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La Mélancolie des Barbares de Koffi Kwahulé par le Collectif Nose | Sceneweb

La Mélancolie des Barbares de Koffi Kwahulé par le Collectif Nose | Sceneweb | Revue de presse théâtre | Scoop.it

La pièce de Koffi Kwahulé est brutale, cruelle, comme la société d’aujourd’hui. Elle décrit de jeunes adultes prisonniers de leur condition sociale bancale, à la recherche du sens de leur vie, contraints à la violence pour s’en sortir. Elle est sophistiquée dans sa construction et merveilleusement bien découpée par le collectif NOSE ( NOSE pour Nord, Ouest, Sud, Est pour signifier les chemins croisés de ces comédiens). La mise en scène de Laurent Franchi et Camille Marois est vive, énergique, sensuelle, cinématographique et chorégraphique ( la scène minée de Scarface – jouée deux fois – que Zac regarde inlassablement est un petit bijou). Et puis il y a le personnage très touchant de Baby Mo. « Foutez-moi la paix avec ma cochonne de vie ! » dit-elle. Elle doit rendre des comptes à son mari qui pointe vers elle un pistolet. Ce sont alors tous les comédiens qui l’entourent. Le collectif NOSE montre ici un très beau travail choral, avec une très belle maitrise qui force l’admiration. A voir et à soutenir.

 

Stéphane Capron pour Sceneweb

 

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Au Théâtre du Soleil, Cartoucherie jusqu'au 8 décembre

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Revue de presse théâtre
"LE SEUL BLOG THÉÂTRAL DANS LEQUEL L'AUTEUR N'A PAS ÉCRIT UNE SEULE LIGNE"    L'actualité théâtrale, une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement.
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Comment utiliser au mieux la Revue de presse Théâtre

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Quelques astuces pour tirer profit de tous les services de  la Revue de presse théâtre

 

 

Les publications les plus récentes se trouvent sur la première page, mais en pages suivantes vous retrouverez d’autres posts qui correspondent aussi à l’actualité artistique ou à vos centres d’intérêt. (Navigation vers les pages suivantes au bas de la page)

 

 

 Les auteurs des articles et les publications sont systématiquement indiqués. 

 

Les articles sont parfois repris intégralement, mais le plus souvent sont réduits en longueur par rapport à l’article d'origine.

 

Chaque « post » est un lien vers le site d’où il est extrait. D’où la mention répétée « Cliquez sur le titre ou la photo pour lire l’article entier dans son site d’origine ».  Vous retrouverez la présentation originale de l'article : les titres, les photographies voulues par le site du journal ou l’auteur du blog d’où l’article est cité.

 

 

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Vous pouvez faire une recherche par mot sur trois ans de publications de presse et de blogs théâtre, soit en utilisant la liste affichée ci-dessus des mots-clés les plus récurrents , soit en cliquant sur le signe en forme d’entonnoir - à droite de la barre d’outils - qui est le moteur de recherche de ce blog ("Search in topic") . Cliquer sur l'entonnoir et ensuite taper un mot lié à votre recherche. Exemples : « intermittents » (plus d’une centaine d’articles de presse comportant ce mot) « Olivier Py» ( près de quarante articles ), Jean-Pierre Thibaudat (plus de quatre-vingt articles),  Comédie-Française (plus de cinquante articles), Nicolas Bouchaud (seize articles), etc.

 

Nous ne lisons pas les "Suggestions" (qui sont le plus souvent jusqu'à présent des invitations, des communiqués de presse ou des blogs auto-promotionnels), donc inutile d'en envoyer, merci !

 

Bonne navigation sur la Revue de presse théâtre !

 

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Julie Dupuy's curator insight, January 15, 2015 9:31 AM

Peut être utile au lycée

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Nuit de rêve à Chaillot : Christian Rizzo / Sharon Eyal et Gai Behar

Nuit de rêve à Chaillot : Christian Rizzo / Sharon Eyal et Gai Behar | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Judith Sibony pour son blog Coup de théâtre



Nuit de rêve à Chaillot


Au théâtre National de Chaillot, depuis hier et jusqu’à la fin du week-end, deux spectacles de danse tout à fait merveilleux se succèdent et se complètent pour parler d’humanité.

Le premier, dans la grande salle Jean Vilar, est une pièce de Christian Rizzo qui prend pour point de départ le clubbing. Sauts, ondulations, mouvements des hanches et scansions surplace : ces gestes que l’on fait tous quand on « fait la fête », le chorégraphe les confie à une troupe dont chaque danseuse et danseur semble avoir été choisi pour son charme virtuose – vêtus de pantalon noir à pince et chemisette blanche, les interprètes sont aussi, il faut le dire, particulièrement élégants. Au fil du spectacle, au rythme de la techno, l’auteur s’empare donc de nos danses du samedis soir ; il les intensifie, les amplifie, les travaille comme un chimiste doté de liquides révélateurs secrètement magiques. Si bien que peu à peu, réinterprétés par la troupe gracieuse et minutieuse, ces simples pas d’amateurs deviennent un ballet merveilleux. C’est ainsi qu’un code presque social (danser en groupe sur un rythme entêtant) se révèle matière d’art. Ou plutôt c’est ainsi que, avec sa générosité viscérale, Rizzo démontre la dimension superbe de nos joies anonymes : aller en boîte de nuit, sautiller entre inconnus, inventer un « ensemble » à la faveur de l’instant et de la musique.


le syndrome de ian / Christian Rizzo / crédits : Marc Coudrais
A 22h, dans le grand hall, le second spectacle joue a priori sur un tout autre registre : les danseurs ne font pas mine de ressembler à leur public ; au contraire, ils imposent d’emblée leurs singularités physiques impressionnantes, parés de tenues qui relèvent à la fois du justaucorps, de la haute couture et du super-héros « dark ».


Le spectacle s’appelle OCD Love, titre qu’on peut traduire ainsi : « l’amour, ce trouble obsessionnel compulsif ». Tout comme la pièce de Rizzo, il part donc d’une expérience de la vie. Une expérience finalement assez universelle (qui n’a jamais vécu l’amour sur un mode obsessionnel ?), et presque aussi familière que de faire la fête dans une night club. Et là encore, le génie des corps intensifie tout. Dans ce spectacle de Sharon Eyal, ancienne interprète de la célèbre troupe israélienne Batsheva, le moindre jeu d’épaule, la moindre parcelle de peau qui vibre dans un mouvement lent, la moindre interaction fugace entre deux danseurs, tout fait événement, et tout fait émotion. Chacun semble se dévouer corps et âme pour servir un récit muet mais néanmoins déchirant, et les ressources infinies que déploient ces trois femmes et de ces trois hommes expriment de façon captivante l’originalité de tout désir, de toute souffrance, et de toute (com)pulsion d’amour.

Voir ces deux spectacles coup sur coup est une expérience très forte. Double claque de beauté qui réconcilie un moment avec l’époque, puisque c’est bien elle, d’une façon ou d’une autre, qui a fécondé toute cette merveille. 

Christian Rizzo : le syndrome ian (jusqu’au 28 avril, à 19h30) et Sharon Eyal et Gai Behar : OCD Love (jusqu’au 29 avril à 22h), au Théâtre National de Chaillot, Paris 16e.

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Nomination d’Olivier Perry à la direction du Centre culturel André Malraux, scène nationale de Vandœuvre-lès-Nancy - Ministère de la Culture et de la Communication

Nomination d’Olivier Perry à la direction du Centre culturel André Malraux, scène nationale de Vandœuvre-lès-Nancy - Ministère de la Culture et de la Communication | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Communiqué de presse 


Sur proposition unanime du jury, en accord avec Stéphane Hablot, maire de Vandœuvre-lès-Nancy et Philippe Richert, président de la région Grand Est, Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, a donné son agrément à la nomination d’Olivier Perry à la direction de la scène nationale de Vandœuvre-lès-Nancy.

Olivier Perry a imaginé un projet qui laisse place aussi  bien à la musique qu'à la danse et au théâtre, en portant attention à la dimension photographique fortement inscrite au Centre culturel André Malraux.

En mettant l'accent sur la jeunesse et la diversité, il entend développer l’activité de la scène nationale à travers des résidences d'artistes pour déployer davantage encore l’éducation artistique et culturelle.

Administrateur général du Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape depuis 2013, Olivier Perry a précédemment fait partie de l'équipe du Centre Dramatique National de Gennevilliers et de celle de la Scène nationale de Douai.

Il succèdera à Dominique Répécaud, brutalement disparu le 19 novembre dernier et dont la ministre tient à saluer la mémoire. Son travail enthousiaste à la tête du Centre culturel André Malraux pendant 16 ans, animant une équipe engagée à ses côtés, a permis à cette scène de rayonner au niveau national et international.

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Marilú Marini, chroniques franco-argentines - Éditions Les Solitaires Intempestifs

Marilú Marini, chroniques franco-argentines - Éditions Les Solitaires Intempestifs | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Née à Buenos Aires, Marilú Marini, danseuse et actrice, est, au détour des sixties, une haute figure de l’âge d’or du pop argentin. Arrivée en France en 1975, à la veille de la dictature militaire argentine, elle devient l’icône des spectacles d’Alfredo Arias et du groupe TSE. D’autres aventures théâtrales lui donneront l’occasion de grandes interprétations notamment des œuvres de Jean Genet, Samuel Beckett, ou de son compatriote Copi.
Son pays est le théâtre. Elle l’habite avec une force raffinée, une capacité de métamorphose unique, un goût pour l’humour. Ce livre fait le pont entre l’Argentine et la France, entre l’espagnol et le français qu’il lui a fallu apprivoiser. “Long chemin, tant la langue est un corps”, dit-elle.
 
Odile Quirot, après avoir été critique dramatique au Progrès à Lyon et collaboré entre 1982 et 1990 aux pages culturelles du Monde, est responsable de la rubrique théâtre au Nouvel Observateur de 1992 à 2015. Entre 1990 et 1992, elle fut conseillère technique pour le théâtre au cabinet du ministre de la Culture, Jack Lang. Elle a réalisé plusieurs entretiens pour la collection "Mémoires du théâtre" de l’Ina. Elle est l’auteur de Eugène et le sultan: le voyage du peintre Eugène Delacroix au Maroc aux éditions Adam Biro. Chez Actes Sud, elle a publié deux ouvrages sur la compagnie Le Royal de Luxe, et un livre, Alain Françon, la voie des textes, qui retrace le parcours riche et passionnant de ce metteur en scène.
14,50 € TTC
Quantité :
Ouvrage en stock


ISBN : 978-2-84681-510-9
Date de parution : 23-04-2017
Nombre de pages : 160 pages
Collection : Du Désavantage du vent

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Théâtre. Sur les tréteaux du Maroni, un théâtre d’émancipation

Théâtre. Sur les tréteaux du Maroni, un théâtre d’émancipation | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Rosa Moussaoui pour L'Humanité



Le théâtre Kokolampoe en répétition de la Nuit des rois, mise en scène de Delphine Cottu.

La compagnie KS and Co s’est installée il y a dix ans en Guyane, dans l’ancien bagne de Saint-Laurent-du-Maroni. Elle a donné corps au théâtre école Kokolampoe, ancré dans les cultures et les langues d’Amazonie.


Pas de doute, il n’y a pas plus bel endroit que le théâtre pour donner sens aux secousses qui ébranlent et refaçonnent les communautés humaines. Entre les cases de l’ancien bagne de Saint-Laurent du Maroni, à l’ombre du gigantesque manguier que la brise du soir échappée du fleuve fait murmurer, s’invente, sur les planches et dans les luttes, une autre Guyane. La compagnie KS and Co, née en 1993 de la rencontre avec le cinquième studio du Théâtre d’art de Moscou, créé par Konstantin Stanislavski, s’est ancrée voilà bientôt dix ans. Ewlyne Guillaume et Serge Abatucci, venu, lui, du Théâtre de la Soif nouvelle d’Aimé Césaire, y bâtissent patiemment une utopie, celle d’un théâtre école ouvert aux cultures du fleuve Maroni, aux multiples communautés qui peuplent l’orée de la forêt amazonienne. « Un nom, ça se prend dans l’air que l’on respire », pourrait-on dire avec Koltès. Alors ses fondateurs ont baptisé ce théâtre Kokolampoe, « petite lampe à pétrole », en saramaka, l’une des langues du fleuve héritées des Noirs marrons échappés des plantations esclavagistes. Dans une région livrée à l’abandon, où la jeunesse est privée de futur, où les communautés amérindiennes et bushinenguées sont tenues aux extrêmes marges de la République, Kokolampoe est plus qu’une école. C’est, pour ses élèves, un précieux espace de liberté, de possible, d’émancipation.

Un pays paralysé pendant plus d’un mois

En ouvrant, mercredi, la 12e édition des Tréteaux du Maroni, le festival de théâtre porté par la compagnie, Ewlyne Guillaume évoquait d’emblée les soubresauts de la Guyane : « La situation est épouvantable, il fallait que ça explose. Le théâtre est un espace d’insoumission, nous nous inscrivons donc naturellement dans cette mobilisation. Maintenir le festival, c’est aussi l’expression d’une résistance sociale et culturelle. » Dans un pays paralysé pendant plus d’un mois, avant la conclusion d’un accord avec l’État, ce fut une gageure, pourtant. Les gradins pour accueillir le public sont arrivés la veille, seulement, de la première représentation. Il a fallu des trésors de patience et de générosité pour faire franchir les barrages aux artistes et techniciens, ravitailler les équipes, résoudre les casse-tête logistiques, tenir les répétitions. Finalement, dans ce contexte d’incertitude et de précarité, la magie du théâtre a bel et bien opéré. Sous la voûte étoilée, vendredi, une atmosphère d’allégresse entourait la première de la Nuit des rois (1). La traduction d’Ariane Mnouchkine, le rythme insufflé par la mise en scène de Delphine Cottu, artiste résidente au Théâtre du Soleil, assistée de Laure Bachelier-Mazon, le talent des jeunes comédiens de Kokolampoe donnaient une réjouissante résonance à l’humour de cette partition shakespearienne. Dans ce rire aux accents parfois mélancoliques se noue l’intrigue amoureuse qui met aux prises le duc Orsino (Devano Bhattoe), la belle et recluse Olivia (Rachelle Kodjo) et des jumeaux séparés par un naufrage, Sébastien (Christian Tafanier) et Viola (Kimmy Amienba). Celle-ci, sûre que son frère est mort, se travestit en homme pour se garder des convoitises masculines, avant d’entrer au service d’Orsino comme page sous le nom de Césario. Elle s’éprend de son maître, lui courtise Olivia, qui refuse ses avances et soupire d’amour… pour Césario, puis pour Sébastien, confondue par la ressemblance. En cette nuit d’Épiphanie, le désir se fraye là son chemin, de quiproquos en méprises, dans le déliement des corps et la musicalité d’une langue qui se déploie ici dans toute son universalité. Il fallait voir le ballet déjanté des domestiques et bouffons, sur ce plateau tout en profondeur, emmené au pas de charge par Toby, l’oncle d’Olivia, joué au pied levé, avec brio, par la metteuse en scène, après l’hospitalisation en urgence de l’un des comédiens. La silhouette et l’allure quichottesques d’André (Josiane Da Silva Nascimento), l’insolente placidité de Feste (Myslien Niavai), les burlesques et menaçantes ambitions de Malvolio (Damien Robert) portent la pièce sur cette fragile frontière où l’ordre social se brouille et vacille, au risque de l’affrontement. Avant que tout ne bascule, le dénouement se joue sur le même tempo, chacun trouve son âme sœur, et sur le plateau partagé entre les élèves de Kokolampoe et les comédiens venus de l’Hexagone et de Martinique, une langue commune s’est tissée, une authentique rencontre s’est opérée.

Comme les populations du fleuve, Kokolampoe est polyglotte, ouvert à tous les horizons. Dans ce Tout-monde théâtral, les écritures africaines ont naturellement trouvé leur place.

Comment se délester de ce qui est aliénant dans la tradition

En 2011, Ewlyne Guillaume avait déjà mis en scène Kaïdara, un conte peul recueilli par Amadou Hampâté Bâ. Elle poursuit, dans cette veine du récit initiatique, le travail qu’elle a engagé sur l’œuvre du Togolais Gustave Akakpo. Catharsis, joué jeudi, est le récit d’une mise au monde. Autour d’une reine mère surgie d’un puits, au milieu de la guerre et des charniers, se trame une étrange cérémonie. Insaisissable figure, Ellè, mi-souveraine, mi-prostituée, est tourmentée par ses trois fils, celui qui est resté auprès d’elle, celui qu’elle a vendu, celui qu’elle a abandonné à l’exil. Sur le fil de la déchéance, elle ne règne plus que sur le désastre, hurle sa douleur, entre dans un vertigineux examen de conscience, consent finalement à se prêter au rituel qui doit lui insuffler une vie nouvelle. Cette allégorie d’une Afrique épuisée par le pillage, les injonctions, le viol des imaginaires, le désir de fuite, est jouée avec intelligence et grâce par une comédienne au regard énigmatique, Kimmy Amiemba. Ce manifeste à l’écriture ciselée, empruntée aux oralités africaines, est ponctué par de mélodieux chants saramakas et djukas. Il dessine un corps-à-corps entre tradition et modernité, au cœur même des questionnements qui traversent aujourd’hui cette jeunesse guyanaise aux identités mouvantes. Que faut-il garder de ce que nous lèguent les anciens ? Comment se délester de ce qui est aliénant dans la tradition, comment s’arrimer aux mouvements du monde sans cesser d’être soi ? Du continent originel à la forêt amazonienne que figurent les oniriques décors, la remontée se fait, la catharsis opère, comme une libération, ouvrant, encore, de nouveaux horizons.

Impossible de retranscrire ici la richesse de ces rencontres artistiques et politiques, où les débats du collectif culturel Now Now ! succédaient aux représentations, transfigurant les vestiges de l’univers concentrationnaire du bagne. Dans ce creuset, des artisans décidés fabriquent un théâtre ouvert au monde, en harmonie avec son environnement, qui se joue des frontières et des barrières linguistiques et sociales. « Le fait d’avoir un arrière-pays nous donne de l’élan pour aller vers l’autre », résume Ewlyne Guillaume. Entre le fleuve et la forêt, sur les tréteaux du Maroni, dans le camp de la Transportation, s’invente, aux quatre vents, un théâtre de partage et d’émancipation.

(1) Tropiques Atrium-Scène nationale, Martinique, du 27 avril au 5 mai 2017. Réservations 05 96 70 79 29. La Cartoucherie, Paris 12e, dans le cadre du Festival des écoles du Théâtre de l’Aquarium, le 26 juin.


Rosa Moussaoui
Journaliste à la rubrique Monde

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Le danseur Barychnikov devient citoyen letton

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Sur le site bx1.be : 


Le danseur, chorégraphe et acteur américain d’origine russe Mikhaïl Barychnikov est devenu jeudi citoyen de la Lettonie, pays où il est né du temps de l’URSS. Les députés lettons ont voté par 84 voix pour, sans aucune voix contre, l’octroi de la nationalité lettonne au danseur, en lui évitant ainsi une longue procédure. Venu à Riga, l’artiste devait se faire remettre l’acte de naturalisation lors d’une cérémonie jeudi.

Comme la Lettonie et les Etats-Unis sont membres de l’Otan, la loi lettonne autorise la double nationalité pour leurs ressortissants.
Barychnikov, né en 1948, avait entamé des études de danse classique en 1957 à Riga, avant de les poursuivre avec succès à Leningrad (redevenue aujourd’hui Saint-Pétersbourg). Il est passé à l’Ouest en 1974 lors d’une tournée au Canada, où il a demandé le droit d’asile, avant de s’établir aux Etats-Unis.

Ces dernières années, le danseur, qui a joué aussi dans le feuilleton télévisé américain Sex and the City, s’est produit à Riga dans des one-man show ayant attiré un public si nombreux que des tickets se vendaient au marché noir pour quelques centaines d’euros.

Avec l’homme de théâtre letton Alvis Hermanis, il y a mis au point des spectacles qu’il a ensuite exportés à Broadway.

En demandant sa naturalisation, il a écrit une lettre où il reconnaissait l’occupation de la Lettonie par l’URSS – un geste important pour ses futurs concitoyens – et déclarait « espérer contribuer au progrès en Lettonie et à ses efforts en faveur des droits de l’Homme ».

« En tant que fils de parents russes, je n’ai pas eu une enfance très facile à Riga », a observé Barychnikov, dont le père était un militaire soviétique, dans cette lettre.

« En fait mon père était stationné en Lettonie pour occuper le pays. En dépit de ces circonstances difficiles, j’ai développé un lien solide avec la nation lettonne ».


http://www.baltictimes.com/saeima_approves_latvian_citizenship_to_the_world_famous_ballet_dancer_mikhail_baryshnikov/

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Le groupe Juste pour rire va ouvrir un théâtre à Paris

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Par Nicolas Dambre pour lascene.com


Le groupe québécois Juste Pour Rire inaugurera en septembre le théâtre Le 13ème Art, Place d’Italie à Paris. 


Ce lieu est aménagé dans l’ancien cinéma Gaumont Grand écran dans le centre commercial Italie 2. Le théâtre comprendra deux salles, l’une de 900 places avec un plateau de 30 mètres de large, l’autre de 150 places, mais aussi un studio télé pour l’enregistrement de capsules vidéo, une salle de répétition et un restaurant. 


Olivier Peyronnaud (ancien directeur de la Maison de la culture de Nevers) est le directeur général de la filiale française du groupe québécois Juste pour rire. C’est lui qui dirigera le 13ème Art. Il détaille : «Nous sortirons de la logique des théâtres privés qui ont 2 à 4 spectacles à l’affiche par saison. La durée d’exploitation sera de 4 à 6 semaines maximum et nous prévoyons plus de 1 000 levers de rideau par an, soit 2 ou 3 spectacles quotidiens quasiment tous les jours de l’année. C’est un théâtre pluridisciplinaire et pas seulement consacré à l’humour, un lieu tourné vers l’international et ancré dans son quartier.» 


Les parents pourront laisser leurs enfants assister à un spectacle jeune public pendant qu’ils font leurs courses dans le centre commercial. Ce dernier est géré par le groupe Hammerson, lequel a mené les travaux du théâtre et attribué une concession de 10 ans renouvelable au groupe Juste Pour Rire. Le projet architectural est signé de l’agence DVVD (Paris Bercy, Salle Pleyel). 



Le 13ème Art devrait annoncer sa programmation en mai. Son budget sera d’environ 2,5 M€, avec 40% de spectacles produits par le groupe et le reste ouvert aux autres producteurs de théâtre, théâtre anglophone, spectacles visuels, musique, cabaret… Une compagnie de cirque sera résidente durant cinq années. 


«Nous ne reprenons pas un lieu qui a une histoire, mais nous le créons : c’est à la fois terriblement angoissant et excitant, poursuit Olivier Peyronnaud. Être en lien avec une plateforme de vie déjà existante, un centre commercial qui attire 13 millions de personnes par an, peut amorcer de nouvelles dynamiques. J’aimerais assurer des coproductions et des coréalisations avec des théâtres publics et privés.» 
Nicolas Dambre



(En partenariat avec La Lettre du Spectacle du 3 mars 2017)

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Michel Bouquet : « Une vie de malheur. On risque sa vie à chaque rôle »

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Propos recueillis par Annick Cojean dans Le Monde

Un dimanche de mai 1943, à 13 heures, il est devenu « définitivement acteur ».


Je ne serais pas arrivé là si…

… Si une force mystérieuse n’avait pas poussé le petit apprenti pâtissier que j’étais à frapper un dimanche matin à la porte d’un grand professeur de théâtre. Je suis encore incapable d’expliquer ce qui m’a pris ce jour-là. Une étrange impulsion. Nous étions en 1943, en pleine Occupation. Je travaillais chez le pâtissier Bourbonneux, devant la gare Saint-Lazare à Paris, et j’habitais avec ma mère qui tenait un commerce de mode au 11, rue de la Boétie. Elle m’avait recommandé d’aller à la messe et j’avais pris sagement le chemin de l’église Saint-Augustin. Et puis voilà qu’au bout de la rue, j’ai bifurqué. Je me suis engagé sur le boulevard Malesherbes dans le sens opposé à l’église, suis parvenu à la Concorde et me suis engouffré sous les arcades de la rue de Rivoli jusqu’au numéro 190, une adresse, dénichée dans un bottin, que j’avais notée sur un petit bout de papier, dans ma poche depuis plusieurs jours. J’ai frappé chez le concierge et demandé M. Maurice Escande, le grand acteur de la Comédie-Française. « Il habite au dernier étage, vous ne pouvez pas vous tromper, il n’y a qu’un seul appartement. » J’ai sonné. Je n’avais pas encore 17 ans.

Qu’attendiez-vous ?

Rien. Je ne pensais rien, je ne savais rien. Même pas qu’il donnait des cours de théâtre. Mais il m’avait fasciné au Français où je l’avais vu, avec ma mère, jouer Louis XV dans la pièce Madame Quinze de Jean Sarment. Il était beau, à la fois sympathique et impressionnant. Et je m’étais dit qu’il représentait quelque chose de noble. Rien d’autre n’était conscient.

Que s’est-il alors passé ?

Une gouvernante a ouvert la porte : « Monsieur Escande est en train de se préparer pour aller à son cours de théâtre, mais enfin, entrez ! » Elle m’a fait patienter quelques minutes et j’ai entendu la voix d’Escande lui répondre : « Qu’il attende, je vais le voir. » Cela m’a paru fou, mais j’avais moi-même provoqué cette situation, alors j’ai pensé : il faut tenir, il faut tenir. Et Escande est arrivé. Charmant. « Vous avez préparé quelque chose ? », m’a-t-il demandé. « Je sais la tirade des nez de Cyrano de Bergerac. » « Alors dites-la. » J’ai commencé : « C’est un peu court jeune homme ! On pouvait dire… Oh dieu ! Bien des choses en somme… » Il a dit : « Eh bien, vous avez déjà une bonne voix, une bonne articulation. Mais vous n’auriez pas quelque chose de plus représentatif de votre âge ? » J’avais appris un petit poème de Musset et je me suis lancé : « Du temps que j’étais écolier, je restais un soir à veiller, dans notre salle solitaire. Devant ma table vint s’asseoir un étranger vêtu de noir, qui me ressemblait comme un frère… » Il a dit : « Très bien. Je vais tout de suite à mon cours, venez avec moi. »

Et vous l’avez suivi ?

Sans hésiter ! Oubliant la messe, ma mère, la pâtisserie, l’heure, tout. Nous sommes allés jusqu’au théâtre Edouard-VII en passant devant la Kommandantur et de nombreux soldats allemands. Deux cent cinquante élèves l’attendaient. Une vraie volière. Il m’a invité à me mettre au dernier rang de l’orchestre afin que j’assiste au cours. Et j’ai observé, envieux, des jeunes gens présenter des scènes devant leur professeur. Je me disais : « C’est inouï, ils ont la chance de ne faire que ça. Jouer ! » Jusqu’au moment où Escande a demandé à un élève de venir me chercher pour dire mon poème de Musset. Je me suis mis à trembler de tous mes membres, c’était une chose terrible, je suis monté sur la scène et j’ai commencé.

Les autres élèves étaient attentifs ?

Non ! C’était la fin du cours, ils se dispersaient, personne n’écoutait. Alors Escande s’est levé. Il m’a confié plus tard avoir pensé que s’il me laissait repartir ainsi, il ne me reverrait plus jamais. Il fallait qu’il provoque quelque chose. Il a crié : « Le cours n’est pas fini. Au lieu de bavarder et de faire des plans pour l’après-midi, vous feriez mieux de prendre une leçon. » Il s’est tourné vers moi et m’a lancé : « Recommencez. » Et j’ai redit le poème. En larmes. Complètement envahi par l’instant. Et j’ai senti que ce moment décidait de toute ma vie. Les élèves sont repartis en silence. Escande m’a dit : « Nous allons aller voir votre maman. »

Et vous avez marché ensemble vers la rue de la Boétie ?

Oui. Ma mère, sidérée, a découvert Escande sur le pas de sa porte. « Madame, a-t-il déclaré, je suis venue vous voir parce qu’il faut que ce petit fasse du théâtre. » Elle a dit : « Son père est en Poméranie, prisonnier, je ne peux pas prendre cette responsabilité sans son accord ! » Il a répondu : « Ne vous préoccupez pas. » Mais elle a insisté : « Il a sa petite paye et… » Il l’a interrompue : « Il assistera gratuitement à mon cours, il sera pris au conservatoire et je vous assure qu’il gagnera très vite sa vie. Il doit faire du théâtre. » Puis il est reparti. A 13 heures, ce dimanche de mai 1943, j’étais acteur. Fini la pâtisserie. J’étais définitivement acteur.

C’est extraordinaire !

C’est Escande qui l’a été. Il a eu un sens politique, il a pris ses responsabilités devant le petit jeune homme. Et figurez-vous que je ne l’ai jamais remercié. Voyez comme on peut être injuste ! Je ne m’en suis rendu compte que plus tard.

Le meilleur remerciement n’était-il pas de ne pas le décevoir professionnellement ?

Bien sûr. Mais j’ai tout de même été pris d’un remord. Trop tard. Cette histoire montre cependant que la vie peut s’ouvrir d’un coup. Et qu’il y a des miracles. Je portais en moi ce miracle. Je ne savais même pas que je postulais pour cette chose énorme de devenir un acteur, c’était proprement inimaginable. La pureté du moment est donc incontestable. J’étais comme un enfant. Avec un bout de papier dans la poche.

Il vous a tout de même fallu le courage de changer de chemin !

Non, il n’y avait pas de courage. J’ai été poussé.

Par quoi ? Le destin ? Un ange gardien ?

Oui, sûrement. Cela s’appelle aussi la vocation. Elle existe. Et quand on a la chance de la découvrir, je vous assure qu’on n’est plus seul dans la vie. Mais attention ! Elle exige tout ! Elle est sacrée et scelle votre destin. Le mien fut de me mettre à la disposition des auteurs et de les servir le mieux possible. Obsédé par ce qu’ils voulaient dire. Soucieux d’en savoir le plus possible sur leur esprit et leur intention. Il faut dire que j’ai eu la chance d’être formé par deux auteurs importants dès le début de ma carrière. Monsieur [Albert] Camus d’abord qui, dès le concours de sortie du conservatoire, nous a proposés, à Gérard Philipe et moi, de jouer dans sa prochaine pièce. Et puis Jean Anouilh. En parlant avec eux, en les fréquentant en répétition, en étant dans une sorte de camaraderie, je me suis senti admis à les représenter. Et ce fut incroyablement important.

Vous parlez d’un métier de modestie antinomique avec l’ego hypertrophié de beaucoup d’acteurs !

Nous ne sommes là que pour servir ! J’ai passé ma vie à aller à la rencontre des auteurs. Il y a ceux que j’ai personnellement connus et harcelés de questions. Et puis les autres, distants ou morts, que je n’ai cessé aussi d’interroger et qui me répondaient.

Comment ?

Eh bien je m’accrochais tellement au texte, le lisant, l’explorant, l’interrogeant des centaines de fois, rejetant telle interprétation, telle autre et puis telle autre, que je finissais par avoir l’impression qu’ils me soufflaient eux-mêmes la vérité.

Vous me faites penser à la pianiste Hélène Grimaud qui pense qu’à certains moments de grâce, le compositeur, Brahms par exemple, lui rend visite et inspire l’interprétation…

Mais oui, je trouve Hélène Grimaud admirable et je la comprends.

Votre père est-il venu vous voir jouer à son retour de la guerre ?

Il est venu au théâtre de l’Atelier voir L’invitation au Château. Et il ne m’a rien dit. Il était envahi par ce qu’il avait vécu et il ne pouvait plus réagir. J’ai très bien compris son silence. Il n’est jamais revenu me voir. Dès lors, la seule chose qui m’ait intéressé, c’est de respecter le cadeau que m’avait fait Escande. Et d’en être digne. Il a commandé toute ma vie.

Avez-vous eu la possibilité de repérer ou d’éveiller vous-même une vocation ici ou là ?

Je n’y ai pas pensé. Je ne songeais qu’à mon devoir.

Peut-être avez-vous fait, sans le savoir, le même cadeau qu’Escande ?

Non. Je n’étais pas digne de le faire, moi.

Suivre avec ferveur sa vocation fait-il une vie heureuse ?

Non, cela fait une vie de malheur.

De malheur ?

Le malheur de savoir que c’est si dur, chaque fois si dur. On risque sa vie à chaque rôle, et si le rôle ne veut pas vous parler, si l’auteur se refuse à vous renseigner, c’est foutu. Et c’est tragique.

Mais quand vous réussissez ? Quand votre interprétation sonne parfaitement juste et que le public applaudit acteur et auteur ?

Eh bien on se jette aux pieds de l’auteur et on cire ses chaussures pour qu’elles soient encore plus belles. Il n’y a aucune gloire à tirer. Aucun orgueil.

Au moins une certaine satisfaction !

Non. Jamais. Parce que c’est encore à refaire le lendemain. Et le surlendemain. D’ailleurs, je vous quitte parce que je joue ce soir. Je ne peux pas y échapper. Je dois me reposer et puis me préparer.

Allons ! Il y a dans votre œil des paillettes de gaîté quand vous parlez de théâtre.

Je suis en effet habité par quelque chose. Mais ne vous méprenez pas. Ce sont bel et bien des devoirs. Ma vie ne m’appartient plus, elle est à mes devoirs. Et je suis toujours dans ce vestibule de la rue de Rivoli, attendant de dire mon poème. Espérant le miracle qui se produit de temps en temps.

Soixante-treize ans après votre rencontre avec Escande, vous avez donc toujours la même angoisse ?

Oui. Car c’est l’auteur qui donne le talent. Et c’est lui qu’il faut supplier de parler. Je pressens que mon acolyte Hélène Grimaud partage ce point de vue. La quête est incessante… Il faut cette fois que je vous quitte. Je m’en vais vers mon doute.

Propos recueillis par Annick Cojean



Après une tournée dans toute la France, Michel Bouquet joue, avec son épouse Juliette Carré, la pièce A tort et à raison de Ronald Harwood au Théâtre Hébertot à Paris (du mercredi au samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures). Relâche entre le 1er et 25 mai. 100e et dernière le 19 juin.

Un coffret de deux CD « Molière-Shakespeare-Corneille-Beckett-Pinter... expliqués par Michel Bouquet » synthétise les cours donnés par le comédien lorsqu’il était professeur au Conservatoire national d’art dramatique en 1986-1987. Accompagné d’un livret de 12 pages. Edition Frémeaux & Associés.

Annick Cojean
Journaliste au Monde


Photo : Michel Bouquet à Paris, le 12 janvier.

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A la veille de la présidentielle, la jeunesse en scène au Théâtre du Nord

Par Agathe Charnet pour son blog L'Ecole du spectacle


« J’ai peur de l’avenir et en même temps c’est beau »

« Rihanna est une personne qui a beaucoup compté dans ma vie, dans ma vie personnelle »

« Mon premier chagrin d’amour, c’est comme si tous mes organes faisaient un nœud, comme si tout se serrait en moi ».

Ils s’appellent Toinon, Maxime, Aboubacar, Léna ou Nazif. Ils sont lycéens ou étudiants à Lille et sa région. Et, les voici, debouts sur la grande scène du Théâtre du Nord, s’exerçant à rester ancrés sur leurs deux pieds, à projeter leurs voix pour dire le spectacle qu’ils ont construit et créé ensemble. Âgés de 16 à 22 ans, ces seize jeunes ont cherché à répondre à la question : « C’est quoi être adolescent, aujourd’hui ?». Leurs jeunes vies, leurs premiers grands choix, les drames qui déjà les secouent et les transformations de leurs corps en devenir comme autant de terrains d’introspection et d’improvisation.

« 2017 comme possible » c’est ainsi que s’intitule le spectacle que la troupe amateure présentera au Théâtre du Nord, au Grand Bleu et à la Maison Folie de Wazemmes, à partir du 24 avril prochain. Depuis le mois de novembre, les comédiens en herbe sont dirigés par le metteur en scène Didier Ruiz, qui mène depuis quatre ans des projets similaires dans toute la France.

« Je leur propose de se confronter à un travail dur, un travail où il faut accepter de se perdre comme de se trouver, explique Didier Ruiz. « Ce qui se passe ensuite est inimaginable, ils sont tellement beaux. Ça brille tellement en eux. Au fond, je ne fais que ça : passer un grand coup de chiffon pour que ça brille ! ».



« Avant de commencer ce projet, je ne me connaissais pas. J’ai appris à me confronter à mes pensées, à mes peurs. C’est comme un grand voyage » raconte Alexandre, 18 ans. 

Pour son « portrait musical », Alexandre a choisi de faire écouter aux spectateurs la chanson « Boys in the street » de Greg Holden. L’histoire d’un père qui ne supporte pas que son fils embrasse des garçons dans la rue. « La première fois que j’ai joué mon portrait musical devant les autres, c’était les chutes du Niagara, sourit doucement Alexandre. Tout le monde a pleuré. Ça m‘a beaucoup touché, que tous aient de la compassion pour mon histoire ».

Afin de construire leur spectacle, les adolescents ont répondu en improvisation à des questions posées par Didier Ruiz comme « Qu’est-ce que la jeunesse pour toi ? », « De quoi as-tu peur ? », « Quel est ton rêve ?». Un travail physique, mené par Toméo Vergés, leur permet « d’exprimer tout ce qui n’a pas été dit », précise le chorégraphe espagnol. Sur scène, les réponses s’enchaînent de façon chorale, aussi spontanées que fulgurantes.

« Je ne suis sûre de rien sauf d’une chose : un jour, je veux être maman »

« Sarkozy a dit que l’homme noir n’était pas entré dans l’histoire. Ce qu’il a dit, ce n’est pas normal. Je vais vous faire écouter une chanson d’Alpha Blondy qui parle de ça »

« Je ne comprends pas grand chose à la sexualité. La sexualité c’est quelque chose de trop, et moi, je ne suis pas assez »


©Emilia Stéfani-Law
 « J’avais beaucoup de clichés sur la jeunesse, à cause de ce qu’on nous montre, confie Victor, 23 ans, au sortir de la répétition. Une jeunesse qui s’abrutit devant la télé-réalité, qui ne réfléchit plus. Et en fait non, c’est pas du tout ça ! Toute cette diversité, toutes ces différences entre nous, c’est une immense richesse. La diversité c’est un cadeau, pas un poison ».

Au Théâtre du Nord, la représentation de « 2017 comme possible » aura lieu le lendemain du premier tour des élections présidentielles. Certains voteront pour la première fois. « J’y ai pensé, aux élections, dit Maxime, 21 ans, étudiant en Arts de la scène à l’Université de Lille. Nous parlons de la jeunesse, de notre relation au monde, et ça a évidemment un rapport avec la politique. J’irai voter dimanche, je considère que c’est un devoir. » Victor aussi prendra le chemin des urnes : 

« Pendant la répétition d’aujourd’hui, j’ai eu un flash. Il y a une réplique où on dit qu’on est « pas dans la merde ».  Avant je pensais à Trump pendant cette réplique, mais maintenant, on peut s’attendre au pire.

Mais, si la politique ne nous sauve pas, il y a aura toujours le théâtre ».

« 2017 comme possible », au Théâtre du Nord le 24 avril à 20h, au Grand Bleu le 26 avril à 19h, à la Maison Folie Wazemmes, le 28 avril à 20h. 

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Joël Pommerat adapte son Pinocchio au Festival d'Aix sur une partition de Philippe Boesmans

Paru dans Sceneweb


Depuis que l’écrivain Carlo Collodi l’a fait sortir de son imagination et Geppetto d’un morceau de bois, le pantin Pinocchio s’est vu sans cesse transformé, adapté, revisité. Aujourd’hui, l’homme de théâtre Joël Pommerat en fait un personnage d’opéra, dans une idéale collaboration avec le compositeur Philippe Boesmans dont l’univers musical chamarré semble taillé sur mesure pour le petit personnage de bois. Un personnage présenté ici comme une vraie « tête à claques », loin de tout sentimentalisme, afin de renouer avec la peinture sans concession de la pauvreté que Collodi déploie dans son livre. Fidèle à sa conception du théâtre comme geste de troupe, Joël Pommerat confie tous les rôles de ce conte lyrique à six chanteurs aux multiples costumes – fée de cabaret, directeur de cirque, mauvais camarade – tous prennent vie par la grâce d’un directeur de troupe qui est aussi le narrateur de cette histoire adressée à tous, petits et grands. 

Dossier de presse.

Philippe Boesmans (1936)
Pinocchio
CRÉATION MONDIALE
Opéra sur un livret de Joël Pommerat
d’après Carlo Collodi
Commande du Festival d’Aix-en-Provence
Nouvelle production du Festival d’Aix-en-Provence
En coproduction avec La Monnaie / De Munt, l’Opéra de Dijon, l’Opéra national de Bordeaux
Aide à l’écriture d’une œuvre originale du Ministère de la Culture et de la Communication
Direction musicale
Emilio Pomarico
Mise en scène
Joël Pommerat
Décors et lumière
Éric Soyer
Costumes
Isabelle Deffin
Vidéo
Renaud Rubiano
Un directeur de troupe / un escroc / un meurtrier
Stéphane Degout*
Un père / un meurtrier / un maître d’école
Vincent Le Texier
Un pantin
Chloé Briot*
Un directeur de cabaret / un juge / un escroc / un meurtrier
Yann Beuron
Un mauvais élève / une chanteuse de cabaret
Julie Boulianne
Une fée
Marie-Eve Munger*
Musiciens de scène
Violon
Tcha Limberger
Saxophone
Fabrizio Cassol
Accordéon
Philippe Thuriot
Orchestre
Klangforum Wien
2h15 entracte compris
Spectacle en français surtitré en français et en anglais
* anciens artistes de l’Académie

Grand Théâtre de Provence
Les 3, 7, 11 et 14 juillet à 20h00
Les 9 et 16 juillet à 17h00

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Hortense Archambault prépare la réouverture de la MC93

Hortense Archambault prépare la réouverture de la MC93 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Hadrien Volle pour Sceneweb
 


Hortense Archambault devant la MC93 en travaux – Avril 2017.
Le 23 mai, la Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis (MC93) rouvre ses portes après trois années de travaux. Ce bâtiment élevé par le célèbre duo d’architectes Fabre et Perrotet a ouvert en 1980 sur une surface de 6 000 m² et il atteint aujourd’hui, au fil des restauration, les 11 000 m². Ces nouveaux travaux dirigés par l’architecte Vincent Brossy – lui-même admirateur de Fabre et Perrotet – ont été pensés en premier lieu pour la sécurité des personnes, pour l’accessibilité au public handicapé et pour refaire l’isolation thermique des lieux. Ils réservent aussi bien d’autres nouveautés… Hortense Archambault, directrice de l’établissement depuis août 2015 revient sur ce chantier colossal de 18 millions d’euros, « toutes dépenses confondues ».

En 2015, lors de votre arrivée à la tête de la MC93 Bobigny, le bâtiment est déjà en travaux. Celui-ci va rouvrir ses portes au mois de mai prochain. Qu’est-ce qui aura changé ?

Le projet de rénovation de Vincent Brossy est aussi une restructuration architecturale. Le déclanchement des travaux vient d’un problème clair : des difficultés techniques et des problèmes de sécurité devaient être réglés ! Mais de là, l’architecte est parti pour faire un geste consistant à reprendre le bâtiment tel qu’il était, avec ses extensions successives, et en faire quelque chose de cohérent tout en gardant l’esprit du lieu. Un peu à l’image du projet que je veux mener à bien à la direction de la MC93. Les artistes qui ont visité le bâtiment et qui ont travaillé à l’ancienne MC93 sont à la fois émus, parce qu’ils retrouvent quelque chose du caractère de la M,C et en même temps ils voient quelque chose d’une transformation. Très concrètement, la grande salle Oleg Efremov, a été transformée principalement sur le plan technique. Le spectateur ne va donc pas s’en rendre, l’âme de cette salle a donc été gardée. Il y a un très grand plateau, une cage de scène qui est parmi les plus importantes d’Île-de-France et 800 places pour le public en configuration gradins.

Alors quelles sont les nouveautés qui seront visibles pour le public ?

La plus importante est la Nouvelle Salle – qui ne porte pas encore de nom. Elle ouvrira en septembre 2017 avec une création de Marie-Christine Soma réunissant, entre autres, Dominique Reymond, Mélodie Richard et Pierre-François Garel. Une salle qui n’existait pas et qui a été élevée sur le toit de la salle Efremov. C’est donc une extension vers le haut. Ce nouvel équipement va remplacer la salle Christian Bourgois qui manquait de hauteur sous plafond. En termes de technique, cette nouvelle salle permet donc davantage d’amplitude. La jauge sera de 200 à 230 places avec une configuration très polyvalente. La salle Bourgois sera de temps en temps programmée, mais la plupart du temps elle servira de lieu de répétition, le vrai lieu de répétition qui manquait à la MC93.


La « Nouvelle Salle » de la MC93


Il y a aura aussi des changements du côté des espaces d’accueil.

Le hall est l’une des petites choses sur lesquelles j’ai pu intervenir puisque lorsque je suis arrivée à la MC93, le programme architectural était déjà choisi. Mais j’ai demandé à l’architecte de réfléchir à la transformation du hall pour en faire un « lieu de tous les possibles » qui correspond, là aussi, au projet que je veux mener à la MC93 qui est celui de dire qu’un théâtre doit être un outil pour montrer les spectacles les plus merveilleux possible, mais peut-être que cela ne suffit pas. Un lieu comme la MC doit remplir de hautes fonctions dans une ville comme Bobigny.

Comment cela s’illustre dans le hall ?

Le hall est considérablement agrandi et joue de la transparence sur la ville. Dès le mois de septembre, le hall sera ouvert les après-midis de la semaine aux personnes qui en auront besoin. Par exemple, des jeunes nous ont dit qu’ils auraient besoin d’un endroit pour répéter, on peut donc imaginer les choses pour eux comme cela se fait déjà au 104. L’aménagement même de l’espace a été pensé en associant les futurs usagers. Un groupe de spectateurs et de non-spectateurs de la MC a été créé pour en définir le cahier des charges, et c’est le designer Johan Brunel qui a créé le mobilier.


Le Hall Matoub
Qu’est-ce qui est ressorti de ces réunions avec les usagers ?

Tout le monde était d’accord qu’il y aurait des usages très différents de cet espace nouveau et qu’il fallait faire confiance aux gens, car le théâtre est l’un des rares endroits où des gens très différents peuvent se côtoyer. Donc le mobilier sera justement très « mobile » et il pourra être utilisé de différentes façons. L’expérience nous dira s’il faut ajouter ou retirer des éléments, comme cela a pu se faire au 104 avec les paravents ou les miroirs.

Le restaurant sera ouvert tous les midis où le café sera à 1€., comme on l’illustre par ailleurs avec le [« pass illimité »].

Cette invitation accompagne une politique d’ouverture accrue de la MC93 sur la ville ?

En effet ! Le restaurant de la MC sera ouvert tous les midis, avec le café à 1€. Cette ouverture accompagne des initiatives déjà en place comme le « pass illimité » qui permet à des spectateurs de venir voir tous les spectacles de la saison pour 10€ par mois. Car la question financière peut être parfois un frein à la fréquentation de nos lieux. On a vendu un nombre important de pass, notamment en tarif réduit (7€). Grâce à celui-ci, on s’est rendu compte que sur cette saison – qui s’est déroulée hors les murs dans toute la Seine-Saint-Denis – les gens allaient voir beaucoup de choses. Ce qui était un de nos enjeux. Une grande partie des adhérents à ce pass sont de nouveaux spectateurs. On en a vendu 210 cette année.

Nouvelle architecture, plus d’ouverture sur des publics nouveaux. Vous désignez aussi ce nouveau lieu comme lieu d’accueil d’une « fabrique d’expérience ». Qu’en est-il ?

Le hall sera l’un des espaces de cette « fabrique d’expérience » qui est un projet en gestation depuis plusieurs mois maintenant. Cette réflexion vise à donner à l’art une expression très concrète dans la société. Cette fabrique est ouverte à tous les projets : de ceux qui veulent accueillir des habitants de Bobigny et plus largement de Seine-Saint-Denis pour créer des rencontres, faire autre chose qu’une création au sens où on l’entend habituellement dans un lieu comme la MC93 mais en associant néanmoins des artistes en résidence sur le long terme avec des citadins. Au final, cela pourra produire une œuvre, mais aussi beaucoup de temps pour des rendez-vous, des moments de partage, que l’on ne peut pas qualifier, mais qui seront autant d’expériences pour ceux qui y participeront. Tout est possible.


La façade de verre de la MC93
Allez-vous continuer à faire des spectacles « hors les murs » dès lors même que la MC93 sera rouverte ?

Seulement des lectures car c’est un format qui s’y prête et qui peut se balader plus facilement et puis on veut continuer à créer de la relation entre des textes contemporains et des lieux particuliers. Il y aura donc de nouveaux sites avec de nouveaux textes. Jusque-là, nous avons été dans des lieux patrimoniaux comme la Bourse du Travail ou la gare de déportation, mais aussi des lieux associatifs à Noisy ou dans des cafés, des parcs et des bibliothèques. Pour le reste des créations, on va se reconcentrer sur l’intérieur des murs.

Que va-t-il se passer justement à l’intérieur des murs la saison prochaine ? Quelle orientation artistique allez-vous suivre ?

Mon orientation reste vouloir représenter des artistes qui parlent d’aujourd’hui. De fait, il y aura beaucoup d’auteurs contemporains programmés. Notamment deux aventures qui sont pour moi très belles, symbolique de ce que j’ai envie de faire. Ce sont des artistes qui passent commande à un auteur contemporain. La première, c’est Patrick Pineau qui a demandé à Mohamed Rouabhi un texte qui s’appelle « Jamais seul ». Une galerie de 45 personnages des milieux populaires, très poétique. Ce sera l’une des grosses productions de la saison prochaine, cela se jouera en novembre à la MC avec une quinzaine d’acteurs. Autre production d’une commande d’un texte par un artiste, c’est Frederic Fisbach, acteur et metteur en scène, qui a demandé un monologue à Dieudonné Niangouna, « Et Dieu ne pesait pas lourd ». Il sera créé à la MC93 en janvier 2018. Dans ces deux exemples, l’important c’est la rencontre artistique, de faire cohabiter deux univers différents. Il sera donc beaucoup question de cela la saison prochaine.

Qui d’autre va accompagner cette volonté ?

Roméo Castellucci avec « De la démocratie en Amérique » d’après Alexis de Tocqueville, dans le cadre du Festival d’Automne. Anatoli Vassiliev fera également une création, ainsi que Guy Cassiers. Nous aurons également un spectacle de Kornél Mundruzczo, Imitation of Life, un artiste hongrois qui n’est jamais venu à Paris et dont le dernier film est sélectionné à Cannes. Nous aurons aussi de la danse avec le Pacific Melting de Régine Chopinot et une partie du portrait Jérôme Bel du Festival d’Automne. Nous aurons aussi quelques découvertes, parmi lesquelles Marine De Missolz, Leyla-Claire Rabih. On espère ainsi que le public va retrouver le chemin de la MC93 après ces trois ans de fermeture…

Photos et propos recueillis par Hadrien VOLLE – www.sceneweb.fr

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Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel réinventent le cirque du 21ème siècle

Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel réinventent le cirque du 21ème siècle | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par Stéphane Capron dans Sceneweb

GRANDE est en passe de devenir un spectacle culte. Créé en octobre 2016 à Angers, il achève sa tournée au Monfort, avant d’autres dates en 2017/2018 (la deuxième partie de la tournée est en construction). Le cabaret de Vimala Pons et de Tsirihaka Harrivel mélange le cirque, la musique et la comédie. Il remet au goût du jour des vieux numéros comme le lancer de couteaux dans une mise en scène baroque et moderne. Rencontre avec les deux artistes.

Les spectateurs sortent heureux de ce spectacle qui parle du couple et de l’amour et pourtant il est très mélancolique, est ce que vous sentez ce décalage ?
Tsirihaka Harrivel : L’humour fait partie du spectacle. Le cirque dégage des choses assez graves. La gravité c’est tragique. On trouve le moyen d’en rire. C’est comme une pirouette par rapport à des situations familières que l’on reconnait.

Vimala Pons : Pour avoir expérimenté une grande joie il faut avoir connu un grand malheur. Sinon c’est l’encéphalogramme plat. Notre écriture est composée de choses antagonistes et complémentaires. L’émotion se niche dans des tensions contradictoires mais qui s’épousent. Mais on n’a pas voulu faire un spectacle sur le couple. C’est une notion abstraite et une institution pas très intéressante. C’est l’inverse de l’amour. Si le spectacle parle du couple, c’est au-delà de nous. Mais cela parle surtout d’amour.

La forme du spectacle est moderne mais puise dans la mémoire du cirque, vous remettez au goût du jour le lancer de couteaux, un vieux numéro.
Tsirihaka Harrivel : Le cirque a toujours été fragmenté. Les numéros n’ont pas de liens entre eux. On a envie de respecter cela, d’écrire sans faire de liens. On a beaucoup regardé l’histoire du cirque pour construire le spectacle, avec des numéros de toboggan ou de lancer de couteaux en les revisitant à notre manière. C’est le principe de la revue.

Et puis il y a de purs moments de comédie.
Vimala Pons : La définition du burlesque c’est être spécialiste de ce que l’on ne sait pas faire. On met sur le même pied d’égalité le jeu et les numéros de cirque. Car on ne sait pas faire grand-chose de bien à fond. Mais on transpose notre passion sur plein de registres.

Il y a beaucoup d’objets et d’accessoires sur scène, ce qui vous amène à préparer avec minutie le spectacle pour que chaque chose soit à sa place.
Tsirihaka Harrivel : L’amour de l’objet vient du cirque. On est toujours en prise avec un trapèze, une balle ou un mat chinois. On met sur le même pied d’égalité ces objets de cirque avec des objets plus familiers comme une cuisine ou un lave-linge. Le cirque peut paraitre inaccessible dans les actes, on souhaite le remettre sur terre, enlever son héroïsme pour le rendre plus concret.

Le spectacle est en train de devenir culte. Est-ce que vous le percevez ?
Vimala Pons : Ce que l’on perçoit surtout ce sont les réactions enthousiastes du public.

Tsirihaka Harrivel : Et on a vraiment envie de continuer à le faire tourner car on a mis beaucoup de temps pour le faire ! La reconnaissance et l’écho sont importants pour nous car cela récompense un travail laborieux.

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Paul Rondin : « Le mécénat est le cheval de Troie des groupes privés »

Paul Rondin : « Le mécénat est le cheval de Troie des groupes privés » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Fabienne Darge



Le bras droit d’Olivier Py au Festival d’Avignon s’inquiète de la récente montée en puissance du privé dans le spectacle vivant.

Paul Rondin est, au Festival d’Avignon, le bras droit d’Olivier Py, avec le titre de directeur délégué. Comme beaucoup dans le théâtre public, il s’inquiète de la récente montée en puissance du privé dans le spectacle vivant, et d’un certain abandon du terrain par la puissance publique.

Dans le domaine du spectacle vivant, le privé intervient-il principalement sous la forme du mécénat ?

Pas uniquement. Je dirais plutôt que le mécénat serait le cheval de Troie : il a permis à des groupes privés de mettre un pied très honorable dans la culture – certains avec une vraie démarche socio-culturelle. Je n’ai rien contre le mécénat, nous y faisons appel à Avignon et nous sommes bien contents de ces apports. Cela n’empêche pas que la question du service public se pose. Et que l’on doit se demander pourquoi certaines fondations ou mécènes investissent depuis quelque temps le champ du spectacle vivant. Dans les arts visuels, on peut comprendre : c’est un vrai marché, et c’est assumé. Mais pourquoi ce besoin de visibilité de certains groupes ?

A qui pensez-vous ?

Fimalac est à mon sens le cheval de Troie par excellence. Leur Fondation Culture & Diversité est tout à fait respectable, et a fait des choses formidables pour les jeunes qui en ont bénéficié. Mais d’emblée, j’ai trouvé étrange que cette fondation se montre à ce point dans les lieux de spectacle vivant. Et on s’est aperçu assez vite qu’en parallèle, une fois la crédibilité acquise grâce à la fondation, il y avait derrière une vraie construction, une vraie stratégie industrielle, qui en plus est redoutable, car elle est verticale : l’activité va de l’édition à la billetterie – de l’origine même du spectacle, sa production, à sa diffusion et son exploitation.

Pouvez-vous détailler ce processus ?

Quand des groupes – je pense aussi à ventesprivées.com – commencent à s’intéresser fortement à la billetterie, on peut penser qu’à terme, ils ne vont pas s’en contenter. Et effectivement : on s’aperçoit qu’ils achètent aussi des salles, et qu’ils produisent des artistes qu’ils font tourner. Tout alimente tout. Et ce processus va plus loin quand ils commencent à s’intéresser aux Délégations de service public (DSP), et notamment aux théâtres de villes. Ces groupes proposent un service, et tout à coup on privatise, de manière contractuelle et momentanée, ce qui revenait à un service municipal, départemental, régional ou national.

Ils proposent une offre qui peut être de qualité, mais dont on peut soupçonner qu’elle soit alimentée par le même groupe qui gère la salle. Et ces salles, qui préservaient de l’emploi et un savoir-faire aux niveaux technique et administratif, et en matière de production et d’accueil du public, sont alors souvent vidées des gens qui les faisaient vivre, au profit d’une machine qui arrive, fait de la pure prestation de service, et repart. C’est le cas des Zéniths en région, qui ne sont déjà plus des salles vivantes. Il faut faire très attention à ce que tous ces théâtres qui forment une vraie richesse sur le territoire français ne se mettent pas à présenter tous la même chose, et à devenir des garages.

Cette stratégie est-elle déjà sensible au niveau du Festival « off » d’Avignon ?

Pour le moment, je n’ai pas connaissance de salles qui auraient été rachetées en tant que telles. Mais on sent bien qu’il y a un appétit, une envie, que des gens se renseignent. On sait très bien que le « off » n’est plus la belle utopie soixante-huitarde de la liberté, mais un grand marché non régulé du spectacle vivant. Et comme tout grand marché non régulé, il ne bénéficie pas à une concurrence qui pourrait permettre à tout un chacun de s’exprimer, mais au contraire, il attise les appétits industriels.

Qu’est-ce qui a changé en quelques années ? On sait que jusqu’à il y a peu, le spectacle vivant, et surtout le théâtre, n’intéressait pas les mécènes et les industriels…

Ce qui a changé, c’est que les industriels produisent eux-mêmes les spectacles. Comme ils contrôlent la chaîne de bout en bout, ils peuvent avoir une rentabilité. Je suis étonné, d’ailleurs, que l’on n’analyse pas plus loin cette histoire de Penelope Fillon qui aurait écrit dans une prestigieuse revue culturelle…

Je vais prendre un autre exemple, dont personne ne parle, parce que cela se passe en Afrique. Le groupe Bolloré est en train de construire partout en Afrique de l’ouest des salles polyvalentes spectacle-cinéma-musique. Or Bolloré, c’est aussi Vivendi, et Universal Music. CQFD.

Je n’ai rien contre le privé, et je n’ai aucun problème avec le business. Je suis moi-même un marchand, je vends des billets. Mais je crois qu’il faut être conscient qu’il se passe quelque chose de nouveau, et qu’il faut bien observer dans sa totalité un paysage dont on essaie de ne nous montrer qu’un tout petit morceau.

Cette montée en puissance du privé est-elle révélatrice d’un certain délaissement du politique ?

C’est certain. Il y a actuellement en France un désintérêt sidérant des élites politiques et médiatiques pour la culture. Le milieu politique, à de rares exceptions près, semble ne se souvenir de l’éducation et de la culture que lorsque se produit un attentat. On est aujourd’hui dans une période de vraie transformation économique et industrielle. Il ne faut pas forcément en avoir peur. Simplement, ce qui est quand même un peu inquiétant, c’est que l’idée même d’une politique de la culture, publique, est tellement invisible, qu’il y a une place à prendre. Et certains l’ont bien compris. Quand on s’en apercevra, il sera peut-être déjà trop tard.

On vous rétorquera que si le privé prend une place croissante, c’est largement en raison des baisses de crédits. Comment continuer les missions de service public avec des budgets en baisse ?

C’est une question de choix politique. Pourquoi ne pas fermer des collèges et des lycées parce qu’on n’a pas assez d’argent, pendant qu’on y est ? On peut toujours ne plus financer l’éducation et la culture : à l’arrivée, c’est un désastre. Mais je crois que c’est aussi à nous, opérateurs culturels, de trouver des solutions économiques. Je ne dis pas que c’est facile : le théâtre, ça n’a jamais été une partie de jackpot. Mais si on n’est pas un peu aventurier, il faut faire autre chose. Et surtout, avant de parler d’argent, parlons du projet : de la politique publique de la culture que nous voulons mener sur le terrain. L’économie du spectacle vivant a toujours été difficile, elle le sera encore, mais pour le moment, on a quand même des moyens pour produire.

Y a-t-il un problème de culture, justement, de transmission, sur les missions du service public ?

Il faut bien dire qu’il y a eu, notamment au niveau local, une forte démission du politique, et un glissement vers le divertissement. Je n’ai rien contre le divertissement, mais il faut savoir ce qu’on fait, et ne pas le confondre avec les œuvres de l’esprit. Un tourneur de one-man-shows, c’est plus intéressant pour un adjoint à la culture qui veut offrir du divertissement à ses administrés. Mais c’est aussi un échec de la politique culturelle, que de considérer que le théâtre ne doit servir qu’à détendre les spectateurs. Je ne dis pas qu’on doit embêter les gens. Mais on voit bien que la recherche du déplacement, du frisson, ce n’est pas ce qui habite le monde politique actuel.

N’est-ce pas là un résultat paradoxal de la décentralisation mise en place il y a soixante-dix ans ?

Un résultat de la délégation absolue du culturel à des opérateurs professionnels, oui, sur les trente dernières années. On a tout professionnalisé, en mettant beaucoup d’argent, et bravo à François Mitterrand et à Jack Lang de l’avoir fait. Mais, du coup, l’Etat a pu déléguer à ces directeurs d’institutions ce qui aurait dû être aussi sa politique culturelle à lui. Ce n’est pas forcément grave dans les villes qui ont les moyens d’avoir une grosse structure comme un centre dramatique national ou une scène nationale. Mais dans les moyennes ou petites villes où il n’y a pas d’institution, comme il n’y a plus de culture et de transmission du savoir-faire de la politique culturelle, les choses se délitent. On voit arriver de nouveaux élus qui, tout simplement, ne savent pas comment ça marche.

La décentralisation, ce n’est pas la délégation à des opérateurs semi-publics, c’est l’égalité d’accès à la culture pour tous sur tout le territoire. Si on détricote ce maillage patiemment construit, cela aura des conséquences importantes. Tous ces opérateurs culturels font, sur le terrain, un travail bien plus important que les politiques pour retisser du lien social. C’est une réalité, qu’il suffirait d’encourager et de soutenir. Mais beaucoup de nos politiques préfèrent se méfier, et exclure. Moi je ne crois pas que le réseau subventionné en France soit un problème, je pense au contraire qu’il est une solution.

Fabienne Darge
Journaliste au Monde

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L’insoutenable légèreté high-tech

L’insoutenable légèreté high-tech | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Anne Diatkine dans Libération


A la fois scénique et radiophonique, la création interactive de l’Amicale de production peine à établir une connexion durable avec le public.

Une loupiote avec une enveloppe fermée est remise au public au début de la représentation. A un instant T, on devra déchiqueter l’enveloppe, pour découvrir un mode d’emploi sous forme de pictogramme : faire chauffer de l’eau, monter la tente, ouvrir l’ordinateur, cliquer sur l’icône pour avoir du réseau et, magie, une à une les bûches électriques sur le plateau s’allument. «Brigade» (Mathilde Maillard) et ses deux acolytes (Arnaud Boulogne et Sébastien Vial), isolés en pleine cambrousse à côté d’un tracteur où ils passent la nuit, peuvent enfin avoir chaud. Comment les bûches se sont-elles mises en marche et à qui s’adresse la lettre ? Tout simplement à des auditeurs qui écoutent sur une webradio la pièce en même temps qu’on y assiste dans la salle, et qui ont généreusement accepté d’actionner les touches adéquates de leur ordinateur, provoquant le feu à distance.

Pouvoir d’agir
Il ne s’agit cependant pas de radiodiffusion. Ce qu’ils entendent en direct n’est pas exactement la même pièce que celle qui se construit sous nos yeux. Parfois, l’un des acteurs parle à ces auditeurs sans qu’on entende ce qu’il lui dit. Quand, de chez lui, un auditeur intervient, son message est lisible sur un écran géant. Comme les spectateurs, ils ont le pouvoir d’agir sur la représentation, d’en modifier le cours, en refusant par exemple que les trois personnages de fiction aient chaud.

Arrêtons-nous sur l’épisode de l’enveloppe déchirée : sur une feuille, en très gros, un numéro à composer sur nos propres téléphones avant de cliquer sur la touche haut-parleur. Toute la salle s’exécute avec une diligence qui laisse pantois comme si on était de grands drogués à qui on autorisait enfin de fumer en avion. Des mélodies assez planantes s’échappent en canon des mobiles. On peut en altérer la composition en s’accordant avec le ballet d’une petite voiture téléguidée sur scène. Spontanément, l’ensemble de la salle éteint son portable lorsque Brigade reprend la parole. Enfin pas tous. L’idée ne nous traverse pas l’esprit qu’il y a des codes et que, dès lors que l’actrice parle, on doit retourner fissa dans le moule fictionnel. A un autre moment, Brigade, notre coach à tous, nous invite à une expérience de dissociation : penser en même temps et exclusivement à deux choses différentes. Il paraît que c’est aussi reposant que l’hypnose. Ou encore, suivant son exemple, on peut s’amuser à répéter très vite un même mot, jusqu’à ce que son sens s’annihile.

Ce que questionne cette dernière pièce de l’Amicale de production est la possibilité d’impliquer le spectateur dans la fiction sans pour autant le contraindre. Les auditeurs sont ainsi invités à reconfigurer leur intimité chez eux en construisant avant la représentation un genre d’espace scénique : en l’occurrence, une cabane où ils s’installeront dans le noir avec leur ordinateur dont l’écran renvoie le même éclairage que celui du plateau. Ainsi, lorsque survient un éclair, leur bécane foudroie leur espace intime.

Résistance
L’intrigue est ténue : une durite casse, la conductrice marche derrière la bande d’arrêt d’urgence à la recherche d’une pince à collier, elle s’égare et croise un animateur radio qui parle seul dans son truck à l’ensemble de la planète. La pièce se termine par l’usage du conditionnel cher aux enfants. «Ce serait un peu émouvant, on se dirait à bientôt.» Durant le spectacle, on aura fait tout ce qu’on déteste : écouter un pseudo-coach, regarder quelqu’un résoudre des problèmes pratiques comme celui de la durite, ce qui nous aura ramenée, effectivement, à l’enfance : «Bouge-toi un peu, sois moins empotée !» Il y a un déséquilibre encore non résolu entre la sophistication de la forme expérimentale et l’insoutenable légèreté de ce qui est présenté. La pièce a au moins le mérite de poser très clairement la question de la résistance de certains spectateurs. Pourquoi refuse-t-on de jouer le jeu, d’entrer dans la danse ? Ce serait si simple d’obéir.

Anne Diatkine
On traversera le pont une fois rendus à la rivière de l’Amicale de Production CentQuatre, 75019. Jusqu’au 13 mai et sur une webradio. Rens. : www.104.fr


On traversera le pont une fois rendus à la rivière, de l’Amicale de production. Photo Simon Gosselin

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« Erich von Stroheim » : Nordey aux prises avec un triangle sexuel sans issue

« Erich von Stroheim » : Nordey aux prises avec un triangle sexuel sans issue | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Vincent Bouquet pour son blog Du Théâtre par gros temps

« Erich von Stroheim » / Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

Stanislas Nordey est un touche-à-tout. Loin de se cantonner à un seul registre, le directeur du TNS prouve, au gré des spectacles qu’il monte, qu’il est à l’aise avec tous les sujets qu’ils soient politiques (Je suis Fassbinder), métaphysiques (Affabulazione) ou intimes. Erich von Stroheim, la pièce de Christophe Pellet, dont il s’empare au Théâtre du Rond-Point, appartient à cette dernière catégorie, et Nordey démontre, une nouvelle fois, qu’il a la sensibilité nécessaire pour en faire un joli objet scénique, sur lequel peu de choses, formellement, sont à redire. Sauf, qu’en lui-même et pour lui-même, le texte de Pellet apparait pour le moins limité, prisonnier d’un triangle sexuel névrotique auquel il a donné naissance mais dont il ne sait finalement que faire.

Car, entre Elle (Emmanuelle Béart), l’Un (Victor de Oliveira) et l’Autre (Thomas Gonzalez), il n’est pas, ou peu, affaire de sentiments. Elle est une femme-maîtresse, accomplie et mûre, pour qui le travail occupe une place prépondérante ; l’Un est un acteur porno, las de passer ses soirées déguisé en militaire, en plombier ou en marin, alors qu’il anticipe son déclin physique ; l’Autre est un jeune premier, un « tigre », frais d’une insolente jeunesse mais excessivement paumé, tentant de trouver sa place au milieu, ou plutôt en périphérie, de ce couple qui semble l’utiliser pour mieux se sauver. Entre eux, tout juste est-il question d’une attirance sexuelle bilatérale, où le sexe est considéré comme un bien de consommation, à la limite de la prostitution. Le désir, la passion, toutes ces choses qui font le sel des relations, ont laissé la place à une intense névrose – ponctuée de fluctuants rapports dominant-dominé – qui les ronge, tous les trois, à petit feu.

Friable substrat

S’il proclame que « cette histoire privée est celle de l’humanité », Christophe Pellet dépeint, paradoxalement, une situation qui en manque cruellement. Les passions supputées y sont si froides que rien, ou presque, dans ce sombre tableau ne renvoie aux attributs mêmes de l’être humain, et, a fortiori, au fonctionnement du sentiment amoureux ou sexuel. Le sujet initial de la transformation, voire de la mort, du couple, vu comme un carcan sclérosant pour l’individu, peut paraître universel mais le traitement que lui inflige Pellet est d’une superficialité telle qu’il ne parvient jamais à lui conférer une dimension réflexive. Touchant du doigt d’ambitieuses thématiques dignes d’intérêt – Comment s’aimer ? Sexe et amour sont-ils liés ? Comment se construire une place dans la société ? -, il n’échappe pas aux écueils trop cuistres, attendus ou caricaturaux pour convaincre.

Malgré tout, sur ce friable substrat, Stanislas Nordey construit un bel édifice théâtral, où le trio de comédiens, particulièrement bien dirigés, donne du relief et de la chair à leurs personnages. Utilisant l’élégante scénographie d’Emmanuel Clolus et la voix de la Callas (Mon coeur s’ouvre à ta voix, extrait de Samson et Dalila de Saint-Saëns) avec une infinie délicatesse, il crée un univers d’une sensibilité palpable, qui tranche avec la raideur du texte de Pellet. Seul point négatif : l’utilisation du dispositif scénographique, aussi réussi soit-il, est trop systématique pour ne pas devenir lassante. Surtout, la pièce se voit saccadée par des interruptions trop régulières qui brisent les prémices d’un élan dans lequel, parfois, elle venait tout juste de s’embarquer. Elle n’en avait pourtant nul besoin.

Erich von Stroheim de Christophe Pellet, mis en scène par Stanislas Nordey au Théâtre du Rond-Point (Paris) jusqu’au 21 mai. Durée : 1h20. **

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Un devoir de mémoire percé de trous : "Votre maman"

Un devoir de mémoire percé de trous : "Votre maman" | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Brigitte Salino dans Le Monde :



Catherine Hiegel incarne une déportée victime d’Alzheimer dans « Votre maman », au Théâtre de l’Atelier à Paris.

Votre maman, la pièce de Jean-Claude Grumberg qui est présentée au Théâtre de l’Atelier, à Paris, s’inscrit dans la lignée de L’Atelier, la pièce qui a rendu l’auteur célèbre. Il y est question du génocide et des camps de concentration, d’une manière détournée, mais profondément présente. L’histoire est on ne peut plus banale : un fils rend visite à sa mère dans une maison de retraite médicalisée. Selon les jours et les moments, celle-ci le reconnaît, ou pas. Elle n’a plus toute sa tête, mais elle a ses jambes, et un caractère bien trempé.


Dans la première scène, on la voit vissée à une chaise roulante qu’elle a prise dans un couloir et que le directeur de la maison de retraite voudrait récupérer pour la passer à un pensionnaire invalide. Dans la deuxième scène, on la voit accusée par le directeur de donner des coups de parapluie à des femmes qui viennent profiter des toilettes dans sa chambre. Car, comme toutes les maisons de retraite, celle de Votre maman est à deux vitesses : il y a ceux qui peuvent payer une chambre avec toilettes privées, et les autres, qui doivent aller dans les toilettes communes.

Ce seraient des détails si la vie n’était pas ainsi faite, dans un quotidien rythmé par les repas, les médicaments et l’attente. « Votre maman », comme le dit sans arrêt le directeur au fils de la pensionnaire dont il massacre le nom, Mme Puterflam, attend bien sûr que son fils vienne. Elle attend aussi que vienne sa propre mère, dont elle a été séparée dans une forêt quand elle était enfant. Cette forêt était en Pologne, où la mère et sa fille avaient été déportées. L’une n’est jamais revenue.


Jean-Claude Grumberg sait dire sans raconter. Dans Votre maman, comme dans ses autres pièces sur le sujet, le passé est là, présent et indicible, niché dans des souvenirs qui ne s’avouent pas, sauf au détour d’une allusion, et troué par un humour où l’absurde le dispute à l’horrible. On rit, en écoutant Votre maman au Théâtre de l’Atelier, où la pièce est mise en scène par Charles Tordjman, compagnon fidèle de Jean-Claude Grumberg. On rit, oui, mais on n’est pas pris comme on devrait l’être.

Il y a, dans le décor, une forêt lointaine et mouvante. Il y a aussi un couloir aux colonnes de fer si hautes qu’elles empêchent toute sortie. Et y a les comédiens : le fils (Bruno Putzulu), le directeur (Philippe Fretun). Quand ces derniers jouent, rien n’advient sinon du théâtre courant. Il suffit que la mère (Catherine Hiegel) entre en scène pour que tout change : elle est là, on la regarde et on ne voit qu’elle. En un instant, elle impose une présence, un personnage, une vie. Comment fait-elle ? D’où vient sa présence ? Où puise-t-elle sa force ? On ne saurait le dire, mais la même chose se produit chaque fois qu’elle joue : on n’en revient pas.

Catherine Hiegel est l’une de nos plus grandes actrices. Elle tire vers le haut toutes les pièces qu’elle joue. Même quand, et c’est le cas de Votre maman, la mise en scène n’arrive pas à trouver un point d’équilibre entre le texte et la scène. Charles Tordjman zigzague entre les registres. Il faut dire à sa décharge que Jean-Claude Grumberg ne lui facilite pas la tâche, et que Votre maman n’est pas sa meilleure pièce. N’empêche : elle vaut mieux qu’une petite heure de représentation sans anicroche.

Votre maman, de Jean-Claude Grumberg. Mise en scène : Charles Tordjman. Avec Catherine Hiegel, Bruno Putzulu, Philippe Fretun, Paul Rias. Théâtre de l’Atelier, 1, place Charles-Dullin, Paris 18e. Tél. : 01-46-06-49-24. Du mardi au samedi, à 19 heures ; dimanche, à 16 heures (relâche 29 avril, 7 mai, 13, 15, 15 et 21 juin). De 10 € à 37 €. Le texte est publié chez Actes Sud (56 p., 13 €)

Brigitte Salino
Journaliste au Monde

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Guyane : Une pépinière de talents en danger

Guyane : Une pépinière de talents en danger | Revue de presse théâtre | Scoop.it

par  Cécile Rousseau dans L'Humanité



Ewlyne Guillaume : « La situation est épouvantable, il fallait que ça explose. Le théâtre est un espace d’insoumission, nous nous inscrivons donc naturellement dans cette mobilisation... » Photo Pascal Gely



Le théâtre-école Kokolampoe, épicentre de la formation des comédiens et techniciens dans l’Ouest guyanais, est aujourd’hui en difficulté financière.



Créer un théâtre-école multiculturel dans un bagne. Ewlyne Guillaume et Serge Abatucci, codirecteurs de la compagne Ks and Co, ont su entrevoir en ce lieu glaçant un havre de formation professionnelle. Au début des années 2000, ils dispensent des stages pour les jeunes Guyanais. Dans ce bassin de Saint-Laurent-du-Maroni au carrefour des identités créoles, bushinengués, amérindiennes, Pôle emploi entrevoit des possibilités d’insertion : « Ils sont venus nous chercher, explique Serge Abatucci. Ces jeunes ont beaucoup de talent. Mais pendant longtemps, nous avons porté le projet à bout de bras. Ce n’est pas que du théâtre, c’est une vision de société. » Enthousiasmés par l’expérience, l’Ensatt (École nationale supérieure d’art et techniques du théâtre) et le CFPTS (Centre de formation professionnelle aux techniques du spectacle) apportent leur pierre à l’édifice à travers un partenariat. Le théâtre-école Kokolampoe (Tek) éclôt finalement en 2012.

Humphrey n’a jamais quitté le Tek. Jonglant avec les petits boulots, le jeune homme de 30 ans issu de la première promotion (2012-2014) a été recruté au bout d’un an et demi de formation comme régisseur principal de la structure. Avec une pointe de fierté dans le regard, ce Surinamais d’origine, ancien cuisinier, raconte son parcours. « Je n’avais jamais été à l’école. Ce qui me plaît le plus, ce sont les créations de pièces, on a constamment des choses à inventer, des solutions à trouver. »

Une fois diplômés, la plupart des comédiens et techniciens en herbe rejoignent le chemin de l’emploi. « Deux compagnies de théâtre ont été montées par des anciens élèves, nous les avons aidés, explique Émilie Blettery, administratrice chez Ks and Co. Nous sommes souvent le seul référent pour eux. Nous échangeons aussi sur le plan technique et artistique. »

Pour la deuxième promotion (2014-2017), l’accompagnement a encore été renforcé. Pôle emploi a sélectionné des candidats parmi des demandeurs d’emploi et les bénéficiaires du RSA : « Une grande partie du public ne maîtrise pas le français, précise Nerielza Ferreira, responsable de l’agence du bassin ouest à la collectivité territoriale de Guyane (CTG). 70 % ont des enfants. Ils continuent à toucher leur allocation mais avec un accompagnement spécialisé, en cas de besoin, ils peuvent percevoir des aides aux transports, à l’hébergement, des solutions pour les gardes d’enfant… »

Cette insertion, basée sur la circulation de savoirs, constitue aussi une richesse pour l’Ensatt et le CFPTS. Les deux structures envoient des professeurs pour des sessions de formation. Pour Patrick Ferrier, directeur du CFPTS : « Ce projet est une redécouverte des autres et d’eux-mêmes, nos formateurs appréhendent différemment l’enseignement après cette expérience. » Dans la pièce de cette fin d’année, la Nuit des rois, de William Shakespeare, deux anciens comédiens de l’Ensatt complètent d’ailleurs la distribution. Pour Thierry Pariente, directeur de l’école, « ces échanges les nourrissent. Certains auteurs puisent aussi dans ce partenariat une source d’inspiration pour écrire des pièces sur la Guyane ».

Mais cette expérience est aujourd’hui menacée. 50 % des financements ont disparu en deux ans. Du chômage partiel est envisagé en 2017. « Notre prochaine promotion ne démarrera qu’en 2018. Nous cherchons activement de nouveaux fonds », souligne Émilie Blettery. Pour que cette « petite lampe à pétrole » (traduction de Kokolampoe en bushinengué) continue à éclairer l’Ouest guyanais.

Cécile Rousseau
journaliste

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Mohamed Lamouri, l’amoureux de la ligne 2

Mohamed Lamouri, l’amoureux de la ligne 2 | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Aurélie Sfez dans Le Monde



Le raï sentimental de l’Algérien enchante depuis treize ans les usagers du métro parisien.


C’est vendredi soir et il y a foule sur la ligne 2 entre les stations Père-Lachaise et Pigalle. Nez à nez, les premiers fêtards et les travailleurs las se bousculent et se massent dans les rames du métro parisien. Sur cette ligne en demi-cercle, qui traverse le nord de la capitale d’Est en Ouest, chaque arrêt annonce son cortège de musiciens souterrains.

Pour les habitués de « la 2 », ce voyage en commun est un théâtre musical sans relâche. On croise le bluesman habité par John Lee Hooker qui, au prochain arrêt, se fera voler la vedette par le danseur à chapeau rejouant le « moonwalk » de Michael Jackson.

Recroquevillé au fond du train, le vieux Chinois frotte l’archet inlassablement sur l’unique corde de son erhu et peine à faire entendre sa complainte, quand une station plus tard surgit l’accordéoniste colossal, galvanisé par les mélismes espagnols de sa femme qui tente de se frayer un chemin entre deux strapontins…

Tourbillon

A chaque instant, les entrailles de Paris gargouillent à guichets fermés et révèlent un cabaret sans frontières sous la terre. Pour certains, c’est le paradis, pour d’autres, l’enfer.

Dans ce tourbillon, la fine mélodie d’un piano électrique se détache et charme les oreilles des passagers pour réconcilier tout le monde. Mohamed Lamouri vient de se faufiler à pas de loup entre les portes du métro et entonne sa première douceur.

Comme si le train avait ralenti sa course, il est l’heure d’écouter la plus émouvante bande originale de nos trajets quotidiens. « Momo », comme on l’appelle dans les réseaux souterrains, est une lueur qui brille dans l’ombre. Depuis treize ans, il saupoudre la ligne 2 de fragiles mélopées orientales et nous cajole d’arpèges candides. Sur l’épaule gauche, il porte son synthétiseur rafistolé comme Orphée tenant sa lyre, la tête légèrement inclinée vers le haut-parleur. Son vibrato enroué psalmodie un raï sentimental qui nous touche le cœur, que l’on comprenne l’arabe ou pas.

Antihéros mélancolique, Mohamed Lamouri ne s’étale pas et reste une figure énigmatique même pour ceux qui le fréquentent depuis ses débuts. Pour en savoir plus, il faut s’y prendre avec précaution. On apprend qu’il a grandi à Tlemcen, dans le nord-ouest de l’Algérie. Son père était ouvrier dans une usine de travaux électriques et sa mère s’occupait des cinq enfants.

Troubadour de la RATP

Depuis sa naissance, en 1982, Mohamed est aveugle de l’œil droit et ne voit qu’à 10 % de son œil gauche. Ce handicap va aiguiser sa sensibilité et sa perception des sons. Inscrit à l’école pour non-voyants, il suit les leçons de son professeur, Hami Benosmane, luthiste virtuose qui dirige la chorale et transmet l’héritage arabo-andalou dans la cour de l’école.

Dans les rues de son quartier, Mohamed s’exerce et chante a cappella les tubes diffusés dans l’émission de télévision « Bled music », présentée par le duo Kamel Dynamite et Farid Rockeur. Comme toute la jeunesse algérienne des années 1990, il s’identifie à Cheb Hasni, star du « raï love ».

Il se souvient bien de ce 29 septembre 1994 quand, à la télévision, on annonce que son idole vient d’être assassinée au faîte de sa gloire, en pleine rue, à Oran. « Tout le monde écoutait Hasni. Le jour de sa mort, Oran est devenue une ville fantôme. Depuis, je pense toujours à lui, il m’inspire et je reprends ses chansons d’amour comme El Baïda mon amour ou Omri Omri… », murmure Mohamed, qui avait 12 ans quand les intégristes ont tué son héros.

Aujourd’hui, le troubadour de la RATP pianote de belles odes à l’amour et revisite Billie Jean, de Michael Jackson, ou Hotel California, des Eagles, sur fond de boîtes à rythmes « cheap », typiques des synthétiseurs Casio. Débarrassé des effets de style, son blues bricolé captive aussi bien les friands de pop minimale que les nostalgiques du pays.

« Rencontres »

Chauffeurs, contrôleurs, musiciens, sans-abris, usagers, tous connaissent le petit protégé de la ligne 2. « Parfois, j’ai peur de déranger mais je sens quand les gens m’écoutent. Je n’imaginais pas venir en France. Un jour mon cousin m’a dit : “Tu sais, Idir a joué dans le métro à Paris et il est devenu une star”, confie-t-il les yeux dans la brume. Heureusement qu’il y a la musique dans ma vie, elle me remonte le moral et m’apporte des rencontres. »

De fait, de grandes maisons de disques ont courtisé Mohamed Lamouri, mais quand un intéressé lui glisse sa carte de visite, en général il la perd. Néanmoins, Mohamed s’est lié d’amitié avec Benjamin Caschera, le fondateur du collectif bien nommé La Souterraine ; un groupe de défricheurs qui s’affranchit des marchés pour défendre une pop française hors norme, minoritaire et précieuse.

Lire aussi :   La Souterraine, un vent d’airs frais

« Je sais que Benjamin ne changera pas l’âme de ma musique. Je veux bien faire des disques avec lui et j’adore faire des concerts. Un jour, je quitterai le métro, quand je serai devenu un professionnel », rêve modestement « Momo » qui, dans la lignée des chansonniers de Ménilmontant, souffle le nouveau son underground de Paris.

En concert le 29 avril à 21 heures au Verre bonheur, 28, rue Jean-Baptiste-Clément, à Villejuif (Val-de-Marne), et le 13 mai à La Station, 29 avenue de la Porte-d’Aubervilliers, Paris 18e (dans le cadre du Beau Festival). Mixtapes sur www.souterraine.biz

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Barbara Engelhardt, nouvelle directrice du Maillon à Strasbourg

Barbara Engelhardt, nouvelle directrice du Maillon à Strasbourg | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Stéphane Capron dans Sceneweb


Michel Reinhardt, président du Maillon a présenté ce matin lors d’une conférence la nouvelle directrice du Maillon. Il s’agit de Barbara Engelhardt. « Un choix mûri enthousiaste et réfléchi » a déclaré Alain Fontanel, le 1er adjoint au maire de Strasbourg.

Barbara Engelhardt n’est pas une inconnue dans l’est et à Strasbourg. Elle était responsable artistique du festival Premières à Strasbourg et Karlsruhe, consacré aux jeunes metteurs en scène européens, programmé depuis sa création en 2005 par Le Maillon et le Théâtre National de Strasbourg.

Elle est également directrice du festival européen Fast Forward à Braunschweig (Allemagne), fondé en 2010. De 2004 à 2012, elle a conçu, avec Patrick Sommier, la programmation du festival. Le Standard idéal à la MC93 de Bobigny. Tout en présentant en France et en Allemagne un grand nombre de metteurs en scène venus de divers horizons, ces festivals lui permettent également de suivre
au plus près le travail de certains artistes. Elle collabore étroitement avec le metteur en scène David Marton à l’Opéra de Lyon.

Avant de s’installer en France, elle a été rédactrice en chef de la revue Theater der Zeit – Politik und Theater à Berlin. Auteur et éditrice de nombreuses publications sur le théâtre, elle a dirigé entre autres, de 1999 à 2011, la collection Scène, anthologie de textes dramatiques français traduits en allemand.

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

Mots-clés : Barbara Engelhardt, nomination

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Le programme culturel d'Emmanuel Macron : “L'Etat doit simplifier sa propre structure”

Le programme culturel d'Emmanuel Macron : “L'Etat doit simplifier sa propre structure” | Revue de presse théâtre | Scoop.it


Réguler le mécénat, maintenir le système d'assurance-chômage des intermittents, limiter la décentralisation… : le candidat d'En marche commente les points forts de son programme culturel.

Quelle serait la première mesure culturelle de votre mandat ?

La culture elle-même... J'en ai fait le premier chantier de mon programme, donc un projet politique, car elle permet l'émancipation de l'individu. Le rêve français d'autonomie face au politique, au social, ou au religieux – la conscience critique – s'est construit grâce à la culture.

Comment voyez-vous le rôle de L'Etat ?

Il doit simplifier sa propre structure. Ses services locaux, les Drac (Directions régionales des affaires culturelles), sont encore organisés comme au temps où ils donnaient de larges subventions... Il faut en faire des capteurs de talent et plus des gestionnaires. Par ailleurs, l'Etat conçoit sa politique sur l'ensemble du territoire par l'intermédiaire des établissements publics (musées, scènes labellisées...) auxquels il donne un cap et de la stabilité financière. Les nominations de leurs responsables sont donc importantes. Il faut exiger de chacun un projet et déterminer des listes paritaires et ouvertes. Nous avons besoin d'un vivier de femmes et d'hommes. La politique de l'Etat s'exprime aussi par des campagnes transversales comme le prix unique du livre ou le soutien au cinéma, organisées par ces grandes agences que sont le Centre national du livre ou le Centre national du cinéma. Et bientôt cette généralisation de la pratique artistique à l'école que je souhaite mener avec les conservatoires. Enfin, n'allons pas plus loin dans la décentralisation : l'Etat est le garant d'une présence culturelle lorsque des collectivités territoriales changent de majorité.

Quel budget pour le ministère de la Culture ?

Un pour cent du budget de l'Etat (1). Le budget de la création sera stable et pérenne, comme celui du patrimoine qui vient d'être augmenté en 2017. Les politiques d'accès à la culture, aujourd'hui « parents pauvres », bénéficieront en priorité de réallocations, venant, par exemple, de l'audiovisuel public, où il y a un très gros budget. Sur les 50 milliards de mon plan quinquennal d'investissement, il y a aussi une enveloppe pour la culture : c'est un symbole fort. Enfin, je maintiens le système d'assurance chômage des intermittents – tel que défini par l'accord de 2016 obtenu grâce à l'Etat –, car il préserve l'écosystème de création.

Quelle place accorder au financement privé ?

Le mécénat et la participation des fondations à la vie culturelle apportent un formidable dynamisme, mais l'équilibre serait perdu si le mécénat se substituait aux engagements de l'Etat et des collectivités territoriales.

Quelles missions pour l'audiovisuel public ?

Assurer l'accès de tous à une information de qualité objective et aux productions culturelles françaises dans leur diversité. La gouvernance actuelle du service public est dysfonctionnelle : aux conseils d'administration, plusieurs ministères (le Budget, les Finances, la Culture) font en permanence du micromanagement sans procéder aux grands arbitrages. Je souhaite un modèle inspiré de celui de la BBC : un conseil d'administration de personnalités irréprochables – désignation qui peut passer par un débat à l'Assemblée nationale – aura en charge la nomination de dirigeants qualifiés et une évaluation annuelle du respect de leurs objectifs. On a trop souvent construit l'idée d'indépendance sur l'inflation budgétaire. Ce n'est pas juste.

“Un pays ne partageant pas le projet culturel européen n'adhère pas à ses valeurs. Pourquoi bénéficierait-il alors de ses crédits ?”

L'Europe semble la clé de votre politique culturelle...

La culture doit être le fil rouge de la nécessaire refondation européenne. Un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement doit y être consacré. Cela n'a jamais eu lieu. Un pays ne partageant pas le projet culturel européen n'adhère pas à ses valeurs. Pourquoi bénéficierait-il alors de ses crédits ? Je proposerai aussi la création d'un Erasmus culturel, afin que les artistes puissent circuler, deviennent des passeurs. Et pas seulement les plus reconnus d'entre eux...

Face aux Gafa, la solution est-elle européenne ?

Répéter « il faut taxer les Gafa ! » ne suffit pas. C'est une gradation de plusieurs règles fiscales et financières qu'il faut élaborer au niveau européen. Comme ces entreprises localisent leurs revenus ailleurs que là où elles diffusent, il faut d'abord réussir à taxer leur chiffre d'affaires dans toute l'Europe. Ensuite, leur faire respecter les obligations de diffusion et de financement de la production qui s'appliquent à chacun des pays. Enfin, si la fameuse taxe dite « taxe ­YouTube » – qui doit contribuer directement à la création – n'est pas calculée sur l'ensemble du chiffre d'affaires européen de ces Gafa, on n'obtiendra pas grand-chose... Voilà pourquoi ce dispositif doit être négocié dans le cadre d'un rapport de force au sein d'un marché numérique unique.

Comment garantir l'indépendance de la presse ?

Je m'inspire des fondations à l'anglo-saxonne. La loi séparera les propriétaires actionnaires de ceux qui administrent le projet économique afin que ces derniers ne soient pas dans la main du prince. En revanche, je ne souhaite pas interdire aux grands groupes industriels leur présence au capital de la presse, sinon on ne la financera plus à long terme.

CHACUN SES GOÛTS
Dernier livre ? L'Histoire mondiale de la France, ouvrage coordonné par Patrick Boucheron, et Les Larmes, de Pascal Quignard.
Dernière expo ? « Cy Twombly », au Centre Pompidou.
Dernier spectacle ? Edmond, l'évocation de Rostand, par Alexis Michalik, au Théâtre du Palais-Royal, à Paris.

(1) A noter que Benoît Hamon comme Jean-Luc Mélenchon proposent un budget équivalent à 1 % du PIB (soit environ 20 milliards d'euros pour 2015). Emmanuel Macron et François Fillon parlent quant à eux de 1 % du budget de l'Etat (soit environ 3,7 milliards d'euros en 2015).

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Paris quartier d’été devient Festival Paris l’été

Paris quartier d’été devient Festival Paris l’été | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Stéphane Capron dans Sceneweb www.sceneweb.fr

En 2017, Paris quartier d’été change de nom et devient Festival Paris l’été, une façon pour Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, qui sont aussi les directeurs du Théâtre Le Monfort d’être dans la continuité du travail mené depuis vingt-sept ans tout en insufflant une nouvelle dynamique. L’idée forte est de proposer des évènements à tout heure de la journée et pas seulement le soir. On pourra par exemple dans différents lieux de Paris écouter la voix de comédiens nous raconter des histoires dans un confessionnal sonore de11h à 13h ou regarder de 11h à 23h dans la Cour carré du Louvre des retransmissions des grandes spectacles de l’histoire du Festival d’Avignon donnée dans la Cour d’honneur du Palais des Papes.

Le Festival investit des lieux qui ne sont pas des théâtres comme le Lycée Jacques Decourt, Avenue Trudaine dans le 9ème qui sera dédié à la danse avec Sidi Larbi Cherkaoui, la compagnie Alia ou la compagnie indonésienne Balabala. Le Collectif 49 701 présentera son feuilleton théâtralisé autour du célèbre roman d’Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires, au Château de Vincennes du 3 au 5 août 2017 à 19h. La soirée d’ouverture le 17 juillet se déroulera à l’Auditorium de Radio France pour une battle de danse avec des danseurs de la compagnie d’Angelin Preljocaj et des danseurs classiques.

Le plasticien Olivier Grosstête construira une ville éphémère en carton pendant quinze jours à la Villette comme il a pu déjà le faire dans le passé à Aix en Provence. Il y aura aussi du cirque avec Yann Frisch et son magnifique Syndrome de Cassandre, Étienne Saglio, ainsi que des spectacles jeune public dont le Hansel et Gretel de la Cordonnerie.

Le Festival Paris l’été se déroulera du 17 juillet au 5 août 2017 et le programme complet sera disponible dans les tous prochains jours. http://www.parislete.fr/

Stéphane CAPRON – www.sceneweb.fr

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A la veille de la présidentielle, la jeunesse en scène au Théâtre du Nord

Par Agathe Charnet pour son blog L'Ecole du spectacle



A la veille de la présidentielle, la jeunesse en scène au Théâtre du Nord


« J’ai peur de l’avenir et en même temps c’est beau »

« Rihanna est une personne qui a beaucoup compté dans ma vie, dans ma vie personnelle »

« Mon premier chagrin d’amour, c’est comme si tous mes organes faisaient un nœud, comme si tout se serrait en moi ».

Ils s’appellent Toinon, Maxime, Aboubacar, Léna ou Nazif. Ils sont lycéens ou étudiants à Lille et sa région. Et, les voici, debouts sur la grande scène du Théâtre du Nord, s’exerçant à rester ancrés sur leurs deux pieds, à projeter leurs voix pour dire le spectacle qu’ils ont construit et créé ensemble. Âgés de 16 à 22 ans, ces seize jeunes ont cherché à répondre à la question : « C’est quoi être adolescent, aujourd’hui ?». Leurs jeunes vies, leurs premiers grands choix, les drames qui déjà les secouent et les transformations de leurs corps en devenir comme autant de terrains d’introspection et d’improvisation.

« 2017 comme possible » c’est ainsi que s’intitule le spectacle que la troupe amateure présentera au Théâtre du Nord, au Grand Bleu et à la Maison Folie de Wazemmes, à partir du 24 avril prochain. Depuis le mois de novembre, les comédiens en herbe sont dirigés par le metteur en scène Didier Ruiz, qui mène depuis quatre ans des projets similaires dans toute la France.

« Je leur propose de se confronter à un travail dur, un travail où il faut accepter de se perdre comme de se trouver, explique Didier Ruiz. « Ce qui se passe ensuite est inimaginable, ils sont tellement beaux. Ça brille tellement en eux. Au fond, je ne fais que ça : passer un grand coup de chiffon pour que ça brille ! ».


« Avant de commencer ce projet, je ne me connaissais pas. J’ai appris à me confronter à mes pensées, à mes peurs. C’est comme un grand voyage » raconte Alexandre, 18 ans. 

Pour son « portrait musical », Alexandre a choisi de faire écouter aux spectateurs la chanson « Boys in the street » de Greg Holden. L’histoire d’un père qui ne supporte pas que son fils embrasse des garçons dans la rue. « La première fois que j’ai joué mon portrait musical devant les autres, c’était les chutes du Niagara, sourit doucement Alexandre. Tout le monde a pleuré. Ça m‘a beaucoup touché, que tous aient de la compassion pour mon histoire ».

Afin de construire leur spectacle, les adolescents ont répondu en improvisation à des questions posées par Didier Ruiz comme « Qu’est-ce que la jeunesse pour toi ? », « De quoi as-tu peur ? », « Quel est ton rêve ?». Un travail physique, mené par Toméo Vergés, leur permet « d’exprimer tout ce qui n’a pas été dit », précise le chorégraphe espagnol. Sur scène, les réponses s’enchaînent de façon chorale, aussi spontanées que fulgurantes.

« Je ne suis sûre de rien sauf d’une chose : un jour, je veux être maman »

« Sarkozy a dit que l’homme noir n’était pas entré dans l’histoire. Ce qu’il a dit, ce n’est pas normal. Je vais vous faire écouter une chanson d’Alpha Blondy qui parle de ça »

« Je ne comprends pas grand chose à la sexualité. La sexualité c’est quelque chose de trop, et moi, je ne suis pas assez »


 « J’avais beaucoup de clichés sur la jeunesse, à cause de ce qu’on nous montre, confie Victor, 23 ans, au sortir de la répétition. Une jeunesse qui s’abrutit devant la télé-réalité, qui ne réfléchit plus. Et en fait non, c’est pas du tout ça ! Toute cette diversité, toutes ces différences entre nous, c’est une immense richesse. La diversité c’est un cadeau, pas un poison ».

Au Théâtre du Nord, la représentation de « 2017 comme possible » aura lieu le lendemain du premier tour des élections présidentielles. Certains voteront pour la première fois. « J’y ai pensé, aux élections, dit Maxime, 21 ans, étudiant en Arts de la scène à l’Université de Lille. Nous parlons de la jeunesse, de notre relation au monde, et ça a évidemment un rapport avec la politique. J’irai voter dimanche, je considère que c’est un devoir. » Victor aussi prendra le chemin des urnes : 

« Pendant la répétition d’aujourd’hui, j’ai eu un flash. Il y a une réplique où on dit qu’on est « pas dans la merde ».  Avant je pensais à Trump pendant cette réplique, mais maintenant, on peut s’attendre au pire.

Mais, si la politique ne nous sauve pas, il y a aura toujours le théâtre ».

« 2017 comme possible », au Théâtre du Nord le 24 avril à 20h, au Grand Bleu le 26 avril à 19h, à la Maison Folie Wazemmes, le 28 avril à 20h. 


Photo : La troupe de « 2017 comme possible » ©Emilia Stéfani-Law

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Françoise Gillard dans L'Événement d'Annie Ernaux

Françoise Gillard dans L'Événement d'Annie Ernaux | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Hadrien Volle dans Sceneweb


 Le festival Singulis de la Comédie-Française s’achève avec « L’Événement » d’Annie Ernaux par Françoise Gillard. Un texte sur l’avortement clandestin de l’auteure, pratiqué pendant l’hiver 1964. L’actrice parvient, avec un talent inouï, à donner une voix à celle qui est l’une des plus grandes auteures francophones de notre temps.

Simplement assise, Françoise Gillard dit « L’Événement » d’Annie Ernaux. La genèse et la pratique d’un avortement clandestin pratiqué en janvier 1964. Sans brutalité, tout est raconté avec justesse et un sens aigu du détail. Du moment où elle se rend compte qu’elle est enceinte à celui des visites chez le médecin à Rouen à l’automne 1963, enfin les confidentes difficiles à trouver et finalement l’obtention d’une adresse à Paris pour rendre visite à une « faiseuse d’anges ». Les rues arpentées, les trains, l’auto-stop et la fausse couche puis l’hôpital : tout est visible.

Ce texte a été écrit par Annie Ernaux, plus de trente ans après les faits, à partir d’un agenda et d’un journal. Seuls éléments qui attestaient de la réalité de ses souvenirs. La succession des étapes est ainsi décrite au jour le jour. Françoise Gillard incarne le texte avec grâce, élégance, sans aucune sensiblerie. Les mots parlent d’eux-mêmes. Elle a la figure volontaire et positive d’une jeune fille de 23 ans confrontée, entièrement seule, à l’injustice de la société. « L’Événement » n’est absolument pas heureux, mais Gillard capte si bien notre attention que l’on n’a pas envie qu’elle s’arrête de raconter. Le spectateur est confronté à l’horreur mais on ne la lui fait pas éprouver. L’écriture d’Annie Ernaux est sans équivoque, elle ne cherche pas à choquer ou à tirer vers le sordide. Pourtant, aucun pan de l’histoire n’est occulté.

Ainsi, Françoise Gillard dit un texte qui nous rappelle la dangerosité de l’avortement clandestin. Une adresse forte et claire à ceux qui voudraient revenir aux temps où une femme seule, livrée à elle-même, risquait sa vie pour pouvoir disposer de son corps comme elle l’entendait. Un message puissamment humain délivré avec une sensibilité rare et évidente.

Hadrien Volle – www.sceneweb.fr

L’Événement
d’Annie Ernaux
Conception et interprétation : Françoise Gillard
Collaboration artistique : Denis Podalydès
Durée: 1h05

Nouvelle production au Studio Théâtre de la Comédie-Française dans le cadre du Festival Singulis
Du 19 avril 2017 au 30 avril 2017

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La Chose commune, de David Lescot : concert révolutionnaire

La Chose commune, de David Lescot : concert révolutionnaire | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Par Judith Sibony pour son blog Coup de théâtre


La Chose commune, de David Lescot : concert révolutionnaire

L’auteur, metteur en scène et musicien David Lescot a choisi de composer un concert pour évoquer la Commune, cet incroyable printemps 1871 durant lequel les Parisiens ont tenté d’inventer une société nouvelle, à la mesure des travailleurs. Nul hasard, à vrai dire, si cette aventure qui a failli changer le monde fait l’objet d’un récit musical : en épopée digne de ce nom, une telle histoire n’avait-elle pas vocation à être chantée ?

Épique, le spectacle l’est d’emblée, avec l’époustouflant monologue où Lescot prête sa plume et sa voix à un témoin des premières heures de l’insurrection (« on a fait une révolution et on l’a même pas fait exprès », conclut-il dans ce récitatif d’opéra new look).

Pour autant, on comprend d’emblée qu’il n’est pas question ici de tomber dans les facilités d’une reconstitution lyrique. Plutôt que de rassembler les chants séduisants et fameux qu’on associe volontiers à la Commune, l’auteur laisse de côté le plus mythique (« Le Temps des cerises »), insère des couplets de son cru entre deux refrains de « La Semaine sanglante » (« Et gare à la revanche quand tous les pauvres s’y mettront »), ressuscite un tube de l’époque (« C’est la canaille, et bien j’en suis ») mais en lui ôtant sa mélodie originale… Bref : la musique est ici au service de tout sauf d’un traitement muséal ; elle est au contraire recherche, multiplication des styles, tentative de faire entendre les choses d’une façon nouvelle… Comme pour inventer une forme qui soit fidèle à son objet : apte à ouvrir le champ des possibles.


La fiche d’état civil d’une héroïne de la Commune (Elisabeth Dmitrieff) se meut ainsi en chanson envoûtante ; les poèmes communards de Verlaine (balade dédiée à Louise Michel) et Rimbaud (« psaume d’actualité ») se retrouvent scandés comme des cantiques presque abstraits mais dont la moindre syllabe doit peser ; la question de la justice (« Les Oeuvres », superbe morceau signé et dit par David Lescot) fait l’objet d’un duo fascinant avec Elise Caron, un duo pour bien dire que certaines questions ne peuvent être traitées que de façon dialectique…

Au gré des morceaux, toute la fresque se dessine : depuis les réformes audacieuses en faveur de l’égalité des sexes et des travailleurs, jusqu’au bain de sang final et à l’exil des rares survivants, mis en cage dans des bateaux envoyés en Nouvelle Calédonie. Mais au-delà du récit, le spectateur se surprend à être aussi captivé par l’histoire que par la façon dont elle est racontée ; paroles scandées ou mélodies célestes, jazz improvisé ou rap en anglais… la forme fait à chaque fois étincelle à travers les voix d’Elise Caron, David Lescot et Mike Ladd, ou à travers les instruments virtuoses de Simon Goubert, Géraldine Laurent et Emmanuel Bex (coauteur du spectacle).

Par les temps qui courent, c’est presque une hygiène intellectuelle de se demander régulièrement comment parler de révolution sans avoir l’air naïf, sans avoir l’air fou, ou mieux : en prenant « la chose » au sérieux.

Cette question décisive pour quiconque aime la mémoire et l’espoir, David Lescot devait avoir envie de se la poser comme un défi, lorsqu’il a choisi de travailler sur la Commune de Paris. Et sa réponse est on ne peut plus intéressante : ce concert qui n’est pas baptisé La Chose commune par hasard, puisqu’en offrant aux mots des airs inattendus, il redonne un peu de substance inédite à un événement qu’on croyait figé comme un « lieu commun ». En renouvelant les façons de dire qu’on peut changer le monde, l’artiste fait rien moins que rendre audible cette idée, ce qui est somme toute assez considérable. 




La Chose commune, spectacle de David Lescot avec Emmanuel Bex, Élise Caron, Simon Goubert, Mike Ladd, Géraldine Laurent et David Lescot, à l’Espace Cardin (Paris 8e) jusqu’au 29 avril.



Géraldine Laurent (saxophone) – Emmanuel Bex (orgue) – Simon Goubert (batterie) – Elise Caron (chant, flûte) – Mike Ladd (chant) – David Lescot (chant) Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

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Le cirque Plume tire sa révérence... - 

Le cirque Plume tire sa révérence... -  | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Publié dans maCommune.info


 Une dernière tournée pour finir en beauté…La troupe du cirque plume tire sa révérence pour son dernier spectacle "la dernière saison" qui est actuellement en cours de préparation. Cette tournée s'étendra sur quatre ans avec une série de 20 dates : la première représentation aura lieu le vendredi 19 mai 2017 à Besançon. Une "poésie des saisons" pour le directeur artistique du cirque Bernard Kudlak. 

Le cirque plume est né en 1984 d'un projet de Bernard Kudlak qui souhaitait réunir "l'esprit de fête, la politique, le rêve, les anges vagabonds, le voyage, la poésie et la musique".  

Après 35 ans d'implication, le directeur artistiqueIl estime avoir "eu une belle carrière" et ne veut pas vivre dans une société où tout semble éternel. Il ne souhaite pas poursuivre le cirque plume même s'il a vécu "beaucoup de joies intenses et de doutes". Il justifie cette dernière saison par des départs à la retraite pour une bonne partie de la troupe. "On vit, on meurt comme les galaxies".

"La dernière saison"

Il a fallu deux ans pour construire le projet du spectacle et cinq mois de préparation. 35 personnes (dont 14 artistes), de différentes branches de métiers telles que des techniciens sons et lumières, des cuisiniers et des menuisiers… participent à la réalisation du nouvel opus. Un véritable "travail d' ensemble" pour le directeur. 

Bernard Kudlak : "Place à l'écriture poétique, place à la suite…"

Le titre du spectacle final n'a pas été choisi au hasard. Il se lit "au sens propre et figuré'. Il s'agit d'annoncer la "dernière saison" du cirque plume mais aussi de l'intégrer au niveau régional : "cela portera sur les saisons qui s'écoulent, notamment en Franche-Comté comme la neige, la forêt, la terre...". La troupe s'engage au niveau écologique par la mise en garde des dernières saisons possibles pour l'Homme dues au réchauffement climatique. Le tout est accompagnée de la poésie habituelle du cirque plume soit la "poésie des saisons" précise Bernard Kudlak.

Info :

Du 19 mai au 14 juin 2017 à Casamène à Besançon. Certaines dates sont déjà complètes.
Chapiteau chauffé - Accès aux gradins 45 minutes avant le début du spectacle - Placement libre
Durée du spectacle : 1h50 sans entracte - Déconseillé aux moins de 5 ans - Bar et petite restauration avant et après le spectacle

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Christiane Jatahy : « Votre pays, cette utopie nécessaire »

Christiane Jatahy : « Votre pays, cette utopie nécessaire » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

Propos recueillis par Brigitte Salino et Aureliano Tonet dans Le Monde



Vu de l’extérieur (9/9). La metteuse en scène brésilienne répond à la question : « Que représente pour vous la France de 2017 ? »


A l’approche des élections, Le Monde invite des artistes internationaux de renom, familiers de notre pays, à répondre à la question : « Que représente pour vous la France de 2017 ? » Car s’il est un enjeu qui engage artistes et politiques, c’est celui de la représentation. La metteuse en scène brésilienne Christiane Jatahy, née en 1968 à Rio de Janeiro, vient de monter La Règle du jeu, d’après Jean Renoir, à la Comédie-Française.

« La France a toujours été le lieu où les artistes du monde se rencontrent. Foyer de tant de mouvements qui ont changé la course des arts. Espace d’expansion de la pensée et de la création. Utopie nécessaire à tant de périodes de l’histoire. Voilà ce que m’inspirait la France, lorsque je l’examinais avec des jumelles, à un océan de distance, mais avec la proximité précieuse d’œuvres – livres, films… – générées par un pays qui accueille le monde en soi.

Depuis, j’ai traversé la mer et abordé cette terre avec quelques-unes de mes créations, reçues avec chaleur par un public critique mais ouvert, capable de se laisser surprendre par l’altérité. Je me rends compte que mon point de vue initial n’était pas un préjugé romantique et obsolète ; au contraire, il correspond à une réalité possible, aujourd’hui, maintenant. Il existe quelque chose d’unique chez vous, qui mêle un sens critique aigu à une grande ouverture sur l’ailleurs. Cette manière de marier l’art et la vie, je la sens dans vos rues, vos théâtres, vos musées, vos cinémas. A l’heure où l’éthique s’érode et où la peur menace de nous emprisonner, nous ne pouvons pas renoncer à nos utopies, fermer les yeux et répudier autrui, parce que répudier cet autre revient à nous répudier nous-mêmes, dans ce que nous avons de plus essentiel.

« CETTE MANIÈRE DE MARIER L’ART ET LA VIE, JE LA SENS DANS VOS RUES, VOS THÉÂTRES, VOS MUSÉES, VOS CINÉMAS. »
Cette année, je débute une nouvelle collaboration à Paris. J’ai été invitée à être artiste associée à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, un théâtre qui – comme son nom l’indique – a accueilli durant toute son histoire des artistes d’horizons divers. Ici, pour la première fois, ma compagnie brésilienne collaborera avec des artistes français : le projet s’intitule Ithaque et porte sur L’Odyssée, les odyssées actuelles, petites et grandes, celles qui dépendent de nous et celles qui nous traversent ; il porte sur la tentative de “rentrer à la maison” au sens le plus ample – “maison” comme lieu de mémoire, mais aussi de futur.

Dans la fiction, il s’agit du futur des retrouvailles. Dans la réalité, il s’agit d’un futur qui ne sera peut-être perçu, depuis une terre lointaine, qu’à travers le prisme de l’histoire ; quelqu’un, alors, je l’espère, estimera qu’une fois encore, votre pays aura contribué à l’édification d’un monde plus libre, égalitaire et fraternel. »

Propos recueillis par Brigitte Salino et Aureliano Tonet

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