les directeurs du Théâtre Le Monfort d’être dans la continuité du travail mené depuis vingt-sept ans tout en insufflant une nouvelle dynamique. L’idée forte est de proposer des évènements à tout heure de la journée et pas seulement le soir. On pourra par exemple dans différents lieux de Paris écouter la voix de comédiens nous raconter des histoires dans un confessionnal sonore de11h à 13h ou regarder de 11h à 23h dans la Cour carré du Louvre des retransmissions des grandes spectacles de l’histoire du Festival d’Avignon donnée dans la Cour d’honneur du Palais des Papes.

Le Festival investit des lieux qui ne sont pas des théâtres comme le Lycée Jacques Decourt, Avenue Trudaine dans le 9ème qui sera dédié à la danse avec Sidi Larbi Cherkaoui, la compagnie Alia ou la compagnie indonésienne Balabala. Le Collectif 49 701 présentera son feuilleton théâtralisé autour du célèbre roman d’Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires, au Château de Vincennes du 3 au 5 août 2017 à 19h. La soirée d’ouverture le 17 juillet se déroulera à l’Auditorium de Radio France pour une battle de danse avec des danseurs de la compagnie d’Angelin Preljocaj et des danseurs classiques.

Le plasticien Olivier Grosstête construira une ville éphémère en carton pendant quinze jours à la Villette comme il a pu déjà le faire dans le passé à Aix en Provence. Il y aura aussi du cirque avec Yann Frisch et son magnifique Syndrome de Cassandre, Étienne Saglio, ainsi que des spectacles jeune public dont le Hansel et Gretel de la Cordonnerie.

Le Festival Paris l’été se déroulera du 17 juillet au 5 août 2017 et le programme complet sera disponible dans les tous prochains jours. http://www.parislete.fr/

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

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A la veille de la présidentielle, la jeunesse en scène au Théâtre du Nord

Par Agathe Charnet pour son blog L'Ecole du spectacle



A la veille de la présidentielle, la jeunesse en scène au Théâtre du Nord


« J’ai peur de l’avenir et en même temps c’est beau »

« Rihanna est une personne qui a beaucoup compté dans ma vie, dans ma vie personnelle »

« Mon premier chagrin d’amour, c’est comme si tous mes organes faisaient un nœud, comme si tout se serrait en moi ».

Ils s’appellent Toinon, Maxime, Aboubacar, Léna ou Nazif. Ils sont lycéens ou étudiants à Lille et sa région. Et, les voici, debouts sur la grande scène du Théâtre du Nord, s’exerçant à rester ancrés sur leurs deux pieds, à projeter leurs voix pour dire le spectacle qu’ils ont construit et créé ensemble. Âgés de 16 à 22 ans, ces seize jeunes ont cherché à répondre à la question : « C’est quoi être adolescent, aujourd’hui ?». Leurs jeunes vies, leurs premiers grands choix, les drames qui déjà les secouent et les transformations de leurs corps en devenir comme autant de terrains d’introspection et d’improvisation.

« 2017 comme possible » c’est ainsi que s’intitule le spectacle que la troupe amateure présentera au Théâtre du Nord, au Grand Bleu et à la Maison Folie de Wazemmes, à partir du 24 avril prochain. Depuis le mois de novembre, les comédiens en herbe sont dirigés par le metteur en scène Didier Ruiz, qui mène depuis quatre ans des projets similaires dans toute la France.

« Je leur propose de se confronter à un travail dur, un travail où il faut accepter de se perdre comme de se trouver, explique Didier Ruiz. « Ce qui se passe ensuite est inimaginable, ils sont tellement beaux. Ça brille tellement en eux. Au fond, je ne fais que ça : passer un grand coup de chiffon pour que ça brille ! ».


« Avant de commencer ce projet, je ne me connaissais pas. J’ai appris à me confronter à mes pensées, à mes peurs. C’est comme un grand voyage » raconte Alexandre, 18 ans. 

Pour son « portrait musical », Alexandre a choisi de faire écouter aux spectateurs la chanson « Boys in the street » de Greg Holden. L’histoire d’un père qui ne supporte pas que son fils embrasse des garçons dans la rue. « La première fois que j’ai joué mon portrait musical devant les autres, c’était les chutes du Niagara, sourit doucement Alexandre. Tout le monde a pleuré. Ça m‘a beaucoup touché, que tous aient de la compassion pour mon histoire ».

Afin de construire leur spectacle, les adolescents ont répondu en improvisation à des questions posées par Didier Ruiz comme « Qu’est-ce que la jeunesse pour toi ? », « De quoi as-tu peur ? », « Quel est ton rêve ?». Un travail physique, mené par Toméo Vergés, leur permet « d’exprimer tout ce qui n’a pas été dit », précise le chorégraphe espagnol. Sur scène, les réponses s’enchaînent de façon chorale, aussi spontanées que fulgurantes.

« Je ne suis sûre de rien sauf d’une chose : un jour, je veux être maman »

« Sarkozy a dit que l’homme noir n’était pas entré dans l’histoire. Ce qu’il a dit, ce n’est pas normal. Je vais vous faire écouter une chanson d’Alpha Blondy qui parle de ça »

« Je ne comprends pas grand chose à la sexualité. La sexualité c’est quelque chose de trop, et moi, je ne suis pas assez »


 « J’avais beaucoup de clichés sur la jeunesse, à cause de ce qu’on nous montre, confie Victor, 23 ans, au sortir de la répétition. Une jeunesse qui s’abrutit devant la télé-réalité, qui ne réfléchit plus. Et en fait non, c’est pas du tout ça ! Toute cette diversité, toutes ces différences entre nous, c’est une immense richesse. La diversité c’est un cadeau, pas un poison ».

Au Théâtre du Nord, la représentation de « 2017 comme possible » aura lieu le lendemain du premier tour des élections présidentielles. Certains voteront pour la première fois. « J’y ai pensé, aux élections, dit Maxime, 21 ans, étudiant en Arts de la scène à l’Université de Lille. Nous parlons de la jeunesse, de notre relation au monde, et ça a évidemment un rapport avec la politique. J’irai voter dimanche, je considère que c’est un devoir. » Victor aussi prendra le chemin des urnes : 

« Pendant la répétition d’aujourd’hui, j’ai eu un flash. Il y a une réplique où on dit qu’on est « pas dans la merde ».  Avant je pensais à Trump pendant cette réplique, mais maintenant, on peut s’attendre au pire.

Mais, si la politique ne nous sauve pas, il y a aura toujours le théâtre ».

« 2017 comme possible », au Théâtre du Nord le 24 avril à 20h, au Grand Bleu le 26 avril à 19h, à la Maison Folie Wazemmes, le 28 avril à 20h. 


Photo : La troupe de « 2017 comme possible » ©Emilia Stéfani-Law

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Françoise Gillard dans L'Événement d'Annie Ernaux

Françoise Gillard dans L'Événement d'Annie Ernaux | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Hadrien Volle dans Sceneweb


 Le festival Singulis de la Comédie-Française s’achève avec « L’Événement » d’Annie Ernaux par Françoise Gillard. Un texte sur l’avortement clandestin de l’auteure, pratiqué pendant l’hiver 1964. L’actrice parvient, avec un talent inouï, à donner une voix à celle qui est l’une des plus grandes auteures francophones de notre temps.

Simplement assise, Françoise Gillard dit « L’Événement » d’Annie Ernaux. La genèse et la pratique d’un avortement clandestin pratiqué en janvier 1964. Sans brutalité, tout est raconté avec justesse et un sens aigu du détail. Du moment où elle se rend compte qu’elle est enceinte à celui des visites chez le médecin à Rouen à l’automne 1963, enfin les confidentes difficiles à trouver et finalement l’obtention d’une adresse à Paris pour rendre visite à une « faiseuse d’anges ». Les rues arpentées, les trains, l’auto-stop et la fausse couche puis l’hôpital : tout est visible.

Ce texte a été écrit par Annie Ernaux, plus de trente ans après les faits, à partir d’un agenda et d’un journal. Seuls éléments qui attestaient de la réalité de ses souvenirs. La succession des étapes est ainsi décrite au jour le jour. Françoise Gillard incarne le texte avec grâce, élégance, sans aucune sensiblerie. Les mots parlent d’eux-mêmes. Elle a la figure volontaire et positive d’une jeune fille de 23 ans confrontée, entièrement seule, à l’injustice de la société. « L’Événement » n’est absolument pas heureux, mais Gillard capte si bien notre attention que l’on n’a pas envie qu’elle s’arrête de raconter. Le spectateur est confronté à l’horreur mais on ne la lui fait pas éprouver. L’écriture d’Annie Ernaux est sans équivoque, elle ne cherche pas à choquer ou à tirer vers le sordide. Pourtant, aucun pan de l’histoire n’est occulté.

Ainsi, Françoise Gillard dit un texte qui nous rappelle la dangerosité de l’avortement clandestin. Une adresse forte et claire à ceux qui voudraient revenir aux temps où une femme seule, livrée à elle-même, risquait sa vie pour pouvoir disposer de son corps comme elle l’entendait. Un message puissamment humain délivré avec une sensibilité rare et évidente.

Hadrien Volle – www.sceneweb.fr

L’Événement
d’Annie Ernaux
Conception et interprétation : Françoise Gillard
Collaboration artistique : Denis Podalydès
Durée: 1h05

Nouvelle production au Studio Théâtre de la Comédie-Française dans le cadre du Festival Singulis
Du 19 avril 2017 au 30 avril 2017

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La Chose commune, de David Lescot : concert révolutionnaire

La Chose commune, de David Lescot : concert révolutionnaire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Judith Sibony pour son blog Coup de théâtre


La Chose commune, de David Lescot : concert révolutionnaire

L’auteur, metteur en scène et musicien David Lescot a choisi de composer un concert pour évoquer la Commune, cet incroyable printemps 1871 durant lequel les Parisiens ont tenté d’inventer une société nouvelle, à la mesure des travailleurs. Nul hasard, à vrai dire, si cette aventure qui a failli changer le monde fait l’objet d’un récit musical : en épopée digne de ce nom, une telle histoire n’avait-elle pas vocation à être chantée ?

Épique, le spectacle l’est d’emblée, avec l’époustouflant monologue où Lescot prête sa plume et sa voix à un témoin des premières heures de l’insurrection (« on a fait une révolution et on l’a même pas fait exprès », conclut-il dans ce récitatif d’opéra new look).

Pour autant, on comprend d’emblée qu’il n’est pas question ici de tomber dans les facilités d’une reconstitution lyrique. Plutôt que de rassembler les chants séduisants et fameux qu’on associe volontiers à la Commune, l’auteur laisse de côté le plus mythique (« Le Temps des cerises »), insère des couplets de son cru entre deux refrains de « La Semaine sanglante » (« Et gare à la revanche quand tous les pauvres s’y mettront »), ressuscite un tube de l’époque (« C’est la canaille, et bien j’en suis ») mais en lui ôtant sa mélodie originale… Bref : la musique est ici au service de tout sauf d’un traitement muséal ; elle est au contraire recherche, multiplication des styles, tentative de faire entendre les choses d’une façon nouvelle… Comme pour inventer une forme qui soit fidèle à son objet : apte à ouvrir le champ des possibles.


La fiche d’état civil d’une héroïne de la Commune (Elisabeth Dmitrieff) se meut ainsi en chanson envoûtante ; les poèmes communards de Verlaine (balade dédiée à Louise Michel) et Rimbaud (« psaume d’actualité ») se retrouvent scandés comme des cantiques presque abstraits mais dont la moindre syllabe doit peser ; la question de la justice (« Les Oeuvres », superbe morceau signé et dit par David Lescot) fait l’objet d’un duo fascinant avec Elise Caron, un duo pour bien dire que certaines questions ne peuvent être traitées que de façon dialectique…

Au gré des morceaux, toute la fresque se dessine : depuis les réformes audacieuses en faveur de l’égalité des sexes et des travailleurs, jusqu’au bain de sang final et à l’exil des rares survivants, mis en cage dans des bateaux envoyés en Nouvelle Calédonie. Mais au-delà du récit, le spectateur se surprend à être aussi captivé par l’histoire que par la façon dont elle est racontée ; paroles scandées ou mélodies célestes, jazz improvisé ou rap en anglais… la forme fait à chaque fois étincelle à travers les voix d’Elise Caron, David Lescot et Mike Ladd, ou à travers les instruments virtuoses de Simon Goubert, Géraldine Laurent et Emmanuel Bex (coauteur du spectacle).

Par les temps qui courent, c’est presque une hygiène intellectuelle de se demander régulièrement comment parler de révolution sans avoir l’air naïf, sans avoir l’air fou, ou mieux : en prenant « la chose » au sérieux.

Cette question décisive pour quiconque aime la mémoire et l’espoir, David Lescot devait avoir envie de se la poser comme un défi, lorsqu’il a choisi de travailler sur la Commune de Paris. Et sa réponse est on ne peut plus intéressante : ce concert qui n’est pas baptisé La Chose commune par hasard, puisqu’en offrant aux mots des airs inattendus, il redonne un peu de substance inédite à un événement qu’on croyait figé comme un « lieu commun ». En renouvelant les façons de dire qu’on peut changer le monde, l’artiste fait rien moins que rendre audible cette idée, ce qui est somme toute assez considérable. 




La Chose commune, spectacle de David Lescot avec Emmanuel Bex, Élise Caron, Simon Goubert, Mike Ladd, Géraldine Laurent et David Lescot, à l’Espace Cardin (Paris 8e) jusqu’au 29 avril.



Géraldine Laurent (saxophone) – Emmanuel Bex (orgue) – Simon Goubert (batterie) – Elise Caron (chant, flûte) – Mike Ladd (chant) – David Lescot (chant) Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

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Le cirque Plume tire sa révérence... - 

Le cirque Plume tire sa révérence... -  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans maCommune.info


 Une dernière tournée pour finir en beauté…La troupe du cirque plume tire sa révérence pour son dernier spectacle "la dernière saison" qui est actuellement en cours de préparation. Cette tournée s'étendra sur quatre ans avec une série de 20 dates : la première représentation aura lieu le vendredi 19 mai 2017 à Besançon. Une "poésie des saisons" pour le directeur artistique du cirque Bernard Kudlak. 

Le cirque plume est né en 1984 d'un projet de Bernard Kudlak qui souhaitait réunir "l'esprit de fête, la politique, le rêve, les anges vagabonds, le voyage, la poésie et la musique".  

Après 35 ans d'implication, le directeur artistiqueIl estime avoir "eu une belle carrière" et ne veut pas vivre dans une société où tout semble éternel. Il ne souhaite pas poursuivre le cirque plume même s'il a vécu "beaucoup de joies intenses et de doutes". Il justifie cette dernière saison par des départs à la retraite pour une bonne partie de la troupe. "On vit, on meurt comme les galaxies".

"La dernière saison"

Il a fallu deux ans pour construire le projet du spectacle et cinq mois de préparation. 35 personnes (dont 14 artistes), de différentes branches de métiers telles que des techniciens sons et lumières, des cuisiniers et des menuisiers… participent à la réalisation du nouvel opus. Un véritable "travail d' ensemble" pour le directeur. 

Bernard Kudlak : "Place à l'écriture poétique, place à la suite…"

Le titre du spectacle final n'a pas été choisi au hasard. Il se lit "au sens propre et figuré'. Il s'agit d'annoncer la "dernière saison" du cirque plume mais aussi de l'intégrer au niveau régional : "cela portera sur les saisons qui s'écoulent, notamment en Franche-Comté comme la neige, la forêt, la terre...". La troupe s'engage au niveau écologique par la mise en garde des dernières saisons possibles pour l'Homme dues au réchauffement climatique. Le tout est accompagnée de la poésie habituelle du cirque plume soit la "poésie des saisons" précise Bernard Kudlak.

Info :

Du 19 mai au 14 juin 2017 à Casamène à Besançon. Certaines dates sont déjà complètes.
Chapiteau chauffé - Accès aux gradins 45 minutes avant le début du spectacle - Placement libre
Durée du spectacle : 1h50 sans entracte - Déconseillé aux moins de 5 ans - Bar et petite restauration avant et après le spectacle

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Christiane Jatahy : « Votre pays, cette utopie nécessaire »

Christiane Jatahy : « Votre pays, cette utopie nécessaire » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Brigitte Salino et Aureliano Tonet dans Le Monde



Vu de l’extérieur (9/9). La metteuse en scène brésilienne répond à la question : « Que représente pour vous la France de 2017 ? »


A l’approche des élections, Le Monde invite des artistes internationaux de renom, familiers de notre pays, à répondre à la question : « Que représente pour vous la France de 2017 ? » Car s’il est un enjeu qui engage artistes et politiques, c’est celui de la représentation. La metteuse en scène brésilienne Christiane Jatahy, née en 1968 à Rio de Janeiro, vient de monter La Règle du jeu, d’après Jean Renoir, à la Comédie-Française.

« La France a toujours été le lieu où les artistes du monde se rencontrent. Foyer de tant de mouvements qui ont changé la course des arts. Espace d’expansion de la pensée et de la création. Utopie nécessaire à tant de périodes de l’histoire. Voilà ce que m’inspirait la France, lorsque je l’examinais avec des jumelles, à un océan de distance, mais avec la proximité précieuse d’œuvres – livres, films… – générées par un pays qui accueille le monde en soi.

Depuis, j’ai traversé la mer et abordé cette terre avec quelques-unes de mes créations, reçues avec chaleur par un public critique mais ouvert, capable de se laisser surprendre par l’altérité. Je me rends compte que mon point de vue initial n’était pas un préjugé romantique et obsolète ; au contraire, il correspond à une réalité possible, aujourd’hui, maintenant. Il existe quelque chose d’unique chez vous, qui mêle un sens critique aigu à une grande ouverture sur l’ailleurs. Cette manière de marier l’art et la vie, je la sens dans vos rues, vos théâtres, vos musées, vos cinémas. A l’heure où l’éthique s’érode et où la peur menace de nous emprisonner, nous ne pouvons pas renoncer à nos utopies, fermer les yeux et répudier autrui, parce que répudier cet autre revient à nous répudier nous-mêmes, dans ce que nous avons de plus essentiel.

« CETTE MANIÈRE DE MARIER L’ART ET LA VIE, JE LA SENS DANS VOS RUES, VOS THÉÂTRES, VOS MUSÉES, VOS CINÉMAS. »
Cette année, je débute une nouvelle collaboration à Paris. J’ai été invitée à être artiste associée à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, un théâtre qui – comme son nom l’indique – a accueilli durant toute son histoire des artistes d’horizons divers. Ici, pour la première fois, ma compagnie brésilienne collaborera avec des artistes français : le projet s’intitule Ithaque et porte sur L’Odyssée, les odyssées actuelles, petites et grandes, celles qui dépendent de nous et celles qui nous traversent ; il porte sur la tentative de “rentrer à la maison” au sens le plus ample – “maison” comme lieu de mémoire, mais aussi de futur.

Dans la fiction, il s’agit du futur des retrouvailles. Dans la réalité, il s’agit d’un futur qui ne sera peut-être perçu, depuis une terre lointaine, qu’à travers le prisme de l’histoire ; quelqu’un, alors, je l’espère, estimera qu’une fois encore, votre pays aura contribué à l’édification d’un monde plus libre, égalitaire et fraternel. »

Propos recueillis par Brigitte Salino et Aureliano Tonet

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Un « Do Disturb » engagé et enchanté ce week-end au Palais de Tokyo

Un « Do Disturb » engagé et enchanté ce week-end au Palais de Tokyo | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Emmanuelle Jardonnet dans le monde


Un « Do Disturb » engagé et enchanté ce week-end au Palais de Tokyo
Par Emmanuelle Jardonnet
La performance sous toutes ses formes envahit le centre d’art jusqu’à dimanche soir.


Le festival parisien Do Disturb se terminera dimanche au Palais de Tokyo comme il a débuté vendredi 21 avril à 18 heures : par un chant déambulatoire de la chorale britannique Musarc, dont les miroirs de poche réfléchissent les visages des visiteurs. Un choix que la commissaire de ce festival dédié à la performance, Vittoria Mattarese, explique par le calendrier : « Pour ce week-end du premier tour de la présidentielle, ces chants classiques apportent une touche un peu solennelle. »

Des découvertes, de l’exigence, un grain de folie et une mise en perspective de la création actuelle en matière de performance : telle est la patte de ce réjouissant rendez-vous à la croisée des disciplines, qui prend chaque année possession des quatre étages du centre d’art. Après une première édition axée sur une sélection de performeurs soutenus par les grands musées internationaux, puis une seconde réalisée en partenariat avec les écoles d’art européennes, pour cette troisième édition, la prospection s’est faite du côté des grands festivals du genre : TBA à Portland, DDD à Porto, Santarcangelo en Italie, et côté français Actoral (Marseille), Camping-CND et les Nuits sonores (Lyon). Une programmation qui chercher à donner à voir une scène émergente en écho du monde. De ce maelström de performances – dont de nombreuses créations – ressort très nettement cette année l’idée d’engagement, tant physique que politique.

La question du queer

Le corps se fait ainsi étendard chez l’Américaine Lara Schnitger, qui réactive ici (en extérieur et en intérieur) son défilé Suffragette City, dont les banderoles et les slogans féministes ont parcouru la Women’s March, cette année à Washington, dans la foulée de l’élection de Donald Trump. A travers ses chorégraphies au long cours – son tournoyant Us Swerve, où des danseurs sur rollers communiquent par des poèmes, et The Tremble, danse à quatre ponctuée de conversations et de poèmes –, le Britannique Alex Baczynski-Jenkins s’emploie, lui, « à rendre le queer normal, à le sortir du seul monde de la nuit pour changer son statut dans la société », résume Vittoria Mattarese, qui a fait de cette question du queer une constante de Do Disturb.

Ne pas manquer dans cette veine l’irrésistible Throwing Balls at Night de l’Italien Jacopo Miliani (samedi à 19 h 45), performance de vogueurs stars de Londres qui aborde la question du désir autour d’un hypothétique terrain de tennis en revisitant une danse de Nijinski sur de la musique de Debussy... Dans la nuit de samedi à dimanche enfin (23 heures-6 heures), la carte blanche à Nuits sonores promet une « soirée mutante », « entre mutations de la musique électro et mutation des genres ».

Avec Zoufri, Rochdi Belgasmi revisite de son côté un patrimoine dansé tunisien méconnu : les improvisations festives des ouvriers du bâtiment mêlant gestes du travail quotidien et connotations sexuelles. Un travail de recherche que le danseur présente comme une conférence performée, à travers laquelle il montre les évolutions à travers le temps et les régions de ce phénomène citadin et masculin dont les obscénités et les tabous ont été gommées pour se transformer en folklores. S’il met le feu, l’artiste souligne aussi très clairement la fragilité du statut de danseur pour un homme en Tunisie, où le mot même est devenu une insulte. A ne pas rater ce samedi à 16 heures.

Corps-à-corps

Le corps comme résistance physique prend un tour littéral dans la création très graphique de Dennis Vanderbroeck, qui devient lui-même un élément architectural en « tent[ant] de réussir à faire plusieurs choses difficiles à la fois », comme l’indique le titre de son œuvre. Ou encore avec les constructions et escalades plus ou moins périlleuses de Jacopo Belloni ou Nicolas Puyjalon.

Les corps-à-corps se multiplient également dans les espaces. Avec les Blind Boxing Brides de Boris Dambly, matchs de boxe de mariées (hommes ou femmes confondus) en robe et les yeux bandés, la guitare électrique double-face à jouer à quatre mains et corps croisés de Francesca Grilli, ou encore l’invitation faite aux participants par Célia Gondol de danser un slow avec un inconnu, séparés par une feuille de bananier, entre position intime et mise à distance. Le corps-à-corps devient une confrontation avec soi-même chez la Néerlandaise Miet Warlop et ses surréalistes extensions corporelles en plâtre, ou avec Silvia Gribaudi, qui se joue de l’imperfection de son propre corps.

Autre facette du festival cette année : le sentiment de se perdre dans un monde enchanté. Au hasard de la déambulation, on croise ainsi la troupe de farfelus personnages de conte de Julie Béna, qu’elle disperse à travers le Palais ou regroupe pour une représentation – et parfois aussi son bébé déguisé en petit pois ou son teckel en costume de hot-dog. Au sous-sol, les visiteurs s’immergent dans les vapeurs colorées et musicales de l’Oxydation Machine de Jonathan Uliel Saldanha, tandis qu’au niveau 1, le Suisse Séverin Guelpa invite à une rêverie rythmée par la respiration de monumentaux coussins gonflables. Un « chant de troll » de la Norvégienne Tori Wranes surgit parfois.

Visages graffés

Dans ce festival qui a pour particularité la juxtaposition et la porosité des actions, certaines propositions se font malicieusement itinérantes. Ainsi les graffitis de Pablo Tomek déambulent, reproduits par une équipe de maquilleurs sur les visages des visiteurs. Visiteurs qui peuvent eux-mêmes faire l’expérience d’un mode de transport alternatif à travers les espaces, si l’artiste Simon Pfeffel, qui reçoit à un bureau, réussit à les convaincre de se laisser porter dans ses bras. Parfois, la déambulation est entravée : le visiteur ne pourra accéder à une partie du bâtiment sans traverser un terrain de basket dépourvu de panier, mais rempli de basketteurs et basketteuses enfiévrés.

Bousculer les codes, empêcher, perturber est au cœur du titre sous forme d’injonction du festival : « Do Disturb ». Les tout jeunes artistes regroupés autour du projet BYOP (Bring Your Own Performance) s’y emploient avec humour : les infiltrations de pigeons humains obsédés par les selfies, les marelles ou choux sur pattes, c’est eux. « Est-ce que la synchronicité est le plus gros atout ou le plus gros inconvénient de ce festival ? Je n’ai toujours pas la réponse », confie la commissaire générale en contemplant la joyeuse anarchie l’entourant.

Par Emmanuelle Jardonnet

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La Mouette d’Anton Tchekhov, mise en scène et scénographie de Oskaras Korsunovas – en lituanien surtitré en français

La Mouette d’Anton Tchekhov, mise en scène et scénographie de Oskaras Korsunovas – en lituanien surtitré en français | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Crédit Photo : D.Matvejev



La Mouette d’Anton Tchekhov, mise en scène et scénographie de Oskaras Korsunovas – en lituanien surtitré en français

Une Mouette au programme – pas n’importe laquelle -, il s’agit de la pièce mythique de Tchekhov visitée en lituanien, dont les sonorités ne sont pas éloignées du russe, par la troupe d’Oskaras Korsunovas sur le plateau du Théâtre 71 de Malakoff.

Korsunovas a déjà marqué les esprits avec Songe d’une nuit d’été ou Visage de feu.

Des bourgeois venus de la grande ville russe sont temporairement installés dans leur villégiature de campagne où règne un petit monde rustique de personnel de maison – le gérant du domaine, sa femme, leur fille, un maître d’école et un médecin.

Les uns et les autres sont amoureux de quelqu’un de non « légitime » et qui leur échappe : la femme du gérant, du médecin, et leur fille, du jeune maître qui l’ignore.

Des tensions et des frémissements sourds échappent de ces êtres en souffrance.

Les citadins, l’actrice russe Arkadina et son compagnon plus jeune, l’écrivain Trigorine, visitent du même coup leurs proches : le frère d’Arkadina, ancien conseiller d’Etat en retraite, et puis le jeune Treplev, le fils délaissé de la radieuse Arkadina.

Treplev, qui vit avec la bonhommie attentive de son vieil oncle, rêve en artiste à des formes nouvelles contre l’académisme des aînés que sert sa mère : l’auteur inspiré met en scène une première pièce dont sa voisine Nina, qu’il aime, est l’héroïne.

La création sous la lune au bord du lac que jouxte la maison est le départ du drame : Nina tombe sous le charme du célèbre Trigorine, oubliant la passion douloureuse de Treplev, soit encore un coup de foudre dévastateur pour la jalousie d’Arkadina.

La mise en scène joue avant tout sur la circulation des mouvements intérieurs des êtres, les non-dits qui affleurent d’autant plus sur les visages muets et les corps tus qu’ils crient et hurlent sourdement, en dépit des efforts consentis, leur souffrance.

Le jeu – ses préparatifs – se fait à vue : à jardin, une rangée de chaises pour les protagonistes quand ils ne sont pas sur la scène, chacun assistant dans l’humilité à la prestation de l’autre, selon les notes et les silences réglés d’une partition musicale.

Au lointain, l’écran vidéo où scintillent les miroitements de l’eau vivante du lac laisse apparaître les changements constants de toute vie qui va dans l’espace et le temps.

Les acteurs tenus rigoureusement intériorisent avec force et vigueur leur état d’âme ; ils sont apparemment calmes et paisibles, patients et conciliants, qualités existentielles d’une sagesse aguerrie, jusqu’à ce que soudainement, surgissent la puissance brute d’une parole et l’intensité énergique d’une gestuelle libératoire.

Treplev désespéré de vivre et d’écrire déchire et fait voler en éclats ses manuscrits dans un tourbillon aérien et volatil de feuilles blanches, un nuage de colère vraie.

Arkadina, sur le point d’être abandonnée, hurle à corps et à cris le chagrin de la trahison amoureuse – soupirs rauques, pleurs, la comédienne use de ses atouts. Quant à la jeune Nina, lumineuse à ses débuts, elle revient définitivement blessée. La malheureuse Macha, fille du gérant, épouse du morne instituteur, résiste toujours et sert au mieux un amant ingrat. Le médecin seul entretient une paix intérieure.

Déception, désillusion, amertume, manques et ratés des jours qui passent, les personnages tchékhoviens, revus par Korsunovas, « déménagent » sur la scène, faisant la part belle à la prééminence toute-puissante des émotions qui ravagent les âmes, que l’on soit acteur ou pas, auteur ou pas, jeune ou pas, maître ou pas.

Fièvre, transports et exaltation composent le répertoire d’un beau langage existentiel.

Véronique Hotte

Théâtre 71, Scène Nationale de Malakoff, du 21 au 27 avril. THEATRE71.COM

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Shakespeare épouse Ovide : Songes et métamorphoses de Guillaume Vincent

Shakespeare épouse Ovide : Songes et métamorphoses de Guillaume Vincent | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Par Philippe Chevilley  dans Les Echos
Photo © Elizabeth Carecchio



Spectacle : Le théâtre est une métamorphose. Il transforme le rêve en réalité, et la réalité en rêve, en une pincée de paillettes, un beau geste, une tirade ou un chant. Le jeune metteur en scène Guillaume Vincent nous en fait la plus brillante démonstration avec Songes et Métamorphoses, spectacle hybride qui, en quatre heures et deux parties, fusionne cinq Métamorphoses d'Ovide et le Songe d'une nuit d'été, de Shakespeare.


Loin d'être un exercice de style cérébral, ce projet inédit, à l'affiche du Théâtre de l'Odéon pour un mois, est un réjouissant feu d'artifice scénique. Dans Songe d'une nuit d'été, plusieurs intrigues s'entremêlent : le chassé-croisé des jeunes amants qui, bravant les ordres du duc d'Athènes et de sa cour, s'enfuient dans la forêt enchantée ; le bras de fer épique entre le roi et la reine des fées, Obéron et Titania ; et le projet théâtral que monte une troupe d'artisans, pour célébrer le mariage du duc. Or l'argument qu'ils ont choisi n'est autre qu'une Métamorphose d'Ovide : « Pyrame et Thisbé ». L'aspect kaléidoscopique du Songe est aussi décuplé par l'adjonction d'autres Métamorphoses en prologue. Shakespeare et Ovide s'accouplent en une orgie d'histoires, de situations, tragiques ou comiques.


COMME UNE ILLUSION COMIQUE ?


Guillaume Vincent s'inspire des comédiens de fortune du Songe, en rendant hommage au théâtre amateur : Narcisse est joué par des enfants ; de jeunes comédiens se glissent dans la peau de faux lycéens pour interpréter Myrrha. On assiste à un « work in progress » qui oscille sans cesse entre répétition et représentation, monde réel et monde magique. La scénographie, ingénieuse, joue de cette ambiguïté - un mélange de MJC et de Palais des mirages. Un rideau scintillant, une toile peinte chamarrée, quelques accessoires suffisent à créer l'illusion du théâtre. Fort de son cocktail de jeunes pousses et de comédiens chevronnés (Gérard Watkins en Puck vibrionnant, Emilie Incerti Formentini en terrifiante Procné), Guillaume Vincent fait feu de tout bois, passant sans crier gare du théâtre social au fantastique, de la fausse impro au jeu lyrique, du comique débridé au tragique onirique.


Jeu de miroirs théâtral Songe et métamorphoses reflète également le monde d'aujourd'hui en évoquant la prison (Pygmalion) ou le destin d'une femme de ménage (Procné ). En abordant le « Songe » après l'entracte, on pense que le spectacle va s'assagir. Mais les belles mélopées du couple Titania-Obéron, les facéties de Watkins-Puck, et, bien sûr, l'entrée en lice des artisans amateurs remettent le feu aux poudres. L'étoffe des rêves décousue-recousue par Guillaume Vincent est un flamboyant patchwork qu'il est doux de contempler. Attention au réveil, vous risquez d'être métamorphosé...



« Songes et Métamorphoses » de Guillaume Vincent, d'après Ovide et Shakespeare. Paris, Odéon-Berthier du 21 avril au 20 mai.Tél. : 01 44 85 40 40

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« L’Evénement » : toutes les femmes et Annie Ernaux

« L’Evénement » : toutes les femmes et Annie Ernaux | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Brigitte Salino dans Le Monde



Seule sur la scène du Studio de la Comédie-Française, Françoise Gillard interprète ce récit d’un avortement.

Il s’appelle Singulis, en référence à la devise de la Comédie-Française, « Simul et singulis » (« Ensemble et chacun en particulier »). Créé en 2016, ce festival propose d’écouter des textes choisis par des comédiens, seuls en scène. Françoise Gillard clôt l’édition 2017, avec L’Evénement, d’Annie Ernaux, l’auteure qui séduit le plus le théâtre, en ce moment. Non sans raison : son style parle à l’oreille, elle dit « je », comme un personnage proche, et les sujets qu’elle aborde sont justes. Dans L’Evènement, il s’agit de l’avortement.

Quand Annie Ernaux a écrit son livre, en 1999, la loi Veil avait 24 ans. Le temps d’une génération, dira-t-on. Oui, mais bien plus encore : le temps entre un après et un avant qui semble aujourd’hui presqu’impensable : ne pas pouvoir choisir d’avoir un enfant, risquer gros pour sa santé entre les mains des « faiseuses d’anges », et gros pour son avenir au regard de la loi interdisant d’avorter.


Des mots réparateurs

Au Studio de la Comédie-Française, ces interdictions sont énoncées par une voix masculine, en off. Elles claquent comme un couperet qui tombe sur une femme assise sur une chaise : Françoise Gillard. La comédienne est seule, comme il se doit, mais une cohorte de femmes l’accompagnent : toutes celles qui, comme Annie Ernaux, se sont retrouvées enceintes et privées de la liberté de leur corps.

L’auteure parle des autres en parlant d’elle, qui avait 23 ans, en 1963, quand elle a vécu « l’événement ». Parfaitement dits par Françoise Gillard, ses mots sont là, si précis qu’on croit les voir quand on les entend. Si nets qu’il y a eu un râle, venant d’une spectatrice, le soir de la première, au moment de la pose de la sonde abortive. Si réparateurs que prévaut, à la fin, le corps libéré d’une femme. Des femmes.

Studio de la Comédie-Française, Carrousel du Louvre. Tél. : 01-44-58-98-58. Jusqu’au 30 avril (relâche les 24 et 25), à 20 h 30. 22 €. www.comedie-francaise.fr

Brigitte Salino
Journaliste au Monde

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La neuvième nuit, nous passerons la frontière - mise en scène Marcel Bozonnet, à la Maison des Métallos

La neuvième nuit, nous passerons la frontière - mise en scène Marcel Bozonnet, à la Maison des Métallos | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Paru dans Libération :


Les exilés entrent en scène

«Pourquoi celui qui bouge dérange-t-il plus que celui qui reste ?» Marcel Bozonnet a imaginé son dernier spectacle, La Neuvième Nuit, nous passerons la frontière, à partir d’un essai de l’anthropologue Michel Agier, le Couloir des exilés. Sur scène, un comédien et une danseuse, et la violence du déplacement, de l’exil. Le texte de Michel Agier, spécialiste des camps et des migrations, et de la journaliste Catherine Portevin, se mêle aux paroles de Bertolt Brecht et aux mouvements d’une danse, le krump, née à Los Angeles dans les années 90.

La Neuvième Nuit, nous passerons la frontière, m.s. Marcel Bozonnet, Maison des métallos, 75011. Jusqu’au 23 avril. Rens. : www.maisondesmetallos.paris


http://www.maisondesmetallos.paris/2016/12/15/la-neuvieme-nuit-nous-passerons-la-frontiere

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Gérer la sûreté et la sécurité des événements et sites culturels - Ministère de la Culture et de la Communication

Gérer la sûreté et la sécurité des événements et sites culturels - Ministère de la Culture et de la Communication | Revue de presse théâtre | Scoop.it
Le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Culture et de la Communication publient aujourd’hui un guide de recommandationssur le thème « Gérer la sûreté et la sécurité des événements et sites culturels » rédigé par le préfet Hubert Weigel.




Ce guide de bonnes pratiques destiné aux organisateurs d’événements culturels de toute nature et à leurs organisations vise à renforcer les mesures de sûreté dont ils sont les garants, alors que va s’ouvrir la saison des festivals et des grandes manifestions artistiques et culturelles de l’été.



Fruit d’un travail collectif mené sous l’égide du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, il s’est articulé autour de quatre groupes de travail constitués selon les types de lieux (lieux totalement clos, événements à l'air libre mais dans des lieux clos, événements avec emprise sur la voie publique, bâtiments patrimoniaux). Près d’une centaine de personnes a contribué à la rédaction de ce document, des services du ministère de l’Intérieur et du ministère de la Culture et de la Communication comme des organisations représentatives des professionnels.



Ce guide pratique propose une méthode, des fiches techniques, un questionnaire d’auto-évaluation et des Vade-Mecum. Il permet de disposer d’outils précis tenant compte des spécificités des manifestations culturelles.



Ce document vient compléter les mesures prises par le ministère de la culture et de la communication pour renforcer la sécurité des festivals et de ses établissements publics. En effet, 73 emplois ont été créés en 2017 pour renforcer la sécurité des établissements publics nationaux culturels, qui bénéficient également de 14 M€ dont 5 M€ du fonds interministériel de prévention de la délinquance pour leur sécurisation. En 2017, le fonds d’urgence en faveur des salles de spectacles et des festivals créé au lendemain des événements du Bataclan sera renforcé de 4 M€ par l’Etat, pour un montant total depuis novembre 2015 de 18 M€.


Couverture du guide "Gérer la sûreté et la sécurité des événements et sites culturels"


Lien de téléchargement du guide : http://www.culturecommunication.gouv.fr/content/download/161242/1819666/version/1/file/Referentiel_Securite_Culture_web.pdf

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